Le jeûne est-il un « kung fu » spirituel ?

 

Le jeûne est l’un des thèmes de recherche qui conduit régulièrement les internautes sur Pep’s café! le blogue(1). Et ce, en tout temps, avec des « pointes » à certaines périodes du calendrier. Personnellement, je serai heureux que vous me racontiez et me partagiez ce que vous trouvez en cherchant ici. Ceci dit, ce type de recherche me paraît révélatrice d’une préoccupation constante, qui ne devrait pas étonner, puisque généralement comprise comme étant liée à une certaine « pratique » (religieuse ou non).

Dans la Bible, le jeûne fait partie de ce que l’on pourrait appeler « les postures de combat »(2), en lien avec le « combat spirituel » évoqué dans le Nouveau Testament. S’agit-il d’un « kung fu » spirituel pour autant ? Paul l’explique très bien dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse : Ce type de lutte n’est pas « contre des êtres humains » ; mais « contre les pouvoirs, les autorités, les maîtres de ce monde obscur, contre toutes les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les cieux » (Eph.6v12). On ne peut s’y exercer comme à un sport ou un art martial, mais la vie en Eglise [la communauté de ceux qui appartiennent à Jésus-Christ et le reconnaissent comme Seigneur, pas le bâtiment…] peut rapidement devenir une « salle d’entraînement », où nous luttons pour que les règles du jeu du Règne de Dieu soient mises en place.

L’enjeu est en effet celui-ci : à la suite du Christ, dont le message est « le moment favorable est venu, le règne de Dieu est tout proche ! Changez de vie et croyez à la Bonne Nouvelle » (Marc 1v15), la mission de ceux qui lui appartiennent, et reconnaissent qu’Il est Seigneur, consistent à proclamer et à affirmer, « réaliser » le règne de Dieu là où il n’est pas encore. « Réaliser » signifie d’abord en comprendre les tenants et aboutissants (cf Luc 17v20-21), mais aussi le faire advenir à la réalité. Comment alors installer le Règne de Dieu ?

Certains ont voulu le faire par la force (L’Inquisition) et ont échoué. D’autres ont voulu le faire par le retrait du monde : même échec, conduisant au sectarisme. D’autres ont pensé y parvenir par la politique (théocratie, césaropapisme, théologies de la libération), espérant en des « messies politiques », avec les résultats désastreux (encore récents)que l’on connaît.

Or, pour installer le Règne de Dieu, il faut planter la bannière du Christ. Mais ce n’est pas parce que vous portez un tee-shirt (ou déposez dans l’urne un bulletin) « Jésus », et une Bible dans votre sac, que le Règne de Dieu – ou le Christ – est là. C’est là où Christ est reconnu comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, que Christ règne.

Les « postures de combat » installant le Règne de Dieu sont, de fait, la louange, l’adoration, la discipline intérieure(proclamer que Christ règne dans « ce temple » de mon corps, dans mes pensées et dans ma volonté), l’obéissance, la prière, et le jeûne.

Le jeûne fait partie de la discipline offerte par le Seigneur pour nous disposer à la disponibilité spirituelle. Le principe du jeûne est de se priver de quelque chose pour laisser advenir autre chose. Il n’est pas forcément un jeûne de nourriture d’ailleurs ! Il peut être un jeûne d’écrans, de distractions, d’activités, d’achats et toute autre chose dont nous pouvons être convaincus de nous priver pendant ce temps. En Matthieu 6v16-18, Jésus insiste sur le fait qu’il s’agit d’une pratique personnelle [Pierre fera ainsi son jeûne, Jacques le sien et Daniel le sien…], et discrète, enseignant que le meilleur jeûne est celui que l’on ne connaît pas et ne soupçonne pas. Jésus prolonge ainsi les exhortations des prophètes avant lui, qui critiquaient justement les jeûnes proclamés, les dénonçant comme étant l’occasion d’un déballage d’une piété ostentatoire, plus préoccupée par les apparences.

Contrairement à ce que disent certains, le jeûne n’amène pas de puissance d’après la Bible. Il offre juste du temps et de l’espace intérieur. Ce sont les sorciers qui jeûnent pour la puissance. Le prophète Esaïe a bien repositionné de la part de Dieu ce qui doit être l’objectif du jeûne : un temps de consécration ou de reconsécration afin que la justice de Dieu (plutôt que l’injustice) puisse paraître . Car « le jeûne tel que je l’aime, le voici, vous le savez bien », dit Dieu : « c’est libérer ceux qui sont injustement enchaînés, c’est les délivrer des contraintes qui pèsent sur eux, c’est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, bref, c’est supprimer tout ce qui les tient esclaves. C’est partager ton pain avec celui qui a faim, c’est ouvrir ta maison aux pauvres et aux déracinés, c’est fournir un vêtement à celui qui n’en a pas, c’est ne pas te détourner de celui qui est ton frère ». (Esaïe 58v6-7)

Un rappel utile quand certains voient en effet dans le jeûne une façon de négocier avec Dieu, pour lui soutirer des grâces. C’est là une conception marchande de Dieu, un désir de l’instrumentaliser pour nos projets les plus autocentrés ou les plus religieux. A l’inverse, le jeûne, comme les autres « postures de combat spirituel », nous conduit à demeurer veilleurs et veillant, comme Jésus nous y exhorte en Luc 21v36 : « Ne vous endormez pas, priez en tout temps ; ainsi vous aurez la force de surmonter tout ce qui doit arriver et de vous présenter debout devant le Fils de l’homme. »(2)

 

 

 

 

 

Notes :

(1) De même que les plans de lectures bibliques et les articles sur l’éducation aux médias comptent parmi les documents les plus téléchargés sur ce même blogue.

(2) D’après « Au Nom de Jésus (T2) : Mener le Bon Combat », de Gilles Boucomont. Editions Première Partie, 2011, pp 284-288

Quand Jésus-Christ vient renverser « l’ordre établi »

Quand Jésus vient troubler et perturber « l’ordre établi » de nos vies bien rangées…
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Les premières paroles de Celui qui est « la Parole faite chair » (Jean 1v14) est une prédication, nous dit Marc  l’évangéliste [et non pas « l’évangélique »]. Et quelle prédication ! Il s’agit de « l’Evangile de Dieu »(Marc 1v14), soit un message venant de la part de Dieu, lequel est « la meilleure des nouvelles » adressée, non pas à quelques « heureux élus », mais à tous les hommes.

Son contenu ? Non pas « Dieu vous aime….vous êtes une race choisie »…mais plutôt « le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché : repentez-vous et croyez à l’Evangile ! » (Marc 1v15)

Comment Jésus prêche-t-il ? Avec autorité ! 

Jugeons-en plutôt : il appelle 4 pêcheurs à le suivre (Marc 1v16-20). Aussitôt, ces hommes laissent tout et le suivent sans discuter/raisonner (de la même façon que Dieu a appelé « que la lumière soit » et la lumière fut…). Dans une synagogue, il prêche « avec autorité » et « pas comme les enseignants de son époque ». C’est à dire que Jésus chasse un mauvais esprit. Il commande à cet esprit de sortir d’un homme possédé, présent dans la synagogue, et l’esprit mauvais sort (Marc 1v21-27). « Il dit et la chose arrive » (Psaume 33v9). Sa Parole comprend des mots, mais aussi un événement.

Jésus vient et trouble, perturbe, renverse l’ordre établi, dans la synagogue.

Serait-il « populiste » ? « Anti-système » ? En vérité, Jésus n’est pas venu pour opposer « le peuple » (« la base ») aux « élites » et vice-versa. Il n’a pas mieux appelé « la foule » à l’insurrection lors du sermon sur la montagne et ne s’est pas servi d’elle pour prendre le pouvoir ou renverser les institutions.

Il est venu troubler, perturber, renverser « l’ordre établi » dans nos vies, nos habitudes, nos pensées, nos cultures, nos relations, nos allégeances…..non pour créer la division ou pour « faire le vide », mais pour y établir son règne. Son règne est « justice, paix, joie, dans l’Esprit saint » (Rom. 14v17). Son règne n’a pas de limite. Il commence là, dans ce domaine de ta vie, où il ne règne pas encore ou ne règne plus. « Quel ordre établi » Jésus veut-il renverser aujourd’hui ?

« Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché : repentez-vous et croyez à l’Evangile ! » Telle est la prédication de Jésus-Christ au début de l’Evangile selon Marc (1v15), dans la synagogue, et durant tout son ministère.

Dans le même esprit, le message des prophètes de l’AT jusqu’à Jean-Baptiste ne se limitait pas à dénoncer les « élites (politiques, religieuses, économiques) corrompues » ou injustes, et n’avait pas pour finalité de pousser le peuple à s’abandonner dans les bras d' »hommes forts » (ou « providentiels »), du style Abimélek, Absalom…. Le message des prophètes avait pour finalité de conduire à la repentance et au retour au Dieu véritable, en se détournant des idoles ou de toute figure idolâtrique (cf 1 Thes.1v9)

C’est ainsi que la bonne théologie, comme la prophétie authentique, n’a pas pour vocation de cautionner/conforter nos options politiques, économiques ou nos croisades religieuses, comme elle n’a pas pour vocation de justifier nos espérances mal ajustées. Pas plus qu’elle n’a pour but d’entretenir le regret (qui n’a rien à voir avec la repentance) d’une espérance déçue : « vas-tu longtemps pleurer Saül ? C’est moi qui l’ait rejeté et il ne sera plus roi d’Israël »(1 Sam.16v1), dit Dieu à Samuel. Une parole à méditer aujourd’hui.

Jésus vient renverser l’ordre établi de nos vies pour y établir son règne de justice, de paix et de joie. Il attend le sacrifice de notre « oui » d’acceptation et nous invite à le suivre, comme à manifester que « le règne de Dieu s’est approché ».

Cela consiste à faire, au Nom de Jésus et à sa suite, des choses significatives dans la vie des gens, portant un fruit immédiat dans leur vie : « guérir les malades, chasser les démons, purifier les lépreux et ressusciter les morts » (Marc 16v15-18, Matt.10v7-8, Luc 10v1-9.…), mais aussi : laver les pieds des autres croyants, prendre un repas en Sa mémoire, baptiser et enseigner les personnes, même issues des nations non juives, – aimer les ennemis….

Et ce, « au Nom de Jésus », le seul Seigneur, « Dieu sauve » mais aussi « Dieu élargit ». C’est ainsi que Jésus est venu aussi renverser les murs de séparation (ou de « confort » ?) (Eph.2v14 et ss), et non pour les renforcer ou en construire d’autres.

De tout temps et encore aujourd’hui, c’est au Nom de Jésus, avec amour et humilité, que les chrétiens agissent et font ce qu’ils ne sauraient pas faire par eux-mêmes : élargir l’horizon de leurs frères et/ou de leurs prochains en les faisant sortir de là où ils (se) sont enfermés, pour leur faire connaître « une vie (toujours plus) abondante », et autres choses significatives de nature à porter un fruit immédiat dans leur vie.

Aujourd’hui, ce n’est plus le temps des justifications ou des regrets. C’est le temps de chercher (et de revenir à) Christ, pour manifester son Règne.

 

 

*Pour la petite histoire, dimanche dernier, à plusieurs heures d’intervalle, j’ai eu l’occasion d’entendre deux messages complémentaires sur le même sujet : le Royaume – ou le Règne – de Dieu. Ce n’est sans doute pas « un canard blanc au long cou », mais certainement une invitation à considérer ce qui est prioritaire pour Dieu : « cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice… » Et tout le reste est du bonus ! (Matt.6v33)

 

 

 

 

 

 

Débat sur la fin de Marc 16 : les chrétiens ont-t-ils reçu l’autorité de guérir et faire des miracles « au nom de Jésus » ?

« Problématique » l’affirmation comme quoi les chrétiens ont reçu l’autorité de guérir « au nom de Jésus » ?

En Marc 16v17-20, le Seigneur Jésus énumère « les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en (son) nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. » 

1. Une affirmation « problématique »

Nous comprenons de ce passage que l’Église a reçu de Dieu l’autorité de guérir et de réaliser des miracles « au Nom de Jésus ». Mais le pasteur Florent Varak, s’exprimant sur les blogues Le Bon Combat – lors de l’émission « Que dit la Bible ? » le 26/10/17 (1) – et TPSG (2), ne croit pas que ce soit la bonne interprétation. Il estime même « problématique » l’affirmation comme quoi les chrétiens sont appelés à guérir et qu’ils ont reçu l’autorité de guérir « au nom de Jésus ».

De sensibilité « cessationiste » [certains dons ont été donnés à l’Église pour un temps et pour un objectif précis. Une fois cet objectif réalisé ou accompli, ces dons ont cessé], Il croit que Dieu guérit quand il le souhaite et comme il le souhaite, notamment en réponse à la prière, parfois avec l’onction d’huile mais que le mandat confié aux apôtres d’accomplir des miracles « en nom et place du Seigneur » est révolu.

D’après lui, les miracles mentionnés en Marc 16 se retrouvent dans le livre des Actes, où ils ne sont exercés que par deux catégories de personnes liées à l’apostolat [Les Apôtres et les diacres]. Il souligne que dans Marc 16, Jésus reproche aux apôtres leur incrédulité, de sorte que la clause « ceux qui auront cru » est très probablement à comprendre comme « ceux qui auront cru parmi les apôtres ».

Sauf que…..

Si l’on peut se sentir soi-même incrédule, à l’instar de l’internaute Francine (1) dont nous reprenons et synthétisons l’argumentaire, ce n’est paradoxalement pas sur ce que rapporte la fin de Marc, mais plutôt sur les propos de Florent Varak, lesquels s’avèrent « problématiques ». Et comme les apôtres en entendant les femmes qui leur rapportaient que le tombeau était vide au matin de la résurrection, nous pourrions même penser « qu’il plaisante ».

1) Ainsi, dire : Ceux qui ont cru parmi les apôtres, implique en bonne logique française, qu’il y en avait donc parmi les apôtres qui n’ont pas cru, et qui par conséquent n’avaient pas à faire des miracles. Si ce n’est pas ce que veut dire l’intervenant, il faut qu’il reformule autrement : parmi ceux qui auront cru, seuls les apôtres etc… mais ce n’est pas ce que dit le texte de Marc 16.

D’autre part, si l’on tient compte du contexte du passage, ce que ne fait pas Florent Varak, l’incrédulité reprochée aux apôtres v. 11, est celle qu’ils ont manifestée au récit des femmes. Jean lui-même n’a cru qu’au moment où il a vu le tombeau vide, il le déclare. Pierre s’en est retourné de sa course au tombeau tout perplexe, il n’a donc cru réellement qu’après. L’incrédulité du v. 13 se rapporte à celle qui suit le récit des pèlerins d’Emmaüs ; Thomas en particulier est incrédule. Plus tard il s’écrie devant le Seigneur ressuscité : Mon Seigneur et mon Dieu !

Par conséquent le contexte de Allez dans tout le monde, prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira, et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui n’aura pas cru, sera condamné ne peut se rapporter aux apôtres qui ont déjà surmonté leur incrédulité naturelle, et que le Seigneur envoie maintenant dans le monde. Du reste ne savons-nous pas que Pierre et Jean qui n’avaient pas cru auparavant, ont fait ensuite de grands miracles ?

2) Ensuite, il est faux de dire que du temps de Paul, seuls les apôtres et les diacres à qui ils avaient imposé les mains accomplissaient des miracles. Nous lisons dans 1 Corinthiens 12v7-10 : « Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits; à un autre, la diversité des langues; à un autre, l’interprétation des langues ».

Paul inclut dans la liste des dons celui de faire des miracles ; il serait d’une mauvaise foi éhontée, de répondre qu’il ne pensait alors qu’à lui-même et aux autres apôtres. Tout le contexte montre qu’il parle des églises en général, et de leurs membres en général. La question de savoir si ce don a ensuite cessé est sans rapport avec celle de savoir combien l’avaient au temps des apôtres !

3) Enfin, Florent Varak n’assume toujours pas la mesure [ou la cohérence] de sa position dite « cessationiste ». D’après lui, dans toute l’Histoire de l’Église, seuls une vingtaine de croyants ont reçu le don d’accomplir des miracles, de manière plus ou moins suivie (12 apôtres + 7 diacres). De nature généreuse, Florent Varak est probablement prêt à doubler ce nombre, sachant qu’il faut toujours laisser au Seigneur une certaine marge ; 40 témoins donc au premier siècle faisant des miracles, sur au plus une ou deux centaines de milliers.

A présent au 21ième siècle, c’est par centaines de millions que se comptent les chrétiens charismatiques. Supposons qu’il en existe 500 millions ; d’après leur théologie ils croient que le don des miracles est encore accordé par le Saint Esprit aujourd’hui. Mais c’est rare ils en conviennent : 1/10000 peut-être on ne sait pas… ce qui fait toujours 500 M/10000= 50 000 chrétiens ayant le don des miracles ! et s’ils en font 10 chacun, on arrive à 500 000 miracles contemporains. Qu’est cette pauvre quarantaine d’apôtres et de diacres du livre des Actes en comparaison ?

Si Monsieur Varak veut être cohérent au niveau de son cessationisme, il faut qu’il dise que ce n’est pas 1/10000 qui reçoivent le don, mais ZÉRO ; TOUS les charismatiques (seraient alors) dans l’erreur. Une grave erreur puisqu’ils se permettent d’attribuer au Saint Esprit ce qui ne vient pas de lui. En conséquence, le Pasteur Varak doit immédiatement avertir le CNEF de sa découverte, et prendre les mesures appropriées, en cas de non-réaction. Sinon cela reste du cessationisme d’opérette : Il est donc incohérent et bassement opportuniste pour les cessationistes de se regrouper avec les charismatiques sous l’étiquette générale d’ « Évangéliques de France ».

 

Nous sommes revêtus de l’autorité du Christ, avec le devoir de l’exercer pour mener le bon combat…

2. Ceci dit, pour revenir à la question de départ, les chrétiens ont-ils reçu l’autorité de guérir et de faire des miracles « au nom de Jésus » ?

Si l’on considère l’Eglise, à l’instar de Florent Varak dans son « conte de la circulation routière »(2), comme un automobiliste lambda qui ne saurait se prévaloir d’une quelconque autorité pour réguler la circulation, à l’inverse du policier en fonction « revêtu de son uniforme », l’on déniera alors à l’Église tout mandat pour guérir « au nom de Jésus-Christ », c’est-à-dire en son nom, en tant que son représentant, muni de son autorité. En concédant que le chrétien « garderait le privilège d’intercéder auprès du Père, grâce à la médiation accomplie de Jésus et de prier « au nom de Jésus », c’est-à-dire selon l’accès que Christ nous permet d’avoir au Père par la rédemption »(2).

Position peu cohérente là encore, puisque dans ce cas, la logique serait de dénier à l’Eglise toute capacité d’agir « au nom de Jésus » (lier et délier, baptiser et faire des disciples, demander quoique ce soit au nom de Jésus – même pour seulement intercéder….cf Matt.18v18-20, 28v18-20 et Jean 14v13-14, 15v16, 17v18….)

A l’inverse, souligne le pasteur Gilles Boucomont(3), si nous considérons que « baptisés en Christ, nous avons revêtu Christ » (Gal.3v27), nous comprenons alors que nous ne nous prenons pas pour Jésus, mais que nous sommes revêtus de l’autorité du Christ, avec le devoir de l’exercer pour continuer son œuvre. Dans ce cas, nous nous trouvons dans la position du policier en fonction revêtu de son uniforme.

A l’instar d’une secrétaire qui refuserait (avec pour sanction le licenciement pour faute professionnelle) d’écrire une lettre sur les instructions de son patron, alors que cette tache entre dans ses attributions les plus élémentaires, nous passons notre temps à dire à Dieu de faire des choses que Lui nous a demandé de faire dans les Ecritures…. tout en dépensant une énergie folle à vouloir faire ce que lui seul peut faire [nous sauver tout seul ou sauver, convaincre les autres] ! Et ce, alors qu’Il nous a donné toutes une série d’indications très précises quant à ce qui nous incombe, et inversement ce qui est de son registre(3).

Ainsi, certains considèrent comme « un privilège » d’ « intercéder » pour les malades(2), soit de demander à Dieu qu’Il intervienne pour leur guérison. Ce n’est pas faux dans le sens où la guérison est toujours un don de Dieu. Sauf que les Ecritures bibliques présentent la guérison comme un charisme (cf 1 Cor.12v4-11) qui doit être exercé par les croyants au nom de Jésus, et non pas demandé par les croyants à Dieu.

Et ce, d’autant plus, comme le souligne Gilles Boucomont, qu’aucune allusion à la demande de guérison ne se trouve dans le Notre Père, et qu’aucun texte biblique ne nous dise de prier pour les malades en demandant à Dieu la guérison. Même « la prise en charge des malades par la communauté et les Anciens décrite par Jacques dans son épître (ch.5v14-16) est très active, puisque dans l’onction d’huile est manifestée la guérison, pas seulement espérée. C’est une démarche active de l’Eglise, corps de Christ contre la maladie qui abîme l’un de ses membres »(3).

A l’inverse, de nombreux passages nous donnent pour instruction de guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, chasser les démons cf Matt.10v8 ; Luc 10v9, 17-20 ; Marc 16v15-20

Ayant « revêtus Christ », nous avons, non à intercéder ou à demander à Dieu d’intervenir à notre place, mais à exercer la prière d’autorité, laquelle est une prière où l’on va chercher sa légitimité et son autorité pour intervenir nous-mêmes sur le réel. Parce que Jésus ne nous demande pas d’intercéder pour les malades mais bien de les guérir. Pas d’intercéder pour les lépreux mais de les purifier. Pas d’intercéder pour les morts mais de les ressusciter. Pas d’intercéder pour la délivrance, mais de chasser nous-mêmes les esprits mauvais.

Soit d’agir « au Nom de Jésus » de manière significative dans la vie des gens, et de manifester ainsi cette annonce impérative que « le Règne de Dieu s’est approché ».

Encore une fois, il ne s’agit pas de nous prendre pour Dieu, en nous croyant personnellement aptes à guérir, comme s’il s’agissait d’un automatisme – il s’agit de guérir les malades au Nom de Jésus et selon la volonté de Dieu, au moment opportun, et non de manière stéréotypée. Dieu nous appelle à collaborer avec Lui (cf Marc 16v20), en nous demandant d’assumer l’autorité qu’Il nous donne, à la manière de Christ.

« Se dérober à nos prérogatives, c’est retarder la venue du Règne de Dieu, en nous-mêmes et dans ceux que nous voudrions bénir »(3).

 

 

Notes : 

(1) Cf http://leboncombat.fr/fin-marc-serpents/

(2) Cf https://florentvarak.toutpoursagloire.com/miracles-guerisons-et-marc-16-1ere-partie/

(3) Boucomont, Gilles. Au Nom de Jésus : Mener le bon combat. Editions Première Partie, 2011, pp 227-231. Du même : Au Nom de Jésus, libérer le corps, l’âme, l’esprit. Editions Première Partie, 2010.

Quand Jésus-Christ libère, Il libère vraiment : Marc 5v1-20

Jésus et l'homme de Gedara : une libération totale mise en oeuvre !

Jésus et l’homme de Gedara : une libération totale mise en oeuvre !

Nous connaissons l’histoire de l’homme possédé par l’esprit de « légion », à Gédara, en Marc 5. « Cet homme avait sa demeure dans les sépulcres, et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne. Car souvent il avait eu les fers aux pieds et avait été lié de chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et personne n’avait la force de le dompter. Il était sans cesse, nuit et jour, dans les sépulcres et sur les montagnes, criant, et se meurtrissant avec des pierres »(Marc 5v3-5). Jésus y opère une délivrance à tous les niveaux. L’homme était nu, incontrôlable et malade : il ne l’est plus. Le voici désormais « assis aux pieds de Jésus »(Luc 8v35), « vêtu et dans son bon sens »(v15). C’est bien la totalité des plans de sa vie personnelle qui est guérie et sauvée : son corps, son âme, son esprit, ses relations, sa place dans la société.

Mais la libération ne se limite pas à un seul individu et à son réseau, puisque c’est aussi toute une économie locale (la principale de la région) qui est libérée de l’élevage du porc, animal impur par excellence pour les Juifs. Selon Gilles Boucomont, il s’agit d’« une souillure contingente de la dégradation sociale qui consistait à ce qu’un membre d’une communauté vive dans un cimetière, hurle et soit enchaîné dans ses crises les plus terribles. La purification de cet homme conduit à la purification d’un système marchand qui avait une influence sur toute une région. D’autant plus qu’à la corruption sociale et économique s’ajoutait l’impureté politique : le démon s’appelait en effet « légion ». Cela veut dire qu’il est lié à la domination romaine et c’est ce qui explique qu’on élève dans le coin des porcs, afin de nourrir les armées de l’envahisseur »(1), ou de l’occupant, dirai-je. Soit une région entièrement sous la tutelle de l’ennemi, l’ennemi physique et l’ennemi spirituel, depuis les plans les plus intimes de la vie des gens jusqu’au système économique et politique(1).

Bref,

« Quand Dieu libère une personne, il enclenche la libération d’une famille.

Quand Dieu libère un citoyen, il libère sa nation.

Quand Dieu libère sur un des plans de la vie, il veut libérer sur tous les plans »(1).

N’oublions jamais que Dieu est le créateur de la Terre et que la Terre lui appartient(Ps.24v1). « Le pays est à Lui » et « nous sommes ici chez Lui comme des émigrés et des hôtes »(Lévit.25v23. TOB), bien qu’elle soit trop souvent, par nos compromissions, sous la domination du malin, qui se fait appeler « le prince de ce monde »(Jean 16v11), alors que Lui est le Roi de l’Univers(Ps.93v1). Et Jésus est « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs »(Apoc.19v16)

L’homme intelligent ou l’homme sage, selon la sagesse de Christ(1 Cor.1v19 et ss ; Col.2v3), est celui qui fait le lien, sachant que tous les problèmes sont liés, et qu’il n’y a pas de domaines cloisonnés, où Christ ne serait pas appelé à régner. Le mandat de l’homme intelligent, de l’homme sage, est celui de la réconciliation(2 Cor.5v19). A tous les niveaux.

Quel sera notre impact, en tant que témoin de Christ ? Il est facile, aujourd’hui, de trouver une actualisation de ce qui précède.

Examinons-nous : quel Evangile proclamons-nous ?(2) De même, examinons si notre implication, en tant que chrétiens, disciples de Jésus-Christ, dans les domaines de l’économie, l’éducation, la politique…comporte des effets réellement salutaires et réellement significatifs des principes du Royaume de Dieu…..

 

Notes : 

(1) Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus (T.2): Mener le Bon Combat. Ed. Première Partie, 2011, pp 323-324. L’essentiel de cette étude provient de là.

(2) Sachant que « l’Evangélisation prend toujours trois P » : « Présence »(« incarnation »), « Parole », « Puissance », comme le rappelle ce billet sur le blogue « Théologeek ». Ou alors l’Evangélisation se dit « CCP » : « Compassion, Communication(proclamation, affirmation), Puissance ».

 

 

« La liberté de choix » : une « illusion », une « malédiction » héritée de la chute (2)

Dans un billet précédent, nous soulevions le fait que la liberté dans le sens où nous l’entendons (« la liberté de choix ») n’est pas la liberté dont Dieu parle, mais une « illusion », une « malédiction » héritée de la chute, conséquence du péché, selon les auteurs bibliques. Etre vraiment libre, ce n’est pas « avoir le choix » entre le bien et le mal, mais être positionné du côté de Dieu.

D’autre part, le chrétien devrait en réalité préférer à la « liberté », concept « statique », celui de « libération », qui inclue un processus et une « dynamique ». En effet, selon le pasteur Gilles Boucomont (1), l’on ne saurait parler « de liberté sans libération », car, juge-t-il avec humour sur twitter,

Scène de la série "Le Prisonnier" de et avec Patrick Mac Goohan (1967)

Scène de la série « Le Prisonnier » de et avec Patrick Mac Goohan (1967)

l’ « on n’a jamais entendu un prisonnier se dire libre parce qu’il faisait ce qu’il voulait dans sa cellule » ! Pour pouvoir vivre la liberté, il nous faut donc passer par la libération, soit le fait d’être toujours portée en avant dans un processus d’émancipation(2), contrairement à l’inertie d’une liberté qui, elle, s’étiole, quand on ne la vit pas activement au quotidien. Il est intéressant de constater que la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est justement le rappel d’une libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Suivent ensuite les commandements de Dieu à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des « Paroles » de Dieu comme étant précédé par la libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, tu n’auras pas d’autre dieu et tu ne t’en feras pas d’images », etc…A vous de poursuivre !

Dans le Nouveau Testament, Paul rappelle fort opportunément aux Galates-tentés de se remettre sous un joug-que « c’est pour la liberté que Christ nous a libérés »(Gal.5v1). Et il y a un prix à payer, pour « garder cette liberté chèrement acquise par un autre à la croix : « tenir ferme » et ne pas se remettre « sous le joug de l’esclavage »(v1). Nous sommes donc intégrés dans un processus de « libération continue », dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, « livré à la mort à cause de nos péchés et ramené à la vie (par Dieu) pour nous rendre justes devant lui »(Rom.4v25. BFC)

Jésus-Christ est d’ailleurs le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre : personne n’a pu « le convaincre de péché »(Jean 8v46), il n’y avait en lui aucune source de mal, et même Satan n’a eu aucune prise sur lui (cf Matt.4v1-11). Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs »(Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, du pouvoir du péché, de la crainte de la mort(Hébr.2v15), et la restauration d’une relation qui avait été rompue : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor.5v19)

Jusque à présent, je pouvais croire que choisir de ne pas mettre ma confiance en Jésus et de ne pas le suivre, Lui et ses commandements, était justement l’expression de ma liberté. En réalité, je ne deviens libre qu’en refusant l’exercice de cette pseudo-liberté de pouvoir vivre sans Dieu. Je ne suis pas libre d’exercer ou non la miséricorde(ou la bonté), mais vu que j’appartiens à Jésus, je deviens miséricordieux, car c’est là « le fruit de l’Esprit »(Gal.5v22) et parce que mon Père céleste est « miséricordieux »(Matt.6v36). Je ne suis pas libre d’être, soit doux, soit violent, car j’appartiens à Jésus, qui est lui-même « doux et humble de cœur »(Matt.11v29), et le fruit de l’Esprit est ma douceur(1). Enfin, je ne suis pas libre d’aimer ou de ne pas aimer, mais parce que « Dieu est amour »(1 Jean 4v16) et parce que mon Père Céleste m’aime personnellement(1 Jean 3v1), je peux « aimer mon Dieu de toute ma force… » et mon prochain, « comme moi-même ».

Si je choisi de suivre Jésus, le Seigneur, alors mes choix sont simples(1) : j’abandonne « l’idolâtrie de soi » qui réside dans la vénération du libre-arbitre, je lâche prise sur « la liberté de choix » qui est devenue aujourd’hui un véritable dogme, et je me réjouis d’entrer dans les projets de mon libérateur : « si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création: les choses vieilles sont passées; voici, toutes choses sont faites nouvelles » (2 Cor.5v17) ;« Or, le Seigneur c’est l’Esprit ; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Cor.3v17). Et je me réjouis de cette nouvelle relation avec Jésus : « plus esclave…mais ami » (Jean 15v15), et je vois « de quel amour le Père m’a fait don, que je sois appelé enfant de Dieu » (1 Jean 3v1 ; Jean 1v12-13)

 

Notes :

(1) Boucomont, Gilles. Au Nom de Jésus : Mener le Bon Combat. Editions Première Partie, 2011, pp 152-155

(2) C’est le sens d' »éducation » : « conduire hors de », pour élever, faire grandir(cf Jean 10v3).

 

« La liberté de choix » : une « illusion », une « malédiction » héritée de la chute

La liberté consiste-t-elle à "choisir" entre "ces deux options" ? Par Andy Singer

La liberté consiste-t-elle à « choisir » entre « ces deux options » ?
Par Andy Singer

Dans notre vie, nous menons beaucoup de batailles. L’une d’elle-primordiale, à remporter-est une bataille sémantique : « Les mots ont un sens », et aussi un usage. Encore faut-il connaître et comprendre lesquels.

Ainsi, par exemple, qu’est-ce que la liberté ? L’on dira alors que c’est « pouvoir faire ce que l’on veut, sans avoir besoin d’obéir à personne », « le mépris des influences et des préjugés », « vivre à son idée, sans contraintes et sans attaches »…. La liberté, nous savons ce que c’est, et surtout, nous la chérissons, nous y tenons particulièrement, « comme une perle rare ». Nous tenons à penser, parler, sortir, manger, nous amuser, nous réunir ou nous associer, circuler, choisir, décider librement….

Certains ont même payé le prix de notre liberté et de ces libertés-là.

De tous les peuples, les Français sont peut-être « les plus experts » en matière de « Liberté » (du moins le croient-ils), puisque cette notion est inscrite dans leur devise et figure dans l’article 2 de la Constitution française de 1958.

Néanmoins, la liberté est-elle bien ce que l’on affirme qu’elle est ?

Le chrétien, quant à lui, prétend se fonder sur la Bible, et ce que Dieu en dit, pour penser, de comprendre, d’expliquer ou de vivre la liberté. Et ce, à l’opposé de « la pensée humaniste » de l’époque moderne (des XVI-XVIIe siècle), notamment « la philosophie des Lumières »(XVIIIe siècle). Or, relève le pasteur Gilles Boucomont (1), nous serions bien avisés « de ne pas minimiser l’influence-aussi bien positive que négative-de la pensée des Lumières » sur notre compréhension bien française de la liberté.

Car, dénoncer trop vite « l’humanisme des Lumières », c’est oublier « que celui-ci a permis à l’homme d’être à nouveau au centre, alors que des institutions(la Royauté ou l’institution ecclésiale issue des croisades) étaient devenues le centre ». On notera que la Réforme protestante du XVIe siècle, avec son retour aux sources bibliques, participe du même mouvement de réflexion sur l’identité et la place de l’être humain. Pourtant, « il est vrai, nuance Gilles Boucomont, « que la liberté née du Siècle des Lumières s’est d’abord énoncée comme une liberté de refuser ces institutions, c’est-à-dire de préférer un régime républicain [quand d’autres choisissent de s’appeler « Les républicains »] à la royauté, ou préférer de ne plus être considérés comme membre de l’église de Rome. Sauf que ce refus s’est opéré sur un mode « destruction », dans un esprit de rébellion. Ainsi, plutôt que de se positionner contre les abus du Roi ou du Pape, beaucoup ont glissé vers un désir d’être libérés de l’emprise de Dieu Lui-même, « jetant le bébé(Jésus) avec l’eau du bain(l’église de Rome). Quitte à être libres, autant être libres de tout »(1), à l’instar des « gens de (la) génération » du prophète Jérémie(Jer.2v31)

Ainsi, « l’homme moderne »(des XVII-XVIIIe siècle, dont nous sommes l’héritier direct), s’affirmant comme un « sujet pensant » et « un être doué de raison », revendique son droit à juger par lui-même de ce qui est vrai ou faux, ou à décider souverainement « de ce qui est bien ou mal », « libre » de toute autorité susceptible de lui imposer de croire à des vérités établies(2). C’est là la réalisation de la promesse du serpent, en Genèse 3 : « vous serez comme des dieux… ».

Dans le domaine moral et religieux, « l’homme libre moderne » renonce à conquérir le paradis (futur et céleste), pour établir son propre bonheur terrestre « ici et maintenant ». Enfin, dans le domaine technique et politique, « l’homme entièrement libre » est « propriétaire de lui-même comme de son destin ». Devenu « maître et possesseur de la nature », selon l’expression de Descartes, il (auto)entreprend de mettre la nature à son entière disposition. Politiquement, il se considère également comme « affranchi » de toute appartenance à une communauté ou à une lignée naturelles, la seule société légitime n’étant plus désormais à ses yeux qu’une libre association [et non plus une « alliance »] fondée sur un « contrat »(de confiance)juridique(2), que l’on peut rompre(après « 30 jours d’essai »). Bref, faites le lien avec les conceptions « modernes » du mariage ou de l’Eglise dans notre XXIe siècle…..

Ainsi, sur ces critères résolument « modernes », la liberté s’est notamment définie comme la possibilité de croire ou ne pas croire. Le caractère principal de cette liberté née des Lumières, c’est le triomphe du choix, ou de « la liberté de choix », chère-notamment-aux libéraux.

Etre libre, c’est pouvoir choisir. Et « le plus grand pouvoir que Dieu aurait donné à l’Homme, ce serait le choix », estime-t-on.

Sauf que….cette liberté-là, « la liberté de choix », n’est pas la liberté dont Dieu parle, souligne Gilles Boucomont(1). Cette liberté que nous revendiquons et poursuivons, défendons, avec tant d’ardeur…n’est « qu’une illusion » et même « une malédiction » héritée de la chute, conséquence du péché, selon les auteurs bibliques.

« Etre vraiment libre, ce n’est pas avoir le choix entre le bien et le mal, c’est être positionné du côté de Dieu. Ce qui veut dire que, contrairement à ce que l’on pense souvent, le texte biblique ne promeut pas la notion de « libre arbitre » qui est un concept moderne lié aux Lumières ». Et, paradoxalement, notre compréhension de la liberté-que nous croyons « biblique »-s’avère en réalité plus nourrie de la philosophie des Lumières que de la pensée (réellement) biblique ! « Luther insistera sur l’idée, provocatrice, du serf arbitre. C’est parce que ma conscience se fait « servante », « esclave »(« serf ») du Christ, que je deviens libre ».

Cette idée était déjà très présente dans l’Ancien Testament, dans l’offre faite par Moïse au nom de l’Eternel, quand il s’adresse ainsi au peuple : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité »(Deut.30v19-20)

« Certes, dans ce passage », commente Gilles Boucomont, « il est clair que les grandes étapes de la vie se présentent comme des choix. Mais chacun de ces choix n’est pas une alternative équilibrée, laissée à la discrétion de celui qui doit se prononcer. Moïse dit bien : « choisis la vie ». Ce n’est pas un choix « libre » selon nos catégories modernes, puisque la bonne solution est nommée immédiatement….et pourtant, le texte marque bien, par le choix d’abord énoncé, qu’il y aura des gens qui vont choisir la malédiction et la mort ! »

Cela signifie que nos choix fondamentaux ne sont pas faits par nous, contrairement à ce que nous croyons, mais du fait d’influences de notre éducation, de la mode, de notre grille de lecture de telle ou telle situation…..

"Nudge", de Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein

« Nudge », de Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein

A ce sujet, d’intéressants auteurs, Ha-Joon Chang(3), Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein(4), nous expliquent que cette liberté totale que nous revendiquons est en réalité « pipée » : nous ne sommes en effet que de « simples mortels faillibles », faisant « de notre mieux pour nous en sortir dans un monde complexe »(4). Hélas, notre « rationalité »(3, 4) et notre « maîtrise de soi » sont « limitées », et nous sommes « vulnérables aux influences sociales »[et même environnementales], d’où des erreurs fréquentes ou des décisions prises de manière plus irrationnelle que rationnelle(3, 4). C’est la combinaison « des problèmes de maîtrise de soi et de choix irréfléchis qui provoque des catastrophes dans la vraie vie » (4). C’est pour cela que nous avons besoin de restreindre délibérément notre liberté de choix pour réduire la complexité des problèmes que nous devons affronter-et en général, c’est ce que nous faisons(5).

Ceci dit, celui qui doit déterminer nos choix, c’est celui qui dirige notre vie. Mais qu’est-ce qui est le plus « déterminant » dans notre vie ? « Notre identité nationale », notre éducation, notre métier ou « notre ministère », nos habitudes alimentaires, les discours ou les programmes politiques, les « news-magazines », « ce que l’on a vu à la TV » ? Ou le Seigneur Jésus-Christ, dont nous avons (normalement)choisi qu’Il dirige notre vie ?(1)

 

(A suivre. Suite et fin mercredi prochain).

A noter que ce billet est le prolongement de cet autre sur la liberté d’expression.

 

Notes :

(1) Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : mener le bon combat(T2). Ed. Première Partie, 2011, pp 151-155.

(2) D’après Clerget-Gurnaud, Damien. Vivre passionnément avec Kierkegaard. Eyrolles, 2015, pp 55-57

(3) Dans « 2 ou 3 choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme ». Points Seuil, 2015, p 231 et ss)

(4) Dans « Nudge : la méthode douce pour inspirer la bonne décision ». Pocket, 2012, p 76, 85, 135-136

(5) « Souvent, la réglementation publique fonctionne, notamment dans des milieux complexes comme le marché financier moderne, non parce que l’Etat en sait plus long, mais parce qu’il restreint les choix, donc la complexité des problèmes immédiats, ce qui réduit les risques de dérapage », relève Ha-Joon Chang (op.cit., pp231-232). « Or, dans la marche à la crise financière mondiale de 2008, notre aptitude à prendre de bonnes décisions a été submergée, parce qu’avec l’innovation financière, on a laissé évoluer les choses vers trop de complexité…au point que même les experts de la finance n’y comprenaient plus rien !(op. cit., p 242)