Combien de livres lirez-vous jusqu’à votre mort ?

Combien de livres lirons-nous jusqu’à notre mort ? Autant commencer le plus tôt possible ! (Source image : rawpixel)

« Le sage est celui qui connaît ses limites », dit le proverbe.

Et puisque nous parlons de limites, Moïse a été un « géant ». Sauf que, « comme pour tous les humains, sa mission n’a pas été couronnée de succès à cent pour cent puisqu’il est mort à la veille d’entrer en terre promise. Il a eu du mal à accepter cet inachèvement, mais personne n’est immortel, tout le monde a ses limites. Chacun à un Jourdain qu’il ne franchira jamais ! » (Antoine Nouis, Découvrir la Bible en 100 pages. Editions Bibli’O, 2021, p 24)

Votre « jourdain » à vous, lectrice et lecteur, est le nombre de livres que vous pourrez lire (à l’exclusion des autres) jusqu’à votre mort. Vous ne pourrez pas lire tous les livres du monde, mais vous pourrez en lire quelques-uns.

Lesquels ? Combien ? Lequel ou lesquels en priorité ?

Pour cela, il suffit de calculer son espérance de vie [à l’aide du site Lithub], laquelle est différente pour un homme et une femme, et son taux de lecture [le nombre de livres lus/an], sachant que le lecteur moyen lit douze ou treize livres par an, le lecteur sérieux en lit 26 par an, le lecteur zélé en lit cinquante et le boulimique quatre-vingt à 100. Ajoutez à cela le taux d’espérance de vie selon votre sexe (les femmes vivent un peu plus longtemps que les hommes) et vous obtiendrez le nombre de livres qu’il vous reste à lire avant de mourir.


Si vous êtes une femme âgée entre 25 et 34 ans, il vous reste :
> 672 à 732 livres si vous êtes une lectrice moyenne
> 2 800 à 3 050 livres si vous êtes une lectrice zélée
> 4 480 à 4 880 livres si vous êtes une lectrice boulimique
Si vous êtes un homme âgé entre 25 et 34 ans, il vous reste :
> 624 à 684  livres si vous êtes un lecteur moyen
> 2 600 à 2 850 livres si vous êtes un lecteur zélé
> 4 560 à 4 480 livres si vous êtes un lecteur boulimique
Si vous êtes une femme âgée entre 35 et 44 ans, il vous reste :
> 546 à 612 livres si vous êtes une lectrice moyenne
> 2 275 à 2 550 livres si vous êtes une lectrice zélée
> 3 640 à 4 080 livres si vous êtes une lectrice boulimique
Si vous êtes un homme âgé entre 35 et 44 ans, il vous reste :
> 504 à 564  livres si vous êtes un lecteur moyen
> 2 100 à 2 350 livres si vous êtes un lecteur zélé
> 3 260 à 3 670 livres si vous êtes un lecteur boulimique
Si vous êtes une femme âgée entre 45 et 54 ans, il vous reste :
> 372 à 486 livres si vous êtes une lectrice moyenne
> 1 550 à 2 025 livres si vous êtes une lectrice zélée
> 2 480 à 3 240 livres si vous êtes une lectrice boulimique
Si vous êtes un homme âgé entre 45 et 54 ans, il vous reste :
> 336 à 444 livres si vous êtes un lecteur moyen
> 1 400 à 1 850 livres si vous êtes un lecteur zélé
> 2 240 à 2 960 livres si vous êtes un lecteur boulimique

Lire le livre du dernier polémiste à la mode ou du prochain candidat à une élection nationale vaut-il alors le coup, vu que les livres qui me restent à lire sont comptés ? 

Albert Mohler nous rappelle que « la lecture prioritaire d’un chrétien est la Parole de Dieu. Notre maturité spirituelle ne surpassera jamais notre connaissance de la Bible ».

Faisons alors de la lecture de la Bible – le livre des livres – une priorité : allons-nous explorer la Bible ? La lire en entier durant l’année ? Etudier un livre en détail ? Mémoriser des versets-clés ou un psaume ? La lire en groupe ? Lisons donc la Bible un peu chaque jour – un peu le lundi, un peu le mardi, un peu le mercredi….

 Outre cette lecture, devraient suivre des livres chrétiens sérieux, soit des livres qui visent la santé spirituelle et la réflexion profonde. Au haut de la liste devraient se trouver les classiques de la pensée et de la dévotion chrétienne.

À cet égard, nous devrions accorder la priorité « aux vieux livres », à raison d’ « un livre ancien tous les trois livres modernes », selon CS Lewis.

L’on rajoutera aussi la fiction littéraire – romans, nouvelles, poésie, théâtre – de même que les meilleurs ouvrages de « non fiction » : biographies, histoire, sciences économiques et sociales, philosophie….

Voici quelques suggestions, « à la manière » des défis-lecture en vogue :

Lecteur « moyen » : 13 livres/an, soit 1 livre toutes les 4 semaines

Un livre publié l’an dernier

Des mémoires, un journal ou une correspondance

Un roman ou une œuvre classique [Ex : « le Rouge et le noir » de Stendhal ; « Don Quichotte », de Cervantès ; « la Divine Comédie » de Dante ; « Faust », de Goethe ; « Moby Dick », de Melville….]

Un livre écrit sur les livres et la lecture

Un livre écrit par une femme [Ex : La Maison de Noé, de Maryline Robinson …]

Un livre sur un livre [ou une partie] de la Bible [Ex : le Pentateuque, commentaire intégral verset par verset, de Antoine Nouis, ou le commentaire biblique de l’épître aux Ephésiens, de Dominique Angers….]

Un livre avec le mot « Évangile » dans le titre [« cela ne peut pas faire de mal », dirait la Pep’sette, comme à l’époque lointaine où elle n’était pas encore chrétienne !]

Un livre avec le mot « Bible » dans le titre ou le sous-titre

Le livre des psaumes

Un livre avec une image d’une personne sur la couverture [Ex : « monsieur Romain Gary », de Kerwin Spire]

Un livre que vous ne voulez pas (ou n’osez pas) lire

Un roman-jeunesse récent

Un livre de votre choix

Lecteur « sérieux » : 13 livres supplémentaires, soit 26 livres/an, soit 1 livre toutes les 2 semaines

Un livre qu’un membre de votre famille ou un ami vous a recommandé

Un livre sur la justice sociale

Un roman qui a gagné un prix [Ex : Celui qui veille, de Louise Erdrich]

Un livre écrit par 2 auteurs et + [ex : La Communion qui vient : Carnets politiques d’une jeunesse catholique. Seuil, 2021]

Une saga [Ex : Colorado saga, de James Michener] ou un roman d’aventure

Un livre de Romain Gary ou de Erri de Luca

Un BD ou un roman graphique

Un livre avec « disciple » dans le titre [Ex : Devenir disciple, de Daniel Bourguet]

Un livre recommandé par Le Monde des livres

Un livre sur comment prier

Un livre sur le mariage, le couple ou la vie sexuelle

Un recueil de nouvelles

Une pièce de théâtre de votre choix

Lecteur « zélé » : 26 livres supplémentaires, soit 52 livres/an, soit 1 livre/semaine

Un livre d’un point de vue théologique autre que votre tradition ecclésiale

Un livre par un auteur d’un continent autre que l’Europe ou l’Amérique du Nord

Un livre d’un auteur français du XIXe – début XXe

Un livre de poèmes /une anthologie poétique

Un livre vraiment drôle

Un récit ou un témoignage [Ex : « ma quête » de Josef Ben-Eliezer ; « accueillir l’exclu », de Bob Ekblad]

Un livre avec une illustration sur la couverture [ex : « Impossible », de Erri de Luca]

Un petit livre (100 pages ou moins)

Un livre pour prier, lire et méditer la Bible chaque jour, pendant un an

Un roman qui se déroule « ailleurs » que chez soi

Un livre pour prier et chanter les psaumes

Un livre sur l’Église [« Coopérer sur la durée dans l’Eglise locale », Marie-Christine Cayrol.]

Un roman d’un auteur chrétien [« la Puissance et la gloire » de Graham Greene, « Ben Hur », de Lew Wallace, « Le Seigneur des anneaux » de JRR Tolkien, « Guerre et paix » de Tolstoï, « les Frères Karamasov » de Dostoievski…]

Un livre qui nous donne des ailes

Un livre écrit par une auteure chrétienne

Un livre récent pour découvrir, explorer ou renouveler son rapport avec la Bible

Un livre écrit par un jeune auteur

Un livre sur l’espérance et la résurrection, dans une perspective biblique [Ex : « Surpris par l’espérance » de NT Wright]

Un livre du rayon « accompagnement spirituel »  [Ex : « l’Evangélisation des profondeurs », de Simone Pacot ou « Au Nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit », de Gilles Boucomont….]

Un livre d’un rabbin-philosophe

Un livre qui vous attend chez vous, que vous le lisiez

Un livre récent du rayon « histoire » [Ex : sur Vichy et les Juifs, ou la Révolution française…]

Un livre parmi « les livres à l’honneur » de votre librairie favorite

 Un livre du rayon « apologétique »

Un livre sur la Trinité [Ex : « sur les bords du Jourdain », de Daniel Bourguet]

Un livre d’un éditeur autre que votre éditeur favori

Un livre de votre choix

Lecteur « boulimique » : 80 livres/an, soit 1,5 livres/semaine ou 100 livres/an, soit 2 livres/semaine [ce qui ne serait guère raisonnable, puisque, si l’on lit comme l’on mange, l’on ne saurait se livrer à de la gloutonnerie en lecture. De même que l’on ne saurait apprécier la subtilité d’un vin en le buvant « cul sec », un bon livre ne se lit pas d’une traite mais à petites gorgées. Dans tous les cas, les propositions suivantes constituent « une réserve » de livres possibles]

 Un livre d’un philosophe contemporain [ex : un livre de Dany-Robert Dufour]

 Un livre de psychologie [mais pas de « développement personnel »]

 Un livre de sociologie

Un livre sur le management [en milieu associatif/d’entreprise]

Un livre en rapport avec l’art, l’histoire et la politique

Un livre sur les relations, les conflits ou le pardon

Un livre sur l’éducation ou la transmission

Un roman (ou un recueil de nouvelles) de science-fiction

Un roman (ou des nouvelles) fantastique(s)

Un livre sur le sens de la croix, dans l’Evangile

Un livre sur la laïcité et le fait religieux

Un livre sur la culture médiatique/informationnelle

Un livre sur un enjeu social/sociétal actuel

Un livre sur un sujet économico-social

Un livre sur le réveil ou les Camisards

Un livre sur/en rapport avec l’écologie [un essai ou un roman]

Un livre d’un père de l’Église

Un roman sur le racisme et la ségrégation [Ex : L’Enfant qui voulait disparaître, de Jason Mott]

Un livre d’un auteur-classique de littérature juive ancienne

Un livre d’un auteur contemporain de roman policier [Ex : Caryl Férey, Georges Pelecanos…]

Un roman d’aventure

Un livre de votre auteur préféré

Un livre que vous avez déjà lu

Une anthologie protestante de la poésie française

Un livre qu’on vous a offert

Un livre de votre choix

Un livre que vous n’avez pas terminé et abandonné

Le premier livre d’un auteur

Un livre sur (ou d’)un dirigeant/chef d’Etat

Un livre de la Bible que vous n’avez encore jamais lu/qui ne vous est pas ou peu familier

Un livre écrit par un auteur européen, hors France

Un livre qui pousse à s’engager ou à se positionner

Un livre pour lire et méditer la Bible chaque jour, en 1 an

Un livre écrit il y a plus de 100 ans

Un livre-jeunesse classique ou contemporain

Un livre que vous empruntez

Un livre sur comment prier ou pour prier chaque jour

Un livre que vous aviez toujours envie de lire

Un livre de Jean Calvin ou de Martin Luther

Un livre de Dietrich Bonhoeffer ou de Karl Barth

Un livre de Jacques Ellul ou de Paul Ricoeur

Une pièce de théâtre ou un livre d’un auteur de l’Antiquité

Une biographie, un mémoire ou une autobiographie

Un livre du rayon « éthique et sciences humaines » [ou sur « l’éthique du futur »]

Un livre qui parle de technologies et de relations humaines [Ex : « Seuls ensemble », de Sherry Turkle]

Un livre qui parle de sommeil

Un livre sur la vérité (ou notre rapport à la vérité)

Un livre sur la justice [Ex : « Michaël Kohlhaas » d’Heinrich Von Kleist, ou « les sphères de justice », de Michael Wälzer]

Un livre pour vivre et penser la liberté

Le Discours

[Scène du film « l’Evangile de Matthieu », de la série « 4 Evangiles, les films », réalisé par David Batty, avec Selva Rasalingam dans le rôle de Jésus]

« Le plus célèbre et le plus long discours de Jésus, dit « des béatitudes », se trouve dans l’Evangile de Matthieu [ch.5] », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca dans son récit « Sur la trace de Nives »(1). « Jésus monte sur une montagne, non identifiée, et la foule s’accroupit autour de ses pentes ». La foule qui se réunit autour de lui « débordait de toute part », précise encore Erri de Luca dans un autre texte : « S’il avait voulu, il aurait pu en faire à ce moment-là une troupe à dresser contre l’occupation (romaine) »(2), boutant l’envahisseur hors de Palestine [et, pendant qu’on y est, allant jusqu’à investir le capitole ?]

« La terre d’Israël était usurpée » par ces « envahisseurs venus d’outre-mer », lesquels « avaient placé la grosse face ronde de Jupiter devant le temple sacré de Jérusalem, demeure du Dieu Unique et Seul ». Mais Jésus « ne dit pas un mot au sujet du temps, du temple et autres actualités (…). Il ne dit pas un mot sur l’occupation, les impôts, la profanation »(2), pas plus qu’il n’eut recours à un slogan de campagne, aux accents nationalistes, promettant de rendre Israël à nouveau grande. « Les espions disséminés dans la foule n’auraient rien de pimenté et de suspect à rapporter sur ce rassemblement » (2).

« Bienheureux fut le premier mot » du discours. « Il convenait à l’heure et aux sentiments de la foule, qui est heureuse de se trouver unie, dense et en toute sécurité. Bienheureux : ainsi traduisons-nous le mot ashré, par lequel commence » le livre des psaumes (« Tehillim »). Plus que « bienheureux », « ashré » annonce la joie, qui est plus physique et concrète que la béatitude spirituelle. Ainsi, par exemple, « joyeux » comme celui qui est guéri et qui savoure le retour de ses forces(2).

Après le premier mot, on s’attendait à ce qu’il poursuivre avec le reste du Psaume 1. Mais la suite fut un nouveau chant : « Heureux [ou joyeux] les abattus de vent », traduit de façon plus littérale que ce «Heureux les pauvres d’esprit ». Jésus utilise une expression d’Isaïe, prophète qui lui vient souvent à l’esprit.

Isaïe dit: «Haut et saint moi je résiderai mais moi je suis avec le piétiné et l’abaissé de vent et pour faire vivre un vent aux abaissés et pour faire vivre un Cœur aux piétinés » (57, 15). Isaïe invente l’image de l’abaissé de vent, « shfal rùah », pour qui est humilié, opprimé, la tête penchée au point de mettre son propre souffle à ras de terre, à hauteur de poussière. «Shfal rùah» est aussi le souffle court de l’alpiniste à haute altitude. Abattu de vent : à qui souffre de cette respiration haletante appartient le royaume des cieux(1).

Un frisson passa dans l’écoute. L’homme se tenait debout, bien droit, sur le point le plus haut de l’horizon, tout comme « Haut et saint je siégerai » du verset d’Isaïe, dans lequel c’est la divinité qui parle (…). Joyeux est l’abattu de vent, ainsi que le piétiné dans le cœur (…), parce que le verset d’Isaïe dit que (Dieu) est avec eux », comme l’homme debout sur la hauteur.

« Quand les premiers deviennent les abattus de vent, le pouvoir et son droit n’existent plus. C’était une annonce qui réchauffait le cœur sans l’armer de colère ou de révolte. Contester la vaine puissance, privée de fondement au ciel et donc parasite sur terre, ne valait plus la peine, n’avait plus de sens. Donnez à César tous ses symboles de grandeur, ce ne sont que des jouets d’enfants »(2).

« Du haut d’une montagne, Jésus, avec sa liste de joies, met le monde sens dessus dessous, place en tête du classement tous les vaincus. Il le fait au sommet d’une montagne parce que c’est le point le plus éloigné du sol, le plus proche du royaume qu’il promet » et parce qu’« une montagne » est « un endroit inhabitable, d’où il faut toujours descendre » (1)

Mais notre « discours chrétien » est-il « resté en altitude » ? Est-il « descendu dans la vallée » ? « Les derniers » sont-ils « restés à leur place », dans notre théologie et notre service ?

Initialement paru le 20/01/21 sur Pep’s café!

Notes :

(1)Erri De Luca «Sur la trace de Nives ». Folio, 2013, pp.66-68.

(2)Erri de Luca. Le discours IN « Une tête de nuage ». Gallimard, 2016, p 84-89

Un Noël au goût de livres et de lectures !

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Noël approche, synonyme pour les uns de solidarité, de convivialité et de partage, et pour d’autres, l’anniversaire du plus beau des cadeaux, dans une ambiance festive mêlée de lumières, de douceurs et de bonnes odeurs, de récits, de chants, et de musique. Il y en a pour tous les goûts !

Et si ce Noël était l’occasion d’inviter les enfants à vivre un Noël savoureux, au goût de livre et de lecture ? Donner du goût, c’est donner du sens. Ce goût ne demande qu’à être encouragé, ravivé, et stimulé, par de multiples rencontres avec le livre. En voici quelques-unes.

 « Au commencement était le verbe »

Les histoires répondent à un besoin aussi fondamental que la nourriture, et qui se manifeste de la même façon que la faim : « Raconte-moi une histoire », demande l’enfant. « Raconte-moi une histoire, s’il te plaît, papa ». Bien avant qu’il sache lire, vous pouvez lui lire des histoires à voix haute, et dialoguer avec lui au sujet du texte lu. L’enfant peut ainsi goûter le livre avant même de goûter la lecture.

Des expériences sensorielles

Un « vrai livre » dans les mains fait appel à tous les sens avant d’être porteur de sens. La manipulation du livre pendant la lecture est riche en informations sensorielles et motrices. Une étude de 2019 montre l’intérêt de privilégier la lecture de livres imprimés qui faciliterait la compréhension et la mémorisation de ce qui est lu.

Créer des occasions

Vous pouvez aussi créer avec votre enfant le rituel de l’emmener à la bibliothèque de votre quartier, aménager des coins lecture douillets et intimes à la maison, ou encore lui offrir un livre à Noël. Un livre en papier est un bel objet qui pourra être, plus facilement qu’une tablette, donné, prêté, ou judicieusement « abandonné », jusqu’à trouver « son » lecteur.

Lire des livres rend libre !

En latin, « liber » signifie « livre » mais aussi « libre ». Liberté par le livre ! Liberté de vivre sans risque des aventures extraordinaires, de réfléchir ou s’émouvoir pour des personnages quittés à regret, une fois le livre terminé, mais avec l’assurance de les retrouver à nouveau en recommençant sa lecture !

Des menus adaptés   

Donner le goût de lire comme on mange, en veillant à un menu varié et équilibré ! A quand une prescription de cinq bons livres, à l’image des « cinq fruits et légumes par jour » ?*

Le saviez-vous ?

Le jour de ses trois ans, le petit enfant juif mange des gâteaux de miel en forme de lettres de l’alphabet. Douce première lecture et douce entrée dans le monde des livres, dont il se souviendra longtemps !

*Suggestions de lectures et de livres à offrir :

L’amour de Dieu dans mon cœur, de Nadine Wickenden. Bibli’O, 2020 (2-5 ans).

Plus haut que le sommet des arbres, plus vif que les couleurs d’un arc-en-ciel, assez brillant pour éclairer un ciel noir, l’amour de Dieu est fabuleux. De manière poétique et rythmée, ce livre cartonné met en scène deux adorables lapins, Maxi et Mini, qui apprennent qu’avec l’amour de Dieu tout est possible.

Gustave perd le contrôle : quand tu as trop envie de quelque chose, de David Powlison. Excelsis (4-6 ans).

Ce livre joliment illustré invite les enfants à se souvenir que Jésus peut nous venir en aide quand nous sommes tentés. Gustave, le raton laveur qui raffole de tout ce qui est sucré, découvre ce qui arrive quand on a trop envie de quelque chose. Après l’avoir attrapé en train de voler des bonbons, son papa lui rappelle que la tentation peut être trop forte pour nous, mais qu’elle ne l’est pas pour Jésus. Gustave apprend ainsi qu’il peut compter sur Celui qui sera toujours son soutien.

Sophie la vache musicienne, de Geoffroy de Pennart. L’Ecole les loisirs, 1999 (6-8 ans)

Depuis toujours, Sophie régale sa famille et ses amis avec ses concerts. Tout le monde est donc très triste quand elle annonce qu’elle va se rendre à la ville pour participer à un concours de musique organisé par le roi. Mais ne participe pas à un concours qui veut… il faut faire partie d’un orchestre. Et n’est pas admis dans un orchestre qui veut… il faut appartenir à un clan. Pauvre Sophie ! Elle qui rêvait de faire de la musique pour la musique…

Pierre et sa montgolfière. Conte musical de Serge Hubert et Elvine. Scriptura, 2021 (6-10 ans)

Pierre est orphelin. Pour survivre, il ramasse des bouteilles dans la grande décharge en échange de quelques pièces. Un jour, il fait une découverte inattendue : une bouteille contenant une invitation pour le pays des Adoptés. Pierre s’embarque alors dans une formidable aventure pour rejoindre ce mystérieux pays. Parviendra-t-il au pays des Adoptés ? Et que trouvera-t-il au bout du voyage ?

La Bible Manga : le Messie, de Shinozawa Kozumi. BLF éditions, 2008 (10 ans)

L’histoire la plus extraordinaire jamais racontée… Au sujet de l’homme le plus controversé qui ait vécu… Sous la forme BD la plus populaire au monde !

Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, de Selma Lagerlof. L’Ecole des loisirs, 2019 (10 ans)

Pour s’être moqué d’un lutin, Nils devient, à son tour, tout petit. Il décide alors de voyager à travers son pays, jusqu’en Laponie, tenant fermement par le cou Martin, un jars qui l’emporte dans les airs. Grâce à ce voyage, Nils va découvrir le monde et réfléchir à ses erreurs passées.

Ouvrages disponibles chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Article initialement paru dans Croire et Vivre, décembre 2021, N°202, et complété par l’auteur pour l’occasion.

« Un moi pour aimer l’essentiel », de Gilles Geiser ou comme un « geyser d’amour » de Dieu

Ces derniers mois, je note dans mon carnet les réflexions et méditations suivantes :

Le 13/09/21 : « un seul mot peut tout changer ». Un seul mot ou une seule parole confessée, donnée, accueillie…pour se réconcilier, revenir, se réajuster, révéler, relever, encourager, édifier, libérer…tels : « pardon », « je me repens », « je te pardonne », « je t’aime d’un amour éternel », « viens (et bois, mange, gratuitement) »….

Le 14/09/21 : « ma nourriture (dit Jésus) est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir Son œuvre » (Jean 4v34).

Le 28/09/21, d’après une lecture d’Ezéchiel 14v1-11 : « quand je me présente devant Dieu pour le consulter [mais aussi pour le prier, l’adorer), qu’y-a-t-il dans mon cœur ? »

Autant d’interrogations et de préoccupations sur ce qui est prioritaire pour Dieu, lesquelles trouvent un écho particulier dans un recueil de méditations quotidiennes reçu il y a quelques mois en service presse de la part de BLF éditions, que je remercie : « Un moi pour aimer l’essentiel : 30 jours pour trouver ta joie en Dieu », de Gilles Geiser, sorti le 15/09/21. Envoi particulièrement bienvenu : je cherchais justement un tel recueil inspirant !

Et inspirant, « un moi pour aimer l’essentiel » l’est particulièrement.

Ce livre étonnant et unique, déstabilisant et souvent drôle, n’est pas un livre à lire d’une traite, comme on boirait « cul sec ». Il est un livre à vivre chaque jour, seul, ou mieux, en couple, « à deux ou (même) trois » (ce qui est le minimum ecclésial » selon Jésus), comme un parcours ou une aventure autour de ce qui fait l’essentiel de notre existence. Nous concernant, mon épouse et moi, nous l’avons vécu à deux, en lisant un chapitre par jour, suivi de temps d’échange et de prière, pour s’encourager mutuellement et concrètement à passer, comme nous y invite l’auteur, « du savoir à l’avoir », pour relever le défi d’« un moi pour aimer mieux ».

L’essence de l’essentiel est d’aimer. Non pas d’en savoir « plus, plus, plus » sur ce qu’est l’amour et aimer. Ni même d’« aimer plus, plus, plus », comme un puits sans fond jamais satisfait. Mais de vivre l’appel de Jésus-Christ pour ma vie, qui est d’aimer l’essentiel. Et l’essence de l’essentiel est d’aimer de manière mieux ajustée : aimer « le Seigneur ton Dieu » et aimer « ton prochain, comme toi-même » (Matt.22v36-40).

Ce parcours quotidien nous invite donc à nous focaliser sur l’essentiel de Dieu, enseigné par le Seigneur Jésus-Christ. Comprendre et vivre l’essentiel est en effet là tout l’essentiel, car si on en manque, il nous manque tout, même si nous avons tout le reste, qui reste encombrant et inutile. Et si nous avons cet essentiel, nous avons tout !

Il vaut donc la peine de se plonger dans ce parcours, où nous sommes invités à « aller en eaux profondes », qui est aussi « un torrent d’amour » de Dieu à traverser ensemble, d’abord « avec l’eau aux chevilles », puis « à la taille », et enfin « en nageant », sans jamais nous « noyer » (Ezéch.47v1-5).

Ce parcours percutant nous est proposé par Gilles Geiser, l’auteur, dont le nom me fait penser à « geyser », comme « geyser d’amour ». A l’image de celui que Dieu déverse dans notre cœur par l’Esprit qu’Il nous a donné ! (Rom.5v5)

Au final, nous n’oublions pas d’en ressortir et nous en ressortons « lavés d’une eau pure » (Ezéch.36v25), encouragés et inspirés à vivre cet essentiel.

L’aventure n’attend plus que vous !

Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, par exemple ici ou .

Extraits :

[Un antidote, selon moi, aux tentations du tribalisme et du nationalisme et autres replis identitaires]

« Si nous aimons notre famille par-dessus tout, nous finirons par choisir le bien de notre famille au détriment du bien d’autres familles.

Si nous aimons notre pays par-dessus tout, nous choisirons les intérêts de notre pays et nous ignorerons ceux des autres pays.

Si nous aimons notre intérêt personnel par-dessus tout, nous choisirons de nous servir nous-même au détriment des besoins des autres.

C’est seulement si nous aimons Dieu lui-même par-dessus-tout que nous pourrons aimer et servir tout le monde, toutes les familles, toutes les catégories, tous les peuples » (Jonathan Edwards, cité par Gilles Geiser, « un moi pour aimer l’essentiel », p 127)

« Il y a parfois deux essentiels. Jésus le souligne dans son enseignement [en Matthieu 22v36-40]…..Aimer Dieu, c’est aimer son prochain. Ne pas aimer son prochain, c’est ne pas aimer Dieu. Puisque l’homme est créé à l’image de Dieu, il est impossible d’adorer Dieu en méprisant celui qui en est son image. Impossible d’aimer une personne et piétiner son portrait (….). Quand Dieu nous regarde, il nous voit à travers nos rapports humains. Nous ne nous présentons pas seul devant Dieu. Nos relations, bonnes ou mauvaises, restaurées ou détruites, sont présentes à nos côtés et font partie intégrante de qui nous sommes. Rien ne lui est caché (….) Où es-tu ? C’est la première parole que Dieu adresse à l’homme après que celui-ci a délibérément choisi de lui désobéir. Il n’est pas question uniquement ici de localisation géographique. Il s’agit aussi de localisation relationnelle (….). Laissons-nous interpeller par notre créateur encore aujourd’hui. Tu en es où dans tes relations : avec Dieu et avec ton prochain ? » (op. cit., pp 49-52)

Titulaire d’un master en sciences de l’éducation et en théologie, Gilles Geiser est pasteur à Aigle, en Suisse, depuis 12 ans. Marié et père de trois adolescents, il travaille aussi comme aumônier dans un foyer pour adolescents, et s’est lancé dans un one-man-show mêlant rire, émotion et profondeur.

L’auteur nous parle de son livre ici, lors d’une émission de radio.

PS : je viens de me rendre compte que j’avais déjà lu, il y a quelques années, quelque chose de Gilles Geiser, lequel est notamment l’auteur du premier article [« la sexualité : un constat, un sens, un défi»] du dossier de la revue Promesses (N°183, janvier-mars 2013) intitulé « en attendant le mariage ».

La prière pour les cinq doigts

Une prière facile à apprendre : une prière pour les cinq doigts ! (Source image : public domain pictures)

Voici une courte prière à dire à Jésus chaque jour. Cette prière est très simple et comporte cinq mots, un pour chaque doigt de la main pour ne pas l’oublier : « Seigneur, montre-moi moi-même ! »

Attendez-vous avec confiance à ce que le Seigneur réponde à cette prière.

Faites suivre ensuite cette prière par cette autre, également en cinq mots : « Seigneur, montre-toi à moi ».

Soyez certains que Jésus répondra également à cette prière !

D’après « La prière pour les cinq doigts IN « Croire, ça s’apprend », de Patricia Saint-John. CLC éditions, 2005, pp 65-69.

« Nous sommes tous des étrangers et voyageurs sur la terre » : entretien avec Manior, auteur de « Les deux pieds en Afrique »

Un récit instructif et constructif, acteur de la déconstruction de préjugés

Aujourd’hui, nous recevons, pour la première fois sur notre blogue, le dessinateur Manior, pour nous parler de son roman graphique « Les deux pieds en Afrique », co-réalisé avec son épouse Maya, et paru le 08 octobre 2021 aux éditions Scriptura. Qu’il en soit remercié pour s’être ainsi prêté par mail au jeu des questions-réponses pour Pep’s café ! le blogue, contribuant à la richesse de cet entretien.

Merci également à Laurène de La Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française, et à Coraline Fouquet, éditrice chez Scriptura, pour l’envoi de ce beau livre en service presse, en avant-première, comme pour m’avoir mis en contact avec l’auteur.

Intro « brise-glace »

Bonjour Manior, je te remercie de te prêter ainsi au jeu des questions-réponses pour Pep’s café! le blogue. Comment te présentes-tu, habituellement ?

Je m’appelle Romain, j’ai 35 ans, marié à Maya et papa de 3 petits garçons. J’habite à Angers, et je travaille pour le CNEF, Conseil national des évangéliques de France. J’ai été enseignant en Sciences de la Vie et de la Terre (collège, lycée), puis j’ai travaillé pour des associations chrétiennes, dans le domaine de la communication principalement.

D’où vient ce nom de « Manior » ?

Manior est une anagramme de mon prénom, Romain. Il y avait aussi « Marion », mais ça collait moins avec mon genre ! J’ai pris ce pseudonyme de « Manior » dès l’adolescence, pour signer les dessins que je faisais pour les copains, ou sur les tables de la fac… 

1/ « Les deux pieds en Afrique », un roman graphique : « spécial origines »

Cette publication – un roman graphique alternant entre planches de bande dessinée et pages de carnet de voyage – est l’aboutissement d’un projet personnel, original : pourquoi cette BD ? Quelle est sa genèse ? Dans quelles circonstances a-t-elle été réalisée ?

Dans l’avion pour le Cameroun, lors de notre départ en volontariat [en 2014-2015], j’ai commencé à prendre des notes dans un petit carnet noir. Je voulais me souvenir des émotions ressenties, des premières surprises, des premières découvertes… C’était un récit assez intime, une sorte de journal personnel. Après quelques semaines, je ne ressentais plus ce besoin de noter mes impressions, mais j’ai par contre continué à noter des petits détails, dessiner quelques objets, et de plus en plus de situations surprenantes, qui me faisaient rire. Après 6 mois au Cameroun, et quelques semaines au Sénégal, j’ai cherché à dessiner ces anecdotes en bande dessinée. Je suis allé trouver un artisan qui m’a aidé à faire une table lumineuse, j’avais déjà un peu de matériel pour dessiner, et je me suis lancé. Et ce fut assez prolifique : je dessinais 2 à 3 planches tous les soirs ! 

En parallèle, Maya et moi tenions un blog, illustré de photos, de dessins et de vidéos, pour raconter à notre entourage ce que nous étions en train de vivre.

Quel a été le rôle des Editions Scriptura dans l’accompagnement de ton projet ?

En fait, j’avais dessiné plus de 100 planches de BD au Cameroun, mais elles sont restées dans un carton, faute de temps pour donner une suite à ce projet. Mais fin 2020, j’ai cherché une maison d’édition pour concrétiser ce projet de bande dessinée. J’ai tout de suite pensé à l’Alliance Biblique Française, qui mène (comme Wycliffe, pour qui nous étions volontaires) des projets de traduction de la Bible dans le monde. L’Alliance Biblique Française a répondu avec beaucoup d’enthousiasme, au travers de sa branche des Éditions Scriptura et son éditrice, Coraline Fouquet. Avec elle, nous avons retravaillé tout le projet, pour arriver à ce format un peu atypique, mêlant mes planches de bande dessinées, des passages repris du blog, et des photographies et illustrations complémentaires.

L’album est co-signé « Maya et Manior » (et non « Manior et Maya ») : quelle a été la participation de ton épouse dans sa réalisation ?

Par galanterie, j’ai préféré faire figurer le nom de Maya en premier. Au niveau du contenu, les textes (carnet de bord) étaient le plus souvent rédigés à 2 mains, et les photographies sont très majoritairement celles de Maya. Cette mention « Maya et Manior » est à la fois celle des auteurs, mais aussi des personnages, comme on lirait « Une aventure d’Astérix et Obélix ». Le caractère autobiographique permet de mêler ces 2 objets en une seule mention, au risque d’apporter un peu de confusion pour les lecteurs.

Pourquoi ce choix du roman graphique (un livre) pour raconter votre expérience en couple de volontariat en Afrique, et pas une vidéo, alors que ta spécialité est la communication digitale ?

Je suis très attaché au livre, au papier, à l’objet. Je dessine de manière très traditionnelle (crayon, pinceau, etc), donc le choix de ce format est très naturel pour moi. En parallèle, nous avons aussi réalisé quelques vidéos, tenu un blog, et animé les réseaux sociaux autour de notre année de volontariat… donc bien utilisé la communication digitale.

2/L’envoi en mission, « un déplacement »

 Le samedi 18 septembre 2021, le Défap – le Service protestant de mission – a fêté ses 50 ans au service de l’interculturalité. A cette occasion, d’anciens envoyés – dont votre couple – répondant à un appel à témoins du Défap, ont pu témoigner de ce que leur mission a changé dans leur vie. L’achèvement de votre BD et sa sortie prévue le 08/10 est-il « un hasard » (avec un grand « D ») de calendrier, avec cet anniversaire ?

C’est en effet un appel du Défap, dès fin 2020, qui a « réveillé » ce projet qui sommeillait dans un carton ! Nous avons travaillé activement avec le Défap et les Éditions Scriptura pour réussir à sortir ce livre à temps pour participer aux animations prévues autour des 50 ans du Défap. Je me réjouis de ces partenariats, parce qu’ils montrent que notre projet et notre année de volontariat ne s’est pas fait de manière isolée, mais au bénéfice de plusieurs structures différentes. 

Si l’on considère que la mission est « déplacement » et « rencontre », et, au-delà de la rencontre elle-même, « foi mise en action qui permet de mettre en relation même ce qui était destiné à ne jamais se rencontrer », en quoi votre vie à tous les deux n’est-elle plus la même, depuis cet envoi en mission ?

Dès notre retour, nous avons ressenti la nécessité de mettre en relation ce que nous avions vu, entendu, vécu, et nos proches ici en France : nos amis et famille doivent savoir ! Savoir ce qu’est le Cameroun, le Sénégal, qui sont les gens là-bas, savoir dans quel contexte social et politique ils naissent, grandissent, vivent et sont heureux. Il y a tellement de clichés et de généralisations à déconstruire, tellement de non-dits sur la Françafrique, que nous avions envie de jouer notre rôle de témoin : voilà ce que nous avons vu !

Avec quelques années de recul, je considère que nous avons vraiment eu de la chance de vivre cette année de volontariat, et qu’elle a façonné les individus, le couple et la famille que nous formons maintenant ! Il est difficile d’imaginer qui nous serions sans cette expérience, mais impossible de nier son impact.

En dehors des défis techniques décrits dans l’album (problème d’accessibilité à l’internet pour votre travail au quotidien….), quel a été votre plus gros défi de communication au Cameroun ?

Notre plus grand défi a été culturel : nous n’avons pas toujours pu appliquer nos idées telles quelles. Un exemple : nous avons souhaité mettre en place un envoi papier à tous les adhérents de l’association, mais impossible : la grande majorité de la population n’a pas d’adresse postale. Il fallait faire confiance aux relais de l’association dans les Églises pour assurer une distribution large de nos documents, et à notre grande surprise, ça fonctionne ! Ça a été une belle leçon d’humilité quant à l’expertise que nous pensions avoir, confrontée à la réalité du pays.

A quel point t’estimes-tu moins privilégié en France, en comparaison des camerounais qui ont « tout » chez eux ?

Sur place, il y a effectivement le beau temps, la facilité des relations humaines et la bière pas chère, qui font envie ! Avec du recul, et mon retour en France, je dirais qu’il y a aussi au Cameroun une liberté plus importante : les espaces vierges sont plus grands, la propriété privée est peu délimitée, les lois sont moins nombreuses, et tout est négociable… Les opportunités (créatives, de business, etc..) sont plus nombreuses car la société semble « en construction » ! Le retour en France a été dur pour moi sur ce point !

3/ L’art de la chute et inspirations diverses

Qu’as-tu appris de l’art de la chute, de la construction d’un gag, lors de l’élaboration de cet album ? [Voir en comparaison, la « vraie chute » en moto, en dernière partie de l’album !]

En BD comme en moto, je ne maîtrise pas l’art de la chute ! Je ne me considère pas comme un bon scénariste, et j’ai un humour assez second degré, voir sarcastique. J’ai donc écrit certains gags qui me font rire personnellement, mais qui sont loin d’être universels ! La construction des planches s’est faite de manière très spontanée : je cherchais davantage à dire ce qui m’avait fait sourire, plutôt qu’à faire sourire. Peut-être que ce qui est perdu en humour est gagné en authenticité… 

Ton « road trip » en moto te donne l’occasion de partager à tes lecteurs quelques extraits de « Nous rêvions tous de liberté », roman écrit par Henri Loevenbruck. En quoi cet ouvrage fait-il résonance avec ta propre aventure ?

En fait, c’est mon frère qui, en venant nous rendre visite au Cameroun, a ramené ce livre que j’avais acheté. C’est donc par coïncidence que je l’ai emmené dans mon sac et que j’ai commencé à le lire en partant en road-trip. Cette lecture m’a vraiment touchée, je me suis identifié à cette quête de liberté des personnages, et les chapitres que je lisais le soir mettaient des mots sur mes émotions de la journée, c’était incroyable ! J’ai souhaité garder cet aspect dans le livre.

De ton propre aveu, « Les deux pieds en Afrique » a été réalisé en mode « Le retour à la Terre » de Larcenet, ou les « Chroniques de jeunesse » de Guy Deslisle. Comment se gère une influence artistique pour un dessinateur, au point où tu as pu partager sur un forum que « ce que (tu fais) rappelle trop le retour à la Terre de Larcenet ? » 

Pour moi, le dessin est toujours resté un loisir : je n’ai pas suivi de formation, je n’y ai jamais consacré énormément de temps. Ce que j’ai apprécié chez Guy Deslisle (Chroniques de PyongYang) ou certains ouvrages de Manu Larcenet (Le retour à la Terre), c’est que la simplicité du trait n’était pas un handicap à la profondeur du récit, et ça m’a rassuré ! J’ai donc fait des choix proches de ce qu’on peut lire dans « Le retour à la Terre » : nombre de personnages limités, décors minimalistes, dessin et couleurs simples… Mon seul problème c’est que je n’ai ni le trait de Manu Larcenet, ni l’expertise scénaristique de Ferri ! J’assume donc l’inspiration de ces artistes, tout en reconnaissant le côté très amateur de mon travail.

Avec le recul, comment répondrais-tu aujourd’hui à ta propre question posée en cours de réalisation : « Y a-t-il une limite éthique, un moment où je dois choisir de faire différemment parce que ça ressemble trop à autre chose ? »

Au final, je ne me suis pas tellement éloigné du style de « Le retour à la Terre » donc… ma réponse est là ^^. Je pense que tout artiste est influencé par des créateurs de renom qu’il estime particulièrement, que ce soit moi ou Manu lui-même. Ici, la comparaison est légitime, mais se limite à certains choix graphiques, sans copier le thème, les personnages ou les gags. Je pense donc être resté du côté de l’inspiration (assez visible) sans avoir mordu le champ du plagiat ! 

Quel est ton regard final sur ton travail, aujourd’hui achevé ?

Je suis heureux d’avoir mené ce projet à terme, et d’avoir un beau livre sur mon étagère ! C’est mon 3ème projet abouti, après une auto-édition de mes dessins de blog en 2012 et l’illustration d’un livre pour enfants en 2016 (Fungo, ou l’aventure des mots).

En parallèle, je suis honoré de pouvoir proposer ce témoignage au sujet du volontariat, de la traduction de la Bible, qui se veut aussi une approche humble du choc culturel qui touche tout voyageur qui s’installe dans une culture qu’il ne connaît pas.

Le mot de la fin est pour toi !

Je me réjouis de lire les retours des lecteurs de ce livre, qui était à l’origine un projet assez personnel et est devenu un témoignage diffusé assez largement ! J’espère que ce récit sera instructif et constructif, acteur de la déconstruction de préjugés tenaces sur les étrangers, rappelant que nous sommes tous des « étrangers et voyageurs sur la Terre » ! 

Merci beaucoup, Manior, pour la richesse et l’authenticité de tes réponses !

Puisse ton partage nourrir l’intérêt de beaucoup pour ce livre !

En bref :

Les deux pieds en Afrique : carnet de voyage, de Maya et Manior. Editions Scriptura, 2021, 19.90€. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Découvrir l’Alliance Biblique Française, dont la mission consiste à mettre la Bible à la portée de tous.

Le compte instagram « Not Art, Just Fun », de Manior.

 

« ZeBible », celle des 15-25 ans, fait peau neuve

Source image : site des éditions Bibli’O

Jeudi 14/10, 18h00, j’ai eu la joie de compter parmi les conviés de la soirée de lancement de la nouvelle édition de ZeBible, celle des 15-25 ans, laquelle a eu lieu à la maison de la conférence des évêques de France, à Paris. Merci à Laurène de La Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française (ABF) pour l’envoi de l’invitation et de la nouvelle ZeBible en service presse.

Au-delà de la présentation d’un projet éditorial, cette soirée s’est déroulée dans un esprit créatif, de convivialité et de partage, autour d’interventions (en présentiel mais aussi en vidéo) sur l’importance de la Bible chez les jeunes aujourd’hui, mais aussi de témoignages édifiants et émouvants de jeunes protestants et catholiques sur leur rapport à la Bible, sans oublier des lectures (Jean 1v1-13 et Esaïe 55v10-11) et scènes artistiques musicales (sketchs, violon) autour de la Bible.

ZeBible, c’est d’abord un remarquable travail collaboratif interconfessionnel, avec pas mal de monde autour. Soit une douzaine d’églises, associations et œuvres chrétiennes parmi la jeunesse*, oeuvrant ensemble pour offrir aux jeunes une Bible « pour eux », et faciliter la rencontre avec Dieu via Sa Parole.

*Alliance biblique française, Armée du salut, Apprentis d’Auteuil, Aumônerie catholique de l’enseignement public, Conférence des Évêques de France, Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, Église protestante unie de France, Fédérations des Églises adventistes, La Ligue pour la Lecture de la Bible, Les Parcours Alpha, Scouts et Guides de France, Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, Zileos.

ZeBible a reçu le soutien du Conseil d’églises chrétiennes de France (CECEF).

ZeBible, c’est aussi un outil très complet s’adressant à des jeunes croyants (ou non) de confessions chrétiennes diverses (protestantes, évangéliques et catholiques), « connaisseurs » ou « néophytes », avec un nouveau graphisme et une nouvelle traduction, ainsi que + de 3200 commentaires remis à jour, en prenant au sérieux les questionnements et interrogations des jeunes. A cela s’ajoutent des outils (programmes de lecture, portraits de personnages bibliques, textes bibliques classés par thèmes et questions…) pour découvrir, lire, explorer et étudier la Bible, seul ou à plusieurs, en suivant son propre parcours, au gré de ses questionnements et de ses centres d’intérêt. La version utilisée est la Nouvelle Français Courant (NFC), révision complète, pertinente et bienvenue de la fameuse Français Courant. L’ordre des livres de l’ancien Testament suit l’ordre hébraïque, pour bien rappeler les racines juives de la foi chrétienne.

Conçue pour des jeunes de confessions chrétiennes différentes, susceptibles de lire la Bible ensemble, et de permettre à chacun de découvrir, non seulement « la » Bible, mais aussi « sa » Bible, ZeBible existe avec les livres deutérocanoniques, lesquels sont bien présentés, avec la distinction de livres « sources d’enseignement » pour les catholiques et les orthodoxes, et « sources de renseignements » pour les protestants et les Evangéliques.

Au final, une nouvelle édition de Bible recommandable pour toute personne en recherche, et un bel objet de relation à soi, à d’autres…et à Dieu !

En savoir plus sur le site et la page Facebook de ZeBible. Disponible chez l’éditeur (Bibli’O) ou dans toutes les bonnes librairies.

Trois livres et un site web (sinon rien) pour découvrir, explorer et comprendre la Bible

« Explorer la Bible » : le guide pour qui veut suivre le parcours de découverte du Livre des livres en huit sessions

Des outils et ressources en réponse à la « malnutrition biblique » :

Sur Pep’s café! le blogue, nous aimons tellement la Bible, la considérant comme une réelle richesse, Parole de Dieu vivante et agissante, que nous nous réjouissons de chaque contribution à l’éradication de la « pauvreté » biblique. En effet, et c’est là le paradoxe : bien que la Bible soit ce livre faisant partie du patrimoine de l’humanité, inspirant pour de nombreux artistes et pour tous ceux qui ont aimé leur prochain, au point de servir dans « les champs de mission » aussi divers que l’éducation, la santé, l’humanitaire, la lutte contre l’esclavage et toutes formes d’exclusions et d’oppressions….la Bible est aussi ce « best-seller » tout à la fois bien connu et fort mal connu.

D’où le cœur de mission d’une œuvre comme l’Alliance biblique française (ABF) : mettre la Bible à la portée de tous et la transmettre aux futures générations ; créer des ponts entre le texte biblique et la société civile, de sorte que le premier soit lu et compris par le second.

Bonne nouvelle ! Voici justement plusieurs outils et ressources récentes proposés par l’ABF, ayant pour but de répondre de manière complémentaire et pertinente à cet ordre de mission : «Explorer la Bible », « itinéraires », et (en avant-première) « découvrir la Bible ». Tous reçus gracieusement en « service presse » de la part de Laurène de la Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française, que je remercie chaleureusement, ainsi que les éditions Bibli’O.

1) »Explorer la Bible »

« Donne un poisson à un homme, tu le nourris pour un jour. Apprends-lui à un pêcher, il se nourrira toute sa vie ». Ce célèbre proverbe chinois (à moins qu’il ne soit indien)trouve son application avec « Explorer la Bible », un parcours simple et convivial en 8 séances, pour suivre « la grande histoire » biblique, et la comprendre par soi-même.

Initié par la Société biblique britannique, ce programme connait un franc succès avec plus de 5 000 groupes créés dès les premiers mois de lancement au Royaume-Uni. Le voici maintenant en France et en français !

« Explorer la Bible » s’adresse à un public de 15 à 99 ans, et se vit en groupe sous la conduite d’un animateur.

Un site internet donne accès à des vidéos et des fiches d’animation pour aider l’animateur à mener chaque session. Pour y accéder, il suffit de se créer un compte gratuit. Enfin, un livret [commandable sur le site des éditions Bibli’O]a été élaboré dans le but de faciliter le suivi du parcours pour chaque participant : Il reprend les grandes lignes de chaque session, offre des espaces pour des notes personnelles, ainsi qu’un glossaire pour se familiariser avec le vocabulaire de la Bible.

Au cours des 8 sessions, on se familiarise avec la Bible, son histoire, sa composition, son impact et ses personnages. Chaque session suit le même rythme avec 2 vidéos d’environ 15 minutes chacune. Les séances sont interactives, incluant des temps d’enseignement, de discussion et de réflexion personnelle. Entre chaque session, un programme de lectures bibliques quotidiennes prépare pour la session suivante

Il ne vous manque plus qu’à vous procurer une Bible avant de vous lancer dans ce parcours ludico-utile ! Cela tombe bien : le livret comprend aussi des recommandations de lectures de la Bible en support papier/audio/sur le web, pour ceux qui la lisent pour la première fois ou souhaitent renouveler leur lecture,

L’aventure n’attend plus que vous !

En avant-goût, la bande annonce d’ « explorer la Bible ».

2) « ITINÉRAIRES : Balises pour explorer la Bible » ou « le guide du routard biblique »

« La Bible, un livre austère ? » Et si l’austérité était plutôt du côté du lecteur ? Des itinéraires provocateurs et rafraichissants.

Ce guide décapant, au ton décalé, de Jean-Claude Verrecchia, vient secouer son lecteur sûr de ses idées (reçues) sur la Bible, alors qu’il ne la connaît pas ou mal, ou prétend même la connaître trop bien. Ainsi, est-ce vrai que la Bible est « austère » et « ennuyeuse » ? Ou que la Bible est un livre « à défendre » ? Faut-il se réjouir de ce que la Bible soit ce « best-seller », le livre « le plus vendu » au monde ? Est-ce aussi vrai qu’il est « facile » de lire la Bible et qu’elle n’a « pas besoin d’être interprétée » ?…

Autant de questions soulevées dans cet ouvrage se voulant une vulgarisation éclairée, « grand public », non seulement en guise d’introduction à la Bible (pour découvrir d’où elle vient, comment elle a été composée et comment elle nous est parvenue jusqu’à aujourd’hui), mais – et c’est là son originalité – pour expliquer que si la Bible est un livre, celui-ci est fait pour être lu, quoique pas simple à lire, d’où la nécessité de bien connaître son mode d’emploi, ses clés de lecture et règles d’interprétation, pour bien la comprendre et l’utiliser..

Autre originalité, ces itinéraires, qui partent de la Bible, ont un point d’arrivée plutôt inattendu : le lecteur lui-même ! Celui-ci est en effet invité à se positionner au bout du parcours, pour répondre à cette question existentielle particulièrement impliquante : « qui es-tu (lecteur), toi qui veux comprendre (la Bible) ? ». « Que viens-tu chercher, toi qui t’approches de la Bible ? »

Et le lecteur de découvrir quel lecteur unique il est (ou veut être) et dont la Bible, qui attend patiemment d’être ouverte, lue et interprétée, a besoin aujourd’hui !

« ITINÉRAIRES : Balises pour explorer la Bible » ou une vulgarisation originale, passionnante et réussie, propre à réveiller le lecteur et sa curiosité pour Le Livre des livres. Disponible (comme les Bibles) dans toutes les bonnes librairies, ou chez l’éditeur.

Voir aussi : une présentation de l’ouvrage par l’auteur.

3) Et paru le 10 septembre 2021 : « Découvrir la Bible en 100 pages ».

« Papa, raconte-moi tout la Bible ! » « En 100 pages ? » « Oui ! »

La Bible, comme l’indique son nom, n’est pas « un livre » mais plutôt une bibliothèque rédigée sur plusieurs siècles par plusieurs dizaines d’auteurs. Une bibliothèque multipliant les styles littéraires les plus divers, des récits fondateurs aux récits apocalyptiques, en passant par les textes de loi et de sagesse, les prières, les chants d’amour, les songes et visions, les paraboles, les discours ou les lettres.

Comment alors s’y retrouver ?

Ce petit ouvrage d’Antoine Nouis relève le défi de nous présenter toute la Bible en 100 pages et cinquante-deux courts chapitres, soit autant de réflexions profondes : une invitation au voyage pour faire la connaissance des personnages, visiter les lieux et découvrir les épisodes marquants de la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse.

Mieux encore : chaque chapitre est suivi d’une piste d’actualisation pour susciter la réflexion, engager le dialogue et jauger de la pertinence de la Bible pour notre temps et notre quotidien.

Ainsi, par exemple :

« La Bible et la science » ou « quand la Bible ne dit pas tant comment le monde a été créé que pourquoi, et pour quoi il l’a été ». Alors que les scientifiques reconnaissent que l’univers a eu un commencement, sans pouvoir dire les raisons de ce commencement, « la Bible pose une affirmation forte : l’humain n’est pas le résultat d’une rencontre entre le hasard et la nécessité, il est le fruit du désir de Dieu pour habiter le monde, à côté des animaux » (op. cit., p 3)

« La grammaire des commandements » : « la plupart des [10] paroles [données par Dieu à Son peuple] ne sont pas conjuguées à l’impératif, mais à un temps qui est assimilé au futur. Les dix paroles ne disent pas : n’aies pas d’autres dieux, ne te fais pas d’idole, ne tues pas et ne convoite pas, mais : tu ne te feras pas d’idole, tu ne tueras pas, tu ne convoiteras pas. Derrière cette conjugaison, se trouve une promesse : je te le promets, dit Dieu, il te sera possible de…. Il ne nous enferme pas dans une règle, il ouvre un chemin de liberté » (op. cit., p 23)

« Contre le mariage des jeunes filles » : « un verset énigmatique du Cantique [des cantiques] dit : nous avons une petite sœur qui n’a pas encore de seins ; que ferons-nous pour notre sœur le jour où on la demandera en mariage ? Le verset qui suit laisse entendre que si la jeune sœur oppose une muraille à cette demande, il faut l’encourager ; et que si elle ouvrage sa porte il faut l’en empêcher. Un des messages du livre est son opposition au mariage des jeunes filles pré-pubères, car il nie leur féminité et les destine à devenir la propriété de leur mari. » (op. cit., p 51).

« Le souffle et la respiration » : « le mot que l’on traduit par Esprit veut aussi dire le vent, le souffle, la respiration. S’il n’y avait pas de vents, le monde serait une fournaise ; sans souffle, la flûte n’émet aucun son ; et sans respiration, il n’y a pas de vie. Comme le disait un patriarche orthodoxe : sans l’Esprit Saint, le Christ reste dans le passé, l’Evangile une simple lettre morte, l’Eglise une organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, la prière personnelle un monologue stérile et l’agir chrétien une morale d’esclave ». (op. cit., p 81)

Disponible en librairie ou chez l’éditeur depuis le 10 septembre 2021.

[Article initialement paru le 04/08/21]

« En août, on s’arrête, on réfléchit »

Source image : couverture du Monde Diplomatique d’août 2020

Et on fait une pause nécessaire et bienvenue sur Pep’s café!, avant de reprendre en septembre.

Profitez-en pour vous consacrer à quelques lectures suggérées ici et ou .

Bon été et à bientôt !

« Monsieur Romain Gary » ou le récit d’une transformation

« Je pense qu’il faut aimer la vie avant toute chose »

— Aimer la vie plutôt que le sens de la vie?

— Absolument. Aimer avant de réfléchir, sans logique, comme tu dis, et, quant au sens, ne s’en occuper qu’ensuite ».

C’est sur cette citation, un extrait de dialogue entre Alioscha et Ivan – deux des « frères Karamasov », personnages du célèbre roman éponyme de Fiodor Dostoïevski (1) – que s’ouvre « Monsieur Romain Gary », un récent et passionnant récit de Kerwin Spire, qui retrace les quatre années passées par l’écrivain diplomate comme consul général de France à Los Angeles, de 1956 à 1960, et que je viens de terminer.

Une lecture idéale en cette saison d’été, censée être de repos et propice pour les remises en question et autant de réflexions sur ce qui serait « la vision pour notre vie ». Dédié « à Romain Gary », et au-delà de « la fresque d’une époque intense sur laquelle souffle un grand vent de liberté », ce récit, nous annonce son auteur en introduction, est celui « de la transformation d’un homme [de 46 ans] qui, par-delà ses multiples vies, cherche toujours à se réinventer ». Le récit d’un homme qui recommence sa vie « encore une fois » pour retrouver la liberté d’être, décidant « de vivre » et d’ « aimer la vie, avant d’en saisir le sens ».

L’ouvrage ne manque pas d’intérêt sur les plans historique, politique, culturel et existentiel.

Il est particulièrement original dans le choix du traitement et de l’angle : le livre a en effet la forme d’un récit historique, pourtant paru dans la catégorie « romans et fictions » de la collection Blanche de Gallimard. « Si tous les faits que ce récit décrit, tous les personnages qu’il convoque [des diplomates aux stars de Hollywood, en passant par les écrivains et les chefs d’état…], tous les dialogues qu’il met en scène sont inspirés de faits réels, ce récit n’en demeure pas moins une fiction. C’est-à-dire une vision imaginaire d’un quotidien distant de plus de soixante ans », nous précise encore Kerwin Spire en introduction du livre.

Ce dernier justifie ce choix, susceptible d’être déroutant pour le lecteur, lors d’un entretien disponible sur le site de La Sorbonne Nouvelle(2) : l’auteur, qui a pu accéder à des correspondances et enregistrements inédits de l’écrivain, n’a « pas souhaité donner à son projet d’ouvrage [qui a longuement mûri] la forme d’un essai, mais plutôt se détacher de la forme de la thèse pour s’intéresser véritablement à [ces] quatre années absolument charnières », dans la vie et le parcours de celui qui a qui été tout à la fois diplomate sur la brèche – défendant les intérêts de la France – fin observateur de la société américaine [« conditionnée depuis plusieurs générations par les slogans publicitaires » et « que l’on force à changer de voiture chaque année », résistant « très difficilement à la vue d’un article bien emballé »(3)]et des mirages hollywoodiens, mais aussi écrivain animé par une profonde soif de reconnaissance.

Compagnon de la libération, « Romain Gary a 41 ans et vient d’être nommé Consul général de France [à Los Angeles] après une dizaine d’années de carrière diplomatique », un poste protocolaire où « il représente la France » comme il l’écrira plus tard dans son ouvrage « La promesse de l’aube » en citant l’injonction maternelle.
Ces années sont absolument charnières, car il arrive à Los Angeles avec un roman dans sa besace « Les racines du ciel », qui aura prochainement le Prix Goncourt ». Non encore achevé et sans titre définitif.
« Lorsqu’il quittera cette ville, l’écrivain aura un immense succès et sera auréolé du prestige de l’uniforme militaire et diplomatique ainsi que du prestige littéraire : Prix Goncourt de l’année 1956, succès critique et succès auprès des lecteurs pour « La promesse de l’aube ». Il sera également un écrivain adapté au cinéma car John Houston réalisera l’adaptation cinématographique de son oeuvre « Les racines du ciel » pour la 20th Century Fox » (2)

Ces années charnières sont d’autant plus intéressantes pour Kerwin Spire, qui, à travers l’itinéraire d’un homme, a pu aborder « des années fondamentales, celles de la Guerre Froide, de l’Amérique des années 1950 mais aussi des années de transition où le diplomate représente la France de la IVe République avec un gouvernement qui change tous les six mois. Le diplomate est donc la permanence de l’Etat, sa voix porte dans toute l’Amérique ». Et « deux ans après sa nomination sur ce poste, tout bascule à la faveur d’une crise de régime sur fond d’événements en Algérie française…. » (2)

Enfin, concernant la construction du livre, « l’approche est chrono-thématique avec des petits chapitres qui s’articulent autour d’événements politiques ou intimes, ce qui permet d’avoir une écriture extrêmement vivante, dynamique et très rythmée »(2), explique Kerwin Spire, qui n’oublie pas de « penser au plaisir et à l’intérêt du lecteur ».

C’est effectivement le cas, à la lecture de ce « Monsieur Romain Gary », que je recommande chaudement pour l’été.

En bref : « Monsieur Romain Gary. Consul général de France – 1919 Outpost Drive – Los Angeles 28, California », de Kerwin Spire, Gallimard, 2021, 20 €

Disponible dans toutes les bonnes librairies ou chez l’éditeur.

En parallèle, ne manquez pas de découvrir l’oeuvre de Romain Gary, une œuvre puisant ses racines dans des traditions peu connues en France, à savoir l’humour juif et les conteurs russes. Ancrée dans la résistance au totalitarisme et le souvenir de la Shoah, cette oeuvre prône un humanisme généreux, ouvert à la diversité culturelle, tout en dénonçant inlassablement toutes les exclusions. Une œuvre où l’homme apparaît comme un « aventurier héroïque » (un « picaro », dit Romain Gary), dont le mobile décisif est la quête de son droit à l’existence personnelle.  Et qui plus est, portée par une grande créativité formelle et un humour ravageur.

Pour commencer, rien ne mieux que « la promesse de l’aube », en partie autobiographique et l’un de ses livres les plus réussis. Sans oublier, bien entendu, « Les Racines du ciel », prix Goncourt et considéré comme étant l’un des premiers romans écologistes, où, au-delà de la problématique du sort des éléphants d’Afrique, se déroule une lutte à la fois tragique et héroïque au service de la beauté de la vie et de la dignité de l’homme.

Notes :

(1)Les « Frères Karamasov » de Fiodor Dostoïevski. Ldp, 1996, p 264 – deuxième partie, livre cinquième, chap. III « les frères font connaissance »]

(2)Présentation de Kerwin Spire et de la genèse de son ouvrage sur le site web de La Sorbonne Nouvelle.

Sur ce site, l’auteur présente son livre comme le premier volet d’une trilogie. « Un deuxième texte suivra avec, comme arrière-plan, la France des années 1960, où l’on suivra les aventures de Romain Gary aux côtés [ l’actrice] Jean Seberg [devenue son épouse]dans l’exploration du cinéma ». Un troisième texte « sera centré sur l’affaire Émile Ajar et sur le dédoublement, l’ultime tentative de réinvention de soi à laquelle Romain Gary donne corps à la fin de sa vie dans les années 1970 ».

(3) « Monsieur Romain Gary », p 268