Retrouver la joie de prier

Une invitation décomplexante et stimulante

Voici un petit livre décomplexant, en ce qu’il ne s’adresse pas à ceux qui savent prier, les experts « es prière », ou à ceux qui, décomplexés, pratiquent ce qu’ils appellent « prière, mais qui n’est en réalité qu’un monologue sans fin.

Bonne nouvelle : il s’adresse à tous ceux qui, comme moi, ne savent pas prier ou ayant longtemps fui la prière. En effet, constate Michael Reeves, son auteur, qui se met dans le lot, « nous ne sommes pas doués pour la prière. C’est malheureusement vrai pour la plupart d’entre nous, et cela ne devrait pas nous étonner », car « nous sommes tous pécheurs » (1). Et nous connaissons « l’ami des pécheurs », Jésus-Christ (1), et qui, du pharisien et du publicain venus au temple pour prier, est reparti justifié.

Il ne s’agit pas non plus d’un manuel sur la prière.

Il s’agit d’une invitation stimulante et bienfaisante à « retrouver la joie de prier », joie que l’on a pu perdre, en étant trop centré sur la prière perçue comme « une chose que le chrétien doit faire » ou comme un domaine dans lequel nous devons progresser….A ce stade, lorsque la prière est tellement centrée sur elle-même ou sur celui qui prie, au point que celui avec qui je suis censé être en relation ne compte plus, alors ce n’est déjà plus une prière….

Au contraire, rappelle Michael Reeves, citant une expression de Jean Calvin, « la prière est le principal moyen d’expression de la vraie foi », que nous accueillons avec reconnaissance, et le principal moyen de la confiance authentique dans le Dieu vivant et vrai, lequel est un Dieu relationnel parce que « Trine », Père, Fils, Saint-Esprit.

« Prier, c’est encore respirer »(2). Pas plus qu’on ne respire l’oxygène ou l’azote isolés, pas davantage le souffle de la prière ne s’alimente isolément de Dieu.

La prière consiste donc à s’en remettre à un Père bon et puissant « au lieu d’être livré à une effrayante solitude où tout dépend de nous. La prière, c’est l’antithèse de l’autonomie. Elle est notre non à l’indépendance (et à) l’ambition personnelle » (3)

Le livre est très court (61 pages). Sans doute pour mieux nous inviter, non à « causer » sans fin de la prière, mais à vite rejoindre Dieu, lequel nous attend déjà, pour « causer » avec Lui en toute assurance et confiance, dans la liberté d’un enfant de Dieu devant Son Père, qui ne cherche plus à obtenir ou à arracher quelque chose, mais qui apprend à recevoir.

 

En bref : « Retrouver la joie de prier », de Michael Reeves. Editions Cruciforme, 2020. Reçu gracieusement de la part de BLF éditions, que je remercie. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

 

Notes :

(1) « Retrouver la joie de prier », de Michael Reeves, p 1, 17

(2) Comme l’écrivait Kierkegaard dans son « Traité du désespoir » (pp 105-106)

(3) Michael Reeves, op., cit., p 43

Exercices spirituels

« Seuls ensemble » ou quand, dans un nouveau régime connecté, une gare, un café, un parc (ou une église ?) n’est plus un espace commun, mais un endroit où les gens sont rassemblés mais s’ignorent….

« Quand je me réveille, avant toute chose je consulte mes mails. avant de dormir, je les lis une dernière fois. J’ai fini par me rendre compte que prendre connaissance de nouveaux problèmes et impératifs professionnels n’était pas la meilleure façon de commencer la journée, ni d’ailleurs de la finir. Mais je n’ai pas changé mes habitudes pour autant, même si celles-ci ne me conviennent pas », nous partage l’anthropologue Sherry Turkle dans « Seuls ensemble » (1)

Cette dernière « fait (alors) part de (son) irritation grandissante à une amie, une femme de soixante-dix qui médite chaque matin sur un passage de la Bible, une habitude prise lorsqu’elle était adolescente.  Cette amie m’avoua qu’il lui était de plus en plus difficile de commencer ses exercices spirituels avant d’avoir regardé ses mails. Pour elle, le fait de repousser le moment de consulter sa boîte de réception faisait désormais partie intégrante de son acte de piété (2). et comme moi, elle perdait le sommeil en lisant ses mails chaque soir avant de se coucher »

Un peu plus loin, dans le même ouvrage, Sherry Turkle souligne que « nous avons l’impression d’être des versions améliorées de nous-mêmes lorsque nous sommes en ligne. Ceci fait écho aux moments où quelque chose de plus se passe avec les robots [dits « sociaux »]. Mais dans les deux cas, ces moments superlatifs peuvent nous laisser avec des vies appauvries. Les robots et la connectivité (…)représentent deux chemins possibles vers une forme de retrait relationnel. Avec les robots sociaux, nous sommes seuls, mais nous recevons des signaux qui nous disent que nous sommes avec autrui. En réseau, nous sommes avec autrui, mais nous attendons si peu des autres que nous pouvons finir par nous sentir complètement seuls. Et nous courons le risque de considérer à terme autrui comme un simple objet auquel on accède, juste pour y trouver ce qui semble utile ; du réconfort ou du divertissement »(3).

Aïe ! C’est ce qui me motiverait dans mes « temps d’intimité avec Dieu » ?

 

 

Notes :

(1) Turkle, Sherry. « Seuls ensemble : de plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines ». Editions L’Echappée, 2015, pp 243-244. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes (et vraies) librairies.

(2) A noter qu’il est aussi prévu, dans la Bible, un jour de cessation en fin de semaine, le Shabbat. Institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais, le Shabbat est un bien collectif et la propriété commune de tous ceux qui partagent la vie commune. La « cessation » s’étend donc à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale – – aujourd’hui, l’on pourrait intégrer nos ordinateurs et téléphones portables, en les éteignant –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi.

(3) Turkle, Sherry. op. cit., p 244.

« Croire » se conjugue au participe présent

« Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur ».

Un athée, de « theos » (Dieu) et « a » (alpha, dite privative), est celui qui « se prive de Dieu, de l’énorme possibilité de l’admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s’exclut de l’expérience de vie de bien des hommes. Dieu n’est pas une expérience, il n’est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience [cf Actes 2v42-47 et 4v32-35]. L’athée la croit affectée d’illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l’humanité », écrit l’écrivain napolitain Erri de Lucca dans « Participe présent » (IN Première heure, Folio, 2012, pp 16). Lui-même ne se définit pas comme « athée » mais comme « un homme qui ne croit pas ».

Par contraste, poursuit-il, « le croyant n’est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l’équilibre et l’équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie ».

Erri de Luca est donc « un homme qui ne croit pas ». Mais « chaque jour », il se « lève très tôt » et « feuillette pour (son) usage personnel l’hébreu de l’Ancien Testament qui est (son) obstination et (son) intimité ». Mais « dans tout cela », il « reste non croyant », « quelqu’un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée », se disant incapable de « s’adresser », de « tutoyer le livre et son auteur ».

En parlant du pronom « tu », il nous parle alors de Job, « car dans son livre le tu est le point le plus haut de sa relation avec Dieu. On lit à la fin du livre un long monologue de Dieu qui s’adresse à son Job. A la fin, il dit à un de ses amis qui se sont efforcés de consoler l’affligé : ma colère s’est enflammée en toi et tes deux compagnons car tu n’as pas parlé de moi correctement comme mon serviteur Job (Job 42v7). En quoi les trois amis de Job ont-ils commis une faute, en parlant de Dieu à leur compagnon ? Parce qu’ils n’ont pas parlé neconà, correctement ? Et pourtant, ils ont développé une vaste théologie, ils ont tenté de faire entrer le malheur survenu à leur ami dans un dessein divin de récompenses et de justice [ce que l’on appelle « une théologie de la rétribution »]. Ils ont réprouvé les réclamations de leur compagnon et lui ont même reproché sa protestation contre Dieu. Ils ont ainsi au contraire, et carrément, provoqué sa colère.

Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire (au v20 du chapitre 7, il l’appelle notzer Adàm, sbire d’Adam, en faisant la caricature sarcastique de Iotzer Adàm, celui forme Adam), lui, en revanche, a parlé neconà, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Il s’adresse à lui avec le pronom de proximité, de l’urgence. Il ne le fait pas tout de suite, mais brusquement en plein chapitre 7 par une invocation directe, qui tranche avec ses lamentations précédentes et qui se traduit par un tu impératif, enfiévré et insolent : souviens-toi que ma vie est vent. Ici commence le tu pressant envers Dieu, le tu frontal qui le réconfortera et le justifiera. Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Ils restent dans leur retranchement, parlant de Dieu à la troisième personne, ne parlant jamais avec Dieu. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Au verset qui suit celui de son reproche aux trois amis, Dieu leur ordonne, à ceux qui n’ont pas parlé neconà, correctement (il le répète), un sacrifice d’animaux qu’lls offriront par l’intermédiaire de Job, qui devient pour eux comme un prêtre [ce que Job était déjà pour ses enfants, au chapitre 1. Sauf que, contrairement à ce qui se fait d’habitude, Job le prêtre n’offrait jamais de sacrifice pour lui-même !]. Eux qui n’ont pas adopté le tu avec Dieu, qui ont parlé de lui à la troisième personne, devront s’adresser à une troisième personne, à Job, pour transmettre à Dieu l’offrande expiatoire ».

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres. Celui qui croit tutoie Dieu, s’adresse à lui en parvenant à trouver en lui le sens, le hurlement ou le murmure, le lieu, église ou maison, ou air libre, l’heure, pour se détourner de lui-même et se placer vers son propre orient. A la lettre, l’orient est le lieu où reconnaître sa propre origine, où éprouver une appartenance et un lien avec le reste du monde créé ». Ceux qui ne croient pas peuvent certes en parler, car ils le lisent dans les Saintes Ecritures, le rencontrent autour de lui dans la vie des autres, des croyants, mais gardent « la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation ».

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

« Les trois amis, et aussi le quatrième, Elihou, venu s’ajouter à la fin de leur entretien et du livre [quoiqu’aucun reproche de Dieu n’ait été signalé à son sujet], offensent Dieu, car ils ne s’adressent pas à lui en tant que croyants, mais parlent de lui comme des avocats défendant un de leurs clients [se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine orthodoxie]. Il est vrai que toute la théologie parle de Dieu à la troisième personne, mais elle possède et pratique, tout en spéculant à son sujet, le tu de la prière, alors que les amis de Job face à sa douleur ne s’adressent jamais à Dieu pour qu’il le secoure, mais défendent toujours la peine et la torture infligées à leur ami, au nom d’une justice infaillible qui ne frappe pas au hasard, encore moins à tort.

Pour Dieu, au contraire [au regard de ce que nous enseigne le livre de Job], même le blasphème est un tu et il (ne semble) pas considéré comme une faute quand il jaillit en pleine douleur ». Il le sait bien, puisqu’il est notre père. Nous sommes l’argile, c’est lui qui nous façonnes, tous nous sommes l’ouvrage de sa main cf Esaïe 64v7.

« Quand cette matière se trouve sous la pression de la douleur », retentit alors « ce tu de Job » : « Rappelle-toi : tu m’as façonné comme une argile, et c’est à la poussière que tu me ramènes » (Job 10v9).

Mais, rajouterai-je, le croyant sait qu’il a « un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu ». C’est pourquoi il tient ferme la confession de foi. « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour un secours en temps voulu ».(Hébr.4v14-16)

 

 

La vraie jouissance

« Plaire à Dieu », c’est simple comme un verre d’eau ! (Source image : public domain pictures)

« Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes…. » (Ps.51v16)

« Discernez ce qui plaît au Seigneur » (Eph.5v10)

« La vraie jouissance n’est pas dans ce dont nous jouissons, mais dans l’idée que nous nous en faisons. Si j’avais pour me servir un esprit obséquieux qui m’apporte, quand je lui demande un verre d’eau, une coupe remplie d’un délicieux mélange de tous les vins les plus rares du monde, je le mettrais à la porte, jusqu’à ce qu’il apprenne que la vraie jouissance n’est pas dans ce dont je jouis, mais dans ma volonté exaucée. » (Kierkegaard. Ou bien…Ou bien…. Gallimard, 1943, p 27)

« Ma nourriture », dit Jésus, «  c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4v34)

« L’Eglise d’après » : c’est demain

Il est encore possible de rejoindre la réflexion collective pour penser « l’Eglise d’après »…jusqu’à quand ? ( Source : Pixabay)

Nous en avions parlé ici-même, ces jours-ci : sous l’angle de ce qui va, peut ou doit « Mourir, survivre ou vivre », la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît » aura lieu les 08-09 mai, par zoom. Organisé par les Attestants, avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger et bien d’autres.

Pour participer, il est nécessaire de s’inscrire.

 

L’acte du mois : penser ensemble « l’Eglise d’après »

« L’Eglise qui croît…quand même ! » Troisième édition les 8-9 mai 2020 pour penser « l’Eglise d’après » la « corona-crise » (Source image : public domain pictures)

A la veille de la première vague de déconfinement, les 8 et 9 mai 2020 aura lieu la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît », avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger et bien d’autres.

Cette conférence était initialement prévue en présentiel à Paris et consacrée au « réveil » et à la croissance selon l’Evangile.

(Heureuse) surprise, les organisateurs – quatre Eglises Attestantes(1) : du Marais, de Belleville, de Cergy et de Saint-Germain-en-Laye – ont décidé de changer de fusil d’épaule, vu le contexte, pour nous inviter à réfléchir ensemble par zoom « sur ce qui va, peut ou doit mourir, ce qui va, peut ou doit survivre, et ce qui va, peut, ou doit vivre avec les défis que nous lance la Corona-crise ». Et ce, en partant du postulat suivant  :

« Un vrai Réveil de l’Eglise n’a de sens que si les dons spirituels qui sont reçus de Dieu sont accompagné d’un fruit :
– à l’échelon individuel le fruit de l’Esprit de Galates 5
– à l’échelon collectif un changement social, culturel, politique, économique, sociétal, moral, de la société alentour.

Sinon c’est un simple retour du religieux… »

 

Trois modules de 2h : conférences et ateliers en ligne

Plus d’informations ici et inscriptions .

 

 

Note :

(1) Attestants : mouvement de chrétiens confessants né en 2015 « du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ». De fait, les Attestants « partagent une même foi au Père créateur, au Christ Seigneur et sauveur, à l’Esprit Saint consolateur et puissant. Ils enracinent leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne n’exclut pas mais implique une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie ».

« Courant de conviction parmi d’autres dans l’EPUdF », ils souhaitent « promouvoir une façon de vivre la foi, la vie de famille, la formation, à la lumière d’une lecture exigeante de l’Evangile ». Ils se veulent, notamment, « force de proposition en matière de prière, de lecture de la Bible, d’édification pour la foi, de formation, d’accueil des plus humbles ».

Découvrir leur site et mes articles sur les Attestants.

 

 

 

 

Ce qui remporte la victoire (Kierkegaard)

« Ce n’est pas la vitesse mais la vérité qui remporte la victoire ! » (Source : public domain pictures)

« Nous ne nous pressons pas, quand on lutte pour la solution d’un problème, on ne lutte pas comme dans les courses d’un stade [ou la course au scoop !] et ce n’est pas la vitesse mais la vérité qui remporte la victoire » (Kierkegaard. Miettes philosophiques. Seuil, 1967, p 91).

Et la vérité est en effet souvent plus lente que les mensonges, les rumeurs ou les ragots !

Quand « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presque une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai… »

Les Evangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans le monde » en tant que « témoins fidèles et véritables », ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (1 Cor.13v1) ?

Entre le livre de Malachie et l’Evangile selon Matthieu, soit entre les deux testaments, se fait un silence prophétique de 400 ans (1).

De nos jours, c’est plutôt le contraire. Notre ouïe moderne n’est pas seulement « caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine », au point où « le silence (d’) aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe » (2)

Notre ouïe spirituelle est aussi – et surtout – agressée par le bruit assourdissant dû à l’inflation de « paroles de Dieu » de toutes sortes. En effet, commente ironiquement l’internaute Éliane C. le 28 mars 2020, en réaction à un article publié sur le blogue Le Sarment, « Dieu n’a jamais autant parlé du Coronavirus depuis que [ce dernier] a quitté la Chine. Tant que le virus était en Chine, c’est comme si Dieu [ne s’en préoccupait pas] » (3).

Quelles sont donc ces « paroles de Dieu » ? « Dieu a-t-il réellement dit » (à propos du covid-19) ?

Si nous partons du principe biblique qu’il est de la responsabilité de l’assemblée (l’Eglise) d’évaluer ou de jauger les prophéties rendues publiques (cf 1 Cor.14v29), « jaugeons » donc.

Mais avant de considérer le contenu, considérons d’abord quelques principes.

Ainsi, « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » (4)

C’est une question difficile et particulièrement grave, que pose ici Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est la mort (Deut 18v20).

Premier critère pour reconnaître le faux prophète : c’est Dieu qui prend l’initiative de parler et non le prophète qui obtient une révélation par « une technique » appropriée. Le prophète Jérémie souligne l’importance de la Parole de Dieu (« du froment ») face aux visions et aux songes (« de la paille ») cf Jer.23v28.

En 1 Samuel 28, un « Samuel défunt » parle au nom de Dieu grâce à l’invocation de son esprit par une sorcière…sauf qu’il n’est pas certain que ce soit Samuel qui parle, d’autant plus que cette demande de Saül auprès de la voyante (dont le texte dit clairement qu’elle a un esprit mauvais) est clairement défendue par Dieu (« Qu’on ne trouve chez toi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts » cf  Deutéronome 18v10-11). Saül lui-même ne pouvait pas l’ignorer puisque c’est lui-même qui a promulgué cet interdit sur le royaume.  D’autre part, Saül n’apprend rien qu’il ne sache déjà de cette invocation et n’en retire rien, à part du trouble….

Deuxième critère : ce qu’annonce le vrai prophète arrive vraiment (« Si ce que le prophète dit au nom du Seigneur ne se produit pas… alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur »Deut 18v22).

En comparaison, au début de mars 2020, le prophète Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique….

Lance Wallnau, également prophète et auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent »(5).

Troisième critère : le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6)

Quatrième critère : Dans sa polémique contre les faux prophètes, Jérémie met en avant leur appât du gain. Cette critique peut être associée au reproche – d’une actualité troublante – d’un discours flatteur qui vise à plaire à ceux qui les protègent et les rémunèrent.

[« Ainsi parle l’Éternel des armées : n’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous prophétisent ! Ils vous entraînent à des choses de néant ; ils disent les visions de leur cœur et non ce qui vient de la bouche de l’Éternel. Ils disent à ceux qui me méprisent : l’Éternel a dit vous aurez la paix ; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur il ne vous arrivera aucun mal »  – Jer 23v16-17]

Les prophètes, fonctionnaires royaux, évitaient d’annoncer des choses désagréables pour le roi. Le faux prophète cherche à sécuriser le peuple et le roi, plutôt qu’à les conduire à la repentance. L’indépendance (par rapport au pouvoir) et le désintérêt du prophète (sa mission est-elle d’intérêt général ou privé, lucrative ?) sont donc des critères.

En guise d’illustration, l’internaute  Éliane C. rappelle encore (3)que, comme « chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents auprès du Président Trump, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) pour la nouvelle année, [lesquels sont toujours identiques] à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères. Et bien sûr 2020 n’a pas manqué à l’appel ». [L’on peut donc se demander] s’ils allaient revenir sur leurs prédictions, vu ce qui se passe et qu’ils n’ont apparemment pas vu venir (….). On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties aux USA est l’argent, l’économie ou le succès du président (6)(7)

« Mais cette inflation de paroles prophétiques ne se produit pas qu’aux Etats-Unis. En France aussi, tout le monde rêve, songe ou reçoit des messages du ciel sur le Coronavirus. En France les songeurs et prophètes y voient un jugement (sans que ce soit d’ailleurs toujours les mêmes choses qui soient jugées) tout le monde prêche sur le coronavirus ou fait des vidéos et bientôt des livres sortiront pour expliquer pourquoi le Coronavirus (un vrai produit marchand qui fonctionne et certainement rapportera), tandis qu’aux USA on y voit un tremplin pour une pandémie de bénédictions et de libération de gloire et de prospérité à venir.

Cinquième critère : Les faux prophètes peuvent se reconnaître à leur comportement (« Mais chez les prophètes de Jérusalem, j’ai vu des choses horribles. Ils sont adultères, ils marchent dans le mensonge ; ils fortifient les mains des méchants… » (Jer 23v14), mais parfois Dieu brouille lui-même les cartes en envoyant un esprit de mensonge (cf. 1R 22v19-23) parmi les 400 « prophètes professionnels » du roi Achab, au temps du Prophète Michée.

« Quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (3).

Selon 2 Thes.2v10-12, Dieu peut envoyer « une puissance d’égarement », pour croire au mensonge, « afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Ainsi, c’est Dieu lui-même (et non l’ennemi) qui soumet aux esprits de séduction de d’égarement (ces esprits qui lui sont aussi soumis) ceux qui ne sont pas disposés à entendre la vérité et dont le cœur n’a pas appris à aimer cette vérité pour ce qu’elle est (souvent simple et sans artifice). Nous sommes séduits à cause des penchants de nos cœurs, soit ce que nous considérons comme ayant de la valeur, nos idoles et finalement nos trésors. (3)

En résumé, si nous considérons les critères bibliques pour reconnaître un vrai prophète, nous disposons donc des mêmes critères pour jauger le faux prophète – Dieu ne lui a pas demandé de parler, ce qu’il annonce n’arrive pas et il incite à aller vers d’autres dieux (Deut.13v1-5 ; Deut.18v20-22). Soulignons toutefois que la controverse entre Hanania et Jérémie (Jer.28) nous incite à la prudence dans notre évaluation, nous mettant en garde contre tout jugement précipité. Nous ne pouvons qu’être attentifs et prêts à nous interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins ! (4)

A noter encore que la fausse prophétie, non biblique, écrase et démolit, sous ses dehors fatalistes et inéluctables, alors que la prophétie biblique véritable édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses.

Ces passages soulignent que les faux prophètes sont, par ailleurs, « un test » de Dieu pour éprouver notre fidélité et notre amour pour Lui.

Ceci dit, pour en revenir au constat du point de départ, qu’il s’agisse de «  prophéties de succès » (USA) ou de « jugement » (France), « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presqu’une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai et serrer cette parole comme une perle rare de grand prix ! » (3)

En effet, « silence dans toute chair, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute ». Mais « Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».(2)

 

 

Notes :

(1) Voir « Dieu est-il resté silencieux entre les deux testaments ? »

(2) Voir Erri de Luca. « avoir de l’oreille » IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002, pp 24-25.

(3) Voir https://lesarment.com/2020/03/covid-19-comment-certains-predicateurs-ont-ils-reagi-face-a-la-menace-de-pandemie/

(4) Le développement sur les critères d’évaluation des prophètes s’inspire en partie de la trame de cette étude biblique.

(5) Voir comment certains prédicateurs ont réagi face à la menace de pandémie ici, ici ou . Avec cet autre exemple de déni délirant !

(6) Morceaux choisis :
« Rayons d’espoir pour l’économie et notre avenir »[qu’il sera possible et facile d’éprouver dans les temps à venir] dit entre autre ceci à propos du Coronavirus : « Ici aux États-Unis, je sens que cela va créer une formidable opportunité de voir à nouveau la croissance, en particulier dans le secteur manufacturier de notre économie. Je sens que le président Trump commencera à mettre en œuvre de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises désireuses de ramener la fabrication aux États-Unis. Encore une fois, nous serons fiers de dire «Made in USA». Cette résurgence assurera une réélection du président et du vice-président en novembre 2020. Je vois cela comme une formidable opportunité car il y aura une « libération en deux parties » dans notre économie, et d’ici la fin de 2020, le marché boursier augmenter à nouveau; en particulier, j’ai vu le Dow Jones atteindre la barre des 30 000.Dieu restaure toutes choses pour un temps comme celui-ci, un temps de grand transfert de richesse. Dieu nous donne la sagesse et la créativité pour créer la richesse, l’innovation et l’invention. Le Seigneur nous demande d’entendre ce que l’Esprit du Seigneur dit plutôt que l’esprit de peur, donc nous ne manquons pas cette occasion de créer une ressource du Royaume qui fera avancer son Royaume avec amour, grâce et puissance. » [Ici, « rien de nouveau sous le soleil », vu que la secrétaire d’Etat française, madame Pannier-Runacher, a déclaré bien officiellement sur CNews le 20 mars que les Français ont bien tort de s’inquiéter pour leur avenir, puisque « c’est le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui »]

Une autre prophétie, dont le titre est « Président Trump, les nations et le coronavirus », dit entre autre ceci :
« Par souci de clarté, si le président Trump a agi comme un (goujat), a regardé d’autres femmes, a été brutal dans ses réponses à celles qui l’attaquent, a été réactif ou a échoué dans le « fruit de l’Esprit » dans de nombreux domaines — AUCUNE DE CES questions en comparaison . Il n’était pas appelé à être votre pasteur – allez à l’église pour ça. Il a été appelé à être votre président et il remplit cette mission. De plus, il le fait mieux que N’IMPORTE QUEL président américain précédent. Sa position sur les questions ci-dessus est légendaire dans les annales du ciel et le sera finalement sur Terre.
Les cinq ci-dessus ne sont pas non plus les seules choses héroïques qu’il a faites. Ses mouvements avec l’économie ont changé la donne, et c’est ce qu’il a fait pendant que de grands ennemis essayaient activement de tuer l’économie dans leur tentative de faire dérailler la mission donnée par Dieu à Trump. Le coronavirus en fait partie, mais il échouera également, car Dieu a choisi Trump pour l’emporter sur l’ennemi, mouvement après mouvement. Même lorsque Trump se sent dépassé et ne sait pas comment procéder, Dieu transforme toujours ses décisions sans conviction / incertaines en « home run ».

Voir d’autres prophéties sur le Coronavirus : https://www.elijahlist.com/words/display_word.html?ID=23383 

(7) Voir la réflexion de Jean-René Moret, pasteur suisse : « qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent…..» cf https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/nom-argent-toutpuissant/story/20838093

 

 

 

 

« The sound of Silence » Feat. The Maccabeats

La célèbre chanson de Simon et Garfunkel (1964), sur l’incapacité des gens à communiquer entre eux, est ici revisitée de manière inattendue par le groupe « The Maccabeats »[groupe de jeunes chanteurs juifs américains, de milieu universitaire], pour nous inviter à marquer un arrêt – c’est le sens du mot shabbat.

La deuxième chanson qui suit, à partir de 3’21 », est « Lekha Dodi » (version chantée par le même groupe ici), un des hymnes les plus populaires de la liturgie juive, pour « accueillir le shabbat ».

Méditation biblique :

Apoc.2v19 : « Je connais tout ce que tu fais, ton amour, ta foi, les services que tu rends et ta patience, et maintenant, tu fais encore plus de choses qu’au début ».

Psaume 46v11 : « arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu »

Zach.2v17 : « Que chacun fasse silence en présence du Seigneur ! »

Comment ces versets font-ils écho en vous ?

Deut.5v12-15 rappelle que le Shabbat, jour de cessation, a été institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais. Le Shabbat est aussi un bien commun, puisque la « cessation » s’étend à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi.

Alors, « Shabbat shalom » !

Souffrance intérieure du chrétien : « Jusques à quand ? »

Une réflexion rafraîchissante et édifiante sur le phénomène de la souffrance du chrétien

Une recension du livre de Pascal Denault : Le côté obscur de la vie chrétienne : Les doutes de la foi, la dépression de l’âme et le manque de croissance spirituelle, par mon frère Pierre-Louis. Qu’il soit remercié pour ce partage, comme je remercie BLF éditions de m’avoir gracieusement envoyé l’ouvrage en « service presse » !

La vie en Christ n’est pas toujours rose !

Au Psaume 13, la Bible illustre un phénomène que tout converti expérimente – tôt mieux que tard – lorsqu’il décide de faire de Christ son Chemin. David s’écria lui-même : « Jusques à quand, Eternel ! m’oublieras-tu sans cesse ? ». Bienheureusement, son psaume termine en allégresse, et l’Eternel ne laisse pas David sans réponse à ses doutes profonds.

Dans son ouvrage Le côté obscur de la vie chrétienne : Les doutes de la foi, la dépression de l’âme et le manque de croissance spirituelle, publié aux Editions Cruciforme, Pascal Denault, pasteur de l’Eglise évangélique de Saint-Jérôme au Québec [et par ailleurs « hérault dans le net »], accompagne le disciple de Christ – lui-même étant appelé à « faire des disciples » – dans une réflexion rafraîchissante et édifiante, autour des trois problèmes éponymes cités en titre, et plus largement sur le phénomène de la souffrance du chrétien.

Cet ouvrage amène le lecteur, sur la base d’une lecture méditative et d’une étude approfondie des Ecritures, à fonder et étayer sa pensée et s’outiller spirituellement et pratiquement pour traiter de manière appropriée la souffrance d’une âme non-encore parvenue à son complet renouvellement. Les problématiques-clés qui sont mises en avant ne le sont pas par le fruit du hasard, elles sont bien souvent des échardes douloureuses, tant pour ceux qui les expérimentent que pour les pasteurs et leaders chargés de soigner les âmes dans l’Eglise.

Levons le voile.

 

  1. « Je ne suis pas certain d’être sauvé. »

Le psaume 88 est un passage de choix pour présenter ce premier « dénominateur commun » des souffrances dans l’âme du chrétien. L’auteur y expose tout d’abord la différence entre le salut – un fait accompli à la croix de Jésus-Christ au bénéfice de celui qui met sa foi en Lui – et l’assurance du salut – aptitude spirituelle qui se travaille et grâce à laquelle le chrétien trouvera progressivement la sécurité de son âme.

Ainsi, l’auteur nous met face à deux aspects du salut :

  • Ce pour quoi nous sommes inutiles, c’est ce que Jésus-Christ a accompli une fois pour toute. En souffrant la croix, il a reçu à notre place le châtiment qui nous était réservé depuis le péché d’Adam.
  • Ce dont nous avons la responsabilité pour le bien de notre âme et pour le témoignage de l’Esprit en et au travers de nous, c’est de nous approprier subjectivement l’œuvre de Jésus-Christ. Concrêtement et sous forme interrogative : « Ma foi est-elle fondée et solidement ancrée dans l’œuvre que Christ a accompli à ma place sur la croix pour la rémission de tous mes péchés ? » « Est-ce que je vis ou bien est-ce que c’est Christ qui vit en moi ? » « Ai-je bien reçu le Saint Esprit et quel est son témoignage en moi ? »

A mon sens, le lecteur est ramené dans cette première partie à « ce dont il a toujours eu et aura besoin », l’Evangile de Jésus-Christ. Cet Evangile soutient la foi, guérit l’âme, et encourage le croyant. Il lui rappelle d’où provient sa foi et vers quoi elle le mène. Si nous croyons qu’un jugement dernier vient et que Christ nous a sauvé de la colère à venir, non-seulement en nous rachetant par son sang précieux, mais aussi en nous donnant une vie abondante en Lui, nous trouvons là notre exhortation à le chercher, à le connaître et à le servir de toute notre être.

Boîte à outil. Le lecteur trouvera dans cette partie une méthode directement issue des Ecritures pour « tester son salut » : sonder son cœur pour savoir si Christ est en lui (2 Corinthiens 13 v.5). Ainsi, il trouve la preuve de son élection.

 

  1. « Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit. »

Le deuxième volet de son ouvrage, Pascal Denault nous amène à considérer le cas du chrétien en proie à la dépression spirituelle, un état de tristesse profond et complexe, dont la provenance est difficile à déterminer.

L’auteur décomplexe le lecteur en affirmant que la déprime n’est pas un péché. Bien plutôt, c’est un point de départ duquel un choix s’opère : soit je cherche Dieu (Psaumes 51), soit je me cache de Lui (Genèse 4 v.9). Les passages bibliques cités dans ces chapitres nous amènent à un jugement sobre à propos du diagnostic à porter sur la souffrance de l’âme, et en particulier concernant le discernement de la déprime chez « les autres » dans l’approche pastorale.

Si la dépression tire son origine des conséquences du péché – loi qui gouvernait notre ancienne nature et produisant en elle la mort –, la cause distincte d’un état de dépression peut s’avèrer très complexe. A titre d’exemple, au-delà de l’origine dans le péché, l’auteur présentera un chapitre dédié au phénomène de l’épuisement et du stress excessif.

J’ai trouvé particulièrement appréciable la « posologie pour une vie heureuse », présentée sous forme de 7 conseils à mettre en prière et en actions. Ces préceptes se rapportent tant à l’équilibre spirituel que naturel et, une fois personnellement appropriés, ils seront des gardes-fous, un cadre sain pour entretenir son âme en bonne santé et cultiver ma joie, indépendemment des circonstances.

Boîte à outils. Pour la tranquilité de mon âme, je choisis de cesser de me préocuper outre raison de mon travail !

Mieux vaut une main pleine avec repos, que deux mains pleines avec travail et poursuite du vent. (Ecclésiastes 4 v.6).

 

  1. « Je ne porte pas beaucoup de fruits. »

De la loi du péché et de la mort à la loi de l’Esprit et de la vie, nous avons tous besoin d’éclairages sur le cheminement étroit vers le renouvellement entier de notre âme. Et c’est tout un programme !

Dans la troisième partie du corps de son œuvre, l’auteur nous appelle à la vigilance pour identifier nos ennemis et discerner des clés pour vivre en hommes affranchis, pour Christ. Il y a ceux que nous connaissons trop bien, et ceux dont nous ne nous flatterons pas d’avoir fait la rencontre.

En effet, si la rémanence du péché nous rappelle quelque chose du sombre vieux temps – celui que nous devons racheter – le piétisme – de la ville de « Légalisme » – et l’antinomisme évangélique – cousin de Surgrâce – nous attendent tous les deux en chemin, bien présentables et poignées de main tendues.

Le bénéfice de cette partie est de nous présenter des notions pour aiguiser notre vigilance, pour nous-même d’abord, puis pour notre frère. Par là nous comprendrons comment construire une vie enracinée sur Christ, notre fondation, et à reconnaître Ses priorités dans nos vies pour éviter de tomber dans les bas-côtés du Chemin. A ce titre, l’auteur présentera un chapitre sur chacun de ces deux fruits de la vie chrétienne : l’amour et la consécration.

Boîte à pensée. La consécration que Dieu veut est la vie « normale » du chrétien (P.228). Elle n’est pas réservée aux « grands hommes de Dieu », mais elle se manifeste quotidiennement, dans la somme des grandes et surtout des petites choses, nous amenant à l’humilité et exalter Dieu.

 

Avis : une lecture plus que bénéfique pour le disciple et faiseur de disciples.

Sur la forme, l’œuvre se lit facilement. Le vocabulaire est adapté à tous et les mots inhabituels tels que « piétisme » et « antinomisme évangélique » font l’objet de paragraphes dédiés. Rien n’est laissé dans le flou.

Heureusement, le lecteur est invité à chaque fin de chapitre à méditer un passage des Ecritures pour s’approprier les notions abordées de manière personnelle. Sans cela, le format fluide du livre pourrait nous permettre de tout lire sans marquer de pause.

Sur le fond, j’ai reçu un encouragement profond dans cet ouvrage, en ce que, par les Ecritures, l’auteur adresse le message si inhabituel… de l’Evangile. Christ aurait mérité une couronne d’or, sertie de diamants, et il a accepté des épines à la place. Les considérations de l’auteur nous font à nouveau prendre conscience du sens de la souffrance pour Christ et pour nous. Fort de cette méditation, le lecteur sera encouragé, non-pas à rejeter la souffrance – ce que nous prêcherait un Evangile du bien-être – mais à communier dans les souffrances de Christ, en vue de l’espérance d’une gloire éternelle. Nous ne vivons pas notre meilleure vie maintenant.

Je remercie tout particulièrement PEP’S CAFE ! de m’avoir encouragé non-seulement à la lecture de ce livre, mais aussi à réaliser ce travail critique, utile à l’appropriation de sa substance.

(Titre écouté durant la rédaction : Why, de Michael Card)