Trois films (sinon rien), pour mieux transmettre, émanciper et accompagner.

"Jimmy's Hall" : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter. Affiche du film de Ken Loach, (2014)

« Jimmy’s Hall » : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter.
Scène du film de Ken Loach, (2014)

Dans la suite de cet autre billet, voici trois autres films à (re)découvrir, assez récents et en couleur, notamment sur le rôle, l’engagement et la place de l’Eglise dans la société : par exemple, dans un contexte de crises(économique, sociale…) et face au défi de la secularisation. Autre thème : la justice, la paix, la transmission d’une génération à l’autre…..

L’un et l’autre sont susceptibles de susciter des discussions lors de réunions d’église en semaine ou lors de réunions de jeunes/de groupes de quartier. D’autre part ces films ont l’avantage de nous faire voyager : en Irlande, dans « la Belle Province »(le Québec), ou même dans la campagne française.

1)En guise d’ouverture, voici “Jimmy’s hall”(2014), de Ken Loach, réalisateur britannique de 79 ans, qui vient d’obtenir une deuxième(1) palme d’or au 69ème festival de Cannes, avec “I, Daniel Blake”(“Moi, Daniel Blake”). Ken Loach est de ceux qui choisissent de montrer et de faire parler “les invisibles”, ceux dont l’histoire ne parle pas ou pas du tout. En juin 2014, il expliquait à Télérama combien il est “important, aujourd’hui de faire entendre une autre voix”. Car “on ne peut pas aborder les crises politiques actuelles sans connaître celles du passé”.

A noter qu’il a aussi choisi, depuis février 2015, de rendre visible plus d’une dizaine de ses films sur youtube.

Film plutôt accessible, notamment à partir de 14 ans, pour peu que l’on donne quelques repères historiques sur l’Irlande des années 20-30, “Jimmy’Hall” (sélectionné pour la 17ème fois à Cannes, mais sans recompense) permet de découvrir l’histoire vraie de Jimmy Gralton (1886-1945, à New York), seul Irlandais à avoir été expulsé de son pays sans procès, en 1933.

L’histoire : 1932 – Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s’occuper de la ferme familiale. L’Irlande qu’il retrouve, une dizaine d’années après la guerre civile, s’est dotée d’un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis…Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l’Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le « Hall », un foyer ouvert à tous où l’on se retrouve pour danser, chanter, étudier, apprendre, s’instruire, lire des livres, déclamer de la poésie ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions, notamment avec le père Sheridan, refont surface, mais restent sur un plan purement verbal. D’autant plus que le rayon d’action de Jimmy reste dans les limites de la paroisse. Jusqu’au jour où l’IRA d’un comté voisin lui demande d’intervenir en faveur d’une famille chassée de chez elle par un riche propriétaire terrien.

Pourquoi parler de ce film ici ?

 Au-delà du portrait de ce militant irlandais, c’est toute une communauté intergénérationnelle que l’on voit vivre ici.  Une communauté, dont les membres sont issues des classes populaires (sans emploi, sans terre…), qui affiche une forme de résistance culturelle et spirituelle pour la dignité (soit de ne pas dire « oui » à tout et n’importe quoi) et revendique pacifiquement le droit et la soif de savoir, d’émancipation, de liberté, de justice, et de paix véritable, dans un pays marqué par la guerre civile.

Parmi les axes de discussion possibles :

Que transmettre à une jeune génération qui n’a pas connu la guerre et qui a soif de savoir et de liberté, pour l’aider à « grandir » et à s’élever ? Discuter du rôle émancipateur de la culture et de l’éducation.

« Sans justice, pas de paix ». Qu’est-ce que la justice et la paix véritables ?

Commenter :

John Stott : « La mission, comprise à la lumière de l’incarnation, qu’elle soit liée à l’évangélisation ou à l’action sociale, ou les deux à la fois, exige un grand effort d’identification des chrétiens avec les individus dans leurs diverses situations. Jésus était ému de compassion à la vue des besoins des hommes, des malades, des personnes endeuillées, des affamés, des tourmentés, ou des laissés pour compte »(2) ;

Philippe Fournier : « ….Face à la religiosité, face à un attachement scrupuleux à la lettre de la loi divine qui en faisait oublier la compassion dont elle est porteuse, face à l’individualisme froid ou au laisser-aller, les prophètes (de l’Ancien Testament) répètent que Dieu ne réclame ni offrandes ni sacrifices, mais un cœur sensible au démuni. Ce message résonne dans notre actualité et interroge le chrétien sur la réalité de son engagement vers l’action sociale(…) Le partage de l’Évangile avec les exclus et les souffrants est possible si l’Évangile est envisagé comme ce qui crée du lien, de la relation, ce qui interroge et met en route. Notre prière et notre espoir est que nous soyons davantage préoccupés de rencontrer les gens et de les écouter que de chercher à les convaincre. L’Évangile se vit en premier par le décentrement de soi, qui s’appelle renoncement, et offre une ouverture. »(3).

En quel Jésus croyons-nous ? Quel Jésus proclamons-nous ? Notre action conduit-elle à une véritable libération et émancipation ? Ou à un asservissement ? Ecoutons-nous les faibles, les brisés, et pas « seulement lorsqu’ils sont à genoux », comme Jimmy le reproche au père Sheridan, dans le film ?

En bref : 

“Jimmy’s Hall”. Drame historique de Ken Loach (GB, 2014)
Avec Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott
Durée : 1h49 min.

"Médecins de campagne", un film de Thomas Lilti (2016)

« Médecins de campagne », un film de Thomas Lilti (2016)

2) Médecins de campagne

 Une comédie française de Thomas Lilti, ancien médecin et par ailleurs auteur d’ « Hippocrate » (2014. Un film sur le quotidien d’un hôpital public que j’ai eu du mal à aimer vraiment), mettant en scène, non pas un mais des médecins de campagne, personnages populaires et sympathiques s’il en est, au dévouement proche de celui d’un « pasteur de campagne ».

 L’histoire : le docteur Werner (François Cluzet), un médecin de campagne bon et bourru, et se croyant indispensable, se découvre subitement vulnérable, lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une tumeur. Mais la bataille à mener (et à remporter) contre la maladie se double d’une autre contre l’idée d’ « abandonner » ses patients à une nouvelle recrue, Nathalie (Marianne Denicourt), venue le seconder.

 

Pourquoi parler de ce film ici ?

Au-delà du récit d’une relation de travail entre deux médecins, de deux générations différentes, ce film brosse les conditions d’exercice de la médecine en milieu rural, avec l’enjeu alarmant des déserts médicaux : crapahuter qu’il pleuve ou vente pour visiter des personnes âgées grabataires / en fin de vie, ou des enfants grippés ; faire face aux erreurs de diagnostic sur les autistes ; gérer les cas de maltraitance psychologique et de manipulation mentale…bref,  soigner les corps et sonder les âmes, en s’improvisant « assistante sociale », « coach » ou « confident » pour ces patients que l’on a appris à connaître personnellement et dont on partage la vie. Et ce, dans un contexte de pénurie du personnel soignant, quand il ne faut pas partir « en campagne » contre des projets de maisons de santé devenues sources de spéculations immobilières. Quand le métier devient médico-social, pour ne pas dire « pastoral »….

Parmi les axes de discussion possibles : le dévouement, la vocation au service des faibles et des malades, des isolés ; la dignité, la fin de vie, les déserts médicaux, la spéculation immobilière en milieu médical ; la figure du médecin de campagne, et par association d’idée, celle du pasteur/berger – souvent seul. L’accompagnement, la visite, dans le cadre d’une église locale ou d’une paroisse.

En bref :

Médecin de campagne, comédie de Thomas Lilti (France, 2016). Avec François Cluzet (Jean-Pierre Werner), Marianne Denicourt (Nathalie Delezia)….Durée: 1h42

 

"La Passion d'Augustine" ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

« La Passion d’Augustine » ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

3) La Passion d’Augustine

Un film québecquois de Léa Pool(2015), qui retrace le moment où « la révolution tranquille » s’est affranchie de son héritage religieux, dans « la belle province ».

L’histoire : Au milieu des années 60, « un couvent dirigé par Mère Augustine(Céline Bonnier), une ancienne concertiste qui transmet avec ardeur sa foi en la musique, voie d’accomplissement et d’émancipation. Son zèle communicatif irrite la supérieure de la congrégation, jalouse de son aura, qui cherche à la remettre au pas par une série d’injonctions et d’humiliations. Malgré l’excellente réputation dont jouit l’établissement grâce aux nombreux prix remportés par ses étudiantes dans différents concours, une menace de fermeture plane. La récente création du Ministère de l’Éducation et la construction d’écoles publiques laïques forcent la congrégation religieuse à se restructurer. Pour éviter le pire, une grande conférence de presse est organisée pour montrer à tous l’utilité du couvent et les talents qui y sont cultivés. En plus des destinées de sa maison d’enseignement, Mère Augustine doit s’occuper de sa nièce Alice, jeune pianiste aussi douée que rebelle. Décelant son talent immense, Mère Augustine la pousse à se dépasser, espérant ainsi décrocher la médaille d’or au concours de musique provincial(4).

Pourquoi parler de ce film ici ?

Un point de vue intéressant sur le phénomène de sécularisation au Québec et ses dégâts collatéraux touchant une institution, l’Eglise, menacée…de restructuration !

Parmi les axes de discussion possibles : la question de « l’héritage religieux », « se réconcilier avec son passé », pour une nation(4) ; la sécularisation et la place de l’Eglise dans une telle société ; les relations entre générations ; le rôle et la place des écoles privées, notamment confessionnelles, dans une société sécularisée ; le rôle de la musique dans l’éducation, comme vecteur d’accomplissement et d’émancipation….

En bref : 

« La Passion d’Augustine », un film québecquois de Léa Pool(2014). Avec Céline Bonnier. 1h43

 

Notes : 

(1) Après « le vent se lève », en 2006, lors du 59ème festival de Cannes.

(2) Cf « Le Chrétien et les défis de la vie moderne »(T.1). Sator, 1987, p. 40.

(3) Voir http://www.promesses.org/arts/176p5.html

(4) Voir https://coupsdecoeurdici.com/2015/03/29/la-passion-daugustine-pour-se-reconcilier-avec-notre-passe/ et http://www.la-croix.com/Culture/Cinema/La-Passion-d-Augustine-dernier-hiver-d-un-couvent-quebecois-2016-03-30-1200749899

Relisons ensemble l’épître « aux Ephésiens »

Depuis quelques temps, il me semble que tout semble converger-ou inciter-à (re)lire et (re)découvrir l’épître de Paul dite « aux Ephésiens ».

Ce constat vient notamment 1)de préoccupations personnelles récurrentes relatives à la façon dont nous sommes censés vivre en tant qu' »expression locale du corps de Christ »(soit la vie de l’église locale) ; 2)de la relecture(répétée et encore récente) d’articles* relatives à cette lettre, ainsi que 3)du choix de mon pasteur d’étudier « Ephésiens » pendant toute l’année lors des cultes du dimanche. Ce n’est sans doute pas « un hasard ». Ou alors « un hasard avec un grand D ».

Que nous enseigne cette épître ?

Déjà, il s’agit d’une des lettres dites « de la captivité de Paul »(avec Philippiens, Philémon et Colossiens). Ensuite, une remarque, concernant l’intitulé et l’adresse de cette épître particulière impersonnelle : plusieurs manuscrits(et des meilleurs)laissent d’ailleurs « en blanc » la mention du destinataire (« aux Ephésiens »)dans la salutation(1v1). De quoi donner à penser que l’épître de Paul, dite « aux Ephésiens », ne serait pas vraiment(ou exclusivement)adressée « aux Ephésiens »**, mais qu’il s’agirait en réalité d’une sorte de lettre circulaire adressée aux église d’Asie mineure. Elle s’adresse à l’Eglise universelle ou au corps de Christ, composé de tous les croyants en Christ. Vous pouvez donc tout à fait la lire aujourd’hui, comme si elle était adressée à votre propre communauté(« A l’église-ou « aux Saints »-réunie à Paris, Lyon, Marseille », etc…) Une lettre actuelle, donc.

Quel est son contenu ?

Son thème central est « le mystère de Dieu » pour le salut du monde, voilé durant les siècles, accompli en Christ, et maintenant révélé, « déployé » dans l’Eglise. Paul n’écrit pas en réaction contre des fausses doctrines(à l’instar de l’épître aux Colossiens ou aux Galates), ou pour répondre à des questions(Corinthiens), mais pour transmettre un exposé de la doctrine, des vérités divines, pour consolider la foi des croyants.

Une épître courte et dense, riche en enseignements, à une époque où ce qui est « doctrinal » semble actuellement dévalorisé au profit de « l’expérience », et tout à fait cohérente.

Elle est aussi très bien structurée : On relève une première partie(ch.1-3) sur Dieu(le « Dieu trinitaire » cf ce que l’on y apprend de Christ et du Saint-Esprit, par exemple : wow !), ce qu’Il a fait(voir les verbes d’action du ch.1 le concernant, et ce qui nous reste à « faire », de notre côté), l’Eglise, notre position en Christ, ainsi que sur ce à quoi nous sommes prédestinés et ce pourquoi nous avons été adoptés(Eph.1v1-12). Suit une seconde partie(ch.4-6), relative aux applications pratiques de ce qui précède et que l’on pourrait résumer en gros : « vous êtes[et vous savez pourquoi], soyez », ou « vivez comme tels ». Ainsi : ne cherchez pas à « faire »(ou à « fabriquer »)l’unité : « vivez (dans) l’unité » ou « gardez l’unité »(Eph.4v3. Comp. avec 2v11-19) ; ou ne cherchez pas à « faire pour être »… « des enfants lumière », mais « marchez comme des enfants de lumière », produisant « le fruit de la lumière »(Eph.5v8-9). « Soyez » ou « ne soyez pas », non parce que « ce serait bien » ou parce que « ce serait mal », mais parce que « c’est ce que vous êtes », ou parce que « c’est contre-nature ». Et vivez, non pas de manière individuelle, individualiste, mais dans la communion, l’amour, la réciprocité…

Un élément marquant, pour moi, aujourd’hui, dans cette lettre : aux chapitre 1-2, il est fait question des « richesses infinies » de Dieu, réservées et au bénéfice, non pas d’une personne, ou d’un petit groupe de personnes, mais de toute la communauté. Face à ces « richesses infinies »(célestes, spirituelles), quelle attitude devons-nous adopter, nous croyants ? Sera-t-elle différente de celle que nous devons adopter ou manifester, face aux « richesses(ressources) finies »(ou terrestres) ? Comment manifesterons-nous ainsi le caractère de Dieu, marqué par l’abondance, la générosité, la sagesse et la justice ?

En étant de « bons (et fidèles) intendants des diverses grâces de Dieu », servant les autres et non nous-mêmes ! (1 Pie.4v10. Comp. avec Marc 6v43-44)

 

 

Notes :

* « Connaître le Dieu trine »(prédication pêchée sur le blogue « Théologeek ») et « voler et copier dans le cadre de la communauté »(article auquel je fais référence ici)

**Ephèse, une cité grecque d’Asie mineure dont la fortune ou la prospérité semblait venir de toute une industrie au service de la déesse Artémis(ou Diane). Comparer avec Actes 19.

Comment tu parles de sa femme ?

"Au commencement", c'est "deux"...

Comment parle-tu de l’Eglise, corps et épouse de Christ ? Et comment Christ parle-t-il Lui-même d’elle ?

Comment réagiriez-vous, messieurs, si vous appreniez que l’on a mal parlé de votre épouse en votre absence ?

Et que penserait le Seigneur Jésus-Christ de la façon dont nous parlons de l’Eglise*, qui est « Son corps »** et Son épouse, « dont Il est le sauveur »** ? Par exemple, quand nous murmurons contre elle, quand nous la dénigrons, et, de fait, la maudissons ? Actes 9v5 nous rapporte la façon dont Christ a répondu à un grand persécuteur de Son Eglise, devenu peu après l’un de Ses plus grands serviteurs : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Dirait-il aussi : « je suis Jésus que tu insultes » ?

Par contraste, il est édifiant de (re)découvrir la façon dont Dieu parle de l’Eglise en Eph.5v23-33. Avec en parallèle Cant.2v13-14, dans lequel on peut y voir l’appel que Christ lance à Son épouse. Soit à nous-mêmes, croyants en Christ : « Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens ! Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher, Qui te caches dans les parois escarpées, Fais-moi voir ta figure, Fais-moi entendre ta voix ; Car ta voix est douce, et ta figure est agréable. »

Tu te crois un homme ? Ou tu veux être « un homme, un vrai » ? Traite donc l’épouse de Christ-et ta propre épouse-comme Christ a traité la Sienne !(Eph.5v25)

 

 

Notes :

* Eglise : union de tous les croyants en Christ(Rom.12v5, 1 Cor.12v12-13…). C’est ce que l’on appelle « l’Eglise avec un grand E ». L’église avec un « petit e », quant à elle, est son expression locale(voir les entêtes de ces lettres : 1 Cor.1v2, Col.1v2, Philém.v2, etc…).

A noter que l’Eglise, comme le mariage, sont appelés des « mystères », dans le Nouveau Testament(Eph.5v32). Et comme « par hasard », l’une et l’autre font l’objet d’attaques particulière de nos jours….

A noter enfin qu’il est impropre de dire « on va à l’église », comme si l’Eglise était un bâtiment. Disons plutôt : « nous nous rassemblons, en Eglise, convoqués par Christ, pour nous réunir en Son nom »(Matt.18v20). Formule certes plus longue et plus difficile à retransmettre, mais combien plus juste.

**Eph.1v23-23

« Cela s’appelle l’Eglise… »

Simple constat : l’Eglise est l’une des vérités(un « mystère » dans la Bible, cf Ephésiens)les plus attaquées et discréditées de nos jours, à l’instar du mariage. Et ce, « au profit » de « spiritualités » individualistes aux effets précarisants(une image tirée de la nature : le loup cherche en général à isoler la brebis la plus faible du troupeau. Certainement pas pour l’aider à « se réaliser »…cf Ezech.34, Eph.4v11-16, Jean 10…). Ce n’est certainement pas un « hasard », comme ce n’est certainement pas un « hasard » que Dieu(me semble-t-il)nous invite à reconsidérer ce qu’elle est et ce qu’elle-en tant que telle-nous enseigne.

(Re)découvrons donc aujourd’hui ce que Dieu Lui-même nous en dit dans Sa Parole, par exemple, dans l’épître aux Ephésiens(déjà signalée plus haut), notamment ce qu’elle est pour le Seigneur Jésus-Christ, qui l’a suffisamment aimée au point de donner sa vie pour elle(Eph.5v22-33)-et donc, ce qu’elle doit être pour nous. Relisons également la première épître aux Corinthiens(chapitre 12v12-27, par exemple), la première épître à Timothée(chapitre 3v15), Actes 2 à 4, etc…

Testons-nous également : lorsque nous parlons de l’Eglise, dans nos conversations(à table, par exemple), comment en parlons-nous ? Comment la voyons-nous ? Avec quel regard ?

Enfin, dans le but d’alimenter la réflexion, voici ce qui me paraît être une belle image de l’Eglise : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/06/03/de-toutes-nos-forces-aimons-notre-dieu/

Avec cet autre excellent billet, à l’angle original, où l’on apprend que l’Eglise-loin d’être une déception-est « cette bonne nouvelle » :

http://www.theologeek.ch/2014/08/15/leglise-bonne-nouvelle/

 

Sur ce, bonne soirée de dimanche !

Et si, en ce 6 juin, nous « débarquions » dans les coeurs de ceux qui sont perdus ?

La commémoration des 70 ans du "D-Day"  : ne pas oublier les plus petits !

La commémoration des 70 ans du « D-Day » : ne pas oublier les plus petits !

Vous savez sans doute que depuis hier, 5 juin, et jusqu’au 21 août 2014, est célébré le 70e anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie(« le jour le plus long »)et de la bataille de Normandie.

Un anniversaire qui se veut « un temps de recueillement et de communion nationale et internationale », peut-on lire sur ce site dédié à la commémoration.

« Parce qu’il sera vraisemblablement le dernier anniversaire décennal en présence des acteurs et des témoins de ces événements, il prendra une dimension particulière ; au moment d’accueillir pour la dernière fois dans le cadre d’un grand anniversaire un nombre encore important de celles et ceux qui sont les dépositaires du « souvenir vivant », l’émotion sera intense. Cet anniversaire sera aussi un moment privilégié pour la transmission de la mémoire et le partage des valeurs fondamentales pour lesquelles tant de jeunes hommes sont allés jusqu’au sacrifice suprême : la paix, la liberté, la fraternité, la dignité de l’Homme ».

La suite ici : http://www.le70e-normandie.fr/le-70eme/70e-anniversaire-du-debarquement-bataille-normandie/

Mais il se peut que vous ne sachiez pas tout cela. Auquel cas, vous « débarquez »…

Parallèlement à ces hommages et devoirs de mémoire, un ami et un frère de mon église(qui a souhaité rester anonyme) m’a envoyé une très belle et touchante réflexion spirituelle personnelle, cette semaine. C’est un cri à Dieu, pour que lui-même puisse crier dans ce désert de solitude… Ce message nous remue et nous remet en question. Voici l’essentiel :

« Il serait bon (que nous profitions des circonstances pour débarquer) dans les coeurs des plus endurcis » et qu' »en tant qu’enfants de Dieu », nous allions « chercher les brebis perdues, c’est à dire tous ceux et celles qui se sont donné à Jésus mais qui se trouvent paralysés dans leur foi par les bombes de la vie…
La guerre a fait de nombreux réfugiés ». Des réfugiés malheureusement « dispersés dans des camps où l’ennemi les retient captifs. Église sors ! Recherche… n’es-tu pas la gardienne de ton frère, n’es-tu pas la gardienne de ta soeur…? Eglise, qui est composée de « Pierres Vivantes »(1 Pie.2v5), n’abandonne pas le plus petit, le plus fragile. Ne vois-tu pas qu’en chemin, il s’est perdu ?
Église, débarque sur la France. Apporte la Bonne Nouvelle, le Salut qui est en notre Seigneur Jésus-Christ et pour tous…Amen !!!

 

Mais avant toutes choses, pour que l’impossible soit possible, « laissons d’abord Jésus débarquer dans nos cœurs ! »

 

Sur ce, bon week-end et bonne commémoration !

 

A lire :

Esaïe 6v1-8 :
« L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple.
Des séraphins se tenaient au-dessus de lui ; ils avaient chacun six ailes ; deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils se servaient pour voler.
Ils criaient l’un à l’autre, et disaient : Saint, saint, saint est l’Éternel des armées ! toute la terre est pleine de sa gloire !
Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.
Alors je dis : Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des armées.
Mais l’un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes.
Il en toucha ma bouche, et dit : Ceci a touché tes lèvres ; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié.
J’entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? Je répondis : Me voici, envoie-moi ».

Esaïe 40v3-5 :

« Une voix crie : Préparez au désert le chemin de l’Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu.
Que toute vallée soit exhaussée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que les coteaux se changent en plaines, Et les défilés étroits en vallons !
Alors la gloire de l’Éternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra ; Car la bouche de l’Éternel a parlé ».

Matthieu 9v9-13 et Matthieu 18v10-14

Luc 15

“De toutes nos forces”, aimons notre Dieu…

… et, “comme nous-mêmes”, notre prochain…..

[Cet article a été  initialement écrit, en tant qu' »inédit », pour  « Les Cahiers Libres » et publié le 23/05/14]

« De toutes nos forces », un film de Niels Tavernier, 2014, avec Jacques Gamblin et Fabien Héraud

« De toutes nos forces », un film de Niels Tavernier, 2014, avec Jacques Gamblin et Fabien Héraud

Qu’est-ce que le Christianisme ? « Une relation » et « non une religion », a-t-on coutume de dire. Quoique « religion » (du latin « re-ligio ») signifie « relier à nouveau à Dieu »…

Le Christianisme est relation. Avec Dieu, par et en Jésus-Christ, ainsi que « les uns avec les autres » sur une base commune (Jean 17, 3 ; 1 Jean 1, 3). Il n’est pas un chemin en solo, même si la qualité de nos relations avec les autres dépend de notre relation personnelle avec Dieu.

Surtout, « le christianisme nous rappelle que nous avons besoin les uns des autres », écrit le pasteur Gilles Boucomont, parlant des “bienfaits de l’Eglise”-celle de Jésus-Christ, dans « Mener le bon combat » (Ed. Première partie, pp. 247-249.)

« C’est un « sport collectif ». Nous faisons corps. Ne penser qu’à son salut personnel est une marque d’immaturité dans la foi, ne se préoccuper que de son confort spirituel est le signe d’un individualisme avancé. « Sans moi vous ne pouvez rien faire ». Jean 15, 5. (…) La communauté, soudée par l’amour du Christ et pratiquant la redevabilité, devient une vraie cuirasse de sécurité pour les croyants. Ils ne sont pas seulement protégés par Celui qui est leur rocher et leur abri, mais ils le sont aussi par l’Eglise…

Ce qui est construit ensemble est plus solide. Et le soin apporté au plus petit fait grandir aussi le plus grand. Cette démarche est tout sauf déresponsabilisante, car elle vise à créer un maximum de dépendance non pas à l’égard des personnes, mais à l’égard de Dieu ». (op. cit.)

Ce principe me paraît magnifiquement illustré dans le film « De toutes nos forces », de Nils Tavernier (2014), avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy et le jeune Fabien Héraud (comédien non professionnel) : l’histoire d’une famille composée d’un père, d’une mère et de deux enfants. Mais Julien, le fils qui rêve d’aventures et d’une relation amoureuse – d’une vie excitante – est littéralement frustré et coincé : 1) par son lourd handicap (il est infirme moteur cérébral, en fauteuil roulant) ; 2) entre un père, ancien coureur de fond et chômeur, distant, trop distant, et une mère aimante, trop aimante, présente, trop présente.

Une famille et un couple au bord de l’éclatement

Or, à la veille de ses 18 ans, Julien ne veut plus être traité en enfant que l’on doit protéger de tout et décide de vivre ses rêves. Pour y parvenir, il met au défi son père de concourir avec lui à « l’Ironman », le triathlon de Nice*. Dans un premier temps, le père refuse, ne s’estimant pas capable d’un tel exploit. Mais Julien ne “lâchera rien”, contraignant son père à le suivre et ressoudant le couple.

Un (mélo)drame tiré d’une histoire vraie : celle d’une redoutable épreuve qui réconcilie un père avec son fils handicapé. Duo sportif ne formant qu’un, témoignant d’une magnifique communion, le père et le fils tenteront d’atteindre leur but, “de toutes leurs forces”.

« De toutes nos forces » est donc le titre d’un beau film. L’expression évoque ce commandement d’aimer (Notre) Dieu…. « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces » (Deut.6v 52)** Avec ce « second commandement, qui lui est semblable » (ou complémentaire), comme le rappelle le Seigneur Jésus (Matt.22,v37-40) : « aimer (notre) prochain, comme (nous)-même ».

Même si ce n’est sans doute pas l’intention première du réalisateur, le film me paraît également être une illustration de la vie chrétienne, autant dans sa dimension individuelle que collective (ici, au sein du noyau « famille »), et de ses vertus dites théologales, telles la foi, l’espérance et l’amour (1 Cor.13v 13) :

C’est cette puissance de l’amour, de l’espérance et de la foi – celle en Dieu qui déplace des montagnes (cf Marc 11v22 : l’action se passe d’ailleurs en Haute-Savoie) qui s’avère être le moteur de la reconstruction d’une famille en décomposition, comme de la véritable émancipation, réellement libératrice***.

On relèvera enfin le rôle de la sœur aînée, modèle de la « sœur en Christ » et de l’amour fraternel, qui « supporte », soutient, édifie, honore (cf 1 Cor.13v7 ; Col.3v12-14), avec l’idée de réciprocité et de redevabilité (voir son touchant discours lors de la scène du repas d’anniversaire de Julien au restaurant)

Sans oublier la place essentielle du père (notre génération manque de véritables pères, constate-t-on), censé être un modèle, celui qui inspire, qui enseigne, qui « prépare au dehors », et cet équilibre nécessaire, vital, au sein de la famille, avec la mère, celle « qui nourrit », veille et entoure.

 

Voir aussi : http://www.europe1.fr/Cinema/De-toutes-nos-forces-handicapes-ils-ont-ete-bouleverses-1924655/#

Et la bande annonce du film :

 

Notes :

* Une épreuve de 226 km où le père devra tirer, porter et pousser le fils sur la terre et en mer : 3,8 km de natation, 180,2 km de cyclisme puis un marathon (42,195 km) en course à pieds

** Avec ce bel exemple donné par le Roi David en 2 Sam.6v14-16

*** Le véritablement affranchissement étant en Christ, comme ce dernier le dit lui-même : « si le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8v36)

 

L’Eglise vers le monde ou le monde dans l’Eglise ? (ou Blogueurs, « culture du débat » et Eglise)

Dans un billet récent publié sur son blogue, le sociologue du protestantisme Sébastien Fath rappelle ce que l’historien Pierre-Yves Kirchleger avait souligné en 2011 dans une synthèse publiée dans La Nouvelle France protestante(aux pages 353-369) : « entre stratégies informative, argumentative, expressive ou englobante, internet alimente une intense présence protestante ».

Présence protestante, qui n’est plus uniquement à la télévision depuis longtemps, mais prenant « un rôle croissant dans le débat ecclésial, y compris chez les catholiques », comme le fait observer l’hebdomadaire La Vie, dans une analyse de Marie-Lucile Kubacki (28/03/14) qui a pour titre : « Les blogueurs sont-ils en train de changer l’ambiance de l’Eglise ? » Analyse que je commenterai de façon indirecte.

Le rédacteur du site d' »Actus chrétiennes » (plus un blogue se livrant principalement à de l’agrégation de contenus, qu’un véritable « portail ») , qui reprend quasi intégralement ladite analyse de La Vie, donne d’ailleurs la conclusion suivante :
« Si le milieu évangélique ne craint pas le schisme en raison de sa constitution nébuleuse, l’émergence de nouveaux médias comme Actu-Chretienne.Net (qui attire désormais plus de 200.000 visites par mois), d’un certain nombre de blogs, et l’utilisation massive des réseaux sociaux, changent profondément la conception de l’Eglise ».
Et lequel « rédacteur » de se réjouir de ce qu’il considère comme un « nouveau pouvoir médiatique (fonctionnant) comme un formidable contre-pouvoir face à un institutionnel qui en avait guère l’habitude »(sic). Chaque église locale ne se résumerait ainsi plus « à son cercle de fidèles », mais se retrouverait « de facto comme une composante du village mondiale (re-sic). La moindre dérive scandaleuse, mais également, la moindre innovation étonnante, (serait) rapidement exposée sur la place publique et (ferait) l’objet des commentaires de chacun, sans omettre d’influencer notre pensée ».
Ainsi, estime-t-il, « les pasteurs (qui)faisaient seuls office de «maître à penser» dans leur petite communauté… se trouvent désormais contrariés, d’une part, par les visions divergentes de leurs confrères dont les prédications sont écoutées par les fidèles de leur église, mais également par une nouvelle caste de penseurs qui jouent leur rôle de troublions(re-re-sic) : les chroniqueurs ! »

Faut-il se réjouir de cette « innovation » ?

En réalité, « quoi de nouveau sous le soleil » ? En vérité, rien, semble-t-il. Et en vérité, je m’avoue déçu par le billet de Sébastien Fath qui me paraît manquer de profondeur, se contentant, d’une part, de publier des « avis de décès » ou « d’hibernation » de certains sites ou portails évangéliques*, et de l’autre, de faire la promotion d’un blogue en particulier, sous prétexte du « nombre » de visites par mois**.
Le Tigre magazine rappelait déjà, en septembre 2007, que « poster un commentaire sur un blog, réagir à des articles, classer la pertinence de liens, discuter de vidéos d’actualité » caractérisait ce que l’on appelle « le web 2.0 », soit la « deuxième version » d’Internet, où les hiérarchies habituelles de l’émetteur vers le récepteur du message sont abolies. Les internautes deviennent des acteurs à part entière ». Mais, précise « Le Tigre », « il ne faut cependant pas oublier que l’Internet « 1.0 » était déjà un outil ouvert, permettant à n’importe qui de créer un site ». Et de rappeler le cas du livre du docteur Gubler sur le cancer de Mitterrand (Le Grand Secret), interdit à sa sortie, « mis en ligne[en janvier 1996] par un anonyme qui avait tapé l’intégralité du texte… »
D’autre part, poursuit Le Tigre, « Le blog, forme la plus connue du web 2.0 n’est pas une révolution médiatique, mais tout simplement technique : les plates-formes apparues depuis quelques années permettent à quiconque n’y connaissant rien en informatique de publier du contenu sur Internet, ce qui était réservé, jusqu’à la fin des années 1990, aux courageux prêts à mettre les mains dans le cambouis ». Ensuite, « alors que se développaient les blogs, vint le « commentaire » : la possibilité, pour le lecteur, de publier un petit texte au pied de l’article »  et donc d’interagir avec l’auteur du billet.
La quantité(ou la profusion) de commentaires implique-t-elle de facto la qualité desdits commentaires publiés sur le web ? Des exemples choisis « au hasard » se passent de commentaires***. Mais si l’on veut commenter le phénomène, qu’en penser ? Loin de mettre en valeur l’essentiel ou « l’innovant », l’édifiant, il s’agit d’ « une forme de café du commerce à l’échelle d’Internet, où n’importe qui vient discuter de n’importe quoi, sans sens ni raison. Il ne s’agit évidemment pas de critiquer cette forme de discussion, qui en tant que telle a une évidente utilité, mais de montrer l’hypocrisie flagrante de médias classiques[ou même de certains blogueurs] prompts à dénoncer les ragots, rumeurs voire mensonges qui circulent sur Internet, en leur opposant leur sérieux, leur rigueur, leur sens de l’analyse — tout en laissant n’importe qui dire n’importe quoi au pied de leurs articles ».
« N’importe quoi », ou des propos antisémites et racistes, des vidéos choquantes, des rumeurs et diffamations(du lynchage public, sous prétexte de « transparence »), sans parler d’effet de sur médiatisation d’anecdotes sans intérêt/qui font « buzz »(ou même de sujets populistes).

D’autant plus, qu’aujourd’hui, parallèlement aux commentaires, relève le Tigre, s’ajoutent notations ou classements sur les sites en ligne…Car, sur Internet, « les articles les plus notés[les plus populaires et pas forcément les plus pertinents] sont les plus en vue, ils sont donc les plus vus, et donc les plus notés : vous avez dit démocratie ?

Cela s’appelle plutôt le libéralisme : une main invisible », en réalité « sans contre-pouvoir ni encadrement extérieur, classe et hiérarchise. Cette main invisible, c’est, par exemple, Google qui amplifie les phénomènes : une page « monte » d’autant plus dans le classement Google, et donc plus est visible, qu’un nombre plus important de pages renvoient vers elle… Or cette organisation de l’information souffre de présupposés idéologiques, à la manière de la presse traditionnelle mais sur des sujets différents ».

Cette illusion de démocratie participative, comme de « sacerdoce universel des croyants » soi-disant restauré à l’échelle du Web, où le rôle de « sacrificateur » ne serait plus réservé aux « spécialistes », masque l’existence d’une nouvelle « caste » de « maîtres du prêt à penser », une nouvelle « aristocratie », tyrannique : celle des « chroniqueurs » ou des « Editocrates », qui disent ce qu’il faut penser plutôt que d’encourager à penser, à l’instar de ceux que l’on peut lire dans la presse généraliste quotidienne ou hebdomadaire.
Mais, au-delà de l’établissement de ce que l’on croit être un « contre-pouvoir », ce qui semble peut-être le plus réjouir le rédacteur d' »Actu », c’est la perspective d’introduire « la (nouvelle)culture du débat »**** dans l’Eglise, à l’image de ce qui règne sur son propre blogue.

« Nouvelle culture du débat, stylistique transversale et désormais obligatoire », que dénonce fort opportunément le pasteur Gilles Boucomont dans un récent billet, car en lien « avec la banalisation du libéralisme théologique[de même que le libéralisme sociétal, économique et social ?] ». Une « culture » que Gilles Boucomont définit selon « les 10 commandements suivants » :

1.Il n’y a pas de Vérité supérieure
« Il n’y a pas de Vérité ultime, mais seulement des vérités »(…) Il y a pourtant, malgré la diversité des points de vue, une Vérité particulière, en Christ… »
2. La Vérité naît de la discussion
Soit « que la Vérité sortirait non de la bouche des enfants mais de la discussion, du débat. Comme si l’acte même de la discussion et du débat était sacramentel. (…)Toute parole ne se vaut pas, les commentaires des stars du football sur les remaniements ministériels ne suffisent-ils pas à le prouver ?
3. L’opinion du peuple est la moyenne des opinions ou l’opinion médiane
La culture du débat pose que l’opinion générale est l’opinion de la majorité, ce qui est une première altération. Elle pose ensuite que l’opinion moyenne est la moyenne des opinions — deuxième altération ; voire qu’elle est l’opinion médiane (…) — troisième altération. En Eglise, elle pose implicitement que cette opinion médiane serait, de surcroît, l’opinion de Dieu lui-même…

Or… il s’avère que le peuple s’égare dans sa conviction majoritaire, notamment quand il demande de mettre fin au système collégial des Juges pour instaurer la Royauté. C’est enfin la vox populi, vox dei qui a crucifié le Christ. 
4. La Raison est souveraine pour trancher
La culture du débat prône que la discussion permettra à chacun d’exercer son libre arbitre pour trancher, et établir, notamment quant à l’éthique, une opinion individuelle. Mais elle étend le raisonnement aux soubassements de la foi. Il n’y a donc plus de Vérité qui s’impose, mais bien le bon vouloir de la raison individuelle, possiblement éclairée, ou habilement aveuglée, par différentes instances.
5. La Bible depuis le Monde
Et non plus la lecture de toutes les Ecritures depuis le roc solide de Christ, pour pouvoir jeter un regard sur le monde….
6. Le refus du christocentrisme
Pour la culture du débat, le christocentrisme est un exclusivisme. Toute pensée universaliste est suspecte car elle est le terreau des totalitarismes. Un christocentrisme trop fort serait donc une forme d’intolérance, car il préconiserait une voie unique pour accéder au divin alors que tous les chemins autour de la montagne permettent d’accéder à son sommet.
Or… Christ semble être le seul chemin vers le Père, si l’on donne encore un peu de valeur à la parole biblique. Il semble aussi être le seul chemin vers la Vie éternelle, la Vie majuscule.
7. Respect et temps de parole
La culture du débat est un démocratisme égalitariste drastique prêt à fantasmer que toute opinion doive être exprimée. Qu’importe qu’une opinion soit celle de 80% des gens, elle sera exprimée comme UNE opinion. (…)Or… si quelqu’un doit avoir une parole qui a plus de poids, c’est celui qui parle selon l’Esprit de Dieu. (…)C’est la personne qui est sacrée, pas ses opinions.
8. Le primat de l’émotion
Comme toutes les paroles ont la même valeur, l’émotion fait foi. Elle permet de refuser l’idée qu’un péché soit un péché. Elle permet de donner une valeur intrinsèque à une expérience vécue parce que le seul fait qu’elle ait été vécue la sacralise.
Or… la psychologie des foules montre à quel point l’émotion est un phénomène manipulatoire. On peut retourner une foule sur un seul témoignage ému, fût-il le comble d’une manifestation idolâtrique ou démoniaque. Le primat de l’émotion interdit toute espèce de prise de recul.
9. Malheur à ceux qui pensent hors du présent cadre
La culture du débat se veut un rempart aux universalismes étroits et exclusifs[ou à la pensée dite « unique »]. Or elle est le point d’apogée de l’hégémonie culturelle occidentale. Le relativisme est une idolâtrie. Si tu n’es pas relativisme, tu es le Mal incarné.
Donc… le relativisme est en réalité le pire des absolutismes. Il est le fruit de la supériorité occidentale et du triomphalisme post-colonial. Il produit les intégrismes en les excluant de la zone de bienséance.
10. L’unité au prix du mensonge
Il s’agit souvent d’un système paradoxalement autoritaire, ou toute voix différenciée, fondamentalement et profondément différente, est sommée de se taire. Il faut rester dans le cadre, ne pas choquer, taire des vérités pour maintenir l’unité.
La culture du débat est donc un produit paradoxal d’une culture de chrétienté en fin de vie, en cela qu’elle est l’inverse symétrique du projet divin exprimé dans la collégialité et la circulation de la Parole régulée par l’Esprit de Dieu. Autant la dérive césaropapiste est lisible pour les protestants comme étant un sous-produit paradoxal d’une Eglise fondée par un homme dont l’autorité et le Royaume n’étaient pas de ce monde, autant nous avons plus de mal en milieu luthéro-réformé à voir à quel point la culture du débat est tout aussi idolâtrique et dangereuse dans son absolutisation telle que nous l’avons connue dans les décennies précédentes.
Il faut débattre, mais ne pas idolâtrer le débat ! »

Et Gilles Boucomont de conclure : « La culture du débat est un paravent de vertu pour se dérober à l’autorité profonde des Ecritures telle que nous la révèle le témoignage intérieur du Saint-Esprit. Continuerons-nous longtemps à jouer avec les projets de Dieu pour son Eglise ? »

Conclusion :
Bref, il est essentiel de veiller et de garder ce que nous avons reçu, pour que l’Eglise reste l’Eglise, pour être corps de Christ, « lumière et sel » dans ce monde, et non réduite à un gigantesque et futile « café du commerce » ou « talk show » où l’on s’empoigne pour faire le buzz. Il est essentiel que l’Eglise aille vers le monde(comme Jésus nous envoie)et non que le monde entre dans l’Eglise. Il est enfin essentiel que les pasteurs et enseignants soient réellement pasteurs et enseignants pour l’édification du corps de Christ, plutôt que de vulgaires polémistes ou « éditocrates ».
Enfin, il me paraît aussi inquiétant de considérer que le numérique, les réseaux sociaux, seraient LA réponse à une dérive « césaro-papiste » de l’Eglise. Car si cette innovation technique favorisait la communion réelle des membres du corps de Christ(« Actu » parle d’ailleurs de « village global »-un village où l’on cancane ?)cela se saurait ! Car si les réseaux sociaux permettent et facilitent une certaine communication, ces derniers exacerbent en réalité un individualisme farouche, où l’on est replié, isolé, sur lui-même. En tout cas, ils ne sauraient se substituer à la communion réelle et véritable du corps de Christ, qui est un organisme vivant et non une organisation  ou une structure désincarnée.
 Vivons donc cette communion réelle, selon les principes de la Parole(1 Cor.12-14, Rom.12-15, Ephésiens…..), plutôt que par procuration, et redécouvrons(plutôt que de réinventer)ce qu’est véritablement l’Eglise.
Car l’Eglise n’a pas besoin de (ou de plus de) »débat », mais de communion, de relation, et d’édification sur un fondement unique, qui a déjà été posé : Jésus-Christ(1 Corinthiens 3v11).
Dans ce cadre, les blogues chrétiens***** pourront être utiles(je ne boude pas les blogues, puisque, après tout, j’en tiens un), s’ils se distinguent par la qualité, le dialogue(et non le mépris) et contribuent(fondés sur Christ) à l’édification du corps de Christ, en lien avec celui-ci.

 

Notes :
*« Pour durer et peser, il n’y a décidément pas de formule magique, web ou pas », conclue Sébastien Fath dans le billet cité plus haut. En réalité, il n’y a pas lieu de s’étonner de l’échec de certains sites, quand « la formule » de ceux-ci se résume à de l’agrégation d’un même contenu toujours identique et sans cesse remâché, rabâché, et de toute façon relayé ailleurs. Et ce, sans apporter de « valeur ajoutée » : une information réellement édifiante, éclairée et éclairante ; des reportages, des articles de fond, des analyses sérieuses et étayées….bref, un véritable journalisme de qualité(qui ne s’improvise pas)libéré des logiques commerciales et publicitaires, pour des lecteurs exigeants.
**Mais combien de visiteurs réels par mois ? Calculer leur nombre n’est pas simple, selon Le Tigre magazine, « car changer d’adresse IP n’est pas très compliqué : si on n’a pas une IP fixe, il suffit de redémarrer son modem ADSL. Si on a une IP fixe, on peut facilement pirater les connexions wifi non-protégées de ses voisins. Et il y a encore plus simple : demander à ses amis de commenter ou de voter pour ou contre un article.
Cette « nouvelle démocratie électronique » est en fin de compte illusoire : on peut plutôt parler d’une aristocratie déguisée. Une poignée de votants bien organisés font très facilement basculer le vote, vu le faible nombre de suffrages exprimés. On ne saurait mieux montrer la fragilité de l’outil. Et rappeler que les commentaires qui pullulent sont souvent truqués ».
Enfin (c’est aussi vrai pour Internet que pour la presse papier ou la radio), « les lecteurs qui écrivent des commentaires (même si le geste est beaucoup plus simple) sont minoritaires. Il suffit pour s’en convaincre de comparer le nombre de visiteurs au nombre de messages postés ».
 ****  Dans mon « dictionnaire des idées reçues », je proposais les définitions suivantes des termes « débat » et « culture du débat » :
Débat : mot magique, prétexte, justification (à l’instar de l’ «  Art »). Ne vise pas toujours l’accord. Lui préférer le dialogue et la discussion. A Pep’s café ! on aime tellement le débat qu’on lui a consacré une page et un billet
Culture du débat : c’est le « donnez-nous de la viande » moderne. Jugé urgent, prioritaire, pour l’Eglise.
***** Il existe par ailleurs d’excellents blogues, dont nous avons déjà parlé dans nos « foire aux médias » : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/03/07/foire-aux-medias3-blogues-et-sites/

« Maintenant, vous êtes le peuple de Dieu… »(1 Pierre 1v22-2v10)

Retour, en ce début d’année 2014, à notre étude la première épître de Pierre, entamée ici.

Dernièrement, nous avions vu que le chrétien est caractérisé par l’obéissance et la sainteté.

Sachant qu’il est exhorté à marcher individuellement « en espérance » et « dans la sainteté« , étudions maintenant à travers notre passage du jour(1 Pierre 1v222v10*) ce que sont les chrétiens ensemble et comment doivent-ils vivre ensemble.

Que forment les chrétiens ensemble ?(le corps de Christ ou l’Église)

Comment Pierre parle-t-il de l’Église dans ce passage, sachant qu’il utilise quatre images :

Q 1 : quelle est la première image utilisée pour désigner ce que sont les chrétiens ensemble ?(1 Pie.1v22-23)

Pourquoi ?

Q1a : que partagent-ils ? Qu’ont-ils en commun ?(v22)

Qu’apprenons-nous sur cet amour dont parle Pierre ?

(A noter que l’apôtre utilise deux mots différents pour parler de l’amour : « philadelphia »-amour fraternel-et « agape »-l’amour de Dieu, qui est allé jusqu’au sacrifice)

Nature et origine de cet amour ? Lire Rom.5v5, Gal.5v22-23

Etapes et processus de cet amour ?(vv22-23) :

Que doit-il s’opérer d’abord ? Et ensuite ?(ce qui rend possible un véritable amour fraternel : lire 1 Jean 4v7-21 ; Col.3v16 ; Eph.5v18)

De quelle manière devons-nous aimer nos frères ? (v22)

Q1b : qu’ont-ils tous connu, initialement ?(1 Pie.1v23-25)

Comment entrons-nous dans « la famille de Dieu » ? (Jean 3v1-16, 1 Cor.12v13)

Comment sommes-nous « régénérés » ? (v23)

Quel est le rapport entre la Nouvelle naissance et l’amour fraternel ?(cf 1 Jean 4v7-21)

Q1c : que partagent-ils encore ?(1 Pie.2v1-3)

Que demande Pierre à ses lecteurs ? Pourquoi ? Un commandement « négatif »(cad, de rejeter…) cf 1 Pie.2v1, et un commandement « positif » cf 1 Pie.2v2-3 – comparer avec Ps.34v9.

Q2 : quelle est la deuxième image de ce que sont les chrétiens ensemble ?(1 Pie.2v4-8)

Q2a : comment le Seigneur Jésus-Christ est-il désigné ici(v6) ? Cette idée vient-elle de la seule imagination de Pierre ou était-elle familière des lecteurs de l’apôtre ? (cf Es.28v16 ; 8v14 ; Ps.118v22 – comparer avec Matt.21v42 et Actes 4v11)

Lampe par bruna pires

Lampe par bruna pires

Comment Pierre « innove-t-il » en utilisant cette image pour parler de Christ ? Comment est cette « pierre » ? Quel est son rôle ? Qui sont alors ceux qui sont édifiés sur Lui ?(vv4-8)

Pierre lui-même avait été désigné par le Seigneur comme « la pierre » sur laquelle Jésus « bâtirait son Eglise »(Matt.16v18). Est-ce à dire qu’il en est le « fondement vivant » ?(comparer avec 1 Pierre 1v4-8)

Q2b : que sont les chrétiens et que forment-ils ?(1 Pie.2v5, 9)

Sachant que l’apôtre écrit à des chrétiens qui vivent dans cinq provinces différentes….

Q3 : quelle est la troisième image de ce que sont les chrétiens ensemble ? Ce que Dieu a fait d’eux ?(1 Pie.2v5,9, cf Exode 19v6)

A noter que dans l’Ancien Testament, le peuple avait une sacrificature ou un sacerdoce. Dans le temple de Jérusalem, elle était exercée par ceux (et eux seuls)qui étaient aptes à cette charge. Quelle est la durée de cette sacrificature ? Et qui sont aujourd’hui « sacrificateurs » ? (Hebr.10v19-25)

A noter encore que seul Christ est sacrificateur et roi(Hebr.7). Dans l’Ancien Testament, un roi ne pouvait être sacrificateur et le seul qui tenta de l’être fut puni(2 Chron.26v16-21).

Comment alors les chrétiens peuvent-ils être à la fois « Rois et sacrificateurs » ?(1 Pie.2v5,9, cf Apoc.1v6 ; 2v26-27 ; 20v6)

Q3a : Dans quels buts les chrétiens sont-ils « rois et sacrificateurs » ?(1 Pie.2v5, 9)

Quels sont les sacrifices qui sont offerts ? (Rom.12v1 ; Hébr.13v15, 16 ; Philip.4v10-20) Et comment les offrir à Dieu ?(Hebr.13v15)

1 Pierre 1v9 : comparer avec Eph.5v8-14, Col.1v12. Qu’est-ce que « les vertus » de Celui qui « nous a appelé des ténèbres à sa merveilleuse lumière » ? Et  comment les annoncer ?(cf Matt.5v16, Hebr.13v16)

Q4 : quelle est la quatrième et dernière image de ce que sont les chrétiens ensemble ?(1 Pie.2v9-10)

Le v10 est une citation d’Osée 1v6,9(comparer avec Rom.9v25) : que veut dire Pierre à ses destinataires en faisant allusion à ce prophète de l’Ancien Testament ?

 

 

Notes :

*1Pie.1
22    Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un coeur pur,
23    vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu:
24    parce que « toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe: l’herbe a séché et sa fleur est tombée,
25    mais la parole du Seigneur demeure éternellement ». Or c’est cette parole qui vous a été annoncée.

1Pie.2
1    Rejetant donc toute malice et toute fraude, et l’hypocrisie et l’envie, et toutes médisances,
2    désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut,
3    si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon;
4    duquel vous approchant comme d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu,
5    vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, un sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ.
6    Parce qu’on trouve dans l’écriture: « Voici, je pose en Sion une maîtresse pierre de coin, élue, précieuse; et celui qui croit en elle ne sera point confus ».
7    C’est donc pour vous qui croyez, qu’elle a ce prix; mais pour les désobéissants, « la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin »,
8    et une pierre d’achoppement et un rocher de chute, lesquels heurtent contre la parole, étant désobéissants, à quoi aussi ils ont été destinés.
9    Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière;
10    vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu; vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde.

L’adversaire de François(homme de l’année 2013) a un nom : « la finance »

Nommé il y a quelques jours « personnalité de l’année » par le magazine américain Time, le pape catholique François (dont nous avions déjà parlé) a fêté le 17 décembre ses 77 ans avec  quatre sans-abris séjournant dans le quartier autour du Vatican.

En quoi un tel événement peut-il intéresser un « protestant évangélique » ?

Tout d’abord, parce qu’« il ne s’agit pas d’un prix, mais d’une reconnaissance d’impact*. Aussi est-il significatif de noter que depuis 1927, seules six personnalités religieuses** ont été ainsi reconnues par le prestigieux magazine », comme le rappelle le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath dans une note de (son) blogue, « Une distinction rare : le pape François, homme de l’année 2013 (Time) » publiée le 19/12/13.

M. Fath relève d’ailleurs « que François est le seul pape à avoir été nommé dès son année d’arrivée au pontificat. Signe d’une entrée en fanfare »  d’une personnalité qui[c’est nous qui soulignons] a redonné du sens et du poids au fameux « Quand je donne à manger aux pauvres, ils disent que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres sont pauvres, on dit que je suis un communiste » de Dom Helder Camara, archevêque de Recife, dans le Nordeste du Brésil de 1964 à 1986.

En effet, lors d’un entretien accordé à la revue jésuite « Civilta Cattolica », le pape François fixait certaines priorités, justifiant sa relative discrétion sur les questions de moeurs et de morale, préférant insister sur « la miséricorde ». Une attitude qui « lui vaut des critiques au sein de l’institution », de l ‘aveu de l’intéressé qui avait déclaré :

Quelle est la mission de l'Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

Quelle est la mission de l’Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin d’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer les cœurs des fidèles, la proximité, la convivialité ». Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et le taux de sucre trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons parler de tout le reste. Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Cela n’est pas possible. Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l’a reproché(…) Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Nous devons trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Église risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes. L’annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C’est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales ».

« Si seulement ils pouvaient forcer ce foutu marxiste à parler sexe.. »

On comprend d’autant mieux que de tels propos, par ailleurs favorablement accueillis par les catholiques et les médias américains, dont le New York Times, n’ait pas rassuré Adam Shaw, rédacteur en chef de Fox News et catholique, qui a comparé le pape à Barack Obama dans une tribune publiée sur le site internet de la chaîne d’information.

Par la suite, les pages économiques et sociales de l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile »(« Evangelii gaudium » )du pape François publiée le 26/11/13, venant « enfoncer le clou »,  ont déchaîné « une rage spectaculaire chez des ténors de la droite conservatrice et du Tea Party aux Etats-Unis », qui l’ont traité de « marxiste », comme l’a relevé le journaliste Patrice de Plunkett dans une série de notes sur son blogue.

Pas étonnant, quand ce dernier appelle les dirigeants des grandes puissances mondiales « à lutter contre la pauvreté et les inégalités engendrées par le capitalisme financier », qu’il qualifie de « nouvelle tyrannie invisible » et quand il se montre critique à l’égard d’un système économique « de l’exclusion », dénonçant « la nouvelle idolâtrie de l’argent » et plaidant pour un « retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain ».
Son devoir, « au nom du Christ », est « de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter, les promouvoir », dénonçant dans un passage consacré aux « défis du monde actuel » qu’« il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en Bourse en soit une ».

« Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société », poursuit le texte***.

Une façon plus claire, plus cohérente et plus vivante d’affirmer l’Evangile, centré sur Jésus-Christ, lequel est venu « annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… »(Luc 4v18 et ss) ?

Selon Patrick J. Deneen, cité par Patrice de Plunkett,  ceux qui critiquent le Pape, lui reprochant de se mêler de questions qui ne le concerneraient pas, voudraient cantonner « la foi catholique dans les domaines de ‘la foi et la morale’ – pour dénoncer l’avortement, s’opposer au mariage gay et faire individuellement la charité » . Par là même, de telles personnes témoignent d’un « catholicisme de conversation courtoise » et  « fragmentaire, qui ne met pas en cause des points fondamentaux de l’idéologie économiciste ». Il s’agit là d’« un catholicisme acceptable par ceux qui contrôlent le discours dominant, parce qu’elle ne met pas en danger ce qu’il y a de plus important pour les dirigeants de la République : maintenir un système économique postulant l’extraction [pétro-gazière] sans limite, attisant des désirs sans fin, et créant un fossé de plus en plus large entre winners et losers au nom du mantra de « l’égalité  des chances ». Un énorme appareil de financement soutient les causes catholiques du moment qu’elles ne concernent que la sexualité : autrement dit l’avortement, le mariage gay ou « la liberté religieuse » (confondue à vrai dire avec les questions d’avortement) »

A ce sujet, comment se positionneront les protestants évangéliques ?

Cette « personnalité de l’année 2013 » et ses actions nourrissent enfin la réflexion suivante, de nature peut-être à interpeller chacune et chacun, y compris protestant évangélique : l’Eglise(corps de Christ) doit-elle « faire de la politique ? » Et d’ailleurs, à partir de quand l’Eglise « fait-elle de la politique » ? Visiblement, quand elle combat le projet de loi sur le mariage pour tous ou quand elle prend le parti des pauvres.
Parmi les points dits « non négociables », ou « les valeurs bibliques », la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale(et leurs causes structurelles), et donc la défense de la vie tout court, en fait-elle partie ?

Quoiqu’il en soit, de telles déclarations-très évangéliques-rappellent 1)que le christianisme est une question de « relations » : « verticales », avec Dieu(1 Jean 5v20-21) et « horizontales » avec autrui ».

Ces relations « les uns les autres » enseignées notamment dans les épîtres de Paul, et envers « mon prochain »(Luc 10v27 et ss, d’après Lévitique 19v18).

Et 2)que le corps de Christ, constitué selon et par Dieu, « donne plus d’honneur à ce qui en manque », de sorte « qu’il n’y ait pas de division dans le corps »(1 Cor.12v22-25).

En effet, « sans justice, pas de paix ».

Notes :

* « Pourquoi saluer ainsi un pape qui a débuté son pontificat il y a tout juste neuf mois ? Pour Time, il s’agit sans doute de parier sur ce que le pape François peut faire, plutôt que de le récompenser pour ce qu’il a… déjà fait ».

**Un hindouiste (Gandhi, en 1930), un protestant baptiste (Martin Luther King, en 1963), un musulman chiite (l’Ayatollah Khomeini, en 1979), et…. trois catholiques, les papes Jean XXIII (en 1962), Jean-Paul II (en 1994), et désormais François (2013).

*** http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE9AP04520131126 ;

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203150549548-le-pape-francois-accuse-la-nouvelle-tyrannie-des-marches-632513.php ;

http://www.latribune.fr/actualites/economie/20131126trib000797883/le-pape-s-attaque-a-la-tyrannie-des-marches.html ;

http://chretiensdegauche.com/2013/12/18/de-leglise-de-la-politique-et-de-leconomie/ ;

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201312/16/01-4721268-le-pape-et-la-droite-americaine.php ;

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/quand-obama-cite-evangelii-gaudium-06-12-2013-47372_16.php )

Ce que n’est pas et ce qu’est l’Eglise ?

Sel et poivre par Marina Shemesh Sel ou poivre de la terre ?

Sel et poivre par Marina Shemesh
Sel ou poivre de la terre ?

Il ya quelques mois, fin avril 2013, Frédéric Dejean, géographe des religions, nous relatait sur son blog son périple à « la Saddleback Church (dans le Orange County), Église du pasteur Rick Warren, figure majeure du monde évangélique américain » et qui, par ailleurs, s’est chargé de la prière d’investiture du président Obama lors de son premier mandat.

Une description à donner froid dans le dos, personnellement…Mais chacun jugera…

Faut-il « réinventer » ou « repenser » l’Eglise ?
A moins qu’il n’importe davantage de (re)découvrir le sens de l’Eglise ?

Qu’est-ce que l’Eglise ?
Un club ? Une organisation ? Une entreprise ?
Serait-elle un parti* ou un lobby ?

Doit-elle « vivre avec son temps » et suivre le courant, la mode ?
Détient-elle la vérité ?
Peut être « libérale-conservatrice » ?**
Les chrétiens sont-ils les « conservateurs » de la terre ou « le sel de la terre » ?(Matt.5v13)***

Qu’est-ce que l’Eglise ?
En guise de réflexion et d’introduction à un futur billet sur la question, voici quelques questions de départ, avec des références bibliques à lire et à étudier :
Qui est l’auteur de l’Eglise ? Le fondement ? Qui la compose, la construit ? Dans quel(s)but(s) ?

Lire 1 Cor.3v10-11, et 1 Cor.12-14 ; Rom.12v5, Eph.2, 4-5 ; 1 Pie.2v1-10 ; 1 Tim.3v15.

N’hésitez pas à nous faire part du fruit de vos réflexions, nourries par ces lectures, en commentaire !

A bientôt !

Notes :

*http://www.lavie.fr/religion/lamatinale/la-revue-jesuite-america-bannit-les-termes-conservateur-et-progressiste-02-07-2013-42076_400.php

**Si une telle contradiction était possible ? Pour rappel, le libéralisme « fait de l’individu et de ses droits inaliénables (liberté, propriété…) le centre et l’origine des relations sociales ». Mais qualifié de « main invisible, qui, sans contre-pouvoir ni encadrement extérieur, classe et hiérarchise », il est aussi destructurant par essence : « le libéralisme disloque la société, mais ne la conserve pas ».

***Un « conservateur » (alimentaire)est un additif alimentaire, soit une « substance chimique minérale ou organique, ajoutée aux aliments afin d’améliorer leur conservation ». A noter que le sel a ce même effet(en mieux ?) de conservation ou de lutte contre la corruption.