Un album et un manga pour nous sensibiliser au retour de Jésus

Le Maître revient ! Ses serviteurs qui l’ont attendu auront « une très grande surprise » !

Jésus nous surprend toujours, car il n’est jamais là où on l’attend : par exemple, Lui, le créateur de l’Univers, est venu sur Terre – surprise ! – comme un bébé ! Et alors que le peuple de Dieu attendait un libérateur charismatique, venu chasser l’envahisseur, Il a eu la surprise de découvrir un curieux Messie, qui « n’avait ni la beauté ni le prestige qui attirent les regards.  Son apparence n’avait rien pour plaire » (Es.53v2) !

Jésus est décidemment bien surprenant….mais ceux qui lui appartiennent et déclarent le servir, Lui « le Seigneur et le Maître », se préparent à l’accueillir, lorsqu’Il reviendra. Un magnifique album nous rapporte une histoire jadis racontée par Jésus, lequel nous explique comment l’attendre. Au final, « une très grande surprise » attend ces serviteurs…qui ne s’y attendaient pas, comme les auditeurs d’hier de l’histoire !
Et nous, lecteurs d’aujourd’hui ? Comment serons-nous surpris ?
[En bref : Jésus et la très grande surprise, de Catalina Echeverri. BLF éditions, 2021]
Jésus est encore plus surprenant dans ce manga, le dernier de la série « La Bible en manga », édité par BLF et disponible depuis le 17 mars 2021 : dans cette adaptation réussie de « l’Apocalypse » de Jean, Il apparaît en effet, non plus comme « l’humble charpentier » ou « le Roi serviteur », mais comme « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs », dans toute sa Majesté.

« Majesté » : un manga « dédié à tous ceux qui attendent l’élu », tel qu’il est annoncé et présenté dans les Ecritures bibliques.

Le livre de « l’Apocalypse », que l’on pourrait qualifier de « science fiction » de la littérature biblique, vient conclure la Bible de manière déroutante. Comme tout genre apocalyptique, il contient des images et des symboles, donnant à lire un code difficile à déchiffrer, d’où le pari risqué d’adapter un tel livre en BD. Face à ce défi, comme nous l’explique l’éditeur, les auteurs du Manga ont fait le choix de limiter au strict minimum les interprétations du texte et de raconter au maximum la vision telle que l’apôtre Jean l’a reçue. Ce qu’on perd en lisibilité, on gagne en fidélité au texte biblique, avec quelques petites adaptations nécessaires dans le texte. A noter une annexe bienvenue nous donnant une vue d’ensemble synthétique du déroulé de « l’Apocalypse ».

« Majesté » débute par une introduction – non présente dans le livre de l’Apocalypse –  qui a pour but de contextualiser ce que nous allons voir : après la mort, la résurrection et l’ascension de Jésus-Christ, ses disciples propagent Sa Bonne Nouvelle dans le monde entier. Ils se heurtent à l’opposition des autorités religieuses juives et de l’empire romain, qui contre-attaque – le pouvoir impérial exigeant de tous les citoyens qu’ils lui rendent un culte. Les chrétiens, ne connaissant que le Christ comme Seigneur, s’exposent de fait à des persécutions, se voyant exclure de la vie sociale et économique, au point où ils (se) demandent « où est Dieu » et si ce n’est pas là « la fin de l’histoire » et le triomphe du pouvoir romain et des puissances du mal. « Apocalypse Now » ?
Heureusement, « Apocalypse » ne signifie pas du tout « catastrophes/cataclysmes/effondrement » mais
« révélation/dévoilement » de Jésus-Christ. Il contient en effet « les réalités cachées que Jésus-Christ a fait connaître clairement. Dieu lui a fait connaître ces réalités, pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Le Christ les a fait comprendre à son serviteur Jean en lui envoyant son ange. Voici ce que Jean a affirmé : tout ce que j’ai vu, c’est bien la parole de Dieu, et c’est bien le témoignage de Jésus-Christ ». (Apoc.1v1-2)
Le manga « Majesté », dédié « à tous ceux qui attendent l’élu » tel qu’il est annoncé et présenté dans les Ecritures bibliques [pour ne pas se tromper et attendre « d’autres élu(e)s »], nous donne un rendu en images assez impressionnant des visions de l’Apocalypse – un livre déjà assez visuel – quoique celles-ci devaient être encore plus impressionnantes pour Jean, lorsqu’il les a reçues un certain dimanche, sur l’île de Patmos où il était exilé.
Mais le parti pris graphique, impressionnant, n’est pas qu’inquiétant : certaines planches sont mêmes lumineuses, pour nous dévoiler le mystère de la présence de Dieu dans ce monde, en toutes circonstances, y compris dans les temps d’épreuves où tout semble perdu pour le peuple de Dieu.
C’est ainsi que ce livre, qui nous parle de l’avenir, garde toute son actualité pour notre présent, en particulier du présent de tout croyant, aujourd’hui aux prises avec l’incompréhension, l’incertitude, l’illusion, la tromperie, l’injustice mais aussi l’espérance et la présence de Dieu. Face aux prétendues « révélations » sur « ce qui se passe en ce moment » ou « la fin des temps », « l’Apocalypse » est LA révélation de Jésus-Christ, qui, loin de susciter le fatalisme, le cynisme ou l’indignation stérile, constitue un message d’espérance et une bonne nouvelle pour tous ceux qui souffrent pour leur foi. En effet, les chrétiens, en « témoins fidèles et véritables », n’adorent que Dieu et refusent d’adorer, d’accorder leur loyauté ou de sacraliser tout pouvoir (qu’il soit politique, idéologique, religieux ou économique…) prétendant prendre la place du Dieu véritable dans le coeur et la vie des hommes. Ils savent que leur loyauté et leur fidélité à Jésus-Christ peuvent les exposer à être marginalisés ou persécutés (jusqu’à la mort), quand ils refusent les compromis, les mensonges et les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à les entraîner.
Mais au final, l’Apocalypse proclame la victoire et le règne du Christ crucifié, ressuscité et glorifié, à laquelle ceux qui lui appartiennent sont associés.
C’est pourquoi, « il est heureux, celui qui lit ce livre ! [en écho au début du psaume 1 et aux béatitudes de l’Evangile selon Matthieu] Ils sont heureux, ceux qui écoutent ces paroles venues de Dieu et qui obéissent aux choses écrites ici ! Oui, le moment fixé pour ces événements est bientôt là » (Apoc.1v3).
C’est tout le bonheur que je puisse vous souhaiter !
[En bref : Manga. Majesté (vol.6) : le combat apocalyptique de l’élu, de Ryo Azumi. BLF éditions, 2021]
Ouvrages reçus gracieusement en service presse de la part de l’éditeur, que je remercie.

« Le guichet sait déjà »

Certains considèrent leur religion comme « un crédit » acquis en haut, obtenu au « guichet » de Dieu, auquel ils se rendent régulièrement pour solliciter quelque chose… (Source image : public domain pictures)

L’écrivain allemand Heinrich Heine (1797-1856) parle dans son livre « idées » de l’époque où, jeune, il apprenait le français, rapporte Erri de Luca(1). « Un jour, son maître lui demanda six fois de suite comment on disait « glaube », foi, en français. Et six fois de suite, d’une voix brisée par les larmes, le jeune Heine répondit : « le crédit ».

A la septième, le maître, rouge comme un coq, s’écria : « on dit religion ! » Et il fit pleuvoir des coups sur son dos sous les ricanements de la classe. En conclusion, Heine dit que lorsqu’il entend ce mot-là , ses joues s’empourprent et un frisson de terreur parcourt son échine.

L’erreur quelque peu comique de l’écrivain a pu être contagieuse. Certains considèrent leur religion comme un « crédit » acquis en haut, obtenu au « guichet » de Dieu, auquel ils se rendent régulièrement pour solliciter quelque chose. Comme les requêtes sont abondantes, ils se rendent dans les nombreuses chapelles des saints munis d’une liste de demandes de grâces qui vont de la note en classe à l’emploi, de la fortune en amour au succès sportif…..Cela tient plutôt du crédit que de la religion ».

Et lorsque la prière est tellement centrée sur elle-même ou sur celui qui prie, au point que celui avec qui je suis censé être en relation ne compte plus, alors ce n’est déjà plus une prière….Or, prier ne devrait être qu’une façon de s’adresser à Dieu, sans rien demander. « Car Dieu votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous le lui demandiez », rappelle Matt.6v8. « C’est ce que dit Jésus lorsqu’il enseigne comment prier et réciter pour la première fois le Notre Père. Le guichet sait déjà »(1).

A mille lieux du « deal avec l’invisible », en vue d’en retirer quelque avantage, « la prière est le principal moyen d’expression de la vraie foi »(2), que nous accueillons avec reconnaissance, et le principal moyen de la confiance authentique dans le Dieu vivant et vrai, lequel est un Dieu relationnel parce que « Trine », Père, Fils, Saint-Esprit.

 

Notes :

(1)De Luca, Erri. Crédit IN Alzaia. Rivages, 1998 (Bibliothèque Rivages), pp 49-50.

(2) Comme le rappelle Michael Reeves dans « Retrouver la joie de prier », citant une expression de Jean Calvin.

 

 

« Ils ont aimé leur prochain », 4 ans après…. : Interview exclusive de Nicolas Fouquet

« La particularité d’un livre, c’est qu’une fois mis en librairie, il vit sa vie par lui-même » (Nicolas Fouquet)

Dans la foulée d’échanges par mails avec Nicolas Fouquet sur son dernier livre collectif – « parlons mieux ! » ou 13 expressions évangéliques décryptées à la lumière de la Bible (co-édité par BLF Éditions / WET et paru le 24/02/21) – j’ai été intéressé de connaître l’impact de son premier livre, « ils ont aimé leur prochain » ou comment 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité (BLF Éditions / SEL, 2017) , 4 ans plus tard, d’où cette interview spontanée et improvisée par mail. Merci à Nicolas Fouquet d’avoir relevé le défi au pied levé !

 

Pep’s café : Bonjour Nicolas, peux-tu te présenter ?

Nicolas Fouquet : Bonjour ! Je m’appelle Nicolas Fouquet. En quelques mots : je suis chrétien, marié et père d’une petite fille de 14 mois. Nous vivons dans l’Oise, près de Compiègne. Je travaille au SEL et depuis peu à BLF Éditions également. En parallèle, je mène différents projets notamment éditoriaux, qu’il s’agisse de livres ou de jeux de société [« Fouilles en Galilée », Bibli’O, 2020, et  « Les villageois de Baobila », SEL, 2018, pour sensibiliser aux questions de pauvreté. NDLR]

Pep’s café : 4 ans plus tard depuis la publication de ton premier livre – mettant en valeur une autre forme de collectif, puisqu’il donnait à lire 30 portraits d’hommes et femmes « qui ont aimé leur prochain », quel bilan en tires-tu ?

Nicolas Fouquet : A titre personnel, le bilan est extrêmement positif. Ce projet a été une expérience formatrice dans mon parcours. J’ai notamment découvert le milieu de l’édition, ce qui m’a permis par la suite de mener à bien d’autres projets de création (de livres ou de jeux de société). La publication de l’ouvrage a été l’occasion également d’entrer en relation avec de nombreuses personnes inspirantes, qu’il s’agisse du Dr Mukwege qui a signé la préface ou de professionnels des médias. Au niveau du SEL, qui est l’ONG protestante dans laquelle je travaille et le cadre dans lequel a été mené ce projet, le bilan est là aussi positif. Ce projet a été l’occasion d’encourager les chrétiens à allier foi et action en matière de solidarité. Le livre a alors été l’un des éléments d’une campagne de sensibilisation plus vaste mêlant émissions radios, exposition et publications sur le web.

PC : Quel public ton livre a-t-il touché ? Quelles actions a-t-il inspiré ?

NF : Il m’est extrêmement difficile de répondre à cette question. D’un point de vue comptable, c’est facile. Le livre a été vendu à 2600 exemplaires (d’après BLF Éditions), ce qui est un bon résultat dans le milieu de l’édition évangélique. Ensuite, pour en dire davantage, c’est plus compliqué… La particularité d’un livre, c’est qu’une fois mis en librairie, il vit sa vie par lui-même. L’auteur ou l’éditeur reçoit de temps à autres quelques commentaires de lecteurs, mais leur visibilité sur le public du livre ou son impact reste malheureusement limitée.

PC :  A l’heure du vedettariat et de la recherche d’hommes ou de femmes « providentiel(e)s », notre époque a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes « ordinaires », comme ces chrétiens d’hier et d’aujourd’hui – qui acceptent de répondre à l’appel et aux projets de Dieu, pour accomplir avec « la force qu’Il donne » (1 Pie.4v11) des choses extraordinaires, qu’ils sont incapables de faire et ne sauraient faire autrement, dans le but de rendre visible le Dieu véritable et sauveur. Est-ce (encore) vrai, aujourd’hui ? En quoi et pourquoi selon toi ?

NF : Je pense que Dieu appelle à son service des personnes avec des profils différents et qu’il les conduit à avoir des « carrières » différentes également. Certains seront célèbres, d’autres moins. Dans le livre, se côtoient des William Wilberforce ou William Booth, le fondateur de l’Armée du Salut, avec des Philadelphe Delord ou Mathilda Wrede. Tous ont leur place dans le corps de Christ. Et aucun d’eux n’était un surhomme. Il s’agissait de gens ordinaires, comme vous et moi, qui se sont mis au service d’un Dieu extraordinaire. Ils ont mis leur foi en action en aimant leur prochain de manière concrète et peuvent nous inspirer encore aujourd’hui !

PC : Tu viens de citer, outre Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », William Wilberforce, William Booth – le fondateur de l’Armée du Salut – Philadelphe Delord ou Mathilda Wrede. J’imagine que ces noms, parmi « les 30 » de ton livre, ne sont pas donnés « au hasard ». En quoi t’inspirent-ils en particulier ? Quels autres, encore, parmi « les 30 », t’inspirent également ? 

NF : J’aurais pu en prendre d’autres mais j’ai pris ces différents exemples car ils reflètent bien à mes yeux la diversité du corps du Christ. Il y a des hommes et des femmes, de différentes nationalités, des gens célèbres et d’autres moins mais aussi des vocations différentes (actions auprès des prisonniers, des lépreux, pour l’abolition de l’esclavage, etc.). Au travers de cette diversité, j’espère que le lecteur comprendra que l’idée du livre n’est pas d’inviter à copier l’une ou l’autre de ces figures mais bien de trouver son propre appel. A titre personnel, j’ai été particulièrement marqué par le parcours d’Anthony Ashley-Cooper. Je ne le connaissais pas avant de travailler sur le livre et j’ai trouvé quelques rapprochements avec mon propre cheminement. Je n’ai pas été élu député au Parlement (britannique) comme lui 🙂 mais j’ai fait des études en Sciences Politiques et c’est un domaine d’engagement qui m’interpelle particulièrement.

PC : Un dernier chapitre laissé « en blanc » reste encore à écrire. A la suite de ces 30, serais-je, moi lecteur, le 31ème ? Et d’ailleurs, ce 31ème portrait « laissé en blanc », doit-il être nécessairement un individu [toi, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». Qu’en dis-tu ?

NF : Le 31e portrait « laissé en blanc » était là pour inviter le lecteur à prendre la suite de ces figures de la solidarité. Aimer son prochain n’est pas un commandement réservé à quelques personnes spécifiques. Il concerne tous les chrétiens. Après, la forme que ça revêt concrètement peut varier d’une personne à l’autre. Nous ne sommes pas tous appelés à devenir des « professionnels de la solidarité ». Par conséquent, le 31e portrait est une interpellation pour chaque chrétien individuellement. Et c’est ensemble, avec la diversité et la complémentarité de nos appels et dons, que nous formons l’Église et que nous pouvons répondre aux besoins qui nous entourent.

PC : Le dernier mot est pour toi !

NF : Bonne lecture ! 🙂 Et plus encore, à vous de jouer pour le 31e portrait 😉

 

Merci Nicolas Fouquet !

 

En bref, les ouvrages de Nicolas Fouquet :

« Ils ont aimé leur prochain : 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité » (BLF Editions / SEL, 2017)

« Parlons mieux ! » 13 théologiens décryptent 13 expressions évangéliques à la lumière de la Bible » (BLF Editions / WET, 2021).

Disponibles chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, par exemple ici ou .

« Lo tahmod » : « tu ne désireras pas » (Ex.20v17)

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[Photo mise en scène et prise en 2015 à Gérone, en Espagne, par Antonio Guillem, pour illustrer l’infidélité ordinaire. Devenue virale en tant que « mème de l’été » 2017 et maintes fois détournée de son sens premier depuis]

« C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude » (Exode 20v2) : « Ne désire pas pour toi la maison de ton prochain. N’aie pas envie de prendre sa femme, ni son esclave, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne. Ne désire rien de ce qui est à lui. », dit la dernière ligne des « 10 Paroles » en Ex.20v17.

Lo tahmod » :  « ne désire pas », reste donc maître de ton appétit. Comment faire pour empêcher le désir, le contrôler ? Nous vivons des temps favorables aux désirs où l’on se complaît à les exprimer et à les exaucer, même s’ils sont illicites. Mais le désir n’est pas une impulsion irrésistible, ce n’est pas un instinct ; il a besoin au contraire de certains facteurs, dont l’un est la possibilité de le réaliser. Le désir impossible perd sa charge d’aiguillon, d’instigation. Il s’émousse et disparaît, ou tout au plus il s’enkyste dans un rêve. Si tu permets en revanche qu’il te caresse dans le sens du poil, le désir né sous forme de prurit se transforme en griffe et te commande. Il renverse les barrières, pousse à l’abordage.

Pour qu’un désir prenne force en nous, il faut qu’il se révèle réalisable. Le verve hamad se rapporte toujours à des désirs à portée de main. Alors, le commandement est moins difficile qu’on le pense. Nous comprenons pourquoi il n’est pas « au-dessus de nos forces et hors de notre portée » (Deut.30v11). Il ordonne de ne pas croire possible un adultère (une trahison) et de ne pas penser que la femme de son ami est disponible. Car cette pensée offense et humilie la femme, et elle a ensuite pour effet d’exciter en nous des impulsions à le réaliser. Et ces impulsions augmenteront le désir.

« Tu ne désireras pas » : l’Ecriture nous enseigne que le désir est une plante qui ne porte que des branches à fruits et que tu en es le jardinier, c’est toi qui les cultives par la pensée et leur permets de s’imposer jusqu’à l’obsession. Le désir dépend de toi au début, puis c’est toi qui dépend de lui (…). Le désir pointe et il faut l’avoir à l’oeil, le tailler court. Mais si l’on n’est pas vigilant, si l’on a trop d’imagination, alors le désir devient fort comme le verbe hamad, qui signifie « désir de la propriété d’autrui ». Il comporte le poison de l’envie, qui veut usurper la place d’un autre et conduisant à l’adultère, « le fait accompli », « le désir exaucé ».

« Lo tahmod », « tu ne désireras pas ». Reste à ta place, admire sans vouloir prendre. L’admiration est un sentiment joyeux qui se réjouit d’un bien possédé par d’autres. [Et la motivation est l’amour. Car « l’amour n’est pas envieux » (1 Cor.13v4) et te rend capable de te « réjouir avec ceux qui se réjouissent » (Rom.12v15)] Il ne t’est pas demandé de détourner le regard, tu ne dois pas censurer une beauté. Reste à ce niveau d’admiration, sans chercher à vouloir passer à la possession. Ce qui est à toi, même si c’est peu, c’est ta primeur (….).  Celui qui n’a pas de maison regarde celle qui est bien faite et la désire. Normal, mais pour chercher à s’en procurer une, non pour la retirer à un autre.

Ainsi, « tu ne désireras pas la maison » : laquelle ? Celle du culte d’autrui, conduisant à une autre forme d’adultère. Tu ne te convertiras pas à la maison de leurs autels ni par commodité ni pour ton salut. Tu ne mettras pas ton couvert à leur table, tu n’enlèveras pas ta place de l’assemblée du Sinaï. Tu ne seras pas une blessure sur la face de la création et les tiens ne diront pas de toi « meshumed », le détruit(1).

Ceci dit, comment vivre ce commandement, une fois compris les mécanismes du désir ? Est-ce une question de « liberté de choix » de ma part, liberté de choisir de désirer ou ne pas désirer ? En vérité, là n’est pas ma liberté. La liberté authentique n’est pas une question de « libre choix », mais se vit en étant positionné du côté de Dieu. Le lecteur attentif a déjà relevé que le premier verset d’introduction à cet article, la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Cette première parole peut d’ailleurs s’intercaler entre chaque commandement énuméré dans la suite du passage, donné et à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des Paroles de Dieu comme étant précédé par la libération ou la proclamation des conditions nécessaires pour l’exercice (ou la mise en pratique) de ces commandements. Ainsi, par exemple, « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, ne désire pas pour toi…. ».

Dans le Nouveau Testament, il nous est rappelé que « c’est pour la liberté que Christ nous a libérés »(Gal.5v1). nous intégrant dans un processus de libération continue, dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, « livré à la mort à cause de nos péchés et ramené à la vie (par Dieu) pour nous rendre justes devant lui »(Rom.4v25. BFC). Je ne suis donc pas « libre » de désirer ou de ne pas désirer, mais libre en Jésus, et vu que j’appartiens à Jésus, je ne désirerais pas et n’estimerais pas que ce qui appartient à mon prochain ou mon frère est « disponible pour moi », parce que Jésus est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38) et parce que « Dieu est amour »(1 Jean 4v16) et parce que mon Père Céleste m’aime personnellement(1 Jean 3v1), je peux « aimer mon Dieu de toute ma force… » et mon prochain, « comme moi-même ».

 

 

Notes :

(1) D’après Erri de Luca. Ne désire pas IN Première heure. Folio, 2012, pp 51-52 et Et il dit. Gallimard, 2012. Du monde entier, pp 85-87.

« L’immortalité de l’âme » est-elle biblique ?

La Bible enseigne-t-elle l’immortalité de l’âme ou la résurrection des morts ? Au-delà du débat théologique, l’un des plus graves malentendus sur le christianisme…

Posez à un chrétien, protestant ou catholique, intellectuel ou non, la question suivante : « qu’enseigne le Nouveau Testament sur le sort individuel de l’homme après la mort ? » Sauf exception, la réponse sera : « l’immortalité de l’âme », laquelle serait même, aux dires de certains, « rationnellement inévitable ».

Or, loin d’être biblique, cette opinion, quelque répandue qu’elle soit, qui vient en réalité de Platon et d’Aristote, est même l’un des plus graves malentendus concernant le christianisme, puisqu’il existe une différence radicale entre l’attente/l’espérance chrétienne de la résurrection des morts et la croyance grecque antique à l’immortalité de l’âme. Le fait que le christianisme ultérieur (Saint-Augustin, Saint-Thomas d’Aquin…) ait établi plus tard un lien entre les deux croyances illustre la grande influence de la pensée grecque antique – plus que celle de la pensée biblique – dans le processus de définition des dogmes et des croyances chrétiennes, à la fin de l’époque médiévale. Ce que les protestants et les évangéliques, dans leur majorité, refusent. Ainsi, influencés par les penseurs antiques (Platon, Aristote), des théologiens ont fini par faire adopter le dogme de l’immortalité de l’âme au concile de Latran en 1513, entraînant une étrange prise de distance avec les Ecritures bibliques. L’immortalité de l’âme est un concept grec antique venu tardivement faire fléchir la théologie chrétienne dans son enracinement biblique et sémitique.

Les chrétiens (protestants et évangéliques) qui affirment que l’immortalité de l’âme n’est pas biblique se basent 1) sur le fait que les Ecritures insistent sur la réalité de la mort, ainsi que 2) sur la conception tripartite de l’humain, telle qu’évoquée à la fin de la première épître aux Thessaloniciens : corps, âme et esprit. Jésus « rend l’esprit » [cette part du souffle de Dieu qui est en nous et qui n’appartient qu’à Dieu] quand il meurt. Etienne aussi. C’est ce que l’on appelle « expirer ». Ce n’est pas la même chose que notre âme, notre psyché en grec (nos pensées, nos volonté, nos émotions). Refuser la mortalité de l’âme, c’est une façon de réduire la résurrection des morts, qui sera, selon les principes de la théologie chrétienne, une résurrection de la chair, c’est-à-dire de l’âme et du corps [confessé dans le Crédo], et pas seulement une résurrection de l’esprit. C’est bien parce que le corps et l’âme meurent qu’il faut qu’ils ressuscitent.

Ainsi, il n’y a pas « d’immortalité de l’âme » dans la Bible. L’âme meurt. Comme le souligne l’Ecriture, « les morts se lèvent-ils pour te louer, Eternel ? » (Psaume 88v11). Les morts sont morts. Mais voilà, beaucoup encore confondent la migration de l’esprit humain dans le séjour des morts avec une forme d’immortalité de l’âme.

En résumé, quand on meurt :
– le corps meurt et repart à la terre, « car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. » (Genèse 3v19),
– l’âme (psychè, le psychisme) s’éteint, comme la flamme de la bougie s’éteint quand la cire (du corps) est épuisée,
– l’esprit de l’humain « retourne à Dieu qui l’a donné » (Eccl.12v7) et attend dans le séjour des morts la Résurrection finale, au Dernier jour, après le Jugement(1). Cette attente est appelée « sommeil » dans beaucoup de textes bibliques, dont des paroles de Jésus dans les Evangiles.

Prétendre que l’âme serait immortelle n’est donc pas biblique, mais aussi très dangereux parce que cela induit dans la croyance des chrétiens que les morts ne seraient pas vraiment morts, et donc qu’ils seraient déjà ressuscités, ce qui est contredit par de nombreux textes bibliques, dont 2 Tim.2v16-18. Et si les morts ne sont pas vraiment morts, c’est qu’ils sont un peu vivants, et donc, qu’il serait possible de communiquer avec eux, malgré les interdits majeurs dans le Pentateuque. Le Seigneur Jésus-Christ insiste, quant à lui, sur une séparation radicale entre les morts et les vivants en Matt.8v22. Le mort est vraiment mort et n’est donc pas « noctambule » ou « vagabond ». Il n’est pas non plus « sous hypnose » et ne parle pas, s’il est « questionné ». Il attend.

Pour bien marquer l’opposition entre la notion grecque de l’immortalité de l’âme et la croyance chrétienne à la résurrection des morts, la seule qui soit enseignée par le Nouveau Testament, Oscar Cullmann présente, dans le premier chapitre de son livre « Immortalité de l’âme ou résurrection des morts ? » (Delachaux-Niestlé, 1956 – si vous avez « la chance » d’en trouver un exemplaire !), en un contraste violent, la mort de Jésus et celle de Socrate : « D’un côté, Socrate qui, avec sérénité, parle de l’immortalité de l’âme ; de l’autre, Jésus qui crie et qui pleure » (op. cit., p. 30). Ainsi apparaît la distance qui sépare la conception grecque de la mort, « la grande amie de l’âme », puisqu’elle la délivre « de la prison du corps », et la conception biblique de la mort, « le salaire du péché » et le « dernier ennemi qui sera détruit ». « C’est seulement en éprouvant avec les premiers chrétiens toute l’horreur de la mort, prenant ainsi la mort au sérieux, que nous pouvons comprendre l’allégresse de la communauté primitive au jour de Pâques… Quiconque n’a pas éprouvé toute l’horreur de la mort ne peut pas chanter avec Paul l’hymne de la victoire : La mort a été engloutie. Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (p. 34-36).

Le fondement de notre espérance, c’est Pâques : Jésus-Christ est en effet « réellement ressuscité », « premier-né d’entre les morts ». Si Christ n’était pas vraiment mort, il ne serait pas ressuscité. Il en va donc de même pour nous.

Désormais « l’ère de la résurrection est déjà inaugurée  (op. cit. p. 55)…..« la bataille décisive » a déjà eu lieu ; la mort est vaincue ; l’Esprit-Saint est à l’œuvre dans tous les chrétiens, arrhes de la résurrection future.

Enfin, croire à l’immortalité de l’âme (« libérée », « délivrée » du corps) conduit à séparer totalement le destin du corps de celui de l’âme, donnant ainsi « une valeur négative au premier et positive à la seconde. Une telle conception implique des conséquences catastrophiques », explique le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps(2). « Elle signifie que la vie spirituelle se réfugie dans l’intériorité, que le salut ne dépend que d’une relation intime avec Dieu, et que tout ce qui touche au corps, c’est-à-dire la relation à autrui et l’engagement dans le monde, devient néfaste ou indifférent. Comme chrétien, je crois que ma foi, pour rester vraie, doit s’investir dans le monde face au besoin d’autrui. Chaque fois que le corps est séparé de l’âme, on aboutit à un christianisme méprisant à l’égard d’autrui. La résurrection des corps veut dire que c’est tout ce qui a fait la vie de l’individu – ses gestes concrets, son tissu de relations – qui sera accueilli par Dieu »(2).

 

 

Notes :

(1)Selon le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps, « le Jugement dernier est le moment où Dieu dit la vérité de chacun » et « la foi dans le Jugement dernier est nécessaire et structurante. Elle signifie que le dernier mot sur le monde n’appartient pas aux politiciens cyniques, à l’injustice, au nettoyage ethnique, à la souffrance humaine, mais à Dieu. C’est aussi une proclamation qui m’interdit de me poser en juge des autres; elle me retient de condamner autrui. Cette croyance n’est donc pas là pour m’infantiliser dans la terreur; elle m’installe au contraire dans ma responsabilité d’adulte, appelé à rendre compte de ce que j’ai fait. Le Jugement dernier n’est finalement pas une parole qui cherche à nous donner des informations sur la fin de l’histoire, il est une parole qui nous amène à un plus grand respect d’autrui ».

(2) Cf https://www.letemps.ch/societe/croire-resurrection-une-lutte-contre-mourir.

A lire, également,  « Surpris par l’espérance » de NT Wright (Excelsis, 2019).

 

« Car Dieu a fait le serment…. » : le crois-tu ?

« Car Dieu a fait le serment de nous délivrer du pouvoir de tous nos ennemis », nous rappelle ce chant, d’après Luc 1v73-74.

Il est aussi utile de rappeler que nos ennemis ne sont pas « de chair et de sang », ce ne sont pas d’autres êtres humains, comme le précise l’Ecriture, mais plutôt « les dominations, les autorités, les princes de ce monde de ténèbres, les esprits méchants dans les lieux célestes » (Eph.6v12, Hébr.2v14-15, Luc 11v21-22), la puissance du péché (2 Cor.5v15-17, Rom.5-6, 8)….

Et la même Ecriture ajoute que « le dernier » d’entre ces ennemis, la mort, sera détruit (1 Cor.15v26). La mort n’aura donc pas le dernier mot : c’est Jésus-Christ, Celui qui est « la résurrection et la vie », qui aura le dernier mot.

Celui qui est « Dieu sauveur » et « Dieu élargit » nous délivre de tout ce qui nous fait peur, et même de l’angoisse, la peur de la peur.

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur », dit Jésus (Matthieu 14v27). D’ailleurs, saviez-vous que cette parole « ne crains pas » se trouve 365 fois dans la Bible, soit une fois pour chaque jour de l’année ?

« Oui, j’en suis sûr, rien ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu nous a montré dans le Christ Jésus, notre Seigneur. Ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les esprits, ni le présent, ni l’avenir, ni tous ceux qui ont un pouvoir, ni les forces d’en haut, ni les forces d’en bas, ni toutes les choses créées, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu ! » (Rom.8v38-39)

« Et maintenant, Israël, qu’est-ce que le SEIGNEUR ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements du SEIGNEUR et les lois que je te donne aujourd’hui, pour ton bonheur.

Oui, au SEIGNEUR ton Dieu appartient les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve.

Or c’est à tes pères seulement que le SEIGNEUR s’est attaché pour les aimer ; et après eux, c’est leur descendance, c’est-à-dire vous, qu’il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd’hui.

Vous circoncirez donc votre cœur, vous ne raidirez plus votre nuque, car c’est le SEIGNEUR votre Dieu qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés.

C’est le SEIGNEUR ton Dieu que tu craindras et que tu serviras, c’est à lui que tu t’attacheras, c’est par son nom que tu prêteras serment. Il est ta louange, il est ton Dieu, lui qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tu as vues de tes yeux ». (Deut.10v12-21)

 

Parlons mieux ! Ou 13 expressions évangéliques décryptées à la lumière de la Bible

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

Nous n’échappons pas au virus. Au virus verbal, j’entends.

Du coup, vous connaissez certainement cette expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal, pour l’avoir déjà entendue et même déjà prononcée. La phrase que vous venez de lire était un test, et si vous n’avez rien remarqué de particulier, c’est que vous êtes, du coup, sans doute déjà « contaminé ».

Mais peut-être êtes-vous aussi déjà « contaminé » par ces autres expressions, elles aussi déjà entendues ou même déjà prononcées, lesquelles résonnent comme des slogans et/ou des vérités d’évangile ? Ces expressions « canada dry » ont certes la « couleur biblique », « le goût biblique »…mais le sont-elles, bibliques ?

Le livre collectif « Parlons mieux ! »(1), coordonné par Nicolas Fouquet (2), co-édité par BLF/WET et dont la sortie internationale est prévue mercredi 24/02/21, en a recensé 13, typiques d’un certain « patois de canaan », décryptées à la lumière de la Bible par 2 théologiennes et 11 théologiens francophones d’horizons évangéliques divers.

Ainsi, est-il juste et biblique de dire à quelqu’un « tu dois accepter Jésus dans ton cœur » ou « Aide-toi et le ciel t’aidera » ? Ou que « Dieu aime le pécheur, mais pas le péché » ? De souhaiter « la bienvenue dans la maison du Seigneur » ? De « faire passer la collecte », de prier le Seigneur de « bénir ces aliments » ? D’appeler le Saint-Esprit à « descendre sur nous » ? Ou encore de prétendre que « La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation », que « Dieu seul peut me juger », que « tous les péchés sont égaux », que « je me suis baptisé(e) » ? De vouloir « rester pur pour le mariage » ou d’espérer « aller au ciel » après la mort ?

D’autres expressions auraient pu trouver leur place dans ce livre à l’angle original, telles : « Dieu est au contrôle » ; « plus, plus, plus de toi, Seigneur ! » ou « Prends toute la place, Seigneur ! »

A ce stade, plusieurs d’entre nous (si ce n’est tous !) se diront peut-être : « Je suis atteint par l’un ou l’autre de ces virus verbaux ! Est-ce grave, docteur ? » Car, « du coup », quels enseignements implicites véhiculent ces façons de dire et penser l’Évangile et la foi chrétienne ?

Et « Du coup », que faire, une fois ma lecture du livre terminée ?

Se livrer à une forme d’introspection maladive, ou traquer le moindre virus verbal chez les autres, ce serait passer complétement à côté de l’objectif et de l’esprit du livre, comme de ce qui fait l’essence de la vie chrétienne, la liberté en Christ. Au final, plus qu’une préoccupation de (rendre) justice à la vérité du vocabulaire chrétien évangélique ou d’être « certifié conforme », notre préoccupation devrait être davantage une préoccupation pour la justesse de nos propos. L’enjeu étant de vivre une vie de mieux en mieux ajustée à l’ambition et au projet de Dieu pour nous, mais aussi au cœur de Dieu, que nous apprenons à connaître comme un Père aimant. Nous apprenons à l’aimer, parce que Lui nous a aimé le premier.

En cela, les auteurs du livre collectif « Parlons mieux ! » contribuent utilement à cette pédagogie de l’ajustement (ou du réajustement) au service du plus grand nombre. En effet, ils nous exhortent et nous exercent, non à juger, mais bien à jauger et évaluer, dans l’humilité et l’amour (sans exclure l’humour), avec précision et vérité, la pertinence de nos manières de penser et de dire notre foi. Mais aussi, au-delà de la question de la gravité de nos « virus verbaux », de jauger et évaluer ce qui est notre véritable centre de gravité. Se corriger ainsi fraternellement est une bénédiction, conduisant à une guérison réciproque.

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

 

Merci à Nicolas Fouquet d’avoir attiré mon attention sur ce livre, et merci à BLF de me l’avoir envoyé en service presse !(3)

Il est possible de se le procurer chez l’éditeur ou dans toute bonne librairie.

 

 

 

Notes :

(1) Table des matières

Préface (Etienne LHERMENAULT)
Introduction (Nicolas FOUQUET)

  1. Tu dois accepter Jésus dans ton coeur (Matthieu SANDERS)
  2. Dieu aime le pécheur mais pas le péché (Guillaume BOURIN)
  3. Aide-toi et le ciel t’aidera (Luigi DAVI)
  4. Descends sur nous Saint-Esprit (Dominique ANGERS)
  5. Bienvenue dans la maison du Seigneur (Timothée MINARD)
  6. Je me suis baptisé(e) (Lydia LEHMANN)
  7. Faisons passer la collecte (Matthieu GANGLOFF)
  8. La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation avec Jésus (Cédric EUGENE)
  9. Tous les péchés sont égaux (Robin REEVE)
  10. Dieu seul peut me juger (Jean-René MORET)
  11. Bénis ces aliments (Florence VANCOILLIE)
  12. Je veux rester pur pour le mariage (Matthieu FREYDER)
  13. Lorsqu’on sera au ciel (Thomas POËTTE)

(2) Nicolas Fouquet travaille au sein du SEL où il a pour mission d’encourager la réflexion sur les questions de pauvreté et de développement. En parallèle, il est membre du comité d’organisation des WET, ou week-ends de formation à la théologie chrétienne destinés aux jeunes adultes.

(3) Merci aussi à l’éditeur pour l’invitation à une première e-conférence, en collaboration avec le WET, sur le thème: »Faut-il vraiment inviter Jésus dans son cœur? », premier chapitre du livre « parlons mieux ! », dont c’était la soirée de lancement avant sa sortie internationale. Animée par Stéphane Kapitaniuk de BLF, avec Matthieu Sanders (l’un des auteurs) et Nicolas Fouquet (coordinateur du livre). La voir ou la revoir ici.

« Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité »

Vivons-nous à la hauteur de nos idéaux ? Une question pour aujourd’hui…

Un « plaidoyer », ou « prêter sa voix à celui qui n’en a pas », c’est :

1/ manifester notre amour du prochain en montrant notre souci et notre respect des autorités en les rappelant à leur devoir ;

2/ témoigner de notre compassion pour les plus faibles en faisant entendre notre voix en leur faveur.

« Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité » de Edouard Nelson (BLF, 2020) est un livre(1) dans l’esprit de cette exhortation à intercéder pour nos autorités, comme nous y invite ce texte de 1 Timothée 2.1-4 : « J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »

Chaudement recommandé par un conseiller de la ville de Paris, un haut fonctionnaire, un maire, un adjoint de direction de l’enseignement catholique de Paris, un doyen de faculté, un responsable du CNEF (Conseil National des Evangéliques de France) auprès des parlementaires et un évêque, préfacé par une ancienne ministre de la République française, l’ouvrage présente une certaine crédibilité, de nature à rassurer nos gouvernants sur la volonté des chrétiens (notamment protestants évangéliques) d’honorer les autorités et d’être des citoyens fidèles oeuvrant pour le bien de la République.

Fourmillant de références (culturelles, philosophiques, ou historiques) communes à ses lecteurs, le livre a été pensé pour être offert à des proches voisins, mais aussi à un élu, qu’il soit maire ou député, un agent public ou un enseignant du primaire et du secondaire, ou encore à un ministre(2).

Son point de départ est particulièrement « gonflé », puisque, comme l’explique très bien l’auteur, seul l’Evangile de Jésus-Christ nous permet de vivre une véritable « liberté, égalité et fraternité », notre devise nationale française inscrite sur les documents officiels et sur les frontons des bâtiments publics, dont les mairies et les écoles.

En effet, le chrétien confesse que Jésus-Christ seul est Seigneur et qu’il est le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre. Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs » (Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, y compris la crainte de l’ennemi ultime, la mort (Hébr.2v15), et la restauration des relations rompues.

Il est en effet celui « qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Eph.2v14-16), nous recommandant par ailleurs de ne pas nous faire appeler « Maître », car nous n’avons qu’un seul Maître et nous sommes tous frères (Matt.23v8).

Le défi est de taille, surtout quand l’auteur affirme que « le Royaume de Dieu passe avant la République », et ce, à l’heure où le projet de loi « principes républicains » est actuellement débattu à l’assemblée nationale depuis début février 2021, dans un contexte de crispations identitaires. Que fera alors la République de ceux qui placent la loi de Dieu au-dessus de ses lois, s’ils ne troublent pas l’ordre publique, alors que la grandeur de la République est de proclamer et défendre la liberté de conscience et de religion ?

L’ambition de ce petit livre est d’être utile à ce sujet, en montrant, humblement et respectueusement, et avec pédagogie, que la discussion est toujours possible.

 

Reçu gracieusement en service presse par l’éditeur(3), que je remercie.

 

 

 Notes : 

(1) Fait touchant, l’ouvrage a été publié à titre posthume, son auteur étant décédé en août 2020 suite à un accident d’escalade cf https://www.lecnef.org/articles/59336-deces-dedouard-nelson-pasteur-et-vice-president-du-cnef

(2) https://www.christianismeaujourdhui.info/2021/01/30/connaitre-et-faire-connaitre-christ-c-est-le-fondement-quand-tout-s-ecroule/

(3) Informations sur https://www.blfstore.com/A-18493-plaidoyer-pour-la-veritable-liberte-egalite-fraternite.aspx

 

Quand Jésus nous invite à « renverser nos manières de penser » (Luc 13v3)

« Chien blanc » de Romain Gary ou l’histoire d’une tentative de conversion….

«C’était un chien gris avec une verrue comme un grain de beauté sur le côté droit du museau et du poil roussi autour de la truffe, ce qui le faisait ressembler au fumeur invétéré sur l’enseigne du Chien-qui-fume, un bar-tabac à Nice, non loin du lycée de mon enfance. Il m’observait, la tête légèrement penchée de côté, d’un regard intense et fixe, ce regard des chiens de fourrière qui vous guettent au passage avec un espoir angoissé et insupportable. Il entra dans mon existence le 17 février 1968 à Beverly Hills, où je venais de rejoindre ma femme Jean Seberg, pendant le tournage d’un film. »

Ainsi débute « chien blanc », un livre de Romain Gary (1970) que je viens de terminer. C’est mon second de cet auteur après « la promesse de l’aube ».

« Chien blanc » n’est ni un roman, ni un reportage sur les États-Unis des années soixante, après l’assassinat de Martin Luther King, ni un texte autobiographique, mais tout cela à la fois et bien plus encore.

C’est l’histoire d’un chien qui a appris par son maître à être raciste. Et l’histoire d’une tentative de conversion.

Romain Gary et son épouse, l’actrice Jean Seberg, qui résidaient alors à Los Angeles, recueillent un berger allemand. Romain Gary lui donne le petit nom affectueux de « Batka », qui signifie « petit père » ou « pépère » en russe.

L’animal trouve rapidement sa place dans la maison, auprès de l’autre chien et des chats du couple, et se montre très attachant, appréciant tous les visiteurs. Jusqu’au jour où Batka se déchaîne, devenu subitement féroce et dangereux, contre un ouvrier d’entretien et un employé de la poste…tous deux noirs. Batka se révèle être un Chien blanc c’est-à-dire un chien élevé et dressé par des blancs à attaquer spécifiquement les Noirs. Ne pouvant se résoudre à le faire piquer et à s’en séparer, Romain Gary décide avec l’aide d’un Noir, Keys, un employé d’un zoo spécialisé dans l’extraction des venins de serpents, de rééduquer le chien. Au final, « la conversion » réussit, puisque Batka ne sera plus un chien blanc, mais un chien noir, qui n’attaquera plus les militants des droits civiques dans le sud des États-Unis, mais tous les Blancs, enfants inclus. Voir ce chien passer d’un extrême à l’autre est, pour Romain Gary, une catastrophe et un échec pour les humains qui se sont occupés de lui.

Ici, l’animal symbolise ce qu’il peut y avoir de pire : la haine fabriquée. Le chien n’est pas raciste de nature. C’est son maître qui lui a appris à l’être. Un tel maître est un idéologue « daltonien » qui ne distingue pas les couleurs et leurs nuances, voyant tout en « tout blanc » ou « tout noir ».

Or, une « conversion », ce n’est pas passer d’un extrême à un autre. C’est « renverser ses manières de penser » ou « penser à rebours », ce qui s’appelle une « métanoia ».

En Luc 13v2-5, Jésus interpelle de la sorte ceux qui l’interrogent sur le sort de Galiléens massacrés par Pilate : « Pensez-vous qu’ils étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens pour avoir subi un tel sort ? » (v. 2), ajoutant : « Et ces dix huit personnes sur lesquelles est tombée la tour à Siloé, et qu’elle a tuées, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » (v. 4). Non, répond Jésus : ni les Galiléens massacrés ni les victimes de l’effondrement de la tour ne sont plus coupables que les autres à qui nul assassinat ou nulle catastrophe ne sont arrivés. Mais, ponctue-t-il à deux reprises : « Si vous ne vous métanoête pas, vous périrez tous également. » (v. 3 et 5).

Les traductions habituelles donnent au verbe metanoein une connotation, soit religieuse (TOB : « se convertir » ; Colombe : « se repentir »), soit éthique (NBS : « changer radicalement ») voire comportementaliste (BFC : « changer de comportement »). Or, composé de la préposition méta (qui marque un changement de direction et que l’on peut rendre par « à rebours ») et du verbe noeô (« penser »), metanoein peut se traduire littéralement : « penser à rebours ». L’interpellation de Jésus s’entend alors : « Si vous ne pensez pas à rebours vous périrez tous également. » 

La métanoia désigne non pas d’abord un comportement religieux ou éthique mais une façon singulière de penser. Or, penser nécessite du temps. Un temps que nous prenons de plus en plus rarement dans notre société de « l’info en continu », de la réactivité, de l’instantané. Ce temps de la pensée, nous le prenons encore moins quand une tragédie ou une crise nous frappe : il faut alors réagir vite. Chacun à son niveau est sommé de se prononcer, de commenter, d’affirmer, voire d’agir. Or, rappelons-le, penser nécessite du temps. Le temps de la réflexion, de l’organisation des idées, de l’élaboration intellectuelle. Il n’est pas certain qu’une réaction immédiate, instantanée voire pulsionnelle, permette d’interroger l’événement en profondeur, et de se laisser interroger par lui.

Mais penser ne suffit pas. C’est de « penser à rebours » qu’il est question ici. À rebours de quoi ? De tout ce que nous pensons habituellement. « Penser à rebours » ou « renverser nos manières de penser » ne signifie pas abandonner une pensée pour en choisir une qui serait l’inverse de la précédente, son double en miroir en quelque sorte. Exemples : « Avant, j’étais pro-vaccin, maintenant je suis anti-vaccin » ; « Je croyais qu’il y a un réchauffement climatique, désormais je suis davantage climato-sceptique », « j’étais très never [tel démagogue populiste], maintenant je suis très pro [le même démagogue populiste] » ; « j’étais trop patriarcal, maintenant je vise le féminisme »…(et vice-versa). Cela, c’est encore penser dans le même sens, c’est-à-dire selon la même logique : celle d’un choix binaire et idéologique – qu’il soit politique ou religieux.

Il s’agit de « penser à rebours », c’est-à-dire, pour utiliser une image, de changer le logiciel de notre pensée. Par exemple, ne plus penser en opposition frontale, binaire et manichéenne, mais penser ce qui se dit dans l’écart, la différence entre les positions antagonistes. Penser l’espace qui s’ouvre entre les extrêmes et ainsi imaginer autre chose que nous n’avions jusque-là justement pas pensé. Non pas passer d’une pensée à l’autre mais « penser à rebours » à l’intérieur de toutes les façons habituelles de penser. Interroger la pensée de l’intérieur, en sonder les impasses, les impossibilités de s’ouvrir à autre chose.

Par exemple encore, penser qu’il y a possibilité de se poser et de réfléchir quand tout invite à l’action immédiate, c’est-à-dire à l’arrêt de la pensée.

Par exemple aussi, penser qu’il y a autre chose que ce qu’on nous présente comme clôturé, définitif, plein, saturé, décidé.

Par exemple enfin, « penser à rebours » en faisant notre le « comme non » paulinien (1 Co 7,29-31) qui invite chacun à ne pas réduire l’existence à ses choix mais à penser l’excès de l’être par rapport au faire ou à l’identité sociale.

Penser à rebours d’un monde où, malheureusement, « je suis ce que je fais ».

Voilà quelques pistes, non limitatives, d’une « pensée à rebours ».

« Penser à rebours », conclut Jésus, ou « périr ». Il faut peut-être ici entendre le terme non pas au sens de la mort physique mais comme désignant une autre mort que la mort (comme le « mourir tu mourras » de Gn 2,17), un pouvoir mortifère qui entrave en l’homme la possibilité d’être du côté de ce qui porte vers la vie. « Penser à rebours » pour ne pas mourir d’une atrophie de la pensée. Mourir de ne plus pouvoir penser autrement que selon des modèles fermés. Car penser dans le sens habituel de nos pensées, c’est assurément une forme de mort par défaut d’ouverture à ce qui pourrait advenir de neuf, par incapacité d’imaginer autre chose que ce qu’il y a. « Penser à rebours » pour laisser advenir ce qu’il n’y a pas et que nos façons habituelles de penser ne peuvent envisager(1).

Peut-être est-il urgent de suggérer qu’une façon de vivre une nouvelle année, de façon résolument « nouvelle », consiste à « penser à rebours » des formes de pensées qui sont habituellement les nôtres ? Pour cela, il s’agit de se mettre humblement à l’écoute des paroles du Christ, lesquelles sont « esprit et vie » (Jean 6v63). Cette Parole, agissante et efficace, nous interroge, nous interpelle, et nous console ; « c’est par elle que Dieu nous fait découvrir nos limites, donne naissance à la foi et nous oriente dans nos choix de vie »(2).

 

A méditer :

« Ce n’est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu. Il nous a aussi rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’esprit; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie » (2 Cor.3v5-6).

« ….la (vraie) circoncision, c’est celle du coeur, selon l’esprit et non selon la lettre ».(Rom.2v29)

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rom.12v2)

 

 

 

Notes :

(1)D’après Elian Cuvillier. Réforme, 07/01/16.

(2) http://lesattestants.fr/wp-content/uploads/2019/02/Lehmk-Attestants-Bible.pdf

 

 

Forum des Attestants du 06 février : communion, un défi ?

La communion, un défi ? Une invitation et un appel à le relever avec les Attestants, le 06 février !

L’édition 2021 du forum des Attestants aura lieu par zoom, le 06 février, nous proposant de « nous entretenir les uns les autres » du thème suivant : « communion, un défi ? »

 Pourquoi ce thème ?

« La crise du Covid qui traverse notre monde et notre société globalisée a agi comme un révélateur dans nos vies spirituelles. Elle a mis en évidence, non seulement l’importance, mais aussi l’impérieuse nécessité pour la vie de nos communautés et également pour notre vie personnelle et notre épanouissement d’une Communion Fraternelle authentique. Communion dont la nature spécifique est l’un des marqueurs de notre foi et de notre espérance.

Cette prise de conscience s’accompagne de celle d’un monde qui malgré sa globalisation est en fait de plus en plus fragmenté par les distanciations de toutes sortes : physique, sociale, culturelle, politique, religieuse, théologique… poussant à un « entre soi » identitaire, amplifié contre toute attente par la place que les réseaux sociaux y ont prise, comme l’actualité récente le montre.

On pense, on vit, on agit… de plus en plus avec ceux qui nous ressemblent.

Or l’Eglise est le contraire de cet « entre soi », nous qui sommes appelés par le Christ à le dépasser pour vivre la fraternité des enfants de Dieu.

La crise actuelle interpelle les chrétiens que nous sommes sur le sens réel de la Communion Fraternelle. Quelle est sa nature ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ? Et si elle en établie, où se situent ses bornes ? Notre foi dans le Christ ressuscité et l’action du Saint-Esprit nous portent et nous poussent dans un élan généreux qui devrait nous permettre de dépasser limites et barrières que notre nature humaine oppose à cet élan.

A contrario, la générosité de nos sentiments humains, notre volonté de bien faire, la conformité à la pensée dominante dans le monde…affadissent parfois jusque dans nos églises ce lien précieux, ce cadeau que nous recevons du Père, grâce au Fils par le Saint-Esprit » (source : plaquette de présentation du forum des Attestants du 06/02/21)

Au programme :

10h-12h30, table ronde : Qu’est-ce que la communion fraternelle, pourquoi est-elle cruciale pour la vie chrétienne ?  avec
David Bouillon, professeur de théologie pratique et spiritualité à la HET-PRO (Haute Ecole de Théologie en Suisse)
Frédéric de Coninck, sociologue chrétien (Ancien directeur de recherche au CNRS et à l’ école Nationale des Ponts et Chaussées)
•  Gilles Boucomont, pasteur EPUdF à Paris-Belleville
Animatrice : Caroline Bretones, pasteur EPUdF à Paris-Le Marais

14h30-17h table ronde : Comment faire vivre notre communion fraternelle, qu’est-ce qui peut la menacer, ses limites éventuelles et les risques de dérives ? avec
Guillaume de Clermont, pasteur EPUdF, ancien président de Conseil régional
Anne Faisandier, pasteur EPUdF à Marseille
Pierre Jova, journaliste à l’hebdomadaire La Vie
Animateur : Jean-Fred Berger, président du CP de l’EPU de Dreux

Chaque table ronde est suivie d’ateliers :

Approfondissements théologique avec David Bouillon, sociologique avec Frédéric de Coninck, et ecclésial avec Gilles Boucomont ;

« Dans le monde mais pas du monde ». Communion ou union, est-ce une porte étroite ou une large voie ? Comment Jésus lui-même assume la tension entre ouverture et exclusivité ?

« Le rôle du Saint Esprit dans la construction de la communion ». La communion est-elle donnée ou à construire ?

« Y a-t-il une bonne et une mauvaise communion ? » Quels sont les différents modèles de communion ? Quelles sont les dérives, les abus, les malentendus possibles ? Peut-on dire que : pas de confession de foi partagée, pas de communion ?

« La dimension sacramentelle de la communion. Au-delà de l’acte d’eucharistie, quelle communion au sens large ? »

 

Un événement organisé par les Attestants*.

Plus de détails 6 février 2021-Forum – Attester.fr

 Et inscription via le formulaire

 

*Les Attestants : Ce courant de l’Eglise Protestante Unie de France (EPUdF) s’est constitué suite au synode de Sète en 2015, qui a vu autoriser la bénédiction des couples homosexuels. L’idée du mouvement est « de mettre au centre des préoccupations le fait d’être une Eglise de témoins ». Il s’agit pour ces protestants confessants, non plus de « protester » mais « d’attester » d’une foi solide dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, comme « d’attester » de l’autorité souveraine de la parole biblique pour la foi et la vie des croyants. Ils proposent des outils pour le réveil des églises de la Réforme et au service de l’Evangile de Jésus-Christ.

Découvrir leur site et mes articles sur ce mouvement.