« L’Affaire Mila » : « vies privées »

« L’affaire Mila » ou le révélateur d’une crise de notre époque, dans laquelle nous vivons l’oubli ou la négation de l’intime….

« L’affaire Mila » – du prénom d’une lycéenne de 16 ans – est révélatrice d’un phénomène inquiétant : après avoir tenu des propos insultants envers la religion musulmane dans une « story » instagram, elle est persécutée et menacée par des milliers de jeunes, des deux sexes, nés en France et de nationalité française. « Outre les insultes et les menaces de mort ou de viol, certains internautes, qui l’ont reconnue, dévoilent son identité, son adresse, celle de son lycée » (1).

« Plusieurs vidéos massivement partagées et commentées sur les réseaux sociaux reprennent les extraits de cette story Instagram (…)Depuis la publication de ces vidéos, plusieurs hashtags ont émergé (#JesuisMila et #JesuispasMila), symbolisant un débat extrêmement polarisé autour de la jeune fille, désormais cible de cyberharcèlement »(2).

Ceci dit, ce qui se vit est également révélateur d’une crise de notre époque, à l’heure où il est normal, banal et « moderne » de s’exprimer « en live » et en public sur les réseaux @sociaux, sans soucis de protéger son identité numérique. Un peu comme si l’on ouvrait la porte de sa chambre à une foule d’inconnus. En effet, Internet, ce n’est pas « privé ». Cette crise est perçue par Marc-Alain Ouaknin, rabbin et docteur en philosophie, comme une « crise de l’intimité ».

Comme il l’explique très bien dans son « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains » (3), nous vivons en effet « l’époque de l’oubli [ou de la négation ?] de l’intime, catégorie essentielle fondatrice de toute société ». Or, poursuit-il, « l’éthique n’est possible qu’à partir de l’existence de l’intime. L’intime de la maison n’est pas fuite du monde et de l’autre, mais la condition même de leur rencontre…. » (Zeugma, p 497).

Selon Ouaknin, le texte biblique est de nature à nous ouvrir de nouvelles perspectives sur cette question de l’intime. Il cite en particulier « cet épisode [de Genèse 9v20 et ss] où, après être sorti de l’arche, Noé (…) plante une vigne et s’énivre de son vin, pour finir dénudé dans l’intimité de sa tente. Un des trois fils, Cham, entre dans la tente et voit son père nu. « Et Cham, le père de Canaan, vit la nudité de son père et il raconta à ses deux frères à l’extérieur »[v22]. Des commentateurs estiment que « ce texte suggère (….) que la faute de Cham n’est pas d’avoir vu la nudité de son père, mais de n’avoir regardé que cette nudité et de l’avoir racontée à ses frères » (op .cit., p 499). Dès la sortie de l’arche, le langage est perverti dans son utilisation par Cham qui entre dans le monde de la médisance. Et, souligne Marc-Alain Ouaknin, « médire, ce n’est pas mentir, mais réduire la complexité d’une situation ou d’un être à une seule dimension. La médisance réduit la conscience que l’on peut avoir de la complexité d’autrui en le réduisant à une seule de ses fonctions, en n’en voyant qu’un point sans le mettre en relation avec les autres, sans prendre en considération les interactions, les liens et les marges (…). Cham est dans une pulsion qui transforme son voir en parole sans attendre que son père puisse prendre la parole, dire quelque chose, expliquer, s’expliquer. Cham est dans l’aussitôt. Il voit et aussitôt se met à parler sans laisser à son père le temps d’une parole, d’un commentaire, et sans se laisser à lui-même la possibilité d’élaborer un discours, une raison, un logos. Il ne se fait pas accueil pour une parole (…). Aucune parole ne peut résider chez lui, en lui. Il est sans intériorité et ne comprend ni ne respecte l’intériorité de l’autre, ici son père. Il raconte à ses frères qui sont à l’extérieur. Sa bouche est toujours tournée vers cette extériorité sans retenue, ce que l’hébreu nomme l’insolence, houtspa, mot qui veut dire littéralement « extérieur-bouche ».

La médisance, c’est nier chez l’autre le droit à l’intime et chez soi l’existence de cet intime, lieu d’un temps de maturation d’une parole qui pourra être dite ou retenue. Et en niant le droit de l’autre à l’intime, c’est le réduire à son dévoilement, son apocalypse [« révélation » et non « catastrophe »], sans lui donner le temps de retrouver son for intérieur dans lequel il pourrait se ressaisir et élaborer une parole d’explication et de transmission. Médire, c’est ne pas respecter la part de mystère qui est à l’origine de toute créature.

Cham maudit son père et est maudit en retour, comme s’il se maudissait lui-même. Pris dans l’émotion produite par la nudité de son père, aucune place n’est donnée au discours et aux commentaires qui auraient pu être faits. Une forme de ressenti obstrue la possibilité d’une pensée rationnelle et devient fondement du non-entendement, de la pulsion et de l’intolérance ».(op.cit., pp 500-501)

Le propre de cette génération, piégée par des polarisations extrêmement violentes ?

Face aux deux écueils d’une vie marquée par la démesure (la croyance dans le mythe moderne du « tout est possible »), et d’une vie marquée par la seule nécessité, conduisant au déterminisme et au fatalisme, il est heureusement permis d’espérer.

Marc-Alain Ouaknin, dans son commentaire de cet épisode biblique, rappelle que « Shem et Yafet, les deux autres frères, vont à la fois réparer la faute de Cham » et rendre possible « une éthique de la juste parole (4), du bien dire, (c’est-à-dire), de la bénédiction. Ils font réparation de la médisance, réparation qui sera ritualisée plus loin dans le texte biblique dans le rituel de guérison [et purification] du lépreux [l’ostracisé de l’époque, cf Lévitique 14].

Le bien dire de la bénédiction consiste tout d’abord à rétablir l’intime de l’autre. C’est ainsi que les frères prennent une couverture [qui est autre que les « couvertures médiatiques »] qu’ils posent sur leurs épaules pour la déposer sur le corps de leur père en marchant en arrière, sans regarder sa nudité. » (op.cit., p 502)

« (Car j’étais) nu, et vous m’avez vêtu (…) Alors les justes lui répondront : “Seigneur (….) quand nous est-il arrivé de te voir (…) nu et de te vêtir ? Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Matt.25v36, 38, 40)

« Vêtir ceux qui sont nus », telle est la réponse à cette nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui promet, de façon illusoire, un monde sans vie privée. Sans doute l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques.

 

Aller plus loin : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/12/15/limitation-de-jesus-christ-veiller-a-son-intimite/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/09/20/le-pseudonymat-nest-pas-un-anonymat/

 

 

Notes :

(1) Le déroulé de l’histoire : https://www.lci.fr/justice/jesuismila-menacee-de-mort-et-de-viol-pour-avoir-insulte-l-islam-sur-instagram-mila-16-ans-porte-plainte-2143516.html

(2) https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/22/mila-une-jeune-femme-de-16-ans-a-t-elle-ete-exfiltree-de-son-lycee-par-la-police-suite-a-une-video-a_1774539

(3) Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013. Voir notre article sur l’ouvrage.

(4) Bénir, c’est effectivement dire du bien de quelqu’un, mais pas dans le sens de quelque chose que nous trouverions « sympa » ou « cool ». C’est tout simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : c’est ainsi que cette chose est juste et vraie. D’autre part, bénir, c’est aussi se mobiliser pour que ce bien énoncé par la parole devienne une réalité.

 

 

Deux albums (sinon rien) pour parler du deuil et du pardon

Peut-on espérer une nouvelle vie quand tout est brisé ?

Voici deux albums récents, reçus en service presse de la part de BLF éditions, que je remercie, pour nous parler de deux sujets sensibles et essentiels : « Plus jamais d’au-revoir » de Lauren Chandler (l’épreuve face à la maladie et le deuil suite au « départ » d’un proche) et « l’ami qui pardonne » de Dan Dewitt (le pardon de ce qui semble impardonnable et la restauration de relations brisées) – mon préféré. Tous deux superbement illustrés par Catalina Echeverri, dont j’ai aussi apprécié les partis pris graphiques.

« Plus jamais d’au revoir » ou l’espérance d’une vie où l’on dira « au revoir » à tous les « au revoir »….

Le premier album raconte « la vraie histoire », tirée de l’évangile selon Jean, de ce que n’a pas fait et a fait Jésus, lorsqu’il a appris que son ami Lazare est mort des suites d’une maladie.
Le second album raconte une autre « histoire vraie », également tirée des évangiles (Notamment Marc 14, Jean 18 et 21). « L’ami qui pardonne », c’est Jésus. Celui qui a eu besoin de son pardon est Simon Pierre, qui a fait semblant, par trois fois, de ne pas le connaître. Pourtant, il s’était déclaré ami de Jésus, prêt à mourir pour lui et jurant de ne jamais le laisser tomber.

Mais, par-delà ces sujets éternels, ces lectures sont autant d’occasions d’apprendre aux plus jeunes que ces « histoires vraies » ne sont pas uniquement des « histoires » (même « vraies »). Ce qui nous est raconté est toujours actuel. Il nous est ainsi possible d’espérer en une nouvelle vie et un avenir, surtout quand nous pensons que « tout est fini », et d’avoir toute confiance en Celui qui est la source de notre espérance.

Jésus est cet ami fidèle et fiable, qui nous pardonne.

Jésus est en effet ici présenté comme un ami, compatissant et consolateur, lorsque nous sommes dans le deuil, suite au « départ » d’un proche. Il est aussi celui qui nous aime, toujours fidèle et digne de confiance – alors que nous sommes pas du tout fiables et dignes de confiance – nous relevant (plutôt que de nous ‘ »enfoncer ») « encore, encore et encore » quand nous tombons « encore, encore et encore ».

Deux beaux albums touchants et parfois drôles, d’une grande portée théologique, et facilitant l’échange sur des sujets difficiles pour des enfants, comme pour des adultes. A découvrir et à faire découvrir, en guise de témoignage que Celui en qui nous mettons notre confiance fait « toutes choses nouvelles » (Apoc.21v5) !

 

En bref : 

« Plus jamais d’au revoir. Jésus, Lazare et la tombe vide : la vraie histoire », de Lauren Chandler. Illustrations de Catalina Echeverri. Blf éditions, 2019.

« L’Ami qui pardonne. Pierre a mal agi et Jésus lui a pardonné : la vraie histoire », de Dan Dewitt. Illustrations de Catalina Echeverri. Blf éditions, 2019.

 

« Vous n’avez qu’un seul guide, le Christ »

En quête de sens ? Vers qui se tourner ?

« Mais vous, ne vous faites pas appeler “rabbi”, car vous êtes tous égaux et vous n’avez qu’un seul maître. N’appelez personne sur la terre votre “père”, car vous n’avez qu’un seul père, celui qui est au ciel. Ne vous faites pas non plus appeler “guide”, car vous n’avez qu’un seul guide, le Christ. », dit Jésus (Matt.23v8-10)

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles qui donnent la vie éternelle » (Jean 6v68)

Le drame serait que l’on vienne nous voir, nous chrétiens, notamment engagés dans des services d’accompagnement spirituel/de « relation d’aide », comme on va voir un « gourou » ou « un marabout » (aujourd’hui, on dirait : « un homme de Dieu » ou « un saint homme »), à l’instar de ce personnage décrit par La Bruyère dans ses « caractères » :

Irène se transporte à grands frais en Épidaure, voit Esculape dans son temple, et le consulte sur tous ses maux. D’abord elle se plaint qu’elle est lasse et recrue de fatigue ; et le dieu prononce que cela lui arrive par la longueur du chemin qu’elle vient de faire. Elle dit qu’elle est le soir sans appétit ; l’oracle lui ordonne de dîner peu. Elle ajoute qu’elle est sujette à des insomnies ; et il lui prescrit de n’être au lit que pendant la nuit. Elle lui demande pourquoi elle devient pesante, et quel remède ; l’oracle répond qu’elle doit se lever avant midi, et quelques fois de se servir de ses jambes pour marcher. Elle lui déclarer que le vin lui est nuisible : l’oracle lui dit de boire de l’eau ; qu’elles a des indigestions : et il ajoute qu’elle fasse la diète.

« Ma vue s’affaiblit, dit Irène. Prenez des lunettes, dit Escupale. Je m’affaiblis moi-même, continue-t-elle, et je ne suis ni si forte ni si saine que je l’ai été. C’est, dit le dieu, que vous vieillissez. 

Mais quel moyen de guérir cette langueur ? 

Le plus court, Irène, c’est de mourir, comme on fait votre mère et votre aïeul. 

Fils d’Apollon, s’écrit Irène, quel conseil me donnez-vous ? Est-ce là toute cette science qui vous fait révérer de toute la terre, Que m’apprenez-vous de rare et de mystérieux, et ne savais-je pas tous ces remèdes que vous m’enseignez ? 

Que n’en usiez-vous donc, répond le dieu, sans venir me chercher de si loin, et abréger vos jours par un long voyage ?

[La Bruyère. Les Caractères, « De l’homme », 35. GF, 1994, pp 271-272]

 

Dans le même ordre d’idée, voici ce qu’il est possible de répondre à ceux qui nous demandent « de prier pour eux ».

 

 

L’Espérance ultime des chrétiens

Qu’est-ce que les chrétiens espèrent de l’avenir ? Vous serez surpris de l’apprendre !

Noël est derrière nous !

Mais savez-vous que les premiers chrétiens ne fêtaient pas Noël, mais uniquement la Résurrection corporelle du Christ, avec la grande fête de Pâques – sans oublier une célébration hebdomadaire ?

Ce qui en dit long sur le fondement de l’espérance future et ultime du christianisme des premiers temps, laquelle était fermement centrée sur cet événement historique. Et il y a de quoi être « surpris par (une telle) espérance », souligne le théologien N.T. Wright dans un passionnant ouvrage récemment publié(1), que je suis en train de lire.

« Les premiers chrétiens ne se satisfaisaient pas simplement de croire en la vie après la mort ; ils n’ont quasiment jamais parlé d’un transfert vers le ciel après la mort (….). Et lorsque ces chrétiens parlaient du ciel comme d’une destination post-mortem, ils semblaient envisager cette vie céleste comme une étape temporaire en route vers la résurrection finale du corps. Lorsque Jésus rassure le brigand sur la croix » qu’« aujourd’hui », il sera avec lui « au paradis » (Luc 23v43), ce « paradis » ne peut être leur destination finale, comme l’atteste Luc au chapitre suivant. « Le paradis » est plutôt le lieu où les morts en Christ (cf 1 Cor.15) se ressourcent en attendant la résurrection. Lorsque Jésus déclare à ses disciples « qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison de (son) père » (Jean 14v2), le terme employé en grec, monè, désigne un séjour provisoire, une halte. Lorsque Paul désire « s’en aller pour être avec Christ, ce qui est bien préférable » (Philippiens 1,21-23), « il pense effectivement au bonheur de vivre auprès de son Seigneur immédiatement après sa mort, mais ce n’est qu’un prélude à la résurrection elle-même » (2).

En clair, explique encore N.T. Wright, l’espérance chrétienne d’un avenir en Dieu repose sur la conviction « d’un processus futur en deux étapes » (2) : 1) A la mort, « le corps de l’homme s’en retourne à la terre d’où il a été tiré [Gen.3v9] et le souffle de vie (l’esprit) retourne à Dieu qui l’a donné » (cf Ecclésiaste 12v7 et aussi Luc 23v46). L’espérance du chrétien est de demeurer auprès du Seigneur, dans l’attente de 2) son espérance ultime, laquelle est la Résurrection des morts, et une existence nouvelle dans une Création renouvelée [des « nouveaux cieux » et une « nouvelle terre »], selon Apocalypse 21v1, 4, où « la mort ne sera plus » et où « il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance. »

Au final, « Surpris par l’espérance » nous montre que ce que nous croyons à propos de la vie après la mort affecte directement ce que nous croyons de la vie avant la mort. En effet, si Dieu veut renouveler toute la création et non la détruire, cela signifie que la mission de l’Église ne peut se limiter au seul « salut des âmes » : elle doit travailler pour le royaume (ou le règne) de Dieu, dans le monde entier, en apportant guérison et espérance dès la vie présente.

Qu’en est-il pour vous ?

Une bonne idée de première lecture, pour bien débuter la nouvelle année !

Voir aussi, sur le même sujet, cette question « théo » très pratique :  https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/03/20/la-question-theo-du-mois-dieu-va-t-il-detruire-la-terre-lors-du-retour-de-jesus-christ/

 

Notes :

(1)Wright, N.T. Surpris par l’espérance. Excelsis, 2019 (Sel et lumière). Voir ici ou dans toutes les bonnes librairies.

(2) Ibid, p 85

Avent

« Seules les femmes, les mères, savent ce qu’est le verbe attendre. » (Source image : public domain pictures)

Il arriva sans être attendu, il vint sans avoir été conçu. Seule la mère savait qu’il était fils d’une annonce de la semence portée par la voix d’un ange. C’était arrivé à d’autres femmes juives, à Sarah par exemple.

Seules les femmes, les mères, savent ce qu’est le verbe attendre. Le genre masculin n’a ni constance ni corps pour héberger des attentes (….). Esaïe 30v18 (dit pourtant) « heureux ceux qui attendent lui » (….). Mais plus fort encore que cette nouvelle, il est écrit dans ce même vers : « c’est pourquoi Dieu attendra pour vous faire miséricorde ». La première attente concerne Dieu et elle a le même verbe hébraïque hacche. Dans sa réduction au format de l’espèce humaine, Son temps infini se contracte dans le fini d’une attente. Dieu attend ; « pour vous faire miséricorde ». Le temps de l’Avent est à l’imitation de, il est face à l’éternité d’un Dieu qui accepte de devenir périodique, faisant irruption dans le monde certains mois fixés par sa naissance, sa mort et sa résurrection.

Celui qui a en lui les ressources pour concevoir des attentes connaît grâce au vers d’Esaïe l’immensité de l’attente correspondante de Dieu.

Avent IN Noyau d’olive, Erri De Luca. Gallimard, 2004 (Folio), pp 17-18.

En ce moment j’écoute : « Eveille-toi, mon âme »

Le cœur rassuré, mon Dieu, je vais chanter un hymne : voilà ma gloire !

Réveillez-vous, harpe et lyre, je vais réveiller l’aurore. (Ps.108v2-3)

Voici ce magnifique chant de Samuel Olivier et du collectif cieux ouverts, interprété par la chorale d’enfants Aquarium, avec Estelle Besingrand au violoncelle, Evodie Gonzalez au piano et Christophe Blanc à la réalisation du clip.

Le Pasteur chrétien de Richard Baxter

Il y aura « un avant et un après », après avoir lu « le pasteur chrétien »

Tout chrétien aspirant pasteur, ou déjà pasteur, a intérêt à lire « le Pasteur chrétien » de Richard Baxter. Le titre original de l’ouvrage [« The Reformed Pastor » ou « le pasteur réformé »]  est même plus explicite quant aux intentions de son auteur. En effet, l’adjectif « Réformé » ne renvoie pas ici à la dénomination protestante du même nom, mais doit être compris dans le sens de Romains 12v2 ou Jérémie 7v3 : se réformer soi-même.

Richard Baxter, un pasteur et théologien puritain du XVIIe siècle (1615-1691) soucieux des intérêts de Christ, « le Souverain Berger », et donc de ceux des autres, exhorte ses collègues pasteurs dans un vibrant plaidoyer à la manière de Paul en Actes 20v28 : « Prenez soin de vous-mêmes et de tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis les gardiens, soyez les bergers de l’Eglise de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang ».

Sans langue de bois, il leur rappelle que le « ministère » n’est en rien un avantage ou « un honneur » (c’est même parfois plutôt ingrat), mais bien un service et un grand don, impliquant de très sérieuses responsabilités.

« Le pasteur réformé » ne doit pas non plus oublier qu’il est avant tout un pasteur : d’abord « pasteur de lui-même », en « veillant sur lui-même et sur son enseignement »(1 Tim.4v16). Ce qu’il prêche aux autres, il le prêche d’abord à lui-même. Il comprend que « la réforme de l’Eglise » doit d’abord passer par la réforme de son propre cœur, incluant la repentance de son orgueil, de sa paresse et de son insouciance à l’égard des pécheurs qui se perdent. Ce n’est qu’ensuite qu’il pourra être un « pasteur pour les autres », soit de veiller et de prendre soin de tout le troupeau qui lui a été « échu en partage » (1 Pie.5v2). Ce qui implique de prendre le temps de bien connaître chaque membre de l’église…à condition que ledit troupeau ne soit pas trop nombreux ! [Que penserait Baxter des méga-churches, aujourd’hui ?]

L’enjeu spirituel est de taille, car, affirme Baxter, « l’ignorance des devoirs réciproques du pasteur et du troupeau est un des plus grands obstacles au salut des pécheurs et à la réformation de l’Eglise » (op.cit., p 157)

Pertinent et actuel, il était aussi novateur en son temps, en ce qu’il encourageait ses collègues pasteurs à ne pas se contenter de prêcher, « d’instruire et catéchiser », en chaire, mais « d’instruire et catéchiser en particulier » les membres et les familles à domicile, lors de visites pastorales régulières. « L’instruction particulière (des) paroissiens est (pour les pasteurs) un devoir aussi rigoureux que la prédication publique » (op. cit, p 183), mais aussi, à terme, un exercice efficace et utile, qui est plus profitable que dix ans de prédication, assure Richard Baxter (op. cit., p 169). Lui-même, chargé de la paroisse de Kidderminster, bourgade anglaise de 800 foyers et 2000 habitants, avait pour habitude de prêcher le dimanche et de visiter une quinzaine de familles chez elles le lundi et le mardi.

Comme tous les anciens auteurs,  son style paraît de prime abord « vieux jeu », austère et « pas cool », mais non dénué de grâce. Percutant, son message anticipe les trois objectifs de la prédication de Charles Siméon (1759-1836), en ce qu’il vise à rendre humble le pécheur, exalter le Sauveur et promouvoir la sainteté.

Le pasteur devenu « réformé » y gagnera même un peu plus de sagesse, après avoir fréquenté son aîné Richard Baxter le temps d’une lecture. Ainsi, à l’heure où l’on se passionne pour « ce qui fait le buzz », quand on ne s’amuse pas « à rompre des lances » sur les réseaux @sociaux avec des inconnus sur des sujets polémiques et clivants, le lecteur pasteur sera encouragé à s’attacher à ce qui contribue à l’unité et à la paix de l’Eglise.

Dans tous les cas, il y aura certainement « un avant et un après », après avoir lu « le pasteur chrétien » : ou bien l’on en conclut que « finalement, cela ne vaut pas le coup d’être pasteur », ou bien l’on se voit conforté et encouragé dans sa vocation et son appel, plus conscient du sérieux et de la noblesse de cette grâce qu’est le pastorat.

 

En bref :

Le Pasteur chrétien, de Richard Baxter. Impact Héritage, 2017. Egalement disponible ici ou dans toutes les bonnes librairies.

 

Table des matières

  • Avant-propos
  • Préface à l’édition française de 1841
  • Introduction

Première partie : La surveillance de nous-mêmes

  1. La nature de cette surveillance
  2. Les motifs de la surveillance de nous-mêmes

Deuxième partie : La surveillance du troupeau

  1. La nature de cette surveillance
  2. La manière d’exercer la surveillance du troupeau
  3. Les motifs de la surveillance du troupeau

Troisième partie : L’application

  1. La nécessité de l’humiliation
  2. Le devoir de catéchiser et d’instruire le troupeau

 

Extrait à lire sur le blogue Revenir à l’Evangile.

 

C’est ainsi que certains espèrent le réveil : comme d’autres attendent le Messie

« Ils avaient en vue une réforme que Dieu lui-même devait opérer dans l’Eglise, mais ils ne songeaient point que cette réforme devait commencer par eux… » (Source : public domain pictures)

« Hélas ! Nous avons longtemps parlé de la réforme [ou du réveil] de l’Eglise ; nous l’avons hâtée de nos vœux et de nos prières, et cependant nous l’avons négligée et nous la négligeons encore. Il semble, par notre conduite, que nous ignorions complètement en quoi consiste cette réforme, objet de tant de vœux (….). D’où vient cet étrange aveuglement ? Comment des hommes pieux ont-ils pu s’abuser si grossièrement ? La cause est facile à comprendre. Ils avaient en vue une réforme que Dieu lui-même devait opérer dans l’Eglise, mais ils ne songeaient point que cette réforme devait commencer par eux. Ils considéraient la fin, mais non les moyens. Ils espéraient sans doute que tout serait réformé, excepté eux et sans eux ; que le Saint-Esprit descendrait miraculeusement sur la terre ; qu’un ange ou qu’un prophète, venu du ciel, amènerait le renouvellement et la restauration de l’Eglise ; que le glaive de la loi frapperait les pécheurs et les forcerait à l’amendement. (….)Nous nous étions tous un peu persuadés que lorsque les impies auraient été amenés à reconnaître notre autorité, ils seraient par cela même convertis et conduits de force dans le chemin du salut. Mais nous nous faisions d’étranges illusions ; et si nous avions exactement connu les moyens par lesquels la réforme devait s’effectuer, peut-être quelques-uns auraient-ils été moins ardents à la demander. La réforme est pour plusieurs d’entre nous ce que le Messie était pour les Juifs. Avant sa venue, ils soupiraient après lui, ils se glorifiaient en lui, ils se réjouissaient dans l’espérance de son avènement ; dès qu’il fut descendu sur la terre, ils ne purent le souffrir ; ils le persécutèrent de leur haine ; ils refusèrent de croire que c’était là celui qu’ils attendaient (…) et le firent mourir (….).

Le Seigneur que vous cherchez et l’ange de l’alliance que vous désirez entreront dans son temple : et qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui pourra subsister quand il paraîtra ? Car il sera comme un feu qui raffine et comme le savon des foulons ; et il sera assis comme celui qui affine  et qui purifie l’argent ; il nettoiera les fils de Lévi ; il les purifiera comme l’or et l’argent, et ils apporteront à l’Eternel des oblations dans la justice (Mal. 3v1-3).

La raison en est qu’ils attendaient un messie glorieux qui devait leur apporter la puissance et la liberté. C’est ainsi que plusieurs d’entre nous envisageaient la réforme. Ils espéraient une réforme qui leur procurerait la richesse, l’honneur, le pouvoir ; ils reconnaissaient maintenant qu’elle leur impose un surcroît de travail et de soins. Ils se flattaient qu’elle mettrait les impies à leurs pieds. Ils s’aperçoivent  maintenant que c’est à eux à jouer le rôle de suppliants, à se jeter aux pieds des pécheurs non convertis, à solliciter humblement à la piété ceux qui autrefois menaçaient leur vie, à les gagner à force de mansuétude, de tendresse et de charité. Certes, ce n’est point là la réalisation de leurs espérances charnelles ».

Tiré du « Pasteur chrétien » (« The reformed pastor ») de Richard Baxter, pasteur et théologien anglais (1615-1691). Ed. Publications chrétiennes, 2016 (Impact Héritage), pp 163-164. Un appel à tous les pasteurs, « ministres de l’Evangile », relatif à leurs devoirs et obligations.

Une manifestation de la gloire de Dieu : une approche biblique du leadership et du gouvernement de l’église locale

En quoi la structure de l’église peut-elle être « une manifestation de la gloire de Dieu » ?

Le titre de l’ouvrage interpelle et incite à la lecture.

Le contenu nous surprend lorsque nous découvrons que, selon son angle, cette « manifestation de la gloire de Dieu » est en lien avec la structure de l’église ! Mieux encore, d’après Mark Dever, son auteur, nous ferions bien de nous en soucier. Car, loin d’être un point secondaire ou « une invention des hommes », l’organisation de l’église trouve son mode d’emploi dans les Écritures bibliques. Comme si Dieu nous exhortait Lui-même de la sorte, dans Sa Parole, à la manière d’Hébreux 8v5 : « ayez soin de tout faire d’après le modèle qui vous est montré ». Organisée, l’église l’est bien, et ce, dès le début de son histoire, comme nous l’apprennent les nombreux exemples du Nouveau Testament : les premiers chrétiens se rencontraient ainsi à des moments précis, ils procédaient à des élections, avaient des responsables, exerçaient la discipline, recueillaient les offrandes, écrivaient des lettres de recommandation, administraient les ordonnances [baptême et Cène) et tenaient à certaines exigences pour devenir membres.

Le livre est lui-même…structuré en quatre parties, chacune consacrée à un aspect essentiel de l’organisation de l’église, recevant un enseignement clair de la part des Ecritures : les diacres, les anciens, la congrégation (l’assemblée) et l’adhésion à l’église locale.

Savoir que la Parole peut ainsi nous servir de fondement pour harmoniser notre vie communautaire nous libère de la tyrannie des dernières modes managériales de l’église, laquelle n’est ni « une caserne », ni une « start up », mais « une institution vivante », « un organisme viable et un corps ».
Une église ainsi organisée selon le conseil de Dieu sera marquée par la sainteté, l’unité et l’amour. C’est ainsi qu’elle manifestera la gloire de Dieu, permettant à chacun de reconnaître qui Il est [cf Matt.6v9]. L’enjeu est de taille, car l’inverse est malheureusement vrai.

Un livre court mais dense, utile et pratique, susceptible de servir de base à une réflexion et à une action collectives, pour une réforme saine et biblique de son église locale.

 

En bref : Une manifestation de la gloire de Dieu : une approche biblique du leadership et du gouvernement de l’église locale, de Mark Dever. Editions Cruciforme, 2019 (9 Marks). Ouvrage reçu gracieusement « en service presse »  de la part de BLF éditions (partenaire avec Cruciforme), que je remercie. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Extrait à découvrir ici.

Le Combat de la jeunesse

L’art de bien « mener le bon combat » : un défi pour les jeunes….et les moins jeunes !

Curieuse coïncidence (un « hasard avec un grand D » ? ). Hier, mercredi, je publie ma recension du livre de Joseph Gotte, « vivre sa jeunesse autrement : 20 défis pour ma génération », et le lendemain, jeudi, je tombe sur le texte du jour d’un recueil de méditations quotidiennes :

Le Combat de la jeunesse, par Adèle Pélaz (1850-1940)

« La loi de l’Esprit de vie, qui est en Jésus-Christ, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort ». (Romains 8v2)

Le jeune homme, résolu à triompher de sa mauvaise nature, se forge parfois un idéal et, pour l’atteindre, essaie d’adopter certaines méthodes :

–           Il fait appel à son énergie,

–           Il s’impose des règles strictes,

–           Il répète des formules, des prières,

–          Il cherche à stimuler sa volonté,

–           Il décide des résolutions plus austères les unes que les autres,

–           Il se soumet à des pratiques très physiques,

–           Il s’applique à posséder une bonne morale,

–           Et met en œuvre ses méthodes jour après jour…

Mais voici, il a beau frapper, tirer, mordre, piétiner son mauvais caractère, il en voit les tendances émousser tous les marteaux ! Alors, vient le temps du découragement, et même du désespoir ! Mais c’est une illusion que de vouloir compter sur toutes ses méthodes, ses efforts personnels si déterminé soit-il !

Ce qu’il faut, c’est : L’INSTAURATION EN SOI D’UNE FORCE DU DEHORS, et c’est celle du Saint-Esprit. La loi de l’Esprit nous affranchis en Jésus-Christ, ne limitons donc pas son action ! Un homme de Dieu disait : « Fixer une limite à la puissance du Saint-Esprit, pour notre guérison, est insensé ! » Nous ne parviendrons jamais à la victoire sur nous-mêmes avec nos méthodes. C’est en laissant Dieu agir dans nos cœurs que la victoire sera acquise, car cette victoire, Christ l’a obtenue pour nous à Golgotha !

Le Combat de la jeunesse ».(14/11) d’Adèle Pélaz IN FILLATRE, Louis-Michel. Une année de grâce. Edition Diffusion du Cèdre, 2016, p. 360. Avec l’aimable autorisation de l’auteur.