Hannouka : la lumière de la résistance et de l’espérance

[Un clip amusant et sympathique sur ce temps de célébration de Hannouka]

Hannouka – la fête de lumières ou de la dédicace, débute le soir du 18 décembre, et se déroulera jusqu’au 26 décembre au soir. Nos amis Juifs allument chaque jour une bougie sur leur  » Hanoukkia » ou chandelier à 9 branches. Ils utilisent pour cela la branche centrale (appelée le Shamash c’est-à-dire le  » serviteur ») qui sert à allumer les 8 autres, soit au total 9 bougies.

Ce chandelier est généralement posé sur le rebord d’une fenêtre et, comme les lumières de l’avent, égayent l’obscurité de la saison même si leur origine diffère l’une de l’autre.

Dans un article publié sur Le Verbe.com, Sonia Sarah Lipsyc(1) nous parle de cette fête, laquelle commémore un fait historique, à l’instar de Pourim et de Pessah (= la Pâque). Ce fait historique, qui a eu lieu au 2e siècle avant l’Ère chrétienne et qui a servi de base à la décision rabbinique d’instituer la fête de Hannouka, est relaté dans les Maccabées – livres qui n’ont pas été retenus dans le canon de la Bible hébraïque (et absents de la plupart des éditions protestantes de la Bible). Sinon, cette fête est mentionnée pour la première fois dans la Bible…dans l’Evangile selon Jean, chapitre 10, verset 22, dans le Nouveau Testament !

« Cette fête célèbre à la fois la révolte victorieuse des Juifs sur la terre d’Israël contre l’emprise gréco-syrienne de la dynastie des Séleucides et le miracle d’une fiole d’huile retrouvée intacte et, selon les normes du rituel, dans l’enceinte du second Temple de Jérusalem ». Pour le peuple Juif, c’est aussi un symbole de la lumière de la création. »Que s’était-il passé à cette époque qui justifierait que les Juifs s’en souviennent et le fassent savoir au travers de leurs rites depuis des millénaires ? »

Sonia Sarah Lipsyc nous explique que les Juifs « avaient perdu leur souveraineté nationale et devaient subir, pour user d’un terme contemporain, l’impérialisme culturel et religieux d’un empire païen. Pire encore, ils étaient victimes de persécutions religieuses tant à l’encontre de leur personne que de la tradition juive monothéiste qu’ils incarnaient. On leur interdisait ainsi sous peine de mort, l’étude de la Torah, la pratique du jour consacré du shabbat, la circoncision et le respect d’autres commandements. On les obligeait aussi, sinon ils risquaient la mort, de transgresser les injonctions et l’éthique de la Torah en voulant leur faire manger publiquement, par exemple, des bêtes interdites à la consommation (porc) selon les règles exposées dans le livre du Lévitique et explicitées par la tradition orale juive. Le Temple et son sanctuaire avaient étés profanés par l’introduction d’idoles ou par d’autres humiliations.

Alors se leva un vieil homme de la tribu des Lévis, celle qui était dédiée au service du Temple, le prêtre Mathitiyaou de la famille des Hasmonéens. Il s’insurgea contre cette occupation et ce pouvoir coercitif qui menaçaient la pérennité nationale et spirituelle du peuple juif. Lui et ses fils, dont Judah Maccabée, qui prit sa succession, ont lutté alors qu’ils étaient peu nombreux. Contre toute attente, ils ont vaincu les oppresseurs. Maccabée est le sigle de leur étendard à partir des mots hébreux : « Qui est comme Toi parmi les dieux, Dieu » (Ex 15v11).

Ils ont nettoyé le Temple mais n’ont trouvé, pour allumer comme il se doit le candélabre du sanctuaire, qu’une fiole d’huile pure qui, au lieu de brûler une journée, brûla huit jours, le temps d’en produire d’autre conforme aux prescriptions bibliques.

C’est pourquoi avant d’allumer ces lumières, les Juifs rappellent dans leurs bénédictions : « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’allumer les lumières de Hanouka (…) qui a fait des miracles pour ceux qui nous ont précédés en ces jours-là, en ce temps-ci (…) qui nous a fait vivre, exister et parvenir jusqu’à ce moment ».

 Ils rappellent également dans leurs prières au cours de cette période : « Tu as livré les puissants aux mains des faibles, les nombreux aux mains du petit nombre (…) Alors vinrent Tes ouailles (…) qui allumèrent des lumières dans les cours de Ton sanctuaire et instituèrent ces huit jours de Hanouka, pour remercier et louer Ton grand Nom ».

De là l’essentiel de cette fête pour les Juifs, laquelle célèbre « une persévérance non seulement identitaire, mais aussi dans la foi, et la capacité d’une résilience ».

Toutefois, précise Sonia Sarah Lipsyc, « si la défense de ces valeurs passe parfois par les armes, elle ne doit pas occulter la force de l’esprit. Et c’est le sens de ce passage du livre du prophète Zacharie (Za 4v6) que l’on récite durant cette fête : « Ni par la puissance, ni par la force, si ce n’est par mon esprit ».

Hanouka est l’occasion de raconter des histoires de martyrs (= témoins), comme celle de Hanna et de ses sept fils qui ont accepté d’être assassinés plutôt que de transgresser en public l’un des commandements de la Torah (2 Macc.7). Cette martyrologie illustre ce choix, dans la tradition judéo-chrétienne, de mourir pour sa foi (cad plutôt que d’abandonner sa foi), à mille lieux de celui de mourir au nom de sa foi, en assassinant d’autres personnes.

Tout ceci n’est très joyeux, me direz-vous. Au contraire, ce qui prédomine dans la célébration de Hanouka, ce sont la joie et le côté festif !

« Après l’allumage des bougies que l’on met bien en évidence pour donner de l’écho à ces miracles, on mange des mets frits, en rappel de la fiole d’huile, comme des latkes (galettes de pommes de terre) ou des soufganyot (des beignets). De l’argent ou des cadeaux sont offerts aux enfants qui jouent avec des toupies portant les initiales hébraïques de « un grand miracle s’est produit là-bas ». Là-bas, c’est ici chaque fois que l’on met un peu plus de lumière dans l’obscurité ».

Ce miracle nous rappelle un plus grand miracle encore : celui de Jésus-Christ, « Emmanuel » ou « Dieu avec nous » (Matt.1v23), qui est venu dans ce monde comme « une petite chose » aussi insignifiante que la petite fiole d’huile, et qui est entré dans le Temple en proclamant : « je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera plus dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8v12). En Lui en effet se trouve la véritable lumière.

Jésus est aussi le « Shamash », « le parfait serviteur », puisqu’il est venu, « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie (une fois pour toute) en rançon pour plusieurs » (Marc 10v45, cf Jean 13 et Hébr. 9v28)

Demandons-lui d’allumer chaque jour sur le « Hanoukkia de notre cœur » une bougie supplémentaire, pour que sa lumière nous illumine davantage, et disons-lui avec foi : « Seigneur, je veux t’aimer aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain » avec le secours de ta grâce. Aide-moi, je t’en prie, à t’aimer vraiment en esprit mais aussi en vérité, en gardant et pratiquant ta Parole. Ainsi, je veux aussi aimer mon prochain « plus qu’hier et bien moins que demain », de sorte que de plus en plus de personnes que je rencontre reçoivent Ta lumière ! »

Malgré la sécularisation et le sentiment matérialiste qui prévaut aujourd’hui, et alors que les enseignes lumineuses des villes nous souhaitent « de bonnes fêtes de fin d’année », sans la mention de Noël, ayons ou gardons confiance en l’irrésistible et extraordinaire nature du message d’espérance de la naissance du Messie et Sauveur Jésus, la raison d’être de cette fête de la lumière. Aucune action qui tente de supprimer, ignorer ou étouffer l’histoire de la puissance salvatrice divine n’aboutira et ne pourra diminuer cette grande espérance en Jésus annoncée au monde. Cette espérance enracinée en Dieu « venu en chair » (Jean 1v14) est une profonde réalité qui donne aux croyants la force de résister aux attaques du doute et de surmonter le désespoir du monde, déçu par les faux messies politiques, religieux ou scientifiques.

Appuyons-nous alors sur cette espérance pour parler de la puissance qu’elle contient à ceux qui ne la connaissent pas encore, tout spécialement en ce temps inédit de célébrations. Des vies seront changées. Peut-être la vôtre, vous qui nous lisez ?

« Que le Dieu d’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi pour que vous abondiez en espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rom.15v13).

Hag Sameah Hannouka ! [Bonne fête d’Hannouka !], en attendant de se souhaiter prochainement un « Joyeux Noël » !

En bonus : Chaque soir de cette semaine, retrouvez Juifs pour Jésus [qui attestent que Yeshouah est le Messie attendu] sur leur chaîne youtube autour de l’allumage des bougies de Hannouka, pour découvrir le sens profond de cette fête des lumières, porteuse d’Espérance.

Et avec ce clip du groupe…The Maccabeats !

Initialement publié sur Pep’s café! le 12/12/20, et mis à jour pour l’occasion.

Notes :

(1) Cf cet article « Hanouka, la fête juive des lumières » sur le site web du Verbe.

Sociologue, rédacteure en chef pour La Voix Sépharade, auteure et dramaturge, Sonia Sarah Lipsyc est également chercheuse associée à l’Institut d’études juives de l’Université Concordia.

« Watch it (again) » : la conférence « l’Evangile, affaire privée ou engagement public ? »

Vous l’avez sans doute vu passer : En mai 2022, l’Institut Catholique de Paris a accueilli les théologiens Stanley Hauerwas et William T. Cavanaugh pour une semaine de rencontres. Ces derniers ont notamment participé à la conférence du 18 mai : « L’Évangile, affaire privée ou engagement public ? »

Cette soirée exceptionnelle s’est déroulée en deux temps :

20h : Réflexion théologique et action sociale : discerner et espérer

21h : Vivre l’Évangile : susciter, éduquer et former à l’engagement

Bonne nouvelle ! Il est possible de (re)découvrir cette soirée sur le site de l’ICP ou via la vidéo ci-dessus disponible sur la chaîne youtube de l’Institut.

Bonne vision édifiante !

« La fin du commencement » : la cantate de John Featherstone qui rend « heureux, heureux… »

Extrait du chant no 3 de ‘La Fin du Commencement’, cantate de John Featherstone, sur des images des séances de studio

Le saviez-vous ? « Apocalypse », qui est le titre du dernier livre de la Bible, ne signifie pas « catastrophe » ou « cataclysme », mais « révélation », celle de Jésus-Christ. Ce texte imagé, parfois difficile d’accès, que l’on peut qualifier de « science-fiction de la littérature biblique », où les scènes d’horreur et de destruction alternent avec celles de joie et d’assurance, s’ouvre d’ailleurs sur cette promesse : « heureux » celui qui lit ce livre ! (Apoc.1v3)

« Heureux, heureux… ! » sont également les premières paroles du chant d’ouverture de « la fin du commencement », la cantate de John Featherstone sur l’Apocalypse.

L’auteur, compositeur et interprète, était l’invité de Solaé, « le rendez-vous protestant » sur France culture, dimanche 13/11/22, pour en parler et nous donner d’en écouter quelques extraits.

Deux concerts de lancement sont programmés cette semaine à Paris à 20h30, le jeudi 17 novembre, à l’Eglise Protestante Unie du Marais, et le vendredi 18 novembre, à l’Eglise Protestante Unie de Belleville.

Petit Robot Vert, de Miguel Lalor ou la puissance de l’amour

Ma première expérience « de lecture » de Petit Robot Vert, un album de Miguel Lalor, magnifiquement illustré avec les aquarelles de l’auteur, a eu lieu samedi 15/10, soit le lendemain de sa sortie éditoriale chez Scriptura, lors d’un après-midi festif au temple du Marais, à Paris.

Le choix d’un temple protestant de style baroque, et classé monument historique, peut paraître surprenant pour un tel événement de lancement en présence de l’auteur, avec goûter/débats/expo d’aquarelles originales et dédicaces.

Il se comprend très bien, comme nous l’explique la Pasteure Caroline Bretones en introduction, si l’on sait que Petit Robot Vert est né au temple du Marais, lors du premier confinement en 2020. Son auteur, Miguel Lalor, dessinateur de BD en France, après des études de Beaux-Arts au Brésil et en Espagne, a été également gardien de ce Temple, pendant plusieurs années, habitant sur place. 

En mars 2020, confiné comme tout un chacun, Miguel « ne fait plus rien d’autre »…que de jouer avec ses enfants, et découvre la valeur du lien et de la présence. Il ne manque heureusement ni de temps, ni d’espace…..ni d’aquarelle : de là cette histoire de Petit Robot Vert, imaginée « pour tous les enfants du monde », et pour ceux dont Jésus a dit que « le Royaume des Cieux est pour ceux qui leur ressemblent » (Marc 10v14).

Introduit par la Pasteure, et tandis que sont projetées les aquarelles de l’album, Miguel Lalor, confortablement assis dans un fauteuil, nous conte l’histoire de ce Petit Robot Vert qui se voit soumis à toute une batterie de tests pour définir son utilité, dès sa sortie d’usine : Sera-t-il fort, rapide, doué en calcul ?….Mais aucun de ces tests ne permet de déterminer à quoi il pourrait bien servir, et encore moins de mesurer ce qu’il sera vraiment… Désespéré, Petit Robot Vert décide de partir seul au « bout de la terre ». C’est là, dans un endroit mystérieux, qu’il rencontre une étrange statue. Ou peut-être s’agit-il d’un être humain ? Cette rencontre l’amènera à s’interroger sur lui-même.  Et s’il valait bien mieux que ce qu’il pensait ? 

Durant ce temps de lecture publique, rien ne manque pour l’ambiance : ni la bande sonore naturelle de l’auteur (qui imite fort bien le cri des mouettes !), ni l’émotion !

Suit un temps d’atelier créatif, avec fabrication de son propre robot, et de goûter-débat pour les enfants sur le thème : « être le plus fort ou avoir de la valeur ? »

Les adultes présents ne sont pas oubliés, puisqu’ils bénéficient de leur propre temps de débat (« entre la performance et le coeur : qu’est-ce qu’on valorise le plus chez nos enfants ? »), animé par la Pasteure, avec la participation de Miguel Lalor et de Nathanaël Coester, enseignant spécialisé dans deux établissements médico-éducatifs accueillant des enfants polyhandicapés.

Ce temps d’échange, passionnant, nous invite à prendre conscience de la souffrance de Petit Robot Vert, qui est aussi celle des enfants – sans cesse sous la pression de l’évaluation et se trouvant en échec – mais aussi celle de nous tous, dans une société où la valeur de l’humain dépend souvent de ses performances et de son efficacité à produire…de la valeur.

De ces échanges émerge une réflexion collective autour des enjeux de l’éducation, de la différence et du handicap. Et alors que la société ne semble pas prête « à revoir sa copie » sur ce plan, une piste se discerne au cours du débat, susceptible de rendre l’école plus inclusive : le fait que la curiosité (la qualité de Petit Robot Vert) est cette chose qui ne s’évalue pas ! A l’instar du héros de cet album, il s’agira alors de ne pas chercher à « prendre une place », mais d’inventer la sienne.

De ces temps de lecture et de débat, je retiens au moins deux moments bouleversants, qui n’en font en réalité qu’un, et qui ont résonné pour moi comme une claque : l’instant critique où Petit Robot Vert casse l’unique ampoule susceptible de relancer un phare et découvre ce qui est le plus important, à savoir l’amour d’un père qu’il a appris à connaître vraiment ; et le moment où Miguel nous explique « le pourquoi » de cette histoire, par ailleurs « inspirée par les aventures de Raphaël Lalor », son deuxième enfant qui souffre « de tous les DYS » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie…). Elevé lui-même dans « le culte de la performance », Miguel avait en effet appliqué un projet éducatif de ce type sur son premier enfant. Sauf que pour Raphaël, un tel projet était inapplicable. Ce qui a conduit Miguel à revoir sa vision de la valeur, de là un message fort pour son enfant, lui transmettant que sa valeur se trouve dans le fait d’être aimé et d’aimer en retour (Esaïe 43v4).

Ce retour « du cœur d’un père » vers son fils (d’après Malachie 3v24) nous rappelle donc le véritable sens de la valeur enseigné par Dieu, que Jésus nous révèle comme le Père – un Dieu relationnel (Jean 1v18Jean 17v3 et 1 Jean 5v20). Ce Père nous dit que nous sommes ses enfants et qu’il nous aime sans conditions. Être filles et fils du Dieu d’amour, voilà notre véritable valeur et ce qui fonde notre identité. Cet amour qui vient de Dieu suscite la confiance en soi et nous permet de « briller en ce monde » d’une lumière qui est bonne et ne peut rester cachée (Matt.5v14-16 et cf Ephésiens 5v9). C’est ainsi que la puissance de cet amour répandu dans notre coeur (Romains 5v5) permet aussi de se révéler à soi-même.

En bref : « Petit Robot Vert », de Miguel Lalor. Editions Scriptura, 2022.

Disponible depuis le 14/10/22 dans toutes les bonnes librairies ou chez l’éditeur.

L’auteur par lui-même :

Week-end « Discipleshift » à Paris : entretien avec Raphaël Anzenberger sur la « transition ecclésiologique »

C’est une première en France : Une rencontre francophone « discipleshift » aura lieu les 25 et 26 novembre 2022 à Paris ! Raphaël Anzenberger, l’un des organisateurs, a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses pour nous en dire plus : qu’il en soit remercié !

Bonjour Raphaël Anzenberger, peux-tu te présenter ?

Je suis Alsacien, et j’habite à Montréal ! Je dirige l’Union des Eglises Baptistes Francophones du Canada. Je suis également enseignant-chercheur en missiologie.

Caroline Bretones, Pasteure au temple du Marais, Paris [que je remercie], m’a parlé d’un prochain événement auquel elle est associée et qu’elle estime intéressant pour les églises. Il s’agit d’une rencontre francophone autour du « discipulat », qui sera organisée sur deux jours à Paris, à l’Espace Charenton (25 et 26 novembre prochains), par Exponential Europe.

Qu’est-ce que « Exponential » ? Quel est son but et pourquoi ce nom ?

Nous définissons Exponential comme une « communauté de praticiens préoccupés par la question de multiplication ». Il y a plusieurs occurrences du mot « multiplier » dans le livre des Actes. On y voit que l’évangile se multiplie (Ac 6v7, 12v24), les disciples se multiplient (Ac 6v1, 6v7), et les églises se multiplient (Ac 9v31). C’est notre préoccupation ! Exponential est un mouvement international avec des rencontres en Amérique (Exponential.org) et en Europe (Exponential.eu).

Qu’est-ce qui a conduit à l’organisation de la rencontre des 25 et 26 novembre prochains, à Paris ?

Tous les deux ans, nous organisons une rencontre Européenne francophone sur un sujet. C’est la première cette année de ce cycle de deux ans. Les autres années, nous organisons des rencontres par ville.

Quel est ton rôle, dans cette rencontre ?

Je suis l’un des organisateurs du côté Français et Québécois. J’animerai la table ronde du Samedi matin avec Anne-France de Boissière d’Alpha France, et un atelier sur la formation de disciples dans un monde sécularisé l’après-midi.

Que peux-tu nous dire quant à son esprit et son but, ainsi que le public visé ?

Nous aurons deux jours de travaux. Le 25, la journée sera consacrée à la réflexion sur les modèles de transition vers des paroisses qui favorisent la formation et la multiplication d’églises. Sous format de communauté d’apprentissage, 300 pasteurs et responsables d’œuvres échangeront, débattront et proposerons des modèles propres au terreau francophone Européen.

Le 26, nous attendons 900 participants pour réfléchir autour du thème de la formation de disciples : qu’est qu’un disciple, comment former des disciples, qui forme qui, quels types d’églises favorisent la formation de disciples. Il y aura 17 ateliers, 4 tables rondes, des études bibliques, un village d’experts et des livres offerts !

Qu’est-ce qui a motivé le choix des intervenants, durant ce week-end ?

A Exponential, nous voulons mettre en avant les meilleures pratiques sur le sujet en puisant dans l’expérience des collègues, qu’ils soient protestants, évangéliques ou catholiques. C’est ainsi que vous trouverez des responsables de différents milieux qui partagent tous la préoccupation de l’annonce de l’évangile. Ce que Sébastien Fath appelle « l’œcuménisme kerygmatique » [de « Kerygme », ou « l’annonce première » selon 1 Corinthiens 15v3-4. NDLR]. Ce sont des hommes, des femmes, des prêtres, des pasteurs, des laïcs, bref une pluralité d’intervenants qui reflètent la pluralité de l’Eglise !

Par exemple, qui pourra-t-on croiser, parmi les intervenants, lors de cette rencontre ?

On est encore en train de confirmer mais sont déjà assurés: Caroline Bretonnes, Anne-France de Boissière, Daniel Liechti, Eric Zander, Christian Kuhn, Mario St Pierre, David Nolent, Alain Stamp, Grégori Reyes pour les plus connus du circuit..  

Il sera question de « DiscipleShift » : de quoi s’agit-il exactement ?

DisciplesShift est un jeu de mot anglais qui parle de « shift », c’est-à-dire de transition, dans la façon de concevoir la formation de disciples. L’expérience montre que la catéchèse, ou l’enseignement didactique dans nos paroisses, n’aboutissent pas forcément à la formation de disciples de Jésus. Les raisons sont multiples et beaucoup y voient une conséquence du manque d’engagement missionnaire de l’église dans le monde. Il nous faut un « shift » dans notre manière de s’y prendre !

Après « la transition écologique », voici maintenant « la transition ecclésiologique » : pourquoi ce choix d’angle, pour une rencontre sur le discipulat ?

Parce que nos structures ecclésiastiques ne sont pas neutres. Elles racontent une histoire. Dans certaines traditions historiques, la formation de disciples est systémique, le plus souvent au travers du schéma baptême, catéchèse, confirmation/communion. Dans d’autres traditions, la formation de disciples relève du mandat pastoral. Dans d’autres encore, chaque disciple est appelé à former d’autres disciples. Nous partons du principe qu’une bonne transition ecclésiologique vise à faire converger ces trois approches : systémique, pastorale et de chaque membre. C’est à la rencontre de ces trois réalités que nous voyons une formation de disciples féconde.

En quoi le programme peut-il être intéressant pour les églises ? Pourquoi s’inscrire ?

Ce programme de deux jours s’adresse en particulier aux collègues pasteurs, responsables de ministères ou d’œuvres, qui souhaitent échanger et partager sur le sujet. Nous ne prétendons pas avoir réponse à tout. Mais nous croyons que dans l’échange des meilleurs pratiques, dans la richesse et le respect de nos différentes traditions ecclésiales, s’opère la dynamique apostolique que nous recherchons tous. Si vous avez à cœur que tout l’évangile soit proclamé par l’Eglise au monde entier, ce rendez-vous est pour vous !

En mai 2020, tu participais à la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît », organisé via zoom par les Attestants, sous l’angle de ce qui va, peut ou doit « Mourir, survivre ou vivre », avec Anne-France de Boissière, et bien d’autres. Aujourd’hui, ton engagement pour une rencontre axée « discipulat » et « transition » : est-ce « un hasard » ? Ou alors « un hasard avec un grand D » ?

Nous en parlions justement avec les amis à l’époque ! L’idée est d’aller plus loin dans une mise en pratique de nos réflexions. Je suis heureux de voir que deux ans après, nous sommes au rendez-vous Divin !

Le dernier mot est pour toi !

Je crois que c’est la première fois que nous voyons une telle mobilisation œcuménique autour de la question de la formation de disciples. C’est une première en France en tout cas. Le Saint Esprit nous invite à aller plus loin ensemble. Je veux le rejoindre dans sa mission. C’est ma préoccupation, et celle de beaucoup de ceux qui nous lisent aujourd’hui. Alors rejoignez le mouvement ! 

Merci, Raphaël !

« Les Anneaux de pouvoir », d’après Tolkien : une série tv pour notre édification

« Le Seigneur des anneaux : les anneaux de pouvoir »: une série TV pour découvrir en quoi le royaume de Numenor de Tolkien a encore des choses à nous apprendre….

Un démagogue charismatique séduit un puissant empire, prenant le pouvoir en promettant de restaurer la gloire passée. Un peuple trahit ses principes fondateurs, délaissant la foi de ses pères pour poursuivre des rêves d’immortalité. Leur capitale vacille jusqu’au bord de la guerre civile. Les fidèles restants sont traqués comme des traîtres par une foule déterminée à les anéantir.

Non, il ne s’agit pas là d’un résumé des prophètes de l’Ancien Testament ou de notre actualité récente, mais de quelques-unes des histoires contenues dans le Silmarillion [pas encore lu] de J. R. R. Tolkien, « la bible » des traditions de la Terre du Milieu.

Longtemps négligées, ces histoires ont enfin trouvé leur place sous les feux de la rampe, puisqu’Amazon vient de lancer sa série [pas encore vue] Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux du Pouvoir.

Réputée série télévisée la plus chère jamais produite, ce projet d’un milliard de dollars est une adaptation d’une toute petite partie de l’œuvre de Tolkien. Dans la chronologie fictive de l’auteur, l’histoire de la Terre du Milieu se déroule sur trois âges. La plupart du Silmarillion concerne le Premier Âge. La trilogie de livres et de films la plus célèbre et la plus appréciée [lus et vus], Le Seigneur des Anneaux, couvre la fin du Troisième Âge. La nouvelle série télévisée d’Amazon se situe entre les deux.

Tolkien n’a presque rien écrit sur cette période. Pourtant, le peu qu’il a élaboré fourmille de résonances politiques. Dans les 23 courtes pages d’« Akallabêth », un chapitre du Silmarillion, Tolkien raconte la gloire du royaume de Númenor, mais aussi son orgueil démesuré et sa folie.

Dans la moitié du chapitre suivant, « Les anneaux de pouvoir », Tolkien évoque ces fameux anneaux et décrit ce qui ressemble fondamentalement à la troisième guerre mondiale — un conflit cataclysmique si destructeur que le monde ne s’en est jamais remis, bien que les bons aient remporté la victoire.

C’est un récit extraordinaire (et extraordinairement pertinent), fait de passion, d’ambition, de manipulation et de tromperie politiques, d’intrigues géopolitiques, de guerre religieuse, de théodicée et d’apocalypse. C’est l’histoire de personnes qui parviennent à s’imposer par l’honneur, la tromperie ou la conquête, et une mise en garde contre les destructions que des hommes et des femmes ambitieux peuvent engendrer lorsqu’ils disposent d’un pouvoir considérable. Pour tous ceux qui s’intéressent à cette série, voici ce qu’il y a à savoir sur l’histoire dont elle s’inspire – et en quoi le royaume de Númenor décrit par Tolkien a encore des choses à nous apprendre aujourd’hui – dans un passionnant article de Paul D. Miller, professeur à l’université de Georgetown et chargé de recherche à l’Ethics & Religious Liberty Commission. C’est à lire en français sur le site web de Christianity Today.

Une série adaptée de Tolkien jugée audacieuse par Paul D. Miller, d’autant plus que « quand  la plupart des divertissements commerciaux répondent à la demande de résolutions complètes, il (en) faut de l’audace pour raconter une histoire mature sur un monde brisé et jugé, où tous les héros sont imparfaits et où chaque victoire terrestre reste conditionnelle.

Cette histoire est une source d’inspiration parce qu’elle est réaliste, même si elle est peuplée [d’êtres imaginaires]. Plus la série « Les Anneaux de pouvoir » sera fidèle à ces vérités, plus importante sera sa contribution, non seulement à notre divertissement, mais aussi à notre édification ».

En ce moment, j’écoute « Comigo estas » de Rachel Novaes

La connaissiez-vous ? Rachel Novaes est une chanteuse, musicienne, et compositrice chrétienne. Depuis 20 ans, elle partage, à travers sa musique, l’amour transformateur de Dieu aux côtés de son mari Marcelo Novaes (à la guitare). 

A découvrir (ci-dessus) l’un de ses titres : « Comigo estas » (Tu es avec moi).

Et bien d’autres compositions encore sur sa chaîne.

Découvrir également son site et son témoignage lors du culte du 19/06 au temple du Marais (Paris), où elle animait la louange.

Bonne écoute !

« On n’échappe pas à l’amour » : l’exposition immersive de Pâques

Source visuel de l’expo immersive de Pâques : Temple du Marais, Paris

« On n’échappe pas à l’amour » : « Habituellement, on dit qu’on n’échappe pas à la mort  (c’est le lot de toute l’humanité) mais pour le chrétien, il y a une autre perspective avec la passion et Pâques, c’est qu’ultimement nous n’échappons pas à l’amour de Dieu. C’est sa grâce qui nous sauve… ».

C’est ce que m’explique fin mars Caroline Bretones, Pasteure du temple du Marais (Paris), que je remercie, tout en me présentant un projet particulièrement original :

« On n’échappe pas à l’amour » est le titre d’une exposition immersive qui aura lieu les vendredi 15 et samedi 16 avril au Temple du Marais, à Paris, et une manière de faire réfléchir au sens de Pâques.

Par là même, la paroisse protestante, initiatrice et organisatrice du projet, nous invite à découvrir les évangiles dits de la passion. L’expo est conçue comme un cheminement existentiel et spirituel à travers les différentes étapes qui ont mené le Christ au tombeau, du temple de Jérusalem au Mont Golgotha où il fut crucifié.

 « Le projet est venu au cours d’une réflexion sur « comment vivre différemment les temps forts de la semaine sainte ? », me raconte encore Caroline Bretones. « L’an dernier, nous avions réalisé deux vidéos, l’une pour le jeudi saint et le dernier repas, l’autre pour le vendredi saint (lecture méditative et musicale).

Cette année, nous avions envie de vivre quelque chose de différent et de faire en sorte de pouvoir inviter largement, d’où l’expo.

On s’est vite aperçus que le temple se prêtait merveilleusement à un tel projet : le parcours que nous [une équipe de théologiens et d’artistes] avons conçu part du temple (juste après que Jésus a chassé les marchands), et se poursuit dans les différents espaces (choeur, grande sacristie, courettes, crypte, petite crypte) jusqu’à aboutir dans la petite loge attenante au temple qui donne sur la rue… Les gens ne se croiseront à aucun moment ! Nous avons imaginé aussi une bande son [réalisée par Estienne Rylle] qui accompagnera les visiteurs dans chaque espace pour favoriser le côté « immersif », ainsi que le livret qui donnera accès aux textes bibliques et à des petites méditations sur chaque scène. Nous avons aussi bénéficié de la créativité de nos artistes pour imaginer les mise-en-scènes ».

Le parcours à travers les différentes pièces « s’est imposé d’emblée », « de telle sorte que cela forme un vrai cheminement, qui va du chaos dans le temple (surabondance d’objets divers) au dépouillement extrême de la petite crypte qui représentera le tombeau. Nous avons ensuite travaillé à partir des textes bibliques que nous avons relus ensemble avec les artistes. Chacun est venu avec ses idées, des propositions de mise en scène, des impressions, des images. Idem pour la bande son. Nous avons fait des choix ».

Le temple du Marais souhaite « inviter largement », au-delà de la paroisse et du « cercle chrétien ». Mais comment quelqu’un, qui ne s’estime « pas croyant », ou même « sans culture biblique » (pour ne pas dire « religieuse »), peut-il se sentir concerné et entrer dans ce parcours immersif ? Et comment peut-il espérer en ressortir ?

« Notre principale cible cette année, ce sont justement ceux qui ne sont pas familiers des églises et de tout ce que représente la semaine sainte », précise encore Caroline Bretones. « Nous profiterons du fait que notre bâtiment attire le regard et que les gens ont spontanément envie d’y entrer pour visiter…

A partir de là, nous parions sur le fait que les mise en scènes et le livret vont leur permettre de vivre quelque chose de fort spirituellement. Et pourquoi pas, leur donner envie de venir célébrer Pâques le dimanche !! »

Merci, Pasteure Caroline Bretones, pour ce projet et pour toutes vos explications !

Chers lecteurs, à vous de jouer ! Et en vous souhaitant une « Joyeuse Pâques immersive » ce week-end !

En bref : 

 « On n’échappe pas à l’amour » : exposition immersive de Pâques

Lieu : Temple du Marais, 17 rue Saint Antoine 75004 Paris

Horaires de l’expo :

Vendredi 15 avril de 15h à 21h.

Samedi 16 avril de 11h à 17h.

Suivi d’un Culte de Pâques au temple du Marais, dimanche 17 avril 10h30 et 17h30 (culte en ligne : 10h25)

La vidéo de l’expo

Le parcours :

1er espace : La purification du temple

Lire : Marc 11, 15-19

Réflexion :

– Est-ce qu’il y a des choses qui encombrent ma vie aujourd’hui ?

– Y a-t-il des soucis ou des préoccupations que j’ai envie d’abandonner maintenant ?

2ème espace : Le dernier repas

Lire : Luc 22,7-22 et 33-34

Réflexion :

– Que représentent pour moi ce pain et ce vin ?

– Est-ce que je me sens invité(e) à cette table ?

3ème espace : Gethsémani

Lire : Marc 14, 32-52

Réflexion :

– Quels sont mes combats, mes résistances ?

– Est-ce que, moi aussi, j’ai du mal à prier, ou simplement à me tourner vers Dieu ?

4ème espace : Le reniement de Pierre

Lire : Luc 22, 54-62

Réflexion :

– Quel est le regard qui compte le plus pour moi : mon propre regard, celui des autres ou celui de Dieu ?

5ème espace : Le procès

Lire : Jean 18, 29-38 et 19, 4-16

Réflexion :

– Qui accuse ? Qui est accusé ? Quels sont les chefs d’accusation ?

– Quelle est la vérité qu’on veut faire taire ici ?

6ème espace : Les outrages

Lire : Mathieu 27, 27-31

Réflexion :

– Quel est mon rapport à la violence, au mépris, au désir de revanche ?

– L’amour a-t-il encore son mot à dire ?

7ème espace : La crucifixion

Lire : Luc 23, 26-49

Réflexion :

– Je regarde ma vie : y a-t-il des défaites qui sont devenues des victoires ?

– Qu’est-ce qui me submerge ici ?

8ème espace : La mise au tombeau

Lire : Marc 15, 42-47

Réflexion :

– Dieu est-il absent ou présent ou maintenant ?

La mort recouvre tout, tel ce drap qui recouvre le sol de la crypte.

Mais où est la tombe ? Où est le corps de Jésus ?

Quelque chose nous échappe. Ou nous saisit.

Nous devons traverser encore ce mystère, marcher sur la mort pour aller vers la lumière.

Le mois de la Bible se clôture « en live »

Pour terminer en beauté l’édition 2022 du Mois de la Bible, l’Alliance Biblique Française, dont la mission consiste à mettre la Bible à la portée de tous, s’associe à la Plateforme protestante des radios pour proposer un live exceptionnel le jeudi 31 mars de 20h00 à 22h30. Chanteur, réalisateur ou encore acteur se succèderont sur le plateau pour livrer leur éclairage sur la thématique de cette année : « Quand la Bible inspire les artistes ».

L’émission sera diffusée sur la chaîne YouTube de l’Alliance biblique française et sur les réseaux sociaux des différents partenaires (parmi lesquels la Fédération protestante de France et Radio Arc-en-ciel). Au programme de cette soirée exceptionnelle, des artistes (Meak – auteur compositeur, la conteuse Myriam de Beaurepaire, Estienne Rylle – d’Epiclèse, Claire Oberkampf etc.) mais aussi des chroniqueurs (Jean-Luc Gadreau – Solaé, sur France culture, Sara Le Levier – de l’Alliance Biblique Française, David Métreau – de Christianisme aujourd’hui, Claire Bernole – de Réforme, PRIXM – le média qui nous fait redécouvrir la Bible, etc.).

Pour ne rien manquer, il vous suffit de cliquer sur « définir un rappel » en vous rendant sur la page Youtube dédiée.  

En savoir plus sur l’Alliance Biblique Française et ses projets.

En attendant : vous l’avez peut-être « vu passer », mais ne manquez pas le nouvel épisode du podcast « au commencement », proposé par l’Alliance Biblique Française, ou « la grande histoire » biblique vue par le biais d’histoires personnelles qui l’émaillent. Plongez dans une histoire où la bienveillance et la loyauté permettent de traverser les épreuves. Celle de deux femmes : Noémi, brisée par les deuils successifs, et Ruth, fidèle et dévouée dans l’adversité.

Dans un autre genre et dans la même idée, il y a aussi « The Chosen », la première série multi-saisons sur la vie de Jésus-Christ et -particulièrement – de celles et ceux qui l’ont rencontré [à moins que ce ne soit le contraire] et entouré durant son ministère public.

« The Chosen », ou quand « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous »

Bande annonce de la saison 1 de the Chosen

Vous n’y avez sans doute pas échappé : « The Chosen » est d’emblée présentée comme « la » première série multi-saisons phénomène sur la vie de Jésus-Christ et – particulièrement – de ceux qui l’ont rencontré et entouré durant son ministère public.

La trame de fond est l’Evangile selon Jean, avec d’autres scènes tirées des évangéliques synoptiques (Matthieu, Marc et Luc).

Sortie aux Etats-Unis en 2019, la série a trouvé son public outre-Atlantique, grâce notamment à un modèle de diffusion gratuite via la plateforme VidAngel et l’application the Chosen, soutenu par un financement entièrement participatif, et non par de grands studios américains. A ce jour, deux saisons de huit épisodes chacune sont disponibles. Une troisième est en cours de financement et devrait être visible en 2022. Sept, au final, sont prévues.

Réalisée par le chrétien évangélique Dallas Jenkins, dont le but est d’atteindre, à terme, un milliard de vues pour découvrir un « Jésus authentique », elle est considérée comme « une série catholiquement correcte » par le site web Le Verbe.com et a fait l’objet de commentaires favorables de la part d’autres médias catholiques, mais aussi de quelques sites protestants et évangéliques, dont TGC – Evangile 21.

En France, « The Chosen » est distribué par la société de distribution de films d’inspiration chrétienne Saje [lire l’interview de son directeur ici] et par la fondation ZeWatchers, qui investit dans des sociétés ou associations fondées par des chrétiens. Une première diffusion « en prime time » de la saison 1 à la télévision, sur une chaîne privée, est prévue durant les vacances de Noël, les 20 et 27 décembre 2021.

Certains reconnaissent en être devenus « accros », au point de visionner « en rafale » (ou d’une traite) plusieurs épisodes, voire même les deux saisons (8 épisodes chacun) actuellement disponibles en une nuit…. Et je #bingeJesus [littéralement « devenir obsessionnel pour Jésus »] est le hashtage promotionnel de la série !

Sinon, il est possible de visionner simplement et gratuitement, sans qu’il soit nécessaire de créer un compte, les premières saisons disponibles sur la plateforme VidAngel citée plus haut. Mais déjà, le premier épisode de la saison 1 (que j’ai vu, ainsi que les épisodes 2 à 8, et toute la deuxième saison, à ce jour, depuis samedi 18/12) permet de se faire une idée.

[La série est regardable en anglais sous-titrés. Pour sélectionner les sous-titres en français, disponibles parmi 100 autres langues, cliquer en bas, à droite, de chaque vidéo et choisir « french »]

Pour ceux qui s’apprêtent à visionner le premier épisode sans savoir à quoi s’attendre et en ayant en tête les adaptations précédentes de la vie et de l’œuvre de Jésus-Christ, il me paraît utile de les prévenir qu’ils risquent d’être surpris, vu l’angle choisi de la série. Celle-ci, très intelligente et subtile, est fort bien réalisée et interprétée avec justesse. Elle tourne autour des personnes évoquées dans les Évangiles, adultes et enfants, hommes et femmes, qui ont rencontré le Christ, tout à la fois « vrai Dieu et vrai homme », venu les rejoindre dans « le creux de leur vie », et montre en quoi leur vie a ainsi changé à son contact. De là certaines extrapolations qui ne sont pas dans les textes bibliques, mais aussi certains éléments intéressants et bienvenus de contexte politique et religieux de l’époque.

En cela, « The Chosen » est distinct des « 4 Évangiles, les films » (Lumno, 2014-2015 et édités en France par Bibli’O, en 2019, sous la forme d’un coffret de 4 DVD), lesquels proposaient déjà une expérience immersive pour découvrir la vie, les actes et les enseignements du Christ, avec le texte intégral narré, sans rien enlever/rajouter, et magnifié par l’image.

Certains dialogues ou choix narratifs de The Chosen peuvent surprendre, ou paraître très anachroniques, voire même franchement osés, mais la plupart sont bien vus et sonnent paradoxalement justes, avec une certaine cohérence et fidélité avec les Evangiles.

Alors, certes, on est tout à la fois en terrain connu et désarçonnés, puisque l’on retrouve Simon Pierre et André, Marie de Magdala, Matthieu, Nicodème, Jean le Baptiste, Thomas, Marie et Joseph….et Jésus, qui tarde à apparaître au début [par la suite, il se fera bien plus présent], dans des situations inattendues. Sont aussi surprenantes dans leur traitement et l’angle choisi, certaines scènes marquantes des Évangiles (ou susceptibles d’être connues de la plupart), telles que Jésus et les enfants(épisode 3 – mon préféré), la pêche miraculeuse (épisode 4), les noces de Cana (épisode 5), le paralytique conduit à Jésus (épisode 6), ou encore la rencontre nocturne entre Jésus et Nicodème (épisode 7).

Le déroulé de l’action peut être aussi difficile à suivre au début, et certains enjeux paraîtront complexes, voire incompréhensibles, pour qui n’est pas familier des Évangiles. D’où la nécessité de s’accrocher et/ou de se référer aux textes bibliques pour ne pas être perdu.

Au final, un parti pris artistique qui nous garde d’un Christ désincarné ou d’une lecture « mythologique, moralisante et édifiante » de l’Evangile, pour nous donner à découvrir la foi de gens réels, résultat d’une rencontre non moins réelle, dans des lieux réels, avec une personne bien réelle : Celui qui est « le Verbe (ou la Parole) fait chair » (Jean 1v14).

De l’aveu du réalisateur, l’idée est de donner envie à ceux qui connaissent (ou croient connaître) les Evangiles, comme à ceux qui ne les connaissent pas, peu ou mal, de s’y (re)plonger.

Néanmoins, une telle série peut-elle être de nature à rapprocher du Christ ?

A condition de bien faire la différence entre la réalité et la fiction, entre les choix artistiques, l’imagination et l’interprétation des scénaristes, et ce que dit vraiment le texte de l’Évangile.

Et à condition de ne pas passer tout son temps à « binger » [visionner d’une traite] cette série ;-), au point de devenir obsessionnel d’un produit artistique – « l’ombre » – qui deviendrait « culte » (un comble !), en oubliant Celui qui est la réalité, Christ – d’autant plus que 7 saisons sont annoncées (ce qui me paraît beaucoup), avec un premier tome du livre de la série !

Il s’agit en effet de se laisser rejoindre, dans notre vie réelle, non pas par un Christ d’une série télévisée, ou interprété par un acteur, aussi juste soit-il, mais par le Christ authentique des Evangiles et de la Bible, Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20). Et ce, pour vivre une relation vivante et véritable, d’amour et de confiance, avec Lui, en découvrant à quel point que Dieu est concerné par toutes les réalités et qu’il n’y a pas de domaine de notre vie où Jésus-Christ ne règne pas.

The Chosen me paraît donc être une approche originale à tester et à découvrir. Mais je recommanderai toutefois de prendre le temps de lire ou de relire les 4 Evangiles, avant de commencer cette série, comme de revenir sur les textes déjà lus entre chaque épisode, pour mieux échanger ensuite en petits groupes ou entre amis.

En bonus, une scène de l’épisode 3 de la première saison, illustrant combien Jésus est l’ami des enfants et rappelant à quel point il convient d’être « comme les enfants », pour entrer dans le Royaume de Dieu (Marc 10v14) :