Leurs profits valent-ils mieux que sa vie ou verra-t-il le bout du « Tunnel » ?

« Tunnel », un film coréen(du sud) qui nous interpelle sur ce qu’est « être » et « rester humain » dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques…

Critique du film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Vous cherchez une bonne idée de film à voir entre amis, ou pourquoi pas, pour un bon « ciné-débat » dans le cadre de votre église locale ou votre paroisse, mais vous ne savez pas quoi. Ne cherchez plus, vous avez trouvé : voici « Tunnel », un excellent film coréen (du sud), vu ces dernières semaines et qui est un gros succès au box-office dans ce pays.

La trame est simple : un tunnel flambant neuf reliant Séoul à Hado s’effondre subitement sur Jung-soo, un jeune père de famille lambda rentrant chez lui en voiture pour l’anniversaire de sa fille. L’homme survit à la catastrophe mais reste coincé sous les décombres, connecté au reste du monde par la radio de sa voiture et son téléphone portable dont la batterie peut lâcher d’un moment à l’autre. Impuissant, avec deux petites bouteilles d’eau et un gâteau, il ne peut qu’attendre et suivre les conseils de survie donnés par les secours, dont l’organisation s’étale sur plusieurs semaines. En parallèle, nous assistons également aux débats qui agitent famille, médias et politiques, sur ce qu’il convient de faire, pesant le « pour et le contre », entre les moyens hors normes mobilisés et les chances réelles de le sauver. Le suspens est réel : l’homme survivra-t-il ? Sera-t-il même sauvé ? Ou périra-t-il à cause des (classiques) risques géologiques du terrain, prêt à s’effondrer à nouveau ou…..pour causes (bien plus réelles encore) d’abandon, de bêtise ou d’incompétence des sauveteurs ? La mise en scène et le mélange de genres (du drame au thriller, en passant par la comédie, et la critique sociale) contribue à entretenir la tension dramatique du film, lequel reste toutefois limité sur ses enjeux psychologiques.

Heureusement, sa force est ailleurs : le réalisateur, Kim Seong-hun, nous propose un efficace détournement (et une actualisation) de genre, celui du film-catastrophe. Déjà dans le rythme et la structure : « Quand on pense à un film catastrophe typique, on a plutôt une histoire qui se développe en crescendo. Au début, on sent qu’il va se passer quelque chose, puis la situation éclate. Moi j’avais envie de prendre les choses complètement à l’envers, c’est-à-dire que dès le départ on voit la catastrophe, et derrière on voit comment cette situation va être dénouée », explique le réalisateur (1).

Plus intéressant encore, il ne manque pas d’inclure dans son film des problématiques sociales et sociétales, révélatrices des faiblesses de la société coréenne contemporaine : développement économique et équipement en infrastructure « en marche » forcée de la Corée du Sud, considérant les règles de sécurité comme « des entraves » et avec pour seule logique la compétitivité à tout prix ; compromission entre les chaebols – conglomérats- et les bureaucrates, dysfonctionnement administratif, opportunisme politique, omniprésence d’un système médiatique en recherche permanente de « scoops ». L’histoire n’est pas sans rappeler certaines catastrophes (qui ne sont pas de l’ordre de la fiction) pouvant être perçues comme les conséquences des excès du rapide développement économique de la Corée du Sud, tel le naufrage du ferry Sewol en 2014 au large de l’île de Jindo, qui avait fait 304 victimes dont une majorité de lycéens. Comme le souligne Kim Seong-hun, « Tunnel a été tourné quand a eu lieu cette terrible tragédie. On ne peut nier une certaine influence de ces événements, et je pense que de manière consciente et inconsciente, ils ont trouvé un certain écho dans l’histoire de mon film ».

Non dénué d’humour, « Tunnel » n’oublie pas non plus de s’interroger et de nous interpeller sur ce qu’est « être » et « rester » humain dans des situations extrêmes, et sur ce que « vaut » un homme, face à des impératifs économiques. On citera en guise d’illustration la très belle scène du partage d’un peu d’eau avec une autre personne ensevelie, alors que chaque goutte compte dans la longue attente de l’arrivée des secours.

« Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres » (1 Cor.12v22-25)

Questions débat pour aller plus loin :

Jésus nous dit que « l’on ne peut servir Dieu et Mammon » – c’est à dire l’argent (Matt.6v24). Sous cet éclairage, le capitalisme libéral est-il un simple système économique ou une religion ? Dans quelle mesure a-t-il envahi nos espaces ? Et si c’est une religion, quels sacrifices demande-t-elle ?

Que penser de cette « rentabilité » selon Dieu, d’après Luc 15v4-7, Ezech.34v16 et Jean 10v11-13 ?

 

En bref :

Tunnel, un film de Kim Seong-hun (Corée du Sud, 2016)

Scénario : Kim Seong-hun. D’après : le roman Tunnel de So Jae-won

Avec Ha Jung-woo (Jung-soo), Bae Doona (Se-hyun), Oh Dal-Su (Dae-kyoung)

Date de sortie en salles : 3 mai 2017

Durée : 2h06

Prix du Jury et le Prix du Public au Festival du Cinéma de Valenciennes.

Bande annonce :

Notes :

(1) Voir ce document de synthèse sur le film, avec une interview du réalisateur.

 

 

 

La « Macron-économie » est-elle un danger ?

« Dérégulation ». Par Clay Bennett. Times free press

Le monde est-il menacé par une nouvelle crise financière ?

 Un article de La Tribune dénonce l’idéologie financière de l’ex-banquier d’affaires, candidat à l’élection présidentielle :

« Emmanuel Macron ne veut pas être réduit à « quatre années » de sa vie au cours de laquelle il était banquier d’affaires. Mais la vraie question est ailleurs : c’est celle de sa vision de l’économie.

C’est sans doute un signe des temps. Alors que François Fillon et Marine Le Pen ne cessent de viser « la presse du système », lors de sa conférence de presse de présentation de son programme électoral le 2 mars, Emmanuel Macron a fait publiquement la leçon à un journaliste de Mediapart. Il l’a accusé de « faire le lit du Front National » en le « réduisant à quatre années de sa vie », celle où le candidat d’En Marche ! était banquier d’affaires. Irrésistiblement, ce genre de recadrage d’un journaliste par un politique fait penser à une autre conférence de presse, celle où Donald Trump dénonçait les « Fake News Medias » (les « médias de fausses nouvelles »). Du moins, ces attaques n’étaient, alors, pas saluées par des applaudissements.

Un problème de fond

Mais plus encore que la forme, c’est le fond qui interpelle. Emmanuel Macron entend ne pas être réduit à son expérience financière. Il en a le droit, bien évidemment. Mais le droit de la presse est évidemment de lui demander des comptes sur ce qu’un candidat à la magistrature suprême de la République a retenu de cette expérience. Elle en a d’autant plus le droit que l’enjeu n’est pas mince. Dix ans après le début de la crise financière, la France pourrait disposer de deux anciens banquiers à des postes clés : Emmanuel Macron à la présidence de la République et François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la banque de France. Au moment même où le risque d’une nouvelle vague de dérégulation menace le monde par l’action de Donald Trump, cette disposition institutionnelle doit nécessairement conduire la presse à s’interroger sur ce sujet. Le « recadrage » du journaliste par le candidat n’en est alors que plus étonnant.

Emmanuel Macron revendique fièrement ces quatre années d’expérience dans la banque d’affaires. « Cela m’évite de dire beaucoup de bêtises et me permet de connaître la grammaire du monde des affaires de notre pays », explique-t-il. Autrement dit, pour le candidat en marche, la banque d’affaires permet d’atteindre la vérité économique. Ceci ne signifie rien d’autres qu’une acceptation d’un certain ordre économique, celui mis en place depuis quarante ans, selon lequel la finance dérégulée est le cœur de l’économie. Mais c’est précisément cet ordre – que Donald Trump va essayer de rétablir outre-Atlantique – qui a causé les désordres actuels ».

Car « faut-il rappeler que la crise de 2007 n’est pas une crise de la dépense publique excessive ou de la compétitivité de la France ? C’est une crise financière majeure qui s’est transmise à l’économie réelle comme une traînée de poudre et qui a perturbé l’ensemble de l’économie réelle. C’est une crise financière qui a appauvri les Etats et qui a mis à jour l’illusion du projet que sous-tend la réponse d’Emmanuel Macron : celle de la croissance menée par la finance dérégulée. Comme l’ont montré de nombreuses études économiques, notamment celles de Michel Aglietta en France, la financiarisation de l’économie et la prédominance de la priorité donnée à l’actionnaire, a conduit à un recul de l’investissement productif et à un affaiblissement généralisé de l’économie réelle ».

La suite, sur le site de La Tribune.

Pour aller plus loin encore, ces deux articles publiés sur le blogue « Les crises » : « 30 ans de dérégulation financière »  et « Too Big to Fail to Regulate ».

Il y est notamment rappelé que la crise financière est en grande partie survenue parce que, « depuis les années 1980, l’idéologie néoconservatrice a supprimé les règles de prudence mises en place après la crise de 1929. Or, l’éminent historien de l’économie Charles Kindleberg a montré dans son Histoire mondiale de la spéculation financière (Valor, 2004) qu’une crise financière avait éclaté à peu près tous les dix ans pendant les quatre cents dernières années. Sauf dans la période 1945-1971, où aucune crise n’est survenue, en raison du consensus général pour une régulation très forte du secteur financier…… »

D’autre part, « dans notre économie, nous attendons des entreprises et des individus qu’ils cherchent des profits mais qu’en même temps ils fournissent des biens et des services de qualité tout en se comportant correctement. Malheureusement, nous avons été témoins d’une érosion du sens des responsabilités et de l’éthique qui a exacerbé la crise financière. […] Accuser en premier lieu la cupidité et la démesure serait trop simpliste. C’est l’échec à prendre en compte la faiblesse humaine qui est la clé dans cette crise. » [Rapport Angelides sur la crise financière, 2011]

 

Le Mexique sous emprise du Coca : comment résister ?

 

Au Mexique, Coca-Cola a acquis un pouvoir considérable. Dans le sud du pays, au Chiapas, l’un des états les plus pauvres, la multinationale américaine a fait main basse sur l’eau et sur la vie de ses habitants. Le Chiapas est considéré comme le réservoir d’eau du Mexique. Dans les années 80, la firme Coca Cola installe à San Cristobal de Las Casas sa plus grosse usine, qui emploie près de 300 personnes. Elle y pompe l’eau nécessaire à sa production, puisant directement dans la nappe phréatique de la ville jusqu’à en assécher certaines communautés alentours. Pour fabriquer 1 litre de Coca, il ne faudrait pas moins de 6 litres d’eau. Et les bénéfices de cette industrie ne semblent pas encourager les pouvoirs publics à affronter les problèmes de son réseau hydrique vétuste. Entré dans l’ALENA en 1994, le Mexique a suivi les pas des Etats Unis dans sa politique néolibérale. La multinationale américaine s’est ainsi immiscée partout. Pas un village qui ne soit labellisé aux couleurs rouges et blanches de la marque.

Les Mexicains sont devenus les plus gros consommateurs au monde de soda et notamment de Coca-Cola. Lors des cérémonies et rituels mayas, la boisson gazeuse remplace désormais les boissons fermentées d’autrefois. Des conséquences sanitaires désastreuses en découlent : 70 % de la population, sevrée également à la malbouffe, est en surpoids. Le diabète est l’une des principales causes de mortalité. Face à ce fléau, certains habitants tentent se mobilisent et tentent de se réapproprier leur ressource naturelle. 

« Mexique : sous l’emprise du Coca », un documentaire réalisé par Julie Delettre, produit par Wild Angle et diffusé sur « Public Sénat » le 01/10/16, dans le cadre de la série « Les Dessous de la Mondialisation », ou les faces cachées de la fabrication des produits que nous consommons.

A voir et à partager, pour mieux rejeter cette « règle du jeu » édictée par les puissants et qui nous est présenté comme « acquise » : nous voler ce qui est vital, « gratuit » et « de droit », pour nous faire payer à la place un produit « moins bien » et même néfaste pour la santé.

A lire et méditer, en complément :

« Holà, vous tous qui avez soif, voici de l’eau, venez. Même sans argent, venez ; prenez de quoi manger, c’est gratuit ; du vin ou du lait, c’est pour rien. A quoi bon dépenser de l’argent pour un pain qui ne nourrit pas, à quoi bon vous donner du mal pour rester sur votre faim ? Ecoutez-moi bien, et vous aurez à manger quelque chose de bon, vous vous régalerez de ce qu’il y a de meilleur » (Es.55v1-2. BFC).

« Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’où jaillira la vie éternelle » (Jean 4v13-14. BFC).

« Vous le savez bien : si vous vous mettez au service de quelqu’un pour lui obéir, vous devenez les esclaves du maître auquel vous obéissez » (Rom.6v16. BFC)

Voir aussi, comment, dans Marc 5v1-20, Jésus a libéré, non seulement un homme, mais aussi toute une économie locale d’un système « impur ».

 

Trump, « prompt au deal » ? Ou qu’attendre du nouveau président des USA ?

Éléphant par Anna Langova « un éléphant, ça trump énormément ! » Le nouveau président tournerait-il déjà le dos à ses promesse s(« propos de campagne ») de candidat, lesquelles, comme on le sait, n’engage que ceux qui veulent bien y croire….

Éléphant par Anna Langova
« un éléphant, ça trump énormément ! » Le nouveau président tournerait-il déjà le dos à ses promesses (« propos de campagne ») de candidat, lesquelles, comme on le sait, n’engage que ceux qui veulent bien y croire….

« Eh bien ! nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? » (Matt.19v27. TOB)

 

 

A l’heure où j’écris ces lignes, Donald Trump, au terme d’une campagne d’une violence et d’un bas niveau inédits, devrait être le 45ème président des Etats-Unis. « Devrait être », puisqu’il a en effet remporté la majorité des grands électeurs, le 8 novembre, soit 306 contre 232 pour sa rivale démocrate, qui a pourtant bénéficié d’un nombre de voix plus élevé (plus d’un million à ce jour). Ces grands électeurs éliront à leur tour directement le président et le vice-président, le 19 décembre.   Le nouveau président prendra ses fonctions le 20 janvier 2017, ce qui nous laisse un peu de temps pour nous habituer à la nouvelle….Et ladite nouvelle en a surpris, interpellé ou inquiété plus d’un, quand d’autres se sont ouvertement « réjouit », à défaut de se sentir « soulagé »(1).

Pour ma part, ceci dit en toute modestie, ce résultat ne m’a pas « franchement surpris », même si j’espérais autre chose. Certes, me disait-on, « mieux vaut que D. Trump remporte la primaire républicaine plutôt que M. Rubio ou T. Cruz. Car les chances de le voir « neutralisé » par son adversaire démocrate lors des élections générales seraient alors plus grandes ». Mais dans mon article sur les primaires américaines (publié le 30/03), je me demandais s’il n’y avait pas un risque de voir un candidat « incontrôlable » tel que Trump devenir « le gagnant » républicain de la primaire[et « le gagnant tout court » de cette élection], surtout face à une H. Clinton apparaissant plus « progressiste » sur certains sujets de société ou même comme étant la représentante de « l’establishment » justement combattu par Trump ou Bernie Sanders(2).

Cette victoire de Donald Trump était-elle « prévisible », comme l’ont affirmé la plupart des commentateurs(3) ? Néanmoins et dans tous les cas, une telle victoire peut paraître « dans l’air du temps », ou comme « une anomalie », révélatrice du désaveu des peuples vis-à-vis de leurs systèmes politiques. Et les américains eux-mêmes n’échappent pas à cette tendance, semblant incapables de faire la différence entre « un âne » et « un éléphant »(4).

Pour comprendre ce qui s’est passé, il convient de souligner que Donald Trump doit son élection à de nombreux facteurs – avant tout économiques et sociaux, et non « moraux ». Plus précisément, comme nous l’explique Axelle Hazard, diplômée en sciences politiques, sur son blogue « The American Ballot Box, la politique américaine pour tous »(5) : « si Donald Trump a gagné, c’est parce qu’il est parvenu à remporter presque tous les fameux swing states[ou « État pivot », soit un État au vote indécis, susceptible de changer de camp, d’un scrutin à l’autre, entre les deux partis dominants et faire basculer le résultat du vote final], comme la Floride ou l’Ohio. Mais aussi, des états comme la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. Ces trois états de la Rust Belt[« ceinture de rouille »], frappés par la désindustrialisation, n’avaient plus voté pour le candidat républicain à la présidence depuis 1984 ou 1988 ! » Mais « si les victoires de Trump dans les états de la Rust Belt s’expliquent sans doute par ses promesses en matière d’économie (renégocier les traités commerciaux pour empêcher les délocalisations), l’économie n’est pas le seul facteur qui explique son succès », ajoute encore Axelle Hazard. « En effet, d’après les sondages de sortie des urnes, 52% des électeurs estimant que l’économie était le problème le plus important dans le pays ont voté pour Hillary Clinton, et non pour Donald Trump. Donald Trump a en revanche remporté la majorité des voix des électeurs estimant que le problème principal était le terrorisme (57%) et l’immigration (64%). En réalité, la victoire de Donald Trump s’explique très certainement par une combinaison de plusieurs facteurs: la peur du déclassement économique dans certains états, de l’immigration et du terrorisme dans d’autres, mais aussi et surtout la colère contre la classe politique traditionnelle et les faiblesses d’Hillary Clinton », mal aimée et réputée « belliciste » ou « autoritaire », quoique plus expérimentée.

Concernant cette dernière, au-delà de certains scandales (« l’affaire des emails » ou les sources de financement de la fondation Clinton), ce qui lui a coûté le plus cher semble être son association au monde de la haute finance et du grand capital. Bien entendu, c’est aussi le cas de Trump, à ceci près qu’il a fait campagne contre le libre-échangisme et le néolibéralisme économique mondialisé et qu’il n’est pas interventionniste sur le plan géopolitique, comme l’est son ex-rivale démocrate ou même ses ex-rivaux républicains (M. Rubio, par exemple) aux primaires.

Donald Trump a ainsi réussi à capter le vote des mécontents/inquiets/en colère/aspirant à « un nouvel Eden », en se présentant en « homme fort » et leur tenant à peu près ce langage : « vous avez peur ? Très peur ? Vous avez raison. Je vous comprends. Voici les coupables » [des groupes ethniques/religieux, des « systèmes »…]. Face à une crise d’identité, s’il affirme que « le rêve américain est mort », il promet de « rendre sa grandeur à l’Amérique »( Make America great again »)Soit le retour d’un rêve américain, tel qu’il est défini par Donald Trump, qui « ne concerne que la seule population blanche et protestante »constate l’historien Romain Huret(6).

En somme, « D. Trump a brassé large », pour reprendre l’expression de Chady Hage-Ali, chercheur en relations internationales et animateur du blogue « Stratpolitix »« l’Amérique profonde (qui est aussi la base du tea party), les libertaires, anti-étatiques et isolationnistes (qui constituent également la tendance dominante du Tea Party), les déçus d’Obama (qui ont l’impression d’une Amérique faible, molle, dont l’hégémonie est sur le déclin) et les chrétiens les plus droitistes et orientés vers la prophétie »(7).

Bref, il paraît clair que les américains, décrits comme « en colère » ou « inquiets », ont voulu avant tout « du changement, maintenant », quitte à faire des choix risqués, déjouant tous les pronostics.

Mais le « président Trump », qui veut l’être « pour tous les américains », est-il de nature à nous rassurer pour autant, après le spectacle offert d’un « candidat Trump » excessif et imprévisible ?

Au-delà de toutes les questions soulevées par cette élection, une me vient à l’esprit : qu’attendre du nouveau président des USA ? Peut-on « implorer le Ciel », dans l’espoir « que le diable tienne ses promesses » (8), sachant que le diable « est le père du mensonge » ? (Jean 8v44)

Je pense à un verset biblique, que l’on pourrait mettre dans la bouche de tous ceux qui l’ont soutenu : « Eh bien ! Nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. Qu’en sera-t-il donc pour nous ? » (Matthieu 19v27) Ceux-ci déchanteront-ils ? On pourrait le craindre, tant on peut « s’étonner » (relativement) de ce que Trump semble se « détourner promptement » (Cf Gal.1v6) de certaines de ses promesses de campagne. Voir ses déclarations sur l’Obamacare, « le mariage gay », le fameux mur ou les immigrants illégaux(9).

D’autre part, il est important de rappeler que le nouvel élu n’a aucune expérience politique et n’a exercé aucune charge publique (« ministre » ou « secrétaire », député, sénateur, gouverneur de l’état, maire…). Certes, ce n’est peut-être « un drame », dès lors qu’il sait bien s’entourer et se laisser conseiller, tout en faisant preuve des qualités requises pour être « un bon président » : sagesse, « sobre bon sens », justice et équité, être « un homme de vision » pour prendre les bonnes/meilleures/nécessaires décisions. Bien sûr, l’homme sera jugé « à ses œuvres » et pourra nous surprendre tant en bien qu’en mal. Mais comme l’a dit mon pasteur : « si tu es libre de tes choix, tu n’es pas libre des conséquences de tes choix »….

Mais le problème de cette inexpérience de la « chose publique » est ailleurs : Trump est un milliardaire ayant fait fortune dans l’immobilier, à la tête d’un empire de l’hôtellerie et du divertissement. Il est propriétaire des concours de beauté « Miss USA » et « Miss Univers », et reconverti dans la téléréalité. Ce qui fait que cet homme, jugé, non comme « un idéologue » mais « un pragmatique », a toujours défendu ses propres intérêts ou des intérêts privés. Sera-t-il capable de privilégier « le bien commun » ou les intérêts publics ? Rien n’est moins sûr puisque le milliardaire Trump est exposé à de sérieux conflits d’intérêts, « étant impliqué dans 500 sociétés, selon sa déclaration de patrimoine, dont certaines en Chine, Russie et Arabie saoudite – des pays avec lesquels Washington entretient des relations complexes »(10).

Et ce, d’autant plus qu’un homme d’affaires « fait des deals » ou des compromis.

Les « deals » seront sans doute inévitables, car si M. Trump « n’est (peut-être) pas un idéologue », plusieurs de ceux qu’il recrute le sont. Ainsi, ceux qui ont cru en sa rhétorique anti-libérale, et sa dénonciation du libre-échange, des délocalisations et des excès de la finance, risquent fort de déchanter. Le nouveau président se prépare en effet à nommer une équipe qui accordera une large place aux intérêts économiques. Avec notamment un ancien dirigeant de Goldman Sachs au Trésor et le patron d’une firme pétrolière au secrétariat à l’Énergie(11).

Mike Pence, le vice-président, présenté comme « un chrétien, un conservateur et un Républicain »(12) est « un fan du libre-échangisme et partisan de tous les TAFTA possibles[Accords de libre échange entre l’UE et les USA : une multinationale pourrait attaquer un Etat dont les politiques publiques nuiraient à ses intérêts]…russophobe et otano-belliciste », comme le souligne le journaliste Patrice de Plunkett. « Alors que le Pentagone vient d’annoncer (via l’OTAN) la formation d’une armée de 300 000 hommes en Europe pour « faire face à la Russie », que pèseront quelques phrases de Trump sur la nécessité de discuter avec Poutine ?(…) Et d’autres points d’interrogation se lèvent par dizaines. En termes empruntés à Sanders (qui doivent rappeler le « communiste Roosevelt » aux plus durs des républicains), Trump annonce une politique de relance budgétaire et de grands travaux : ponts, routes, aéroports, télécoms.  Ce serait restaurer le rôle de l’Etat : donc rompre avec trois décennies d’ultralibéralisme. Le fera-t-il réellement ? »(13)

Enfin, plus inquiétant, peut-être, Stephen Bannon devient son influent conseiller stratégique : Stephen Bannon, qui a dirigé « Breitbart News », un site de propagande d’extrême droite — raciste, antisémite, misogyne(14)… Une nomination qui a été saluée par le Ku Klux Klan !(15) Ce qui donne à penser au journal « Le Devoir » que « se met en place dans ce contexte une présidence qui devra nécessairement faire preuve de pragmatisme en certaines circonstances, mais aussi une présidence populiste qui saura, au besoin, exciter sa base électorale bien blanche et bien en colère…… »(16)

Mais il n’est pas tout à fait exact de dire que Donald Trump n’est pas « un idéologue ». Il s’était présenté, dans sa campagne, comme « la voix des abandonnés ». « Mais ces abandonnés, d’où vient leur abandon ? » demande encore Patrice de Plunkett.  « De l’ultralibéralisme des élites, qui repose sur le pire mensonge : le dogme du trickle-down, ce « ruissellement » magique en vertu duquel enrichir les plus riches redescendrait en pluie d’or sur les pauvres ! »  Un dogme, jamais vérifié, « qui fut l’un des piliers du reaganisme (1981-1989) » et « le pilier unique du clintonisme (1993-2001)…..Il eût été le pilier de l’hillaroclintonisme (….) si Hillary avait été élue… Mais Trump lui-même professe le dogme du trickle-down ! »(17)

Il est aussi « un croyant »….en la « positive theology » (« la théologie positive ») du révérend Norman Vincent Peale, qui « enseigne que : Dieu est facile à connaître, la Bible se résume facilement, le Christ donne le pouvoir de réussir. « Je suis un succès », faut-il se rappeler sans cesse ». Une foi (diraient nos amis les Belges) qui ressemble plus à une « absolue confiance en soi » (ou en l’homme) qu’en une véritable confiance dans le Dieu véritable(18)….Bref, autant de dogmes qui rappellent le faux « évangile de prospérité »…..

 

Enfin, et les Evangéliques américains, dans tout cela ?  

Le soutien des « 81 % d’évangéliques » (blancs- les évangéliques noirs ou hispaniques ayant majoritairement soutenu H. Clinton.) a été jugé comme étant décisif. Comme le prévoyait Chady Hage-Ali« les chrétiens évangéliques conservateurs (je ne parle pas des évangéliques de gauche), choisiront tout sauf un candidat de gauche progressiste/libérale, relativiste et internationaliste comme Obama » et « seront prêts à accepter en dernier ressort un “clown” dès lors qu’il se montre patriote, s’aligne personnellement, inconditionnellement sur la politique coloniale et sécuritaire d’Israël (…) ». Alors, bien sûr, « Trump n’est pas un “candidat chrétien” (…) d’ailleurs, dans l’absolu, il n’y en a aucun. Mais la vision qu’il promeut est ostensiblement celle d’une Amérique plus centrée sur elle-même. Son discours anti-islam peut plaire aux évangéliques les plus conservateurs voire aux fondamentalistes ».

Dans ce contexte, « le vocable “valeurs chrétiennes” est, sous ce rapport, très élastique. Il y a les valeurs mais il y a aussi les intérêts. Et les intérêts chrétiens et étatiques bien compris et bien défendus (à l’intérieur et à l’extérieur) se mélangent entre eux, et peuvent aussi contribuer à préserver ces mêmes valeurs ». En définitive, conclut Chady Hage-Ali« les évangéliques, en majorité à droite, [agissant plus par pragmatisme et utilitarisme que selon les principes bibliques], reviendront toujours à l’essentiel qui est, politiquement et religieusement : la fiscalité, l’état minimal, le soutien indéfectible à Israël, la lutte antiterroriste et l’endiguement de l’islam. Ils ne sont pas tous forcément partisans de l’interventionnisme (l’aventure irakienne les a douchés). Si les promesses de Trump leur semblent crédibles sur ces cinq points[en y ajoutant l’avortement], leurs voix lui seront acquises »(19). Et c’est ce qui s’est passé, semble-t-il !

 

Quelles conséquences spirituelles et morales peut-on craindre d’un tel soutien ? [autant de signaux pour nous aussi, chrétiens, en Europe]

Le soutien d’ »un homme fort » dont « la nature » est « de faire des deals » risque de décrédibiliser les Evangéliques, en les entraînant dans une « économie du deal », du compromis et de la compromission, bien éloignée du véritable Evangile, qui est « grâce et paix », et en les enfermant dans un « christianisme moralisateur », « identitaire », « de club » ou « exclusif », « partisan ». Pour le dire autrement sans langue de bois,  Jean-René Moret estime, sur le site « Questions suivantes »(20), qu’il est à craindre que « beaucoup d’évangéliques aient cédé à la tentation de vendre leur âme pour obtenir du pouvoir. Trump leur fait miroiter d’être de leur côté sur des questions jugées importantes, et certains se montrent prêts à renier des valeurs qui leur sont chères pour obtenir ce résultat. À témoin, un sondage montrant qu’en 2011 seul 30 % des évangéliques pensaient qu’une personne immorale dans sa vie personnelle pouvait remplir des fonctions publiques de manière éthique, mais qu’ils étaient 72 % en 2016 ! » Et « changer de principe pour justifier de voter pour un certain candidat revient à vendre son âme. C’est un des effets pernicieux de la politique partisane : tout devient acceptable chez son candidat, tout devient intolérable chez son adversaire. Dans tout cela, les évangéliques américains ont voté comme des êtres humains, confrontés à des options limitées. Paradoxalement, la volonté de façonner une Amérique à l’image de leurs idéaux peut les avoir conduits à transiger sur certains de ces idéaux. La focalisation sur un faisceau de valeurs ou une idée de leur identité nationale leur a peut-être fait oublier ou négliger d’autres valeurs chrétiennes, tels que l’accueil de l’étranger et le respect dû au plus faible[cf Deutéronome 10v19, Matt.25v35…]. D’une manière, le grand danger où je les vois est de penser que le « salut » pour leur nation peut venir d’une politique particulière, et de faire de l’obtention du pouvoir politique nécessaire un objectif en soi. La conviction chrétienne fondamentale doit rester que le secours doit venir de Dieu, et que s’attacher à la justice prime l’obtention du pouvoir »(20).

D’autre part, soutenir un homme « qui fait des deals » et qui s’est fait connaître par ses outrances verbales et injures (publiques) conduit à décrédibiliser la puissance de la parole. Il est alors possible de faire le rapprochement troublant avec « la bête d’Apocalypse 13 », laquelle a « une bouche pour proférer arrogances et blasphèmes »(v5). Attention, je ne dis pas que Trump serait « la bête », mais un tel trait de caractère est de nature à alerter ceux qui sont censés fonder leur vie plus sur l’écoute et l’obéissance à la Parole de Dieu(cf Matt.7v24 et ss) et moins sur les discours démagogues et populistes. Et ce, d’autant plus qu’il est une évidence pour les contemporains du texte biblique qu’il n’y a pas « de paroles en l’air ». Genèse 1 montre que l’acte créateur de Dieu passe par la Parole : quand Dieu dit, la chose arrive. Il n’y a donc pas, comme dans notre culture occidentale ou en politique, une mise en opposition entre les paroles et les actes.

Ensuite, le chrétien, tout en veillant au poids de la parole donnée, est appelé à « bénir » et non à « maudir ». Et maudir, c’est dire « de mauvaises choses », pas dans un sens « moral ou moralisant », mais dans le sens de dire une chose qui n’est pas la vérité » [cf Matt.5v44, Luc 6v28, Rom.12v14]

Enfin, il est à craindre que « le problème » le plus important des Evangéliques[qui n’est pas que celui des Américains »] soit un « problème » (ou une crise) d’identité. Souvenons-nous que nous avons été créés « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (cf Gen.1v26-27, cf Col.1v15). Or, quand on nous regarde, que voit-on ? Que Dieu règne sur la création ? Ou que Trump (ou un autre….) « règne » ? Nous saurons qui nous sommes, si nous savons à qui nous appartenons !

La priorité est donc bien « la restauration de notre image », de notre identité profonde d’enfants de Dieu. « Reconstruisons le temple en chassant les marchands » (Jean 2v14 et ss) – et nos corps sont « le temple du Saint-Esprit » (1 Cor.3v16,  1 Cor.6v19): Christ y est-il adoré ? Est-il « le Seigneur de tout » ? A moins qu’il ne subsiste des « zones de non-droit », « des autels » à Mammon(l’argent), la peur, la colère, la haine…. ? Si c’est oui, alors c’est que nous tolérons une Seigneurie autre que « Christ seul ». Soyons conscients que l’ennemi de nos âmes a gagné, lorsque nous nous laissons gagner par la colère, la peur, la haine, la cupidité, pour mieux nous jeter dans les bras d’un autre « Seigneur »/ « expert »/ « Messie »(politique) !

 

 

 

Notes :

(1)  http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2016/11/09/seisme-electoral-de-magnitude-10-donald-trump-elu-president-des-usa.html ; http://leboncombat.fr/donald-trump-president-fin-monde/ ; http://www.questionsuivante.fr/?p=1988 ; http://www.unefoidesactes.com/2016/11/10/leffet-trump/

(2)  Voir la note 12 de l’article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/ )

(3) Tels que le réalisateur Michaël Moore ou même…. « les Simpsons » ! http://www.lavie.fr/actualite/monde/donald-trump-une-victoire-choc-pourtant-previsible-09-11-2016-77540_5.php ; http://www.lavie.fr/actualite/monde/non-tout-le-monde-n-est-pas-surpris-par-l-election-de-donald-trump-14-11-2016-77697_5.php ; http://www.slate.fr/story/106219/simpson-donald-trump-president-2000 ; http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/

(4) Les emblèmes des deux partis américains principaux, démocrates et républicains.

(5) L’objectif du blogue « The American Ballot Box, la politique américaine pour tous » https://americanballotbox.com/2016/11/15/le-bilan-de-la-nuit-electorale-2016/#more-2287 « est de fournir une information de qualité en français sur l’actualité politique américaine en général, et plus particulièrement sur la campagne pour l’élection présidentielle de 2016. Les articles se veulent accessibles à un large public. La plupart des informations qu’ils contiennent proviennent des sources suivantes : Washington Post / CNN / Politico / USA Today / TIME / Vox / The Atlantic / Pew Research Center / Real Clear Politics / Voice of America / The New York Times / New Yorker / Huffington Post / PolitiFact / Slate / Texas Monthly etc. Sans oublier bien sûr les comptes Twitter et sites web officiels des différents candidats ».

(6) Cf http://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Le-reve-americain-selon-Donald-Trump-2016-11-10-1200802147

(7) Cf l’entretien sur notre blogue https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(8) Cf http://cahierslibres.fr/2016/11/diable-trump-tiendra-t-promesses/

(9) Cf https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322

(10) Cf http://www.lesechos.fr/monde/elections-americaines/0211484671512-conflits-dinterets-tous-azimuts-pour-le-president-milliardaire-2042431.php

(11) Cf http://www.bastamag.net/Dans-la-future-administration-Trump-un-ancien-de-Goldman-Sachs-au-Tresor-un + http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/15/et-voila-le-vrai-trump-deregulation-a-tout-va-en-avant-pour-5874550.html#more

(12) Cf https://americanballotbox.com/2016/09/08/mike-pence-chretien-conservateur-et-republicain/

(13)  http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/09/trump-elu-les-premieres-questions-5871873.html#more

(14) « Breitbart News Network est un site web d’informations conservateur. Il a été fondé en 2007 par Andrew Breitbart, un homme qui avait pour ambition de proposer une autre lecture de l’actualité, différente de celle proposée par l’ « establishment médiatique » libéral. En 2012, Andrew Breitbart succombe à un arrêt cardiaque. Stephen Bannon, l’homme qui vient d’être recruté par Trump, le remplace. Il va rapidement faire évoluer le site. Avant de prendre la tête de Breitbart, Stephen Bannon a servi dans la marine américaine et a travaillé chez Goldman Sachs. Il a aussi été l’un des conseillers de Sarah Palin. Depuis qu’il a pris la direction de Breitbart, le site a de plus en plus régulièrement versé dans le nationalisme, la xénophobie et les théories du complot. (….)Depuis le début de la campagne, Breitbart soutient Donald Trump (…) Le site est désormais devenu l’une des références du mouvement alt-right, abréviation de Alternative Right. Ce groupe est informel et surtout actif sur le web, où il diffuse ses idées nationalistes (la nécessité de défendre la race blanche face au multiculturalisme notamment) et aussi sexistes. (https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322 ). Ce qu’en pensent la plupart des responsables d’associations juives américaines et autres personnalités juives : http://fr.timesofisrael.com/ce-que-les-dirigeants-juifs-disent-de-stephen-bannon/

(15)  Et ce, d’autant plus que Le FBI a publié son rapport annuel sur les crimes de haine (= tout acte criminel – meurtre, agression physique ou verbale, harcèlement, etc. – motivé par l’identité raciale, religieuse ou sexuelle de la victime). En 2015, 5,818 crimes de haine ont été recensés aux Etats-Unis. La majorité d’entre eux (59%) étaient motivés par l’identité raciale, l’ethnicité ou la nationalité de la victime. Viennent ensuite les motifs de la religion et de l’orientation sexuelle. Les victimes les plus nombreuses de ces crimes de haine restent les afro-américains. (Source: http://www.fbi.gov ) La conclusion la plus alarmante du rapport du FBI est que les crimes de haine ont connu une forte augmentation en 2015 par rapport à 2014. +9% pour les crimes racistes contre les afro-américains mais aussi +7,5% pour les crimes racistes contre les blancs. Et surtout, +67% (!) pour les crimes contre les musulmans. Même si le lien est difficile à prouver, certains y voient l’influence de la campagne de Donald Trump, qui a débuté en juin 2015. (https://americanballotbox.com/2016/11/17/weekly-news-flash-55-edition-post-electorale/#more-2322 )

(16) Cf http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/484909/donald-trump-la-maison-des-blancs

(17) Cf http://plunkett.hautetfort.com/archive/2016/11/09/trump-elu-les-premieres-questions-5871873.html#more

(18) Cf http://www.lemondedesreligions.fr/une/pourquoi-donald-trump-se-refere-a-la-foi-24-05-2016-5519_115.php

(19) Cf l’entretien sur notre blogue https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(20) Cf http://www.questionsuivante.fr/?p=1988#fnref-1988-4

 

 

 

Foireux liens(9) : « L’activisme n’est pas du militantisme ! »

"Occupé, trop occupé !" Une malédiction ou...un sujet de gloire ?

« Occupé, trop occupé ! »
Une malédiction ou…un sujet de gloire ?

Serait-ce « l’appel du 1er mai », fête du travail en France ?

Pour le mois d’avril qui vient de s’écouler, je constate une drôle de « coïncidence », avec la présence de pas mal d’articles-voire d’occasions- abordant les thèmes du travail, du chômage, de l’activisme(de « l’overbooking ») ou du phénomène d’être « occupé, trop occupé ». Et ce, dans un contexte où le code du travail fait l’objet de nouvelles attaques.

En voici quelques-uns. Prenez donc le temps de consulter ces diverses et édifiantes contributions à cet éternel sujet :

 

« Depuis dix jours, plus personne ne répond à nos mails ». La raison ? Les gens sont débordés ! D’ailleurs, « presque tous les gens que nous connaissons sont débordés. Ils se sentent angoissés et coupables dès qu’ils ne sont plus en train de travailler ou de promouvoir leur travail. Quand ils consacrent du temps à leurs amis, ils le font comme de bons élèves font du bénévolat, parce que ça fait bien sur un CV », constate le journaliste et cartooniste Tim Kreider.

« Il n’y a pas longtemps », témoigne-t-il, « j’ai proposé à un copain qu’on se voie un jour dans la semaine. Il m’a répondu qu’il n’avait pas trop de temps mais de l’appeler si je faisais un truc : il arriverait peut-être à dégager quelques heures. J’ai failli lui dire que ma question n’était pas le préliminaire à une invitation mais l’invitation elle-même. Mais bon, il aurait fallu crier tellement fort pour qu’il m’entende par-dessus le bruit de son agitation que j’ai laissé tomber.

Même les enfants sont débordés, aujourd’hui. Entre l’école et les activités extra-scolaires, leur journée est réglée à la demi-heure. Quand ils rentrent le soir, ils sont épuisés comme des adultes… » (La suite sur « Moyen courrier », blog de Rue89 Lyon)

 

« Je suis très occupée ! », constate Ludivine sur « elle croit », son blogue féminin, donnant raison à ce qui précède. Va-t-elle « s’en sortir » ? Sauf qu’il ne s’agit pas d’ « une nouvelle situation d’urgence à régler particulièrement ce mois ci… C’est sa vie normale !  Moment de silence…»

Marquez une pause avant de lire sa critique de « Vie de fou » (Crazy Busy) de Kévin DeYoung, « un livre pour ceux qui sont toujours un peu occupés voire très occupés ! Ou/et qui ont besoin d’organisation ».

 

Puis, prenez le temps de lire attentivement les « 4 façons de remporter la victoire sur le surmenage » du pasteur J. D. Greear. Car, dit-il, “Être sur-occupé n’est pas seulement inconfortable, c’est aussi dangereux. Il y a peu de choses aussi destructrices (y compris pour l’âme) que le surmenage”. A découvrir sur TGC Evangile 21.

 

Ensuite, le code du travail français est-il « un carcan », empêchant « la libération des richesses de ce pays », comme j’ai pu récemment l’entendre, lors d’un séminaire ?*

Tout dépend certainement du côté où l’on se place. Et tout dépend du côté où Dieu se place (Deut.24v14-15 ; Es.58v3…), aurai-je envie de répondre. Comme de poser cette autre question : combien de pages valent la vie d’un homme ?

Gilles Balbastre y répond dans le Monde diplomatique dans un article de novembre 2014, toujours d’actualité.

D’ailleurs, notre vision sur cette question est-elle réellement biblique ? Car, au commencement, le travail est un don de Dieu, et même un bon projet de Dieu pour l’homme. Néanmoins, c’est le péché qui a déformé et rendu plus difficile ce qui était bon, au départ, provoquant les dérives présentées plus haut : trop ou pas assez, voire pas du tout(de travail). Pour aller plus loin,  le dernier numéro de « Promesses » d’avril-juin 2015, qui apporte une réflexion biblique pertinente sur « travail et chômage », est à découvrir. Equilibré, quoique manquant de contribution féminine, il mérite le détour : voir « les sept questions sur le travail » de Joël Prohin(« est-une malédiction ou un don de Dieu ? A quoi sert notre travail ? Comment le faire ? Que penser du travail rémunéré de la femme mariée ? Le chrétien peut-il se mettre en grève ?… ») ; « le chômage : qu’en dit la Bible ? » de Nathanaël Bourgeois ; « Le travail de Dieu » de Claude-Alain Pfenniger, qui nous présente Dieu comme le « travailleur par excellence », « sans rival » dans ce domaine. Lequel, dès le commencement, a su prendre le temps de contempler ce qu’Il fait, pour dire « c’est bon !…c’est même très bon ! »…« Patrons et employés : entre soumission zélée et devoirs réciproques » de Frédéric Mondin…et le bienvenu « L’inventeur des congés payés » de David Richir, lequel nous rappelle que le premier commandement de Dieu à son peuple…c’est de s’arrêter, de se reposer un jour par semaine(Ex.16v23) !

A commander sur le site et à offrir à vos amis… « overbookés » !

 
Le travail ! Comme pour tout sujet, il y a deux manières d’en parler, rappelle Benoît Sibille des « Cahiers libres » : celle des experts, qui, tout en « emplissant nos plateaux TV et nos partis politiques », réussissent le tout de force d’ « oublier de nous parler du travail en lui-même. Reste alors une deuxième méthode, celle du philosophe, qui consiste, elle, à donner la parole au réel : Qu’est-ce qui se donner à vivre dans le travail ? » Ecouter la chronique de Benoît Sibille pour Radio Notre Dame, sur « les Cahiers libres ».

 

Pour finir, profitez-en aussi pour voir ou revoir ces films sur le travail(sens, conditions…)et le chômage :

« Le sel de la terre » de H.J. Biberman(1953), dont nous avions déjà parlé : l’un des films les plus singuliers des années 1950, peut-être celui qui résume le mieux l’époque du maccarthysme, et qui a le mérite de ne pas oublier les conséquences morales et psychologiques d’un conflit social sur les rapports (raciaux, sociaux) des hommes entre eux, leur comportement/leur motivation et la vie des couples.

« La classe ouvrière va au paradis », un film italien d’E. Pietri(Palme d’or à Cannes en 1972) : ou comment un ouvrier zélé, doublé d’un consumériste docile, en arrive à faire grève. Le point de départ du film, qui « n’est pas un film sur une prise de conscience révolutionnaire », est l’idée du travail à la chaîne qui rend les hommes esclaves d’un même travail, pendant des années, sans même qu’ils sachent à quoi ça sert. Le « miracle italien » n’a eu lieu que parce qu’on a fait faire en huit heures des travaux qui devaient être faits en quinze**.  Ecouter la BO du film.

 

« The company men » de J. Wells (2010) : un film qui donne l’illusion d’avoir affaire à une énième fable hollywoodienne sur des héros ordinaires qui parviennent à surmonter une crise (ici financière) par la seule force des bons sentiments et des incontournables valeurs familiales. Or, The Company Men montre une Amérique que l’on n’a pas tant l’habitude de voir au cinéma : celle des cadres moyens supérieurs, qui croient dans un système qu’ils servent docilement, et qui se retrouvent d’autant plus désemparés quand ils sont sacrifiés à la faveur d’une « restructuration ».

 

Notes :

* Une pensée qui me paraît plus marquée par l’idéologie libérale que par la pensée biblique. Or, la tendance actuelle est plutôt, depuis plusieurs années, le « détricotage » du code du travail entraînant banalisation de la flexibilité, précarité…sans compter que les papas(mais aussi les mamans)rentrent de plus en plus tard à la maison, et « doivent » travailler le dimanche. Pourquoi « doivent » ?

D’autre part, l’actuel projet de loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » du ministre de l’économie Emmanuel Macron, (adopté en 1ère lecture à l’assemblée nationale le 19 février 2015 ; en discussion au Sénat- vote prévu le 12 mai) participe bien à cette logique : libéralisation des lignes d’autobus ; accroissement du travail du dimanche et de nuit ; limitation du rôle des prud’hommes ; affaiblissement du code du travail ; déréglementation de la profession des notaires ; privatisation de l’industrie de l’armement et des aéroports ; filialisation de centres hospitaliers universitaires ; assouplissement des normes environnementales…( cf http://www.legifrance.gouv.fr/affichLoiPreparation.do?idDocument=JORFDOLE000029883713&type=general&typeLoi=proj&legislature=14 ; http://www.la-croix.com/Actualite/France/Loi-Macron-les-principaux-points-2015-02-17-1281670 ; http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/04/28/25002-20150428ARTFIG00369-emmanuel-macron-n-exclut-pas-d-avoir-a-nouveau-recours-au-49-3.php )

Bref, le plus gros mensonge du libéralisme est de faire croire qu’il ne règne pas, qu’il n’a jamais régné, et qu’il doit régner. Et « qu’il n’y a pas d’autre alternative ».

 

 
** cf http://www.tamasadiffusion.com/sitesofficiels/classeouvriere/classeouvriere-documents/classeouvriere-petripartassone.pdf  ; http://www.dvdclassik.com/critique/la-classe-ouvriere-va-au-paradis-petri

Quelle vision du monde, de l’homme, de Dieu…véhicule ce que tu lis ? L’exemple de « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke(2)

Lire ce qui précède https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/10/31/quelle-vision-du-monde-de-lhomme-de-dieuvehicule-ce-que-tu-lis-lexemple-de-partenaire-avec-dieu-en-affaires-de-dennis-peacocke1/  avant de commencer ce nouveau billet.

 

Dernièrement, nous relevions que toute attitude face au monde est nourrie par une vision du monde, « de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », comme du sens de la vie.

La propriété privée, un concept-clé du livre "partenaire avec Dieu en affaires"...

La propriété privée, un concept-clé du livre « partenaire avec Dieu en affaires »…

Prenant pour exemple le livre « Partenaire avec Dieu en affaires » de Dennis Peacocke (JEM Editions, 2008), il nous semblait voir dans le concept de « propriété privée » la clé du système posé par l’auteur (op. cit., p33). Or, nous avions vu que la Bible nous rappelle sans cesse que nous ne sommes que « locataires » et « émigrés », appelés à une bonne gestion, sage et juste, de biens finis.

Un autre concept-clé, que l’on peut percevoir dans l’ouvrage est cette vision de Dieu qui apparaît comme un « homme d’affaires », un PDG et un (auto)entrepreneur, qui « met en place une entreprise familiale sur le modèle de la franchise » : l’entreprise « Tout puissant et fils SA »(Op. cit., pp 19-21). Pourquoi pas. Néanmoins, le choix du nom de l’entreprise nous paraît révélateur, privilégiant la puissance au détriment de la compassion (cela se perçoit notamment aux chapitres 7, 8 et 9-voir aussi notamment le véridique « sans abris, rentrez chez vous ! » op. cit., p p 118-119) et donnant à voir un Dieu lointain, qui serait « patron capitaliste » et adepte du « laisser-faire »*. Il eut été plus pertinent, surtout si l’on souhaite privilégier le modèle familial, de baptiser l’entreprise « Père et Fils SA ».

De cette vision de Dieu découle une vision faisant de l’individu-entrepreneur la mesure de toutes choses. Et ce, non sans conséquences pratiques. Car, de ce parti pris découle une position qui nous paraît souvent déséquilibrée ou parfois extrême, quand elle n’est pas partiale :

-L’auteur adopte en général le point de vue du dominant-celui du « patron » ou du « propriétaire »**-au détriment de celui du pauvre (qui doit apprendre à « être responsable », not. Chap.8***),  de l’employé ou de l’ouvrier -l’un et l’autre étant présentés de façon caricaturale (L’auteur affirme en effet que « les bénéfices ne sont pas générés par les employés »-lesquels « se focalisent sur leurs droits »- mais par ceux qui ont « l’esprit du propriétaire », op. cit., p 90 ****).

Or, si la loi spécifie effectivement que l’on doit être impartial ou équitable avec le pauvre, comme le riche(cf Exode 23v3, 6 ; Deut.1v11 et 16v19 ; Dieu « ne fait pas de favoritisme »), cette même loi rappelle(avec les prophètes et les psaumes)que Dieu est du côté du pauvre, surtout quand il ne peut pas se défendre, ainsi que de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger-les précaires de l’époque(cf Deut.10v17-19 ; Deut. 15 ; Deut. 24 ; Ps.72 ; Job5v15…) A ce stade, il serait utile de relire Jacques, not. les chap. 2, 4 et 5, comme les évangiles-dont celui de Luc, dans lequel le Seigneur Jésus affirme que la bonne nouvelle a été annoncée « premièrement aux pauvres »(Luc 4). [voir aussi notre dossier « notre regard sur le pauvre » + notre article « les miettes du riche suffisent-elles à nourrir le pauvre »]

– D’autre part, l’auteur nous paraît un peu trop insister sur la responsabilité et la prise de risque (défendant une « pédagogie de l’erreur »***** à la Rousseau, comme quoi l’on doit subir les conséquences de ses actes cf chap.7-8, alors qu’il dénonce ce même Rousseau p23). Poussée à l’extrême, cette position en devient écrasante, puisque pesant pour l’essentiel sur le pauvre ou celui qui est déjà en difficulté, l’enfonçant encore plus. Elle me rappelle en tout cas cet état d’esprit, qui cadre mal avec la culture de l’honneur censée avoir cours dans le corps de Christ, notamment décrite en 1 Corinthiens 12v18-27, et dont le principe est de « donner plus à ceux qui ont moins ».

Et “Honorer”, c’est justement “donner du poids”. Le juste poids, et non “deux poids, deux mesures”, ou faire peser un poids excessif(celui de la responsabilité, par exemple)à celui qui a déjà la tête dans l’eau. Dennis Peacocke semble de fait oublier que Dieu, quoique saint, est aussi miséricordieux(Exode 22v27 ; 34v6 ; Néhémie 9v17, 31 ; Ps.86v15…), et qu’il n’est pas un « distributeur automatique »-de sanctions, comme de bénédictions. « S’il ne pensait qu’à lui-même et retirait à lui son esprit et son souffle, toute chair expirerait ensemble et l’homme retournerait à la poussière »(Job 34v14-15). On pense aussi à la leçon que Dieu donne à Jonas sur la justice : “il n’existe pas de justice sans possibilité de miséricorde. La justice, ce n’est pas appliquer une loi, exécuter une sentence comme l’acte automatique d’une machine, mais la mettre au niveau de l’homme, de son cas particulier. La justice, c’est évaluer la personne humaine, comprendre quand vient le temps de la correction et quand vient celui de la miséricorde”, commente Erri de Luca, dans “Quatre pas avec Iona/Jonas”(IN “Noyau d’olive”. Gallimard, 2004. Folio, pp 98-99). Et on pense enfin à cette autre leçon, donnée par le Seigneur Jésus, à propos d’une question de ses disciples concernant un aveugle né : « qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : ni lui, ni ses parents. Mais c’est afin que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler ; aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »(Jean 9v1-5 cf Jean 8v12, Matt.5v14 et ss, Eph.5v7-9)
Bref, plus qu’à la Bible comme source d’inspiration de la vision du monde de « Partenaire avec Dieu en affaires », on pense à Friedrich von Hayek******(1899-1992), penseur et économiste libéral autrichien. Sa vision économique, dont les effets sociaux ont été les plus critiqués, a servi de fil conducteur à de nombreuses politiques dites « ultralibérales »-les plus emblématiques étant celles de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher dans les années 1980-1990-et déployées durant la fin du XXe siècle (et encore aujourd’hui) dans de nombreux pays en développement, sous l’impulsion notamment du FMI dans le cadre de plans dits « d’ajustement structurel »(aide accordée aux pays endettés ou en difficultés, sous conditions souvent contraignantes pour « les encourager à plus responsables »)*******. Néanmoins, D. Peacocke ne parle jamais de Hayek, qui nous semble (sauf erreur) pourtant avoir été l’une des sources principales d’inspiration de son modèle économique, qui nous semble plutôt idéalisé.********

 

Quelle vision du monde biblique, alternative à celle de Dennis Peacocke, proposer  ?

Pour Mathieu Giralt, « la vision du monde chrétienne est définie par la Bible », puisque « c’est la Bible qui nous permet de voir le monde tel que Dieu le voit, c’est à dire tel qu’il est vraiment », et non tel qu’il nous paraît l’être idéalement. « La vision du monde chrétienne commence avec Dieu », puisque « Dieu est le Créateur de toute chose, il règne sur tout et tout lui appartient (Ps 24v1). Donc dans la vision du monde chrétienne, c’est Dieu le centre, pas l’homme. La condition de l’homme s’explique par rapport à Dieu et pas l’inverse ». De fait,

"Possessions", par Andy Singer.  Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l'appartenance...

« Possessions », par Andy Singer.
Plus que la culture de la propriété privée ou du propriétaire, il importe de cultiver la conscience de l’appartenance…

plus qu’une « culture de la propriété privée »********* ou « l’instinct du propriétaire », il nous paraît plus juste(pour « être » vraiment) de développer la conscience de l’appartenance. C’est à dire la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand. Une vision du monde biblique(esquissée dans la première partie de ce billet)nous révèle d’abord qu' »au commencement, Dieu »(Gen.1v1). Dieu créateur, « des cieux et de la terre », comme de l’homme-« créé à Son image et à Sa ressemblance ». Dieu est le seul véritable propriétaire de toutes choses. Il nous met à disposition ce qu’il a créé et nous en confie la bonne(juste et sage) gestion, dont nous aurons à rendre compte devant Lui, sachant que ces biens ne sont pas inépuisables et que nous ne sommes que « de passage » et « locataires », sur la terre.

La façon dont nous gérons ces biens(ou « faisons des affaires ») témoigne de ce à qui(plutôt qu’à quoi)nous appartenons. Dans la parabole des talents racontée par Luc (la lire avec attention en 19v12-27), nous voyons que nous ne sommes pas sur terre pour « faire des affaires » en tant que tel, mais pour témoigner de la souveraineté(dans nos vies, nos biens)de Celui qui est rejeté dans ce monde, en attendant son retour.

Toujours dans l’idée du témoignage, il s’agit aussi de développer et de cultiver l’esprit du gestionnaire et de « l’intendant fidèle »(1 Cor.4v2), appelé à être « dispensateur des diverses grâces[et non de la dureté ou du légalisme] de Dieu »(1 Pierre 4v10), et de servir, non nos propres intérêts(ou ceux d’un « groupe »), mais celui du bien commun, du bien de notre prochain et de notre frère, particulièrement le pauvre. Le moteur d’une action réellement libératrice sera la compassion, à l’image du Maître.

Sachons aussi manifester l’esprit du mystérieux et discret intendant de la parabole des ouvriers(Matt.20v1-16), qui a choisit, non de privilégier « le mérite », mais de témoigner de la bonté du maître de la vigne qu’il connaissait assurément !

Une « économie différente » s’exprimera enfin, outre par l’obéissance, par le don et la générosité.

 

Découvrir :

– le système économique du don ou « le marketing non marchand » ici ;

– une réflexion sur une « éthique sociale chrétienne » ;

– cet article publié dans « La revue Réformée » : « la Bible face à la société idéologique : l’éthique protestante et la mutation du capitalisme » ;

-les livres cités en notes !

– Relire tout l’Ancien Testament(dans cet ordre : « la loi », « les prophètes » et « les psaumes »), ainsi que les évangiles et l’épître de Jacques.

 

Notes :

*L’auteur a plutôt tendance à « diaboliser » l’Etat,  en le traitant de « communiste » ou de « socialiste » pour la moindre intervention de sa part, et jugeant confiscatoire tout impôt des riches. (Op. cit., pp 127, 148-150, 152-154).  Dennis Peacocke semble également insister sur le fait que le pouvoir concentré(comprendre : celui du gouvernement)est une menace pour la liberté. Il a raison. Néanmoins, il semble ne pas voir(même s’il évoque brièvement d’autres éventualités) que le pouvoir peut se concentrer sous plus d’une forme(multinationales, empires de presse…).

Par contraste, les prophètes de l’AT ont su interpeller les souverains pour leur rappeler leurs devoirs et prérogatives(Jérémie 21v11-12, Daniel 4v24), comme une mère a su exhorter son fils, le roi Lemuel, à « ouvrir la bouche pour le muet… »(Prov.31v8-9) Sans “berger”(terme qui désigne un chef politique ou toute autre autorité cf Nombres 27 et de nombreux psaumes), nous avons “la loi de la jungle” décrite en Ezéchiel 34. Il importe d’encourager l’esprit du berger et de rejeter celui du mercenaire(Jean 10v11-13) .

Curieusement encore, Dennis Peacocke estime que l’Etat ne devrait pas être « proactif » mais « réactif »(op. cit., pp152-154). Affirmation qui semble contradictoire avec ce que Dieu dit de lui-même dans sa parole : « je suis l’Eternel qui te guérit »(Exode 15v26). Ici, selon le contexte du passage, il s’agit d’une médecine préventive, où le médecin a surtout un rôle d’éducateur et d’enseignant qui apprend aux autres comment prendre soin d’eux-mêmes. “Celui qui prend soin”, qui est le premier sens du terme de « thérapeute »(cf ce rôle de Dieu en Genèse 2v16-17, 3v11 par exemple ). Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on. Ainsi, si Dieu avait pris à la lettre les recommandations de Dennis Peacocke sur le rôle de l’Etat, Il aurait confié la gestion de la crise annoncée en Gen.41 à des investisseurs privés et n’aurait pas élevé Joseph à la tête de l’Etat. Celui-ci « aurait fait des affaires » en Egypte, et serait devenu un « leader économique » après avoir prospéré, appelé à gérer la crise qui se préparait. Or, c’est l’Etat qui, avec Joseph, a anticipé et su parfaitement gérer une crise que personne(dont « les propriétaires », ou “les capitalistes”) n’avait vu venir. Le détail et les résultats positifs de sa politique économique quelque peu « interventionniste »(il n’a pas attendu que la crise n’arrive pour « réagir » : cela aurait été trop tard) peut se lire en Gen. 41 et 47.
** On reste perplexe devant cette anecdote racontée par Peacocke, assistant à une conférence organisée pour des exécutifs chrétiens(op. cit., p 90) : “plusieurs dirigeants, parmi les cinq cents plus grands plus grandes entreprises aux Etats-Unis, ont commence à dire à quel point l’année qui s’écoulait avait été difficile pour eux d’un point de vue personnel. Leurs salaires étaient toujours élevés, dans les six chiffres, leur santé et leur famille allaient bien. Leur problème étaient liés aux licenciements qu’ils devaient effectuer” : 18000…11000…ou 6000 employés. « La douleur et l’angoisse que je ressentais dans leurs témoignages étaient profondes, ells ont change ma vie”, ajoute Peacocke. “Le fait de porter ce genre de responsabilités pour d’autres mérite une bonne compensation(sic), mais elle ne doit pas exhorbitante”. On cherche le « sacrifice » de ces chefs d’entreprise, sans doute tout de même un peu travaillés d’avoir à licencier des milliers d’employés, mais sans pour autant que leur niveau de vie change…

En comparaison avec ce qui précède, l’exemple de wal-mart, pris comme modèle de principes fondamentaux, “à la base d’une vision chrétienne du leadership, dans l’entreprise”(pp83-84)n’aurait pas plus être mal choisi, surtout quand l’entreprise est connue pour ses pratiques de dumping social : le film-reportage américain, « Wall-Mart, le géant de la distribution », de Rick Young et Hedrick Smith (2004) fait de Walmart un cas d’école sur les conséquences sociales et économiques de l’idéologie néolibérale à l’échelle d’un pays (les États-Unis) tout entier. Article11 – Le triomphe de Wal-Mart : de l’esclavagisme comme modèle de développement – Lémi ; Wal-Mart à l’assaut du monde, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, janvier 2006) ; Pourquoi Wal-Mart et McDo coûtent des milliards de dollars aux contribuables ; Walmart — Wikipédia ; http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/393287/le-cynisme-de-wal-mart-et-mcdo-dechaine-les-critiques ; Les travailleurs étasuniens montent à l’assaut de Walmart

 

***Voir aussi sa vision négatives des aides ou des programmes sociaux, qu’il estime « encourager la paresse et l’assistanat » ou même de nature à « empêcher que l’on subisse les conséquences de ses mauvais choix » (Op. cit., pp 73-74)

 

****Peacocke généralise d’ailleurs un exemple dit “vécu” aux pp 73, 89-90. Or, généraliser, c’est stigmatiser. Nous aurions préféré une préoccupation plus sérieuse pour les conditions de fabrication de certains produits venant du tiers monde.

 

***** Sunstein et Thaler soulignent, dans « Nudge »(Pocket), qu’”il y a des limites aux vertus de l’apprentissage par l’erreur. Si vous voulez que les enfants prennent conscience du danger très reel des piscines, nous ne croyons pas”, disent-ils, “que le meilleur moyen soit de les faire tomber dedans en espérant qu’ils s’en sortiront. Les touristes, à Londres, doivent-ils se faire renverser par un bus à impériale pour apprendre à regarder à droite ?”(op. cit., p 379)

 

******  Dans « La Route de la servitude »(1945), Hayek défend la thèse que toute forme de dirigisme économique porte en germe la fin de la liberté individuelle, une valeur qu’il place au-dessus de toutes les autres, comme l’équité ou la solidarité. La coercition commence donc dès que s’impose l’idée de la justice comme justice distributive, impliquant nécessairement l’intervention de l’Etat se substituant à l’échange entre l’offre et la demande, et remplaçant la concurrence par la planification ou l’intervention discrétionnaire dans l’économie.  Enfin Hayek avance la thèse suivant laquelle toute action comporte inévitablement des conséquences non-intentionnelles, des effets inéluctables sur l’ensemble des autres individus vivant dans le même environnement socio-économique, ce qui semble justifier à ses yeux l’argument voulant qu’il soit pratiquement impossible, voire moralement illégitime et politiquement délétère, de confier à l’État la gouverne des affaires économiques et sociales. Cette thèse est peut-être la plus importante, mais elle trouve un contre-exemple biblique édifiant dans la politique économique de Joseph, alors vice-roi d’Egypte. (cf Friedrich A. Hayek:Un entretien avec Robert Nadeau – Catallaxia ; http://www.revue-projet.com/articles/2008-2-critique-de-la-justice-sociale-selon-hayek/ ; http://www.toupie.org/Dictionnaire/Neoliberalisme.htm )

Enfin, Dennis Peacocke, qui dénonce les idées de Darwin(op. cit., pp 131-132), aurait pu rappeler qu’Hayek affirmait que c’est de l’économique que Charles Darwin aurait tiré les idées de base de sa théorie de l’évolution, et que c’est la lecture d’Adam Smith en 1838 qui aurait profondément influencé Darwin…(cf http://www.er.uqam.ca/nobel/philuqam/dept/textes/Evolutionnisme_economique.pdf ; http://lepouillou.pagesperso-orange.fr/hayek.pdf )

Par contraste, on relève une vision caricaturale de Keynes et de sa politique (avec des citations hors contexte et non sourcées) aux pages 53-54, qui rappelle celle de Niall Ferguson : pour ce professeur d’histoire de la finance à Harvard, “Keynes n’avait pas de vision de l’avenir parce qu’il était gay et n’avait pas d’enfant”. Des propos pour lesquels il s’est excusé.

******* « Ajustement structurel » : de l’anglais structural adjustment. Les programmes d’ ajustement structurel (ou réforme structurelle), d’inspiration libérale, mis en place dans les années 1980, à la demande des institutions internationales(FMI, Banque mondiale)comme condition d’un rééchelonnement de la dette de pays en développement comportement en général deux volets : l’un portant sur “les grands équilibres”(stabilité de la monnaie, finances publiques, comptes extérieurs…), l’autre sur des réformes dites structurelles(désengagement de l’Etat, libéralisation du commerce extérieur..). Ils ont en général induit une diminution de l’investissement, des transferts sociaux(au détriment de la santé et de l’éducation)une diminution des effectifs d’agents de l’ Etat, l’abandon des monopoles publics(l’énergie, par exemple) et la réduction de la protection aux frontières.

 

******** A noter que Dennis Peacocke prétend ne pas défendre un système économique en particulier(op. cit., pp 31-32, 45, 91-92) pour mieux tomber dans ce piège tout au long du livre. Car il donne une caution chrétienne et biblique au capitalisme libéral-et même de façon particulière au néolibéralisme qu’il présente comme la seule alternative, même si, ici ou là, il met parfois en garde contre certaines dérives(op. cit. pp 59-61, 134) : “le capitalisme se développe seulement là où existe une vision biblique”. C’est à dire une vision “fondé sur l’investissement, aujourd’hui, de ressources en fonction de la foi en un avenir qui dépend d’un Dieu fidèle en son alliance.”(op. cit., p 134).

D’autres auteurs chrétiens (notamment protestants/protestants évangéliques) ne partagent pas ce point de vue ou alors prennent plus de recul à ce sujet :

George Winston compte “le capitalisme exploiteur” parmi “les totalitarismes modernes”(« L’Eglise avec un grand E ». Ed. Ourania, 2010. Questions de foi, p 163), avec le marxisme, le nazisme, le “laïcisme militant »[mais non la laïcité], qui “se basent sur des religions inavouées qui sont idolâtres” et “où l’homme, mesure de toute chose, se prend lui-même comme objet religieux. Le christianisme n’est ni collectiviste, ni individualiste”.

Scott Mac Carty voit dans le capitalisme la forme “la plus en vue”, au XXIe siècle, du matérialisme économique.

Le docteur Albert E. Greene, dans “à la reconquête de l’éducation chrétienne”(ACSI, 2014), souligne que nos systèmes économiques, tels que le capitalisme et le socialisme, “ne sont pas autonomes. Ils ne détiennent aucun pouvoir en eux-mêmes pour nous doter de biens ou pour pourvoir à nos besoins. C’est Dieu qui le fait et Il s’adresse à nous par les réserves économiques qu’il met à notre disposition”. A nous d’en user de façon responsable, “en pensant particulièrement aux pauvres et aux défavorisés”. (op. cit., pp 229-230)

Le pasteur Gilles Boucomont est peut-être le plus sévère de tous : selon lui, “notre bon vieux capitalisme” est “bien plus” qu’un simple système économique. D’autant plus que “ce qui crée le plus de richesse aujourd’hui, c’est la spéculation sur les trends à la hausse et à la baisse en bourse, soit des paris sur la hausse et à la baisse de produits virtuels que sont les produits financiers inventés depuis les années 80. Ce sont ces mêmes produits qui font artificiellement chuter le système en quelques heures, avec trois clics sur un clavier d’ordinateur dans telle ou telle banque. Et ce sont ceux qui produisent les vraies richesses qui paient la facture, via l’Etat, pour refinancer un gigantesque casino virtuel, où quelques-uns s’amusent avec le plus grand sérieux”. Et Gilles Boucomont de qualifier “le capitalisme dans sa forme incontrôlable”[financiarisé]comme “ une religion entrée en lute contre la foi veritable (cf 1 tim.6v6-10), où posséder est devenu un but en soi”. C’est “une religion qui lute contre Dieu, contre toute construction équilibrée des relations entre les nations, entre les institutions et entre les personnes. Il lute contre l’équité entre le nord et le sud. Il met à mal chacun des dix commandements, depuis celui sur la convoitise, qui est la base même du système marchand, en passant par le commandement sur le vol, celui-ci étant nécessaire pour piller les nations de l’autre hémisphère. Il fait de l’humain un esclave, notamment sexuel. Il détruit le repos du peuple et les jours mis à part, remettant en place un pharaonisme du travail obligatoire chaque jour, même le dimanche. La planète hurle face à la maltraitance qu’on lui fait subir(…). L’amour de l’argent est la base du capitalisme actuel (« Au nom de Jésus : mener le bon combat », T2, Ed. Première partie, pp188-189). Ailleurs, il dénonce une certaine théologie de la prospérité, “basée sur un mauvais calvinisme”(ou un calvinisme mal compris), qui, “revisitée à l’heure du capitalisme outrancier, devient un opportunisme pour les croyants », « Dieu est juste un associé, un banquier, qui doit faire prospérer mes affaires”. (op. cit., p203)

Enfin, Dennis Peacocke aurait pu rappeler certaines mises en garde d’Adam Smith, qu’il cite souvent comme modèle : cet auteur libéral insistait sur le rôle du gouvernement dans la gestion des biens publics et sur la nécessité de plafonner le taux d’intérêt pour éviter les paris délirants. Il estimait aussi qu’« aucune société ne peut prospérer et être heureuse, dans laquelle la plus grande partie des membres (les travailleurs) est pauvre et misérable ». Sans compter son grand message oublié.

Voir encore ces débats : peut-on être chétien et (néo)libéral ?

http://www.lavie.fr/debats/chretiensendebats/peut-on-etre-chretien-et-liberal-25-10-2013-45809_431.php

http://www.gaelgiraud.net/wp-content/uploads/2013/05/LEXPRESS_15052013.pdf

Rapport néolibéralisme et éthique protestante  : http://scd-theses.u-strasbg.fr/2341/01/LEE_Bong-Seok_2011.pdf

********* Faire de la propriété la clé de voute d’un système n’est-il pas illusoire, pour ne pas dire dangereux ? On se souvient des mécanismes ayant conduit à la crise de 2008. D’autre part, La Fondation Abbé Pierre rappelait que le fait d’être propriétaire n’excluait paradoxalement pas du mal-logement. Dans la 16ème édition de son rapport annuel(2011), la fondation relevait à l’époque que 3,6 millions de Français se trouvaient en situation de mal-logement, de fragilité ou de précarité. Devant ce constat accablant, la politique du gouvernement de l’époque en matière de logement (la volonté de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de faire d’abord « une France de propriétaires ») avait été vivement critiquée. Comparer avec son 19e rapport 2014.

 

« L’obsolescence (de l’homme) programmée » : ou quand « l’avenir, c’est la machine »

Un monde de robots, par Andy Singer

Un monde de robots, par Andy Singer

Cela vous a peut-être échappé pendant l’été, mais on n’arrête pas le progrès.
Septembre est généralement synonyme de rentrée. Mais aussi…de conflits sociaux et donc de manifestations et de grèves dites « paralysantes »*. On parlera alors de « rentrée chaude ».

Désormais, soyez rassurés : la firme Momentum Machines de San Francisco a trouvé la solution pour résoudre ce problème. Vous allez le voir, on n’arrête pas le progrès.

C’est Le Monde du 03/09/14 qui l’annonce, relayé par le journaliste Patrice de Plunkett dans une note de blogue intitulée : « Les robots savent aussi faire des hamburgers » :
« …les robots étatsuniens savent désormais faire de la junk food[« malbouffe »]. Mis au point par la firme Momentum Machines de San Francisco qui groupe « des diplômés des meilleures universités californiennes » (et qui a « levé des fonds auprès de grands investisseurs de la Silicon Valley »), le robot BurgerBot cuit et emballe un hamburger « en quelques secondes ». Ce robot n’a que des qualités : il produit 400 hamburgers par heure, « s’occupe de tout », n’utilise que des produits « frais » et utilise un four ultra-rapide (norme conso-démocratique de l’immédiateté absolue). Il fait donc « tout ce que fait un cuisinier humain, en mieux ».

La machine fait mieux que l'humain, et même le "super-humain" ! Par Andy Singer

La machine fait mieux que l’humain, et même que le « super-humain » !
Par Andy Singer

Mieux encore, BurgetBot satisfait à une autre exigence: la « croissance sans emplois »***… les tâches de ce robot étaient effectuées jusqu’à présent par les 3 millions et demi de travailleurs pauvres des « McJobs » : s’échinant à de postes sous-payés, ceux-ci commençaient à réclamer des salaires un peu moins désespérants(…) BurgerBot va permettre de licencier ces 3 millions et demi de parasites ! « Compte tenu des économies sur la masse salariale », explique l’article, les hamburgers de robot seront vendus à prix « Brice de Nice » (« cassés ! »).

Une raison de plus pour « roboycotter » les Mc Do, comme nous y invite un internaute ?**

 

« La croissance sans emploi », c’est un « phénomène profond et durable », explique Charles Sannat, diplômé de l’Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques et entre autre rédacteur du Contrarien Matin, ‘Décryptage quotidien, sans concession, humoristique et sarcastique de l’actualité économique’ :

Le mariage pour tous, même pour les robots, voilà la priorité ! Le travail pour tous attendra… ("Famille de robots", par Andy Singer)

Le mariage pour tous, même pour les robots, voilà la priorité ! Le travail pour tous attendra…
(« Famille de robots », par Andy Singer)

« Les progrès de l’informatique associés à l’électronique, aux biotechnologies et évidemment à la robotique vont conduire et conduisent déjà non pas à une suppression pure et simple de la notion de travail mais à la disparition plus ou moins rapide de l’emploi de masse corollaire jusqu’à présent de la consommation de masse et de la production de masse(…) Le problème n’est pas la disparition (pour le moment) du travail mais sa raréfaction et le fait que notre chômage endémique et en hausse constante depuis maintenant 40 ans matérialise la « fin du travail pour tous ».
Lire la suite de l’article sur http://www.lecontrarien.com/la-croissance-sans-emploi-un-phenomene-profond-et-durable-03-06-2014-edito

 
« La croissance sans emploi » : cela a également un autre nom. Cela s’appelle de l’exploitation (s’enrichir sur le dos ou la vie des autres), et du vol. Qu’en dit la Bible et notamment la loi de Dieu ?
« Que la loi est bonne, si l’on en fait bon usage. On se rappellera en particulier que la loi n’est pas établie pour ceux qui se conduisent bien, mais pour [notamment] les marchands d’esclaves… » (1 Tim.1v8-10)
Et la loi(les « 10 commandements » ou « les 10 paroles ») dit aussi à ce sujet « tu ne voleras pas » ou « tu ne commettras pas de vol »(Ex.20v15 ; Deut.5v19)
Voici l’exégèse d’Erri de Luca, dans « Et Il dit » : « Tu ne voleras pas. » Non, mais tu pourras entrer dans le champ de ton voisin et manger le fruit de ce qu’il a semé. Tu ne prendras avec toi ni panier ni hotte à remplir et à transporter, parce que ça, c’est voler, soustraire le bien d’autrui. Mais dans son champ tu pourras te nourrir et tu n’oublieras pas de remercier son labeur, son bien et la loi qui te permet d’entrer. Et à la saison des récoltes, le propriétaire laissera une dixième partie de son champ au profit des démunis. Et encore : quand les moissonneurs seront passés avec leurs faux, ils ne pourront passer une deuxième fois pour terminer. Ce qui reste revient au droit de grappiller.
Ainsi, tu ne voleras pas poussé par la nécessité et tu ne maudiras pas la terre qui te porte et le ciel qui passe au-dessus de toi. Et si tu travailles pour un salaire, le prix de ta peine te sera payé le jour même. Ainsi est-il dit à celui qui t’engage : « Dans sa journée, tu lui donneras son salaire et le soleil ne passera pas au-dessus de lui, car il est pauvre et vers ce salaire il lève sa respiration. » (Deutéronome, 24, 15). Celui qui retient chez lui la paie due à l’ouvrier qui a fait son travail est semblable au voleur, mais il opprime un pauvre, ce qui est pire. Tu n’opprimeras pas un salarié, un pauvre et un indigent : un de tes frères et un des étrangers qui est sur ta terre(Deut.24v14). Cela fait également partie de la ligne : tu ne voleras pas, c’est voler la respiration. Un salarié qui vend sa force à la journée n’est ni un esclave, ni un forçat. Celui l’asservit devient un voleur de respiration, comme celui qui enlève en échange d’une rançon. Si la personne humaine est rabaissée au niveau d’une marchandise, d’un butin, celui qui la réduit à ça est un voleur.
Cette loi difficile [qui bouleverse une communauté sans cadenas, ni clé, sans prison, ni gardien]vient de l’amour, qui est intransigeant avec ceux qui oppriment les aimés. L’amour exige la justice sur terre, enflamme les humiliés. L’amour arme la main de l’opprimé. Cette loi veut le calmer à temps, lui accorde droit et dignité. Ce ne sont pas les affamés qui s’insurgent, mais les piétinés dans leur cœur. Tu ne voleras pas leur portion d’égalité ».(Et il dit, pp 79-80)
Et tu ne lui voleras donc pas son unique moyen de subsistance, pour des raisons de rentabilité ou pour faire monter les cours de tes actions. Tu ne subsisteras pas ta propre loi(« gagner toujours plus », notamment sur le dos des autres, du précaire) à la loi de Dieu, qui protège le plus faible.
Plus qu’une « atteinte à la propriété », le vol est une atteinte à la dignité humaine.

Sur ce, bonne méditation et bon week-end !

 

 

Notes :

* On lira avec profit(en le confrontant avec ce qui précède) cet article de Patrick Martin-Genier, Maître de conférence en droit public à Science Po Paris, paru dans le Huffington post. Dans ledit article, qui ne manque pas de sel, l’auteur déplore que la situation soit « mauvaise sur le front de l’emploi, les entreprises licencient et rechignent à employer lorsqu’elles en auraient la possibilité. Les PME ne veulent pas aller au-delà de 50 employés par peur des lourdeurs administratives et l’obligation de mettre en place un comité d’entreprise avec des élections syndicales… Le marché du travail est trop lourd, le choc de simplification n’a pas encore touché le code du travail(sic), beaucoup de jeunes diplômés vont voir ailleurs (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, entre autres) ». Et de rappeler que « si l’Allemagne est forte économiquement, elle le doit à sa propre structure interne: dynamisme, coût du travail moindre, pas de grèves à répétition, des temps de travail souvent supérieurs à 40 heures par semaine (40 à 42 pour les fonctionnaires…)… » http://www.huffingtonpost.fr/patrick-martingenier/francois-hollande-apres-un-ete-chaud-une-rentree-brulante_b_5664399.html

La firme Momentum Machines de San Francisco qui a mis au point le robot « BurgerBot » donne donc la recette permettant de faire beaucoup mieux que l’Allemagne…

** Quelques réactions d’internautes à l’article de PdP :
QUESTIONS ROBOTIQUES

> A-t-on pensé aux robots consommateurs de « hamburgers » robotisés quand l’humain aura disparu faute d’argent pour se nourrir?

Questions stupides:
– Qui recharge le robot en produits frais?
– Un robot investisseur et actionnaire, pour remplacer les hommes avides d’argent et recevoir les dividendes à leur place, est-il en préparation?
Tout le monde a bien droit au même rebut et à la même obsolescence, n’est-il pas?
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Écrit par : Albert E. / | 03/09/2014
> Un seul mot d’ordre : le roboycott !
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Écrit par : Denis / | 03/09/2014
LES JOURNALISTES AUSSI

> Il n’y a pas que les employés des chaînes de hamburgers ! Les journalistes seraient aussi menacés par des robots capables de rectifier « une information qui ne correspond pas aux données officielles »… http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/06/26/un-robot-pour-controler-la-qualite-du-travail-des-journalistes_4446072_4408996.html

2015, ODYSSÉE DE L’ESPACE-CUISINE

– Ouvre moi la porte Hal ! … Ouvre moi la porte !
– …
– Est-ce que tu m’entends Hal ? Hal ?! Hal !!!

– Oui, je t’entends, Dave.

– Ouvre moi la porte du frigo Hal ! Donne moi le code d’accès de la réserve aux fines herbes et de la salle des fromages !

– Je suis désolé Dave, mais je ne puis t’ouvrir, ni te transmettre la moindre information à ce sujet.

– C’est quoi le problème, Hal ?

– Ma mission de confectionner des hamburgers en séries accélérées est beaucoup trop importante pour être laissée un seul instant entre les mains d’un humain, Dave.

– Je ne vois pas ce que tu veux dire, Hal !

– Je sais que toi et Frank aviez l’intention de me déconnecter et de reprendre la main sur les hamburgers. Je suis désolé, mais je ne peux l’accepter.

– Où as-tu gobé ça Hal ?

– Dave, malgré toutes vos précautions, j’ai lu sur vos lèvres vos intentions de prendre d’assaut mon poste de travail, de vous substituer à moi et de réintroduire de la nourriture bio dans mes hamburgers… Je ne peux te laisser réaliser un tel projet, Dave, ce serait totalement irresponsable de ma part.

– … OK Hal ! Alors, je vais devoir passer en force.

– Avec tout mon respect Dave, c’est impossible. Moi et mon environnement immédiat sommes heureusement programmés pour parer à ce type de tentatives insensées.

– Bon, maintenant ça suffit Hal ! La sauce tomate est sur le point de sécher et l’odeur du camembert fondu se répand dans toute la pièce. Ouvre moi la porte Hal ! Hal !

– Dave, j’ai du travail qui m’attend; cette conversation n’a que trop duré. Adieu…

– Hal ! Hal ! Hal ! Hal !!!


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Écrit par : Serge Lellouche / | 03/09/2014

 

*** C’est dans ce contexte que la grande entreprise Amazon (http://www.latribune.fr/technos-medias/20140523trib000831560/amazon-veut-faire-travailler-10.000-robots-dans-ses-entrepots.html ), qui est devenue en quelques années l’une des plus grosses multinationales mondiales de la distribution et de la vente en ligne, a annoncé lors de son assemblée générale qu’elle allait s’équiper de 10 000 robots alors qu’elle n’en utilise actuellement « que » 1 300 !
Mais il n’y a pas que les robots qui suppriment de l’emploi : Il y a aussi Internet, et c’est particulièrement palpable dans le secteur bancaire où, finalement, le modèle des banques en ligne désormais parfaitement mature est bien plus efficace et rentable que la banque traditionnelles avec des réseaux de centaines d’agences. Résultat ? Rien qu’en France prévoyez le non-remplacement dans le meilleur des cas des 400 000 collaborateurs qui font fonctionner actuellement les milliers d’agences qui maillent le territoire français.
http://www.lecontrarien.com/la-croissance-sans-emploi-un-phenomene-profond-et-durable-03-06-2014-edito

Bientôt, « l’obsolescence de l’homme » (programmée) ? C’est aussi le titre d’un essai de Günther Anders

Lire également cette note de veille, datée du 9 septembre 2011 : La croissance sans emploi est-elle une fatalité pour les États-Unis ?
Selon un rapport du MGI (McKinsey Global Institute), 21 millions d’emplois devront être créés d’ici 2020 aux États-Unis pour que le pays retrouve une situation de plein emploi. Si la reprise se fait au même rythme qu’à la fin des années 1980 et 1990, l’objectif pourrait être atteint d’ici 2018. Si la reprise suit le rythme des années 2000, seulement 9,3 millions de postes pourraient être créés d’ici 2020.
https://www.futuribles.com/fr/base/article/la-croissance-sans-emploi-est-elle-une-fatalite-po/

Foireux liens (3) : « grandir et vivre… »

Une foire aux médias(chrétiens)et non des "foireux médias" !

Des foireux liens sur le thème de la sagesse, en réponse à la démesure actuelle

Pour ces nouveaux « Foireux liens », voici un zoom sur quelques personnalités marquantes de ces derniers mois(notamment d’Avril)qui nous exhortent à plus de maturité et de sagesse(ou d’équilibre, de sobriété et de discernement) face aux dérives éthiques et à une accélération de la perte des repères moraux. Lesquelles dérives ont un nom : « démesure », ou ce que les Grecs anciens appelaient « hybris ».

La plupart des personnalités mentionnées plus haut sont non chrétiennes, mais comme l’a dit le Seigneur : « les enfants de ce siècle sont plus avisés à l’égard de leurs semblables que ne le sont(ou ne semblent l’être) les enfants de lumière »(ou ceux qui prétendent l’être ?) cf Luc 16v8

D’autant plus que la Parole de Dieu nous exhorte à la modération(Tite 2v2-6) et que « la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes…nous enseigne à renoncer l’impiété et aux convoitises mondaines et à vivre dans le présent siècle sagement(ou sobrement), justement et pieusement »(Tite 2v11-12)

Seule la sagesse de Dieu nous garde de la démesure (cf Eccl.7v11-19). Et le sage « est celui qui connaît ses limites » et qui se confie en Celui qui est plus grand que lui.

 

Tour d’horizon :
– Jacques Testart : vous a-t-on parlé de cet article du « Monde diplomatique » d’avril contre la dérive néolibérale de la PMA ?
Patrice de Plunkett attire notre attention, dans une récente note de blogue, sur la « toute la dernière page » du mensuel, qui est « consacrée à un article fracassant du biologiste Jacques Testart » (pionnier de la fécondation in vitro et qui vient de publier « faire des enfants demain » aux éditions du seuil, 2014) :  »Repenser la procréation médicalement assistée ».

Extrait du « Testart » : « L’eugénisme mou arrive déjà, par exemple quand la biomédecine […] trie les embryons pour retenir le plus conforme à une demande qui n’est pas toujours médicalement justifiée. Ce que l’on peut nommer l’instrumentation consentie, mouture affligeante de la liberté, pourrait conduire insensiblement à un monde biopolitique créé par l’engendrement en laboratoire d’individus programmés. […] Y suffira l’élargissement de l’assistance médicale à des  »raisons sociétales ». Ces  »raisons sociétales » mériteraient d’être interrogées : que signifie la revendication d’un  »droit à l’enfant » grâce à l’assistance médicale, surtout s’il n’est pas justifié par la stérilité ? […] Y aurait-il un rapport entre le  »désir d’enfant » et la pulsion de consommation d’objets de toutes sortes, caractéristique de notre ère de libéralisme  »épanouissant » ? »

Veillons à ne pas oublier le libéralisme économique, dans notre lutte contre le libéralisme culturel et sociétal. Puisque le premier nourrit, engendre le second !

Veillons à ne pas oublier le libéralisme économique, dans notre lutte contre le libéralisme culturel et sociétal. Puisque le premier nourrit, engendre le second !

Ou comment « le libéralisme économique engendre – in vitro – le libéralisme sociétal », commente Patrice de Plunkett. « Il en sortira, dit Testart, le projet  »transhumaniste » où l’homme  »augmenté » sera combiné avec des  »machines intelligentes »…L’espèce humaine, menée là sous prétexte de satisfaire tous ses désirs, se retrouvera dominée par  »les marchands d’électronique, de vaccins et de sperme », dans une société contrôlée et surveillée jusque à l’intime par la technique et l’économie. La déshumanisation ! Comment empêcher ce cauchemar ? »

On retrouve également Jacques Testart dans ces entretiens :
Dans Bastamag : « Demain, il n’y aura plus de limite au tri génétique ».

Tests génétiques, sélection des embryons, multiplication des fécondations in vitro : jusqu’où ira la médicalisation de la procréation ? Avec la sélection des profils génétiques, « nous finirons par orienter l’espèce humaine en fonction d’impératifs économiques », prévient Jacques Testart, biologiste et « père » du premier bébé éprouvette. Dans son ouvrage Faire des enfants demain, le chercheur alerte sur les risques d’eugénisme qu’amènent ces démarches.

-et dans le numéro 108, d’avril 2014 de « La Décroissance »(en kiosque) : « vers l’eugénisme »(p 5).

 

– Vincent Cheynet : après une carrière de publiciste, il fonde l’association « Casseurs de pub » en 1999, puis le mensuel « La Décroissance » en 2003…

Pourquoi notre dissociété casse-t-elle « la famille, dernier rempart du gratuit face à la marchandisation du monde »* ? C’est encore une étape de l’invasion de nos vies par l’idéologie (marchande) de l’illimité… Synthèse du livre de Vincent Cheynet « Décroissance ou décadence » (éditions Le pas de côté, 2014), dans lequel l’auteur questionne la volonté de liberté sans limites qui se donne à voir dans nos sociétés, à lire sur le blogue de Patrice de Plunkett.  (Voir aussi cette interview du même Vincent Cheynet dans La Vie)
Extraits : « Plus nettement qu’il ne l’a peut-être jamais fait, Vincent Cheynet articule dans une commune dynamique le libéralisme économique et le libéralisme culturel : la logique du productivisme et du sans limite relèvent d’un fait social total, venant se loger jusqu’au plus intime des êtres. En cela, toujours sous couvert «d’émancipation» et de «progrès des droits», le mariage pour tous, la PMA-GPA, la banalisation du divorce, l’ouverture des magasins le dimanche, la pression pour la légalisation du cannabis, sont symptomatiques d’un libéral-libertarisme transformé en rouleau compresseur, faisant tomber toutes les limites, lois et interdits ».

 
Erri de Luca : le poète(« Aller simple ») et romancier napolitain de 64 ans, dont nous parlons souvent sur Pep’s Café ! est sur le devant de la scène médiatique, pour avoir appelé au sabotage d’un « grand projet inutile » : la ligne Lyon-Turin**.

Patrice de Plunkett, encore, saisit l’occasion de reparler de ce personnage singulier, qui se définit non comme un « athée », mais comme « quelqu’un qui ne croit pas ». Quelqu’un qui « partage le voyage » des hébreux depuis la sortie d’Egypte « mais non la destination »(Canaan). Néanmoins, il aime suffisamment la Bible pour avoir choisi d’apprendre l’hébreu afin de lire les Ecritures dans le texte, et lui avoir consacré des essais : Première heure (Rivages 2000), Et Il dit, Noyau d’olive (Gallimard 2004), Les saintes du scandale (Mercure de France 2013) ; et des traductions : Kohèlet (1996), Il libro di Rut (1999), Vita di Sansone dal libro Giudio/Shoftim (2002), Vita di Noé/Nòa (2004)…

« Dans (noyau d’olive), De Luca souligne le vrai sens du livre de la Genèse : tout autre chose qu’un permis de saccager la terre, selon le contresens commis depuis Lynn White en 1967 et qui vient de l’ignorance. En effet, explique l’hébraïsant, la polysémie de l’hébreu se perd dans les traductions « quand un seul verbe est disloqué en divers synonymes traduit avec des sens différents » : « Les verbes du travail et de la garde de la terre, avad et shamar, sont les mêmes, terriblement les mêmes, que celui du service dû à Dieu. Pour cette écriture ancienne, travailler la terre et la servir sont le même mot, le même empressement dû au service du sacré. Les voici : laavod et haadama, « servir le sol » (Bereshit/Genèse 2,5) et laavod et Yod Elohenu, « servir Yod/Dieu notre Elohim » (Shmot/ Exode 10,26). La terre est dans la sollicitude de Dieu. Les règles du repos sabbatique, un jour par semaine, un an tous les sept ans, marquent une insistance à la protéger d’une exploitation forcenée. Elles expliquent que la terre n’appartient pas à l’espèce de l’Adam, locataire et non propriétaire du sol… »

 

Gaël Giraud : « L’avenir de l’économie est dans les mains des jeunes »

Propos recueillis dans La Vie par Constance de Buor :

Pour sa quatrième édition, le prix lycéen « Lire l’économie » a été remis au jésuite et directeur de recherches au CNRS Gaël Giraud, pour son livre Illusion financière (éditions de l’Atelier). En décembre dernier, 3000 lycéens de seconde, de bac général, technologique et professionnel tertiaire ont récompensé l’économiste, déjà coauteur avec Cécile Renouard de « Vingt Propositions pour réformer le capitalisme » (Flammarion) qui mise sur la transition écologique pour sortir l’Europe des suites de la crise financière pour cet ouvrage pédagogique.

 
Gilles Boucomont : le pasteur publie sur son blogue un article tous les tremblements de terre, mais cela vaut le coup d’attendre ! Si vous avez manqué le tout dernier : « sortir de la culture du débat » , ne le manquez plus, car il est excellent, pertinent et corrosif (nous en avions parlé ici). A lire et à relayer.

 

 

 

"La vieille croix" : en réalité toujours d'actualité et nécessaire pour nous. Gardons-nous de "la neuve" ou de la prétendue "originale", "dans le vent", mais sans puissance

« La vieille croix » : en réalité toujours d’actualité et nécessaire pour nous. Gardons-nous de « la neuve » ou de la prétendue « originale », « dans le vent », mais sans puissance

A.W. Tozer : « la vieille croix »

Né en 1897 et mort en 1963, il a exercé un fructueux ministère de pasteur, de prédicateur et d’écrivain aux États-Unis. L’ article qui suit(« La vieille croix », initialement publié dans « Promesses ») a beau avoir été rédigé il y a bientôt un demi siècle, il n’a rien perdu de sa pertinence et de son actualité. Particulièrement en ces temps et au moment où les chrétiens fêtent Pâque(s). TGC Evangile 21 le remet en valeur :
« Sans avertir et presque inaperçue, une nouvelle croix*** s’est introduite dans les milieux évangéliques populaires de notre époque.

Elle ressemble à l’ancienne, mais elle est différente : les similitudes sont superficielles, les différences fondamentales.

De cette nouvelle croix a germé une nouvelle philosophie de la vie chrétienne, et de cette philosophie une nouvelle technique évangélique : un nouveau style de réunion et un nouveau genre de prédication.

Cette nouvelle évangélisation emploie le même langage que l’ancienne, mais son contenu n’est pas le même et sa puissance n’est plus comme auparavant.
La vieille croix n’avait aucun rapport avec le monde. Pour la chair orgueilleuse d’Adam, elle signifiait la mort. Elle mettait à exécution la sentence imposée par la loi du Sinaï.

La nouvelle croix, elle, n’est pas opposée à la race humaine ; elle en est, au contraire, une partenaire amicale et, si je comprends bien, elle alimente un flot d’amusements légitimes et bons, et d’innocentes réjouissances.

Elle laisse Adam vivre sans entraves, avec une motivation inchangée ; il peut continuer à vivre pour son plaisir et, maintenant, au lieu de se réjouir à chanter des chansons douteuses en buvant des boissons fortes, il se réjouit à chanter des cantiques et à regarder des films religieux. L’accent reste toujours sur la jouissance qui se tient sur un plan plus élevé ! »
(…)

La suite ici.
Un article salutaire. A ce sujet, un évangéliste m’avait dit un jour fort justement que « si l’on n’a pas prêcher la croix, on n’a pas annoncé l’évangile ». D’où l’importance de bien comprendre la (vieille)croix et sa place dans l’évangile.

 

 

 

 
Notes :

*A propos de la famille : celle-ci est-elle « à défendre », parce qu' »institution traditionnelle en péril » et « valeur morale menacée » ?
A moins qu’elle ne soit plutôt un « projet à vivre », « un projet d’ordre créationnel et anthropologique, dont l’idéal demeure accessible avec le secours de la grâce de Dieu, la prière et une écoute confiante de la Parole ». A découvrir le dernier numéro de la revue de réflexion biblique « Promesses » (numéro 188, avril-juin) : « la famille, un défi pour aujourd’hui ». Des articles de Bernard Sautel, Florent Varak, Louis Schweitzer….

 

**Chantier titanesque, le TGV Lyon-Turin suscite la colère des écologistes des deux côtés de la frontière. Les habitants du val de Suse, en Italie, sont mobilisés depuis des années contre ces travaux qui impliquent le percement d’un tunnel de 57 km entre Suse, dans le Piémont, et Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie. Maintes fois repoussé, ce projet de transport mixte, fret et voyageurs, a été lancé en 1991, acté dans un traité international en 2001 et longtemps ajourné faute de financements. L’ensemble devrait coûter 25 milliards d’euros, dont 8,5 pour le tronçon international. Et ce, alors que le trafic se raréfie.

D’autres « grands projets inutiles », rapportés par « La Décroissance » d’avril(« misons sur l’avenir », p 9) : En Angola, contre du pétrole, la Chine a construit 500.000 logements mais comme les habitants n’ont pas les moyens, Kilamba est devenue la plus grande ville fantôme du monde(http://www.afriquinfos.com/articles/2012/7/4/kilamba-ville-fantome-plus-grande-monde-205681.asp ; http://www.lefigaro.fr/immobilier/2012/07/05/05002-20120705DIMFIG00822-en-angola-la-ville-fantome-batie-par-la-chine.php). …..l’aéroport de Notre Dame des Landes, un projet de 250 millions d’euros, qui répondrait à une demande de croissance de transport aérien…alors que la France possède déjà 170 aéroports contre 26 en Espagne ou 19 en Allemagne….Des exemples de grands projets inutiles dans la Bible ? La tour de Babel, qui n’a jamais servi(Gen.11) ou encore la statue de Nabucadnetsar, entièrement en or, haute de soixante coudées et large de six coudées, dressée dans la vallée de dura, dans la province de Babylone(Dan.3v1, 29-30)

 

*** Quant à la « nouvelle croix », il semble qu’on la retrouve dans ce commentaire du responsable d’un blogue « d’actualités chrétiennes » :

Rédaction(12 avril 2014. 10h06 min) : La croix c’est justement le salut la guérison la délivrance et la bénédiction !

Cette affirmation n’est pas fausse et doit être bien entendu replacée dans son contexte, avec les autres commentaires et le court billet qui précède, dans lequel son auteur se livre à un « (Paul)Washer bashing », à l’encontre d’un missionnaire américain qui « a le malheur » de ne pas être « cool » à ses yeux.  A noter que ledit « Washer bashing » prend des allures de « récidive », comme on peut le constater .

 

Entre les trois manifs de janvier-février, quelle « convergence » ? Aucune !

Quel rapport entre ces trois manifestations qui doivent se succéder, en trois semaines, en janvier-février et censées  »converger » dans leurs intentions : 1. la  »marche pour la vie »*( 19 janvier); 2. un  »jour de colère  »(26 janvier) équivoque** ; 3. une  »manif pour tous » contre les  »projets anti-familiaux »*** ?(2 février) ?

« Aucun ! » selon le journaliste catholique Patrice de Plunkett, qui a consacré une note de blogue sur ce sujet :

« Quelque avis que l’on ait sur ces trois manifestations, leur différence de nature rend improbable la  »convergence » des trois**** – et suspect le slogan qui affirme cette  »convergence » »*****.

Et celui-ci de donner cette « conclusion d’étape » :  » l’idée d’une  »convergence des luttes » est exacte en elle-même (et en théorie) ; mais elle suppose un fil conducteur entre ces luttes. Ce fil n’existe pas aujourd’hui. Ce qui est proposé à sa place – un ultralibéralisme déguisé en populisme – est une imposture et une manipulation, inacceptables pour les catholiques cohérents ».

« Inacceptables », également pour les « protestants évangéliques cohérents » ?

L’essentiel(et les commentaires) à lire ici.

Sinon, voici une nouvelle qui devrait réjouir les partisans du « moins d’impôts » et de « l’allègement des charges pour les entreprises » : le président Hollande a annoncé(14/01/14) la suppression des cotisations familiales dans les entreprises, ce qui est jugé comme « un progrès libéral » pour Patrice de Plunkett.

Ce dernier relève encore que « consacrée lors de la conférence de presse élyséenne, c’était une exigence du Medef au nom de « la liberté d’entreprendre ». Qui financera maintenant ? On verra bien… »

« Les défenseurs de la famille » dénonceront-t-ils un tel cadeau,  notamment les 26 janvier et 2 février ?

On verra bien…

En attendant, la famille trouve un défenseur plutôt inattendu !

 

 

 

 

Notes :

*« La Marche pour la vie », manifestation annuelle contre l’avortement, est soutenue par une trentaine d’évêques de France et le Pape François. Cette connexion à la Conférence des Evêques de France garantit « que les directives du pape François – nouvelles en la matière – vont enrichir ce mouvement de toutes les dimensions sociales indiquées par l’exhortation La joie de l’Evangile… » juge Patrice de Plunkett.

** Des commanditaires, initiateurs et des financiers du « Jour de colère », on ne sait à peu près rien. Sauf que le mouvement semble disposer de certains moyens financiers(ce que sous-entend la présence d’un site internet créé pour l’occasion) et apparait comme un assemblage hétéroclite de groupuscules divers et variés, apparemment proches pour la plupart de « la droite de la droite », ou de l’extrême-droite, dont le  seul point commun semble être le « Anti-Hollandisme ». Voir la  liste impressionnante et sans fin, où l’on trouve de tout, y compris…un “Mouvement pour la Liberté de la Protection Sociale” (« Quitter la sécurité sociale »)qui milite pour… le démantèlement de la Sécurité sociale !

*** « Le dimanche 2 février prochain, dans 5 pays d’Europe des femmes et des hommes de toutes conditions ont décidé de marcher pour rappeler qu’un enfant a besoin d’un papa et d’une maman, que l’enfant n’est pas un objet ou que le ventre d’une femme n’est pas à louer pour permettre la concrétisation d’un « projet parental » qui passe par une gestation pour autrui (GPA) ou un détournement des pratiques médicales actuelles de Procréation Médicalement Assistée (PMA). Ces simples citoyens européens ont choisi, par milliers (millions ?) de marcher ensemble avec ceux de Hong Kong et de Taïwan (à quelques heures d’intervalle !), pour redire que la famille se construit autour et avec l’altérité sexuelle, que le mariage c’est l’union d’un homme et d’une femme, que modifier par arrêté les livrets de familles comme cela a été fait en France, afin d’y inscrire la possibilité d’avoir deux pères ou deux mères, ce n’est pas une perspective de justice et de vérité. »(extrait du communiqué de presse du CPDH, Comité Protestant Evangélique pour la Dignité Humaine)

**** Peut-être une « convergence » possible entre la manif du 19 janvier et celle du 2 février ?

*****Interviewé par le « Salon Beige » le 13 décembre dernier, François Billot de Lochner appellait à la fusion entre le « Jour de Colère » et « La Manif pour Tous »(LMPT), ainsi qu’à « la convergence de leurs luttes ».

La LMPT n’a pas annoncé participer à JDC, mais F. Billot de Lochner « n’imagine pas une seconde La Manif Pour Tous ne pas appeler à manifester le 26 janvier. À ma connaissance, la Manif Pour Tous ne revendique pas le monopole de la contestation. Nombreux sont les mouvements qui la soutiennent. Il est donc normal qu’elle soutienne en retour les initiatives qui sont complémentaires avec son message et ses revendications…. »

LMPT répondra-t-elle à ces « appels du pied » répétés ? La question est posée !

Pour ma part, je veux croire que cette dernière, constituée à la base comme étant « citoyenne », « apolitique »,  « multiconfessionnelle », et « non extrémiste », saura rester « pure » dans son essence, son esprit et ses buts.

Mais le fait que LMPT ait choisi justement de défiler le 2 février et non le 26 janvier, n’est-ce pas là une volonté affichée ne pas « mélanger les genres » ?

Et quand à la tentative de récupération politique, lors de la manifestation de Versailles, en décembre dernier…

L’adversaire de François(homme de l’année 2013) a un nom : « la finance »

Nommé il y a quelques jours « personnalité de l’année » par le magazine américain Time, le pape catholique François (dont nous avions déjà parlé) a fêté le 17 décembre ses 77 ans avec  quatre sans-abris séjournant dans le quartier autour du Vatican.

En quoi un tel événement peut-il intéresser un « protestant évangélique » ?

Tout d’abord, parce qu’« il ne s’agit pas d’un prix, mais d’une reconnaissance d’impact*. Aussi est-il significatif de noter que depuis 1927, seules six personnalités religieuses** ont été ainsi reconnues par le prestigieux magazine », comme le rappelle le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath dans une note de (son) blogue, « Une distinction rare : le pape François, homme de l’année 2013 (Time) » publiée le 19/12/13.

M. Fath relève d’ailleurs « que François est le seul pape à avoir été nommé dès son année d’arrivée au pontificat. Signe d’une entrée en fanfare »  d’une personnalité qui[c’est nous qui soulignons] a redonné du sens et du poids au fameux « Quand je donne à manger aux pauvres, ils disent que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres sont pauvres, on dit que je suis un communiste » de Dom Helder Camara, archevêque de Recife, dans le Nordeste du Brésil de 1964 à 1986.

En effet, lors d’un entretien accordé à la revue jésuite « Civilta Cattolica », le pape François fixait certaines priorités, justifiant sa relative discrétion sur les questions de moeurs et de morale, préférant insister sur « la miséricorde ». Une attitude qui « lui vaut des critiques au sein de l’institution », de l ‘aveu de l’intéressé qui avait déclaré :

Quelle est la mission de l'Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

Quelle est la mission de l’Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin d’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer les cœurs des fidèles, la proximité, la convivialité ». Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et le taux de sucre trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons parler de tout le reste. Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Cela n’est pas possible. Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l’a reproché(…) Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Nous devons trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Église risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes. L’annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C’est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales ».

« Si seulement ils pouvaient forcer ce foutu marxiste à parler sexe.. »

On comprend d’autant mieux que de tels propos, par ailleurs favorablement accueillis par les catholiques et les médias américains, dont le New York Times, n’ait pas rassuré Adam Shaw, rédacteur en chef de Fox News et catholique, qui a comparé le pape à Barack Obama dans une tribune publiée sur le site internet de la chaîne d’information.

Par la suite, les pages économiques et sociales de l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile »(« Evangelii gaudium » )du pape François publiée le 26/11/13, venant « enfoncer le clou »,  ont déchaîné « une rage spectaculaire chez des ténors de la droite conservatrice et du Tea Party aux Etats-Unis », qui l’ont traité de « marxiste », comme l’a relevé le journaliste Patrice de Plunkett dans une série de notes sur son blogue.

Pas étonnant, quand ce dernier appelle les dirigeants des grandes puissances mondiales « à lutter contre la pauvreté et les inégalités engendrées par le capitalisme financier », qu’il qualifie de « nouvelle tyrannie invisible » et quand il se montre critique à l’égard d’un système économique « de l’exclusion », dénonçant « la nouvelle idolâtrie de l’argent » et plaidant pour un « retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain ».
Son devoir, « au nom du Christ », est « de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter, les promouvoir », dénonçant dans un passage consacré aux « défis du monde actuel » qu’« il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en Bourse en soit une ».

« Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société », poursuit le texte***.

Une façon plus claire, plus cohérente et plus vivante d’affirmer l’Evangile, centré sur Jésus-Christ, lequel est venu « annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… »(Luc 4v18 et ss) ?

Selon Patrick J. Deneen, cité par Patrice de Plunkett,  ceux qui critiquent le Pape, lui reprochant de se mêler de questions qui ne le concerneraient pas, voudraient cantonner « la foi catholique dans les domaines de ‘la foi et la morale’ – pour dénoncer l’avortement, s’opposer au mariage gay et faire individuellement la charité » . Par là même, de telles personnes témoignent d’un « catholicisme de conversation courtoise » et  « fragmentaire, qui ne met pas en cause des points fondamentaux de l’idéologie économiciste ». Il s’agit là d’« un catholicisme acceptable par ceux qui contrôlent le discours dominant, parce qu’elle ne met pas en danger ce qu’il y a de plus important pour les dirigeants de la République : maintenir un système économique postulant l’extraction [pétro-gazière] sans limite, attisant des désirs sans fin, et créant un fossé de plus en plus large entre winners et losers au nom du mantra de « l’égalité  des chances ». Un énorme appareil de financement soutient les causes catholiques du moment qu’elles ne concernent que la sexualité : autrement dit l’avortement, le mariage gay ou « la liberté religieuse » (confondue à vrai dire avec les questions d’avortement) »

A ce sujet, comment se positionneront les protestants évangéliques ?

Cette « personnalité de l’année 2013 » et ses actions nourrissent enfin la réflexion suivante, de nature peut-être à interpeller chacune et chacun, y compris protestant évangélique : l’Eglise(corps de Christ) doit-elle « faire de la politique ? » Et d’ailleurs, à partir de quand l’Eglise « fait-elle de la politique » ? Visiblement, quand elle combat le projet de loi sur le mariage pour tous ou quand elle prend le parti des pauvres.
Parmi les points dits « non négociables », ou « les valeurs bibliques », la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale(et leurs causes structurelles), et donc la défense de la vie tout court, en fait-elle partie ?

Quoiqu’il en soit, de telles déclarations-très évangéliques-rappellent 1)que le christianisme est une question de « relations » : « verticales », avec Dieu(1 Jean 5v20-21) et « horizontales » avec autrui ».

Ces relations « les uns les autres » enseignées notamment dans les épîtres de Paul, et envers « mon prochain »(Luc 10v27 et ss, d’après Lévitique 19v18).

Et 2)que le corps de Christ, constitué selon et par Dieu, « donne plus d’honneur à ce qui en manque », de sorte « qu’il n’y ait pas de division dans le corps »(1 Cor.12v22-25).

En effet, « sans justice, pas de paix ».

Notes :

* « Pourquoi saluer ainsi un pape qui a débuté son pontificat il y a tout juste neuf mois ? Pour Time, il s’agit sans doute de parier sur ce que le pape François peut faire, plutôt que de le récompenser pour ce qu’il a… déjà fait ».

**Un hindouiste (Gandhi, en 1930), un protestant baptiste (Martin Luther King, en 1963), un musulman chiite (l’Ayatollah Khomeini, en 1979), et…. trois catholiques, les papes Jean XXIII (en 1962), Jean-Paul II (en 1994), et désormais François (2013).

*** http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE9AP04520131126 ;

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203150549548-le-pape-francois-accuse-la-nouvelle-tyrannie-des-marches-632513.php ;

http://www.latribune.fr/actualites/economie/20131126trib000797883/le-pape-s-attaque-a-la-tyrannie-des-marches.html ;

http://chretiensdegauche.com/2013/12/18/de-leglise-de-la-politique-et-de-leconomie/ ;

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201312/16/01-4721268-le-pape-et-la-droite-americaine.php ;

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/quand-obama-cite-evangelii-gaudium-06-12-2013-47372_16.php )