« L’image de Dieu » ou une drôle (et nouvelle) façon de gouverner

Qu’est-ce que « l’image de Dieu » ? Et qu’est-ce que « gouverner à Son image » ? Voici « The image of God », une vidéo de la série « The Bible Project », dont nous avions déjà parlé, à voir ensemble pour en discuter après, à l’approche des législatives des 11 et 18 juin prochains :

 

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Le péché : « une dynamique », « une rupture »

(News lovers in the)Planet of the Apps (2013) Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz Le péché : une rupture

(News lovers in the)Planet of the Apps
(2013)
Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz
Le péché : une rupture

Souvenez-vous des deux billets de la semaine dernière (« Ce dont souffrent ceux qui sont perdus dans le monde… » et « L’avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit »), qui avaient été présentés comme deux introductions à un nouveau thème, que nous abordons aujourd’hui. Avez-vous trouvé de quoi il s’agit ?

Il s’agit du péché. Ne zappez pas trop vite, s’il vous plaît…

Quel rapport avec les deux billets précédents ? Nous y venons.

Qu’est-ce que le péché ? Contrairement à ce que nous pensons souvent, le péché n’a rien à voir avec le fait d’avoir « un mauvais comportement » ou une « mauvaise moralité ». Comme nous l’apprend Genèse 3, le péché est une affaire de relations. En effet, pécher, étymologiquement(en hébreu comme en grec), veut dire « manquer le but ». Soit « être à côté de la plaque » et « passer à côté » du cadre de l’alliance de Dieu avec l’homme, en violant celle-ci. Sans ce cadre, la liberté devient une liberté de tous les désirs et le résultat est la dispersion. Le péché est donc « une cassure », une « trahison » (analogue à celle d’un des deux conjoints, dans un couple)

 

Développons un peu :

Comme nous l’apprend Genèse 1, Dieu est un être relationnel : Dans l’original hébreu, Il est appelé ici « Elohim », qui est un pluriel, quoique le verbe qui suit (« créa ») soit au singulier(Gen.1v1). Ce nom signifie « Dieu fort et puissant, créateur ». Au début, Dieu parle tout seul, ou « à lui-même »(v26). Il aurait pu le faire encore longtemps. Mais comme Il déclarera qu’ « il n’est pas bon que l’homme soit seul », il ne semble pas bon que Dieu soit seul !

Dieu, qui est un « Dieu relationnel », décide donc de créer l’être humain « à son image » et « à Sa ressemblance »(v26). « Image » et « ressemblance » ne sont pas synonymes : « image » veut dire « ombre » et « ressemblance » évoque l’idée de « réalité », d’une reproduction fidèle (comme un portrait). Gen.1v26 ne l’explicite pas de manière directe, mais l’on peut déjà comprendre que l’identité de l’homme se définit en tant qu’être relationnel, dans son rapport avec un Dieu relationnel. L’homme, d’une manière unique-ce qui le distingue des animaux-est capable d’avoir conscience de l’existence de son créateur (cf Eccl.3v11) et donc de se rapprocher, de s’associer à Dieu, et d’être en relation/communion avec Lui.

Les relations sont « des connexions », entre Dieu et nous, entre un être humain et un autre. Les relations sont toujours interpersonnelles, au minimum entre deux personnes(sinon, c’est du fantasme).

D’autre part, si Dieu est « relationnel », il est aussi créateur. Le terme « créa » (« Bara » cf Gen. 1v1,21,27; 2v3,4) est le verbe hébreu employé exclusivement pour l’activité créatrice de Dieu. Son sens fondamental est de façonner en coupant ou en séparant, dans le sens de distinguer. Et toute la dynamique créatrice de Dieu consiste en distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais, afin que le chaos s’ordonne : la lumière est ainsi distinguée des ténèbres, le jour de la nuit, le sec du mouillé, la terre de la mer……

Or, nous souffrons d’un trouble de la perception qui s’appelle « l’indifférence : soit l’incapacité de distinguer les différences, telle que la différence entre réalité et fiction, et surtout, la différence (vitale) entre « distinguer » et « séparer ». Et Dieu veut distinguer – et non séparer- ce qui est bon, dans la création : ainsi, distinguer l’homme de la femme permet la non-confusion, mais aussi de préciser que si « l’homme doit s’attacher à sa femme », et être « une seule chair » avec elle(et réciproquement), ils restent bien homme et femme. Ils ne perdent pas leur identité.

 A l’inverse, si Dieu distingue, le Serpent de Gen.3 sépare. En effet, tandis que Dieu veille à ce que se créent et s’entretiennent de véritables liens sociaux positifs, entre Lui et l’humanité, et les hommes entre eux – du moment qu’il s’agit de projets sains (à l’inverse du projet totalisant de la Tour de Babel, en Gen.11) – le Serpent(ou le diable – « le diviseur ») fait tout pour dégrader, casser, détruire, diviser.

Dit autrement, Dieu souhaite « une distance de non-confusion » entre Lui et l’homme, et entre les hommes, mais à la condition que cette distance ne soit pas vide, qu’il y ait du liant, du contact, des passerelles. Le Serpent, quant à lui, souhaite le vide total et prêche la non-relation, la séparation, la rupture totale et radicale, quand il ne tente pas de nous faire croire aux « bienfaits » d’une prétendue (con)fusion. Ceci est illustré dans l’article « L’Avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit », et chacun peut évaluer « les bienfaits » des « fusions » de plusieurs administrations/services aux missions différentes…..

Bref, le péché est donc d’abord un état, celui de mon être, où je suis séparé de Dieu ou de mon prochain/mon frère humain. Rom.3v23 déclare que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », et que « ce sont nos péchés qui nous cachent sa face »(Es.59v2). Bien sûr, l’on dira que « le péché est humain », et que l’on n’y peut rien. Mais ce n’est pas biblique : On se souviendra que l’homme a été créé sans péché (Voir ce que Dieu déclare au sujet de sa création et de sa créature en Gen.1v31), mais que c’est son adhésion au système du serpent (rusé, accusateur, menteur, diviseur) qui l’a fait entrer dans cette dynamique du péché. Insistons sur un point : le péché n’est pas nécessaire pour être véritablement humain : c’est pour cela que Dieu a envoyé Son Fils Jésus-Christ en tant qu’homme sans péché – « le second Adam » – pour montrer l’humanité originelle véritable(Rom.8v3, Hébr.2v14, 4v15). A ce propos, le péché est-il « inné » ou « acquis » ?(1) « Les deux, mon capitaine », peut-on répondre : d’un côté, le péché est « acquis » puisque les hommes sont responsables des actes qu’ils commettent (Romains 2v12-13), et non responsables de ceux qu’ils n’ont pas commis. De l’autre, le péché est « inné », étant une puissance qui habite en nous (Romains 7v17) suite au péché d’Adam (Romains 5v12) et qui nous rend esclaves (Romains 6v6). Dans le (seul) premier cas, nous ne pourrions y échapper au nom d’une certaine fatalité ; dans le second cas, nous pouvons y échapper et lutter contre lui. Encore faut-il avoir la puissance nécessaire de le faire : Nous le pouvons « en Christ » (2 Cor.5v17, Jean 3v3 et ss, Jer.31v33, Rom.68), mais sommes condamnés si nous restons « en Adam ». Ainsi, nous péchons tous, parce que toutes les générations précédentes enclenchent ce mouvement dès l’origine (cf « la vaine manière de vivre héritée de nos pères », cf 1 Pie.1v18)

Le péché est aussi une dynamique spirituelle, où l’éloignement avec Dieu casse ce qui nous relie aux autres.  L’épisode de Caïn et Abel l’illustre assez bien en Gen.4. Le v7 de ce chapitre décrit le péché comme un fauve « tapis à notre porte », qui n’attend que le bon moment pour nous sauter dessus, nous dominer et nous détruire, si nous lui ouvrons la porte. On relèvera, dans ce passage, que Dieu ne dit pas que Caïn est « bestial » ou que son comportement est « animal », mais qu’Il distingue bien Caïn du péché(extérieur à lui) cf Rom.7v17. S’Il invite Caïn à « dominer » sur le péché, c’est que cela est possible (cf le mandat donné par Dieu à Adam et Eve en Gen.1v28). L’alternative est alors claire : soit je domine le péché, soit c’est lui qui me domine. Il suffit de baisser un peu ma garde, d’entrouvrir un peu la porte…cf Jean 8v34.

La clé pour vaincre le péché, c’est de sortir de l’ombre, de nos (fausses) sécurités et affronter la lumière (« Dieu est lumière », nous dit 1 Jean 1v6-9) pour confesser ce péché que nous cachons(et même : aimons) et nous en repentir. Notons encore que dans le passage de Gen.4, c’est Dieu qui prend l’initiative du dialogue avec Caïn, au moment où il n’a pas encore commis l’irréparable, et même après avoir commis son meurtre : Dieu « ouvre la porte » à la possibilité d’une relation restaurée, condition nécessaire pour vaincre le péché. Comparez avec l’invitation donnée par Jésus, lequel « se tient(aussi) à la porte » en Apoc.3v20, puis décidez à qui vous voulez ouvrir la porte…Mais, a dit encore Jésus, « quiconque se livre au péché est esclave du péché »( Jean 8v34), et « le salaire du péché, c’est la mort » (Rom.6v23).

Comment le péché s’enclenche-t-il ? Par la désobéissance. Nous l’avons vu plus haut, le péché, c’est « Manquer le but » : soit de « passer à côté » du cadre de l’alliance de Dieu avec l’homme, en violant celle-ci.

Ce cadre pour la liberté est illustré par « les 10 commandements » d’Exode 20 et Deut.5, revisités par Jésus en Matt.57. Par exemple, « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère[sur twitter ou non] : imbécile ! mérite d’être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira : Insensé ! mérite d’être puni par le feu de la géhenne (Matt.5v21-22)….. Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur » (v27-28).

Le péché commence quand l’homme trahit l’alliance qui régit la relation. Le mécanisme d’enclenchement du péché s’explique par Jacques en Jacq.1v14-15 : « chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise….. »

Ensuite, le péché est toujours, premièrement, un péché contre Dieu : ne disons pas, à l’instar du roi Saül », « j’ai péché » d’une façon vague, mais « j’ai péché contre toi seul », Seigneur (Psaume 51v1-4), et contre les hommes (Luc 15v18).

Ce qui signifie que nous ne péchons pas contre les commandements de Dieu ou contre la loi, mais contre Dieu, Celui qui nous fait don de cette loi. La loi est simplement là pour nous montrer où nous avons dévié. Chacun peut d’ailleurs se questionner, à la lecture des commandements de Dieu, dans le style : « montre-moi ce que je dois apprendre de moi, en lisant Exode 20 ou Deut.5 ! »

Un exemple : le fameux « tu ne commettras pas de vol » semble être de prime abord une défense de la libre propriété privée, clé de voute du capitalisme. Or, ce que nous apprend fondamentalement ce commandement est que, si je vole, je détruis l’ordre créationnel. Rien moins. Comment cela ? L’ordre créationnel de Dieu consiste à recevoir (ce dont j’ai besoin et que Dieu me donne avec générosité) et non à prendre. Or, si je vole, je prends. Je ne reçois plus, puisque recevoir ne me suffit plus.

Qui a péché ? Tous (Rom.3v9-10), même ceux qui n’ont pas la connaissance des 10 commandements et qui ont « une loi naturelle » en eux, inscrite dans leur cœur (cf Rom.2v14-15). Nous pouvons donc tous savoir que nous sommes pécheurs contre Dieu et contre les hommes. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous », rappelle 1 Jean 1v18 (Voir aussi Jean 8v7)

Nous péchons donc personnellement. Ce ne sont donc pas les autres (nos parents, nos frères et sœurs, la société, le gouvernement…), cf Deut.24v16 ; Job 19v4 et Ezech.18v20. Et je suis le seul à pouvoir confesser mes péchés, mais pas ceux des autres. Cela ne sert à rien de chercher à me justifier ou à minimiser mon péché. D’ailleurs, Dieu ne nous demande pas « pourquoi » mais « quoi », quand nous péchons (Gen.4v9). Il ne demande pas au pécheur de se justifier, mais l’invite à reconnaître la vérité de la rupture. C’est la porte ouverte au pardon, à la réconciliation et à la restauration : Jésus est venu sauver « non des …. mais des …… »(Luc 5v32. Darby), et « il y a plus de joie dans le ciel pour… » (Luc 15v7). « Mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rom.5v20) ; « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1v9).

L’enjeu (choisir la vérité face au péché, choisir d’être vrai devant Dieu, soi et les autres) est donc vital, puisque le péché est une question « de vie ou de mort », et non « de morale » (Deut.30v19) !

Et puisque l’on parle d’une question « de vie ou de mort », peut-on dire à mon frère qu’il a péché ? S’il a péché, suis-je légitime pour le reprendre ? (Matt.18v15). N’est-ce pas se mêler des affaires d’autrui ? Ne serait-ce pas faire preuve d’orgueil spirituel que de vouloir jouer les « redresseurs de tort » ? Qui suis-je, pour juger les autres ?

Mais la Bible dit autre chose. Voici un passage d’Ezéchiel 33v7-8, qui ne manque jamais de nous faire frémir : « Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang ».

Suis-je « la sentinelle de mon frère « ? Suis-je « le gardien de mon frère » ? Bien entendu. Jacques 5v19-20 dit encore que « si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

Soyons conscients qu’il n’y a pas que « des individus ». Moi-même, je ne suis pas seul et je ne me suis pas fait tout seul. Le monde ne tourne pas autour de « moi, moi, et moi » seul. Si je suis libre de mes choix, je ne suis pas libre des conséquences de mes choix.  Nous vivons dans un cadre social bien réel, qu’il s’agisse de la famille, de la société, d’une communauté, ou d’une collectivité, autant de structures où est censée fonctionner une certaine interdépendance. Je suis ainsi reconnaissant de ce que d’autres (mes parents ou des aînés) aient veillé sur moi et n’aient pas « respecté ma liberté », à un âge où les conséquences de mes bêtises (traverser sans regarder, se pencher au balcon, mettre les doigts dans la prise) auraient été trop lourdes à porter.

Dans le même ordre d’idée, lorsque Jésus recommande à ses disciples de pratiquer « la correction fraternelle »(« si ton frère- et non ton prochain – a péché »), selon une progression par étapes décrite en Matt. 18, il fait référence à un cadre familial : l’Eglise, le corps de Christ, qui est réellement une famille spirituelle. C’est le rassemblement « au nom de Jésus » de tous ceux qui « sont sortis hors de » (du monde qui ne reconnaît pas Dieu) et qui ont le même Père céleste. Et c’est dans la famille, ce cadre intime, et non « sur les places publiques » que sont les forums/blogues (« chrétiens » ou non) d’aujourd’hui, que l’on apprend à s’aimer, à donner et à recevoir, comme à se parler en en vérité et à se pardonner.

Ne « manquons pas le but » : la finalité de la correction fraternelle reste la restauration des relations brisées (entre Dieu et nous, nous et nos frères) via le pardon que l’on donne mais aussi que l’on reçoit.

Ne craignons donc pas de reconnaître et de dire les ruptures, soit de reconnaître et de dire notre propre péché et celui des autres, pour vivre sur un fondement de vérité. Mais à la condition de le dire avec amour, sans juger. Et certainement pas pour condamner en se plaçant plus du côté de ceux qui veulent lapider la femme adultère (cf Jean 8v1-11) que du côté de Jésus, ou en se plaçant du côté du « moraliste » par un « va et ne pêche plus », oubliant ce qui précède : « je ne te condamne pas non plus »(v11).

En définitive, notre positionnement face au péché ne devrait donc pas être « moral », mais « dans le même registre que celui de Jésus » : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou pour accuser, condamner, faire tomber, enfoncer. Mais pour relever les personnes,  les faire passer de la mort à la vie. On notera enfin que dans la scène avec la femme adultère, en Jean 8v11, Jésus donne pour consigne, après le refus de condamner, d’avancer, mais « pas de rechuter ». C’est une invitation à « tenir ferme », une fois libéré (cf Hébr.12v4 ; Eph.6v11).

 

 

(D’après « Mener le bon combat » de Gilles Boucomont. Ed. Première partie, 2011, pp 45-59).

 

Notes : 

(1) L’avis de théologiens ou de toute personne aimant passer du temps dans l’étude de la Parole de Dieu, m’intéresse, bien entendu !