Catholiques et protestants s’engagent, manifestent, et interpellent candidats et citoyens, à l’approche des élections présidentielle et législatives 2017

A l’approche de la présidentielle et des législatives 2017, les chrétiens s’engagent, manifestent leurs convictions et interpellent candidats et citoyens

Très prochainement, nous élirons notre nouveau président (premier tour : le 23 avril et second tour : 07 mai), dans un contexte extrêmement confus et tendu, ainsi que(ne l’oublions pas) nos députés à l’Assemblée nationale les 11 et 18 juin. Dans cette perspective, plutôt que d’écouter ceux qui prétendent « plus pragmatique » de jouer la facilité en se décidant sur l’étiquette, ne manquez pas de prendre le temps d’étudier les programmes de chaque candidat pour vous faire votre propre opinion et voter en conscience. Certains parmi vous diront peut-être : « je vais voter pour le candidat des valeurs chrétiennes« .  Mais qu’entend-t-on par « valeurs chrétiennes » ?

Justement, l’objet de ce billet est de vous inviter à découvrir les déclarations des protestants évangéliques et des protestants, dits « historiques », ainsi que des catholiques, qui ont choisi de s’engager, manifester leurs convictions et d’interpeller tout autant candidats et citoyens, chrétiens ou non.

Premièrement, nous pouvons constater que le protestantisme évangélique n’est pas qu’« obsédé » par les questions de sexualité et « d’éthique privée », puisqu’il saisit parfaitement les enjeux sociaux, laïques et environnementaux en ce contexte de campagne présidentielle 2017 en France, comme en témoignent plusieurs documents synthétiques, à vocation pédagogique, et s’inscrivant dans une vision holistique de la foi chrétienne :

Le livre collectif, édité par Croire-Publications dans le cadre des Cahiers de l’école pastoraleLa politique, parlons-en! (208p, Hors Série n°18), écrit par des auteurs très majoritairement évangéliques, est instructif en ce qu’il éclaire sur les questions que se posent ces derniers. Pour Louis Schweitzer, pasteur, théologien et professeur d’éthique, parce qu’« on ne parle pas de certains sujets, il ne faut pas s’étonner si des membres de nos Églises ont des idées ou des actions qui nous semblent peu en rapport avec l’Évangile ». Lui-même reste convaincu « que chaque grand rendez-vous électoral devrait être l’occasion de parler des grands principes éthiques chrétiens ». Or, « beaucoup de chrétiens réduisent leurs réflexions aux questions d’euthanasie ou de mariage pour tous » – autant « de vraies et importantes questions », s’il en est, « mais la réalité politique est beaucoup plus vaste. Peut-être faudrait-il revenir sur l’enseignement biblique de la justice et la place des personnes les plus fragiles, du pauvre, de l’étranger… Le texte que la commission a publié sur les grands principes d’une éthique sociale chrétienne pourrait être étudié à cette occasion ». Dans tous les cas, « le risque est de se décider sur un seul critère qui nous semble essentiel: la sécurité et l’attitude devant les migrants ou la justice sociale, la mondialisation ou l’attitude devant tel problème de société…. » et « il ne faudrait pas qu’une conviction forte ou qu’un engagement dans un domaine nous rende aveugles au reste de la réalité ».

Toujours du côté évangélique, l’on peut consulter le livret produit par le CNEF (en collaboration avec le SEL, le Défi Michée, A Rocha et le CPDH), qui communique aux candidats des convictions partagées en vue des élections 2017. Adressé aux responsables politiques, le texte est également destiné à éclairer les fidèles évangéliques eux-mêmes, certains étant par ailleurs tentés par les extrêmes.

La Fédération Protestante de France (FPF), quant à elle, choisit d’adresser…une « adresse » aux candidats de l’élection présidentielle 2017. Ladite « adresse protestante » est introduite par le pasteur Clavairoly, président de la FPF : « À l’approche des choix décisifs que devront faire nos concitoyens lors de l’élection du prochain président de la République, la Fédération protestante de France qui représente le protestantisme dans le pays, veut poser un certain nombre de questions, interpeller et aider chacun à avancer dans la réflexion ». Ces questions touchent aux secteurs suivants : Exil, accueil des réfugiés, Changements climatiques et écologie, Laïcité, Économie sociale et solidaire, Justice-prisons, Égalité hommes femmes, Corruption, Défense, Jeunesse et Handicap.

Enfin, du côté catholique, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié le 14 octobre 2016 un texte intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Une longue réflexion qui fait suite à l’appel au discernement, publié le 20 juin 2016, en vue des élections de 2017. Une contribution qui veut « ressusciter le politique », appelant « les habitants de notre pays »à cette tâche. Car s’il faut le ressusciter, c’est qu’il est mort. En effet, pour les évêques, « la » politique  a tué « le » politique : et le politique, c’est le service du bien commun, la conscience d’un « nous » qui « dépasse les particularités » ; mais la politique (pratiquée en France depuis des décennies) est « en crise », d' »une crise de confiance » envers ceux qui ont perdu le sens du bien commun pour se laisser aller aux « ambitions personnelles démesurées », aux « manoeuvres et calculs électoraux », aux « paroles non tenues », ainsi qu’aux lois et règlements[par exemple « sécuritaires »] produits « dans la précipitation et le contexte de l’émotion »…  D’où « le sentiment d’un personnel politique coupé des réalités, l’absence de projet ou de vision à long terme, des comportements partisans ou démagogiques » : choses « injustifiables » devenues « insupportables ».

 Bonne lecture ! 

 

 

Aucun signe

"Si vous voyez un grand canard blanc au long cou, soyez sûr qu'il s'agit...d'un cygne !

« Si vous voyez un grand canard blanc au long cou, soyez sûr qu’il s’agit…d’un cygne ! »

« L’archéologie appliquée aux Saintes Ecritures » peut nous sembler, parfois, « un exercice inutile ». Certains décident que la montagne des tables de la Loi se trouve à un endroit, d’autres la déplacent à bout de bras dans une autre localité plus adéquate et d’autres encore se disputent le sommet sur lequel se posa l’arche de Noé après le déluge. L’archéologie des hauteurs bibliques s’est engagée à grands frais dans des assignations. Mais peut-on croire que l’Ecriture ait voulu tourmenter les lecteurs avec « des énigmes géographiques » et des « chasses au trésor » ? Un Livre qui a effacé les voyelles du tétragramme du nom de Dieu (YHVH)pour que personne ne sache le prononcer n’avait aucun égard pour la curiosité des petits-fils du XXe[et même XXIe]siècle. Le Livre se moque bien d’une matière pourtant respectable comme la géographie. Si le Sinaï avait été plat, une hauteur aurait très bien pu surgir brusquement et puis disparaître, comme pour la colonne de feu la nuit, comme pour la manne tombée là seulement et pendant quarante ans. Qu’importe d’identifier une montagne ou l’espèce botanique à laquelle appartient l’arbre de la connaissance du bien et du mal (….) Il est bien prétentieux de chercher des confirmations, comme si une preuve pouvait apporter ou retrancher quelque chose(…). Les nouvelles des Saintes Ecritures obéissent à une autre loi de confirmation : avoir ou non la foi. Elles contiennent des articles qui ne peuvent se soumettre à des preuves. C’est à prendre ou à laisser, mais pas en fonction « des dernières expertises médico-légale ». Si en revanche on cherche des signes, il faut alors donner la parole [aux évangélistes, qui rapportent ces paroles du Christ] : « qu’a donc cette génération (« méchante et adultère » cf Matt. 12v39) à demander un signe ? En vérité je vous le dis, il ne sera pas donné de signe à cette génération »(Marc 9v12)(1)….si ce n’est « le signe de Jonas »(Matt.12v39). « Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre » (v40).

Et quant aux autres, prompts à écouter les « Dieu m’a dit », qu’ils soient sûrs, s’ils voient « un grand canard blanc au long cou », qu’il s’agit….d’un cygne !(2)

 

Notes : 

(1) D’après Erri de Luca, « Aucun signe » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 123-124.

(2) L’anecdote (classique) du « cygne » m’a été racontée lors de la première session du séminaire « Libérer »(novembre 2016), au temple de la Rédemption, à Paris.

Ce qui n’intéresse pas Dieu, et ce qui l’intéresse….

« Notre Seigneur est grand et plein de force ; son intelligence est infinie »(Ps.147v5), Lui qui a « mis le sable comme limite à la mer, frontière définitive qu’elle ne passera pas ?
Elle bouillonne mais reste impuissante, ses vagues peuvent mugir, elles ne la passeront pas »(Jer.5v22).

« Il n’apprécie pas les prouesses du cheval,
il ne s’intéresse pas aux muscles de l’homme.
Mais le SEIGNEUR s’intéresse à ceux qui le craignent,
à ceux qui espèrent en sa fidélité » (Ps.147v10-11)

L’Evangile.net : la Bonne Nouvelle à découvrir par soi-même et à partager

"L'Evangile.net" : un média, invitant à oser(se)questionner et à partager sur la foi, comme à créer des liens....

« L’Evangile.net » : un média, invitant à oser(se)questionner et à partager sur la foi, comme à créer des liens….

Ces jours-ci, j’ai le plaisir de découvrir « L’évangile.net »(1), reçu en « avant-première », de la part des éditions BLF, que je remercie pour leur amabilité.  A première vue, l’objet – très bien pensé et très bien conçu, très agréable à regarder et à manipuler -ressemble à un carnet. Mais il s’agit en réalité d’un livre….d’un genre un peu particulier. J’ai là entre les mains « un évangile interactif » permettant de découvrir par soi-même la foi chrétienne via l’Évangile selon Jean, une partie du Nouveau Testament, avec l’aide de commentaires et de plusieurs vidéos explicatives. Il sortira le 4 Octobre sur BLF Store.

De prix abordable et de par son format, il est le cadeau idéal à offrir à toute personne en quête de sens dans un monde troublé, et désireuse de découvrir directement par elle-même qui est Jésus-Christ, quel est le contenu et la portée de son message, ainsi que ce que signifie « croire en Dieu », autrement que par des sources de seconde ou de troisième main.

L’Evangile.net se décline en l’Évangile selon l’apôtre Jean en version papier, dans une traduction accessible et dynamique (« Parole vivante »), et en un site web où se trouvent des vidéos qui aident le lecteur à comprendre et à méditer ce qu’il lit.

L’évangile selon Jean a été choisi, parce que son sujet principal est Jésus-Christ, parce qu’il utilise des mots simples pour aborder de questions profondes, et parce qu’il privilégie une approche progressive de la foi.

Conçu pour rendre accessible la lecture de l’Evangile à la nouvelle génération et aux « digitals natives », « l’Evangile.net » réconcilie plusieurs approches :

Premièrement, nous sommes invités à une lecture dite « traditionnelle », puis à la méditation(2) d’un livre papier, dont le texte tient sur les pages de gauche. Les pages de droite, quant à elles, sont réservées à la prise de notes de réflexions personnelles et de questions nourries par la lecture et contiennent des commentaires, des questions et 14 liens vidéo(3). Celles-ci sont à regarder en dernier. Elles fournissent à la fois des « explications de texte » de douze passages choisis du livre et des réponses aux principales objections vis-à-vis de la foi, mais aussi des témoignages de chrétiens racontant leur expérience avec Dieu.

L’approche nécessite une certaine disponibilité de la part du lecteur (L’on découvre ainsi que la Bible parle d’elle-même si on la questionne), analogue à la disponibilité requise pour écouter et dialoguer avec quelqu’un d’autre.

D’ailleurs, si l’Évangile.net a été fait spécialement pour ceux que ne connaissent pas le Christianisme, quelque soit leur arrière-plan, ou leur absence d’arrière-plan religieux, il est aussi un excellent média permettant aux chrétiens de partager leur foi et de discuter avec leurs amis de sujets très concrets de la vie : la souffrance, la joie, la mort, la justice, l’amour vrai, la confiance, la vérité, la liberté, le mal, le besoin spirituel….

Mais plus qu’un outil, l’Evangile.net est un bel objet novateur, susceptible de passer de main en main, invitant à oser (se) questionner et à donner un témoignage « incarné », comme aussi à créer du lien. Et rien que pour cela, l’initiative mérite d’être encouragée !

 

Et comme « une image vaut mieux qu’un long discours », voici un lien pour découvrir, entre autres : le reportage diffusé sur France2 à ce sujet, le contenu des vidéos, la genèse du projet…

Il est enfin possible de feuilleter le livre ici.

 

Notes :

(1) Une co-édition BLF/collectif « Majestart ».

(2) A noter qu’ici, « méditer » ne signifie pas « faire le vide » en soi, mais plutôt à « mettre en relation » ou à relier ce que nous séparons si souvent : pensée et action, « vie intérieure et extérieure », l’esprit et le corps. « Méditer » implique une priorité de disponibilité et d’écoute du texte, puis de « cueillir » et « recueillir » nos découvertes de lecture par l’écriture couchée sur le papier….ou encore de « retenir » pour soi « un (….) noyau d’olive à retourner dans la bouche »(Erri de Luca. « Noyau d’olive ». Folio 2012, p.43)

(3) Le site web, où se trouvent les vidéos, est gratuit et accessible à tous. On peut gratuitement utiliser l’Évangile.net avec une Bible standard. L’application mobile est, elle aussi, gratuite et disponible pour Android et iOs. Le site et l’appli sont disponibles depuis le 4 Octobre 2016 (Date du lancement officiel)

 

« Captain fantastic » : un film dérangeant sur l’éducation et la transmission d’une vision du monde

"Captain fantastic", de Matt Ross(2016) : "préparer au monde", là est la question !

« Captain fantastic », de Matt Ross(2016) : « préparer au monde », là est la question !

« Captain fantastic »(1) est le titre trompeur d’un curieux film américain vu cet été, donnant à penser qu’il s’agit d’un énième « blockbuster » mettant en scène des super-héros !

En réalité, si « personnages d’exception » il y a, ils n’ont pas de « super pouvoirs ». Le film traite plutôt de la liberté de choix : liberté de choix d’éducation et de vie, de croyance…et de fin de vie, indépendamment – et de façon alternative – aux institutions/modèles/ idées dites « classiques »/« dominantes » (sociales, économiques, religieuses…). Ainsi, le refus du matérialisme, de la société de consommation, de l’hypocrisie et de l’égoïsme grégaire….

Pour mieux l’analyser et l’apprécier, il convient premièrement de bannir le mot « intéressant » de notre vocabulaire, et de prendre pour fil conducteur la scène-clé de l’analyse de « Lolita » de Nabokov par Kielyr, l’une des filles de la famille. De même que ce roman « ose affronter le malaise du lecteur en adoptant le point de vue de Humbert Humbert »(2), l’on pourra juger ce film particulièrement dérangeant, puisqu’il présente un point de vue susceptible de remettre en question nos principes fondateurs, valeurs et « philosophies de vie ».

Et justement, il s’agit justement de ne pas perdre de vue qu’il s’agit là d’un point de vue : celui d’un père entraînant ses enfants dans son choix de vie, dont la légitimité peut être elle-même questionnée et remise en question. Néanmoins, le film, via son personnage principal, nous pousse à nous interroger sur la normalité, ce qu’est « connaître », et sur ce qu’est une « éducation véritable », cohérente, ouverte sur le monde et ancrée dans le monde réel, qui élève vraiment et conduit sur le chemin de l’autonomie.

D’autre part, le chrétien que vous êtes, et qui avez vu le film, a pu être choqué par la façon dont votre foi est ici déconsidérée, alors qu’une philosophie spécifique(le bouddhisme – il faut bien compenser le refus de Dieu par une autre forme de spiritualité !) est mise en avant. La meilleure attitude sera sans doute de prendre un certain recul et d’être prêt à répondre de la meilleure façon possible aux défis soulevés par le film, d’autant plus qu’un christianisme bien compris ne devrait pas conduire à cautionner une vie matérialiste, consumériste, irresponsable, injuste, égoïste, au mépris des autres et de la création. « Aimer son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force »(Deut.6v5), et « de toute sa pensée », ajoute le Seigneur Jésus-Christ(Luc 10v27), conduit à « aimer son prochain, comme soi-même »(Lévit.19v8). Et « la grâce » de Dieu, « source de salut pour tous les hommes, nous enseigne…à vivre pieusement, sagement, justement » (Tite 2v12 ).

Et l’on se souviendra qu’ « Eduquer, ou élever un enfant, c’est « conduire hors de »(educere), cf Jean 10v3. « C’est l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, à se hausser (elevare) dans son corps et son âme, dans tout son être spirituel », soit lui apprendre « à sortir de lui » et à rencontrer les autres. « Par éducation », l’on entend aussi « la somme totale des processus par lesquels une société transmet d’une génération à l’autre son expérience et son héritage accumulés dans les domaines social, intellectuel et religieux »(3).

 

 

 

 

Notes :

(1)  « Captain fantastic ». Réalisation : Matt Ross(USA, 2016). Avec : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay

Prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard » au Festival de Cannes 2016.

Résumé : Dans les forêts reculées du nord-ouest des États-Unis, vivant isolé de la société, Ben, un père dévoué, a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Niveau/âge : à partir du lycée – jeune adulte

Extrait : 

(2) http://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/captain-fantastic.html

Autres critiques :

http://www.leblogducinema.com/critiques/captain-fantastic-lutopie-melodramatique-94457/

http://www.cinechronicle.com/2016/05/cannes-2016-captain-fantastic-de-matt-ross-critique-104505/

(3) Voir http://larevuereformee.net/articlerr/n244/leducation-protestante-chemin-vers-la-liberte 

 

« Au nom de Dieu »

Et si les croyants refusaient de se laisser instrumentaliser ?

 

Pour Erri de Luca – dont les propos prennent une nouvelle actualité, « aucune guerre récente de notre Méditerranée n’a tenu le nom de Dieu à l’écart de ses prétextes. Il est invoqué par celui qui se fait exploser dans un autobus en Israël, par les égorgeurs de femmes en Algérie, par les trois parties de la Bosnie en guerre, en Tchétchénie, en Irlande… »(1). Plus récemment, par l’Etat islamique en Syrie, en France ou aux Etats-Unis (2).

« La modernité consiste précisément dans ce besoin d’une justification de Dieu », remarque encore Erri de Luca. « A la fin d’un siècle de guerres athées qui ont montré la suprématie des démocraties sur les tyrannies, de nouvelles guerres veulent prouver la suprématie d’un autel sur un autre. Plutôt que de croire en Dieu, les nouveaux guerriers au nom de la foi pensent que c’est à lui de croire en eux, en leur confiant certaines de ses missions expéditives ».

A ce sujet, les chrétiens, témoins de Christ, et censés être « lumière du monde » et « sel de la terre »(Matt.5v13-14), devraient être ceux qui rappellent les Paroles et commandements de Dieu. Notamment ce qui est écrit « sur le premier volet des deux tables » de la loi : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture »(3).

Erri de Luca explique que « le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce, et qu’on en porte tout le poids(4). Celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ». C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité. Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. Comme dans toutes les guerres faites au nom de cette divinité(5).

Témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique »(6), et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » de Dieu, à l’instar de Job (de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8) qui a su dire « tu » à Dieu, de ce « tu » effronté et familier, de ce « tu » pronom de la révélation et donc de la relation entre créatures et créateur. Nous devrions être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes(7). Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » (tel Erri de Luca)saura répondre par le verset 12 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Nous habitons en effet cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété »(7). Refusons donc cet esprit « du propriétaire », qui se donnerait des droits sur la vie d’autrui, mais cultivons plutôt « l’esprit d’appartenance ». Soit la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand, qui nous a créé à son image. Ce « plus grand », le seul véritable propriétaire de toutes choses, nous met à disposition ce qu’il a créé et nous en confie la bonne(juste et sage) gestion, dont nous aurons à rendre compte devant Lui, sachant que ces biens ne sont pas inépuisables et que nous ne sommes que « de passage » et « locataires », sur la terre.

 

Notes :

(1) « Au nom de Dieu » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 99-100.

(2) Sur l’Etat islamique, voir : http://www.thegospelcoalition.org/evangile21/article/9-infos-au-sujet-de-letat-islamique-que-tout-chretien-devrait-savoir . Sur les derniers attentats revendiqués cette semaine par ce groupe : un couple de policiers assassiné à coups de couteau par un dihadiste à leur domicile, dans les Yvelines ; l’attaque meurtrière d’une boîte de nuit LGBT à Orlando(USA) par un autre jihadiste, se réclamant de Daech.

(3)Ou pour « trumper », dirait-on aujourd’hui. Comme le souligne très bien Erri de Luca dans un autre ouvrage, « Et Il dit » : « rien à voir avec la version où on lit : tu ne nommeras pas en vain »(op. cit., p63).

(4) « Tu ne soulèveras pas le nom » : il s’agit d’appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations…. ». Or, l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…)car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue], pour l’imposture, dit l’hébreu, rien à voir avec en vain. On le comprend bien grâce à une autre ligne : tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture(Lashàue) contre ton prochain » cf Deutéronome/Devarim 5v20 (Erri de Luca. Et Il dit. Gallimard, 2012, pp63-65)

(5) Erri de Luca. Et Il dit. Gallimard, 2012, p64.

(6) Sur ces types d’instrumentalisation, voir la note de blogue de Patrice de Plunkett : « Un jihadiste fait un carnage dans un night-club ? Des médias incriminent la religion catholique. Un  jihadiste poignarde un officier de police et sa femme ?  La droite et gauche incriminent la CGT (parce qu’elle a diffamé la police lors des manifestations sociales) ! Voilà le chaos mental. Il sévit aussi dans d’autres domaines… Dans son discours du 8 juin, M. Sarkozy vitupère le « communautarisme » dont il donne trois exemples en vrac : »cette poignée d’islamistes qui prennent en otage un quartier », « ces gens du voyage qui bloquent scandaleusement une autoroute », et… « ces casseurs qui bloquent une loi de réforme du marché du travail ». Pour compléter l’amalgame, M. Sarkozy entonne le refrain de la France-fille-aînée-de-l’Eglise (formule ne datant que du XIXe siècle), et proclame : »ici c’est un pays chrétien ». Slogan creux, puisque 95% des Français de 2016 ignorent le contenu de la foi chrétienne ! Faire référence à Jehanne et aux Rogations pour orner un discours antisocial, mêler la religiosité et les manoeuvres politiciennes, prétendre faire du catholicisme l’annexe d’un parti, c’est donner des armes aux cathophobes… Qu’on ne s’étonne pas de lire ensuite des tweets qui exhalent un désir de violence contre le chrétien croyant. Ceux qui haïssent le christianisme et ceux qui veulent s’en servir sont jumeaux (alors qu’ils prétendent se combattre) »

Et celle du sociologie Sébastien Fath, appelant à « un devoir de clarté. Directe et pédagogique », face à « l’effroyable tuerie d’Orlando », pour « faire barrage aussi bien à ceux qui « noient le poisson » (confusion) qu’à ceux qui « jettent de l’huile sur le feu » (surenchère) ». Ainsi, « quand Trump veut interdire aux musulmans l’accès au sol américain, et que Sarkozy exalte en France les « moeurs chrétiennes » (sic), ils entrent tous deux dans un piège, font exactement ce que Daech veut qu’ils fassent. Ils font des distinctions selon les citoyens en fonction de leur passé ou de leur religion, encouragent la catégorisation et la relégation des minoritaires. Ils nourrissent, sans même s’en rendre compte (?), le jeu des ennemis de la liberté, entrent dans le « piège Daech »(…) et alimentent des ferments de guerre civile ».

Dans un autre billet – remarquable –#JeSuis #JeSuis … tout seul,  le naturaliste catholique « Phylloscopus » commente ainsi : « Deux attaques en deux jours ; qu’importe qu’elles aient touché deux pays distincts, qu’importe qu’il y ait derrière une initiative solitaire vite récupérée ou la force d’un réseau ; les réponses sont les mêmes : gesticulations, peur et recherche de coupable idéal ». En attendant, « le problème avec ces « Je suis Untel » qui, désormais, ne signifient plus que « Je suis en larmes pour Untel ». « Je suis » surtout planté tout seul sur ma chaise, dans le noir, et j’ai peur. Et nous avons beau arborer chacun sur notre profil le même filtre hâtivement programmé par Facebook, chacun de nous est enfoncé seul dans sa peur ».

Sinon, un bel exemple d’instrumentalisation de la foi par le politique est donné par le roi Jéroboam en 1 Rois 12v26-33, 1 Rois 13v33 et ss (Lequel Jéroboam « consacrait prêtre des hauts lieux…quiconque en avait le désir »)

(7)Erri de Luca. « Au nom de Dieu » IN « Alzaia », op. cit., p 100.

« Le père des orphelins, le défenseur des veuves, C’est Dieu dans sa demeure sainte » : études de 2 Rois 4v1-7 et 2 Rois 8v1-6

Lucky Luke. Jesse James, par Morris http://www.bangbangluckyluke.com/les_dossiers/analyse_une_bd_lucky_luke.php

Lucky Luke, « le défenseur de la veuve et de l’orphelin ». Un pâle reflet de ce qu’est Dieu, le « vrai justicier ». Planche de l’album « Jesse James », par Morris

« Une femme d’entre les femmes des fils des prophètes cria à Elisée, en disant: Ton serviteur mon mari est mort, et tu sais que ton serviteur craignait l’Eternel; or le créancier est venu pour prendre mes deux enfants et en faire ses esclaves ». (2 Rois 4v1)

Une femme s’approche d’Elisée et « crie » au prophète. Il s’agit d’une veuve, d’un des « fils des prophètes » décédé. Un homme « craignant Dieu », témoigne la femme…mais endetté. Elle est aussi une mère, mais le créancier s’apprête[« il est route pour »] à prendre tout ce qui reste à la femme, soit ses deux enfants, pour en faire ses esclaves.

Le créancier n’avait sans doute pas lu Lévitique 25v35-42, qui précise que « si ton frère devient pauvre et qu’il manque de ressources près de toi, tu le soutiendras, même s’il s’agit d’un étranger ou d’un immigré, afin qu’il vive avec toi. Tu ne tireras de lui ni intérêt ni profit, tu craindras ton Dieu et ton frère vivra avec toi. Tu ne lui prêteras pas ton argent à intérêt et tu ne lui prêteras pas ta nourriture pour en tirer un profit. Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui vous ai fait sortir d’Egypte pour vous donner le pays de Canaan, pour être votre Dieu(…) En effet, ils sont mes serviteurs, ceux que j’ai fait sortir d’Egypte; on ne les vendra pas comme on vend des esclaves ». On ne vendra pas son prochain israélite adulte comme esclave, et encore moins si c’est un enfant.

Le cri de la veuve est une prière. Que répondra le prophète ? Quelle sera la réponse la plus appropriée à une situation de détresse, et, surtout, la plus libératrice ?

  1. Ton mari n’aurait pas dû s’endetter ! Ne connaissait-il pas « les principes de bonne gestion » et ce que signifie « être responsable » ?
  2. Je te propose un prêt, mais avec un tutorat en échange
  3. Que puis-je pour toi ? Qu’as-tu chez toi ?

Bien entendu, la bonne réponse est la réponse 3. qui correspond au v2 de 2 Rois 4. C’est une parole de vie, et non culpabilisante ou infantilisante, qui encourage à considérer les ressources à disposition, même si cela peut paraître « rien du tout »(v2).

Et le « rien du tout » de la veuve « n’est qu’un vase d’huile »(v2). Mais c’est suffisant pour Dieu, comme les cinq pains et les deux poissons d’un petit garçon étaient suffisants pour Jésus, pour nourrir 5000 personnes. Et Elisée dit: « Va demander au dehors des vases chez tous tes voisins, des vases vides, et n’en demande pas un petit nombre. Quand tu seras rentrée, tu fermeras la porte sur toi et sur tes enfants; tu verseras dans tous ces vases, et tu mettras de côté ceux qui seront pleins »(vv3-4). La suite nous dit que la femme obéit en tous points à ce que lui dit Elisée. On remarquera une richesse particulière de la femme, outre sa foi en Dieu : ses bonnes relations avec son voisinage, ce qui lui a permis d’obtenir des vases en grand nombre. « Elle ferma la porte sur elle et sur ses enfants »(v5). Elisée n’est pas présent, mais un véritable « travail d’équipe » s’opère dans cette famille, avec une interaction entre la mère et les enfants. Ces derniers, qui ne sont plus vus « comme un problème », « lui présentaient les vases, et elle versait. Lorsque les vases furent pleins, elle dit à son fils: Présente-moi encore un vase. Mais il lui répondit: Il n’y a plus de vase. Et l’huile s’arrêta.  Elle alla le rapporter à l’homme de Dieu, et il dit: Va vendre l’huile, et paie ta dette; et tu vivras, toi et tes fils, de ce qui restera »(vv6-7).

A la fin, la dette est comblée grâce à l’huile et il y a un surplus (Comparer avec Luc 9v16-17). Le « tu vivras, toi et tes fils », qui contraste avec le terrible v1 (« mon mari est mort » et « mes enfants vont être pris comme esclaves »), rappelle le « Mais en ce jour je te délivrerai, dit l’Eternel, et tu ne seras pas livré entre les mains des hommes que tu crains. Je te sauverai, et tu ne tomberas pas sous l’épée; ta vie sera ton butin, parce que tu as eu confiance en moi, dit l’Eternel », adressé par Jérémie à l’éthiopien Ebed-Melek, l’éthiopien, qui l’avait sorti de la fosse (Jer.39v17-18).

La veuve a donc eu cette « audace de la foi » pour « crier » au « père des orphelins, le défenseur des veuves », qui est « Dieu dans sa demeure sainte » (Psaume 68v5)

D’autant plus que Dieu commande de ne pas « affliger la veuve, ni l’orphelin. Si tu les affliges, et qu’ils viennent à moi, j’entendrai leurs cris; ma colère s’enflammera, et je vous détruirai par l’épée », dit l’Eternel (Ex.22v22-24), le justicier par excellence.

« Car l’Eternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve… » (Deut.10v17-18).

Dans un autre passage(2 Rois 8v1-6), on retrouve la sunamite de 2 Rois 4v8-9 et ss, devenue veuve avec un enfant, qui, au retour d’une absence de sept ans pour cause de famine, se retrouve dépossédée  de sa maison et de son champ. Plutôt que de faire sienne cette idéologie comme quoi « l’Etat ne (serait) pas la solution, mais le problème », elle va « implorer le roi »(v2), comme la première veuve avait « crié » au prophète. Et elle a raison, puisque le roi est censé « ouvrir sa bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés », « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent » (Prov.31v8-9). Mais aussi écrire pour lui une copie de la loi(cf Deut.17v18), laquelle enseigne sur Dieu ce qui précède plus haut !

Et le roi n’a pas besoin « de revoir sa copie », puisqu’à la fin du récit, il fait justice à la femme, ordonnant qu’on lui restitue tout ce qui lui appartient, « avec tous les revenus du champ », soit sept ans de revenus !(2 Rois 8v6)

Ascension

Ascension de Jésus, par John Singleton Copley (1775)

Ascension de Jésus, par John Singleton Copley (1775)

Le livre des Actes des Apôtres, dans le Nouveau Testament, « commence avec le dernier éloignement de Jésus, son élévation au ciel(1). Jésus a continué à apparaître aux siens durant quarante jours et Luc, dans son évangile, tient à nous écrire qu’ils le virent vivant, donc non pas comme une vision, mais dans sa plénitude physique(2). C’est la belle promesse de la résurrection : qu’elle restitue les formes concrètes, que les sens en soient les témoins.

De ce jour d’adieu, après lequel Jésus ne devait plus apparaître à ses apôtres, il reste écrit un bref dialogue en ouverture du livre des Actes des Apôtres ; deux répliques seulement, mais essentielles. Certains demandent à Jésus si le moment du royaume d’Israël est proche, celui qui marque le temps final du monde. En réponse, ils obtiennent un refus, car il ne leur appartient pas de connaître ce temps-là. En revanche, ajoute Jésus, c’est à eux que revient la force de devenir ses témoins dans le monde. Jésus enseigne ainsi qu’il est vain de s’interroger sur les temps de l’échéance de la confection du monde, il est vain de chercher dans les Saintes Ecritures ou ailleurs, dans les livres d’astronomie, sa date d’extinction. De nombreuses prévisions d’apocalypse ont été tentées, mais il ne nous appartient pas de connaître le terme de l’histoire. Il appartient à l’homme, s’il a la foi, de devenir témoin auprès des autres de la nouvelle sacrée[« l’Evangile »]. Et de sentir dans cette foi la force d’accomplir ce devoir [ou cette mission]. Et pour écarter morgue et orgueil, qu’il sache[ce témoin]que cette force[ou cette puissance(3)] vient d’en haut et non pas d’eux-mêmes, qu’elle leur a été donnée par grâce et non par mérite.

Au terme du bref entretien, les apôtres le voient se hisser au-dessus d’eux et flotter en l’air pour disparaître dans un nuage. Ils ne voient pas plus loin, les sens ne vont pas plus loin, ni les leurs, ni les nôtres. Plus loin, il y a seulement la foi et cette force[cette puissance]qui descend d’en haut, saisit une personne et la lance dans le monde pour raconter.

Tel est le témoin direct, celui qui vient au nom de Dieu ». Mais les autres ? « Tous ceux qui n’ont ni force ni foi » ? Ils « peuvent du moins reconnaître dans ces personnes l’empreinte digitale, la trace du soulier de Dieu. Alors, même celui qui a du mal avec le ciel peut devenir un témoin indirect. Même s’il n’a pas vu Jésus se hisser dans les airs, il peut dire qu’il a vu la force de la foi descendre dans un de ses semblables. Il peut dire qu’il a vu la nouvelle dans un autre. »(Erri de Luca. Ascension IN Noyau d’olive. Folio, 2012, pp 36-38)

Nous-mêmes, ayant à la fois « la foi et la force », et qui n’étions pas présents, pouvons témoigner : « Jésus ? Nous « l’aimons sans l’avoir vu et nous croyons en Lui sans le voir encore, nous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse »(1 Pie.1v8). D’autant plus qu’il « viendra de la même manière » qu’il a été vu s’en être allé au ciel »(Actes 1v11)

 

Notes : 

(1) Lire le récit en Actes 1v1-11, livre dont Luc est également l’auteur.

(2) Résurrection sans laquelle « notre foi est vaine » cf 1 Cor.15v1-18. Voir aussi Luc 24.

(3) Cette « force » ou cette « puissance » est en réalité une personne divine : le Saint-Esprit(Actes 1v8, cf Jean 14v1616)

Défi apologétique : comment répondriez-vous à Erri de Luca, au sujet du pardon ?

Erri de Luca, un écrivain qui entretient un rapport paradoxal avec la foi et les Ecritures

Erri de Luca, un écrivain qui entretient un rapport paradoxal avec la foi et les Ecritures

Chères lectrices, chers lecteurs, voici un petit « défi apologétique » :
Que répondriez-vous, au sujet du pardon, à l’écrivain napolitain Erri de Luca, actuellement l’un des écrivains les plus lus au monde, qui se déclare non pas « athée », mais « comme quelqu’un qui ne croit pas », et qui vit un rapport particulier avec les Ecritures (qu’il lit « dans le texte », notamment l’hébreu biblique) ?
L’idée étant d’inviter chacune et chacun à (faire) réfléchir très sérieusement aux façons pertinentes de répondre aux interrogations/doutes de nos contemporains, et ce, dans le respect de leur personne.

En 2003, Erri de Luca déclarait, lors d’un entretien(1) : « Je ne suis pas croyant, parce que je n’ai aucune possibilité d’avoir à faire avec le pardon, ni je n’admets d’être pardonné, ni je ne peux pardonner, mais je peux oublier, oui, ça m’arrive et j’oublie, j’oublie souvent et c’est un pardon mineur, c’est un pardon biologique, mais je ne peux pas admettre le pardon parce que le mal est inextricable, on ne peut pas l’annuler, c’est fait… Tout ce que l’on peut faire, c’est se pardonner à soi-même: se promettre que le moment où l’on se retrouvera dans la même circonstance on ne fera plus la même chose, quand dans la même circonstance on comprend qu’il y a une variante possible ; c’est un peu la fin de Trois Chevaux, là, il y a le livre au lieu du pistolet, de l’arme, il y a une autre possibilité de faire face à la même circonstance. Il y a cette histoire d’un rabbin polonais qui voyageait vers Varsovie afin de tenir un grand discours dans la synagogue. Il était un grand savant mais venait d’un pays très pauvre et il voyageait en troisième classe, vêtu comme un paysan. D’autres Hébreux dans le même wagon se moquaient de lui, de ce pauvre. Lorsqu’il arrive dans la synagogue, il est accueilli en grand honneur, il fait son discours et les Hébreux du train s’approchent de lui pour lui demander pardon pour leur attitude et il leur répond : « Je vous pardonnerais volontiers, mais vous devez demander pardon à celui du train, pas à moi, c’est lui que vous avez offensé. » Cela signifie que dans la même situation, il ne faudra pas avoir la même attitude. C’est la seule chose possible, la seule façon d’avoir le pardon de celui du train. Le pardon n’existe pas, il existe la possibilité d’oublier si tu as subi le mal et la possibilité de ne pas le refaire si tu l’as fait. Les religions disent le contraire, il faut bien dire le contraire, mais je n’y arrive pas, c’est pour ça que je ne suis pas religieux ».

Qu’en pensez-vous ? Comment répondriez-vous à Erri de Luca sur le pardon ?

Selon Guillaume Bourin, du blogue « Le bon combat », que j’ai sollicité à ce sujet, mais qui a du décliner, une clé serait de « travailler sur la définition du pardon, car visiblement nous n’avons pas la même que celle de ce monsieur ».

Mais voici la contribution d’Anthon, chrétien évangélique et fidèle lecteur/abonné du blogue, et que je remercie pour avoir été le premier à relever le défi :

« Je ne connais pas Erri de Luca (ou très peu, au travers de ton blog notamment) mais si l’on s’en réfère à son entretien avec Irène Fenoglio (Cf. ton lien) il ne lit pas beaucoup et le peu qu’il lit se cantonne à l’A.T.
On peut donc en conclure, qu’il a « occulté » le Christ et tout ce que le N.T nous apprend sur Lui. Or, sans le Christ et son enseignement, difficile, voire impossible, d’accéder à Dieu (Jean 14 : 6). De fait, son discours frappe par l’absence de référence à Dieu. Étonnant, du reste, pour quelqu’un dont la (quasi seule) lecture quotidienne est celle de l’ A.T ?!
Sans cette référence à Dieu, la notion de pardon, devient donc subjective et chacun peut en donner sa définition et/ou conception. Je peux pardonner ceci mais pas cela, de telle manière (en oubliant comme dit E. de Luca) en fonction de telle circonstance plutôt que telle autre, etc.
Pour le croyant, le pardon est avant tout, le moyen de se rapprocher de son Créateur. Comme l’exprime si bien David :
« Je t’ai avoué ma faute,
Je n’ai plus caché mes torts,
J’ai dit : je reconnaîtrai devant l’Éternel les péchés que j’ai commis.
Alors tu m’as déchargé du poids de ma faute. ».

Cette repentance nous permet d’obtenir le pardon de Dieu et d’entrer dans cette nouvelle relation par la foi en l’œuvre du Christ à la croix.
Sans ce pardon de Dieu, l’homme reste livré à lui-même en proie à ses propres conceptions philosophiques et existentielles.
A la période de son entretien avec I. Fenoglio, De Luca lisait Esaïe …. Si sa lecture est attentive, il s’apercevrait pourtant – entre autres – que l’Éternel est le Créateur unique et souverain de notre histoire. Histoire qui aura ici bas une fin et dont le Christ est un acteur principal :
« Il adviendra en ce jour là que le descendant d’Isaïe se dressera comme un étendard pour les peuples, et toutes les nations se tourneront vers lui. Et le lieu où il se tiendra resplendira de gloire ». Esaïe 11 : 10
Par ailleurs, le livre d’ Esaïe relate le sort dramatique de ce peuple d’ Israël et de Juda qui se détourne de Dieu. A cet effet, le péché le plus souvent dénoncé par Esaïe est l’orgueil, l’autosuffisance de l’homme qui compte sur ses seuls moyens et prétend pouvoir se passer de Dieu.
Enfin, je recommanderai à De Luca de méditer longuement sur l’incontournable chapitre 53 du même livre qui nous décrit – et de quelle manière – l’œuvre expiatoire du Christ, venu pour endurer à notre place le châtiment du péché, puis ressusciter pour nous procurer le pardon de Dieu.
Mais voilà, il y a un préalable au pardon, c’est la reconnaissance du péché ! Comme l’a écrit Lord David Cecil : « le jargon de la philosophie du progrès nous a appris à penser que l’état sauvage et primitif du l’homme était derrière nous … mais la barbarie n’est pas derrière nous, elle est en nous » (« Jésus, une royauté différente » p 105 – Timothy Keller).
Passage terriblement d’actualité ….

Pour terminer, voir le magnifique reportage « les mystères de la foi » ( Dans les yeux d’ Olivier) et notamment les 5ères minutes où l’on voit ce couple de chrétiens dont le fils de 19 ans a été abattu froidement et sans raison par un vigile.
Le processus de pardon décrit par le couple est extraordinaire et il exprime tout le contraire de la pensée de De Luca, sur le sujet. Ici point d’oubli, mais pourtant, une vraie libération et la vraie expression de miséricorde divine !! Je conseillerai même à De Luca de regarder l’ensemble des épisodes, car une fois n’est pas coutume, on a un beau et honnête reportage sur la foi chrétienne, sans a priori ».

Merci, Anton, pour cette réflexion !

Personnellement, j’ai bien aimé la façon dont notre contributeur a rattaché le problème du pardon à la connaissance personnelle de Dieu. Justement, un autre « verrou » empêche Erri de Luca de croire : cette incapacité, pour lui, de « s’adresser directement à Dieu »(de « tutoyer » ou d' »interpeller » Dieu, à l’instar de Job, et donc de prier). D’autre part, un article de Nicolas Bonnet(2) en rapport avec cet auteur « en mal de la foi » nous apprend que De Luca se définit négativement comme « quelqu’un qui ne croit pas ». C’est un agnostique qui refuse la dénomination d’athée. Néanmoins, il affirme attacher « de la valeur à l’usage du verbe aimer et à l’hypothèse qu’il existe un créateur ». Il se proclame sans ambiguïté « incroyant » mais se dit aussi mû par « l’aiguillon du manque » et l’insatiable soif de sens que nulle explication ne saurait combler.
De fait, il me semble que, à défaut « de connaître Dieu personnellement », et de lui parler directement, Erri de Luca parle tout de même de Dieu, livrant de magnifiques exégèses sur les noms ou le rire de Dieu (ex : « nous sommes » ou « rire », dans « Noyau d’olives » – relayés sur notre blogue). D’autre part, l’on peut relever dans le parcours exégétique de l’écrivain un glissement progressif de l’Ancien au Nouveau Testament. Si la référence aux Évangiles est pratiquement absente de ses premiers écrits, elle devient majoritaire dans ses dernières publications (voir, par exemple, « les saintes du scandale », qui s’intéresse aux cinq femmes présentes dans la généalogie du Messie, et bien d’autres méditations dans les recueils « Première heure », « Noyau d’olive »…).

Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Vous pouvez nous partager vos réflexions en commentaire, au pied de l’article, ou même, nous faire parvenir votre propre contribution pour enrichir la discussion. Au plaisir de vous lire !

 

 

Notes :

(1)Source : Irène Fenoglio, «« Je ne suis pas un écrivain, je suis un rédacteur de variantes »», Item [En ligne], Mis en ligne le: 09 mars 2009. Disponible sur: http://www.item.ens.fr/index.php?id=418000 .

(2) Nicolas Bonnet, « Erri De Luca, en mal de la foi », Cahiers d’études italiennes [En ligne], 9 | 2009, mis en ligne le 15 janvier 2011, consulté le 25 novembre 2015. URL : http://cei.revues.org/200

Croire que Dieu est « juste là » : c’est le premier pas de la foi

Dieu est "Juste là" : le crois-tu ? Si oui, c'est là le premier pas de la foi, d'après Hébr.11v6

Dieu est « Juste là » : le crois-tu ? Si oui, c’est là le premier pas de la foi, d’après Hébr.11v6

C’est « Juste là ». Le nouvel album « famille » de Den-Isa(1).

Le premier chant commence par une interpellation – « hé ho, hé ho ! »(2), suivie d’une invitation à découvrir ce nouvel univers musical d’une grande richesse et plein de « pep’s », qui est aussi une initiation aux premiers pas de la foi et aux premières interrogations existentielles.

« Juste là » invite aussi à découvrir qu’Il est « juste là »(3) : qui donc ? Dieu ! Il est, certes, invisible, mais bien là, tout proche, « tout près de toi »(3). Il se révèle à toi et te révèle qu’Il t’a voulu(4), qu’Il t’aime, que tu as une place dans ce monde(2) et que ta vie a un sens. La « vraie vie », c’est de « connaître », « marcher » avec Celui qui est « le chemin, la vérité et la vie », et « le Dieu véritable »(5).

Mais si je « ne sens pas » qu’Il est (juste) là ? Et si « tout se bouscule dans ma tête » pour me persuader du contraire, ou que je ne vaux rien ?(6) Dieu souhaite que tu écoutes Sa voix, même quand tu ne le vois pas : c’est cela, la foi, comme le fait de croire qu’Il est « juste là ».

Dieu est ce Dieu relationnel et Il « a des choses à (te) dire….aujourd’hui encore, Il parle. Faut l’écouter, c’est vital(7). En cas de doute, va relire ce qu’Il a écrit dans la Bible, Sa Parole – tu sais, « ce pavé » qui semble remonter « à un autre âge »(7)…, et va dire « ouste dehors, dehors ! » à « ce qui n’est pas vrai, pas vrai », à « ce qu’Il n’a pas écrit »(6). Et souviens-toi, Dieu n’est pas distant ou « trop occupé », mais s’Il est au ciel, Il est « toujours dispo ». Tu peux « lui parler sans payer. Pas de délai, pas de file d’attente…C’est très facile d’aller vers Dieu. Il est à la portée de tous…Et Il t’entend du haut des cieux » !(8)

Et surtout, Il a donné ce qu’Il a de plus cher pour toi : Son Fils, Jésus-Christ, « pur et parfait, mais pas nous », qui t’aime « tellement », qu’Il a « choisi de venir »(sur Terre), parce qu’Il a « tant envie » que tu sois « son ami ». « Et ça, ça (lui) a coûté la vie » : Il s’est « laissé punir pour le mal », alors qu’Il n’avait « rien fait, c’était nous ». Parce qu’Il est « le Fils de Dieu, pur et parfait », Lui seul pouvait « effacer » ce qui nous sépare de Lui. « Pour ça », Il est « mort sur la croix » et Il a « tout fait pour être avec moi » et toi (9). Il a tout payé, pour que tu vives une relation personnelle et apaisée avec Lui.

C’est vrai….même si tu as « du mal » à te (le) dire. Mais tu peux (Lui) dire « merci d’avoir payé si cher pour pouvoir être (ton ami) »(9) et Lui dire « bravo », parce qu’Il est aussi « ressuscité », « vivant » aujourd’hui, « tout près de nous maintenant ». Sa « souffrance et sa mort devaient se passer » : ce n’était donc « pas un échec, non pas un raté », mais Sa « mission est finie », Il a « tout accompli » !(10)

Au final, un excellent CD particulièrement rafraîchissant, « bondissant » et original, qui invite à l’émerveillement : de soi, de ce qui nous entoure, de Dieu… Et qui a le mérite de rappeler, à hauteur d’enfant, qu’une vie pleine de sens, digne d’être vécue, n’est pas nombriliste, mais est avant tout relationnelle, avec Celui qui est le « Véritable » et « la vie éternelle »(1 Jean 5v20). A recommander chaudement autour de vous !

Paroles à découvrir et extraits à écouter (mes chansons préférées étant la 12 : « ouste dehors » et la 14, dans laquelle nous sommes invités à garder « les yeux fermés », pour se mettre « dans la peau » de Bartimée, l’aveugle guéri par Jésus).

 

 

Notes :

(1) « Den-Isa » : Denis et Isabelle Hey, couple chrétien « à la ville », comme « sur la scène », que nous connaissons personnellement et aimons beaucoup pour ce qu’ils sont et font. Pour ce CD, on appréciera le beau packaging qui évoque cet univers : digipack 3 volets, et un livret 16 pages tout en couleurs, avec des illustrations de personnages en pâte à modeler créés par Myriam Schott.

(2)Chant 1 : « Hé Ho »

(3) Chant 2 : « Juste là »

(4) Chant 13 : « Tu es bien »

(5)Chant 15 : « Je suis la vie »

(6)Chant 12 : « Ouste dehors »

(7)Chant 11 : « Le Gros Livre »

(8)Chant 16 : « La dent bleue

(9)Chant 9 : « Merci »

(10)Chant 10 : « Bravo »