Un Géant renvoyé à ses responsabilités

« On t’a fait connaître », ô média, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Il n’y a pas que les chômeurs, les pauvres ou les précaires qui doivent être « plus responsables ». Les Géants aussi. Les « Géants du Net », s’entend.

L’un d’eux, Facebook, se voit renvoyé à ses responsabilités par son propre conseil de surveillance (« Oversight Board »), créé par ses soins en mai 2020, et qu’il a lui-même saisi pour se prononcer au sujet de la suspension du compte de l’ancien président américain Donald Trump le 6 janvier 2021, peine prolongée « indéfiniment » depuis le 7 janvier, suite à ses messages publiés lors de l’irruption de manifestants pro-Trump au sein du Capitole à Washington.

Voir notre analyse publiée à l’époque sur Pep’s café! le blogue.

L’information vous a peut-être échappée, mais ce conseil de surveillance, sorte de « Cour suprême » chargée de statuer en dernier recours sur la modération des contenus, a confirmé mercredi 05/05 la suspension de Donald Trump (1) : « Compte tenu de la gravité des violations et du risque de violence persistant, la décision de Facebook de suspendre les comptes de M. Trump le 6 janvier et de prolonger cette suspension le 7 janvier était justifiée ». En appelant ses supporters à rentrer chez eux tout en parlant « d’élection volée » dans une vidéo diffusée plusieurs heures après le début de l’attaque, puis en les qualifiant de « grands patriotes » et en leur disant « We love you, you’re very special », l’ancien président américain a en effet « encouragé et légitimé la violence ; une suspension était nécessaire pour préserver la sécurité publique », écrivent les sages.

Cependant, le compte Facebook de l’ex-président des Etats-Unis n’a pas été suspendu indéfiniment, bien au contraire : l’oversight board a donné six mois à Facebook pour réexaminer la sanction infligée, qu’il estime « arbitraire » et « non conforme » avec la politique habituelle de facebook en la matière : selon les sages, « il n’était pas approprié que Facebook impose une suspension indéfinie », pas plus qu’il n’est permis « à Facebook de laisser un utilisateur hors de sa plateforme pendant une période indéfinie, sans aucun critère afin de savoir si, ou quand, le compte sera restauré », concluant par ce tacle au passage : « en appliquant une sanction vague et hors cadre, puis en renvoyant cette affaire au Conseil pour la résoudre, Facebook cherche à se soustraire à ses responsabilités ». 

Ainsi, « dans les six mois suivant cette décision, Facebook doit réexaminer la sanction arbitraire qu’il a infligée le 7 janvier et décider de la sanction appropriée ». 

Ce qui ne veut pas dire que Facebook doit réactiver le compte de M. Trump. Soit Facebook maintient la sanction, en la limitant dans le temps, mais en la justifiant avec d’autres raisons que celles données le 7 janvier. Soit Facebook réactive le compte de Donald Trump, mais en posant des règles claires pour l’avenir. A moins que la décision finale ne soit l’éviction pure et simple de Donald Trump, en effaçant son compte.

Dans le communiqué, il est également précisé qu’une part minoritaire du Conseil « a souligné que Facebook devrait prendre des mesures pour empêcher la répétition » de tels actes « et s’assurer que les utilisateurs qui demandent une réintégration après une suspension reconnaissent leurs actes répréhensibles et s’engagent à observer les règles à l’avenir ».

Si la décision sur Donald Trump est contraignante, le conseil a également adressé ses recommandations à Facebook. Notamment de procéder à une « évaluation complète de ses potentielles contributions au fil narratif de la soi-disant fraude électorale et dans l’exacerbation des tensions qui ont culminé dans les violences du 6 janvier ». Facebook a notamment laissé les groupes « Stop the steal » pulluler et Donald Trump donner rendez-vous à ses supporteurs en leur promettant que ça serait « wild » («fou »).

Enfin, le conseil de surveillance ne recommande pas de modérer les comptes des chefs d’Etats avec des règles différentes. Mais « les utilisateurs influents suivis par de larges audiences peuvent contribuer davantage au risque de violence », estime le rapport. Et ledit rapport note que Donald Trump a dérapé à plusieurs reprises sans être sanctionné, notamment lors des manifestations anti-racistes, en écrivant « quand les pillages commencent, les tirs commencent ». En cas de danger imminent, Facebook doit suspendre un compte, et en cas de récidive, ne pas hésiter « à effacer une page ».

Dans tous les cas, Facebook a du pain sur la planche. Le géant, qui a sous-estimé (à l’instar des autres géants du net) l’impact de la désinformation et des fausses nouvelles, largement diffusées via ses canaux depuis des années, sans penser aux conséquences dans la vie réelle (jusqu’à l’insurrection au Capitole du 6 janvier), se retrouve maintenant face à ses responsabilités.

Et quant à savoir s’il convient « d’applaudir » un coup d’arrêt à une prétention de « toute puissance », ou de juger « scandaleux » ou « dérangeant » de voir Facebook et Twitter « censurer la parole » d’un puissant (un chef d’Etat en exercice, en l’occurrence le Président des Etats-Unis en pleine élection présidentielle), allant jusqu’à suspendre de manière définitive tous ses comptes de réseaux @sociaux, lire notre analyse publiée sur notre blogue.

Note :

(1) Voir les différents articles écrits sur cette décision :

Facebook : La suspension de Donald Trump confirmée par le conseil de surveillance du réseau social (20minutes.fr)

Facebook : le Conseil de surveillance confirme le bannissement de Donald Trump, mais…

Bannissement de Donald Trump : « Facebook cherche à échapper à ses responsabilités »https://www.lemonde.fr/pixels/article/2021/05/05/donald-trump-reste-banni-de-facebook-et-instagram-mais-son-cas-sera-reexamine_6079229_4408996.html

« A consommer avec modération » : ou « sauf à répondre de l’abus de cette liberté »

« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien… » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Certains ont applaudi un coup d’arrêt à une prétention de « toute puissance », quand d’autres ont estimé « scandaleux » ou « dérangeant » de voir Facebook et Twitter « censurer la parole » d’un puissant (un chef d’Etat en exercice, en l’occurrence le Président des Etats-Unis en pleine élection présidentielle), allant jusqu’à suspendre de manière définitive tous ses comptes de réseaux @sociaux. En supprimant ses accès, les plateformes montrent par là qu’elles ne veulent plus être complices de la diffusion de fausses nouvelles et d’incitations à la violence que ledit chef d’Etat a longtemps pratiquées et notamment pratiqué un certain 06 janvier 2021(1).

Avant même cette décision, le 04 novembre 2020, alors que les résultats de l’élection présidentielle n’étaient pas encore connus, plusieurs chaînes de télévision [NBC News, MSNBC…] interrompaient/coupaient/corrigeaient en direct les discours de ce Président, lequel affirmait sans preuve « avoir gagné l’élection » et que celle-ci « est truquée », en annonçant que c’était un menteur.

A cela s’ajoute la décision, depuis le 7 janvier, de Google, Apple et Amazon de boycotter le réseau social Parler, « le Twitter » de l’ultradroite américaine, ainsi que des partisans de Donald Trump et des personnes bannies des réseaux sociaux. Parce que Parler a diffusé un déluge de messages d’internautes trumpistes approuvant l’invasion du Capitole… Google, Apple et Amazon exigent alors que Parler mette en place une équipe de modération, sinon le boycott deviendra définitif. Au final, Amazon porte le coup fatal dimanche 11/01, en rompant son contrat d’hébergement avec le réseau social Parler, paralysant ce dernier qui n’est désormais plus accessible sur la toile. Amazon reproche à Parler de ne pas supprimer les contenus incitant à la violence. Devenu inaccessible jusqu’à ce qu’il trouve un nouvel hébergeur, Parler a également vu ses applications mobiles retirées par Google et Apple.

Les décisions des GAFA de bannir Donald Trump suscitent maintenant un débat intense aux Etats-Unis (mais pas que) : que penser de cette attitude de ces géants du numérique ?

Premièrement, souligne Patrice de Plunkett dans une note de blogue, « dire que les GAFA outragent la liberté d’expression, c’est sous-entendre qu’ils ont tort de s’indigner de l’affaire du 6 janvier : des milliers de partisans pro-Trump, galvanisés par ce dernier, ont envahi le Parlement pour entraver l’élection présidentielle… »(2)

De fait, nous pouvons ne pas partager « l’avis de ceux qui s’indignent de cette censure, au nom d’une liberté complètement fantasmée », à l’instar de Christian Salmon, dans un entretien pour Bastamag : est-ce que ces indignés « se sont indignés pareillement des propos mensongers et provocateurs qui étaient balancés par Trump à longueur de journée, à travers des millions de tweets ? Celui qui a triomphé par Twitter périt par Twitter, et c’est très bien ainsi », conclue l’essayiste, paraphrasant cet avertissement du Christ : « celui qui prend l’épée périra par l’épée » (Matt.26v52)(3).

Mais « les GAFA ont-ils tort d’agir afin qu’on ne se serve plus d’eux pour des opérations pareilles ? Ça mérite réflexion », s’interroge encore Patrice de Plunkett dans sa note de blogue(4).

En guise de réponse, nous pourrions d’abord expliquer, à l’instar de Divina Frau-Meigs(5), pourquoi la décision de Twitter ne nous paraît pas excessive : « cela peut paraître choquant mais leur réponse ne déroge pas à ce qu’ils ont dit », explique-t-elle dans un entretien pour Ouest-France (6). « Il y a eu incitation à la violence, avec appel à l’insurrection, ils ont formulé une réponse graduée. D’abord en alertant Donald Trump, puis en suspendant son compte plusieurs heures, avant de le fermer, puis de l’exclure définitivement du service (….). On pourrait se dire que c’est hypocrite, maintenant que le lion est à terre, on finit de le terrasser car il ne va plus générer autant de trafic. Mais Twitter, comme les autres plateformes américaines, veut éviter des poursuites judiciaires. Elles répondent du droit américain [Pour rappel, les plateformes importantes, tels Twitter, Facebook….sont régies par des contrats ET par la loi. Leur système de responsabilité est grosso modo le même en Europe et aux USA (sec 230 et article 13 directive 2000/31)]. On ne peut donc pas parler de censure. « C’est une entreprise avec des règles. L’un de ses clients n’a pas suivi les règles. Donc elle opère un acte commercial, avec une rupture de contrat ».

En réalité, selon Divina Frau-Meigs, « la vraie culpabilité des plateformes, ce n’est pas d’agir si tard contre Donald Trump. C’est de ne pas avoir mis le paquet contre la diffusion des fausses informations ». Elles « ont sous-estimé l’impact de la désinformation, des fausses nouvelles » largement diffusées via leurs canaux depuis des années. « Elles ont laissé faire car cela leur rapporte de l’argent. Mais elles ne pensaient pas aux conséquences dans la vie réelle. Elles semblent en avoir pris conscience suite à l’insurrection au Capitole du 6 janvier. Désormais, on voit les fondateurs des réseaux s’exprimer, réagir, car il faut absolument sauver leur bébé (….) Ce qu’ils veulent éviter à tout prix, c’est que leurs plateformes répondent à des obligations de service public, comme c’est le cas pour la télévision. Avec un temps calculé pour le débat politique, un affichage clair de la publicité… Pour ces plateformes, ce serait de la censure. La gouvernance d’Internet est un sujet dont on parle depuis longtemps ». [Notamment dans cet article sur la privatisation du web publié dans le défunt Tigre magazine en 2011 : « La communication doit-elle être un service public ? Franchement, il semble évident que oui. Plus exactement, ce devrait être un service mondial autogéré qui oblige tout le monde à se mettre d’accord »].

Tous ces événements ne mettent-ils pas en lumière leur toute-puissance ? Divina Frau-Meigs répond qu’ « on savait déjà leur pouvoir. C’est plutôt celui de la désinformation qui a été révélé. On ne disait rien quand ces réseaux avaient un pouvoir de ralliement énorme » [comme lors du Printemps arabe]. Les grands gagnants de ces événements ne sont ni Twitter ni Trump. Mais les pays non démocratiques qui doivent se frotter les mains de voir nos fragilités ».

De là un certain malaise que d’aucuns peuvent ressentir en voyant des géants privés controversés s’ériger en arbitre du civisme… Les laisser prendre du pouvoir sur les idées n’est-il pas dangereux pour le débat public ?

Le bannissement de Donald Trump par Twitter, calqué chez les autres plateformes, a certes provoqué un déluge de réactions, mais aussi, ne l’oublions pas, de propositions de réformes, surtout en France où le gouvernement entend pré-transcrire le Digital Services Act (7).

« La présence dans le débat public des plateformes comme Twitter ou Facebook « est devenue incontournable » réagit (….) Bernard Lamon (8)[Avocat spécialiste en informatique et internet], lequel souligne que « juger de ce qui est de la diffamation, de l’appel au soulèvement, à la haine raciale, ne doit pas être confié à des acteurs privés, ni à l’administration. C’est très dangereux », ajoute l’avocat spécialisé dans le numérique. « Donc ? Les États doivent investir massivement dans leur système judiciaire. Pour la France ? Il faut 50 magistrats du siège, autant du parquet, dans un tribunal spécialisé, qui puisse gérer hyper rapidement ces dossiers. En limitant un peu la trop grande technicité du domaine. »

Laurent Chemla (9) revient sur sa piste du troisième statut, celui de « fournisseur de liberté d’expression ». Il « impliquait une totale immunité pénale quant aux contenus hébergés en échange du respect – total lui aussi – de la liberté d’expression, chaque contenu censuré ou masqué (même pour « non-respect des CGU ») devant faire l’objet d’une déclaration à un parquet spécialisé (encore une fois) chargé de dire le droit (donc soit d’obliger la plateforme à remettre en ligne les contenus sous peine d’amende, soit de poursuivre l’auteur d’un délit ainsi masqué) ». Pour l’auteur des Confessions d’un Voleur, « ça inverse la logique de la censure (l’intermédiaire ne devient responsable que s’il censure plutôt qu’irresponsable à condition qu’il censure). Et ça remet le droit là où il doit être au lieu de le déléguer à des entreprises privées »(10).

Car, face à l’enjeu de « réguler les réseaux sociaux en préservant l’idéal démocratique »,  Guillaume Champeau répond, dans une note de blogue du 10 janvier 2021(11), que s’il est attaché à la liberté d’expression (12) parce qu’il met « l’idéal démocratique au-dessus de tout », cela ne veut pas dire pour autant « que la liberté d’expression doit être absolue et qu’il faut tout laisser dire, tout laisser écrire, et n’empêcher la diffusion d’aucune expression néfaste. Cette liberté a ses limites, comme la plupart des droits fondamentaux, imposées par la nécessité de concilier tous les droits ». Comme nous le rappellent les devoirs et responsabilités liés au droit de libre expression : La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce que :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » (13).

Mais ces limites aussi ont leurs limites. « Toute « formalité », « condition », « restriction » ou « sanction » imposée en la matière doit être proportionnée au but légitime poursuivi«, disait la Cour. Or comment assurer, avec l’idéal démocratique en tête, la proportionnalité des restrictions que l’on impose à la liberté de s’exprimer ? Nous avons, en démocratie, deux instruments fondamentaux pour nous en assurer.

Le premier, c’est le législateur. C’est lui qui, parce qu’il représente le peuple tout entier qui lui a confié ce pouvoir de dire la loi, détermine l’emplacement des bornes à ne pas dépasser. C’est donc bien nous, collectivement, par la voie de nos représentants, qui nous fixons à nous-mêmes nos propres limites, et qui devons veiller à ce qu’elles soient proportionnées au but que nous nous fixons, qui est de permettre la vie en société dans le respect des droits et libertés de chacun. Le second, c’est l’institution judiciaire. C’est elle qui, lorsqu’un individu ou une institution estime que les bornes fixées par le législateur ont été dépassées, regarde à quel emplacement les bornes ont été mises, et regarde où se situe le mis en cause. Il analyse la situation, et rend une décision de sanction ou de relaxe basée sur cette analyse, qui ne varie pas en fonction de ses intérêts mais est la plus objective et indépendante possible. Sans législateur et sans institution judiciaire agissant au nom et pour le compte du peuple, il n’y a pas de démocratie »(14).

Christian Salmon, quant à lui, s’interroge « sur ce que cette censure reflète du super-pouvoir des Gafam, et sur l’urgence de les encadrer et de les réguler. Au fond, cela pose une question très simple sur la nouvelle hiérarchie des pouvoirs : Trump contre les Gafam, où est le vrai pouvoir, aujourd’hui ? Chez les seconds, qui peuvent se permettre de suspendre le compte du pensionnaire de la Maison blanche – dans la législation actuelle, ils en ont parfaitement le droit. En cela, c’est une date historique, et c’est la leçon qu’on retiendra : un chef d’État en exercice censuré sur Twitter. Là aussi, il y a une réversion totale des pouvoirs entre le politique et le numérique, entre les souverainetés nationales et un pouvoir transnational.

Mais cette réversion des pouvoir concerne aussi directement Twitter et Facebook : en interdisant ainsi un compte, ils se retournent eux-mêmes contre le libre-jeu de leurs algorithmes, sur lesquels reposent toute la logique de leur pouvoir et dont personne ne connaît le contenu. Les Gafam c’est un système intégré et automatisé de clash qui est généré par des algorithmes. Or on sait que certains sont conçus pour favoriser les messages de haine raciste. On a donc une surreprésentation, dans la délibération numérique, des opinions extrémistes, racistes, d’extrême droite. Le super-pouvoir des Gafam, au-dessus des institutions démocratiques, détruit ces dernières. Il injecte dans la conversation, dans l’esprit des gens, les ferments de la négation des principes fondateurs des démocraties. Aujourd’hui, ces algorithmes doivent être révélés et mis à plat, c’est une question vitale de transparence et de démocratie » (15).

Ceci dit et pour clôturer provisoirement le dossier relevons, à l’instar de Patrice de Plunkett de Plunkett, la double ironie de l’affaire : il est ainsi « étonnant que ceux qui veulent empêcher les GAFA d’avoir leur propre politique envers Trump, (soient) en économie des ultralibéraux pur jus, partisans (le reste du temps) [« du moins d’Etat »] de laisser les acteurs économiques, même géants, faire ce qu’ils veulent sans qu’on les freine en rien [reconnaîtraient-ils les limites d’une telle posture idéologico-économique ?] ». D’autre part, nous pouvons sourire au souvenir de ce que « Trump, qui se plaint aujourd’hui des GAFA, nous menaçait de sanctions, nous Français, parce que nous nous plaignons de ces mêmes GAFA qui ne nous paient pas ce qu’ils nous doivent ! »

Moralité : « dès qu’on oublie un peu le Covid, on trouve des occasions de s’amuser » (16).

 

Quant aux chrétiens, ils sont censés savoir que leur norme de la liberté n’est pas Donald Trump ou ceux qui usent et abusent dans leur exercice de la liberté, mais Jésus-Christ Lui-même.

Jésus-Christ est en effet le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre : personne n’a pu « le convaincre de péché »(Jean 8v46), il n’y avait en lui aucune source de mal, et même Satan n’a eu aucune prise sur lui (cf Matt.4v1-11). Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs »(Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, du pouvoir du péché, de la crainte de la mort(Hébr.2v15), et la restauration d’une relation qui avait été rompue : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor.5v19)

Le chrétien devrait être celui qui accepte de s’autolimiter, c’est-à-dire de « ne pas faire tout ce qu’il peut », pour en tirer un maximum de bénéfices. Parce ce ne serait pas juste, et parce que ce ne serait pas selon l’amour. En toute cohérence, il saura dire « non » ou « stop » à tout abus de notre exercice de la liberté.  Loin de toute crainte de perdre, ce choix éthique, inspiré par une vision biblique, permettra au contraire à l’homme de recevoir « bien plus que cela », sur le long terme et de façon durable : l’amour et des relations authentiques, libératrices et porteuses de sens, avec le souci d’impacter positivement notre entourage, avant de penser à nos propres intérêts (17).

 

 

Notes :

(1) https://theconversation.com/comment-le-discours-populiste-de-donald-trump-a-conduit-a-linsurrection-de-ses-troupes-153002

(2) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(3) https://www.bastamag.net/Trumpisme-conspirationnisme-investiture-Biden-Capitole-pouvoir-grotesque-tyrannie-des-bouffons-Christian-Salmon#nb2-1 [Christian Salmon est écrivain, essayiste et chroniqueur à Mediapart, auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007). Son dernier livre, La tyrannie des bouffons. Sur le pouvoir grotesque, a été publié en octobre par Les liens qui libèrent]. Une « déplateformisation » d’ailleurs inévitable cf https://larevuedesmedias.ina.fr/deplateformisation-trump-ban-twitter-facebook-youtube

(4) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(5) Normalienne, professeure à l’université Sorbonne-Nouvelle-Paris-3 et sociologue des médias. Ses recherches portent sur l’éducation aux médias et la gouvernance d’Internet. Elle est aussi membre du groupe d’expertes de haut niveau de l’Union européenne sur la désinformation.

(6) https://www.ouest-france.fr/economie/interview-les-reseaux-sociaux-ont-sous-estime-l-impact-des-fausses-informations-7113871

(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Digital_Services_Act

(8) https://twitter.com/Bernard_Lamon/status/1348309636294860800

(9) https://blogs.mediapart.fr/laurent-chemla/blog/100121/la-chute-2

(10) https://www.nextinpact.com/article/45379/la-destitution-numerique-trump-levier-inespere-pour-gouvernement-francais

Voir aussi Médias sociaux : après l’exclusion de Trump, la question de la censure et l’impératif d’évoluer (theconversation.com) Et https://larevuedesmedias.ina.fr/trump-plateformes-regulation-moderation-reseaux-sociaux

(11) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(12) « Laquelle vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, [mais] aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique ».

(13) Le principe est ainsi posé mais encore faut-il connaître les limites. Celles-ci sont relativement nombreuses du fait du nombre d’exceptions spécifiques touchant au statut particulier des personnes (devoir de réserve, par exemple) ou à la nature des informations concernées (secret médical, secret défense).

On peut néanmoins citer quelques règles d’ordre général :

  • Limite 1 – Ne pas porter atteinte à la vie privée et au droit à l’image d’autrui (pour des précisons complémentaires voir les fiches Vie privée et internet et Image et vidéo).
    • Limite 2 – Ne pas tenir certains propos interdits par la loi : l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse, l’apologie de crimes de guerre, les propos discriminatoires à raison d’orientations sexuelles ou d’un handicap, l’incitation à l’usage de produits stupéfiants, le négationnisme.
    • Limite 3 – Ne pas tenir de propos diffamatoires : la diffamation se définit par toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne[1]. Il est possible pour se défendre d’une accusation de diffamation d’invoquer l’exception de vérité[2], c’est-à-dire de rapporter la preuve de la vérité de ses propos.
    • Limite 4 – Ne pas tenir de propos injurieux : l’injure se définit comme toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait.
    • Limite 5 – Il existe également des limites spécifiques telles que le secret professionnel, le secret des affaires et le secret défense.
    • Limite 6 – Certaines personnes, en raison de la fonction qu’elles occupent, sont tenues à un « devoir de réserve ». C’est le cas des fonctionnaires qui doivent exprimer leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce que l’extériorisation de leurs opinions, notamment politiques, soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des fonctions occupées. Plus le niveau hiérarchique du fonctionnaire est élevé, plus son obligation de réserve est sévère.

https://www.maisondesjournalistes.org/les-limites-de-la-liberte-dexpression/

(14) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(15) Christian Salmon : « Le trumpisme est le nom de cette vague conspirationniste qui refuse les pouvoirs institués »

(16) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(17) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/21/vivre-penser-et-eduquer-a-la-liberte-oui-mais-laquelle/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/01/15/liberte-que-de-betises-on-peut-raconter-en-ton-nom/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/06/19/il-ny-a-pas-de-tabou-dans-la-bible/

 

Quand deux pasteurs nous parlent de « Black Mirror » : ce qui est bon pour eux est-il bon pour nous ?

« Ne risquons-nous pas de devenir les « complices » impuissants – mais prêts à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? »
(Scène de la série « Black Mirror »)

Ce billet (1) est avant tout destiné à susciter réflexion et à ouvrir une discussion sur ce qui semble être devenu un cas d’école, plutôt que de dire aux internautes ce qu’ils doivent faire.

Dans leur deuxième émission de « Memento Mori », un podcast hebdomadaire « qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ », Matthieu Giralt et Raphaël Charrier, tous deux pasteurs, s’entretiennent l’un et l’autre en passionnés – et de manière passionnante – de « Black Mirror », une série « qui cartonne sur Netflix ».

Dans cet épisode(2), Raph et Matt s’efforcent de répondre aux questions suivantes : « C’est quoi cette série ? Quels sont les deux épisodes qui t’ont le plus plu ? Quels sont les thématiques qui te parlent le plus ? Quelle sagesse cela doit nous pousser à avoir ? »

Pour ceux qui ne connaissent pas, « Black Mirror » est une série britannique d’anthologie (2011), ce qui signifie que chaque épisode est traité de manière indépendante. La série n’est pas linéaire par son scénario mais par sa thématique. A ce sujet, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est le sens de son titre) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité ».

Remarques personnelles :

Certes, l’on devine l’intérêt sociologique et apologétique d’une telle série, et la thématique m’intéresse particulièrement, mais la lecture de plusieurs pitchs ne m’a personnellement pas convaincu de la regarder, du fait de sa violence et de son regard cynique sur la société et les êtres humains.

Par ailleurs, au-delà de toutes les analyses – pertinentes – que l’on peut en faire, cette série dite à succès me paraît soulever plusieurs questions majeures :

1)Peut-on la regarder avec le recul nécessaire, même à des fins d’apologétique culturelle ? Ou nous trouvons-nous « dans l’impossibilité » de nous empêcher de la regarder, du fait de son pouvoir fascinant, par exemple, face à la vision d’une scène/image déplaisante ou difficilement supportable (gore, érotisme….selon les pitchs lus) ? Comment « se sent-on », après chaque épisode, et pourquoi ? Ne risquons-nous pas de devenir le « complice » impuissant – mais prêt à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? Dans cette perspective, quid de notre « libre arbitre », de notre liberté de regarder/de s’arrêter de regarder la série ?

Puisque l’on parle de « libre arbitre », et en guise de complément à l’émission de Matthieu et Raphaël, je vous invite notamment à lire ce très intéressant article du journaliste Pierre Sérisier, paru en 2012 sur son blog « Le Monde des séries », lequel souligne que l’avenir (ou le présent) dépeint par Black Mirror illustre « avec une justesse impeccable une notion difficile à cerner, l’akrasia, ou acrasie (étymologiquement du grec kratos, le pouvoir, et a-, préfixe privatif), concept philosophique qui désigne communément une faiblesse de la volonté ». D’après Pierre Sérisier, il ne serait « pas question [dans cette série] de dénoncer la technologie, l’omniprésence des écrans, mais seulement de montrer comment cette technologie qu’aujourd’hui nous nous imposons nous imposera demain un certain mode de pensée, une attitude où l’événement médiatisé perd de son humanité et se soustrait au jugement qui devrait se faire. En faisant en sorte que leur volonté et leur libre arbitre ne soient qu’un deuxième choix après avoir épuisé la possibilité que la technologie leur offre. La série échappe pourtant au lieu commun qui consisterait à dire que nous sommes devenus seulement des esclaves de cette technologie et montre plutôt que le fait même de porter un jugement éclairé et agir en conséquence va devenir de plus en plus difficile à mesure qu’on sera, de plus en plus, abreuvé d’informations et dépendants d’elles, jusqu’à faire du libre-arbitre de l’individu et de sa volonté des choses un peu illusoires, qu’on possède toujours naturellement mais qu’on abandonne de fait ».

2) De fait, en écho avec ce qui précède, il en ressort que le choix du thème de l’émission – et surtout de son angle – soulève un sérieux problème – et pas des moindres –  que n’avaient peut-être pas (suffisamment, du moins) anticipé Matthieu et Raphaël. Ce problème se trouve pointé par le témoignage de l’internaute « Lucie ». Le partage de son expérience personnelle avec la série, dans l’espoir « qu’elle puisse servir à d’autres », m’a paru particulièrement bienvenu, dans sa façon d’interpeller avec grâce les deux pasteurs, leur rappelant leur responsabilité : « Au-delà du fait qu’humainement, Black Mirror est une série complète, bien réalisée qui a effectivement ce don de « captation » (….), j’avais décidé d’arrêté de regarder cette série, qui pour ma part ne m’édifiait pas mais me plongeait dans un profond malaise », explique-t-elle. « Puis j’ai écouté votre podcast. Là je me suis dit « tiens, des pasteurs en parlent et l’ont regardé, c’est que c’est ok finalement ». Vu que vous mettiez tout de même en garde vis à vis de la saison 1, je me suis dis que j’avais loupé des épisodes intéressants (…..). J’ai donc décidé de reprendre la série où je l’avais arrêtée. Il y a effectivement des épisodes « non violents » et intéressants pour le débat (….), mais la saison 2 et la saison 3 ont tout de même leur lot d’épisodes à caractères sexuels ou violents (la série et d’ailleurs classée 16+ sexe violence). Ce sont des images et des scènes qui s’imprègnent, que je n’avais pas spécialement envie de voir. Quelque part ça a été une occasion de chute pour moi ». Et l’internaute, qui a pris une nouvelle décision de pas continuer à regarder la série,  de rappeler que « TPSG s’adresse également à des plus jeunes, qui en entendant ce podcast se diront comme moi, « c’est ok on peut regarder ». Et même si vous émettez une objection quant à la saison 1, les ados (ou moins jeunes d’ailleurs) par curiosité la regarderons probablement, ainsi que les autres saisons ».

« Moralité », comme le souligne David, un autre internaute, « ce n’est pas parce que des pasteurs aiment [l’on devine qu’ils ont vu l’intégralité des saisons de la série] que c’est OK. Chacun a une sensibilité différente, et même plus que ça : des points sensibles différents. Ce qui est OK pour un pasteur ne l’est donc pas forcément pour nous, à chacun de juger pour lui-même. Pour éviter l’amalgame chez les plus jeunes il faudrait peut-être que les deux podcasteurs soient plus précis sur ces questions-là ».

Ceci dit, il est important de bien comprendre l’intention première – bien clarifiée par Raphaël dans sa réponse aux internautes, que j’ai appréciée (3) – de « Memento Mori », et il n’y a pas à remettre en question le souci des deux pasteurs d’encourager l’Eglise à progresser en sainteté et en pureté. Néanmoins, relève encore l’internaute Lucie, si les deux podcasteurs ne recommandent pas expressément de regarder la série, certains seront inévitablement conduits à la regarder, par curiosité et « pour se faire une idée », suite à l’émission. S’il n’y a donc effectivement pas de « pub » pour Black Mirror, le simple fait d’en parler [surtout de manière passionnée] peut inciter des chrétiens à la regarder.

Certes, précise Raphaël en réponse aux remarques des internautes, « ce n’est pas parce qu’un pasteur en parle que c’est OK ». Sauf que, souligne encore Lucie, « Dieu nous demande à tous d’être des témoins pour les autres ». Je dirai même plus : et à être  « les gardiens de nos frères ». Si je suis libre de mes choix, je ne suis jamais libre des conséquences de mes choix, puisque je vis dans un cadre social bien réel, qu’il s’agisse de la famille, de la société, d’une communauté, ou d’une collectivité, autant de structures où est censée fonctionner une certaine interdépendance. Les Épîtres nous enseignent d’ailleurs que nous sommes un corps et pas une simple addition d’individus. D’autre part, relève encore Lucie, « le simple fait de savoir qu’un pasteur ait pu regarder cette série peut nourrir l’ambiguïté », quand bien même ledit pasteur en parlerait « de manière éclairée et biblique », dans le but de nous inviter à prendre du recul.

« Moralité(bis) » : comme le reconnaît encore Raphaël, dans sa réponse aux internautes, il est un piège à vouloir « dissimuler la convoitise de la chair derrière une prétendue quête d’analyse culturelle. Malheureusement, beaucoup de chrétiens se laissent endormir par ce qu’ils consomment ». Tout à fait. C’est pour cela qu’il serait temps que les chrétiens cessent de se comporter en « con-sommateurs » pour se comporter en chrétiens adultes responsables, capables d’exercer leur autorité et leur discernement de croyant, soit leur capacité à ne pas dire « oui » à tout.

Conclusion (provisoire ?) :

Comme souligné au début de cet article, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est d’ailleurs le sens du titre de la série) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité…». Mais pourquoi aller chercher ce type de révélation dans la technologie en général, et particulièrement dans une série addict telle que « Black Mirror » ?

Puisque l’on parle de « révélation », notions que l’ « Apocalypse », dernier livre de la Bible et que l’on peut qualifier de « science fiction de la littérature biblique », ne signifie pas « catastrophes », mais « révélation ». Et même « révélation de Jésus-Christ ». Comme l’explique très bien ce répondant sur « 1001 questions », « des images très impressionnantes sont employées, mais pas qu’inquiétantes, pour nous dévoiler en fait le mystère de la présence de Dieu au cœur du monde, y compris dans les temps difficiles (mais pas que !). En ce sens, le livre de l’Apocalypse ne décrit pas l’avenir mais le présent de tout croyant aux prises dès maintenant avec l’incompréhension, l’injustice mais aussi l’espérance et la présence de Dieu ».

En somme, l’inverse d’une fausse prophétie, non biblique, qui écrase et démolit, est la prophétie biblique véritable, laquelle édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Ce que « Black Mirror » ne permet – semble-t-il – pas au téléspectateur, qui se trouve condamné à l’état de voyeur se sentant continuellement coupable mais toujours prêt à en redemander….Franchement, voulons-nous vraiment être réduit à cela ?

 

 Notes :

(1) Plus exactement, ce billet initialement paru le 09/05/18 et mis à jour pour l’occasion, se veut la synthèse d’une discussion qui a suivi l’émission « Memento Mori », diffusée sur TPSG, et à laquelle j’ai personnellement pris part, pour rendre plus visibles les enjeux soulevés. Et ce, d’autant plus que les commentaires ont à ce jour disparus du site, sans doute pour des raisons techniques.

(2) A noter le travail de synthèse réalisé par un auditeur, disponible sur la page actualisée de l’émission, lequel ne retranscrit pas les propos exacts de l’épisode, mais vise à présenter le contenu.

(3) Réponse de Raphaël Charrier (postée 14/04/18 avant d’être mystérieusement retirée le même jour), que j’ai apprécié : 1) pour son soucis de clarifier sa position ainsi que celle de Matthieu et les objectifs de l’émission ; 2) pour sa capacité à apprécier les commentaires et à les intégrer dans sa réflexion, de nature à améliorer sa propre démarche :

« Bonjour Lucie et Peps Cafe , merci pour vos commentaires qui sont très pertinents et appellent à une réponse sérieuse ! Si vous écoutez attentivement le podcast, à aucun moment nous ne recommandons aux auditeurs de regarder la série. Nous les mettons juste en garde par rapport à la saison 1 et rappelons que pas tout le monde peut la regarder. Ce n’est pas parce que des pasteurs en parlent que c’est OK comme semble l’affirmer Lucie. Pas du tout ! Peut-être aurions-nous dû être beaucoup plus clair sur ce point : nous ne voulons en aucun cas promouvoir la série ni encourager à la regarder. 
En tout cas, merci pour vos retours. Grâce à vous, à l’avenir quand nous analyserons quelque-chose d’aussi sensible, nous ferons attention à mettre plus clairement en garde nos auditeurs. Notre but n’est pas d’encourager à regarder, il est tout autre.

Mais avant de vous l’expliquer, je vous demande de nous croire : Matthieu GIRALT et moi-même ne badinons pas avec les exigences de la sainteté et de la pureté. 
Vous remarquerez le nombre d’articles TPSG où nous souhaitons encourager l’Église dans ce sens. 
Dans notre prochain épisode de Memento Mori, nous parlerons spécifiquement des smartphones. Vous pourrez constater comment Mat et moi sommes beaucoup plus radicaux et précautionneux que la plupart des chrétiens quant à son usage.

Votre réaction Lucie et Peps m’encourage beaucoup, il faut préserver notre pureté avant tout et ne pas chercher à dissimuler la convoitise de la chair derrière une prétendue quête d’analyse culturelle. Malheureusement, beaucoup de chrétiens se laissent endormir par ce qu’ils consomment.
Pas besoin de gouter aux excréments pour pouvoir dire que c’est mauvais.

Lucie cite Game Of Thrones, je ne pense pas que nous puissions la mettre au même niveau que BM, mais je la rejoins : Mon épouse et moi-même n’avons jamais dépassé les 10 premières minutes du 1 épisode à cause des scènes pornographiques. Si vous lisez l’anglais, je vous recommande cet excellent article de K. De Young sur le sujet [sur TGC]

Pour reprendre ce que dit Peps, nous sommes libres de choisir et par la grâce de Dieu, nous pouvons et devons utiliser notre liberté afin de ne pas pécher. Nous voulons voir comme Dieu voit pour vivre comme Dieu veut (notre slogan).

Une autre précision. Le format que nous souhaitons ne permet pas encore aux auditeurs de comprendre notre intention : elle est de confronter (au sens positif) notre culture à une vision biblique du monde. Ce que nous allons faire.

Pourquoi BM est une série que nous voulions analyser ? 
Parce qu’elle est un petit phénomène de société. Parce qu’elle présente des futurs proches tout à fait plausibles (dans beaucoup d’épisodes) de notre société (contrairement à GoT ^^). 
Et c’est ce point qui nous a encouragés à en parler. 
Dans Mémento Mori, nous ne voulons pas que parler de la Bible, mais des choses de notre monde avec un regard biblique. 
En tant que chrétiens, comment devons-nous réagir face aux opportunités que proposent les nouvelles technologies ? Comment pouvons-nous nous préparer à vivre dans ce monde où rien n’est neutre ? 
Notre but dans cet épisode était donc d’apporter un éclairage à ceux qui la regardent, car cette série traite de vraies problématiques de notre société, qui dans notre vie quotidienne, nous laissent nauséeux.

Bien malheureusement, beaucoup de chrétiens consomment des séries sans se poser la question des valeurs et des visions du monde véhiculées, ou se croient à l’abri de leur influence néfaste de ces dernières.

Ce que nous voulons Matthieu et moi même c’est attirer l’attention sur le fait que rien n’est neutre (il faut discerner les pièges et les mensonges) et encourager à répondre par une vision biblique, se faire un avis clair et de rejeter le péché afin de vivre en glorifiant Dieu

Enfin, nous souhaitons aussi, comme spécifiés dans le 1er épisode, nous adresser à des non-chrétiens qui nous écoutent. Nous souhaitons leur montrer comment nous analysons notre monde en tant que chrétiens et comment la Bible est pertinente et nous équipe pour vivre avec sagesse dans ce monde, au-delà d’un simple jugement moral. L’Évangile transforme tout.

Nous allons aussi bientôt enregistrer un épisode où nous échangeons sur nos règles qui nous permettent de choisir quoi regarder ou pas. Notre but est que Dieu soit glorifié par tout ce que nous faisons.

Ma réponse vous semble-t-elle satisfaisante ? En tout cas, merci pour ces excellents retours, ils nous poussent à progresser ».

 

 

 

« The big question » du mois : « Si Dieu est bon et omnipotent, pourquoi y a-t-il du mal et de la souffrance dans le monde ? »

Calvin et Hobbes, par Bill Watterson : discussion sur la problématique du mal

C’est effectivement THE (Big) question posée par l’internaute Henri sur le site « 1001 questions »… La fameuse question sans réponse. Pourtant les théologiens ont cherché depuis longtemps à l’apporter, cette réponse qu’on appelle la « théodicée »(1)…..sans pouvoir la trouver !

Et « heureusement », répond le répondant du site « 1001 questions » – ce qui peut paraître étonnant ou paradoxal (2) – « qu’on ne peut pas la trouver », cette réponse, « car alors on aurait expliqué la présence du mal. Et en l’expliquant, on aurait déjà justifié, en quelque sorte, la réalité scandaleuse et injustifiable du mal (On parle ici du mal subi. Le mal commis, on peut en rendre l’homme responsable).

Le livre de Job aborde ce problème. Pourquoi Job souffre-t-il, pourquoi -pire- Dieu permet-il qu’il souffre ? Les amis de Job essaient de lui expliquer que c’est sa faute (toujours la tentation de la « théodicée », défendre Dieu !). Et Job résiste à leurs arguments : il voit bien que des justes souffrent et que des méchants vivent paisiblement. Donc, expliquer le mal comme une rétribution méritée ne tient pas la route. A la fin du livre, Dieu répond enfin à Job… mais sans lui donner d’explication, et même en lui demandant, après lui avoir rappelé qu’il est après tout le Créateur et lui simple créature, comment il ose ainsi l’interroger (Job 38,1ss; 40,1-2). Et Job se soumet. Mais il le fait parce qu’il ne souhaitait qu’une chose : que Dieu lui parle, qu’il réponde à son appel de révolte qui est toujours un cri de foi ».

Lire la suite ici.

Voir aussi ce diptyque (Part.1 et part.2) consacré à « La Cabane » (roman et son adaptation cinématographique), essai de «  théodicée narrative – une tentative de répondre à la question du mal et du caractère de Dieu par le moyen d’une histoire », selon les termes d’Albert Mohler.

 

 Notes :

(1) Terme créé par Leibniz (cf. Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, 1710), qui désigne la justification de la bonté de Dieu en dépit du mal qui existe dans le monde.

(2) Ce qui est « para-doxal », au sens premier, est à contre-courant de la doxa [ensemble des opinions reçues sans discussion, comme évidentes, dans une civilisation donnée] dominante.

 

 

 

Dieu a-t-il besoin d’être disculpé de la responsabilité de la tentation ?

Depuis le 03 décembre 2017, comme décidé et annoncé par la Conférence des Évêques de France, les catholiques ne seront plus « soumis à la tentation » en disant le Notre Père….

Ou quelles sont les raisons – et ses conséquences pratiques – du changement catholique  dans la formulation commune du Notre Père ?

 

La juriste-blogueuse « Aliocha » est revenue sur le fait qu’ « un million d’auditeurs ont entendu le philosophe Raphaël Enthoven affirmer [le 21/11/17] sur Europe 1  que les catholiques avaient modifié la célèbre prière du Notre Père par pure islamophobie. Il est exact que [depuis le 3 décembre], la phrase « Et ne nous soumet pas à la tentation » du Notre Père [a été] remplacée par « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Ceci dit, Aliocha nous invite à « (observer) la chronique de plus près », décomposant le raisonnement[qu’elle estime peu argumenté] du philosophe : les deux formules sont équivalentes, ne diffère que le verbe « soumettre ». Or le verbe « soumettre » renvoie nécessairement et uniquement à l’Islam (…). Donc si les catholiques suppriment « soumettre », c’est qu’ils le font à cause de l’Islam (…). Et s’ils le font à cause de l’Islam c’est pour s’en démarquer (…). Et s’ils s’en démarquent, ce ne peut être que par islamophobie (….).

« En réalité », souligne-t-elle, « et contrairement à ce qu’affirme le « philosophe », « les deux formules de cette prière sont si peu équivalentes que les débats ayant abouti à cette nouvelle traduction remontent aux années 60. (…) L’utilisation du verbe « soumettre » ne renvoie pas à l’Islam, mais au rapport que les catholiques entretiennent avec leurs propres écritures. De fait, l’intervention de ce « philosophe » relève de l’erreur de débutant : affirmer sans la démontrer l’existence d’une corrélation entre deux événements, ici la modification d’une prière catholique et l’Islam ».

L’utilisation du verbe « soumettre » ne renvoie donc pas à l’Islam, mais au rapport que les catholiques entretiennent avec leurs propres écritures…..A moins qu’elle ne soit le reflet d’un rapport à (et d’une vision de) Dieu ? A ce propos, au-delà de la polémique soulevée par les propos de M. Enthoven [qui est, par la suite, revenu sur ses déclarations, en faisant son « mea culpa »], l’intéressante question de l’internaute « David » (cette « nouvelle traduction du Notre Père par l’Église catholique est-elle meilleure que la traduction œcuménique actuelle ? ») posée sur « 1001 questions », un site animé par le courant confessant protestant des « Attestants », permet de creuser un peu plus les raisons d’un tel changement.

Selon les « répondants » pasteurs et théologiens du site, « l’Église catholique a décidé ce changement dans la formulation commune du Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation » est remplacé par « ne nous laisse pas entrer en tentation »Le problème est que le verbe grec eispherein, que l’on trouve aussi bien dans le texte de Matthieu que dans celui de Luc, signifie bien « transporter, mener,  induire, conduire, faire entrer dans ». Et non pas « laisser entrer ». Ce n’est pas la même chose ! Les tentatives de justifier ce changement sur la base d’une source littérale araméenne de la prière de Jésus paraissent très conjecturales, et surtout guidées par un présupposé : « Dieu ne peut pas nous tenter, c’est l’œuvre du Diable ». Mais Dieu a-t-il « besoin » d’être « disculpé » de la responsabilité de la tentation ?

Les répondants Attestants relèvent que Jésus lui-même a été poussé au désert par l’Esprit Saint pour y être tenté, éprouvé, le Diable lui-même étant soumis à la volonté de Dieu. Jésus a été tenté (y compris à Gethsémané et sur la croix) dans sa foi, dans sa relation au Père ; La tentation est la condition de tout croyant. Dès que je crois, je suis exposé au combat -contre le doute. Et Paul précise que Dieu nous donne, avec l’épreuve-tentation, le moyen d’en sortir (1 Corinthiens 10v13).

La suite de la réponse à découvrir sur le site 1001 questions.

 

 

Quelles sont tes priorités dans le choix de ton député ?

Quelles seront nos priorités dans le choix d’un député ? Les mêmes que les siennes !

Que peuvent nous apprendre, pour le choix d’un député, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ?

Les 11 (premier tour) et 18 juin (second tour), tu seras une nouvelle fois appelé aux urnes, dans le cadre des élections législatives, pour élire ton député.

Bien sûr, je pourrais aussi te dire : « Tu veux aller voter ? Fais-le. Tu ne veux pas voter ? Ne vote pas. Le plus important c’est d’être en parfaite cohérence avec ce que l’on croit, que l’on expérimente, et que l’on décide ».

Justement, sur quels critères ? Quels sont les enjeux ?

C’est d’abord, pour le député, un grand privilège d’être élu : 7.882 candidats (Soit 3.344 femmes et 4.538 hommes) sont en lice pour le premier tour, soit près de 14 par circonscription(1), et il n’y a que 577 sièges à l’Assemblée Nationale.

Mais tout privilège comporte de grandes responsabilités : élus au suffrage universel direct, par tous les citoyens en âge de voter et en ayant le droit, pour un mandat de cinq ans renouvelable, les députés occupent en effet une place centrale dans notre démocratie dite représentative.

Bien qu’ils soient élus dans une partie du pays (une circonscription), les députés représentent l’ensemble des Français, qu’ils résident dans l’Hexagone, dans les départements ou collectivités d’Outre-mer, ou encore à l’étranger. Quelque soit leur sensibilité politique ou leur parti d’appartenance, les députés représentent l’intérêt général de la nation, et non les intérêts de groupes particuliers/privés.

Les députés votent les lois et peuvent en proposer. Ils travaillent en commissions (lesquelles examinent les projets ou propositions de loi et préparent les débats en séance publique). Ils contrôlent l’action du gouvernement : ils peuvent ainsi interpeller les ministres pour leur demander de travailler sur certains sujets qu’ils estiment importants pour le pays, lors des « questions au gouvernement », les mardi et mercredi de la période parlementaire ; ils peuvent également renverser le gouvernement, si celui-ci n’a plus leur confiance.  Ils tissent des liens solides avec les assemblées des autres pays, tentent de répondre aux problématiques sociétales en allant à la rencontre des acteurs de terrain, reçoivent les citoyens à leur permanence, bureau d’accueil pour tous les citoyens, pour résoudre leurs problèmes quotidiens.

Le député bénéficie d’une immunité parlementaire : l’irresponsabilité, qui le protège de toute poursuite pour des actions accomplies dans l’exercice de son mandat ; et l’inviolabilité, pour éviter que son action ne soit entravée par des actions pénales visant des actes accomplis par les députés en tant que citoyens. Cela les protège contre les intimidations et les pressions politiques et privées et c’est censé être une garantie d’indépendance et de liberté d’action dans l’intérêt général.

Le député dispose de moyens matériels et financiers attachés à sa fonction : une indemnité parlementaire de 5000 euros par mois, une indemnité représentative de frais de mandat de 6000 euros par mois (frais de déplacement, d’habillement, de restauration…) et un crédit collaborateur (allant jusqu’à 9500 euros par mois) pour rémunérer ses collaborateurs (cinq maxi). Il a enfin à sa disposition un bureau personnel dans l’un des bâtiments de l’assemblée.

Quelles devraient être tes priorités dans le choix du député ? Les mêmes que ce dernier !

Que peuvent nous apprendre, à ce sujet, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ? Ils ont trait aux critères de choix, comme aux devoirs et responsabilités, de tout responsable. Un responsable est celui qui a une position d’influence. Et un député est un responsable.

Tes priorités (dans le choix du député), comme les priorités du député, sont en rapport avec ses convictions (ce qu’il croit ou ce dont il est convaincu), son caractère (ce qu’il est), sa réputation (ce qu’on pense de lui) et ses compétences (ce qu’il sait faire).

Certes, « si quelqu’un aspire à la charge (de député), c’est une belle tache qu’il désire »(1 Tim.3v1). Notre pays a besoin de députés. C’est une tâche noble que de vouloir servir ainsi (et non pas se servir de) son pays. Pour paraphraser Jacq.3v1, nous ne devrions pas « être nombreux à vouloir être député, car nous serons jugés plus sévèrement. De fait, « on demandera davantage » à ceux qui se (re)trouvent sous les projecteurs.

1) Son caractère et sa réputation : Selon 1 Tim.3v2 et Tite 1v6-7, il est premièrement attendu d’un député qu’il soit « irréprochable ». Et plus encore d’un député se revendiquant « chrétien ». Une telle confession publique « doit impliquer non seulement une irréprochabilité pénale, mais également morale. Les discordances et les contradictions seront passées au scanner du jugement du monde, qui en évaluera la vérité et la cohérence ». La responsabilité de ces candidats n’en est que plus grande (Rom. 2v21), car s’il advenait que leur parole de chrétien ne soit qu’une posture religieuse ou politique, et que leur morale sois prise en défaut … alors leur réprobation serait aussi publique et retentissante que leurs déclarations. Elle rejaillirait non seulement sur eux et leurs familles, mais aussi et surtout sur le christianisme et sur le nom de Jésus, qui pourrait par ce moyen être davantage blasphémé qu’il ne l’est déjà.»(2).

Que veut dire irréprochable ? Sans reproche. Cela ne signifie pas qu’il soit parfait, mais plutôt qu’il est impossible d’avoir prise sur lui pour l’accuser, pour le critiquer ou pour l’attaquer. Cela signifie aussi qu’il a une bonne réputation et qu’il est digne de confiance (1 Tim.3v7).

Ensuite, il lui faut être « sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier »(1 Tim.3v2). Sobre veut dire qu’il est vigilant, notamment quant à sa conduite et concernant les dossiers à traiter, l’action du gouvernement, la situation de notre pays. Etre hospitalier, c’est d’être disponible, à l’écoute et accueillant, surtout pour accueillir tout étranger.

Il ne doit être « ni adonné au vin, ni violent, mais indulgent, pacifique, désintéressé »(v3), et pas soumis à des lobbies/pris dans des conflits d’intérêt.

Prov.31v3-5 rappelle que le responsable ne doit pas « livrer sa vigueur aux femmes », et « ses voies à celles qui perdent » (les responsables). « Ce n’est point aux (responsables) de boire du vin, ou de rechercher des liqueurs fortes, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi, et ne méconnaissent les droits de tous les malheureux ». Car le député doit servir l’intérêt général et le bien commun, avec le souci constant de refuser toute stigmatisation de personnes, avant tout les plus faibles et les plus précaires : il « ouvrira sa bouche », non pour déplorer « le cancer de l’assistanat », mais « pour le muet, pour la cause de tous les délaissés ». Il « ouvrira sa bouche » pour « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent »(Prov.31v8-9).

2) Il doit aussi avoir des convictions claires et solides, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse et justice.

Ainsi, par exemple, estime-t-il que « la défense de la dignité humaine » se limite aux deux extrémités de la vie, ou intègre tout ce qu’il y a entre les deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 67 millions de citoyens vivants ?

Considère-t-il les changements climatiques comme une question sociétale, éthique et spirituelle, posant un défi majeur aux générations présentes et à venir, en particulier du fait de l’interdépendance des causes ?

Pense-t-il que bâtir des hôpitaux, des routes, des écoles, c’est « dépenser de l’argent » ou qu’il est essentiel de refonder le lien social, pour régénérer nos communautés dévitalisées ?

Pense-t-il qu’il n’y ait « rien qu’on puisse appeler la société » et « qu’il n’existe que des individus » ? Et donc qu’il n’y a pas non plus de problèmes « sociaux » mais seulement « des problèmes individuels », des individus aux prises avec certaines difficultés, « des assistés » ayant certaines faiblesses mais sans le courage ou la volonté de les résoudre ?

Justifie-t-il une « responsabilisation » absolue de l’individu et un désengagement de l’État de plusieurs de ses missions ? Ou alors estime-t-il que « le principe de subsidiarité donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, tout en exigeant en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir » ? (3)

3) Enfin, sans être un « politicien professionnel », il devra être compétent et connaître les dossiers qu’il traite, en étant capable de comprendre les lois qui lui sont soumises et qu’il vote.

 

Prions donc pour les candidats-députés, qui aspirent et prétendent nous représenter au niveau national : qu’ils aient ce désir d’être irréprochables et de servir le bien commun, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse. Et prions pour nous-mêmes, que nous fassions de preuve de discernement, en prenant en compte le caractère, la réputation, les convictions et les compétences du candidat-député !

Et toi ? Quels sont tes critères de choix d’un candidat ?

 

Pour aller plus loin :

Que peut nous apprendre ce discours de Paul aux responsables de la communauté d’Éphèse (Actes 20v17-38), dans lequel l’apôtre fait un bilan de son activité et livre son testament spirituel ?

Sans justice, pas de paix

Deux mots sont essentiels aux yeux de Dieu pour retrouver la paix, laquelle est l’établissement de ce qui est bon : le droit et la justice.

« Je déteste, je méprise vos fêtes, je n’ai aucun goût pour vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas ; vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas. Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ; que je n’entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » (Am 5v21-24)

 

 

Notes :

(1) Selon la liste publiée par le ministère de l’Intérieur, 461 candidats apparaissent sous l’étiquette de la République en marche (REM) d’Emmanuel Macron et 76 sous celle de son allié du Modem. 480 candidats sont inscrits sous l’étiquette Les Républicains (LR), 414 pour le Parti socialiste (PS), 571 pour le Front national (FN), 556 pour La France insoumise (LFI), 911 candidats écologistes et 388 pour Debout La France (DLF).

https://www.publicsenat.fr/article/politique/elections-legislatives-comment-ca-fonctionne-60393

http://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/elections-legislatives-2017/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/04/21/pour-le-nouveau-directeur-de-la-cia-de-trump-jesus-christ-est-la-seule-solution-pour-notre-monde-un-temoignage-public-a-double-tranchant/

(3) Voir « Laudato si » du Pape François, paragraphe 196

« Inculture au poing » : « rompre le pain »

"Faites ceci en mémoire de moi", dit Jésus

« Faites ceci en mémoire de moi », dit Jésus

Le Talmud de Babylone raconte cette anecdote(1) où le grand rabbin Rav Achi jugeait de la question des rois d’Israël (pour savoir lesquels n’auront pas part au monde futur) et dit à ses collègues : « demain nous nous occuperons de notre « ami » Menaché (Ou : Manassé, un roi corrompu et idolâtre cf 2 Rois 21 et 2 Chron.33) ». La nuit, Menaché lui apparait en rêve et lui demande : « tu te permets de m’appeler ton « ami » ! (comment prétends-tu te mettre au même niveau que le mien). Alors je vais te poser une question : je voudrais savoir lorsqu’on rompt le pain(2) de quel côté doit-on le rompre ? » Rav Achi lui répondit qu’il n’en sait rien. Il lui dit : « tu ne sais même pas comment rompre le pain et tu m’appelles ton « ami » ! Je vais te l’apprendre et demain tu l’enseigneras, tu dois le rompre à l’endroit où il est le plus cuit », c’est-à-dire la croûte (sous-entendu : « et pas la mie ! »).

Que signifie ce geste de « rompre le pain » ?

« Avant de pouvoir manger, il faut, selon la tradition talmudique », et comme l’explique notammnt Marc-Alain Ouaknin (3), « premièrement s’assurer que les animaux domestiques ont reçu de quoi se nourrir, et deuxièmement rompre le pain même si l’on mange seul. Un symbole d’une « éthique au quotidien » : « je ne peux jamais commencer à manger sans avoir fait ce geste qui signifie que je suis prêt à partager le pain avec autrui. » C’est aussi dans ce geste que culmine le sens de la soirée pascale (le seder), par exemple inaugurée par l’invitation faite à l’autre homme de venir partager le pain.

L’invité est en hébreu un « oréah », mot dont la racine signifie aussi « chemin ». Nous pouvons également y lire les mots « or » et « réah », « lumière » et « parfum ». Toute personne avec qui nous partageons le pain et même ses proches sont considérés comme des invités. C’est pour cela que le mot « repas » se dit « arouha » en hébreu, de la même racine qu’ « oréah »/ « invité ». De fait, c’est le geste du partage qui confère à l’autre homme le statut d’invité. Ainsi, « partager le pain », c’est « ouvrir sa maison à la lumière et au parfum de la vie ». C’est en accueillant l’autre qu’on est soi-même accueilli par l’autre, accueilli par la lumière et le parfum. L’ambiguïté du « qui accueille qui » est bien soulignée par la langue française, qui utilise le même mot pour « l’invité » et « l’invitant » : l’hôte !

Le geste du partage du pain est l’un des plus essentiels du judaïsme : il est le signe que l’homme est toujours engagé dans une relation avec un autre homme. Etre, c’est « être avec ». La relation n’est pas un « en-plus-de-l’humanité-de-l’homme », mais le constitue ontologiquement.

Pourquoi alors « (casser) la croûte » ?

Parce que la croûte, c’est ce qui a durci, ce sont les habitudes ! Une vieille expression française parle d’ailleurs fort justement du risque de « s’encroûter ». Et manger, c’est partager, c’est « casser la croûte », c’est-à-dire refuser l’encrassement, l’engluement, la lourdeur des habitudes(3). C’est aussi inviter l’autre à « sortir de sa zone de confort ».

Dans le Nouveau Testament, la pratique de « rompre le pain » (ou du partage du pain) est  l’une des caractéristiques de la vie de la communauté chrétienne. Ce que l’on appelle « la Sainte Cène » (« Cène » = « repas du soir ») ou « le repas du Seigneur », évoque le geste même de Jésus rompant le pain lors de son dernier repas avec ses apôtres (cf Matt. 26v26-28 ; Marc 14v22 ; Luc 22v14). C’est même l’un des rares gestes que Jésus nous a explicitement commandé de reproduire : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22v 19). Il s’agit, pour nous qui suivons Jésus, d’annoncer « la mort du Seigneur », condition de nos rassemblements « en Eglise », « jusqu’à ce qu’Il vienne » (1 Cor.11v26).

« La fraction du pain » fait aussi partie de ces 4 choses dans lesquelles les premiers chrétiens persévéraient, avec «  l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle et les prières » : « Ils persévéraient …dans la fraction du pain (Actes 2v42) Chaque jour, avec persévérance… ils rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur » (Actes 2v46).  Dans les premières assemblées chrétiennes, les repas étaient collectifs et étaient l’occasion du partage du pain et du vin avec le rappel de son institution par Jésus(cf 1 Cor.11, le plus ancien document à ce sujet). Dans Actes 2, le verbe «persévérer» a le même sens que «tenir fermement attaché à» (Rom 12v12 ; Col 4v2). La persévérance exige une discipline personnelle et collective (nous y reviendront plus loin). « Ils persévéraient », « ils se réunissaient pour » et ils ne comptaient pas le temps. Ils le faisaient « avec joie et simplicité de cœur ».

Le « pain rompu » est aussi (le rappel de) « la communion au corps de Christ » : « puisqu’il y a un seul pain », ceux qui « sont plusieurs » ne sont pas une somme d’individus mais « forment un seul corps », dont les membres sont interdépendants, « participant tous à un même pain ». (1Cor. 10v16).

Il est édifiant d’apprendre, comme nous le rappelle le pasteur Gilles Boucomont (4) que le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »]. L’accompagnement est un accompagnement fraternel. Il est donc enraciné dans la vie communautaire et le partage du pain ou de la cène, qui nous fait devenir tous enfants d’un même Père [céleste]. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain qui révèle la présence du Christ ressuscité »(4), comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs, lesquels reconnaissent Jésus ressuscité lors « de la fraction du pain » en Luc 24v28-35.

« Rompre le pain » rendrait-il donc « clairvoyant » ? Il est possible de faire un rapprochement édifiant avec le premier repas de communion de l’histoire : du pain et du vin, apporté par « le roi de justice et de paix » à Abraham, ce qui a rendu ce dernier « clairvoyant » sur un important enjeu spirituel (une tentation) cf Gen.14v18.

Pour Gilles Boucomont encore, « le partage de la Cène est [également] agent de guérison parce qu’il nous manifeste ce qu’est l’humanité concrètement réconciliée(…) Sont ainsi rendues visibles le fait qu’il n’y ait plus de distinctions entre les personnes, une puissance égalitaire que jusque-là seule la mort pouvait prétendre offrir aux humains. Le fait même d’utiliser deux aliments simples pour dire le corps et le sang de Jésus est une réconciliation. Ce sont des produits transformés, fruits du travail de la nature, de la création de Dieu, et du travail des hommes. La Cène est une vraie guérison des relations interpersonnelles, car elle brise tous les jeux d’autorité qui ne sont pas en Christ ou de Christ. Elle est aussi une guérison de la mémoire, car en mettant fin à la nécessité de répéter un sacrifice (Hébr.7v26-27 et 10v18), mais en le symbolisant, elle nous fait sortir de la tension entre l’oubli et la répétition qui hante nos histoires. Enfin, elle est une guérison fondamentale de toutes les tentations religieuses : c’est Dieu[ou Christ] qui invite à sa table, ce n’est pas un lieu de pouvoir religieux (cf 1 Cor.11v17-34 et cf 1 Cor.12), elle met fin à la logique sacrificielle…Autant de guérisons d’une humanité en manque de repères… »(5)

 

Enfin, quand prendre la Cène ? « Quelle fréquence sans tomber dans l’idolâtrie » (ou la routine) ? (6)

Doit-on craindre « une routine » ou « une lassitude », si nous prenons la Cène une fois par semaine ? Le danger n’est pas plus grand que de se réunir tous les dimanches pour le culte.

Néanmoins, l’on peut remarquer que, « dès le début, ce repas a été un point de vérification de la santé de la communauté : un problème dans la forme pouvait révéler un problème spirituel de fond ! (voir par exemple 1 corinthiens 11v17-23) »(6). D’autre part, prendre la Cène régulièrement implique ma responsabilité de suivre Jésus, de ne pas laisser un différend avec mon frère avec qui je partage ce repas et de ne pas vivre dans le péché. Le repas du Seigneur ne se prend pas à la légère. Le péché y est confessé et jugé. La Cène ne devient donc pas une simple habitude, car chaque fois « chacun s’éprouve », chacun se juge pour discerner s’il y a quelque chose qui le sépare de son Seigneur et de son frère (1 Cor 11v27-32). Cela signifie qu’il y a une discipline à la fois individuelle mais aussi collective, à la table du Seigneur. « Que chacun donc s’éprouve soi-même », pour ne pas s’abstenir de prendre la cène, mais pour « ainsi (manger) du pain et (boire) de la coupe… » (1Co 11v28)

Concernant la fréquence de la Sainte Cène, il n’y a pas « de règle » dans le Nouveau Testament, mais la mention d’une fréquence, d’une régularité (et non d’un caractère occasionnel ou exceptionnel).

Il est aussi mentionné, en Actes 20v7, que l’Eglise primitive a célébré la Cène lors d’un rassemblement « le premier jour de la semaine » (le dimanche).

La Didaché (un document de l’Eglise primitive datant de la fin du premier siècle) recommande : «Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces après avoir confessé d’abord vos péchés» (paragr. XIV).

Jésus Lui-même est apparu à ses disciples, après sa résurrection (cf. Jean 20v19,26 ; 21v1 ; Luc 24v36 ; I Cor. 16v2) « le premier jour de la semaine ».

Pour terminer, « l’idolâtrie [ou la routine] peut se cacher dans une célébration hyper fréquente de la cène, comme dans une trop grande rareté de celle-ci. Et une foi authentique peut être manifestée dans des pratiques parfois surprenantes, mais réfléchies spirituellement. Bref, une Eglise saine aime la cène » (6)

 

 

Notes :

(1) Traité Yebamot Chapitre 4 Page 49b. Anecdote rapportée, avec quelques modifications, par Marc-Alain Ouaknin, dans « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains. Seuil, 2013(points), p 223. Voir aussi pp 226-228.

(2) Geste fondamental dans la tradition juive, repris ensuite par Jésus, qui consiste à rompre et partager le pain entre ceux qui participent à un repas, geste qui inaugure, en général, tout repas.

(3) Voir son « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains ». Seuil, 2013(points), p 223. Voir aussi pp 226-228.

(4) Boucomont, Gilles. « Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit » Première partie, 2010, p.176

(5) Boucomont, Gilles. « Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit ». Première partie, 2010, p.223.

(6) Question « classique » notamment posée ici : http://1001questions.fr/comment-comprendre-la-sainte-cene-quelle-frequence-sans-tomber-dans-lidolatrie-stephane/ ; http://1001questions.fr/doit-on-prendre-la-sainte-cene-tous-les-dimanches/

 

 

Dégradation de l’environnement : (ir)responsabilité humaine…..

Photo personnelle prise dans un parc de La Teste-de-Buch, commune du sud-Ouest de la France, proche d'Arcachon (Dpt de la Gironde) 29/10/16

Photo personnelle prise dans un parc de La Teste-de-Buch, commune du sud-Ouest de la France, proche d’Arcachon (Dpt de la Gironde)
29/10/16

……ou négligence ? Ou les deux ?

Que voyez-vous sur cette photo ? Qu’est-ce qui vous choque le plus ?

 

A la source de la « responsabilité humaine » relative à la création, un « mandat divin », donné dès l’origine et toujours actuel : « L’Eternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder » ou le protéger (Gen.2v15).
On notera que les verbes du travail et de la garde de la terre, « avad » et « shamar » sont les mêmes que celui du service[ou du culte] dû à Dieu (cf Exode 10v26). D’autre part, « le verbe shamar est traduit par « garder » quand il s’agit de la terre et « observer » quand on se réfère aux commandements de Dieu…..

 

« Grand pouvoir = grandes responsabilités »

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités" : un sage enseignement que "Spiderman" a appris à ne jamais oublier...

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » : un sage enseignement que « Spiderman » a appris à ne jamais oublier…

Y compris des ennuis….. C’est à prendre (en entier) ou à laisser….

 

Voici une prière, en Matt.9v37-38 que nous accompagnons volontiers du classique : « le Seigneur pourvoira ». Or, nous oublions souvent que Dieu sauve et bénit de façon incarnée. Mais qui fera le travail censé être fait par le corps de Christ si celui-ci ne le fait pas ? « Dieu pourvoira-t-il » ?

Lecture de Matt.10v1-33 (comparer avec Jacq.2v14-17) :

L’on note, dans ce passage, qu’après avoir demandé à ses disciples de « prier pour que le maître de la moisson pousse (à coup de pied)des ouvriers dans la moisson », le Seigneur Jésus-Christ envoie lui-même ses disciples, deux par deux.

Il leur donne un titre (« apôtre », c’est-à-dire : « envoyé »), un pouvoir(« guérir », « chasser les démons ») et une mission. « Cool », pourrait-on dire. Mais le moins « cool » est à venir, puisque Jésus leur recommande de ne prendre « ni argent, ni sac, ni chaussure », expliquant qu’ils dépendront de ceux qui les recevront. D’autre part, il leur faudra s’attendre à ce que leur message (« cool », en apparence) et eux-mêmes soient rejetés.

En gros, Jésus nous envoie, « avec des avantages » et des « privilèges », semble-t-il, mais « comme des agneaux au milieu des loups », avec une promesse de persécutions certaines plus que de résultats….

Heureusement, ce qui compte le plus pour Jésus – qui nous avertit tout de même à l’avance de ce que cela coûte de le suivre et d’être envoyé par Lui, et de ne pas craindre les persécuteurs – c’est de faire preuve de fidélité et de savoir « qu’il suffit au disciple d’être comme son maître ». Ni plus, ni moins. Et ce Maître que nous servons est Celui qui « est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs » (Marc 10v45).

Individualité : tu es unique, précieux, et donc responsable !

Tu es unique ? Moi aussi !

Tu es unique ? Moi aussi !

Lectrices ou lecteurs de la Bible, vous avez sans doute en mémoire ces longues généalogies, listes interminables de noms, pour la plupart inconnus de vous. Autant de passages que nous sommes tentés de « zapper ». Ce qui serait dommage, car, comme me l’a souligné l’un des pré-ados que j’enseignais dans le cadre du ministère aux enfants, « derrière les noms, il y a des histoires ». Et aussi des individus.

La question de l’individu nous invite à nous questionner sur l’individualité*.

A ce sujet, Erri de Luca relève, dans « Alzaia »**, qu’ « en mai 1940, en pleine invasion nazie de la France, André Gide écrivait dans son journal (que) cette désindividualisation systématique à quoi travaillait l’hitlérisme préparait admirablement l’Allemagne à la guerre. Et c’est par là, surtout, (lui semble-t-il), que l’hitlérisme s’oppose au Christianisme, cette incomparable école d’individualisation, où chacun est plus précieux que tous. Nier la valeur individuelle, de sorte que chacun, fondu dans la masse et faisant nombre, soit infiniment remplaçable ». Et d’Erri de Luca d’estimer qu’en cela, « Gide voit juste : l’écrasement de l’individu est nécessaire à la tyrannie moderne. Il donne un avantage matériel au criminel nazi : l’impersonnalité de son action***. Si ce n’était pas lui, un autre aurait exécuté la tâche ». Une excuse « bidon », ou, comme l’estime Erri de Luca, « de la fiction, une fragile couverture ». Car « un homme comme Priebke exécutait les ordres qu’il approuvait pleinement et surmontait avec zèle toutes les difficultés. Ce degré d’efficacité exigeait du dévouement. Le nazi n’obéissait pas aux ordres, il les réalisait, les interprétait, les perfectionnait avec tout son enthousiasme(…).
La phrase de Gide dit au contraire quel est l’antidote de la tyrannie : donner de la valeur à la personne humaine, approfondir l’individualité de chacun, comprendre, comme l’enseigne le Talmud, que Dieu a créé un seul Adam pour faire savoir que celui qui tue un homme tue une espèce toute entière, celui qui en sauve une sauve une humanité entière. » [voir aussi Actes 17v26]

Notre individualité porte donc une très grande responsabilité, sachant que le pendant positif de Priebke est aussi vrai : si ce n’est pas nous qui agissons, ce ne sera personne…****

 

 

 

Notes :

* Une idée en appelle une autre : le politologue James Kurth a décrit la mondialisation actuelle comme un «protestantisme sans Dieu». Un « protestantisme » car les valeurs de liberté, de rationalité et d’ouverture ont fait le succès des multinationales (souvent d’origine protestante).
« Sans Dieu », car la compétition prime sur la collaboration, la domination sur le service, l’accaparement des ressources sur le respect de la nature et des peuples, le profit maximal sur la redistribution des bénéfices. (cité par Shafique Keshavjee : http://www.skblog.ch/wp-content/uploads/Chroniques-refus%C3%A9es.pdf )
De même, « un protestantisme », ou plutôt « un Christianisme sans Christ » ouvre un boulevard à l’« individualisme », forme pervertie de l’individualité.

** Individualité, d’Erri de Luca IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002 (pp 97-98)

***Et aussi une certaine façon impersonnelle de parler/de considérer les personnes : par exemple, au lieu de dire « on » m’a dit que, dire « un tel » ou « une telle » m’a dit que….

Ou encore, ce vieux travers qu’est le fait de généraliser : soit le fait de parler d’un groupe d’un seul bloc, niant les individualités, les différents besoins. Bref, généraliser, c’est stigmatiser.
Comparer avec la façon dont nous sommes invités à nous considérer les uns les autres, au sein du corps de Christ, en 1 Cor.12v12-27.

**** Sachant que Dieu ne s’adresse pas « à tout le monde », mais à toi, personnellement (Jean 21v21-22). « Tout le monde », c’est personne.
Dieu ne s’adresse pas à une foule, mais à des individus distincts et responsables. Responsables de « se scandaliser » ou « de croire », selon Kierkegaard (cf « Traité du désespoir ». Gallimard, 1988. Folio essais, p 235)