PEP’S CAFE a lu « une tête de nuage » et vu son auteur, Erri de Luca

« Une tête de nuage » : c’est la tête de celui « qui change de forme et de profil selon le vent »

Lui est un beau jeune homme de bonne famille, qui compte parmi ses ancêtres des noms illustres. Ce méridional au métier recherché, qui a émigré au Nord, s’est fait une situation.  Il s’apprête à épouser une splendide jeune fille de la région. Et voilà que le ciel lui tombe sur la tête, sa fiancée est enceinte avant le mariage, et pas de lui. Très rude épreuve pour un homme, dont nul ne peut juger s’il n’y a pas été confronté.

Lui, c’est Iosèf/Joseph. Elle, c’est Miriàm/Marie. Ils ne sont pas « deux personnes séparées mais un couple » (1)

Vous connaissez sans doute cette histoire, où il se passe « des choses invraisemblables » (2). Elle a été revisitée par Erri de Luca dans « une tête de nuage », un nouveau récit court mais dense(3), découvert « par hasard » (un hasard « avec un grand D », m’empresserais-je de rajouter) dans une librairie à la mi-mars.

Pour l’anecdote, j’ai aussi vu Erri de Luca, l’un des rares auteurs à me toucher personnellement et que j’ai découvert il y a 5 ans dans des circonstances particulières. J’en parle souvent sur ce blogue. J’ai eu l’occasion de le voir et de l’écouter le 27/03/18, à 18h30, à La Procure (Paris 6e), ayant appris le jour même qu’une telle rencontre se tiendrait là. Questionné par le responsable de la librairie, et face au public présent, l’auteur a parlé de son livre, et notamment de son travail de « modification de l’illustration officielle » de cette histoire bien connue : « Matthieu et Luc, les deux évangélistes qui racontent les faits pré- cédant la naissance de Ièshu/Jésus, ne disent pas qu’il était vieux. Il est donc probablement jeune, beau et très amoureux ».

Iosèf est aussi « celui qui ajoute » (en hébreu, du verbe iasàf, « ajouter») :

Il « ajoute sa foi seconde » à la vérité « invraisemblable », « scandaleuse » de la grossesse de sa fiancée. Quand celle-ci lui annonce qu’elle attend un enfant dont il n’est pas le père, Iosèf ne la dénonce pas aux autorités, comme la loi le prescrit. Il croit en sa parole. Il « croit Miriàm, il croit qu’elle est enceinte d’une annonce, même si elle est arrivée à l’improviste en chair et en os dans sa chambre en plein jour et accueillie sans un cri d’effroi(4). Iosèf croit à l’invraisemblable nouvelle parce qu’il aime Miriàm. En amour, croire n’est pas céder, mais renforcer, ajouter quelques poignées de confiance ardente » (5)

Il « ajoute » ensuite son rôle de « mari second », touchant, non une pierre pour être le premier à la lapider, selon la loi, mais la main de Miriàm pour l’épouser.

Il « ajoute » enfin le nom de Ièshu/Jésus comme « le fils de Joseph » sur le registre de naissance, l’inscrivant ainsi dans la lignée de David (cf Matt.1).

Nous le voyons, « une tête de nuage » est un beau petit livre très touchant, qui parle d’une famille et d’un couple où règne l’amour. Plus exactement encore, il nous parle des circonstances de la naissance, marquée par le danger et l’exil, ainsi que de l’appel et de la vocation d’un enfant unique en son genre. Sans oublier le rôle de ses parents dans la libération de cette vocation.

Le titre du livre, mystérieux et poétique, est une belle réponse à tous ceux qui voudraient que Jésus « ressemble à tout le monde », avec la tentation de l’instrumentaliser. Car non, dit Iosèf/Joseph agacé, Jésus « n’a pas une tête de nuage qui change de forme et de profil selon le vent » (6) : pourquoi le raccrocher au passé ? Il est essentiel de le laisser vivre la vie qu’il doit vivre et non celle que les autres rêvent qu’il vive. C’est aussi un encouragement à voir ce qu’un enfant « sera », plus ce qu’il « pourrait être » à nos yeux, et une invitation « à laisser tomber toutes les ressemblances ». Car lorsque (l’enfant Jésus) « sera grand, il aura une apparence bien à lui et définitive » (7).

« Une tête de nuage est (enfin) le destin de (Jésus) qui est pris pour quelqu’un d’autre » et « qui démissionne des attentes des autres » (8), ces autres qui attendent un roi ou un signe de sa part que « le grand soir » est arrivé.

J’ai dit plus haut que j’ai eu l’occasion de voir et d’écouter Erri de Luca. J’ai même pu repartir avec une dédicace du livre. En revanche – et c’est là ma grande déception – je n’ai pu lui parler (ou à peine, au moment de la dédicace : en gros, j’ai pu lui dire que j’étais heureux de le rencontrer et quel a été mon premier livre de lui. « Grazzie molto », m’a-t-il répondu), du fait des conditions de la rencontre, marquée par une absence totale d’interaction avec le public, le responsable de la librairie étant le seul à poser des questions.

Je note tout de même- en risquant ce parallèle – que, si Erri de Luca « écoute Dieu » très tôt, tous les matins, en lisant les Ecritures bibliques dans le texte, il se dit aussi « incapable » de Lui parler, « de le tutoyer » ou de l’interpeller. C’est l’une des raisons pour laquelle il se présente, non comme un athée, mais comme « quelqu’un qui ne croit pas ». Selon lui, comme il nous l’a confié mardi soir, « la connaissance des Ecritures n’a rien à voir avec la foi ». Et « celui qui a la foi a une relation avec Dieu que lui n’a pas ».

Pourtant, le même Erri de Luca écrit ces mots à la page 81 d’ « une tête de nuages » : « dans une ultime énergie de souffle, le dernier vent entré dans sa poitrine écrasée par la position crucifiée, (Jésus) a remis sa vie à l’intérieur des pages de l’Ecriture sainte. Il l’enferme là-dedans afin que quiconque l’ouvre, la retrouve ».

Et l’Ecriture biblique rappelle que « celui qui cherche trouve » et que « la foi vient de ce que l’on entend, et ce que l’on entend par la Parole de Christ… » 

 

Découvrir les 20 premières pages ici.

 

 

Notes :

(1) « Une tête de nuage » d’Erri de Luca, p 51.

(2) op. cit., p 48

(3) Edité chez Gallimard, mars 2018 (Hors Serie Litterature), le livre est structuré par « une préface », « trois actes » et autant « d’appendices » : « dernières instructions (Jésus et les pélerins d’Emmaüs), « le discours » (ou le sermon sur la montagne) et « Dayènu, ça nous suffit » (sur la colline de Gethsémani)

(4) Ce qui la rend encore plus « insoutenable » d’un point de vue légal, pour présenter sa version, n’ayant pas crié face au Messager. Or, Deut.22v23-24 stipule que « si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, et qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les amènerez tous les deux à la porte de cette ville, vous les lapiderez et ils mourront : la jeune fille, du fait qu’étant dans la ville, elle n’a pas crié au secours ; et l’homme, du fait qu’il a possédé la femme de son prochain. Tu ôteras le mal du milieu de toi ».

(5) op.cit., p 10

(6) op. cit., p51

(7) op. cit. p48

(8) op. cit., p 57, 61

Publicités

Le livre du mois : « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété », de Kent Hughes

« Homme de Dieu, exerce-toi à la piété », de Kent Hugues : un livre que tout homme se doit de lire….un livre qui nous saisit et nous provoque…

« Homme de Dieu, exerce-toi à la piété ! » C’est d’abord une exhortation de Paul à son disciple et « enfant spirituel » Timothée (1 Timothée 4v7-8). Mais Timothée n’est pas le seul concerné, puisque tout « homme de Dieu » peut s’approprier cette exhortation pour lui-même. Et, connaissant Jésus comme sauveur et seigneur, nous sommes tous des « hommes de Dieu » !

La piété est une thématique qui m’a beaucoup interpellé à un certain moment de ma vie, il y a 9 ans, et qui continue de m’interpeller encore maintenant. Dans les épîtres à Timothée, c’est un mot-clé qui revient avec une certaine insistance, et la clé de notre vie chrétienne, ce qui fait toute la différence. La « piété » est ce qui plaît à Dieu et le propre d’un homme « attaché à Dieu ». Nous sommes exhortés à la rechercher (1 Tim.6v11) et à nous y exercer (1 Tim.4v7, 6v6), ce qui devrait être un élan du cœur, un don de l’être tout entier par amour, avec ces promesses : « Le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux » (2 Pie.2v9) ; Dieu « aime la piété et non les sacrifices… » (Osée 6v6)

Ensuite, « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété », est le titre de l’ouvrage de Kent Hughes, paru aux éditions BLF/Cruciforme en octobre 2017, et qui a attiré mon attention.

Il s’agit d’un livre que tout homme se doit de lire, puisqu’il traite de ces sujets dont on parle curieusement peu, mais pourtant  largement abordés dans les Écritures : la piété et la discipline, ou plutôt, « l’exercice de la piété » ! Une expression qui, aux dires de l’auteur, « sent l’odeur de la sueur », celle « qui vient d’un bon entraînement ».

Ce livre nous saisit et nous provoque, comme nous provoquerait de façon franche et directe, mais toujours avec grâce, un aîné ou un père qui aurait fait du chemin avec Dieu, tout en étant conscient qu’il n’est pas encore « arrivé », lui non plus : « Et si vous recherchiez toujours plus à ressembler au Christ ?  Pour cela, exercez-vous à [la discipline qui conduit à] la piété ! »

C’est aussi un livre exigeant avec lequel on lutte au corps à corps – tant son sujet, l’exercice de la piété nous est à ce point bien peu naturel – avec la détermination « de ne pas le lâcher avant qu’il ne nous ait bénit »(cf Gen.32v26). A l’instar de Jésus, « qui, bien qu’il fut Fils,  a du apprendre l’obéissance par les choses qu’il a souffertes »(Hebr.5v8), nous avons en effet à apprendre à devenir des hommes pieux, attachés à Dieu, et ne pas nous complaire dans « une grâce à bon marché » – la véritable grâce de Dieu étant en effet « une grâce qui a coûté » (à Christ) et « qui coûte » parce qu’elle appelle à l’obéissance (selon la formule de Dietrich Bonhoeffer et selon 1 Tim.4v7-10). Mais c’est « à cause de sa piété que Christ a été exaucé » (cf Hébr.5v7).

Ce livre nous rend conscient que la piété n’est pas « un truc religieux » ou « un truc de femme », puisqu’elle est concernée par tous les domaines de la vie. En clair, « s’exercer à la piété » implique de travailler ses relations [en veillant à sa pureté, à son mariage, mais aussi ses amitiés], de prendre soin de son âme [ses pensées, son temps de recueillement et sa vie de prière…] et de son caractère[sa langue, sa façon d’être au travail…], et de porter une attention particulière à son ministère[son regard sur l’Église ; sa façon d’exercer le leadership, de donner et de servir….] (1). A ce sujet, mes luttes/défis ne seront sans doute pas les vôtres. Dans tous les cas, il ne convient pas de « choisir » l’une ou l’autre des disciplines, décrites dans ce livre d’une manière inédite, mais de comprendre qu’elles forment un tout, comme autant de facettes d’une vie complète, pleine de sens et d’espérance de l’homme pieux authentique.

Ensuite, la discipline n’est en rien « une lubie légaliste », car le moteur de la discipline prend sa source dans l’amour et la grâce de Dieu. D’ailleurs, dans son chapitre introductif intitulé « la discipline au service de la piété », Kent Hughes nous explique que tout débute par une sorte de « coup de foudre », lequel nous enseigne « que la discipline personnelle est la clé pour accomplir quoi que ce soit dans cette vie. Si cela est vrai, cela est doublement vrai pour les questions spirituelles. Dans d’autres domaines, nous pouvons peut-être revendiquer quelque avantage naturel. Un athlète peut être né avec un corps robuste, un musicien avec une oreille parfaite ou un artiste avec la perspective dans l’œil. Mais aucun de nous ne peut se vanter de posséder une supériorité spirituelle innée. En fait, nous sommes tous tout autant désavantagés. Aucun de nous ne cherche Dieu de façon naturelle, personne n’est intrinsèquement juste, personne ne fait instinctivement le bien(cf. Romains 3 : 9-18). Par conséquent, en tant qu’enfants de la grâce, tout est dans la discipline spirituelle – tout ! Je le répète… tout est dans la discipline. »

Mais l’exercice de la discipline qui conduit à la piété, pour devenir un « homme de Dieu » accompli, est tout à la fois un commandement et une promesse de Dieu : « Car (si) l’exercice corporel est utile à peu de chose (…) la piété est utile à tout, ayant la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir. C’est là une parole certaine et entièrement digne d’être reçue ». Et parce que la clé de la victoire consiste aussi à jouer en équipe et non en solo, « nous travaillons, en effet, et nous combattons, parce que nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants » (1 Tim.4v8-10).

Un véritable défi pour les hommes, déjà peu portés vers les choses spirituelles et moins disciplinés dans ce domaine que les femmes, et par ailleurs individualistes de nature !

Ce livre rencontrera-t-il un large écho auprès des hommes de cette génération ? D’ailleurs, comment se fait-il qu’un tel livre [datant de 1980] ne soit traduit en français que maintenant ?

Comme me l’a expliqué Ruben(2), des éditions BLF, et que je remercie pour m’avoir envoyé gracieusement le livre, « c’est un titre qui existe depuis plusieurs années en Français. Il avait été publié par un institut biblique québecois (Sembeq) et nous avons pu le récupérer dans notre catalogue. Nous en avons profité pour faire une révision de fond en comble de la traduction pour la moderniser (plusieurs centaines d’heures de travail) et nous avons refait la couverture aussi. Nous le ressortons maintenant après un temps où il n’était plus disponible en librairie. Et nous espérons clairement toucher une nouvelle génération qui n’a pas connu ce livre. Et visiblement, c’est réussi puisque tu ne connaissais pas le livre avant qu’on te l’envoie 🙂 Son contenu, même s’il date des années 80 est assez intemporel dans ses principes ».

Sur ce, bonne lecture et bonne découverte !

En bref : « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété : les disciplines spirituelles d’un homme attaché à Dieu », de Kent Hughes. BLF éditions/Cruciforme, 24/10/17.
Kent Hughes a été pasteur pendant 41 ans à Wheaton, aux États-Unis. Il est marié à Barbara, auteur de Femme de Dieu, exerce-toi à la piété, livre chroniqué ici. Ils ont quatre enfants et vingt-et-un petits-enfants.

 

Notes :

(1) Le livre est construit en 5 parties, composées chacune de 4 ou 5 chapitres en moyenne – chapitres suivis de « questions de réflexion » pour faire le point après la lecture.

PREMIÈRE PARTIE : LES RELATIONS 
2. La discipline de la pureté
3. La discipline du mariage
4. La discipline de la paternité
5. La discipline de l’amitié

DEUXIÈME PARTIE : L’ÂME
6. La discipline de l’esprit
7. La discipline du recueillement
8. La discipline de la prière
9. La discipline de l’adoration

TROISIÈME PARTIE : LE CARACTÈRE
10. La discipline de l’intégrité
11. La discipline de la langue
12. La discipline du travail
13. La discipline de la persévérance

QUATRIÈME PARTIE : LE MINISTÈRE
14. La discipline de l’Église
15. La discipline du leadership
16. La discipline de l’offrande
17. La discipline du témoignage
18. La discipline du ministère

CINQUIÈME PARTIE : LA DISCIPLINE
19. La grâce de la discipline

RESSOURCES
Témoignage de James et Deby Fellowes
Plan de lecture biblique quotidienne de M’Cheyne
À travers la Bible
Proverbes concernant l’usage de la langue
Psaumes de louange pour vos temps personnels avec Dieu
Notes
Index des références bibliques

(2) Pour l’anecdote, le même Ruben m’a permis de faire la connaissance de Daniel Henderson, des éditions Publications chrétiennes, lors du CEIA de Dammarie-les-lys, le 19 novembre 2017, me le présentant comme étant celui « qui est derrière (le livre) Homme de Dieu, exerce-toi à la piété ».

Bientôt, « pour vous, les gars » : ma recension de « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété » de Kent Hughes

« Homme de Dieu, exerce-toi à la piété », de Kent Hughes : la recension du livre, bientôt sur PEP’S CAFE !

Chers lecteurs, prochainement, ma recension du livre « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété : les disciplines spirituelles d’un homme attaché à Dieu », de Kent Hughes, sorti le 24/10/17 aux éditions BLF.

A très bientôt !

L’action du mois : soyons « des hommes de la Parole et de parole »

Relevons ensemble le défi d’être des « hommes de la Parole et de parole » ! Photo du film indien « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

« 1, 2, 3… STOP ! » [Et non pas « Go ! »]

Le début de l’année 2018 est déjà entamé, et chacun se fait fort de donner suite à ses bonnes résolutions, avec des résultats plus ou moins heureux. Nous avons marqué une pause durant les fêtes et nous nous retrouvons dans une dynamique de « reprise ».

Néanmoins, nous, chrétiens, nous nous souvenons que nous sommes « en chemin » à la suite du Christ, Notre Seigneur, (plus qu’ « en marche ») vers notre destination finale : Lui ressembler.

Nous sommes « en chemin », mais non pas « en marche », puisque, comme le souligne le répondant du site 1001 questions, la véritable dynamique du croyant ne vient pas de l’homme « en marche » mais de Dieu Lui-même. La vie chrétienne n’est pas un do it yourself, qui nous ferait sortir d’une théologie de la promesse et de la grâce, conforme à l’enseignement de Jésus, pour passer à une sorte de théologie des œuvres.

Ceci dit, et par rapport à ce qui va suivre, je voudrais ajouter que si des hommes et des femmes me lisent – et je les en remercie – je voudrais aujourd’hui m’adresser plus spécifiquement aux hommes. J’espère que mes lectrices ne m’en voudront pas. Mais peut-être pourront-elles s’approprier ce qui suit d’une manière qui leur sera propre. Et ce qui suit n’est pas « un prêche ». En l’écrivant et en vous le partageant, je « me le prêche à moi-même ».

Ainsi, au sein de mon groupe d’étude et de partage de la Bible pour hommes, dans le cadre de mon église locale, nous avons pris ensemble le temps d’une pause pour penser « à vérifier notre équipement, (re)nouer nos lacets, faire un topo, lire la carte »(1), et à considérer cette action du mois, qui nous lance un défi individuel et collectif : être « des hommes de la Parole et de parole ».

1)« Des hommes de parole » : soit des hommes d’engagement

Comme déjà souligné par ailleurs sur ce blogue, il est édifiant de noter qu’alors que notre époque tend à nier ou effacer les différences sexuelles, l’hébreu se permet le luxe de distinguer le masculin du féminin à l’intérieur du verbe et du pronom. Ainsi, les 10 commandements ont été donnés initialement en hébreu, au genre masculin. Ainsi, par exemple, le « tu ne tueras pas » (« lo tirtzàh ») s’adresse d’abord à un homme. D’autre part, le « mâle » se dit « zakar » en hébreu, qui signifie « celui qui se souvient ». Mâle et souvenir ont la même racine. Dieu a employé le masculin pour lui confier la charge « du souvenir », afin d’être « l’arbre de transmission » de sa loi pour les générations.

Comme l’écrit mon ami Alain Ledain (2), nous ne sommes peut-être pas tous appelés à être « des hommes (publics), nous exprimant face à la nation, mais nous sommes tous appelés à nous exprimer – en paroles et/ou en actes – dans notre entourage, dans nos activités, dans nos engagements (associatif, humanitaire, politique, social, économique, syndical, culturel, artistique…), dans nos sphères d’autorité (c’est-à-dire dans l’espace où s’exercent nos responsabilités) ». Et, ajoute-t-il, « pour pouvoir nous exprimer, il est nécessaire de connaître, et donc de rechercher, les valeurs du royaume des cieux là où Dieu nous a placés »(2). Dit autrement encore, pour que l’homme soit en mesure « de se souvenir » et « de transmettre » fidèlement la Parole de Dieu dans toutes ses sphères d’influence et d’autorité mentionnées plus haut, il lui est donc nécessaire de bien connaître cette Parole.

Ce qui implique donc d’être :

2)« Des hommes de la Parole » : C’est-à-dire, des hommes qui ont soif de la Parole de Dieu et qui veulent être formés pour comprendre et partager la Parole.

« Toutefois », souligne encore Alain Ledain, « nous ne sommes pas appelés à rechercher seuls la justice du Royaume mais à nous réunir ensemble pour prier, réfléchir et partager nos expériences, pour contextualiser et incarner cette Parole ». Et « ne pas rester silencieux suppose de décloisonner notre vie spirituelle du dimanche matin »(2).

D’autre part, seuls, nous nous heurtons à des limites : Dieu nous a offert des dons complémentaires. C’est pourquoi, intégrer un groupe d’étude biblique pour hommes, au sein de l’église locale, est un bon cadre pour nous permettre d’apprendre ensemble et de connaître toute la Parole, en nous soutenant les uns les autres.

Nous ne sommes pas appelés à être chrétien « tout seul », mais à nous aimer sans hypocrisie (sans masque, sans jouer un rôle), en nous laissant sonder, travailler, encourager par les autres (1 Pierre 1v 22-23 nous commande de nous « aimer les uns les autres d’un cœur pur, avec ardeur (ou encore avec constance) ». Si nous sommes appelés à « aimer notre prochain comme nous-mêmes », nous devons « aimer notre frère comme Jésus nous a aimés ».

Ensuite, des hommes de la Parole et de parole sont des chrétiens qui sont et restent « rocheux » et non « sableux »(cf Matt.7v24 et ss) : nous devons écouter et mettre en pratique les enseignements de la Bible, et non seulement les écouter seulement, en « auditeur oublieux » (cf Jacq.1v22-25).

Des hommes de la Parole et de parole sont également des hommes « inflammables » : c’est-à-dire, non pas animés d’un « feu étranger », que Dieu ne saurait agréer(Lévit.10v1-2), mais animés d’une passion plus pure. 1 Pierre 1v22 nous rappelle encore que ce n’est pas la vérité mais l’obéissance à la vérité qui purifie. Nous devrons aller au contact du feu de l’esprit et brûler pour éprouver notre consistance véritable. Serons-nous alors « un feu de paille » « ou un feu de braise », contagieux ?

 Enfin, des hommes de la Parole et de parole veillent à leur croissance qualitative : ils veulent croître « en conviction, en caractère (notre Parole doit prendre du poids cf. Psaumes 33) et en compétence »(3).

Nos réunions d’étude et de partage de la Bible se basent sur de bons principes : elle vise à notre humilité – celle du pécheur – à exalter le Seigneur Jésus et à promouvoir la sainteté (la nôtre)(4).

Chacun est enfin invité à s’engager dans un mini-stère au service de ses frères, dans le cadre des réunions, qu’il s’agisse d’envoyer « les piqûres de rappel » informant des dates des rencontres, d’accueillir le jour J, de préparer/ranger la salle, de s’occuper de l’intendance, de « tenir la montre », de co-animer les temps d’étude, de rédiger les comptes-rendus ou de tenir la bibliothèque tournante du groupe.

Prions ensemble pour :

  • Un contenu qualitatif des enseignements de cette année.
  • L’engagement de chacun au sein de nos groupes d’études et de partages pour hommes, dans le cadre de nos communautés respectives.
  • La Parole est intarissable : que chaque homme ait une soif à la hauteur.
  • Contrer les imprévus qui empêchent régulièrement les hommes de s’engager  et notamment de venir aux réunions : il n’y a toutefois pas de fatalité, puisque « gouverner c’est prévoir » et qu’ « en Christ, nous sommes une nouvelle création » (2 Cor.5v17)

 

Notes :

(1) Selon les propos de mon frère Pierre-Louis, qui rédige avec fidélité et fiabilité les comptes-rendus de nos réunions mensuelles. L’essentiel du présent article reprend d’ailleurs les éléments de ce qu’il a retenu d’une de nos réunions d’hommes de septembre 2017.

(2) Cf Son article « Un regard chrétien sur notre société » (III) : « où sont les hommes… ». Alain Ledain est enseignant dans le secondaire et Président de l’association Actes 6, au service des églises. Il fait également un remarquable travail de transmission et de sensibilisation autour de la question de l’éthique sociale chrétienne. A ce sujet, ne manquez pas de visiter son blogue dédié à ce sujet http://www.ethiquechretienne.com/alain-ledain-qui-suis-je-a629449  et de le saluer de ma part : cela lui fera plaisir !

(3) Voir Marshall/Payne. L’essentiel dans l’église : apprendre de la vigne et du treillis. Clé/IBG, 2014.

(4) Helm, David. La Prédication textuelle : comment bien communiquer la Parole de Dieu aujourd’hui. BLF éditions, 2017.

« Ils ont aimé leur prochain » de Nicolas Fouquet : ou comment 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité

« Ils ont aimé leur prochain » : 31 témoignages inspirants d’actions solidaires et autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu »

« A quoi ressemble l’amour ? » aurait-t-on demandé un jour à Saint-Augustin. Celui-ci aurait alors répondu :
Il a des mains pour aider les autres.
Il a des pieds pour se hâter vers les pauvres et les nécessiteux.
Il a des yeux pour voir la misère et le besoin.
Il a des oreilles pour entendre les soupirs et le chagrin des hommes(1).

Mais aussi, dirai-je encore, « des oreilles pour entendre le cri de ceux qui ploient sous le joug », cf Exode 2v23-25, et une bouche, pour l’ouvrir « pour les muets et prendre la cause de tous les délaissés » cf Prov.31v8-9]
Voilà ce à quoi ressemble l’amour.

Les 30 portraits – hommes et femmes – esquissés dans le livre de Nicolas Fouquet(2), en charge de l’éducation au développement pour le SEL(3), sont justement de ceux qui, du IVe siècle ap JC à nos jours, « ont aimé leur prochain » en actions et en vérité (cf 1 Jean 3v18). Certaines de ces figures et leurs œuvres inspirées et inspirantes nous sont peut-être plus connues (Martin de Tours et son manteau, Pierre Valdo et « les pauvres de Lyon », William Booth et l’Armée du Salut, Georges Müller et ses orphelinats, Henry Dunant et la Croix Rouge, Martin Luther King et sa lutte pour les droits civiques….) quand d’autres ont été oubliées (tels Caroline de Malvesin, la co-fondatrice des Diaconesses de Reuilly ; Pandita Ramabai, engagée en faveur des veuves et des orphelins et pour l’éducation des femmes en Inde ; ou encore Alexandre Lombard et son original combat – mais toujours actuel – pour « la sanctification du dimanche », pour des raisons « religieuses » mais aussi sociales).  Mais le point commun de toutes ces figures est qu’elles constituent autant de témoignages de vies qui ont trouvé du sens.

Une vie qui a du SENS est une vie UTILE, au service des autres. C’est la raison d’être d’un USTENSILE.

« Ustensiles » dans les mains de Dieu, en qui ils ont mis leur confiance, ces 30 sont aussi des témoignages d’une vie JUSTE. Mais aussi de foi, de fidélité, et d’humilité, soucieux, à l’instar de Caroline Malvesin, de travailler à la seule « gloire de Dieu et non pour la gloire qui vient des hommes », comme de rester d’ « humbles moyens choisis par sa grâce», de sorte que « l’instrument ne se substitue pas à la main qui le dirige »(4).

Aujourd’hui encore, à l’heure du vedettariat et de la recherche d’hommes ou de femmes « providentiel(e)s », notre époque a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes « ordinaires », comme ces chrétiens d’hier et d’aujourd’hui – qui acceptent de répondre à l’appel et aux projets de Dieu, pour accomplir avec « la force qu’Il donne » (1 Pie.4v11) des choses extraordinaires, qu’ils sont incapables de faire et ne sauraient faire autrement, dans le but de rendre visible le Dieu véritable et sauveur.

Les courts chapitres qui composent ce livre ne sauraient être lus de manière isolée et indépendante, mais plutôt de manière globale, comme autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu » (1 Pie.4v10). Il est tout à fait recommandable pour être mis dans toutes les mains. Ne manquons donc pas de découvrir ou redécouvrir ces 30 portraits, chacun étant suivi d’une pertinente réflexion ouverte, basée sur un passage biblique, sur ce que nous pourrions retenir de chaque exemple pour nos propres engagements.

Un élément original du livre à souligner : un dernier chapitre laissé « en blanc » reste encore à écrire. A la suite de ces 30, serais-je, moi lecteur, le 31ème ? Et d’ailleurs, ce 31ème portrait « laissé en blanc », doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». Le débat reste ouvert !

Pour finir, vous vous êtes certainement demandé, comme moi, comment et pourquoi l’auteur a-t-il choisi les 30 portraits de son livre ? Et pourquoi 30 et pas 50 ? Questionné à ce sujet par mes soins, Nicolas Fouquet a bien voulu me répondre :

« Dans toute liste, il y a une part de subjectivité. Mais j’ai essayé (avec l’aide de collègues du SEL et de spécialistes du sujet) d’être assez objectif dans mes choix. Certaines personnes se sont imposées à moi car incontournables (William Wilberforce, William Booth, Henry Dunant…). D’autres aussi moins connues semblaient inévitables à partir du moment où l’on creusait un peu le sujet (Joséphine Butler, Anthony Ashley Cooper, Louis-Lucien Rochat…). Ensuite, la présence de quelques-uns pourrait peut-être être débattue mais s’ils sont dans le livre c’est que nous trouvions intéressant de présenter leur parcours.

A l’origine, il s’agissait de chroniques radios. Nous n’avions pas de nombre prédéfini de portraits que nous souhaitions réaliser. Un chiffre de 25 nous semblait cohérent au vu des noms que l’on avait recensé dans notre liste et du fait que ça correspondait à une demi-année de chroniques hebdomadaires (janvier-juin).

En discutant avec Ruben de BLF, nous avons trouvé intéressant d’ajouter aussi des figures vivantes dans le livre (Denis Mukwege, Marthe Girard, Jackie Pullinger…) pour montrer que l’engagement solidaire continue encore aujourd’hui. Nous pouvions alors aller un peu au-delà de 25 portraits. 31 était pertinent mais aussi amusant car ça correspondait au nombre de jours dans un mois : « 1 portrait par jour pendant 1 mois ! ». Voilà l’explication ! »

Merci, Nicolas Fouquet !

 

 

 

Notes :

(1) Citation tirée de Exley, Richard. « Le Christianisme en bleu de travail ». Edition Vida, 1994, p15.

(2) Fouquet, Nicolas. Ils ont aimé leur prochain : 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité. BLF/SEL, 2017 (Préface de Denis Mukwege, Prix Sakharov, « L’homme qui répare les femmes »). Plus d’informations sur le livre sur ce site dédié et le site de l’éditeur. Retrouvez ces portraits sur le blogue du SEL.

(3) Association protestante de solidarité internationale.

(4) Malvesin, Caroline/ Vermeil, Antoine. Correspondance 1841 – La fondation de la Communauté des Diaconesses de Reuilly. Editions Olivétan, 2007, p41

« 1001 questions », le petit livre (rouge) des Attestants

Le livret rouge « 1001 questions » ou le soucis des Attestants de rejoindre vraiment leurs contemporains, en leur apportant des réponses se voulant fondées bibliquement, avec, au centre, l’Evangile de Jésus-Christ

Fin janvier 2017, je vous avais parlé de cet excellent site web, via lequel près de vingt pasteur(e)s et théologien(ne)s attestant(e)s(1) font preuve de disponibilité et de fidélité pour nous proposer quelques réponses à nos « 1001 questions ». Depuis janvier 2017, c’est une question par jour qui y a trouvé réponse !

Mais nombreux sont ceux qui ont souhaité connaître en version papier les réponses qui ont été les plus consultées, appréciées, « likées » et relayées sur les réseaux dits sociaux. C’est ainsi qu’est né un petit livre rouge – annoncé comme étant le premier d’une série plus large – édité par les Attestants (1), et qui présente un peu plus de 30 réponses. Celles-ci apparaissent avec leur formulation originale, le nom de la personne qui a posé la question et la réponse donnée – courte, pour correspondre à un format d’écriture typique d’internet.

Ceci dit, deux choses frappent à la lecture :

Premièrement, la bonne tenue des questions et des réponses (parmi celles-ci, certaines pouvant être estimées plus fluides que d’autres), fort bien élaborées ;

Ensuite, l’ordre apparemment aléatoire, pour ne pas dire incohérent, des questions. En réalité, elles sont listées par ordre décroissant, de la plus consultée à la moins consultée des trente premières, ce nous donne un aperçu de ce qui préoccupe nos contemporains.
Pour l’anecdote, deux questions parmi celles que j’ai déjà posées et qui ont obtenu des réponses, figurent respectivement en 9ème et 20ème places.

L’appellation « petit livre rouge » ne doit toutefois pas nous « enduire d’erreur », donnant à penser que ledit livre (à l’instar de sa version web) aurait pour ambition d’être un nouveau « magistère », pour dire ce qu’il faut penser et croire. Plus modestement, il témoigne du soucis des Attestants(1) de rejoindre vraiment leurs contemporains en leur apportant des réponses fondées bibliquement, avec, au centre, l’Évangile de Jésus-Christ.

L’enjeu est de taille, puisque Pasteurs et Théologiens sont généralement connus pour répondre en termes alambiqués à des questions que personne ne se pose jamais, quand ils ne font pas entre eux des blagues en grec ancien que personne ne comprend. D’autre part, à l’heure de la célébration des 500 ans de la Réforme protestante, il est encore possible d’entendre certains théologiens affirmer, par exemple, que la question du salut serait « secondaire » et qu’elle « ne préoccuperait pas nos contemporains »(2). Or, la question « que devient notre âme après la mort », qui figure en première position dans le recueil, est celle qui a été lue plus de 20.000 fois sur le site !

Vous pouvez vous procurer ce livre en l’achetant via le site des Attestants.
Il est plus avantageux de grouper vos commandes et plus sympa encore de passer les chercher à l’église de Belleville, à Paris, si vous habitez dans le coin. Ce sera là l’occasion de saluer et d’encourager ceux qui vous remettront les beaux petits livrets rouges (les miens ont été emballés dans une boîte à chaussures). Alors n’hésitez pas à en prendre plusieurs pour pouvoir en offrir, les laisser sur le comptoir de librairie de votre église ou encore les utiliser comme outil d’évangélisation.

 

Notes :

(1) Ce courant de l’Eglise Protestante Unie de France (EPUdF) s’est constitué suite au synode de Sète en 2015, qui a vu autoriser la bénédiction des couples homosexuels. L’idée du mouvement est « de mettre au centre des préoccupations le fait d’être une Eglise de témoins ». Il s’agit pour ces protestants confessants, non plus de « protester » mais « d’attester » d’une foi solide dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, comme « d’attester » de l’autorité souveraine de la parole biblique pour la foi et la vie des croyants. Ils proposent des outils pour le réveil des églises de la Réforme et au service de l’Evangile de Jésus-Christ.

(2) Voir par exemple ici ou .

Beaucoup de « followers » mais combien de disciples ?

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Lecture : Marc 3v7-14

« Une grande multitude » suit Jésus et vint à Lui, nous dit le texte de l’Evangile selon Marc (3v7-8). « Une grande multitude » de disciples ? Si Jésus avait aujourd’hui un compte twitter, se réjouirait-il de tous ces « followers » ?

En réalité, cette grande multitude « vint à lui, à la nouvelle de tout ce qu’il faisait » (v8). Or, Jésus, pour ne pas être écrasé par cette foule, décide de se tenir à distance dans une barque. Il tient aussi à distance les démons « qui se jettent à ses pieds », refusant leur témoignage à son sujet (v11-12).

En revanche, Il appelle à lui, à sortir « hors de » la multitude « ceux qu’il voulut, pour les avoir avec lui et les envoyer prêcher… » (v13-14). Ceux qui sont « sortis hors de » pour se rassembler/être ensemble autour de Christ et en Son Nom, sont ceux qui constituent ce que l’on appelle « l’Eglise ». C’est d’ailleurs le sens de ce terme (du grec, « Ekklesia »), qui ne désigne pas un bâtiment.

Si « la grande multitude » reste une foule d’anonymes, les disciples, en revanche, sont bien identifiés et connus individuellement et personnellement de Jésus. Ils sont aussi bien connus de nous, les lecteurs actuels de l’Evangile, qui connaissons leurs noms et même leurs nouveaux noms donnés par Jésus.

Ceci dit, qu’est-ce qu’un « disciple » ? Daniel Bourguet, dans son « Devenir disciple »(1), souligne que « le verbe suivre est fondamental pour comprendre le sens de la vocation d’un disciple, de tout disciple. Etre disciple, c’est bel et bien suivre Jésus. Ce verbe est extrêmement employé dans les évangiles, presqu’autant dans chacun des quatre (2) ».

A la lecture des Evangiles, nous constatons qu’il y a deux manières de suivre Jésus :

Soit à la manière des disciples, soit à la manière de « la grande multitude ».

La foule suit généralement Jésus « de sa propre initiative, par curiosité, par intérêt, ou pour d’autres raisons », le plus souvent du fait ce qu’elle « voit faire » -et non de ce qu’elle entend – de la part de Jésus (Comparer avec Deut. 4v12-15 Et Rom.10v8-11, 17). Mais cela reste « un feu de paille ». C’est sans lendemain.

« Il arrive », constate encore Daniel Bourguet, qu’un disciple ne suive plus « que de loin », comme ce fut le cas pour Pierre, par exemple (Marc 14v54). La suite du récit nous montre que cela conduit tôt ou tard au reniement. Le disciple peut donc lui aussi être infidèle, tout autant que la foule, mais s’il peut espérer le suivre encore, c’est grâce à la fidélité du Christ qui renouvelle son appel, comme il l’a fait pour Pierre (Jean 21v19, 22 ; cf Luc 22v31-32). La liberté du disciple peut conduire au reniement, mais la fidélité du Christ est telle qu’il invite sans cesse le disciple défaillant ». Ainsi, « m’aimes-tu ?», demande Jésus à Pierre qui l’a renié trois fois (Jean 21v15 et ss)(3). « Au disciple qui répond positivement », à l’instar du pécheur repentant qui se trouve pardonné, « Christ redit alors ce qu’il a dit au premier jour : suis-moi ! »(Jean 21v19), avivant ainsi le feu « du premier amour » dans un élan renouvelé.

 

 

Notes :

(1) BOURGUET, Daniel. Devenir disciple. Editions Olivetan, 2010 (« Veillez et priez »), PP 25- 26

(2) 25 fois chez Matthieu, 19 fois chez Marc, 17 chez Luc et 18 chez Jean, sauf erreur.

(3) Voir notre article, « soif d’utilité », autour de Jean 21v1-22 : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/04/23/soif-dutilite/

L’argent : dieu ou don de Dieu

Un livre qui a la pertinence d’aborder le sujet de l’argent sous plusieurs angles plutôt que sous le seul angle de la prospérité financière

Voici un livre très important et bienvenu, que j’ai reçu en cadeau de la part des éditions BLF (merci à eux !), sur ces éternels tabous : « votre argent et Dieu » ! Deux sujets que nous avons tendance à éviter parce qu’en parler nous met mal à l’aise, quand il n’est pas une source de conflit. Pourtant, ces questions sont trop importantes pour être remises à plus tard, d’autant plus que l’argent a envahi l’espace public, et que l’Eglise est invitée à se positionner à son sujet : « s’en servir » pour servir Dieu ou « servir » l’argent – Mamon [la seule divinité appelée par son nom par Jésus en Matt.6v24] en croyant se servir, au risque d’être asservi.

L’auteur nous invite à consacrer « une heure ou deux » de notre temps à la lecture de son livre, pour aborder l’argent sereinement, que nous soyons « chrétien ou non, riche ou pauvre, ouvrier ou col blanc, retraité, travailleur à temps plein ou sans emploi », célibataire, marié ou parent (il est possible d’y trouver des principes pour enseigner et impliquer ses enfants dans la bonne gestion de l’argent), et « même si nous ne sommes pas prêts à parler d’argent ».

Ce ne sera pas du temps perdu, puisque le livre a cette pertinence d’aborder le sujet sous plusieurs angles plutôt que sous le seul angle de la prospérité financière.

Le livre débute de manière inattendue par un interpellant « de quoi avez-vous peur ? », une question qui est « le meilleur point de départ » parce qu’elle a valeur de test et d’évaluation au sujet de nos motivations les plus profondes concernant l’argent. Nous sommes donc invités à « haïr » l’argent comme (mauvais) maître au premier chapitre, avant de l’aborder dans le second, avec l’esprit, non « du propriétaire », mais « du gérant » ou « de l’intendant fidèle »(cf Luc 12v42), sachant que nous aurons à rendre compte devant Dieu de ce qu’Il nous aura confié.

L’auteur nous rappelle également fort opportunément que la Bible nous enseigne « une vérité plus belle » que toutes nos fausses théologies sur l’argent : sont ainsi tour à tour dénoncés les pièges de « la théologie de la prospérité » (qui sème la confusion en établissant un lien entre les richesses matérielles dans cette vie et la bénédiction/la faveur de Dieu) mais aussi l’impasse de « la théologie de la pauvreté » (être pauvre est considéré comme une forme de sainteté et être riche comme une forme de péché).

Les chapitres suivants, plus pratiques, sont à appréhender sur cette base de manière globale – et non cloisonnée, pour une approche équilibrée de l’argent : « budgétisez-le », « gagnez-le », « dépensez-le », « économisez-le », « investissez-le », « donnez-le » [un chapitre particulièrement important], « multipliez-le » et….« ne vous en souciez pas ».

Pour aller plus loin, l’on trouve en annexe un guide d’étude biblique pour examiner l’enseignement de ce livre en groupe pendant cinq semaines, avec Luc 12 comme base scripturaire, ainsi que plusieurs ouvrages et ressources (outils d’éducation, de budgétisation et de planification financière…) recommandées par l’auteur.

Au final – et c’est ce qui me paraît être le plus beau message de ce livre pertinent et interpellant – la vie ne réside pas dans une « liste de choses à faire » ou de « recettes-miracles » à appliquer pour « gagner » ou « garder » ce qui aurait le plus de valeur à nos yeux. Le message fondamental du livre est une invitation à la confiance et à la gratitude, mais aussi à l’espérance que ce domaine « tabou » de notre vie peut être placé sous le règne du Seigneur Jésus-Christ, pour vivre en homme (ou femme) réellement libre.

L’alternative est alors claire : soit nous considérons l’argent comme un dieu et un dû – quand nous ne considérons pas qu’en avoir serait de facto indu – et nous vivrons une vie placée sous le règne de la cupidité, de l’avidité, du mérite et de l’inquiétude ; soit nous le considérons comme un don de Dieu – « un don excellent, nécessaire et utile » – et nous vivrons une vie placée sous le règne de la grâce, empreinte de gratitude, et de la générosité.

Il s’agit donc pour nous d’apprendre et de nous encourager mutuellement, en faisant preuve d’humilité, à considérer que tout ce que nous avons, nous l’avons en réalité reçu. Ce que nous aimons aura ainsi toujours plus de valeur lorsque nous le verrons avec le regard de Dieu, comme un cadeau qui nous est offert, mais aussi, surtout, à offrir et à partager(cf Actes 20v35), plutôt que comme une propriété chèrement conquise !

Ne manquez pas de vous le procurer auprès des éditions BLF ou en vous rendant dans votre librairie chrétienne favorite !

 

En bref :

MUNSON, Jamie. L’Argent, dieu ou don de Dieu. BLF éditions/Cruciforme, 14/09/17

Extrait de la présentation éditeur : Pour nous aider « à remettre l’argent à sa juste place : un outil à utiliser pour glorifier Jésus, une jauge pour évaluer la santé spirituelle de votre cœur et une bénédiction de Dieu dont il est parfaitement légitime de profiter ».

L’auteur, Jamie Munson, est le coprésident de Storyville Coffee Company, une entreprise prospère et très respectée à Seattle, dans l’État de Washington. Il aime développer des outils utiles pour aider les leaders et les organismes à atteindre leur plein potentiel.

 

 

 

« Read it (again) » : le voyage du pèlerin en manga

« Le Voyage du pèlerin », version manga. Sortie le 14 septembre 2017 dans toutes les bonnes librairies.

« Read it (again ») : « (re)lis-le ».

Ce n’est pas là « le onzième commandement », mais un magnifique stimulant, propre à nous inciter à nous remettre en route, en cette période de rentrée. Et quoi de mieux, en effet, que cette version manga d’un fameux classique de la littérature anglaise, « le Voyage du pèlerin » (« Pilgrim’s Progress ») de John Bunyan (1628-1688), pour (ré) apprendre « la meilleure façon de marcher » ?

Le livre paraît aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies, ce 14/09, et je remercie les éditions BLF, qui me l’ont aimablement et gracieusement envoyé « en avant-première », estimant que cela pourrait m’intéresser.

Effectivement, familier de l’œuvre que j’ai lue il y a très longtemps, d’abord en version enfantine –« le voyage du petit pèlerin », avec des illustrations très XIXe siècle, puis la version classique et même une version dessin animé, j’étais très curieux de découvrir cette nouvelle version moderne susceptible de parler à la génération d’aujourd’hui. Et pour l’anecdote, le thème me parle particulièrement, puisque je me suis toujours vu – et je me vois toujours – comme un pèlerin, « étranger et voyageur » dans un monde où je ne me sens pas vraiment chez moi.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, il s’agit du récit allégorique, sous forme d’un rêve, d’un dénommé « Chrétien », lequel, conscient de porter « un fardeau » suite à la lecture d’un livre, décide un jour d’entreprendre un voyage périlleux, depuis sa ville de « Destruction » jusqu’à la Cité Céleste. « Le voyage du pèlerin » est l’un des livres les plus publiés et les plus lus après la Bible. Il est considéré comme le précurseur du roman et l’auteur dramatique Bernard Shaw a loué les grandes qualités littéraires du livre dans la préface de « l’homme et le surhomme »(1903), jugeant que dans certaines scènes les descriptions de Bunyan dépassent celles de Shakespeare.

Son auteur est le puritain John Bunyan (1628-1688), qui a vécu à la fin d’une période turbulente de guerres civiles britanniques.

A l’âge de 32 ans, il fut condamné pour avoir organisé des réunions « illicites » (comprendre : au cours desquelles il a prêché la Parole sans être pasteur, ce qui était interdit à l’époque). Il reste douze ans (1660-1672) en prison à Bedford, une ville à 100 km au nord de Londres. C’est là qu’il commence la rédaction de son « voyage du Pèlerin ». Il y raconte sa propre histoire et son combat pour la foi. Le livre est aussi un vivant tableau, avec des scènes et des portraits tirés de son expérience de vie et des mœurs de son temps. Le style est simple, fait le plus souvent d’une mosaïque de citations bibliques incorporées au texte au point de ne plus s’en distinguer. Le livre est finalement terminé en 1677, au cours d’une deuxième période d’emprisonnement de six mois. Paru en 1678, ce fut un grand succès. Depuis sa première édition, cet ouvrage a été lu par 250 millions de personnes et traduit en plus de 200 langues.

4ème de couverture de l’édition Manga du « Voyage du pèlerin », chez BLF.

Parlons maintenant de cette version manga : sur le plan formel, d’abord, c’est sans conteste une réussite. Le résultat est absolument impressionnant. Les illustrations mettent bien en valeur, en le réactualisant, le texte original et l’esprit de l’œuvre de John Bunyan : certaines scènes sont particulièrement effrayantes, quand d’autres sont d’une beauté à couper le souffle, lumineuses et rayonnantes. Se côtoient ainsi tous les aspects de la réalité – beauté, laideur, vices, vertus, humour, effroi, joie et espérance – à mille lieux d’une vision du monde idéalisée et douçâtre.

Sur le plan du contenu, comme dans l’original, « le voyage du pèlerin » version manga nous donne à voir avec un certain « réalisme pastoral », plus qu’il ne nous enseigne, « la meilleure façon de marcher » pour un chrétien, métaphore de la vie spirituelle. « Être » ou « devenir chrétien », c’est entrer dans une dynamique : d’abord être en recherche, puis se laisser interpeller par le message de « la Bonne Nouvelle » (l’Évangile), avant de se mettre en route pour un nouvel horizon libérateur. La démarche est donc d’abord nécessairement individuelle mais un pèlerin ne reste jamais seul longtemps, rejoint à un moment donné de son parcours par d’autres pèlerins, qui deviennent ses com-pagnons de route, partageant son espérance mais aussi ses défis.

Par ailleurs, le « vrai pèlerin » sait qu’il est dangereux de « jouer au pèlerin », puisqu’il s’agit d’une aventure sérieuse, où l’on risque de perdre sa vie ou son âme. Il sait aussi qu’il ne fait que passer dans ce monde et que son cœur est ailleurs : un antidote aux tentations de la société de consommation, du matérialisme et du faux « évangile » de prospérité (il serait plus exact de dire « de cupidité » !), incarnés par Messieurs « Intérêt personnel », « Amour de l’argent », « Ami du monde » et « Avidité ».

Le pèlerin est enfin celui qui témoigne qu’il a quitté un règne (celui qui enferme dans la ville de « Destruction » et conduit à la « Foire aux Vanités », par exemple) pour en rejoindre un autre (qui le mène à la Cité Céleste, sa vraie patrie), source de libération et d’espérance. Une telle prise de position n’aliène pas le pèlerin, bien au contraire, puisque chaque personnage du récit a son identité bien à lui. Cette idée, implicite dans le livre, est encore plus explicite dans le manga : certains personnages ont d’ailleurs été modernisés et féminisés, ce qui les rend encore plus intéressants, telles « Bonne volonté », la gardienne de la Porte Étroite qui n’a pas froid aux yeux, ou encore « Pleine d’espoir », représentée par une jeune fille fragile, mais bien plus forte qu’elle ne paraît. J’ai aussi apprécié les représentations de  « Fidèle » – compagnon de route de « Chrétien », preux chevalier et…fidèle témoin qui connaîtra le martyr, ainsi que d’ « Évangéliste », homme bon et sage qui sait se montrer redoutable à l’occasion. Quant à « Chrétien », il est un personnage bien vivant, à qui l’on peut s’attacher : homme ordinaire en quête de sens, soucieux de vérité, déterminé, parfois en proie au doute et à la peur, mais désireux, non plus de se contenter de survivre, mais d’apprendre à marcher « en chrétien », porté et animé par l’amour et la grâce de Dieu. A ce propos, son fameux « fardeau » qu’il porte au début du récit a été revisité dans le manga d’une façon inédite mais particulièrement bien vue. Je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher la surprise : les plus observateurs comprendront de quoi je parle, une fois le manga entre leurs mains…

Bien entendu, n’importe qui, qui ne connaît pas ou peu la foi chrétienne, pourra le lire comme un roman d’aventure ou de « fantasy » et trouver agréable les péripéties du récit, mais il passera à côté de l’essentiel de ce que le livre veut communiquer. Personnellement, je le conseillerais plus volontiers à un public déjà familier de la foi chrétienne et de la Bible, aux jeunes croyants ou encore aux enfants et jeunes issus de famille chrétienne. Il peut également être un beau cadeau à offrir à toute personne en recherche, interpellée par des questions dites existentielles et désireuse d’en savoir plus sur l’Évangile, avant de « se mettre en route » à son tour !

Bonne lecture ! Et n’hésitez pas à me partager vos impressions au pied de l’article.

Plus d’infos sur le livre sur le site de l’éditeur.

 

Bientôt, ma recension du « Voyage du pèlerin », version manga

« Le Voyage du pèlerin », version manga. Sortie le 14 septembre 2017 dans toutes les bonnes librairies.

Ma note de blogue sur la nouvelle version de ce classique intemporel, susceptible de parler à la génération d’aujourd’hui, paraîtra demain, jeudi 14 septembre, le jour de la sortie du livre.