PEP’S CAFE a lu « une tête de nuage » et vu son auteur, Erri de Luca

« Une tête de nuage » : c’est la tête de celui « qui change de forme et de profil selon le vent »

Lui est un beau jeune homme de bonne famille, qui compte parmi ses ancêtres des noms illustres. Ce méridional au métier recherché, qui a émigré au Nord, s’est fait une situation.  Il s’apprête à épouser une splendide jeune fille de la région. Et voilà que le ciel lui tombe sur la tête, sa fiancée est enceinte avant le mariage, et pas de lui. Très rude épreuve pour un homme, dont nul ne peut juger s’il n’y a pas été confronté.

Lui, c’est Iosèf/Joseph. Elle, c’est Miriàm/Marie. Ils ne sont pas « deux personnes séparées mais un couple » (1)

Vous connaissez sans doute cette histoire, où il se passe « des choses invraisemblables » (2). Elle a été revisitée par Erri de Luca dans « une tête de nuage », un nouveau récit court mais dense(3), découvert « par hasard » (un hasard « avec un grand D », m’empresserais-je de rajouter) dans une librairie à la mi-mars.

Pour l’anecdote, j’ai aussi vu Erri de Luca, l’un des rares auteurs à me toucher personnellement et que j’ai découvert il y a 5 ans dans des circonstances particulières. J’en parle souvent sur ce blogue. J’ai eu l’occasion de le voir et de l’écouter le 27/03/18, à 18h30, à La Procure (Paris 6e), ayant appris le jour même qu’une telle rencontre se tiendrait là. Questionné par le responsable de la librairie, et face au public présent, l’auteur a parlé de son livre, et notamment de son travail de « modification de l’illustration officielle » de cette histoire bien connue : « Matthieu et Luc, les deux évangélistes qui racontent les faits pré- cédant la naissance de Ièshu/Jésus, ne disent pas qu’il était vieux. Il est donc probablement jeune, beau et très amoureux ».

Iosèf est aussi « celui qui ajoute » (en hébreu, du verbe iasàf, « ajouter») :

Il « ajoute sa foi seconde » à la vérité « invraisemblable », « scandaleuse » de la grossesse de sa fiancée. Quand celle-ci lui annonce qu’elle attend un enfant dont il n’est pas le père, Iosèf ne la dénonce pas aux autorités, comme la loi le prescrit. Il croit en sa parole. Il « croit Miriàm, il croit qu’elle est enceinte d’une annonce, même si elle est arrivée à l’improviste en chair et en os dans sa chambre en plein jour et accueillie sans un cri d’effroi(4). Iosèf croit à l’invraisemblable nouvelle parce qu’il aime Miriàm. En amour, croire n’est pas céder, mais renforcer, ajouter quelques poignées de confiance ardente » (5)

Il « ajoute » ensuite son rôle de « mari second », touchant, non une pierre pour être le premier à la lapider, selon la loi, mais la main de Miriàm pour l’épouser.

Il « ajoute » enfin le nom de Ièshu/Jésus comme « le fils de Joseph » sur le registre de naissance, l’inscrivant ainsi dans la lignée de David (cf Matt.1).

Nous le voyons, « une tête de nuage » est un beau petit livre très touchant, qui parle d’une famille et d’un couple où règne l’amour. Plus exactement encore, il nous parle des circonstances de la naissance, marquée par le danger et l’exil, ainsi que de l’appel et de la vocation d’un enfant unique en son genre. Sans oublier le rôle de ses parents dans la libération de cette vocation.

Le titre du livre, mystérieux et poétique, est une belle réponse à tous ceux qui voudraient que Jésus « ressemble à tout le monde », avec la tentation de l’instrumentaliser. Car non, dit Iosèf/Joseph agacé, Jésus « n’a pas une tête de nuage qui change de forme et de profil selon le vent » (6) : pourquoi le raccrocher au passé ? Il est essentiel de le laisser vivre la vie qu’il doit vivre et non celle que les autres rêvent qu’il vive. C’est aussi un encouragement à voir ce qu’un enfant « sera », plus ce qu’il « pourrait être » à nos yeux, et une invitation « à laisser tomber toutes les ressemblances ». Car lorsque (l’enfant Jésus) « sera grand, il aura une apparence bien à lui et définitive » (7).

« Une tête de nuage est (enfin) le destin de (Jésus) qui est pris pour quelqu’un d’autre » et « qui démissionne des attentes des autres » (8), ces autres qui attendent un roi ou un signe de sa part que « le grand soir » est arrivé.

J’ai dit plus haut que j’ai eu l’occasion de voir et d’écouter Erri de Luca. J’ai même pu repartir avec une dédicace du livre. En revanche – et c’est là ma grande déception – je n’ai pu lui parler (ou à peine, au moment de la dédicace : en gros, j’ai pu lui dire que j’étais heureux de le rencontrer et quel a été mon premier livre de lui. « Grazzie molto », m’a-t-il répondu), du fait des conditions de la rencontre, marquée par une absence totale d’interaction avec le public, le responsable de la librairie étant le seul à poser des questions.

Je note tout de même- en risquant ce parallèle – que, si Erri de Luca « écoute Dieu » très tôt, tous les matins, en lisant les Ecritures bibliques dans le texte, il se dit aussi « incapable » de Lui parler, « de le tutoyer » ou de l’interpeller. C’est l’une des raisons pour laquelle il se présente, non comme un athée, mais comme « quelqu’un qui ne croit pas ». Selon lui, comme il nous l’a confié mardi soir, « la connaissance des Ecritures n’a rien à voir avec la foi ». Et « celui qui a la foi a une relation avec Dieu que lui n’a pas ».

Pourtant, le même Erri de Luca écrit ces mots à la page 81 d’ « une tête de nuages » : « dans une ultime énergie de souffle, le dernier vent entré dans sa poitrine écrasée par la position crucifiée, (Jésus) a remis sa vie à l’intérieur des pages de l’Ecriture sainte. Il l’enferme là-dedans afin que quiconque l’ouvre, la retrouve ».

Et l’Ecriture biblique rappelle que « celui qui cherche trouve » et que « la foi vient de ce que l’on entend, et ce que l’on entend par la Parole de Christ… » 

 

Découvrir les 20 premières pages ici.

 

 

Notes :

(1) « Une tête de nuage » d’Erri de Luca, p 51.

(2) op. cit., p 48

(3) Edité chez Gallimard, mars 2018 (Hors Serie Litterature), le livre est structuré par « une préface », « trois actes » et autant « d’appendices » : « dernières instructions (Jésus et les pélerins d’Emmaüs), « le discours » (ou le sermon sur la montagne) et « Dayènu, ça nous suffit » (sur la colline de Gethsémani)

(4) Ce qui la rend encore plus « insoutenable » d’un point de vue légal, pour présenter sa version, n’ayant pas crié face au Messager. Or, Deut.22v23-24 stipule que « si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, et qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les amènerez tous les deux à la porte de cette ville, vous les lapiderez et ils mourront : la jeune fille, du fait qu’étant dans la ville, elle n’a pas crié au secours ; et l’homme, du fait qu’il a possédé la femme de son prochain. Tu ôteras le mal du milieu de toi ».

(5) op.cit., p 10

(6) op. cit., p51

(7) op. cit. p48

(8) op. cit., p 57, 61

Publicités

Bonus pour Pessah : « Dayenu, Coming Home » – The Fountainheads Passover Song

« Dayènu » – « ça nous suffit », est un poème lyrique – certainement chanté par Jésus avec ses disciples, le dernier soir de sa mort – qui apparaît en première partie du seder juif et par lequel l’on remercie Dieu pour toutes ses œuvres de libération en Egypte. A chaque rappel de ces interventions divines, le choeur répond : « dayènu », « ça nous suffit ».

Voici, via ce clip vidéo, une version moderne, « décoiffante » et pleine d’humour, interprétée en 2011 par « The Fountainheads », un groupe composé de jeunes danseurs, de chanteurs et d’acteurs israéliens, tous diplômés ou étudiants de la « Ein Prat Academy », l’académie israélienne du leadership.

Le croyant en Christ, quant à lui, peut aussi dire « ça me suffit », puisqu’il n’est pas un « tonneau sans fond » réclamant toujours « plus, plus », à l’instar du consommateur rendu perpétuellement insatisfait par la publicité. Il est censé vivre par l’Esprit (Gal.5v25 Rom.8v914)et connaître ainsi perpétuellement la plénitude, au point de déborder positivement sur les autres (cf Eph.5v18 et ss). Celui qui est en Jésus, et le connaît comme Son Sauveur et Seigneur, n’a plus besoin de questionner. Il ne connaît pas « plus », mais mieux.

PEP’S CAFE a vu « Jésus l’enquête » de Jon Gunn

Mike Vogel est Lee Strobel dans « Jésus l’enquête »

J’ai vu « Jésus l’enquête », il y a quelques semaines. Inspiré du best-seller « The Case for Christ » (« Jésus : la parole est à la défense ») publié en 1998, et de la vie de son auteur, Lee Strobel, le film est réalisé par Jon Gunn et est sorti aux USA en avril 2017. Il est produit par Pure Flix, une société américaine ciblant un public de chrétiens évangéliques (qui a notamment produit « Dieu n’est pas mort » en 2014, mais en beaucoup moins réussi). Distribué en France par SAJE, il est en salles depuis le 14 février 2018.

Le film raconte l’histoire vraie (mais romancée) de Lee Strobel, un journaliste d’investigation athée, qui vit dans un univers maîtrisé : marié avec Leslie, il a une petite fille et est bientôt papa d’un deuxième enfant ; il bénéficie d’une réputation flatteuse de professionnel, pour qui « le seul chemin vers la vérité ce sont les faits, les faits sont notre plus grande arme contre la superstition, contre l’ignorance et contre la tyrannie », et au début du film, il reçoit un prix le récompensant pour son travail…. Jusqu’au jour où cette vie et son couple se retrouve perturbés par la conversion de sa femme au Christianisme, suite à un événement dramatique.

Lee entreprend alors de démonter la foi nouvelle de sa femme, qu’il aime, pour la retrouver, en tentant de prouver que Jésus-Christ n’est pas réellement ressuscité (cf 1 Cor.15v17). Au final, il se laissera trouver par le Sauveur, en finissant par voir ce qu’il n’avait pas su voir : l’innocence d’un homme, l’amour du père et l’amour de sa femme.

Sur le plan formel, le film, très linéaire et démonstratif, présente quelques tics de mise en scène, par exemple, en nous montrant des personnages systématiquement en train de faire autre chose lorsqu’ils parlent de la foi avec le héros (se lever, bouger, se déplacer, ou déplacer des objets…). En cela, il n(e d)étonne pas. Néanmoins, il est plutôt bien joué, crédible et nous offre une reconstitution réussie du Chicago des années 70-80, une époque où un journaliste doit travailler avec des moyens qui paraîtraient limités (pour ne pas dire « impossible ») aux « digitals natives », c’est à dire « sans internet », en se déplaçant sur le terrain pour rencontrer des gens, en téléphonant (sans portable !) sans bouger de son bureau ou, pire, en consultant de la documentation « papier ».

Concernant son contenu, « Jésus, l’enquête », est….une enquête, celle d’un homme qui finit par en découvrir les limites, quand bien même il aurait toutes les preuves qu’il recherche, se trouvant lui-même interpellé sur ses motivations et le sens de son entreprise : en clair, lorsque nous cherchons, que souhaitons-nous vraiment trouver ?

Paradoxalement, l’intérêt du film ne me paraît pas résider dans sa dimension d’apologétique, via l’enquête et les entretiens – instructifs-  de Lee Strobel avec différents spécialistes (bibliste, médecin, psychanalyste…), pourtant au cœur du récit.  Son véritable intérêt, susceptible de toucher un public bien plus large qu’un simple « segment chrétien » (évangélique ou non), réside plus dans ses récits parallèles : une autre enquête menée par le journaliste sur l’agression d’un policier, qui se trouve bâclée(car reposant sur une seule source) ; l’absence de relation entre Lee et son père, le premier reprochant au second son manque d’amour et de reconnaissance….Mais, surtout, ce qui retient notre attention, c’est l’évolution d’un couple en crise, en désaccord sur la foi, avec deux enfants au milieu, et dont on se demande jusqu’au bout s’il sortira renforcé ou éclaté du conflit.

Renoncer d’être « au contrôle »

Plus encore, le film nous montre également en parallèle l’époux et l’épouse du couple Strobel, conduits l’un et l’autre à accepter de lâcher prise et à renoncer d’être « au contrôle », face à l’évidence et à ce qui les dépasse.

« Moralité » : il est vain d’attaquer le christianisme, lequel n’a pas besoin d’être défendu. C’est Dieu qui appelle l’homme et change son cœur « de pierre » en « cœur de chair », lui donnant un cœur nouveau. Nous ne pouvons, ni nous sauver, ni sauver les autres nous-mêmes. L’Évangile est « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit… » (Rom.1v16), une bonne nouvelle, qui exige une réponse immédiate. Notre foi n’est donc pas fondée « sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor.2v5), la puissance de l’amour de Dieu, lequel nous pousse à rejoindre l’autre et à nous laisser rejoindre.

En fin de compte, « Jésus, l’enquête », film de « genre » apologétique, serait-il en train de nous dire que l’apologétique ne sert à rien ? 😉

A voir avec vos amis non-chrétiens, pour en discuter avec eux, notamment pendant la période de Pâque, où l’on annonce que « le Christ est réellement ressuscité ! »

 

En bref : 

« Jésus l’enquête », de Jon Gunn (USA, 2017. Sortie en France en 2018). Avec : Mike Vogel (Lee Strobel), Erika Christensen (Leslie Strobel), Frankie Faison (Joe Dubois), et avec Faye Dunaway (Dr. Roberta Waters), Robert Forster (Walt Strobel)……Scénario: Brian Bird d’après le livre autobiographique de Lee Strobel « The Case For Christ ».

 

Bande annonce du film

Retour sur la rencontre du 19/11/17 avec le Dr. Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », au CEIA.

Pour le Dr Mukwege, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour éduquer les petits garçons « au regard » sur les petites filles.

Denis Mukwege, pasteur et chirurgien congolais, est en première ligne contre la violence faite aux femmes. Quel rôle avons-nous à jouer pour soutenir ce combat pour la défense des droits des femmes en Afrique, mais aussi ailleurs ? Quel pourrait être la part de l’Église dans l’éducation au regard des hommes sur les femmes  (et inversement) ?

Dimanche 19/11, j’ai eu l’occasion de me rendre, avec mon épouse, au Centre Évangélique d’Information et d’Action (CEIA),  le rendez-vous annuel du protestantisme évangélique, à Dammarie-les-Lys, près de Melun. Le thème de cette édition était « Bible et guérison ».
J’ai pu y retrouver certaines connaissances – tenant des stands – et avoir la joie d’en faire de nouvelles, notamment Ruben Nussbaumer (directeur de BLF éditions) et Nicolas Fouquet (en charge de l’éducation au développement, au SEL), que je remercie pour m’avoir aimablement invité à participer à une rencontre exceptionnelle avec le Docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » victimes de violences sexuelles au Kivu (Congo). La présence de ces trois hommes n’était pas fortuite. En effet, les deux premiers sont respectivement co-éditeur et auteur du livre « ils ont aimé leur prochain » (1), par ailleurs préfacé par le troisième. Cet ouvrage, qui s’inscrit dans les 500 ans de la Réforme, retrace le parcours de 30 figures chrétiennes (dont le préfacier) qui se sont engagées dans différents domaines de la solidarité au cours de l’histoire de l’Église [un 31ème, laissé en blanc, reste à écrire par le lecteur].

Rencontre en deux temps avec le docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », préfacier du livre « Ils ont aimé leur prochain », dimanche 19/11

La rencontre s’est déroulée en deux temps : une conférence de presse de 30 minutes, au cours de laquelle le Docteur Mukewege et Nicolas Fouquet ont pu échanger avec plusieurs responsables de médias chrétiens/communication d’organismes/d’œuvres chrétiennes (Gospel mag, Croire et vivre, Christianisme aujourd’hui, La Gerbe, Fédération Protestante de France…), dont moi-même et ma moitié, pour Pep’s café ! . Le tout suivi d’une conférence publique devant 200 auditeurs, introduite par Patrick Guiborat, Directeur Général du SEL et initiateur du Défi Michée en France, et Étienne Lhermenault, président du CNEF et membre du conseil d’administration du CEIA.

Que retenir des différentes interventions du Docteur Mukwege ?

Deux choses entendues lors de la conférence de presse m’ont interpellé :

Premièrement, ce qui lui permet « d’espérer dans l’avenir », c’est « la force de résilience des femmes » qu’il soigne et accompagne. Car, dit-il, celles-ci « ne vivent pas pour elles-mêmes mais sont tournées vers les autres, la communauté » et « sont enclines au partage ». Ainsi, affirme-t-il, notre monde se porterait sans doute « beaucoup mieux » et pourrait changer, avec une meilleure répartition des ressources de notre planète généreuse, si plus de femmes étaient appelées à de hautes responsabilités, au sein du gouvernement des États. Mais est-il nécessaire de nous poser une telle question ? Avons-nous évolué depuis la pièce du comique grec Aristophane « l’Assemblée des femmes »(392 av JC, à une époque où seuls les hommes libres siégeaient à l’Assemblée du Peuple, « l’Ekklesia »), dont le message est simple : « …Je dis qu’il nous faut remettre le gouvernement aux mains des femmes », puisque « c’est à elles, en effet, que nous confions, dans nos maisons, la gestion et la dépense. » Toutefois, il est difficile de savoir, ne vivant plus à l’époque des Grecs anciens, si le but d’Aristophane était de se moquer des femmes, ou au contraire de les louer pour leur initiative.

Deuxièmement, le docteur nous invite à miser sur l’éducation de cette génération, notamment « l’éducation au regard » que nous, les hommes, pouvons porter sur les femmes. Ainsi, affirme-t-il, « lorsque nous enseignons aux garçons de ne pas pleurer », de refouler leurs sentiments, « nous nous faisons du mal sans nous en rendre compte ». Certes, il existe des lois, des forces de police et de justice contre les violences, mais il importe de prévenir celles-ci. Pour cela, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour enseigner aux enfants (notamment les garçons) la considération de l’autre sexe, pour ne pas le maltraiter une fois adulte.
Or, m’a souligné mon épouse, par ailleurs enseignante dans le privé et engagée dans la promotion de l’éducation chrétienne en France, « le respect mutuel des sexes, ainsi que le respect de la différence, sont une telle évidence pour nous en tant que chrétiens nés et éduqués dans un pays occidental et démocratique…que nous pourrions oublier de l’intégrer parmi les objectifs pédagogiques et éducatifs d’une école chrétienne.  »

Et aujourd’hui, combien encore, parmi les chrétiens, pensent que l’homme est supérieur à la femme et que celle-ci n’a pour seul droit que de se taire ou de s’occuper des enfants ?

Le Docteur Mukwege a tenu ensuite un discours durant la conférence publique qui a suivie, laquelle était adressée à tous ceux qui sont appelés à être « le sel de la terre » et à « transmettre un message de guérison » selon le mandat de Marc 16v15-18 et « le programme de guérison et de restauration de l’humanité blessée » en Luc 4v18-19 et en Genèse 3v15.

Dans son plaidoyer, le Docteur nous a expliqué la situation au Kivu, une zone en apparence « bénie » puisque riche en minerais. Mais ces minerais sont en réalité des « minerais de sang » (notamment le coltan, servant à fabriquer les smartphones et ordinateurs portables), et qui constituent l’enjeu de guerres entre milices. L’arme la plus utilisée pour le contrôle de ces zones minières est le viol de masse des femmes et des enfants : une stratégie de destruction planifiée et non le fait de pulsions sexuelles. Et une guerre « à moindre coût » qui détruit les communautés.
Lui-même dit avoir mis du temps à le réaliser : En 1999, après que la guerre au Rwanda a débordé au Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il découvre une patiente mutilée. Il a d’abord pensé à l’acte isolé d’un barbare mais quelques mois plus tard, dit-il, des dizaines de nouvelles victimes sont accueillies à l’hôpital de Panzi où il exerce. Depuis, près de 50.000 victimes de ces viols ont été prises en charge de manière « holistique »(soins médicaux, assistance psychologique mais aussi socio-économique, judiciaire et juridique). La plus jeune des victimes ayant 6 mois et la plus âgée 80 ans !

De ce discours, je retiendrai encore trois choses :

Premièrement, une autre « évidence » : le Royaume de Dieu (ou l’Eglise ?) est « un corps, composé de membres de toutes origines » et « la souffrance [d’un membre, qu’il soit en Syrie, en Irak, au Yémen ou en RDC…] affecte tout le corps ».

Deuxièmement, tout disciple de Jésus-Christ doit témoigner des trois attitudes indispensables : « compassion, engagement et proclamation » [soit d' »affirmer hautement quelque chose » cf Esaïe 52, et, c’est moi qui souligne, les chrétiens ne sauraient se taire]. La compassion, c’est « souffrir avec » ceux qui souffrent. Elle n’est pas une simple « sympathie » mais un amour profond chérissant toute l’humanité, qui nous pousse à aller plus loin pour remédier/mettre fin à la souffrance, ou du moins, la soulager, pour conduire à l’espérance. Et aucune guérison divine n’est possible sans compassion, qui est le moteur de notre engagement.

La compassion est même « une obligation ». D’ailleurs, moi-même, dans une situation analogue à celle que vit celui ou celle qui souffre, qu’aurai-je voulu voir dans le regard de l’autre ? »

Le Docteur Mukwege nous prévient : l’Église doit montrer le visage du Christ. Elle ne doit pas « fermer ses yeux et ses oreilles » et ne pas oublier qu’elle vit dans le monde réel. L’on peut ainsi « parler du ciel » en étant « déconnecté du réel ». Or, dit-il crûment, « l’Église qui a perdu la compassion a perdu son âme ». Elle n’est plus que « du sel qui a perdu sa saveur ».

Par ailleurs, l’engagement ne saurait se limiter à de l’aide « directe » et « locale » aux victimes, mais implique de prendre en compte une réalité plus large encore : la lutte contre la globalisation sauvage, sachant que nos modes de vie individuels et collectifs peuvent être sources d’injustices et de déstabilisation dans d’autres parties du monde.

Troisièmement, le Docteur Mukwege peut-il être une source d’inspiration pour notre génération ? Comme je l’ai rappelé plus haut, il fait partie « des 30 » qui « ont aimé leur prochain », dans le livre de Nicolas Fouquet. Et, détail intéressant, lorsqu’il lui est demandé qui est sa propre source d’inspiration, il nous parle d’un parfait inconnu (pour moi, en tout cas) : un pasteur/missionnaire norvégien en Afrique, dont les écrits ne sont actuellement pas traduits en français (mais sans doute accessibles en anglais). Ce qui a fait sourire la salle, personne ne se voyant lire du norvégien !

Enfin, le 31ème portrait « laissé en blanc », à la fin du livre précité, doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». La question reste ouverte, mais j’aime à croire que le Docteur Mukwege apprécierait d’y répondre.

 

Note : 

(1) Fouquet, Nicolas/Mukwege, Denis(Préf.). Ils ont aimé leur prochain. BLF/SEL, 2017.  Voir la présentation du livre sur les sites de BLF et du SEL.

 

Leurs profits valent-ils mieux que sa vie ou verra-t-il le bout du « Tunnel » ?

« Tunnel », un film coréen(du sud) qui nous interpelle sur ce qu’est « être » et « rester humain » dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques…

Critique du film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Vous cherchez une bonne idée de film à voir entre amis, ou pourquoi pas, pour un bon « ciné-débat » dans le cadre de votre église locale ou votre paroisse, mais vous ne savez pas quoi. Ne cherchez plus, vous avez trouvé : voici « Tunnel », un excellent film coréen (du sud), vu ces dernières semaines et qui est un gros succès au box-office dans ce pays.

La trame est simple : un tunnel flambant neuf reliant Séoul à Hado s’effondre subitement sur Jung-soo, un jeune père de famille lambda rentrant chez lui en voiture pour l’anniversaire de sa fille. L’homme survit à la catastrophe mais reste coincé sous les décombres, connecté au reste du monde par la radio de sa voiture et son téléphone portable dont la batterie peut lâcher d’un moment à l’autre. Impuissant, avec deux petites bouteilles d’eau et un gâteau, il ne peut qu’attendre et suivre les conseils de survie donnés par les secours, dont l’organisation s’étale sur plusieurs semaines. En parallèle, nous assistons également aux débats qui agitent famille, médias et politiques, sur ce qu’il convient de faire, pesant le « pour et le contre », entre les moyens hors normes mobilisés et les chances réelles de le sauver. Le suspens est réel : l’homme survivra-t-il ? Sera-t-il même sauvé ? Ou périra-t-il à cause des (classiques) risques géologiques du terrain, prêt à s’effondrer à nouveau ou…..pour causes (bien plus réelles encore) d’abandon, de bêtise ou d’incompétence des sauveteurs ? La mise en scène et le mélange de genres (du drame au thriller, en passant par la comédie, et la critique sociale) contribue à entretenir la tension dramatique du film, lequel reste toutefois limité sur ses enjeux psychologiques.

Heureusement, sa force est ailleurs : le réalisateur, Kim Seong-hun, nous propose un efficace détournement (et une actualisation) de genre, celui du film-catastrophe. Déjà dans le rythme et la structure : « Quand on pense à un film catastrophe typique, on a plutôt une histoire qui se développe en crescendo. Au début, on sent qu’il va se passer quelque chose, puis la situation éclate. Moi j’avais envie de prendre les choses complètement à l’envers, c’est-à-dire que dès le départ on voit la catastrophe, et derrière on voit comment cette situation va être dénouée », explique le réalisateur (1).

Plus intéressant encore, il ne manque pas d’inclure dans son film des problématiques sociales et sociétales, révélatrices des faiblesses de la société coréenne contemporaine : développement économique et équipement en infrastructure « en marche » forcée de la Corée du Sud, considérant les règles de sécurité comme « des entraves » et avec pour seule logique la compétitivité à tout prix ; compromission entre les chaebols – conglomérats- et les bureaucrates, dysfonctionnement administratif, opportunisme politique, omniprésence d’un système médiatique en recherche permanente de « scoops ». L’histoire n’est pas sans rappeler certaines catastrophes (qui ne sont pas de l’ordre de la fiction) pouvant être perçues comme les conséquences des excès du rapide développement économique de la Corée du Sud, tel le naufrage du ferry Sewol en 2014 au large de l’île de Jindo, qui avait fait 304 victimes dont une majorité de lycéens. Comme le souligne Kim Seong-hun, « Tunnel a été tourné quand a eu lieu cette terrible tragédie. On ne peut nier une certaine influence de ces événements, et je pense que de manière consciente et inconsciente, ils ont trouvé un certain écho dans l’histoire de mon film ».

Non dénué d’humour, « Tunnel » n’oublie pas non plus de s’interroger et de nous interpeller sur ce qu’est « être » et « rester » humain dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques. On citera en guise d’illustration la très belle scène du partage d’un peu d’eau avec une autre personne ensevelie, alors que chaque goutte compte dans la longue attente de l’arrivée des secours.

« Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres » (1 Cor.12v22-25)

Questions débat pour aller plus loin :

Jésus nous dit que « l’on ne peut servir Dieu et Mammon » – c’est à dire l’argent (Matt.6v24). Sous cet éclairage, le capitalisme libéral est-il un simple système économique ou une religion ? Dans quelle mesure a-t-il envahi nos espaces ? Et si c’est une religion, quels sacrifices demande-t-elle ?

Que penser de cette « rentabilité » selon Dieu, d’après Luc 15v4-7, Ezech.34v16 et Jean 10v11-13 ?

 

En bref :

Tunnel, un film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Scénario : Kim Seong-hun. D’après : le roman Tunnel de So Jae-won

Avec Ha Jung-woo (Jung-soo), Bae Doona (Se-hyun), Oh Dal-Su (Dae-kyoung)

Date de sortie en salles : 3 mai 2017

Durée : 2h06

Prix du Jury et le Prix du Public au Festival du Cinéma de Valenciennes.

Bande annonce :

Notes :

(1) Voir ce document de synthèse sur le film, avec une interview du réalisateur.

 

 

 

Comment bien parler du film « Sausage Party » : ou quand informer n’est pas donner son opinion

Il est toujours délicat de parler de certains sujets, au « parfum de scandale », même dans le but honorable d’alerter, mais avec le double-risque de faire « de la pub » au sujet dénoncé, en nourrissant la polémique, et de s’enfermer dans l’analyse catastrophiste ou l’indignation stérile. Bref, soit on n’en parle pas du tout, soit on en parle. Mais alors on en parle bien. Par exemple, du film « Sausage party », au sujet duquel vous avez certainement été alerté récemment.

 

Commençons par rappeler quelques évidences :

  • Une information est un savoir, un ensemble de connaissances, et non une opinion. Une information est censée répondre aux questions de base suivantes : « qui/quoi/quand/où/comment/pourquoi ». Or, nous réduisons trop souvent l’information à la seule expression d’une vision sur l’actualité, survalorisant l’opinion, le « coup de gueule », « l’édito » ou le commentaire.
  • La recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer est un art difficile. Très difficile. Surtout si nous admettons que la recherche de la vérité doit être notre objectif majeur, étant la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer, c’est (toujours) choisir : de parler d’un fait et pas d’un autre ; de choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information.
  • Informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur.
  • Un témoin est celui qui rend compte de ce qu’il a vu/entendu/rencontré personnellement. Il n’est pas un simple « relais » d’une information lue/entendue quelque part, à partir de sources de seconde, voire de troisième main.
  • Le rôle de tout média devrait être de«  rassurer[ou d’inviter à prendre du recul], d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages », lisait-on dans ce manifeste de la revue « R de Réel », le 1er mai 2002.
  • « Celui qui sait » a le devoir d’alerter – mais non d’alarmer – en veillant à le faire de façon pertinente.
  • « Décryptages et ressources documentaires doivent accompagner la lecture d’un événement pour le mettre en perspective, offrir aux lecteurs des débouchés concrets à une prise de conscience, telles que pistes d’alternatives, présentation d’initiatives, contacts d’associations… »(1)
  • Face à l’information, nous avons trois possibilités : l’ignorer, ou réagir ou la lire, réfléchir et agir en connaissance de cause.

Ceci dit, aller voir « Sausage party » n’est pas ma priorité, et ne l’ayant pas vu, je me garderai de juger sur le fond. Je me contenterai, pour équilibrer ce que l’on peut lire ici ou là sur la toile, de renvoyer à une démarche qui m’a paru pertinente et correspondre aux exigences rappelées plus haut, et ce, d’autant plus qu’elle semble (sauf erreur) unique à ce jour : il s’agit de l’analyse du film par Vincent M.T., intitulée «  Sausage Party : l’éléphant, le nazi et l’idole », publiée le 05 décembre 2016 sur le site « Visio Mundus »(2).

L’auteur de cet article rappelle une autre évidence : « « Qui dit film d’animation ne dit pas film pour enfants »(3). Et tout film n’est pas fait pour les enfants. « C’est malheureusement cette association d’idées qui a porté de nombreux parents à exposer involontairement leurs enfants à une scène pornographique, incluse à la fin. Certes, il aurait été judicieux de prévenir les audiences, par exemple en déconseillant le film aux moins de 16 ans » [perso, j’ai l’impression que certaines indications d’âge pourraient être relevées de trois ou quatre ans de plus, au moins, pour certains films]. En accord avec Vincent M.T., « on peut s’interroger sur le scandale » et se demander « pourquoi le contenu explicitement sexuel fait réagir, mais pas la violence gore (tout aussi présente) ? » Notre indignation serait-elle sélective ? Le péché ne serait-il « que » sexuel ?

Au-delà de cet aspect et des « clichés navrants dont est rempli ce film », Vincent M.T. nous invite à faire « l’effort de nous intéresser au message essentiel du récit, pour tenter d’en comprendre le discours »(3). En effet, même s’il ne recommande « pas d’aller voir ce film, il attire un large public, et il se peut qu’on se retrouve à en discuter avec des amis ». Le défi sera de dépasser une simple posture « moraliste », pour aborder d’autres enjeux cruciaux, tels que les croyances et les philosophies, les questions de vie ou de mort, de liberté et de libération, de sens.

D’autre part, Vincent M.T., qui a manifestement vu le film pour être en mesure de parler de ce qu’il a vu, nous fait le résumé de l’histoire : celle-ci « se déroule dans un supermarché où tous les produits alimentaires sont vivants et attendent impatiemment d’être choisis par les humains, qu’ils révèrent comme des dieux, pour être emmenés au-delà des portes du magasin vers un monde meilleur. Chacun a sa version des règles à respecter pour être sélectionné par les « dieux », et une idée précise de ce à quoi ressemble « l’au-delà ». Mais voilà, un petit groupe d’aliments vient à découvrir l’horrible vérité : les humains dévorent les aliments ! Ce groupe tente de prévenir les autres pour fomenter une révolte. Malheureusement, les produits alimentaires sont très attachés à leurs croyances… »

 En clair, « la thèse de ce film est que les religions ne sont que des histoires inventées pour aider l’humanité à faire face à l’horrible vérité, à savoir, que les forces qui gouvernent notre monde sont cruelles et absurdes, et nous n’avons aucune emprise sur elles. Les religions font de ces forces des divinités et prétendent qu’on peut s’en sortir : il y a des règles à suivre et une récompense dans l’au-delà ». Toutes « ces religions, ces histoires inventées » nous empêchent « de profiter pleinement de la vie ici-bas, notamment de laisser cours à toutes nos pulsions ». Mais il y a une contradiction ou un paradoxe, dans cette critique, que soulève Vincent M.T. : « le roi des aveugles » de la célèbre parabole de l’éléphant « révèle à (d’autres) aveugles qu’ils se trompent tous, et que chacun ne détient qu’une partie de la vérité… », mais en réalité, « le roi n’est pas aveugle », puisque « celui qui révèle la vérité voit la vérité clairement et dans son ensemble. Affirmer que personne ne détient la vérité, c’est soi-même prétendre détenir la vérité dans son ensemble, c’est professer que sa propre vision des choses est supérieure à toutes les autres ».

Dans le film, cette vision du monde – « supérieure à toutes les autres »- est « l’hédonisme – l’idée que le sens de la vie humaine est la recherche du plaisir ». Et, soulignerai-je, le plus grand pourvoyeur du plaisir (que l’on serait « en droit d’obtenir, tout de suite ») reste aujourd’hui « le divin marché »(4). Et « cette vision du monde nous est donc présentée exactement de la même manière que les religions qu’elle critique : quiconque ne s’y rallie pas est forcément en train de « réprimer » ses pulsions, et c’est mal ». Une forme de « moralisme » qui ne dit pas son nom, en somme.

Quelle devrait alors être notre position face à cette croyance et à cette nouvelle injonction (« No limits », « jouis sans entrave », sur les plans économique et culturel/sociétal) ? Certainement pas, selon le pasteur Gilles Boucomont(5), de répondre par le moralisme ou par plus de moralisme. Et encore moins de s’aligner sur les évolutions de la société (ce qui serait adopter un autre « moralisme »).

Notre positionnement face à cette croyance mise en avant dans le film ne devrait pas être « moral », mais « dans le même registre que celui de Jésus » : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou « pour accuser, condamner, faire chuter ». Mais « pour relever les personnes » ; « les faire passer de la mort à la vie ». On notera que dans la scène avec la femme adultère, en Jean 8v11, Jésus donne pour consigne, après le refus de condamner, « d’avancer ». Mais « pas de rechuter ».

Et, s’interroge Vincent M.T., « que pouvons-nous répondre, en tant que chrétiens, face aux accusations « d’immaturité » et « de passéisme » pour toutes les idées non-hédonistes, donc particulièrement les opinions religieuses ?  La réponse dans son article, à lire dans son intégralité.

 

 

Notes :

(1) Cf http://www.bastamag.net/Site-d-informations-independant

(2)Visio Mundus est géré par deux théologiens réformés : Yannick Imbert, professeur d’apologétique à la Faculté Jean Calvin, faculté de théologie d’Aix-en-Provence ; Vincent M.T., consultant en qualité logicielle, traducteur à ses heures, et actuellement inscrit en Master à la Faculté Jean Calvin. Via ce site, les auteurs souhaitent « discerner et démontrer la présence et la vérité de la foi en Dieu – le Dieu de la Bible – au sein de notre culture, et ainsi proclamer avec toujours plus de pertinence la grâce reçue et vécue en Christ. C’est ce qui s’appelle faire de l’apologétique culturelle » (https://www.visiomundus.fr/mission-et-vision/).

(3) Voir cette excellente fiche détaillée du film, à découvrir sur le site « Quels films pour nos enfants » . Une autre critique du film est à lire  sur le site Critikat.

(4) Voir le livre éponyme de Dany-Robert Dufour, par ailleurs auteur de « L’Individu qui vient ».

(5) D’après Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première Partie, 2010, p 92.

« Captain fantastic » : un film dérangeant sur l’éducation et la transmission d’une vision du monde

"Captain fantastic", de Matt Ross(2016) : "préparer au monde", là est la question !

« Captain fantastic », de Matt Ross(2016) : « préparer au monde », là est la question !

« Captain fantastic »(1) est le titre trompeur d’un curieux film américain vu cet été, donnant à penser qu’il s’agit d’un énième « blockbuster » mettant en scène des super-héros !

En réalité, si « personnages d’exception » il y a, ils n’ont pas de « super pouvoirs ». Le film traite plutôt de la liberté de choix : liberté de choix d’éducation et de vie, de croyance…et de fin de vie, indépendamment – et de façon alternative – aux institutions/modèles/ idées dites « classiques »/« dominantes » (sociales, économiques, religieuses…). Ainsi, le refus du matérialisme, de la société de consommation, de l’hypocrisie et de l’égoïsme grégaire….

Pour mieux l’analyser et l’apprécier, il convient premièrement de bannir le mot « intéressant » de notre vocabulaire, et de prendre pour fil conducteur la scène-clé de l’analyse de « Lolita » de Nabokov par Kielyr, l’une des filles de la famille. De même que ce roman « ose affronter le malaise du lecteur en adoptant le point de vue de Humbert Humbert »(2), l’on pourra juger ce film particulièrement dérangeant, puisqu’il présente un point de vue susceptible de remettre en question nos principes fondateurs, valeurs et « philosophies de vie ».

Et justement, il s’agit justement de ne pas perdre de vue qu’il s’agit là d’un point de vue : celui d’un père entraînant ses enfants dans son choix de vie, dont la légitimité peut être elle-même questionnée et remise en question. Néanmoins, le film, via son personnage principal, nous pousse à nous interroger sur la normalité, ce qu’est « connaître », et sur ce qu’est une « éducation véritable », cohérente, ouverte sur le monde et ancrée dans le monde réel, qui élève vraiment et conduit sur le chemin de l’autonomie.

D’autre part, le chrétien que vous êtes, et qui avez vu le film, a pu être choqué par la façon dont votre foi est ici déconsidérée, alors qu’une philosophie spécifique(le bouddhisme – il faut bien compenser le refus de Dieu par une autre forme de spiritualité !) est mise en avant. La meilleure attitude sera sans doute de prendre un certain recul et d’être prêt à répondre de la meilleure façon possible aux défis soulevés par le film, d’autant plus qu’un christianisme bien compris ne devrait pas conduire à cautionner une vie matérialiste, consumériste, irresponsable, injuste, égoïste, au mépris des autres et de la création. « Aimer son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force »(Deut.6v5), et « de toute sa pensée », ajoute le Seigneur Jésus-Christ(Luc 10v27), conduit à « aimer son prochain, comme soi-même »(Lévit.19v8). Et « la grâce » de Dieu, « source de salut pour tous les hommes, nous enseigne…à vivre pieusement, sagement, justement » (Tite 2v12 ).

Et l’on se souviendra qu’ « Eduquer, ou élever un enfant, c’est « conduire hors de »(educere), cf Jean 10v3. « C’est l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, à se hausser (elevare) dans son corps et son âme, dans tout son être spirituel », soit lui apprendre « à sortir de lui » et à rencontrer les autres. « Par éducation », l’on entend aussi « la somme totale des processus par lesquels une société transmet d’une génération à l’autre son expérience et son héritage accumulés dans les domaines social, intellectuel et religieux »(3).

 

 

 

 

Notes :

(1)  « Captain fantastic ». Réalisation : Matt Ross(USA, 2016). Avec : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay

Prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard » au Festival de Cannes 2016.

Résumé : Dans les forêts reculées du nord-ouest des États-Unis, vivant isolé de la société, Ben, un père dévoué, a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Niveau/âge : à partir du lycée – jeune adulte

Extrait : 

(2) http://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/captain-fantastic.html

Autres critiques :

http://www.leblogducinema.com/critiques/captain-fantastic-lutopie-melodramatique-94457/

http://www.cinechronicle.com/2016/05/cannes-2016-captain-fantastic-de-matt-ross-critique-104505/

(3) Voir http://larevuereformee.net/articlerr/n244/leducation-protestante-chemin-vers-la-liberte 

 

« A perfect day » : « touriste, s’abstenir ! »

"A perfect" : ici, les cadavres ne se trouvent pas dans les placards mais dans les puits...A moins que la vérité n'y surgisse, ce "jour comme un autre"... Affiche du film de Fernando León de Aranoa

« A perfect day » : ici, les cadavres ne se trouvent pas dans les placards mais dans les puits…A moins que la vérité n’y surgisse, ce « jour comme un autre »…Affiche du film de Fernando León de Aranoa

1995 : Cinq personnes en mission humanitaire pour l’ONU en Bosnie – officiellement, sortant de guerre – confrontés au manque de moyens et à l’absurdité de leur tâche : une jeune française, Sophie, nouvelle recrue idéaliste ; le chef d’équipe, Mambru, désabusé, qui veut rentrer chez lui ; Damir, l’interprète, qui veut que le conflit se termine ; B, le vétéran imprévisible, qui se réfugie derrière un certain humour noir ; et Katya, ancienne maîtresse de Mambru, qui vient jeter le trouble dans l’équipe …Tous croisent le chemin d’un jeune garçon, Nikola, qui cherche un ballon et ses parents. Leur travail se complique quand ils apprennent que le cadavre d’un homme, coincé dans un puits, pollue l’unique source d’eau potable des environs…Mais pour le sortir de là et purifier l’eau, il leur faut une corde….

 

« En zone de guerre, sors de ta zone de confort ! »

Un film choisi « un peu comme cela », sans savoir à quoi m’attendre, et vu lundi soir. Il est à découvrir absolument, surtout si vous vous sentez découragés et/ou en colère, car il vous permet de relativiser quelque peu votre situation, qui ne serait ni « la fournaise » (1 Pie.4v12), ni une question « de vie ou de mort ». Comparée à d’autres.

D’autre part, il démystifie toute vocation humanitaire, susceptible d’être idéalisée et motivée par la seule volonté de « mettre du fun » dans une vie nous paraissant « mortellement morne ».

Or, ici, dans une zone de guerre – par exemple – telle qu’elle est décrite dans le film, tout « tourisme », même humanitaire, doit être exclu, face à un impératif de « quitter sa zone de confort » pour un engagement durable bien peu valorisant, au service de ceux qui ont tout perdu.

Un engagement qui implique de lutter contre l’absurdité au quotidien, avec des moyens bien dérisoires, pour trouver ne serait-ce qu’une simple corde nécessaire pour sortir un cadavre d’un puits.

Le jeune Nikola (Eldar Rešidović) et Mambrú (Benicio Del Toro); un homme au coeur de père. Scène du film "A perfect day"

Le jeune Nikola (Eldar Rešidović), en recherche de son père et Mambrú (Benicio Del Toro), un homme au coeur de père.
Scène du film « A perfect day »

Dans « ce monde de brutes » et au milieu d’un humour souvent noir et désespéré, on relèvera heureusement une part d’émotion, avec cette relation « fils-père » entre le jeune Nikola (Eldar Rešidović), à la recherche de ses parents et d’un ballon, volé par des plus grands que lui, et Mambrú (joué par Benicio Del Toro), qui l’aidera à aller jusqu’au bout de sa démarche (c’est à cela que l’on reconnaît « un père).

Pour finir, « la moralité » de l’histoire pourrait être bien celle-là : suivre « le bon sens » (pour ne pas dire « le sentier ») d’une vieille paysanne – qui elle-même, suit ses vaches pour échapper aux mines – peut nous sauver la vie !

 

 

En bref :

A perfect day : un jour comme un autre

Comédie dramatique espagnole réalisée par Fernando León de Aranoa

Scénario : Fernando León de Aranoa, Diego Farias. D’après le livre Dejarse Llover de Paula Farias

Avec : Benicio Del Toro (Mambrú), Tim Robbins (B.), Olga Kurylenko (Katya), Mélanie Thierry (Sophie), Fedja Štukan (Damir), Eldar Rešidović (Nikola), Sergi López (Goyo)…

Date de sortie: 16 mars 2016

Durée: 1h46

 

Bande annonce en VOST

 

Pour les anglophones, une deuxième, en VO : 

He Is Alive

Tout compte fait, c’est la seule bonne nouvelle qu’il vaille la peine d’être publiée aujourd’hui. Car, sans cela, « notre foi est vaine » (1 Cor.15v14) :

« He is alive » (« Il – Jésus – est vivant ») de « Third day », un groupe de rock chrétien(1) au nom bien inspiré(2).

Jésus, « le Seigneur est réellement ressuscité » (Luc 24v34). Il est Celui qui proclame : « Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J’étais mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts » (Apoc.1v18).

« Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé »(Rom.10v9).

 

Notes : 

(1)Un groupe formé à Atlanta (Georgie, États-Unis) en 1991 et fondé par le chanteur Mac Powel et le guitariste Mark Lee.

(2) »Third day » ou « troisième jour », en « bon français ». Une référence manifeste à la résurrection d’entre les morts de Jésus-Christ, le troisième jour après sa crucifixion. Référence qui n’aura échappé à personne, oserai-je espérer…

 

Trois films (sinon rien), pour mieux transmettre, émanciper et accompagner.

"Jimmy's Hall" : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter. Affiche du film de Ken Loach, (2014)

« Jimmy’s Hall » : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter.
Scène du film de Ken Loach, (2014)

Dans la suite de cet autre billet, voici trois autres films à (re)découvrir, assez récents et en couleur, notamment sur le rôle, l’engagement et la place de l’Eglise dans la société : par exemple, dans un contexte de crises(économique, sociale…) et face au défi de la secularisation. Autre thème : la justice, la paix, la transmission d’une génération à l’autre…..

L’un et l’autre sont susceptibles de susciter des discussions lors de réunions d’église en semaine ou lors de réunions de jeunes/de groupes de quartier. D’autre part ces films ont l’avantage de nous faire voyager : en Irlande, dans « la Belle Province »(le Québec), ou même dans la campagne française.

1)En guise d’ouverture, voici “Jimmy’s hall”(2014), de Ken Loach, réalisateur britannique de 79 ans, qui vient d’obtenir une deuxième(1) palme d’or au 69ème festival de Cannes, avec “I, Daniel Blake”(“Moi, Daniel Blake”). Ken Loach est de ceux qui choisissent de montrer et de faire parler “les invisibles”, ceux dont l’histoire ne parle pas ou pas du tout. En juin 2014, il expliquait à Télérama combien il est “important, aujourd’hui de faire entendre une autre voix”. Car “on ne peut pas aborder les crises politiques actuelles sans connaître celles du passé”.

A noter qu’il a aussi choisi, depuis février 2015, de rendre visible plus d’une dizaine de ses films sur youtube.

Film plutôt accessible, notamment à partir de 14 ans, pour peu que l’on donne quelques repères historiques sur l’Irlande des années 20-30, “Jimmy’Hall” (sélectionné pour la 17ème fois à Cannes, mais sans recompense) permet de découvrir l’histoire vraie de Jimmy Gralton (1886-1945, à New York), seul Irlandais à avoir été expulsé de son pays sans procès, en 1933.

L’histoire : 1932 – Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s’occuper de la ferme familiale. L’Irlande qu’il retrouve, une dizaine d’années après la guerre civile, s’est dotée d’un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis…Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l’Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le « Hall », un foyer ouvert à tous où l’on se retrouve pour danser, chanter, étudier, apprendre, s’instruire, lire des livres, déclamer de la poésie ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions, notamment avec le père Sheridan, refont surface, mais restent sur un plan purement verbal. D’autant plus que le rayon d’action de Jimmy reste dans les limites de la paroisse. Jusqu’au jour où l’IRA d’un comté voisin lui demande d’intervenir en faveur d’une famille chassée de chez elle par un riche propriétaire terrien.

Pourquoi parler de ce film ici ?

 Au-delà du portrait de ce militant irlandais, c’est toute une communauté intergénérationnelle que l’on voit vivre ici.  Une communauté, dont les membres sont issues des classes populaires (sans emploi, sans terre…), qui affiche une forme de résistance culturelle et spirituelle pour la dignité (soit de ne pas dire « oui » à tout et n’importe quoi) et revendique pacifiquement le droit et la soif de savoir, d’émancipation, de liberté, de justice, et de paix véritable, dans un pays marqué par la guerre civile.

Parmi les axes de discussion possibles :

Que transmettre à une jeune génération qui n’a pas connu la guerre et qui a soif de savoir et de liberté, pour l’aider à « grandir » et à s’élever ? Discuter du rôle émancipateur de la culture et de l’éducation.

« Sans justice, pas de paix ». Qu’est-ce que la justice et la paix véritables ?

Commenter :

John Stott : « La mission, comprise à la lumière de l’incarnation, qu’elle soit liée à l’évangélisation ou à l’action sociale, ou les deux à la fois, exige un grand effort d’identification des chrétiens avec les individus dans leurs diverses situations. Jésus était ému de compassion à la vue des besoins des hommes, des malades, des personnes endeuillées, des affamés, des tourmentés, ou des laissés pour compte »(2) ;

Philippe Fournier : « ….Face à la religiosité, face à un attachement scrupuleux à la lettre de la loi divine qui en faisait oublier la compassion dont elle est porteuse, face à l’individualisme froid ou au laisser-aller, les prophètes (de l’Ancien Testament) répètent que Dieu ne réclame ni offrandes ni sacrifices, mais un cœur sensible au démuni. Ce message résonne dans notre actualité et interroge le chrétien sur la réalité de son engagement vers l’action sociale(…) Le partage de l’Évangile avec les exclus et les souffrants est possible si l’Évangile est envisagé comme ce qui crée du lien, de la relation, ce qui interroge et met en route. Notre prière et notre espoir est que nous soyons davantage préoccupés de rencontrer les gens et de les écouter que de chercher à les convaincre. L’Évangile se vit en premier par le décentrement de soi, qui s’appelle renoncement, et offre une ouverture. »(3).

En quel Jésus croyons-nous ? Quel Jésus proclamons-nous ? Notre action conduit-elle à une véritable libération et émancipation ? Ou à un asservissement ? Ecoutons-nous les faibles, les brisés, et pas « seulement lorsqu’ils sont à genoux », comme Jimmy le reproche au père Sheridan, dans le film ?

En bref : 

“Jimmy’s Hall”. Drame historique de Ken Loach (GB, 2014)
Avec Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott
Durée : 1h49 min.

"Médecins de campagne", un film de Thomas Lilti (2016)

« Médecins de campagne », un film de Thomas Lilti (2016)

2) Médecins de campagne

 Une comédie française de Thomas Lilti, ancien médecin et par ailleurs auteur d’ « Hippocrate » (2014. Un film sur le quotidien d’un hôpital public que j’ai eu du mal à aimer vraiment), mettant en scène, non pas un mais des médecins de campagne, personnages populaires et sympathiques s’il en est, au dévouement proche de celui d’un « pasteur de campagne ».

 L’histoire : le docteur Werner (François Cluzet), un médecin de campagne bon et bourru, et se croyant indispensable, se découvre subitement vulnérable, lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une tumeur. Mais la bataille à mener (et à remporter) contre la maladie se double d’une autre contre l’idée d’ « abandonner » ses patients à une nouvelle recrue, Nathalie (Marianne Denicourt), venue le seconder.

 

Pourquoi parler de ce film ici ?

Au-delà du récit d’une relation de travail entre deux médecins, de deux générations différentes, ce film brosse les conditions d’exercice de la médecine en milieu rural, avec l’enjeu alarmant des déserts médicaux : crapahuter qu’il pleuve ou vente pour visiter des personnes âgées grabataires / en fin de vie, ou des enfants grippés ; faire face aux erreurs de diagnostic sur les autistes ; gérer les cas de maltraitance psychologique et de manipulation mentale…bref,  soigner les corps et sonder les âmes, en s’improvisant « assistante sociale », « coach » ou « confident » pour ces patients que l’on a appris à connaître personnellement et dont on partage la vie. Et ce, dans un contexte de pénurie du personnel soignant, quand il ne faut pas partir « en campagne » contre des projets de maisons de santé devenues sources de spéculations immobilières. Quand le métier devient médico-social, pour ne pas dire « pastoral »….

Parmi les axes de discussion possibles : le dévouement, la vocation au service des faibles et des malades, des isolés ; la dignité, la fin de vie, les déserts médicaux, la spéculation immobilière en milieu médical ; la figure du médecin de campagne, et par association d’idée, celle du pasteur/berger – souvent seul. L’accompagnement, la visite, dans le cadre d’une église locale ou d’une paroisse.

En bref :

Médecin de campagne, comédie de Thomas Lilti (France, 2016). Avec François Cluzet (Jean-Pierre Werner), Marianne Denicourt (Nathalie Delezia)….Durée: 1h42

 

"La Passion d'Augustine" ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

« La Passion d’Augustine » ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

3) La Passion d’Augustine

Un film québecquois de Léa Pool(2015), qui retrace le moment où « la révolution tranquille » s’est affranchie de son héritage religieux, dans « la belle province ».

L’histoire : Au milieu des années 60, « un couvent dirigé par Mère Augustine(Céline Bonnier), une ancienne concertiste qui transmet avec ardeur sa foi en la musique, voie d’accomplissement et d’émancipation. Son zèle communicatif irrite la supérieure de la congrégation, jalouse de son aura, qui cherche à la remettre au pas par une série d’injonctions et d’humiliations. Malgré l’excellente réputation dont jouit l’établissement grâce aux nombreux prix remportés par ses étudiantes dans différents concours, une menace de fermeture plane. La récente création du Ministère de l’Éducation et la construction d’écoles publiques laïques forcent la congrégation religieuse à se restructurer. Pour éviter le pire, une grande conférence de presse est organisée pour montrer à tous l’utilité du couvent et les talents qui y sont cultivés. En plus des destinées de sa maison d’enseignement, Mère Augustine doit s’occuper de sa nièce Alice, jeune pianiste aussi douée que rebelle. Décelant son talent immense, Mère Augustine la pousse à se dépasser, espérant ainsi décrocher la médaille d’or au concours de musique provincial(4).

Pourquoi parler de ce film ici ?

Un point de vue intéressant sur le phénomène de sécularisation au Québec et ses dégâts collatéraux touchant une institution, l’Eglise, menacée…de restructuration !

Parmi les axes de discussion possibles : la question de « l’héritage religieux », « se réconcilier avec son passé », pour une nation(4) ; la sécularisation et la place de l’Eglise dans une telle société ; les relations entre générations ; le rôle et la place des écoles privées, notamment confessionnelles, dans une société sécularisée ; le rôle de la musique dans l’éducation, comme vecteur d’accomplissement et d’émancipation….

En bref : 

« La Passion d’Augustine », un film québecquois de Léa Pool(2014). Avec Céline Bonnier. 1h43

 

Notes : 

(1) Après « le vent se lève », en 2006, lors du 59ème festival de Cannes.

(2) Cf « Le Chrétien et les défis de la vie moderne »(T.1). Sator, 1987, p. 40.

(3) Voir http://www.promesses.org/arts/176p5.html

(4) Voir https://coupsdecoeurdici.com/2015/03/29/la-passion-daugustine-pour-se-reconcilier-avec-notre-passe/ et http://www.la-croix.com/Culture/Cinema/La-Passion-d-Augustine-dernier-hiver-d-un-couvent-quebecois-2016-03-30-1200749899