Le mois de la Bible se clôture « en live »

Pour terminer en beauté l’édition 2022 du Mois de la Bible, l’Alliance Biblique Française, dont la mission consiste à mettre la Bible à la portée de tous, s’associe à la Plateforme protestante des radios pour proposer un live exceptionnel le jeudi 31 mars de 20h00 à 22h30. Chanteur, réalisateur ou encore acteur se succèderont sur le plateau pour livrer leur éclairage sur la thématique de cette année : « Quand la Bible inspire les artistes ».

L’émission sera diffusée sur la chaîne YouTube de l’Alliance biblique française et sur les réseaux sociaux des différents partenaires (parmi lesquels la Fédération protestante de France et Radio Arc-en-ciel). Au programme de cette soirée exceptionnelle, des artistes (Meak – auteur compositeur, la conteuse Myriam de Beaurepaire, Estienne Rylle – d’Epiclèse, Claire Oberkampf etc.) mais aussi des chroniqueurs (Jean-Luc Gadreau – Solaé, sur France culture, Sara Le Levier – de l’Alliance Biblique Française, David Métreau – de Christianisme aujourd’hui, Claire Bernole – de Réforme, PRIXM – le média qui nous fait redécouvrir la Bible, etc.).

Pour ne rien manquer, il vous suffit de cliquer sur « définir un rappel » en vous rendant sur la page Youtube dédiée.  

En savoir plus sur l’Alliance Biblique Française et ses projets.

En attendant : vous l’avez peut-être « vu passer », mais ne manquez pas le nouvel épisode du podcast « au commencement », proposé par l’Alliance Biblique Française, ou « la grande histoire » biblique vue par le biais d’histoires personnelles qui l’émaillent. Plongez dans une histoire où la bienveillance et la loyauté permettent de traverser les épreuves. Celle de deux femmes : Noémi, brisée par les deuils successifs, et Ruth, fidèle et dévouée dans l’adversité.

Dans un autre genre et dans la même idée, il y a aussi « The Chosen », la première série multi-saisons sur la vie de Jésus-Christ et -particulièrement – de celles et ceux qui l’ont rencontré [à moins que ce ne soit le contraire] et entouré durant son ministère public.

« Il était une fois…la foi » (Hébreux 11v1-3)

Première prédication d’une série sur le thème « environnés d’une si grande nuée de témoins » (Héb 12.1), dans laquelle on se pose la question de la foi. « Avoir la foi, certes. Mais ça veut dire quoi ? »

Prédication de la Pasteure Isabelle Coffinet (Temple de Cergy), à découvrir sur la chaîne youtube « vous êtes le temple ! », sur le texte biblique d’Hébreux 11v1-3.

Que choisir : Notre environnement ou notre économie ?

La pollution et la mort de l’homme : un « classique » qui garde toute sa pertinence et son actualité, 40 ans après…

 « Si vous pensez vraiment que notre environnement est moins important que notre économie, essayez juste d’arrêter de respirer le temps que vous comptiez votre argent ». Guy McPherson (1)

A lire : « la pollution et la mort de l’homme », notre recension du livre de Francis Schaeffer

Et « pourquoi je crains le réchauffement climatique », une analyse de Charles Eisenstein, philosophe américain et conférencier, dont les travaux couvrent un large éventail de sujets, de l’histoire de la civilisation humain à l’économie du don, en passant par l’écologie.

Initialement paru le 16/06/2021

Note :

(1) Guy Mc Pherson (né en 1960) est un ancien professeur d’université d’écologie. Il a quitté le monde de la recherche universitaire, et la vie dans la société américaine pour exploiter, conformément à ses valeurs,  une ferme écologique, changement  qu’il a décrit dans un livre, ‘Walk away from the Empire‘ et dans son blog.  Le livre ‘Going dark’ expose ses inquiétudes pour la Planète. Aujourd’hui, il expérimente personnellement un mode de vie écologique. Il élève des chèvres et  cultive son jardin. Ses recherches l’ont mené à prendre très au sérieux la vitesse à laquelle les espèces vivantes disparaissent aujourd’hui et le changement climatique (Source : Le Temps.ch)

Pour chaque jour de carême, « une discipline, un programme d’entraînement », pour aller à la rencontre du Christ ressuscité

« Bientôt pâques ! » Comment te préparer à la rencontre du Christ ressuscité ? Source image : première de couverture de l’ouvrage édité chez BLF)

« Cherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez. Et ainsi le Seigneur, le Dieu des puissances sera avec vous » (Amos 5v14)

L’un des articles les plus visités de ce blogue est celui intitulé Un protestant-évangélique peut-il « faire le carême » ? Comment jeûner de façon « non religieuse » mais « biblique » ? Article rédigé le 1er mars 2017, suite à la question d’une connaissance. Merci à vous tous, pour l’avoir lu et partagé !

Le temps de carême m’est offert en vue de me préparer pour Pâques. Comme un athlète, je laisse derrière moi tout ce qui m’environne dans ma course vers le Christ ressuscité. L’Evangile nous rapporte qu’au désert, Jésus a décidé qu’il n’y avait pas de raccourci pour accomplir la volonté de Dieu : les gestes spectaculaires auraient attiré l’attention sur lui, mais dans leur émerveillement, les spectateurs auraient manqué Dieu. La sainteté commence par l’obéissance quotidienne.

Etablis pour chaque jour une discipline, un programme d’entraînement, pour aller à la rencontre du Christ ressuscité. Chaque jour, cherche le bien de ceux qui font surtout l’expérience du mal. Donne du courage à ceux qui ne rencontrent que déceptions. Donne de l’espoir à ceux qui l’ont perdu. Abandonne un peu de ton temps, de ta sympathie, de toi-même, afin que, de ton dépouillement, d’autres puissent être enrichis.

Prière

Alors que je prends le chemin solitaire qui mène vers le Christ ressuscité, apprends-moi à nourrir les autres comme tu me nourris. Apprends-moi à un être un lieu de rafraîchissement tout comme tu es une oasis pour moi. Apprends-moi à ne pas m’accrocher à ce que je possède, puisque tu m’appelles à me vider de moi-même devant toi. Garde-moi tout près de toi, de sorte que je puisse te rencontrer dans ceux qui ont besoin de moi, comme moi j’ai besoin de toi, par Jésus le Christ, Notre Seigneur.

(D’après Sheppy, Paul. Chaque matin, chaque soir. Un compagnon pour la prière quotidienne. Editions Olivetan, 2011, p 80)

En finir avec la théologie « hors sol »

Où il est question des effets concrets de l’instrumentalisation « des racines chrétiennes », coulées dans « le béton » identitaire et national-populiste…(source image : public domain pictures)

Mark Zuckerberg l’a annoncé en grande pompe : le groupe Facebook va devenir « Meta ». Ce changement a pour but de mettre en avant la création d’un « métaverse », un monde virtuel et persistant en trois dimensions, dans lequel il va investir 50 millions de dollars. L’idée semble de s’affranchir de la réalité physique, en espérant que ce nouveau monde, voulu parfait, séduise le plus grand nombre pour le plus grand bénéfice de l’entreprise.

L’ex-dirigeant battu aux dernières élections Donald Trump, quant à lui banni à vie de twitter pour y avoir publié plusieurs messages encourageant les émeutiers qui ont pris d’assaut le Capitole, le 6 janvier 2021, a lancé le 21/02/22 son propre réseau social sur lequel il a tout pouvoir. Ce réseau a pour nom (défense de rire) « truth » (« vérité »).

Décidemment, la réalité ne semble pas avoir la cote, ces derniers temps…

En réalité (!), nul besoin de haute technologie ou d’internet pour vivre dans un monde parallèle. Ce monde est celui de la théologie hors sol.

Dans ce monde étrange, comme je l’ai lu sur la toile, il est en effet possible de se déclarer « chrétien (protestant) confessant » (donc, forcément « pour le Christ ») et, « dans le même temps », de confesser ouvertement soutenir un candidat Z à la présidentielle se disant « pour l’Église et contre le Christ »(1). C’est là nous prendre pour des idiots

Soutenir un tel candidat, bien d’extrême-droite et d’inspiration maurrassienne, est l’illustration de la dérive d’une théologie hors sol, déconnectée du réel, vu que ledit candidat est lui-même un nationaliste hors sol, comme le souligne l’historien Laurent Joly, lors d’un entretien pour Akkadem, le campus numérique juif, avec le journaliste Patrick Anidjar.

Ce que dit ce candidat n’est pas en lien avec le monde réel, et ce qu’il préconise n’est pas tenable, susceptible de provoquer la guerre civile dans le monde réel. Ce candidat « se sert de l’Histoire pour légitimer la violence et l’exclusion, pour promouvoir une vision raciste et misogyne de l’Humanité. Il fait mentir le passé pour mieux faire haïr au présent… et ainsi inventer un futur détestable » (selon le constat d’un collectif de 16 historiens)(2). D’aucun diraient « un ordre social satanique », à savoir un ordre social basé sur le mensonge (cf la falsification de l’histoire), la division et l’accusation (cf la recherche de boucs émissaires). 

C’est là un enjeu spirituel de l’ordre du « status confessionis », soit une situation où le centre du message chrétien et de l’Evangile est mis en cause, en danger d’être vidé de sa substance par la récupération partisane. Ce type de récupération tente de nous faire croire qu’un certain passé idéalisé serait mieux que le présent…sauf que la Bible (Eccl.7v10) nous rappelle « que ce n’est pas la sagesse qui nous fait dire cela ».

Car, en quoi ce type de soutien contribue-t-il à la lisibilité de l’Evangile, comme à glorifier (rendre visible) le Seigneur ? Quel est le rapport entre le nationalisme, les rêves de « grandeur », la promotion d’idées anti-immigrés et l’Evangile ? Aucun. 

Ce type de soutien me rappelle ce qu’écrivait Robert Baxter (1615-1691), dans son « pasteur chrétien », à savoir que certains [notamment au temps du Seigneur Jésus-Christ] espéraient le réveil comme d’autres attendaient le Messie : « ils attendaient un messie glorieux qui devait leur apporter la puissance et la liberté. C’est ainsi que plusieurs d’entre nous envisageaient la réforme. Ils espéraient une réforme qui leur procurerait la richesse, l’honneur, le pouvoir »  (Robert Baxter, op. cit., Ed. Publications chrétiennes, 2016. Impact Héritage, pp 163-164).

Ce type de prise de position est fort mal venu, alors que l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, le 24 Février 2022, bénie et justifiée par le patriarche orthodoxe Kirill de Moscou et de toute la Russie (3), dans son discours du 06 mars, nous donne une idée des effets concrets de l’instrumentalisation des « racines chrétiennes », coulées dans « le béton » identitaire et national-populiste », pour reprendre une expression de l’historien Sébastien Fath

Ce discours à lire de près – traduit pour la première fois en français et commenté ligne à ligne par le doctorant à la Sorbonne Jean-Benoît Poulle sur le site « Le Grand continent » – est marqué par les tonalités apocalyptiques (« Ce qui se passe aujourd’hui ne relève pas uniquement de la politique… Il s’agit du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création. »).  Ce n’est pas une surprise ceux « qui ont suivi de près l’évolution de l’Église orthodoxe russe qui, depuis plusieurs années, se pose en ultime défenseur de la morale sociale et des valeurs traditionnelles russes dans le cadre de « la guerre culturelle »  menée par un Occident « décadent », relève Jean-Benoît Poulle, lequel nous invite à remarquer « que l’Église orthodoxe russe et les bureaucraties de sécurité (FSB) sont les seules grandes institutions centrales à avoir survécu à l’effondrement du système communiste, en se greffant organiquement au régime de Poutine. 

Avec ce discours nous sommes face à une vision du monde qui dépasse de très loin le storytelling politique et la définition d’un narratif auxquels nous sommes habitués dans nos espaces politiques. Au fond, et c’est ce qui rend la lecture de ce texte urgente, depuis l’invention de la bombe atomique nous n’avions peut-être jamais vécu le moment le plus intense du théologico-politique : une puissance nucléaire engagée dans une « guerre sainte ».

Lire le discours commenté sur La guerre sainte de Poutine – Le Grand Continent 

Là encore, il s’agit d’un enjeu spirituel de l’ordre du « status confessionis », soit une situation où le centre du message chrétien et de l’Evangile est mis en cause, en danger d’être vidé de sa substance par la récupération partisane.

En effet, « La politique de Poutine menace le témoignage de l’Église. Nous avons à apprendre de la Russie : ne traitons pas la religion comme un outil de préservation du pouvoir »écrit Russell Moore dans « Christianity Today » (28/02/22) : « Alors que la Russie de Vladimir Poutine tente d’écarter la possibilité d’une Ukraine libre de son influence, il serait facile pour les évangéliques du reste du monde de conclure qu’il ne s’agit là que d’une plus ou moins lointaine question de politique étrangère.  Cependant, le « poutinisme » est bien plus qu’une menace géopolitique ; la menace est aussi religieuse. La question qui se pose aux chrétiens évangéliques est de savoir si les Églises d’autres pays emprunteront la voie de Vladimir Poutine (…). De vraies questions se posent également pour les évangéliques du monde entier, non seulement sur la façon dont nous réagissons à l’utilisation de la religion par Poutine à des fins politiques, mais aussi sur la question de savoir si nous allons l’imiter (…) Les chrétiens évangéliques devaient se garder de la voie de Poutine, et nous aurions reconnu la reconnaissance chaque fois qu’il nous est dit que nous avons besoin d’un Pharaon, d’un Barabbas ou d’un César [ou d’un Cyrus] pour nous protéger de nos ennemis, réels ou supposés.  Chaque fois que cela se produit, il nous faut rappeler notre responsabilité de dire « niet », quelle que soit notre langue »(4).

C’est ainsi qu’une « société chrétienne [et un « défenseur de la chrétienté »] avant que vienne le Royaume de Dieu » n’est sans doute pas ce que « les  chrétiens confessants », ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, doivent attendre, si l’on en croît l’Evangile et les Ecritures.

Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ sont censés être les ambassadeurs du Roi des rois et Seigneur des seigneurs, pour signifier que « le Règne de Dieu s’est approché ».

Annoncer le règne de Dieu consiste à faire des choses significatives dans la vie des gens, portant un fruit immédiat dans leur vie, selon l’ordre de Jésus-Christ : « libérer », « guérir », « purifier », « ressusciter » (Marc 16v15-18, Matt.10v7-8, Luc 10v1-9.…), et ce, au Nom de Jésus, le seul Seigneur et seul Sauveur. Où voit-on, que, dans cet ordre, il y ait aussi : « soutenir »/« voter » (et/ou pousser à voter) pour un nouveau messie politique » et soutenir sa croisade ?

« Revenir à l’Evangile » est le nom d’un excellent blogue chrétien : c’est, je crois, ce que nous avons de mieux à faire, comme de revenir aux Ecritures. Il est en effet toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le coeur de Dieu, par rapport à ce que l’actualité – ou à ce qu’un homme/une femme dit « providentiel(le) » – proclame.

Finissons-en également avec les théologies hors sol, pour les remplacer par une bien meilleure théologie : par exemple, à l’approche de Pâques, celle qui nous fait tirer des conséquences pratiques de l’incarnation et de la résurrection de Jésus-Christ ? Lequel Christ fait justement droit à la complexité du réel et dont la mort à la croix met fin à la logique et à la stratégie de recherche du bouc-émissaire.

Notes : 

(1) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2022/02/19/dieu-au-fond-a-droite-quand-les-populistes-instrumentalisent-le-christianisme/

(2) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2022/02/12/zemmour-contre-lhistoire-faire-mentir-le-passe-pour-mieux-faire-hair-au-present-et-ainsi-inventer-un-futur-detestable/

(3) Par ailleurs interpellé par les représentants catholiques et protestants en France Cf https://www.protestants.org/articles/93259-ukraine-protestants-et-catholiques-interpellent-lorthodoxie-russe

(4) Dans le même ordre d’idée, notons encore que si Luther a su redécouvrir l’Evangile du salut par la grâce, par le moyen de la foi et pour la seule gloire de Dieu, « dans le même temps », sa réforme s’est accompagnée d’une compromission complexe à assumer pour les générations à venir : notamment le massacre des paysans et des « schwärmer » [ou « exaltés », les « charismatiques » d’aujourd’hui], ainsi que la négociation permanente et la soumission des églises aux princes des länders allemands, pour « sauver sa réforme ».

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique/biblique, il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon dans « Etrangers dans la cité », que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Et comme fort à propos, je tombe sur un article de La Free.ch datant de 2016, lequel exhume un vieil article d’une revue évangélique, édifiante quant aux rapports entre les protestants et le IIIe Reich. Ce rappel pour nous mettre en garde contre les messies en politique, quel que soit leur nom, et particulièrement ceux qui prétendent « défendre la chrétienté » .

Extrait : « Un premier indice de l’affinité de l’ensemble des protestants avec le nationalisme germanique apparaît déjà sous l’Empire allemand de 1871 à 1918. La monarchie prussienne, fondée sur une base idéologique et éthique proche du vieux protestantisme luthérien, passait pour être l’ « Empire protestant allemand ». Les idées sociales d’inspiration chrétienne, le pacifisme (on le taxait de blasphème), la libre-pensée et la démocratie étaient considérés comme des menaces auxquelles il fallait résolument s’opposer. La République de Weimar à partir de 1919 ne fut jamais véritablement reconnue par les chrétiens. Dans une allocution lors de la grande rencontre des Églises (Kirchentag) de 1919 à Dresde, le président de cette manifestation déclara: « La gloire de l’Empire allemand, le rêve de nos pères, c’est là que réside la fierté de chaque Allemand. » Pour cette raison de nombreux chrétiens essayèrent de défendre avec ardeur les valeurs et l’identité nationales. Ils se sentaient tenus à un programme national chrétien.  La peur de la pensée libérale naissante et du bolchevisme russe, menaçant depuis la Révolution d’octobre 1917, poussèrent de nombreux chrétiens à se rapprocher du Parti ouvrier national-socialiste allemand (NSDAP), fondé en 1920. Le programme politique du parti d’Adolf Hitler promettait un retour aux valeurs chrétiennes et la constitution d’un rempart contre le communisme et contre les idées libérales.  Les violences multiples contre ceux qui pensaient autrement, les déportations et les actes d’extermination, les Églises évangéliques ne les imputaient pas publiquement à la volonté d’Hitler, mais à des partisans dévoyés, enclins à l’exagération. Le régime national-socialiste réussit, fort bien et durablement, à éblouir les Églises évangéliques et à les abuser à son profit. En gage de reconnaissance, il octroya à ces Églises la possibilité d’évangéliser librement et de développer pleinement leurs activités chrétiennes. Les Églises évangéliques utilisèrent ces libertés gagnées et se rendirent utiles dans la lutte contre le bolchevisme et la libre-pensée. De leur propre gré et au profit de l’« autorité bienveillante ». Après la chute du IIIe Reich, la direction de la Fédération des Églises évangéliques (de tendance baptiste) déclara qu’un non à l’État et au pouvoir ne lui aurait été permis que si l’annonce de l’Évangile et la possibilité de mener une vie selon les principes chrétiens lui avaient été interdites. Cela n’avait jamais été le cas ! (…) En 1933, après la victoire du Parti national-socialiste, l’Église évangélique libre luthérienne loua cette accession au pouvoir comme un « engagement pour l’honneur et la liberté de l’Allemagne ». Elle fit l’éloge du NSDAP pour son « combat contre la saleté ». Les baptistes, dans le journal Wahrheitszeuge (Témoin de la vérité) parlèrent de l’accession d’Hitler comme de l’avènement d’un « temps nouveau » et vivement désiré. Les Communautés évangéliques libres firent l’éloge dans le journal Gärtner (Le Jardinier) du combat du NSDAP « contre la prostitution, contre l’habitude de fumer chez les femmes, contre le nudisme et contre les abus de la vie nocturne ». Lorsque des rumeurs d’exactions contre les juifs en Allemagne parvinrent à l’étranger, les Églises évangéliques allemandes les taxèrent immédiatement de « propagande scandaleuse ». 

Jean Hus et le hussitisme ou la subversion d’un christianisme « sans conservateur »

« A trop recourir au christianisme pour défendre un Ordre qu’ils fantasment, (les conservateurs) risquent in fine d’en saper les fondements »

S’il est un lieu commun sur lequel « réactionnaires » et « progressistes » s’accordent, c’est que la religion chrétienne est nécessairement du côté du conservatisme politique et social. Jadis remisée sur le banc de l’obscurantisme par les esprits les plus « éclairés », elle tend aujourd’hui à être instrumentalisée par les courants nationalistes ou conservateurs qui, alléguant des « racines chrétiennes » réduites à un simple patrimoine identitaire [en gros, se dire « pour l’Eglise et contre le Christ » ?], vantent une chrétienté idéalisée afin de sanctifier l’ordre établi et de justifier la sacralisation du pouvoir politique. C’est hélas oublier que le christianisme a très fréquemment été, au cours de son histoire, un facteur de subversion plutôt que de conservation. Des premiers martyrs chrétiens au théologien Jacques Ellul, en passant par le réformateur Thomas Müntzer, le philosophe Søren Kierkegaard ou encore le penseur hétérodoxe Nicolas Berdiaev, de nombreux auteurs justifient leur révolte contre l’ordre établi au nom de leur foi chrétienne, allant quelquefois jusqu’à prêcher, pour certains d’entre eux, une forme de révolution sociale. Une autre figure, à bien des égards inclassable, mériterait d’être citée : celle de Jean Hus (vers 1372-1415), peu connu en France [sinon de la plupart des protestants/évangéliques] mais pourtant révéré en République tchèque comme un héros national.

A découvrir, un article d’Adrien Boniteau intitulé « Jean Hus et le hussitisme : du martyr évangélique à la révolution chrétienne » et paru sur le site de la revue « Philitt »*, le 10 mars 2022, assorti d’un avertissement aux « conservateurs » de tout poil : car, « à trop recourir au christianisme pour défendre un Ordre qu’ils fantasment, ils risquent in fine d’en saper les fondements ».

*Philitt se définit comme une revue antimoderne. Ni « conservateurs » ni « réactionnaires » ni « traditionalistes », et pas non plus « postmodernes », ses auteurs ont « parfaitement conscience d’être des modernes », ne souhaitant « pas un retour folklorique au passé ni pasticher l’ancien monde. Nous sommes donc (…) fatalement modernes tout en restant hostiles aux dérives de l’idéologie du progrès (…). Contre le matérialisme, nous valorisons la spiritualité. Contre l’individualisme, nous prônons les anciennes solidarités. Contre l’homme unidimensionnel, nous défendons l’idée d’une nature humaine plurielle. Nous pensons par ailleurs que, sans Dieu, l’homme se défait ».

Esther : invitation au voyage au coeur d’un livre méconnu

« Raise your mask », un clip parodique de la fête de Pourim, d’après le livre biblique d’Esther, par « The Ein Prat Fountainheads ».
Exercez-vous à reconnaître Esther, Mordecai (Mardochée), Xerxès, Haman…

Rares sont les livres bibliques dont le titre est le nom d’une femme. C’est le cas pour le livre d’Esther. En exil avec son peuple, la protagoniste, Esther, devient reine des Perses et sauve Israël, devenant une figure de la résistance du faible face à l’oppression. Comment une minorité peut-elle résister à l’asservissement et à l’assimilation ? Cette question au cœur du livre ouvre deux champs de réflexion, l’un sur l’identité, l’autre sur la résistance. Pour répondre à ces questions fondamentales – hier comme aujourd’hui – ce « roman biblique » met en scène différentes stratégies possibles de résistance. 

Celle d’un homme, Mardochée, qui fait face pacifiquement, restant fidèle à lui-même et à son Dieu et refuse ainsi jusqu’au bout de se prosterner face au puissant roi perse. 

Celle d’Esther, qui considère ses faiblesses comme une force et s’en sert avec ruse, sagesse et intelligence pour convaincre le roi de rétablir la justice. 

En dernier recours, une troisième voie, celle de la guerre, est finalement choisie pour contrer des assaillants génocidaires que la raison ne semble pas pouvoir arrêter. 

Ce livre biblique met en valeur la force de la faiblesse de son héroïne éponyme, Esther. Sa ruse, loin d’être présentée de manière négative, apparaît au service de la vie et du salut de son peuple opprimé. 

Un numéro des cahiers bibliques de « Foi & vie »(1), la revue protestante de culture, nous entraîne à la découverte de ce récit captivant. 

Le lecteur sera convié à la cour du roi perse : il sera témoin des intrigues de palais, participera aux banquets somptueux, entendra musique et rires, rencontrera des personnages un brin burlesques, dans une ambiance parfois carnavalesque. Il éprouvera aussi frissons et suspense face au sort du peuple d’Israël. Si aux premiers abords, l’histoire racontée dans Esther semble simple, le livre est en réalité plus complexe qu’il n’y paraît. Nous en avons en effet plusieurs versions différentes. Se posent ainsi les questions de son écriture et du contexte historique dans lequel il a vu le jour, mais aussi du traitement des thématiques tragiques qu’il aborde sur le mode léger du conte. Pour passionnant qu’il soit, ce livre n’a guère trouvé fortune dans la tradition chrétienne, qui l’a délaissé, contrairement à la tradition juive qui célèbre chaque année la victoire d’Esther lors de la fête de Pourim (2) – laquelle débute ce soir. 

Aujourd’hui encore, Esther n’est que très peu lu dans le cadre liturgique en milieu chrétien : il est absent du Lectionnaire des dimanches et fêtes de l’Église catholique et seuls quelques très brefs extraits des prières sont proposés en lecture dans le cadre de messes votives ou le premier jeudi de carême. Il est donc possible pour le bibliste du dimanche, même le plus assidu, de ne jamais rencontrer Esther. Cette chance est réservée à celui qui ose s’affranchir du lectionnaire pour se plonger dans la lecture de la Bible en dehors des sentiers qu’il balise. 

Ce cahier est une invitation au voyage au cœur de ce livre biblique méconnu et des traditions qui lui sont liées.

Trois articles traversent l’ensemble du livre pour proposer autant de portes d’entrées : Jean-Daniel Macchi présente un premier regard d’ensemble sur Esther, en introduisant non seulement au livre lui-même mais aussi aux problèmes qu’il pose à l’exégète. Catherine Vialle aborde ensuite l’ensemble en interrogeant les figures féminines du livre. Marie-Pierre Cournot invite au voyage à travers les fêtes et les banquets qui ponctuent l’ensemble et y explore en particulier la relation entre humains et Dieu qui s’y joue. 

Quatre ouvertures prennent ensuite le relais pour proposer des approfondissements et des prolongements. Lionel Thébaud se penche sur le Songe de Mardochée, montrant comment les additions grecques donnent à l’ensemble une orientation apocalyptique. Madalina Vartejanu invite à explorer la part comique de ce livre où se déploie une ironie souvent mordante envers les puissants et Constance Luzzati visite l’histoire d’Esther telle qu’elle a été mise en musique par Haendel. 

Enfin, David Veldhuizen propose une approche sensorielle d’Esther à partir d’une expérience de lecture augmentée menée en Ehpad. 

À travers l’ensemble des articles et ouvertures qui composent ce cahier biblique, le souhait de l’équipe de « Foi & vie » est que chaque lecteur, chaque lectrice, se sente invité à la lecture d’Esther et à la (re)découverte de son univers foisonnant, et véritablement passionnant.

Bonne lecture et « Hag Pourim Saméah ! » (Joyeuse fête de Pourim !) 

Notes :

(1)La revue « Foi & Vie. Revue protestante de culture » est devenue une revue numérique et gratuite. Elle comprend six numéros par an, dont trois numéros thématiques (cinq ou six articles sur le thème, deux ou trois varia, et une revue des livres), un « Cahier Biblique », un « Cahier du Christianisme social » et un « Cahier d’études juives ». Il est possible de recevoir gratuitement cette revue : il suffit de se rendre sur son site, de cliquer en haut à droite et « S’inscrire » puis « Je m’abonne gratuitement » pour chaque numéro en PDF par mail.

(2) Esther est le seul livre du canon biblique qui, en dehors des cinq livres de la Torah, ait donné lieu à une fête juive, la fête de Pourim. Étymologiquement, « Pourim » signifie « les sorts » – le sort tiré par Haman de la date du massacre de tous les Juifs en un seul jour, ainsi que son annulation grâce à Esther. De là l’espérance de pouvoir échapper à une fatalité apparemment incontournable. À Pourim, les Juifs font un joyeux festin et mangent notamment des pâtisseries appelées « les oreilles d’Haman ». Ils envoient des portions de nourriture à leurs amis et font des dons aux pauvres. Les enfants ont aussi l’habitude de se déguiser, et parfois même les adultes : c’est la période des carnavals, pour signifier qu’il faut chercher derrière les masques les traces de la Providence divine. On lit le Rouleau d’Esther (en hébreu Meguilat Esther = « révéler le caché ») et il est d’usage de faire du bruit à chaque mention du nom d’Haman, lors de la lecture !  

Un défi spirituel : « Rester calme aujourd’hui »

« Lâchez les armes ! Reconnaissez que je suis Dieu !
Je triomphe des nations, je triomphe de la terre ».
(Psaume 46v11. TOB)

« Dis plutôt : ils sont heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui lui obéissent » (Luc 11v28. PDV)

Parole du jour

Comme il est facile de lire ou d’entendre les mots de l’Ecriture et de les oublier ! Jésus dit à un auditeur enthousiaste que la véritable bénédiction vient de la persévérance. Les paroles de Jésus peuvent nous émouvoir par leur beauté ou leur idéal élevé ; mais la charge émotionnel ne conduit pas à l’action, son effet est semblable à celui d’une cartouche à blanc : un éclair, du bruit, un peu de fumée, et rien de plus.

Méditation

Rester calme aujourd’hui va demander de la concentration. Avant d’être agités par le stress de la journée, nous avons besoin de trouver le silence intérieur et de savoir que Dieu est Dieu. Devant tout ce qui réclame dans l‘urgence notre temps, notre attention et nos engagements, nous devons discerner ce qui est d’une importance centrale. Pour cela, nous avons besoin de tranquillité, la tranquillité du centre autour duquel tournent les événements, la tranquillité de Dieu qui agit selon son dessein, et non pas selon celui qui crie le dernier ou le plus fort.

Prière

Quand tu as parlé, Ô Dieu créateur, tu as fait sortir l’ordre du chaos. Mets de l’ordre dans ma vie, afin que je puisse ne pas être distrait par le bruit et la confusion de ce qui est urgent, en perdant de vue ce qui a une véritable importance. Dans toute cette clameur, aide-moi à entendre ta voix, et lorsque je l’entends, donne-moi la grâce de lui obéir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Notre Père

« Notre Père qui es aux cieux,
fais connaître à tous qui tu es,
fais venir ton Règne,
fais se réaliser ta volonté
sur la terre à l’image du ciel.
Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin,
pardonne-nous nos torts envers toi,
comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous,
et ne nous conduis pas dans la tentation,
mais délivre-nous du Tentateur ».

(Matt.6v9-13. TOB)

(Source : d’après « Chaque matin, chaque soir : un compagnon pour la prière quotidienne », de Paul Sheppy. Editions Olivétan, 2011, p32)

En quelques mots : l’abus

L’abus peut être de multiples natures (sexuel, moral ou/et spirituel), mais il a pour point commun « un détournement » de ce qui n’était pas mauvais au départ, soit un rapport de domination qui s’est mis en place et qui ne saurait correspondre aux relations telles que Dieu les a imaginées pour nous.

Une vidéo Libérer! pour découvrir ce qui se passe quand personne n’est à sa juste place ou quand quelqu’un a pris « la place de… ».

Depuis 2008, Libérer! propose une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, qui inclue la relation d’aide, la prière de guérison et la délivrance. Avec les Eglises protestante unies du Marais et de Belleville, à Paris.

Plus d’infos sur le ministère Libérer! et ses formations. Prochainement, dans plusieurs lieux en France, en Suisse et à l’Île Maurice, il sera possible de suivre les 1,2,3 avril 2022 une formation Libérer!1 dite hybride, au sens où l’enseignement sera reçu en direct par internet dans les différents lieux où il sera diffusé, et les temps d’appropriation et de prière seront vécus de façon unique et originale dans chaque lieu relai. Préinscription ici.

Retrouver le sens « du » politique avec Clémenceau !

Ce qui est digne « ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité » : par exemple, en retrouvant le sens « du » politique ?

« Nous assistons depuis quelque temps à l’évolution d’un certain genre de patriotisme que la France n’avait pas connu jusqu’à présent. C’est un patriotisme haineux et bruyant, qui ne fait pas œuvre d’union et d’apaisement, mais qui semble avoir pris pour programme de diviser et d’exciter les citoyens les uns contre les autres ».

Qui est l’auteur de tels propos ?

Vous séchez ?

Il s’agit de CLEMENCEAU, dans un DISCOURS DU 24 JUILLET 1887 !

Yannick Imbert repère le propos, au cours d’une lecture de la biographie du personnage, écrite par Michel Winock, spécialiste de l’histoire de la république française.

« Clemenceau prononça ce discours à un moment de grande tension, la IIIe république vivant une crise politique qui risquait de se transformer en crise civile et militaire sous l’influence et la réputation grandissante du général Boulanger », explique Yannick dans une note de blogue intitulée « leçons de Clémenceau ». « Lorsque ce dernier [le général Boulanger, donc] perdit le ministère de la guerre à la suite de l’un des changements de gouvernements dont la IIIe république avait le secret, un mouvement nationalisme fut prêt à le porter au pouvoir en 1889… mais par quels moyens ? L’attaque de Clemenceau se porte très tôt contre lui… dès 1887, mais elle est aussi dirigée vers ses concitoyens appelés aux urnes ».

De là cette question posée par Yannick Imbert dans sa note de blogue : « Quel est le rôle de l’homme, ou de la femme, qui a choisi comme vocation le service civil ? Pas la politique… mais bien le service de la société ». Ce que l’on appelle aussi « le » politique », soitla recherche du bien commun et de l’intérêt général.

« Clemenceau nous offre ici des indications… ou du moins ce sont quelques leçons tirées de ce Clemenceau de juillet 1887 », et par là même « un programme » idéal auquel lui, Yannick, « pourrait souscrire ».

Tout d’abord, « un premier rôle du politicien, le serviteur de la communauté civile, est de faire d’œuvre d’union et d’apaisement. Quelle règle étonnante dans le climat social, politique, et médiatique ! Faisons preuve d’imagination… peignez devant vos yeux une société qui serait guidée, par l’exemple, par une volonté d’unir et d’apaiser, non d’opposer et de blâmer. Ne pas être bruyant, afin de gagner par le volume plutôt que par l’argument, mais conduire dans l’humilité et le service ».

Yannick ne prétend pas « que le vieux Clemenceau soit un bon exemple, ni même que la possibilité se trouve au coin de la rue. Imaginons cependant ! Une société où personne ne serait exciter à tweeter au vitriol, où la parole publique serait écrite, construite, imaginée, pour unir ».

Lire la suite sur son blogue « De la Grâce dans l’encrier ».