« Etrangers dans la cité » ou quand l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise

L’Eglise ne doit pas s’inquiéter « d’être dans le monde » mais « comment être dans le monde, sous quelle forme et dans quel but »(Hauerwas/Willimon. Etrangers dans la cité)

Voici là l’un de mes meilleurs livres lus cette année, reçu dans des circonstances particulières, et dont je vous recommande vivement la lecture : « Etrangers dans la cité » de Stanley Hauerwas et William H. Willimon (Ed. du Cerf, 2016). Il y est question de l’Eglise (celle de Jésus-Christ) et de la façon dont elle est appelée par Son Seigneur à être visible, en étant ni « du monde » ou « hors du monde », mais bien « dans le monde ». En clair : l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise, et les chrétiens doivent assumer le fait d’être « des exilés en terre étrangère » (op. cit, p 51).

Cette édition d’ « Etrangers dans la cité » (par ailleurs catholique et non protestante/évangélique, comme on aurait pu s’y attendre) est la première traduction française de l’édition « anniversaire » d’un best-seller (« vendu à 1 million d’exemplaires » dans son édition américaine d’origine !) publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014. L’ouvrage, qui a pour auteurs deux méthodistes américains (l’évêque William H. Willimon, qui a rédigé un avant-propos, et le théologien et éthicien Stanley Hauerwas, qui a rédigé la postface), reste toujours aussi stimulant et pertinent pour notre temps. Il semble pourtant encore trop peu connu en France et me paraît particulièrement recommandable à tous ceux qui estiment que l’on pourrait « être chrétien sans église » et/ou que le summum de « la maturité spirituelle » serait une vie marquée par l’indépendance ou « la liberté individuelle » rationnelle de choix (par ailleurs héritée des Lumières).

Dans cette édition française figure également une préface tout aussi percutante des traducteurs Grégoire Quévreux et Guilhem Riffaut. Intitulée de façon provocatrice « Babylone à domicile », elle souligne que « l’Eglise, quand elle est fidèle à Jésus-Christ » et au véritable Evangile (pas le faux, dit « de la prospérité » !), « s’oppose nécessairement au monde », « un monde malade de son propre vide : le McWorld », né de « la mcdonaldisation » de la société, standardisée sur le modèle du « fast-food »(op.cit., pp8-13, 23). Et cette Eglise fidèle s’oppose alors aux « piliers du McWorld » (le nihilisme, le matérialisme, le capitalisme et l’individualisme), « lorsqu’elle lui rappelle la foi en Dieu et son Fils, son éloge d’une vie simple et spirituelle fondée sur l’amour du prochain et vécue communautairement, loin du consumérisme acharné et de la concurrence rapace de tous avec tous » (op.cit., p23). C’est là « la chose la plus précieuse (que l’Eglise fidèle) a à apporter (à ce) monde » (op.cit., pp 26-27).

Sinon, Willimon et Hauerwas nous invitent à nous poser les bonnes questions (non plus « devons-nous croire ? » mais « que devons-nous croire ? », op. cit., p63 et non plus « Dieu existe-t-il ? » mais « quel Dieu existe ? », op.cit., p164). Et à nous réjouir de ce que, « quelque part entre 1960 et 1980, un vieux monde dépassé (ait) pris fin, laissant la place à « un monde nouveau et excitant », « en attente d’être exploré »(op.cit., p53).

« Le vieux monde » qui a disparu est « la chrétienté », ou « l’Église constantinienne » – marquée par une si étroite collaboration entre l’Église et l’Etat, que l’un et l’autre en sont confondus. Le christianisme a paru pendant des siècles en tirer profit par l’influence qu’il s’imaginait avoir sur le temporel. La disparition de ce régime a laissé désemparées plusieurs générations de chrétiens.

« Le monde nouveau et excitant, en attente d’être exploré » est celui qui s’ouvre aux chrétiens, libres désormais de proclamer l’Evangile et d’incarner une véritable contre-culture, missions impossibles si « la tâche sociale de l’Église est d’être l’un des nombreux auxiliaires dociles de l’État » (op.cit. p. 85), ou si l’Eglise reste « le supplément d’âme de la société marchande » (op. cit., p 27).

Rejetant les compromissions et les impasses du sécularisme de l’Église « militante » (« libérale », « progressiste », oeuvrant à réformer la société) et de l’individualisme de l’Église « conversionniste » (« conservatrice », travaillant au changement intérieur des individus), l’une et l’autre n’ayant rien de sérieux (et de neuf) à dire à la société, Willimon et Hauerwas optent pour une Église confessante, qui n’est ni « le juste milieu », ni une synthèse des deux précédentes.

Pour une telle église, « fidèle plus qu’efficace », être « le plus crédible » et « le plus efficace » ne consiste pas à rendre l’Evangile plus « crédible et compréhensible » pour le monde, au risque de dénaturer le message, mais à être « quelque chose que le monde n’est pas et ne pourra jamais être » sans le Christ (op.cit., pp 93-95) :

« Ilot culturel au milieu d’une culture étrangère », l’Eglise ne doit pas œuvrer pour « améliorer » le monde, mais préparer le Royaume (ou Règne) de Dieu en bâtissant ce qui est « la stratégie sociale la plus créative que (les chrétiens ont) à offrir » (op. cit.p. 147), prémices d’une nouvelle création en Christ. L’Eglise n’a donc pas seulement une éthique sociale chrétienne : elle « est » une éthique sociale chrétienne, étant une communauté de foi vivante, visible et inspirante (certes, dans la faiblesse) où sont vécus les principes de vie du Règne de Dieu enseignés par Jésus dans le Sermon sur la Montagne : suivre Jésus et vivre ensemble autrement, choisir la vérité au mensonge, remettre en question « une bonne idée » de garderie à l’église (pour les membres qui auraient besoin « de travailler plus pour gagner plus » de quoi s’acheter une deuxième voiture…), confronter les « Ananias et Saphira » plutôt que de (les) rassurer, prendre soin de manière collective et concrète d’un couple proche du divorce, donner et recevoir le pardon, aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent….bref, « être parfaits », comme « Notre Père Céleste est parfait », Lui qui « fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, il fait pleuvoir sur ceux qui lui sont fidèles comme sur ceux qui ne le sont pas » (Matt.5v45, 48).

Contrairement à une idée reçue, le Sermon sur la montagne n’encourage pas un individualisme héroïque, puisqu’il le tient en échec. Il n’est donc pas à vivre seul, ce qui serait impossible, mais nécessairement au sein d’une communauté (l’Eglise) et autour d’un grand récit (celui de la révélation biblique dont le centre est Jésus-Christ). C’est ainsi que sera effectivement et concrètement annoncé « une Bonne Nouvelle premièrement pour les pauvres », et proclamé « aux captifs la libération… » (Luc 4v18).

« Objections ! »

Une telle approche, qualifiable de « radicale », sera-t-elle intégralement adoptée ? Stimulante et interpellante, elle est toutefois susceptible d’être critiquée comme étant « sectaire » (cf la posture d’une Eglise repliée sur elle-même), « pessimiste » ou « binaire » (l’Église présentée comme « l’unique planche de salut face à une société éclatée »). Ainsi, Dieu est-il exclusivement actif dans la communauté des chrétiens ou agit-il aussi dans la vie des hommes et des femmes de bonne volonté qui n’appartiennent pas à une «Église visible» ? « Dieu offre-t-il le salut à un petit nombre de croyants seulement ? Le monde n’est-il pas un lieu habité par l’Esprit de Dieu ? Un agnostique individualiste ne peut-il pas trouver dans sa vie un chemin de vérité ? La sagesse de ce dernier ne peut-elle rien apporter aux chrétiens ?…… »

D’autres objecteront : « une foi réellement incarnée peut-elle se passer d’entrer en dialogue avec la culture ? Le modèle suggéré par les auteurs est-il vraiment pertinent pour penser les défis de la foi chrétienne dans une France sécularisée, tentée par toutes sortes de replis identitaires ? » (pour ne pas dire « communautaristes ») Ce à quoi répondent indirectement Willimon et Hauerwas, pour qui « les chrétiens se doivent d’être très soupçonneux vis-à-vis de tout discours communautariste », surtout « lorsque les gens sont totalement privés de perspectives ou d’une vision du monde cohérente ».

D’autres encore estimeront « critiquable » l’affirmation comme quoi « l’éthique chrétienne (n’aurait pas) de sens pour des non-chrétiens » et dénonceront comme un « excès de langage » ce qui consiste à qualifier tout projet d’une éthique universellement compréhensible d’« hérésie diabolique ». Si « l’éthique chrétienne découlant de la foi au Christ est folie pour le monde, est-elle pour autant incompréhensible ? L’éthique chrétienne ne vient-elle pas réveiller la conscience que Dieu a déjà placée en chacun ? »

« A nous de jouer ! » (Mais ce n’est pas un jeu)

Ces objections et interrogations une fois formulées (dans le but – conscient ou inconscient – de « rationaliser » le propos d’ « Etrangers dans la cité » ?), et après avoir bien débattu sur le web et/ou IRL, les chrétiens oseront-ils être enfin l’Eglise, « dans le monde sans être du monde » ?

Non pas, comme le précisent Willimon et Hauerwas, pour être « la communauté pour la communauté » (op.cit., p138), mais pour être fidèles à Jésus, dans l’humilité et en vérité.

En parallèle, le mieux que l’on puisse souhaiter à « Etrangers dans la cité », à l’instar du vœu de ses auteurs, c’est d’être lu et perçu « comme un livre d’espérance », source d’inspiration, par ceux qui continuent de croire que « Dieu n’abandonnera jamais Son Eglise » (op.cit., p 282)

 

En bref :

Stanley Hauerwas, William H. Willimon, Étrangers dans la cité (Resident Alliens. Life in the Christian Colony), traduit et préfacé par G. Quévreux et G. Riffault, Editions du Cerf, 2016(collection Essais). Disponible chez l’éditeur et dans toute bonne librairie.

Pourquoi l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus‐Christ

« Oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ». Source : Pixabay

« Vous avez (certainement) entendu dire » que « Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Église qui est arrivé.» Comprendre : « le résultat n’est de loin pas aussi bien que ce qui était promis ».

En réponse à une telle affirmation, voici un article « theologeek » que je vous invite à découvrir, lequel rapporte cinq rencontres confirmant « que oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et que non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ».

« La solitude (étant) une des formes de précarité les plus violentes de notre société, l’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation: c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans dans le regard d’un·e autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique. Tout le monde est invité — y compris ceux que la société considère comme ses déchets, ces gens parfois un peu pénibles, qui nous mettent mal à l’aise, qui sentent parfois mauvais, qui ont souvent mauvaise réputation — ceux vers qui Jésus allait, quoi.

Et puis c’est dans l’Église, dans ce contexte d’amour et de vérité que la Parole puissante et guérissante du Christ est appliquée à nos vies, jour après jour, prière après prière, cène après cène, pour nous faire goûter toujours d’avantage à sa libération. Y compris libération de l’alcool, de la coke ou de l’héro.

Pour tout ceux et celles qui sont seuls, donc, l’Eglise est l’avant-goût du Royaume. Est‐ce que les chrétiens — moi inclus — seront à la hauteur de l’amour fou du Christ pour les marginalisés? Est‐ce que nous saurons les accueillir s’ils répondent à l’invitation? Est‐ce que nous oserons leur offrir plus que de belles paroles, en ouvrant nos maisons et donnant un bout de nos vies ? »

Comme l’auteur de ce formidable article, j’ai aussi envie de répondre : « je ne sais pas » ou « je ne sais qu’une chose, c’est que l’Eglise est une Bonne Nouvelle » !

Lire la suite de l’article ici.

 

Inspi lecture : Étrangers dans la cité, de Stanley Hauerwas et William H. Willimon. Le Cerf, 2016, dont nous avons parlé mercredi.

Ou comment l’Église est « la stratégie sociale la plus créative que nous [chrétiens] ayons à offrir » (op.cit.p. 147). Prémices de l’humanité nouvelle instaurée par le Christ, l’Eglise « a » non seulement une éthique sociale spécifique, fondée sur l’enseignement et la vie de Jésus, mais plus encore elle « est » essentiellement une éthique sociale, qui n’a rien de naturel pour l’esprit humain, et dont le Sermon sur la Montagne constitue la charte collective. Et ce, pour être vraiment fidèle à son (seul) chef, « qui n’est pas de ce monde », devenir un peuple nouveau, sans pactiser avec aucun pouvoir, bref, faire œuvre sociale et « politique » au sens le plus étymologique du terme. « Ce qui fait que l’Église est radicale et toujours nouvelle, ce n’est pas qu’elle incline à gauche sur la question sociale, mais qu’elle connaît Jésus, alors que le monde ne le connaît pas » (op.cit.p. 69).

Un livre pertinent pour notre temps, pour nous rappeler que c’est avant tout en chrétiens que nous sommes appelés à réfléchir et à agir.

« Read it (again) » : la Déclaration de Barmen (1934) ou quand l’Église sait dire « non »

L’Eglise saura-t-elle être l’Eglise aujourd’hui et dire « Oui » à son Seigneur Jésus et « Non, non, non et non ! » à « cette fausse doctrine », selon laquelle, en plus et à côté de la seule Parole de Dieu, « l’Eglise pourrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu…. » ?

L’Église n’a pas à s’inquiéter d’être « dans le monde » mais plutôt de savoir « comment » être dans le monde, « sous quelle forme et dans quel but ». Elle n’a pas non plus à choisir entre être ou « dans le monde et politiquement responsable » (1)  ou être « hors du monde et irresponsable, introvertie », estiment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, dans Étrangers dans la cité (2). Publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014, ce livre, co-écrit par deux pasteurs et théologiens méthodistes américains, garde une étonnante actualité. 

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours autoritaire, outrancier et raciste, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique/biblique (3), il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934(4), laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » (op. cit., p 92).

Notons, comme nous y invitent en guise de commentaire Stanley Hauerwas et William H. Willimon, « la nature exclusive et non inclusive de cette déclaration, sa détermination non pas d’abord à faire ce qui est juste, mais à entendre ce qui est juste et à faire valoir la dimension impériale de la Seigneurie du Christ. La déclaration de Barmen tranche avec une Eglise toujours prête à altérer sa proclamation en fonction des désirs de César » (op. Cit., p 92).

 

 

Notes :

(1) Appel « à la responsabilité » perceptible, à travers, par exemple, « cette offre d’emploi » du Président Macron à l’Église.

(2) Ed. du Cerf, Paris 2016, p.91. Les auteurs se réjouissent de la fin historique du christianisme comme religion civile de l’Occident, qui a pour effet de pousser les chrétiens à retrouver la radicalité de la foi : l’Église, en tant que « communauté », « îlot culturel au milieu d’une culture étrangère », doit dorénavant se préoccuper d’être fidèle à l’Évangile sans chercher à s’adapter à la culture du temps. Parmi d’autres, ces recensions et analyses de l’ouvrage parus dans Hokhma et Etudes, la revue de culture contemporaine.

(3) Ainsi, le Brésil s’apprête à élire un candidat d’extrême-droite [très populaire parmi les électeurs chrétiens, 81 % de la population : les évangéliques votent pour lui à 36 %, et les catholiques à 24 %] à la présidentielle, revendiquant « des valeurs » dites « chrétiennes ». Une analyse à lire ici.

(4) Texte intégral de la déclaration de Barmen à consulter iciCe texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adoptée à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Eglises luthériennes, réformées et unies. 

Autres extraits :

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ, mais à d’autres seigneur et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification ».

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants des convictions idéologiques et politiques ».

(…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

Foireux liens de juillet (28) : consommations, mensonges et dépendances

Les « Foireux liens » de juillet : une édition « chaude »…..pour réveiller, non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien…

De nouveaux « foireux liens » pour l’été, avec une nouvelle sélection de ce qui nous a paru marquant depuis ces deux derniers mois. Cette édition de juillet, particulièrement « osée »,  vous propose des « sujets chauds »…..pour réveiller, non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien, et nous encourager à rester vigilants, en cette période de défis et de tentations !

Nous vous souhaitons de bonnes lectures édifiantes ! 

 

1) Sexe sur grand écran : Les scènes de nudité sont plus réelles que vous ne le pensez.

« Qu’est-ce que ça vous ferait(…), maris, d’être d’accord que votre épouse dévoile ses seins et son corps devant une caméra? Qu’est-ce que ça vous ferait d’autoriser un autre homme à la déshabiller, l’embrasser, tomber avec elle sur un lit et simuler une relation sexuelle avec elle? Qu’est-ce que ça vous ferait d’être d’accord qu’une équipe de tournage filme la scène, image après image, angle après angle, jusqu’à ce que chaque détail soit parfaitement convaincant? Qu’est-ce que ça vous ferait d’approuver que la population entière regarde cette vidéo en tant que divertissement ? »

Voir aussi : Pourquoi la consommation de pornographie est-elle considérée comme un péché ? Est-ce que le porno est une forme de prostitution (puisque les femmes sont payées pour poser nue/faire des actes sexuels) ?

2) Enfant, smartphone et porno : l’alarme des médecins

Le 15 juin, des professionnels de santé parmi lesquels le Pr Nisand (président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français) ont interpellé les pouvoirs publics sur un sujet tabou, l’exposition massive à la porno pour les enfants et les adolescents.
« Pourquoi ce sujet était-il tabou », s’interroge le journaliste-blogueur Patrice de Plunkett ? « Parce qu’il met directement en cause l’industrie des smartphones : business privé dont l’emprise sur les circuits nerveux de la société intimide les pouvoirs publics, qui s’en rendent de plus en plus complices ». « Les films pornographiques, gratuits et accessibles en un clic, sont visionnés principalement par l’intermédiaire des smartphones qui échappent au regard des parents », constate le Pr Nisand : par le smartphone, « la rencontre avec les images pornographiques peut se produire dès le plus jeune âge, dans la cour de récréation du primaire et parfois de façon non souhaitée…. »

3) L’OMS reconnaît l’addiction aux jeux vidéo comme une maladie

La pathologie est définie comme une « priorité accrue » et prolongée au jeu ayant des conséquences sur les « activités personnelles, familiales, sociales, professionnelles »…..

4) Un test simple pour les pasteurs pour savoir ce que les gens pensent que l’on pense
Où il est question d’un principe qui peut servir de test pour savoir quel est l’écart entre nos convictions théologiques et ce que les gens perçoivent de ces convictions. Ainsi, si personne ne confesse ses luttes avec la pornographie, nous communiquons implicitement que pour ce péché, ils doivent se débrouiller seuls. Si certains péchés semblent être absents de votre communauté, il y a seulement deux possibilités: soit ils n’existent pas, soit (et c’est plus probable) on n’ose pas en parler, par crainte d’être jugé…..

5) L’église locale indispensable à ma croissance

« J’arrive très bien à vivre ma foi tout seul » : bien des chrétiens ont pris le parti de ne pas fréquenter d’église locale. Ils se nourrissent spirituellement par un culte personnel quotidien ou des cultes de famille (c’est très bien), en écoutant des prédications sur internet (on ne peut que l’encourager si le prédicateur tient la route) ou en se connectant régulièrement sur [un site web d’édification chrétienne]. Mais est-ce suffisant ? Peut-on, sous prétexte qu’aucune église n’est parfaite, que les chrétiens nous déçoivent ou que les anciens sont faillibles, devenir un chrétien « non-églisé »? La Bible répond « non ».

6) Que veut vraiment dire « éduquer aux médias » ?
L’éducation aux médias est en vogue dans les discours politiques français. Mais que recouvre au juste cette notion, et quelles formes prend-elle ?

7) Pourquoi quitter Facebook ne sert à rien

La chercheuse danah boyd nous partage ses six croyances (idées) sur le sujet, qu’elle étaye dans ce billet qui n’est pas récent, puisqu’écrit le 23/05/10 [dispo en version française sur OWNI], à la lumière des discussions récentes [et toujours actuelles] sur l’opportunité d’un départ de Facebook, notamment suite au scandale mêlant le réseau (a)social et Cambridge analytica, qui a éclaté ce printemps.

Ainsi, par exemple :

Je ne crois pas qu’une alternative va émerger dans les 2 à 5 prochaines années et remplacera Facebook de quelque manière que ce soit.

Je crois que Facebook va être régulé, et j’aimerais qu’il y ait une discussion ouverte sur ce que cela signifie et quelle forme cela pourrait prendre.

Je crois qu’une minorité importante des utilisateurs court des risques à cause des décisions prises par Facebook et je pense que nous devons à ceux qui sont dans cette situation de travailler sur cette question.

Je crois que Facebook a besoin dès que possible d’engager un dialogue public avec ses utilisateurs et ceux qui sont concernés (…….) je pense que Facebook joue un rôle central dans la vie de beaucoup et je pense qu’il n’est pas sensé de dire qu’ils devraient “juste partir” si ils ne sont pas contents. C’est comme dire aux gens qu’ils devraient juste quitter leur appartement si ils ne sont pas satisfaits de leur proprio, quitter leur femme parce qu’ils ne sont mécontents d’une décision ou quitter leur boulot si ils sont mécontents de leur boss. La vie est plus compliquée qu’une série de choix simplifiés et on fait en permanence des décisions calculées, en comparant coûts et bénéfices. On garde nos boulots, appartements et époux(se) même si c’est le bazar parce qu’on espère rectifier le problème. Et ceux qui ont le plus à gagner de Facebook sont ceux qui sont le moins susceptible d’en partir, même s’ils sont ceux qui ont le plus à y perdre (…) Changer de réseau social est coûteux, comme quitter son logement ou son travail, ou partir en général. Plus la relation est profonde, plus il est difficile de s’en aller. Et la relation que Facebook a construit avec beaucoup de ses utilisateurs est très très très profonde.

 8) Parcours sup 

Cet étudiant en informatique de 22 ans a étudié le code source de Parcoursup pour savoir ce qui se cache derrière cette nouvelle plateforme d’inscription dans le supérieur. Voici ce qu’il a trouvé…

Voir aussi https://www.bastamag.net/Parcoursup-un-algorithme-kafkaien-qui-renforce-les-inegalites-sociales

9) Un monde de feed-back permanent ?

« Nous vivons dans une époque de feed-back généralisé », constate Zeboute, sur son blogue. « Tous nos actes demandent un feed-back. En entreprise, par le feed-back de ses collègues. Dans nos usages numériques. Les coachs virtuels des applications numériques : la course, le sommeil. Tout est matière à se mesurer. Et rétroactivement, nous conduire selon ces paramètres ». Alors voici son propre feed-back : « L’invention de la rétroaction ».

10) L’heure vient, de remettre en question « la propriété privée libérale »

« L’heure vient de mettre en cause la « propriété » libérale… » (titre de façon provocatrice Patrice de Plunkett sur son blogue – pour briser un tabou ?)…. « et de faire naître la culture qui  permettra ce changement : repenser la propriété des biens universels pour explorer la question des communs ».

« Croix de bois, croix de chemin de fer ». Paru dans CQFD n°166 (juin 2018), rubrique Chien méchant, par Soulcié

11) La réforme de la SNCF a été définitivement adopté par le Parlement en juin. Au fil des jours de grève, les syndicats de cheminots auraient bel et bien obtenu quelques garanties, notamment sur l’avenir de l’entreprise, comme quoi il n’y aurait pas de privatisation de la SNCF.

 

12) Les sans papiers privés d’AME

Asile : le Sénat adopte la restriction de l’aide médicale d’État. En adoptant, à une courte majorité, un article introduit par la droite, le Sénat est revenu sur le dispositif qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. Il le remplace par une « aide médicale d’urgence », concentrée sur les maladies graves.(21/06/18)

Commentaire sur twitter(23/06/18) de Maître Eolas, juriste blogueur : « Mais bande de cretins, l’AME n’est pas un cadeau fait aux sans papiers, c’est une mesure de santé publique. Vous préférez sérieusement crever de la tuberculose plutôt que de permettre à un sans papier de se soigner avant de vous contaminer ? » Et cet autre sur le même réseau (a)social : « L’#AME permet à un hôpital, qui soigne tout patient quelle que soit sa situation administrative, d’être remboursé pour le coût des soins. Supprimer l’#AME, c’est creuser le déficit des hôpitaux. En plus d’être honteux, c’est crétin » (P.Y. Geoffard, économiste).

13) Aide aux migrants : le Conseil constitutionnel censure partiellement « le délit de solidarité » et consacre « le principe de fraternité ».

Au moment où les pays de l’Union européenne se déchirent sur les questions migratoires, face à la montée des droites dures sur le continent, cette décision constitue indéniablement une victoire importante pour les associations et les personnes qui avaient saisi le Conseil d’une question prioritaire de constitutionnalité. A l’origine de cette requête, notamment, l’agriculteur Cédric Herrou, devenu le symbole de la défense des migrants de la vallée de la Roya, l’un des principaux points de passage des migrants arrivés en Europe par l’Italie.

14) Réduction des contrats aidés : un « séisme » social pour les quartiers populaires et le monde associatif

La réduction drastique des contrats aidés – dont le nombre sera plus que divisé par deux d’ici fin 2018 – va priver le sport, la culture, l’accompagnement des personnes âgées ou le soutien scolaire, de plus d’un milliard d’euros de ressources. Une catastrophe selon de nombreux responsables associatifs, auxquels Bastamag a donné la parole. Rejoints par les constats de plusieurs parlementaires, ils s’inquiètent de l’effondrement prévisible de pans entiers du secteur. Partout, et d’abord sur les territoires et auprès des populations qui en ont le plus besoin, des activités vont être réduites, des services vont se dégrader. Enquête sur un gâchis à échelle industrielle.

15) Effondrement (bis) : Quand Edouard Philippe et Nicolas Hulot en parlent ensemble…

« Cette question me taraude beaucoup plus que certains ne peuvent l’imaginer », a assuré le Premier ministre Edouard Philippe, mardi 3 juillet, lors d’un Facebook Live organisé avec Nicolas Hulot, ministre d’Etat de la Transition écologique et solidaire. Le sujet ? L’effondrement, ce discours de plus en plus audible annonçant l’effondrement économique et écologique de notre civilisation. « Mais l’interprétation que fait le Premier ministre d’ « Effondrement », le livre du géographe et biologiste américain Jared Diamond, qu’il cite régulièrement comme référence pour expliquer que le géographe et biologiste américain (l’aurait) « converti » aux questions environnementales, est toute personnelle », constate Usbek & Rica, magazine trimestriel qui « explore le futur ». Cependant, « l’ironie de la situation est assez cruelle quand on constate les nombreux reculs du gouvernement sur les sujets environnementaux au cours des derniers mois : loi agriculture et alimentation vidée de sa substance par le Sénat, recul sur l’interdiction du glyphosate, autorisation d’une raffinerie basée sur l’huile de palme, entre autres échecs bien éloignés du slogan d’affichage Make the planet great again ».

Un article repéré grâce à « Déconstruction de l’homme », un blog inspiré par la pensée de Jacques Ellul et partenaire de Pep’s café, que vous pouvez explorer ici.

16) Donald Trump et les migrants : les raisons du jusqu’au-boutisme

Une vidéo a été partagée des centaines de milliers de fois et on y entend des cris d’enfants qui sont enfermés dans une cage. Qui aurait pu imaginer que cela se passerait aux États-Unis, au XXIe siècle, et qu’il s’agissait là du résultat d’une politique officielle, voulue par le gouvernement et totalement assumée ? La colère a alors bien souvent pris le pas sur la surprise et l’effroi, poussant finalement le Président à reculer….

17) Corée du Nord/USA : l’accord Kim-Trump

Stupeur des « Occidentaux » devant le spectacle de Singapour.  Annoncée et accompagnée par un fracas planétaire, la rencontre Trump-Kim n’aboutit à rien de compréhensible pour nos médias. Rivés qu’ils sont à l’homme de Washington, ils sont éberlués qu’il ne retire rien de ce face-à-face…

18) « Le pari Bénédictin », une série à découvrir et à suivre

A découvrir, sur Phileo-sophia, le blogue d’Etienne Omnès, toute une série d’articles consacrée au « pari bénédictin » (éd La Nef), le livre de Rod Dreher. « Le but du livre est de donner à l’église une stratégie pour survivre à cette époque post-moderne », laquelle n’est pas la « fuite dans le désert ». De l’aveu de l’auteur, comme nous l’explique Etienne Omnès, ce choix de cette « étiquette nouvelle et catchy Benedict option sert à désigner en fait une très vieille démarche : celle de vivre selon Soli Deo Gloria. Ou, selon les termes de Dreher « que l’Eglise soit l’Eglise ».

19) Quelques questions et autant de réponses tirées du site « 1001 questions », animé par des répondants « attestants », un courant confessant protestant. Et vous ? Comment auriez-vous répondu ?

Que faire d’un verset comme Lév 19:19 qui interdit le port de chaussettes en coton et polyamide ?

Pourquoi certains disent que c’est un péché d’aller au théâtre ou au cinéma ?

Se remarier après un divorce est-il accepté par la foi chrétienne ?

 

20) Et le dernier pour la route : A ta santé, Timothée !

En plein milieu d’un développement sur la rémunération, la discipline et la sélection des responsables d’Églises (1 Tm 5.17-25), Paul invite son disciple Timothée à « prendre un peu de vin » pour sa santé… Une exhortation surprenante que l’on pourrait supprimer sans perdre le fil de la pensée. Elle n’est pourtant pas là par hasard puisqu’elle est attestée, à cet endroit, par tous les manuscrits du Nouveau Testament… Quelques réflexions particulièrement bienvenues sur cet étonnant conseil, à l’heure où certains font un dogme de leur opinion sur le sujet …

 

Prochains « Foireux liens » courant septembre.

Ne faites pas d’impair : Dieu est « Père » et pas « mère »

Lectures bibliques

Papa propose un nouveau jeu……

Deutéronome 4:32-40

(….)
Reconnaissez donc aujourd’hui et gardez dans votre coeur cette vérité :
c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel et en bas sur la terre.
Il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Respectez ses lois et ses commandements que je vous donne aujourd’hui.
Alors vous et vos enfants, vous serez heureux.
Et vous vivrez longtemps dans le pays
que le Seigneur votre Dieu vous donnera pour toujours.

Romains 8:14-17
Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu. Et l’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves qui ont encore peur, mais il fait de vous des enfants de Dieu. Et par cet Esprit, nous crions vers Dieu en lui disant : « Abba! Père ! ». L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage :
nous sommes enfants de Dieu. Alors, si nous sommes enfants de Dieu, nous recevrons en partage les biens promis par Dieu à son peuple, et ces biens, nous les recevrons avec le Christ. Oui, si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à sa gloire.

………..Affronter la réalité ! Par Jim Benton [Piquée » sur le compte twitter de Laurent Descos, 09/05/18]

Message :

Nous découvrons dans ces passages des Écritures qu’il n’est pas du tout insignifiant d’appeler Dieu par un nom ou par un autre. Nous savons qu’il y a des tas de noms pour nommer Dieu, et chacun de ses noms s’appuie sur une identité particulière que nous voulons donner à celui à qui nous nous adressons.
Quand nous prions Dieu comme Tout-Puissant, nous ne prions pas du tout de la même façon que quand nous nous adressons au Christ, qui est passé par l’expérience de la croix. Prier le Dieu Tout-Puissant, c’est reconnaître que tous les possibles appartiennent à Dieu, qu’il est le Dieu de l’impossible qu’il est le Dieu qui peut tout (ce qui ne veut pas dire qu’il fait tout et en particulier qu’il ferait tout ce qu’on lui dit de faire…).
S’adresser à Dieu par un nom ou par un autre, c’est donc qualifier Dieu, de la même façon que l’on ne s’adresse pas sur le même ton à une même personne suivant les contextes. De temps en temps, un journaliste laisse échapper un « tu » à la place d’un « vous » qui dévoile qu’il connaît la personne au-delà de son rôle de journaliste, plutôt dans le registre de l’amitié.
Les protestants ont été appelés très tôt « les tutoyeurs de Dieu ». Non pas qu’il soit mieux de tutoyer Dieu que de le vouvoyer, mais simplement parce qu’en tutoyant Dieu on fait un choix. Et ce choix consiste à dire que la proximité, la confiance et l’intimité d’un « tu » sont plus importantes encore que la déférence et le respect d’un « vous ». Dieu n’a pas voulu être lointain mais bien proche, ce que nous reconnaissons et valorisons par l’usage du « tu »(1).
En qualifiant Dieu de « Père, Fils et Saint-Esprit », nos prédécesseurs dans la foi ont fait des choix très particuliers. Ils ont voulu mettre l’accent sur des facettes de Dieu bien particulières (…)
En choisissant d’appeler Dieu par le nom de Père principalement, les premiers chrétiens ont pris un risque. Il est souvent rappelé que cela a exaspéré nos frères aînés Juifs qu’on puisse appeler Dieu Père. A la rigueur qu’on dise « Dieu est comme un père pour nous », c’était recevable, et le Psaume 103 ne s’en prive pas. Mais l’appeler, le héler, le prier en l’appelant Père, c’était choquant. Car non seulement quand on nomme quelqu’un le nom qu’on lui donne dit des choses sur ce qu’il est, mais en plus, le nom qu’on lui donne décrit aussi comment nous nous positionnons par rapport à cette personne. Si nous nommons Dieu Père, alors cela signifie que nous nous reconnaissons comme enfants. Et c’est très compliqué de dire cela car alors, comment fonctionne cette paternité et cette filiation ? (….)

Paul, à la suite de Jésus-Christ tient fermement sur cette appellation de Dieu comme Père. C’est au cœur de sa foi.
Pourquoi Dieu a-t-il été appelé Père et non pas Mère ? Après tout on pourrait l’envisager ? Eh bien tout simplement parce que c’est bien comme Père que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse et de Jésus-Christ, se comporte. Laissez tomber d’office l’argument ethnologique comme quoi Dieu serait père parce qu’il serait décrit comme tel dans une société patriarcale. Ce n’est pas là la vraie raison. Il est nommé Père tout simplement parce que le type de relation qu’il a avec l’humain est de l’ordre de la paternité beaucoup plus que de la maternité. Et ce n’est pas une histoire de féminisme ou de machisme. C’est simplement un type relationnel. On est toujours sûr de sa mère, tandis qu’on n’est jamais vraiment sûr de son père. Même avec les analyses ADN. L’être humain est complexe et si la maternité est un lien qu’il faut couper, la paternité est un lien qu’il faut construire. En tant que lien de personne à personne la paternité est beaucoup plus fragile que la maternité parce qu’elle naît d’une parole. Oui, la paternité ne tient qu’à la parole de la mère. On devient père dès que la mère d’un enfant dit à son enfant « C’est lui ton père ». Dès qu’elle le dit par des mots, par des gestes, par des attitudes et par une pratique. Un père est toujours adoptif. Alors bien sûr on souhaite à chacun que son géniteur naisse comme père assez rapidement après la naissance, mais c’est toujours conditionnel.
Dieu n’est pas en relation avec nous dans un mode relationnel où il faut couper un cordon. Il est devant nous comme cette relation paternelle qu’il faut au contraire tisser, construire et faire naître par une parole.
Si vous tenez à tout prix à chercher du maternel dans ce qui fait notre foi, n’allez – de grâce – pas chercher du côté de Marie. Non, la figure féminine qui construit notre foi, c’est tout simplement l’Église, la communauté. Elle est cette matrice, elle est cette mère où nous nous trouvons dès le début, elle exerce cette maternité qui nomme, qui essaye de dire à ses enfants, depuis le plus jeune âge : « Tu sais, tu peux avoir confiance en Dieu car c’est bien lui ton Père ». Quand nous accompagnons des enfants dans leur formation biblique, quand nous prenons soin des uns et des autres au moment où ils essayent de revivifier un lien avec Dieu dont ils sentent bien qu’il ne tient pas très bien, nous exerçons, à notre tour cette fonction maternelle qui essaye de nommer la paternité de celui qui est Père parce qu’il veut adopter tous ceux qui accepteront son amour.
L’enjeu est de taille pour la vie de nos communautés (….)C’est à l’Église que revient la tâche de contredire les mensonges qui courent autour de nous, [à propos de Dieu et à propos du père]……

Lire la suite de la prédication initialement donnée à l’Église réformée du Marais par le Pasteur Gilles Boucomont, le dimanche 11 juin 2006, et disponible sur un blog vraiment net.

 

Note : 

(1) C’est ainsi que l’on peut définir un croyant : celui qui dit « tu » à Dieu.

L’antidote au discours paranoïaque anti-église ou comment gérer les prédicateurs qui disent de se méfier de tous les autres… qu’eux

Dans le choix d’une église, il est important de se souvenir qu’il n’y a pas d’Eglise parfaite. Or si vous avez visité de nombreuses Eglises sans trouver une qui soit à peu près bien pour vous, rappelez vous que l’ensemble des Eglises à qui écrivait Paul avaient des problèmes. Source : Pixabay

Voici un pertinent et percutant article du Pasteur Gilles Boucomont, intitulé « Quand la paranoïa se mort la queue », et publié le 13 mai (2018) sur son blogue « Au Nom de Jésus » : 

L’expérience de Christ est celle du serviteur souffrant et d’un ressuscité puissant. Bien que sans faute qu’on puisse lui imputer, il a été condamné. Et à sa suite, il nous avertit à de nombreuses reprises : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : ‘Le serviteur n’est pas plus grand que son maître.’ S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » (Jean 15v20). Nous savons donc que nous serons persécutés, mais pire encore, Jésus nous avertit que la persécution la pire viendra de l’intérieur, de la synagogue, de l’Eglise (comme expliqué en Luc 12v11).

Nous sommes avertis.

Il est donc légitime d’enseigner les chrétiens sur la difficulté qu’on peut rencontrer dans certaines Eglises. Sur le fait que dans certaines d’entre elles on y persécute vraiment ceux qui essayent de croire en vérité et de s’impliquer dans une théologie du Royaume. Et j’en sais quelque chose pour l’avoir moi-même expérimenté. Cela peut être le cas parce que ce sont de fausses Eglises dont Christ n’est pas le centre, empreintes d’un faux amour. Ou parce que ce sont des Eglises autoritaires, où Dieu n’est pas le Père mais que quelqu’un s’est mis à la place du Père. Soit parce que ce sont des Eglises légalistes où l’Esprit ne peut pas souffler. Nous devons enseigner les chrétiens à discerner comment une assemblée peut être un lieu de vie ou un lieu de mort.

Mais la difficulté, c’est qu’il n’y a pas d’Eglise parfaite. Or si vous avez visité de nombreuses Eglises sans trouver une qui soit à peu près bien pour vous, rappelez vous que l’ensemble des Eglises à qui écrivait Paul avaient des problèmes, et que donc, c’est peut-être qu’il y a un problème… en vous.
Comme il n’y a pas d’Eglise parfaite, les gens vont toujours trouver des choses qui ne vont pas ; et ils ont raison. Et c’est là où s’engouffrent quelques prédicateurs qui produisent un discours anti-Eglises, et anti-pasteurs, avec une radicalité qui est souvent née d’un zèle très beau et pur au premier regard, mais qui devient à force un discours paranoïaque : « Aucune Eglise ne peut apporter quelque chose de bon ; aucun pasteur ne peut être de bon conseil. » C’est là que le bât blesse. Car ces prédicateurs n’appliquent pas cette règle à eux-mêmes. Ils se marketisent sur les réseaux sociaux, ils créent des adeptes, visent des publics influençables, et posent une emprise sur eux. Désormais il faut se méfier de tout le monde. Sauf d’eux(1). Et si par malheur, en tant que pasteur, vous voulez alerter un frère ou une soeur en train de se mettre sous emprise, vous prouvez par là même que vous êtres un pasteur terrible rempli d’un esprit de contrôle, et que donc… il faut faire attention à vous. La boucle paranoïaque est bouclée. Le poisson est harponné.

Alors qu’il y aurait de bonnes raisons d’être prudents car Jésus n’a pas voulu que nous entrions dans le discours paranoïaque.

La suite à découvrir sur le blogue « Au Nom de Jésus ».

 

 

Note : 

(1) Voir aussi la proposition de réponse à la question « J’ai entendu dire qu’un pasteur était un gourou. Qu’est-ce qu’un gourou ? Comment vérifier que notre pasteur ne l’est pas ? »

Emmanuel Macron aux Bernardins : Discours « très brillant » ou « drôle de discours » ?

« Drôle de discours » ou « discours très brillant », « séduisant » ?

Invité par la Conférence des Évêques de France (CEF) à une soirée inédite au Collège des Bernardins, lundi 9 avril, le Président de la République a tenu, pour les uns, un « très brillant discours », ou pour les autres, « un drôle de discours » aux catholiques de France.

Ainsi, dans une récente note de blogue, le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath nous partage son ressenti sur le fameux discours d’Emmanuel Macron, discours qu’il qualifie de « très brillant sur la laïcité et les relations entre l’Etat et les religions »(1). Une façon de le percevoir, bien sûr, car « Phylloscopus », un autre blogueur, catholique et naturaliste, le qualifie à l’inverse de « drôle de discours », dans lequel il perçoit la volonté manifeste du Président de « réparer le lien abîmé entre l’Église et l’État ». Mais, (se) questionne-t-il, s’agit-il vraiment d’un problème de lien entre l’Église et l’appareil d’État ? A moins qu’il ne s’agisse d’un problème de lien entre l’Église et la société ? Là est la nuance.

Voici, en complément de l’opinion de Sébastien Fath sur la question, cette intéressante analyse du blogueur, dont la pensée peut se résumer ainsi :

« Emmanuel Macron n’a pas cherché à dialoguer avec l’Église. Il lui a transmis une offre d’emploi, sans cacher le moins du monde le rapport de subordination qui s’ensuit. Il attend une Église En Marche, adhérente et soumise à la discipline de son parti. Il a proposé [le 09/04] à l’Église un poste de Chief Humanisation Officer dans la startup France. Ce poste, c’est un job, ou plutôt un stage non rémunéré, sous l’autorité du Président de la République, consistant à lubrifier sa politique en lui assurant un vernis d’humanisme qui servirait à faire taire les râleurs d’un côté et de l’autre. Le service d’humanisme-washing dont sa politique a besoin ».

En clair, ce discours serait celui d’un « commercial » ou d’un « manager », seule réalité connue par Emmanuel Macron. Je pense alors à « Huguenau », personnage du roman « Les Somnambules » d’Hermann Broch : dans ce roman, les hommes y sont établis dans des systèmes de valeurs différents, aucune entente n’est finalement possible entre eux. Certes, le personnage d’ Huguenau converse encore avec autrui, mais il y a cette lettre qu’il envoie, à la fin du livre, à un autre personnage, la veuve Esch, où il s’exprime entièrement dans son langage propre : le langage de l’individu entièrement commercial.

Voir aussi l’analyse du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett, à consulter sur son blogue. Et lequel Patrice de Plunkett nous invite à lire le discours, qu’il qualifie de « long, riche en références érudites dans sa forme », mais « réduit au fond à trois signaux :

Je connais la maison Eglise, son histoire et son langage ;

Je saurai vous écouter ; 

Ça ne m’influencera en rien. 

Les deux premiers signaux sont là pour enrober le troisième, qui perce en plusieurs passages du discours ».

Enfin, les plus pressés se contenteront d’un résumé du discours.

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

 

Note :

(1) Normalement, ce ne sont pas les relations entre « les Eglises et l’Etat » ?

 

Qu’est-ce que nous croyons concernant l’église locale ?

Vivons-nous aujourd’hui l’église locale, comme les gens vivent en ville : en parfaits étrangers ? Source : Pixabay

Qu’est-ce que nous croyons concernant l’église locale ? Et même de l’Eglise tout court, dirai-je ? Quel est notre point de repère ?

La petite communauté paroissiale où tout le monde se connaît ? Ou bien, la réalité à laquelle nous nous confrontons aujourd’hui : une église locale pas vraiment locale, dont les membres viennent des quatre coins de la région, et qui considèrent le culte comme un « loisir » et non comme un élément fondamental pour vivre la foi, à défaut d’une obligation hebdomadaire ?

Cette question soulève un défi : comment en effet atteindre l’ambition de vivre en vérité et sans hypocrisie le fait d’être l’Eglise, le corps de Christ, et par là même d’être une communauté et une famille, tant que subsistera un esprit individualiste et consommateur particulièrement marqué (ou tant que l’individu restera la mesure de toute chose) ?

En clair, la réalité qui nous saute aux yeux aujourd’hui est cette façon de vivre l’Eglise comme les gens habitent en ville : ils fréquentent des lieux publics, prennent des transports publics ou participent à des activités publiques, mais vivent « en étrangers », isolés les uns des autres, sans sentiment d’appartenance, tout lien social coupé.

Nous pouvons constater…le constat d’une réalité sociologique mais sommes-nous condamnés à nous contenter de le déplorer de manière résignée, parce que ce serait cela, la modernité ?

Personnellement, je ne le pense pas. Et je ne le souhaite pas.

Quel sera alors notre point de repère ? Quel sera notre Projet de vie d’Eglise ?

Les Ecritures nous appellent à autre chose et nous rappellent ce que nous sommes ensemble cf 1 Cor.12-14 et Rom.12v5 : venus d’horizons différents, nous formons une grande famille, composée d’hommes et de femmes, d’adolescents et d’enfants de toutes classes sociales et de toutes origines, qui se (re)connaissent comme frères et sœurs en Jésus-Christ, enfants d’un même Père, animés d’un même souffle par l’Esprit Saint.

Ensemble nous sommes appelés, non « à aller à l’église » mais à « être l’Église », corps vivant et agissant au cœur de ce monde, non pas pour nous-mêmes mais pour les autres, afin de manifester à tous l’amour de Dieu. « L’église » avec « un petit e », expression locale de l’Eglise avec « un grand E », est composée d’hommes et de femmes qui se retrouvent ensemble pour partager des choses ensemble : ils vivent des choses ensemble, mangent ensemble, prient ensemble, pleurent et se réjouissent ensemble.

Nous ne sommes donc pas une somme d’individus vivant en étrangers mais un corps, celui de Christ, dont les membres sont interdépendants les uns les autres. Éphésiens 4v3 nous invite aussi à « conserver » (et non pas créer) l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ».

En clair, croyons-nous que l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ? La solitude est une des formes de précarité les plus violentes de notre société. Or, l’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation, en donnant le sentiment d’appartenance : c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans le regard d’un autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique(1).

Cela peut paraître « utopique », « impossible à réaliser aujourd’hui », mais c’est pourtant ce que nous sommes en Jésus et Jésus nous appelle à manifester encore aujourd’hui la même réalité dans le même esprit.

Cela mérite réflexion, notamment pour découvrir des façons « anciennes » et « nouvelles » de le manifester concrètement ensemble, de manière diverse et de façon à refléter les « grâces multicolores de Dieu ».

Quel sera alors notre point de repère ? Quel sera notre Projet de vie d’Eglise ?

 

Note :

(1) Ce paragraphe sur l’Eglise, « cette bonne nouvelle », vient de cet article d’Olivier Keshvajee, le « théologeek ».

Un message de vérité pour Laodicée, une église (auto)suffisante mais « imbuvable »

« Imbuvables », ces Laodicéens ! Comme leur eau…

« A l’ange de l’Eglise qui est à Laodicée, écris : Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et véritable, le Principe de la création de Dieu : Je sais tes œuvres : tu n’es ni froid ni bouillant. Que n’es-tu froid ou bouillant ! Mais parce que tu es tiède, et non froid ou bouillant, je vais te vomir de ma bouche.

Parce que tu dis : je suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien, et que tu ne sais pas que tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille d’acheter chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir, et des vêtements blancs pour te couvrir et que ne paraisse pas la honte de ta nudité, et un collyre pour oindre tes yeux et recouvrer la vue.
Moi, tous ceux que j’aime, je les reprends et les corrige. Sois donc fervent et repens-toi !
Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi.
Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi aussi j’ai remporté la victoire et suis allé siéger avec mon Père sur son trône.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises ». (Apoc.3v14-22)

« Je sais qui je suis », chantons-nous parfois, sans doute reconnaissants de notre identité en Christ.

« Je suis qui je suis », dit Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », dans le roman espagnol éponyme du XVIIe siècle. « Je sais qui je suis, et sais que je peux être non seulement que j’ai dits, mais aussi tous les douze pairs de France et tous les neuf preux de la Renommée (1) : car mes hauts faits et gestes surpasseront ceux qu’ils ont jamais faits tous ensemble et un chacun d’eux à part soi ! »(2). Mais ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne.

Identité en Christ ou en crise ?

Nous pouvons avoir une certaine opinion de nous-mêmes, mais l’important est davantage le point de vue de Jésus (celui dont nous portons le Nom) sur nous-mêmes et notre état spirituel.

Ainsi, les dernières paroles de Jésus-Christ à son Église, représentée par 7 églises locales d’Asie mineure au Ier siècle, dans cette section de l’Apocalypse de Jean appelée « lettres aux anges des 7 églises » (Apoc.1v9-3v22), sont particulièrement édifiantes à cet égard. Rappelons que l' »Eglise » (du grec ‘‘ekklesia » : “hors de” et “appelé”) désigne, non pas un bâtiment, mais plutôt ceux qui sont appelés par Jésus-Christ pour être assemblés en Son Nom.

L’une de ces 7 églises nous intéresse particulièrement aujourd’hui : il s’agit de celle de Laodicée. Et ce qui nous intéresse aussi est la manière dont Jésus-Christ se présente à cette église, pour lui délivrer son message personnel.

Laodicée est une église. Une église qui s’estime auto-suffisante, n’ayant besoin de personne : « je suis riche, je me suis enrichi [j’ai fait de bonnes affaires], je n’ai besoin de rien », affirme-t-elle en effet en Apoc.3v17. Riche et opulente, elle revendique sa réussite et ses capacités à surmonter seule ses plus grandes difficultés ou « challenges », dirions-nous aujourd’hui.

Effectivement, comme nous l’apprennent les commentaires et les notes de nos Bibles d’étude, Laodicée, située à l’époque au sud de la Turquie, près de la mer, est une ville nouvelle, qui ne manque pas d’atouts et de ressources, lesquels sont considérables(3). Laodicée, l’église qui s’associe à la réussite de la ville, se croit donc auto-suffisante alors qu’elle n’est en réalité que « suffisante » (orgueilleuse), suffisance masquant avec peine son véritable état spirituel démasqué par Jésus.

Le Seigneur Jésus-Christ ressuscité et glorifié lui transmet un message de vérité sur la réalité de son état spirituel : « tiède » (même pas « froid » ou « bouillant »), « à vomir », et Lui-même, Jésus-Christ, à la porte !

Il se présente à elle comme « l’Amen, le témoin fidèle et véritable et le commencement de la création de Dieu ». Pourquoi ? Il s’agit de titres se référant à l’Eternel (YHWH) dans l’Ancien Testament, et autant de rappels à retourner aux fondamentaux.

Jésus est « l’Amen » : C’est une allusion à un titre de l’Eternel (YHWH) qui se trouve dans Esaïe 65v16, le Dieu d’Amen [vérité] », dont la parole est certaine. Le terme « Amen » met généralement en évidence la fidélité ou la fiabilité. Parce que les chrétiens de Laodicée, éloignés de la source de la vérité, ont besoin d’ouvrir les yeux sur leurs illusions et d’être ramenés à Celui qui est « la vérité ».

Il est “le témoin fidèle et véritable”, jusqu’à la mort de la croix, de ce qu’Il a personnellement vu/entendu/connu, garant d’un message de vérité à une époque où l’on se plait aux illusions et aux mensonges. Et ce, pour rappeler que le centre du témoignage n’est pas nous-mêmes, nos réussites, nos compétences, nos atouts, mais Jésus Lui-même, « le Dieu véritable ».

Il est enfin « le commencement de la création de Dieu » (cf Gen. 1v1 et Jean 1v1-3), c’est-à-dire le principe, la source, l’origine de la création de Dieu. Jésus est « le commencement », « le premier né de toute la création cf Colossiens 1v15, c’est-à-dire Celui qui est au-dessus de toute la création et a toute autorité sur elle, Celui qui occupe une place prééminente et qui, seul, reçoit toute la gloire et toute l’adoration. Un rappel important surtout quand Laodicée pense s’auto-édifier, en recherchant la gloire et les louanges pour elle seule (pour sa position, sa renommée et ses innombrables richesses matérielles et intellectuelles), sans l’aide de Jésus, lequel reste à la porte ! (cf aussi Jer.9v22-23 : « que le fort ne se vante pas de sa force ! Que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Si quelqu’un veut se vanter, qu’il se vante de ceci : d’être assez malin pour me connaître, moi le Seigneur… »)

Jésus reproche à l’église de Laodicée de n’être « ni froid ni bouillant ». Certains commentateurs y voient une allusion à la qualité des eaux de Laodicée et de ses deux voisines, Hiérapolis et Colosses, par ailleurs révélatrices des témoignages/ministères de ces églises : ainsi, si Laodicée avait été « bouillante », comme les eaux de Hiérapolis, elle aurait pu soigner au Nom de Jésus. Si elle avait été « froide », comme les eaux de Colosses, son autre voisine, son témoignage serait « pur » et « potable », « source de vie ». Mais les eaux de Laodicée sont tièdes et nauséeuses.

Les chrétiens de Laodicée sont donc comparés à l’eau de leur ville : « tièdes », « imbuvables », « à gerber », que le Seigneur Jésus lui-même « vomit de sa bouche » (3v16), et donc « impropres » pour le témoignage et le ministère (le salut n’est pas ici remis en question).

Ce constat, ces reproches et ce verdict implacable (rien à sauver ?) nous paraissent choquants, d’autant plus que Christ s’adresse à une église. Mais tout ce que dit Jésus à son sujet est vrai. Toutefois, Jésus n’abandonne pas Laodicée à son triste sort. Ses propos sans concessions ont pour but de la réveiller et de la ramener « dans le monde réel » : « En fait », lui dit Jésus, « tu ne sais pas combien tu es malheureux et misérable ! Tu es pauvre, nu et aveugle » (v17).  C’est pourquoi Il lui recommande « d’acheter chez lui ». « D’acheter », certes « sans argent, ni or » (Es.55v1, 1 Pie.1v18-19), mais « d’acheter » quand même, parce que la grâce a un coût : pour Jésus, qui s’est donné lui-même pour nous à la croix et pour nous, parce que la grâce exige d’abord notre repentance, puis le renoncement à nos illusions et à nos prétentions à la toute-puissance ; et enfin notre obéissance.

« Acheter » quoi ? Paradoxalement pour cette église, « de l’or purifié au feu [une foi éprouvée, séparée de l’idolâtrie, du compromis cf 1 Pie.1v7], pour devenir réellement riche », « des vêtements blancs pour s’en couvrir et n’avoir plus la honte de paraître nu, d’acheter de lui des vêtements blancs”[symboles de pardon et de pureté], afin “que la honte de sa nudité [Dans l’AT, un signe de défaite, de jugement et de pauvreté] ne paraisse pas, ainsi qu’un remède pour soigner ses yeux et lui rendre la vue » (v18), afin d’acquérir un discernement spirituel sur sa propre situation et comprendre « ce qui est bon, agréable et parfait » selon Dieu (Rom.12v2)

Non seulement Jésus « ne la laisse pas tomber », mais mieux encore Il la « reprend », dans le sens de l’exposer pour la guérir et la corriger, et Il « châtie tous ceux qu’il aime » (v19). C’est une bonne nouvelle, car être châtié par Dieu le Père est un signe que nous sommes bien ses enfants et que nous faisons bien partie de sa famille (cf Héb.12v6).

Ensuite, Jésus lui recommande d’avoir « du zèle », après être revenu aux racines du problème et au fondement de sa vraie richesse. Etre « zélé » est le propre du disciple de Jésus-Christ, qui est aussi, à l’image de son Seigneur, un témoin aimant, véritable et fidèle, passionné (= « souffrant » pour la cause de Christ cf 2 Tim.1v8, 2v3, Hébr.12v2-3), ardent, « bouillant » pour Lui.

L’on pourrait alors craindre l’extrémisme du zélé. Mais le zèle sera bien orienté sur le bon objet si ce zèle s’exerce dans l’amour et la compassion, le respect de l’autre, la recherche de la paix, de la justice, et du pardon. Être zélé pour Dieu que l’on aime est un style de vie, qui se traduit par l’amour et le service du prochain/des frères.

 Jésus invite Laodicée à la repentance, une constance tout au long de ces sept lettres aux églises d’Asie mineure. La repentance est la clé de la vie chrétienne et aussi un style de vie sain. Car être continuellement dans une attitude de repentance nous fait changer de point de vue et de direction de sorte que nous serons alignés sur Christ pour marcher avec Lui et à sa suite.

La repentance n’est donc ni seulement une action initiale, ni exclusivement pour les non-chrétiens. Elle est le signe que nous sommes bien « réveillés », « ranimés » (passés de la mort à la vie) et en bonne santé spirituelle.

Une chose importante dont Laodicée doit certainement se repentir est de s’être cru « riche » et « auto-suffisante », alors que Celui qui devrait être son tout, son fondement, reste à la porte ! Et personne, dans cette église, ne semble s’en être rendu compte !

Jésus déclare en effet « se tenir (et continuer à se tenir) à la porte », continuant de « frapper » (v20). Certes, l’église de Laodicée n’a reçu aucun éloge, contrairement aux autres, mais elle reçoit une invitation chaleureuse de la part de Christ. Cette invitation, actuelle, n’est pas une invitation à devenir Chrétien, contrairement à ce que l’on pense souvent, puisqu’elle est adressée aux membres de l’église, de sorte qu’ils reviennent à la communion vitale avec Christ.

Une promesse certaine y est associée à la condition suivante, que « si quelqu’un entend sa voix et ouvre la porte », c’est-à-dire s’il se repent, s’ouvre à la présence et à la seigneurie de Christ dans sa vie. Jésus frappe encore aujourd’hui et il attend notre réponse pour vivre une relation placée sous les signes de l’alliance, de l’amour et de la communion.

Jésus promet alors d’entrer chez celui qui lui ouvrira et ils souperont ensemble.

Il le fera « asseoir avec lui sur son trône » (v21), dans un esprit de communion et d’inclusion, « comme lui a vaincu et s’est assis avec son Père sur son trône ».

« Si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui ; si nous le renions, il nous reniera aussi ; Si nous sommes infidèles, il demeure fidèle ; il ne peut se renier lui-même ». (2 Tim.2v1-14)

 

Notes : 

(1) « Les Neuf de la Renommée » (los Nueve de la Fama) sont trois Hébreux (Josué, David et Judas Macchabee) ; trois gentils (Hector, Alexandre et César) ; et trois chrétiens (Artus, Charlemagne et Godefroy de Bouillon).

(2) Miguel de Cervantès. L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche I. Gallimard, 2004, Folio classique, p97

(3) Construite en 250 avant J.C, elle porte le nom de l’épouse de son fondateur, le roi séleucide Antiochos II, qui est un mot composé de deux mots grecs « laos » ( « peuple ») et « diké », (qui signifie à la fois le droit, la justice ou la vengeance). C’est l’une des trois villes situées dans la vallée du Fleuve Lycos (les autres villes étaient Colosse et Hiérapolis, dans lesquelles avaient été également fondé des églises). Sa position est privilégiée,  sur un site naturellement protégé et une route commerciale majeure reliant l’est et l’ouest. Sa région fertile est particulièrement adaptée à un élevage de moutons noirs, célèbre dans le monde entier. Il en résulte une production massive d’un tissu noir appelé “Trimeta.” Elle est aussi célèbre pour son centre médical ophtalmologique et son fameux collyre est exporté dans tout l’empire romain. Elle est enfin connue comme un grand centre bancaire. Ses ressources lui permettent même de reconstruire la ville, détruite par un terrible tremblement de terre en l’an 60 après J.C, sans l’aide du gouvernement romain.

Sources :  « Nouveau dictionnaire biblique Emmaüs », édition 1992 (Article « Laodicée) ; notes de la Bible d’étude « Semeur » 2000 ; commentaire de l’Apocalypse par le Dr Bob Utley.

Aimez-vous l’Eglise ? (Ré) écoutez l’ensemble du Forum Attestants 2018 « Des Racines et du Zèle » en mp3

Et si vous preniez le temps d’admirer l’Eglise, comme Christ aime Son épouse ?…

Aimez-vous l’Eglise ? Car « aimer l’Eglise, c’est souvent prendre du recul pour l’admirer, comme Christ chérissant l’Epouse ». Avec la thématique « Des Racines et du Zèle », le Forum 2018 des Attestants, qui s’est tenu le 20 janvier à Paris, a eu cette ambition de nous encourager à entretenir notre amour pour l’Eglise. Parmi les intervenants invités, Ric Thorpe, évêque de Londres, en charge pour tout le Royaume Uni de la question de la croissance de l’Eglise et des implantations de nouvelles paroisses.

Si vous vous intéressez à cette thématique, il vous est possible de (ré)écouter, télécharger, podcaster l’ensemble du Forum (incluant le culte, la prédication, les interventions de Ric Thorpe – également en vidéo – et les temps de questions-réponses), ce qui vous permettra également d’en savoir plus sur le courant des Attestants.

Bonne écoute et bonne vision !