Forum des Attestants du 06 février : communion, un défi ?

La communion, un défi ? Une invitation et un appel à le relever avec les Attestants, le 06 février !

L’édition 2021 du forum des Attestants aura lieu par zoom, le 06 février, nous proposant de « nous entretenir les uns les autres » du thème suivant : « communion, un défi ? »

 Pourquoi ce thème ?

« La crise du Covid qui traverse notre monde et notre société globalisée a agi comme un révélateur dans nos vies spirituelles. Elle a mis en évidence, non seulement l’importance, mais aussi l’impérieuse nécessité pour la vie de nos communautés et également pour notre vie personnelle et notre épanouissement d’une Communion Fraternelle authentique. Communion dont la nature spécifique est l’un des marqueurs de notre foi et de notre espérance.

Cette prise de conscience s’accompagne de celle d’un monde qui malgré sa globalisation est en fait de plus en plus fragmenté par les distanciations de toutes sortes : physique, sociale, culturelle, politique, religieuse, théologique… poussant à un « entre soi » identitaire, amplifié contre toute attente par la place que les réseaux sociaux y ont prise, comme l’actualité récente le montre.

On pense, on vit, on agit… de plus en plus avec ceux qui nous ressemblent.

Or l’Eglise est le contraire de cet « entre soi », nous qui sommes appelés par le Christ à le dépasser pour vivre la fraternité des enfants de Dieu.

La crise actuelle interpelle les chrétiens que nous sommes sur le sens réel de la Communion Fraternelle. Quelle est sa nature ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ? Et si elle en établie, où se situent ses bornes ? Notre foi dans le Christ ressuscité et l’action du Saint-Esprit nous portent et nous poussent dans un élan généreux qui devrait nous permettre de dépasser limites et barrières que notre nature humaine oppose à cet élan.

A contrario, la générosité de nos sentiments humains, notre volonté de bien faire, la conformité à la pensée dominante dans le monde…affadissent parfois jusque dans nos églises ce lien précieux, ce cadeau que nous recevons du Père, grâce au Fils par le Saint-Esprit » (source : plaquette de présentation du forum des Attestants du 06/02/21)

Au programme :

10h-12h30, table ronde : Qu’est-ce que la communion fraternelle, pourquoi est-elle cruciale pour la vie chrétienne ?  avec
David Bouillon, professeur de théologie pratique et spiritualité à la HET-PRO (Haute Ecole de Théologie en Suisse)
Frédéric de Coninck, sociologue chrétien (Ancien directeur de recherche au CNRS et à l’ école Nationale des Ponts et Chaussées)
•  Gilles Boucomont, pasteur EPUdF à Paris-Belleville
Animatrice : Caroline Bretones, pasteur EPUdF à Paris-Le Marais

14h30-17h table ronde : Comment faire vivre notre communion fraternelle, qu’est-ce qui peut la menacer, ses limites éventuelles et les risques de dérives ? avec
Guillaume de Clermont, pasteur EPUdF, ancien président de Conseil régional
Anne Faisandier, pasteur EPUdF à Marseille
Pierre Jova, journaliste à l’hebdomadaire La Vie
Animateur : Jean-Fred Berger, président du CP de l’EPU de Dreux

Chaque table ronde est suivie d’ateliers :

Approfondissements théologique avec David Bouillon, sociologique avec Frédéric de Coninck, et ecclésial avec Gilles Boucomont ;

« Dans le monde mais pas du monde ». Communion ou union, est-ce une porte étroite ou une large voie ? Comment Jésus lui-même assume la tension entre ouverture et exclusivité ?

« Le rôle du Saint Esprit dans la construction de la communion ». La communion est-elle donnée ou à construire ?

« Y a-t-il une bonne et une mauvaise communion ? » Quels sont les différents modèles de communion ? Quelles sont les dérives, les abus, les malentendus possibles ? Peut-on dire que : pas de confession de foi partagée, pas de communion ?

« La dimension sacramentelle de la communion. Au-delà de l’acte d’eucharistie, quelle communion au sens large ? »

 

Un événement organisé par les Attestants*.

Plus de détails 6 février 2021-Forum – Attester.fr

 Et inscription via le formulaire

 

*Les Attestants : Ce courant de l’Eglise Protestante Unie de France (EPUdF) s’est constitué suite au synode de Sète en 2015, qui a vu autoriser la bénédiction des couples homosexuels. L’idée du mouvement est « de mettre au centre des préoccupations le fait d’être une Eglise de témoins ». Il s’agit pour ces protestants confessants, non plus de « protester » mais « d’attester » d’une foi solide dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, comme « d’attester » de l’autorité souveraine de la parole biblique pour la foi et la vie des croyants. Ils proposent des outils pour le réveil des églises de la Réforme et au service de l’Evangile de Jésus-Christ.

Découvrir leur site et mes articles sur ce mouvement.

 

Pour réussir sa vie (à défaut de réussir à la rater)

« Réussir sa vie », c’est « transmettre la vie ». Une vie « bonne » et « abondante » parce que « relationnelle ».
(Source : convergence bolcho-catholiques)

« Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre », aurait dit Compay Segundo, un musicien cubain devenu mondialement célèbre dans « Buena Vista Social Club », un film de Wim Wenders (1999).

« Réussir sa vie », ce ne serait donc pas avoir une rolex avant 50 ans. « Ce serait avant tout transmettre la vie.  Transmettre la vie par un enfant (le sien ou celui d’autres, par l’adoption ou l’éducation), dans le monde de la culture (par l’écriture ou toute autre forme de créativité et de savoir), par la Nature (en plantant des arbres ou en prenant soin de l’environnement) », estime le pasteur et théologien Shafique Keshavjee sur son blogue(1).

« Réussir sa vie ? Est-ce d’abord écrire des livres? Bien sûr que non ! », poursuit Shafique Keshavjee. « Le plus important pour (lui), ce sont toutes les relations (qu’il a) pu vivre et continue de vivre. Ce sont toutes les découvertes et tous les échanges qui ont façonné (son) existence. Et pour Réussir sa lesquelles (il est) reconnaissant.  Parmi toutes ces découvertes, il y a le trésor du Christ ».

Il a raison. Le Christ lui-même rappelle que « la vie éternelle », c’est de « connaître » (dans un sens intime et relationnel) Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (Jean 17v3, cf 1 Jean 5v20).

Dieu se nomme d’ailleurs « la source des eaux vives » (Jer.17v13), comme Jésus est « (le chemin, la vérité et) la vie » (Jean 14v6).

Réussir sa vie, c’est donc vivre une vie bonne et abondante, parce que relationnelle.

 

 

 

Note :

(1) Cf https://skblog.ch/2021/01/07/reussir-sa-vie/ (D’autres auront au moins réussi à « rater leur vie » !)

 

 

« Loi contre les séparatismes », ou « loi pour conforter les principes républicains » ? Le « top des flops » d’un projet

 

Depuis lundi 18 janvier, un projet de loi « confortant les principes républicains » est soumis à l’assemblée nationale. Il sera examiné par une commission spéciale avant d’être débattu en séance plénière à partir du 1er février. Auparavant appelé « projet de loi contre le séparatisme », il comprend 51 articles en débat, et fait l’objet de 1700 amendements (1).

Visant à lutter contre le séparatisme et les atteintes à la citoyenneté, il entend apporter des réponses au repli communautaire et au développement de l’islamisme radical [dont les plus récentes victimes ont été le professeur Samuel Paty et trois fidèles catholiques dans la basilique Notre-Dame de Nice], en renforçant le respect des principes républicains et en modifiant les lois sur les cultes.

Il est pourtant reproché à ce texte de porter paradoxalement atteinte aux libertés sans réussir à imposer suffisamment les principes républicains.

Jugeons-en plutôt : les religions organisées juridiquement sous forme de «cultes» devront prouver leur caractère religieux tous les cinq ans, sous peine d’être dissoutes; si elles reçoivent des fonds de l’étranger, elles devront faire certifier leurs comptes par un expert indépendant.  Sauf que l’islam n’est pas organisé juridiquement sous forme de «culte», mais «d’association» (1901). Cette nouvelle loi ne s’appliquera donc pas, de fait, à la religion musulmane. Quelles sont les religions organisées juridiquement sous forme de culte (1905) ? Le judaïsme et le protestantisme. Ce sont donc les synagogues, les temples protestants et les Églises évangéliques qui prendront de plein fouet les dispositions restrictives de la nouvelle loi, les catholiques ayant un statut à part (en 1907) (2).

De là ce « top des flops », pointé par le pasteur baptiste Laurent Descos, dans son analyse (en vidéo) du fameux projet de loi  :

Bon diagnostique, mauvaises solutions  

Les musulmans ne sont pas vraiment touchés 

Les protestants sont les premiers concernés / sanctionnés  

 

Alors, « Loi contre les séparatismes », ou « loi pour conforter les principes républicains » ? « Toi qui joues le jeu et respecte les règles, puisque tu es dans le viseur du législateur, voici de quoi comprendre et agir » avec la vidéo à consulter plus haut.

Vous l’avez peut-être vu passer : du même Laurent Descos, « préserver son image, trois règles à suivre » :

 

 

 

Notes : 

(1) https://www.vie-publique.fr/loi/277621-loi-separatisme-confortant-le-respect-des-principes-de-la-republique

(2) https://www.reformes.ch/politique/2021/01/separatisme-protestants-sacrifies-au-nom-de-la-lutte-anti-terrorisme-france-monde

 

Sujets de reconnaissance

Et si nous prenions le temps de faire la liste de toutes les bonnes choses que nous avons en France…pour mieux rendre grâce à Dieu pour chaque bienfait ? (Source image : rawpixel)

Quelle chance (ou quelle grâce) nous avons d’être en France !

Prions pour nos gouvernants qui font essentiellement ce qu’ils peuvent.

Quelle catastrophe ce serait, si c’était moi qui gérais cette crise !

 

Je rends grâce à Dieu pour l’école : je n’arriverais pas vraiment à gérer d’avoir la jeune génération à la maison.

Je rends grâce à Dieu pour les vaccins proposés.

Je rends grâce à Dieu d’être dans un pays aussi généreux en prêts gratuits, compensations fiscales, chômage partiel, etc.

Je rends grâce à Dieu pour la Sécurité Sociale et l’abondance.

Et j’intercède pour ceux qui souffrent malgré tout

(Piqué sur la page FB du Pasteur Gilles Boucomont)

 

Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ.Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées.(Philip.4v4-8)

Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications.(Eph.6v18)

« A consommer avec modération » : ou « sauf à répondre de l’abus de cette liberté »

« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien… » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Certains ont applaudi un coup d’arrêt à une prétention de « toute puissance », quand d’autres ont estimé « scandaleux » ou « dérangeant » de voir Facebook et Twitter « censurer la parole » d’un puissant (un chef d’Etat en exercice, en l’occurrence le Président des Etats-Unis en pleine élection présidentielle), allant jusqu’à suspendre de manière définitive tous ses comptes de réseaux @sociaux. En supprimant ses accès, les plateformes montrent par là qu’elles ne veulent plus être complices de la diffusion de fausses nouvelles et d’incitations à la violence que ledit chef d’Etat a longtemps pratiquées et notamment pratiqué un certain 06 janvier 2021(1).

Avant même cette décision, le 04 novembre 2020, alors que les résultats de l’élection présidentielle n’étaient pas encore connus, plusieurs chaînes de télévision [NBC News, MSNBC…] interrompaient/coupaient/corrigeaient en direct les discours de ce Président, lequel affirmait sans preuve « avoir gagné l’élection » et que celle-ci « est truquée », en annonçant que c’était un menteur.

A cela s’ajoute la décision, depuis le 7 janvier, de Google, Apple et Amazon de boycotter le réseau social Parler, « le Twitter » de l’ultradroite américaine, ainsi que des partisans de Donald Trump et des personnes bannies des réseaux sociaux. Parce que Parler a diffusé un déluge de messages d’internautes trumpistes approuvant l’invasion du Capitole… Google, Apple et Amazon exigent alors que Parler mette en place une équipe de modération, sinon le boycott deviendra définitif. Au final, Amazon porte le coup fatal dimanche 11/01, en rompant son contrat d’hébergement avec le réseau social Parler, paralysant ce dernier qui n’est désormais plus accessible sur la toile. Amazon reproche à Parler de ne pas supprimer les contenus incitant à la violence. Devenu inaccessible jusqu’à ce qu’il trouve un nouvel hébergeur, Parler a également vu ses applications mobiles retirées par Google et Apple.

Les décisions des GAFA de bannir Donald Trump suscitent maintenant un débat intense aux Etats-Unis (mais pas que) : que penser de cette attitude de ces géants du numérique ?

Premièrement, souligne Patrice de Plunkett dans une note de blogue, « dire que les GAFA outragent la liberté d’expression, c’est sous-entendre qu’ils ont tort de s’indigner de l’affaire du 6 janvier : des milliers de partisans pro-Trump, galvanisés par ce dernier, ont envahi le Parlement pour entraver l’élection présidentielle… »(2)

De fait, nous pouvons ne pas partager « l’avis de ceux qui s’indignent de cette censure, au nom d’une liberté complètement fantasmée », à l’instar de Christian Salmon, dans un entretien pour Bastamag : est-ce que ces indignés « se sont indignés pareillement des propos mensongers et provocateurs qui étaient balancés par Trump à longueur de journée, à travers des millions de tweets ? Celui qui a triomphé par Twitter périt par Twitter, et c’est très bien ainsi », conclue l’essayiste, paraphrasant cet avertissement du Christ : « celui qui prend l’épée périra par l’épée » (Matt.26v52)(3).

Mais « les GAFA ont-ils tort d’agir afin qu’on ne se serve plus d’eux pour des opérations pareilles ? Ça mérite réflexion », s’interroge encore Patrice de Plunkett dans sa note de blogue(4).

En guise de réponse, nous pourrions d’abord expliquer, à l’instar de Divina Frau-Meigs(5), pourquoi la décision de Twitter ne nous paraît pas excessive : « cela peut paraître choquant mais leur réponse ne déroge pas à ce qu’ils ont dit », explique-t-elle dans un entretien pour Ouest-France (6). « Il y a eu incitation à la violence, avec appel à l’insurrection, ils ont formulé une réponse graduée. D’abord en alertant Donald Trump, puis en suspendant son compte plusieurs heures, avant de le fermer, puis de l’exclure définitivement du service (….). On pourrait se dire que c’est hypocrite, maintenant que le lion est à terre, on finit de le terrasser car il ne va plus générer autant de trafic. Mais Twitter, comme les autres plateformes américaines, veut éviter des poursuites judiciaires. Elles répondent du droit américain [Pour rappel, les plateformes importantes, tels Twitter, Facebook….sont régies par des contrats ET par la loi. Leur système de responsabilité est grosso modo le même en Europe et aux USA (sec 230 et article 13 directive 2000/31)]. On ne peut donc pas parler de censure. « C’est une entreprise avec des règles. L’un de ses clients n’a pas suivi les règles. Donc elle opère un acte commercial, avec une rupture de contrat ».

En réalité, selon Divina Frau-Meigs, « la vraie culpabilité des plateformes, ce n’est pas d’agir si tard contre Donald Trump. C’est de ne pas avoir mis le paquet contre la diffusion des fausses informations ». Elles « ont sous-estimé l’impact de la désinformation, des fausses nouvelles » largement diffusées via leurs canaux depuis des années. « Elles ont laissé faire car cela leur rapporte de l’argent. Mais elles ne pensaient pas aux conséquences dans la vie réelle. Elles semblent en avoir pris conscience suite à l’insurrection au Capitole du 6 janvier. Désormais, on voit les fondateurs des réseaux s’exprimer, réagir, car il faut absolument sauver leur bébé (….) Ce qu’ils veulent éviter à tout prix, c’est que leurs plateformes répondent à des obligations de service public, comme c’est le cas pour la télévision. Avec un temps calculé pour le débat politique, un affichage clair de la publicité… Pour ces plateformes, ce serait de la censure. La gouvernance d’Internet est un sujet dont on parle depuis longtemps ». [Notamment dans cet article sur la privatisation du web publié dans le défunt Tigre magazine en 2011 : « La communication doit-elle être un service public ? Franchement, il semble évident que oui. Plus exactement, ce devrait être un service mondial autogéré qui oblige tout le monde à se mettre d’accord »].

Tous ces événements ne mettent-ils pas en lumière leur toute-puissance ? Divina Frau-Meigs répond qu’ « on savait déjà leur pouvoir. C’est plutôt celui de la désinformation qui a été révélé. On ne disait rien quand ces réseaux avaient un pouvoir de ralliement énorme » [comme lors du Printemps arabe]. Les grands gagnants de ces événements ne sont ni Twitter ni Trump. Mais les pays non démocratiques qui doivent se frotter les mains de voir nos fragilités ».

De là un certain malaise que d’aucuns peuvent ressentir en voyant des géants privés controversés s’ériger en arbitre du civisme… Les laisser prendre du pouvoir sur les idées n’est-il pas dangereux pour le débat public ?

Le bannissement de Donald Trump par Twitter, calqué chez les autres plateformes, a certes provoqué un déluge de réactions, mais aussi, ne l’oublions pas, de propositions de réformes, surtout en France où le gouvernement entend pré-transcrire le Digital Services Act (7).

« La présence dans le débat public des plateformes comme Twitter ou Facebook « est devenue incontournable » réagit (….) Bernard Lamon (8)[Avocat spécialiste en informatique et internet], lequel souligne que « juger de ce qui est de la diffamation, de l’appel au soulèvement, à la haine raciale, ne doit pas être confié à des acteurs privés, ni à l’administration. C’est très dangereux », ajoute l’avocat spécialisé dans le numérique. « Donc ? Les États doivent investir massivement dans leur système judiciaire. Pour la France ? Il faut 50 magistrats du siège, autant du parquet, dans un tribunal spécialisé, qui puisse gérer hyper rapidement ces dossiers. En limitant un peu la trop grande technicité du domaine. »

Laurent Chemla (9) revient sur sa piste du troisième statut, celui de « fournisseur de liberté d’expression ». Il « impliquait une totale immunité pénale quant aux contenus hébergés en échange du respect – total lui aussi – de la liberté d’expression, chaque contenu censuré ou masqué (même pour « non-respect des CGU ») devant faire l’objet d’une déclaration à un parquet spécialisé (encore une fois) chargé de dire le droit (donc soit d’obliger la plateforme à remettre en ligne les contenus sous peine d’amende, soit de poursuivre l’auteur d’un délit ainsi masqué) ». Pour l’auteur des Confessions d’un Voleur, « ça inverse la logique de la censure (l’intermédiaire ne devient responsable que s’il censure plutôt qu’irresponsable à condition qu’il censure). Et ça remet le droit là où il doit être au lieu de le déléguer à des entreprises privées »(10).

Car, face à l’enjeu de « réguler les réseaux sociaux en préservant l’idéal démocratique »,  Guillaume Champeau répond, dans une note de blogue du 10 janvier 2021(11), que s’il est attaché à la liberté d’expression (12) parce qu’il met « l’idéal démocratique au-dessus de tout », cela ne veut pas dire pour autant « que la liberté d’expression doit être absolue et qu’il faut tout laisser dire, tout laisser écrire, et n’empêcher la diffusion d’aucune expression néfaste. Cette liberté a ses limites, comme la plupart des droits fondamentaux, imposées par la nécessité de concilier tous les droits ». Comme nous le rappellent les devoirs et responsabilités liés au droit de libre expression : La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce que :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » (13).

Mais ces limites aussi ont leurs limites. « Toute « formalité », « condition », « restriction » ou « sanction » imposée en la matière doit être proportionnée au but légitime poursuivi«, disait la Cour. Or comment assurer, avec l’idéal démocratique en tête, la proportionnalité des restrictions que l’on impose à la liberté de s’exprimer ? Nous avons, en démocratie, deux instruments fondamentaux pour nous en assurer.

Le premier, c’est le législateur. C’est lui qui, parce qu’il représente le peuple tout entier qui lui a confié ce pouvoir de dire la loi, détermine l’emplacement des bornes à ne pas dépasser. C’est donc bien nous, collectivement, par la voie de nos représentants, qui nous fixons à nous-mêmes nos propres limites, et qui devons veiller à ce qu’elles soient proportionnées au but que nous nous fixons, qui est de permettre la vie en société dans le respect des droits et libertés de chacun. Le second, c’est l’institution judiciaire. C’est elle qui, lorsqu’un individu ou une institution estime que les bornes fixées par le législateur ont été dépassées, regarde à quel emplacement les bornes ont été mises, et regarde où se situe le mis en cause. Il analyse la situation, et rend une décision de sanction ou de relaxe basée sur cette analyse, qui ne varie pas en fonction de ses intérêts mais est la plus objective et indépendante possible. Sans législateur et sans institution judiciaire agissant au nom et pour le compte du peuple, il n’y a pas de démocratie »(14).

Christian Salmon, quant à lui, s’interroge « sur ce que cette censure reflète du super-pouvoir des Gafam, et sur l’urgence de les encadrer et de les réguler. Au fond, cela pose une question très simple sur la nouvelle hiérarchie des pouvoirs : Trump contre les Gafam, où est le vrai pouvoir, aujourd’hui ? Chez les seconds, qui peuvent se permettre de suspendre le compte du pensionnaire de la Maison blanche – dans la législation actuelle, ils en ont parfaitement le droit. En cela, c’est une date historique, et c’est la leçon qu’on retiendra : un chef d’État en exercice censuré sur Twitter. Là aussi, il y a une réversion totale des pouvoirs entre le politique et le numérique, entre les souverainetés nationales et un pouvoir transnational.

Mais cette réversion des pouvoir concerne aussi directement Twitter et Facebook : en interdisant ainsi un compte, ils se retournent eux-mêmes contre le libre-jeu de leurs algorithmes, sur lesquels reposent toute la logique de leur pouvoir et dont personne ne connaît le contenu. Les Gafam c’est un système intégré et automatisé de clash qui est généré par des algorithmes. Or on sait que certains sont conçus pour favoriser les messages de haine raciste. On a donc une surreprésentation, dans la délibération numérique, des opinions extrémistes, racistes, d’extrême droite. Le super-pouvoir des Gafam, au-dessus des institutions démocratiques, détruit ces dernières. Il injecte dans la conversation, dans l’esprit des gens, les ferments de la négation des principes fondateurs des démocraties. Aujourd’hui, ces algorithmes doivent être révélés et mis à plat, c’est une question vitale de transparence et de démocratie » (15).

Ceci dit et pour clôturer provisoirement le dossier relevons, à l’instar de Patrice de Plunkett de Plunkett, la double ironie de l’affaire : il est ainsi « étonnant que ceux qui veulent empêcher les GAFA d’avoir leur propre politique envers Trump, (soient) en économie des ultralibéraux pur jus, partisans (le reste du temps) [« du moins d’Etat »] de laisser les acteurs économiques, même géants, faire ce qu’ils veulent sans qu’on les freine en rien [reconnaîtraient-ils les limites d’une telle posture idéologico-économique ?] ». D’autre part, nous pouvons sourire au souvenir de ce que « Trump, qui se plaint aujourd’hui des GAFA, nous menaçait de sanctions, nous Français, parce que nous nous plaignons de ces mêmes GAFA qui ne nous paient pas ce qu’ils nous doivent ! »

Moralité : « dès qu’on oublie un peu le Covid, on trouve des occasions de s’amuser » (16).

 

Quant aux chrétiens, ils sont censés savoir que leur norme de la liberté n’est pas Donald Trump ou ceux qui usent et abusent dans leur exercice de la liberté, mais Jésus-Christ Lui-même.

Jésus-Christ est en effet le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre : personne n’a pu « le convaincre de péché »(Jean 8v46), il n’y avait en lui aucune source de mal, et même Satan n’a eu aucune prise sur lui (cf Matt.4v1-11). Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs »(Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, du pouvoir du péché, de la crainte de la mort(Hébr.2v15), et la restauration d’une relation qui avait été rompue : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor.5v19)

Le chrétien devrait être celui qui accepte de s’autolimiter, c’est-à-dire de « ne pas faire tout ce qu’il peut », pour en tirer un maximum de bénéfices. Parce ce ne serait pas juste, et parce que ce ne serait pas selon l’amour. En toute cohérence, il saura dire « non » ou « stop » à tout abus de notre exercice de la liberté.  Loin de toute crainte de perdre, ce choix éthique, inspiré par une vision biblique, permettra au contraire à l’homme de recevoir « bien plus que cela », sur le long terme et de façon durable : l’amour et des relations authentiques, libératrices et porteuses de sens, avec le souci d’impacter positivement notre entourage, avant de penser à nos propres intérêts (17).

 

 

Notes :

(1) https://theconversation.com/comment-le-discours-populiste-de-donald-trump-a-conduit-a-linsurrection-de-ses-troupes-153002

(2) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(3) https://www.bastamag.net/Trumpisme-conspirationnisme-investiture-Biden-Capitole-pouvoir-grotesque-tyrannie-des-bouffons-Christian-Salmon#nb2-1 [Christian Salmon est écrivain, essayiste et chroniqueur à Mediapart, auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007). Son dernier livre, La tyrannie des bouffons. Sur le pouvoir grotesque, a été publié en octobre par Les liens qui libèrent]. Une « déplateformisation » d’ailleurs inévitable cf https://larevuedesmedias.ina.fr/deplateformisation-trump-ban-twitter-facebook-youtube

(4) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(5) Normalienne, professeure à l’université Sorbonne-Nouvelle-Paris-3 et sociologue des médias. Ses recherches portent sur l’éducation aux médias et la gouvernance d’Internet. Elle est aussi membre du groupe d’expertes de haut niveau de l’Union européenne sur la désinformation.

(6) https://www.ouest-france.fr/economie/interview-les-reseaux-sociaux-ont-sous-estime-l-impact-des-fausses-informations-7113871

(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Digital_Services_Act

(8) https://twitter.com/Bernard_Lamon/status/1348309636294860800

(9) https://blogs.mediapart.fr/laurent-chemla/blog/100121/la-chute-2

(10) https://www.nextinpact.com/article/45379/la-destitution-numerique-trump-levier-inespere-pour-gouvernement-francais

Voir aussi Médias sociaux : après l’exclusion de Trump, la question de la censure et l’impératif d’évoluer (theconversation.com) Et https://larevuedesmedias.ina.fr/trump-plateformes-regulation-moderation-reseaux-sociaux

(11) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(12) « Laquelle vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, [mais] aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique ».

(13) Le principe est ainsi posé mais encore faut-il connaître les limites. Celles-ci sont relativement nombreuses du fait du nombre d’exceptions spécifiques touchant au statut particulier des personnes (devoir de réserve, par exemple) ou à la nature des informations concernées (secret médical, secret défense).

On peut néanmoins citer quelques règles d’ordre général :

  • Limite 1 – Ne pas porter atteinte à la vie privée et au droit à l’image d’autrui (pour des précisons complémentaires voir les fiches Vie privée et internet et Image et vidéo).
    • Limite 2 – Ne pas tenir certains propos interdits par la loi : l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse, l’apologie de crimes de guerre, les propos discriminatoires à raison d’orientations sexuelles ou d’un handicap, l’incitation à l’usage de produits stupéfiants, le négationnisme.
    • Limite 3 – Ne pas tenir de propos diffamatoires : la diffamation se définit par toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne[1]. Il est possible pour se défendre d’une accusation de diffamation d’invoquer l’exception de vérité[2], c’est-à-dire de rapporter la preuve de la vérité de ses propos.
    • Limite 4 – Ne pas tenir de propos injurieux : l’injure se définit comme toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait.
    • Limite 5 – Il existe également des limites spécifiques telles que le secret professionnel, le secret des affaires et le secret défense.
    • Limite 6 – Certaines personnes, en raison de la fonction qu’elles occupent, sont tenues à un « devoir de réserve ». C’est le cas des fonctionnaires qui doivent exprimer leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce que l’extériorisation de leurs opinions, notamment politiques, soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des fonctions occupées. Plus le niveau hiérarchique du fonctionnaire est élevé, plus son obligation de réserve est sévère.

https://www.maisondesjournalistes.org/les-limites-de-la-liberte-dexpression/

(14) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(15) Christian Salmon : « Le trumpisme est le nom de cette vague conspirationniste qui refuse les pouvoirs institués »

(16) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(17) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/21/vivre-penser-et-eduquer-a-la-liberte-oui-mais-laquelle/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/01/15/liberte-que-de-betises-on-peut-raconter-en-ton-nom/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/06/19/il-ny-a-pas-de-tabou-dans-la-bible/

 

Fausses prophéties : une cascade de repentances

Une triple problématique : L’abondance de « paroles du Seigneur »/faux prophètes, le fait d’y croire et l’incapacité à discerner entre la parole prophétique authentique et l’expression toute-puissante de son propre désir. (Source image : A Sao Paulo, le 09/12/13, les étudiants de l’école de communication et d’art de l’université de Sao Paulo investissent un centre commercial de Natal, pour une marche des zombis « blind ones » contre le consumérisme aveugle).

Souvenez-vous : certains chrétiens (y compris en France) avaient affiché leur déception et leur incompréhension suite à la défaite de leur candidat favori à l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020 : « Et pourtant il y a eu plusieurs prophéties prédisant sa victoire » ; « et pourtant Dieu nous l’avait révélé… »(1).

Et pour cause, ces fameuses « prophéties » étaient fausses, vu le résultat. La Bible, rappelons-le, définit un prophète authentique lorsque ce que ce dernier annonce se réalise. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’une parole du Seigneur. C’est par présomption que le « prophète » a dit cette « parole du Seigneur ». Nous ne devons pas nous laisser impressionner cf Deut.18v22.

Plusieurs de ces « prophètes » américains ont fini par se repentir publiquement, mais tardivement, début janvier 2021, de leurs fausses prophéties prédisant la réélection de Donald Trump. Ces derniers ne semblent plus croire que Trump serait le (meilleur) garant d’un « ordre social chrétien », comme ils ne semblent plus croire aux prétendues « fraudes » électorales, invitant même les chrétiens à se repentir de leur « Trumpolâtrie »(2)

Ainsi, par exemple, Jeremiah Johnson [à ne pas confondre avec le personnage du film éponyme, joué par Robert Redford] a déclaré publiquement le 7 janvier 2020 qu’il croyait (à tort) avoir reçu « une mission pour aider le corps du Christ à discerner prophétiquement les plans que Dieu avait pour Donald Trump » et qu’il souhaite « (se) repentir d’avoir prophétisé à tort que Donald Trump remporterait un deuxième mandat à la présidence des États-Unis (…) Je refuse de blâmer les croyants et de dire: ‘Cela ne s’est pas produit parce qu’ils n’ont pas suffisamment prié.’ Je ne proclamerai pas non plus: ‘Donald Trump a effectivement gagné, alors j’avais raison, mais l’élection lui a été volé’. Je crois que la première déclaration cherche à soulager le messager prophétique de la responsabilité de ce qu’il a prophétisé, et la deuxième déclaration est remplie de fierté potentielle et d’une réticence à s’humilier et à admettre qu’il avait tort (….) Donald J. Trump n’a pas été réélu et je dois le réaliser et me repentir » affirme-t-il encore, ajoutant qu’il croit maintenant que Dieu a décidé de démettre Trump de ses fonctions « à cause de sa propre fierté et arrogance » et d’attirer l’attention de ceux dans l’Église qui ont fixé leurs yeux sur l’homme plus que vers le Seigneur, plaçant Donald Trump « sur un piédestal ». Il s’est également excusé de ce que « ses prophéties avaient joué un rôle pour alimenter l’attention démesurée » des chrétiens envers Donald Trump.

Shawn Bolz, un autre célèbre prophète américain a aussi pris la parole pour s’excuser de « s’être trompé à propos de quelque chose d’aussi énorme », dans une publication Facebook qui a été likée près de 8 milles fois. Il a aussi déclaré qu’il prenait « ses responsabilités » et ne prophétiserait plus sur les questions politiques pour se « concentrer » sur sa relation avec Jésus…..(2)

A noter que ces « prophéties » étaient encore considérées comme « des vraies », même après l’élection, notamment par les intéressés eux-mêmes, et plusieurs, y compris parmi mes connaissances évangéliques françaises, continuent de croire à une prétendue « fraude » électorale au profit de Joe Biden.

Pourquoi un tel revirement maintenant ? Tout simplement parce qu’il n’est plus possible de continuer à soutenir Donald Trump, après la condamnation généralisée et croissante des milliers d’émeutiers pro-Trump, envahissant le capitole le 06 janvier. A noter que, sauf erreur de ma part, les faux prophètes du Covid-19 [qui n’ont rien vu venir] ne se sont pas encore manifestés….(3)

Ceci dit, cette situation révèle une triple problématique, bien analysée par Julia Duin, dans cet article (en anglais) paru le 12/01/21 sur le site religionunplugged.com(4) :

1) L’abondance de « paroles du Seigneur » pour les élections [comme pour le coronavirus] et de faux prophètes,

2) Le fait de croire en ces « paroles du Seigneur » et en ces faux prophètes

3) L’incapacité à discerner entre la parole prophétique authentique et l’expression toute-puissante de son propre désir – ou comment prendre nos désirs pour la réalité et notre volonté pour celle de Dieu. De là, aussi, l’incapacité à ne pas croire que ces prophéties sont fausses [allant jusqu’à l’accusation de « traitrise et de lâcheté » des repentants], surtout quand ces dernières sont attestées comme telles.

Ainsi, quid de nos façons d’écouter Dieu ? Cherchons-nous des paroles prophétiques, de Dieu, pour savoir la vérité et connaître la volonté de Dieu ou les cherchons-nous pour obtenir [voir arracher] confirmation de ce que nous croyons savoir ? Autant de questions qu’il est essentiel de ne pas censurer.

Ensuite, théologiquement, spirituellement et moralement, « les excuses » de ces « prophètes »  suffisent-elles ? Premièrement, Dieu [vous pensiez que j’allais écrire : ….« est au contrôle » ?] connaît la réalité de cette repentance, et le temps nous permettra de voir se manifester le fruit de la repentance (cf Matt.3v8).

Deuxièmement, il ne serait être question d’évacuer le problème par de simples « excuses », mêmes publiques (pour recommencer à la prochaine élection ?) « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » est en effet une question difficile et particulièrement grave, que nous pose encore aujourd’hui Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est….. la mort (Deut 18v20) (5)

Les lecteurs des Ecritures Saintes se souviennent qu’il est aussi écrit « sur le premier volet des deux tables » de la loi : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture » (Deutéronome/Devarim 5v11), souligne Erri de Luca dans une courte méditation(6).  « Tu ne soulèveras pas le nom » : Rien à voir avec la version où on lit : « tu ne nommeras pas en vain ». On le comprend bien grâce à une autre ligne : « tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture (Lashàue) contre ton prochain » (Deutéronome/Devarim 5v20).   « Le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce [pour appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations, par exemple, « je le jure », ou  « ainsi dit le Seigneur ! »], et qu’on en porte tout le poids. ». Et « celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ».

C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité », car l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…) car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue] ». « Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. » En tant que croyants, témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique », et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » (au Nom) de Dieu, à l’instar de Job (de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8), et être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui « veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes ». Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » saura répondre par le verset 12 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Nous sommes effectivement des « étrangers (et locataires) au sol », habitant cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété ». 

Enfin, il semble se produire une véritable « cascade de repentances » publiques, de la part de ceux qui avaient prophétisé faussement.

Pour rappel, la vraie repentance consiste pour nous à être brisé par la tristesse infinie d’une situation où nous nous sommes compromis. C’est parce que nous comprenons à quel point notre péché risque d’abîmer notre relation à Dieu et aux autres, que nous sommes dans une profonde conscience de notre culpabilité. La repentance est donc une clé de la vie chrétienne, de la sainteté.

La repentance conduit au pardon et le pardon à la réconciliation, à la réparation et à la paix (non pas l’absence de ce qui dérange mais l’établissement de ce qui est bon. Et sans justice, pas de paix). Dieu pardonne le pécheur repentant et console celui qui a été blessé. (1 Jean 1v9 ; 2 Chron.7v14). Pierre, dans Actes 3v17, invite à la repentance en vue du pardon de Dieu, lorsque le peuple prend conscience de sa faute collective. C’est là le travail du Saint-Esprit, lequel, si on ne lui résiste pas, nous « convainc de péché, de justice et de jugement » (Jean 16v8), en vue de la repentance, pour obtenir le pardon de Dieu.

De là la finalité de la parole prophétique authentique, laquelle n’est pas « la prédiction de madame Soleil » annonçant fatalement un événement inéluctable (ou même « l’oracle » en mode « développement personnel »), mais celle qui nous conduit à la repentance. C’est ainsi qu’elle nous édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Et c’est parce qu’il sera authentiquement repentant au préalable que le prophète – qui écoute vraiment la Parole de Dieu et la met en pratique (Luc 11v28) – pourra être….authentiquement prophétique !

Dans le même ordre d’idée, notons qu’en Lévit.4, il est question des péchés involontaires, qui ne rendent pas les autres coupables, sauf quand il s’agit de ceux du souverain sacrificateur (Lévit.4v3). Et nous sommes tous souverains sacrificateurs, en tant que croyants en Christ ! Le plus responsable est aussi le plus coupable. Plus un homme est saint et plus la moindre de ses fautes, même involontaire, peut scandaliser/blesser les autres, ou les entraîner dans l’erreur ou l’idolâtrie.

Le souverain sacrificateur est celui qui prie et intercède tout le temps. Il sait que les fautes involontaires, même cachées et inconnues des autres, polluent et troublent la prière et le discernement de celui qui doit conduire le peuple, mais aussi l’amour de celui qui doit transmettre au peuple l’amour même de Dieu. C’est pourquoi il ne doit pas cesser de se repentir(7).

 

En bonus, cette pensée à méditer : « vouloir imiter Jésus Christ nous pousse à faire quelque chose qu’il n’a jamais faite : la repentance ».

 

 

 

 

Notes :

(1) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/11/comment-gerer-une-gueule-de-bois-post-electorale-ou-quand-mieux-vaut-perdre-un-vote-que-son-ame/

(2) Voir https://www.infochretienne.com/des-prophetes-americains-sexcusent-davoir-prophetise-a-tort-la-reelection-de-donald-trump/

Voir aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/25/doit-on-esperer-en-un-defenseur-de-la-chretiente-pour-des-questions-de-survie/

Quelques éléments de contexte : Le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine du 03 novembre 2020, Joe Biden, a été déclaré vainqueur samedi 07/11, après avoir franchi le seuil nécessaire de 270 grands électeurs, selon les résultats partiels transmis par les médias américains. Après l’annonce vendredi 13/11, au soir, des résultats qui manquaient encore, en Caroline du Nord et en Géorgie, Joe Biden l’emporte avec 306 grands électeurs contre 232 pour Donald Trump. Ce dernier refuse toujours de reconnaître la victoire de son adversaire.

Alors que Donald Trump tourne en boucle sur les réseaux sociaux en dénonçant des tricheries et fraudes massives, plusieurs autorités électorales américaines ont indiqué jeudi 12 novembre dans un communiqué commun, plus d’une semaine après la présidentielle, n’avoir trouvé « aucune preuve » de bulletins perdus ou modifiés, ou de systèmes de vote piratés.  « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont affirmé ces autorités locales et nationales en charge de la sécurité du scrutin – l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la sécurité intérieure, ainsi que le Conseil de coordination de l’infrastructure électorale et les Comités exécutifs de coordination de l’infrastructure électorale.

« Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit », soulignent-elles dans leur communiqué.  « Bien que nous sachions que notre processus électoral fasse l’objet de nombreuses affirmations sans fondement et de campagnes de désinformation, nous pouvons vous assurer que nous avons une confiance absolue dans la sécurité et l’intégrité de nos élections », insistent-elles.

Source : https://www.la-croix.com/Monde/Presidentielle-americaine-aucune-preuve-fraude-affirme-autorites-2020-11-13-1201124395. Voir aussi https://www.20minutes.fr/monde/2927543-20201208-presidentielle-americaine-cour-supreme-coule-derniers-espoirs-donald-trump?xtor=RSS-176 et https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-elections-la-cour-supreme-aneantit-les-derniers-espoirs-de-trump

Au final, Donald Trump et ses alliés ont essuyé plus de 50 échecs devant la justice, dont deux devant la Cour suprême, pour faire invalider les résultats dans certains Etats. Le 06 janvier 2021, le congrès certifiait le vote des grands électeurs, donnant vainqueur Joe Biden, nouveau Président élu.

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/

(4) https://religionunplugged.com/news/2021/1/12/charismatics-are-at-war-with-each-other-over-failed-prophecies-of-trump-victory?fbclid=IwAR1MfCSO-OZ5W8MaOl2gfSQIRTR7y-nKDBbobp15TRPAA5eqUWcVK6aWCmA

(5) Voir les critères de discernement d’une authentique parole prophétique ici https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/

(6) Cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/23/blaspheme-sans-remission/

(7) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/01/reconquerir-le-terrain-de-la-saintete-une-animation-biblique-pour-yom-kippour/

 

« Inculture au poing » : 3 idées reçues sur la lutte contre la pauvreté, avec Esther Duflo

Les aides sociales rendent-elles vraiment les gens paresseux ? 3 idées reçues sur la lutte contre la pauvreté menée en France, démontées par la Prix Nobel d’économie (2019) Esther Duflo, pour Brut.

 

Idée reçue 1 : Les aides sociales rendent les gens paresseux

« Ce qui est intéressant, c’est que si on se pose la question pour soi-même, en général, on ne donne pas la même réponse. On se dit : “Non, moi, si je recevais des aides, ça ne me rendrait pas paresseux. Mais les autres, oui” », assure Esther Duflo.

(….)

Idée reçue 2 : Les aides sociales, ça coûte cher et ça gaspille nos impôts

« En général, on exagère très largement la partie du budget qui va dans les aides sociales directement », informe Esther Duflo. Selon elle, il faut penser aux impôts comme une redistribution plus équitable et non comme du gaspillage.

(…..)

Idée reçue 3 : Une société sans inégalité sociales, c’est impossible

Esther Duflo se veut rassurante : « Il n’y a pas de loi économique qui dit qu’il faut qu’il y ait des inégalités dans le monde pour que le monde avance, il n’y a pas de nécessité économique aux inégalités. »

(…..)

La suite sur 3 idées reçues sur la lutte contre la pauvreté, avec Esther Duflo | Brut.

 

Aller plus loin encore : L’association ATD quart monde met à jour chaque année un ouvrage intitulé « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté » (Edition Quart Monde/Edition de l’Atelier, 2020). Basta ! s’en est inspiré, pour rappeler quelques évidences… trop souvent oubliées, nous invitant à démonter le mythe de « la France des assistés ».

Pourquoi certaines personnes vivent-elles dans la pauvreté ? Pour mieux appréhender cette problématique, le SEL nous propose de découvrir toute une série de dessins humoristiques évoquant plusieurs aspects de la question à partir de la Bible. Ces dessins sont donc à voir dans leur ensemble, comme les différentes pièces d’un puzzle.

Profitez-en aussi pour (re)découvrir notre étude biblique « Notre regard sur le pauvre ».

Le Discours

[Scène du film « l’Evangile de Matthieu », de la série « 4 Evangiles, les films », réalisé par David Batty, avec Selva Rasalingam dans le rôle de Jésus]

« Le plus célèbre et le plus long discours de Jésus, dit « des béatitudes », se trouve dans l’Evangile de Matthieu [ch.5] », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca dans son récit « Sur la trace de Nives »(1). « Jésus monte sur une montagne, non identifiée, et la foule s’accroupit autour de ses pentes ». La foule qui se réunit autour de lui « débordait de toute part », précise encore Erri de Luca dans un autre texte : « S’il avait voulu, il aurait pu en faire à ce moment-là une troupe à dresser contre l’occupation (romaine) »(2), boutant l’envahisseur hors de Palestine [et, pendant qu’on y est, allant jusqu’à investir le capitole ?]

« La terre d’Israël était usurpée » par ces « envahisseurs venus d’outre-mer », lesquels « avaient placé la grosse face ronde de Jupiter devant le temple sacré de Jérusalem, demeure du Dieu Unique et Seul ». Mais Jésus « ne dit pas un mot au sujet du temps, du temple et autres actualités (…). Il ne dit pas un mot sur l’occupation, les impôts, la profanation »(2), pas plus qu’il n’eut recours à un slogan de campagne, aux accents nationalistes, promettant de rendre Israël à nouveau grande. « Les espions disséminés dans la foule n’auraient rien de pimenté et de suspect à rapporter sur ce rassemblement » (2).

« Bienheureux fut le premier mot » du discours. « Il convenait à l’heure et aux sentiments de la foule, qui est heureuse de se trouver unie, dense et en toute sécurité. Bienheureux : ainsi traduisons-nous le mot ashré, par lequel commence » le livre des psaumes (« Tehillim »). Plus que « bienheureux », « ashré » annonce la joie, qui est plus physique et concrète que la béatitude spirituelle. Ainsi, par exemple, « joyeux » comme celui qui est guéri et qui savoure le retour de ses forces(2).

Après le premier mot, on s’attendait à ce qu’il poursuivre avec le reste du Psaume 1. Mais la suite fut un nouveau chant : « Heureux [ou joyeux] les abattus de vent », traduit de façon plus littérale que ce «Heureux les pauvres d’esprit ». Jésus utilise une expression d’Isaïe, prophète qui lui vient souvent à l’esprit.

Isaïe dit: «Haut et saint moi je résiderai mais moi je suis avec le piétiné et l’abaissé de vent et pour faire vivre un vent aux abaissés et pour faire vivre un Cœur aux piétinés » (57, 15). Isaïe invente l’image de l’abaissé de vent, « shfal rùah », pour qui est humilié, opprimé, la tête penchée au point de mettre son propre souffle à ras de terre, à hauteur de poussière. «Shfal rùah» est aussi le souffle court de l’alpiniste à haute altitude. Abattu de vent : à qui souffre de cette respiration haletante appartient le royaume des cieux(1).

Un frisson passa dans l’écoute. L’homme se tenait debout, bien droit, sur le point le plus haut de l’horizon, tout comme « Haut et saint je siégerai » du verset d’Isaïe, dans lequel c’est la divinité qui parle (…). Joyeux est l’abattu de vent, ainsi que le piétiné dans le cœur (…), parce que le verset d’Isaïe dit que (Dieu) est avec eux », comme l’homme debout sur la hauteur.

« Quand les premiers deviennent les abattus de vent, le pouvoir et son droit n’existent plus. C’était une annonce qui réchauffait le cœur sans l’armer de colère ou de révolte. Contester la vaine puissance, privée de fondement au ciel et donc parasite sur terre, ne valait plus la peine, n’avait plus de sens. Donnez à César tous ses symboles de grandeur, ce ne sont que des jouets d’enfants »(2).

« Du haut d’une montagne, Jésus, avec sa liste de joies, met le monde sens dessus dessous, place en tête du classement tous les vaincus. Il le fait au sommet d’une montagne parce que c’est le point le plus éloigné du sol, le plus proche du royaume qu’il promet » et parce qu’« une montagne » est « un endroit inhabitable, d’où il faut toujours descendre » (1)

Mais notre « discours chrétien » est-il « resté en altitude » ? Est-il « descendu dans la vallée » ? « Les derniers » sont-ils « restés à leur place », dans notre théologie et notre service ?

 

 

Notes :

(1)Erri De Luca «Sur la trace de Nives ». Folio, 2013, pp.66-68.

(2)Erri de Luca. Le discours IN « Une tête de nuage ». Gallimard, 2016, p 84-89

 

 

 

Contagion (de l’info et du virus) : l’intelligence des gestes barrières

Face à la « contagion » (du virus, mais aussi de l’info), l’intelligence… Source image : affiche du film de Steven Soderbergh (2011)

Avez-vous déjà vu « contagion » ? Ce film catastrophe au réalisme quasi-documentaire de Steven Soderbergh (2011, soit neuf ans après l’épidémie de SRAS et deux ans après celle du H1N1), avec Laurence Fishburne, Kate Winslet, Jude Law, Marion Cotillard, Matt Damon, Gwyneth Paltrow et bien d’autres, a connu un regain d’intérêt auprès du public en 2020 pour une raison bien compréhensible : dotée d’un bon scénario (sur les conseils d’un épidémiologiste de renom, Larry Brillant), cette production hollywoodienne suit en effet la progression d’un mystérieux virus mortel, le MEV-1, qui tue en quelques jours. Cela vous rappelle quelque chose ? A notre ère du pas encore post-Covid, « Contagion », en film factuel et peu enclin à l’emphase ou au spectaculaire, s’avère pertinent dans sa mise en scène de la propagation de l’information, autant que d’un virus(1).

De quoi ça parle ? 

Beth Emhoff, une femme d’affaires (Gwyneth Paltrow), retrouve son mari, Mitch (Matt Damon) et leur fils Clark chez elle, à Minneapolis, après un séjour à Hongkong. Malheureusement, elle revient de son voyage pâle et fiévreuse, et apparemment contagieuse puisque Clark montre déjà des symptômes lui-aussi. Mitch s’inquiète et il a raison : Beth n’a pas une grippette. Elle est en réalité victime d’une attaque virale fulgurante et meurt quarante-huit heures plus tard aux urgences. Quand Mitch rentre chez lui, il est déjà trop tard : Clark est mort aussi. Mitch est aussitôt mis en quarantaine puis relâché car il semble immunisé.

Très vite, l’épidémie prend de l’ampleur. Des cas similaires se développent aux Etats-Unis, avec les mêmes symptômes : une toux convulsive accompagnée de fièvre, puis des crises en rafale, une hémorragie ­cérébrale, et la mort. La maladie se répand sur tous les continents, provoquant plusieurs centaines de millions de morts.

Le département de la Sécurité Intérieure rencontre le docteur Ellis Cheever (Laurence Fishburne) pour savoir s’il s’agit d’une attaque bio-terroriste. L’épidémiologiste Erin Mears (Kate Winslet) est dépêchée sur place pour retrouver le « patient zéro » et mieux comprendre l’origine de ce virus mystérieux. Elle explique comment une telle épidémie a pu se répandre à une telle vitesse [« Un individu se touche le visage deux à trois mille fois par jour. Soit trois à cinq fois par minute. Il faut ajouter à cela le contact avec les poignées de portes, les fontaines à eau, les boutons d’ascenseur et les gens que nous croisons. »]….avant de contracter le virus à son tour.

Un bloggeur, Alan Krumwiede (Jude Law), se met alors à parler de théorie du complot, publiant les images d’une des premières victimes du virus sur son site web, avant de s’autoproclamer « voix du peuple » et pourfendeur du « Big pharma ». Il se prétend guéri grâce à un « remède miracle »,  le Forsythia – un traitement homéopathique – déclenchant au passage des mouvements de foules dans les pharmacies.

Moralité : « Face à la contagion, l’intelligence des gestes barrières ».

Le virus est mondial et ne saurait s’arrêter aux frontières, comme certains le pensaient pour le nuage de Tchernobyl (1986). Sa propagation, extrêmement rapide, est favorisée par l’interconnexion des réseaux commerciaux et touristiques. C’est le prix à payer d’une société mondialisée (manger des fraises « quand on veut », y compris en hiver ; passer une commande en un clic et être livré le lendemain……) mais aussi d’un monde privé de vie privée, où l’intimité est sacrifiée face aux déluges médiatiques (2).

[Attention, « divulgâchage », comme on dit : A la fin du film, le voile est levé sur l’origine exacte du virus : une chauve-souris, chassée de son habitat naturel par la déforestation (la faute à l’entreprise employant Beth Emhoff !), contamine un fruit mangé par un cochon qui sera manipulé, à mains nues, par un cuisinier hongkongais, pour finir dans l’assiette de Beth Emhoff….]

Enfin, la « contagion » est aussi celle du « buzz », lequel naît de la bêtise, ou de l’inconscience : bêtise (ou inconscience) d’Alan Krumwiede, qui fait le buzz avec son « remède miracle » [D’aucun verront une troublante coïncidence entre ce personnage de blogueur et l’infectiologue français Didier Raoult, qui joue aujourd’hui ce rôle de dissident en promulguant la chloroquine, jugée inefficace contre le Covid-19 (3)]. Bêtise des porteurs du virus qui, dans le film, semblent ignorer le principe même des gestes barrière, les uns toussant sans retenue au nez de leurs proches et les autres se côtoyant sans protection particulière. Parmi eux, Beth Emhoff, qui fait l’erreur de s’arrêter à Chicago pour tromper son mari et facilite ainsi la propagation du virus ; Erin Mears, qui comprend trop tard qu’elle n’est pas immunisée contre le virus de par son statut d’épidémiologiste…

On retiendra que, pour ne pas infecter les autres, il est possible de faire preuve d’intelligence. C’est à dire 1)de porter un masque quand c’est nécessaire, même si c’est contraignant [Et de comprendre qu’il n’est pas nécessaire d’attendre les règles du préfet ou du gouvernement pour savoir si nous devons mettre un masque et prendre les distanciations sociales. Nous respectons les consignes sanitaires en tant qu’individus majeurs, responsables et vaccinés(sic), conscients que « porter le masque protège les autres » et sans craindre « une atteinte à nos libertés »] ; 2)de se laver les mains régulièrement ; et, surtout 3) en évitant de se faire le relais de tout et n’importe quoi(4). Ce qui implique de prendre la décision d’en finir avec le réflexe de repartager des idées/informations toxiques (surtout celles non vérifiées et/ou lues « en diagonales »), et de pas (plus) s’y exposer.

L’intelligence (mais aussi l’humilité – face à l’orgueil de vouloir ou de croire « tout savoir », « tout contrôler » – et l’amour) reste donc le seul rempart contre la bêtise et notre seul vaccin contre le buzz. Il faut donc garder les yeux ouverts (faire preuve de discernement et de sobre bon sens), tout en « faisant un pacte avec nos yeux » (cf Job 31v1), s’abstenant de regarder, quitte à « arracher et à jeter loin de soi son œil droit », si celui-ci est pour nous « une occasion de chute » (Matt.5v29).  « L’oeil est la lampe du corps. Si ton oeil est en bon état, tout ton corps sera éclairé », dit Jésus (Matt.6v22).

Alors, pour 2021, « on arrête les bêtises » ?
Bande annonce du film : 
 
 
Notes : 
(1) Inspis pour le présent article : des analyses dans Critikat et le mag du ciné, ainsi qu’une explication du film.
(3) D’autant plus que ledit Didier Raoult admet en partie que l’hydroxychloroquine ne fonctionne pas….
(4) Ne pas relayer tout ou n’importe quoi, car les « infox » et autres théories du complot propagées sur Internet ont une influence sur les politiques de santé. Une étude a été menée dès 2009, lors de l’apparition de la grippe A (H1N1) : « quels effets pouvaient avoir les théories néoconspirationnistes, » démontrant « qu’il y avait bien un lien entre l’adhésion à une vision conspirationniste en matière de santé et un moindre recours aux pratiques de prévention recommandées par les pouvoirs publics.
De même, répandre des théories conspirationnistes sur la fraude électorale créé les conditions de violence politique, et plus particulièrement de la violence liée aux élections, comme cela a été le cas aux États-Unis, avec l’affaire des émeutiers du capitole.Des recherches universitaires ont montré que des discours politiques complotistes alimentent le risque de violences électorales. Les enjeux des élections sont très élevés, puisque c’est à cette occasion que se réalise le transfert du pouvoir politique. Lorsque des représentants du gouvernement rabaissent et discréditent les institutions démocratiques alors qu’un conflit politique est en cours, des élections contestées peuvent déclencher des violences commises par des foules en colère. [de même que lorsqu’on rabaisse et discrédite les institutions judiciaires, alors qu’un procès est en cours]

Pour un témoignage « chrétien », pas « crétin »

« Evangelicals explaining to the church martyrs how getting banned from social media for inciting violence is a violation of religious liberty and also persecution » (publié le 11/01 sur le compte twitter de « Not Permanently Banned Josh »). Source image : Mel Gibson assis aux côtés de Jim Caviezel, tous deux respectivement réalisateur et interprète principal du film « la passion du Christ » (2004)

Christianity Today, le principal périodique évangélique américain, s’interroge en ces termes : « Si les chrétiens diffusent des théories complotistes au sujet des élections [mais aussi, peut-on rajouter, du covid-19 – « qui ferait moins de morts » qu’une « grippette » – des vaccins ou des masques….], quelle crédibilité ont-ils lorsqu’ils annoncent la Bonne Nouvelle d’un Sauveur ressuscité? » [« If Christians are broadcasting conspiracy theories about elections, what credibility do we have when telling the world of the Good News of a resurrected Savior? »]

Pour ceux qui lisent l’anglais, c’est ici.

 

En parallèle, et en français, à lire, cet entretien inédit avec Stanley Hauerwas, accordé à l’équipe de l’hebdomaire Réforme.

Né en 1940 à Dallas, aux États-Unis, le méthodiste Stanley Hauerwas est l’un des grands théologiens protestants contemporains. Auteur prolifique, il a notamment consacré de nombreux travaux aux questions d’éthique. Peu de ses ouvrages ont été traduits en français, tels Etrangers dans la cité, co-écrit avec William H. Willimon (Cerf, 2016) et L’Amérique, Dieu et la guerre (Bayard culture, 2018). Dans cet entretien donné à Réforme à la fin de l’année 2020, il dresse un bilan sans concession des défis auxquels son pays est confronté, et expose ce qu’être chrétien signifie aujourd’hui dans un monde marqué par la pandémie. Ce constat du théologien, spécifique aux USA, où la Nation a remplacé la Réforme comme référence chez beaucoup de protestants américains, est-il généralisable ailleurs, par exemple dans notre beau pays ?

Extraits :

Quel est votre regard sur la situation inédite qu’ont traversée les États-Unis lors de la dernière élection présidentielle ?

Nous avons connu une crise constitutionnelle d’une extrême gravité. Comme toute démocratie digne de ce nom, la démocratie américaine repose sur l’État de droit, et l’État de droit a tant été malmené par Donald Trump que je crains qu’il ne soit difficile de s’en remettre. Le rôle qu’ont joué les chrétiens, tout au long du mandat de Trump, a été profondément ambigu. En le soutenant sans ambages, la droite religieuse et plus particulièrement les évangéliques se sont discrédités, au point que nous risquons d’assister je pense à la fin du témoignage évangélique aux États-Unis. Le problème, avec les évangéliques américains, est qu’ils sont américains avant d’être chrétiens, et on l’a vu de façon très nette dans leur soutien sans faille au président. Dans les années 1990, ces mêmes évangéliques tenaient un discours extrêmement critique à l’endroit de Bill Clinton, le président d’alors. C’était d’ailleurs justifié à bien des égards. Pourquoi n’ont-ils pas maintenu cette exigence avec Donald Trump ? Pourquoi ont-ils fermé les yeux sur chacune de ses frasques ? Voilà ce dont je parle quand j’emploie le mot « ambigu ».

(….)

Quelles devraient être les priorités pour l’Église aujourd’hui ?

C’est une bien vaste question, mais si je devais choisir un élément de réponse, je parlerais du commandement nous enjoignant à ne pas mentir. Car si mettre en œuvre la non-violence est chose exigeante pour le chrétien, parvenir à rester honnête et fidèle toute notre vie à une même personne n’a rien d’une évidence. (….) Maintenir, tout au long de notre vie, des relations honnêtes, sincères, est un grand défi pour les chrétiens.

(….)

Quel serait votre conseil pour les Églises chrétiennes, alors que le christianisme est en déclin aux États-Unis ?

Mon conseil serait le suivant : cessons de nous lamenter sur la perte d’influence politique et sociale des Églises, prenons cela comme la façon qu’a choisie Dieu de rendre à l’Église sa liberté. Et sur un plan plus individuel, demandons-nous chaque jour comment vivre de manière à ce que le témoignage d’un sauveur mort sur la Croix puis ressuscité détermine le caractère même de nos vies. Je vois cela comme un don, un don que nous devrions célébrer dans un monde qui ne croit plus qu’il est béni.

L’essentiel de l’entretien à lire ici.