« Priez le Père pour espérer donner et recevoir une éducation véritable »

Le sujet de la rentrée : Encourageons-nous à imiter la façon dont ceux, dont il est question dans la parabole, « demandent, cherchent et frappent »

Lecture : Matt.7v7-11

« Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira. Ou encore, qui d’entre vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent ».

Ce passage bien connu s’inscrit dans le contexte du « Sermon sur la montagne » (ch.5-7 de Matt.), un discours prononcé par le plus grand enseignant de tous les temps : Notre Seigneur Jésus-Christ. Il n’est pas « un » maître ou un enseignant, mais « le » maître et « le » Seigneur.

Il ne s’agit pas d’un « code moral » de « bonne conduite » pour devenir « un bon chrétien », mais de la charte de vie des enfants du Père Céleste. Il y est question de la justice du « royaume » ou plutôt, « du règne » de Dieu.

Nous pouvons y lire ce que devrait être la vie de famille des enfants du Père céleste, dont la vie est clairement placée sous le règne de Dieu. Et le règne de Dieu n’a pas de limite : il commence d’abord dans le domaine de ta vie où il ne règne pas. Quel est ce domaine de ta vie où Jésus ne règne pas ?

Ainsi, par exemple, l’éducation et l’instruction(1) : Christ règne-t-il dans ce domaine de vie, que tu estimes tellement vital pour tes enfants ? As-tu placé l’éducation et l’instruction de tes enfants sous le règne de Christ ? Si ce n’est pas lui, qui règne ?

C’est une question, non de « morale », relative à ce qui serait « bien ou mal », « bien vu » ou « mal vu », mais c’est une question de vie ou de mort. Pas moins. Et quoi de plus vital que de donner et recevoir une éducation véritable, là où Christ règne ?

Objectif : (S’)encourager à imiter la façon dont ceux, dont il est question dans la parabole, « « demandent, cherchent et frappent », mais aussi à imiter la façon dont le Père céleste répond. D’habitude, à l’école, celui qui copie sur le voisin ou qui imite le prof est punit, mais dans ce cadre, à l’école de Jésus, comme la Bible nous l’enseigne (ex : en Éphésiens), nous sommes invités à « copier », imiter Dieu, Notre Père (pas à le « singer »). Encourageons-nous donc à « demander, chercher et frapper » pour recevoir mais aussi donner une éducation véritable, centrée sur Christ.

Dans notre passage de Matt.7v7-11, l’accent est mis sur la disponibilité du Père qui invite ses enfants à s’approcher de lui, pour qu’ils lui expriment en toute authenticité et simplicité leurs besoins. C’est ainsi que l’éducation véritable est un sujet de prière – de nos prières – et une préoccupation constante, de la même façon que nous veillons avec soin à l’habillement et à la nourriture de nos enfants.

Ensuite, voici un deuxième élément particulièrement frappant : il est d’emblée considéré ici que ceux qui demandent, cherchent et frappent, le font, non seulement pour recevoir une réponse, mais aussi parce qu’ils savent que c’est juste et légitime. Et parce que c’est juste et légitime, ils osent faire preuve de hardiesse, sans crainte d’être jugés.

Nous-mêmes, en tant qu’enfants du Père, du Royaume, nous sommes invités à « demander », « chercher » et à « frapper », car il y a là autant de promesses : « en effet », dit Jésus, « quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira » (v8).

Mais « demander » et « chercher » quoi ? « Frapper » pour quoi ? La fin du passage nous donne la clé : pour obtenir « de bonnes choses » (v11) et pour obtenir ce qui est juste, selon la volonté du Père. Il est bon de demander une bonne éducation et une bonne instruction pour nos enfants ; et il est aussi bon pour des enfants de demander une bonne éducation et une bonne instruction, car cela est juste.

« Demander » :

Tout parent cherche le meilleur pour ses enfants : si ses enfants demandent du pain, le parent ne lui donnera pas une pierre ; s’ils demandent du poisson, ils ne recevront pas un serpent, et, dit Luc, s’ils demandent un œuf, ils ne recevront pas un scorpion (Luc 11v12). Mais voilà, dit Jésus, nous sommes « méchants », « mauvais » et nous pouvons « nous planter ».

Nous demandons mal.

Jacques 4v2-3 dit : « Vous convoitez et ne possédez pas (….) Vous ne possédez pas parce que vous n’êtes pas demandeurs ; vous demandez et ne recevez pas parce que vos demandes ne visent à rien de mieux que de dépenser pour vos plaisirs ».  La pub prétend connaître mieux que vous ce que vous et vos enfants ont besoin…. Qui, d’ailleurs, oriente vos façons de vous nourrir, vous habiller, divertir ?

Nous n’osons pas « demander, chercher, frapper », doutant de la légitimité de notre démarche.

Nous avons aussi parfois un mauvais réflexe : juger ceux qui revendiquent, parce qu’ils nous paraissent bruyants. Comment ainsi considérer, par exemple, la démarche de ces étudiants québécois, qui avaient manifesté en 2012 contre la hausse des droits d’inscription à l’université ? (Là c’était « le printemps érable » au lieu du « printemps arabe »)

Mais apprenons du Père, qui Lui-même nous écoute avec bienveillance, pour accueillir avec la même bienveillance la démarche des autres. Apprenons du Père pour encourager nos enfants à demander ce qui est bon. Lui nous encourage en nous disant : « vas-y, mon enfant, c’est juste et bon ! »

Comme Lui, reconnaissons dans les cris des enfants,  les cris de ceux qui « défaillent sur les places de la Cité. A leurs mères ils disent : Où sont le blé et le vin ? [une éducation et une instruction nourrissantes, sources de vie et de joie]quand ils défaillent comme des blessés sur les places de la Ville, quand leur vie s’échappe au giron de leurs mères » (Lam.2v11-12).

Nous pouvons « nous planter », mais nous pouvons nous rattraper par la grâce de Dieu.

Comment avoir l’assurance « de ne pas nous planter » ?

En demandant la sagesse : Jacq.1v5-8 nous assure que « si la sagesse nous fait défaut », nous pouvons « la demander au Dieu qui donne à tous avec simplicité et sans faire de reproche ; elle (nous) sera donnée ». Mais il s’agit de « demander avec foi, sans éprouver le moindre doute ».

« Chercher » :

Comme pour « demander », il y a aussi une promesse : « Qui cherche, trouve ».

Nous trouvons, parce que nous avons longuement cherché.

Ce que mon épouse aime, c’est que je lui rapporte quelque chose que j’ai trouvé pour elle et je l’ai trouvé parce que je l’ai longuement cherché.

Le marchand de la parabole a longuement cherché des perles fines. Et en ayant trouvé une de grand prix [elle n’a pas de prix], il vend tout ce qu’il a pour l’acheter. Et qu’est-ce qui a plus de valeur qu’une perle ? La sagesse (Job 28v18) !

Jésus trouve Philippe après l’avoir longuement cherché (Jean 1v43), pour lui dire : « suis-moi ».

Nous-mêmes, nous sommes des « trouvés de Dieu ». Mon frère, ma sœur, réjouis-toi que Dieu te cherche, car tu peux espérer qu’il te trouve. Mais toi, te laisseras-tu trouver ?

Parent, tu espères que tes enfants se laissent trouver par le Seigneur, mais espères-tu trouver, comme le marchand de la parabole, une école dispensant une éducation et une instruction de grand prix, là où l’on dispense la sagesse de Christ ?

Enfin, « frapper »

Frapper à des portes fermées.

L’on peut frapper pour ne pas être ouvert, comme le roi Joas, qui avait frappé trois fois avant de s’arrêter. S’il a pu ensuite remporter quelques batailles, il n’a pu remporter la victoire finale (2 Rois 13v14-19).

L’on peut frapper pour être ouvert : avec détermination et foi, « 5 ou 6 fois », parce qu’il y a urgence, parce que c’est une question de vie ou de mort, pour remporter la victoire de l’éducation véritable, pour nos enfants. Pour que s’ouvrent les portes d’écoles où une éducation véritable est dispensée, parce que Christ est au centre de l’école.

Les portes peuvent s’ouvrir : il s’agit ensuite d’avoir foi pour entrer et y faire entrer nos enfants.

 

Note : 

(1) Éduquer : faire se développer (un être vivant). Prendre soin. Instruire : transmettre à la génération future un ensemble de connaissances (savoir et savoir-faire) et de valeurs considérées comme faisant partie d’une culture commune.

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« Read it (again) » : le voyage du pèlerin en manga

« Le Voyage du pèlerin », version manga. Sortie le 14 septembre 2017 dans toutes les bonnes librairies.

« Read it (again ») : « (re)lis-le ».

Ce n’est pas là « le onzième commandement », mais un magnifique stimulant, propre à nous inciter à nous remettre en route, en cette période de rentrée. Et quoi de mieux, en effet, que cette version manga d’un fameux classique de la littérature anglaise, « le Voyage du pèlerin » (« Pilgrim’s Progress ») de John Bunyan (1628-1688), pour (ré) apprendre « la meilleure façon de marcher » ?

Le livre paraît aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies, ce 14/09, et je remercie les éditions BLF, qui me l’ont aimablement et gracieusement envoyé « en avant-première », estimant que cela pourrait m’intéresser.

Effectivement, familier de l’œuvre que j’ai lue il y a très longtemps, d’abord en version enfantine –« le voyage du petit pèlerin », avec des illustrations très XIXe siècle, puis la version classique et même une version dessin animé, j’étais très curieux de découvrir cette nouvelle version moderne susceptible de parler à la génération d’aujourd’hui. Et pour l’anecdote, le thème me parle particulièrement, puisque je me suis toujours vu – et je me vois toujours – comme un pèlerin, « étranger et voyageur » dans un monde où je ne me sens pas vraiment chez moi.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, il s’agit du récit allégorique, sous forme d’un rêve, d’un dénommé « Chrétien », lequel, conscient de porter « un fardeau » suite à la lecture d’un livre, décide un jour d’entreprendre un voyage périlleux, depuis sa ville de « Destruction » jusqu’à la Cité Céleste. « Le voyage du pèlerin » est l’un des livres les plus publiés et les plus lus après la Bible. Il est considéré comme le précurseur du roman et l’auteur dramatique Bernard Shaw a loué les grandes qualités littéraires du livre dans la préface de « l’homme et le surhomme »(1903), jugeant que dans certaines scènes les descriptions de Bunyan dépassent celles de Shakespeare.

Son auteur est le puritain John Bunyan (1628-1688), qui a vécu à la fin d’une période turbulente de guerres civiles britanniques.

A l’âge de 32 ans, il fut condamné pour avoir organisé des réunions « illicites » (comprendre : au cours desquelles il a prêché la Parole sans être pasteur, ce qui était interdit à l’époque). Il reste douze ans (1660-1672) en prison à Bedford, une ville à 100 km au nord de Londres. C’est là qu’il commence la rédaction de son « voyage du Pèlerin ». Il y raconte sa propre histoire et son combat pour la foi. Le livre est aussi un vivant tableau, avec des scènes et des portraits tirés de son expérience de vie et des mœurs de son temps. Le style est simple, fait le plus souvent d’une mosaïque de citations bibliques incorporées au texte au point de ne plus s’en distinguer. Le livre est finalement terminé en 1677, au cours d’une deuxième période d’emprisonnement de six mois. Paru en 1678, ce fut un grand succès. Depuis sa première édition, cet ouvrage a été lu par 250 millions de personnes et traduit en plus de 200 langues.

4ème de couverture de l’édition Manga du « Voyage du pèlerin », chez BLF.

Parlons maintenant de cette version manga : sur le plan formel, d’abord, c’est sans conteste une réussite. Le résultat est absolument impressionnant. Les illustrations mettent bien en valeur, en le réactualisant, le texte original et l’esprit de l’œuvre de John Bunyan : certaines scènes sont particulièrement effrayantes, quand d’autres sont d’une beauté à couper le souffle, lumineuses et rayonnantes. Se côtoient ainsi tous les aspects de la réalité – beauté, laideur, vices, vertus, humour, effroi, joie et espérance – à mille lieux d’une vision du monde idéalisée et douçâtre.

Sur le plan du contenu, comme dans l’original, « le voyage du pèlerin » version manga nous donne à voir avec un certain « réalisme pastoral », plus qu’il ne nous enseigne, « la meilleure façon de marcher » pour un chrétien, métaphore de la vie spirituelle. « Être » ou « devenir chrétien », c’est entrer dans une dynamique : d’abord être en recherche, puis se laisser interpeller par le message de « la Bonne Nouvelle » (l’Évangile), avant de se mettre en route pour un nouvel horizon libérateur. La démarche est donc d’abord nécessairement individuelle mais un pèlerin ne reste jamais seul longtemps, rejoint à un moment donné de son parcours par d’autres pèlerins, qui deviennent ses com-pagnons de route, partageant son espérance mais aussi ses défis.

Par ailleurs, le « vrai pèlerin » sait qu’il est dangereux de « jouer au pèlerin », puisqu’il s’agit d’une aventure sérieuse, où l’on risque de perdre sa vie ou son âme. Il sait aussi qu’il ne fait que passer dans ce monde et que son cœur est ailleurs : un antidote aux tentations de la société de consommation, du matérialisme et du faux « évangile » de prospérité (il serait plus exact de dire « de cupidité » !), incarnés par Messieurs « Intérêt personnel », « Amour de l’argent », « Ami du monde » et « Avidité ».

Le pèlerin est enfin celui qui témoigne qu’il a quitté un règne (celui qui enferme dans la ville de « Destruction » et conduit à la « Foire aux Vanités », par exemple) pour en rejoindre un autre (qui le mène à la Cité Céleste, sa vraie patrie), source de libération et d’espérance. Une telle prise de position n’aliène pas le pèlerin, bien au contraire, puisque chaque personnage du récit a son identité bien à lui. Cette idée, implicite dans le livre, est encore plus explicite dans le manga : certains personnages ont d’ailleurs été modernisés et féminisés, ce qui les rend encore plus intéressants, telles « Bonne volonté », la gardienne de la Porte Étroite qui n’a pas froid aux yeux, ou encore « Pleine d’espoir », représentée par une jeune fille fragile, mais bien plus forte qu’elle ne paraît. J’ai aussi apprécié les représentations de  « Fidèle » – compagnon de route de « Chrétien », preux chevalier et…fidèle témoin qui connaîtra le martyr, ainsi que d’ « Évangéliste », homme bon et sage qui sait se montrer redoutable à l’occasion. Quant à « Chrétien », il est un personnage bien vivant, à qui l’on peut s’attacher : homme ordinaire en quête de sens, soucieux de vérité, déterminé, parfois en proie au doute et à la peur, mais désireux, non plus de se contenter de survivre, mais d’apprendre à marcher « en chrétien », porté et animé par l’amour et la grâce de Dieu. A ce propos, son fameux « fardeau » qu’il porte au début du récit a été revisité dans le manga d’une façon inédite mais particulièrement bien vue. Je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher la surprise : les plus observateurs comprendront de quoi je parle, une fois le manga entre leurs mains…

Bien entendu, n’importe qui, qui ne connaît pas ou peu la foi chrétienne, pourra le lire comme un roman d’aventure ou de « fantasy » et trouver agréable les péripéties du récit, mais il passera à côté de l’essentiel de ce que le livre veut communiquer. Personnellement, je le conseillerais plus volontiers à un public déjà familier de la foi chrétienne et de la Bible, aux jeunes croyants ou encore aux enfants et jeunes issus de famille chrétienne. Il peut également être un beau cadeau à offrir à toute personne en recherche, interpellée par des questions dites existentielles et désireuse d’en savoir plus sur l’Évangile, avant de « se mettre en route » à son tour !

Bonne lecture ! Et n’hésitez pas à me partager vos impressions au pied de l’article.

Plus d’infos sur le livre sur le site de l’éditeur.

 

Etre délivré du sentiment « de l’étrangeté de l’étranger » ou « l’Eglise doit être un lieu transgressif »

« Je viens vers toi les mains ouvertes, pour te montrer que je n’ai rien de dangereux, ni d’intentions malveillantes à ton égard… »

Voici une prédication particulièrement audacieuse du pasteur Gilles Boucomont, le dimanche 20/08/17, au temple de Belleville (Paris).

Les passages lues en introduction étaient Esaïe 56v1, 6-7 et Matthieu 15v21-28.

Deux textes qui nous parlent des étrangers. « Le problème est l’étranger mais le problème est que, selon la Bible, nous sommes tous des étrangers »….Justement, comment Jésus, « 100 % Dieu » mais aussi « 100 % homme »(1), « vraiment juif », a-t-il répondu à une demande d’une étrangère, une syro-phénicienne…..?

La suite à écouter ici [Voir tout en bas de la liste et choisir 2017-08-20 – Gilles.mp3].

Bonne écoute !

 

 

 

 

Note : 

(1) ….à part le péché, nous rappelle Hébr.4v15.

 

Un verset et une question (5) : « Nous sommes maintenant plus près du salut que lorsque nous avons cru »

Où (en) es-tu ?
Enfant par Alejandro Lizardo

« Nous sommes maintenant plus près du salut que lorsque nous avons cru » (Rom.13v11).

Qui désigne ce « nous » ? Des (déjà) « chrétiens » ? Ou des « pas(encore) chrétiens » ?
Où (en) sommes-nous ? Dans une terre « déjà chrétienne » ou dans une terre « à évangéliser » ?

Catholiques et protestants s’engagent, manifestent, et interpellent candidats et citoyens, à l’approche des élections présidentielle et législatives 2017

A l’approche de la présidentielle et des législatives 2017, les chrétiens s’engagent, manifestent leurs convictions et interpellent candidats et citoyens

Très prochainement, nous élirons notre nouveau président (premier tour : le 23 avril et second tour : 07 mai), dans un contexte extrêmement confus et tendu, ainsi que(ne l’oublions pas) nos députés à l’Assemblée nationale les 11 et 18 juin. Dans cette perspective, plutôt que d’écouter ceux qui prétendent « plus pragmatique » de jouer la facilité en se décidant sur l’étiquette, ne manquez pas de prendre le temps d’étudier les programmes de chaque candidat pour vous faire votre propre opinion et voter en conscience. Certains parmi vous diront peut-être : « je vais voter pour le candidat des valeurs chrétiennes« .  Mais qu’entend-t-on par « valeurs chrétiennes » ?

Justement, l’objet de ce billet est de vous inviter à découvrir les déclarations des protestants évangéliques et des protestants, dits « historiques », ainsi que des catholiques, qui ont choisi de s’engager, manifester leurs convictions et d’interpeller tout autant candidats et citoyens, chrétiens ou non.

Premièrement, nous pouvons constater que le protestantisme évangélique n’est pas qu’« obsédé » par les questions de sexualité et « d’éthique privée », puisqu’il saisit parfaitement les enjeux sociaux, laïques et environnementaux en ce contexte de campagne présidentielle 2017 en France, comme en témoignent plusieurs documents synthétiques, à vocation pédagogique, et s’inscrivant dans une vision holistique de la foi chrétienne :

Le livre collectif, édité par Croire-Publications dans le cadre des Cahiers de l’école pastoraleLa politique, parlons-en! (208p, Hors Série n°18), écrit par des auteurs très majoritairement évangéliques, est instructif en ce qu’il éclaire sur les questions que se posent ces derniers. Pour Louis Schweitzer, pasteur, théologien et professeur d’éthique, parce qu’« on ne parle pas de certains sujets, il ne faut pas s’étonner si des membres de nos Églises ont des idées ou des actions qui nous semblent peu en rapport avec l’Évangile ». Lui-même reste convaincu « que chaque grand rendez-vous électoral devrait être l’occasion de parler des grands principes éthiques chrétiens ». Or, « beaucoup de chrétiens réduisent leurs réflexions aux questions d’euthanasie ou de mariage pour tous » – autant « de vraies et importantes questions », s’il en est, « mais la réalité politique est beaucoup plus vaste. Peut-être faudrait-il revenir sur l’enseignement biblique de la justice et la place des personnes les plus fragiles, du pauvre, de l’étranger… Le texte que la commission a publié sur les grands principes d’une éthique sociale chrétienne pourrait être étudié à cette occasion ». Dans tous les cas, « le risque est de se décider sur un seul critère qui nous semble essentiel: la sécurité et l’attitude devant les migrants ou la justice sociale, la mondialisation ou l’attitude devant tel problème de société…. » et « il ne faudrait pas qu’une conviction forte ou qu’un engagement dans un domaine nous rende aveugles au reste de la réalité ».

Toujours du côté évangélique, l’on peut consulter le livret produit par le CNEF (en collaboration avec le SEL, le Défi Michée, A Rocha et le CPDH), qui communique aux candidats des convictions partagées en vue des élections 2017. Adressé aux responsables politiques, le texte est également destiné à éclairer les fidèles évangéliques eux-mêmes, certains étant par ailleurs tentés par les extrêmes.

La Fédération Protestante de France (FPF), quant à elle, choisit d’adresser…une « adresse » aux candidats de l’élection présidentielle 2017. Ladite « adresse protestante » est introduite par le pasteur Clavairoly, président de la FPF : « À l’approche des choix décisifs que devront faire nos concitoyens lors de l’élection du prochain président de la République, la Fédération protestante de France qui représente le protestantisme dans le pays, veut poser un certain nombre de questions, interpeller et aider chacun à avancer dans la réflexion ». Ces questions touchent aux secteurs suivants : Exil, accueil des réfugiés, Changements climatiques et écologie, Laïcité, Économie sociale et solidaire, Justice-prisons, Égalité hommes femmes, Corruption, Défense, Jeunesse et Handicap.

Enfin, du côté catholique, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié le 14 octobre 2016 un texte intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Une longue réflexion qui fait suite à l’appel au discernement, publié le 20 juin 2016, en vue des élections de 2017. Une contribution qui veut « ressusciter le politique », appelant « les habitants de notre pays »à cette tâche. Car s’il faut le ressusciter, c’est qu’il est mort. En effet, pour les évêques, « la » politique  a tué « le » politique : et le politique, c’est le service du bien commun, la conscience d’un « nous » qui « dépasse les particularités » ; mais la politique (pratiquée en France depuis des décennies) est « en crise », d' »une crise de confiance » envers ceux qui ont perdu le sens du bien commun pour se laisser aller aux « ambitions personnelles démesurées », aux « manoeuvres et calculs électoraux », aux « paroles non tenues », ainsi qu’aux lois et règlements[par exemple « sécuritaires »] produits « dans la précipitation et le contexte de l’émotion »…  D’où « le sentiment d’un personnel politique coupé des réalités, l’absence de projet ou de vision à long terme, des comportements partisans ou démagogiques » : choses « injustifiables » devenues « insupportables ».

 Bonne lecture ! 

 

 

Aucun signe

"Si vous voyez un grand canard blanc au long cou, soyez sûr qu'il s'agit...d'un cygne !

« Si vous voyez un grand canard blanc au long cou, soyez sûr qu’il s’agit…d’un cygne ! »

« L’archéologie appliquée aux Saintes Ecritures » peut nous sembler, parfois, « un exercice inutile ». Certains décident que la montagne des tables de la Loi se trouve à un endroit, d’autres la déplacent à bout de bras dans une autre localité plus adéquate et d’autres encore se disputent le sommet sur lequel se posa l’arche de Noé après le déluge. L’archéologie des hauteurs bibliques s’est engagée à grands frais dans des assignations. Mais peut-on croire que l’Ecriture ait voulu tourmenter les lecteurs avec « des énigmes géographiques » et des « chasses au trésor » ? Un Livre qui a effacé les voyelles du tétragramme du nom de Dieu (YHVH)pour que personne ne sache le prononcer n’avait aucun égard pour la curiosité des petits-fils du XXe[et même XXIe]siècle. Le Livre se moque bien d’une matière pourtant respectable comme la géographie. Si le Sinaï avait été plat, une hauteur aurait très bien pu surgir brusquement et puis disparaître, comme pour la colonne de feu la nuit, comme pour la manne tombée là seulement et pendant quarante ans. Qu’importe d’identifier une montagne ou l’espèce botanique à laquelle appartient l’arbre de la connaissance du bien et du mal (….) Il est bien prétentieux de chercher des confirmations, comme si une preuve pouvait apporter ou retrancher quelque chose(…). Les nouvelles des Saintes Ecritures obéissent à une autre loi de confirmation : avoir ou non la foi. Elles contiennent des articles qui ne peuvent se soumettre à des preuves. C’est à prendre ou à laisser, mais pas en fonction « des dernières expertises médico-légale ». Si en revanche on cherche des signes, il faut alors donner la parole [aux évangélistes, qui rapportent ces paroles du Christ] : « qu’a donc cette génération (« méchante et adultère » cf Matt. 12v39) à demander un signe ? En vérité je vous le dis, il ne sera pas donné de signe à cette génération »(Marc 9v12)(1)….si ce n’est « le signe de Jonas »(Matt.12v39). « Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre » (v40).

Et quant aux autres, prompts à écouter les « Dieu m’a dit », qu’ils soient sûrs, s’ils voient « un grand canard blanc au long cou », qu’il s’agit….d’un cygne !(2)

 

Notes : 

(1) D’après Erri de Luca, « Aucun signe » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 123-124.

(2) L’anecdote (classique) du « cygne » m’a été racontée lors de la première session du séminaire « Libérer »(novembre 2016), au temple de la Rédemption, à Paris.

Ce qui n’intéresse pas Dieu, et ce qui l’intéresse….

« Notre Seigneur est grand et plein de force ; son intelligence est infinie »(Ps.147v5), Lui qui a « mis le sable comme limite à la mer, frontière définitive qu’elle ne passera pas ?
Elle bouillonne mais reste impuissante, ses vagues peuvent mugir, elles ne la passeront pas »(Jer.5v22).

« Il n’apprécie pas les prouesses du cheval,
il ne s’intéresse pas aux muscles de l’homme.
Mais le SEIGNEUR s’intéresse à ceux qui le craignent,
à ceux qui espèrent en sa fidélité » (Ps.147v10-11)

L’Evangile.net : la Bonne Nouvelle à découvrir par soi-même et à partager

"L'Evangile.net" : un média, invitant à oser(se)questionner et à partager sur la foi, comme à créer des liens....

« L’Evangile.net » : un média, invitant à oser(se)questionner et à partager sur la foi, comme à créer des liens….

Ces jours-ci, j’ai le plaisir de découvrir « L’évangile.net »(1), reçu en « avant-première », de la part des éditions BLF, que je remercie pour leur amabilité.  A première vue, l’objet – très bien pensé et très bien conçu, très agréable à regarder et à manipuler -ressemble à un carnet. Mais il s’agit en réalité d’un livre….d’un genre un peu particulier. J’ai là entre les mains « un évangile interactif » permettant de découvrir par soi-même la foi chrétienne via l’Évangile selon Jean, une partie du Nouveau Testament, avec l’aide de commentaires et de plusieurs vidéos explicatives. Il sortira le 4 Octobre sur BLF Store.

De prix abordable et de par son format, il est le cadeau idéal à offrir à toute personne en quête de sens dans un monde troublé, et désireuse de découvrir directement par elle-même qui est Jésus-Christ, quel est le contenu et la portée de son message, ainsi que ce que signifie « croire en Dieu », autrement que par des sources de seconde ou de troisième main.

L’Evangile.net se décline en l’Évangile selon l’apôtre Jean en version papier, dans une traduction accessible et dynamique (« Parole vivante »), et en un site web où se trouvent des vidéos qui aident le lecteur à comprendre et à méditer ce qu’il lit.

L’évangile selon Jean a été choisi, parce que son sujet principal est Jésus-Christ, parce qu’il utilise des mots simples pour aborder de questions profondes, et parce qu’il privilégie une approche progressive de la foi.

Conçu pour rendre accessible la lecture de l’Evangile à la nouvelle génération et aux « digitals natives », « l’Evangile.net » réconcilie plusieurs approches :

Premièrement, nous sommes invités à une lecture dite « traditionnelle », puis à la méditation(2) d’un livre papier, dont le texte tient sur les pages de gauche. Les pages de droite, quant à elles, sont réservées à la prise de notes de réflexions personnelles et de questions nourries par la lecture et contiennent des commentaires, des questions et 14 liens vidéo(3). Celles-ci sont à regarder en dernier. Elles fournissent à la fois des « explications de texte » de douze passages choisis du livre et des réponses aux principales objections vis-à-vis de la foi, mais aussi des témoignages de chrétiens racontant leur expérience avec Dieu.

L’approche nécessite une certaine disponibilité de la part du lecteur (L’on découvre ainsi que la Bible parle d’elle-même si on la questionne), analogue à la disponibilité requise pour écouter et dialoguer avec quelqu’un d’autre.

D’ailleurs, si l’Évangile.net a été fait spécialement pour ceux que ne connaissent pas le Christianisme, quelque soit leur arrière-plan, ou leur absence d’arrière-plan religieux, il est aussi un excellent média permettant aux chrétiens de partager leur foi et de discuter avec leurs amis de sujets très concrets de la vie : la souffrance, la joie, la mort, la justice, l’amour vrai, la confiance, la vérité, la liberté, le mal, le besoin spirituel….

Mais plus qu’un outil, l’Evangile.net est un bel objet novateur, susceptible de passer de main en main, invitant à oser (se) questionner et à donner un témoignage « incarné », comme aussi à créer du lien. Et rien que pour cela, l’initiative mérite d’être encouragée !

 

Et comme « une image vaut mieux qu’un long discours », voici un lien pour découvrir, entre autres : le reportage diffusé sur France2 à ce sujet, le contenu des vidéos, la genèse du projet…

Il est enfin possible de feuilleter le livre ici.

 

Notes :

(1) Une co-édition BLF/collectif « Majestart ».

(2) A noter qu’ici, « méditer » ne signifie pas « faire le vide » en soi, mais plutôt à « mettre en relation » ou à relier ce que nous séparons si souvent : pensée et action, « vie intérieure et extérieure », l’esprit et le corps. « Méditer » implique une priorité de disponibilité et d’écoute du texte, puis de « cueillir » et « recueillir » nos découvertes de lecture par l’écriture couchée sur le papier….ou encore de « retenir » pour soi « un (….) noyau d’olive à retourner dans la bouche »(Erri de Luca. « Noyau d’olive ». Folio 2012, p.43)

(3) Le site web, où se trouvent les vidéos, est gratuit et accessible à tous. On peut gratuitement utiliser l’Évangile.net avec une Bible standard. L’application mobile est, elle aussi, gratuite et disponible pour Android et iOs. Le site et l’appli sont disponibles depuis le 4 Octobre 2016 (Date du lancement officiel)

 

« Captain fantastic » : un film dérangeant sur l’éducation et la transmission d’une vision du monde

"Captain fantastic", de Matt Ross(2016) : "préparer au monde", là est la question !

« Captain fantastic », de Matt Ross(2016) : « préparer au monde », là est la question !

« Captain fantastic »(1) est le titre trompeur d’un curieux film américain vu cet été, donnant à penser qu’il s’agit d’un énième « blockbuster » mettant en scène des super-héros !

En réalité, si « personnages d’exception » il y a, ils n’ont pas de « super pouvoirs ». Le film traite plutôt de la liberté de choix : liberté de choix d’éducation et de vie, de croyance…et de fin de vie, indépendamment – et de façon alternative – aux institutions/modèles/ idées dites « classiques »/« dominantes » (sociales, économiques, religieuses…). Ainsi, le refus du matérialisme, de la société de consommation, de l’hypocrisie et de l’égoïsme grégaire….

Pour mieux l’analyser et l’apprécier, il convient premièrement de bannir le mot « intéressant » de notre vocabulaire, et de prendre pour fil conducteur la scène-clé de l’analyse de « Lolita » de Nabokov par Kielyr, l’une des filles de la famille. De même que ce roman « ose affronter le malaise du lecteur en adoptant le point de vue de Humbert Humbert »(2), l’on pourra juger ce film particulièrement dérangeant, puisqu’il présente un point de vue susceptible de remettre en question nos principes fondateurs, valeurs et « philosophies de vie ».

Et justement, il s’agit justement de ne pas perdre de vue qu’il s’agit là d’un point de vue : celui d’un père entraînant ses enfants dans son choix de vie, dont la légitimité peut être elle-même questionnée et remise en question. Néanmoins, le film, via son personnage principal, nous pousse à nous interroger sur la normalité, ce qu’est « connaître », et sur ce qu’est une « éducation véritable », cohérente, ouverte sur le monde et ancrée dans le monde réel, qui élève vraiment et conduit sur le chemin de l’autonomie.

D’autre part, le chrétien que vous êtes, et qui avez vu le film, a pu être choqué par la façon dont votre foi est ici déconsidérée, alors qu’une philosophie spécifique(le bouddhisme – il faut bien compenser le refus de Dieu par une autre forme de spiritualité !) est mise en avant. La meilleure attitude sera sans doute de prendre un certain recul et d’être prêt à répondre de la meilleure façon possible aux défis soulevés par le film, d’autant plus qu’un christianisme bien compris ne devrait pas conduire à cautionner une vie matérialiste, consumériste, irresponsable, injuste, égoïste, au mépris des autres et de la création. « Aimer son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force »(Deut.6v5), et « de toute sa pensée », ajoute le Seigneur Jésus-Christ(Luc 10v27), conduit à « aimer son prochain, comme soi-même »(Lévit.19v8). Et « la grâce » de Dieu, « source de salut pour tous les hommes, nous enseigne…à vivre pieusement, sagement, justement » (Tite 2v12 ).

Et l’on se souviendra qu’ « Eduquer, ou élever un enfant, c’est « conduire hors de »(educere), cf Jean 10v3. « C’est l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, à se hausser (elevare) dans son corps et son âme, dans tout son être spirituel », soit lui apprendre « à sortir de lui » et à rencontrer les autres. « Par éducation », l’on entend aussi « la somme totale des processus par lesquels une société transmet d’une génération à l’autre son expérience et son héritage accumulés dans les domaines social, intellectuel et religieux »(3).

 

 

 

 

Notes :

(1)  « Captain fantastic ». Réalisation : Matt Ross(USA, 2016). Avec : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay

Prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard » au Festival de Cannes 2016.

Résumé : Dans les forêts reculées du nord-ouest des États-Unis, vivant isolé de la société, Ben, un père dévoué, a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Niveau/âge : à partir du lycée – jeune adulte

Extrait : 

(2) http://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/captain-fantastic.html

Autres critiques :

http://www.leblogducinema.com/critiques/captain-fantastic-lutopie-melodramatique-94457/

http://www.cinechronicle.com/2016/05/cannes-2016-captain-fantastic-de-matt-ross-critique-104505/

(3) Voir http://larevuereformee.net/articlerr/n244/leducation-protestante-chemin-vers-la-liberte