Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce

Un livre rare, qui ne vient pas vers nous avec ses réponses toutes faites, mais parce qu’il a plein de questions à nous poser.

« Une Eglise rayonnante »(1), de  Jonathan Hanley(2), est un livre rare. Il commence par soulever un paradoxe : les chrétiens savent, par la Bible, qu’ils sont tous sur pied d’égalité, étant des pécheurs graciés, au bénéfice du pardon divin. Pourtant, nombre d’entre eux établissent une hiérarchie entre les différents péchés et réagissent comme si ces derniers étaient « extérieurs » à l’Eglise. Certains péchés sont plus condamnés que d’autres. En tête, ceux associés au SIDA, qui sont autant de défis et de révélateurs des richesses comme des lacunes de l’Eglise dans l’accueil de l’autre : la pratique de l’homosexualité, les relations sexuelles hors mariage et la toxicomanie. En clair, constate son auteur, qui a passé 13 ans de sa vie dans la lutte contre ce fléau du SIDA, il nous manque, à nous chrétiens, « une conscience de la grâce que Dieu répand sur tous ses enfants pour les sauver et les affermir dans son amour » (op. cit., p 11)

Sur ce plan, nous avons tous manqué le but : c’est pourquoi Jonathan Hanley, sortant des sentiers battus, à contre-courant d’une vision « conservatrice » ou « libérale » sur ce sujet sensible, nous invite individuellement et collectivement à nous remettre au diapason de la grâce, pour redécouvrir Dieu tel qu’il est vraiment, et non une caricature légaliste ou laxiste.

L’ouvrage, empreint d’un certain « réalisme pastoral », est écrit avec humilité, compassion et lucidité. Percutant, il n’hésite jamais à appeler les choses par leur nom, mais sans pour autant sombrer dans le cynisme, le fatalisme ou la diatribe. Des pages pleines d’espérance nous rappellent ce que les Ecritures appellent la grâce et comment le vivre individuellement et communautairement, de façon créative et féconde. C’est ainsi que nous serons en mesure de mieux accueillir, écouter et discerner les véritables questions et soifs spirituelles de nos contemporains, pour mieux leur répondre, en équilibrant « affirmation » et « proclamation » de l’Evangile.

Cependant, comme l’auteur tient à le préciser dans un autre cadre, il n’a « pas écrit Une Église Rayonnante parce (qu’il avait) plein de réponses à donner, mais plutôt parce (qu’il avait) plein de questions à poser ». Il n’écrit donc pas en tant que « donneur de leçons », mais en tant que « compagnon de route spirituel », nous invitant à marcher avec lui sur le chemin de la redécouverte d’une vision et d’un projet de Dieu : l’idéal de l’Eglise de Jésus-Christ, appelée à s’incarner dans le monde.

Le livre pourra paraître « daté » aux « digitals natives » des générations Y-Z, témoignant d’une époque où l’internet, déjà présent, n’était pas encore aussi développé qu’aujourd’hui. Néanmoins, il reste toujours aussi actuel, abordant un sujet essentiel, à l’heure où, plus que jamais, l’on s’interroge, même parmi les chrétiens, sur l’Eglise et sa pertinence pour aujourd’hui.

 

Notes : 

(1) Hanley, Jonathan. Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce. Editions Farel, 2003. Disponible ici ou .

(2) Jonathan Hanley habite près de Dinan en Bretagne. Après avoir œuvré au Pakistan parmi les réfugiés afghans, il a travaillé avec les Groupes Bibliques Universitaires puis exercé en tant que pasteur en Provence. Il a poursuivi pendant une quinzaine d’années un engagement auprès des malades du Sida avec l’association Signe de Vie-Sida. Il anime le comité de sélection des Éditions-LLB (Ligue pour la Lecture de la Bible) et contribue régulièrement à plusieurs périodiques francophones. Écrivain et traducteur apprécié, il est l’auteur de plusieurs livres publiés aux Éditions Farel.

« Depuis que mon premier livre a été publié en 2003, je suis toujours en train d’en écrire. Dans l’écriture, je trouve un outil qui me permet de mettre un peu d’ordre dans mes interrogations, mes découvertes et mes réflexions », explique-t-il sur le blogue artspiin.

 

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« Un coach nommé Jésus » : Epanouissement personnel et Evangile

« Un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile et une lecture managériale des Ecritures bibliques ».

J’avoue avoir d’abord « tiqué » à la lecture du titre de ce livre de Sophie Soria, qu’un ami m’a prêté : Un coach nommé Jésus : Epanouissement personnel et Evangile – Editions Dunod (12 mai 2005). En réalité, l’ouvrage mérite que l’on s’y arrête pour sa démarche et la portée de son propos….

Apparu il y a environ 25 ans, le coaching est aujourd’hui à la mode et se retrouve un peu partout – sport, entreprise, vie personnelle et même église…avec ce point commun : accompagner des personnes ou des équipes pour favoriser le développement de leur potentiel professionnel.

L’ouvrage veut simplement, semble-t-il, rendre compte d’un constat : Jésus serait « un coach extraordinaire. Coach du sens de la vie, de l’accompagnement au changement, de la sagesse et de la transformation intérieure, coach par ses paraboles, il demeure, à travers les siècles, toujours moderne et innovateur. Son message libérateur offre des points de repère et des méthodes pour guider notre existence vers un épanouissement durable, professionnel et personnel »(Résumé de 4ème de couverture). Mais Jésus est-il vraiment un « coach » ? Une telle comparaison est-elle raison, à l’heure où chacun se choisit les maîtres à penser qu’il veut, dans un esprit « free style » ?

Ce livre est publié chez Dunod, un éditeur spécialisé dans les ouvrages de formation universitaire et professionnelle (parmi ses domaines : la gestion et le management, ainsi que le développement personnel). D’où l’angle choisi de cet ouvrage théorique sur le coaching : nous présenter un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile et une lecture managériale des Ecritures bibliques.

Treize « paroles de sagesse » de Jésus donnent treize principes : relativiser l’argent, rassurer l’inquiétude, entreprendre la prise de risques, donner et pardonner dans l’amour-agapè, servir avec humilité, rêver et créer dans un esprit d’enfance, décider avec discernement, chercher avec persévérance, résister librement, changer de cadre pour créer le paradoxe, gagner en lâcher-prise, renaître de l’épreuve et savourer la joie. Suivent trois paraboles « du coaching » tirées des Evangiles, lesquelles se basent sur 4 grands principes : la parabole des talents (le potentiel), la parabole du sel de la terre et de la lumière du monde (la sagesse et la vérité) et la parabole de la maison bâtie sur le roc (les valeurs éthiques). La finalité étant de « vivre en plénitude la vie surabondante ». A la fin de chaque chapitre d’inégale longueur, Sophie Soria nous propose des exercices d’autocoaching fondés sur des situations concrètes de la vie personnelle et professionnelle.

En fin de compte, la démarche d’actualisation du langage biblique, plutôt originale et osée, se révèle pertinente en soulignant le caractère universel et intemporel de l’enseignement de Jésus-Christ. J’ai particulièrement apprécié le chapitre sur la liberté, avec le « décodage » des trois tentations de Jésus au désert. Certains trouveront que c’est ainsi réduire le Fils de Dieu et la portée de son message que de le présenter en simple « coach », « conseiller en communication », ou « maître de sagesse » (managériale), et que les quatre « titres » donné par l’auteure à Jésus (et dont elle fait les quatre parties de son livre) sont bien peu messianiques : « Jésus, conseiller merveilleux » ; « Jésus, coach du changement » ; « Jésus, coach de la sagesse » ; « Jésus, coach par la parabole ».

Mais l’on peut noter que l’auteure, autrefois juive athée, s’est convertie au christianisme (elle est catholique pratiquante), ayant reconnue Jésus comme étant bien le Messie promis et attendu par Israël. Et bien qu’elle prétende le contraire, cet ouvrage est un (e) remarquable « catéchisme/exégèse pratique », liant le spirituel au concret. Il explique, sans forcer à croire[mais en invitant à faire appel au « pouvoir de croire »], en quoi choisir Jésus-Christ et son enseignement, loin de pousser à la résignation et à la haine de soi, rend « réellement libre » et heureux aujourd’hui. Un tel livre peut alors toucher des personnes susceptibles d’être séduits par le New Age, l’ésotérisme et l’occultisme ou par l’ambiguïté de certaines techniques de communication et d’influence, pour mieux les conduire à Celui qui est le « Dieu véritable » et dont les paroles sont « esprit et vie ». Ce qui ne serait déjà pas si mal !

En bref :

Un coach nommé Jésus, par Sophie Soria
Chez InterEditions, collection épanouissement personnel et professionnel – 155 x 240 mm – 272 pages – 2005 – ISBN : 2100486845 – Prix : 19 €
Sommaire :
Ce livre…Jésus, «conseiller merveilleux», coach à part entière Jésus, coach du changement Jésus, coach de la sagesse l’argent. L’inquiétude. La prise de risques. L’amour. L’humilité. L’esprit d’enfance. Le discernement. La persévérance. La liberté. Le paradoxe. Le lâcher-prise. Le sens de l’épreuve. La joie. Jésus, coach par la parabole. Vivre en plénitude.

L’auteure : Coach certifié et conseil en communication. D’abord journaliste, elle devient coach en 2000 suite à une formation de 3 ans au coaching comportemental selon la psychologie humaniste. Après de premières armes en entreprise auprès de collaborateurs et dirigeants de grands groupes qu’elle coache, elle créée en 2002 son cabinet Le Coaching Ethique, orienté vers la réussite éthique. En 2005, elle publie un livre théorique sur le coaching : « Un coach nommé Jésus », devenu ouvrage de référence. Son livre présente un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile. En 2007, elle se spécialise dans l’aide aux victimes de harcèlement moral dans l’entreprise et la vie privée. Par son expérience d’aide à la reconstruction des femmes ayant subi de la violence psychologique dans le milieu familial, Sophie SORIA-GLO est alors amenée à établir sa méthodologie pour le leadership des femmes. Elle est aussi la secrétaire de l’association AVHMVP, Aide aux victimes de harcèlement moral et de violences psychologiques dans la vie privée ou professionnelle.

 

« Ça change tout ! » : L’Evangile qui transforme ta jeunesse

Vivre intégralement l’Évangile : « ça change tout ! »

« Ça change tout ! » pourrait être un nouveau slogan pour faire rêver. En réalité, il s’agit du constat d’une réalité : comment l’Évangile, « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit », et comment aimer et suivre chaque jour Jésus, notre Seigneur, génèrent le changement intégral dans notre vie.

« Ça change tout ! L’Evangile qui transforme ta jeunesse » est le livre co-édité par la Rébellution(1) et BLF Éditions (28/04/18)– que j’ai trouvé fort bien écrit et construit – de Jaquelle Crowe, une « rebellutionnaire » américaine de 19 ans (2) qui s’adresse franchement à sa génération pour l’encourager : « de jeune à jeune et de disciple de Jésus à disciple de Jésus », elle partage avec simplicité et humilité ce qu’elle a elle-même appris dans les Écritures bibliques, Parole de Dieu, pour vivre une vie abondante. Particulièrement bienvenu, ce livre, que j’ai reçu gracieusement de l’éditeur (que je remercie), vient rappeler que la jeunesse a besoin avant tout de solide pour non seulement croire mais croître dans la foi, sur de bons fondements. Par moments, il m’a fait penser à « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété » de Kent Hughes, mais en version « jeune », pour son approche holistique. En effet, chacun des 8 chapitres composant ce livre aborde un thème classique de la vie chrétienne, comme autant d’illustrations complémentaires du changement opéré par l’Évangile. En utilisant le « nous » inclusif dans les titres de chapitres, Jaquelle Crowe invite d’ailleurs ses lecteurs, disciples de Jésus-Christ, à s’approprier pour eux-mêmes chacune de ces thématiques et à vivre personnellement que l’Évangile change tout, avec de nouvelles (meilleures) perspectives : « notre identité », « notre histoire » ; « notre communauté » (L’Église) et notre nouveau regard/rapport à celle-ci, « notre (attitude face au) péché » (que nous n’aimons plus mais haïssons et combattons – les péchés plus « ordinaires » étant les plus dangereux), nos priorités (aimer Jésus et désirer lui ressembler toujours mieux, soit les finalités de l’exercice des disciplines spirituelles), « notre croissance » (pour nous exercer au discernement), « notre (rapport au) temps » (parce qu’il est précieux) et « nos (façons de vivre nos) relations » avec les autres (parents, frères et sœurs, amis et personnes du sexe opposé).

Ce changement intégral, dans tous les domaines, nous rendra libre de vivre joyeusement à contre-courant de la culture ambiante, qui est un redoutable « faiseur de disciple », et libre d’aimer, glorifier et plaire à un autre que nous-même :  Jésus-Christ, notre Seigneur !

Au final, cette lecture est parfaitement recommandable pour tout jeune, particulièrement né dans une famille chrétienne et s’apprêtant à témoigner que Christ est le Seigneur de toute sa vie, dans le cadre de son baptême. Elle sera également rafraichissante pour les lecteurs moins jeunes. Dans tous les cas, elle est idéale pour l’été, période de défis et de tentations !

 

En savoir plus :

Le lien du livre et cette vidéo :

 

Notes :

(1) « Rébellution » est un mot-valise, composé de « rébellion » et de « révolution ». Une rébellion de jeunes chrétiens non pas contre des autorités instituées par Dieu, mais contre les exigences médiocres de notre société. Le blogue, écrit par des jeunes pour des jeunes, a du « pep’s » et contient quantité de ressources pour booster sa foi et nous encourager à vivre pour Dieu. Il est la version francophone d’un mouvement(« rebelution », avec un seul « l ») initié par Alex et Brett Harris. Si vous êtes anglophone, ne manquez pas de découvrir la version « originale », laquelle met également en avant des projets humanitaires, sociaux et caritatifs.

(2) Jaquelle Crowe est une jeune auteure de 19 ans qui vient de l’est du Canada. Elle est éditrice en chef de TheRebelution.com et contributrice de the Gospel Coalition, desiringGod.org et Unlocking the Bible. Elle anime aussi un atelier pour jeunes écrivains, le Young Writers Workshop. Ca change tout : l’Évangile qui transforme ta jeunesse est son premier livre.

 

 

 

Les 7 Samouraïs : réflexion, action !

Une scène du film « Les 7 Samouraïs » d’Akira Kurosawa. Au premier plan, l’acteur Toshiro Mifune.

Un nouvel épisode de la série « watch it (again) », une invitation à revisiter les grands classiques, ou quand mon frère et ami Pierre-Louis s’essaye – avec succès, comme vous allez le voir – au difficile exercice de chroniqueur cinématographique. Qu’il en soit remercié !


De quoi ça parle ?

Les 7 samouraïs est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa, en 1954.

Le scénario de ce film met en avant, dans un Japon du XVIe siècle, les paysans d’un village isolé, faisant alliance avec des samouraïs, contre la menace de bandits.

Dans le souci de ne priver personne d’une belle découverte, voyons ci-dessous une proposition de séquencement en 5 actes principaux :

  1. La mauvaise nouvelle : le village apprend le projet de pillage des bandits.
  2. Le recrutement : la conviction du vieux samouraï de donner sa vie (contre un bol de riz).
  3. La stratégie défensive : une nécessaire prise de hauteur, préparation du village.
  4. La bataille : la gestion du groupe dans l’effort, la gestion des crises internes.
  5. Le rétablissement : morale de l’histoire sur le sens de la vie, la justice (etc.)

Comment ça nous parle ? Clés de décryptage

Jusque-là, pas de difficulté à comprendre de quoi traite le film. Pourtant, si l’on dispose de 3h20 pour se plonger dans cette réalité fictive, ayant pu prendre place dans un contexte (temporel, géographique, relationnel, culturel) spécifique, il peut y avoir 2 approches :

  • Une approche passive : consiste à lancer le DVD et bien voir ce qui arrivera
  • Une approche « semi-avertie » : consiste à partir dans cette aventure avec un trousseau de clés de compréhension. Elle permet au spectateur de décoder rapidement les éléments de contexte pour aller au cœur du message, et se laisser interroger par l’œuvre.

Les éléments de forme fluidifient notre compréhension du contexte et de l’histoire, en apportant un grand nombre d’informations (explicites ou abstraites) pour enrichir notre immersion.

Dans notre film, chaque prise de vue est une histoire dans l’histoire, au sein de laquelle l’auteur associe plusieurs éléments de forme :

  • Les expressions et postures individuelles :

Le jeu d’acteurs est (volontairement ou culturellement) franc et marqué, dans les expressions et les postures. Cela a pour effet de fluidifier notre compréhension des émotions, prises de parole et des relations entre personnages. Les nombreux rictus des personnages nous permettent de décoder avec aisance les personnalités et tempéraments de chaque personnage.

  • Les éléments de décor :

Le climat météo, les matières, les objets… Rien n’est laissé au hasard, pour nous donner des indices sur le contexte émotionnel de l’histoire en général et de chaque scène individuellement. La pluie vient souvent appuyer un effet de solitude, d’intimité, ou de deuil.

  • Le séquencement et les techniques de prise de vue :

Les effets de groupe, les déplacements, la durée des prises de vue, les transitions et les ruptures, résultent d’un choix judicieux pour amener le spectateur dans un effet de mouvement. Par exemple, une scène filmant un groupe pourra servir à amplifier un passage clé dans l’histoire. A contrario, une scène filmant un personnage seul nous permettra d’en savoir plus sur son contexte et sa personne.

L’histoire du film nous amène à obtenir une interprétation personnelle des faits relatés :

Au-delà d’une forme richement travaillée, Les 7 samouraïs est une œuvre s’appliquant à livrer une image fidèle de chaque personnage et du contexte temporel au spectateur. Cela nous aide à nous identifier aux personnages.

Dans sa version non-coupée, d’une durée de 3h20 environ, l’auteur alterne sur le fonds entre des scènes sur le contexte social et culturel des paysans et des scènes d’actions nous emmenant dans le déroulement de l’intrigue.

L’auteur, lui-même issu d’une famille de samouraïs, propose une œuvre riche de sens. Sur le fonds, l’auteur s’appuie sur une description fidèle du contexte des samouraïs et des paysans de l’époque.

Il peint un tableau avantageux de Kanbei, le samouraï selon son cœur. Ce chef de groupe est un samouraï faisant preuve de sagesse, de patience, de leadership, de concentration, de prise de recul, témoignant d’un amour certain pour son prochain.

Il associe autour de ce personnage des paysans et d’autres samouraïs. Les paysans sont craintifs, grégaires, et révèleront le courage et l’esprit d’équipe en eux une fois mis en confiance. Les samouraïs, eux, sont avantageusement mis en contraste avec une société violente et égoïste, qui renie, marginalise, et violente les faibles.

On penserait que l’auteur propose d’associer samouraïs et paysans dans une nouvelle relation où les deux camps font alliance contre l’ennemi. Il faut cependant attendre le final pour comprendre le constat tiré par l’auteur sur cette perspective.

Pourquoi ça nous parle ?

Je recommanderais de voir ce film pour ce qu’il est et, au-delà de ce qu’il dit, pour la manière dont il questionne le spectateur sur lui-même. Il nous encourage à prendre position par rapport aux situations complexes du point de vue relationnel et émotionnel (prêter attention à la manière dont le contact se crée entre samouraïs et paysans).

De nombreuses analogies sont possibles entre les scènes de ce film et notre manière d’agir au sein d’un groupe, de celui qui prend la tête des opérations à celui qui agit dans son coin. L’auteur s’applique à mettre en exergue ce qu’il considère bien (charisme, enthousiasme, sagesse, primauté du groupe sur l’individu) et mal (peur, rejet, injustice etc.).

En ouverture, ce film m’a ouvert à réfléchir sur la marche du chrétien. Au départ, semblables à des moutons égarés, on voit les paysans prendre peu à peu confiance en Kanbei, chef des samouraïs (notre chef étant Christ). Dès lors qu’ils avouent leur faiblesse, sortent de leur zone de confort, et se positionnent de son côté (cf. notre confiance Christ, et non en notre intelligence, ou dans les choses matérielles), ils s’approprient leur salut. Ils se disciplinent, revêtent leurs armes et remportent leur victoire selon le plan que Kanbei avait décrit. La fin du film illustre également un des pièges majeurs de notre marche en Christ, et nous questionne sur le motif fondateur de notre relation avec Jésus.

Bon visionnage.

 

Le voir : en salle ou en DVD, grâce à cette édition récente :

Les 7 Samourais (Shichinin no Samurai), d’Akira Kurosawa (Japon, 1954). Ed. 2 DVD Joker, 8 novembre 2017. N&B, 3h27. Avec Toshirô Mifune (Kikuchiyo), Takashi Shimura (Kanbei, le chef des samouraïs)….

Nouveaux sous-titres adaptés et écrits par Catherine Cadou. Bonus : « Kurosawa, la voie » de Catherine Cadou, avec Martin Scorsese, Clint Eastwood, Bong Joon Ho… (49′), « Un western diluvien » : rencontre avec certains membres de l’équipe du tournage (20′), Making of promotionnel de 1954 (muet), Bandes-annonces (ressortie Japon + ressortie salles françaises 2013)

Bonus : la bande annonce du film

 

 

« Read it (again) » : Don Quichotte de Cervantès

« Don Quichotte » de Cervantès : tout le monde « le connaît » mais combien l’ont réellement lu ?

Depuis quelques années, je lis très peu de romans – en tout cas, beaucoup moins qu’avant. Mais je revois tout de même en ce moment mes classiques. Ce programme de lectures – autant de « sessions de rattrapages » – me permet de découvrir de très beaux textes. Ainsi, par exemple, le fameux « Don Quichotte »(1), dont je viens de terminer le tome 1, et dont j’ai trouvé la lecture extrêmement plaisante. Tout le monde « connaît » ce roman espagnol de Miguel de Cervantès (1547-1616), mais combien l’ont réellement lu ?

D’ailleurs, pourquoi lire ou relire « Don Quichotte » ?

Parce qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre de la littérature mondiale – au même titre que, pour ne citer que celui-là, « Guerre et paix » [qui n’est pas « guère épais » !] de Tolstoï – grand succès d’édition à l’époque et considéré comme le premier roman moderne.

Et parce qu’il est un remède à l’indifférence, mal moderne. L’écrivain napolitain Erri de Luca le définit comme étant « l’incapacité de distinguer les différences ». Soit un « trouble de la perception qui empêche de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur(2).  L’indifférence est justement un dérangement opposé à celui de Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », lequel s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Paradoxalement, ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne. Il distingue ainsi mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême, allant jusqu’à faire irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable. » (2)

 

En ce moment, au cinéma : L’Homme qui tua Don Quichotte (2018) (The Man Who Killed Don Quixote), film britannico-franco-espagnol de Terry Gilliam, projet de longue haleine du réalisateur qui avait commencé à le tourner en 2000 avant de devoir l’interrompre.

 

Notes :

(1) Mon édition est celle-ci : Cervantès. Don Quichotte de la Manche (2 Tomes de 640 pages chacun). Gallimard, 1949 (Folio). Trad. de l’espagnol par César Oudin et François de Rosset et révisé par Jean Cassou. Préface de Jean Canavaggio. Notes de Jean Cassou.

(2) De Luca, Erri. « Indifférence » IN Alzaia. Rivages et Payot, 1998(Bibliothèque rivages), pp 95-96)

 

« Watch it (again) » : « La leçon » de Ionesco

Un professeur timide et bégayant domine peu à peu (jusqu’à commettre l’irréparable) son élève, une jeune fille à l’innocence pleine d’assurance et de sottise, qu’il préparait au « doctorat total ».

Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion de voir « La Leçon » d’Eugène Ionesco(1), avec mon épouse, au théâtre de La Huchette, à Paris. Cette pièce en un seul acte, représentée pour la première fois en 1951, et jouée sans interruption dans ce même théâtre depuis 1957, est un « drame comique », appellation qui est déjà en soi un non-sens.  Cela n’est guère étonnant puisque cette pièce est représentative de ce que l’on appelle « le théâtre de l’absurde », qui apparaît dans le contexte de l’après-guerre (1939-1945). A l’issue de ce conflit mondial, l’homme découvre avec ivresse son plein potentiel en matière de « destruction massive ». Mais ce qu’il a « gagné » en pouvoir – semble-t-il illimité- se paye au prix lourd de la perte de son humanité, suite à la découverte des camps de la mort et aux bombardements nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki. Cette déshumanisation se perçoit, comme Ionesco veut le démontrer dans son théâtre, dans cette incapacité à communiquer, à user de la parole – d’une parole dont les mots fassent sens –alors même que « le langage est le propre de l’homme », « animal pas comme les autres ». S’inscrivant dans cette réflexion, cette « leçon », paradoxalement, ne nous enseigne « rien » : elle veut nous montrer à quel point le langage, censé servir à communiquer – et donc à créer du lien – se retrouve détourné en instrument du pouvoir et d’asservissement. Témoignages du langage comme instrument du pouvoir, les règles de prise de parole à l’Assemblée Nationale ou au Sénat ; ou encore la situation classique du dîner ou de la réunion, où les présents n’ont pas « droit à la parole », sauf celui d’acquiescer au monologue du maître de céans/président de réunion.

Ici, le professeur, censé exercer une profession vouée à la transmission du savoir, s’empare peu à peu de la parole et la leçon devient cours magistral délirant et incohérent, noyant et subjuguant l’élève. Nous sommes bien loin du projet initial de Dieu, lequel est un Dieu qui ne se laisse pas voir mais qui parle. Et ce Dieu de la Parole aurait pu garder celle-ci exclusivement pour Lui. Sauf qu’Il a choisit de la partager à l’Homme exclusivement, Lui faisant même don de Celui qui est « la Parole faite chair »(Jean 1v1 et ss), soucieux de restaurer et d’entretenir une relation durable pour l’éternité avec nous.

 

Où voir « La Leçon » ? Par exemple à Paris, au théâtre de la Huchette, où elle est jouée sans interruption depuis 1957, avec « la Cancatrice chauve » ! A moins qu’elle ne soit jouée près de chez vous.

Sinon, le texte est disponible chez Gallimard, collection folio.

Extrait :

LE PROFESSEUR

(…) Arithmétisons donc un peu

L’ÉLÈVE
Oui, très volontiers, Monsieur.

LE PROFESSEUR
Cela ne vous ennuierait pas de me dire…

L’ÉLÈVE
Du tout, Monsieur, allez-y.

LE PROFESSEUR
Combien font un et un?

L’ÉLÈVE
Un et un font deux.

LE PROFESSEUR, émerveillé par le savoir de l’ÉIève.
Oh, mais c’est très bien. Vous me paraissez très avancée dans vos études. Vous aurez facilement votre doctorat total, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Je suis bien contente. D’autant plus que c’est vous qui le dites.

LE PROFESSEUR
Poussons plus loin: combien font deux et un?

L’ÉLÈVE
Trois.

LE PROFESSEUR
Trois et un?

L’ÉLÈVE
Quatre.

LE PROFESSEUR
Quatre et un?

L’ÉLÈVE
Cinq.

LE PROFESSEUR
Cinq et un?

L’ÉLÈVE
six.

LE PROFESSEUR
Six et un?

L’ÉLÈVE
Sept

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit.

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit… bis.

LE PROFESSEUR
Très bonne réponse. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit ter.

LE PROFESSEUR
Parfait Excellent. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit quater. Et parfois neuf.

LE PROFESSEUR
Magnifique Vous êtes magnifique. Vous êtes exquise Je vous félicite chaleureusement, Mademoiselle Ce n’est pas la peine de continuer. Pour l’addition vous êtes magistrale. Voyons la soustraction. Dites-moi, seulement, si vous n’êtes pas épuisée, combien font quatre moins trois?

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois?… Quatre moins trois?

LE PROFESSEUR
Oui. Je veux dire: retirez trois de quatre.

L’ÉLÈVE
Ça fait… sept?

LE PROFESSEUR
Je m’excuse d’être obligé de vous contredire. Quatre moins trois ne font pas sept. Vous confondez : quatre plus trois font sept, quatre moins trois ne font pas sept… Il ne s’agit plus d’additionner, il faut soustraire maintenant.

L’ÉLÈVE
s’efforce de comprendre. Oui… oui…

LE PROFESSEUR
Quatre moins trois font… Combien?… Combien?

L’ÉLÈVE
Quatre ?

LE PROFESSEUR
Non, Mademoiselle, ce n’est pas ça.

L’ÉLÈVE
Trois, alors.

LE PROFESSEUR
Non plus, Mademoiselle… Pardon, je dois le dire… ça ne fait pas ça… mes excuses.

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois… Quatre moins trois… Quatre moins trois?… ça ne fait tout de même pas dix?

LE PROFESSEUR
Oh, certainement pas, Mademoiselle. Mais il ne s’agit pas de deviner, il faut raisonner. Tâchons de le déduire ensemble. Voulez-vous compter?

L’ÉLÈVE
Oui, Monsieur. Un…, deux… euh

LE PROFESSEUR
Vous savez bien compter? Jusqu’à combien savez vous compter?

L’ÉLÈVE
Je puis compter… à l’infini.

LE PROFESSEUR
Cela n’est pas possible, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Alors, mettons jusqu’à seize.

LE PROFESSEUR
Cela suffit. Il faut savoir se limiter. Comptez donc, s’il vous plaît, je vous en prie.

L’ÉLÈVE
Un, deux…, et puis après deux, il y a trois… quatre…

LE PROFESSEUR
Arrêtez-vous, Mademoiselle. Quel nombre est plus grand? Trois ou quatre?

L’ÉLÈVE
Euh… trois ou quatre? Quel est le plus grand? Le plus grand de trois ou quatre? Dans quel sens le plus grand?

LE PROFESSEUR
Il y a des nombres plus petits et d’autres plus grands. Dans les nombres plus grands il y a plus d’unités que dans les petits…

L’ÉLÈVE
… Que dans les petits nombres?

LE PROFESSEUR
A moins que les petits aient des unités plus petites. Si elles sont toutes petites, il se peut qu’il y ait plus d’unités dans les petits nombres que dans les grands… s’il s’agit d’autres unités…

L’ÉLÈVE
Dans ce cas, les petits nombres peuvent être plus grands que les grands nombres?

LE PROFESSEUR
Laissons cela. ça nous mènerait beaucoup trop loin: sachez seulement qu’il n’y a pas que des nombres. il y a aussi des grandeurs, des sommes, il y a des groupes, il y a des tas, des tas de choses.telles que les prunes, les wagons, les oies, les pépins, etc. Supposons simplement, pour faciliter notre travail, que nous n’avons que des nombres égaux, les plus grands seront ceux qui auront le plus d’unités égales.

L’ÉLÈVE
Celui qui en aura le plus sera le plus grand? Ah, je comprends, Monsieur, vous identifez la qualité à la quantité.

LE PROFESSEUR
Cela est trop théorique, Mademoiselle, trop théorique. Vous n’avez pas à vous inquiéter de cela. Prenons notre exemple et raisonnons sur ce cas précis. Laissons pour plus tard les conclusions générales. Nous avons le nombre quatre et le nombre trois, avec chacun un nombre toujours égal d’unités; quel nombre sera le plus grand, le nombre plus petit ou le nombre plus grand?

L’ÉLÈVE
Excusez-moi, Monsieur… Qu’entendez-vous par le nombre le plus grand? Est-ce celui qui est moins petit que l’autre?

LE PROFESSEUR
C’est ça, Mademoiselle, parfait. Vous m’avez très bien compris.

L’ÉLÈVE
Alors, c’est quatre.

LE PROFESSEUR
Qu’est-ce qu’il est, le quatre? Plus grand ou plus petit que trois?

L’ÉLÈVE
Plus petit… non, plus grand.

LE PROFESSEUR
Excellente réponse. Combien d’unités avez-vous de trois à quatre?… ou de quatre à trois, si vous préférez?

L’ÉLÈVE
Il n’y a pas d’unités, Monsieur, entre trois et quatre. Quatre vient tout de suite après trois; il n’y a rien du tout entre trois et quatre!

LE PROFESSEUR
Je me suis mal fait comprendre. C’est sans doute ma faute. Je n’ai pas été assez clair.

L’ÉLÈVE
Non, Monsieur, la faute est mienne.

LE PROFESSEUR
Tenez. Voici trois allumettes. En voici encore une ça fait quatre. Regardez bien, vous en avez quatre j’en retire une, combien vous en reste-t-il? On ne voit pas les allumettes, ni aucun des objets, d’ailleurs, dont il est question; le professeur se lèvera de table, écrira sur un tableau inexistant avec une craie inexistante, etc.

L’ÉLÈVE
Cinq. Si trois et un font quatre, quatre et un font cinq.

LE PROFESSEUR
Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ça du tout. Vous avez toujours tendance à additionner. Mais il faut aussi soustraire. Il ne faut pas uniquement intégrer. Il faut aussi désintégrer. C’est ça la vie. C’est ça la philosophie. C’est ça la science. C’est ça le progrès, la civilisation.

 

Note :

(1) Dramaturge d’origine roumaine, d’expression française (1912-1994). Père roumain et mère française. Il passe son enfance en France et son adolescence en Roumanie. Inquiet de la montée du fascisme et du nazisme dans son pays, où il voit tous ses amis y succomber, il regagne la France où il s’installe définitivement en 1942.

La citation du mois : Il y a toujours une alternative

« There’s no other choice » (Emmanuel Macron. Interview exclusive pour « Forbes », 01/05/18). Vraiment ?

« Il n’y a pas d’alternative » [ou « il n’y a pas d’autre choix »/ « there’s no other choice »(1)] n’est jamais qu’un énoncé conditionnel à l’état de ses structures. Faire autrement est impossible puisque la nécessité installée par les structures s’oppose à ce qu’on fasse autrement ? [Note : Par exemple, l’impossibilité de maintenir une formation de responsables, laquelle se trouve interrompue et reportée « à plus tard », ne trouvant pas sa place dans un programme d’activités prioritaires] Très bien, nous savons maintenant où se situe l’enjeu : dans la reconstruction des structures. Voilà le discours manquant, celui qui laisse une chance de respirer à nouveau au sortir d’une [situation] étouffant[e] : le discours des structures comme objet de la politique. Car, elles peuvent toujours être refaites – autrement. Ce « toujours », c’est le nom même de la politique. Dès lors qu’on s’élève au niveau des structures, il y a toujours une alternative.

Extrait (adapté) de « En guerre – pour la préemption salariale ! » Article de l’économiste et chercheur en philosophie Frédéric Lordon, paru le 21 mai 2018 sur son blog « La Pompe à Phynance » et relatif à « En guerre », film récent (15 mai 2018) de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon, sélection officielle à Cannes et actuellement en salles(2).

A noter, dans le prolongement de ce qui précède, que lorsque Jésus libère, il ne se limite pas à un seul individu et à son réseau. Comme nous le montre l’épisode de l’homme possédé par l’esprit de « légion », à Gédara, en Marc 5 et Luc 8, Jésus y opère une délivrance à tous les niveaux, y compris structurelle. Pour toutes ces raisons et parce qu’ils sont porteurs d’un message d’espérance (l’Évangile, « une puissance pour le salut de quiconque croit » cf Rom.1v16), ses disciples, appelés « chrétiens » (ou « petits Christs »), devraient être de ceux qui bannissent de leur vocabulaire le fameux « TINA » (« There Is No Alternative »).

 

Notes :

(1) Voir http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/03/macron-insolemment-ultraliberal-there-s-no-other-choice-6048335.html et http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/08/non-m-macron-il-y-a-beaucoup-d-autres-choix-6049768.html

(2) Sur « En guerre », le film de Stéphane Brizé :

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/21/en-guerre-un-film-splendide-6053254.html#more

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/En-guerre-brasier-revolte-ouvriere-2018-05-15-1200939182

https://www.reforme.net/actualite/societe/cannes-2018-5-en-guerre-un-film-tres-emouvant/

https://pharefm.com/2018/05/16/chronique-cinema-du-16-mai-en-guerre/

https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2018/en-guerre/

 

A jamais (Brian Johnson)

Les étoiles ont pleuré,
Le soleil s’est voilé,
Car le Sauveur du monde était tombé.
Son corps sur une croix,
Son sang versé pour moi,
Sur ses épaules, le poids de nos péchés.

A son tout dernier souffle,
Le ciel s’est détourné.
Le Fils de Dieu gisait dans les ténèbres.
Une guerre dans le tombeau,
Livrée contre la mort,
Pour terrasser l’enfer à jamais.

Alors la terre trembla,
La pierre fut roulée.
L’amour parfait n’a pu être vaincu.
Mort, où est ton pouvoir ?
Le Roi ressuscité
A remporté la victoire.

À jamais Il est glorifié,
À jamais, il est élevé,
A jamais ressuscité,
Il est vivant, Il est vivant.

2013 Brian Johnson (adaptation de Séphora Bastrash)

Deux chants (sinon rien) sur Jésus

Voici deux chants dont le sujet n’est pas nous-mêmes mais tout simplement Jésus.

Parce que Jésus est non seulement « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs », et digne d’adoration. Il est, tout simplement.

1) « Jésus », de Chris Tomlin (2016).

Thomas, de La Rebellution, qui a consacré un article sur le chanteur-compositeur, propose la traduction suivante de ce chant :

« Cette vérité, plus vieille que les âges
Cette promesse, que des choses sont sur le point d’arriver
Il n’y a eu qu’un, né pour nous sauver, Jésus

Cette lumière, qui submerge les ténèbres
Et ce royaume, qui règne pour toujours
Cette délivrance des chaînes qui nous retiennent
Jésus, Jésus

Il marche sur l’eau, commande les océans,
Se tient près de moi dans la douleur
Il rugit comme un lion,
A saigné comme un agneau
Ses mains portent ma restauration
Il est Jésus.

Il y a un nom que j’appelle dans le combat
Et ce chant qui apaise dans la nuit
Il y a une voix qui calme les tempêtes
C’est Jésus, Jésus.

Messie ! Mon Sauveur ! Que ton nom est puissant !
Tu es mon Rocher, mon Rédempteur !
Que ton nom est puissant !

Tu marches sur l’eau, commande les océans
Te tiens près de moi dans la douleur
Tu rugis comme un lion
Tu as saigné comme un agneau
Tes mains portent ma restauration
Tu es Jésus. »

2) « Jésus est » de Matt Marvane (Album « Résistance », 2017)

Voici les paroles :

Emmanuel, il est venu sur Terre

Toujours fidèle à la voix de son Père

Sans dire un seul mot pour briller

Il a choisi d’aimer

Malgré la souffrance, les clous et la lance

Il a porté tous nos péchés

Ami du pécheur, notre rédempteur

Jésus est l’exemple parfait

Ressuscité Il a vaincu la mort

L’humanité a trouvé son trésor

Humble serviteur humilié

Que le Père a nommé Grand Roi Eternel, acclamé du Ciel

Par tous les saints et tous les anges

A lui la victoire, l’honneur et la gloire

Jésus est le Sauveur parfait

Nos cœurs sont prêts à partir avec lui

Il est la paix que nous avons choisie

Il revient bientôt nous chercher

Pour toute Eternité

Plus de cris, de larmes, sauveur de nos âmes

Nous bénirons son Divin Nom

Notre récompense, vivre en sa présence

Jésus est le Seigneur parfait

Pour Guillaume Bignon, la foi a (ses) raison(s)

« La foi a ses raisons que la raison ignore », aurait pu dire Pascal, un autre scientifique-philosophe chrétien

J’ai reçu, le jour de sa sortie(26/04), et de la part de l’éditeur BLF, que je remercie, « la foi a ses raisons » de Guillaume Bignon (1).

Il n’est pas aisé de parler d’un tel livre, surtout après les remarques qu’en ont faites de telles personnalités comme Lee Strobel, Mike Evans, Charles-Eric de Saint-Germain ou David Nolent(2). Mais essayons quand même.

Ce livre est, de l’aveu de l’auteur lui-même, « un recueil de paradoxes. C’est l’histoire d’un scientifique, ingénieur en informatique financière, qui se retrouve docteur en philosophie. C’est aussi l’histoire d’un conférencier en philosophie qui n’a pas eu la moyenne au bac de philo. C’est l’histoire d’un homme immoral qui nous parle du bien, l’histoire d’un athée(3) hostile à la religion qui nous parle de l’existence de Dieu, et celle d’un homme nous parlant de bonheur, alors qu’il l’a cherché partout dans tous les mauvais endroits. Enfin, c’est surtout une histoire à dormir debout (qu’il) nous invite à croire, alors (qu’il ne l’avait) pas cru lui-même il y a quelques années » (op. cit., p10)

Ce livre est donc son témoignage – qui nous permet de découvrir quel athée il a été, pour mieux comprendre un certain système de référence, ou une manière de se représenter l’humain, l’origine et la destinée du monde, le sens de la vie.

Ainsi, Guillaume Bignon, qui a grandi dans le catholicisme pour s’en détacher à son entrée au lycée, était un « athée scientifique », se préoccupant de ce qui est observable (et pas des « choses invisibles »). La science et la raison étaient, semble-t-il, « ses dieux », comme en témoigne notamment son admiration pour « ses héros », son père et son grand père, tous deux de brillants scientifiques mais de confession catholique. Sauf que le premier (le père) était « pratiquant mais pas croyant », tandis que la foi du second (le grand-père) était plutôt « compartimentée »(c’est à dire, sans aucune incidence dans le monde réel). En témoigne aussi sa question récurrente tout au long du livre : « faut-il être bête pour croire en Dieu en notre siècle ? »

Enfin, le livre est un ouvrage de vulgarisation apologétique, se voulant accessible au non-initié, et comportant des discussions importantes sur l’existence de Dieu, la fiabilité de la Bible, la relation entre foi et raison, les raisons de croire ou de ne pas croire, le décalage entre « dire » et « faire », la moralité, le sens de la vie, la réussite, la création et l’évolution, la science et la connaissance, ou encore la réfutation des objections de certains philosophes sceptiques [notamment les médiatiques Michel Onfray, André Comte-Sponville, Luc Ferry….] contre la foi chrétienne. Comme l’explique l’auteur, « j’ai écrit le livre de façon à satisfaire les amoureux de ces deux genres »(4). Néanmoins, toutes ces réflexions, certes pas sans intérêt et particulièrement mûries, et dont on devine qu’elles sont postérieures à la conversion de Guillaume, se mêlent au récit censé raconter une évolution. J’aurai jugé plus pertinent d’insérer certains grands débats en annexe, pour garantir une meilleure fluidité de l’ensemble. Mais cela n’engage que moi.

D’autre part, je m’interroge personnellement sur les forces et les limites de l’apologétique, laquelle discipline consiste en fin de compte à démontrer que les autres [les athées] sont complètement stupides ! Et ce, alors que, en face, l’athée cherche à soulever les incohérences de notre foi. Est-il alors pertinent de « se battre en duel » avec l’athée sur son terrain, d’argumenter contre lui ou de tenter de répondre à toutes ses objections, et de tout lui expliquer ?

A ce sujet, il est intéressant de prendre en compte de manière globale et interdépendante les cinq éléments ayant provoqué un déclic dans la pensée de Guillaume Bignon, pendant longtemps uniquement préoccupé d’obtenir du succès dans les domaines des conquêtes féminines, du sport et de la musique. L’athée qu’il a été s’est montré particulièrement intéressé, à un moment de son parcours, par (a)l’expérience et le témoignage, qu’il a estimé être « une source valide de savoir et pas seulement de croyance »(op. cit., p 153). C’est ainsi que ses rencontres, à l’âge de 24 ans, avec l’auto-stoppeuse-mannequin américaine « Vanessa », puis avec mon pasteur Robert Baxter (considéré par Guillaume comme « un homme intelligent » et dont la présence dans ce livre m’a agréablement surpris), également américain, ont été déterminantes, pour leurs témoignages personnels d’une vie transformée par Jésus-Christ, (b)leur foi en la puissance et les miracles de Dieu, ayant un impact dans le monde réel, ainsi que (c)leur position sur le mariage et les relations sexuelles. C’est aussi à partir de ce point de bascule que le livre, dans lequel j’ai eu du mal à entrer au début, a mieux capté mon attention.

De ces rencontres ont découlé d’autres réflexions et prises de conscience sur ce que j’appellerai « le nom de son dieu », ou l’instance suprême qui régissait sa vie jusque-là : (d) son rapport à la science (Guillaume découvre qu’elle n’est « pas notre seule source de savoir »), jusqu’à (e)la conviction, une fois sa « conscience réactivée », que « Jésus-Christ est mort pour (lui) ». Certes, il lui a été indispensable de résoudre ce qu’il appelle « ses puzzles intellectuels », pour en arriver à accepter que la foi chrétienne n’était pas irrationnelle, mais « le coeur (a fini par suivre) la tête ». Un chrétien ne fait pas que croire intellectuellement que Dieu existe et que Jésus est ressuscité.

En fin de compte, pour Guillaume Bignon, la foi a (ses) raison (s). Et la foi en la puissance et l’amour de Dieu a eu raison de lui ! Car, comme l’auteur nous le rappelle à la fin, faisant référence à cette parole de Jésus, rapportée dans l’Évangile : « celui qui a été pardonné beaucoup aime beaucoup ». Justement, Guillaume Bignon déclare joliment qu’il « aime beaucoup »(op. cit., p 267).

Sinon, en dépit de certaines impressions mitigées (j’ai eu du mal à rejoindre complément l’univers de Guillaume Bignon), ce livre, agréable à lire et souvent drôle, m’a paru utile, en ce qu’il nous permet de (et encourage à) comprendre le système de référence d’un athée pour mieux lui parler de Jésus-Christ.

Ensuite, si vous êtes chrétien et si vous avez une première discussion avec un athée, il est important de s’attendre, comme cela a été le cas pour Robert Baxter avec Guillaume, à ce que l’athée revienne vous voir, parce qu’il sera conscient d’avoir besoin du Dieu qui a changé votre vie. Est-ce le cas, pour vous qui lisez ces lignes ? Dieu a-t-il changé votre vie ? Votre foi a-t-elle un ancrage dans le monde réel ? Alors, vous avez un témoignage puissant à donner.

Enfin, voici un « sujet de philo » :

« Il faut beaucoup de foi pour être athée », écrivait Ralph Shallis dans un livre au titre éponyme, pour affirmer qu’il n’y a pas de Dieu….vu qu’un athée en a un aussi (reste à découvrir lequel en parlant avec lui) et pour croire que tout serait arrivé « par hasard ».

Les athées existent-ils ?

Ou cet autre sujet :

Qu’est-ce que « défendre sa foi » ? La foi a-t-elle besoin d’être « défendue » ?

Vous avez une heure pour plancher ! 😉

 

Notes :

(1) Bignon, Guillaume. La foi a ses raisons : Confessions d’un athée surpris par Dieu. BLF éditions, 26/04/18. Disponible en librairie ou sur le site de l’éditeur.

Guillaume Bignon est ingénieur en informatique financière. Diplômé de l’Institut supérieur d’électronique de Paris, il est aussi titulaire d’un doctorat de théologie philosophique de l’Université du Middlesex à Londres. Voir ses témoignages et interviews : http://leboncombat.fr/foi-raison/ ; https://discutame.com/2016/09/28/quand-un-athee-devient-docteur-en-theologie-12-temoignage-de-guillaume-bignon/ ;https://discutame.com/2016/09/30/quand-un-athee-devient-docteur-en-theologie-22-interview-de-guillaume-bignon/ ; http://www.associationaxiome.com/conversion-guillaume-bignon/ ; https://www.unherautdansle.net/pe46/

(2) Lee Strobel est notamment l’auteur de « Jésus : la parole est à la défense » et personnage principal du film « Jésus, l’enquête » ; Mike Evans est président d’Evangile 21 ; Charles-Eric de Saint-Germain est professeur de philosophie en classes prépa et David Nolent, directeur du Top Chrétien.

(3) Un athée est « sans dieu ». En comparaison, un agnostique est « sans connaissance » (de Dieu).

(4) Voir « Quatre questions à Guillaume Bignon sur la foi et la raison », à lire sur « Le Bon Combat ».