Leurs profits valent-ils mieux que sa vie ou verra-t-il le bout du « Tunnel » ?

« Tunnel », un film coréen(du sud) qui nous interpelle sur ce qu’est « être » et « rester humain » dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques…

Critique du film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Vous cherchez une bonne idée de film à voir entre amis, ou pourquoi pas, pour un bon « ciné-débat » dans le cadre de votre église locale ou votre paroisse, mais vous ne savez pas quoi. Ne cherchez plus, vous avez trouvé : voici « Tunnel », un excellent film coréen (du sud), vu ces dernières semaines et qui est un gros succès au box-office dans ce pays.

La trame est simple : un tunnel flambant neuf reliant Séoul à Hado s’effondre subitement sur Jung-soo, un jeune père de famille lambda rentrant chez lui en voiture pour l’anniversaire de sa fille. L’homme survit à la catastrophe mais reste coincé sous les décombres, connecté au reste du monde par la radio de sa voiture et son téléphone portable dont la batterie peut lâcher d’un moment à l’autre. Impuissant, avec deux petites bouteilles d’eau et un gâteau, il ne peut qu’attendre et suivre les conseils de survie donnés par les secours, dont l’organisation s’étale sur plusieurs semaines. En parallèle, nous assistons également aux débats qui agitent famille, médias et politiques, sur ce qu’il convient de faire, pesant le « pour et le contre », entre les moyens hors normes mobilisés et les chances réelles de le sauver. Le suspens est réel : l’homme survivra-t-il ? Sera-t-il même sauvé ? Ou périra-t-il à cause des (classiques) risques géologiques du terrain, prêt à s’effondrer à nouveau ou…..pour causes (bien plus réelles encore) d’abandon, de bêtise ou d’incompétence des sauveteurs ? La mise en scène et le mélange de genres (du drame au thriller, en passant par la comédie, et la critique sociale) contribue à entretenir la tension dramatique du film, lequel reste toutefois limité sur ses enjeux psychologiques.

Heureusement, sa force est ailleurs : le réalisateur, Kim Seong-hun, nous propose un efficace détournement (et une actualisation) de genre, celui du film-catastrophe. Déjà dans le rythme et la structure : « Quand on pense à un film catastrophe typique, on a plutôt une histoire qui se développe en crescendo. Au début, on sent qu’il va se passer quelque chose, puis la situation éclate. Moi j’avais envie de prendre les choses complètement à l’envers, c’est-à-dire que dès le départ on voit la catastrophe, et derrière on voit comment cette situation va être dénouée », explique le réalisateur (1).

Plus intéressant encore, il ne manque pas d’inclure dans son film des problématiques sociales et sociétales, révélatrices des faiblesses de la société coréenne contemporaine : développement économique et équipement en infrastructure « en marche » forcée de la Corée du Sud, considérant les règles de sécurité comme « des entraves » et avec pour seule logique la compétitivité à tout prix ; compromission entre les chaebols – conglomérats- et les bureaucrates, dysfonctionnement administratif, opportunisme politique, omniprésence d’un système médiatique en recherche permanente de « scoops ». L’histoire n’est pas sans rappeler certaines catastrophes (qui ne sont pas de l’ordre de la fiction) pouvant être perçues comme les conséquences des excès du rapide développement économique de la Corée du Sud, tel le naufrage du ferry Sewol en 2014 au large de l’île de Jindo, qui avait fait 304 victimes dont une majorité de lycéens. Comme le souligne Kim Seong-hun, « Tunnel a été tourné quand a eu lieu cette terrible tragédie. On ne peut nier une certaine influence de ces événements, et je pense que de manière consciente et inconsciente, ils ont trouvé un certain écho dans l’histoire de mon film ».

Non dénué d’humour, « Tunnel » n’oublie pas non plus de s’interroger et de nous interpeller sur ce qu’est « être » et « rester » humain dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques. On citera en guise d’illustration la très belle scène du partage d’un peu d’eau avec une autre personne ensevelie, alors que chaque goutte compte dans la longue attente de l’arrivée des secours.

« Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres » (1 Cor.12v22-25)

Questions débat pour aller plus loin :

Jésus nous dit que « l’on ne peut servir Dieu et Mammon » – c’est à dire l’argent (Matt.6v24). Sous cet éclairage, le capitalisme libéral est-il un simple système économique ou une religion ? Dans quelle mesure a-t-il envahi nos espaces ? Et si c’est une religion, quels sacrifices demande-t-elle ?

Que penser de cette « rentabilité » selon Dieu, d’après Luc 15v4-7, Ezech.34v16 et Jean 10v11-13 ?

 

En bref :

Tunnel, un film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Scénario : Kim Seong-hun. D’après : le roman Tunnel de So Jae-won

Avec Ha Jung-woo (Jung-soo), Bae Doona (Se-hyun), Oh Dal-Su (Dae-kyoung)

Date de sortie en salles : 3 mai 2017

Durée : 2h06

Prix du Jury et le Prix du Public au Festival du Cinéma de Valenciennes.

Bande annonce :

Notes :

(1) Voir ce document de synthèse sur le film, avec une interview du réalisateur.

 

 

 

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Comment bien parler du film « Sausage Party » : ou quand informer n’est pas donner son opinion

Il est toujours délicat de parler de certains sujets, au « parfum de scandale », même dans le but honorable d’alerter, mais avec le double-risque de faire « de la pub » au sujet dénoncé, en nourrissant la polémique, et de s’enfermer dans l’analyse catastrophiste ou l’indignation stérile. Bref, soit on n’en parle pas du tout, soit on en parle. Mais alors on en parle bien. Par exemple, du film « Sausage party », au sujet duquel vous avez certainement été alerté récemment.

 

Commençons par rappeler quelques évidences :

  • Une information est un savoir, un ensemble de connaissances, et non une opinion. Une information est censée répondre aux questions de base suivantes : « qui/quoi/quand/où/comment/pourquoi ». Or, nous réduisons trop souvent l’information à la seule expression d’une vision sur l’actualité, survalorisant l’opinion, le « coup de gueule », « l’édito » ou le commentaire.
  • La recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer est un art difficile. Très difficile. Surtout si nous admettons que la recherche de la vérité doit être notre objectif majeur, étant la condition d’une information digne de ce nom, crédible.
  • Informer, c’est (toujours) choisir : de parler d’un fait et pas d’un autre ; de choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information.
  • Informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur.
  • Un témoin est celui qui rend compte de ce qu’il a vu/entendu/rencontré personnellement. Il n’est pas un simple « relais » d’une information lue/entendue quelque part, à partir de sources de seconde, voire de troisième main.
  • Le rôle de tout média devrait être de«  rassurer[ou d’inviter à prendre du recul], d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages », lisait-on dans ce manifeste de la revue « R de Réel », le 1er mai 2002.
  • « Celui qui sait » a le devoir d’alerter – mais non d’alarmer – en veillant à le faire de façon pertinente.
  • « Décryptages et ressources documentaires doivent accompagner la lecture d’un événement pour le mettre en perspective, offrir aux lecteurs des débouchés concrets à une prise de conscience, telles que pistes d’alternatives, présentation d’initiatives, contacts d’associations… »(1)
  • Face à l’information, nous avons trois possibilités : l’ignorer, ou réagir ou la lire, réfléchir et agir en connaissance de cause.

Ceci dit, aller voir « Sausage party » n’est pas ma priorité, et ne l’ayant pas vu, je me garderai de juger sur le fond. Je me contenterai, pour équilibrer ce que l’on peut lire ici ou là sur la toile, de renvoyer à une démarche qui m’a paru pertinente et correspondre aux exigences rappelées plus haut, et ce, d’autant plus qu’elle semble (sauf erreur) unique à ce jour : il s’agit de l’analyse du film par Vincent M.T., intitulée «  Sausage Party : l’éléphant, le nazi et l’idole », publiée le 05 décembre 2016 sur le site « Visio Mundus »(2).

L’auteur de cet article rappelle une autre évidence : « « Qui dit film d’animation ne dit pas film pour enfants »(3). Et tout film n’est pas fait pour les enfants. « C’est malheureusement cette association d’idées qui a porté de nombreux parents à exposer involontairement leurs enfants à une scène pornographique, incluse à la fin. Certes, il aurait été judicieux de prévenir les audiences, par exemple en déconseillant le film aux moins de 16 ans » [perso, j’ai l’impression que certaines indications d’âge pourraient être relevées de trois ou quatre ans de plus, au moins, pour certains films]. En accord avec Vincent M.T., « on peut s’interroger sur le scandale » et se demander « pourquoi le contenu explicitement sexuel fait réagir, mais pas la violence gore (tout aussi présente) ? » Notre indignation serait-elle sélective ? Le péché ne serait-il « que » sexuel ?

Au-delà de cet aspect et des « clichés navrants dont est rempli ce film », Vincent M.T. nous invite à faire « l’effort de nous intéresser au message essentiel du récit, pour tenter d’en comprendre le discours »(3). En effet, même s’il ne recommande « pas d’aller voir ce film, il attire un large public, et il se peut qu’on se retrouve à en discuter avec des amis ». Le défi sera de dépasser une simple posture « moraliste », pour aborder d’autres enjeux cruciaux, tels que les croyances et les philosophies, les questions de vie ou de mort, de liberté et de libération, de sens.

D’autre part, Vincent M.T., qui a manifestement vu le film pour être en mesure de parler de ce qu’il a vu, nous fait le résumé de l’histoire : celle-ci « se déroule dans un supermarché où tous les produits alimentaires sont vivants et attendent impatiemment d’être choisis par les humains, qu’ils révèrent comme des dieux, pour être emmenés au-delà des portes du magasin vers un monde meilleur. Chacun a sa version des règles à respecter pour être sélectionné par les « dieux », et une idée précise de ce à quoi ressemble « l’au-delà ». Mais voilà, un petit groupe d’aliments vient à découvrir l’horrible vérité : les humains dévorent les aliments ! Ce groupe tente de prévenir les autres pour fomenter une révolte. Malheureusement, les produits alimentaires sont très attachés à leurs croyances… »

 En clair, « la thèse de ce film est que les religions ne sont que des histoires inventées pour aider l’humanité à faire face à l’horrible vérité, à savoir, que les forces qui gouvernent notre monde sont cruelles et absurdes, et nous n’avons aucune emprise sur elles. Les religions font de ces forces des divinités et prétendent qu’on peut s’en sortir : il y a des règles à suivre et une récompense dans l’au-delà ». Toutes « ces religions, ces histoires inventées » nous empêchent « de profiter pleinement de la vie ici-bas, notamment de laisser cours à toutes nos pulsions ». Mais il y a une contradiction ou un paradoxe, dans cette critique, que soulève Vincent M.T. : « le roi des aveugles » de la célèbre parabole de l’éléphant « révèle à (d’autres) aveugles qu’ils se trompent tous, et que chacun ne détient qu’une partie de la vérité… », mais en réalité, « le roi n’est pas aveugle », puisque « celui qui révèle la vérité voit la vérité clairement et dans son ensemble. Affirmer que personne ne détient la vérité, c’est soi-même prétendre détenir la vérité dans son ensemble, c’est professer que sa propre vision des choses est supérieure à toutes les autres ».

Dans le film, cette vision du monde – « supérieure à toutes les autres »- est « l’hédonisme – l’idée que le sens de la vie humaine est la recherche du plaisir ». Et, soulignerai-je, le plus grand pourvoyeur du plaisir (que l’on serait « en droit d’obtenir, tout de suite ») reste aujourd’hui « le divin marché »(4). Et « cette vision du monde nous est donc présentée exactement de la même manière que les religions qu’elle critique : quiconque ne s’y rallie pas est forcément en train de « réprimer » ses pulsions, et c’est mal ». Une forme de « moralisme » qui ne dit pas son nom, en somme.

Quelle devrait alors être notre position face à cette croyance et à cette nouvelle injonction (« No limits », « jouis sans entrave », sur les plans économique et culturel/sociétal) ? Certainement pas, selon le pasteur Gilles Boucomont(5), de répondre par le moralisme ou par plus de moralisme. Et encore moins de s’aligner sur les évolutions de la société (ce qui serait adopter un autre « moralisme »).

Notre positionnement face à cette croyance mise en avant dans le film ne devrait pas être « moral », mais « dans le même registre que celui de Jésus » : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou « pour accuser, condamner, faire chuter ». Mais « pour relever les personnes » ; « les faire passer de la mort à la vie ». On notera que dans la scène avec la femme adultère, en Jean 8v11, Jésus donne pour consigne, après le refus de condamner, « d’avancer ». Mais « pas de rechuter ».

Et, s’interroge Vincent M.T., « que pouvons-nous répondre, en tant que chrétiens, face aux accusations « d’immaturité » et « de passéisme » pour toutes les idées non-hédonistes, donc particulièrement les opinions religieuses ?  La réponse dans son article, à lire dans son intégralité.

 

 

Notes :

(1) Cf http://www.bastamag.net/Site-d-informations-independant

(2)Visio Mundus est géré par deux théologiens réformés : Yannick Imbert, professeur d’apologétique à la Faculté Jean Calvin, faculté de théologie d’Aix-en-Provence ; Vincent M.T., consultant en qualité logicielle, traducteur à ses heures, et actuellement inscrit en Master à la Faculté Jean Calvin. Via ce site, les auteurs souhaitent « discerner et démontrer la présence et la vérité de la foi en Dieu – le Dieu de la Bible – au sein de notre culture, et ainsi proclamer avec toujours plus de pertinence la grâce reçue et vécue en Christ. C’est ce qui s’appelle faire de l’apologétique culturelle » (https://www.visiomundus.fr/mission-et-vision/).

(3) Voir cette excellente fiche détaillée du film, à découvrir sur le site « Quels films pour nos enfants » . Une autre critique du film est à lire  sur le site Critikat.

(4) Voir le livre éponyme de Dany-Robert Dufour, par ailleurs auteur de « L’Individu qui vient ».

(5) D’après Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première Partie, 2010, p 92.

« Captain fantastic » : un film dérangeant sur l’éducation et la transmission d’une vision du monde

"Captain fantastic", de Matt Ross(2016) : "préparer au monde", là est la question !

« Captain fantastic », de Matt Ross(2016) : « préparer au monde », là est la question !

« Captain fantastic »(1) est le titre trompeur d’un curieux film américain vu cet été, donnant à penser qu’il s’agit d’un énième « blockbuster » mettant en scène des super-héros !

En réalité, si « personnages d’exception » il y a, ils n’ont pas de « super pouvoirs ». Le film traite plutôt de la liberté de choix : liberté de choix d’éducation et de vie, de croyance…et de fin de vie, indépendamment – et de façon alternative – aux institutions/modèles/ idées dites « classiques »/« dominantes » (sociales, économiques, religieuses…). Ainsi, le refus du matérialisme, de la société de consommation, de l’hypocrisie et de l’égoïsme grégaire….

Pour mieux l’analyser et l’apprécier, il convient premièrement de bannir le mot « intéressant » de notre vocabulaire, et de prendre pour fil conducteur la scène-clé de l’analyse de « Lolita » de Nabokov par Kielyr, l’une des filles de la famille. De même que ce roman « ose affronter le malaise du lecteur en adoptant le point de vue de Humbert Humbert »(2), l’on pourra juger ce film particulièrement dérangeant, puisqu’il présente un point de vue susceptible de remettre en question nos principes fondateurs, valeurs et « philosophies de vie ».

Et justement, il s’agit justement de ne pas perdre de vue qu’il s’agit là d’un point de vue : celui d’un père entraînant ses enfants dans son choix de vie, dont la légitimité peut être elle-même questionnée et remise en question. Néanmoins, le film, via son personnage principal, nous pousse à nous interroger sur la normalité, ce qu’est « connaître », et sur ce qu’est une « éducation véritable », cohérente, ouverte sur le monde et ancrée dans le monde réel, qui élève vraiment et conduit sur le chemin de l’autonomie.

D’autre part, le chrétien que vous êtes, et qui avez vu le film, a pu être choqué par la façon dont votre foi est ici déconsidérée, alors qu’une philosophie spécifique(le bouddhisme – il faut bien compenser le refus de Dieu par une autre forme de spiritualité !) est mise en avant. La meilleure attitude sera sans doute de prendre un certain recul et d’être prêt à répondre de la meilleure façon possible aux défis soulevés par le film, d’autant plus qu’un christianisme bien compris ne devrait pas conduire à cautionner une vie matérialiste, consumériste, irresponsable, injuste, égoïste, au mépris des autres et de la création. « Aimer son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force »(Deut.6v5), et « de toute sa pensée », ajoute le Seigneur Jésus-Christ(Luc 10v27), conduit à « aimer son prochain, comme soi-même »(Lévit.19v8). Et « la grâce » de Dieu, « source de salut pour tous les hommes, nous enseigne…à vivre pieusement, sagement, justement » (Tite 2v12 ).

Et l’on se souviendra qu’ « Eduquer, ou élever un enfant, c’est « conduire hors de »(educere), cf Jean 10v3. « C’est l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, à se hausser (elevare) dans son corps et son âme, dans tout son être spirituel », soit lui apprendre « à sortir de lui » et à rencontrer les autres. « Par éducation », l’on entend aussi « la somme totale des processus par lesquels une société transmet d’une génération à l’autre son expérience et son héritage accumulés dans les domaines social, intellectuel et religieux »(3).

 

 

 

 

Notes :

(1)  « Captain fantastic ». Réalisation : Matt Ross(USA, 2016). Avec : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay

Prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard » au Festival de Cannes 2016.

Résumé : Dans les forêts reculées du nord-ouest des États-Unis, vivant isolé de la société, Ben, un père dévoué, a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Niveau/âge : à partir du lycée – jeune adulte

Extrait : 

(2) http://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/captain-fantastic.html

Autres critiques :

http://www.leblogducinema.com/critiques/captain-fantastic-lutopie-melodramatique-94457/

http://www.cinechronicle.com/2016/05/cannes-2016-captain-fantastic-de-matt-ross-critique-104505/

(3) Voir http://larevuereformee.net/articlerr/n244/leducation-protestante-chemin-vers-la-liberte 

 

« A perfect day » : « touriste, s’abstenir ! »

"A perfect" : ici, les cadavres ne se trouvent pas dans les placards mais dans les puits...A moins que la vérité n'y surgisse, ce "jour comme un autre"... Affiche du film de Fernando León de Aranoa

« A perfect day » : ici, les cadavres ne se trouvent pas dans les placards mais dans les puits…A moins que la vérité n’y surgisse, ce « jour comme un autre »…Affiche du film de Fernando León de Aranoa

1995 : Cinq personnes en mission humanitaire pour l’ONU en Bosnie – officiellement, sortant de guerre – confrontés au manque de moyens et à l’absurdité de leur tâche : une jeune française, Sophie, nouvelle recrue idéaliste ; le chef d’équipe, Mambru, désabusé, qui veut rentrer chez lui ; Damir, l’interprète, qui veut que le conflit se termine ; B, le vétéran imprévisible, qui se réfugie derrière un certain humour noir ; et Katya, ancienne maîtresse de Mambru, qui vient jeter le trouble dans l’équipe …Tous croisent le chemin d’un jeune garçon, Nikola, qui cherche un ballon et ses parents. Leur travail se complique quand ils apprennent que le cadavre d’un homme, coincé dans un puits, pollue l’unique source d’eau potable des environs…Mais pour le sortir de là et purifier l’eau, il leur faut une corde….

 

« En zone de guerre, sors de ta zone de confort ! »

Un film choisi « un peu comme cela », sans savoir à quoi m’attendre, et vu lundi soir. Il est à découvrir absolument, surtout si vous vous sentez découragés et/ou en colère, car il vous permet de relativiser quelque peu votre situation, qui ne serait ni « la fournaise » (1 Pie.4v12), ni une question « de vie ou de mort ». Comparée à d’autres.

D’autre part, il démystifie toute vocation humanitaire, susceptible d’être idéalisée et motivée par la seule volonté de « mettre du fun » dans une vie nous paraissant « mortellement morne ».

Or, ici, dans une zone de guerre – par exemple – telle qu’elle est décrite dans le film, tout « tourisme », même humanitaire, doit être exclu, face à un impératif de « quitter sa zone de confort » pour un engagement durable bien peu valorisant, au service de ceux qui ont tout perdu.

Un engagement qui implique de lutter contre l’absurdité au quotidien, avec des moyens bien dérisoires, pour trouver ne serait-ce qu’une simple corde nécessaire pour sortir un cadavre d’un puits.

Le jeune Nikola (Eldar Rešidović) et Mambrú (Benicio Del Toro); un homme au coeur de père. Scène du film "A perfect day"

Le jeune Nikola (Eldar Rešidović), en recherche de son père et Mambrú (Benicio Del Toro), un homme au coeur de père.
Scène du film « A perfect day »

Dans « ce monde de brutes » et au milieu d’un humour souvent noir et désespéré, on relèvera heureusement une part d’émotion, avec cette relation « fils-père » entre le jeune Nikola (Eldar Rešidović), à la recherche de ses parents et d’un ballon, volé par des plus grands que lui, et Mambrú (joué par Benicio Del Toro), qui l’aidera à aller jusqu’au bout de sa démarche (c’est à cela que l’on reconnaît « un père).

Pour finir, « la moralité » de l’histoire pourrait être bien celle-là : suivre « le bon sens » (pour ne pas dire « le sentier ») d’une vieille paysanne – qui elle-même, suit ses vaches pour échapper aux mines – peut nous sauver la vie !

 

 

En bref :

A perfect day : un jour comme un autre

Comédie dramatique espagnole réalisée par Fernando León de Aranoa

Scénario : Fernando León de Aranoa, Diego Farias. D’après le livre Dejarse Llover de Paula Farias

Avec : Benicio Del Toro (Mambrú), Tim Robbins (B.), Olga Kurylenko (Katya), Mélanie Thierry (Sophie), Fedja Štukan (Damir), Eldar Rešidović (Nikola), Sergi López (Goyo)…

Date de sortie: 16 mars 2016

Durée: 1h46

 

Bande annonce en VOST

 

Pour les anglophones, une deuxième, en VO : 

He Is Alive

Tout compte fait, c’est la seule bonne nouvelle qu’il vaille la peine d’être publiée aujourd’hui. Car, sans cela, « notre foi est vaine » (1 Cor.15v14) :

« He is alive » (« Il – Jésus – est vivant ») de « Third day », un groupe de rock chrétien(1) au nom bien inspiré(2).

Jésus, « le Seigneur est réellement ressuscité » (Luc 24v34). Il est Celui qui proclame : « Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J’étais mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts » (Apoc.1v18).

« Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé »(Rom.10v9).

 

Notes : 

(1)Un groupe formé à Atlanta (Georgie, États-Unis) en 1991 et fondé par le chanteur Mac Powel et le guitariste Mark Lee.

(2) »Third day » ou « troisième jour », en « bon français ». Une référence manifeste à la résurrection d’entre les morts de Jésus-Christ, le troisième jour après sa crucifixion. Référence qui n’aura échappé à personne, oserai-je espérer…

 

Trois films (sinon rien), pour mieux transmettre, émanciper et accompagner.

"Jimmy's Hall" : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter. Affiche du film de Ken Loach, (2014)

« Jimmy’s Hall » : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter.
Scène du film de Ken Loach, (2014)

Dans la suite de cet autre billet, voici trois autres films à (re)découvrir, assez récents et en couleur, notamment sur le rôle, l’engagement et la place de l’Eglise dans la société : par exemple, dans un contexte de crises(économique, sociale…) et face au défi de la secularisation. Autre thème : la justice, la paix, la transmission d’une génération à l’autre…..

L’un et l’autre sont susceptibles de susciter des discussions lors de réunions d’église en semaine ou lors de réunions de jeunes/de groupes de quartier. D’autre part ces films ont l’avantage de nous faire voyager : en Irlande, dans « la Belle Province »(le Québec), ou même dans la campagne française.

1)En guise d’ouverture, voici “Jimmy’s hall”(2014), de Ken Loach, réalisateur britannique de 79 ans, qui vient d’obtenir une deuxième(1) palme d’or au 69ème festival de Cannes, avec “I, Daniel Blake”(“Moi, Daniel Blake”). Ken Loach est de ceux qui choisissent de montrer et de faire parler “les invisibles”, ceux dont l’histoire ne parle pas ou pas du tout. En juin 2014, il expliquait à Télérama combien il est “important, aujourd’hui de faire entendre une autre voix”. Car “on ne peut pas aborder les crises politiques actuelles sans connaître celles du passé”.

A noter qu’il a aussi choisi, depuis février 2015, de rendre visible plus d’une dizaine de ses films sur youtube.

Film plutôt accessible, notamment à partir de 14 ans, pour peu que l’on donne quelques repères historiques sur l’Irlande des années 20-30, “Jimmy’Hall” (sélectionné pour la 17ème fois à Cannes, mais sans recompense) permet de découvrir l’histoire vraie de Jimmy Gralton (1886-1945, à New York), seul Irlandais à avoir été expulsé de son pays sans procès, en 1933.

L’histoire : 1932 – Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s’occuper de la ferme familiale. L’Irlande qu’il retrouve, une dizaine d’années après la guerre civile, s’est dotée d’un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis…Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l’Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le « Hall », un foyer ouvert à tous où l’on se retrouve pour danser, chanter, étudier, apprendre, s’instruire, lire des livres, déclamer de la poésie ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions, notamment avec le père Sheridan, refont surface, mais restent sur un plan purement verbal. D’autant plus que le rayon d’action de Jimmy reste dans les limites de la paroisse. Jusqu’au jour où l’IRA d’un comté voisin lui demande d’intervenir en faveur d’une famille chassée de chez elle par un riche propriétaire terrien.

Pourquoi parler de ce film ici ?

 Au-delà du portrait de ce militant irlandais, c’est toute une communauté intergénérationnelle que l’on voit vivre ici.  Une communauté, dont les membres sont issues des classes populaires (sans emploi, sans terre…), qui affiche une forme de résistance culturelle et spirituelle pour la dignité (soit de ne pas dire « oui » à tout et n’importe quoi) et revendique pacifiquement le droit et la soif de savoir, d’émancipation, de liberté, de justice, et de paix véritable, dans un pays marqué par la guerre civile.

Parmi les axes de discussion possibles :

Que transmettre à une jeune génération qui n’a pas connu la guerre et qui a soif de savoir et de liberté, pour l’aider à « grandir » et à s’élever ? Discuter du rôle émancipateur de la culture et de l’éducation.

« Sans justice, pas de paix ». Qu’est-ce que la justice et la paix véritables ?

Commenter :

John Stott : « La mission, comprise à la lumière de l’incarnation, qu’elle soit liée à l’évangélisation ou à l’action sociale, ou les deux à la fois, exige un grand effort d’identification des chrétiens avec les individus dans leurs diverses situations. Jésus était ému de compassion à la vue des besoins des hommes, des malades, des personnes endeuillées, des affamés, des tourmentés, ou des laissés pour compte »(2) ;

Philippe Fournier : « ….Face à la religiosité, face à un attachement scrupuleux à la lettre de la loi divine qui en faisait oublier la compassion dont elle est porteuse, face à l’individualisme froid ou au laisser-aller, les prophètes (de l’Ancien Testament) répètent que Dieu ne réclame ni offrandes ni sacrifices, mais un cœur sensible au démuni. Ce message résonne dans notre actualité et interroge le chrétien sur la réalité de son engagement vers l’action sociale(…) Le partage de l’Évangile avec les exclus et les souffrants est possible si l’Évangile est envisagé comme ce qui crée du lien, de la relation, ce qui interroge et met en route. Notre prière et notre espoir est que nous soyons davantage préoccupés de rencontrer les gens et de les écouter que de chercher à les convaincre. L’Évangile se vit en premier par le décentrement de soi, qui s’appelle renoncement, et offre une ouverture. »(3).

En quel Jésus croyons-nous ? Quel Jésus proclamons-nous ? Notre action conduit-elle à une véritable libération et émancipation ? Ou à un asservissement ? Ecoutons-nous les faibles, les brisés, et pas « seulement lorsqu’ils sont à genoux », comme Jimmy le reproche au père Sheridan, dans le film ?

En bref : 

“Jimmy’s Hall”. Drame historique de Ken Loach (GB, 2014)
Avec Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott
Durée : 1h49 min.

"Médecins de campagne", un film de Thomas Lilti (2016)

« Médecins de campagne », un film de Thomas Lilti (2016)

2) Médecins de campagne

 Une comédie française de Thomas Lilti, ancien médecin et par ailleurs auteur d’ « Hippocrate » (2014. Un film sur le quotidien d’un hôpital public que j’ai eu du mal à aimer vraiment), mettant en scène, non pas un mais des médecins de campagne, personnages populaires et sympathiques s’il en est, au dévouement proche de celui d’un « pasteur de campagne ».

 L’histoire : le docteur Werner (François Cluzet), un médecin de campagne bon et bourru, et se croyant indispensable, se découvre subitement vulnérable, lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une tumeur. Mais la bataille à mener (et à remporter) contre la maladie se double d’une autre contre l’idée d’ « abandonner » ses patients à une nouvelle recrue, Nathalie (Marianne Denicourt), venue le seconder.

 

Pourquoi parler de ce film ici ?

Au-delà du récit d’une relation de travail entre deux médecins, de deux générations différentes, ce film brosse les conditions d’exercice de la médecine en milieu rural, avec l’enjeu alarmant des déserts médicaux : crapahuter qu’il pleuve ou vente pour visiter des personnes âgées grabataires / en fin de vie, ou des enfants grippés ; faire face aux erreurs de diagnostic sur les autistes ; gérer les cas de maltraitance psychologique et de manipulation mentale…bref,  soigner les corps et sonder les âmes, en s’improvisant « assistante sociale », « coach » ou « confident » pour ces patients que l’on a appris à connaître personnellement et dont on partage la vie. Et ce, dans un contexte de pénurie du personnel soignant, quand il ne faut pas partir « en campagne » contre des projets de maisons de santé devenues sources de spéculations immobilières. Quand le métier devient médico-social, pour ne pas dire « pastoral »….

Parmi les axes de discussion possibles : le dévouement, la vocation au service des faibles et des malades, des isolés ; la dignité, la fin de vie, les déserts médicaux, la spéculation immobilière en milieu médical ; la figure du médecin de campagne, et par association d’idée, celle du pasteur/berger – souvent seul. L’accompagnement, la visite, dans le cadre d’une église locale ou d’une paroisse.

En bref :

Médecin de campagne, comédie de Thomas Lilti (France, 2016). Avec François Cluzet (Jean-Pierre Werner), Marianne Denicourt (Nathalie Delezia)….Durée: 1h42

 

"La Passion d'Augustine" ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

« La Passion d’Augustine » ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

3) La Passion d’Augustine

Un film québecquois de Léa Pool(2015), qui retrace le moment où « la révolution tranquille » s’est affranchie de son héritage religieux, dans « la belle province ».

L’histoire : Au milieu des années 60, « un couvent dirigé par Mère Augustine(Céline Bonnier), une ancienne concertiste qui transmet avec ardeur sa foi en la musique, voie d’accomplissement et d’émancipation. Son zèle communicatif irrite la supérieure de la congrégation, jalouse de son aura, qui cherche à la remettre au pas par une série d’injonctions et d’humiliations. Malgré l’excellente réputation dont jouit l’établissement grâce aux nombreux prix remportés par ses étudiantes dans différents concours, une menace de fermeture plane. La récente création du Ministère de l’Éducation et la construction d’écoles publiques laïques forcent la congrégation religieuse à se restructurer. Pour éviter le pire, une grande conférence de presse est organisée pour montrer à tous l’utilité du couvent et les talents qui y sont cultivés. En plus des destinées de sa maison d’enseignement, Mère Augustine doit s’occuper de sa nièce Alice, jeune pianiste aussi douée que rebelle. Décelant son talent immense, Mère Augustine la pousse à se dépasser, espérant ainsi décrocher la médaille d’or au concours de musique provincial(4).

Pourquoi parler de ce film ici ?

Un point de vue intéressant sur le phénomène de sécularisation au Québec et ses dégâts collatéraux touchant une institution, l’Eglise, menacée…de restructuration !

Parmi les axes de discussion possibles : la question de « l’héritage religieux », « se réconcilier avec son passé », pour une nation(4) ; la sécularisation et la place de l’Eglise dans une telle société ; les relations entre générations ; le rôle et la place des écoles privées, notamment confessionnelles, dans une société sécularisée ; le rôle de la musique dans l’éducation, comme vecteur d’accomplissement et d’émancipation….

En bref : 

« La Passion d’Augustine », un film québecquois de Léa Pool(2014). Avec Céline Bonnier. 1h43

 

Notes : 

(1) Après « le vent se lève », en 2006, lors du 59ème festival de Cannes.

(2) Cf « Le Chrétien et les défis de la vie moderne »(T.1). Sator, 1987, p. 40.

(3) Voir http://www.promesses.org/arts/176p5.html

(4) Voir https://coupsdecoeurdici.com/2015/03/29/la-passion-daugustine-pour-se-reconcilier-avec-notre-passe/ et http://www.la-croix.com/Culture/Cinema/La-Passion-d-Augustine-dernier-hiver-d-un-couvent-quebecois-2016-03-30-1200749899

« Tout a, ou bien un prix ou bien une dignité »

Ce qui est digne "ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité" : par exemple, la vie d’un enfant, son éducation...

Ce qui est digne « ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité » : par exemple, la vie d’un enfant, son éducation…

La citation du Week-end, et ce n’est pas un « poisson d’avril » !

 

« Tout a, ou bien un prix ou bien une dignité. On peut remplacer ce qui a un prix par son équivalent ; en revanche, ce qui n’a pas de prix, et donc pas d’équivalent, c’est ce qui possède une dignité », affirme Kant(1), philosophe du XVIIIe siècle, dans ses « Fondements de la métaphysique des mœurs »(1785).

En clair, « ce qui a un prix » (marchand) est la « valeur » d’échange d’un objet : une voiture, un téléphone ou un ordinateur portable…. Lesquelles valent « tant » en euros ou en dollars, par exemple. Et c’est l’échange des biens qui transforme ceux-ci en marchandises.

Jusqu’à quel point réduisons-nous l’autre à l’état de « marchandises » ?

Or, un enfant, comme son éducation ou sa santé, par exemple, cela n’a pas de prix. L’un et l’autre ne sont pas des « moyens », nous permettant d’atteindre un but personnel, mais sont « une fin » en eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils ont une valeur pour eux-mêmes.

Relevons l’ambigüité (ou la confusion) qui règne autour du terme de « valeur », au sens à la fois « éthique »/« moral » et « boursier ».  Mais si nous considérons que « l’éducation » n’a « pas de prix », nous estimons (sic) qu’ « elle a un coût », ramenant encore le débat sur le terrain purement économique. La place exclusive donnée aux valeurs purement marchandes (de même que la question du coût ou la logique comptable-ne parlons pas de cette idéologie économique qui voudrait mettre les écoles en situation de « concurrence » les unes contre les autres) nous empêcherait-elle de discerner ce qui est fondamental et vital, ce qui est « une question de vie ou de mort » ?

Il importe donc de distinguer le moyen (ce qui a un prix et pouvant être remplacé par un autre moyen de prix équivalent), de la fin (ce qui a une valeur pour lui-même) : il s’agit là d’une invitation à dépasser une logique purement pragmatique, comme à préserver ce qui est  « non négociable », échappant au secteur exclusivement marchand.

Pour Dany-Robert Dufour, « ce principe de dignité ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité » : encore une fois, la vie d’un enfant, son éducation….« Face à la loi égoïste de la maximisation des intérêts personnels, la loi altruiste[ou de l’amour, dirai-je] « m’oblige à considérer l’autre, non comme un moyen pour réaliser mes fins, mais comme une fin en lui-même »(Dany-Robert Dufour, IN « L’individu qui vient…après le libéralisme ». Folio essais, 2016, p 58)

Le 7ème Salon de l'Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de "l'éducation véritable" du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

Le 7ème Salon de l’Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de « l’éducation véritable » du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

C’est aussi « collectivement », ensemble, que nous pourrons réfléchir à ce qui est « véritable » et non pas (uniquement) « comptable », relatif à l’éducation : il s’agit bien d’un enjeu « de vie ou de mort » ! C’est dans cette perspective que nous vous invitons à participer au 7ème Salon de l’Education chrétienne, qui aura lieu prochainement en région parisienne : toute personne interpellée, qui a ou aura une responsabilité éducative ou instructive au sein de la famille, l’école ou l’église, est la bienvenue !

Ouverture au public, le vendredi 15 avril à 19h00, avec une soirée artistique. Suivi de la journée du samedi 16 avril, riche en enseignements-plénières, table ronde, ateliers- et en rencontres potentielles avec les orateurs, intervenants, exposants. Sans oublier les animations pour enfants, avec un concours BD gratuit. Clôture avec le culte spécial « éducation », le dimanche matin 17 avril. En savoir plus sur le détail du programme. Inscriptions recommandées ici.

Venez en famille soutenir et recevoir ! Invitez vos amis et ne manquez pas de relayer cet événement autour de vous !

 

PS : ce blogue se met en pause à partir d’aujourd’hui, pendant tout le mois d’Avril. Retour prévu début mai. Profitez-en pour lire et relire les anciens billets !(2)

 

 

Notes :

(1) Bien avant lui, Dieu se révèle comme Celui qui rend l’honneur(ou de la dignité) perdu : Ps.91v15(BFC). Il « a composé le corps(de Christ) en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres »(1 Cor.12v24-25. Colombe).

En 1 Cor.1v27-28, Il choisit « ce qui est faible dans le monde, pour confondre ce qui est fort » ; et choisit « ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas », pour « réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant (Lui) ».

Enfin, Dieu révèle au peuple d’Israël Sa conception des « valeurs », en Deut.7v7-8 : « Si le Seigneur s’est attaché à vous », leur dit-il, « et s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples. Mais si le Seigneur, d’une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Egypte, c’est que le Seigneur vous aime et tient le serment fait à vos pères »(TOB).

(2) Par exemple, ce sondage – toujours d’actualité – ou ce défi apologétique, autour du pardon.

« Donner et recevoir une véritable éducation : une question de Vie ou de Mort »

Le 7ème Salon de l'Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de "l'éducation véritable" du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

Le 7ème Salon de l’Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de « l’éducation véritable » du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

Il s’agit d’une question, non pas (de) « morale », mais « de Vie ou de Mort ». L’enjeu est de taille, puisqu’il a trait aux conditions nécessaires pour « donner » et « recevoir », non pas une « bonne éducation », mais une « éducation véritable » – laquelle reste à définir.

A ce sujet, selon un vieil adage juif, « éduquer un enfant, c’est changer le monde ». Et une « éducation véritable », au-delà des matières académiques, c’est une transmission de vie. C’est conduire sur un chemin de vie, qui élève l’enfant et l’aide à grandir. Ce chemin de vie, c’est « marcher » (ou « rouler » !) dans la voie où Jésus-Christ Lui-même a marché »(1 Jean 2v6). C’est aussi enseigner et apprendre à « connaître » le « Dieu véritable »(1 Jean 5v21, Jean 17v3), qui est « le chemin, la vérité et la vie »(Jean 14v6).

« Donner et recevoir une éducation : une question de vie ou de mort », on en parle au 7ème SALON DE L’EDUCATION CHRETIENNE(1), du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016.

Un évènement interdénominationnel, organisé par l’association « Dessine-moi une école »(1), Pour tous  ceux et celles qui ont, ou auront, une responsabilité éducative et instructive au sein de la famille, l’école ou l’église. C’est-à-dire, vous-même !

 Plénières, table ronde, Ateliers, Animations/concours gratuit « Plein d’idées en BD ! » Enfants(5-12 ans), Soirée Artistique …

Au programme : Le salon est ouvert au public le vendredi 15 avril 2016, à 19h00, avec une soirée artistique (nous aurons notamment le privilège d’y recevoir Déborah Koutsios). Le week-end se poursuit avec la journée du samedi 16/04, riche en enseignements (avec Francis Mouhot, Frédéric Travier, Robert Mewton…), sans oublier des animations/concours BD pour les enfants. A noter que le dimanche 17/04 sera consacré à un culte « spécial éducation ».

Lieu : 215 av du Pdt Wilson à La Plaine-St-Denis(93) – RER B Stade de France.

Dates : du 15 au 17 avril 2016.

Voir la vidéo :

Inscriptions nécessaires /infos: www.Salon-EducationChretienne.fr

 

Au plaisir de vous (re)voir tous aussi nombreux ! Invitez vos amis !

 

 

Notes :

(1)Le Salon de l’Education chrétienne est un événement éducatif interdénominationnel, organisé depuis 2008 par l’association « Dessine-moi une école »(Je suis l’un des responsables), membre de la Fédération Protestante de France(FPF), de la Fédération des Œuvres Horizon(FOH) et du Réseau Nouvelles Connexions(RNC). Sa passion est de soutenir la Famille et l’Eglise, en faisant la promotion de l’éducation chrétienne, y compris scolaire. Plus d’infos ici : http://www.salon-educationchretienne.fr/accueil/qui-sommes-nous/

A noter que le précédent Salon de l’Education Chrétienne(mai 2014) avait abordé la question de « la transmission, d’une génération à l’autre ».

 

« En attendant la COP21″(3). Marches pour le climat interdites : mauvais signal ?

"Non" aux manifestations prévues pour le climat ? Les organisateurs devront faire preuve de créativité pour trouver des alternatives...

« Non » aux manifestations prévues pour le climat ?
Les organisateurs devront faire preuve de créativité pour trouver des alternatives…

La COP21 débute ce dimanche 30 novembre. Or, suite aux attentats du 13/11 et pour des raisons de sécurité, les principales manifestations pour le climat-dont les marches prévues pour les 28 et 29/11-ont été interdites à Paris, mais aussi dans d’autres villes de France.

Autant de « mauvais signaux » pour l’issue de la COP21 et ce, avant même qu’elle n’ait commencé ? « Les intérêts particuliers » l’emporteront-t-ils « sur le bien commun », conduisant « à manipuler l’information pour protéger leurs projets », comme le redoute le Pape François ?

Car, pour qu’il y ait un accord « réel »(c’est à dire, « réellement » contraignant), une mobilisation de centaines de milliers de personnes dans les rues reste nécessaire, pour exercer « une saine pression » sur les décideurs réunis pour la conférence, souligne Patrice de Plunkett sur son blogue. Point de vue partagé par Steve Tanner, directeur d’A Rocha Suisse(ONG évangélique de préservation de l’environnement), qui déclare : «Plutôt que de considérer la question à l’échelle de la planète, les dirigeants protègent des intérêts particuliers, ce qui bloque les négociations. C’est à la rue de manifester et d’exiger la solidarité nécessaire de la part de leurs dirigeants».

Des alternatives pour le climat, pour sensibiliser et peser sur les décideurs...

Des alternatives pour le climat, pour sensibiliser et peser sur les décideurs…

En attendant, d’autres stratégies alternatives se mettent en place. En voici quelques-unes, présentées par :

-La coalition Climat 21, qui présente ici son nouveau « plan de mobilisation » ;

A Rocha France, qui encourage la poursuite de la mobilisation pour le climat, et maintient sa journée du 5 décembre, à Paris 8e-« une réponse chrétienne au changement climatique ». Réservation en ligne indispensable.

Et n’oublions pas le jeûne pour le climat, prévu le 1er décembre.

 

Avril 2015 : le temps des commémorations de génocides majeurs du XXe siècle

Les 100 ans du génocide arménien, le 24 avril 2015 à Paris

Les 100 ans du génocide arménien, le 24 avril 2015 à Paris

« Avril est le plus cruel des mois, il engendre des lilas qui jaillissent de la terre morte, il mêle
Souvenance et désir, il réveille par ses pluies de printemps les racines inertes », écrit Thomas Stearns Eliot*.

En effet, le mois d’avril 2015 voit se dérouler la commémoration de 3 génocides majeurs du XXe siècle : celui des Tutsi du Rwanda a eu lieu le 7 avril (date du début des massacres en avril 1994) ; celui de la Shoah, le 19 avril (correspondant au début de la révolte du ghetto de Varsovie le 19 avril 1943) ; et celui des Arméniens aura lieu le 24 avril (correspondant aux premières arrestations des intellectuels arméniens à Constantinople/Istanbul en avril 1915)**.
Leur point commun ? Toutes ces populations exterminées ont d’abord été discriminées et stigmatisées, avant d’être « marquées » comme « ennemies ». D’autre part, ces devoirs de mémoire sont liées à un enjeu majeur : lutter contre les négationnismes(toujours actuels), solidaires des génocidaires-lesquels visent à l’effacement total et organisé de peuples***.

Détruisons l’arbre avec son fruit! Retranchons-le de la terre des vivants, Et qu’on ne se souvienne plus de son nom !(Jér.11v19)
Nous nous arrêtons un instant sur la prochaine commémoration à venir, celle du génocide arménien, événement préfigurant les meurtres en masse du XXe siècle cités plus haut. A ce sujet, l’« intime conviction » de Serge Klarsfeld est que, « sans ce génocide, la Shoah n’aurait pas eu lieu »****.

A ne pas manquer, donc : Vendredi 24 Avril 2015, à Paris, la cérémonie officielle de commémoration du 100ème anniversaire du génocide des arméniens perpétré par le gouvernement jeune-turc en 1915 devant la statue de Komitas en présence du représentant du président de la république.

 

 
Des ressources, pour se souvenir et ne jamais oublier :

Imprescriptible.fr : Base documentaire sur le génocide arménien.
Une initiative qui revient à Arsène Kalaidjian, en réaction à la campagne négationniste menée sur les sites turcs francophones de l’Internet et consécutive à la loi de la République française du 29 janvier 2001 portant sur la reconnaissance du génocide des Arméniens de 1915.

Sur le même site, des citations d’intellectuels(dont celle de Serge Klarsfeld plus haut) au sujet du génocide arménien.

 
Nouvelles d’Arménie en ligne.

Collectifvan.org : « Vigilance Arménienne contre le Négationnisme ». Il a pour buts, notamment d’ « œuvrer pour la Reconnaissance du génocide des Arméniens par l’État turc et pour sa reconnaissance par l’ensemble des États et par toutes les instances nationales et internationales », d’ « œuvrer pour la reconnaissance de tous les génocides ou crimes contre l’humanité », de « lutter contre le négationnisme du génocide des Arméniens et contre tous les négationnismes quelle que soit leur forme »….
Sur le négationnisme, des articles de blogue de Denis Donikian, écrivain plasticien d’origine arménienne et d’expression française.

 

[Prochain billet début mai]

 

Notes :

*« La terre vaine et autres poèmes », traduits de l’anglais par Pierre Leyris (1976), Paris, Seuil, «Points», 2006, p. 94-97.

 

**Nous pouvons y associer les  génocides en Bosnie, à Srebrenica-dont le 20e anniversaire aura lieu en juillet prochain-ceux du Darfour et des Rroms, sans oublier les actions génocidaires du régime khmer rouge au Cambodge(une commémoration peu médiatisée) et la récente tentative d’extermination des Yézidis d’Irak par Daech…

 

*** On se souvient notamment sans doute qu’Eric Zemmour,  invité par l’UMP dans le cadre d’un grand débat programmé mercredi 2 mars 2011 sur l’accumulation au fil des ans de normes « attentatoires à la liberté » pour parler des lois qui « encadrent la liberté de pensée », avait appelé(dans un discours très applaudi par l’assemblée) à la suppression des lois mémorielles – la loi Gayssot, tendant à réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe, la loi Taubira, sur la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité, ou encore la loi sur la reconnaissance du génocide arménien…(http://www.20minutes.fr/politique/679836-20110302-politique-devant-membres-ump-eric-zemmour-appelle-suppression-lois-memorielles ; http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/28/la-critique-des-lois-memorielles-menee-au-sein-de-l-ump-est-une-derive_1486220_3232.html )

 

****cf http://www.liberation.fr/societe/2012/01/23/sans-le-genocide-armenien-la-shoah-n-aurait-pas-eu-lieu_790322 . A relire : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/03/oui-les-lois-memorielles-sont-indispensables_1625135_3232.html )