« Sois fort et très courageux »….pour mettre en pratique toute la loi de Dieu !

Josué lit les Paroles de la Loi (La Bible. Teriade 1956). Épreuve signée. Gravure originale de Marc Chagall pour illustrer La Bible éditée par Teriade en 1956. Planche n° 47 de la série des 105 gravures tirées sur Montval filigrané.

Dès le début du livre qui porte son nom, Josué reçoit du Seigneur « le top départ » – la mort de Moïse – pour se préparer à franchir le Jourdain et ainsi entrer en Terre promise aux pères. Une terre qui va de l’Euphrate à la mer méditerranée (Josué 1v1-4). Le Seigneur demande alors à Josué d’être « fort et très courageux » (v6) : un appel répété à trois autres reprises dans les versets suivants (vv7, 9 et 18), vu la difficulté de la mission confiée à Josué et les dangers qui l’attendent.

Pourquoi Josué doit-il être « fort et très courageux » ? Pour « mettre en pratique toute la loi (de Dieu) » et ne pas s’en écarter « ni à droite, ni à gauche »(v7). C’est ainsi que l’entrée en terre promise est plus le fruit d’une fidélité à la Parole de Dieu que d’une conquête militaire. Elle ne dépend pas de la valeur guerrière du peuple mais de son intégrité.

Les sages du judaïsme le disent bien : la force du peuple ne tient pas à son organisation militaire mais à la façon dont il reste accroché à l’étude de la Torah (la loi).

Nous pensons alors à cette recommandation faite à chaque futur roi d’Israël en Deutéronome17v18-20 : « Et quand (le roi) sera monté sur son trône royal, il écrira pour lui-même dans un livre une copie de cette Loi, que lui transmettront les prêtres lévites. Elle restera auprès de lui, et il la lira tous les jours de sa vie, pour apprendre à craindre le SEIGNEUR son Dieu en gardant, pour les mettre en pratique, toutes les paroles de cette Loi, et toutes ses prescriptions, sans devenir orgueilleux devant ses frères ni s’écarter à droite ou à gauche du commandement, afin de prolonger, pour lui et ses fils, les jours de sa royauté au milieu d’Israël ».

Car la loi résiste au désir et au fantasme de toute puissance, comme le seul interdit au milieu d’une foule de possibilités en Eden.

Cela nous enseigne aussi que plus on a de responsabilités, plus il est important de prendre des temps de recul pour éviter de se laisser noyer dans l’urgence. J’ai souvent entendu dire qu’il est bon, « en temps normal », de prendre une demi-heure par jour pour la méditation des Ecritures bibliques et la prière….et de prendre une heure quand on est surchargé de travail !

Cette recommandation de rester accroché à la Parole de Dieu sonne juste aux oreilles des chrétiens. La « sola scriptura » [« l’Ecriture seule »] n’est pas un slogan mais une exhortation.

Lorsque l’Eglise n’est plus accrochée à la Parole de Dieu, elle est une institution qui se conforme au monde dans lequel elle vit. Le théologien Karl Barth (1886-1968) a écrit : « toutes les fois que l’Eglise a été sérieusement éprouvée au cours de l’histoire, c’est parce qu’elle était trop peu soumise à la Parole de l’Ecriture. En revanche, toutes les fois qu’elle était forte, consciente de sa mission et sans peur devant le monde, toutes les fois qu’elle a su produire des héros et des saints, toutes les fois qu’elle a su apporter la consolation, susciter l’espérance et s’imposer ainsi au respect des hommes, c’est parce qu’elle a osé avoir l’humble courage de se soumettre à l’Ecriture au lieu de la considérer comme un simple à-côté »(1).

Quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie » (sic) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat », il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame.

Note : 

(1) D’après Antoine Nouis. La Bible : Commentaire intégral verset par verset. Les livres historiques/2. Olivetan/Salvator, 2022, pp 17-18 [disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, ici ou ]

Noël : peut-on y croire ? Du mythe, de la tradition et de la réalité autour de cette fête chrétienne

Extrait du film « l’Evangile de Matthieu » réalisé par David Batty (RU, 2014) de la série « 4 Evangiles, les films » (Lumo project). Texte intégral de l’Evangile raconté et mis en image.

La semaine dernière, nous parlions sur ce blogue d’Hannouka. Cette fête de lumières ou de la dédicace, qui a débuté le soir du 18 décembre, et qui se déroulera jusqu’au 26 décembre au soir, est évoquée dans l’Evangile selon Jean.

Les fêtes bibliques, instituées dans l’Ancien Testament, ont pour but de glorifier Dieu en se remémorant de façon objective son action dans l’histoire d’Israël cf Exode 12v24-27. Elles n’ont pas un sens seulement social ou « festif », mais servent à communiquer la présence de Dieu avec son peuple et à transmettre l’enseignement de la foi aux générations successives. C’est pourquoi il serait dommage de passer à côté d’excellentes occasions pédagogiques pour (s’)édifier, en redonnant tout leur sens à ces fêtes et en se connectant à leur source : le Seigneur Jésus-Christ, lequel « est le même, hier, aujourd’hui et éternellement » (Hébr.13v8).

Les fêtes dites chrétiennes, quant à elles, ne sont certes pas instituées bibliquement mais commémorent également l’action de Dieu en prenant pour thème des moments importants de la vie du Seigneur Jésus-Christ racontés dans les évangiles (naissance ou incarnation, mort et résurrection, ascension…), ou de l’action de l’Esprit (Pentecôte). Les fêtes chrétiennes ont également pour rôle de valoriser l’aspect festif et communautaire de la foi.

Parmi ces dernières, « Noël, avec ses décorations, ses sapins et ses crèches, est probablement l’une des histoires bibliques les plus connues », souligne le Pasteur Philippe Golaz dans une note de blogue. « Mais cette fête est-elle bien connue pour autant ? Qu’est-ce qui relève de la vraie histoire, qu’est-ce qui relève de la tradition, ou du mythe ? »

Ainsi, « Jésus (serait) né un 25 décembre » et les mages seraient « trois et rois ». « Jésus n’existait pas avant Noël », il serait « né dans une étable », et tout cela ne serait « qu’une légende ». Qu’en est-il exactement ?

Bonus : Au sujet de ces mages, il est intéressant de comparer le texte de l’Evangile selon Matthieu avec la mise en scène/en image de l’excellent film « l’Evangile de Matthieu » réalisé par David Batty (RU, 2014) de la toute aussi excellente série « 4 Evangiles, les films » (Lumo project).

Pour aller plus loin :

Joyeux Noël…simple formule ou message d’espérance ?, de Stéphanie Pillonca, Sébastien Doane, et Elaine Sansoucy. Editions Bibli’O, 2022

Une grande question existentielle abordée « tout en nuances » dans un petit livre qui déploie une lecture plurielle et inaugure une nouvelle collection éponyme des éditions Bibli’O parue en octobre 2022. « Tout en nuances », 3 regards se croisent, 3 voix se font entendre pour explorer la fécondité des textes anciens : un bibliste, une réalisatrice et une infirmière évoque la joie d’une naissance au cœur de notre monde. Chacun des auteurs nous fait tour à tour partir à la rencontre du texte biblique, de pistes d’actualisation et d’un cheminement où l’art cinématographique se met au service des autres.  Ainsi, avec « Joyeux Noël…? », qui nous rappelle dans quelles circonstances Jésus est venu au monde [ayant failli naître dehors, il se trouve menacé de mort à sa naissance et devient le plus jeune réfugié de l’histoire…], c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles. A découvrir absolument en cette période de fête et au-delà ! (Ouvrage reçu gracieusement « en service presse » de la part de Laurène de La Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française, que je remercie !)

« Noël : peut-on vraiment y croire ? » Par l’apologète Rebecca Mac Laughlin, qui explore « 4 questions incontournables sur l’histoire la plus connue au monde ». Un livre qui s’adresse aussi bien aux « sceptiques » qu’aux « convaincus » qui souhaiteraient (re)découvrir Noël sous un jour nouveau. A noter que Rebecca Mac Laughlin est également l’auteure de « 12 raisons de ne plus croire au christianisme et pourquoi y croire encore », un livre récent paru en français chez BLF éditions en 2022, et qui a reçu le prix de « meilleur livre de l’année » 2020 de la part de Christianity Today (en VF et en VO). L’un et l’autre ouvrages reçus « en service presse » de la part de l’éditeur, que je remercie également !

Sinon, le saviez-vous ? Noël est une bonne nouvelle pour les grévistes !

10 livres : 10 actus

Quand « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre » (Source image : public domain pictures)

Connaissez-vous Books ? Le magazine qui éclaire l’actualité par les livres du monde entier.

Parce que ses fondateurs en sont convaincus : « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre ».

A son tour, Pep’s café! s’est prêté au jeu et s’est donné le défi de partir de 10 livres (récents ou non), la plupart reçus en « service presse » de la part d’éditeurs (BLF, Bibli’O, Scriptura) que je remercie, pour éclairer autant de sujets d’intérêt général qui nous trottent dans la tête. 

De là la liste suivante : 

S’engager pour la justice climatique : contributions protestantes (collectif, sous la direction de Jean-Philippe Barde et de Martin Kopp). Editions Scriptura, 2022

S’il aura fallu près de 50 ans pour que la crise écologique, dans ses nombreuses dimensions, soit reconnue comme un défi majeur pour nos sociétés, le réchauffement climatique se manifeste désormais comme une partie critique et un puissant révélateur de cette crise. Néanmoins, les milieux chrétiens connaissent-ils la notion de justice climatique ? Plusieurs contributions protestantes sur la question, réunies en un ouvrage bienvenu de la Commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France, paru chez Scriptura en octobre 2022, vient donc combler un manque. Partant d’un état des lieux scientifique, il offre des repères bibliques et théologiques pour aboutir à une présentation critique de l’action chrétienne en faveur du climat – un bien qui nous est commun –, aux niveaux collectif, politique et personnel. 

Jean-Philippe Barde est membre du « Réseau Bible et création » de l’Église protestante Unie de France, de la commission « Écologie et Justice climatique » de la FPF ; Martin Kopp est théologien écologique, docteur de l’Université de Strasbourg. Préface de François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France.

5 sujets de prière pour vos enfants, de Melissa Kruger. Editions Scriptura, octobre 2022 

Un petit livre inspirant et encourageant pour les parents, surtout quand la responsabilité d’élever des enfants peut souvent paraître écrasante, et qu’il est parfois dur de savoir par où commencer quand il s’agit de prier pour eux ! 

L’atout de ce livre est qu’il est rempli de sujets de prière pour des enfants de tout âge, issus directement de la Bible.  C’est ainsi que nos prières sont puissantes et peuvent vraiment changer les choses, lorsque nous prions en accord avec les priorités de Dieu trouvées dans sa Parole. Le livre débute par : « je prie pour que », non pas pour que « moi, parent » ou « pour que mon enfant », mais « pour que Dieu sauve mon enfant ».

[Voir aussi : Parents centrés sur l’Evangile : devenir une famille selon le coeur de Dieu, de Tim Chester et Ed Moll, paru chez BLF en 2022, et chroniqué sur Pep’s café!]

Joyeux Noël…simple formule ou message d’espérance ?, de Stéphanie Pillonca, Sébastien Doane, et Elaine Sansoucy. Editions Bibli’O, 2022

Une grande question existentielle abordée « tout en nuances » dans un petit livre qui déploie une lecture plurielle et inaugure une nouvelle collection éponyme des éditions Bibli’O parue en octobre 2022. « Tout en nuances », 3 regards se croisent, 3 voix se font entendre pour explorer la fécondité des textes anciens : un bibliste, une réalisatrice et une infirmière évoque la joie d’une naissance au cœur de notre monde. Chacun des auteurs nous fait tour à tour partir à la rencontre du texte biblique, de pistes d’actualisation et d’un cheminement où l’art cinématographique se met au service des autres.  Ainsi, avec « Joyeux Noël…? », qui nous rappelle dans quelles circonstances Jésus est venu au monde [ayant failli naître dehors, il se trouve menacé de mort à sa naissance et devient le plus jeune réfugié de l’histoire…], c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles. A découvrir absolument en cette période de fête et au-delà !

[Voir aussi : « Noël : peut-on vraiment y croire ? » Par l’apologète Rebecca Mac Laughlin, par ailleurs auteure de « 12 raisons de ne plus croire au christianisme et pourquoi y croire encore » : ce dernier livre, paru en français chez BLF éditions en 2022, a aussi reçu le prix de « meilleur livre de l’année » 2020 de la part de Christianity Today)

Vivre pour Jésus : les fondements de la vie chrétienne, de Raphaël Charrier. BLF éditions, 2022

Parce que les Eglises ne savent pas accompagner les personnes qui viennent de se convertir, et parce que l’expérience montre que la catéchèse, ou l’enseignement didactique dans nos églises, n’aboutissent pas forcément à la formation de disciples de Jésus, ce livre a une ambition, de l’aveu de son auteur « être le premier (livre) que l’on recommanderait à un nouveau chrétien. Ce ne sera probablement pas le meilleur, mais celui qui lui permettra d’avoir une vision d’ensemble de ce qu’est la vie d’un disciple de Jésus-Christ, et de ce qu’elle implique ». Soit : « devenir un disciple (« vivre pour Jésus »), s’entraîner comme un disciple (« avec Jésus ») et se battre comme un disciple » (« pour Jésus », avec sa force). Un livre à lire et à (s’)offrir dans la foulée du week-end « discipleshift », sur la transition ecclesiologique, qui a eu lieu à Paris fin Novembre dernier.

La communion qui vient : carnets politiques d’une jeunesse catholique, de Paul Colrat, Foucauld Giuliani et Anne Waeles. Seuil, 2021. 

« Tous les cinq ans, lors des élections présidentielles, on débat en France de savoir quel candidat sera le plus apte à jouer le rôle de sauveur de la nation. Lorsqu’une crise se déclare, c’est un messie qu’on réclame. Contre la quête d’une idole, Jésus, Sauveur né il y a deux mille ans, exerce son règne sans pouvoir et sans violence. Par sa mort sur la Croix, il met à nu l’injustice du monde. Par sa sainteté et sa résurrection, il nous ouvre dès maintenant à la vie divine, vie qui se donne dans l’histoire quand l’amour réalise la justice, vie de communion.  L’enjeu de ces Carnets est d’explorer la puissance politique de cette communion qui vient à nous par trois chemins. En nous ouvrant à l’éternité, elle déconstruit l’apologie d’époques anciennes et la confiance irrationnelle dans le progrès. En appelant le maître à se faire serviteur, elle désacralise les pouvoirs économique et politique. Enfin, elle destitue les logiques identitaires, inscrivant l’altérité au cœur de la réalité divine et nous invitant à la pratique de la charité, c’est-à-dire au don joyeux de soi ». Fruit de la collaboration de trois auteurs qui disent « ne représenter personne », se présentant comme « des paroissiens ordinaires, trentenaires, et enseignent la philosophie. Tous trois sont ou ont été membres actifs du Dorothy et du Simone, cafés associatifs à Lyon et à Paris, qui ont pour ambition d’expérimenter collectivement l’Évangile dans la vie laïque ». Exigeant, mais « dans le même temps » plaisant, rafraichissant et joyeux, « La communion qui vient » est un très beau livre philosophico-théologique, particulièrement bienvenu et absolument à découvrir. Saturé de l’Ecriture Sainte, il est susceptible de parler à tout chrétien au-delà du catholicisme, comme à toute personne au coeur « loyal, honnête et bon » (Luc 8v15). 

 [Voir aussi : « Dans l’ombre de Dieu : la politique et la Bible », de Michaël Walzer. Bayard, 2016. Ou comment répondre aux questions suivantes : « peut-on fonder une théorie politique à partir de la Bible ? Un Etat peut-il être théocratique ? Quelles sont les idées politiques défendues dans la Bible hébraïque ? Ont-elles inspiré notre conception moderne du droit et de la politique ? Le philosophe américain Michael Walzer présente, dans cet ouvrage que j’espère lire prochainement, les différentes conceptions de la loi, du gouvernement, du pouvoir royal, des institutions politiques, telles qu’elles apparaissent dans les différents textes de l’Ancien Testament. Peut-être la meilleure analyse des racines bibliques de notre monde politique et de nos conceptions du droit, du pouvoir et de la justice, si l’on en croit les spécialistes]

De l’humiliation : le nouveau poison de notre société, d’Olivier Abel. Editions Les Liens qui libèrent, 2022. 

 « ….Nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation », constate Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier.  Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ?  Une interrogation pressante qui lui inspire “De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”. Dans cet ouvrage paru le 16 février 2022 aux éditions Les liens qui libèrent, Olivier Abel observe la dimension politique et sociale de l’humiliation : nous aurions d’un côté un discours humiliant, qui nous traite comme des “homo economicus”, avec l’injonction « consomme ! ». Et de l’autre des manipulations, de la peur ressentie par la population française. Pep’s café a consacré un article sur le sujet.

Il n’y a pas de Ajar : monologue contre l’identité, de Delphine Horvilleur. Grasset, 2022. 

« L’étau des obsessions identitaires, des tribalismes d’exclusion et des compétitions victimaires se resserre autour de nous. Il est vissé chaque jour par tous ceux qui défendent l’idée d’un «  purement soi  », et d’une affiliation «  authentique  » à la nation, l’ethnie ou la religion. Nous étouffons et pourtant, depuis des années, un homme détient, d’après l’auteure, une clé d’émancipation  : Emile Ajar.  Cet homme n’existe pas… Il est une entourloupe littéraire, le nom que Romain Gary utilisait pour démontrer qu’on n’est pas que ce que l’on dit qu’on est, qu’il existe toujours une possibilité de se réinventer par la force de la fiction et la possibilité qu’offre le texte de se glisser dans la peau d’un autre. J’ai imaginé à partir de lui un monologue contre l’identité, un seul-en-scène qui s’en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment ». 

Par l’auteure, par ailleurs Rabbine, de « vivre avec nos morts », que l’on peut également voir dans « Reste un peu », le dernier film de Gad Elmaleh. 

La Servante écarlate, de Margaret Atwood. Robert Laffont, 2017 (Pavillons poche). Roman de science-fiction dystopique publié en 1985 et où l’action est située aux Etats-Unis, devenus république théocratique de Galaad (Gilead) à la fin du XXe siècle. Afin de contrer la stérilité consécutive à des catastrophes nucléaires, écologiques et au sida, la pratique des mères porteuses est institutionnalisée et les conséquences en sont tirées jusqu’à l’extrême du cauchemar. Réflexion sur le récit comme moyen de maîtriser son destin à travers le texte et sur son identité. Le caractère hallucinant du roman est renforcée par le fait que chacune des horreurs décrites s’est déjà produite effectivement. Adapté au cinéma sous le même titre par Volker Schlöndorff en 1990, en opéra (par Poul Ruders), en ballet (par le Ballet royal de Winnipeg, en 2013), ainsi que dans d’autres formes artistiques, et a fait l’objet d’une série télévisée (The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate) depuis 2017.

Aller simple, d’Erri de Luca. Gallimard, 2012 (Du monde entier). Pour ne pas oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ». « Aller simple » (Solo andata ), c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes d’Erri de Luca, sorti en avril 2005 chez Feltrinelli et ayant fait l’objet d’une édition bilingue chez Gallimard(du monde entier) en 2012 (également en poche), qui garde toute son actualité. Nous le disions déjà sur ce blogue en 2013. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui et ce sera toujours vrai demain. 

[Voir aussi : Les 40 jours du Musa Dagh, de Franz Werfel : un grand roman sur le génocide arménien.]

Le Très bas, de Christian Bobin. Gallimard, 1992. Un roman de cet écrivain et poète si singulier, mort à 71 ans d’un cancer fulgurant, le 23/11/22. Publié le 9 septembre 1992 aux éditions Gallimard, et ayant reçu le Prix des Deux Magots et le Grand Prix Catholique de Littérature l’année suivante, il s’agit d’un texte poétique en prose au sujet de François d’Assise, de sa vie et surtout de sa vision de Dieu et de l’Amour. Ainsi « le Très Bas », le Dieu des enfants, le Dieu de l’amour, celui de François d’Assise, est posé en opposition avec « le Très Haut » de la religion, à l’image sévère. 

[A lire aussi, La Place, d’Annie Ernaux, qui a reçu le prix Nobel de littérature le 10/12/22]

Comment (mieux) prier et prophétiser sans se laisser dicter un agenda

Le risque est alors de se laisser entraîner par le diable dans son cortège médiatique, lequel souhaiter capter toute notre attention(cf Eph.2v1-5), alors que nous devrions sans cesse rappeler ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal (Source image : public domain pictures)

Dans son dernier essai, « Les Émotions contre la démocratie » (Éditions Parallèle, octobre 2022), la sociologue Eva Illouz s’attaque à la matrice émotionnelle du populisme. L’occasion d’identifier quatre affects sur lesquels s’appuient des leaders populistes actuels pour nourrir leur propagande et asseoir leur légitimité : le ressentiment, la peur, le dégoût et l’amour de la patrie

Un passionnant entretien à lire sur le site de Usbek & Rica, « le média qui explore le futur ».

De même que nos émotions peuvent être instrumentalisées, notre prière peut rester collée à notre âme, peinant à s’élever vers Dieu, si nous prions uniquement selon nos émotions, nos désirs ou nos pensées. 

En effet, ce que nous demandons à Dieu vient la plupart du temps de notre âme : nous lui soumettons notre désir le plus cher, les soucis qui nous pèsent, nos questionnements, nos inquiétudes pour nos proches… Il arrive aussi régulièrement que nous calions notre intercession sur le journal de 20h : les gros titres de l’actualité deviennent la liste de nos prières, pour l’Ukraine, pour les migrants échoués en bord de Méditerranée, pour les élections au Brésil [ou aux Etats-Unis], la politique intérieure, etc.

A lire, une édifiante note de blogue de la Pasteure Caroline Bretones, nous expliquant ce qui se passe lorsque nous faisons taire notre âme et que nous faisons de la place à l’Esprit – notre esprit et le Saint Esprit – de sorte que notre prière soit guidée sur le modèle de celle faite par Jésus à un moment critique de sa vie : « Non pas ce que je veux mais ce que tu veux ». 

Il est enfin permis de s’étonner de voir à quel point les chrétiens d’aujourd’hui sont tributaires des évènements « du moment » pour tenter de dégager la perspective divine ou décrypter la prophétie biblique.

Un message donné à Paris en avril 2019 par Eliane Colard († juillet 2020), et publié le 08/11/22 sur le blogue « Le Sarment », contient des éléments importants pour la compréhension du prophétique.  Il y est question « des temps de la fin, de ce qu’ils annoncent, des signes qui les annoncent, puis dans un deuxième temps du positionnement de l’Église face à ces signes et à leurs avertissements. La fin des temps est évoquée dans la Bible non pas principalement pour parler catastrophes, mais pour parler avant tout d’un merveilleux évènement : le retour de Jésus-Christ qui viendra mettre un terme au temps présent et inaugurer un autre ». 

De là cet avertissement et cette exhortation de « rester sur la fréquence du Seigneur pour ne pas devenir des chrétiens-thermomètres bougeant avec la température extérieure du monde », à la merci du « prophétisme de circonstance », sous peine d’être « condamnés à avoir toujours un train de retard pour ce qui est de la perspective spirituelle. En Jérémie 10, Dieu dit ceci (français courant) : « Ne vous mettez pas à l’école des Païens » Il s’agissait là de ne pas interpréter les signes à leur manière car leurs repères sont illusoires. Mais Dieu avait aussi dit la même chose au travers d’Ésaïe (Chapitre 8/11) : « Le Seigneur me saisit et m’avertit de ne pas marcher dans la voie de ce peuple. Voici ce qu’il me déclara : n’appelez pas « conjuration » (complot, conspiration) tout ce que ce peuple appelle conjuration; ne craignez pas ce qu’il craint et ne soyez pas effrayés » (…) La suite du verset indique que si nous craignons ce que le monde craint, alors cela signifie que nous sommes sous le même règne, le même gouvernement. Or (…)le Seigneur nous demande de marcher à contre-courant du monde et non pas en nous conformant à ce qu’il dit et fait pour finir par craindre ce qu’il craint. 

Le risque est alors de se laisser entraîner par le diable dans son cortège médiatique, lequel souhaiter capter toute notre attention(cf Eph.2v1-5), alors que nous devrions sans cesse rappeler ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal. En effet, Christ « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15).  C’est ainsi que nous sommes exhortés à différer nos attentes de spectacles qui ne sont que distractions et diversions, et à cesser de servir de caisse de résonance à tous les tapages médiatiques, pour mieux nous exercer à regarder dans la bonne direction.  A la suite de Notre Seigneur Jésus-Christ, plutôt que d’être à la suite de ceux qui veulent nous imposer leur agenda, nous serons alors en mesure de porter une authentique voix prophétique pour le monde.

De là une meilleure compréhension de la nature du combat qui est le nôtre et quant à l’identité « de l’adversaire à vaincre », lequel « n’est jamais pour un camp humain contre un autre camp humain », « une religion contre une autre », ou « un parti politique contre un autre ».

Bible : poème

Texte de la Bible par Petr Kratochvil

BIBLE 

Bibliothèque aux diverses saveurs 

Infinitude des mots de nos poèmes 

Bienveillance et Beauté piliers du Bonheur 

L’envol de tous nos «je t’aime» 

Enseignements pour le coeur … 

Bibelots des ancestrales cités 

Interdits aux accents de protection 

Bar Timée l’aveugle au regard retrouvé 

Loi sur la main, loi sur le front 

Engagements pour la paix … 

Bateau sur les eaux du Jourdain  

Incroyable lumière venant du Ciel 

Ballade à la crèche pour un bout de pain 

Logis de bois pour un roi perpétuel 

Eternelle flamme pour demain … 

Par mon ami et frère Louis-Michel, que je remercie chaleureusement, ce poème spécialement écrit pour la journée internationale de la Bible, le 24.11.2022

« Read it (again) » : « Aller simple », d’Erri de Luca

Un recueil de poèmes d’Erri de Luca, pour ne pas oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple »

« La petite phrase », prononcée dans l’hémicycle le 03 novembre 2022 par le député RN (ex FN) Grégoire de Fournas, et (quasi) unanimement condamnée, pourrait presque nous faire oublier le fond du problème abordé ce jour-là par le député La France insoumise (LFI) Carlos Martens Bilongo. Celui-ci, en effet, interrogeait le gouvernement sur une requête de l’ONG SOS Méditerranée, qui demande l’aide de Paris afin de trouver un port d’accueil pour 234 migrants secourus en mer. C’est alors que le député Grégoire de Fournas a interrompu son collègue en criant “qu’il(s) retourne (ent) en Afrique !”. Le compte-rendu de la séance publié sur le site de l’Assemblée nationale transcrit le commentaire au singulier, “qu’il retourne en Afrique !”(1). Ce coup d’éclat a provoqué un tollé et la colère des députés a été amplifiée par le fait qu’on ne savait pas clairement si la phrase ciblait M. Bilongo lui-même, les migrants évoqués dans son intervention, ou le navire qui les a recueillis. 

Croyant bien faire pour défendre le député issu de son parti, Marine Le Pen a rapidement publié sur Twitter un message affirmant qu’il parlait “évidemment” (sic) des migrants transportés en bateaux par les ONG, espérant balayer une polémique qu’elle qualifie de “grossière”, et croyant savoir qu’elle “ne trompera pas les Français”.

Un événement tristement médiatisé, qui nous ferait oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ». 

« Aller simple » (Solo andata ), c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes d’Erri de Luca, sorti en avril 2005 chez Feltrinelli et ayant fait l’objet d’une édition bilingue chez Gallimard(du monde entier) en 2012 (également en poche), qui garde toute son actualité. Nous le disions déjà sur ce  blogue en 2013. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui et ce sera toujours vrai demain. 

« Aller Simple, des lignes qui vont trop souvent à la ligne , marquées par le point final, le point fatal quelque part entre les deux rives méditerranéennes, cette grande bleue qui sépare le Sud, sa misère, ses tragédies, d’un Nord porteur de rêve, d’opulence et de liberté ».

Des chants homériques modernes à plusieurs voix :   

– celles des « invisibles » anonymes réduits à des statistiques ou à une idée-force(ou un prétexte) d’un programme politique. 

– celles des errants et des perpétuels voyageurs en quête d’un doux rivage. Des chants homériques modernes à plusieurs voix, qui narrent et donnent à entendre(si on veut bien s’éloigner de tous les bruits médiatiques et démagogiques) leur odyssée infernale, à pied, de l’Afrique(« hauts plateaux incendiés par les guerres et non par le soleil ») vers l’Europe, à travers les déserts et les rivages de la Libye, puis sur des embarcations précaires vers l’île de Lampedusa, au sud de la Sicile. Des chants tragiques et funèbres, qui font entendre la voix de ceux partis pour un « aller simple » et marqués par l’errance, le déracinement, le désespoir (et l’espoir), l’exploitation, les menaces et la mort(au bout du chemin). 

Le même jour de la parution du recueil en italien, en 2005, les ministres européens de l’Intérieur traitaient à Luxembourg de la coopération en matière migratoire avec la Libye. Ils ont parlé de patrouilles maritimes communes, de vedettes rapides, de sauvetage en mer, de formation policière, de documents falsifiés, de droit d’asile et de rapatriement. Ils se sont divisés sur le respect des droits de l’homme en regard des politiques de rapatriement. Leurs conclusions sont publiques.  

A l’approche de noël, c’est aussi l’occasion de se rappeler que Jésus, à sa naissance, a été le plus jeune réfugié du monde. Et qu’à l’occasion de sa naissance, lire « Joyeux Noël : simple formule ou message d’espérance », un ouvrage collectif édité par Bibli’O, nous fait prendre conscience que « c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles.» Parcourir ces pages, « c’est faire une expérience bouleversante au contact des récits bibliques de Noël », au-delà d’une simple formule….ou d’une « petite phrase » prononcée dans l’hémicycle.

Notes :

(1) Extrait du compte rendu de séance de l’Assemblée Nationale [voir tout en bas de la page] : 

M. Carlos Martens Bilongo. 

Depuis onze jours, les 234 rescapés secourus par l’ Ocean Viking sont bloqués sur le pont du bateau. Depuis onze jours, ils attendent de pouvoir débarquer dans un port sûr. À ces rescapés s’ajoutent les 79 personnes secourues à bord du Humanity 1 de l’ONG allemande SOS Humanity, ainsi que les 572 personnes secourues à bord du Geo Barents de l’ONG Médecins sans frontières, soit un total de 952 personnes rescapées. 

M. Grégoire de Fournas. Ce sont des passeurs ! 

M. Carlos Martens Bilongo. 

J’aimerais dire à la collègue du Rassemblement national qui, du haut du perchoir de l’Assemblée nationale, croit pouvoir organiser les opérations de sauvetage en Méditerranée, avec la plus grande désinvolture et sans autre mérite que d’être née dans un pays en paix : ne vous en déplaise, leurs vies comptent ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également.) L’ Ocean Viking a adressé aujourd’hui sa septième demande d’assistance aux autorités maritimes italiennes. L’île de Malte, tout aussi proche, n’a tout simplement pas répondu aux trois demandes qui lui ont été adressées. Le blocage de ces personnes est une violation grave du droit de la mer. L’évaluation du statut et de la nationalité des personnes secourues ne doit pas retarder le débarquement des survivants. (Mêmes mouvements.) Je ne peux que partager l’inquiétude de ces migrants, à l’heure où la nouvelle première ministre italienne s’est engagée à bloquer l’arrivée des immigrants en provenance d’Afrique. Quelle sera l’action du gouvernement français sur le sujet ? Quelle forme la coopération avec l’Italie prendra-t-elle ? Allez-vous vous saisir, avec les autres pays européens, de la question de la répartition des migrants ? Malte ne répond plus aux demandes de coordination de sauvetage. Les personnes secourues se trouvent dans une situation d’urgence absolue et les prévisions météo indiquent une détérioration significative du climat… 

M. Grégoire de Fournas.

Qu’il retourne en Afrique ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, ÉCOLO-NUPES et GDR-NUPES, puis sur les bancs des groupes RE, DEM, HOR et LIOT)

Voir aussi : https://www.courrierinternational.com/video/vu-de-l-etranger-en-france-les-infames-propos-racistes-d-un-depute-rn-sement-la-zizanie-a-l-assemblee et https://www.francetvinfo.fr/politique/parlement-francais/assemblee-nationale/qu-il-s-retourne-nt-en-afrique-que-s-est-il-vraiment-dit-lors-des-echanges-a-l-assemblee-impliquant-le-depute-rn-gregoire-de-fournas_5457319.html 

Rencontre avec Gilles Geiser, pasteur, auteur et « stand-upeur » engagé

Gilles Geiser, Pasteur, auteur, éducateur…et « stand-upeur » engagé, qui se lève et se tient debout « dans la grande assemblée pour annoncer la bonne nouvelle » (Source image : Gilles Geiser)

Souvenez-vous : le 15 septembre 2021, sortait chez BLF « un MOI pour AIMER l’essentiel » de Gilles Geiser, un parcours méditatif de 30 jours « pour trouver ta joie en Dieu » [à l’origine un outil conçu en 2019 pour dynamiser les groupes de maison] qui m’avait inspiré à l’époque un article.

Ce livre étonnant et unique, déstabilisant et souvent drôle, est à vivre chaque jour, seul, ou mieux, en couple, « à deux ou (même) trois » (ce qui est le minimum ecclésial » selon Jésus), comme un parcours ou une aventure autour de ce qui fait l’essentiel de notre existence. Mon épouse et moi l’avions vécu à deux, en lisant un chapitre par jour, suivi de temps d’échange et de prière, pour s’encourager mutuellement et concrètement à passer, comme nous y invite l’auteur, « du savoir à l’avoir », pour relever le défi d’« un MOI pour AIMER l’essentiel ». Un parcours quotidien bienvenu qui nous invite donc à nous focaliser sur l’essentiel de Dieu, enseigné par le Seigneur Jésus-Christ dans les Evangiles : aimer « le Seigneur ton Dieu » et aimer « ton prochain, comme toi-même » (Matt.22v36-40).

Son auteur est Gilles Geiser, un nom qui sonne comme « geyser »… »geyser d’amour » (cf Rom.5v5) : Marié et père de trois adolescents, ce pasteur, auteur et éducateur, est aussi un « stand-upeur » engagé qui gagne à être mieux connu en France, comme il l’est actuellement en Suisse [il a reçu « un prix de la personnalité », décerné en 2021 par le mensuel Christianisme aujourd’hui].  A l’instar du psalmiste qui se lève et se tient debout « dans la grande assemblée » pour « (annoncer) la bonne nouvelle : le Seigneur délivre ! », Gilles ne se tait pas non plus, mais il dit que Dieu est « un vrai sauveur, ne cachant « ni la bonté ni la vérité de Dieu » (Ps.40v10-11).

Au bout d’un an et 30 jours, après des échanges par mail suite à la parution de mon article sur son livre, nous parvenons enfin à caler un rendez-vous par zoom, samedi matin 01/10, à l’heure du café (ou du thé). Nous nous sommes entretenus ensemble de l’impact et de « l’après-un MOI pour AIMER l’essentiel », et bien plus encore. 

Ce qui suit est la « substantifique moelle » d’un échange fraternel, d’autant plus apprécié et appréciable qu’il a contribué à nous focaliser sur l’essentiel : merci à Gilles Geiser, pour sa disponibilité et pour s’être prêté au jeu des questions-réponses !

Un bilan de « Un MOI pour AIMER » : un outil au service des églises (source image : Gilles Geiser)

« Un MOI pour AIMER l’essentiel : un an après »

« Il y a eu beaucoup de retombées positives et plusieurs personnes ont été touchées », me témoigne Gilles, en guise de bilan. « Mais le plus positif est que trois églises (Château-d’Oex, Yverdon, Nyon) ont vécu en communauté « un MOI pour AIMER l’essentiel » et l’ont bien apprécié ».

En guise de rappel, « Un MOI pour AIMER est un parcours en ligne qui se veut un outil au service des églises. L’idée est de vivre « un MOI pour AIMER » chaque année, en église ou en groupe de maison, avec un thème spécifique, pour renforcer la communauté.

Pour suivre le parcours vécu en église, c’est chaque jour sur http://www.1mpa.ch, avec une méditation, un témoignage et un sondage. (celui de 2022 est actuellement disponible en ligne) 

Initialement, il y a eu « Un MOI pour AIMER l’essentiel » en 2019 [publié sous forme de livre en 2021], puis « Un MOI pour AIMER Dieu » en 2020, « Un MOI pour AIMER l’Eglise » en 2021, et « Un MOI pour AIMER la Bible » en 2022. Est prévu, pour 2023, « un MOI pour AIMER Jésus ». « L’idée de base, c’était un MOI pour AIMER Pâques, mais on le fera peut-être l’année prochaine », m’explique Gilles, qui aimerait bien faire un jour « un MOI pour AIMER Noël » et rêve d’une application « un MOI pour AIMER ». En attendant « un MOI pour AIMER » à vivre en famille ?

« Un MOI pour AIMER Dieu » 

Ce parcours, considéré comme « un cadeau de Dieu » par Gilles et initialement écrit pendant « l’année covid », sous forme de slam, a été vécu dans son église de Chable-Croix à Aigle, dans le Chablais vaudois.

« Le principe consiste à découvrir une qualité de Dieu chaque jour », car « ce que je sais de Dieu [ce qu’il est avant ce qu’il fait] me conduit à l’adoration et me transforme ». A l’inverse, souligne Gilles, « si j’ai du mal à adorer un Dieu jaloux, c’est que j’ai mal compris cette qualité ».

Un parcours au curieux titre, avec un jeu de mot « MOI/MOIS » 

« Ce n’est pas « un MOI à AIMER », mais « un MOI pour AIMER », précise Gilles, qui reconnaît bien aimer les jeux de mots. « Nous sommes avant tout créés pour aimer et non pas d’abord pour être aimés ».

« Tu aimeras » : un commandement ou une promesse ? »

« A la fois un commandement et une promesse, quand on se tourne vers Dieu » , dit Gilles, citant Saint Augustin : « Dieu donne ce qu’il ordonne ». « Nous pouvons ne pas commettre l’adultère ou ne pas voler, mais il nous est impossible d’aimer. Cette Parole du décalogue « tu aimeras » est une injonction qui souligne ma propre incapacité à aimer et mon besoin d’un amour venant d’ailleurs et ne se trouvant qu’en Dieu ». En clair, « pas d’amour pour Dieu sans lui ».

Une citation « culotée » de Jonathan Edwards, qui se trouve dans « un MOI pour AIMER l’essentiel », p 127 : « Si nous aimons notre famille par-dessus tout, nous finirons par choisir le bien de notre famille au détriment du bien d’autres familles.  Si nous aimons notre pays par-dessus tout, nous choisirons les intérêts de notre pays et nous ignorerons ceux des autres pays.  Si nous aimons notre intérêt personnel par-dessus tout, nous choisirons de nous servir nous-même au détriment des besoins des autres.  C’est seulement si nous aimons Dieu lui-même par-dessus-tout que nous pourrons aimer et servir tout le monde, toutes les familles, toutes les catégories, tous les peuples » (Jonathan Edwards, cité par Gilles Geiser, « un MOI pour AIMER l’essentiel », p 127). Un antidote aux tentations du tribalisme et du nationalisme et autres replis identitaires ?

« Cette hiérarchie des loyautés est tellement vraie », dit Gilles. L’idée, même enrobée de « couleur évangélique », qui consiste à mettre mon église avant toute chose, conduit au final à l’exclusion des autres. Et en cas de division, nous pouvons même ne pas souhaiter que celui avec qui l’on s’est divisé réussisse ou craindre que l’autre réussie mieux que nous !

Face à l’idée véhiculée que, pour affronter ce monde, il conviendrait de « se blinder », de « s’endurcir », 1 Thes.5v8 exhorte « ceux qui appartiennent au jour » à prendre « la foi et l’amour comme cuirasse… ». L’amour : non une faiblesse, mais une protection !

Gilles reconnaît ne pas avoir ce verset en tête, mais que celui-ci donne à réfléchir. En guise de moteurs, nous agissons soit par peur, soit par amour. Si en tant que communauté, nous nous protégeons, nous agissons par peur (d’être persécuté, « souillé » par l’autre…). Mais le moteur du chrétien devrait être l’amour, lequel « bannit la peur ». L’amour est plus forte que la peur. « La cuirasse de foi et d’amour », dont il est question en 1 Thes.5v8, nous protège, en ce que cette cuirasse (ou ce vêtement) n’est pas faite « avec des peaux de peur ». 

Gilles Geiser, « slameur » et « stand’upeur engagé » 

Les spectacles sont écrits pour des personnes qui trouvent « belles » les valeurs chrétiennes, mais sans pour autant avoir compris le coeur de la foi. D’une durée d’1h20, ils nous entraînent du rire au sens, en passant par les émotions, avec des sketchs, des slams, et la marionnette « Colette ». Gilles aborde ce qui l’irrite, tels les emballages garantis « ouvertures faciles », mais qui nous donnent en réalité du fil à retordre….lesquels nous renvoient à notre prétendue « ouverture (facile) d’esprit », alors que notre coeur n’est en réalité pas si facilement « ouvert » que cela ! Il invite à le suivre dans un parcours autour du handicap : celui de sa petite sœur Anne à laquelle il rend un hommage touchant et magnifique, celui que génère la peur, et celui de l’amour.

« Un MOI pour AIMER l’essentiel, est-ce une répétition des stand-up ? 

« Pas impossible ! », me répond Gilles après un moment de réflexion. « Les questionnements en fin de chapitres du livre correspondent à ce que la marionnette pourrait dire…. »

En savoir plus :

Le site perso de Gilles Geiser, le parcours « un MOI pour AIMER », et l’Église Évangélique de Châble-Croix | Aigle

« Un MOI pour AIMER l’essentiel », de Gilles Geiser. BLF éditions, 2021. Disponible dans toutes les bonnes librairies, ici ou , et chez l’éditeur.

Recension de l’ouvrage à (re)lire sur Pep’s café! le blogue

Petit Robot Vert, de Miguel Lalor ou la puissance de l’amour

Ma première expérience « de lecture » de Petit Robot Vert, un album de Miguel Lalor, magnifiquement illustré avec les aquarelles de l’auteur, a eu lieu samedi 15/10, soit le lendemain de sa sortie éditoriale chez Scriptura, lors d’un après-midi festif au temple du Marais, à Paris.

Le choix d’un temple protestant de style baroque, et classé monument historique, peut paraître surprenant pour un tel événement de lancement en présence de l’auteur, avec goûter/débats/expo d’aquarelles originales et dédicaces.

Il se comprend très bien, comme nous l’explique la Pasteure Caroline Bretones en introduction, si l’on sait que Petit Robot Vert est né au temple du Marais, lors du premier confinement en 2020. Son auteur, Miguel Lalor, dessinateur de BD en France, après des études de Beaux-Arts au Brésil et en Espagne, a été également gardien de ce Temple, pendant plusieurs années, habitant sur place. 

En mars 2020, confiné comme tout un chacun, Miguel « ne fait plus rien d’autre »…que de jouer avec ses enfants, et découvre la valeur du lien et de la présence. Il ne manque heureusement ni de temps, ni d’espace…..ni d’aquarelle : de là cette histoire de Petit Robot Vert, imaginée « pour tous les enfants du monde », et pour ceux dont Jésus a dit que « le Royaume des Cieux est pour ceux qui leur ressemblent » (Marc 10v14).

Introduit par la Pasteure, et tandis que sont projetées les aquarelles de l’album, Miguel Lalor, confortablement assis dans un fauteuil, nous conte l’histoire de ce Petit Robot Vert qui se voit soumis à toute une batterie de tests pour définir son utilité, dès sa sortie d’usine : Sera-t-il fort, rapide, doué en calcul ?….Mais aucun de ces tests ne permet de déterminer à quoi il pourrait bien servir, et encore moins de mesurer ce qu’il sera vraiment… Désespéré, Petit Robot Vert décide de partir seul au « bout de la terre ». C’est là, dans un endroit mystérieux, qu’il rencontre une étrange statue. Ou peut-être s’agit-il d’un être humain ? Cette rencontre l’amènera à s’interroger sur lui-même.  Et s’il valait bien mieux que ce qu’il pensait ? 

Durant ce temps de lecture publique, rien ne manque pour l’ambiance : ni la bande sonore naturelle de l’auteur (qui imite fort bien le cri des mouettes !), ni l’émotion !

Suit un temps d’atelier créatif, avec fabrication de son propre robot, et de goûter-débat pour les enfants sur le thème : « être le plus fort ou avoir de la valeur ? »

Les adultes présents ne sont pas oubliés, puisqu’ils bénéficient de leur propre temps de débat (« entre la performance et le coeur : qu’est-ce qu’on valorise le plus chez nos enfants ? »), animé par la Pasteure, avec la participation de Miguel Lalor et de Nathanaël Coester, enseignant spécialisé dans deux établissements médico-éducatifs accueillant des enfants polyhandicapés.

Ce temps d’échange, passionnant, nous invite à prendre conscience de la souffrance de Petit Robot Vert, qui est aussi celle des enfants – sans cesse sous la pression de l’évaluation et se trouvant en échec – mais aussi celle de nous tous, dans une société où la valeur de l’humain dépend souvent de ses performances et de son efficacité à produire…de la valeur.

De ces échanges émerge une réflexion collective autour des enjeux de l’éducation, de la différence et du handicap. Et alors que la société ne semble pas prête « à revoir sa copie » sur ce plan, une piste se discerne au cours du débat, susceptible de rendre l’école plus inclusive : le fait que la curiosité (la qualité de Petit Robot Vert) est cette chose qui ne s’évalue pas ! A l’instar du héros de cet album, il s’agira alors de ne pas chercher à « prendre une place », mais d’inventer la sienne.

De ces temps de lecture et de débat, je retiens au moins deux moments bouleversants, qui n’en font en réalité qu’un, et qui ont résonné pour moi comme une claque : l’instant critique où Petit Robot Vert casse l’unique ampoule susceptible de relancer un phare et découvre ce qui est le plus important, à savoir l’amour d’un père qu’il a appris à connaître vraiment ; et le moment où Miguel nous explique « le pourquoi » de cette histoire, par ailleurs « inspirée par les aventures de Raphaël Lalor », son deuxième enfant qui souffre « de tous les DYS » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie…). Elevé lui-même dans « le culte de la performance », Miguel avait en effet appliqué un projet éducatif de ce type sur son premier enfant. Sauf que pour Raphaël, un tel projet était inapplicable. Ce qui a conduit Miguel à revoir sa vision de la valeur, de là un message fort pour son enfant, lui transmettant que sa valeur se trouve dans le fait d’être aimé et d’aimer en retour (Esaïe 43v4).

Ce retour « du cœur d’un père » vers son fils (d’après Malachie 3v24) nous rappelle donc le véritable sens de la valeur enseigné par Dieu, que Jésus nous révèle comme le Père – un Dieu relationnel (Jean 1v18Jean 17v3 et 1 Jean 5v20). Ce Père nous dit que nous sommes ses enfants et qu’il nous aime sans conditions. Être filles et fils du Dieu d’amour, voilà notre véritable valeur et ce qui fonde notre identité. Cet amour qui vient de Dieu suscite la confiance en soi et nous permet de « briller en ce monde » d’une lumière qui est bonne et ne peut rester cachée (Matt.5v14-16 et cf Ephésiens 5v9). C’est ainsi que la puissance de cet amour répandu dans notre coeur (Romains 5v5) permet aussi de se révéler à soi-même.

En bref : « Petit Robot Vert », de Miguel Lalor. Editions Scriptura, 2022.

Disponible depuis le 14/10/22 dans toutes les bonnes librairies ou chez l’éditeur.

L’auteur par lui-même :

Soukkot : l’occasion de « la congaudia »

« Soukkot » : une fête du souvenir…de la précarité de la vie et où l’on ne se réjouit pas seul (Source image : public domain pictures)

« Quant à la fête des Tentes, tu la célébreras pendant sept jours lorsque tu auras rentré tout ce qui vient de ton aire et de ton pressoir. Tu seras dans la joie de ta fête avec ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, le lévite, l’émigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans tes villes. Sept jours durant, tu feras un pèlerinage pour le SEIGNEUR ton Dieu au lieu que le SEIGNEUR aura choisi, car le SEIGNEUR ton Dieu t’aura béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions ; et tu ne seras que joie ». (Deut.16v13-15)

Comme déjà signalé il y a quelques jours, nos amis juifs fêtent actuellement « Soukkot », la fête des tabernacles (ou des tentes). Cette fête biblique d’automne est une occasion de « n’être que joie ».

Au départ agricole, la fête est devenue une occasion de faire mémoire de la période du désert, lorsque les hébreux vivaient dans des cabanes. En effet, l’israélite, enrichi par d’abondantes récoltes, pourrait oublier ses origines, comme il en est averti en Deutéronome 6v10-16 et en Deutéronome 8v11-20. En vivant dans des cabanes, il se souvient de la précarité de toute chose.

L’israélite « ne sera que joie » : tel est le commandement de Dieu (estimé par certains comme étant le plus difficile !) pour cette fête. Mais il ne doit pas se réjouir seul : il prendra soin d’y associer sa famille, ses serviteurs, les religieux, sans oublier les précaires, « l’immigré, l’orphelin et la veuve qui sont dans (ses) villes »(v14). Ces derniers doivent partager sa joie et se souvenir, eux aussi, de la précarité de la vie. Le mot « compassion » signifie « souffrir avec », « partager la souffrance de son prochain », mais quel est le mot pour « partager la joie de son prochain » ? Il faudrait inventer le mot « congaudia » (« se réjouir avec »). Car on ne peut faire la fête en sachant son voisin dans le besoin.

Pourquoi se réjouir ? Parce que « le Seigneur t’aura béni dans tous les produits de ton sol et dans toutes tes actions » (v15). Quand on est béni, il est important de le voir et de le célébrer. La fête devient une confession de foi selon la parole de Paul : « Qui te distingue en effet ? Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi en tirer fierté comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor.4v7)

Célébrer, enfin, est l’occasion de la reconnaissance, un mot qui évoque l’identification (je reconnais un bienfait, une faveur imméritée) et la gratitude (je rends grâce). Dans la célébration, on se souvient des bénédictions du Seigneur et on le glorifie !

(D’après Antoine Nouis. La Bible : commentaire intégral verset par verset/1. Le Pentateuque. Olivétan/Salvator, 2021, pp 684-685)

Le Premier livre des Psaumes : texte hébreu et texte grec

C’est un bien curieux recueil de prières à Dieu que les Psaumes, cette partie de la Bible, qui semblent dire tout et son contraire, soit à la fois l’absence et « le silence » de Dieu, la détresse et la misère de l’homme, le sentiment d’être abandonné et entourés d’ennemis ; mais aussi la louange, la victoire, la grande affirmation du pardon et de la bienveillance de Dieu.

De même, c’est là un bien curieux objet que ce « premier livre des Psaumes », édité par Bibli’O et reçu gracieusement en « service presse » cet été,  de la part de Laurène de La Chapelle, chargée de communication auprès de l’Alliance Biblique Française, que je remercie chaleureusement, avant sa parution prévue le 23 septembre 2022.

Certes, les ouvrages de qualité sur les Psaumes ne manquent pas. Mais celui-ci est une excellente surprise !

Original à plus d’un titre, il nous propose une traduction comparée des versions en hébreu, mais aussi…en grec de la Septante, du premier livre des Psaumes (1–40), assortie de commentaires à la fois linguistique et spirituel, nous invitant à « avancer en eaux profondes ». En fin d’ouvrage, un lexique inédit avec plus de 110 pages d’aide à la lecture du texte grec.

L’auteure est Soeur Marie-Vincent, membre de la communauté catholique des Oblates de l’Eucharistie. Un ordre féminin contemplatif de droit diocésain. Elle vit en solitude depuis de nombreuses années. D’abord autodidacte dans l’étude du grec et de l’hébreu bibliques, elle a ensuite suivi une formation par correspondance avec la faculté de théologie de Toulouse.

L’ouvrage s’organise ainsi :

Pour chaque page occupée par les textes et les traductions, le lecteur peut lire, verset par verset, à gauche le texte hébreu massorétique, et à droite le texte grec de la Septante. L’un et l’autre sont suivis d’une traduction dont la typographie permet de visualiser rapidement les correspondances et les différences.

Suit un commentaire livre, au fil du texte, avec l’objectif d’éviter de redire ce que nous lisons dans les notes de nos Bibles.

Soeur Marie-Vincent précise que si elle n’a pas voulu « christianiser les Psaumes », des références sont toutefois données dans ce commentaire, signifiantes pour un mot ou une forme verbale qu’un lecteur chrétien saura apprécier.

Ce parti pris d’une traduction comparée pourra sans doute surprendre ou dérouter, mais l’auteure le justifie ainsi, dans l’avant-propos de l’ouvrage : « savoir que la traduction grecque de la Bible est le reflet de textes antérieurs au texte [hébreu] massorétique donne envie de s’y intéresser, de comparer et donc, de traduire ». Et la traduction dite de « la Septante rappelle au chrétien qui lit les Psaumes que ce texte a influencé les lectures postérieures de la Bible : celle d’écrivains juifs, des auteurs du Nouveau Testament et aussi des Pères de l’Eglise. Elle lui rappelle également que, de nos jours, des églises d’Orient lisent et prient la Parole de Dieu dans la Septante » (Le Premier livre des Psaumes. Avant propos, p 7).

Ce travail [réalisé dans le cadre d’une vie de solitude, il n’était initialement pas destiné à être publié] peut aussi sembler s’adresser à des initiés ou à des étudiants, en tant qu’outil d’étude idéal pour se préparer à une rentrée universitaire – ce qu’il peut être.

Cependant, souligne encore l’auteure dans son avant-propos, « tout être humain peut se reconnaître dans les Psaumes, avec les joies, les questions, les souffrances et les violences qui l’habitent, devant quelqu’un qui écoute, répond ou garde le silence, Dieu. Parce que les Psaumes permettent aux hommes et aux femmes de toute génération d’espérer, ce livre ne peut qu’être ouvert à tous ». Ce qui est la prière d’Israël est devenu la prière des chrétiens, demandant « d’y appliquer son intelligence et son cœur ; c’est le prix à payer pour en savourer tous les fruits » (op. cit., pp 7-8)

Un frère en Christ qui dit aimer la poésie, au point de la lire et de l’écrire, me partage « ne jamais sortir indemne », lorsqu’il se plonge dans les Psaumes : il a en effet l’impression que « la main de Dieu prend la (sienne) et (le) tire vers des lieux élevés ». Il y découvre « un Dieu du cœur » et apprend sans cesse à s’exprimer librement devant Lui. « Le livre des Psaumes me ramène sans cesse au Dieu Tri-Un Père, Fils, et Saint-Esprit. C’est mon livre de prière. C’est aussi mon plus agréable loisir ».

Qu’un tel plaisir soit partagé est ce que l’on peut souhaite de mieux à tout lecteur ! Puisse également cet ouvrage être utile au plus grand nombre, suscitant le désir et la joie d’approfondir la lecture des Psaumes dans les deux langues bibliques ! Une « invitation au voyage » assortie d’une promesse :

Comme le souligne Sœur Marie-Vincent dans son commentaire du psaume 25 [qui reste mon préféré], « méditer [celui-ci] en suivant le psalmiste, et nous aurons envie d’entrer dans le chemin de l’Alliance ; et nous serons étonnés de nous sentir corps et âme en repos devant Dieu plein d’amour et de vérité » (op. cit., p 186).

Et « l’homme qui craint Dieu, en se tenant dans le chemin de l’Alliance, qui est chemin d’amour et de vérité, connaît une intimité particulière ; il est dans le secret de Dieu » (op. cit., p 184).

En bref :

Le Premier livre des Psaumes : texte hébreu et texte grec – Traductions et commentaires, de Sœur Marie-Vincent. Editions Bibli’O, septembre 2022. Disponible chez l’éditeur et/ou dans toutes les bonnes librairies.