Retour sur la rencontre du 19/11/17 avec le Dr. Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », au CEIA.

Pour le Dr Mukwege, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour éduquer les petits garçons « au regard » sur les petites filles.

Denis Mukwege, pasteur et chirurgien congolais, est en première ligne contre la violence faite aux femmes. Quel rôle avons-nous à jouer pour soutenir ce combat pour la défense des droits des femmes en Afrique, mais aussi ailleurs ? Quel pourrait être la part de l’Église dans l’éducation au regard des hommes sur les femmes  (et inversement) ?

Dimanche 19/11, j’ai eu l’occasion de me rendre, avec mon épouse, au Centre Évangélique d’Information et d’Action (CEIA),  le rendez-vous annuel du protestantisme évangélique, à Dammarie-les-Lys, près de Melun. Le thème de cette édition était « Bible et guérison ».
J’ai pu y retrouver certaines connaissances – tenant des stands – et avoir la joie d’en faire de nouvelles, notamment Ruben Nussbaumer (directeur de BLF éditions) et Nicolas Fouquet (en charge de l’éducation au développement, au SEL), que je remercie pour m’avoir aimablement invité à participer à une rencontre exceptionnelle avec le Docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » victimes de violences sexuelles au Kivu (Congo). La présence de ces trois hommes n’était pas fortuite. En effet, les deux premiers sont respectivement co-éditeur et auteur du livre « ils ont aimé leur prochain » (1), par ailleurs préfacé par le troisième. Cet ouvrage, qui s’inscrit dans les 500 ans de la Réforme, retrace le parcours de 30 figures chrétiennes (dont le préfacier) qui se sont engagées dans différents domaines de la solidarité au cours de l’histoire de l’Église [un 31ème, laissé en blanc, reste à écrire par le lecteur].

Rencontre en deux temps avec le docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », préfacier du livre « Ils ont aimé leur prochain », dimanche 19/11

La rencontre s’est déroulée en deux temps : une conférence de presse de 30 minutes, au cours de laquelle le Docteur Mukewege et Nicolas Fouquet ont pu échanger avec plusieurs responsables de médias chrétiens/communication d’organismes/d’œuvres chrétiennes (Gospel mag, Croire et vivre, Christianisme aujourd’hui, La Gerbe, Fédération Protestante de France…), dont moi-même et ma moitié, pour Pep’s café ! . Le tout suivi d’une conférence publique devant 200 auditeurs, introduite par Patrick Guiborat, Directeur Général du SEL et initiateur du Défi Michée en France, et Étienne Lhermenault, président du CNEF et membre du conseil d’administration du CEIA.

Que retenir des différentes interventions du Docteur Mukwege ?

Deux choses entendues lors de la conférence de presse m’ont interpellé :

Premièrement, ce qui lui permet « d’espérer dans l’avenir », c’est « la force de résilience des femmes » qu’il soigne et accompagne. Car, dit-il, celles-ci « ne vivent pas pour elles-mêmes mais sont tournées vers les autres, la communauté » et « sont enclines au partage ». Ainsi, affirme-t-il, notre monde se porterait sans doute « beaucoup mieux » et pourrait changer, avec une meilleure répartition des ressources de notre planète généreuse, si plus de femmes étaient appelées à de hautes responsabilités, au sein du gouvernement des États. Mais est-il nécessaire de nous poser une telle question ? Avons-nous évolué depuis la pièce du comique grec Aristophane « l’Assemblée des femmes »(392 av JC, à une époque où seuls les hommes libres siégeaient à l’Assemblée du Peuple, « l’Ekklesia »), dont le message est simple : « …Je dis qu’il nous faut remettre le gouvernement aux mains des femmes », puisque « c’est à elles, en effet, que nous confions, dans nos maisons, la gestion et la dépense. » Toutefois, il est difficile de savoir, ne vivant plus à l’époque des Grecs anciens, si le but d’Aristophane était de se moquer des femmes, ou au contraire de les louer pour leur initiative.

Deuxièmement, le docteur nous invite à miser sur l’éducation de cette génération, notamment « l’éducation au regard » que nous, les hommes, pouvons porter sur les femmes. Ainsi, affirme-t-il, « lorsque nous enseignons aux garçons de ne pas pleurer », de refouler leurs sentiments, « nous nous faisons du mal sans nous en rendre compte ». Certes, il existe des lois, des forces de police et de justice contre les violences, mais il importe de prévenir celles-ci. Pour cela, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour enseigner aux enfants (notamment les garçons) la considération de l’autre sexe, pour ne pas le maltraiter une fois adulte.
Or, m’a souligné mon épouse, par ailleurs enseignante dans le privé et engagée dans la promotion de l’éducation chrétienne en France, « le respect mutuel des sexes, ainsi que le respect de la différence, sont une telle évidence pour nous en tant que chrétiens nés et éduqués dans un pays occidental et démocratique…que nous pourrions oublier de l’intégrer parmi les objectifs pédagogiques et éducatifs d’une école chrétienne.  »

Et aujourd’hui, combien encore, parmi les chrétiens, pensent que l’homme est supérieur à la femme et que celle-ci n’a pour seul droit que de se taire ou de s’occuper des enfants ?

Le Docteur Mukwege a tenu ensuite un discours durant la conférence publique qui a suivie, laquelle était adressée à tous ceux qui sont appelés à être « le sel de la terre » et à « transmettre un message de guérison » selon le mandat de Marc 16v15-18 et « le programme de guérison et de restauration de l’humanité blessée » en Luc 4v18-19 et en Genèse 3v15.

Dans son plaidoyer, le Docteur nous a expliqué la situation au Kivu, une zone en apparence « bénie » puisque riche en minerais. Mais ces minerais sont en réalité des « minerais de sang » (notamment le coltan, servant à fabriquer les smartphones et ordinateurs portables), et qui constituent l’enjeu de guerres entre milices. L’arme la plus utilisée pour le contrôle de ces zones minières est le viol de masse des femmes et des enfants : une stratégie de destruction planifiée et non le fait de pulsions sexuelles. Et une guerre « à moindre coût » qui détruit les communautés.
Lui-même dit avoir mis du temps à le réaliser : En 1999, après que la guerre au Rwanda a débordé au Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il découvre une patiente mutilée. Il a d’abord pensé à l’acte isolé d’un barbare mais quelques mois plus tard, dit-il, des dizaines de nouvelles victimes sont accueillies à l’hôpital de Panzi où il exerce. Depuis, près de 50.000 victimes de ces viols ont été prises en charge de manière « holistique »(soins médicaux, assistance psychologique mais aussi socio-économique, judiciaire et juridique). La plus jeune des victimes ayant 6 mois et la plus âgée 80 ans !

De ce discours, je retiendrai encore trois choses :

Premièrement, une autre « évidence » : le Royaume de Dieu (ou l’Eglise ?) est « un corps, composé de membres de toutes origines » et « la souffrance [d’un membre, qu’il soit en Syrie, en Irak, au Yémen ou en RDC…] affecte tout le corps ».

Deuxièmement, tout disciple de Jésus-Christ doit témoigner des trois attitudes indispensables : « compassion, engagement et proclamation » [soit d' »affirmer hautement quelque chose » cf Esaïe 52, et, c’est moi qui souligne, les chrétiens ne sauraient se taire]. La compassion, c’est « souffrir avec » ceux qui souffrent. Elle n’est pas une simple « sympathie » mais un amour profond chérissant toute l’humanité, qui nous pousse à aller plus loin pour remédier/mettre fin à la souffrance, ou du moins, la soulager, pour conduire à l’espérance. Et aucune guérison divine n’est possible sans compassion, qui est le moteur de notre engagement.

La compassion est même « une obligation ». D’ailleurs, moi-même, dans une situation analogue à celle que vit celui ou celle qui souffre, qu’aurai-je voulu voir dans le regard de l’autre ? »

Le Docteur Mukwege nous prévient : l’Église doit montrer le visage du Christ. Elle ne doit pas « fermer ses yeux et ses oreilles » et ne pas oublier qu’elle vit dans le monde réel. L’on peut ainsi « parler du ciel » en étant « déconnecté du réel ». Or, dit-il crûment, « l’Église qui a perdu la compassion a perdu son âme ». Elle n’est plus que « du sel qui a perdu sa saveur ».

Par ailleurs, l’engagement ne saurait se limiter à de l’aide « directe » et « locale » aux victimes, mais implique de prendre en compte une réalité plus large encore : la lutte contre la globalisation sauvage, sachant que nos modes de vie individuels et collectifs peuvent être sources d’injustices et de déstabilisation dans d’autres parties du monde.

Troisièmement, le Docteur Mukwege peut-il être une source d’inspiration pour notre génération ? Comme je l’ai rappelé plus haut, il fait partie « des 30 » qui « ont aimé leur prochain », dans le livre de Nicolas Fouquet. Et, détail intéressant, lorsqu’il lui est demandé qui est sa propre source d’inspiration, il nous parle d’un parfait inconnu (pour moi, en tout cas) : un pasteur/missionnaire norvégien en Afrique, dont les écrits ne sont actuellement pas traduits en français (mais sans doute accessibles en anglais). Ce qui a fait sourire la salle, personne ne se voyant lire du norvégien !

Enfin, le 31ème portrait « laissé en blanc », à la fin du livre précité, doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». La question reste ouverte, mais j’aime à croire que le Docteur Mukwege apprécierait d’y répondre.

 

Note : 

(1) Fouquet, Nicolas/Mukwege, Denis(Préf.). Ils ont aimé leur prochain. BLF/SEL, 2017.  Voir la présentation du livre sur les sites de BLF et du SEL.

 

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Beaucoup de « followers » mais combien de disciples ?

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Lecture : Marc 3v7-14

« Une grande multitude » suit Jésus et vint à Lui, nous dit le texte de l’Evangile selon Marc (3v7-8). « Une grande multitude » de disciples ? Si Jésus avait aujourd’hui un compte twitter, se réjouirait-il de tous ces « followers » ?

En réalité, cette grande multitude « vint à lui, à la nouvelle de tout ce qu’il faisait » (v8). Or, Jésus, pour ne pas être écrasé par cette foule, décide de se tenir à distance dans une barque. Il tient aussi à distance les démons « qui se jettent à ses pieds », refusant leur témoignage à son sujet (v11-12).

En revanche, Il appelle à lui, à sortir « hors de » la multitude « ceux qu’il voulut, pour les avoir avec lui et les envoyer prêcher… » (v13-14). Ceux qui sont « sortis hors de » pour se rassembler/être ensemble autour de Christ et en Son Nom, sont ceux qui constituent ce que l’on appelle « l’Eglise ». C’est d’ailleurs le sens de ce terme (du grec, « Ekklesia »), qui ne désigne pas un bâtiment.

Si « la grande multitude » reste une foule d’anonymes, les disciples, en revanche, sont bien identifiés et connus individuellement et personnellement de Jésus. Ils sont aussi bien connus de nous, les lecteurs actuels de l’Evangile, qui connaissons leurs noms et même leurs nouveaux noms donnés par Jésus.

Ceci dit, qu’est-ce qu’un « disciple » ? Daniel Bourguet, dans son « Devenir disciple »(1), souligne que « le verbe suivre est fondamental pour comprendre le sens de la vocation d’un disciple, de tout disciple. Etre disciple, c’est bel et bien suivre Jésus. Ce verbe est extrêmement employé dans les évangiles, presqu’autant dans chacun des quatre (2) ».

A la lecture des Evangiles, nous constatons qu’il y a deux manières de suivre Jésus :

Soit à la manière des disciples, soit à la manière de « la grande multitude ».

La foule suit généralement Jésus « de sa propre initiative, par curiosité, par intérêt, ou pour d’autres raisons », le plus souvent du fait ce qu’elle « voit faire » -et non de ce qu’elle entend – de la part de Jésus (Comparer avec Deut. 4v12-15 Et Rom.10v8-11, 17). Mais cela reste « un feu de paille ». C’est sans lendemain.

« Il arrive », constate encore Daniel Bourguet, qu’un disciple ne suive plus « que de loin », comme ce fut le cas pour Pierre, par exemple (Marc 14v54). La suite du récit nous montre que cela conduit tôt ou tard au reniement. Le disciple peut donc lui aussi être infidèle, tout autant que la foule, mais s’il peut espérer le suivre encore, c’est grâce à la fidélité du Christ qui renouvelle son appel, comme il l’a fait pour Pierre (Jean 21v19, 22 ; cf Luc 22v31-32). La liberté du disciple peut conduire au reniement, mais la fidélité du Christ est telle qu’il invite sans cesse le disciple défaillant ». Ainsi, « m’aimes-tu ?», demande Jésus à Pierre qui l’a renié trois fois (Jean 21v15 et ss)(3). « Au disciple qui répond positivement », à l’instar du pécheur repentant qui se trouve pardonné, « Christ redit alors ce qu’il a dit au premier jour : suis-moi ! »(Jean 21v19), avivant ainsi le feu « du premier amour » dans un élan renouvelé.

 

 

Notes :

(1) BOURGUET, Daniel. Devenir disciple. Editions Olivetan, 2010 (« Veillez et priez »), PP 25- 26

(2) 25 fois chez Matthieu, 19 fois chez Marc, 17 chez Luc et 18 chez Jean, sauf erreur.

(3) Voir notre article, « soif d’utilité », autour de Jean 21v1-22 : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/04/23/soif-dutilite/

Au Nom de Jésus, crevons les bulles !

Lecture : « Ainsi, vous n’êtes plus des étrangers (…) vous êtes de la famille de Dieu » (Eph.2v19. TOB).

Vous vivez certainement cette phase où, dans votre église locale ou votre paroisse, le rush de la rentrée est en train de passer : les activités sont lancées, les formations diverses bien avancées et l’annonce de la Bonne Nouvelle (re)déployée dans toute son ampleur. Pour un peu, nous serions déjà dans la période de Noël, avant d’avoir pris le temps de vivre l’Automne !

C’est pourquoi nous serions bien plus inspirés de répondre « présent », en étant pleinement et vraiment là où Notre Dieu nous appelle ; et d’apprendre, pour l’avenir, à ne plus vivre dans l’agitation, sachant que, comme nous le rappelle ce bon vieux Soren Kierkegaard (1813-1855), « de tout ce qui est ridicule dans ce monde ridicule, rien n’est plus ridicule que de s’agiter »(1).
En effet, lorsque notre course est si intense que nos pensées sont constamment occupées par les problèmes passés ou futurs, nous prenons le risque de devenir des étrangers pour ceux qui vivent avec nous. Avez-vous remarqué que les préoccupations construisent une bulle qui nous isole même quand nous sommes avec ceux que nous aimons ? Elles forment en nous un brouillard qui parasite les communications et nous éloigne les uns des autres…

Bientôt, si nous n’y prenons pas garde, nous ne serons plus des frères et des sœurs dans nos maisons, ni des parents et des enfants, ni mari et femme, ni même des étrangers, mais des ennemis.
Ce phénomène est une réalité dans nos foyers mais aussi dans notre relation avec Dieu. Ephésiens 2v22 nous rappelle fort opportunément que « c’est dans l’union avec (Christ), que (nous faisons)partie (nous) aussi de la construction pour devenir avec tous les autres la maison où Dieu habite par son Esprit ». C’est donc ensemble que nous faisons partie d’une même maison. Mais habitons-nous réellement cette maison avec Dieu, Notre Père, ou bien sommes-nous là « sans être là », enfermés dans nos bulles de stress ?

Dieu nous donne, comme autant de cadeaux, des frères et des sœurs qui nous sont précieux : allons-nous partager avec eux nos vies et l’amour de Christ ? Allons-nous, avec Jésus, abattre les murs de séparation pour découvrir en l’autre qui est différent une pierre importante pour l’édifice que l’Esprit construit, un frère que je peux soutenir ?
Car Christ « est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Eph.2v14). En Lui, nous pouvons vivre la paix – c’est-à-dire, non pas l’absence de ce qui nous dérange, mais l’établissement de ce qui est bon et juste – mais aussi l’unité : d’abord avec Notre Père Céleste, mais aussi dans nos foyers et au sein de la grande famille qu’est l’Eglise, corps de Christ.

Ceci dit, par où commencer ? A ce sujet, les Evangiles considèrent que le premier jour de la semaine n’est pas le lundi mais le dimanche (Luc 24v1). Et si, finalement, la saison 2017-2018 de notre église ou paroisse locale, ne commençait pas en septembre mais en juillet, un mois marqué par les temps fraternels de nos fêtes d’église et le début du repos estival ? Et si cette nouvelle saison était marquée, au Nom de Jésus, par l’explosion des bulles, la dissipation des brouillards et l’abattement des murs ? C’est ainsi que nous pourrons vivre, non plus en étrangers, mais en frères et sœurs, membres d’une même famille s’aimant les uns les autres comme Jésus nous a aimés et aimant être ensemble.

 

[Texte adapté d’après Thomas Keller, pasteur. « Vous n’êtes plus des étrangers (…) vous êtes de la famille de Dieu » IN La Flamme, lettre de l’Eglise protestante unie du Marais, Automne-Hiver 2017]

 

Notes : 

(1) Citation tirée de « Ou bien, ou bien », de S. Kierkegaard. Gallimard (Tel), p22.

Travailler le dimanche ? C’est toujours non !

Un étonnant tract, plutôt bien vu, de la CGT(“Christ Gloire à Toi” ?)

Emmanuel Macron avait promis qu’une fois élu, il « améliorerait » la loi travail par une réforme encore plus large et légiférerait par ordonnances au cours de l’été. Les négociations avec les syndicats ont lieu en ce moment. C’est dans ce contexte que la CGT publie ce tract pour le moins étonnant contre le travail du dimanche
Il y est notamment rappelé (voir ci-contre) la loi Sarrien du 13 juillet 1906 qui stipule que « le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche ». Et c’est enfin une invitation à dire « toujours non ! » au travail du dimanche, via une pétition en ligne.

Contactée par Le Figaro, la Fédération CGT du Commerce et des Services explique aux journalistes la genèse de la campagne de publicité : «nous avions créé un forum de débat contre le travail dominical et décidé de nous inspirer des internautes pour notre communication sur le sujet. Parmi les réactions, une jeune femme qui déclarait préférer aller à la messe que travailler le dimanche». Considérant l’argument légitime, le syndicat n’a pas hésité à s’en servir, et a adopté le point de vue du prêtre, qui lui, ne peut « se dérober » au travail dominical.

Largement partagée sur les réseaux sociaux, elle a suscitée des réactions diverses. Accueillie avec méfiance par certains croyants, cette initiative est vue comme un « clin d’œil complice » par plusieurs prêtres, dont l’Abbé Pierre-Hervé Grosjean (voir son message sur twitter daté sur 01/07/17). Ce dernier se dit d’ailleurs en accord avec le message de la CGT («nous partageons avec certains syndicats et responsables politiques divers le souci de préserver des espaces de gratuité, de repos légitime», dit-il), faisant référence à la doctrine sociale de l’Église, qui a toujours prôné le repos dominical.

La CGT, quant à elle, assume totalement le lien avec l’Église sur cette question. Mais sa campagne a surtout pour objectif de lutter contre les effets de la loi Macron adoptée en août 2015, et qui a facilité le travail dominical en élargissant les autorisations administratives dans les zones touristiques, et en donnant plus de latitude aux maires pour fixer le nombre de dimanches travaillés. De nombreuses chaînes de magasins peuvent ainsi demander à leurs salariés de venir travailler le dimanche 12 fois par an. Cantonnée aux 20 zones touristiques internationales que compte la France (dont huit pour la seule ville de Paris), cette libéralisation du travail dominical pourrait bien devenir une nouvelle norme sociale. C’est en tout cas ce que craint la CGT, qui critique également son inutilité« Le travail du dimanche dans le commerce n’est pas utile car il ne participe pas à la lutte contre le chômage. En revanche, il complique énormément la vie de famille des salariés », déclarait ainsi au journal Le Parisien Olivier Champetier, secrétaire local de la CGT, en marge d’une manifestation organisée en juin dans le centre commercial d’Évry 2.

Enfin, pour Hélène Bodenez, il s’agit là d’une « excellente initiative ». Professeure agrégée de lettres dans un lycée jésuite parisien et blogueuse, elle cherche, entre autres, l’encadrement du dimanche chômé en France et en Europe. Dans une note de blogue pour Radio Notre Dame, le 03 juillet, elle nous invite à comprendre le message « qu’il y a derrière » le tract de la CGT, lequel rappelle que « le dimanche reste le jour privilégié de « l’élévation spirituelle » dont la messe ou le culte est un sommet et ses ministres les ouvriers de la vigne. Utiliser cette photo pour rappeler l’importance du repos dominical dérange sans doute car nous voudrions ne plus retenir la racine religieuse de ce noyau historique culturel de notre Europe. Combien d’entre nous veulent bien aller une petite heure à la messe mais oublie que c’est tout le jour qui est voué au Seigneur, au don A qui de le défendre ? Les syndicats prennent leur part du combat. A nous de prendre la nôtre ! »

Qu’en pensent, quant à eux, les protestants « historiques » et les protestants-évangéliques ? Estiment-ils qu’il s’agit là d’un « bon combat », dont ils doivent « prendre leur part » ?

Pour aller plus loin : (re)lire une ancienne note de blogue sur le sujet, toujours actuelle : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/06/03/le-chretien-peut-il-faire-greve-ou-notre-regard-sur-le-travail-et-les-manifestations-contre-la-loi-travail/

 

Trois films (sinon rien), pour mieux transmettre, émanciper et accompagner.

"Jimmy's Hall" : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter. Affiche du film de Ken Loach, (2014)

« Jimmy’s Hall » : un espace communautaire pour se cultiver, danser et discuter.
Scène du film de Ken Loach, (2014)

Dans la suite de cet autre billet, voici trois autres films à (re)découvrir, assez récents et en couleur, notamment sur le rôle, l’engagement et la place de l’Eglise dans la société : par exemple, dans un contexte de crises(économique, sociale…) et face au défi de la secularisation. Autre thème : la justice, la paix, la transmission d’une génération à l’autre…..

L’un et l’autre sont susceptibles de susciter des discussions lors de réunions d’église en semaine ou lors de réunions de jeunes/de groupes de quartier. D’autre part ces films ont l’avantage de nous faire voyager : en Irlande, dans « la Belle Province »(le Québec), ou même dans la campagne française.

1)En guise d’ouverture, voici “Jimmy’s hall”(2014), de Ken Loach, réalisateur britannique de 79 ans, qui vient d’obtenir une deuxième(1) palme d’or au 69ème festival de Cannes, avec “I, Daniel Blake”(“Moi, Daniel Blake”). Ken Loach est de ceux qui choisissent de montrer et de faire parler “les invisibles”, ceux dont l’histoire ne parle pas ou pas du tout. En juin 2014, il expliquait à Télérama combien il est “important, aujourd’hui de faire entendre une autre voix”. Car “on ne peut pas aborder les crises politiques actuelles sans connaître celles du passé”.

A noter qu’il a aussi choisi, depuis février 2015, de rendre visible plus d’une dizaine de ses films sur youtube.

Film plutôt accessible, notamment à partir de 14 ans, pour peu que l’on donne quelques repères historiques sur l’Irlande des années 20-30, “Jimmy’Hall” (sélectionné pour la 17ème fois à Cannes, mais sans recompense) permet de découvrir l’histoire vraie de Jimmy Gralton (1886-1945, à New York), seul Irlandais à avoir été expulsé de son pays sans procès, en 1933.

L’histoire : 1932 – Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s’occuper de la ferme familiale. L’Irlande qu’il retrouve, une dizaine d’années après la guerre civile, s’est dotée d’un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis…Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l’Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le « Hall », un foyer ouvert à tous où l’on se retrouve pour danser, chanter, étudier, apprendre, s’instruire, lire des livres, déclamer de la poésie ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions, notamment avec le père Sheridan, refont surface, mais restent sur un plan purement verbal. D’autant plus que le rayon d’action de Jimmy reste dans les limites de la paroisse. Jusqu’au jour où l’IRA d’un comté voisin lui demande d’intervenir en faveur d’une famille chassée de chez elle par un riche propriétaire terrien.

Pourquoi parler de ce film ici ?

 Au-delà du portrait de ce militant irlandais, c’est toute une communauté intergénérationnelle que l’on voit vivre ici.  Une communauté, dont les membres sont issues des classes populaires (sans emploi, sans terre…), qui affiche une forme de résistance culturelle et spirituelle pour la dignité (soit de ne pas dire « oui » à tout et n’importe quoi) et revendique pacifiquement le droit et la soif de savoir, d’émancipation, de liberté, de justice, et de paix véritable, dans un pays marqué par la guerre civile.

Parmi les axes de discussion possibles :

Que transmettre à une jeune génération qui n’a pas connu la guerre et qui a soif de savoir et de liberté, pour l’aider à « grandir » et à s’élever ? Discuter du rôle émancipateur de la culture et de l’éducation.

« Sans justice, pas de paix ». Qu’est-ce que la justice et la paix véritables ?

Commenter :

John Stott : « La mission, comprise à la lumière de l’incarnation, qu’elle soit liée à l’évangélisation ou à l’action sociale, ou les deux à la fois, exige un grand effort d’identification des chrétiens avec les individus dans leurs diverses situations. Jésus était ému de compassion à la vue des besoins des hommes, des malades, des personnes endeuillées, des affamés, des tourmentés, ou des laissés pour compte »(2) ;

Philippe Fournier : « ….Face à la religiosité, face à un attachement scrupuleux à la lettre de la loi divine qui en faisait oublier la compassion dont elle est porteuse, face à l’individualisme froid ou au laisser-aller, les prophètes (de l’Ancien Testament) répètent que Dieu ne réclame ni offrandes ni sacrifices, mais un cœur sensible au démuni. Ce message résonne dans notre actualité et interroge le chrétien sur la réalité de son engagement vers l’action sociale(…) Le partage de l’Évangile avec les exclus et les souffrants est possible si l’Évangile est envisagé comme ce qui crée du lien, de la relation, ce qui interroge et met en route. Notre prière et notre espoir est que nous soyons davantage préoccupés de rencontrer les gens et de les écouter que de chercher à les convaincre. L’Évangile se vit en premier par le décentrement de soi, qui s’appelle renoncement, et offre une ouverture. »(3).

En quel Jésus croyons-nous ? Quel Jésus proclamons-nous ? Notre action conduit-elle à une véritable libération et émancipation ? Ou à un asservissement ? Ecoutons-nous les faibles, les brisés, et pas « seulement lorsqu’ils sont à genoux », comme Jimmy le reproche au père Sheridan, dans le film ?

En bref : 

“Jimmy’s Hall”. Drame historique de Ken Loach (GB, 2014)
Avec Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott
Durée : 1h49 min.

"Médecins de campagne", un film de Thomas Lilti (2016)

« Médecins de campagne », un film de Thomas Lilti (2016)

2) Médecins de campagne

 Une comédie française de Thomas Lilti, ancien médecin et par ailleurs auteur d’ « Hippocrate » (2014. Un film sur le quotidien d’un hôpital public que j’ai eu du mal à aimer vraiment), mettant en scène, non pas un mais des médecins de campagne, personnages populaires et sympathiques s’il en est, au dévouement proche de celui d’un « pasteur de campagne ».

 L’histoire : le docteur Werner (François Cluzet), un médecin de campagne bon et bourru, et se croyant indispensable, se découvre subitement vulnérable, lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une tumeur. Mais la bataille à mener (et à remporter) contre la maladie se double d’une autre contre l’idée d’ « abandonner » ses patients à une nouvelle recrue, Nathalie (Marianne Denicourt), venue le seconder.

 

Pourquoi parler de ce film ici ?

Au-delà du récit d’une relation de travail entre deux médecins, de deux générations différentes, ce film brosse les conditions d’exercice de la médecine en milieu rural, avec l’enjeu alarmant des déserts médicaux : crapahuter qu’il pleuve ou vente pour visiter des personnes âgées grabataires / en fin de vie, ou des enfants grippés ; faire face aux erreurs de diagnostic sur les autistes ; gérer les cas de maltraitance psychologique et de manipulation mentale…bref,  soigner les corps et sonder les âmes, en s’improvisant « assistante sociale », « coach » ou « confident » pour ces patients que l’on a appris à connaître personnellement et dont on partage la vie. Et ce, dans un contexte de pénurie du personnel soignant, quand il ne faut pas partir « en campagne » contre des projets de maisons de santé devenues sources de spéculations immobilières. Quand le métier devient médico-social, pour ne pas dire « pastoral »….

Parmi les axes de discussion possibles : le dévouement, la vocation au service des faibles et des malades, des isolés ; la dignité, la fin de vie, les déserts médicaux, la spéculation immobilière en milieu médical ; la figure du médecin de campagne, et par association d’idée, celle du pasteur/berger – souvent seul. L’accompagnement, la visite, dans le cadre d’une église locale ou d’une paroisse.

En bref :

Médecin de campagne, comédie de Thomas Lilti (France, 2016). Avec François Cluzet (Jean-Pierre Werner), Marianne Denicourt (Nathalie Delezia)….Durée: 1h42

 

"La Passion d'Augustine" ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

« La Passion d’Augustine » ou témoigner en Eglise dans un contexte de sécularisation

3) La Passion d’Augustine

Un film québecquois de Léa Pool(2015), qui retrace le moment où « la révolution tranquille » s’est affranchie de son héritage religieux, dans « la belle province ».

L’histoire : Au milieu des années 60, « un couvent dirigé par Mère Augustine(Céline Bonnier), une ancienne concertiste qui transmet avec ardeur sa foi en la musique, voie d’accomplissement et d’émancipation. Son zèle communicatif irrite la supérieure de la congrégation, jalouse de son aura, qui cherche à la remettre au pas par une série d’injonctions et d’humiliations. Malgré l’excellente réputation dont jouit l’établissement grâce aux nombreux prix remportés par ses étudiantes dans différents concours, une menace de fermeture plane. La récente création du Ministère de l’Éducation et la construction d’écoles publiques laïques forcent la congrégation religieuse à se restructurer. Pour éviter le pire, une grande conférence de presse est organisée pour montrer à tous l’utilité du couvent et les talents qui y sont cultivés. En plus des destinées de sa maison d’enseignement, Mère Augustine doit s’occuper de sa nièce Alice, jeune pianiste aussi douée que rebelle. Décelant son talent immense, Mère Augustine la pousse à se dépasser, espérant ainsi décrocher la médaille d’or au concours de musique provincial(4).

Pourquoi parler de ce film ici ?

Un point de vue intéressant sur le phénomène de sécularisation au Québec et ses dégâts collatéraux touchant une institution, l’Eglise, menacée…de restructuration !

Parmi les axes de discussion possibles : la question de « l’héritage religieux », « se réconcilier avec son passé », pour une nation(4) ; la sécularisation et la place de l’Eglise dans une telle société ; les relations entre générations ; le rôle et la place des écoles privées, notamment confessionnelles, dans une société sécularisée ; le rôle de la musique dans l’éducation, comme vecteur d’accomplissement et d’émancipation….

En bref : 

« La Passion d’Augustine », un film québecquois de Léa Pool(2014). Avec Céline Bonnier. 1h43

 

Notes : 

(1) Après « le vent se lève », en 2006, lors du 59ème festival de Cannes.

(2) Cf « Le Chrétien et les défis de la vie moderne »(T.1). Sator, 1987, p. 40.

(3) Voir http://www.promesses.org/arts/176p5.html

(4) Voir https://coupsdecoeurdici.com/2015/03/29/la-passion-daugustine-pour-se-reconcilier-avec-notre-passe/ et http://www.la-croix.com/Culture/Cinema/La-Passion-d-Augustine-dernier-hiver-d-un-couvent-quebecois-2016-03-30-1200749899

Relisons ensemble l’épître « aux Ephésiens »

Depuis quelques temps, il me semble que tout semble converger-ou inciter-à (re)lire et (re)découvrir l’épître de Paul dite « aux Ephésiens ».

Ce constat vient notamment 1)de préoccupations personnelles récurrentes relatives à la façon dont nous sommes censés vivre en tant qu' »expression locale du corps de Christ »(soit la vie de l’église locale) ; 2)de la relecture(répétée et encore récente) d’articles* relatives à cette lettre, ainsi que 3)du choix de mon pasteur d’étudier « Ephésiens » pendant toute l’année lors des cultes du dimanche. Ce n’est sans doute pas « un hasard ». Ou alors « un hasard avec un grand D ».

Que nous enseigne cette épître ?

Déjà, il s’agit d’une des lettres dites « de la captivité de Paul »(avec Philippiens, Philémon et Colossiens). Ensuite, une remarque, concernant l’intitulé et l’adresse de cette épître particulière impersonnelle : plusieurs manuscrits(et des meilleurs)laissent d’ailleurs « en blanc » la mention du destinataire (« aux Ephésiens »)dans la salutation(1v1). De quoi donner à penser que l’épître de Paul, dite « aux Ephésiens », ne serait pas vraiment(ou exclusivement)adressée « aux Ephésiens »**, mais qu’il s’agirait en réalité d’une sorte de lettre circulaire adressée aux église d’Asie mineure. Elle s’adresse à l’Eglise universelle ou au corps de Christ, composé de tous les croyants en Christ. Vous pouvez donc tout à fait la lire aujourd’hui, comme si elle était adressée à votre propre communauté(« A l’église-ou « aux Saints »-réunie à Paris, Lyon, Marseille », etc…) Une lettre actuelle, donc.

Quel est son contenu ?

Son thème central est « le mystère de Dieu » pour le salut du monde, voilé durant les siècles, accompli en Christ, et maintenant révélé, « déployé » dans l’Eglise. Paul n’écrit pas en réaction contre des fausses doctrines(à l’instar de l’épître aux Colossiens ou aux Galates), ou pour répondre à des questions(Corinthiens), mais pour transmettre un exposé de la doctrine, des vérités divines, pour consolider la foi des croyants.

Une épître courte et dense, riche en enseignements, à une époque où ce qui est « doctrinal » semble actuellement dévalorisé au profit de « l’expérience », et tout à fait cohérente.

Elle est aussi très bien structurée : On relève une première partie(ch.1-3) sur Dieu(le « Dieu trinitaire » cf ce que l’on y apprend de Christ et du Saint-Esprit, par exemple : wow !), ce qu’Il a fait(voir les verbes d’action du ch.1 le concernant, et ce qui nous reste à « faire », de notre côté), l’Eglise, notre position en Christ, ainsi que sur ce à quoi nous sommes prédestinés et ce pourquoi nous avons été adoptés(Eph.1v1-12). Suit une seconde partie(ch.4-6), relative aux applications pratiques de ce qui précède et que l’on pourrait résumer en gros : « vous êtes[et vous savez pourquoi], soyez », ou « vivez comme tels ». Ainsi : ne cherchez pas à « faire »(ou à « fabriquer »)l’unité : « vivez (dans) l’unité » ou « gardez l’unité »(Eph.4v3. Comp. avec 2v11-19) ; ou ne cherchez pas à « faire pour être »… « des enfants lumière », mais « marchez comme des enfants de lumière », produisant « le fruit de la lumière »(Eph.5v8-9). « Soyez » ou « ne soyez pas », non parce que « ce serait bien » ou parce que « ce serait mal », mais parce que « c’est ce que vous êtes », ou parce que « c’est contre-nature ». Et vivez, non pas de manière individuelle, individualiste, mais dans la communion, l’amour, la réciprocité…

Un élément marquant, pour moi, aujourd’hui, dans cette lettre : aux chapitre 1-2, il est fait question des « richesses infinies » de Dieu, réservées et au bénéfice, non pas d’une personne, ou d’un petit groupe de personnes, mais de toute la communauté. Face à ces « richesses infinies »(célestes, spirituelles), quelle attitude devons-nous adopter, nous croyants ? Sera-t-elle différente de celle que nous devons adopter ou manifester, face aux « richesses(ressources) finies »(ou terrestres) ? Comment manifesterons-nous ainsi le caractère de Dieu, marqué par l’abondance, la générosité, la sagesse et la justice ?

En étant de « bons (et fidèles) intendants des diverses grâces de Dieu », servant les autres et non nous-mêmes ! (1 Pie.4v10. Comp. avec Marc 6v43-44)

 

 

Notes :

* « Connaître le Dieu trine »(prédication pêchée sur le blogue « Théologeek ») et « voler et copier dans le cadre de la communauté »(article auquel je fais référence ici)

**Ephèse, une cité grecque d’Asie mineure dont la fortune ou la prospérité semblait venir de toute une industrie au service de la déesse Artémis(ou Diane). Comparer avec Actes 19.

Comment tu parles de sa femme ?

"Au commencement", c'est "deux"...

Comment parle-tu de l’Eglise, corps et épouse de Christ ? Et comment Christ parle-t-il Lui-même d’elle ?

Comment réagiriez-vous, messieurs, si vous appreniez que l’on a mal parlé de votre épouse en votre absence ?

Et que penserait le Seigneur Jésus-Christ de la façon dont nous parlons de l’Eglise*, qui est « Son corps »** et Son épouse, « dont Il est le sauveur »** ? Par exemple, quand nous murmurons contre elle, quand nous la dénigrons, et, de fait, la maudissons ? Actes 9v5 nous rapporte la façon dont Christ a répondu à un grand persécuteur de Son Eglise, devenu peu après l’un de Ses plus grands serviteurs : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Dirait-il aussi : « je suis Jésus que tu insultes » ?

Par contraste, il est édifiant de (re)découvrir la façon dont Dieu parle de l’Eglise en Eph.5v23-33. Avec en parallèle Cant.2v13-14, dans lequel on peut y voir l’appel que Christ lance à Son épouse. Soit à nous-mêmes, croyants en Christ : « Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens ! Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher, Qui te caches dans les parois escarpées, Fais-moi voir ta figure, Fais-moi entendre ta voix ; Car ta voix est douce, et ta figure est agréable. »

Tu te crois un homme ? Ou tu veux être « un homme, un vrai » ? Traite donc l’épouse de Christ-et ta propre épouse-comme Christ a traité la Sienne !(Eph.5v25)

 

 

Notes :

* Eglise : union de tous les croyants en Christ(Rom.12v5, 1 Cor.12v12-13…). C’est ce que l’on appelle « l’Eglise avec un grand E ». L’église avec un « petit e », quant à elle, est son expression locale(voir les entêtes de ces lettres : 1 Cor.1v2, Col.1v2, Philém.v2, etc…).

A noter que l’Eglise, comme le mariage, sont appelés des « mystères », dans le Nouveau Testament(Eph.5v32). Et comme « par hasard », l’une et l’autre font l’objet d’attaques particulière de nos jours….

A noter enfin qu’il est impropre de dire « on va à l’église », comme si l’Eglise était un bâtiment. Disons plutôt : « nous nous rassemblons, en Eglise, convoqués par Christ, pour nous réunir en Son nom »(Matt.18v20). Formule certes plus longue et plus difficile à retransmettre, mais combien plus juste.

**Eph.1v23-23

« Cela s’appelle l’Eglise… »

Simple constat : l’Eglise est l’une des vérités(un « mystère » dans la Bible, cf Ephésiens)les plus attaquées et discréditées de nos jours, à l’instar du mariage. Et ce, « au profit » de « spiritualités » individualistes aux effets précarisants(une image tirée de la nature : le loup cherche en général à isoler la brebis la plus faible du troupeau. Certainement pas pour l’aider à « se réaliser »…cf Ezech.34, Eph.4v11-16, Jean 10…). Ce n’est certainement pas un « hasard », comme ce n’est certainement pas un « hasard » que Dieu(me semble-t-il)nous invite à reconsidérer ce qu’elle est et ce qu’elle-en tant que telle-nous enseigne.

(Re)découvrons donc aujourd’hui ce que Dieu Lui-même nous en dit dans Sa Parole, par exemple, dans l’épître aux Ephésiens(déjà signalée plus haut), notamment ce qu’elle est pour le Seigneur Jésus-Christ, qui l’a suffisamment aimée au point de donner sa vie pour elle(Eph.5v22-33)-et donc, ce qu’elle doit être pour nous. Relisons également la première épître aux Corinthiens(chapitre 12v12-27, par exemple), la première épître à Timothée(chapitre 3v15), Actes 2 à 4, etc…

Testons-nous également : lorsque nous parlons de l’Eglise, dans nos conversations(à table, par exemple), comment en parlons-nous ? Comment la voyons-nous ? Avec quel regard ?

Enfin, dans le but d’alimenter la réflexion, voici ce qui me paraît être une belle image de l’Eglise : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/06/03/de-toutes-nos-forces-aimons-notre-dieu/

Avec cet autre excellent billet, à l’angle original, où l’on apprend que l’Eglise-loin d’être une déception-est « cette bonne nouvelle » :

http://www.theologeek.ch/2014/08/15/leglise-bonne-nouvelle/

 

Sur ce, bonne soirée de dimanche !

Et si, en ce 6 juin, nous « débarquions » dans les coeurs de ceux qui sont perdus ?

La commémoration des 70 ans du "D-Day"  : ne pas oublier les plus petits !

La commémoration des 70 ans du « D-Day » : ne pas oublier les plus petits !

Vous savez sans doute que depuis hier, 5 juin, et jusqu’au 21 août 2014, est célébré le 70e anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie(« le jour le plus long »)et de la bataille de Normandie.

Un anniversaire qui se veut « un temps de recueillement et de communion nationale et internationale », peut-on lire sur ce site dédié à la commémoration.

« Parce qu’il sera vraisemblablement le dernier anniversaire décennal en présence des acteurs et des témoins de ces événements, il prendra une dimension particulière ; au moment d’accueillir pour la dernière fois dans le cadre d’un grand anniversaire un nombre encore important de celles et ceux qui sont les dépositaires du « souvenir vivant », l’émotion sera intense. Cet anniversaire sera aussi un moment privilégié pour la transmission de la mémoire et le partage des valeurs fondamentales pour lesquelles tant de jeunes hommes sont allés jusqu’au sacrifice suprême : la paix, la liberté, la fraternité, la dignité de l’Homme ».

La suite ici : http://www.le70e-normandie.fr/le-70eme/70e-anniversaire-du-debarquement-bataille-normandie/

Mais il se peut que vous ne sachiez pas tout cela. Auquel cas, vous « débarquez »…

Parallèlement à ces hommages et devoirs de mémoire, un ami et un frère de mon église(qui a souhaité rester anonyme) m’a envoyé une très belle et touchante réflexion spirituelle personnelle, cette semaine. C’est un cri à Dieu, pour que lui-même puisse crier dans ce désert de solitude… Ce message nous remue et nous remet en question. Voici l’essentiel :

« Il serait bon (que nous profitions des circonstances pour débarquer) dans les coeurs des plus endurcis » et qu' »en tant qu’enfants de Dieu », nous allions « chercher les brebis perdues, c’est à dire tous ceux et celles qui se sont donné à Jésus mais qui se trouvent paralysés dans leur foi par les bombes de la vie…
La guerre a fait de nombreux réfugiés ». Des réfugiés malheureusement « dispersés dans des camps où l’ennemi les retient captifs. Église sors ! Recherche… n’es-tu pas la gardienne de ton frère, n’es-tu pas la gardienne de ta soeur…? Eglise, qui est composée de « Pierres Vivantes »(1 Pie.2v5), n’abandonne pas le plus petit, le plus fragile. Ne vois-tu pas qu’en chemin, il s’est perdu ?
Église, débarque sur la France. Apporte la Bonne Nouvelle, le Salut qui est en notre Seigneur Jésus-Christ et pour tous…Amen !!!

 

Mais avant toutes choses, pour que l’impossible soit possible, « laissons d’abord Jésus débarquer dans nos cœurs ! »

 

Sur ce, bon week-end et bonne commémoration !

 

A lire :

Esaïe 6v1-8 :
« L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple.
Des séraphins se tenaient au-dessus de lui ; ils avaient chacun six ailes ; deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et deux dont ils se servaient pour voler.
Ils criaient l’un à l’autre, et disaient : Saint, saint, saint est l’Éternel des armées ! toute la terre est pleine de sa gloire !
Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée.
Alors je dis : Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des armées.
Mais l’un des séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes.
Il en toucha ma bouche, et dit : Ceci a touché tes lèvres ; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié.
J’entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? Je répondis : Me voici, envoie-moi ».

Esaïe 40v3-5 :

« Une voix crie : Préparez au désert le chemin de l’Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu.
Que toute vallée soit exhaussée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que les coteaux se changent en plaines, Et les défilés étroits en vallons !
Alors la gloire de l’Éternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra ; Car la bouche de l’Éternel a parlé ».

Matthieu 9v9-13 et Matthieu 18v10-14

Luc 15

“De toutes nos forces”, aimons notre Dieu…

… et, “comme nous-mêmes”, notre prochain…..(1)

« De toutes nos forces », un film de Niels Tavernier, 2014, avec Jacques Gamblin et Fabien Héraud

« De toutes nos forces », un film de Niels Tavernier, 2014, avec Jacques Gamblin et Fabien Héraud

Qu’est-ce que le Christianisme ? « Une relation » et « non une religion », a-t-on coutume de dire. Quoique « religion » (du latin « re-ligio ») signifie « relier à nouveau à Dieu »…

Le Christianisme est relation. Avec Dieu, par et en Jésus-Christ, ainsi que « les uns avec les autres » sur une base commune (Jean 17, 3 ; 1 Jean 1, 3). Il n’est pas un chemin en solo, même si la qualité de nos relations avec les autres dépend de notre relation personnelle avec Dieu.

Surtout, « le christianisme nous rappelle que nous avons besoin les uns des autres », écrit le pasteur Gilles Boucomont, parlant des “bienfaits de l’Eglise”-celle de Jésus-Christ, dans « Mener le bon combat » (Ed. Première partie, pp. 247-249.)

« C’est un « sport collectif ». Nous faisons corps. Ne penser qu’à son salut personnel est une marque d’immaturité dans la foi, ne se préoccuper que de son confort spirituel est le signe d’un individualisme avancé. « Sans moi vous ne pouvez rien faire ». Jean 15, 5. (…) La communauté, soudée par l’amour du Christ et pratiquant la redevabilité, devient une vraie cuirasse de sécurité pour les croyants. Ils ne sont pas seulement protégés par Celui qui est leur rocher et leur abri, mais ils le sont aussi par l’Eglise…

Ce qui est construit ensemble est plus solide. Et le soin apporté au plus petit fait grandir aussi le plus grand. Cette démarche est tout sauf déresponsabilisante, car elle vise à créer un maximum de dépendance non pas à l’égard des personnes, mais à l’égard de Dieu ». (op. cit.)

Ce principe me paraît magnifiquement illustré dans le film « De toutes nos forces », de Nils Tavernier (2014), avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy et le jeune Fabien Héraud (comédien non professionnel) : l’histoire d’une famille composée d’un père, d’une mère et de deux enfants. Mais Julien, le fils qui rêve d’aventures et d’une relation amoureuse – d’une vie excitante – est littéralement frustré et coincé : 1) par son lourd handicap (il est infirme moteur cérébral, en fauteuil roulant) ; 2) entre un père, ancien coureur de fond et chômeur, distant, trop distant, et une mère aimante, trop aimante, présente, trop présente.

Une famille et un couple au bord de l’éclatement

Or, à la veille de ses 18 ans, Julien ne veut plus être traité en enfant que l’on doit protéger de tout et décide de vivre ses rêves. Pour y parvenir, il met au défi son père de concourir avec lui à « l’Ironman », le triathlon de Nice(2). Dans un premier temps, le père refuse, ne s’estimant pas capable d’un tel exploit. Mais Julien ne “lâchera rien”, contraignant son père à le suivre et ressoudant le couple.

Un (mélo)drame tiré d’une histoire vraie : celle d’une redoutable épreuve qui réconcilie un père avec son fils handicapé. Duo sportif ne formant qu’un, témoignant d’une magnifique communion, le père et le fils tenteront d’atteindre leur but, “de toutes leurs forces”.

« De toutes nos forces » est donc le titre d’un beau film. L’expression évoque ce commandement d’aimer (Notre) Dieu…. « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces » (Deut.6v 52)(3) Avec ce « second commandement, qui lui est semblable » (ou complémentaire), comme le rappelle le Seigneur Jésus (Matt.22,v37-40) : « aimer (notre) prochain, comme (nous)-même ».

Même si ce n’est sans doute pas l’intention première du réalisateur, le film me paraît également être une illustration de la vie chrétienne, autant dans sa dimension individuelle que collective (ici, au sein du noyau « famille »), et de ses vertus dites théologales, telles la foi, l’espérance et l’amour (1 Cor.13v 13) :

C’est cette puissance de l’amour, de l’espérance et de la foi – celle en Dieu qui déplace des montagnes (cf Marc 11v22 : l’action se passe d’ailleurs en Haute-Savoie) qui s’avère être le moteur de la reconstruction d’une famille en décomposition, comme de la véritable émancipation, réellement libératrice(4).

On relèvera enfin le rôle de la sœur aînée, modèle de la « sœur en Christ » et de l’amour fraternel, qui « supporte », soutient, édifie, honore (cf 1 Cor.13v7 ; Col.3v12-14), avec l’idée de réciprocité et de redevabilité (voir son touchant discours lors de la scène du repas d’anniversaire de Julien au restaurant)

Sans oublier la place essentielle du père (notre génération manque de véritables pères, constate-t-on), censé être un modèle, celui qui inspire, qui enseigne, qui « prépare au dehors », et cet équilibre nécessaire, vital, au sein de la famille, avec la mère, celle « qui nourrit », veille et entoure.

 

Voir aussi : http://www.europe1.fr/Cinema/De-toutes-nos-forces-handicapes-ils-ont-ete-bouleverses-1924655/#

Et la bande annonce du film :

 

Notes :

(1) Cet article a été  initialement écrit, en tant qu' »inédit », pour  « Les Cahiers Libres » et publié le 23/05/14.

(2) Une épreuve de 226 km où le père devra tirer, porter et pousser le fils sur la terre et en mer : 3,8 km de natation, 180,2 km de cyclisme puis un marathon (42,195 km) en course à pieds

(3) Avec ce bel exemple donné par le Roi David en 2 Sam.6v14-16

(4) Le véritablement affranchissement étant en Christ, comme ce dernier le dit lui-même : « si le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8v36)