Le Combat de la jeunesse

L’art de bien « mener le bon combat » : un défi pour les jeunes….et les moins jeunes !

Curieuse coïncidence (un « hasard avec un grand D » ? ). Hier, mercredi, je publie ma recension du livre de Joseph Gotte, « vivre sa jeunesse autrement : 20 défis pour ma génération », et le lendemain, jeudi, je tombe sur le texte du jour d’un recueil de méditations quotidiennes :

Le Combat de la jeunesse, par Adèle Pélaz (1850-1940)

« La loi de l’Esprit de vie, qui est en Jésus-Christ, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort ». (Romains 8v2)

Le jeune homme, résolu à triompher de sa mauvaise nature, se forge parfois un idéal et, pour l’atteindre, essaie d’adopter certaines méthodes :

–           Il fait appel à son énergie,

–           Il s’impose des règles strictes,

–           Il répète des formules, des prières,

–          Il cherche à stimuler sa volonté,

–           Il décide des résolutions plus austères les unes que les autres,

–           Il se soumet à des pratiques très physiques,

–           Il s’applique à posséder une bonne morale,

–           Et met en œuvre ses méthodes jour après jour…

Mais voici, il a beau frapper, tirer, mordre, piétiner son mauvais caractère, il en voit les tendances émousser tous les marteaux ! Alors, vient le temps du découragement, et même du désespoir ! Mais c’est une illusion que de vouloir compter sur toutes ses méthodes, ses efforts personnels si déterminé soit-il !

Ce qu’il faut, c’est : L’INSTAURATION EN SOI D’UNE FORCE DU DEHORS, et c’est celle du Saint-Esprit. La loi de l’Esprit nous affranchis en Jésus-Christ, ne limitons donc pas son action ! Un homme de Dieu disait : « Fixer une limite à la puissance du Saint-Esprit, pour notre guérison, est insensé ! » Nous ne parviendrons jamais à la victoire sur nous-mêmes avec nos méthodes. C’est en laissant Dieu agir dans nos cœurs que la victoire sera acquise, car cette victoire, Christ l’a obtenue pour nous à Golgotha !

Le Combat de la jeunesse ».(14/11) d’Adèle Pélaz IN FILLATRE, Louis-Michel. Une année de grâce. Edition Diffusion du Cèdre, 2016, p. 360. Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

« Vivre sa jeunesse autrement : 20 défis pour ma génération », de Joseph Gotte

Un livre écrit tout en vérité, sensibilité, lucidité et humilité, dans un souci de justesse

« Vivre sa jeunesse autrement : 20 défis pour ma génération » est le premier livre de Joseph Gotte, paru le 10 octobre 2019 aux éditions Première Partie.

L’auteur, que j’ai eu l’occasion et la joie de rencontrer à plusieurs reprises, est un jeune chrétien de 22 ans, graphiste de formation et étudiant en entrepreneuriat. Il a également créé en 2016 le blog « Vivre sa jeunesse autrement », au travers duquel il exhorte les jeunes de son âge à vivre leurs « jeunes » années sainement.

Le titre éponyme de son livre sonne comme un défi. Tout d’abord, un défi d’écriture pour celui qui nous partage, lors de la soirée de lancement de l’ouvrage (le 11/10, à la librairie CLC de Paris), que « l’écriture n’a jamais été intuitive » ou même « innée », ni même « une perspective » pour lui. Jusqu’à ce que « Dieu le surprenne », en venant « faire tomber petit à petit (toutes) les étiquettes faussées » collées « sur (sa) vie ».

En 2016, il vit une profonde remise en question qui le pousse à s’interroger sur le sens de la vie. Joseph se met alors en quête de vérité et commence à lire de nombreux livres, ce qui était alors inédit pour lui. A travers ses lectures, il trouve peu à peu des réponses et prend goût à l’écriture.

Dans la continuité de son blog qui fête ses trois ans, il « développe ce nouveau rêve » : celui « de compiler ses réflexions et expériences pour d’autres » et de « publier les grâces de l’Eternel », à la manière du prophète Esaïe, dans un « vrai livre en papier ».

Paradoxalement, le « digital native » qu’est Joseph prend sa génération à contre temps, en l’invitant, à l’heure de la surinformation et de l’omniprésence de la vidéo, à « se déconnecter des flux d’informations et des notifications… », pour prendre le temps de saisir un « vrai livre », soit de « prendre le temps de perdre le temps », pour mieux se retrouver face à soi-même et face à Dieu.

Au-delà du livre, « qui, désormais, ne lui appartient plus », son désir est de voir le lecteur de sa génération prendre conscience de son identité et du sens de sa vie, pour oser faire la différence dans ce monde. Chacun est alors invité à faire un pas dans une quête personnelle de vérité, même si la foi n’est pas une réalité pour tous.

Citant Elisabeth Eliot – « la peur débute lorsque nous commençons à croire que toutes choses dépendent de nous », lui-même témoigne à quel point il est libérateur – libérateur de la peur et de l’échec – de se confier en Quelqu’un de plus grand que soi, Tout Puissant et plein d’amour. Etre (r)assuré du regard de Dieu nous libère ainsi de la peur du regard des autres.

L’autre défi, relevé par le jeune auteur, a consisté à se dévoiler et à s’exposer devant ses lecteurs, au risque de se rendre vulnérable. C’est ainsi que Joseph aborde le besoin de redevabilité (envers ses parents et ceux qu’il appelle « ses mentors »), la quête de sens, l’image de soi, l’orientation scolaire et professionnelle, les relations amoureuses, l’amitié, la vie spirituelle et la religion, la vocation et l’engagement sous toutes ses formes au service d’une cause et des autres (humanitaire, missionnaire ou politique)….sans oublier ses zones d’ombre, qui sont celles de nombreux adolescents, tels le harcèlement scolaire, sa lutte pour sortir de la pornographie, le piège de l’activisme et son addiction aux technologies.

« Vivre sa jeunesse autrement » a été pensé en 20 chapitres, comme l’indique son sous-titre. Chaque chapitre est introduit par une citation – autant de portes d’entrée à la culture populaire ou biblique – et habillé par une illustration symbolique, au parti pris graphique étonnant, en lien avec le contenu. Joseph débute à chaque fois par un vécu personnel, ce qui permet au lecteur de mieux s’identifier et de se sentir concerné par ce qu’il lit. Chaque témoignage introduit avec authenticité un enjeu et une thématique susceptible de toucher la jeune génération, laquelle est invitée à la réflexion et au défi, pour agir en toute conscience et cohérence.

Certes, il existe d’autres ouvrages s’adressant aux jeunes, les invitant à « vivre une vie pleine de défis » – tels « Génération Challenges » des frères Harris ou encore le récent « une vie de défis » de Benjamin E. et Nicolas B., de La Rebellution. Tous ces livres s’apparentent à la démarche du livre de Joseph, mais, comme me l’explique ce dernier, « Vivre sa jeunesse autrement » est unique 1)dans l’importance qu’il accorde au témoignage, 2)dans sa volonté de dresser des ponts avec la culture et les grands sujets de société (l’écologie, le consumérisme…), 3) dans son approche plus axée « évangélisation » qu’ « édification », à destination d’un public non encore chrétien ou même se croyant chrétien, et 4) pour sa vocation œcuménique, à destination des milieux catholiques (voire réformés) et pas exclusivement évangéliques.

Pour ma part, j’ai apprécié l’esprit du livre, écrit tout en vérité, sensibilité, lucidité et humilité, dans un souci de justesse.

Si l’ouvrage s’adresse d’abord aux jeunes lecteurs (de 16 à 22 ans environ), il peut être également apprécié par des lecteurs plus âgés comme une ressource susceptible de les rendre plus lucides, bienveillants et inspirés pour mieux dialoguer avec les jeunes.

A noter que les droits d’auteur sont intégralement reversés à l’ONG FREE, qui lutte contre le traffic sexuel en Roumanie et en Europe.

 

En bref :

Vivre sa jeunesse autrement : 20 défis pour ma génération, de Joseph Gotte. Editions Première Partie, 2019

Disponible dans toutes les bonnes librairies ou chez l’éditeur.

En bonus, l’histoire derrière le livre :

 

Voir aussi ce portrait dans La Croix : « Joseph Gotte, un fils de pasteurs certifié anticonformiste ».

« Aime, ma fille, aime ! » Résilience, amour et liberté

Un livre qui célèbre la résilience, l’amour et la beauté de la vie…

« Aime, ma fille, aime ! » est avant tout un cri. Le cri de celle qui ne peut plus taire la tragédie qu’elle a personnellement vécue sept ans auparavant au Cameroun.

En juillet 2012, son époux, Eric de Putter, un jeune théologien français, était assassiné au couteau à son domicile, sur le campus de l’Université protestante de Yaoundé, dans des circonstances mystérieuses, la veille de son retour pour la France. Un crime non élucidé à ce jour, les meurtriers et les commanditaires courant toujours. Homme bon et intègre, face au favoritisme et à la corruption ambiante (au sein même de l’Université !), Eric de Putter enseignait la théologie protestante. Marie-Alix, son épouse qu’il venait d’épouser, était enceinte de quatre mois de sa fille Rachel, quand il a expiré dans ses bras.

Sept ans plus tard, elle revient sur ce drame et sur la façon dont elle a pu rebondir, dans un récit et un témoignage autobiographique publié fin septembre 2019 aux éditions Ampelos.

« Aime, ma fille, aime ! » est aussi – et surtout – une « explosion de vie » – invitant sa fille Rachel, aujourd’hui âgée de sept ans, à emprunter « le chemin par excellence ». Face à la corruption, la bêtise et le racisme – lequel n’a pas de couleur – et en réponse au mystère et au scandale du mal, elle-même a choisi le mystère de l’amour et la beauté de la vie – « option courageuse et téméraire ».

Une leçon d’espérance pour toutes les filles et les femmes, notamment les mères seules « qui subliment le quotidien même dans l’adversité » (op. cit., p 196).

 

En bref : 

Aime, ma fille, aime ! Résilience, amour et liberté, de Marie-Alix de Putter. Ed. Ampelos, 2019

Un ouvrage que m’a offert gracieusement la librairie Jean Calvin de Paris « en service presse ». Qu’elle en soit remerciée !

Extrait : 

« Chère Rachel, tu auras bientôt sept ans. Cela fait longtemps que je voulais te raconter cette histoire et, je pense que le moment est venu. Je sais que tu aimes les histoires. Celle-ci est un peu spéciale. C’est celle d’une femme qui était censée être forte, imperméable aux malheurs. Cette histoire qui est la mienne, est aussi un peu la tienne et celle de tous ceux qui ont connu l’amputation de ce à quoi ils tenaient le plus. Et pourtant, à la fin, tu verras, elle parle aussi de détermination, de l’amour et de la beauté de la vie.

La mort est inéluctable. Les tragédies, elles, ne surviennent que dans la vie de quelques-uns. Ton papa a été tué à Yaoundé, au Cameroun, dans ce pays où j’ai passé mon enfance et mon adolescence, dans ce pays où j’ai vécu avec lui, où tu as été conçue, où nous avons famille et amis. Qui a fait ça ? Pourquoi ? Comment ça s’est passé ? Jusqu’à présent, je n’avais rien dit. Il fallait être forte et avancer. 

Vois-tu, être forte ne veut rien dire quand tout va bien. Les épreuves de vérité, ce sont les tourments. En lisant ces lignes écrites pour toi, tu comprendras d’où viennent ces principes que je te répète sans cesse, afin que tu les fasses tiens si tu les veux » (op. cit., pp1-2)

Interview de Marie-Alix de Putter sur Campus Protestant

« Mes Voies ne sont pas vos voies » : continueriez-vous à suivre Jésus si cela vous paraissait absurde ?

Un livre percutant et déstabilisant, propre à renverser nos manières de penser (et de voir) la persécution des disciples de Jésus-Christ partout dans le monde.

Une trouvaille salutaire que je dois à mon épouse, interpellée par le titre de l’ouvrage, lors d’une escale à la librairie Jean Calvin, à Paris. Ce livre, qui traite de la persécution des disciples de Jésus-Christ dans le monde sous un angle original, garde toute son actualité.

L’auteur, qui écrit sous le pseudonyme de « Nik Ripken », a choisi d’attendre 20 ans pour nous rapporter certains faits et témoignages, pour des raisons évidentes de sécurité.  Initialement parti avec les siens « pour aider » en Somalie dévastée par la guerre, il expérimente la réalité de la souffrance dans sa propre famille et affronte la destruction de tout ce qu’il se sentait appelé à faire, au point de se sentir parfois submergé par le mal. De quoi nous inciter à relativiser nos propres échecs !

Il traverse alors une profonde crise spirituelle et existentielle. Avec honnêteté et humilité, il nous témoigne sans fard de sa lenteur à croire et à comprendre les voies et les pensées de Dieu. A contre-courant du « story telling » triomphaliste et de toute vision romantique de la mission, Nik Ripken se pose – et nous pose – des questions troublantes :

Dieu promet-il vraiment la sécurité ? Les choses s’arrangent-elles toujours pour ceux qui lui obéissent ? Le Seigneur nous demande-t-il des sacrifices – de tout sacrifier ? Que se passe-t-il quand nos meilleures intentions et nos idées les plus créatives ne suffisent pas ? Dieu travaille-t-il dans les Zones les plus difficiles, les plus « ténébreuses » ? Nous demande-t-il de le rejoindre là-bas ? Comment peut-on dire que Dieu est bon au sein de telles ténèbres ? Comment peut-on dire que le Christ est victorieux alors que des amis proches meurent en martyrs ? Le Christ a-t-il vraiment toute autorité lorsque les circonstances disent le contraire ? Que veut dire Dieu quand il affirme que « ses voies ne sont pas nos voies ? » Permet-il à ceux qui l’aiment d’échouer ? Si tel est le cas, peut-il utiliser nos erreurs pour réaliser ses plans ? Pourquoi tant de chrétiens souffrent-ils sur la Terre ? Comment mettre fin à la persécution des chrétiens dans le monde ? Pourquoi, nous chrétiens occidentaux, ne sommes-nous pas persécutés ?

A la recherche de réponses à ces questions, les Ripken se rendent dans plus de 60 pays, à commencer par l’ex-URSS et la Chine, pour entendre l’histoire de plus de 700 hommes et femmes qui ont appris à être suffisamment forts et prêts pour marcher avec Jésus dans un environnement de persécution. Au bout du voyage, des réponses non moins troublantes, mais percutantes et déstabilisantes, propres à renverser nos manières de penser (et de voir) la persécution des disciples de Jésus-Christ partout dans le monde.

 

En bref : 

Mes voies ne sont pas vos voies : continueriez-vous à suivre Jésus, si cela vous paraissait absurde ? Nik Ripken. Ed. Portes Ouvertes/Excelsis, 2014. Disponible chez l’éditeur ou dans toute bonne librairie.

 

 

 

Prochaines lectures pour Pep’s café!

Voici un aperçu de mes prochaines lectures, suite à d’heureuses découvertes effectuées cet automne. Chaque titre – acquis ou reçu dans des circonstances particulières – présenté sommairement ci-dessous fera l’objet d’une prochaine recension.

Mes Voies ne sont pas vos voies : continueriez-vous à suivre Jésus si cela vous paraissait absurde ? de Nik Ripken. Ed. Portes Ouvertes/Excelsis, 2014.

Un livre percutant et déstabilisant (mais ce n’est pas un slogan), propre à renverser nos manières de penser (et de voir) la persécution des disciples de Jésus-Christ partout dans le monde. L’auteur, qui écrit sous pseudonyme, a choisi d’attendre 20 ans pour nous rapporter certains faits et témoignages, pour des raisons évidentes de sécurité.  Lui-même a connu la réalité de la souffrance dans sa propre famille et en situation de guerre, et a affronté la destruction de tout ce qu’il se sentait appelé à faire, au point de se sentir parfois submergé par le mal. Comment peut-on dire que Dieu est bon au sein de telles ténèbres ? Comment peut-on dire que le Christ est victorieux alors que des amis proches meurent en martyrs? Le Christ a-t-il vraiment toute autorité lorsque les circonstances disent le contraire ? (Lecture terminée. Recension à découvrir ici)

Aime, ma fille, aime ! de Marie-Alix de Putter. Ed. Ampelos, 2019

Un ouvrage que m’a offert gracieusement la librairie Jean Calvin de Paris (que je remercie) « en service presse ». En juillet 2012, un jeune théologien français, Eric de Putter, était assassiné au couteau à Yaoundé, au Cameroun, par de mystérieux visiteurs, la veille de son retour pour la France. Un crime non élucidé à ce jour, puisque sept ans plus tard, la justice française est contrainte de clore l’enquête, et l’assassin court toujours. Musicien accompli, poète à ses heures, épris de justice et de la femme qu’il venait d’épouser, Eric de Putter enseignait la théologie protestante. Marie-Alix, son épouse, était enceinte de quatre mois quand il a expiré dans ses bras. Sept ans plus tard, elle livre pour la première fois son témoignage sur la tragédie qu’elle a vécue, dans un récit qui célèbre aussi la résilience, l’amour et la beauté de la vie (Lecture terminée. Recension à découvrir ici)

Vivre sa jeunesse autrement : 20 défis pour ma génération, de Joseph Gotte. Ed. Première Partie, 2019

Le livre d’un jeune chrétien de la génération dite « Z », communicant et blogueur du blog éponyme, exhortant sa génération à vivre une jeunesse saine, engagée et affranchie des dérives de la société. Néanmoins, il se définit plus simplement comme « un jeune ordinaire passionné par un Dieu extraordinaire », refusant les étiquettes. J’ai eu la joie de le rencontrer récemment.  « Vivre sa jeunesse autrement » est construit autour de 20 thématiques auxquelles la jeunesse est confrontée, tels la quête de sens, les réseaux (a)sociaux, l’image de soi, l’orientation scolaire et professionnelle, les relations amoureuses, les dépendances ou encore la vie spirituelle et missionnaire. Chacun des enjeux abordés est introduit et nourri par 20 épisodes personnels, relatant expériences, questionnements, luttes, réussites ou « zones d’ombre » dans la vie de l’auteur. Autant de défis concrets lancés au lecteur, pour (ré)orienter sa vie, sans pour autant s’isoler du monde. (Lecture en cours)

Le Pasteur chrétien, de Richard Baxter. Ed. Impact, 2017

Un ouvrage que je cherchais à lire depuis longtemps ! « The Reformed Pastor » (selon le titre original – « le pasteur réformé », au sens de l’exhortation de Rom.12). L’auteur, un pasteur et théologien puritain du XVIIe siècle, souligne les responsabilités attachées aux fonctions du pastorat, tout en fournissant des conseils et des avertissements propres à alarmer et à réveiller ceux qui regardent le ministère chrétien comme une simple profession qui leur assure un rang honorable dans le monde, mais dont ils ne connaissent ni les glorieuses prérogatives ni la grave responsabilité. Pertinent et actuel.

 

 

Débat sur la fin de Marc 16 : les chrétiens ont-t-ils reçu l’autorité de guérir et faire des miracles « au nom de Jésus » ?

« Problématique » l’affirmation comme quoi les chrétiens ont reçu l’autorité de guérir « au nom de Jésus » ?

En Marc 16v17-20, le Seigneur Jésus énumère « les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en (son) nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. » 

1. Une affirmation « problématique »

Nous comprenons de ce passage que l’Église a reçu de Dieu l’autorité de guérir et de réaliser des miracles « au Nom de Jésus ». Mais le pasteur Florent Varak, s’exprimant sur les blogues Le Bon Combat – lors de l’émission « Que dit la Bible ? » le 26/10/17 (1) – et TPSG (2), ne croit pas que ce soit la bonne interprétation. Il estime même « problématique » l’affirmation comme quoi les chrétiens sont appelés à guérir et qu’ils ont reçu l’autorité de guérir « au nom de Jésus ».

De sensibilité « cessationiste » [certains dons ont été donnés à l’Église pour un temps et pour un objectif précis. Une fois cet objectif réalisé ou accompli, ces dons ont cessé], Il croit que Dieu guérit quand il le souhaite et comme il le souhaite, notamment en réponse à la prière, parfois avec l’onction d’huile mais que le mandat confié aux apôtres d’accomplir des miracles « en nom et place du Seigneur » est révolu.

D’après lui, les miracles mentionnés en Marc 16 se retrouvent dans le livre des Actes, où ils ne sont exercés que par deux catégories de personnes liées à l’apostolat [Les Apôtres et les diacres]. Il souligne que dans Marc 16, Jésus reproche aux apôtres leur incrédulité, de sorte que la clause « ceux qui auront cru » est très probablement à comprendre comme « ceux qui auront cru parmi les apôtres ».

Sauf que…..

Si l’on peut se sentir soi-même incrédule, à l’instar de l’internaute Francine (1) dont nous reprenons et synthétisons l’argumentaire, ce n’est paradoxalement pas sur ce que rapporte la fin de Marc, mais plutôt sur les propos de Florent Varak, lesquels s’avèrent « problématiques ». Et comme les apôtres en entendant les femmes qui leur rapportaient que le tombeau était vide au matin de la résurrection, nous pourrions même penser « qu’il plaisante ».

1) Ainsi, dire : Ceux qui ont cru parmi les apôtres, implique en bonne logique française, qu’il y en avait donc parmi les apôtres qui n’ont pas cru, et qui par conséquent n’avaient pas à faire des miracles. Si ce n’est pas ce que veut dire l’intervenant, il faut qu’il reformule autrement : parmi ceux qui auront cru, seuls les apôtres etc… mais ce n’est pas ce que dit le texte de Marc 16.

D’autre part, si l’on tient compte du contexte du passage, ce que ne fait pas Florent Varak, l’incrédulité reprochée aux apôtres v. 11, est celle qu’ils ont manifestée au récit des femmes. Jean lui-même n’a cru qu’au moment où il a vu le tombeau vide, il le déclare. Pierre s’en est retourné de sa course au tombeau tout perplexe, il n’a donc cru réellement qu’après. L’incrédulité du v. 13 se rapporte à celle qui suit le récit des pèlerins d’Emmaüs ; Thomas en particulier est incrédule. Plus tard il s’écrie devant le Seigneur ressuscité : Mon Seigneur et mon Dieu !

Par conséquent le contexte de Allez dans tout le monde, prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira, et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui n’aura pas cru, sera condamné ne peut se rapporter aux apôtres qui ont déjà surmonté leur incrédulité naturelle, et que le Seigneur envoie maintenant dans le monde. Du reste ne savons-nous pas que Pierre et Jean qui n’avaient pas cru auparavant, ont fait ensuite de grands miracles ?

2) Ensuite, il est faux de dire que du temps de Paul, seuls les apôtres et les diacres à qui ils avaient imposé les mains accomplissaient des miracles. Nous lisons dans 1 Corinthiens 12v7-10 : « Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits; à un autre, la diversité des langues; à un autre, l’interprétation des langues ».

Paul inclut dans la liste des dons celui de faire des miracles ; il serait d’une mauvaise foi éhontée, de répondre qu’il ne pensait alors qu’à lui-même et aux autres apôtres. Tout le contexte montre qu’il parle des églises en général, et de leurs membres en général. La question de savoir si ce don a ensuite cessé est sans rapport avec celle de savoir combien l’avaient au temps des apôtres !

3) Enfin, Florent Varak n’assume toujours pas la mesure [ou la cohérence] de sa position dite « cessationiste ». D’après lui, dans toute l’Histoire de l’Église, seuls une vingtaine de croyants ont reçu le don d’accomplir des miracles, de manière plus ou moins suivie (12 apôtres + 7 diacres). De nature généreuse, Florent Varak est probablement prêt à doubler ce nombre, sachant qu’il faut toujours laisser au Seigneur une certaine marge ; 40 témoins donc au premier siècle faisant des miracles, sur au plus une ou deux centaines de milliers.

A présent au 21ième siècle, c’est par centaines de millions que se comptent les chrétiens charismatiques. Supposons qu’il en existe 500 millions ; d’après leur théologie ils croient que le don des miracles est encore accordé par le Saint Esprit aujourd’hui. Mais c’est rare ils en conviennent : 1/10000 peut-être on ne sait pas… ce qui fait toujours 500 M/10000= 50 000 chrétiens ayant le don des miracles ! et s’ils en font 10 chacun, on arrive à 500 000 miracles contemporains. Qu’est cette pauvre quarantaine d’apôtres et de diacres du livre des Actes en comparaison ?

Si Monsieur Varak veut être cohérent au niveau de son cessationisme, il faut qu’il dise que ce n’est pas 1/10000 qui reçoivent le don, mais ZÉRO ; TOUS les charismatiques (seraient alors) dans l’erreur. Une grave erreur puisqu’ils se permettent d’attribuer au Saint Esprit ce qui ne vient pas de lui. En conséquence, le Pasteur Varak doit immédiatement avertir le CNEF de sa découverte, et prendre les mesures appropriées, en cas de non-réaction. Sinon cela reste du cessationisme d’opérette : Il est donc incohérent et bassement opportuniste pour les cessationistes de se regrouper avec les charismatiques sous l’étiquette générale d’ « Évangéliques de France ».

 

Nous sommes revêtus de l’autorité du Christ, avec le devoir de l’exercer pour mener le bon combat…

2. Ceci dit, pour revenir à la question de départ, les chrétiens ont-ils reçu l’autorité de guérir et de faire des miracles « au nom de Jésus » ?

Si l’on considère l’Eglise, à l’instar de Florent Varak dans son « conte de la circulation routière »(2), comme un automobiliste lambda qui ne saurait se prévaloir d’une quelconque autorité pour réguler la circulation, à l’inverse du policier en fonction « revêtu de son uniforme », l’on déniera alors à l’Église tout mandat pour guérir « au nom de Jésus-Christ », c’est-à-dire en son nom, en tant que son représentant, muni de son autorité. En concédant que le chrétien « garderait le privilège d’intercéder auprès du Père, grâce à la médiation accomplie de Jésus et de prier « au nom de Jésus », c’est-à-dire selon l’accès que Christ nous permet d’avoir au Père par la rédemption »(2).

Position peu cohérente là encore, puisque dans ce cas, la logique serait de dénier à l’Eglise toute capacité d’agir « au nom de Jésus » (lier et délier, baptiser et faire des disciples, demander quoique ce soit au nom de Jésus – même pour seulement intercéder….cf Matt.18v18-20, 28v18-20 et Jean 14v13-14, 15v16, 17v18….)

A l’inverse, souligne le pasteur Gilles Boucomont(3), si nous considérons que « baptisés en Christ, nous avons revêtu Christ » (Gal.3v27), nous comprenons alors que nous ne nous prenons pas pour Jésus, mais que nous sommes revêtus de l’autorité du Christ, avec le devoir de l’exercer pour continuer son œuvre. Dans ce cas, nous nous trouvons dans la position du policier en fonction revêtu de son uniforme.

A l’instar d’une secrétaire qui refuserait (avec pour sanction le licenciement pour faute professionnelle) d’écrire une lettre sur les instructions de son patron, alors que cette tache entre dans ses attributions les plus élémentaires, nous passons notre temps à dire à Dieu de faire des choses que Lui nous a demandé de faire dans les Ecritures…. tout en dépensant une énergie folle à vouloir faire ce que lui seul peut faire [nous sauver tout seul ou sauver, convaincre les autres] ! Et ce, alors qu’Il nous a donné toutes une série d’indications très précises quant à ce qui nous incombe, et inversement ce qui est de son registre(3).

Ainsi, certains considèrent comme « un privilège » d’ « intercéder » pour les malades(2), soit de demander à Dieu qu’Il intervienne pour leur guérison. Ce n’est pas faux dans le sens où la guérison est toujours un don de Dieu. Sauf que les Ecritures bibliques présentent la guérison comme un charisme (cf 1 Cor.12v4-11) qui doit être exercé par les croyants au nom de Jésus, et non pas demandé par les croyants à Dieu.

Et ce, d’autant plus, comme le souligne Gilles Boucomont, qu’aucune allusion à la demande de guérison ne se trouve dans le Notre Père, et qu’aucun texte biblique ne nous dise de prier pour les malades en demandant à Dieu la guérison. Même « la prise en charge des malades par la communauté et les Anciens décrite par Jacques dans son épître (ch.5v14-16) est très active, puisque dans l’onction d’huile est manifestée la guérison, pas seulement espérée. C’est une démarche active de l’Eglise, corps de Christ contre la maladie qui abîme l’un de ses membres »(3).

A l’inverse, de nombreux passages nous donnent pour instruction de guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, chasser les démons cf Matt.10v8 ; Luc 10v9, 17-20 ; Marc 16v15-20

Ayant « revêtus Christ », nous avons, non à intercéder ou à demander à Dieu d’intervenir à notre place, mais à exercer la prière d’autorité, laquelle est une prière où l’on va chercher sa légitimité et son autorité pour intervenir nous-mêmes sur le réel. Parce que Jésus ne nous demande pas d’intercéder pour les malades mais bien de les guérir. Pas d’intercéder pour les lépreux mais de les purifier. Pas d’intercéder pour les morts mais de les ressusciter. Pas d’intercéder pour la délivrance, mais de chasser nous-mêmes les esprits mauvais.

Soit d’agir « au Nom de Jésus » de manière significative dans la vie des gens, et de manifester ainsi cette annonce impérative que « le Règne de Dieu s’est approché ».

Encore une fois, il ne s’agit pas de nous prendre pour Dieu, en nous croyant personnellement aptes à guérir, comme s’il s’agissait d’un automatisme – il s’agit de guérir les malades au Nom de Jésus et selon la volonté de Dieu, au moment opportun, et non de manière stéréotypée. Dieu nous appelle à collaborer avec Lui (cf Marc 16v20), en nous demandant d’assumer l’autorité qu’Il nous donne, à la manière de Christ.

« Se dérober à nos prérogatives, c’est retarder la venue du Règne de Dieu, en nous-mêmes et dans ceux que nous voudrions bénir »(3).

 

 

Notes : 

(1) Cf http://leboncombat.fr/fin-marc-serpents/

(2) Cf https://florentvarak.toutpoursagloire.com/miracles-guerisons-et-marc-16-1ere-partie/

(3) Boucomont, Gilles. Au Nom de Jésus : Mener le bon combat. Editions Première Partie, 2011, pp 227-231. Du même : Au Nom de Jésus, libérer le corps, l’âme, l’esprit. Editions Première Partie, 2010.

Mon top 10 de fiction littéraire

« En fin de compte, l’expérience du livre devient véritablement fructueuse, quand le lecteur parvient à trouver goût à la vie à travers le livre…..« 

En écho à David, de « Plumes chrétiennes », qui nous a partagé son « top 10 de fictions littéraires chrétiennes » et en guise de prolongement de mon article sur les bienfaits de la lecture de fiction littéraire tout court, je vous livre ici mon « top 10 » en la matière : du classique, bien entendu, mais aussi du contemporain – surtout étranger – avec des auteurs archi-connus (mais combien vraiment lus ?) mais aussi moins connus. De quoi vous inspirer quelques idées de lecture pour l’été ou le fameux jeu de l’île déserte !

 

Guerre et paix, de Léon Tolstoï (2 Tomes) : un roman poème écrit en 1865-69, dans lequel se mêlent psychologie, épopée, réalisme et philosophie de l’histoire. La plus grande œuvre de la littérature russe et l’un des plus beaux monuments de la civilisation européenne.

« Don Quichotte » de Cervantès (1547-1616), que tout le monde « connaît » sans l’avoir réellement lu. Parce qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre de la littérature mondiale – au même titre que le titre précédent, pour ne citer que celui-là  – grand succès d’édition à l’époque et considéré comme le premier roman moderne. Et parce qu’il est un remède à l’indifférence, mal moderne

La nature exposée, d’Erri de Luca : Dans un village au pied de la montagne, un sculpteur aide des clandestins à franchir la frontière. Bientôt, le soutien qu’il leur apporte attire l’attention des médias. Il décide alors de quitter le village et se voit proposer une tâche bien particulière : restaurer une croix de marbre, révéler la «nature» qui se cache sous le pagne du Christ. Réflexion sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés, et sur l’humanité du Christ.

Voir aussi, du même, Le Tour de l’oie : Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – lit « Pinocchio » à son fils, dans la pénombre. Le narrateur rêve cette scène et un fils qui n’a jamais existé et qu’il n’a jamais eu. Il imagine qu’il lui parle de sa vie, de son enfance napolitaine et, au fur et à mesure, la parole intime donne consistance à ce fils imaginaire qui se sent citoyen de « la nouvelle Europe ».

Une Histoire d’amour et de tènèbres, d’Amos Oz. Il y est question d’un petit garçon qui joue à inventer des histoires, à la demande de sa mère. Il devient par la suite un grand romancier. Sa mère n’est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre le récit de l’existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux, « une histoire d’amour et de ténèbres », qui est aussi celle d’un peuple [Voir aussi son recueil de nouvelles « Entre amis », dont l’action se déroule dans un kibboutz : il se lit comme un roman]

Le Rouge et le noir, de Stendhal : un roman de l’ambition et de l’énergie gaspillée, publié en 1830, dont la réalité a fourni le sujet de l’intrigue à l’auteur.

Le Scorpion ou la confession imaginaire, d’Albert Memmi : singulier roman, à la structure complexe, d’un écrivain tunisien naturalisé français (né en 1920 d’une mère berbère et d’un père juif d’origine italienne, l’un et l’autre arabophone), publié à Paris en 1969.

On y retrouve la quête existentielle de tous ses héros : « qui suis-je ? » et « qui suis-je pour les autres ? » Dans ce roman, Marcel, un ophtalmologue réputé dans un pays en voie de décolonisation, est chargé par l’éditeur de son frère Emile disparu – un écrivain particulièrement préoccupé de ses origines et de son identité – de remettre de l’ordre dans « la cave » de celui-ci, en réalité un « tiroir toujours entrouvert, en haut à droite de son bureau, où il jetait en vrac, au jour le jour, tous ses manuscrits et documents de travail », et qui contient le monde imaginaire de l’auteur. Ainsi, histoire, journal, chroniques, notes philosophiques, mythes, s’entrelacent, pour former « la confession imaginaire » d’Émile, lequel est « en même temps » musulman, italien, français…De là, le lecteur est conduit à une réflexion sur le réel et l’imaginaire : qui sommes-nous ? Comment arrivons-nous à vivre ? Quelle part de vérité pouvons-nous supporter ? Quelle part de rêve ou d’illusion ?

Depuis 2000 ans  de Mihail Sebastian : un roman autobiographique (version romancée de son « journal ») qui retrace les dix années de vie d’un jeune juif roumain, de 1923 à 1933. Confronté aux violences de l’antisémitisme-jusque dans les universités et dans les milieux intellectuels, il s’interroge sur les causes qui le nourrissent depuis 2000 ans.

La jeunesse d’Adrien Zagroffi [Codine, Mikhail, Mes départs, le pécheur d’éponges] de Panaït Istrati (1884-1935) : 4 titres réunis en un seul volume, de cet autre auteur roumain, d’expression française, lequel nous offre généreusement des pages fortes et émouvantes sur l’amitié, la justice et la liberté. Absolument à découvrir !

Le Tentateur d’Hermann Broch : roman posthume de l’auteur autrichien (1886-1951) qui raconte comment un personnage assoiffé de pouvoir mystifie la population d’un petit village autrichien. A découvrir, son œuvre polymorphe, comportant romans, essais, correspondances, mêlant philosophie, histoire, psychanalyse et littérature. Une diversité qui n’est pas synonyme de dispersion puisque tous les écrits revêtent des enjeux éthiques et politiques. Broch, auteur engagé, concentre sa pensée sur l’homme, sa situation dans le monde moderne. L’absence d’ « un » sens et le sentiment de solitude forment la toile de fond de ses romans et de sa pensée.

La Maison de Noé, de Marilynne Robinson (née en 1943) : Ou l’extravagance adulte vue par deux orphelines. Leur mère a déposé Ruth et Lucille chez une grand-mère juste avant de mettre fin à ses jours. Les deux petites ont ensuite été confiées à leur tante Sylvie, une femme qui tenait à sa liberté. Pour s’occuper de ses nièces, elle est venue s’installer dans ce trou invraisemblable, Fingerbone, petite ville coincée entre un vaste lac glacial et les montagnes du Far West, où un grand-père épris d’aventure a construit une maison puis trouvé la mort dans une catastrophe ferroviaire dont le souvenir hante encore toute la communauté.
Là, la nature semble imposer sa loi aux hommes, et les hommes s’imposer des règles les uns aux autres. Ainsi les femmes doivent-elles veiller à bien tenir leur maison, et à se conduire comme il faut. Mais Sylvie n’a pas ce genre de docilité, et c’est en dehors des sentiers battus qu’elle entend élever ses nièces.
Une profonde réflexion sur l’appartenance et la transmission, l’abandon et la liberté.

 

Ceci dit, tout lecteur se doit de connaître le message de Farenheit 451 de Ray Bradbury, ou les trois éléments dont les hommes ont besoin, particulièrement à notre époque d’information(ou de surinformation).

Ce roman décrit une société totalitaire qui brûle les livres, dans un futur indéterminé.

Ray Bradbury fait dire à un de ses personnages que les hommes ont besoin de trois éléments : la qualité de l’information, le loisir d’assimiler cette information, et la liberté d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction entre la qualité de l’information et le loisir de l’assimiler.  Voilà ce qui est fondamental pour l’homme.

Mais comme l’écrit Tatjana Barazon (1), Bradbury donne l’espoir d’une nouvelle société qui se souvient, mais aura-t-elle le courage de créer la possibilité d’un échange créateur de nouvelles idées ? (…)

L’isolement que constitue le livre et le rapport à lui reste cependant un danger quand la lecture devient enfermement. Dans Auto-da-fé d’Elias Canetti, [un autre roman du prix Nobel 1981, lu il y a plus de 20 ans et qui m’a fait aimer la littérature], c’est un savant sinologue, le professeur Kien, qui cherche à remplacer la vie par les livres. À la différence de Bradbury, Canetti n’imagine pas une société qui meurt par un manque de livre, mais plutôt un homme qui est anéanti par un « excès de littérature ». Le personnage de Kien démontre le danger d’un attachement total aux livres. Il finit aussi par se détruire parce qu’il ne cherche plus le contact de l’autre.

En fin de compte, l’expérience du livre devient véritablement fructueuse, quand le lecteur parvient à trouver goût à la vie à travers le livre…..C’est quand le livre nous révèle à nous-mêmes et devient dans le déploiement de la lecture un contenu créateur de la vie elle-même, que le rapport au livre change.

 

Note :

(1) « Des livres dans la tête : la bibliothèque imaginaire chez Bradbury, Canetti et Joyce », Conserveries mémorielles [En ligne], #5 | 2008, mis en ligne le 01 octobre 2008, consulté le 25 juin 2019. URL : http://journals.openedition.org/cm/129

 

Il n’y a pas de tabou dans la Bible

« Si nous pensons que tout est permis, c’est trop facile ! »

« C’est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage », écrit Paul aux Galates » (Gal.5v1) lesquels se sont « détournés avec rapidité de celui qui (les) a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un évangile différent » (Gal.1v6).

Dans « Le Dieu de liberté », Jacques Ellul souligne que dans l’épître aux Colossiens, il y a ce long passage [Col.2v8-23] où Paul dit (quelque chose comme) : « bien entendu, on vous parle de commandements qui sont très sages, très justes, très bons…En réalité, ce sont des commandements d’hommes qui ne viennent pas de Dieu. Ils expriment une sagesse humaine. Or, ce n’est absolument pas ce qui vous est demandé par Dieu de vivre. Dieu ne vous impose pas un certain mode de vie ; Dieu ne vous impose pas une contrainte. Par conséquent, ne vous remettez pas sous de fausses contraintes ». Paul parle alors des jeûnes, de l’observation des jours, etc… : tout cela, dit-il, ne tient pas debout ; ça n’existe pas.

« Ce qui existe, Paul le répète à deux reprises dans la première épître aux Corinthiens, aux chapitres 6 et 10 : tout est permis, mais tout n’est pas utile, et tout n’édifie pas [1 Cor.6v12 ; 10v23]. C’est fondamental : tout est permis. C’est-à-dire que nous pouvons choisir pleinement ce qui nous convient, ce qui nous importe. Rien ne vous est interdit ; il n’y a pas de tabou dans la Bible. Il n’y a pas de contrainte ; il n’y a pas de morale. Et Dieu nous donne une vraie liberté, c’est-à-dire : vous pouvez faire tout ; il n’y a pas de barrières.

Simplement, tout n’est pas utile. Paul répète deux fois cette formule, mais dans des contextes différents. Dans le chapitre 6 de [la première] épître aux Corinthiens, on voit, en suivant le développement, que ce qui est permis est utile….pour quoi ? C’est utile pour manifester la gloire de Dieu. Tout est permis, mais tout n’est pas utile pour manifester la gloire de Dieu. Or, la gloire de Dieu a été manifestée en Jésus-Christ [Jean 2v11], lequel a manifesté la liberté de Dieu et vous accorde cette liberté – vous pouvez tout faire….mais cette liberté a une orientation, une signification : c’est ce que vous accomplissiez quelque chose d’utile qui permette de manifester ce qu’est la gloire de Dieu, ce qu’est, en quelque sorte, l’amour de Dieu, ce qu’est la réalité de ce Dieu qui vous a libérés. Donc, il y a un choix à exercer, sans cesse : est-ce ce que je vais faire manifeste la gloire de Dieu, ou non ? Qu’est-ce qui est à la gloire de Dieu dans les choses que j’ai envie de faire ?

Et puis, dans le chapitre 10 de cette même épître : « tout est utile, mais tout n’édifie pas ».

Si l’on considère le contexte, tout n’édifie pas dans le sens très concret du terme, c’est-à-dire tout ne construit pas. Et il s’agit, dans le contexte, de la construction de l’autre, du prochain. C’est-à-dire que dans vos actes, tout n’aide pas le prochain à être « plus », à être construit, à être édifié. »

[1 Cor. 10v23-27 dit bien]  « Tout est permis », mais tout ne convient pas. « Tout est permis », mais tout n’édifie pas. Que nul ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui. Tout ce qu’on vend au marché [les éléments purs, impurs, interdits, etc…], mangez-le sans poser de question par motif de conscience [« est-ce que la viande est casher ? »] ; car la terre et tout ce qu’elle contient sont au Seigneur [Autrement dit : il vous la donne, vous pouvez en faire ce que vous voulez]. Si un non-croyant vous invite et que vous acceptiez d’y aller, mangez de tout ce qui vous est offert, sans poser de question par motif de conscience ». 

Ce dernier verset est très important, car un incroyant c’est quelqu’un qui croit aux idoles, et très souvent, dans un repas, on donnait des viandes qui avaient été sacrifiées aux idoles. Mais, dit Paul : « Mais si quelqu’un vous dit : « C’est de la viande sacrifiée », n’en mangez pas, à cause de celui qui vous a avertis et par motif de conscience ; je parle ici, non de votre conscience, mais de la sienne » (1 Cor.10v28-29a).

Autrement dit : vous, aucune importance, mangez n’importe quoi. Mais si cela choque l’autre, si ça le scandalise, alors ne le faites pas ; ça, c’est ce qui peut le construire. Si vous mangez, vous, chrétiens, une viande sacrifiée et que ça scandalise votre prochain, vous le détruisez.

« Car pourquoi ma liberté serait-elle jugée par une autre conscience ? Si je prends de la nourriture en rendant grâce, pourquoi serais-je blâmé pour ce dont je rends grâce ? Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Cor.10v29b-31).

Autrement dit : est-ce que nous pouvons manger et boire, faire n’importe quel geste, en nous posant la question : est-ce que je le fais à la gloire de Dieu ? Est-ce que cela scandalise les autres ?

Vous voyez tout de suite l’autolimitation que cela implique. Parce que je ne suis pas certain que quelqu’un boirait un litre de whisky puisse en même temps rendre gloire à Dieu et rendre grâce à Dieu.

« Ne soyez pour personne une occasion de chute, ni pour les Juifs, ni pour les Grecs, ni pour l’Eglise de Dieu. [Et essayez) de complaire à tous, cherchant (…) l’avantage du plus grand nombre » (1 Cor.10v32).

Voilà donc cette situation assez étonnante qui nous est faite où nous voyons que nous pouvons faire ce que nous voulons. Dieu nous donne tout. Mais, vais-je faire quelque chose qui aide mon prochain à vivre – ou non ? – qui manifeste l’amour de Dieu – ou non ?

Ainsi, la liberté est orientée par l’amour – l’amour de Dieu, l’amour du prochain. On est libre pour l’amour de Dieu et pour l’amour du prochain. Et tout ce qui nie, tout ce qui méprise Dieu, tout ce qui opprime, tout ce qui scandalise le prochain, ce n’est pas de la liberté [Comme tout ce qui me détruit ou m’asservit]

Une telle compréhension nous met dans la situation de quelqu’un qui est libre, et donc dans une situation difficile, car nous avons à exercer des choix constants (…). (L’exercice de la liberté) implique un choix en fonction de l’amour de Dieu et de l’autre.

Si alors, on pense que tout est permis, c’est trop facile. Si on pense que, dans ces conditions, on peut faire n’importe quoi, choisir n’importe quoi, cela veut dire (vous l’avez bien saisi) que l’on n’a absolument rien compris à ce tout est permis. Cela nous met dans une position de responsabilité constante, qui ne sera jamais une liberté du « n’importe quoi » (…). Cette liberté ne doit pas servir de paravent ou de prétexte à faire du mal. C’est dans la première épître de Pierre : « ne faites pas de votre liberté un voile qui couvre ce qui est mal » (1 Pie.2v16)….« et ne vous laissez dans l’exercice de cette liberté », dit Paul, « asservir par rien » (1 Cor.6v12).

 

(« Dieu de liberté », intervention retranscrite de Jacques Ellul du 07 juin 1990 dans une réunion de maison, à Mérignac IN Ellul, Jacques. Vivre et penser la liberté. Edition critique de Jean-Philippe Quadri. Labor et Fides, 2019, pp 279-284).

 

 

 

Le Livre nécessaire

Le Livre nécessaire, ni plus, ni moins….

Au hasard d’une de ses déambulations, un personnage d’écrivain du roman « le scorpion ou la confession imaginaire » d’Albert Memmi tombe sur « un livre relié en cuir doré, 1708, et par privilège du Roy », dont le titre lui donne un « coup au coeur : le livre nécessaire, ni plus ni moins ». Sans discuter, il paye « le prix demandé par le brocanteur, beaucoup trop élevé, sûrement un prix de marchandage, et (l’emporte) comme un voleur ». Et, raconte-t-il, « j’étais si troublé que je me refusai à l’ouvrir, pendant tout le trajet du retour, avant de me trouver entre les quatre murs de ma chambre : mon dépit fut à la hauteur de mon émotion :

C’était un livre de comptes ! Livre nécessaire pour les comptables, notaires, procureurs, négociants, trésoriers ou caissiers, et généralement à toute sorte de conditions, parce qu’en toute sorte de conditions, on est sujet à emprunter ou à prêter de l’argent à intérêt….. Il ne contenait rien d’autre que des colonnes de chiffres, tout le long de toute ses pages, que je vérifiai l’une après l’autre, jusqu’à ce que ma déception me l’eût fait rageusement jeter sur ma table.

Mais il y est encore, comme un rappel. Après tout, l’auteur n’avait pas tort : c’est peut-être le seul genre de livre indiscutablement nécessaire (…)

C’est vrai que j’avais cru découvrir ma solution dans la littérature, et c’est vrai que j’avais ainsi esquivé les questions les plus terrifiantes. Pourquoi suis-je ce que je suis ? Pourquoi ce monde ? Pourquoi vivre ?…C’était cela que vivait le jeune homme devant moi. C’étaient des réponses qu’il était venu chercher, malgré tout, dans une dernière tentative, parce que j’avais été son maître, et parce que je l’avais aidé (!) à formuler ces questions. Que lui répondre (…) ? Il aurait fallu que je réussisse mon LIVRE NECESSAIRE. »

 

(Le Scorpion ou la confession imaginaire, d’Albert Memmi. Gallimard, 1986. Folio, pp 237-238)

Quand un « quand » a retourné la manière de penser d’un penseur (Kierkegaard)

Quand, « comme homme, notre penseur est (devenu) mûr pour la vie.. » (Kierkegaard)
Image : Auguste Rodin, le penseur (1881-1882). Sculpture (bronze). Source : Wikipedia

Toutes choses concourent à notre bien, « quand » nous aimons Dieu [d’après Rom.8v28] : telle est l’une des « pensées qui attaquent dans le dos » de Søren Kierkegaard (1813-1855).

Et ce dernier de nous inviter à imaginer « un homme aux dons intellectuels plus qu’extraordinaires, s’il se peut ». Ce penseur « a scruté la nature de Dieu et reconnu qu’il est amour ; il a étudié ce qui en découle et vu qu’ainsi, le monde doit être le meilleur possible et que toutes choses concourent au bien. Et il a déposé le résultat de ses recherches dans un livre dont on fait la propriété et l’orgueil de toute l’humanité ; il est traduit dans toutes les langues, cité à tout propos par les savants ; les professeurs en font la base de leur enseignement et les prêtres en tirent leurs preuves. Ce penseur a jusqu’alors vécu pour ainsi dire dans l’ignorance du monde, dans un calme favorable et d’ailleurs indispensable à la recherche scientifique.

Un beau jour, il doit prendre une décision, agir dans une circonstance difficile et à un moment critique et cette décision en entraîne une suite d’autres auxquelles il ne s’est pas le moins du monde attendu et qui le jettent avec d’autres dans la misère. Cette situation est le fruit de son action et pourtant, il est convaincu qu’il ne pouvait agir autrement, qu’il n’a agi qu’après le plus scrupuleux examen. Il n’est donc pas ici question d’un malheur, mais bien de sa faute, tout en se sachant innocent. Il est maintenant blessé ; un doute s’éveille en son âme ; il se demande si cette aventure peut également concourir à son bien et ce doute prend tout de suite en lui, qui est penseur, un sens intellectuel : il se demande si Dieu est aussi amour, car chez le croyant, le doute prend une autre direction, celle de la préoccupation de soi. Cependant, le souci prend sur lui un empire croissant ; à la fin, il ne sait plus où il en est. En cet état, il s’adresse à un prêtre qui ne le connaît pas personnellement. Il s’ouvre à lui, attend consolation. Le prêtre, qui est de son temps et quelque peu penseur, veut alors lui prouver que cette aventure doit aussi être la meilleure chose qui ait pu lui arriver et qu’elle doit concourir à son bien, puisque Dieu est amour ; mais il comprend vite qu’il n’est pas capable de soutenir la controverse avec cet inconnu. Et l’homme de Dieu, après quelques vaines tentatives, finit par conclure : vraiment, je ne vois plus qu’un moyen : il y a sur l’amour de Dieu un ouvrage écrit par un tel ; lisez-le, étudiez-le ; s’il ne peut vous tirer d’affaire, personne ne pourra vous aider. Mais l’inconnu lui répond : c’est moi qui suis l’auteur de cet ouvrage.

Ce que notre penseur avait écrit dans son livre était sans doute excellent ; qui oserait en douter et sans doute aussi, ce qu’il avait pensé de Dieu était vrai et profond. Mais il ne s’était pas compris lui-même ; jusqu’alors, il avait vécu dans l’illusion que, une fois prouvé que Dieu est amour, il va de soi que toi et moi le croyons. Comme penseur, il a peut-être eu la foi en très médiocre considération jusqu’à ce que, comme homme, il eût appris à avoir un peu moins de considération pour la pensée, surtout pour la pensée pure.

Il a retourné sa manière de voir [ce qui s’appelle « métanoïa », « conversion »), changé sa méthode. Il n’a pas dit ; Dieu est amour donc toutes choses doivent concourir au bien d’un homme, mais : quand je crois que Dieu est amour, toutes choses concourent à mon bien. Et ce qui a tout retourné à ses yeux, c’est ce quand. Comme homme, notre penseur est désormais mûr pour la vie ; car jusqu’à ce moment, il y avait bien eu en lui quelque chose d’inhumain.

On reçoit tout petit le nom que l’on gardera toute sa vie ; il en est de même de se heurter une fois dans sa vie de façon décisive, éternelle, à ce « quand » et d’en venir ainsi à aimer Dieu….. »

(Kierkegaard, Søren. Toutes choses concourent à notre bien quand nous aimons Dieu IN Pensées qui attaquent dans le dos. Editions Première Parties, 2014, pp 76-79. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, ici ou )