Foireux liens de mai (33) : « fuir le monde » ou « s’engager dans le monde »

Les « Foireux liens » de mai : Européennes, réforme, feuilletons…

Bonjour ! Voici notre 33ème édition des « Foireux liens ». Au menu, Européennes 2019, projet de réforme « de la défiance », nouveaux épisodes de feuilletons politico-médiatico-judiciaires, Notre Dame de Paris, Vincent Lambert, GAFA, Transhumanisme, Fake news, travail dominical, Amazon….

Bonne lecture !

 

1) Européennes : « Tout ça pour ça » : Le score RN se ramène finalement à 23,3 %, soit 0,9 % d’avance sur la liste LREM (d’où même nombre de sièges à Strasbourg), et font moins bien qu’en 2014. Les macronistes se retrouvent un peu ballots après avoir clamé pendant des semaines qu’une vague brune déferlait et que seul M. Macron pouvait en préserver les peuples… Il n’y avait pas de vague brune : on le savait d’avance.

Voir aussi : Européennes 2019 : Les résultats des élections dans toute l’Union

Ce scrutin modifie les équilibres politiques dans l’hémicycle. « Contexte », média web français spécialisé sur les institutions, les politiques publiques et la fabrique de la loi, publie une série d’infographies sur les résultats, à comparer avec la composition du Parlement 2014-2019.

Et : découvrez les 74 députés français du Parlement européen

RN : 5 millions d’euros d’argent public détournés, une 20aine d’élus mis en examen, 40 collaborateurs soupçonnés dont la tête de liste aux Européennes 2019. Résultat : 1er parti français au Parlement européen durant les 5 prochaines années…

2) Ecole : Le projet de loi « de la défiance » amendé et adopté par le Sénat

Mardi 21 mai, le Sénat a approuvé le projet de loi « pour une école de la confiance » par 213 voix contre 95, après l’avoir largement amené (60 amendements adoptés, dont certains controversés, telle la possibilité d’une retenue sur les allocations familiales pour lutter contre l’absentéisme, ou cet autre amendement LR visant à interdire les signes religieux ostentatoires pour les parents accompagnateurs lors des sorties scolaires). Les sénateurs ont également supprimé l’amendement qui prévoyait la création des établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF), des structures qui regroupent un collège avec plusieurs écoles. Cette annonce avait suscité la colère grandissante des enseignants et des parents d’élèves. Députés et Sénateurs vont maintenant tenter de se mettre d’accord pour une adoption définitive rapide d’un texte inspirant, jusqu’à présent « la défiance » des enseignants et des parents.

Voir aussi le projet de loi « Pour une école de la confiance ».

3) Notre-Dame de Paris : une étrange manoeuvre financière risque de disperser les donateurs
Président de la Fondation du patrimoine depuis 2017, Guillaume Poitrinal décide unilatéralement de clore la souscription Notre-Dame et de diriger une partie de l’argent vers d’autres chantiers. Désarroi chez les donateurs. Désapprobation au ministère de la Culture, aux Monuments nationaux, à la Fondation Notre-Dame, à la Fondation de France. Et perplexité de l’opinion….

4) Affaire Vincent Lambert : le monde politique divisé après la reprise des traitements

La reprise des traitements étant acquise, les parents du patient réclament désormais son transfert, tandis que les responsables politiques opposent droit à la vie et droit à mourir dans la dignité.

Voir aussi : Vincent Lambert : quels enjeux juridiques et éthiques ?

5)  Pourquoi vous ne pouvez plus acheter chez Amazon

Lorsque vous achetez sur Amazon, tout est fluide, rapide. Tout est simple pour vous. Et c’est une réalité. Mais à quel prix ? Je ne parle pas du prix de ce que vous achetez. Mais le prix de votre petite conscience. Préférez-vous rester un citoyen qui a une conscience, une éthique ou oublier ce qui se cache ? Ainsi, voulez-vous vous offrir le beau produit pas cher, en écrasant les salariés ? Seriez vous d’accord d’être licencié par une machine ? Voulez-vous cautionner le désastre écologique et cynique d’Amazon ? Voulez-vous être surveillé dans votre chambre par Amazon ? Etc….

Voir aussi : Sept femmes enceintes licenciées par Amazon : 7 procès en 8 ans

Et Chez Amazon, un algorithme vire les employés « pas productifs »

6) Vous n’arrivez pas à vous déconnecter des GAFA ? Embrouillez-les !

Vous n’échapperez pas à la surveillance de masse, mais vous pouvez la gêner. Le livre « Obfuscation, vie privée, mode d’emploi » explique comment…

7) Quand Internet est devenu un objet mutant dysfonctionnel

Nous nous sommes trompés sur un point essentiel : Internet n’est pas une utopie mais un outil. Et pour comprendre cet outil nous devrions nous replonger dans les lectures d’Ivan Illich. Pour lui dès qu’un outil est institutionnalisé et s’impose comme ce qu’il qualifie de « monopole radical », un outil dont personne ne peut se passer et dont l’usage devient une injonction de consommation, il devient dysfonctionnel et détruit l’objectif qu’il est censé servir (…) En quelques années, Internet est devenu un objet mutant dysfonctionnel. Il était censé rapprocher les hommes, il les fracture. Au lieu de rendre la planète plus intelligente, il développe une sous-culture de la médiocrité.

8) Non, les « digital natives » ne sont pas tous des geeks, ils ne savent pas forcément utiliser les outils disponibles en ligne et ils ne font pas preuve d’un esprit critique à toute épreuve devant les flots d’information. Ne confondons pas la familiarité avec un médium et la connaissance approfondie de la manière de s’en servir. La ligne de partage ne passe pas par la date de naissance mais par la culture générale et l’éducation aux médias numériques.

9) Quand la paresse intellectuelle nous rend plus facilement manipulable

Aujourd’hui, l’information doit se faire la plus brève possible pour être susceptible d’attirer l’attention du chaland au risque de paraître “relou” et se faire zapper. Combien de fois ai-je entendu : “Mais tu es sûre que tu ne veux pas transmettre ton témoignage aussi en vidéo car tu attirerais plus de monde, tu sais les gens de nos jours n’aiment plus lire blablablablabla?” Sauf que l’information de qualité ne peut pas se résumer en quelques caractères….

10) «Attaque» de la Pitié-Salpêtrière. La fake news venait de l’Intérieur

Non, contrairement à ce qu’a affirmé Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, l’hôpital parisien n’a pas été pris d’assaut et dégradé par des manifestants mercredi 1er mai. Décryptage d’un emballement inquiétant.

11) Quand Marine Le Pen prônait l’interdiction des manifestations en période d’urgence

En mai 2016, en plein mouvement contre la loi travail, Marine Le Pen [qui se présente aujourd’hui comme la « grande défenseure des Gilets jaunes »] fustigeait les manifestations, appelant à leur interdiction, ainsi qu’au renforcement des forces de répression. A (re)découvrir, cet article publié sur Public Sénat et datant de 2016….

12) Le Conseil économique, social et environnemental : une institution méconnue, méprisée… et précieuse

La Ve République dispose avec lui d’une institution capable d’anticiper les grands mouvements sociaux, d’apprécier les évolutions de la société et de s’en faire le porte-voix. Plutôt que de créer de toutes pièces de nouvelles institutions, il serait sage d’utiliser celles qui existent déjà et dont c’est le rôle tel que prévu par la Constitution. Par exemple, le conseil économique, social et environnemental, de nature à être force de proposition sur tous les grands thèmes de société et anticiper d’éventuels difficultés ou blocages. C’est ainsi qu’il était en mesure d’anticiper le mouvement des « gilets jaunes », sans forcément avoir été écouté…..

13) Licenciements chez Cora : le «chaos législatif» du travail dominical

Le licenciement pour faute grave de deux salariés de la chaîne d’hypermarchés, opposés au travail le dimanche, pose à nouveau la question de son encadrement. Si les employés sont censés avoir le droit de refuser, ils n’en ont pas souvent la possibilité concrète.

14) Le succès du coaching à l’épreuve du professionnalisme

L’émoi suscité par l’émission de France Inter, diffusée en novembre 2018, sur « les dérives du coaching », met en exergue l’enjeu de la professionnalisation des coachs. Dans ce secteur en pleine expansion, la certification par les associations professionnelles (ICF, SF Coach…) ou écoles est un premier pas, mais elle n’est pas suffisante à la formation de professionnels compétents. Ceux-ci ont besoin de s’ouvrir à des approches leur permettant de mieux comprendre les contextes dans lesquels ils interviennent et d’instruire les dilemmes et tensions qui surgissent de leur pratique (…). Trois critiques alimentent de manière récurrente les analyses sociologiques du coaching.

15) Écriture inclusive et exclusion sociale

Les complexités de l’écriture inclusive ne sont pas seulement techniques si l’on considère les conséquences sociales éventuelles. Ne nuiraient-elles pas à l’égalité sociale ?

16) Des médias s’unissent pour documenter les effets du changement climatique en France

Fin 2018, Basta !MediapartPolitisReporterre et la Revue Projet se sont associés pour constituer un groupe de journalistes sur le climat. Jeudi dernier, 18 avril, ces médias ont poursuivi ce travail collectif en publiant sur leurs sites respectifs, une deuxième série d’articles concernant l’impact de la crise climatique en France chez les jeunes, les victimes de catastrophes naturelles, les agriculteurs, les personnes souffrant d’allergies… Un site baptisé « Jiec.fr » pour « Journalistes d’investigation sur l’écologie et le climat » est dédié à ces publications communes.

17) Bygmalion :Sarkozy sera bien jugé en correctionnelle

C’est un nouveau pas vers un procès en correctionnelle pour Nicolas Sarkozy. Le Conseil constitutionnel a estimé, vendredi 17 mai, que rien ne s’opposait à ce que l’ancien président soit jugé dans l’affaire Bygmalion pour financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012.

La justice reproche à Nicolas Sarkozy d’avoir dépensé au moins 42,8 millions d’euros, soit plus de 20 millions d’euros au-dessus du plafond autorisé, grâce à un système de facturation frauduleux. L’ex-chef de l’Etat a été renvoyé en février 2017 devant le tribunal correctionnel pour répondre de ce délit, mais sa défense a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour contester cette décision. Franceinfo répond à cinq questions sur cette décision.

18) Mais que devient François Fillon ?

François Fillon sera bel et bien jugé pour détournement de fonds publics, recel de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et manquement aux obligations déclaratives de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Son épouse, Pénélope Fillon, est quant à elle renvoyée devant le tribunal pour complicité et recel de détournement de fonds publics et recel d’abus de biens sociaux. S’il va donc bien devoir répondre de ses actes passés devant la justice, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy coule, depuis sa retraite forcée de la vie politique, des jours plutôt heureux. Il ne lui a, en effet, pas fallu plus de trois mois après sa cuisante défaite lors du premier tour de l’élection présidentielle pour décrocher un job en or, en devenant associé du prestigieux fonds d’investissement Tikehau Capital.

19) Etats-Unis : Comment le parti républicain a abandonné la question du porno

Autrefois, la lutte contre la pornographie était au coeur du combat culturel américain. Aujourd’hui, la porno est une énorme industrie – nocive – sans réels adversaires. Qu’est-il arrivé ?

20) Nationalisme, populisme, politiques et identité des évangéliques

Contribution de l’alliance évangélique européenne (EEA), extrait du projet Issachar à une période où, en Europe, beaucoup s’engagent dans des politiques identitaires , il est très important que les chrétiens aient une juste compréhension de leur propre identité et sachent que penser et comment prier et s’engager dans les questions politiques. C’est notamment le cas devant la tentation de réagir en se conduisant comme un groupe identitaire en présence des défis du libéralisme et de l’islam….

21) L’État, la Société se porteraient-ils mieux ou moins bien si les chrétiens étaient mêlés au pouvoir ?

A la dernière présidentielle, suite aux résultats du premier tour (Macron-Le Pen), certains chrétiens voire pasteurs, sur les réseaux sociaux ou blogs avaient appellé à « investir la société, ne pas juste être spectateur mais acteur ». Investir, d’accord, mais de quelle manière ?

22) Comment faire Église aujourd’hui ? Le point de vue d’un Attestant

Pascal Geoffroy, pasteur, membre des Attestants, revient sur la création de ce mouvement, au regard de l’histoire.

23) Une communauté nourrie par la prière

Dans un précédent article, le pasteur Philippe Golaz expliquait que « la prière était ce qui permettait de rester spirituellement vivant, en étant relié au Père ». Plus récemment, lui-même a mis un frein à sa frénésie du faire et à la pile de projets en attentes pour prendre un temps d’écoute et de discernement. De là cette conviction que la première chose à faire, était de réinvestir le domaine de la prière. Que si la relation au Père n’était pas entretenue en amont, alors tout le reste serait vide de sens et ne porterai pas de fruit, ou alors beaucoup plus difficilement.

24) « The Bible Project » maintenant en français

Connaissez-vous le site “The Bible Project” ? Lancé en 2014, ce site qui contient de nombreuses vidéos est une véritable mine d’or pour tous ceux qui veulent creuser les Écritures. A l’occasion des fêtes de Pâques, une version du site et des vidéos est désormais accessible en français.

25) Quand je croyais que Dieu voulait que je sois avec un non croyant

Une note de blogue adressée aux “missionnaires de l’amour” autrement dit tous ceux et celles qui pensent que Dieu les appellent à être en couple avec des personnes ne partageant pas leur foi pour les convertir par la suite.

26) Quand Rien créa Tout

Toi, tu crois en rien », réplique Paul (joué par Edouard Baer), musicien tendance punk-anar à son fils, dans « la lutte des classes » de Michel Leclerc(2019). Olivier Keshavjee, le théologeek, nous partage sa traduction autorisée d’un article de Joe Carter, lequel propose une tentative de méta‐narratif athée‐matérialiste simple et compréhensible qui explicite la question de la compréhension de soi. Il s’agit donc du regard constructif d’un chrétien sur une vision du monde scientifique réductionniste ontologique…..

27) Le corps, humus sans espoir

Nous vivons, et nous mourons. C’est un fait indépassable de la vie humaine. Qui que nous soyons, dans ce monde dans lequel nous vivons maintenant, nous vivons et nous mourons. Pour ceux qui voient s’éteindre des proches, que cela signifie-t-il ? Douleur, perte, deuil. Séparation. Dans ce processus de deuil, ce qui arrive au corps de la personne décédée a de l’importance. L’humanité a d’ailleurs toujours eu conscience de cela, d’où l’importance des rites funéraires qui apparaissent très tôt dans l’histoire humaine. Les deux « rites » autorisés en France sont la crémation et l’inhumation. Mais une autre alternative a fait le titre d’un article du Monde : l’humusation, c’est à dire la transformation du corps en humus.

28)Aux origines du transhumanisme

Le récit transhumaniste commence dès le livre de la genèse, le premier livre du pentateuque avec cette promesse « vous ne mourrez pas », tous les mythes et légendes anciennes, celles des sumériens de la Mésopotamie, des fables de l’odyssée de Homère, l’élixir des alchimistes des chinois et leurs pilules d’immortalité, nous rapportent des rêves de dépassement de l’humanité et de conquêtes contre la mort.

L’histoire très ancienne de ces récits nous évoquent de fait la mémoire d’une humanité à la quête de son paradis perdu et sa volonté de conquérir le fruit interdit en gommant si possible le récit construit de la civilisation humaine fondée depuis la chute, sur l’idée de la mort. Décryptage sur le blog « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître, partenaire de Pep’s café.

29)Sortir ! Recension du livre de Natalia Trouiller, un essai sur la stratégie que l’église devrait adopter pour traverser notre époque post-moderne.

Comment se fait-il que nous soyons plus prompt à considérer l’impureté du monde et vouloir le fuir, plutôt que de vouloir comme Christ nous incarner dedans et embrasser à pleine bouche son impureté et sa crasse pour la purifier par l’Esprit?

Réponse, selon l’auteur: Parce que nous avons développé une disposition collective de type gnostique. Nous séparons le corps de l’âme, nous rejetons la matière pour embrasser le pur spirituel, nous fuyons le monde pour embrasser la Connaissance Salvatrice. Nous nous satisfaisons de connaissance et de saine doctrine, en refusant de nous laisser transformer par elle pour agir ensuite. Nous avons développé un habitus de cathare. Et ce n’est pas un compliment. La suite sur Phileo-sophia, le blog d’Etienne Omnès.

Et le dernier pour la route :

30) « Les plantes sont extraordinaires : c’est un modèle décentralisé dont tous les membres participent à la décision »

Pour Stefano Mancuso, fondateur du laboratoire de neurobiologie végétale, tout ce que nous construisons au niveau de nos organisations sociales est bâti sur le modèle du corps animal. Or les animaux – humains compris – ne représentent que 0,3 % de la vie sur la terre, bien moins que les trois autres catégories que sont les végétaux, les champignons et les êtres monocellulaires. L’écrasante majorité des êtres vivants utilise des modèles différents du nôtre, qui est très fragile. Il suffit d’enlever la tête et toute l’organisation s’écroule. Il y a eu des empires, comme ceux des Aztèques et des Incas, des civilisations très avancées, dont l’organisation reposait exclusivement sur l’Empereur. Il a suffi aux Espagnols de s’attaquer à ce dernier pour que tout le système s’écroule instantanément. Par son organisation horizontale, une plante survit même si, par exemple, un animal mange ou détruit une partie de son corps, quand un animal meurt dès qu’un de ses organes vitaux ou son cerveau sont ôtés ou détruits. Comment ce modèle peut nous inspirer dans l’organisation des sociétés humaines ?

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en juillet.

 

 

« Foireux liens » de mars (32) : « retour à la source »

Les « Foireux liens » de Mars : une actualité à temps et à contre-temps….

Bonjour ! Voici notre 32ème édition des « Foireux liens ». Au menu, des sujets économiques et sociaux, sociologiques, médiatiques et théologiques classés par ordre alphabétique : Attentats, Babel, contrôle médiatique, Dieu et nous, engagement et témoignage de l’Eglise, immigration, impôts, la Poste, les jeunes et l’information, santé et sécurité au travail, Trinité….

Bonne lecture !

 

Babel : plaidoyer pour la diversité culturelle

Et s’il fallait lire autrement la fameuse histoire de la tour de Babel ? À la suite des récits de Caïn et Abel et du Déluge, l’histoire de Babel (c’est-à-dire Babylone) a une portée théologique, présentant les suites de la rupture en Éden. Au-delà de l’événement, elle dénonce un phénomène récurrent au travers des âges. Ésaïe et l’Apocalypse, dans la suite des Écritures, évoqueront ainsi Babylone comme l’archétype de la cité orgueilleuse des hommes, en contraste avec Jérusalem, cité et montagne de Dieu. Le récit de Babel, bien compris, nous interroge sur notre rapport au monde et à la diversité culturelle.

Cinq mythes au sujet de la Trinité

Réfutations de 5 affirmations – qui sont autant de mythes – sur la Trinité : « c’est réservé aux experts en théologie », « une invention de l’église primitive », « ça sert à rien pour la vie spirituelle »

Comment La Poste tente de constituer une base de données géantes sur « tous les Français »

Une entreprise française sait beaucoup de choses sur vous : où vous habitez, quand vous déménagez, de combien de membres se compose votre famille, quel type de colis vous recevez et de qui… Cette entreprise, c’est La Poste, déjà connue pour revendre des fichiers d’adresses à des entreprises pour leurs prospections commerciales. Un nouveau cap pourrait être franchi : La Poste a racheté une start-up grenobloise spécialisée dans l’intelligence artificielle, qui permet de collecter et d’organiser des milliards de données personnelles.

Le Postillon, journal local isérois partenaire de Basta !, a enquêté sur ces pratiques. Ou comment l’ex-établissement public utilise sa position pour s’approprier un gigantesque patrimoine de données privées.

Comment les jeunes s’informent-ils ?

Une question à laquelle répond le Cnesco* (Conseil national d’évaluation du système scolaire) dans une enquête dévoilée fin février.

La plupart des jeunes s’informent (54% en 3e, 68% en Terminale), surtout par le biais de la télévision (à 80%). Viennent ensuite l’entourage, les réseaux sociaux, les vidéos en ligne. Qu’on ne s’y trompe pas « les élèves sont perspicaces », souligne l’enquête : ils ne font que très peu confiance aux réseaux sociaux et s’en remettent plutôt aux médias traditionnels. L’enquête pointe que les élèves issus de milieux défavorisés s’informent moins que les autres (46% contre 67% en 3e, 59% contre 78% en Terminale). Ils font aussi davantage confiance aux réseaux sociaux que les autres élèves. De manière générale « les enfants dont les parents ne s’intéressent pas à l’actualité sont moins nombreux à s’informer eux-mêmes ».

* supprimé et remplacé par un « Conseil d’évaluation de l’Ecole » sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, dans le projet de loi « pour une école de la confiance », actuellement en débat et adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 19 février. Le projet de loi sera examinée au Sénat dans un calendrier qui n’est pas encore connu, mais peut-être pas avant avril-mai, avant passage en commission mixte paritaire.(https://www.vousnousils.fr/2019/02/19/que-retenir-de-la-loi-pour-une-ecole-de-la-confiance-621003 ). Intégré en partie dans « les attributions actuelles du Conseil national d’évaluation du système scolaire »(CNESCO), ce conseil « permettra l’existence, pour la première fois, d’un système d’évaluation de toutes [les] écoles et [des] établissements ».

 

Comment une nouvelle « loi travail » pourrait bientôt s’attaquer à la santé et à la sécurité des salariés

Le gouvernement s’apprête-il à faire voler en éclat la législation sur les risques professionnels, censée protéger les salariés des atteintes à leur santé ? La ministre du Travail Muriel Pénicaud pourrait bientôt s’inspirer du récent rapport Lecocq pour modifier les lois actuelles. Ce dernier recommande d’assouplir plusieurs règles, notamment en renvoyant leur négociation à l’entreprise et non plus à la loi, dans la droite ligne des précédentes réformes. Et d’exonérer le plus possible la responsabilité de l’employeur en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Syndicats, experts et associations de victimes craignent un grand retour en arrière. Explications.

Dieu a-t-il besoin de nous ?

Nous n’oserions jamais dire que Dieu a besoin de quelque chose, comme s’il avait un manque. Nous savons qu’il est Dieu, et qu’il se suffit donc à lui-même. Pourtant, je crains que souvent, dans notre manière de parler de Dieu ou dans certains de nos chants, nous laissons penser que Dieu a besoin de nous. (Au risque) de faire le rabat joie, mais voici des exemples qui me semblent ne pas refléter la manière dont la Bible parle de Dieu.

Dieu est-il contre les impôts ?

Une question qui implique des enjeux politiques forts si Celui qui gouverne l’univers doit servir de référence. Quelle est la position de Jésus : conservateur, ou libéral ? Et s’il y avait une troisième voie ?

Voir aussi « Que dit la Bible des impôts ? » 

Emmanuel Macron, le journalisme de cour et le contrôle des médias

Quand le Président de la république « réfléchit à voix haute » : son inquiétant projet de contrôle des médias.

Lors d’un échange avec quelques journalistes triés sur le volet, comme dans «l’ancien monde», le président a confié ses projets de mise au pas de la presse…

L’ensauvagement du web

À l’heure où plusieurs rédactions sont en ébullition suite aux révélations sur les agissements de la « Ligue du LOL », The conversation republie l’analyse d’Arnaud Mercier sur la propagation de l’agressivité en ligne.

L’ordre et les regrets

Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, élu début janvier 2019, affiche ouvertement sa foi chrétienne. Les Églises – catholiques comme protestantes – ont eu un rôle déterminant dans cette élection. Mais peut-on se dire « pro-vie » tout en affichant autant de sympathie pour un candidat ouvertement pro-armes et anti-paysans ?

La (bonne) fiction stimule le cerveau

88% des Français sont lecteurs. Pourtant, peu d’études ont été réalisées sur le cerveau durant cette activité. L’une d’elles a montré que lire de la fiction littéraire améliore notre compréhension du comportement des autres, plus que la lecture de fiction dite populaire. Deux zones du cerveau sont stimulées et interagissent davantage. De quoi nous aider à choisir nos prochaines lectures

La méditation : le nouvel « esprit » du capitalisme ?

Comment cette pratique, qui fut longtemps associée (en Occident) à des conduites jugées « exotiques » voir excentriques, a-t-elle pu se retrouver légitimée par la science, l’économie et le politique ? Pourquoi un tel engouement et surtout qu’est-ce que ce succès peut-il nous dire en retour sur nos sociétés ? Trois éléments pouvant expliquer – bien que partiellement – les raisons de la diffusion de la méditation aujourd’hui.

La théologie face à l’amélioration de l’homme

La discussion théologique à propos de l’homme augmenté oscille entre deux arguments : d’un côté, le human enhancement est considérée comme un essai de playing God ou comme une conséquence de l’hybrisdes humains ; de l’autre, il passe comme une réalisation positive de la vocation de l’homme et de sa capacité d’intervenir sur la création, en la modifiant et en créant une culture. L’appréciation théologique d’un projet concret d’enhancement se fera cas par cas ; elle dépendra de plusieurs critères qui s’inspirent de l’anthropologie biblique, comme notamment le souci pour le corps et ses besoins, la lutte contre les maladies et les souffrances, le respect pour autrui qui ne doit jamais devenir une création ou une fabrication d’autrui, la protection des plus faibles, la justice et la prudence par rapport à des projets à risque.

Une passionnante contribution du théologien Karsten Lehmkühler dans la Revue d’éthique et de théologie morale 2015/4 (n° 286)

La Trinité est-elle une notion juive ?

Toutes les idées sur le Christ [=le Messie] sont anciennes : la nouveauté, c’est Jésus » : la Trinité chrétienne, « plus juive que grecque ».

La Trinité est-elle juive ? Cette question peut paraître iconoclaste. Le dogme de la Trinité et l’affirmation que Jésus est Dieu ne sont-ils pas précisément ce qui distingue le christianisme du judaïsme ? Pourtant, l’étude du judaïsme antique conduit à nuancer cette opposition confessionnelle : les idées théologiques ayant abouti à la formulation de la doctrine de la Trinité, comme la nature divine du Messie, sont acceptées par certains courants juifs de l’Antiquité avant même la naissance du christianisme.

Le débat du mois, sur la revue « Projet » : L’éducation a-t-elle un genre ?

Parler du genre permet de révéler les inégalités entre hommes et femmes. C’est aussi l’occasion de se confronter à ce qui nous est le plus intime : le rapport de chacun à son corps et les représentations transmises d’une génération à l’autre. Comment le fait d’être un garçon ou une fille influe-t-il sur l’éducation reçue à l’école ou en famille ? Ils et elles sont sociologues, historiens, éducateurs, chercheurs, philosophes, intervenants en milieu scolaire, parfois militants … et ont accepté de confronter leurs opinions…

Les Attestants ont quatre ans

Près de quatre ans après la naissance des Attestants, où en est le mouvement ? Quelle est sa place dans l’EPUdF ? Sa naissance a permis de limiter du moins en partie le départ de pasteurs et de fidèles après le synode de 2015. Mais en vue de quoi ? Pour vivre quoi dans notre Église qui, pour une large part ne comprend pas ce que représente ce mouvement. Sur cette question Pascal Geoffroy propose quelques réflexions à l’usage des Attestants dont il est membre, élu au conseil d’administration comme à usage de l’EPUdF dont il est un ministre.

“Les chrétiens face aux migrants”

Une enquête de Pierre Jova, co-fondateur de Limite et journaliste au Pélerin, sur un sujet qui déboussole tant de catholiques français…..

Nietzsche a-t-il tué Dieu ?

« Dieu est mort ! » : c’est sans nul doute l’expression la plus connue de Nietzsche, tirée du Gai savoir . Ainsi, Nietzsche est devenu le père des déicides libérés de l’esclavage du divin. Vous entendrez dire que grâce à Nietzsche, la science et l’homme ont échappé à l’emprise du divin. « Hommes, femmes, vivons pleinement, car Dieu est mort ! » Des blogs athées aux livres de Michel Onfray, tous, y compris les chrétiens, prennent cette affirmation pour argent comptant, comme si elle résumait une revendication anti-chrétienne de Nietzsche. Ce serait tout d’abord oublier le reste de cette fameuse citation….

Pour une approche réaliste de l’immigration

François Héran, sociologue, anthropologue et démographe français, directeur de recherche à l’INED et professeur au Collège de France sur la chaire « Migrations et sociétés », règle leur compte aux polémiques et aux discours irréalistes sur l’immigration.

Pourquoi l’Eglise ferait bien de ne « prendre position » sur rien
Parce qu’ il est contre-productif, voire dangereux de s’engager dans ces dénonciations, prises de positions et déclarations officielles que l’on demande de partout à l’Eglise.

Pourquoi notre relation avec Dieu est unique et précieuse

La défaite des israélites lors d’un bataille nous rappelle ce qui est vraiment important dans notre relation avec Dieu, à quel point elle est unique et précieuse. Mais comme les israélites nous pouvons passer complètement à côté de l’essentiel…Une méditation de 1 Samuel 4v1-11.

Pourquoi regarde-t-on la vidéo d’un homme qui en massacre d’autres ?

La vidéo du massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande, commis dans deux mosquées par un suprémaciste blanc, se revendiquant ouvertement identitaire et fasciste, s’est produite le 15 mars. Elle était encore en ligne le 16 mars au matin à 8h30 sur Twitter. Le lendemain de l’attentat. Elle était même la première qui ressortait lorsque l’on cliquait sur le hashtag #Christchurch dans l’onglet vidéo.

« Ce que nous tolérons indique ce que nous sommes vraiment ». Ce que nous tolérons à l’échelle d’une société dont nous ne cesserons jamais d’être acteurs même si nous avons l’impression de n’en être que spectateurs, ce que nous tolérons indique ce que notre société est vraiment. Le 15 Mars 2019 nous avons toléré qu’un homme se filme en direct en train de répandre froidement la mort sur une plateforme réunissant plus de deux milliards et demi d’utilisateurs.

Voir aussi les 4 réflexions du sociologue Sébastien Fath sur ces Attentats terroristes islamophobes

Qu’est-ce qu’une communauté inspirante ?

Parmi les communautés qui inspirent, questionnent et encouragent le pasteur Philippe Golaz dans son ministère, en voici une qui se définit et se distingue dans le fait que « laïc » est « un mot interdit », « honorer » « un mot-clé », « diversité » est « une réalité à vivre »…..

Quelles pédagogies pour quelles finalités ?

La notion de « pédagogies alternatives » recouvre des réalités hétérogènes et conduit à se poser des questions sur la finalité des pédagogies et de la mission de l’éducation.

Trop occupés pour aimer : vaincre l’indifférence et le consumérisme dans l’Église

A l’heure où les chrétiens sont pointés du doigt pour leur soutien dans la montée au pouvoir du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, ou encore dans l’affirmation de la mandature de Donald Trump à l’occasion des midterms, la perception du christianisme dans le monde semble en crise.

Aux yeux de beaucoup, l’amour du prochain et la défense des plus vulnérables paraissent s’éclipser pour laisser place au populisme, à l’homophobie ou encore au sectarisme. Une réaction naturelle et intuitive serait de critiquer un traitement médiatique défavorable, clairement caricatural (….) Mais ne passons-nous pas ainsi devant l’opportunité d’adresser un mea-culpa (« ma faute » en latin) ou de nous mettre aux bénéfices d’une remise en question ? Car si les fléaux évoqués précédemment ne sont pas les caractéristiques de la plupart des chrétiens qui (nous) entourent, un peu d’honnêteté (nous) pousse à affirmer qu’ils restent une réalité. Il apparaît plus que jamais nécessaire pour les chrétiens de renouer avec l’ADN de l’Église « primitive » !

Une réflexion de Joseph Gotte, à lire sur son blog, lequel encourage à « Vivre sa jeunesse autrement », pour livrer un nouveau regard sur le monde et présenter ce qu’être jeune chrétien signifie réellement aujourd’hui.

 

 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en mai.

 

 

 

 

 

 

« Foireux liens » de novembre (30) : « une certaine conception de l’homme » (des droits et de la dignité)

Les « Foireux liens » de Novembre et autant de réflexions sur « une certaine conception de l’homme », de la dignité et des droits des minorités…

Bonjour ! Les « Foireux liens » tant attendus sont de retour ! Au menu de cette édition : Prix Nobel de la Paix pour Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » et Nadia Murad ; acquittement d’Asia Bibi, Réforme de l’Etat et des services publics, réforme de la laïcité, rapport du Comité d’Ethique, « Pétain, Macron et la mémoire », hausse du prix à la pompe et dossier sur la chaussure, élection présidentielle au Brésil et « midterms » aux Etats-Unis, racisme et antisémitisme, Référendum en Nouvelle Calédonie….et bien d’autres encore ! Bonnes lectures !

 

1) Prix Nobel de la paix pour un médecin congolais et une yézidie, ancienne esclave de Daech

Le prix Nobel de la paix 2018 a été attribué au Congolais Denis Mukwege et à la yézidie (adepte d’une religion monothéiste) irakienne Nadia Murad, ancienne esclave de Daech, pour leur combat pour mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre.

2) Asia Bibi, nouvelle icône de l’indépendance de la justice pakistanaise ? 

L’arrivée au pouvoir d’Imran Khan a entraîné une série de changements institutionnels au Pakistan. Le chef de l’autorité judiciaire (Chief of Justice en anglais) a changé de visage : ce dernier devait être en accord avec les attentes progressistes du gouvernement dans un Pakistan toujours divisé, entre une zone au nord-ouest où les conflits, certes apaisés, existent toujours et un pays encore sous l’influence de certains leaders fondamentalistes cherchant constamment à instrumentaliser le fait religieux à des fins politiques. Il fallait pour lui, également, composer avec le pilier du régime pakistanais : l’armée. Quoiqu’il en soit, la trajectoire pakistanaise demeure fidèle à ces dernières années : elle est floue.
C’est finalement Asia Bibi* qui est devenue le point d’interrogation devant la Cour suprême. Existait-il suffisamment de preuves pour condamner cette jeune chrétienne sur le fondement du blasphème ? Ce même délit qui est devenu l’apanage de plusieurs religieux afin de réprimer les minorités au Pakistan et dont la définition et les contours sont aussi flous qu’ils sont juridiquement insaisissables.

*Accusée de blasphème et condamnée à mort, Asia Bibi a passé 8 ans en prison au Pakistan. Son acquittement a provoqué la paralysie du pays, bloqué par des manifestants islamistes….

3) L’Avis du comité d’éthique (rapport du 25/09) : des réactions catholiques et protestantes

« Face à la vague », une réflexion publiée sur le blogue « Les Cahiers libres »

Extension de la pma, tests génétiques, dépistage anténatal, autoconservation des ovocytes … Il y a de quoi être sonné par le rapport du CCNE publié le 25/09, tant il ouvre de vannes. Même s’il n’est que consultatif, on sent comme une grande vague prête à emporter les dernières digues d’une certaine conception de l’humanité. Chacun perçoit qu’il s’agit d’un mouvement de fond que deux- trois pétitions, et même des argumentaires de bon sens, ne feront pas reculer facilement.

Comment en est-on arrivé là ? Que peut-on faire ? Quelques tentatives de réponses en profondeur à ces deux questions, en prenant un peu de recul.

Produire la vie, produire sa mort ? Repères chrétiens face aux questions de bioéthique d’aujourd’hui

Le 1er novembre 2018 à l’Eglise d’Altkirch, la rencontre inter-Eglises mennonites a rassemblé environ 150 personnes. Luc Olekhnovitch, pasteur des Eglises évangéliques libres et président de  la Commission d’éthique protestante-évangélique, était l’orateur principal. A découvrir les enregistrements des 4 exposés, avec une bibliographie et l’accès à d’autres documents, « pour aller plus loin »

4) Réforme de l’Etat : l’Ere des managers de la fonction publique ?

Avec plus de six mois de retard, le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé le lundi 29/10 les annonces « transversales » sur la réforme de l’Etat. Le rapport CAP22, qui avait fuité dans la presse pendant l’été, laissait déjà augurer des pistes de réforme. Si l’intégralité dudit rapport n’a pas été conservée, l’état d’esprit de la réforme demeure dans la continuité de ce qui était prévu, avec pour objectifs d’atteindre les 3% de déficit public autorisés par la commission européenne et une diminution de 50 000 postes d’agents publics d’Etat à l’horizon 2022. Les trois quarts des recommandations du rapport CAP 22 sont conservées, notamment sur les questions posées par l’audiovisuel public, le fonctionnement du système de santé ou encore l’administration fiscale. La digitalisation des services occupe une grande place dans cette feuille de route. Il est ainsi envisagé que 100% des services publics soient dématérialisés d’ici 2022 en rendant la plupart des services accessibles depuis internet, comme par exemple la possibilité d’inscrire son enfant dans un établissement scolaire. Si la possibilité d’effectuer des démarches par internet n’est pas en soi une mauvaise chose, c’est quand elle devient un moyen de substitution à une présence de moyens humains sur le terrain que cela pose problème….

5) La Justice de demain : « prédictive » et « expéditive » !

Ou les conséquences du recours à un système judiciaire impacté par l’Intelligence Artificielle. Une analyse lucide et pertinente d’une réalité glaçante par Eric Lemaître, à lire sur « La Déconstruction de l’Homme », blogue partenaire de Pep’s café!

6) Comment La Poste se joue des élus et des usagers pour fermer toujours plus d’agences locales

Saviez-vous que La Poste est exemptée à 95 % de taxe foncière et de contribution économique territoriale ? Que cet argent économisé est censé lui permettre de « moderniser » les bureaux de poste grâce au « fonds postal national de péréquation territoriale » ? Mais que La Poste s’en sert en réalité pour en fermer un maximum en les transformant en petits relais postaux ? Connaissez-vous les « modes opératoires » publiés par La Poste pour expliquer à ses cadres locaux comment fermer habilement un bureau, même s’il ne désemplit pas ? Vous a-t-on dit que l’État et les élus locaux sont souvent complices de cette destruction du service public ? Grâce à quelques documents internes, Le Postillon, journal local isérois partenaire de Basta !, vous explique quelques combines de la direction de La Poste.

7) Quel est le rôle des pétroliers dans la hausse des prix à la pompe ?

Les mouvements sociaux de protestation contre les prix des carburants se multiplient sur le territoire français, avec notamment la grande action des « gilets jaunes » qui a eu lieu le 17 novembre. Or, dans ce contexte, les multinationales du secteur pétrolier, qui sont pourtant présentes sur toute la chaîne d’exploitation, de l’exploration à la distribution, ne font curieusement pas l’objet d’une véritable attention. L’ objectif du présent article est ici d’apprécier le lien qui pourrait exister entre la rentabilité de ces groupes et le cours du pétrole qui, in fine (et au-delà des taxes), est à l’origine de l’inflation actuelle des prix à la pompe. C’est ce qui permettra d’apprécier l’influence que ces groupes pourraient avoir ou non sur ce phénomène.

8) Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure 

La revue « projet » a interviewé nos chaussures, lesquelles « n’ont rien caché de leurs conditions de fabrication, de leur empreinte écologique, de la répartition de leur prix de vente. Elles nous ont révélé un monde à côté de ses pompes. Et demandé, à coups de pied aux fesses : quand changerons-nous donc de modèle économique ? »

9) France : 10 000 étudiants en grandes écoles contre « le culte de la croissance » et pour un « réveil écologique »

Un manifeste, signé par plus de 10 000 étudiants, appelle le monde économique au réveil écologique. Dans ce texte, des étudiants issus des grandes écoles françaises s’engagent à ne pas travailler pour des entreprises polluantes.

10) Macron envisage d’amender la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat

Une réflexion est en cours pour « réduire l’influence étrangère » et prévenir les dérives intégristes. Et au cœur de la réforme voulue par l’Elysée : l’argent…..

11) « La Laïcité n’est pas une recette de cuisine mais une exigence démocratique »

Un article de Valentine Zuber, historienne, relatif au débat actuel sur la laïcité.

Voir aussi : Lois religieuses, lois étatiques

Quels sont les rapports entre le droit de l’État et les normes religieuses ? Pour répondre à cette épineuse question en évitant les polémiques, il est important de regarder de plus près comment les juges et les États considèrent ces normes religieuses. Zoom sur la France et l’Europe.

12) « De Corvée de centenaire »

Ou comment « pour un décideur moderne, les vieilles histoires ne doivent pas déranger le business, un point c’est tout. Aussi le centenaire [de 1918] prend-il cette allure calamiteuse d’une cohorte présidentielle qui tient à faire savoir, de la manière la plus claire possible, qu’elle expédie là une insupportable corvée que seul le hasard calendaire et les puériles beautés d’un chiffre rond ont parachuté dans son agenda ».

Voir aussi « Pétain, Macron et la mémoire »

13) Référendum en Nouvelle Calédonie : la victoire en demi-teinte du non à l’indépendance

S’il donne un ancrage légitimé par les urnes à la France, ce vote ouvre aussi une nouvelle phase de dialogue avec des indépendantistes confortés par les résultats.

Voir aussi : https://theconversation.com/nouvelle-caledonie-un-vote-suivi-de-tres-pres-dans-la-region-pacifique-106114

14) Brésil : « apocalypse now »

Ce qui s’est passé au Brésil est d’une importance capitale pour les démocraties occidentales, déjà rongées par la montée de droites radicales, souvent dites « populistes ». Comment un pays, dont les habitants considèrent à 69 % la démocratie comme le meilleur des régimes, peut-il se précipiter dans les bras d’un ancien capitaine de parachutistes, politicien de troisième zone depuis 30 ans, dont la seule ligne claire, depuis ses débuts en politique, est l’apologie de la dictature, de la torture, du meurtre ?Le Brésil est actuellement le théâtre d’une hystérie et d’un aveuglement collectifs aux proportions inédites, lequel doit être analysé et médité à la mesure de sa gravité.

15) Une semaine après, voici les vrais résultats des midterms et ils sont mauvais pour Trump

Finalement, les résultats des midterms sont pires que prévu pour les républicains. Un signal dangereux pour Donald Trump à deux ans de l’élection présidentielle de 2020.

Voir aussi https://www.telerama.fr/medias/les-resultats-en-trompe-loeil-des-midterms,-symbole-des-failles-des-medias,n5893771.php

16) Aux États-Unis, la haine raciste et antisémite alimentée par les thèses du « post-nazisme »

Le samedi 27 octobre 2018, un homme entre dans une synagogue de la ville de Pittsburgh (Pennsylvanie), aux États-Unis, ouvre le feu en hurlant des insultes antisémites, entrecoupé de « Tous les Juifs doivent mourir ! ». Onze personnes meurent. L’an passé à Charlotteville (Virginie), ville moyenne de ces mêmes États-Unis, une manifestation de militants racistes et autres suprémacistes blancs criait : « Les Juifs vont nous remplacer ! » Les agressions physiques antisémites se multiplient dans ce pays. Selon un article du Monde, qui reprend les chiffres de l’Anti-defamation League, elles auraient même progressé de 57 % depuis deux ans. Selon le même article, les chiffres du vandalisme de lieux religieux auraient quant à eux augmenté de 86 % durant la même période. Cette haine antisémite se nourrit des thèses de l’extrême droite étatsunienne, très active et surtout très vivace.

17) Trop occupés pour aimer : vaincre l’indifférence et le consumérisme dans l’Église

À l’heure où les chrétiens sont pointés du doigt pour leur soutien dans la montée au pouvoir du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, ou encore dans l’affirmation de la mandature de Donald Trump à l’occasion des midterms, la perception du christianisme dans le monde semble en crise….Aux yeux de beaucoup, l’amour du prochain et la défense des plus vulnérables paraissent s’éclipser pour laisser place au populisme, à l’homophobie ou encore au sectarisme. Une réaction naturelle et intuitive serait de critiquer un traitement médiatique défavorable, clairement caricatural….Mais ne passons-nous pas ainsi devant l’opportunité d’adresser un mea-culpa (« ma faute » en latin) ou de nous mettre aux bénéfices d’une remise en question ?

18) Le Musée de la Bible retire de faux manuscrits

Cinq fragments des manuscrits de Qumrân, exposés au Musée de la Bible à Washington, ont été reconnus comme faux. Ils ont été retirés de l’exposition et remplacés par trois autres fragments qui ne montrent pas les mêmes anomalies.

Voir aussi https://fr.aleteia.org/2018/10/25/ce-que-lon-sait-des-sept-faux-manuscrits-de-la-mer-morte/

19) L’Apôtre et le philosophe

Sénèque, le plus grand auteur classique du 1er siècle ap JC, était contemporain des Apôtres chrétiens et l’Apôtre Paul a séjourné à Rome en même temps que lui. En partant de là, une légende s’est diffusée dans l’Eglise chrétienne, selon laquelle Sénèque aurait connu Paul, se serait intéressé à son enseignement et peut-être même converti au christianisme par lui. Cette légende, longtemps marginale, a refait surface à la Renaissance chez des auteurs avides de « christianiser » les classiques païens nouvellement redécouverts. Qu’en est-il réellement ?

20) #Balancetonporc a passé 3000 ans !

« Un progrès moral de notre société, vraiment ? L’affaire Weinstein, ce producteur hollywoodien dénoncé par des dizaines d’actrices pour diverses atteintes sexuelles, a déclenché une libération de la parole des femmes. #meetoo, et #Balancetonporc en francophonie, ont mené bien des femmes à oser parler des actes abusifs dont elles sont les victimes. Certains se plaignent des évolutions morales négatives de leur société. Ici, au contraire, notre foi en la Providence divine nous amène à nous réjouir du réel progrès que constitue la possibilité même d’en parler ». Ou comment la foi chrétienne n’est en rien « pudibonde »…

21) Recension du livre « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître

Après notre interview de son auteur, découvrir une première recension du livre-événement consacré au transhumanisme sur le blogue Phileo-sophia.

22) Pourquoi « l’affaire Ghosn » ne devrait étonner personne : parce que « Greed is good ! »

Manager de l’alliance Renault-Nissan, demi-dieu de la finance globale, M. Ghosn gagnait 16 millions par an dont 9,18 millions chez Nissan à Tokyo. Néanmoins, il fraudait le fisc depuis des années ! (C’est Nissan qui le dénonce aujourd’hui). Frauder le fisc quand on dispose d’une telle fortune : pourquoi ? Parce que ! C’est une forme de démence décrite par le personnage de « Gordon Gekko » (joué par Michaël Douglas) dans « Wall Street », le film d’Oliver Stone (1987) : « Greed is good ! »

Ces « Foireux liens » sont terminés. Merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en janvier.

« Read it (again) » : la Déclaration de Barmen (1934) ou quand l’Église sait dire « non »

L’Eglise saura-t-elle être l’Eglise aujourd’hui et dire « Oui » à son Seigneur Jésus et « Non, non, non et non ! » à « cette fausse doctrine », selon laquelle, en plus et à côté de la seule Parole de Dieu, « l’Eglise pourrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu…. » ?

L’Église n’a pas à s’inquiéter d’être « dans le monde » mais plutôt de savoir « comment » être dans le monde, « sous quelle forme et dans quel but ». Elle n’a pas non plus à choisir entre être ou « dans le monde et politiquement responsable » (1)  ou être « hors du monde et irresponsable, introvertie », estiment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, dans Étrangers dans la cité (2). Publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014, ce livre, co-écrit par deux pasteurs et théologiens méthodistes américains, garde une étonnante actualité. 

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours autoritaire, outrancier et raciste, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique/biblique (3), il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934(4), laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » (op. cit., p 92).

Notons, comme nous y invitent en guise de commentaire Stanley Hauerwas et William H. Willimon, « la nature exclusive et non inclusive de cette déclaration, sa détermination non pas d’abord à faire ce qui est juste, mais à entendre ce qui est juste et à faire valoir la dimension impériale de la Seigneurie du Christ. La déclaration de Barmen tranche avec une Eglise toujours prête à altérer sa proclamation en fonction des désirs de César » (op. Cit., p 92).

 

 

Notes :

(1) Appel « à la responsabilité » perceptible, à travers, par exemple, « cette offre d’emploi » du Président Macron à l’Église.

(2) Ed. du Cerf, Paris 2016, p.91. Les auteurs se réjouissent de la fin historique du christianisme comme religion civile de l’Occident, qui a pour effet de pousser les chrétiens à retrouver la radicalité de la foi : l’Église, en tant que « communauté », « îlot culturel au milieu d’une culture étrangère », doit dorénavant se préoccuper d’être fidèle à l’Évangile sans chercher à s’adapter à la culture du temps. Parmi d’autres, ces recensions et analyses de l’ouvrage parus dans Hokhma et Etudes, la revue de culture contemporaine.

(3) Ainsi, le Brésil s’apprête à élire un candidat d’extrême-droite [très populaire parmi les électeurs chrétiens, 81 % de la population : les évangéliques votent pour lui à 36 %, et les catholiques à 24 %] à la présidentielle, revendiquant « des valeurs » dites « chrétiennes ». Une analyse à lire ici.

(4) Texte intégral de la déclaration de Barmen à consulter iciCe texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adoptée à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Eglises luthériennes, réformées et unies. 

Autres extraits :

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ, mais à d’autres seigneur et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification ».

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants des convictions idéologiques et politiques ».

(…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

« Foireux liens » de septembre (29) : services publics, bioéthique, lobbying, démocratie…

« Ça coûte un pognon de dingue » aurait pu être le sous-titre du rapport du comité Action publique 2022 (et ses 22 propositions pour économiser une trentaine de milliards d’euros dans la sphère publique), sorti dans une indifférence quasi générale à l’heure où l’affaire Benalla focalise l’attention des Français, des journalistes et des organisations politiques…..

Les « Foireux liens » font leur rentrée ! Je suis certain que vous êtes impatients de les retrouver !

Au menu d’une sélection particulièrement dense (bien entendu, à ne pas lire d’une traite et de façon superficielle) : de grandes enquêtes – sur les enseignants et la laïcité, les multinationales et le lobbying ; des analyses sur le travail du dimanche, la puce électronique ; le très attendu – ou redouté – rapport du comité Action publique 2022 – et ses 22 propositions pour économiser une trentaine de milliards d’euros dans la sphère publique, la démission de Nicolas Hulot et la crise écologique, l’antisémisme et l’extrême-droite en Europe, « le macronisme » et la question de la séparation des pouvoirs en France, les enjeux bioéthiques….

Bonnes lectures !

 

1) Une grande enquête sur les enseignants et la laïcité

Le Comité Nationale d’Action Laïque (CNAL) – créé en 1953, qui rassemble les parents d’élèves de la FCPE, la fédération des DDEN, la Ligue de l’enseignement, le syndicat Unsa Education et le syndicat SE-Unsa – a mené une grande enquête sur les enseignants et la laïcité. Un sondage réalisé par l’Ifop auprès d’un échantillon représentatif de 650 enseignants en janvier 2018 permet d’obtenir des statistiques sur le vécu des professeurs du primaire et du secondaire, qu’ils exercent en REP ou non. Ce sondage a été complété d’une enquête qualitative menée par le CNAL auprès de 1 000 enseignants pour affiner les résultats.

2) Serons-nous demain « biopucés » ?

Il y a quelques années de cela, Eric Lemaître publiait sur un réseau social un texte portant sur l’émergence possible d’un identifiant cutané susceptible demain d’opérer une forme de contrôle des populations. Ce texte avait alors surpris un de ses amis, persuadé qu’il se laissait « conquérir, voir même vampirisé » par un quelconque site complotiste. Il revient aujourd’hui sur le sujet, sous une forme documentée, étayée et argumentée, à découvrir sur son blogue « Déconstruction de l’homme »(par ailleurs notre partenaire). Ainsi, au-delà d’une amusante « anecdote domestique »(le refus de faire tatouer électroniquement son chat Noé), voici comment subrepticement l’idée d’une puce électronique semble faire son chemin en Europe, n’ayant besoin d’aucun site complotiste pour en faire sa promotion.

3) « Service public, se réinventer pour mieux servir » : les 22 propositions « pour changer de modèle » du Comité Action public 2022

Le gouvernement voulait le garder secret, les médias (Le Figaro, Les Echos…) en avaient révélé certaines parties, le syndicat Solidaires Finances publiques – un syndicat de Bercy – l’a publié le 20 juillet. De quoi s’agit-il ? Du très attendu – ou redouté – rapport du Comité Action publique 2022 – et ses 22 propositions pour économiser une trentaine de milliards d’euros dans la sphère publique – désormais disponible. « Ca coûte un pognon de dingue » aurait pu être le sous-titre de ce rapport sorti dans une indifférence quasi générale, à l’heure où l’affaire Benalla focalise l’attention des Français, des journalistes et des organisations politiques. Pourtant, ce rapport, saturé par la terminologie managériale (viser la rentabilité et l’efficacité, ou « faire mieux en dépensant moins ») et d’inspiration néolibérale (visant le « moins d’Etat ») correspond à une véritable feuille de route pour le reste du quinquennat.

4) Noter ou ne pas noter à l’école ? Et si nous nous trompions de question ? 

La note à l’école fait régulièrement débat sous nos latitudes. D’un côté, on la condamne, car non seulement elle serait subjective, mais elle démotiverait les élèves, les humilierait, et servirait des finalités telles que la préservation des élites ou le maintien d’un pouvoir de l’enseignant sur sa classe. De l’autre, on la plébiscite, arguant notamment qu’elle donnerait des messages clairs, participerait à encourager une émulation au travail et récompenserait les méritants. Ces arguments, qu’ils soient représentatifs d’idées reçues ou issus de résultat de recherches, sont aujourd’hui devenus des poncifs qu’il s’agit de dépasser. Ultime déclinaison de cet affrontement, se demander s’il faut garder ou remplacer la note à l’école par un système alternatif est aujourd’hui un faux problème. Explications.

5) Selon une étude, 50 % des offres de Pôle emploi sont illégales voire inexistantes

Le Comité national des travailleurs privés d’emploi et précaires (CNTPEP-CGT) vient de publier les résultats d’une étude réalisée les 30 et 31 août 2018, portant sur les offres disponibles sur le site internet de Pôle emploi. Résultat : sur les 1708 offres étudiées, 50% contenaient, selon cette étude, des mentions illégales. « Cela signifie que ces annonces contreviennent au code du travail, mais aussi au référentiel interne de Pôle emploi qui reprend cette réglementation en y ajoutant quelques précisions techniques », précise Tennessee Garcia, coordinateur de l’étude et membre de la CGT.

6) Près de Rennes, 100 salariés de Cora manifestent contre le travail du dimanche

Et ce, devant des clients plutôt solidaires.

Le travail du dimanche, ce « serpent de mer » des débats publics, a à nouveau refait surface pendant l’été : Dans une tribune parue le 19 août dans le JDD, plusieurs députés de La République en marche (LRM) plaident pour un nouvel assouplissement de la législation encadrant le travail dominical. Or, les possibilités de dérogation à la législation encadrant le travail dominical, qui concerne un salarié sur cinq, sont déjà nombreuses, mais sans que des éléments objectifs ne viennent démontrer son bénéfice. On manque en effet d’un bilan officiel, car les derniers chiffres remontent à mars 2017. L’impact de la loi de 2015 sur le chiffre d’affaires et sur les créations d’emplois reste méconnu. Avant d’aller plus loin, un nouveau bilan serait utile.

7) Le véritable bilan annuel des grandes entreprises françaises 

L’Observatoire des multinationales (site d’investigation et de veille citoyenne sur les grandes entreprises françaises et leurs impacts sociaux, environnementaux et politiques partout dans le monde, lancé depuis 2013 par l’association Alter-médias, qui publie également le site d’informations Basta !) rend public le premier « véritable bilan annuel » des multinationales françaises. Cet exercice inédit permet à tout un chacun d’examiner ce que font réellement les grandes entreprises françaises dans des domaines aussi divers que le partage des richesses, la protection du climat, les droits des travailleurs, le lobbying ou la santé. Le rapport est à consulter ici.

8) Lobbying : comment les entreprises font leur loi en influant sur le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat

Mal connus du grand public, Conseil d’État et Conseil constitutionnel disposent d’un pouvoir considérable sur le destin des législations fiscales, sociales ou environnementales. Les milieux d’affaires l’ont bien compris, qui ont réussi à se saisir de ces institutions pour imposer en toute discrétion une protection de plus en plus forte de la « liberté d’entreprendre » et des « attentes légitimes » des titulaires de droits de propriété contre toute réforme qui nuirait aux intérêts des multinationales et des investisseurs. Plongée dans un lobbying peu connu, mais extrêmement efficace pour les entreprises.

9) Lobbying (bis) : un document révèle comment les multinationales entravent toute action climatique ambitieuse

Derrière leurs beaux discours publics sur le climat, les multinationales continuent à s’opposer à tout objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nouvelle illustration avec un document interne de BusinessEurope, le plus important lobby patronal européen regroupant tout le gratin des multinationales du vieux continent, mais aussi des États-Unis. Ce document interne révélé par Greenpeace montre comment BusinessEurope, actuellement présidé par Pierre Gattaz, ancien patron du Medef, entend faire capoter le projet d’introduire des objectifs climatiques plus ambitieux au niveau de l’Union européenne à l’horizon 2030.

10) Démission de Nicolas Hulot : réactions de protestants

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé sa démission mardi 28 août. Réactions de deux protestants engagés sur les questions écologiques : Martin Kopp, Président de la commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France (FPF) et Silvère Lataix, Coordinateur du réseau « Bible et Création » de l’ÉPUdF.

Voir aussi le verbatim de l’interview de Nicolas Hulot sur France Inter ; ou encore la note de blogue de « Phylloscopus », naturaliste catholique« Démission de Nicolas Hulot: n’attendons rien, exigeons tout ».

11) L’inaction en matière climatique : nouvelle cause de mal-être individuel et de défiance sociale ?

Après un été éprouvant marqué par des épisodes caniculaires dévastateurs, la rentrée politique et sociale française aura été placée sous le signe de la crise écologique : démission de Nicolas Hulot, suivie d’une mobilisation citoyenne sans précédent lors de marches « pour le climat », organisées un peu partout en France le 8 septembre dernier. Dans ce contexte où les préoccupations environnementales deviennent centrales, il est intéressant de relire les résultats 2017 de l’enquête sur les représentations sociales de l’effet de serre et du réchauffement climatique, conduite chaque année par l’Ademe depuis l’an 2000.

12) Ingérences de l’Elysée sur le Parlement : tout le monde s’en fout ?

Ferrand au Perchoir parce que Macron en a décidé ainsi ? L’Elysée qui interfère dans l’affaire Benalla ? Des faits d’ingérence dont personne n’est dupe, qui passent comme une lettre à la poste et qui pose la question de la séparation des pouvoirs.

13) Entretien avec Luc Rouban à propos du « Paradoxe du macronisme »

Luc Rouban est politologue, directeur de recherches au CNRS et rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Il vient de publier Le paradoxe du marcronisme dans lequel il s’attache à décrypter ce qu’est réellement ce mouvement. Il a accepté de répondre à quelques questions pour « Nonfiction », pour présenter son livre.

14) Les démocraties « illibérales » et le vote

L’expression de « démocratie illibérale » a fait son apparition dans le lexique des régimes politiques. Elle a des allures d’oxymore tant il semble contradictoire qu’une démocratie ne soit pas libérale. À moins qu’au rang des objets flous, elle ne se situe dans ce qu’on appelle les zones grises. Les États qui occupent cette zone grise qui s’étend aujourd’hui, sont un défi bien plus grand pour les démocraties qui se sont astreintes à des règles strictes de probité électorale, que ne le sont les régimes qui s’affranchissent de toute consultation électorale sous couvert de pouvoir populaire. Ainsi de la Russie à l’Iran, du Venezuela au Nicaragua, au moins un point commun réunit ces régimes différents et d’autres : les élections y sont une compétition à faible incertitude. À la différence des régimes qui, ne se réclamant pas des suffrages, ne peuvent être taxés de tricherie, les démocraties illibérales adaptent les règles à leur avantage tout en violant les règles de droit, ou en les accommodant à leur façon. Pour employer une métaphore sportive, on pourrait parler d’absence de fair play…….Suite de l’analyse d’Alain Garrigou sur son blogue « Régime d’opinion ».

15) Face au cas Orban, l’urgence de refaire de la politique en Europe

Le Parlement européen a dénoncé, mercredi 12 septembre, les « risques de violation de l’État de droit » en Hongrie, et demandé aux États membres de déclencher l’article 7 de l’Union à l’encontre de Budapest. Cette procédure a déjà été mobilisée contre la Pologne, fin 2017, par la Commission, pour les mêmes raisons de fond : une dérive autoritaire contraire à l’esprit démocratique et libéral de l’Union européenne, qui réduit la liberté d’expression et bafoue la séparation des pouvoirs. Viktor Orban ajoute aux charges retenues contre lui « corruption et conflits d’intérêts », atteintes au « fonctionnement du système constitutionnel et électoral », menace contre « l’indépendance de la justice », les libertés individuelles et les droits des réfugiés. Le vote du 12 septembre (448 voix pour, 197 contre, 48 abstentions) montre certes que les démocrates existent encore en Europe. Mais il témoigne surtout des difficultés traversées par l’Union.

16) Montée des violences d’extrême-droite : le rôle déterminant des campagnes de haine sur les réseaux sociaux

Depuis dix jours, la ville de Chemnitz, en Saxe, est devenue le lieu de rendez-vous pour tout ce que l’Allemagne compte de militants d’extrême-droite, identitaires ou ouvertement néo-nazis. Ils s’y livrent à des manifestations et à de véritables chasses au réfugié. Ces violences ont été précédées de campagnes de haine orchestrées en ligne. Des études récentes montrent à ce sujet que plus la xénophobie et la haine verbales sont diffusées via les réseaux sociaux, plus elles facilitent le passage à l’acte dans la vie réelle.

17) Comment Steve Bannon veut conquérir l’Europe

Le plan de l’ancien stratége de Donald Trump est de bloquer l’Europe dès 2019. Comment ? En faisant élire un maximum de candidats d’extrême droite euro-sceptiques. Il compte donc bien faire adhérer ses éventuels gouvernements ou partis alliés à son nouveau mouvement, sa fondation, baptisée « Le Mouvement ». Steve Bannon est convaincu que les prochaines années vont voir l’arrivée massive des populistes au pouvoir en Europe.

18) Le conseil évangélique de Donald Trump accusé d’opacité

Une organisation qui s’est donné pour mission de contrôler les relations entre Église et État exige qu’on mette fin aux rencontres entre l’administration Trump et un groupe informel de conseillers évangéliques qui s’avèrent être les supporters les plus ardents du président. Les Américains unis pour la séparation de l’Église et de l’État affirment que le groupe est en violation avec l’Acte fédéral du Comité de conseil (FACA), une loi de 1972 qui prône la transparence et définit les normes procédurales pour les comités qui se forment pour rencontrer l’exécutif. L’organe de contrôle veut mettre fin aux rencontres de ce groupe et à leurs activités de conseil «sauf si et jusqu’à ce que» celui-ci se conforme à la loi.

19) Colloque théologique sur l’antisémitisme organisé par le CNEF à Paris

Conscients des enjeux liés à la montée de l’antisémitisme, les chrétiens ne sauraient rester indifférents. D’abord parce que l’impératif biblique de l’amour du prochain les invite à prendre la défense de tous ceux qui sont objet de haine. Ensuite parce que les disciples du Christ ont une dette à l’égard des israélites exprimée par Jésus en une formule : « Le salut vient des juifs ». C’est pourquoi le CNEF (Conseil national des évangéliques de France) organise un colloque théologique sur le sujet le vendredi 5 octobre, de 10h00 à 16h00, à Paris. Avec les théologiens J. Buchhold et E.Van de Poll, l’ethnologue Frank Labarbe, l’historienne A. Wievorka, le professeur JP Mahé…Entrée libre mais inscription obligatoire.

20) Le philosophe Olivier Abel interroge les fake news : comment comprendre ce phénomène, ces rumeurs qui intoxiquent la société ? (Ré)écouter l’émission diffusée le 30 août sur Radio Alliance, radio associative animée par des professionnels et des bénévoles.

21) Ce que valent nos adresses lorsque nous signons une pétition

Dès qu’il nous semble possible d’avoir une action sur le monde avec un simple clic, nous signons des pétitions. Il ne nous semble pas trop grave de fournir notre adresse mail pour vérifier la validité de notre signature. Mais c’est alors que des plateformes comme Change.org font de notre profil leur profit… Car ce que les signataires ne savent pas toujours, c’est que Change.org n’est pas une organisation caritative ou une ONG, mais bien une entreprise. Et son modèle économique repose sur la vente des données personnelles des utilisateurs, révèle, chiffres à l’appui, la journaliste de l’Espresso Stefania Maurizi dans cet article datant du 18 juillet 2016 et disponible en français sur Framablog.

22) Médias français : qui possède quoi ?

Voici une carte du paysage médiatique français, fruit d’un partenariat entre Acrimed et Le Monde diplomatique, qui permet de démêler l’écheveau des concentrations dans la propriété des grands médias.

23) Droit d’auteur : une réforme contestée de la directive européenne

Le 12 septembre 2018, le Parlement européen a voté en faveur de l’ouverture de négociations en vue d’adopter la directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique (« directive copyright »). Les eurodéputés avaient précédemment voté contre ce mandat de négociation lors de la session de juillet 2018.

Voir aussi : Directive droit d’auteur : l’industrie culturelle et la presse réclament les miettes de l’économie de la surveillance de masse (le communiqué de La Quadrature du Net, association qui défend les droits et les libertés fondamentales à l’ère du numérique et propose des alternatives « pour un internet libre, décentralisé et émancipateur »)

Le 12 septembre 2018, le Parlement européen vient d’adopter la directive droit d’auteur, qu’il avait pourtant repoussée une première fois cet été. En ayant fait adopter cette directive, les industries culturelles et de la presse réclament les miettes de l’économie de la surveillance de masse. Plutôt que de combattre cette capitulation devant les GAFAM, le gouvernement français l’a vigoureusement encouragée. 

24) Usage thérapeutique du cannabis : la France engage officiellement la réflexion

Lundi 10 septembre, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a annoncé, à la demande de la ministre de la Santé, la création d’un comité scientifique spécialisé sur « l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ».Après de nombreux autres pays européens, comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne, la France va donc s’interroger sur l’usage médical du cannabis dans des pathologies chroniques mal soulagées par les traitements conventionnels.

25) Sur Genethique, premier site d’actualité bioéthique : l’Eugénisme et l’ultra libéralisme assumés devant la mission d’information pour la bioéthique

Le professeur Israël Nisand a été auditionné ce matin par la mission d’information parlementaire sur la bioéthique. Par le biais d’histoires de patientes, racontées sur un ton compassionnel et une ambivalence assumée, le gynécologue obstétricien au CHU de Strasbourg, fait passer plusieurs messages…..

Voir aussi Déclaration à venir de l’association médicale mondiale sur l’IMG : nouvelles menaces sur la clause de conscience : Grégor Puppinck, docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) à Strasbourg,  dévoile la version la plus récente de la « Déclaration sur l’avortement médicalement prescrit (IMG) », susceptible de remettre en cause le droit à l’objection de conscience des professionnels de santé. Elle devrait être votée par les organisations nationales de médecins lors de l’Assemblée Générale de l’Association médicale mondiale (AMM) le 6 octobre 2018 à Reykjavik. Cette organisation internationale de médecins coopère notamment avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

26) La question « théo » du mois : Jésus est-il pauvre ?

La question du niveau de vie de Jésus peut paraître à certains superficielle. Pourtant, à partir du moment où le Messie est un modèle à suivre pour les chrétiens, plusieurs interprétations ont été avancées sur le sujet et ont abouti à des comportements différents chez les croyants. C’est ainsi que l’on retrouve aux deux extrêmes : d’un côté, des adeptes d’une pauvreté volontaire, et de l’autre, des partisans de la théologie de la prospérité. Mais qu’en est-il vraiment ?

27) Insolite : il traverse la rue et se fait percuter par un emploi

Lucas n’a pas pris au sérieux les paroles du président Emmanuel Macron et a failli le payer de sa vie….

Si Marine Le Pen l’emporte, les frontières françaises se fermeront-elles au bout de trois semaines ?

« Limiter à 10 000 par an le nombre de nouveaux immigrants légaux en France ». D’où vint ce chiffre ? De quoi parle le FN et qui est concerné ?

Limiter à 10 000 par an le nombre de nouveaux immigrants légaux en France. C’est le chiffre avancé par le FN depuis six ans, comme mantra de sa politique anti-immigration. Le programme du FN n’en dit pas plus. Les déclarations de ses responsables varient sur le sujet. D’où vient ce chiffre ? De quoi parle le FN et qui est concerné ? Les étudiants étrangers, les parents étrangers de Français, les immigrés, étrangers ou devenus Français, et les Européens en cas de sortie de l’Union… ? Si ce plafond est appliqué, tout séjour légal en France sera interdit au bout de quelques semaines. Explications sur Bastamag.

Trump, « prompt au deal » ? Ou qu’attendre du nouveau président des USA ?

Éléphant par Anna Langova « un éléphant, ça trump énormément ! » Le nouveau président tournerait-il déjà le dos à ses promesse s(« propos de campagne ») de candidat, lesquelles, comme on le sait, n’engage que ceux qui veulent bien y croire….

Éléphant par Anna Langova
« un éléphant, ça trump énormément ! » Le nouveau président tournerait-il déjà le dos à ses promesses (« propos de campagne ») de candidat, lesquelles, comme on le sait, n’engage que ceux qui veulent bien y croire….

« Eh bien ! nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? » (Matt.19v27. TOB)

 

 

A l’heure où j’écris ces lignes, Donald Trump, au terme d’une campagne d’une violence et d’un bas niveau inédits, devrait être le 45ème président des Etats-Unis. « Devrait être », puisqu’il a en effet remporté la majorité des grands électeurs, le 8 novembre, soit 306 contre 232 pour sa rivale démocrate, qui a pourtant bénéficié d’un nombre de voix plus élevé (plus d’un million à ce jour). Ces grands électeurs éliront à leur tour directement le président et le vice-président, le 19 décembre.   Le nouveau président prendra ses fonctions le 20 janvier 2017, ce qui nous laisse un peu de temps pour nous habituer à la nouvelle….Et ladite nouvelle en a surpris, interpellé ou inquiété plus d’un, quand d’autres se sont ouvertement « réjouit », à défaut de se sentir « soulagé »(1).

Pour ma part, ceci dit en toute modestie, ce résultat ne m’a pas « franchement surpris », même si j’espérais autre chose. Certes, me disait-on, « mieux vaut que D. Trump remporte la primaire républicaine plutôt que M. Rubio ou T. Cruz. Car les chances de le voir « neutralisé » par son adversaire démocrate lors des élections générales seraient alors plus grandes ». Mais dans mon article sur les primaires américaines (publié le 30/03), je me demandais s’il n’y avait pas un risque de voir un candidat « incontrôlable » tel que Trump devenir « le gagnant » républicain de la primaire[et « le gagnant tout court » de cette élection], surtout face à une H. Clinton apparaissant plus « progressiste » sur certains sujets de société ou même comme étant la représentante de « l’establishment » justement combattu par Trump ou Bernie Sanders(2).

Cette victoire de Donald Trump était-elle « prévisible », comme l’ont affirmé la plupart des commentateurs(3) ? Néanmoins et dans tous les cas, une telle victoire peut paraître « dans l’air du temps », ou comme « une anomalie », révélatrice du désaveu des peuples vis-à-vis de leurs systèmes politiques. Et les américains eux-mêmes n’échappent pas à cette tendance, semblant incapables de faire la différence entre « un âne » et « un éléphant »(4).

Pour comprendre ce qui s’est passé, il convient de souligner que Donald Trump doit son élection à de nombreux facteurs – avant tout économiques et sociaux, et non « moraux ». Plus précisément, comme nous l’explique Axelle Hazard, diplômée en sciences politiques, sur son blogue « The American Ballot Box, la politique américaine pour tous »(5) : « si Donald Trump a gagné, c’est parce qu’il est parvenu à remporter presque tous les fameux swing states[ou « État pivot », soit un État au vote indécis, susceptible de changer de camp, d’un scrutin à l’autre, entre les deux partis dominants et faire basculer le résultat du vote final], comme la Floride ou l’Ohio. Mais aussi, des états comme la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. Ces trois états de la Rust Belt[« ceinture de rouille »], frappés par la désindustrialisation, n’avaient plus voté pour le candidat républicain à la présidence depuis 1984 ou 1988 ! » Mais « si les victoires de Trump dans les états de la Rust Belt s’expliquent sans doute par ses promesses en matière d’économie (renégocier les traités commerciaux pour empêcher les délocalisations), l’économie n’est pas le seul facteur qui explique son succès », ajoute encore Axelle Hazard. « En effet, d’après les sondages de sortie des urnes, 52% des électeurs estimant que l’économie était le problème le plus important dans le pays ont voté pour Hillary Clinton, et non pour Donald Trump. Donald Trump a en revanche remporté la majorité des voix des électeurs estimant que le problème principal était le terrorisme (57%) et l’immigration (64%). En réalité, la victoire de Donald Trump s’explique très certainement par une combinaison de plusieurs facteurs: la peur du déclassement économique dans certains états, de l’immigration et du terrorisme dans d’autres, mais aussi et surtout la colère contre la classe politique traditionnelle et les faiblesses d’Hillary Clinton », mal aimée et réputée « belliciste » ou « autoritaire », quoique plus expérimentée.

Concernant cette dernière, au-delà de certains scandales (« l’affaire des emails » ou les sources de financement de la fondation Clinton), ce qui lui a coûté le plus cher semble être son association au monde de la haute finance et du grand capital. Bien entendu, c’est aussi le cas de Trump, à ceci près qu’il a fait campagne contre le libre-échangisme et le néolibéralisme économique mondialisé et qu’il n’est pas interventionniste sur le plan géopolitique, comme l’est son ex-rivale démocrate ou même ses ex-rivaux républicains (M. Rubio, par exemple) aux primaires.

Donald Trump a ainsi réussi à capter le vote des mécontents/inquiets/en colère/aspirant à « un nouvel Eden », en se présentant en « homme fort » et leur tenant à peu près ce langage : « vous avez peur ? Très peur ? Vous avez raison. Je vous comprends. Voici les coupables » [des groupes ethniques/religieux, des « systèmes »…]. Face à une crise d’identité, s’il affirme que « le rêve américain est mort », il promet de « rendre sa grandeur à l’Amérique »( Make America great again »)Soit le retour d’un rêve américain, tel qu’il est défini par Donald Trump, qui « ne concerne que la seule population blanche et protestante »constate l’historien Romain Huret(6).

En somme, « D. Trump a brassé large », pour reprendre l’expression de Chady Hage-Ali, chercheur en relations internationales et animateur du blogue « Stratpolitix »« l’Amérique profonde (qui est aussi la base du tea party), les libertaires, anti-étatiques et isolationnistes (qui constituent également la tendance dominante du Tea Party), les déçus d’Obama (qui ont l’impression d’une Amérique faible, molle, dont l’hégémonie est sur le déclin) et les chrétiens les plus droitistes et orientés vers la prophétie »(7).

Bref, il paraît clair que les américains, décrits comme « en colère » ou « inquiets », ont voulu avant tout « du changement, maintenant », quitte à faire des choix risqués, déjouant tous les pronostics.

Mais le « président Trump », qui veut l’être « pour tous les américains », est-il de nature à nous rassurer pour autant, après le spectacle offert d’un « candidat Trump » excessif et imprévisible ?

Au-delà de toutes les questions soulevées par cette élection, une me vient à l’esprit : qu’attendre du nouveau président des USA ? Peut-on « implorer le Ciel », dans l’espoir « que le diable tienne ses promesses » (8), sachant que le diable « est le père du mensonge » ? (Jean 8v44)

Je pense à un verset biblique, que l’on pourrait mettre dans la bouche de tous ceux qui l’ont soutenu : « Eh bien ! Nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? » (Matthieu 19v27) Ceux-ci déchanteront-ils ? On pourrait le craindre, tant on peut « s’étonner » (relativement) de ce que Trump semble se « détourner promptement » (Cf Gal.1v6) de certaines de ses promesses de campagne. Voir ses déclarations sur l’Obamacare, « le mariage gay », le fameux mur ou les immigrants illégaux(9).

D’autre part, il est important de rappeler que le nouvel élu n’a aucune expérience politique et n’a exercé aucune charge publique (« ministre » ou « secrétaire », député, sénateur, gouverneur de l’état, maire…). Certes, ce n’est peut-être « un drame », dès lors qu’il sait bien s’entourer et se laisser conseiller, tout en faisant preuve des qualités requises pour être « un bon président » : sagesse, « sobre bon sens », justice et équité, être « un homme de vision » pour prendre les bonnes/meilleures/nécessaires décisions. Bien sûr, l’homme sera jugé « à ses œuvres » et pourra nous surprendre tant en bien qu’en mal. Mais comme l’a dit mon pasteur : « si tu es libre de tes choix, tu n’es pas libre des conséquences de tes choix »….

Mais le problème de cette inexpérience de la « chose publique » est ailleurs : Trump est un milliardaire ayant fait fortune dans l’immobilier, à la tête d’un empire de l’hôtellerie et du divertissement. Il est propriétaire des concours de beauté « Miss USA » et « Miss Univers », et reconverti dans la téléréalité. Ce qui fait que cet homme, jugé, non comme « un idéologue » mais « un pragmatique », a toujours défendu ses propres intérêts ou des intérêts privés. Sera-t-il capable de privilégier « le bien commun » ou les intérêts publics ? Rien n’est moins sûr puisque le milliardaire Trump est exposé à de sérieux conflits d’intérêts, « étant impliqué dans 500 sociétés, selon sa déclaration de patrimoine, dont certaines en Chine, Russie et Arabie saoudite – des pays avec lesquels Washington entretient des relations complexes »(10).

Et ce, d’autant plus qu’un homme d’affaires « fait des deals » ou des compromis.

Les « deals » seront sans doute inévitables, car si M. Trump « n’est (peut-être) pas un idéologue », plusieurs de ceux qu’il recrute le sont. Ainsi, ceux qui ont cru en sa rhétorique anti-libérale, et sa dénonciation du libre-échange, des délocalisations et des excès de la finance, risquent fort de déchanter. Le nouveau président se prépare en effet à nommer une équipe qui accordera une large place aux intérêts économiques. Avec notamment un ancien dirigeant de Goldman Sachs au Trésor et le patron d’une firme pétrolière au secrétariat à l’Énergie(11).

Mike Pence, le vice-président, présenté comme « un chrétien, un conservateur et un Républicain »(12) est « un fan du libre-échangisme et partisan de tous les TAFTA possibles[Accords de libre échange entre l’UE et les USA : une multinationale pourrait attaquer un Etat dont les politiques publiques nuiraient à ses intérêts]…russophobe et otano-belliciste », comme le souligne le journaliste Patrice de Plunkett. « Alors que le Pentagone vient d’annoncer (via l’OTAN) la formation d’une armée de 300 000 hommes en Europe pour « faire face à la Russie », que pèseront quelques phrases de Trump sur la nécessité de discuter avec Poutine ?(…) Et d’autres points d’interrogation se lèvent par dizaines. En termes empruntés à Sanders (qui doivent rappeler le « communiste Roosevelt » aux plus durs des républicains), Trump annonce une politique de relance budgétaire et de grands travaux : ponts, routes, aéroports, télécoms.  Ce serait restaurer le rôle de l’Etat : donc rompre avec trois décennies d’ultralibéralisme. Le fera-t-il réellement ? »(13)

Enfin, plus inquiétant, peut-être, Stephen Bannon devient son influent conseiller stratégique : Stephen Bannon, qui a dirigé « Breitbart News », un site de propagande d’extrême droite — raciste, antisémite, misogyne(14)… Une nomination qui a été saluée par le Ku Klux Klan !(15) Ce qui donne à penser au journal « Le Devoir » que « se met en place dans ce contexte une présidence qui devra nécessairement faire preuve de pragmatisme en certaines circonstances, mais aussi une présidence populiste qui saura, au besoin, exciter sa base électorale bien blanche et bien en colère…… »(16)

Mais il n’est pas tout à fait exact de dire que Donald Trump n’est pas « un idéologue ». Il s’était présenté, dans sa campagne, comme « la voix des abandonnés ». « Mais ces abandonnés, d’où vient leur abandon ? » demande encore Patrice de Plunkett.  « De l’ultralibéralisme des élites, qui repose sur le pire mensonge : le dogme du trickle-down, ce « ruissellement » magique en vertu duquel enrichir les plus riches redescendrait en pluie d’or sur les pauvres ! »  Un dogme, jamais vérifié, « qui fut l’un des piliers du reaganisme (1981-1989) » et « le pilier unique du clintonisme (1993-2001)…..Il eût été le pilier de l’hillaroclintonisme (….) si Hillary avait été élue… Mais Trump lui-même professe le dogme du trickle-down ! »(17)

Il est aussi « un croyant »….en la « positive theology » (« la théologie positive ») du révérend Norman Vincent Peale, qui « enseigne que : Dieu est facile à connaître, la Bible se résume facilement, le Christ donne le pouvoir de réussir. « Je suis un succès », faut-il se rappeler sans cesse ». Une foi (diraient nos amis les Belges) qui ressemble plus à une « absolue confiance en soi » (ou en l’homme) qu’en une véritable confiance dans le Dieu véritable(18)….Bref, autant de dogmes qui rappellent le faux « évangile de prospérité »…..

 

Enfin, et les Evangéliques américains, dans tout cela ?  

Le soutien des « 81 % d’évangéliques » (blancs- les évangéliques noirs ou hispaniques ayant majoritairement soutenu H. Clinton.) a été jugé comme étant décisif. Comme le prévoyait Chady Hage-Ali« les chrétiens évangéliques conservateurs (je ne parle pas des évangéliques de gauche), choisiront tout sauf un candidat de gauche progressiste/libérale, relativiste et internationaliste comme Obama » et « seront prêts à accepter en dernier ressort un “clown” dès lors qu’il se montre patriote, s’aligne personnellement, inconditionnellement sur la politique coloniale et sécuritaire d’Israël (…) ». Alors, bien sûr, « Trump n’est pas un “candidat chrétien” (…) d’ailleurs, dans l’absolu, il n’y en a aucun. Mais la vision qu’il promeut est ostensiblement celle d’une Amérique plus centrée sur elle-même. Son discours anti-islam peut plaire aux évangéliques les plus conservateurs voire aux fondamentalistes ».

Dans ce contexte, « le vocable “valeurs chrétiennes” est, sous ce rapport, très élastique. Il y a les valeurs mais il y a aussi les intérêts. Et les intérêts chrétiens et étatiques bien compris et bien défendus (à l’intérieur et à l’extérieur) se mélangent entre eux, et peuvent aussi contribuer à préserver ces mêmes valeurs ». En définitive, conclut Chady Hage-Ali« les évangéliques, en majorité à droite, [agissant plus par pragmatisme et utilitarisme que selon les principes bibliques], reviendront toujours à l’essentiel qui est, politiquement et religieusement : la fiscalité, l’état minimal, le soutien indéfectible à Israël, la lutte antiterroriste et l’endiguement de l’islam. Ils ne sont pas tous forcément partisans de l’interventionnisme (l’aventure irakienne les a douchés). Si les promesses de Trump leur semblent crédibles sur ces cinq points[en y ajoutant l’avortement], leurs voix lui seront acquises »(19). Et c’est ce qui s’est passé, semble-t-il !

 

Quelles conséquences spirituelles et morales peut-on craindre d’un tel soutien ? [autant de signaux pour nous aussi, chrétiens, en Europe]

Le soutien d’ »un homme fort » dont « la nature » est « de faire des deals » risque de décrédibiliser les Evangéliques, en les entraînant dans une « économie du deal », du compromis et de la compromission, bien éloignée du véritable Evangile, qui est « grâce et paix », et en les enfermant dans un « christianisme moralisateur », « identitaire », « de club » ou « exclusif », « partisan ». Pour le dire autrement sans langue de bois,  Jean-René Moret estime, sur le site « Questions suivantes »(20), qu’il est à craindre que « beaucoup d’évangéliques aient cédé à la tentation de vendre leur âme pour obtenir du pouvoir. Trump leur fait miroiter d’être de leur côté sur des questions jugées importantes, et certains se montrent prêts à renier des valeurs qui leur sont chères pour obtenir ce résultat. À témoin, un sondage montrant qu’en 2011 seul 30 % des évangéliques pensaient qu’une personne immorale dans sa vie personnelle pouvait remplir des fonctions publiques de manière éthique, mais qu’ils étaient 72 % en 2016 ! » Et « changer de principe pour justifier de voter pour un certain candidat revient à vendre son âme. C’est un des effets pernicieux de la politique partisane : tout devient acceptable chez son candidat, tout devient intolérable chez son adversaire. Dans tout cela, les évangéliques américains ont voté comme des êtres humains, confrontés à des options limitées. Paradoxalement, la volonté de façonner une Amérique à l’image de leurs idéaux peut les avoir conduits à transiger sur certains de ces idéaux. La focalisation sur un faisceau de valeurs ou une idée de leur identité nationale leur a peut-être fait oublier ou négliger d’autres valeurs chrétiennes, tels que l’accueil de l’étranger et le respect dû au plus faible[cf Deutéronome 10v19, Matt.25v35…]. D’une manière, le grand danger où je les vois est de penser que le « salut » pour leur nation peut venir d’une politique particulière, et de faire de l’obtention du pouvoir politique nécessaire un objectif en soi. La conviction chrétienne fondamentale doit rester que le secours doit venir de Dieu, et que s’attacher à la justice prime l’obtention du pouvoir »(20).

D’autre part, soutenir un homme « qui fait des deals » et qui s’est fait connaître par ses outrances verbales et injures (publiques) conduit à décrédibiliser la puissance de la parole. Il est alors possible de faire le rapprochement troublant avec « la bête d’Apocalypse 13 », laquelle a « une bouche pour proférer arrogances et blasphèmes »(v5). Attention, je ne dis pas que Trump serait « la bête », mais un tel trait de caractère est de nature à alerter ceux qui sont censés fonder leur vie plus sur l’écoute et l’obéissance à la Parole de Dieu(cf Matt.7v24 et ss) et moins sur les discours démagogues et populistes. Et ce, d’autant plus qu’il est une évidence pour les contemporains du texte biblique qu’il n’y a pas « de paroles en l’air ». Genèse 1 montre que l’acte créateur de Dieu passe par la Parole : quand Dieu dit, la chose arrive. Il n’y a donc pas, comme dans notre culture occidentale ou en politique, une mise en opposition entre les paroles et les actes.

Ensuite, le chrétien, tout en veillant au poids de la parole donnée, est appelé à « bénir » et non à « maudir ». Et maudir, c’est dire « de mauvaises choses », pas dans un sens « moral ou moralisant », mais dans le sens de dire une chose qui n’est pas la vérité » [cf Matt.5v44, Luc 6v28, Rom.12v14]

Enfin, il est à craindre que « le problème » le plus important des Evangéliques[qui n’est pas que celui des Américains »] soit un « problème » (ou une crise) d’identité. Souvenons-nous que nous avons été créés « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (cf Gen.1v26-27, cf Col.1v15). Or, quand on nous regarde, que voit-on ? Que Dieu règne sur la création ? Ou que Trump (ou un autre….) « règne » ? Nous saurons qui nous sommes, si nous savons à qui nous appartenons !

La priorité est donc bien « la restauration de notre image », de notre identité profonde d’enfants de Dieu. « Reconstruisons le temple en chassant les marchands » (Jean 2v14 et ss) – et nos corps sont « le temple du Saint-Esprit » (1 Cor.3v16,  1 Cor.6v19): Christ y est-il adoré ? Est-il « le Seigneur de tout » ? A moins qu’il ne subsiste des « zones de non-droit », « des autels » à Mammon(l’argent), la peur, la colère, la haine…. ? Si c’est oui, alors c’est que nous tolérons une Seigneurie autre que « Christ seul ». Soyons conscients que l’ennemi de nos âmes a gagné, lorsque nous nous laissons gagner par la colère, la peur, la haine, la cupidité, pour mieux nous jeter dans les bras d’un autre « Seigneur »/ « expert »/ « Messie »(politique) !

 

 

 

Notes :

(1)  http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2016/11/09/seisme-electoral-de-magnitude-10-donald-trump-elu-president-des-usa.html ; http://leboncombat.fr/donald-trump-president-fin-monde/ ; http://www.questionsuivante.fr/?p=1988 ; http://www.unefoidesactes.com/2016/11/10/leffet-trump/

(2)  Voir la note 12 de l’article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/ )

(3) Tels que le réalisateur Michaël Moore ou même…. « les Simpsons » ! http://www.lavie.fr/actualite/monde/donald-trump-une-victoire-choc-pourtant-previsible-09-11-2016-77540_5.php ; http://www.lavie.fr/actualite/monde/non-tout-le-monde-n-est-pas-surpris-par-l-election-de-donald-trump-14-11-2016-77697_5.php ; http://www.slate.fr/story/106219/simpson-donald-trump-president-2000 ; http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/

(4) Les emblèmes des deux partis américains principaux, démocrates et républicains.

(5) L’objectif du blogue « The American Ballot Box, la politique américaine pour tous » https://americanballotbox.com/2016/11/15/le-bilan-de-la-nuit-electorale-2016/#more-2287 « est de fournir une information de qualité en français sur l’actualité politique américaine en général, et plus particulièrement sur la campagne pour l’élection présidentielle de 2016. Les articles se veulent accessibles à un large public. La plupart des informations qu’ils contiennent proviennent des sources suivantes : Washington Post / CNN / Politico / USA Today / TIME / Vox / The Atlantic / Pew Research Center / Real Clear Politics / Voice of America / The New York Times / New Yorker / Huffington Post / PolitiFact / Slate / Texas Monthly etc. Sans oublier bien sûr les comptes Twitter et sites web officiels des différents candidats ».

(6) Cf http://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Le-reve-americain-selon-Donald-Trump-2016-11-10-1200802147

(7) Cf l’entretien sur notre blogue https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(8) Cf http://cahierslibres.fr/2016/11/diable-trump-tiendra-t-promesses/

(9) Cf https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322

(10) Cf http://www.lesechos.fr/monde/elections-americaines/0211484671512-conflits-dinterets-tous-azimuts-pour-le-president-milliardaire-2042431.php

(11) Cf http://www.bastamag.net/Dans-la-future-administration-Trump-un-ancien-de-Goldman-Sachs-au-Tresor-un + http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/15/et-voila-le-vrai-trump-deregulation-a-tout-va-en-avant-pour-5874550.html#more

(12) Cf https://americanballotbox.com/2016/09/08/mike-pence-chretien-conservateur-et-republicain/

(13)  http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/09/trump-elu-les-premieres-questions-5871873.html#more

(14) « Breitbart News Network est un site web d’informations conservateur. Il a été fondé en 2007 par Andrew Breitbart, un homme qui avait pour ambition de proposer une autre lecture de l’actualité, différente de celle proposée par l’ « establishment médiatique » libéral. En 2012, Andrew Breitbart succombe à un arrêt cardiaque. Stephen Bannon, l’homme qui vient d’être recruté par Trump, le remplace. Il va rapidement faire évoluer le site. Avant de prendre la tête de Breitbart, Stephen Bannon a servi dans la marine américaine et a travaillé chez Goldman Sachs. Il a aussi été l’un des conseillers de Sarah Palin. Depuis qu’il a pris la direction de Breitbart, le site a de plus en plus régulièrement versé dans le nationalisme, la xénophobie et les théories du complot. (….)Depuis le début de la campagne, Breitbart soutient Donald Trump (…) Le site est désormais devenu l’une des références du mouvement alt-right, abréviation de Alternative Right. Ce groupe est informel et surtout actif sur le web, où il diffuse ses idées nationalistes (la nécessité de défendre la race blanche face au multiculturalisme notamment) et aussi sexistes. (https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322 ). Ce qu’en pensent la plupart des responsables d’associations juives américaines et autres personnalités juives : http://fr.timesofisrael.com/ce-que-les-dirigeants-juifs-disent-de-stephen-bannon/

(15)  Et ce, d’autant plus que Le FBI a publié son rapport annuel sur les crimes de haine (= tout acte criminel – meurtre, agression physique ou verbale, harcèlement, etc. – motivé par l’identité raciale, religieuse ou sexuelle de la victime). En 2015, 5,818 crimes de haine ont été recensés aux Etats-Unis. La majorité d’entre eux (59%) étaient motivés par l’identité raciale, l’ethnicité ou la nationalité de la victime. Viennent ensuite les motifs de la religion et de l’orientation sexuelle. Les victimes les plus nombreuses de ces crimes de haine restent les afro-américains. (Source: http://www.fbi.gov ) La conclusion la plus alarmante du rapport du FBI est que les crimes de haine ont connu une forte augmentation en 2015 par rapport à 2014. +9% pour les crimes racistes contre les afro-américains mais aussi +7,5% pour les crimes racistes contre les blancs. Et surtout, +67% (!) pour les crimes contre les musulmans. Même si le lien est difficile à prouver, certains y voient l’influence de la campagne de Donald Trump, qui a débuté en juin 2015. (https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322 )

(16) Cf http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/484909/donald-trump-la-maison-des-blancs

(17) Cf http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/09/trump-elu-les-premieres-questions-5871873.html#more

(18) Cf http://www.lemondedesreligions.fr/une/pourquoi-donald-trump-se-refere-a-la-foi-24-05-2016-5519_115.php

(19) Cf l’entretien sur notre blogue https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(20) Cf http://www.questionsuivante.fr/?p=1988#fnref-1988-4

 

 

 

Foireux liens de novembre(18) : Réforme, « bonbons d’Halloween », éducation et technologies, politique et élections

Après une période de congés bienvenus, au cours de laquelle cela a été pour moi « interniet », nos Foireux liens » sont de retour, en ce mois de novembre ! Au menu : la Réforme protestante, les bonbons d’Halloween, des réflexions sur la technologie et la paternité intellectuelle(vs « droit d’auteur »), ainsi que quelques articles plus « politiques ». Evidemment, ne pas tout lire « d’une traite » et « en diagonale » !

 

Quel "partage des tâches" dans le couple Luther ? Par Andy Singer

« Les 95 thèses de la femme de Luther »
Par Andy Singer ou comment vivre les principes de la Réforme aujourd’hui ?

La Réforme a 500 ans !
Une partie du monde a fêté halloween le lundi 31, mais pour les protestants, cette date est celle de « la fête de la réforme » : une occasion de se souvenir des 95 thèses de Luther contre les indulgences, que ce dernier a affichées le 31 octobre 1517 sur la porte de l’église du château de Wittenberg, ce qui a marqué le lancement de la réforme ! En quoi est-ce important, pour nous, protestants ? Comme le souligne Ludivine, sur son blogue « ellecroit.com », il ne s’agit pas « juste de se rappeler de la réforme pour faire du « sentiment » sur notre passé mais de saisir l’occasion de redire notre attachement à ces notions essentielles de la réforme et de continuer à lutter pour que cela reste une réalité pour nous encore aujourd’hui ». Suit un rappel des « 5 solas » de la Réforme.

Vous étiez occupés à faire autre chose ce 31 octobre 2016 ? Ce n’est pas très grave, puisque nous aurons une année entière (2017) pour fêter 500 ans de Réformes et vivre la fraternité. Plus d’infos sur le portail de la Fédération Protestante de France (FPF).

Dietrich Bonhoeffer, une figure protestante à redécouvrir aujourd’hui : Du 11 au 13 novembre prochain, le pasteur Steve Bezner viendra à Paris pour enseigner un cours sur Dietrich Bonhoeffer dans le cadre du cursus de formation théologique #Transmettre. Sur « Le Bon Combat », un blog « réformé d’un point de vue théologique et baptiste d’un point de vue ecclésiologique », Guillaume Bourin lui a demandé d’expliquer pourquoi tous les évangéliques devraient connaître un théologien « néo-orthodoxe ». Alors, certes, « il est l’exemple même de la foi inébranlable. Sa résolution d’aller au martyr alors qu’il aurait pu aisément choisir une autre voie nous pousse à la réflexion ». Mais « la plupart de ceux qui en appellent à Bonhoeffer font référence à sa mort (entre les mains des nazis, ndt.). Or, « il y a beaucoup plus à apprendre de sa théologie. Dans les faits, sa vie est bien plus riche d’instruction que sa mort ».

 

« Les bonbons d’Halloween » : Des nanoparticules potentiellement cancérogènes dans plus de 100 sucreries pour enfants. Vous avez peut-être déjà repéré la mention de ce colorant sur des produits alimentaires : le « E171 ». Il s’agit de dioxyde de titane. Il sert à améliorer l’aspect du produit en lui donnant une blancheur immaculée ou en faisant briller bonbons et glaçages. Une enquête de l’association Agir pour l’environnement révèle que plus de 100 produits destinés aux enfants contiennent ce colorant : bonbons Têtes brulées, Elodie, Fizzy, chewing-gumAirwaves, Hollywood, Freedent, Malabar, confiserie M&M’s (Mars), Skittles, gâteaux LU, chocolats Milka (Mondelēz International), décorations gâteaux Vahiné (McCormick)…Problème : le dioxyde de titane contient des particules d’un diamètre moyen de 100 à 130 nanomètres (….) une « bombe sanitaire » dans la mesure où ces particules peuvent avoir des effets mutagènes, cytotoxiques, cancérigènes, voire même neurotoxiques. Or, les enfants sont en première ligne : ils ingurgiteraient deux à quatre fois plus de titane que les adultes du fait de leur consommation de sucreries. La suite à lire, sur Bastamag.

 

Technologies et Education :
Pour mieux éduquer au numérique à l’école, faut-il d’abord apprendre aux élèves…..à s’en passer ? Les écrans et le numérique prennent de plus en plus de place dans l’enseignement et dans la vie des jeunes élèves. Faut-il en avoir peur, pour la qualité de l’apprentissage comme pour la santé, notamment chez les plus jeunes ? Tout dépend de l’utilisation qui en est faite, clament certains. D’autres appellent à une école sans écran, du moins au primaire et au collège. Karine Mauvilly, historienne et juriste, puis enseignante en collège, a observé la mutation en cours avant de démissionner de l’Éducation nationale. Elle est l’auteure, avec Philippe Bihouix, de l’essai : Le désastre de l’école numérique. Plaidoyer pour une école sans écrans, aux éditions du Seuil. Rencontre et entretien à découvrir sur Bastamag.

Le mobile détruit-il internet ?
« Cool, entre vos mains vous me lisez certainement avec un Smart phone . Mais savez-vous que votre geste du doigt détruit (un peu ) notre monde de culture, de connaissance ? Hum… vous ne captez pas ? » Alors suivez Zeboute, qui vous explique tout cela sur son blogue.
« Droit d’auteur » vs « paternité intellectuelle » ? Une nouvelle série de 6 articles de Yannick Imbert consacrée à la paternité intellectuelle, publiée sur le blogue « Le Bon Combat », suite à deux très courtes contributions de ce dernier sur le droit d’auteur en réponse à un autre article publié auparavant.

 

Politique/élections :

Alors que l’on s’apprête à voter pour un nouveau président ou pour une première présidente aux USA, le 08 novembre prochain, et en attendant la présidentielle française de fin mars 2017, sur quels critères voter ? Peut-on discerner ce qui, « en politique, est chrétien et ce qui ne l’est pas » ?
Quelques pistes de réflexion, sachant qu’aucun parti ne saurait se dire « plus chrétien que moi tu meurs », vu que l’Evangile « a de quoi déranger tous les partis » :

« Petit manuel politique » des évêques de France : une invitation à « laisser la colère et la politique », pour mieux retrouver le sens « du » politique.
Une « explication de texte » donnée par le journaliste Patrice de Plunkett du livret du conseil permanent de la CEF – Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique : « une analyse très ferme de l’impasse de la politique contemporaine, symptôme d’une société asservie au non-sens et à la marchandise ». Et face à toutes ces impasses, ce document « perspicace » de la CEF invite à « ressusciter le politique », qui est… « mort », « tué par la politique ».

« Pour qui les chrétiens devraient-ils voter ? » Les chrétiens se tiennent à l’écart de la politique et ils ont tort, selon le site web « L’Observateur chrétien », qui nous donne ses critères de vote. Le choix des sujets (« terrorisme », « immigration »…) nous paraît risqué et un peu réducteur, mais nous pouvons relever quelques bonnes surprises dans cet article, qui se fait fort d’argumenter en s’appuyant sur la Bible.

D’ailleurs, que dit la Bible sur le racisme et la xénophobie ? Peut-on entretenir en toute bonne conscience certaines attitudes amères ou considérations condescendantes envers tel ou tel groupe tout en se proclamant chrétien ? Pour répondre à cette question, Guillaume commence par définir la notion même de racisme ainsi que celle de race, puis examine si ces concepts se retrouvent dans les Ecritures, puis propose cinq raisons pour lesquelles la révélation biblique ne peut pas s’accorder avec quelque forme de racisme que ce soit. A écouter sur le site « du Bon Combat ».

De bonnes raisons de prendre ses distances avec tel ou tel candidat :
Depuis la diffusion des propos sexistes et particulièrement vulgaires de Donald Trump tenus dans une vidéo en 2005 le 7 octobre par le Washington Post, « on ne compte plus les responsables et militants républicains qui prennent leurs distances avec le candidat de leur parti. Y compris chez les évangéliques, dont beaucoup appellent à ne plus voter pour le candidat républicain », relève le journaliste Henrik Lindell sur son blogue. « Dans les milieux chrétiens conservateurs, beaucoup en sont à se demander pourquoi il a fallu attendre (cette vidéo) pour se convaincre du caractère moral rédhibitoire du candidat. Celui-ci a déjà, entre autres, traité les mexicains de violeurs, défendu la torture, proposé d’interdire les musulmans de séjourner dans le pays et insulté 273 personnes sur son compte twitter sans que cela n’émeuve grand monde chez les chrétiens conservateurs. Dans un long éditorial pour Christianity Today, la revue évangélique de référence[« Speak Truth to Trump » : Evangelicals, of all people, should not be silent about Donald Trump’s blatant immorality. Andy Crouch/ October 10, 2016 Voir aussi http://www.christianitytoday.com/gleanings/2016/october/most-evangelicals-not-voting-trump-beliefs-identity-lifeway.html ], le directeur du magazine, Andy Crouch, critique ce réveil si tardif chez ses frères et sœurs : « Tout le monde sait ce qu’est Trump et chacun a pu le constater pendant des décennies. » Personne, dit cet évangélique, n’illustre mieux la chair qu’il faut faire mourir sur la terre dont parle Paul dans sa lettre aux Colossiens (3, 5) : « l’immoralité sexuelle, l’impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie ». Il n’y aurait donc pas d’excuse valable chez ces évangéliques de voter pour Trump….

….A moins de choisir de le soutenir coûte que coûte : Ainsi, pourquoi les États américains les plus pollués sont ceux qui votent pour les Républicains ? Pourquoi les citoyens directement confrontés à des désastres écologiques vont-ils voter Donald Trump, le candidat qui veut supprimer les régulations environnementales ? La sociologue Arlie Hochschild a mené l’enquête pendant cinq ans, sur les terres de Louisiane, un des États les plus pauvres et les plus conservateurs des États-Unis. Son ouvrage, Étrangers dans leur propre pays : Colère et deuil au sein de la droite américaine, est une plongée dans le monde des électeurs de Trump. Rencontre avec un « écologiste version Tea Party » : sa fierté blessée, ses contradictions, sa vision du monde et ses convictions antagonistes.

« Trump : messie politique pour les born again blancs » ? On dit que « les évangéliques soutiennent Donald Trump. Mais lesquels ? Analyse du sociologue et historien Sébastien Fath sur son blogue.

« Le moindre mal de l’un est rarement le moindre mal de l’autre » :
Mais tout choix électoral n’est pas si simple, vu qu’ « actuellement, aux Etats-Unis comme en France les campagnes électorales ont davantage tendance à semer la confusion dans l’esprit des électeurs indécis qu’à les éclairer. Au jeu des petites phrases, de la communication, du story telling, de la diabolisation de l’adversaire et des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient les citoyens qui n’ont pas encore cédé aux démons de l’abstention sont le plus souvent désorientés. Certes, on n’a pas souvent le choix de voter pour un candidat dans lequel on croit vraiment et on se rabat souvent sur le moindre mal : après tout la politique n’est-elle pas l’art du possible ? Mais là encore, l’électeur déboussolé (…) est perplexe ». Quand nous discutons « avec des amis par ailleurs aussi sincères et instruits que (soi), nous aboutissons à des conclusions souvent très éloignées : le moindre mal de l’un est rarement le moindre mal de l’autre ». Réflexion d’un blogueur catholique, qui « prend le temps d’y penser ».

La clé serait-elle, face à l’Extrême-droite, « d’écouter, comprendre agir », plutôt que de flatter les bas instincts ? Le quotidien La Croix diffuse à tous ses abonnés un numéro de la Revue Projet, dirigée par les jésuites du CERAS, intitulé « Extrême-droite : écouter, comprendre agir ». La réalisation de ce numéro tiré à 100 000 exemplaires a été rendue possible par des dons recueillis dans le cadre d’un financement participatif (40 000 euros auraient été récoltés) et le soutien de dix mouvements catholiques : l’ Action catholique des Milieux Indépendants ; CCFD-Terre solidaire ; Chrétiens en Forum ; Délégation Catholique pour la Coopération ; Justice & Paix ; Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne ; Pax Christi ; Scouts et guides de France ; Secours catholique ; Semaines Sociales. Pourquoi un tel numéro ? Parce que , comme l’explique Jean Merckaert, rédacteur en chef de la Revue Projet, dans son éditorial, « les idées d’extrême droite ne cessent de progresser, en France, dans les discours et dans les urnes, y compris parmi les jeunes, les fonctionnaires, les femmes, les catholiques, voire chez les enfants d’immigrés, des catégories de population que l’on croyait, jusqu’ici, plus hermétiques. Ses idées sèment le trouble. Le Front national, défenseur des petits, vraiment ? Le phénomène interroge. De quoi est-il le symptôme ? Quelles réponses ? Si l’extrême droite est un leurre, les ingrédients qui font son succès sont bien là. S’il est nécessaire qu’au nom des valeurs humanistes ou évangéliques, des autorités morales et religieuses tracent des lignes rouges à l’attention des indécis, les condamnations seront vaines face au SOS lancé par nombre d’électeurs du FN. Car leur revendication première est existentielle. Exister. Être reconnus. Compter pour la société, et que la société compte sur eux ».
Découvrir quelques articles sur le site de la revue.

Pourquoi il ne faut pas oublier de voter dimanche

Comment "bien" voter, "haut la main" ?

Comment « bien » voter, dimanche, « haut la main » ?

Vous l’avez peut-être oublié, mais nous votons pour la dernière fois, dimanche 6 et 13 décembre…..avant la prochaine élection présidentielle de printemps 2017.

Il s’agit des « régionales », organisées à cette date dans le cadre des nouvelles régions redessinées par la loi du 16 janvier 2015(lesquelles passent de 22 à 13). Vous faites peut-être partie de ceux qui ignorent qu’elles ont lieu prochainement. Ou vous faites peut-être partie des chrétiens qui estiment qu’ « ils ne sont pas du monde », quoiqu’ étant « dans le monde »(Jean 17v14, 16), d’autant plus que le « royaume » de Jésus « n’est pas de ce monde »(Jean 20v36)-ce qui est tout à fait vrai-Et que, donc, non, un chrétien n’a pas à se préoccuper de ces questions.

Mais jusqu’à quel point « ne sommes-nous pas dans le monde » ? Par exemple, quand nous consommons, ou jouissons « des plaisirs du monde » ? Être citoyen n’est-il pas plus important que d’être un simple et pur consommateur ?

Et ne sommes-nous pas « envoyés dans ce monde » (Jean 17v18)appelés par le Seigneur Jésus à être « lumière et sel », « ses témoins », d’abord « à Jérusalem », puis « en Judée, à Samarie, et jusqu’au bout de la terre » ? (Actes 1v8). Et quelle est notre « Jérusalem », notre « Judée », sinon notre ville, notre région… ? Et notre mandat initial n’est-il pas de « servir » et de « garder », « protéger » notre terre ?(Gen.2v15)
Dans quelle mesure servons-nous, en ce monde ? Dans quelle mesure sommes-nous Ses témoins ? De quelle manière pourrons-nous l’être, notamment dans la manière d’exercer le pouvoir du droit de vote ?

D’autant plus que les « régionales » touchent au plus près notre quotidien : leurs compétences se sont renforcées par la loi NOTRe du 7 août 2015, même après la perte de la clause de compétence générale (cad leur donnant un pouvoir d’initiative). Les régions s’occupaient déjà du développement économique, de l’aménagement du territoire, de la formation professionnelle, de la gestion des lycées et des transports, des subventions des associations. Aujourd’hui, « le conseil régional a compétence pour promouvoir le développement économique, social, sanitaire[notamment avec l’enjeu de la lutte contre les déserts médicaux], culturel et scientifique de la région, le soutien à l’accès au logement et à l’amélioration de l’habitat, le soutien à la politique de la ville et à la rénovation urbaine et le soutien aux politiques d’éducation et l’aménagement et l’égalité de ses territoires, ainsi que pour assurer la préservation de son identité et la promotion des langues régionales, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des départements et des communes ». Ce qui n’est pas mince*.

Elles ne sont donc à manquer sous aucun prétexte, à l’instar de toutes les autres élections, qu’il s’agisse de la présidentielle, des législatives, des européennes, des départementales, ou des municipales…. Chacune d’elles, complémentaire des autres, porte une partie des pouvoirs politiques, à un échelon divers.

D’autre part, vivant dans une démocratie représentative, nous bénéficions du droit de vote, qui est un acte citoyen simple, mais redoutable, car porteur de très grandes responsabilités. Nous sommes convoqués les 6 et 13 décembre 2015, appelés à élire ceux qui seront nos représentants, chargés de gérer et de décider à l’échelle régionale pour six ans. Tout choix doit donc être pesé et raisonné, et certainement pas sous le coup d’un coup de gueule…de la haine, ou de la peur.

« Pour qui faut-il voter ? » me demanderez-vous peut-être ?

Si vous attendez une réponse à cette question ou une consigne « d’en haut », méfiez-vous. Ce n’est pas vous rendre service que d’y répondre à votre place, et vous n’avez pas besoin d’un gourou.

Le défi, et la responsabilité, pour tout citoyen, ou même chrétien-citoyen (et c’est également celui du débat démocratique), reste de juger/d’apprécier/d’évaluer la pertinence (et la portée) des mesures proposées dans les programmes des différents candidats** (à condition de les lire), de la même manière qu’en église, nous évaluons ceux ou celles qui prétendent parler au nom de Dieu (cf 1 Cor.14v29).
Évaluons également l’intégrité, le sérieux et la capacité des prétendants à l’élection à voir le long-terme (le souci de transmettre à la génération suivante) et à rechercher, non pas les intérêts d’un clan ou d’un lobby, mais l’intérêt général, dans le respect de la dignité humaine, comme dans le respect de l’environnement. Tirez des leçons du scandale sanitaire de « la viande de cheval » et méfiez-vous des étiquettes (« chrétien », « catholique », « protestante ») pour apprécier la réalité du contenu. « Pensez global » et cherchez l’interdépendance des différents domaines(famille, santé, éducation, environnement, éthique, économie, social…). Pensez également aux conséquences des actions proposées…
L’examen desdites mesures proposées, relatives à une petite échelle, permet de discerner ce qui pourrait être réalisé plus tard, sur une plus grande échelle.

A l’inverse, prévient Pierre Tourev, fondateur et animateur du site « Toupie »(qui se veut « éveilleur des consciences politiques des citoyens »), « se désintéresser des élections, c’est aussi clamer leur inutilité et donc faire le jeu de ceux qui voudraient les supprimer et avec elles toutes ces « coûteuses » assemblées d’élus (« Cela ferait des économies ! »). Un homme fort (ou une femme) au pouvoir leur suffirait. Mais nous pouvons encore voter et choisir nos dirigeants, ceux à qui l’on fait confiance, ceux dont les opinions sont les plus proches des nôtres ou, à défaut, d’écarter ceux que l’on ne veut absolument pas avoir comme élus ».

Les chrétiens seront-ils « les premiers » ou les derniers, « dans les bonnes œuvres » ?

Enfin, il a beaucoup été fait question des possibilités du Front national, parti d’extrême-droite, de conquérir trois régions à l’issue de ces élections : « Nord-Picardie, avec la liste emmenée par Marine Le Pen, Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec celle conduite par sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, et Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. En cas de victoire, la politique menée par le FN prendra-t-elle vraiment le virage social affiché dans les discours ? » Ivan Du Roy analyse pour Basta mag les mesures mises en œuvre par les maires frontistes, au sein de la vingtaine de villes qu’ils administrent, de nature à nous donner des éléments de réponses et à laisser entrevoir un programme à plus grande échelle : « austérité budgétaire, affaiblissement des services publics, abandon des populations les plus modestes (not. via la suppression de la gratuité de la cantine et des transports scolaires), vision néolibérale du travail… Entre les belles déclarations de ses leaders et son véritable programme tel qu’il est appliqué, il y a un abîme ». Lire l’article ici.

Sur ce, bon WE, et « bon vote ! »

 

Notes :

* Voir sur http://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/elections-regionales-2015/competences-regions-apercu-apres-loi-notre.html ; http://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/elections-regionales-2015/

Ainsi que la fiche mémo du CPDH sur les régions.

**En savoir plus sur le site revdem, repéré grâce au CPDH.

« Expliquer » ou « promouvoir » les idées d’extrême-droite auprès des ados ? Un numéro controversé de « L’Actu »…

Et qui n’est pas un « poisson d’avril ».

« Comment parle-on » aux ados ? De tel ou tel sujet ?
Après la laïcité, pour le journal « Le 1 », « L’Actu » se fait fort de nous expliquer pourquoi des jeunes « choisissent Marine Le Pen et le Front National ».
« L’Actu » est un quotidien édité par « Play Bac », qui paraît six jours par semaine (du lundi au samedi). Il se présente comme étant « le seul journal quotidien dédié aux jeunes, de 13 à 17 ans ». Il est vrai, que depuis la disparition des « Clés de l’actualité »(hebdo jeunesse) début 2009, le champ est plus qu’ouvert sur ce créneau. Et l’on peut s’en étonner, à défaut de s’en inquiéter. « En 8 pages », nos ados sont ainsi assurés de « s’ouvrir sur le monde chaque jour : décryptage d’événements marquants, tour de l’actualité dans le monde et en France, interviews de personnalités… En bref, un savant dosage d’infos pour comprendre le monde et de rubriques sur ses passions ». Il nécessite, non pas « 20 », mais « 10 minutes » de lecture.

 

Comment "expliquer le FN" aux jeunes, par L'Actu

Comment « expliquer le FN » aux jeunes, par L’Actu

Le 1er avril 2015, le quotidien destiné aux 13-17 ans décroche la une avec un sujet qui fait polémique* : « ces jeunes qui choisissent Marine Le Pen et le F. N.». En quoi ce choix serait-il contestable, critiquable ?
Le rédacteur en chef de « L’Actu » s’en est expliqué : « Nous l’avons fait en Une car ce témoignage intéresse nos lecteurs ados abonnés au quotidien.(…) Sur l’ensemble de cette double-page, le témoignage est remis dans son contexte, 100% factuel »**.
Sauf qu’informer, c’est choisir. Choisir de parler de tel fait et pas d’un autre. Choisir tel aspect ou tel angle (point de vue)…Justement, quels sont les choix de « L’Actu » pour traiter ce sujet ? L’info initiale a été « pêchée » sur ACRIMED, mais j’ai tenu à de me procurer un exemplaire du numéro pour me faire ma propre idée et approfondir certains points.

 
Description :

Le dossier est composé d’une photo de Une, de deux articles avec un dessin et une photo, étalés sur une double-page centrale, à l’intérieur. A cela s’ajoutent un bandeau « contexte », des « chiffres clés » et des mots clés.
Page 2, en haut de la page, « le contexte » est présenté en trois étapes : 
1) Ce qu’est le FN : « un parti politique d’extrême-droite ».
2) Le discours du FN : L’Actu le présente comme étant « centré sur les dangers de l’immigration (sic, sans guillemets), l’insécurité, le chômage et la corruption des autres partis politiques ». Il est relevé que son fondateur et ancien président a été « condamné plusieurs fois pour des propos racistes », mais qu’il a accédé au second tour de la présidentielle de 2002.
3) La succession (à la tête du parti) : « Marine Le Pen a succédé à son père en 2011. Elle s’emploie à « dédiaboliser » le parti. Depuis, le FN a amélioré ses résultats électoraux ».

Expliquer ou promouvoir ?

Expliquer ou promouvoir ?

Ensuite, toujours en page 2, un grand dessin de Bridoulot, occupant une demi-page, suivi, en dessous, d’un portrait (article principal du dossier) : celui de « Mohamed, 15 ans, habitant de banlieue parisienne, et qui, faisant de la politique, a adhéré au FN ».
Suit un deuxième article, page 3, consacré aux « enfants de la crise tentés par le vote FN ».

 

 
Réaction :
Dans un sens, le numéro tient ses promesses : il parle bien de « jeunes qui choisissent Marine Le Pen et le FN ». Un thème qui n’est pas une mauvaise idée en soi. Mais « L’Actu » est malheureusement tombé dans un double écueil : traiter un parti comme le FN d’une façon banale (voire plus), sur le mode « premier degré », sans recul. Et ce, d’autant plus que ses lecteurs sont des jeunes de 13-17 ans, en construction.
La bonne question est bien : Mais pourquoi le choisissent-ils ? Et, d’ailleurs, pourquoi le choisirait-on ? Parce que l’on peut être légitimement attiré ou séduit par ce parti et par la personnalité de sa nouvelle présidente [qui s’emploie d’ailleurs à « dédiaboliser » son parti], laisse entendre « L’Actu ». Mais d’une manière premier degré, semble-t-il, comme l’illustre le choix de la photo de Une, montrant une Marine Le Pen souriante au milieu d’enfants visiblement emballés et séduits à l’idée d’être à ses côtés.
Ce « premier degré » est confirmé par le dossier intérieur. Ses pièces maîtresses sont constituées, en page 2 :
du dessin qui illustre les thèmes de la victimisation des adhérents du FN(récurrent) et, surtout, de l’insécurité(omniprésent dans le dossier), avec un raccourci facile : «Insécurité = des noirs et des arabes»***.
– du témoignage qui suit, celui de « Mohamed, 15 ans »****, un jeune militant du Front national, présenté comme un profil type. Un choix « qui n’est pas anodin », selon ACRIMED : « Mohamed, 15 ans qui « vit dans une cité » [non précisée par l’Actu, mais il semble qu’il soit du Val d’Oise], appartient au « Rassemblement Racine-Lycées ». Pas très difficile à retrouver sur Twitter[et sur le site du Rassemblement], Mohamed Boudia, décrit dans l’Actu comme simple « membre d’un collectif de lycéens » en a, en réalité, été le fondateur. Il pense « qu’il faut retrouver la souveraineté nationale », est pour « une police municipale armée » et « pour la peine de mort, comme Marine ».
Or, un « témoignage unique » est un « témoignage nul ». « L’Actu » aurait du respecter la règle des « deux ou trois témoins » (au moins) différents, qui ne se connaissent pas, pour offrir une pluralité de points de vue.
Une autre demi-page(p 3) est consacrée « aux enfants de la crise tentés par le vote FN ». « Immigration, insécurité, refus de l’Europe, chômage…sont des thèmes qui leur parlent » et que l’on croirait sortis du programme du FN. Il aurait été plus pertinent de comparer ces thématiques (« immigration, sécurité, « tous pourris » »), en y ajoutant la crise économique, avec les années 20-30.
Il est aussi permis de s’interroger sur les choix des mots-clés « à expliquer ». Le plus parlant est, d’abord, ce qui n’y figure pas :
L’expression « dédiabolisation » n’est pas expliquée, sans doute parce qu’elle est jugée évidente à comprendre pour des ados de 13-17 ans. Et ce, d’autant plus que le journal se retrouve paradoxalement accusé de participer « pleinement (peut-être de façon involontaire, maladroite) à l’entreprise de dédiabolisation du FN », comme le dénonce ACRIMED…. !
Quant au terme « Extrême-droite », employé pour qualifier le parti, les jeunes lecteurs de 13-17 ans ne sauront pas mieux ce qu’il signifie, puisqu’il ne sera, ni repris, ni expliqué par la suite.
« Racisme », « antisémitisme », « xénophobie » n’y figurent pas non plus, mais on trouve expliqués : « Mondialisation », « Période de sûreté », « Préférence nationale »…

« Souveraineté nationale » (mot utilisé par le jeune Mohamed) est définie avec une énorme confusion entre les termes : « Ici, capacité du peuple (la nation) à décider pour lui-même, sans être soumis à des contraintes extérieures ou à un pouvoir tyrannique ». Or, « La souveraineté nationale est plutôt le principe selon lequel la souveraineté appartient à la nation qui est une entité collective abstraite, unique et indivisible. (…)Elle s’oppose (et n’est pas à confondre) avec la souveraineté populaire. La souveraineté nationale ne pouvant gouverner directement, elle implique un régime représentatif. Les représentants de la nation sont titulaires d’un mandat représentatif et œuvrent dans l’intérêt de la nation toute entière. Chacun représente la nation entière et non ses seuls électeurs ».*****
D’autres éléments sont présentés comme des évidences ou des faits : « les dangers de l’immigration », écrit sans guillemets, qui est une reprise sans recul d’une thématique FN. Certes, on trouve la mention des condamnations pour racisme de Jean-Marie Le Pen. Mais celles-ci pourraient être considérées comme un dérapage « anecdotique », « accidentel », propre à la seule personnalité du fondateur du FN, sans que cela nécessite un réel examen sur le fond idéologique du parti et de ses cadres. D’ailleurs, le jeune Mohamed ne déclare-il pas :  «j’ai découvert que ce parti n’est pas raciste. Je suis d’origine étrangère, je ne peux donc pas être raciste !» Une affirmation classique du FN  qui appelle tout de même une nuance, ou du moins, des contre-points : ainsi, il aurait été bon de rappeler, au minimum, les récentes déclarations des candidats frontistes aux dernières départementales.

D’autre part, le journal passe sous silence, outre le racisme avéré de certains des membres du FN, les affaires – quatre enquêtes judiciaires et une demande de commission d’enquête parlementaire – qui menacent aujourd’hui le parti ou ses dirigeants….qui dénoncent les « tous pourris » !

Bref, l’exercice(désolé pour la longueur) tend à montrer les limites ou les dangers, pour ne pas parler de l’illusion, de prétendre au « 100 % factuel », ou à de « l’info brut ».
D’ailleurs, à l’instar d’Acrimed, il est « utile de rappeler que l’éthique journalistique ne consiste pas uniquement à rester dans le « 100% factuel » mais de donner l’intégralité des éléments permettant aux lecteurs de se forger une opinion propre. Et lorsqu’on s’adresse à des adolescent-e-s, ce type de règle devrait s’appliquer de façon encore plus stricte ».
Ainsi, les auteurs du dossier se sont-ils posé la question essentielle : qui est mon témoin ? Pour quelles raisons me dit-il cela ? Quel intérêt a-t-il à le faire ?
Ont-ils pris le temps de chercher plusieurs sources, plusieurs témoins et même contre-témoins ?
Ont-ils su prendre de la distance, du recul nécessaire ? Se sont-ils contentés de rapporter telle quelle une information, un propos rapporté(avec le risque de « langue de bois », de manipulation…) ?
Ont-ils su faire la différence entre « informer » et « communiquer » ? Car l’un et l’autre diverge quant à leurs objectifs respectifs :
la communication fait la promotion d’un produit, d’une personne, d’une idée…auprès de consommateurs ou partisans potentiels, en les présentant sous leurs aspects les plus favorables, dans le but de séduire et de provoquer une réaction favorable : un acte d’achat, une adhésion…On dit qu’elle « arrange ».
– l’information, à l’inverse, montre la réalité dans toutes ses facettes et sa complexité, dans le but d’édifier et de permettre de prendre une décision de façon « éclairée », en connaissance de cause. On dit alors qu’elle « dérange »******.
Le choix de « L’Actu » de montrer Marine Le Pen et le Front National sous un jour favorable (sous couvert, paradoxalement, de « neutralité » ou d’être « à 100 % factuel »), « séduisant »(notamment ici auprès des jeunes)est déjà en soi un choix rédactionnel : celui de présenter une seule facette de la réalité. « L’Actu » en a le droit…sauf si d’autres aspects(négatifs ou « nocifs ») de la question, de nature à informer véritablement, sont volontairement écartés. C’est ce que l’on appelle du parti pris. Mais nous ne sommes plus dans le registre de l’info.

Pourquoi les malheureux votent-ils FN ? Par Charb

Pourquoi les malheureux votent-ils FN ?
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Promotion, donc, sous couvert d’explication et du « factuel », d’un parti qui promet le miracle, sous couvert du « bon sens » et de répondre aux attentes légitimes des gens. Mais dont le programme se résume à « vous avez peur ? Vous avez raison d’avoir peur. On vous comprend. Voilà le problème. Voilà ceux qui sont le problème. Voilà les boucs émissaires. »*******
Se laisser prendre à ce qui frappe les yeux semble rassurant-« l’autre », c’est le problème-et sécurisant-s’abandonner à un « (vrai)chef »… « dont je suis proche », « qui me connaît » et « qui m’appelle par mon prénom… »********
Pourtant, pousser à prendre une décision(« donnez-nous le pouvoir »)par la peur est dangereux, car la peur pousse à des actes irrationnels.
A l’inverse, le véritable « bon sens » serait plutôt d’examiner le fond idéologique et l’esprit du FN : est-il le mieux placé pour répondre à un besoin de ce qui relie pour contrer ce qui divise ?

Alors, « non », il ne s’agit pas de s’en prendre « aux électeurs de Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins…) », mais « oui », il s’agit « de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours)et ce vote de la peur ». Et à ce sujet, l’on attend d’un journaliste [et plus encore d’un journaliste de la presse-jeunesse] qu’il « rassure, explique, engage les gens à agir, et démonte les discours de la peur. Et non d’alimenter cette dernière à coup de reportage. »*******

 

Notes :
* la secrétaire nationale du Parti de gauche Raquel Garrido est montée au créneau, annonçant sur Twitter qu’elle allait «désabonner ses enfants de L’Actu». Alexis Corbière, son conjoint et secrétaire national du Parti de gauche chargé notamment de la lutte contre l’extrême droite lui a emboité le pas en dénonçant, toujours sur Twitter, la une du quotidien sur laquelle on voit «Marine Le Pen souriante au milieu d’enfants». Des centaines de personnes n’adhérant à aucun parti ont aussi manifesté leur incompréhension sur Twitter –le tweet de Raquel Qarrido a été retweeté plus de 800 fois, pas seulement par des politiciens (cf http://www.slate.fr/story/100031/front-national-enfants )

** A propos de cette une, s’il n’y en avait qu’une….Mais déjà, au moins, en 2011, L’Actu se faisait fort d’expliquer le FN aux ados : « Et si Marine Le Pen était présidente, à quoi ressemblerait la France ? » 
Le dossier s’étale sur une double page avec trois entrées : le programme du FN, l’interview de Marine Le Pen (« comment décririez-vous le Front national à un ado ?… ») et l’expert, Nicolas Lebourg, en contrepoint.
François Dufour, le rédacteur en chef de l’Actu, s’expliquait sur le traitement donné à ce sujet : « Les faits, toujours les faits(…)Nous avons traité le sujet, sans jamais donner d’opinion. Le FN est un parti comme un autre.…. ».
Jean-Yves Camus, spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe, estime que pour traiter un tel sujet, de sorte d’éviter les écueils, « l’important, c’est le décryptage(…) le tout est d’induire une distance critique à l’égard de ce que les adolescents lisent. »

***Il y a un an, L’Actu s’était distingué par une autre Une controversée sur les cambriolages par des « voleurs des pays de l’Est ». Avec le même dessinateur.(http://pix.toile-libre.org/upload/original/1428148746.png et http://pix.toile-libre.org/upload/original/1428148323.jpg )
**** « Mohamed expliquait déjà, il y a un an, à l’hebdo « Le Point », en mars 2014, que le FN « n’est pas raciste ».

*****Cf http://www.cours-de-droit.net/cours-de-droit-constitutionnel/la-theorie-de-la-souverainete-populaire-et-de-la-souverainete-nationale,a4072797.html ; http://www.toupie.org/Dictionnaire/Souverainete_nationale.htm

****** D’après « Décryptez l’information » de Jean-Luc Martin-Lagardette. Dangles éditions, 2014(chap. 7 : information et communication : deux faux amis, pp 73-80)
******* http://rdereel.free.fr/NON.pdf

******** « Les jeunes militants se sentent proches de Marine. Je l’ai vue dix fois en deux ans ! Elle me connaît… » dit Mohamed, en page 2 de l’Actu.