Hannouka : la lumière de la résistance et de l’espérance

[Un clip amusant et sympathique sur ce temps de célébration de Hannouka]

 

Le mois de décembre est rempli de célébrations autour de la lumière. Alors que les chrétiens se préparent à fêter Noël [Dieu entrant dans l’histoire comme « une petite chose », un petit bébé], Hannouka – la fête de lumières ou de la dédicace, tombe le 25 du mois hébraïque de Kislev, aux alentours du solstice d’hiver. Cette année, elle a débuté le jeudi 10 décembre au soir et durera jusqu’au vendredi 18 décembre au soir. Les Juifs allument chaque jour une bougie sur leur  » Hanoukkia » ou chandelier à 9 branches. Ils utilisent pour cela la branche centrale (appelée le Shamash c’est-à-dire le  » serviteur ») qui sert à allumer les 8 autres, soit au total 9 bougies.

Ce chandelier est généralement posé sur le rebord d’une fenêtre et, comme les lumières de l’avent, égayent l’obscurité de la saison même si leur origine diffère l’une de l’autre.

Dans un article publié sur Le Verbe.com, Sonia Sarah Lipsyc(1) nous parle de cette fête, laquelle commémore un fait historique, à l’instar de Pourim et de Pessah (= la Pâque). Ce fait historique, qui a eu lieu au 2e siècle avant l’Ère chrétienne et qui a servi de base à la décision rabbinique d’instituer la fête de Hannouka, est relaté dans les Maccabées – livres qui n’ont pas été retenus dans le canon de la Bible hébraïque (et absents de la plupart des éditions protestantes de la Bible). Sinon, cette fête est mentionnée pour la première fois dans la Bible…dans l’Evangile selon Jean, chapitre 10, verset 22, dans le Nouveau Testament !

« Cette fête célèbre à la fois la révolte victorieuse des Juifs sur la terre d’Israël contre l’emprise gréco-syrienne de la dynastie des Séleucides et le miracle d’une fiole d’huile retrouvée intacte et, selon les normes du rituel, dans l’enceinte du second Temple de Jérusalem ». Pour le peuple Juif, c’est aussi un symbole de la lumière de la création. »Que s’était-il passé à cette époque qui justifierait que les Juifs s’en souviennent et le fassent savoir au travers de leurs rites depuis des millénaires ? »

Sonia Sarah Lipsyc nous explique que les Juifs « avaient perdu leur souveraineté nationale et devaient subir, pour user d’un terme contemporain, l’impérialisme culturel et religieux d’un empire païen. Pire encore, ils étaient victimes de persécutions religieuses tant à l’encontre de leur personne que de la tradition juive monothéiste qu’ils incarnaient. On leur interdisait ainsi sous peine de mort, l’étude de la Torah, la pratique du jour consacré du shabbat, la circoncision et le respect d’autres commandements. On les obligeait aussi, sinon ils risquaient la mort, de transgresser les injonctions et l’éthique de la Torah en voulant leur faire manger publiquement, par exemple, des bêtes interdites à la consommation (porc) selon les règles exposées dans le livre du Lévitique et explicitées par la tradition orale juive. Le Temple et son sanctuaire avaient étés profanés par l’introduction d’idoles ou par d’autres humiliations.

Alors se leva un vieil homme de la tribu des Lévis, celle qui était dédiée au service du Temple, le prêtre Mathitiyaou de la famille des Hasmonéens. Il s’insurgea contre cette occupation et ce pouvoir coercitif qui menaçaient la pérennité nationale et spirituelle du peuple juif. Lui et ses fils, dont Judah Maccabée, qui prit sa succession, ont lutté alors qu’ils étaient peu nombreux. Contre toute attente, ils ont vaincu les oppresseurs. Maccabée est le sigle de leur étendard à partir des mots hébreux : « Qui est comme Toi parmi les dieux, Dieu » (Ex 15v11).

Ils ont nettoyé le Temple mais n’ont trouvé, pour allumer comme il se doit le candélabre du sanctuaire, qu’une fiole d’huile pure qui, au lieu de brûler une journée, brûla huit jours, le temps d’en produire d’autre conforme aux prescriptions bibliques.

C’est pourquoi avant d’allumer ces lumières, les Juifs rappellent dans leurs bénédictions : « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’allumer les lumières de Hanouka (…) qui a fait des miracles pour ceux qui nous ont précédés en ces jours-là, en ce temps-ci (…) qui nous a fait vivre, exister et parvenir jusqu’à ce moment ».

 Ils rappellent également dans leurs prières au cours de cette période : « Tu as livré les puissants aux mains des faibles, les nombreux aux mains du petit nombre (…) Alors vinrent Tes ouailles (…) qui allumèrent des lumières dans les cours de Ton sanctuaire et instituèrent ces huit jours de Hanouka, pour remercier et louer Ton grand Nom ».

De là l’essentiel de cette fête pour les Juifs, laquelle célèbre « une persévérance non seulement identitaire, mais aussi dans la foi, et la capacité d’une résilience ».

Toutefois, précise Sonia Sarah Lipsyc, « si la défense de ces valeurs passe parfois par les armes, elle ne doit pas occulter la force de l’esprit. Et c’est le sens de ce passage du livre du prophète Zacharie (Za 4v6) que l’on récite durant cette fête : « Ni par la puissance, ni par la force, si ce n’est par mon esprit ».

Hanouka est l’occasion de raconter des histoires de martyrs (= témoins), comme celle de Hanna et de ses sept fils qui ont accepté d’être assassinés plutôt que de transgresser en public l’un des commandements de la Torah (2 Macc.7). Cette martyrologie illustre ce choix, dans la tradition judéo-chrétienne, de mourir pour sa foi (cad plutôt que d’abandonner sa foi), à mille lieux de celui de mourir au nom de sa foi, en assassinant d’autres personnes.

Tout ceci n’est très joyeux, me direz-vous. Au contraire, ce qui prédomine dans la célébration de Hanouka, ce sont la joie et le côté festif !

« Après l’allumage des bougies que l’on met bien en évidence pour donner de l’écho à ces miracles, on mange des mets frits, en rappel de la fiole d’huile, comme des latkes (galettes de pommes de terre) ou des soufganyot (des beignets). De l’argent ou des cadeaux sont offerts aux enfants qui jouent avec des toupies portant les initiales hébraïques de « un grand miracle s’est produit là-bas ». Là-bas, c’est ici chaque fois que l’on met un peu plus de lumière dans l’obscurité ».

Ce miracle nous rappelle un plus grand miracle encore : celui de Jésus-Christ, « Emmanuel » ou « Dieu avec nous » (Matt.1v23), qui est venu dans ce monde comme « une petite chose » aussi insignifiante que la petite fiole d’huile, et qui est entré dans le Temple en proclamant : « je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera plus dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8v12). En Lui en effet se trouve la véritable lumière.

Jésus est aussi le « Shamash », « le parfait serviteur », puisqu’il est venu, « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie (une fois pour toute) en rançon pour plusieurs » (Marc 10v45, cf Jean 13 et Hébr. 9v28)

Demandons-lui d’allumer chaque jour sur le « Hanoukkia de notre cœur » une bougie supplémentaire, pour que sa lumière nous illumine davantage, et disons-lui avec foi : « Seigneur, je veux t’aimer aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain » avec le secours de ta grâce. Aide-moi, je t’en prie, à t’aimer vraiment en esprit mais aussi en vérité, en gardant et pratiquant ta Parole. Ainsi, je veux aussi aimer mon prochain « plus qu’hier et bien moins que demain », de sorte que de plus en plus de personnes que je rencontre reçoivent Ta lumière ! »

Malgré la sécularisation et le sentiment matérialiste qui prévaut aujourd’hui, et alors que les enseignes lumineuses des villes nous souhaitent « de bonnes fêtes de fin d’année », sans la mention de Noël, ayons ou gardons confiance en l’irrésistible et extraordinaire nature du message d’espérance de la naissance du Messie et Sauveur Jésus, la raison d’être de cette fête de la lumière. Aucune action qui tente de supprimer, ignorer ou étouffer l’histoire de la puissance salvatrice divine n’aboutira et ne pourra diminuer cette grande espérance en Jésus annoncée au monde. Cette espérance enracinée en Dieu « venu en chair » (Jean 1v14) est une profonde réalité qui donne aux croyants la force de résister aux attaques du doute et de surmonter le désespoir du monde, déçu par les faux messies politiques, religieux ou scientifiques.

Appuyons-nous alors sur cette espérance pour parler de la puissance qu’elle contient à ceux qui ne la connaissent pas encore, tout spécialement en ce temps inédit de célébrations. Des vies seront changées. Peut-être la vôtre, vous qui nous lisez ?

« Que le Dieu d’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi pour que vous abondiez en espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rom.15v13).

Hag Sameah Hannouka ! [Bonne fête d’Hannouka !], en attendant de se souhaiter prochainement un « Joyeux Noël » !

 

En bonus : Chaque soir de cette semaine, retrouvez Juifs pour Jésus [qui attestent que Yeshouah est le Messie attendu] sur leur chaîne youtube autour de l’allumage des bougies de Hannouka, pour découvrir les sens profonds de cette fête des lumières, porteuse d’Espérance.

 

 

Notes :

(1) Cf https://le-verbe.com/culture/hanouka-la-fete-juive-des-lumieres/

Sociologue, rédacteure en chef pour La Voix Sépharade, auteure et dramaturge, Sonia Sarah Lipsyc est également chercheuse associée à l’Institut d’études juives de l’Université Concordia.

 

L’acte du mois : penser ensemble « l’Eglise d’après »

« L’Eglise qui croît…quand même ! » Troisième édition les 8-9 mai 2020 pour penser « l’Eglise d’après » la « corona-crise » (Source image : public domain pictures)

Initialement publié le 04 mai 2020 et mis à jour pour l’occasion.

A la veille de la première vague de déconfinement, les 8 et 9 mai 2020, j’ai eu la joie de participer à la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît », avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger et bien d’autres. Nous étions 380 inscrits environ, d’horizons ecclésiaux différents, certains venant de Mayotte et de l’île Maurice !

Cette conférence était initialement prévue en présentiel à Paris et consacrée au « réveil » et à la croissance selon l’Evangile.

(Heureuse) surprise, les organisateurs – quatre Eglises Attestantes(1) du Marais, de Belleville, de Cergy et de Saint-Germain-en-Laye – ont décidé de changer de fusil d’épaule, vu le contexte, pour nous inviter à réfléchir ensemble par zoom « sur ce qui va, peut ou doit mourir, ce qui va, peut ou doit survivre, et ce qui va, peut, ou doit vivre avec les défis que nous lance la Corona-crise ».

Ont été proposés trois modules de 2h, avec conférences et ateliers en ligne (2), de 50 min chacun, structurés de la façon suivante :

Vendredi 8/5 à 14h — MOURIR

Avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger, et Julien Coffinet, pasteur EPUDF de Saint-Germain-en-Laye

Vendredi 8/5 à 20h30 – SURVIVRE

Avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger, et Caroline Bretones, pasteure EPUDF du Marais (Paris)

SAMEDI 9/5 à 10h – VIVRE

Avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger, et Gilles Boucomon, pasteur EPUDF de Belleville.

 

Pour ma part, j’ai trouvé la qualité…croissante, repartant avec beaucoup plus de questions que de réponses au final !

J’ai aussi apprécié que nous ayons été, dans l’ensemble, sur la même longueur d’onde, concernant l’essence et la raison d’être de l’Eglise, avec sa forme incarnée.

Il est possible de (ré)écouter les trois tables rondes ici.

 

La semaine prochaine, nous verrons ce qu’il en est ressorti de l’un des ateliers intitulé « Greta Thunberg, Killian Mbappé et Billie Eilish entrent dans une église… » ou « L’Évangile et la génération Z », via les notes et réflexions d’une participante : « Ce que l’Eglise, communauté chrétienne, peut apporter à la génération « Z » (ou « Digitals Natives ») ».

 

 

Note :

(1) Attestants : mouvement de chrétiens confessants né en 2015 « du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ». De fait, les Attestants « partagent une même foi au Père créateur, au Christ Seigneur et sauveur, à l’Esprit Saint consolateur et puissant. Ils enracinent leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne n’exclut pas mais implique une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie ».

« Courant de conviction parmi d’autres dans l’EPUdF », ils souhaitent « promouvoir une façon de vivre la foi, la vie de famille, la formation, à la lumière d’une lecture exigeante de l’Evangile ». Ils se veulent, notamment, « force de proposition en matière de prière, de lecture de la Bible, d’édification pour la foi, de formation, d’accueil des plus humbles ».

Découvrir leur site et mes articles sur les Attestants.

(2) Aperçu des ateliers :

MOURIR : « Quand les ossements sont desséchés… comment redonner le souffle de l’Evangile aux vieilles Eglises »  ; « Changer les mentalités des leaders »; « devenir comme des enfants » ; « partir de rien »…..

SURVIVRE : « Une louange parfaite » ; « L’Eglise au temps de l’effondrement : comment préparer nos Eglises (les personnes et les activités, la façon d’être ensemble) à un monde qui va changer très vite ? » ; « Réparer les vivants au lieu de s’occuper des morts » et le règne de Dieu dans mon travail.

VIVRE : porter la dimension sociale de l’Evangile » ; « les modèles d’Eglise adéquats aux révolutions post-confinement » ; L’Évangile et la génération Z ; « Une Eglise créative qui inspire la société ».

 

« L’Eglise d’après » : c’est demain

Il est encore possible de rejoindre la réflexion collective pour penser « l’Eglise d’après »…jusqu’à quand ? ( Source : Pixabay)

Nous en avions parlé ici-même, ces jours-ci : sous l’angle de ce qui va, peut ou doit « Mourir, survivre ou vivre », la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît » aura lieu les 08-09 mai, par zoom. Organisé par les Attestants, avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger et bien d’autres.

Pour participer, il est nécessaire de s’inscrire.

 

« The sound of Silence » Feat. The Maccabeats

La célèbre chanson de Simon et Garfunkel (1964), sur l’incapacité des gens à communiquer entre eux, est ici revisitée de manière inattendue par le groupe « The Maccabeats »[groupe de jeunes chanteurs juifs américains, de milieu universitaire], pour nous inviter à marquer un arrêt – c’est le sens du mot shabbat.

La deuxième chanson qui suit, à partir de 3’21 », est « Lekha Dodi » (version chantée par le même groupe ici), un des hymnes les plus populaires de la liturgie juive, pour « accueillir le shabbat ».

Méditation biblique :

Apoc.2v19 : « Je connais tout ce que tu fais, ton amour, ta foi, les services que tu rends et ta patience, et maintenant, tu fais encore plus de choses qu’au début ».

Psaume 46v11 : « arrêtez et reconnaissez que je suis Dieu »

Zach.2v17 : « Que chacun fasse silence en présence du Seigneur ! »

Comment ces versets font-ils écho en vous ?

Deut.5v12-15 rappelle que le Shabbat, jour de cessation, a été institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais. Le Shabbat est aussi un bien commun, puisque la « cessation » s’étend à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi.

Alors, « Shabbat shalom » !

Dernière Pâque

En ce temps de confinement, se réunir en famille pour Pâque est tout un défi ! (Source : medium.com)

« Je suis très content d’être avec vous ce soir », dit Jésus à ses amis.

Ce soir-là, Lui et ses disciples sont à table pour fêter la Pâque, une fête de la Bible [Exode 115] qui raconte l’histoire d’un passage, d’une sortie et d’une naissance.

Normalement cette fête se passe dans les maisons, en famille. Jésus, lui, était avec ceux qui sont sa vraie famille : ses disciples qui croient en lui et qui le suivent.

Qu’ont mangé Jésus et ses disciples ce soir-là ? Ils ont mangé ce qu’ont mangé les israélites la première nuit de la Pâque (Exode 12) :

Des pains sans levain, pour se rappeler que le peuple était parti très vite d’Egypte.
Des herbes amères, pour se souvenir que les conditions d’esclavage du peuple en Egypte n’étaient pas drôles du tout. Le peuple était même à « à l’étroit » en Egypte.
Imaginez : tous les jours, pendant des heures, sous le soleil brûlant, des milliers d’hébreux devaient fabriquer des briques, des briques et des briques pour le pharaon, pour construire des villes.

Et de l’agneau rôti, pour se souvenir de celui qu’ont mangé les israélites cette première nuit de la sortie d’Egypte. Et cette fameuse nuit, où l’Eternel a frappé les premiers nés de l’Egypte (Ex.11v4-8, 12v29-30), le peuple était, lui aussi, confiné : Dieu avait donné à tous l’interdiction formelle de quitter leurs maisons, seuls lieux sûrs cette nuit-là, car marquées par le sang de l’agneau pascal sacrifié (Ex.12v21-28). Ce signe manifeste que du sang a déjà coulé. Il n’est plus besoin de faire couler du sang à nouveau.

Ils n’ont pas mangé debout, à la va-vite, comme lorsque le peuple était esclave, mais à table, comme des hommes libres, des riches et des rois.

Ils ont bu aussi 4 coupes pleines de vin rouge, pour dire merci à Dieu pour sa délivrance et pour nous avoir donné une vie débordante : plus de tristesse ! De la joie !

Un disciple, sans doute le plus jeune, a demandé : « et pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres ? » (1)

Jésus répond : C’est que nous étions esclaves du Pharaon en Egypte, mais Dieu nous a aimés et il a voulu que tous les hommes soient libres pour le servir.

Le disciple : Mais Jésus, nous n’avons jamais été esclaves, et encore jamais en Egypte !

Jésus : chacun doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Egypte. Ce n’est pas seulement nos Pères, mais nous-mêmes qu’il a sauvés avec eux. Ce que Dieu a fait autrefois, Il le fait toujours aujourd’hui ! Il nous aide à « sortir » (des ténèbres, de l’enfermement, de l’esclavage, de la peur…) pour vivre une vie nouvelle, riche et débordante.

« Sortir », c’est une libération et une nouvelle naissance : comme l’exprime de manière poétique Erri de Luca, « Je t’ai fait sortir(d’Egypte) : du réseau de canaux du grand fleuve pour te mettre au sec de la liberté. Le Sinaï s’appelle aussi Horeb, assèchement. Telle est aussi la naissance, se trouver projeté à l’air libre. Une fois sorti d’Egypte, tu as entendu le bruit de grandes eaux se refermer après ton passage, une porte claquée dans ton dos. La sortie fut une naissance, aventure d’un aller simple. »(Erri de Luca. Et Il dit, pp 42-43)

Mais ce soir-là, ce repas de la Pâque n’était pas comme les autres. Jésus a même dit à ses disciples que c’était là son dernier repas avec eux. Cela les a rendu très tristes.

Jésus a aussi fait des choses bizarres et nouvelles pour leur dire à quel point il les aime : il leur a lavé les pieds ; il a partagé le pain et le vin, en disant que c’était « son corps », « son sang » (sa vie) qu’il donnait volontairement pour nous.

Jésus, c’est « l’agneau de Dieu [comme l’agneau de la Pâque] qui enlève le péché du monde », notre péché, pour que nous soyons pardonnés, réconciliés avec Dieu, et pour que nous vivions une vie nouvelle, débordante, et une relation nouvelle avec Dieu qui nous aime tant.

En effet, « ce n’est point par des choses périssables, argent ou or, que (nous avons) été rachetés de la vaine manière de vivre héritée de (nos) pères, mais par le sang précieux (de cet) agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du monde et manifesté à la fin des temps à cause de (nous). Par lui (nous croyons) en Dieu qui l’a ressuscité des morts et lui a donné la gloire, de telle sorte que (notre) foi et (notre) espérance reposent sur Dieu ». (1 Pie.1v18-21). Le sang de cet agneau parfait ayant été versé une fois pour toutes, le sang n’a plus besoin de couler à nouveau. C’est ainsi que Christ est le sacrifice ultime, qui n’a plus besoin d’être répété.

A la fin du repas, Jésus et ses disciples ont remercié Dieu en disant des prières et en chantant les psaumes 113 à 118. et le psaume 136. Ils ont certainement chanté le « Dayènu » – « ça nous suffit », poème lyrique qui apparaît en première partie du seder et par lequel l’on remercie Dieu pour toutes ses œuvres de libération en Egypte. A chaque rappel de ces interventions divines, le choeur répond : « dayènu », « ça nous suffit ».

Ceux qui chantent se souviennent aussi pourquoi Dieu les a fait sortir.  « Quand tes descendants demanderont pourquoi je t’ai fait sortir, ils compteront la valeur numérique de hotzetikha, « je t’ai fait sortir », et ils la trouveront égale à levasser, « pour annoncer ». Je t’ai fait sortir pour apporter une annonce. »(Erri de Luca, op. cit. p 43)

Ils sont sortis pour servir Dieu et pour annoncer la victoire de leur libérateur sur leurs oppresseurs. Ce libérateur, c’est Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve » et « Dieu élargit ».

Et toi ? Comment vas-tu le remercier ?

 

D’après la saynète de la pasteure Ulrike Richard-Molard, de l’UEPAL

 

Note : 

(1) Chanté par le plus jeune enfant, c’est le Ma Nishtana (« qu’est-ce qui change ? »), le plus populaire des chants de Pessah.  Deux versions « décoiffantes » et amusantes (pour les enfants et les adultes) sont à découvrir ici et . En savoir plus sur les chants du seder.

« Had Gadia » : « un agneau »

« La merveilleuse Haggadah », film d’animation réalisé par Rony Oren (Londres : Scopus films, 1985). Version anglaise ici.

Cette année, Pessah (Pâque) sera célébrée du 08 avril au 16 avril. Le premier séder [repas de fête familial, événement central de la fête] aura lieu le mercredi 08 avril, après la tombée de la nuit. A cette occasion est lue la Haggadah, le récit de la sortie d’Egypte. Cette lecture est l’accomplissement du commandement biblique de répondre aux questions des enfants (« pourquoi faites-vous cela ? ») et de transmettre de génération en génération ce que Dieu a fait.

Le film d’animation ci-dessus est une illustration amusante et actuelle de la façon dont peut se dérouler un tel séder. Il est frappant de constater, dans ce film, l’absence du moment « marquant » du sang de l’agneau pascal, comme signe sur les portes des maisons des israélites. L’agneau fait tout de même son apparition, via« Had Gadia » (« un agneau »), chanson judéo-araméenne [reprise dans « Alla fiera dell’Est » d’Angelo Branduardi, 1978], chantée à la fin du séder (1).

La version de Chava Alberstein,  reprenant la mélodie d’Angelo Branduardi, apporte une variante à la chanson originale, avec une autre question : « Jusqu’à quand durera ce cycle infernal ? Ce soir, il me vient une question / Jusqu’à quand durera ce cycle infernal / De l’oppresseur et de l’opprimé / Du bourreau et de la victime/  Jusqu’à quand cette folie ? » Cette chanson s’entend lors de la première scène du film Freezone (2005) d’Amos Gitai, avec Nathalie Portman pleurant en gros plan.

A ce sujet, ce mercredi soir, et jusqu’au 16 avril, est justement l’occasion de découvrir, au coeur de la Pâque, non pas « un agneau », mais Celui qui est « l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde »(Jean 1v29, 1 Pie.1v18-21). lequel est le sacrifice ultime, venant mettre fin à ce cycle de sacrifices (Hébr.9v28).

Hag Pessah Sameah !

 

 

Note : 

(1) Les paroles originales de Had Gadia (en français et en hébreu) :

Couplet 1:

1. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 2 :

2. Et le chat arrive et mange l’agneau

va-ata chounra vé-akhla lé-gad’ya

3. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 3 :

4. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

5. Et le chien arrive et mord le chat qui a mangé l’agneau,

Va-ata kalba vé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

6. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 4:

7. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

8. Et le bâton arrive et frappe le chien

Va-ata ḥouṭra, vé-hikka lé-khalba

9. qui avait mordu le chat, qui avait mangé l’agneau,

dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

10. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 5:

11. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

12. Et le feu arrive et brûle le bâton.

Va-ata noura, v&-saraf lé-ḥouṭra

13. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé-hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

14. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 6 :

15. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

16. Et l’eau arrive et éteint le feu,

Va-ata maya, vé-khaba lé-noura

17. qui a brûlé le bâton, qui a frappé le chien,

dé-saraf lé-ḥouṭra, dé-hikka lé-khalba

18. qui a mordu le chat qui a mangé l’agneau,

dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

19. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 7 :

20. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

21. Et le bœuf arrive et boit l’eau,

Va-ata tora, vé-chata lé-maya

22. qui a éteint le feu, qui a brûlé le bâton,

dé-khaba lé-noura, dé-saraf lé-ḥouṭra

23. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé-hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

24. Que mon père avait acheté pour deux zouzim.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 8 :

25. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

26. Et le chohet arrive et égorge le bœuf,

Va-ata ha-choḥet, vé-chaḥat lé-tora

24. qui a bu l’eau, qui a éteint le feu

dé-chata lé-maya, dé-khaba lé-noura

25. qui a brûlé le bâton qui a frappé le chien

dé-saraf lé-ḥouṭra, dé-hikka lé-khalba

26. qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau

dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

27. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 9:

28. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

29. Et l’ange de la mort arrive et tue le chohet

Va-ata mal’akh hammavet, vé-chaḥat lé-choḥet

30. qui a égorgé le bœuf, qui a bu l’eau

dé-chaḥat lé-tora, dé-chata lé-maya

31. qui a éteint le feu, qui a brûlé le bâton,

dé-khaba lé-maya, dé-saraf lé-houṭra

32. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

33. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 10:

34. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

35. Et arrive le Saint Béni soit-Il,

Va-ata Haqqadoch Baroukh Hou

36. et fait mourir l’ange de la mort, qui a saigné le chohet

vé-chaḥat lé-mal’akh hammavet, dé-chaḥat lé-choḥet

37. qui a égorgé le bœuf, qui a bu l’eau

dé-chaḥat lé-tora, dé-chata lé-maya

38. qui a éteint le feu, qui a brûlé le bâton,

dé-khaba lé-noura, dé-saraf lé-ḥouṭra

39. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé-hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

40. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 11 :

41. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē

L’action du mois : fêtons Pâque(s)

« Christ, notre agneau pascal, a été sacrifié pour nous. » (1 Corinthiens 5v7). Source image : public domain pictures

Cette année, les juifs célèbrent Pessah (« passage » ou la Pâque) du 08 avril au soir jusqu’au 16 avril, tandis que les chrétiens d’Occident célébreront Pâques le dimanche 12 avril (dimanche 19 avril pour les chrétiens d’Orient).

La Pâque « juive » est en réalité une fête biblique. Instituée dans l’Ancien Testament, comme toutes les autres fêtes de la Bible, elle a pour but de glorifier Dieu en se remémorant de façon objective son action dans l’histoire d’Israël – ici, la sortie d’Egypte et la naissance d’Israël en tant que peuple, cf Exode 12v24-27. Elle n’a pas un sens seulement social ou « festif », mais sert à communiquer la présence de Dieu avec son peuple et à transmettre l’enseignement de la foi aux générations successives.

Pâques est une fête chrétienne, c’est-à-dire non instituée bibliquement mais commémorant aussi l’action de Dieu en prenant pour thème des moments importants de la vie du Seigneur Jésus-Christ racontés dans les évangiles (naissance, mort et résurrection, ascension…), ou de l’action de l’Esprit (Pentecôte). Les fêtes chrétiennes ont également pour rôle de valoriser l’aspect festif et communautaire de la foi.

De même que la Pâque biblique est l’une des « fêtes de l’Eternel » les plus importantes, au cœur de la foi juive, le chrétien devrait estimer Pâques – bien plus que Noël – comme le cœur de sa foi, vu qu’il célèbre à cette occasion que Jésus-Christ est « réellement ressuscité » ! (cf Luc 24v34). Et si Christ n’est pas ressuscité, « notre foi est vaine » (1 Cor.15v14-19).

Si Pâque (« juive ») et Pâques (« chrétienne ») ne commémorent pas les mêmes événements bibliques, les deux fêtes ont beaucoup de points communs, à commencer par le fait qu’elles étaient autrefois célébrées à la même date, le 14 du mois de nissan, avant que le premier concile de Nicée de l’an 325 ne décale la fête chrétienne de Pâques au dimanche qui suit. Il y a aussi continuité avec le judaïsme (avec le souvenir d’un événement fondateur dans l’histoire du salut – « une sortie » et « une naissance ») et « en même temps » radicale nouveauté (de Moïse à Jésus, quoique le premier ait annoncé le second dans Deut.18v15).

Par ailleurs, les deux fêtes évoquent « une sortie d’Egypte » et un « passage », de l’esclavage à la libération, et de la mort à la vie.

L’agneau pascal est mangé durant les deux fêtes. Jésus est lui-même par ailleurs décrit dans le Nouveau Testament comme étant « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1v29, 35) et « Notre Pâque », qui a été sacrifiée (1 Cor.5v7-8). De même que les Juifs font la chasse au hametz (levain) durant Pessah, le chrétien est invité à se « (purifier) du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque (nous sommes) sans levain » et à « (célébrer) la fête, non pas avec du vieux levain, ni du levain de méchanceté et de perversité, mais avec des pains sans levain : dans la pureté et dans la vérité ». (1 Cor.5v7-8).

Enfin, pour le chrétien, chaque dimanche est une Pâque(s), puisque c’est chaque dimanche que se vit le mémorial de la résurrection de Jésus, événement fondateur de notre foi, quand le shabbat est mémorial de la création du monde ou de la libération d’Egypte.

 

C’est ainsi que l’une et l’autre sont autant d’excellentes occasions pédagogiques pour (s’)édifier, en redonnant tout leur sens à ces fêtes et en se connectant à leur source : le Seigneur Jésus-Christ, lequel « est le même, hier, aujourd’hui et éternellement » (Hébr.13v8).

Pour aller plus loin : ne manquez pas de fouiller dans ce blogue, pour découvrir d’autres ressources sur le sens de Pâque(s). « Qui cherche trouve ! »

 

Hag Pessah Sameah ! « Le Seigneur est réellement ressuscité ! »

 

 

 

 

« Interview avec Dieu » : un film sage

Avant de pouvoir parler « directement » à Dieu via l’interview, le journaliste, diplômé en théologie, est formé pour parler de Dieu, mais sera-t-il capable de parler à Dieu, de le tutoyer, de l’interpeller…?

« Rentré d’un reportage en Afghanistan, Paul Asher a du mal à surmonter les séquelles de cette expérience. Son mariage est en perdition et sa foi est mise à l’épreuve, lorsqu’il se voit proposer une interview avec un homme qui prétend être Dieu. Si vous pouviez interroger Dieu, quelles questions lui poseriez-vous ? »

 

Vu récemment, « interview avec Dieu » est un film original par son sujet et plein de promesses, sans être nécessairement LE film à voir absolument au cinéma. Mais il aura réussi l’exploit de faire se déplacer en salles, un dimanche après-midi, un public majoritairement chrétien, certains habitués aux standards hollywoodiens, pour voir un film, certes bien joué, mais antispectaculaire au possible, et en VOST, qui plus est.

Ceci dit, « interview avec Dieu » s’avère plutôt décevant sur le fond et le choix du point de vue de Paul Asher, personnage principal de journaliste croyant, ne garantit pas l’identification du spectateur. Celui-ci, quoiqu’en « crise », est déjà acquis à l’existence de Dieu. Comble pour un journaliste professionnel, ses questions bien « trop sages » ne « malmènent » pas trop « le personnage de Dieu », lequel apparaît dans le film comme un père bienveillant en costume cravate, non dénué d’humour, mais plutôt consensuel.

De là cette question : pour qui ce film est-il ? A qui s’adresse-t-il ? Pour celui « qui se croit croyant », aurai-je envie de répondre.

En effet, le film nous invite à réfléchir sur ce qu’est être croyant, pointant deux obstacles majeurs nous empêchant de l’être vraiment : l’incapacité à parler à Dieu et de pardonner [la surprise du film vient de l’identité de qui doit pardonner à qui].

Ainsi, la foi est présentée dans le film comme un don de Dieu et « un processus » : le croyant est donc celui qui renouvelle sans cesse son acte de foi, de croyance (envers Dieu), qui le renouvelle régulièrement – sinon tous les jours – avec l’insistance du participe présent : « croyant »(1).

Le « croyant » est aussi celui qui sait s’adresser à Dieu et ne saurait s’étonner que Dieu puisse répondre à sa prière (2), à l’inverse de Paul Asher !

Avant de pouvoir parler « directement » à Dieu via l’interview, le journaliste, diplômé en théologie, est sans doute formé pour parler de Dieu, mais se montre incapable de s’adresser vraiment à lui, de le tutoyer, de l’interpeller, ne serait-ce pour récriminer ou blasphémer, comme le fait Job.

Paradoxalement, là est sans doute la limite du film (mais aussi sa force involontaire ?) pas tout à fait réussi, en nous donnant à voir cette incapacité. Et rarement sous-titre n’aura été aussi ironique : « Si vous pouviez interroger Dieu, quelles questions (meilleures que celles posées par le journaliste dans le film)  lui poseriez-vous ? »

 

En résumé :

Interview avec Dieu, de Perry Lang (USA, 2018). Avec Brenton Thwaites, Yael Grobglas, Charlbi Dean Kriek , David Strathairn. Distribué par SAJE.

Note d’intention du scénariste
Ken Aguado, scénariste et producteur du film a témoigné des raisons qui l’ont poussé à écrire et produire Interview avec Dieu.

« C’est la 1ère fois que j’écrivais un scénario, et probablement comme beaucoup de scénaristes débutants, je voulais écrire quelque chose de marquant, qui soit le fruit du coeur. J’ai été inspiré après un voyage en Israël. J’avais des idées très précises sur ce que je voulais aborder, alors j’ai voulu être authentique dans mon écriture. J’ai écrit mon script en six semaines environ, principalement pendant la période de Thanksgiving jusqu’au nouvel an où le travail est plus calme.

Je suis un professionnel d’Hollywood et je m’étais fait la promesse que ma version d’un film sur la foi contiendrait les valeurs narratives qui me tiennent à coeur. J’ai été particulièrement attentif à ne pas laisser mes convictions personnelles prendre le dessus sur ma créativité. Je pense que le message est altéré lorsque le spectateur est amené à trop réfléchir plutôt qu’à se laisser faire face au divertissement. Toutefois, cela permet aussi de pousser le spectateur à être concentré sur des personnages convaincants et à vouloir en savoir plus, scènes après scènes. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Interview avec Dieu. Et si le film vous fait aussi réfléchir, j’en suis heureux. » (3)

 

 

 

Notes :

(1) https://www.la-croix.com/Archives/2009-08-13/Dossier.-Entretien-Erri-De-Luca-ecrivain-Je-reste-incapable-de-donner-le-tu-a-la-divinite-_NP_-2009-08-13-351360

(2) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/09/06/prier-est-un-acte-dangereux/

(3) https://www.sajedistribution.com/files/saje/films/Interview%20avec%20Dieu/DP-INTERVIEW%20AVEC%20DIEU.pdf

 

Watch it (again) : le Flambeur de Karel Reisz

« Flamber », c’est se consumer. Un « flambeur » est un joueur qui joue particulièrement gros.

« Le Flambeur » (The Gambler), libre adaptation du roman « le joueur » de Dostoïevski, est un film rare sur le sujet de l’addiction, réalisé en 1974 par Karel Reisz (1926-2002). « Dans la forme, c’est un thriller américain », confie le réalisateur britannique d’origine tchécoslovaque(1), qui trouve son « film réussi »(2). Le spectateur pourra en juger lui-même et même juger de l’originalité du propos, puisqu’il est possible de le (re)voir en version restaurée en salle depuis le 12 juin 2019. Mon frère en Christ Pierre-Louis et moi l’avons vu récemment. Nous vous partageons ici nos remarques.

« Le Flambeur », c’est Axel Breed, un professeur de littérature obsessionnel névrosé. Joué par James Caan, ce personnage est « épris – pas de façon rationnelle – d’une sorte de conception dostoïevskienne de la liberté existentielle »(2) – une liberté sans Christ et donc misérable – et pris par le démon du jeu, jusqu’au risque absolu (jouer sa propre vie dans un final sidérant).

Son entourage (sa mère, sa petite amie…) tente bien de le détourner de sa voie, mais il redouble de vice pour finalement « chercher à perdre le plus possible ».  En effet, plus addict au danger qu’au jeu en lui-même, Axel Breed « pense un court instant surmonter la logique naturelle des choses [voir ses cours à l’université sur le « 2+2 = 5 »] et la transcender par sa prise de risque. C’est cette adrénaline qui est recherchée par le parieur compulsif, la défaite est indispensable au plaisir des rares victoires et le gain n’a finalement que peu d’importance ». Le personnage joué par James Caan, dans sa fuite en avant, (…) prend des risques insensés alors qu’il est renfloué, défiant la chance à l’excès lorsqu’elle lui sourit enfin »(3). Un besoin de sensations fortes qui peut s’expliquer par la volonté de sortir de son milieu juif 100 % sécurisé, respectable et aisé, mais étouffant.

Quand finalement Axel Breed est emmené dans une cave par les maffieux à qui il doit une somme vertigineuse (on pense qu’il sera torturé), il joint les mains – en signe de repentance ? A moins qu’il ne s’agisse d’un signe d’espérance d’avoir « rien qu’une dernière » chance de se compromettre, nous ne le savons pas. Cette scène est suivie de deux nouvelles « histoires », avec l’affaire du match truqué de basketball et la scène finale lui offrant concrètement de perdre la face pour de bon.

Ce film nous offre une description fidèle et complexe d’un homme pris dans les chaînes, ignorant ou tenant pour folie l’Évangile du Christ, « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croît… » (Rom.1v16) et promesse de « vie abondante » (Jean 10v10). Mais le même Evangile nous annonce que rien n’a pu empêcher l’homme possédé par « la légion » de démons de s’approcher de Jésus (dont le nom signifie « Dieu sauveur » et « Dieu élargit »), pour être libéré (Marc 5v1-15).

A l’heure où le jeu en ligne nous est vendu à force de pub comme « cool » et urbain, Le Flambeur est une plongée hallucinante et oppressante dans l’enfer de l’addiction, doublé d’un sévère avertissement, et une fine analyse de ses répercutions morales et affectives, en attendant des études plus sérieuses sur son impact spirituel.

 

En bref :

Le flambeur (The Gambler), un film de Karel Reisz (USA. 1974). Avec : James Caan (Axel Freed), Paul Sorvino (Hips), Lauren Hutton (Billie), Morris Carnovsky (A. R. Lowenthal), Jacqueline Brookes (Naomi Freed), Burt Young (Carmine), Carmine Caridi (Jimmy) 1h51

 

 

Notes :

(1) Né en Tchécoslovaquie, il est arrivé en Angleterre à l’âge de 12 ans, pour fuir le nazisme qui décimera ensuite toute sa famille.

(2) http://www.jeunecinema.fr/spip.php?article1712

(3) http://www.dvdclassik.com/critique/le-flambeur-reisz

Les 4 Evangiles – les films : et si l’on regardait ensemble la Bible « mot à mot » ?

 

La Pep’sette a eu l’occasion d’assister à l’avant-première d’un film sur l’Evangile de Marc, organisée jeudi 16/05 par l’Alliance Biblique Française, à la Maison de l’Espérance, à Paris. Voici ce qu’elle en a pensé : 

Le film sur l’évangile de Marc dure 2 h, mais loin de m’ennuyer, j’ai été captivée par de superbes images, des prises de vues assez originales et un rythme relativement rapide, en comparaison des films traditionnels sur Jésus. La singularité de ce concept unique est cette agréable voix off, qui narre tout le texte de l’évangile de bout en bout, dans la version « Parole de vie », au style direct et simple. Les décors du Maroc, lieu du tournage, sont magnifiques et le jeu des acteurs, que j’imagine pour la plupart être des autochtones, me semble naturellement professionnel ; en d’autres termes « on s’y croirait ! ». J’aime aussi beaucoup le personnage de Jésus [joué par Selva Rasalingam, un acteur britannique], qui ne ressemble en rien à ceux stéréotypés d’Hollywood.

Ce film s’inscrit dans un projet plus global, d’envergure internationale : nous faire vivre l’expérience unique de « regarder la Bible mot à mot », en nous donnant « le récit intégral des 4 Evangiles en images ». Ce projet, du nom de « Lumo Project », a pour but de rendre les évangiles en film disponibles dans de nombreuses langues, dont la langue de Molière, dans le but de les partager au plus grand nombre.

Mon objectif serait de le diffuser en privé à un groupe de personnes qui ne seraient pas encore lecteurs de la Bible et d’en faire un sujet de discussion. Le seul hic est la longueur du film, sachant que les trois autres évangiles sont encore plus longs (au total 12 h de visionnage). D’où la possibilité de se procurer le Kit « Et si on regardait la Bible? » auprès de l’Alliance Biblique Française, dans lequel se trouve, outre un coffret de 4 DVD des films, une affiche qui peut être personnalisée et des conseils pour mettre en place une projection – par exemple, dans son église, dans une maison ou dans un café – mais surtout une proposition, remarquablement présentée, de découpage en 6 séances du film sur l’évangile le plus court (Marc), avec des fiches d’animations pour organiser une soirée débat sur chacun des évangiles.

Les kits de projection seront disponibles à partir de fin mai 2019, auprès de l’Alliance Biblique Française : plus d’informations ici.

En revanche, ne seront disponibles dans les librairies, à cette date, que les seuls coffrets de 4 DVD, sans le kit « et si on regardait la Bible ? »

 

 En bref : 

4 évangiles – les films ont été réalisés par David Batty(Royaume-Uni), et s’appuient sur les recherches théologiques, historiques et archéologiques les plus récentes :

L’évangile de Matthieu (2014) :  le plus populaire des évangiles pendant les premiers siècles du Christianisme. Rédigé pour une communauté chrétienne qui commençait à se distinguer du monde juif, cet évangile cherche à démontrer que Jésus était le Messie en qui les anciennes prophéties d’un Sauveur envoyé par Dieu trouvaient leur accomplissement (durée : 190 minutes).
L’évangile de Marc (2015) :  il pose la question « qui est Jésus ? » En faisant suivre le chemin que Jésus a suivi, il aide à comprendre peu à peu que Jésus est Fils de Dieu en acceptant d’être tout à fait un homme et en obéissant à Dieu. Mais sa personne et sa mission restent entourées d’un mystère (durée : 123 minutes).
L’évangile de Luc (2015) : plus que tous les autres, l’évangile selon Luc s’apparente à une oeuvre biographique de l’époque. Luc est la voix du narrateur qui présente Jésus comme le Sauveur de tous – toujours du côté des pauvres, des exclus et des marginaux de la société (durée : 205 minutes).
L’évangile de Jean (2014) : il présente Jésus comme la Parole de Dieu, Parole de vie. Il raconte des actions extraordinaires  de Jésus, appelés des signes. Elles montrent que Jésus est le Fils de Dieu. Puis, il raconte de longues conversations par lesquelles Jésus fait découvrir aux gens qui il est et pourquoi le Père l’a envoyé dans le monde (durée : 161 minutes).

 

Voir aussi en vidéo, bien sûr en français, mais aussi certainement dans votre langue !