« Monsieur Romain Gary » ou le récit d’une transformation

« Je pense qu’il faut aimer la vie avant toute chose »

— Aimer la vie plutôt que le sens de la vie?

— Absolument. Aimer avant de réfléchir, sans logique, comme tu dis, et, quant au sens, ne s’en occuper qu’ensuite ».

C’est sur cette citation, un extrait de dialogue entre Alioscha et Ivan – deux des « frères Karamasov », personnages du célèbre roman éponyme de Fiodor Dostoïevski (1) – que s’ouvre « Monsieur Romain Gary », un récent et passionnant récit de Kerwin Spire, qui retrace les quatre années passées par l’écrivain diplomate comme consul général de France à Los Angeles, de 1956 à 1960, et que je viens de terminer.

Une lecture idéale en cette saison d’été, censée être de repos et propice pour les remises en question et autant de réflexions sur ce qui serait « la vision pour notre vie ». Dédié « à Romain Gary », et au-delà de « la fresque d’une époque intense sur laquelle souffle un grand vent de liberté », ce récit, nous annonce son auteur en introduction, est celui « de la transformation d’un homme [de 46 ans] qui, par-delà ses multiples vies, cherche toujours à se réinventer ». Le récit d’un homme qui recommence sa vie « encore une fois » pour retrouver la liberté d’être, décidant « de vivre » et d’ « aimer la vie, avant d’en saisir le sens ».

L’ouvrage ne manque pas d’intérêt sur les plans historique, politique, culturel et existentiel.

Il est particulièrement original dans le choix du traitement et de l’angle : le livre a en effet la forme d’un récit historique, pourtant paru dans la catégorie « romans et fictions » de la collection Blanche de Gallimard. « Si tous les faits que ce récit décrit, tous les personnages qu’il convoque [des diplomates aux stars de Hollywood, en passant par les écrivains et les chefs d’état…], tous les dialogues qu’il met en scène sont inspirés de faits réels, ce récit n’en demeure pas moins une fiction. C’est-à-dire une vision imaginaire d’un quotidien distant de plus de soixante ans », nous précise encore Kerwin Spire en introduction du livre.

Ce dernier justifie ce choix, susceptible d’être déroutant pour le lecteur, lors d’un entretien disponible sur le site de La Sorbonne Nouvelle(2) : l’auteur, qui a pu accéder à des correspondances et enregistrements inédits de l’écrivain, n’a « pas souhaité donner à son projet d’ouvrage [qui a longuement mûri] la forme d’un essai, mais plutôt se détacher de la forme de la thèse pour s’intéresser véritablement à [ces] quatre années absolument charnières », dans la vie et le parcours de celui qui a qui été tout à la fois diplomate sur la brèche – défendant les intérêts de la France – fin observateur de la société américaine [« conditionnée depuis plusieurs générations par les slogans publicitaires » et « que l’on force à changer de voiture chaque année », résistant « très difficilement à la vue d’un article bien emballé »(3)]et des mirages hollywoodiens, mais aussi écrivain animé par une profonde soif de reconnaissance.

Compagnon de la libération, « Romain Gary a 41 ans et vient d’être nommé Consul général de France [à Los Angeles] après une dizaine d’années de carrière diplomatique », un poste protocolaire où « il représente la France » comme il l’écrira plus tard dans son ouvrage « La promesse de l’aube » en citant l’injonction maternelle.
Ces années sont absolument charnières, car il arrive à Los Angeles avec un roman dans sa besace « Les racines du ciel », qui aura prochainement le Prix Goncourt ». Non encore achevé et sans titre définitif.
« Lorsqu’il quittera cette ville, l’écrivain aura un immense succès et sera auréolé du prestige de l’uniforme militaire et diplomatique ainsi que du prestige littéraire : Prix Goncourt de l’année 1956, succès critique et succès auprès des lecteurs pour « La promesse de l’aube ». Il sera également un écrivain adapté au cinéma car John Houston réalisera l’adaptation cinématographique de son oeuvre « Les racines du ciel » pour la 20th Century Fox » (2)

Ces années charnières sont d’autant plus intéressantes pour Kerwin Spire, qui, à travers l’itinéraire d’un homme, a pu aborder « des années fondamentales, celles de la Guerre Froide, de l’Amérique des années 1950 mais aussi des années de transition où le diplomate représente la France de la IVe République avec un gouvernement qui change tous les six mois. Le diplomate est donc la permanence de l’Etat, sa voix porte dans toute l’Amérique ». Et « deux ans après sa nomination sur ce poste, tout bascule à la faveur d’une crise de régime sur fond d’événements en Algérie française…. » (2)

Enfin, concernant la construction du livre, « l’approche est chrono-thématique avec des petits chapitres qui s’articulent autour d’événements politiques ou intimes, ce qui permet d’avoir une écriture extrêmement vivante, dynamique et très rythmée »(2), explique Kerwin Spire, qui n’oublie pas de « penser au plaisir et à l’intérêt du lecteur ».

C’est effectivement le cas, à la lecture de ce « Monsieur Romain Gary », que je recommande chaudement pour l’été.

En bref : « Monsieur Romain Gary. Consul général de France – 1919 Outpost Drive – Los Angeles 28, California », de Kerwin Spire, Gallimard, 2021, 20 €

Disponible dans toutes les bonnes librairies ou chez l’éditeur.

En parallèle, ne manquez pas de découvrir l’oeuvre de Romain Gary, une œuvre puisant ses racines dans des traditions peu connues en France, à savoir l’humour juif et les conteurs russes. Ancrée dans la résistance au totalitarisme et le souvenir de la Shoah, cette oeuvre prône un humanisme généreux, ouvert à la diversité culturelle, tout en dénonçant inlassablement toutes les exclusions. Une œuvre où l’homme apparaît comme un « aventurier héroïque » (un « picaro », dit Romain Gary), dont le mobile décisif est la quête de son droit à l’existence personnelle.  Et qui plus est, portée par une grande créativité formelle et un humour ravageur.

Pour commencer, rien ne mieux que « la promesse de l’aube », en partie autobiographique et l’un de ses livres les plus réussis. Sans oublier, bien entendu, « Les Racines du ciel », prix Goncourt et considéré comme étant l’un des premiers romans écologistes, où, au-delà de la problématique du sort des éléphants d’Afrique, se déroule une lutte à la fois tragique et héroïque au service de la beauté de la vie et de la dignité de l’homme.

Notes :

(1)Les « Frères Karamasov » de Fiodor Dostoïevski. Ldp, 1996, p 264 – deuxième partie, livre cinquième, chap. III « les frères font connaissance »]

(2)Présentation de Kerwin Spire et de la genèse de son ouvrage sur le site web de La Sorbonne Nouvelle.

Sur ce site, l’auteur présente son livre comme le premier volet d’une trilogie. « Un deuxième texte suivra avec, comme arrière-plan, la France des années 1960, où l’on suivra les aventures de Romain Gary aux côtés [ l’actrice] Jean Seberg [devenue son épouse]dans l’exploration du cinéma ». Un troisième texte « sera centré sur l’affaire Émile Ajar et sur le dédoublement, l’ultime tentative de réinvention de soi à laquelle Romain Gary donne corps à la fin de sa vie dans les années 1970 ».

(3) « Monsieur Romain Gary », p 268

La série biblique de l’été : Lecture suivie du livre de la Genèse (4)

« L’Hiver ou la déluge », huile sur toile de Nicolas Poussin (1660-1664). Musée du Louvre

Quatrième épisode de notre lecture suivie du livre de la Genèse, la nouvelle série biblique de l’été proposée par mon ami et frère Louis-Michel, pasteur, à paraître chaque semaine sur Pep’s café ! le blogue. Les notes et la suggestion finale de lecture sont de moi. A noter que la série fera une petite pause à partir de cet épisode, pour reprendre en septembre.

6 : 1-12

Lorsque les hommes eurent commencé à être nombreux … L’adverbe « lorsque » est flou quant à la période des événements relatés dans ce chapitre. On peut quand même affirmer que l’auteur de la Genèse souhaite attirer l’attention du lecteur sur l’état de l’humanité (v.1, 3).

Les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles … La beauté de ces filles honore en soi le Créateur, mais malheureusement, dans la nature humaine corrompue par le péché, cette beauté attise la convoitise (v.2). Les « fils de Dieu » qui convoitent sont peut-être des anges déchus16. Ces unions d’ordre démoniaque vont donner naissance à des « géants », des héros, des hommes célèbres (v.4).

Il faut noter dans ce passage, que le mariage institué par Dieu est bafoué. Le verset 2 insiste sur le « plaisir » lié à la beauté … Il n’y a ici aucun sens de la responsabilité démontré.

Et l’Eternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que tous les desseins des pensées de son coeur n’étaient que mal continuellement : Le constat est clair, la responsabilité de l’homme est engagée (v.5). Rien n’échappe au regard divin (Hébreux 4 : 12-13).

Et l’Eternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé dans son coeur :

Le mot « repentance » ici ne signifie pas que Dieu se détournerait de Sa création, mais plutôt qu’Il s’adapte au changement de direction effectué par l’être humain. Ce verset 6 nous révèle le fait que Dieu peut ressentir une émotion violente, une affliction si douloureuse qu’il manifeste cette adaptation. Le verset 3 nous a révélé que Son Esprit allait laisser l’homme prendre ses propres orientations mais qu’il en limiterait la durée de vie à 120 ans, les versets 6 et 7 semblent montrer la nécessité pour le Dieu Créateur affecté de mettre en oeuvre une adaptation.

Et Noé trouva grâce aux yeux de l’Eternel : Fils de Lémec, descendant de Seth, Noé était désigné comme celui qui soulagerait ses parents de la pénibilité de leur vie (V, 28-32). La grâce (ou faveur) de l’Eternel fait toute la différence ! Il semble être le seul homme qui puisse obtenir cette grâce. Mais il ne faut pas oublier que Dieu accorde Sa grâce à qui Il veut, car Il est Souverain. Cela n’enlève nullement à Noé ses qualités, mais met en valeur la souveraineté de Dieu dans Son choix (v.8) car Noé n’était pas parfait puisqu’il « trouva grâce ».

C’est ici l’histoire de Noé : Ce nom signifie « apaisé ». Il y a un aller-retour entre Dieu et Noé. Dieu apaise Noé en lui accordant sa faveur, et Noé apaise Dieu en vivant selon Sa justice et Son intégrité (v.9-12). Ces deux qualités divines se retrouvent dans l’expression « marchait avec Dieu ». Noé semble manifester le caractère divin au milieu d’une génération totalement corrompue (v.9-12).

6 : 13-22

Et Dieu dit à Noé : « La fin de toute chaire est venue devant moi » … Décision divine résumée et qui fait le pendant avec le verset 12 (v.13).

Fais-toi une arche de bois résineux : Le mot « arche » signifie « caisse » (théba) et ne se trouve qu’ici et dans Exode 2 : 3 lorsqu’il s’agit du petit « berceau » de l’enfant jeté sur les eaux du Nil et qui deviendra Moïse. Certains commentateurs pensent que l’arche était fabriquée avec du bois d’acacia, d’autres avec du bois de cyprès (le bois résineux).

… tu la feras composée de cellules et tu l’enduiras de poix en dedans et en dehors : On admire dans ce verset 14, l’intelligence organisationnel du Seigneur, et son souci de sécuriser l’arche.

Et voici comment tu la feras : La coudée hébraïque est de 48 cm. Celle de Babylone de 52 cm. Approximativement, l’arche faisait 150 mètres de longueur, 25 mètres de largeur et 15 mètres de hauteur (F. Godet). Ce genre de bâtiment ne peut pas aller vite mais peut supporter une charge supérieure à tous les bateaux construits selon les normes classiques (v. 15). Dieu prévoit une ouverture sur le côté, et descendant depuis le toit, assez importante pour aérer l’intérieur de l’arche. Noé devra construire l’arche sur trois étages (v.16).

Et moi je vais faire venir le déluge : À chacun sa responsabilité ! Dieu est responsable du déluge, et Noé de l’arche. Le mot hébreu pour déluge est « mabboul ». On le trouve une seule fois dans la Bible, dans le Psaume 29 : 10 quand il est fait mention des événements avec Noé. Qu’est-ce qu’un déluge ? « une inondation de la terre » (v.17).

Mais j’établirai mon alliance avec toi : Dieu devance toujours l’histoire des hommes. Il met en place l’alliance comme une promesse, et comme un fait, avant même que le déluge arrive (v.18-21).

Et Noé se mit à l’oeuvre : L’alliance est le cadre plein d’amour de Dieu pour le travail de Noé. C’est dans cette alliance qu’il y a l’assurance d’être sauvé (v.22).

7 : 1-10

Et l’Eternel dit à Noé : « Entre, toi et toute ta famille, dans l’arche, car je t’ai vu juste devant moi au milieu de cette génération » :

Dieu privilégie la famille, elle fait partie de Son plan de restauration de l’humanité. Quelle merveille pour Noé de pouvoir travailler avec son épouse, avec Sem, Cham, et Japhet, et avec ses belles-filles. Dieu rappelle la raison principale de ce « sauvetage » : « je t’ai vu juste ». Non pas que Noé était meilleur que les autres hommes, mais son coeur avait les mêmes aspirations que son Créateur. Il avait le même sens de la justice que Dieu parce que Dieu en est l’auteur (v.1).

De tous les animaux … Les animaux sont accueillis dans l’arche deux par deux, en paire, un mâle et sa femelle. Le Créateur prévoit, comme au commencement, la reproduction des espèces. Les oiseaux ne sont pas mis au ban. Pourquoi l’adjectif « purs » est-il mentionné ? Godet suggère que de cette manière Noé pourrait offrir des sacrifices à l’Éternel à la sortie de l’arche (v.2-3).

Car sept jours encore, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits :

Dieu donne à Noé un repère temporel, une espérance donc. Même si le Seigneur répète son intention d’effacer les êtres humains de cette génération avec une profonde douleur exprimée par « les êtres que j’ai faits » (v.4-5). Noé obéit (v.5). Il a 600 ans quand le déluge commence (v.6) et que toute sa famille s’installe dans l’arche (v.7), ainsi que les animaux (v. 8-9).

Et au bout des sept jours, les eaux du déluge furent sur la terre : Le verset 10 est une transition entre les préparatifs à la catastrophe et le déluge lui-même.

7 : 11 à 8 : 5

L’an six cent de la vie de Noé, au deuxième mois, le dix-septième jour du mois … :  Il s’agit ici de l’année civile qui commençait en octobre/novembre, le mois de Marcheschvan [le mois de la pluie]..

En ce jour-là, toutes les fontaines du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent : Un mouvement d’en-bas et un mouvement d’en haut. Certains écrits anciens font mention d’un grand bouleversement qui aurait eu lieu. Imaginons que les eaux des mers remontent à vive allure et envahissent les terres, puis que les nuages laissent libres cours à toutes les eaux qu’ils contiennent potentiellement … Qui peut en réchapper ? (v.11-12).

En ce jour même, Noé entra dans l’arche, ainsi que Sem, Cham, et Japhet … Toute la famille s’installe donc à la suite des animaux, puis le moment vient où Dieu ferme la porte de l’arche (v.13-16). Cela nous enseigne une fois de plus que le temps appartient à la souveraineté de Dieu, et l’histoire du monde en dépend.

Et le déluge fut quarante jours sur la terre : Le phénomène du déluge se repère à certaines expressions = « les eaux grossirent », « devinrent extrêmement grosses », « les hautes montagnes furent couvertes », « et les eaux furent hautes », « et les eaux baissèrent », « les fontaines de l’abîme et les écluses des cieux se fermèrent », « et la pluie cessa » (v.17 à VIII, 5a).

Le premier jour du mois, apparurent les sommets des montagnes : l’espérance (v.5b).

8 : 6-19

Et il arriva qu’au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre … :

Noé est en train de voir la réalisation de la promesse de Dieu (v.6). L’espérance du verset 5 se confirme.

… et lâcha le corbeau … et il lâcha la colombe : C’était déjà un usage répandu que de lâcher un oiseau pour s’orienter. Le corbeau carnassier ne trouve pas assez de nourriture pour vivre, alors il revient. La colombe est envoyée trois fois jusqu’au verset 12 du récit.

Enfin, Noé, ne voyant plus revenir l’animal, comprend que la terre est presque sèche (v.13a).

Noé ôta la couverture de l’arche : La pluie a cessé, la terre a séché. C’est bientôt la fin de l’épreuve. Selon Godet, le déluge aurait finalement duré environ une année … Le texte du chapitre 7 + VIII, 4, mentionne donc deux fois le chiffre de 150 jours … Ce n’est pas en soi un problème. Par contre, le fait que Noé ouvre le toit du bâtiment, nous montre sa confiance absolue dans ce que Dieu a dit.

Et Dieu parla à Noé : C’est le moment choisi pour le retour sur terre ! (v.15-19).

8 : 20 à 9 : 17

Et Noé construisit un autel à l’Eternel et prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs, et offrit des holocaustes sur l’autel : Préfiguration du sacrifice de Christ (il fallait que ce soit Dieu qui est parfaitement pur).

Et l’Eternel sentit une odeur d’apaisement : Le coeur de Dieu est touché, apaisé, il sait que le coeur de l’homme est incurable quant au péché (v.20-21a). Il fait alors une promesse qui a été transmise de génération en génération : il maintiendra l’équilibre naturel et ne frappera plus l’humanité (v.21b-22).

Et Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit … C’est comme si l’on revenait au début de la Genèse. Il établit une alliance avec Noé et sa famille ou plutôt il la perpétue «

Fructifiez, multipliez-vous, et remplissez la terre » (IX, 1, 8-17). Le genre humain dominera sur le genre animal (IX, v.1-3, 7). Dieu demande à l’homme de ne pas manger de chair avec son sang car Il veut communiquer cette pensée fondamentale que le sang fait circuler la vie (v. 4-5). Il transmet aussi ce qu’est la justice avec ce chiasme « qui versera le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé » (v.4-6).

Dieu affirme encore qu’il ne permettra pas de nouveau déluge (v.11) et présente le signe physique (et scientifique) de son alliance : l’arc-en-ciel (v.11-14). À chaque fois que je vois cet arc dans la nue, je me souviens de ce texte, ce signe rappelle sans cesse la miséricorde de Dieu, et ces paroles résonnent dans le coeur de l’homme « Je me souviendrai » (v.15a, 16a)… …

À ce point du récit, je voudrais mentionner les faits du déluge relatés dans divers pays du globe terrestre, ce qui montrera l’étendue du bouleversement :

En Egypte avec le conseil des dieux et déesses qui décident du déluge, puis à la fin le dieu Râ qui affirme qu’il ne refera plus de déluge.

Les Grecs : Deucalion et Pyrrha se réfugient dans un coffre au sein d’un déluge décidé par Zeus, survivent et offrent un sacrifice.

Les Celtes (donc en Gaule nordique), les Scandinaves et les Lituaniens possèdent quelques variantes d’une catastrophe diluvienne avec un héros qui en réchappe.

Au Mexique, c’est l’histoire de Tezpi qui est relatée. Cet homme et sa femme construisent un bateau spacieux et traversent sans danger une longue période d’un terrible déluge et survivent grâce à des réserves abondantes.

En Polynésie, certaines tribus racontent aussi l’histoire d’un homme qui survit à un cataclysme.

En Chine, en Inde (avec Manou), des histoires semblables à celle de la Bible ont été racontées puis écrites.

Enfin, on peut découvrir dans le palais d’Assurbanipal, des tablettes où est inscrit le récit d’un déluge étrangement semblable à celui de la Bible. Tous ces documents, toutes ces histoires démontrent qu’il y a bien eu un déluge à divers endroits sur terre (Asie, Europe, Amérique…) … Cependant, il n’est pas utile de vouloir absolument affirmer que le déluge a envahi tout le globe … Des chercheurs explorent depuis des dizaines d’années le phénomène de la dérive des continents, etc.

9 : 18-29

Et les fils de Noé qui sortirent de l’arche étaient Sem, Cham, et Japhet :

À partir du verset 18 du chapitre 9 jusqu’au chapitre 11, nous avons la description du développement de l’humanité, du déluge jusqu’à Abraham (Archer, Godet) …

Le début de cette section est prophétique, annonçant le caractère et le destin de chacun des trois frères dans le cadre de l’extension de la communauté humaine. Le verset 18 donne un détail au sujet de Cham qui était « père de Canaan ». Les trois frères sont les ascendants de « tous les habitants de la terre » (v.19). Il n’y avait donc aucune autre population après le déluge. Noé, étant cultivateur, travaille la terre, et plante de la vigne. L’Arménie est le pays primitif de la vigne (v.20) …

… et il but du vin et fut ivre … : Noé est certainement un héros des temps anciens, mais il est comme tous les hommes, faillible. La Bible ne cache rien. On peut déduire, avec les biologistes, que le fruit de la vigne fermentait après le déluge, et Noé a été surpris par les effets de cette fermentation (v.21).

… et il se découvrit au milieu de sa tente : Dans l’état d’ivresse, Noé n’a plus le contrôle de soi (v.21b).

Et Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et le rapporta à ses deux frères :

Quelle est la faute de Cham ? Une tradition juive met en avant le fait de voir la nudité d’un parent sans le couvrir. C’est probable, surtout le fait de ne pas le couvrir !(1) Ce serait à notre époque non assistance à personne en danger. C’est au minimum un manque de respect de la pudeur de l’autre. On peut comprendre que Noé, bien sûr mécontent, maudisse son fils lorsqu’il reprend conscience (v.22-25)(2).

Puis il dit : La prophétie de Noé établit l’ordre des choses pour l’avenir. Canaan sera serviteur de ses frères (les descendants), Japheth vivra dans « les tentes de Sem » (v.26-27).

Il faut éviter deux écueils dans la lecture de ce passage : Le premier serait de penser que le peuple de Canaan aurait été massacré plus tard par les descendants de Sem et Japhet (ce qui est impossible) ; le second serait de penser que le peuple issu de Cham et Canaan serait le peuple Noir et l’on justifierait ainsi l’esclavage des Noirs (impossible car pourquoi alors des Blancs auraient-ils été esclaves puisqu’ils n’auraient pas été maudits puisque descendants soi-disant de Sem ?). Le texte nous apprend plutôt que la nature humaine est mauvaise depuis la Chute en Eden, et que Cham a cédé au mépris pour son père, et que le plus jeune de ses fils a cédé aussi à cette attitude. Si on parle de « race », il faut parler de la « race « de ceux qui n’ont pas le même coeur que Dieu. On a déjà vu ça avec Caïn avant le déluge.

Et Noé vécut après le déluge trois cent cinquante ans … et il mourut :

Ces informations complètent celles du chapitre 5. (v.28-29). Ces mentions de dates et d’âges apportent des précisions sur les époques, mais ne sont en aucun cas des éléments de doctrine.

10 : 1-7

Voici la postérité des fils de Noé … : Ceux de Japhet : Gomer (qui a eu trois fils), Magog, Madaï, Javan (qui a eu quatre fils), Tubal, Mésec, Thiras … Ceux de Cham : Cuch, Mitsraïm, Put (pas de fils), et Canaan. Les descendants de Cham vont migrer vers le nord et l’est de l’Afrique, mais pas uniquement. Je note ici, que des hommes à la peau mate, basanée, noire ou presque, ont vécu dans ces régions mais aussi vers l’Asie, donc dans la direction opposée, et n’étaient pas des Chamites. Ceux de Sem : Elam, Assur, Arpacsad (famille nombreuse), Lud, Aram (Quatre fils). (v.1-7).

10 : 8-31

Et Cusch engendra Nimrod … : Les passionnés de généalogie se régalent en lisant ce chapitre 10 !!! C’est là, avec les noms des fils de Noé et de leurs descendants, que nous pouvons situer les peuples de l’Asie à l’Europe … Il y a parmi eux des noms que l’on reconnait car ils ont une importance dans le déroulement et l’explication de l’histoire de l’humanité. Prenons le premier nom cité « Nimrod » : Celui-ci bâtira la Tour de Babel, amènera l’idolâtrie d’une fausse déesse en la personne de sa propre épouse qu’on a nommé « Sémiramis » (K-E Schmidt). Tous ces noms, ce sont des personnes qui ont ou n’ont pas accompli la volonté de Dieu, ce sont des personnes, toutes précieuses pour le Créateur ; c’est la vie ! Et c’est plus important que l’histoire elle-même et toutes les théories que nous développons des milliers d’années plus tard. Dans ce sens, la Bible apparait comme une oeuvre d’art, scientifique, morale, et sociale. Combien ces versets nous révèlent les trésors contenus dans le lien social entre les générations.

Telles sont les familles des fils de Noé selon leurs générations, dans leurs nations … :

Au fil du temps et des migrations, les fils forment des peuples, des nations. Celles-ci sont toutes issues de Noé et ne peuvent jamais dire qu’elles ne sont pas concernées par l’alliance de l’Eternel avec l’humanité, et l’arc-en-ciel est vu de tous, partout ! (v.32).

11 : 1-9

Or toute la terre avait la même langue et les mêmes mots : Universalité de la langue (v.1).

Et étant allés su côté de l’orient, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Sinéar, et ils s’y établirent … Les hommes repartent d’Arménie et s’arrêtent dans une plaine fertile et riche (v.2), abandonnent leurs tentes pour construire des maisons (v.3), et bâtir une ville, dont une tour « dont le sommet soit dans les cieux » (v.4). Le verset 4 révèle l’intention de ce projet de construction d’une ville, c’est la peur d’être dispersés (ont-ils la crainte de Dieu soudainement, ou veulent-ils défier Dieu ?).

Et l’Eternel descendit … : Dieu constate l’avancement des travaux. La tour est un lieu qui rallie les hommes, alors que ceux-ci devraient se rallier dans la présence de Dieu, lui faire confiance à Lui seul et non dans leurs entreprises (Psaume 49: 12). Alors, le Seigneur décide de disperser ces hommes, probablement pour leur apprendre à Lui faire confiance (v. 5-8).

C’est pourquoi elle fut appelée Babel :

Les hommes voulaient bâtir Babel pour les rassembler (on pourrait dire sous un seul drapeau). Mais Dieu a fait autrement, en les dispersant, provoquant la diversité des langues, et finalement la multiplication des êtres humains à travers la terre … (v.9). Pour les uns, le nom « Babel » signifie « confondre », pour les autres, il veut dire « porte de Dieu » … Cela peut nous faire comprendre que c’est au plus près de Dieu, que les hommes l’ont oublié et ont péché par orgueil, pensant que leur unité dépendait de leur moyen de sécurité mis en oeuvre, alors est venue la confusion …(3)

(A suivre)

[A lire, en complément : « Zeugma : Mémoire biblique et déluges contemporains » de Marc-Alain Ouaknin(Seuil, 2013. Points Essais). Ou le déluge biblique revisité de manière pluridisciplinaire, pour mieux parler des « déluges contemporains ; et une réflexion pertinente et perspicace sur « l’éthique du futur » – « le principe de responsabilité »- dans le Judaïsme]

Notes :

(1)Sur l’intime, voir ce commentaire de Marc-Alain Ouaknin, rabbin et docteur en Philosophie, sur https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/01/24/laffaire-mila-vies-privees/

(2) Et c’est ainsi que la (re)découverte de cet épisode biblique nous permet de prendre conscience des dégâts provoqués par les paroles maudissantes d’un des plus célèbres ivrognes….https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/06/12/en-finir-avec-le-racisme/

(3) Sur la tour de Babel encore, voir notre méditation.

« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? » de NT Wright

Une invitation à poser « un regard neuf » sur « une question ancienne » : « l’autorité de l’Écriture »…

« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », tel est le titre d’un livre de NT Wright, dont nous saluons aujourd’hui la récente parution en français aux éditions Scriptura, en avril 2021, sachant que son édition originale anglaise date de….2005 ! (1)

Ce titre ne manque pas de nous interpeller : nous lisons « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », plutôt que « l’autorité de l’Ecriture » (ou de « la Parole de Dieu »), vu l’importance de la Bible, en matière de foi et de vie, pour les Eglises protestantes et Évangéliques, sans oublier la place qu’elle a pu retrouver dans l’Eglise catholique, après Vatican II.

Son sous-titre – « comment lire la Bible aujourd’hui ? » – suggère que nous la lisons sans doute « mal » ou, du moins, de façon problématique.

Pire, souligne NT Wright dans la préface à la seconde édition de l’ouvrage, « dans la génération passée, la Bible a été utilisée de manière abusive, mise en débat, abandonnée, vilipendée, justifiée », ou encore « déchiquetée » par les savants, quand d’autres ont tenté de « recoller ses morceaux ». La Bible « a été prêchée et on a prêché contre elle, on l’a placée sur un piédestal et on l’a foulée aux pieds. La plupart du temps, elle a été traitée comme des joueurs de tennis traitent la balle. Plus vous voulez remporter le point, plus vous frappez fort sur la pauvre chose. Pris dans son ensemble, l’Eglise ne peut clairement pas vivre sans la Bible, mais elle ne semble pas vraiment savoir comment vivre avec non plus. » (op. cit., p 8)

« Tout scribe instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux. », dit Jésus dans l’Ecriture (Matt.13v52).

NT Wright, « un scribe » d’aujourd’hui, nous invite à poser « un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir :

« Comment l’Ecriture peut-elle faire autorité », quand l’Ecriture elle-même déclare que toute autorité appartient au seul vrai Dieu et « que toute autorité » a été donnée à Jésus-Christ « dans le ciel et sur la terre » (Matt.28v18) ?

Quel est le rapport entre « l’Ecriture » et « l’autorité de Dieu » ?

De quelle manière la Bible fait-elle autorité ? Comment son autorité peut-elle s’appliquer à l’Eglise, si ce n’est au monde entier ?

Comment la Bible peut-elle être correctement comprise et interprétée, en évitant les écueils du rationalisme critique asséchant et le littéralisme fondamentaliste ?

Après un prologue dans lequel NT Wright se penche sur « le rôle de l’Ecriture dans l’Eglise chrétienne historique, puis sur la façon dont la compréhension actuelle de ce rôle est influencée par la culture contemporaine », il envisage ensuite ce que nous avons coutume d’appeler « l’autorité de l’Ecriture » comme faisant partie « d’une autorité divine plus large ».

Dans un style alerte et de façon stimulante, employant des métaphores significatives et saisissantes, NT Wright défend l’argument comme quoi l’expression « l’autorité de l’Ecriture » n’a de sens d’un point de vue chrétien que s’il s’agit d’un « raccourci » pour désigner « l’autorité du Dieu trinitaire (Père, Fils, Saint-Esprit) exercée à travers l’Ecriture » (op. cit., p 37). Il explique alors que « les raccourcis sont aussi utiles que les valises », nous permettant de « rassembler beaucoup de choses complexes et de les transporter ensemble », à condition de « déballer ce qui a été emballé pour l’utiliser dans un nouveau lieu. Certaines affaires, restées de longues années dans une valise, ont peut-être moisi. Un coup d’air frais et peut-être même un coup de fer à repasser leur seraient bénéfiques » (op. cit, pp 38-39) !

Ainsi, « le raccourci de l’autorité de l’Ecriture », une fois « déballé », nous révèle une vision plus holistique de celle-ci, comme de la nature de « l’autorité de Dieu » : il s’agit du « plan de Dieu souverain et salvateur pour le cosmos entier, inauguré de façon radicale par Jésus lui-même, et désormais mis en œuvre par la vie conduite par l’Esprit de l’Eglise », celle-ci définie comme étant « la communauté qui lit l’Ecriture »   (op. cit., pp 139-140).

Employant une autre métaphore, NT Wright défend également l’argument que le récit biblique est « une pièce de théâtre en cinq actes, dans laquelle nous sommes appelés à improviser l’acte final » (op. cit., p 9). Ces cinq actes sont : 1) la création ; 2)“la chute” ; 3)Israël ; 4)Jésus et 5)l’Eglise. Selon NT Wright, il est essentiel de savoir que nous vivons au cinquième acte, le temps de l’Eglise, qui commence à Pâques et à la Pentecôte, en continuité directe avec les actes précédents, et que vivre au cinquième acte, c’est être conscient de vivre « comme un peuple à travers lequel le récit biblique se dirige maintenant vers la destination finale” (p.91).

Comprendre cette mission pour l’Eglise, c’est donc considérer le grand projet de Dieu pour le monde entier, et comment l’Eglise est appelée à y prendre part. Cela implique de comprendre que la Bible est bien plus qu’un simple « manuel de dévotion » et/ou « d’instruction », mais un moyen de l’action de Dieu en nous et à travers nous.

De là, une fois démontées les lectures jugées erronées de l’Ecriture (de « droite » ou « conservatrices », comme de « gauche » ou « libérales »), des perspectives enrichissantes et rafraichissantes nous sont offertes pour une lecture personnelle et communautaire renouvelées, en réexaminant la place de la tradition (« vivre en dialogue avec des lectures plus anciennes ») et celle de la raison (« prendre en compte le contexte, le sens et toute forme de savoir plus global »).

Selon NT Wright, nous honorerons « l’autorité de l’Ecriture », en lisant celle-ci de manière totalement contextualisée (« chaque mot doit être compris au sein de son propre verset, chaque verset au sein de son propre chapitre, chaque chapitre au sein de son propre livre et chaque livre au sein de son contexte historique, culturel et canonique »), ancrée liturgiquement (en lui redonnant toute sa place lors du culte – et pas seulement via quelques versets lus en illustration ou en introduction d’une prédication), en l’étudiant en privé, en renouvelant cette lecture par une connaissance appropriée, et quand elle est enseignée par les dirigeants accrédités de l’Eglise.

Enfin, en annexes de cette édition, figurent deux « études de cas » (le shabbat et la monogamie) pour illustrer comment cette redéfinition de « l’autorité de l’Ecriture » peut fonctionner.

Au final, il s’agit d’un livre rafraichissant et bienvenu, au point de vue très riche – mêlant aussi bien connaissances historiques et théologiques que philosophiques – de la part d’un éminent professeur-chercheur du Nouveau Testament et du Christianisme primitif. Il invite tous les Chrétiens de toute dénomination à « poser un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », pour comprendre à quel point la Bible parle du grand projet de Dieu et pour mieux s’engager dans une telle dynamique. Une perspective bien plus réjouissante que les simples « débats » ou « batailles » autour de la Bible ! L’aventure n’attend que nous…

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En bref : « l’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », de NT Wright. Editions Scriptura, 2021. Disponible chez l’éditeur et/ou dans toutes les bonnes librairies, par exemple ici ou .

Ouvrage reçu gracieusement « en service presse » de la part de Laurène de la Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française (ABF), que je remercie chaleureusement, ainsi que les éditions Scriptura.

La vision de l’ABF est de mettre la Bible à la portée de tous. Ne manquez pas de visiter son site.

[Initialement publié sur Pep’s café! le 28/05/21]

Note :

(1) Plus précisément, comme me l’a expliqué Coraline Fouquet, éditrice aux éditions Bibli’O et Scriptura, que je remercie, il s’agit d’une réponse de l’éditeur à la demande d’un certain nombre de lecteurs de faire traduire et publier un livre qui leur semblait pertinent et manquer en français.

La série biblique de l’été : Lecture suivie du livre de la Genèse (3)

(News lovers in the)Planet of the Apps (2013) Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz Le péché : une rupture

Troisième épisode de notre lecture suivie du livre de la Genèse, la nouvelle série biblique de l’été, proposée par mon ami et frère Louis-Michel, pasteur, à paraître chaque semaine sur Pep’s café ! le blogue.

. 3 : 1-7 :

 Or le serpent était le plus fin des animaux des champs que l’Eternel Dieu avait faits : Il s’agit d’un animal de l’espèce des serpents, « animaux des champs ». Celui-ci devait avoir des membres pour se déplacer (verset 14). Le mot « fin » pourrait être traduit par « rusé »ou « avisé ». Paul désigne « Satan » sous le masque de ce serpent (2 Corinthiens 11). Cela signifie que l’esprit de Satan habitait probablement, et peut-être ponctuellement dans le corps de l’animal. La « ruse » de l’animal peut s’accorder avec la « ruse » du diable. N’oublions quand même que le serpent est une création de Dieu (v.3).

Et il dit à la femme : C’est étrange ! Eve parle avec un serpent. Mais je peux critiquer la femme, mais ne suis-je pas moi-même capable d’écouter ceux qui veulent séduire ?

« Est-ce que Dieu aurait dit que vous ne deviez pas manger de tout arbre du jardin ? » : Question rusée effectivement ! Il n’aborde pas le sujet du « fruit défendu » directement, mais il commence par une globalité, ce qui amène Ève à vouloir donner des détails. Le dialogue est entamé, et la femme est déjà piégée !!! (v.1b).

Et la femme répondit au serpent : Eve explique alors que Dieu les laisse libres, seul l’arbre [qu’elle présente comme étant] « au milieu du jardin » [en oubliant de mentionner l’arbre de vie] peut amener la mort. Une mauvaise chose : La femme ne se sent pas en danger face à ces drôles de question. Une bonne chose : Dieu les a déjà enseignés sur la vie et la mort et leur a donné le pouvoir de choisir eux-mêmes (v.2-3).

Et le serpent dit à la femme « Vous ne mourrez nullement » : Satan utilise une technique douce. Il rassure la femme (v.4) ! Combien nous aimons être rassurés par rapport aux réalités liées à notre choix !

mais Dieu sait : Dieu sait. Il est omniscient ! Il sait puisque c’est Lui qui a décidé l’ordre des choses, d’où son avertissement peu avant (v.3). Les avertissements de Dieu ne sont pas des fardeaux, ils sont libérateurs. Une vérité : la connaissance du bien et du mal nous ouvre les yeux et nous éloigne du Créateur. Mais au fait, aurions-nous résisté ? L’arbre semblait délicieux. Un goût féminin ? Non. Adam était avec elle (v.6). Il a aussi apprécié ce fruit.

Et les yeux de tous deux s’ouvrirent : Les yeux s’ouvrent, entre autres sur la nudité, la honte s’installe … alors Adam et Eve essaient de se couvrir avec des ceintures faites à base de figuier. Rapportées au Nouveau Testament, ces paroles nous révèlent que l’autojustification n’apporte pas la vie, ni la réconciliation avec Dieu (v.7).

3 : 8-24

Et ils entendirent le bruit de l’Eternel Dieu passant dans le jardin : Dieu semble être dans le vent comme dans Actes 2, versets 1 à 4. Dieu passe dans le jardin. Cela semble normal. Adam et Ève sont habitués, ils reconnaissent le « bruit de l’Eternel » au milieu du vent.

Et l’homme et sa femme se cachèrent de devant l’Eternel Dieu parmi les arbres du jardin : Ils avaient honte entre eux (v.7) et le fait de se cacher révèle qu’il y a aussi une « honte » ou une « crainte » devant Dieu. Le péché a changé les choses. En effet, avant, la présence de Dieu était normale et agréable, maintenant, cette présence est redoutée (v.8).

Et l’Eternel Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu ? » : Dieu avait donc l’habitude de voir l’homme … Sa question montre son intérêt pour Adam et Ève, même s’ils ont péché. Dieu n’est pas surpris, mais en l’interpellant, il désire que l’homme lui réponde, et ose parler au sujet de sa désobéissance (v.9).

Et il (l’homme) dit : « Je t’ai entendu … et j’ai craint, car je suis nu … » : Là, Adam sort de sa cachette et accepte d’engager le dialogue avec son Créateur. Il répond vrai, il a honte car sa nudité devient pour lui un problème … (v10).

« Qui t’a montré que tu es nu ? » : Quelle admirable question ! C’est une belle pédagogie. Dieu aurait pu frapper Adam, le condamner de suite, mais non, il ne considère pas le problème d’Adam sous l’angle de la faute, mais sous celui de sa régénération future (v.11). Cette question est un point de départ à la restauration, au salut, non seulement d’Adam, mais aussi d’Ève et plus tard de toute l’humanité.

« As-tu mangé de l’arbre dont je t’avais dit de ne pas manger ? » : La Bible Segond 21 parle d’interdiction. Ce n’était pas une suggestion ni un conseil. Cette question est là pour aider Adam. Mais l’homme esquive sa responsabilité, et dépose le poids de la faute sur sa femme (v.11-12). D’ailleurs, la femme rejette la charge de la faute sur le serpent (v.13). Comment Dieu peut-il secourir celui qui désobéit dans le cas où il ne veut pas reconnaître sa part de responsabilité ?

À noter que Dieu ne prononce pas de jugement sur Adam et Ève, mais uniquement sur le serpent. Cet animal était une représentation atténuée des ténèbres et des puissances démoniaques. Dieu ne veut pas « écraser » Adam, tenant compte de sa fragilité du moment, puisqu’il prend conscience du mal (v.8-13). Le serpent est donc jugé. Il ne marchera plus. Il devra ramper. Cela lui donnera toujours, aux yeux des hommes, une identité redoutable, imprévisible, abjecte, repoussante, maligne, etc. Image du diable, du tentateur, du séducteur, de l’envoûteur, puissance déchue … rebelle par excellence. A travers le serpent rampant, Dieu révèle la personnalité de Satan qu’on nommera dans le NT « le serpent (dragon) ancien, le diable » (cf l’Apocalypse).

Ce jugement permet de faire la distinction entre l’être humain et le démon. Le premier est appelé à être sauvé, le second est « déjà jugé ». Le jugement de Genèse est rejoint par celui du N-T (Jean 14). La postérité d’Ève (et logiquement de son mari) ne pourra pas être inquiétée par celle de Satan. Ce sera un combat spirituel. Y compris à travers les hommes qui se rebelleront contre Dieu, habités par l’esprit du Mal, de Satan (v.15). Enfin, le diable blessera « au talon » les enfants d’Ève, mais eux, ils le « meurtriront à la tête ». Cela me fait penser à Romains 8 : 35-39 : « Dans tout cela nous sommes plus que vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés » (v.15).

À la femme il dit : Dieu prend la responsabilité des conséquences du péché de l’être humain (emploi du pronom « je »). La grossesse va être pénible. Et le mari sera comme un dominateur. Cela, c’est la condition de l’homme déchu, rebelle à Dieu. Heureusement que le Saint-Esprit console ceux qui peinent tout en se confiant à Dieu, et que Jésus a lui-même donné l’image d’un époux aimant jusqu’à donner sa vie pour l’épouse. Pourquoi, aujourd’hui, l’homme peut-il être si « dominateur », si macho ? Pourquoi la femme peut-elle être si « féministe », un féminisme si rempli de haine pour ce qui est masculin qu’il finit par adouber le lesbianisme ? Les désirs de la femme devaient se porter sur le mari (ça semble positif … bien que Godet apporte là un commentaire différent), mais « ces désirs » tout au long de l’histoire sont plus ou moins faussés, et dans les derniers temps, « ces désirs » passent la frontière du couple initial. Les femmes ne se limitent plus (même choses pour les hommes), elles s’enflamment entre elles, et brûlent pour d’autres hommes …

 Finalement, beaucoup de femmes craignent d’avoir des enfants, ne considérant plus une grossesse comme une joie. Le péché a gâché la douce beauté du don de la vie (v.16).

Et à Adam il dit : Au passage, on voit que Dieu s’adresse à chacun personnellement. Ce qui montre Son intérêt pour l’un et pour l’autre (il n’y a ni inégalité, ni préférence …). Les conséquences du péché d’Adam : le travail devient pénible, l’entretien de la terre et le profit des récoltes aussi. Si l’homme veut manger et nourrir sa famille, il doit travailler, et ça coûte du temps et de l’énergie, et comme dit Salomon : tout est vanité (v.17-19 ; L’Ecclésiaste).

Lors d’une étude biblique de maison, une personne posa la question : Est-ce que le fait qu’un mari écoute sa femme est une faute ? Dans le texte de la Genèse, le mot « écouter » veut dire qu’Adam a suivi sa femme sans réfléchir ni réagir.

Et l’homme donna à sa femme le nom d’Ève : Ce qui signifie « vie ».

Et l’Eternel Dieu fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau et les vêtit : En écho à ce passage, on trouve la parole de l’Apôtre Paul qui dit « Revêtez Christ ». Jésus est le vêtement du chrétien. Car il est le sacrifice qui nous redonne l’identité perdue à cause du péché. C’est cela que Dieu a voulu démontrer en sacrifiant un animal. Il a voulu couvrir la honte du péché des premiers hommes (v.21).

Et l’Eternel Dieu dit : « Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous … : Les yeux de la créature se sont ouverts comme ceux du Créateur. Seulement, Lui, il domine le péché avec puissance, alors que l’homme ne peut pas dominer le péché (Genèse 4), car il est faible. Ce qui pourrait le pousser à vouloir goûter le fruit de l’arbre de vie (v.22). Alors, l’homme deviendrait « éternel » mais sous la domination du péché. On voit là l’amour insondable de Dieu pour l’homme pécheur.

Et l’Eternel Dieu le fit sortir du jardin … : Dieu désire protéger l’homme et la femme en les amenant à l’extérieur du jardin qu’il rend d’ailleurs inaccessible (v.23-24). L’arbre de vie sera de nouveau disponible à la dernière résurrection des morts (1 Corinthiens 15 : 51-52 / 1 Thessaloniciens 4 : 16-17). Pour le lecteur « négatif », ce passage ne présente pas une exclusion, mais une action salutaire pour l’humanité.

4 : 1-16

Et l’homme ayant connu Ève sa femme, elle conçut et enfanta Caïn : Le nom de Caïn signifie « bien acquis » … Le texte nous donne un ordre des choses intéressant. D’abord, la relation sexuelle, puis la rencontre des organismes vivants (laboratoires concepteurs on pourrait dire), et le moment où l’enfant vient au monde. Cela n’a pas changé en plus de 6000 ans … même si l’être humain cherche, dans sa révolte contre Dieu, à se débrouiller par d’autres moyens … D’ailleurs, il faudra toujours un élément masculin et un élément féminin pour procréer ! (v.1). Il faut aussi noter que le verbe « connaître » désigne l’union morale et physique des deux parents. Ce mot n’est jamais employé pour les animaux, ce qui lui donne d’autant plus une forte noblesse morale.

Elle enfanta encore Abel son frère ; et Abel fut berger, et Caïn fut était cultivateur :

Le nom de Abel signifie « pré » ou « souffle » … Il devient berger (on n’a pas le nom des animaux – en fait, le mot inclut de petit bétail). Caïn est cultivateur (v.2). Ce dernier offre un sacrifice tiré des produits de la terre. Et Abel offre un sacrifice (un holocauste puisque les hommes ne mangeaient pas encore de viande) tiré de son bétail. Les deux jeunes hommes exercent des métiers que leur père exerçait dès le début. Chacun manifeste sa reconnaissance envers Dieu de façon spontanée et le désir de montrer au Créateur l’intention de chercher Sa présence (v.3).

L’Eternel regarda Abel et son oblation : « Oblation » signifie « sacrifice ». Dieu « regarde » l’offrande d’Abel, et « ne regarde pas » celle de Caïn. Pourquoi ? On ne peut pas expliquer ce genre par une faute liée au sacrifice lui-même, mais l’épître aux Hébreux, au ch.11, donne une indication sur l’attitude intérieure d’Abel : C’est PAR LA FOI. Par contre, Caïn semblerait s’être appuyé sur son travail (les produits de la terre), donc l’offrande aurait été faite SELON LA CHAIR. La preuve, lorsque Dieu détourne le regard de l’offrande du frère aîné, celui-ci ressent une violente douleur, celle que Paul nomme « tristesse selon le monde » dans 2 Corinthiens 7. Cette irritation venait du sentiment de rejet qui insinue la jalousie.

Lorsque la colère n’est pas jugulée, elle peut faire des dégâts. C’est pourquoi Dieu, toujours prévenant, demande à Caïn pourquoi il est irrité (comme auparavant avec Adam) ? (v. 4-7a).

« Si tu fais bien … » : Caïn peut changer le cours de sa vie s’il fait le bien, s’il relève la tête… (s’il réagit par la foi envers Dieu) selon ce que dit le Psaume : Mets ta confiance en l’Eternel, et il agira … Il sait que le péché, qui est un être spirituel, veut faire « un » avec lui. Il devrait refuser, dominer sur le péché, mais il n’y arrive pas, et va au bout de son irritation en tuant Abel dans la campagne (v.7b-8).

Et l’Eternel dit à Caïn : Il lui demande où se trouve Abel pour le faire « revenir » dans la réalité. Mais Caïn ne saisit pas la main tendue de Dieu. Il décline toute responsabilité envers son cadet. Le Seigneur lui parle du « sang d’Abel »… Peut-être Caïn croyait-il que personne ne l’avait vu tuer son frère !!! La conséquence est terrible : la malédiction sur sa vie (il est rejeté par sa propre terre qui ne produira rien à cause du sang versé) ! (v.9-13).

« Ma peine est plus grande que je ne la puis supporter… » : Au lieu de se repentir, Caïn se plaint, et se livre à un chantage affectif ! (v.13). Il est conduit par sa peur de rencontrer quelqu’un (v.14-15a). En effet, il pourrait se retrouver face à Adam qui aimerait peut-être venger Abel. Et sait-il s’il y a d’autres humains qui vivent au-delà de la contrée d’Eden ? Sait-il aussi qu’avec le temps (il faut bien se rappeler qu’à cette époque les hommes vivaient des centaines d’années !), il pourrait se retrouver face à d’autres enfants d’Adam ?

Et l’Eternel mit un signe sur Caïn pour que quiconque le trouverait ne frappât point (1) : Une preuve supplémentaire de l’amour de Dieu ! (v.15b).

Et Caïn sortit de devant l’Eternel … le pays de Nod n’existe pas sur le plan géographique, le mot signifie « pays de l’exil » (v.16). Il s’agit d’une région située vers l’est de l’Eden, vers l’Asie.

4 : 17 à 5 : 32

– Et Caïn connut sa femme : Au sujet de cette femme, beaucoup se pose la question : Mais qui était-ce ? (2) Le seul élément biblique qu’on ait est la partie généalogique. Adam et Eve ont donné naissance à « des fils et des filles ». Sachant que les humains vivaient sur plusieurs siècles, il n’est pas difficile d’imaginer un mariage entre Caïn et une de ces « filles »… Il est intéressant de noter que les généalogies présentées dans les onze premiers chapitres forment la charpente de la Genèse et de l’histoire de l’humanité (F. Godet).

Et elle conçut et enfanta Hénoc : Débute ici la première généalogie d’Adam (Ch.4).

…et il se mit à bâtir une ville … : Le nom de cette ville est Hénoc (v.17). Ce nom signifie « l’initié ». Le concept de ville, à cette époque, désignait simplement un lieu de vie protégé par une muraille. On pourrait penser qu’il y a contradiction entre le fait que Dieu annonce à Caïn qu’il sera « errant » et le fait qu’il « bâtisse une ville ». Caïn devait-il être un nomade ou un sédentaire. C’est lui qui choisit d’être sédentaire, pas Dieu ! Et pourquoi ? Voulait-il se fixer pour défier Dieu ou pour se cacher d’éventuels ennemis dont il avait peur ? (3)

Et Irad naquit à Hénoc … : Les premières générations de cette branche généalogique sont issues donc, de : Après Caïn, c’est Hénoc, puis Irad (qui signifie peut-être « citadin »), puis Méhujaël (signifie « frappé de Dieu »), puis Méthusaël (« appartient à Dieu »), enfin Lémec (signifierait soit « robuste », « puissant », ou « brutal »). (v.18).

Et Lémec prit deux femmes : Ada (« ornement ») et Tsilla (« ombre »). C’est le premier mariage polygame, contraire à l’institution divine (Genèse 2 : 24). Mais, ce qui est positif, c’est que le mariage est encore valide malgré la situation de Caïn et de ses descendants (v.19).

Et Ada enfanta Jabal : Le nom Jabal signifie « produire » ou « nomade » … il est le « père de ceux qui habitent sous les tentes et au milieu des troupeaux ». Il est éleveur et berger (v. 20)

Le nom de son frère était Jubal : Ce nom désignerait la corne d’un bélier d’où le lien avec la musique. Il est le « père de ceux qui jouent de la harpe (instrument à corde « kinnor ») et du chalumeau (instrument à vent « ougav »). Ancêtre des compositeurs et des musiciens (v.21).

Et Tsilla eut aussi des enfants : Tubal-Caïn … et Naama … : Tubal-Caïn signifie

« Fabriquant de lances » et c’est lui qui forgeait toute espèce d’instruments tranchants d’airain et de fer (v.22). Naama signifie « la gracieuse ». Certains rabbins pensent qu’elle est devenue la femme de Noé.

Et Lémec dit à ses femmes … : Les versets 23 et 24 se nomment « chant de Lémec » et raconte l’histoire de Caïn. Ce passage contient les caractéristiques de la poésie hébraïque (avec en particulier la figure de parallélisme). Ce poème est un chant relatant un meurtre.

Avant cela il y a eu un autre chant, celui de l’amour, en Genèse 2 : 23. Godet parle ici de la brutalité de Lémec comme d’une chose monstrueuse, venant d’un être pervers et cruel. Il mentionne aussi « l’insolence de la race caïnite »(4), ce que Dieu avait voulu éviter (Genèse 3 : 15). Il mentionne aussi l’intérêt des arts et des métiers dans la civilisation et la vie de l’humanité. Dieu s’en servira de toute façon car toute chose sera assujettie à la domination de l’homme.

Et Adam connut encore sa femme, et elle enfanta un fils et l’appela Seth : Ce nom signifie « remplacement ». L’enfant comble le vide laissé par Abel, tué par Caïn (v.25). Seth commence une nouvelle généalogie (celle des Séthites) avec Enoch (« homme faible »), et c’est à son époque que l’on commença à invoquer l’Eternel (v.26).

On note ici que d’un côté nous avons la lignée de Caïn qui fuit Dieu, et d’un autre côté la lignée de Seth qui cherche Dieu (Genèse 3 mentionne cette lignée par « postérité du serpent » d’une part, et par « postérité de la femme » d’autre part. Au Chapitre 5, verset 1, l’auteur de la Genèse, reprend l’histoire de la « postérité d’Adam » (dans un livret généalogique), que Dieu fit à sa ressemblance.

Il les créa mâle et femelle … Rappel de la pensée de Dieu au sujet de l’union de deux éléments différents, distincts et complémentaires (V, 2). Le mâle et la femelle reçoivent le nom « d’homme ». Sans oublier la bénédiction (créateur et créatures sont à l’unisson).

Et Adam vécut cent trente ans, et engendra un fils à sa ressemblance … Retour sur la naissance de Seth, avec la précision de la ressemblance (V, 3). Selon les chiffres donnés ici, on sait que Adam a vécu 930 ans (versets 4 et 5). Seth a vécu 912 ans, ce qui fait qu’au moment de la mort de celui-ci, l’humanité avait 1042 ans (v.6-8). Beaucoup d’êtres humains sont issus de ces hommes-là ! Et n’oublions pas tous ceux et celles qui sont nés de Caïn.

Et Enoch vécut quatre-vingt-dix-ans, et il engendra Kénan : Grâce aux indications chiffrées, le lecteur qui apprécie les calculs, peut savoir l’âge des personnes en particulier, et l’âge de l’humanité en général. La signification du nom Kénan n’est pas connue (V, v.9-11). Il n’est pas nécessaire de le savoir, cela ne changerait rien pour ce cas.

Et Kénan vécut soixante-dix ans, et il engendra Mahalaléel : Ce nom signifie « louange à Dieu » (v.12-14).

Et Mahalaléel vécut soixante-cinq ans, et il engendra Jéred : Ce nom signifie « descente » (v.15-17).

Et Jéred vécut cent soixante-deux ans, et il engendra Hénoc : Ce nom signifie « l’initié » mais le contexte nous montre qu’il ne s’agit pas du tout de la même initiation que celle du fils de Caïn (IV « première généalogie d’Adam »). Ce Hénoc « marcha avec Dieu » le reste de sa vie. Le verbe « marcher » révèle une activité constante, et le complément « avec » signifie une « proximité très intime ». On pense alors au mot « communion ». Quand on regarde les deux généalogies d’Adam, on constate que Hénoc (Séthite) est le pendant de Lémec (Caïnite). Le premier manifeste l’endurcissement et la révolte alors que le second montre un intime de Dieu. Cette intimité se traduit par le fait que Dieu prend Hénoc avec Lui, dans Sa présence éternelle, sans que celui-ci passe par une mort physique visible … (v. 18-24).

Et Hénoc … engendra Méthusélah … et Méthusélah … engendra Lémec (et des fils et des filles – comme les autres) : Le nom « Méthusélah » signifie « l’homme du trait ». Lémecet son épouse ont eu Noé (Noah) pour fils (v.25-31).

Et Noé, âgé de cinq cents ans, engendra Sem, Cham et Japheth : Les trois garçons ne sont pas nés en même temps, mais l’auteur dit que c’est à partir de cet âge-là qu’ils sont nés. Que signifie Sem ? C’est « La renommée ». Cham ? C’est « Le bouillant ». Japheth ? C’est « Que Dieu élargisse » (v.32).

On arrive bientôt à la période du déluge. Selon le texte hébreu, 1656 ans se sont déroulés entre Adam et le déluge. Selon le texte de la Septante (traduction grecque de l’Ancien Testament), ce sont 2242 ans qui auraient passé. Les théologiens évangéliques, quant à eux, retiennent plutôt la première proposition.

Notes :

(1)Ce débat est très ancien. H. Blocher ose proposer ses idées sur la Révélation des origines, mais des théologiens conservateurs souhaitent garder l’idée traditionnelle. Cette part de mystère sera, je crois, élucidée après le retour du Seigneur Jésus.

(2) Voir note 1. Ma réflexion reste ouverte, mais j’essaie de comprendre les saintes écritures telles qu’elles me sont présentées.

(3) À cette époque, l’homme construisait une ville pour se protéger des ennemis potentiels (on pense aussi aux châteaux du Moyen âge en Europe).

(4) Le mot « race » employé par Godet ne peut l’être de la même manière aujourd’hui. En analogie avec le reste de la Bible, il n’y a qu’une seule race : la race humaine.

La série biblique de l’été : Lecture suivie du livre de la Genèse (2)

Création d’Adam, fresque de Michel-Ange (1508-1512). chapelle Sixtine, Rome.

Deuxième épisode de notre lecture suivie du livre de la Genèse (par mon ami et frère Louis-Michel, pasteur), la nouvelle série biblique de l’été à paraître chaque semaine sur Pep’s café ! le blogue. Le premier épisode se découvre ici.

1 : 6 à 2 :16

Et Dieu dit : « Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux » : Les eaux d’en haut sont l’étendue dans le ciel (celui qui est dans notre atmosphère), et les eaux d’en-bas sont une autre étendue à la surface du globe terrestre (v.6). Les Hébreux croyaient traditionnellement qu’il y avait « plusieurs étendues » dans l’espace, qui se succédaient. N’est-ce pas ce que les scientifiques et les astronomes découvrent aujourd’hui en envoyant des sondes dans l’espace ? Et l’étendue qui se trouve au milieu est l’espace d’air respirable que l’auteur de la Genèse appelle cieux (selon F. Godet). Par ailleurs, la Bible contient des expressions comme « cieux des cieux » (A-T) ou « royaume des cieux » (N-T)… (v.7-8). Certains spécialistes font allusion à la voie lactée, les galaxies, les univers, les systèmes qui se succèdent …

Ce fut le second (deuxième) jour : Même commentaire qu’au v.5 (v.8b-c).

Et Dieu dit : « Que les eaux de dessous les cieux s’amoncellent en un seul lieu et que le sec paraisse. Et cela fut. » :

On se souvient que le premier jour a vu naître : a) la lumière créatrice de vie, b) la séparation de la lumière et des ténèbres. Le deuxième jour a donné l’atmosphère respirable par la séparation des eaux d’en-haut et des eaux d’en-bas. Le troisième jour fait apparaître le sol habitable par la séparation de l’eau et de la terre (v.9).

La terre existe déjà mais elle est cachée par l’eau (ordre du récit – cf. Psaume 104 : 6/ Job 38 : 8-11). L’amas des eaux est appelé « mer » et la partie sèche est appelée « terre » (v.10).

Il est important de comprendre que le sol habitable est fait pour que « l’ordre » végétal apparaisse et se reproduise. Ainsi est notre coeur : Un sol sec qui paraît du sein des éléments et de l’environnement de notre vie, un sol prêt à être « cultivé » par l’Esprit Saint pour porter du fruit en abondance (v.11-12 / Jean 15). C’est merveilleux de voir la naissance d’une « force organique » (Godet) qui domine la matière brute. Le sol porte ainsi :

a) le « gazon / herbe de prairie » qui est destiné au genre animal, b) les légumes, les céréales sous le mot « herbe / ésev (pour la semence) » qui sert tantôt au genre animal tantôt au genre humain, c) les arbres, les arbustes, les buissons « portant fruit / fruit renfermant semence / semence » qui sont faits un peu pour l’animal, et le plus souvent pour l’homme (v.11). À noter ici que Dieu ne nomme pas les plantes. Ce sera la responsabilité de l’homme.

Dieu donne un nom à ce qui constitue Sa création (v.5, v.8, v.10). Mais au fait, comment les végétaux ont-ils pu pousser puisqu’il n’y avait pas de soleil encore ? La lumière du premier jour semble avoir suffit.

Ce fut le troisième jour : Notons qu’il s’agit du milieu de la semaine de Dieu. Maintenant, tout est prêt pour la suite grandiose décrite par l’auteur (v.13b).

Et Dieu dit : « Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue des cieux pour séparer

le jour et la nuit, et qu’ils servent de signes et qu’ils fassent les époques et les jours et les années… » …

La seconde moitié de la semaine « créatrice » nous montre la formation des corps constitués et organisés qui sont appelés à y demeurer : a) jour 1 = lumière / jour 4 = corps lumineux, b) jour 2 = l’eau et l’air / jour 5 = les poissons, les oiseaux, c) jour 3 = le sol (dont le couronnement est le genre végétal / jour 6 = les animaux puis le genre humain qui représente la perfection de l’oeuvre créatrice) … (v.14). Le quatrième jour voit la création du soleil (le plus grand des luminaires) et de la lune (le plus petit). Le soleil préside (notion de réglage) le jour, la lune préside la nuit et les étoiles (v.15-16). Un prédicateur a parlé de« l’éclairage divin en faveur des humains ». Jean affirme, dans son épître, que la lumière chasse les ténèbres. Et ce qui est « physique et chimique » est aussi spirituel, n’est-ce pas une grâce ? (v.17-19).

Ce fut le quatrième jour : Même commentaire que pour les trois premiers jours (v.19c).

Et Dieu dit : « Que les eaux foisonnent d’une multitude d’êtres animés (vivants), et que des volatiles volent sur la terre » :

La vie animale jaillit. Godet4 parle des « âmes vivantes »,d’autres théologiens choisissent « êtres vivants ». Remarquons la croissance depuis la plante dotée de la capacité de se reproduire par elle-même jusqu’à l’être humain appelé à une reproduction sociale et réfléchie en passant par l’animal appelé à une reproduction sociale d’instinct (sur l’ensemble de la création). Le « foisonnement » et la « multitude »correspondent au besoin de peupler la terre et d’entrer dans l’équilibre environnemental et cosmique de la création (v.20-21).

Ici, la nature est au service de Dieu, elle n’est pas« matrice » (mère) des végétaux, des animaux et plus tard, des humains. Au sujet des« grandes bêtes aquatiques », certaines versions traduisent par « monstres marins ». Leurs dimensions sont importantes et spectaculaires. Quelles sont les espèces concernées ? Les dinosaures, les requins, les baleines et autres animaux de gabarit semblable … L’important est que sur cette terre, il y a de la place pour toutes les espèces. D’ailleurs, des commentateurs disent que Dieu a laissé l’homme nommer lui-même les animaux sans préciser les espèces en présence. Ce qui semble tellement important pour l’homme savant ne semble pas l’être pour Dieu ! Pour Lui, c’est « bon » et ça suffit !

Et Dieu les bénit en disant : « Fructifiez et multipliez et remplissez … » :

Dieu n’a pas prononcé cette bénédiction pour les plantes puisqu’elles avaient la force de se reproduire elle-même. Il n’est pas dit « Et cela fut » car la bénédiction implique que la force créatrice de Dieu va se réaliser progressivement dans le temps. On voit ici la volonté de Dieu pour une vie sans cesse renouvelée vers la plénitude (v.22). N’est-ce pas ce qu’il désire pour les croyants, dans la croissance de leur vie spirituelle jusqu’à toute Sa plénitude ?(1)

Ce fut le cinquième jour : Même chose que pour les jours précédents (v.23b).

Et Dieu dit : « Que la terre fasse sortir des êtres animés selon leur espèce… » :

On compte bétail, reptiles, animaux terrestres, ceux qui rampent aussi (v.24a). Cela s’est donc réalisé comme Dieu a voulu (v.24b-25a).

Et Dieu vit que cela était bon : C’est la validation. Il n’est pas surpris. Dieu établit un constat sur ce qui est (v.25b).

Et Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent… » :

Dieu se parle à Lui-même ! Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit. Il est singulier et pluriel en même temps (cf. Elohim). Le verbe « faire » propose une action unique, coordonnée, spontanée, rapide. « à l’image de Dieu » signifie « selon Sa sagesse » mais aussi « avec Sa volonté » (d’initiative) qui permet de faire des choix libres et autonomes, de gérer, d’assumer, de réfléchir, mais encore « avec Ses sentiments ». Dieu est « esprit » mais par Christ il est aussi « chair » … Il a un coeur qui « bat » (vit), qui « ressent » (il est sensible), une bouche qui « parle » (il communique), une oreille qui « entend » (il écoute), une main qui « secourt » (il sauve) … (cf. Esaïe 9 et 59). Il ne peut être dominé et il rappellera à Caïn que l’homme peut dominer, non pas l’homme, mais le péché (Genèse 4). L’homme est appelé à dominer la nature, et non le contraire. Dieu n’est pas favorable à l’écologisme idéologique, mais il prend soin de Sa création et il donnera cette charge à l’homme (v.26).

Et Dieu créa l’homme à son image. Il l’a créé à l’image de Dieu. Il les a créés mâle et femelle :

Ce verset 27 est d’une richesse incroyable. Le verbe « créer » (hébreu) possède un sens évolutif ici. D’abord la matière, puis la vie, et enfin la liberté (ou l’autonomie) à travers les deux sexes. Eve sera mère. Etant image de Dieu, elle occupe une place fondamentale dans la pensée de Dieu, dans son projet d’humanité. Dans le N-T, Paul dira « mère des vivants »(2). Adam sera père, appelé à transmettre la vie (la chaîne de la vie ne peut être rompue) …

Par rapport à cela la PMA n’a aucun sens, n’apportant qu’absence et mort dans la société, sauf dans certains cas exceptionnels. Toute l’humanité dépendra de l’homme,mâle et femelle : ce sera la « race humaine » (l’humanité d’origine unique). Il n’y a donc qu’une seule race. Si je hais le Noir ou le Blanc, je me hais moi-même !… Mais cette race humaine s’est perdue, a raté la cible donnée par son Créateur, alors on se retrouve avec deux races : la race pervertie et la race élue restaurée à l’image de Dieu(7)…

Et Dieu les bénit … La bénédiction de Dieu, c’est Son amour, Sa puissance, Son autorité, c’est Son image qui se multiplie, c’est Sa Justice, Sa Grâce … Dieu est « tout ». Le Créateur donne l’ordre de la reproduction en abondance comme pour les animaux, mais il veut que l’homme soit le « gardien de la création », le gérant et le gestionnaire, qu’il assume une responsabilité envers toute la création (v.28). L’homme va apprendre à utiliser la nature pour subvenir à ses besoins (le travail fourni n’est pas une malédiction, et n’épuise pas l’énergie de l’homme). La nature et ce qui sort du sol servira aussi aux animaux (c’est ce que l’on appelle l’écosystème, et que l’on doit préserver)… (v.29-30).

Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici c’était très bon :

On arrive ici à la fin de la période de la Création (de l’univers en général à l’humain précisément). Le sixième jour s’achève sur le chef-d’oeuvre divin. Dieu évalue ce qu’il a créé. Le résultat est en totale harmonie avec Sa volonté. C’est Sa perfection en action. Je ne peux m’empêcher ici de rappeler l’histoire de Pinocchio (par Carlo Collodi), créé des mains de Geppetto le fabricant de marionnettes.

Tout était si bon pour lui. Mais il lui manquait encore la vie. Finalement, Pinocchio est devenu comme son créateur, vivant, libre, autonome, etc. Tout le reste est bon. Mais l’humain, c’est « très bon ». Il est le seul à refléter l’image de Dieu !!! (v.31a).

Ce fut le sixième jour : Quel travail ! On a vu la Création prête à accueillir le « semblable » de Dieu, on a même vu ce « semblable » créé mâle et femelle (v.31b,c). La Bible ne mentionne pas de « neutre » d’ailleurs …

Et les cieux et la terre et toute leur armée furent achevés :

L’armée des cieux représente les astres, l’armée de la terre représente les « êtres » qui l’habitent. Le mot « armée » n’a pas de signification militaire mais celle d’un ordre établi parfait (II, v.1). En grec, Kosmos nous fait penser à un « ordre universel ».

Et Dieu acheva au septième jour toute l’oeuvre qu’il avait faite :

Tout est complet au sixième jour (II, v.1), mais Dieu « parachève » son oeuvre au septième jour par Sa bénédiction (ou son « amen » (II, v.2-3). Godet propose deux actes : a) Dieu cesse de créer (travailler), b) Dieu bénit et sanctifie Sa création. On comprend donc qu’il y a « cessation » d’activité (mot Shabbath) puis « conservation » ce qui signifie que la création est mise à part pour une « destination sainte » … Un cycle se termine, un autre cycle commence (II, v.3-4).

Le Schabbath permet de goûter le repos éternel de Dieu. Mais le péché privera l’homme de ce repos (II et III). Alors le Schabbath éternel apparaîtra en Jésus-Christ : notre repos éternel (ou « vie éternelle ») sans péché, dans la présence du Créateur (Hébreux 4). C’est cela que nous vivons jour après jour, mais que nous mettons en valeur le samedi, septième jour de la semaine. Pour moi, et souvent, le samedi me rappelle la Création et comment et pourquoi Dieu a fait toutes choses parfaites, il a cessé de créer, puis a béni et sanctifié cela pour que l’homme soit heureux sans cesse. Alors, je loue le Seigneur, je suis tellement reconnaissant de compter parmi Ses enfants !

Il n’y avait encore sur la terre aucun arbrisseau des champs, et aucune herbe des champs n’avait encore germé ; car l’Éternel n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre

Ici, on voit l’importance de l’eau dans la nature (II, v.5a). Si Dieu ne nous donne pas « l’eau vive », nous mourrons de soif !

… et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol :

La nature, on se souvient, est placée sous la domination de l’homme. Celui-ci configure le terrain pour irriguer le sol (canaux) …À ce moment-là, il n’y avait ni pluie ni homme, donc les arbres et les plantes n’étaient pas encore là (5b).

Et une vapeur montait de la terre et arrosait toute la face du sol :

On peut voir ici la description d’une pluie très légère, un peu comme une brume qui rafraîchit et qui pénètre lentement mais sûrement le sol afin de le rendre fertile (II, v.6).

Et l’Eternel Dieu forma l’homme … Ce verset met l’accent sur les caractéristiques de l’être vivant : le corps et l’âme, et cette « âme » possède en elle-même « l’esprit » qui permet la rencontre avec Dieu (puisqu’il est fait à l’image de Dieu). Dieu donne à l’homme le « souffle de vie » (II, v.7), le fait habiter dans un jardin immense (Gan en hébreu) partie d’un territoire (II, v.8) qu’on nomma par la suite « Eden » ou « Délices » (mot persan) puis Paradis (mot grec). Ce jardin (4) se situe en Orient, et l’arbre de vie se trouve au milieu (II, v. 9). Dieu est bon en offrant le meilleur aux êtres humains. Le fruit de l’arbre de vie devait permettre à l’homme d’éviter la corruption (F. Godet). Le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal n’était pas mauvais en soi, mais c’est l’attitude de l’homme qui fait la qualité du fruit. En effet, si l’homme obéit, il apprend à connaître le bien par expérience et le mal par la vue du danger auquel il échappe. Par contre, si l’homme désobéit, il apprend à connaître le mal par expérience et le bien comme un bonheur perdu ou inaccessible.

Et un fleuve sortait de l’Eden pour arroser le jardin :

Cette expression rappelle le texte du prophète Ezéchiel « un fleuve sortait de dessous le temple » … Un fleuve qui arrose l’ensemble du jardin (qui, rappelons-le, est immense). C’est un fleuve qui entretient la vie et lui permet de durer et de multiplier (II, v.10-15). Ce fleuve donne naissance à quatre « branches » fluviales appelées Pischon (celui qui coule largement – il se situe sur la terre de Havila dont l’or est bon (v.12). Il est possible que des descendants de Cham soient concernés (Genèse 10) ainsi que ceux des régions du Golfe Persique) ; Guihon (jaillir – qui désigne là aussi une abondance) ; Hiddékel (flèche – rapidité du cours qui apporte ses eaux vives, il viendrait d’Arménie. Son autre nom est « le Tigre ») ; et enfin, Euphrate (le fleuve – il est dans la proximité du Tigre et est le plus grand fleuve de l’Asie occidentale).

Ces mentions des quatre « fleuves » donnent une indication sur l’emplacement du « paradis » ou « éden » : région du Tigre et de l’Euphrate, plus particulièrement aux alentours de Bagdad et Babylone selon F. Delitzsch. On peut conclure que ce « jardin » était riche à souhait et permettait au premier couple de vivre et de faire vivre ! La race humaine avait tout ce qu’il fallait pour être heureuse. Dieu est omnipotent (tout puissant) et amour (l’opposé d’égocentrisme).

Et l’Eternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder :

Le jardin était fait pour l’homme ! Ce jardin a donné de la subsistance à l’homme

(II, v.16) ; il lui a enseigné le sens des responsabilités et des décisions (v.17) et même un vis à-vis (visage face à visage, ce qui signifie une capacité de communication, de compréhension, de collaboration) semblable (v.18). Nulle part dans ce texte il est fait mention d’une supériorité du « mâle » (homme) sur la « femelle » (femme). Mais la femme (Isha) est tirée de l’homme (Ish). Ils sont de la même chair, des mêmes os, et se complètent l’un l’autre par leurs différences. Ici, l’être humain est vu comme un cultivateur-gérant et gestionnaire (garder). Adam a nommé les animaux qui ont défilé devant lui. Il devait prendre soin d’eux aussi. Dans les versets 21 à 25, la Bible nous apprend que la femme est tirée de la côte de l’homme (pas dans le sens physique). Cette côte signifie « vivre en communauté », être dépendants l’un de l’autre, et partager les responsabilités, et tout ce qui est commun (le corps comme le coeur).

Adam assume dès le début un message prophétique pour la vie de famille (II, v.24) et pour le style de vie (v.25) car la nudité et la pudeur ne représentaient rien de spécial puisque le couple vivait un temps d’exploration comme des enfants, sans arrière-pensée, sans barrières, sans calculs …

(A suivre)

Notes :

(1) Cf. Épître aux Éphésiens

(2) Cf. Épître aux Romains

(3) Cf. 1ère Épître de Pierre

(4) Différents théologiens ont essayé de préciser les caractéristiques géographiques de l’Eden. Sans y mettre une importance capitale, on remarque surtout qu’il ne s’agissait pas d’un jardin au cadre limité.

La série biblique de l’été : Lecture suivie du livre de la Genèse (1)

Une lecture suivie de la Genèse à partager, pour ne pas rester seul avec sa Bible et son café (Source : Rawpixel)

Chères lectrices et chers lecteurs, chers abonnés, comme annoncé le 03 juillet, voici notre nouvelle série biblique de l’été à paraître chaque semaine sur Pep’s café ! le blogue : une lecture suivie du livre de la Genèse, proposée et élaborée de janvier 2019 à juin 2021 par mon ami et frère Louis-Michel, pasteur.

Je le remercie chaleureusement pour son initiative et vous souhaite une bonne lecture édifiante. Si ce n’est pas encore le cas, ne manquez pas de vous abonner gratuitement pour ne rien manquer à chaque parution.

AVANT DE COMMENCER LA LECTURE

Remarque 1 : On peut lire le Livre de la Genèse comme un exposé des origines de l’humanité ou comme un récit de vie d’hommes et de femmes dans l’accomplissement de leur destinée. Mais on peut aussi le lire comme une exploration du coeur de Dieu.

Remarque 2 : La Genèse est le premier livre du Pentateuque, recueil probablement rédigé sous l’autorité de Moïse. Le mot Genèse signifie Commencement (d’un processus). Ce qui est raconté a été vécu entre 6000 ans et 1800 ans avant Jésus-Christ. On a donc une vue partielle mais harmonieuse des événements des premiers temps.

Remarque 3 : De Genèse 1 : 1 à 2 : 3, certains commentateurs, comme André Chouraqui, pensent qu’il s’agit d’un poème sur la Création. Selon les règles de la poésie orientale, on peut acquiescer.

Mais je note que nous avons quand même à faire à un récit dans le poème. D’ailleurs, ce récit s’apparente au genre du conte par ses premiers mots « au commencement ». Quelques autres parlent de légende (rien ne le démontre dans le texte).

Remarque 4 : Avec Francis A. Schaeffer (1), j’apprécie particulièrement le Psaume 136, qu’il voit comme « toile de fond » du récit des onze premiers chapitres. Ce psaume présente de façon magnifique la personne du Créateur (plus important que la création elle-même). Paul avertit les chrétiens de Rome qu’ils ne doivent pas idolâtrer la créature (au ch.1), car c’est le fait de « rendre grâce » à Dieu qui nous aide à garder la foi.

Remarque 5 : Il convient de recommander la lecture du Livre de la Genèse à toutes les personnes qui veulent connaître et comprendre l’histoire de l’Humanité, celle du peuple d’Israël, et celle du Christianisme. Au-delà de la religion chrétienne, l’essentiel, pour un être humain, est de découvrir celui qui se nomme JE SUIS (c’est-à-dire l’ETERNEL ou DIEU D’ÉTERNITÉ) et qui se présente au monde à travers la personne de Jésus, unique médiateur entre le Créateur et les humains (2).

1 : 1

Au commencement : « Commencement » (Bereschith) désigne le commencement absolu, le commencement du temps, mais ne signifie en aucun cas le commencement de Dieu (v.1a).

Dieu créa les cieux et la terre : « Dieu » (Elohim) pluriel de Eloah qu’on trouve dans des passages poétiques (Job, Psaumes, Deutéronome, Néhémie, etc.) … (v.1b). Le mot « créa » est complexe. C’est le Dieu Tri-Un (trinitaire) qui crée. Son ouvrage (poème) de création parle à travers le mot « Bara » (pour « créa ») de « tailler » ou de « façonner ». Il s’agit de « créer » la matière puis d’en faire quelque chose qui ait du sens (le chaos n’est pas éternel mais passager – voir verset 2). Les « cieux » révèle une étendue en plusieurs couches (1 Rois 8 / 2 Corinthiens 12), et la « terre » le globe sur lequel nous vivons. Ainsi l’auteur (probablement Moïse) désigne la création de façon globale comme s’il regardait d’en-haut, puis amène son lecteur vers un lieu plus accessible, notre lieu de vie. Mais l’ensemble est « un », indissociable, oeuvre d’une même main.

1 : 2 à 3: 2

Et la terre était déserte et vide … La terre est le sujet qui intéresse l’auteur. Le reste de l’univers n’a pas la même importance. Ce qu’il faut comprendre : quelle est la pensée de Dieu pour la terre ? Même les cieux sont toujours cités en rapport avec la terre. L’homme veut comprendre les « cieux » et l’univers alors qu’il ne comprend pas le sens même de l’existence de la terre !!! (v.2a). Le Tohou vabohou (hébreu) signifie le « désert vide ». Le mot « désert » veut dire « une terre ou une ville dévastée » alors que le mot « vide » révèle un lieu sans êtres vivants (v.2b). N’est-ce pas l’état du coeur de l’homme lorsque Jésus-Christ est absent ?

Les ténèbres couvraient l’abîme et l’Esprit de Dieu reposait sur les eaux : Les

« ténèbres » sont la nuit d’où la lumière jaillira par l’Esprit de Dieu. L’abîme signifie une immensité profonde (pour rejoindre le mot « eaux »). L’Esprit de Dieu « repose » ou « plane » comme un courant dans l’air. Le mot « esprit » est « rouach » (souffle / vent). Le sens précis du verbe « reposer » dégage d’une part l’idée d’incubation et d’autre part l’idée de mouvement de l’aigle qui protège ses petits ou de la colombe qui descend sur Jésus (v. 2c).

Nous avons donc ici deux principes fondamentaux posés par l’auteur de la Genèse : a) La matière (l’abîme), et b) La puissance de vie (l’Esprit). Voici une proposition(3) de poème pour ce passage :

Au commencement,

Dieu était déjà là.

Il a commencé à façonner l’univers.

Dieu était présent et permanent,

Il a formé la terre.

Au début, la terre était comme un désert sans vie,

Un lieu désolé,

Mais l’Esprit de Dieu s’est alors déplacé,

Au-dessus de la matière créée,

Ainsi, la vie a jailli.

Dieu était déjà là,

Il parla alors.

Il fit le soir, il fit l’aurore,

Ce fut le premier jour… (et ainsi de suite jusqu’au début du chapitre 3).

Et Dieu dit : Ce qui est créé vient d’un acte volontaire et non de l’émanation d’une pensée humaine (v.3a). On pense au Psaume 33.

« Que la lumière soit » et la lumière fut : Il ne s’agit pas du soleil qui apparait au quatrième jour mais d’une lumière diffuse qui prépare le reste de l’oeuvre. Ici, la volonté de Dieu s’accorde avec la démonstration de vie. Il en va de même avec l’ouvrage d’un artisan (exemple : un sculpteur désire tailler un cheval dans un morceau de bois – que le cheval soit- et réalise concrètement l’animal – et le cheval fut – (v.3b). On peut dire encore que s’il n’y a pas de volonté, il ne peut y avoir de création concrète. On resterait alors dans le « désert vide » du verset 2.

Et Dieu vit que la lumière était bonne : Bienfaisante, protectrice, productrice. C’est le jour (v.4a, 5a). Ce que Dieu voit (constate) est en rapport avec ce qu’il a pensé.

Et Dieu sépara la lumière et les ténèbres : Les ténèbres ici ne sont pas d’ordre spirituel, mais il s’agit d’un ordre naturel, une alternance nécessaire au maintien de la vie. Une leçon aussi : Dieu ne mélange pas lumière et ténèbres car chaque temps possède ses qualités. Dieu a fait les choses avec ordre. En Lui et de Lui il n’y a aucun chaos. Les ténèbres désignent la nuit (v.4b, 5b).

… Et il y eut un soir et il y eut un matin : La guerre est déclarée ! Etait-ce 24h ? Une période plus longue ? Godet pense à une période indéfinie qui représenterait le travail divin alors que le travail humain commencerait plutôt le matin. Stott parle de 24h. Chacun a ses arguments. Les juifs pensaient plutôt par période de temps représentant une action (v.5c).

Par exemple, la semaine pourrait signifier plusieurs semaines (7 ou 70) … Le livre de Daniel parle des « semaines d’années ». Il faut se rappeler qu’en hébreu la symbolique est très utilisée, et son impact bien plus grand que pour nous occidentaux. La logique existe mais elle est différente.

Ce fut un jour : On peut lire « le premier jour » (v.5d). Ne jamais oublier qu’il s’agit du temps de Dieu. Pourquoi l’homme cherche-t-il toujours à mettre Dieu dans sa notion du temps ?

(A suivre la semaine prochaine)

Notes :

(1) Francis A. Schaeffer : philosophe contemporain (1912-1984).

(2) 1 Timothée 2 : 5.

(3) Ce que l’on remarque ici, c’est d’abord l’effet de répétition qu’on retrouve dans toutes les poésies hébraïques. Une autre technique : On nomme la chose puis ce qu’elle produit (principe merveilleux de la vie).

Prochainement sur Pep’s café : la nouvelle série biblique de l’été

« Une nouvelle série de l’été à découvrir prochainement : une lecture suivie de la Genèse » (Source image : public domain pictures)

 

Chères lectrices, chers lecteurs, et chers fidèles abonnés, juillet est là, avec un rythme propice pour apprécier notre nouvelle série de l’été : une lecture suivie du livre de la Genèse, le livre des commencements.

Celle-ci, proposée par mon ami et frère Louis-Michel(1), pasteur, débutera mercredi 07 juillet et paraîtra à raison d’un épisode par semaine – le mois d’août sera l’occasion d’une relâche bienvenue, avant une reprise en septembre.

Si cela n’est pas encore fait, abonnez-vous gratuitement à Pep’s café! le blogue, pour ne rien manquer de cette nouvelle série !
En avant première, ce constat personnel de son auteur : « J’ai compris à travers la lecture de la Genèse que nous, les hommes, nous regardons souvent le ou les péché(s) d’autrui plutôt que de regarder sa détresse. Mais Dieu, lui, regarde d’abord la détresse . C’est là son amour ! Si nous n’avions que la Genèse, cela suffirait à nous convaincre que nous sommes créés à l’image de Dieu, que cette image a été défigurée par le péché, et que l’amour et le pardon de Dieu nous conduisent  à  travers  notre  existence,  avec  un  salut  que  nous  ne  méritons  pas,  mais  qui  nous amène de façon certaine, à travers la personne de Jésus, vers les nouveaux cieux et la nouvelle terre pour l’éternité ».

Séries bibliques à venir en 2021-2022 : Marc, Actes et Jude.

 

Note : 
(1) Vous vous souvenez sans doute que Louis-Michel, contributeur occasionnel au blogue, a aussi relevé un certain nombre de défis bibliques l’été dernier – défis que vous pouvez (re)découvrir ici sur Pep’s café!

Adoption définitive du projet de loi bioéthique : ou l’échec de ne pas dire « oui » à tout (et n’importe quoi)

Bientôt « le Meilleur des mondes » ? (Source image : scène de « Bienvenue à Gattaca », un film d’Andrew Niccol (1997)

Le Parlement a définitivement adopté, le soir du 29/06/21, par un ultime vote de l’Assemblée nationale, le projet de loi relatif à la bioéthique, qui ouvre l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) ou « Procréation Médicalement Assistée » (PMA) – à toutes les femmes, par 326 voix pour, 115 contre et 42 abstentions. Et ce, à  l’issue d’une 7e lecture (4 à l’Assemblée, 3 au Sénat), près de deux ans après sa présentation en conseil des ministres(1).
Députés et sénateurs se sont opposés sur de nombreux articles du texte, en particulier l’ouverture de la PMA à toutes les femmes (couples de femmes et femmes célibataires) pour leur permettre d’obtenir une grossesse, finalement validée par les députés. Auparavant, la PMA n’était permise que pour les couples hétérosexuels infertiles. Les premiers enfants conçus par « PMA pour toutes» en France pourraient naître dès le printemps 2022, sauf éventuel contre-temps dû à un éventuel recours auprès du Conseil constitutionnel.
Le projet de loi permet aussi aux personnes majeures de conserver leurs gamètes (spermatozoïdes et ovules) pour pouvoir reporter à plus tard un projet d’enfant, ce qui était uniquement permis aux femmes pour des raisons médicales. Le texte remet également en question l’anonymat des donneurs de gamètes, qui devront accepter que leur identité ou « des données non identifiantes », tels que l’âge, les caractéristiques physiques, la profession…, puissent être révélées à la personne née du don après ses 18 ans.

La gestation pour autrui (GPA), ou le fait qu’une femme porte un fœtus pour le compte d’une autre personne ou d’un couple, potentiellement contre rémunération, reste interdite en France. Néanmoins, le projet de loi prévoit la reconnaissance, sous certaines conditions, de la filiation d’enfants conçus par GPA à l’étranger – une pratique légale dans plusieurs pays comme les États-Unis et le Canada. Le texte ne prévoit pas l’élargissement de la PMA aux hommes transgenres, nés avec un appareil reproducteur féminin. Le diagnostic préimplantatoire, qui permet de repérer de possibles anomalies génétiques dans les embryons, reste limité aux couples ayant connaissance d’une maladie génétique transmissible dans leur famille. Les femmes dont le conjoint est décédé ne peuvent pas avoir recours à la PMA avec les gamètes de ce dernier.
Enfin, le projet de loi facilite les recherches sur les cellules souches embryonnaires, qui peuvent se multiplier et donner naissance à n’importe quelle autre cellule de l’organisme. Elles « peuvent être utilisées en thérapie cellulaire, pour régénérer un organe ou produire des substances nécessaires à rétablir une fonction biologique », précise l’Inserm (2). 
Le texte adopté à l’Assemblée nationale autorise aussi les « chimères animal-homme », des cellules souches humaines insérées à des embryons animaux. 
Cet article 17 de la loi de bioéthique soulève des inquiétudes auprès de certains qui ont signé une tribune dans La Croix, pour dire « Non aux chimères dans la loi de bioéthique ! »(3). Ils ont appelé les parlementaires « à s’insurger contre l’inscription de la bioéthique française dans ce scénario de science-fiction et à initier un Référendum d’Initiative Partagée ».  De son côté, l’Inserm plaide pour ce type de recherche, expliquant que « l’un des objectifs est de développer ainsi des modèles animaux de pathologies humaines notamment pour les maladies neurodégénératives. À plus long terme, ces chimères pourraient favoriser la production d’organes chez l’animal pour permettre des xénogreffes sur l’Homme. Enfin, avoir recours à ce processus permettrait notamment de mieux étudier comment s’effectue la différenciation des cellules dans un tel environnement, et donc, de valider ou non bon nombre d’hypothèses de recherche» (3).
En revanche, est interdite « la modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces »,  selon la reformulation de l’article 17 du projet de loi de bioéthique(4).


Au final, est-ce un progrès ?

Le journaliste Patrice de Plunkett dénonce, dans sa chronique à Radio Présence (Toulouse Midi-Pyrénées) et Radio fidélité Mayenne(5), le vote final de ce qu’il appelle « la loi de pseudo-bioéthique », lequel vote lui paraît illustrer l’ouverture à tous les « désirs se (prenant) pour des droits » sans souci des conséquences, comme l’alignement de la classe politique sur les lobbies.

L’ «  adoption (de ce projet de loi) était inéluctable », souligne le journaliste, « le parti du président Macron étant à fond pour cette réforme – et le Sénat, malgré son opposition opiniâtre, n’étant pas parvenu à se faire entendre des députés :

Les sénateurs disaient que la PMA pour les femmes célibataires ou homosexuelles bouleversera les normes de la filiation et nuira ainsi aux intérêts de l’enfant… 
Des députés d’opposition disaient qu’ouvrir la PMA aux femmes homosexuelles sans accorder la GPA aux homosexuels masculins serait créer une inégalité contraire à la philosophie du droit… ». En effet, en toute logique, « après la PMA, doit venir la GPA. Ceci afin que le désir d’enfant puisse être universellement satisfait », et « afin de permettre l’égalité des sexes devant la parentalité », plaide Luc Le Vaillant dans sa tribune d’opinion sur Libération (6) 
« Mais ni ces sénateurs ni ces députés n’ont réussi à se faire entendre de la majorité LREM de l’Assemblée nationale. Pourquoi ? Parce que LREM voit les choses autrement : selon ce parti, il ne s’agissait avec cette réforme que « d’élargir les droits des femmes ».
Un écrivain du XIXe siècle, lui-même homosexuel d’ailleurs, prophétisait qu’on allait entrer dans un âge où tous les désirs se prendraient pour des droits : c’est bien ce que nous vivons. Le consumérisme s’est étendu à tout. L’individu ne voit plus midi qu’à sa porte. Et le pouvoir politique, lui, ne voit plus au nom de quoi il pourrait faire un tri entre les désirs se proclamant des droits.
D’où cette impression qu’ont les opposants, minoritaires, de parler à des sourds quand ils tentent de faire valoir un autre point de vue que la satisfaction de tous les désirs quels qu’ils soient.
Aujourd’hui, dire « non » à quelque chose passe pour de l’intolérance, même s’il y aurait de solides raisons (sociales, morales et juridiques) de ne pas dire « oui » [c’est même là le sens de la dignité humaine : ne pas dire oui à tout et à n’importe quoi(7)].
Un peuple qui ne se voit plus comme peuple mais comme foule d’individus – chacun proclamant ses droits sans souci des conséquences – deviendra ingouvernable. Comment ne pas en venir là ? On ne sait pas trop…  Il n’existe plus d’autorités morales reconnues quand le consumérisme s’étend à tout : à l’ère de l’individu tabou, l’horizontal remplace le vertical. Et l’on peut se demander si ce phénomène d’ensemble n’explique pas, en partie, l’abstentionnisme électoral massif que nous venons de constater aux deux tours des régionales et départementales. Quand le consommateur remplace le citoyen, des gens déclarent aux radio-trottoirs ne plus s’intéresser qu’à ce qui exaucerait leurs désirs individuels – qui à leurs yeux sont tous des droits. Vers quoi se dirige l’ensemble de ce processus ?  Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans un roman prémonitoire : Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley », que Patrice de Plunkett nous conseille de (re)lire cet été. Cela tombe bien : « il est en livre de poche »(8).

Notes :


(1) Pour les curieux, l’analyse du scrutin (qui a voté quoi) ici https://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/(legislature)/15/(num)/3855 ; et pour ceux qui aiment la lecture, l’ensemble du processus législatif de ce projet de loi sur https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/alt/bioethique_2, avec le texte final voté le 29/06 (79 pages) https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15t0640_texte-adopte-provisoire.pdf ; sinon, une synthèse à lire sur https://www.vie-publique.fr/loi/268659-loi-bioethique-pma


(2) https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/cellules-souches-embryonnaires-humaines : L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) est un établissement public à caractère scientifique et technologique français spécialisé dans la recherche médicale

(3) https://www.la-croix.com/Debats/Non-chimeres-loi-bioethique-2021-02-05-1201139072  et https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/15/loi-de-bioethique-nous-ne-voulons-pas-d-une-humanite-genetiquement-modifiee_6025898_3232.html ; https://presse.inserm.fr/chimeres-inter-especes/42157/ ; https://www.francetvinfo.fr/societe/loi-de-bioethique/le-projet-de-loi-de-bioethique-vote-par-les-deputes-permet-il-de-creer-des-embryons-chimeriques-mi-homme-mi-animal_3663337.html
Voir aussi https://www.la-croix.com/Debats/Non-chimeres-loi-bioethique-2021-02-05-1201139072 et https://www.reforme.net/societe/2021/06/23/bioethique-des-chimeres-de-moins-en-moins-chimeriques/


(4) Voir le texte final du projet de loi, voté le 29/06 (79 pages) https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15t0640_texte-adopte-provisoire.pdf

(5) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/06/30/pseudo-bioethique-quand-les-desirs-se-prennent-pour-des-droits.html#more


(6) https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/apres-la-pma-que-vienne-la-gpa-20210629_EVFFB52K2ZFWXPAN2SFWSOCFQE/?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&xtor=CS7-51-#Echobox=1624955798


(7) Le Comité Protestant pour la Dignité Humaine (CPDH) le dit autrement, dénonçant, quant à lui, un droit à l’enfant. « Le droit à l’enfant que le gouvernement veut créer pour les couples de femmes et les femmes seules nuit directement à l’enfant. De sujet de droit – ayant des droits -, il devient objet de droit : J’ai le droit d’avoir un enfant, de la façon dont je veux, quand je veux, avec qui je veux », constate Franck Meyer, Président de cet organisme, avant d’ajouter « que l’accès impossible à la filiation paternelle est profondément injuste ». De plus, ce projet de loi encouragerait la monoparentalité, « ce qui n’est ni recommandable, ni souhaitable». Le CPDH déclare par ailleurs refuser « d’abandonner le combat », envisageant des recours auprès du Conseil Constitutionnel et des organisations internationales. cf https://www.evangeliques.info/2021/06/29/france-avec-la-pma-pour-toutes-le-cpdh-denonce-un-droit-a-l-enfant/ ; Voir aussi https://www.reforme.net/bioethique/2020/07/21/le-comite-protestant-evangelique-pour-la-dignite-humaine-denonce-la-gpa/

(8) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/06/30/pseudo-bioethique-quand-les-desirs-se-prennent-pour-des-droits.html#more