« Croire » se conjugue au participe présent

« Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur ».

Un athée, de « theos » (Dieu) et « a » (alpha, dite privative), est celui qui « se prive de Dieu, de l’énorme possibilité de l’admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s’exclut de l’expérience de vie de bien des hommes. Dieu n’est pas une expérience, il n’est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience [cf Actes 2v42-47 et 4v32-35]. L’athée la croit affectée d’illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l’humanité », écrit l’écrivain napolitain Erri de Lucca dans « Participe présent » (IN Première heure, Folio, 2012, pp 16). Lui-même ne se définit pas comme « athée » mais comme « un homme qui ne croit pas ».

Par contraste, poursuit-il, « le croyant n’est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l’équilibre et l’équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie ».

Erri de Luca est donc « un homme qui ne croit pas ». Mais « chaque jour », il se « lève très tôt » et « feuillette pour (son) usage personnel l’hébreu de l’Ancien Testament qui est (son) obstination et (son) intimité ». Mais « dans tout cela », il « reste non croyant », « quelqu’un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée », se disant incapable de « s’adresser », de « tutoyer le livre et son auteur ».

En parlant du pronom « tu », il nous parle alors de Job, « car dans son livre le tu est le point le plus haut de sa relation avec Dieu. On lit à la fin du livre un long monologue de Dieu qui s’adresse à son Job. A la fin, il dit à un de ses amis qui se sont efforcés de consoler l’affligé : ma colère s’est enflammée en toi et tes deux compagnons car tu n’as pas parlé de moi correctement comme mon serviteur Job (Job 42v7). En quoi les trois amis de Job ont-ils commis une faute, en parlant de Dieu à leur compagnon ? Parce qu’ils n’ont pas parlé neconà, correctement ? Et pourtant, ils ont développé une vaste théologie, ils ont tenté de faire entrer le malheur survenu à leur ami dans un dessein divin de récompenses et de justice [ce que l’on appelle « une théologie de la rétribution »]. Ils ont réprouvé les réclamations de leur compagnon et lui ont même reproché sa protestation contre Dieu. Ils ont ainsi au contraire, et carrément, provoqué sa colère.

Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire (au v20 du chapitre 7, il l’appelle notzer Adàm, sbire d’Adam, en faisant la caricature sarcastique de Iotzer Adàm, celui forme Adam), lui, en revanche, a parlé neconà, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Il s’adresse à lui avec le pronom de proximité, de l’urgence. Il ne le fait pas tout de suite, mais brusquement en plein chapitre 7 par une invocation directe, qui tranche avec ses lamentations précédentes et qui se traduit par un tu impératif, enfiévré et insolent : souviens-toi que ma vie est vent. Ici commence le tu pressant envers Dieu, le tu frontal qui le réconfortera et le justifiera. Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Ils restent dans leur retranchement, parlant de Dieu à la troisième personne, ne parlant jamais avec Dieu. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Au verset qui suit celui de son reproche aux trois amis, Dieu leur ordonne, à ceux qui n’ont pas parlé neconà, correctement (il le répète), un sacrifice d’animaux qu’lls offriront par l’intermédiaire de Job, qui devient pour eux comme un prêtre [ce que Job était déjà pour ses enfants, au chapitre 1. Sauf que, contrairement à ce qui se fait d’habitude, Job le prêtre n’offrait jamais de sacrifice pour lui-même !]. Eux qui n’ont pas adopté le tu avec Dieu, qui ont parlé de lui à la troisième personne, devront s’adresser à une troisième personne, à Job, pour transmettre à Dieu l’offrande expiatoire ».

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres. Celui qui croit tutoie Dieu, s’adresse à lui en parvenant à trouver en lui le sens, le hurlement ou le murmure, le lieu, église ou maison, ou air libre, l’heure, pour se détourner de lui-même et se placer vers son propre orient. A la lettre, l’orient est le lieu où reconnaître sa propre origine, où éprouver une appartenance et un lien avec le reste du monde créé ». Ceux qui ne croient pas peuvent certes en parler, car ils le lisent dans les Saintes Ecritures, le rencontrent autour de lui dans la vie des autres, des croyants, mais gardent « la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation ».

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

« Les trois amis, et aussi le quatrième, Elihou, venu s’ajouter à la fin de leur entretien et du livre [quoiqu’aucun reproche de Dieu n’ait été signalé à son sujet], offensent Dieu, car ils ne s’adressent pas à lui en tant que croyants, mais parlent de lui comme des avocats défendant un de leurs clients [se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine orthodoxie]. Il est vrai que toute la théologie parle de Dieu à la troisième personne, mais elle possède et pratique, tout en spéculant à son sujet, le tu de la prière, alors que les amis de Job face à sa douleur ne s’adressent jamais à Dieu pour qu’il le secoure, mais défendent toujours la peine et la torture infligées à leur ami, au nom d’une justice infaillible qui ne frappe pas au hasard, encore moins à tort.

Pour Dieu, au contraire [au regard de ce que nous enseigne le livre de Job], même le blasphème est un tu et il (ne semble) pas considéré comme une faute quand il jaillit en pleine douleur ». Il le sait bien, puisqu’il est notre père. Nous sommes l’argile, c’est lui qui nous façonnes, tous nous sommes l’ouvrage de sa main cf Esaïe 64v7.

« Quand cette matière se trouve sous la pression de la douleur », retentit alors « ce tu de Job » : « Rappelle-toi : tu m’as façonné comme une argile, et c’est à la poussière que tu me ramènes » (Job 10v9).

Mais, rajouterai-je, le croyant sait qu’il a « un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu ». C’est pourquoi il tient ferme la confession de foi. « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour un secours en temps voulu ».(Hébr.4v14-16)

 

 

Le savon de Dieu

Quand Dieu nous passe un savon…. (source image : public domain pictures)

« Nettoyez vos mains, pécheurs » (Jacques 4v8)

Un « savon de Dieu » sans nuance, et une injonction ô combien paradoxale, puisque le verset suivant décourage d’emblée toutes nos tentatives d’y répondre :

« Tu aurais beau te lessiver à la soude, y rajouter quantité de potasse, devant moi, ta faute reste incrustée. » (Jérémie 2v22)

Un tel constat ne peut que susciter l’angoisse et le désespoir, celle de la culpabilité (ou de la conscience de sa faute) sans remède. Cependant, pour Kierkegaard, penseur chrétien, c’est le fait d’être « passible du désespoir » qui fait la supériorité de l’homme sur l’animal.

Toujours selon Kierkegaard, la forme la plus aboutie du désespoir est le scandale, lié au fait que le Christianisme ne s’adresse pas à la foule et mais à l’individu, lui offrant cette alternative et injonction : « scandalise-toi ou crois ! » 

De son côté, le psalmiste choisit la foi, ou plutôt, dans une variante de l’alternative précédente, il choisit « la crainte de Dieu » à « l’effroi ».

Les versets 3-4 du psaume 130 nous l’enseignent :  « si tu gardais le souvenir des iniquités, Eternel, Seigneur, qui pourrait subsister ? Mais le pardon se trouve auprès de toi, afin qu’on te craigne».

Craindre Dieu dans les Ecritures, loin de décourager, est en réalité libérateur, puisque celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose, souligne Erri de Luca. Et le même d’ajouter que « celui qui craint Dieu le craint parce que de lui seul dépend le pardon, seliha. Crains le juge, non parce qu’il peut te condamner, mais parce que de son pouvoir dépend la remise de tes fautes ».

« Venez et plaidons ! dit l’Eternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine ». (Es.1v18)

 

 

La philosophie pour les Nuls : « en éthique, une question, beaucoup de réponses »

[« Piqué » sur le compte twitter de Foi & vie, la revue protestante de culture, publié le 16/10/19. Né le 06 décembre 1980, Simon Butticaz est professeur ordinaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne. Il collabore à l’enseignement ainsi qu’à la recherche en Nouveau Testament et traditions chrétiennes anciennes au sein de l’Institut romand des sciences bibliques (IRSB), dont il est l’actuel Directeur]

Comment déplacer des montagnes et ne plus se faire une montagne d’une taupinière ?

« Quand Jésus nous dit qu’avec un peu de foi on peut déplacer une montagne, il veut nous dire qu’il faut bien voir ce qu’il y a devant nous… »

Lectures bibliques
Esaïe 41:14-16Les montagnes tu les écraseras
Matthieu 17:19-21Montagne, transporte-toi d’ici à là
Matthieu 21:21-22Montagne, jette-toi dans la mer
1 Corinthiens 13:1-3Une foi à transporter des montagnes

 

 

« En entendant ces quatre textes, on croirait que la seule fonction de la montagne, c’est d’être rasée, mise en miettes, écrasé, ou déplacées. Il s’agit sûrement d’un fantasme de base dans toutes les civilisations : restructurer l’espace, manifester qu’on est forts parce qu’on a changé concrètement cette nature qui nous domine si souvent. Et même à l’ère où une armada de bulldozer peut déplacer une colline pour la construction d’une autoroute, nous restons avec ce rêve : que nous puissions laisser notre marque sur l’espace.
Ceci dit, ni Esaïe, ni Jésus, ni Paul n’avaient une vocation à travailler dans les travaux publics. En réalité, ils nous parlent de notre rapport à Dieu au travers de ces images. Comment, effectivement, pourrions-nous prétendre déplacer les montages tous seuls ? C’est Pharaon qui prétend construire des montagnes pyramidales. C’est pharaon et ses successeurs, qu’ils s’appellent Haussmann, Bouygues ou autres, qui rêvent de déplacer les collines par leur propre force. Mais Esaïe, Jésus et Paul essayent d’utiliser cette image pour nous dire que nous aussi nous pouvons déplacer des montagnes. A la différence des grandes entreprises du BTP, nous n’avons pas besoin de beaucoup d’argent, ni de beaucoup de force comme en avaient besoin les architectes de Ramsès II, mais nous avons seulement besoin de renouveler notre alliance avec le constructeur d’origine, celui qui a fait les plans et qui a réalisé cette construction incroyable qu’on appelle la nature. Bref, Jésus dit bien à deux reprises dans l’évangiles de Matthieu qu’avec un peu de foi, on peut entrer dans un registre de la puissance de Dieu qui nous associe à son pouvoir créateur. Dieu a créé les montagnes. Si nous nous mettons d’accord avec lui et qu’il donne son approbation, nous pouvons déplacer les montagnes. C’est le mandat de l’humanité que d’administrer la création. Non pas pour le plaisir de déplacer les montagnes, mais pour aménager un territoire et en faire une terre à vivre, une terre où il fait bon vivre.
Pour autant, comme nous l’avons déjà suggéré, il ne s’agit pas d’un traité de Travaux Publics, et c’est assurément à d’autres montagnes que le prophète, le Sauveur et l’apôtre font référence. [Car ]ne dit-on pas dans notre langue : « Il s’en fait toute une montagne » ?
Dans cette expression, on évoque cette étrange capacité de l’être humain à mal évaluer les proportions. Quelque chose qui n’était pas si grand que cela à escalader devient un sommet alpin. Ne dit-on pas aussi « Se faire une montagne d’une taupinière » ? (…)
Il y a donc devant nous une grande diversité de montagnes à escalader (….)Mais bizarrement, les cimes les plus hautes dans notre tête ne sont pas forcément les plus hautes dans la réalité.
Prendre la parole en public va être pour beaucoup d’entre nous un sommet inatteignable ! Alors que ce n’est pas plus compliqué d’aligner quelques phrases devant 100 personnes que devant une.
Dire à quelqu’un qu’on l’aime pourra être pour nous un pic rocheux tout à fait inaccessible. Alors que c’est si bon pour l’autre d’entendre qu’il est aimé.
Que de taupinières qui deviennent des montagnes.
Finalement, nos problèmes sont parfois bizarrement évalués et bizarrement traités. Nous passons énormément de temps à solder des dossiers finalement très simples, et nous bâclons l’essentiel en ne voyant pas son importance. Bref, nous prenons cordes, mousquetons, et chaussures crantées pour escalader la taupinière et nous partons en tong sur l’Everest.
Une des capacités que Dieu veut restaurer en nous est de revenir à un peu de réalisme et de pragmatisme. Quand Jésus nous dit qu’avec un peu de foi on peut déplacer une montagne, il veut nous dire qu’il faut bien voir ce qu’il y a devant nous. Car il ne dit même pas qu’avec un peu de foi on pourra escalader les plus hauts sommets, mais bien qu’on déplacera la montagne. Ça c’est une solution à laquelle la plupart d’entre nous ne pense jamais. Quand vous avez une grosses montagne devant vous et que vous devez aller de l’autre côté, vous pensez à la contourner, à éviter le problème, à le fuir, à l’esquiver. Vous pensez, si vous êtes un peu plus courageux, à l’escalader. Mais Jésus propose une solution somme toute beaucoup plus simple : déplacer la montagne… Eh oui, il fallait y penser ! »

Lire la suite de cette prédication du pasteur Gilles Boucomont (2008) sur son blog vraiment net.

Et ne surtout pas manquer la fin, qui donne tout son sens au message !

 

« Christ notre gardien : lecture suivie de la lettre de Jude (2)

Au-delà de cette étude, « rendons gloire à Dieu (en Jésus-Christ) en qui tout ce qu’il y a de plus beau et de plus grand réside aujourd’hui et éternellement ! »

Suite et fin de la visite guidée de l’épître (ou lettre) de Jude, entamée mercredi.

JUDE 1 : 14-16

  • C’est aussi pour qu’Hénoc, le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes : Il s’agit d’Hénoc qui a marché avec Dieu et qui été enlevé sans passer par la mort physique (Genèse 5 / 1 Chroniques 1 / Hébreux 11 : 5 ). Hénoc a prophétisé le retour de Christ et le Jugement Dernier selon Mc Arthur (1 Th 3).
  • Voici que le Seigneur est venu avec ses saintes troupes : D’autres versions proposent « ses saintes myriades ». Il s’agit des anges qui Le servent (v.14).
  • … pour exercer un jugement contre tous : Ce jugement concerne les actes d’impiété et les paroles dures. Cela m’amène à demander à Dieu qu’en tant que chrétien je ne prononce que des « paroles assaisonnées de sel », remplies de Sa saveur (v.15) !
  • Toujours mécontents, ces hommes se plaignent sans cesse de leur sort : Les gens qui se plaignent de tout et tout le temps sont des plaies pour eux-mêmes et pour les autres !
  • Et marchent suivant leurs désirs : Ils sont incapables de s’intégrer dans la société, et refusent de se plier joyeusement à la volonté de Dieu ! Leurs discours impressionnent et flattent les autres mais ils sont creux et ne servent que leur intérêt personnels (v.16). Ils ne sont pas remplis de l’amour de Dieu (1 Cor. 13).

JUDE 1 : 17-19

  • Quant à vous, bien-aimés : Jude s’adresse à ses frères en Christ comme au verset 3. Il leur montre son tour pour eux. L’expression « quant à vous » révèle son désir de les responsabiliser.
  • Souvenez-vous : Dans le Livre des Actes, la communauté chrétienne persévérait dans l’enseignement des Apôtres (des 12 choisis par Jésus avec Matthias à la place de Judas). Cet enseignement était fondé sur Jésus-Christ (v.17).
  • Ils vous disaient : D’abord, les Apôtres ont enseigné sur « la fin des temps ». L’une des caractéristiques est la moquerie. Des « moqueurs » vivront donc selon leurs propres voies (désirs, souhaits, volontés …). Dans ce cas, le « désir » est le moteur dont le carburant est l’impiété (injustice, iniquité …) – (v.18).
  • Ce sont ceux qui provoquent des divisions : Ces divisions concernent d’une part la doctrine (par exemple, on enseignera une fausse paix …), d’autre part la pratique de la doctrine (par exemple, on vivra selon une paix sociale obligatoire selon une pensée unique …). Ces gens n’ont pas l’Esprit Saint en eux. C’est leur « chair » ou « nature propre » qui domine leur volonté !!! (v.19).

JUDE 1 : 20-25

  • Quant à vous, bien-aimés … Jude répète cette formule (ouverture v.17) pour insister sur l’importance de son exhortation.
  • Edifiez-vous sur votre très sainte foi et priez par le Saint-Esprit : En quelque sorte, l’Église ne doit pas oublier l’enseignement de Christ et de ses apôtres, mais doit en plus, s’édifier (se construire) sur la foi lui venant de Dieu (Ephésiens 2 / Hébreux 11), et vivre (respirer) dans la prière par l’Esprit (peut-être les « soupirs inexprimables » de l’épître aux Romains ?). En tout cas, rien de charnel ne doit s’y mêler !!! (v.20).
  • Maintenez-vous dans l’amour de Dieu en attendant le jour … D’un côté il y a l’enracinement dans l’amour (selon l’apôtre Paul), de l’autre il y a le maintien dans l’amour. C’est là que se révèle la volonté d’être fidèle à Jésus-Christ. Il faut toujours garder à l’esprit que nous vivons de l’amour de Dieu, que nous dépendons de Lui, et c’est bien cet amour divin qui nous permet d’attendre Son retour et la vie éternelle (v.21).
  • Ayez compassion … La compassion vient de l’amour de Dieu. C’est une émotion divine qui était en Christ. Mais afin qu’elle accomplisse la volonté de Dieu, cette compassion est accompagnée du discernement. Dans ce cas, il s’agit en particulier des personnes qui contestent (version Genève 1979). Il faut donc aimer les contestataires sans accepter l’esprit et le contenu de la contestation (v.22).
  • Quant aux autres : Ceux qui vivent dans le péché peuvent être « arrachés au feu » (à la condamnation). C’est avec une sainte crainte (celle d’être fidèle à Dieu) que nous les approchons, sans faire de compromis avec leur péché (symbolisé par la souillure du vêtement – voir Apocalypse 22 : 14) – (v.23).
  • A celui : Il s’agit de Dieu bien sûr. Les versets 24 et 25 forment la « doxologie » de la lettre de Jude (la note finale à son discours).
  • Qui peut vous garder de toute chute … Il met tout à notre disposition pour que nous ne chutions pas pendant notre marche avec Lui.
  • Et vous faire paraître devant Sa gloire irréprochables et dans l’allégresse : Cette gloire représente tout ce qui émane du trône de Dieu. Paul désirait présenter l’Église sans tache, sans ride au Jour du Seigneur. Jean aussi dans Apoc.22 : 14 en parlant de « laver leur robe ». Même idée dans le mot « irréprochables ». Ceci n’est pas une œuvre humaine. Nous devenons irréprochables par Jésus, son sang versé pour le pardon. Avec la grâce il y a l’allégresse, une joie puissante explosant en louange. Jésus nous permet de nous purifier, de nous sanctifier pour le « grand jour » !
  • Oui, à Dieu seul sage, qui nous a sauvés par Jésus-Christ, appartiennent gloire, majesté, force et puissance : Nous rendons gloire à Dieu (en Jésus-Christ) en qui tout ce qu’il y a de plus beau et de plus grand réside aujourd’hui et éternellement !

 

Lecture suivie proposée par Louis-Michel, un ami et un frère Pasteur, que je remercie chaleureusement. Base de l’étude : Bible Thompson 21 / Bible avec commentaires de McArthur /  Le Christ dans toutes les Écritures (A-M Hodgkin) / La Bible du Semeur / BS 21 (archéologie et histoire) / L’Epître de Jude (Samuel Benetreau).

« Christ, notre Gardien » : lecture suivie de la lettre de Jude (1)

Une épître adressée « à ceux qui sont appelés », c’est à dire « gardés pour Jésus-Christ »….et un appel à la vigilance.

Avez-vous déjà lu au moins une fois l’épître (ou la lettre) de Jude ?

Si la réponse est non, ou si vous la connaissez mal, voici une visite guidée de ce très petit livre de la Bible, mais au contenu essentiel, proposée par Louis-Michel, un ami et un frère Pasteur. Qu’il en soit remercié, d’autant plus que les commentaires/prédications sur le sujet sont peu courantes. Bonne étude !

JUDE 1 : 1-2

  • De la part de Jude … Il convient, en commençant notre lecture, de se demander qui est cet homme, dans quel contexte il vit et exerce son ministère, et à qui il adresse sa lettre, découvrir enfin quelle en est la raison. C’est un texte très court. La Thompson 21 ne numérote aucun chapitre. Jude semble donc être l’auteur à cause de l’expression introductive « de la part de » qui précède le prénom. Lorsque j’ai reçu le témoignage du réveil, j’ai réalisé combien nos églises pouvaient se laisser aller à la négligence, et parfois même à la perversité dans le péché de façon consciente. À ce jour, je vois que c’est mon propre cœur qui est la cible de l’épître de Jude ! Cet homme, frère de Jacques (responsable de l’Église à Jérusalem), ne croyait pas que Jésus était le Messie (Matthieu 13 / Marc 6 / Jean 7) lorsque le Seigneur est apparu. Mais, par la grâce de Dieu, Jude est devenu un pilier de la foi pour édifier l’Église de Jésus-Christ. Il se déclare, comme Paul, serviteur de Jésus-Christ. Il sait que Jésus est mort et ressuscité. Il ne sert pas un mort, mais un Dieu vivant.
  • À ceux qui ont été appelés … Le mot « appelés » nous ramène au but divin : amener chacun au salut éternel. Dieu connait ces « appelés », il les aime (lire Jean 3 : 16) en tant que « Père ». Ces « appelés » sont gardés pour Jésus-Christ. Ces quelques mots peuvent nous pousser à faire une étude approfondie de ce que signifie « être gardé ». Il y a le sens « d’être mis à part » pour le service de l’Évangile. Il y a celui « d’être protégé » pour accomplir une mission. Mais ici, Jude relie le mot gardés à celui de Jésus-Christ. Hodking donne le titre suivant à cette épître : Christ, notre gardien. Il nous garde donc pour nous avoir avec lui, dans sa présence. Cette volonté est liée à l’agape [amour] de Dieu. Certaines versions ont écrit par Jésus-Christ, ce qui nous ferait comprendre le statut de gardien qu’a Jésus, et sa fonction de médiateur.
  • Que la compassion, la paix et l’amour vous soient multipliés ! Les mots compassion et paix sont des termes courants de salutations entre les hébreux. Le mot amour a été rajouté dans les usages de l’Église. La « compassion » représente une empathie de l’un en rapport avec la souffrance de l’autre (il y a l’idée de miséricorde). La « paix » est la recherche sans relâche de la concorde, et le souhait du bien pour autrui. Enfin, l’amour est une pleine identification avec Dieu qui prend la forme d’homme jusqu’au sacrifice ultime à Golgotha, pour le salut de ceux qu’Il aime (v.2). À travers la salutation, Jude transmet à ses destinataires ce qui est sur le coeur de Dieu, ce qui est de sa nature et qui doit l’être de la nature des chrétiens.

JUDE 1 : 3-4

  • Bien-aimés, alors que j’avais le vif désir de vous écrire au sujet du salut qui nous est commun … Dès fois, il nous faut changer de plan dans nos projets même s’ils viennent d’un vif désir. Jude pensait écrire un texte doctrinal, sans doute pour fonder un peu plus la foi des convertis, mais il change d’avis. Il écrit finalement une lettre polémique (Benetreau). Le salut est en général le sujet préféré des écrivains du N-T. Mais là, vue la situation, il convient d’aller droit au but, et aborder nécessairement les problèmes (v.3a).
  • j’ai été contraint de vous envoyer cette lettre afin de vous encourager à combattre pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes : Il s’agit de la contrainte du Saint-Esprit et non d’un groupe ou d’un homme d’influence. Le but du courrier est clairement annoncé : la foi éternelle (v.3b).
  • Il s’est en effet glissé parmi vous certains hommes dont la condamnation est écrite depuis longtemps : L’impiété de ces individus est donc connue de Jude (v.4a). Mais quelle est la nature de cette impiété ? La grâce de Dieu est transformée en débauche. Ces gens renient Dieu (Maître – ainsi que Jésus-Christ) ! (v.4b). Il faut aussi être réaliste, il y a de ces gens qui se glissent dans les églises pour les détruire, mais Dieu leur annonce déjà leur jugement (à moins qu’ils ne se repentent).

JUDE 1 : 5-7

  • Je veux vous rappeler, à vous qui le savez bien, que le Seigneur, après avoir sauvé le peuple en le faisant sortir d’Égypte, a fait ensuite mourir ceux qui s’étaient montrés incrédules : Jude compare ici les impies de son temps (v.3,4) avec les incrédules qui vivaient parmi les hébreux au temps du désert. Si peu de personnes ont été fidèles et obéissants, ils ont attirés le jugement divin sur eux ! Et Dieu est resté le même jusqu’à ce jour (v.5) !
  • Quant aux anges qui n’ont pas conservé leur rang, mais ont abandonné leur demeure propre : Ces anges sont les « anges déchus », devenus des démons, des serviteurs du diable et de l’iniquité, des ennemis de Dieu et des hommes. Ils vivent dans les chaînes et les ténèbres, esclaves des passions les plus épouvantables. Un théologien disait : « Si nous devions voir la multitude des puissances dans les airs, nous ne pourrions subsister tellement c’est effrayant ! ». Ils sont dans l’attente du jugement de grand jour c’est-à-dire du Jugement Dernier (v.6).
  • De même, Sodome et Gomorrhe et les villes voisines, qui se sont livrées comme eux à l’immoralité sexuelle et à des relations contre nature, sont données en exemple et subissent la peine d’un feu éternel : Sodome, Gomorrhe et quelques autres cités étaient connues pour leurs moeurs dépravées. Leur exemple doit nous servir à réfléchir. Dieu n’accepte pas l’immoralité sexuelle. Jude précise que cela concerne aussi les relations homosexuelles. Ce n’est pas un sujet à débattre dans les églises, car c’est la volonté absolue de Dieu ! Si la société veut débattre, c’est son choix, et elle en paiera le prix par la suite … Ce ne sera pas la faute de Dieu car Il a averti clairement tous les hommes (v.7). Ceux qui se dressent contre Dieu à travers un comportement immoral ont pour fin le feu éternel (une effroyable impression de brûler éternellement).

JUDE 1 : 8-11

  • Malgré cela, ces hommes adoptent une attitude semblable : Il s’agit des mêmes personnes depuis le début de l’épitre. Ils sont entrainés (ou emportés) par leurs rêveries (état de confusion, délires et désordre des sens), ils souillent leur corps (aucune retenue morale), rejettent toute autorité (esprit de rébellion et d’insoumission contre toute forme d’autorité, spirituelle ou non), et insultent (des injures !) les êtres glorieux (ceux qui ont part à la gloire de Dieu, peut-être des anges). L’archange Michel n’a porté aucun jugement sur le diable, mais l’a amené devant Dieu, le seul habilité à punir ! Entre l’époque de Lot et celle de Jude, difficile de voir une modulation du péché. Le coeur de l’homme est le même (v.8-9) !
  • Eux, par contre, parlent d’une manière insultante … Leur esprit est dans les ténèbres de l’ignorance et dans la bestialité (des bêtes sans raison). L’analogie posée par Jude est redoutable mais correspond à une attitude sans frein (v.10).
  • Malheur à eux, car ils ont suivi la voie de Caïn … Comme lui, ils ont préféré leur plaisir et leur propre volonté aux droits accordés par Dieu (v.11a) !
  • … ils se sont jetés pour un salaire dans l’égarement de Balaam … Comme lui, ils ont préféré le camp des ennemis de Dieu pour de l’argent (v.11b) !
  • … ils se sont perdus en se révoltant comme Koré : 250 chefs ont suivi Koré pour se rebeller contre Moïse. Ils voulaient imposer leur volonté à Dieu (McArthur). Jude donne cet exemple pour étayer ses accusations des versets 8 et 9 (v.11c).

JUDE 1 : 12-13

  • Ce sont des écueils dans vos agapes … Ces hommes posent problème. Ils provoquent des discussions vaines, provoquent des polémiques, se tiennent mal ; ils sont des obstacles, des occasions de chute ! Veillons quand nous mangeons entre chrétiens. Le mot « écueil » signifie « point qui fait tache », comme des souillures sur un vêtement.
  • … où ils festoient sans scrupule et ne prennent soin que d’eux-mêmes : Sans gène et égoïstes !
  • Ce sont des nuages sans eau emportés par les vents : Ils font illusion, ne produisant que la sécheresse ! Le coeur vide … comme des arbres sans fruits deux fois morts, déracinés, qui ne servent à personne (v.12). Jude utilise le lexique de la mer avec ces vagues et l’écume qui emporte leurs impuretés, puis celui du ciel avec les astres qui s’enfoncent dans les ténèbres plutôt que de briller (v.13). Jude ajoute à la fin du verset 13 la notion d’éternité.

 

(A suivre….Deuxième et dernière partie de l’étude à paraître vendredi)

L’action du mois : dire non au « Black Friday », journée (au) rabais

« Piqué » sur le compte Twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/11/18)….

“Je crois fondamentalement dans le marché, mais nous devons admettre qu’il ne fonctionne pas” :  cette phrase extraordinaire a été prononcée le 18 novembre par Timothy D. Cook, successeur de Steve Jobs au poste de directeur général d’Apple…

« Chaque mot de sa phrase mérite examen », souligne le journaliste Patrice de Plunkett dans une note de blogue. « Elle pose que le marché est “fondamentalement” objet de foi : Tim Cook “croit dans le marché” tout-puissant (comme le Credo dit : “I believe in God the Father Almighty”) ; attitude propre à la religion, non à l’analyse économique. Le libéralisme n’est pas une science, c’est un culte… Mais Tim Cook constate aussi que le marché “ne fonctionne pas”. En conclura-t-il, comme les théologiens chrétiens, que la toute-puissance de ce dieu Marché – comme celle du Père (almighty) au sein de la Trinité –  s’exprime non en termes de fonctionnel utilitaire mais de don gratuit ?  Impossible, puisque le dieu Marché est celui de l’échange vénal !  Première impasse.

Deuxième impasse : c’est précisément dans le domaine de l’échange vénal, son exclusif domaine, que ce dieu objet de foi – le Marché – ne fonctionne pas” selon Tim Cook. Du coup, la foi de ce patron dans le Marché paraît vouée à l’avis méprisant du prophète (1 Samuel 12v21) sur les idoles :   “Ces choses de néant…”

Fort de ce constat d’iconoclaste, prenons du recul sur un phénomène venu des Etats-Unis et imposé en France par la grande distribution et les marques : il s’agit du « Black Friday » (vendredi noir), une journée (au) rabais aux USA.

En effet, comme tous les ans, les Américains se ruent littéralement dans les magasins ce vendredi 23 novembre, au lendemain de Thanksgiving, espérant profiter d’ une semaine de promotions démentielles avec réductions allant jusqu’à 80%. Un véritable phénomène donnant lieu à des scènes de liesse(sic) chaque année et avec des rues « noires de monde ». Cette « folie » préventive est censée être la stratégie choisie par les consommateurs pour éviter cette autre folie du mois de Décembre en magasins, à l’approche de la fête de Noël.

En France, comme son nom ne l’indique pas, le « Vendredi Noir » s’étend en réalité sur tout un week-end, les Français ne disposant pas dans leur calendrier d’un jour férié dédié à cette fête religieuse de la consommation….

Certes, un tel événement commercial « boostera certainement l’économie » (au profit de qui ?), mais elle a surtout de quoi interroger sur les coûts environnementaux et sociaux de cette consommation de masse : un « vendredi noir » pour la planète et les êtres humains, réduits à l’état de troupeaux de « con-sommateurs » !. Et ce, alors qu’autour de nous certains ont le courage de dire leurs difficultés à remplir le frigo, à acheter un jouet à leurs enfants, …et ce alors que les lignes SNCF secondaires ferment, des départements sont sans médecins, des villes étouffent, qu’il n’y a plus d’aménagement du territoire….au nom de la seule loi du bankable, justifiant d’abandonner le reste.

Ceci dit, que faire ?

A Sao Paulo, le 9 décembre 2013, les étudiants de l’école de communication et d’art de l’université de Sao Paulo investissent un centre commercial de Natal, pour une marche des zombis « blind ones » contre le consumérisme aveugle.

D’abord ouvrir les yeux.

Les lecteurs se souviendront sans doute de cette forme « d’artivisme », nous invitant à la réflexion et à l’action responsable et juste. Un certain lundi 9 décembre 2013, alors que la classe aisée brésilienne prépare fébrilement les fêtes de fin d’année, un défilé original investit un temple de la consommation, le centre commercial de Natal, interrompant un temps la frénésie consumériste. « Quarante personnes déambulent en silence dans les galeries, avançant lentement comme des automates, les yeux bandés et le corps recouvert d’une épaisse couche d’argile. A l’origine de cette performance artistique intitulée « Blind Ones », les étudiants de l’école de communication et d’art de Sao Paulo. Ils ont interprété une oeuvre créée par leurs professeurs, les metteurs en scène et chorégraphes Marcos Bulhoes et Marcelo Denny. Eux-mêmes se sont inspirés du tableau de Pieter Bruegel, « La Parabole des aveugles »[1568], où les personnages, non-voyants, s’accrochent désespérément les uns aux autres avant de vaciller ensemble dans le fossé. Le titre de l’oeuvre fait référence à la parole du Christ adressée aux Pharisiens : « Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse » (Matthieu 15v14-24). En réactualisant cette parabole, les auteurs souhaitent « provoquer une réflexion sur notre aveuglement face à la consommation ». Dans un monde qui érige en vertu cardinale la transparence, qui veut pour autant savoir les conditions de fabrications des objets achetés ? Qui s’interroge sur l’origine de son désir consumériste et de ses conséquences irréversibles ?

Mettant en scène l’acte de dévotion permanent des populations occidentales envers la marchandise, dénonçant l’instinct grégaire et la désolante condition de l’homme vide aux mains pleines, cette performance artistique invite à agir et à réfléchir ».

Et pour cela, il convient de prendre le temps de s’arrêter…

« Un coach nommé Jésus » : Epanouissement personnel et Evangile

« Un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile et une lecture managériale des Ecritures bibliques ».

J’avoue avoir d’abord « tiqué » à la lecture du titre de ce livre de Sophie Soria, qu’un ami m’a prêté : Un coach nommé Jésus : Epanouissement personnel et Evangile – Editions Dunod (12 mai 2005). En réalité, l’ouvrage mérite que l’on s’y arrête pour sa démarche et la portée de son propos….

Apparu il y a environ 25 ans, le coaching est aujourd’hui à la mode et se retrouve un peu partout – sport, entreprise, vie personnelle et même église…avec ce point commun : accompagner des personnes ou des équipes pour favoriser le développement de leur potentiel professionnel.

L’ouvrage veut simplement, semble-t-il, rendre compte d’un constat : Jésus serait « un coach extraordinaire. Coach du sens de la vie, de l’accompagnement au changement, de la sagesse et de la transformation intérieure, coach par ses paraboles, il demeure, à travers les siècles, toujours moderne et innovateur. Son message libérateur offre des points de repère et des méthodes pour guider notre existence vers un épanouissement durable, professionnel et personnel »(Résumé de 4ème de couverture). Mais Jésus est-il vraiment un « coach » ? Une telle comparaison est-elle raison, à l’heure où chacun se choisit les maîtres à penser qu’il veut, dans un esprit « free style » ?

Ce livre est publié chez Dunod, un éditeur spécialisé dans les ouvrages de formation universitaire et professionnelle (parmi ses domaines : la gestion et le management, ainsi que le développement personnel). D’où l’angle choisi de cet ouvrage théorique sur le coaching : nous présenter un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile et une lecture managériale des Ecritures bibliques.

Treize « paroles de sagesse » de Jésus donnent treize principes : relativiser l’argent, rassurer l’inquiétude, entreprendre la prise de risques, donner et pardonner dans l’amour-agapè, servir avec humilité, rêver et créer dans un esprit d’enfance, décider avec discernement, chercher avec persévérance, résister librement, changer de cadre pour créer le paradoxe, gagner en lâcher-prise, renaître de l’épreuve et savourer la joie. Suivent trois paraboles « du coaching » tirées des Evangiles, lesquelles se basent sur 4 grands principes : la parabole des talents (le potentiel), la parabole du sel de la terre et de la lumière du monde (la sagesse et la vérité) et la parabole de la maison bâtie sur le roc (les valeurs éthiques). La finalité étant de « vivre en plénitude la vie surabondante ». A la fin de chaque chapitre d’inégale longueur, Sophie Soria nous propose des exercices d’autocoaching fondés sur des situations concrètes de la vie personnelle et professionnelle.

En fin de compte, la démarche d’actualisation du langage biblique, plutôt originale et osée, se révèle pertinente en soulignant le caractère universel et intemporel de l’enseignement de Jésus-Christ. J’ai particulièrement apprécié le chapitre sur la liberté, avec le « décodage » des trois tentations de Jésus au désert. Certains trouveront que c’est ainsi réduire le Fils de Dieu et la portée de son message que de le présenter en simple « coach », « conseiller en communication », ou « maître de sagesse » (managériale), et que les quatre « titres » donné par l’auteure à Jésus (et dont elle fait les quatre parties de son livre) sont bien peu messianiques : « Jésus, conseiller merveilleux » ; « Jésus, coach du changement » ; « Jésus, coach de la sagesse » ; « Jésus, coach par la parabole ».

Mais l’on peut noter que l’auteure, autrefois juive athée, s’est convertie au christianisme (elle est catholique pratiquante), ayant reconnue Jésus comme étant bien le Messie promis et attendu par Israël. Et bien qu’elle prétende le contraire, cet ouvrage est un (e) remarquable « catéchisme/exégèse pratique », liant le spirituel au concret. Il explique, sans forcer à croire[mais en invitant à faire appel au « pouvoir de croire »], en quoi choisir Jésus-Christ et son enseignement, loin de pousser à la résignation et à la haine de soi, rend « réellement libre » et heureux aujourd’hui. Un tel livre peut alors toucher des personnes susceptibles d’être séduits par le New Age, l’ésotérisme et l’occultisme ou par l’ambiguïté de certaines techniques de communication et d’influence, pour mieux les conduire à Celui qui est le « Dieu véritable » et dont les paroles sont « esprit et vie ». Ce qui ne serait déjà pas si mal !

En bref :

Un coach nommé Jésus, par Sophie Soria
Chez InterEditions, collection épanouissement personnel et professionnel – 155 x 240 mm – 272 pages – 2005 – ISBN : 2100486845 – Prix : 19 €
Sommaire :
Ce livre…Jésus, «conseiller merveilleux», coach à part entière Jésus, coach du changement Jésus, coach de la sagesse l’argent. L’inquiétude. La prise de risques. L’amour. L’humilité. L’esprit d’enfance. Le discernement. La persévérance. La liberté. Le paradoxe. Le lâcher-prise. Le sens de l’épreuve. La joie. Jésus, coach par la parabole. Vivre en plénitude.

L’auteure : Coach certifié et conseil en communication. D’abord journaliste, elle devient coach en 2000 suite à une formation de 3 ans au coaching comportemental selon la psychologie humaniste. Après de premières armes en entreprise auprès de collaborateurs et dirigeants de grands groupes qu’elle coache, elle créée en 2002 son cabinet Le Coaching Ethique, orienté vers la réussite éthique. En 2005, elle publie un livre théorique sur le coaching : « Un coach nommé Jésus », devenu ouvrage de référence. Son livre présente un programme de réussite basé sur les valeurs de l’Evangile. En 2007, elle se spécialise dans l’aide aux victimes de harcèlement moral dans l’entreprise et la vie privée. Par son expérience d’aide à la reconstruction des femmes ayant subi de la violence psychologique dans le milieu familial, Sophie SORIA-GLO est alors amenée à établir sa méthodologie pour le leadership des femmes. Elle est aussi la secrétaire de l’association AVHMVP, Aide aux victimes de harcèlement moral et de violences psychologiques dans la vie privée ou professionnelle.

 

« (In)culture au poing » : Jésus ne parlait pas anglais

Le projet des témoins du Christ – et de Dieu – était que cette Bonne Nouvelle aille « jusqu’au bout de la terre »…

Jésus ne parlait pas anglais. Plus exactement, Lui, Juif, et au prénom parfaitement juif (« Yeshouah » ou « Dieu sauve ») ne parlait pas l’anglais « de l’époque », c’est-à-dire le grec, langue du commerce et des relations marchandes. Et il s’adressait essentiellement, au début, à des Juifs, « les brebis perdues de la maison d’Israël ». Il ne semblait donc pas avoir de prétention universaliste à la base, à priori.

Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, la foi chrétienne, qui s’appuie sur les paroles, faits et gestes d’un tel Messie Juif, est étrangement universelle et universaliste, puisqu’elle est le fruit d’une étonnante rencontre entre le peuple d’Israël et la culture la plus mondialisée qui n’ait jamais existé, la culture gréco-romaine.

Nous comprenons aussi qu’au travers de ses rencontres, Jésus, logiquement préoccupé par les gens de son entourage et de sa culture, ait finalement été « ému de compassion » par ceux qui n’étaient « pas de son peuple » et considérés comme « sans foi, ni loi » ou idolâtres(cf Eph.2v11-17). La grande surprise des événements de la croix, du tombeau vide et de la Pentecôte (un « anti-Babel »), fut une formidable ouverture au monde entier. Et ladite ouverture fut traduite principalement par le fait que les témoins majeurs de ces moments incroyables ont composé leur narration en grec, « l’anglais de l’époque ». Désormais, Jésus est connu partout sur terre sous le nom de « Christ » : une appellation grecque pour décrire une fonction plutôt sémitique, le fait d’être « oint de Dieu », ce qui se dit « Messie » (« Mashiah ») dans les langues sémitiques

Que toute l’aventure de ce Messie Juif « qui ne parlait pas anglais » soit racontée dans la langue internationale de l’époque n’est pas anodin. Le projet des témoins du Christ était que cette Bonne Nouvelle aille « jusqu’au bout de la terre ». Mais il peut paraître improbable, sinon impossible, qu’un peuple sans armes, refusant la soumission à l’empereur surpuissant de l’époque, ait pu diffuser en l’espace de 150 ans une proposition de foi complexe et exigeante. Pire, cette spiritualité semblait même plutôt précaire, étant transculturelle, à cheval entre les deux univers mentaux des grecs et des sémites. Et pourtant, cette foi s’est répandue dans tout le bassin méditerranéen, autant dire dans tout le monde connu, sans violence, ni contrainte aucune ! Il est bon, en effet, de se rappeler que les missions guerrières et autres « croisades », l’Inquisition et les guerres de religion, sont tardifs dans le christianisme, n’arrivant qu’après la « conversion-compromission » de Constantin, quand l’Eglise s’unit à l’empire et donc à César.

Une chose est certaine, pour le croyant : ce projet était motivé par Dieu lui-même, et cette bonne nouvelle s’est surtout répandue grâce à une puissance d’en haut. Et aujourd’hui, cette bonne nouvelle est arrivée jusqu’au XXIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à nous qui lisons ceci.

(D’après Boucomont, Gilles. Au Nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première Partie, 2010, pp11-13)

A lire : Matt 15v21-28 ; Marc 7v24- 30.