Qu’est-ce qui fait autorité dans ta vie : Les Ecritures ou les commentaires ?

« Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète… »

« Et ainsi vous avez annulé la Parole de Dieu au nom de votre tradition. »(Le Seigneur Jésus. Matt.15v6)

Une question révélatrice tient à ce qui fait autorité dans ma vie.

Ainsi, les chrétiens protestants évangéliques sont censés connaître (et vivre) ce principe scripturaire des protestants – « sola scriptura » (L’Ecriture seule) – qui marque la réflexion et les écrits protestants. Ainsi, par exemple, l’introduction de la « Formule de Concorde » (1577, publiée dans le « Livre de Concorde » en 1580) affirme la confession suivante : « Nous croyons, enseignons et confessons que les livres prophétiques et apostoliques de l’Ancien et du Nouveau Testament constituent la seule règle ou norme selon laquelle toutes les doctrines et tous les docteurs doivent être appréciés et jugés. »

A ce stade, le lecteur sera peut-être surpris d’apprendre que certains, au sein du protestantisme évangélique, formulent l’objection suivante : « la Loi Ecrite, d’accord. Et la loi orale ? »

Objection sous-entendant la question suivante, à la manière de nos amis Juifs : « Dieu a-t-il aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite ? »

Dit autrement encore : « est-il impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi (écrite) de Dieu sans les traditions orales – ou les commentaires, « les écrits de nos illustres devanciers » ?

A ce sujet, dans le cadre d’une édifiante discussion sur un forum de discussion juif messianique, une internaute relève que « le Judaïsme Rabbinique croit que Dieu a donné à Moïse une Loi Ecrite (trouvée dans la Torah, les cinq livres de Moïse). Mais il est aussi affirmé que la plupart des commandements sont exprimés succinctement, qu’il s’agit de déclarations générales, un peu comme les titres de chapitre dans un livre. On doit les interpréter. Il faut les développer et les expliquer. Donc, selon la croyance traditionnelle, Dieu a aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite. Moïse l’a ensuite transmise à Josué, qui à son tour, l’a transmise ensuite aux 70 anciens qui dirigeaient dans sa génération, qui l’ont transmise aux prophètes des générations suivantes.

Et ainsi de suite, mais avec un grand nombre d’ajouts. C’est pourquoi les rabbins enseignent que la Loi Orale ne cesse de s’accroître, puisqu’à chaque génération, de nouvelles traditions se sont développées et de nouvelles situations se sont présentées qui nécessitaient de nouvelles applications de la Loi.

Deux siècles après l’ère de Jésus-Christ, la Loi Orale était si volumineuse et complexe qu’il fallut l’écrire pour qu’elle ne se perde pas. Ceci devint la Mishnah, qui fut étendue en ce qui est maintenant connu comme le Talmud dans les siècles suivants. Après cela, selon les croyances rabbiniques, ceux qui étudiaient le Talmud continuèrent à développer et transmettre la Loi Orale à chaque génération suivante.

Tout juif religieux croit de tout son coeur qu’il est impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi de Dieu sans les traditions orales.

Le problème est que : 

– Le Talmud s’arrogent une autorité que les Ecritures ne leur ont jamais donnée.
– Le Talmud place la voix du raisonnement terrestre sur un niveau supérieur à la voix prophétique du Ciel.
– Le Talmud contredit la signification évidente des Ecritures.
– Le Talmud à certains moments contredit même la Voix de Dieu.
– Il n’y a pas d’évidence biblique d’une chaîne ininterrompue de traditions et de nombreuses évidences qui l’a contredise.

La question que chaque juif honnête [mais aussi tout chrétien] doit se poser est : « et si la Bible dit une chose et mes traditions une autre ? Suivrai-je Dieu, ou suivrai-je les hommes ? »

Néanmoins, faut-il cesser d’interpréter ?

Un premier danger serait de prendre l’interprétation biblique comme une fin en soi et d’oublier que « nous ne sommes pas là d’abord pour faire des interprétations » mais « avant tout (pour) approfondir notre relation au Dieu vivant révélé en Jésus-Christ ». De fait, « si les interprétations que je lis ne me semblent pas renvoyer à un approfondissement de ma relation au Christ mais que, par exemple, elles cherchent à défendre une idéologie ou à faire admirer l’intelligence de l’interprète », mieux vaut alors prier, reprendre le texte et alors, proposer une interprétation plus personnelle, par laquelle je peux mieux connaître le Seigneur et son amour.

Un autre danger, selon Bob Utley, professeur d’herméneutique, serait d’abandonner la tâche de l’interprétation Biblique « aux experts privilégiés, hautement qualifiés », en mettant une grande confiance dans nos techniques, principes herméneutiques et procédures d’exégèse, aussi excellents soient-ils, alors que « la foi n’offre pas de raccourcis à une lecture responsable de la Bible » : « Ce que nous avons fait avec les principes de l’interprétation ressemble à (1) ce que les Juifs ont fait avec leurs experts de la Loi, les scribes; (2) ce que les Gnostiques ont fait avec leur insistance intellectuelle et leur savoir secret, dont ils étaient les seuls à dispenser; et (3) ce que l’Église Catholique du Moyen-Âge a fait avec la dichotomie clergé-laïcs, laquelle continue jusqu’à aujourd’hui. »

Or, rappelle-t-il, « aucun de nous ne peut éviter le travail d’interprétation. Chaque fois que nous écoutons quelqu’un parler, ou lorsque nous lisons ce que quelqu’un d’autre a écrit, nous interprétons ce qui est dit. Cela n’est pas différent de quand nous ouvrons personnellement la Bible. La question n’est pas de savoir si nous devons interpréter, mais plutôt si nous le faisons bien ou mal (…)L’humilité doit toujours accompagner nos interprétations. Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète. Bien que la tâche de l’interprète nécessite étude et jugement, sa tâche ultime consiste à laisser la Parole qu’il étudie lui confronter et l’amener à l’obéissance….. »

Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique, ne le dit pas autrement : « Avant d’être un objet de connaissance et de recherche, la Parole est un sujet agissant. Elle examine avant d’être examinée, elle nous interprète avant d’être interprétée. Cette perspective inclut le caractère du don : la parole est avant tout une grâce, un don qui ne demande point d’œuvres de notre part. Cette efficience ne saurait dépendre de nos œuvres, … pas même de nos œuvres herméneutiques. La Bible est avant tout un sujet agissant qui nous interroge, interpelle, console ; c’est par elle que Dieu nous fait découvrir nos limites, donne naissance à la foi et nous oriente dans nos choix de vie ».

 

 

« Inculture au poing » : Qu’est-ce que la Bible ? Un moyen de grâce

La Bible est « un moyen de grâce », « dans la logique de l’incarnation ; « un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit » (Source : Rawpixel)

« Qu’est-ce que la Bible, et comment comprendre sa nature spécifique qui, selon les confessions chrétiennes, lui donne un rôle unique parmi tous les autres livres ? » questionne Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à la Faculté de théologie protestante (Strasbourg), lors du 4ème Forum annuel des Attestants qui s’est déroulé à Paris, le 2 février 2018, sur le thème : Qui parle ? Quand nous lisons la Bible… « Pour (nous permettre d’)avancer », il nous pose « une autre question, plus facile peut-être : dans une dogmatique chrétienne, où placer notre question, à savoir celle de la Parole de Dieu ? Dans les « prolégomènes » ? dans la pneumatologie ?

Les prolégomènes traitent des méthodes de la dogmatique. Ils présentent l’Écriture Sainte comme critère de la dogmatique, étudient la relation Parole-Écriture et proposent une réflexion herméneutique.

La pneumatologie parle de l’Esprit Saint comme un sujet agissant qui opère ses œuvres dans le croyant.

Si nous plaçons la réflexion sur la Bible dans le cadre de la pneumatologie, nous indiquons toute de suite que la Bible est un moyen par lequel l’Esprit de Dieu s’exprime. Les anciens dogmaticiens parlaient à cet endroit de certains moyens de l’Esprit : les moyens de grâce »

Une telle expression ne se trouve pas dans la Bible mais, précise Jean-Philippe Bru, professeur-coordinateur de théologie pratique à la Faculté Jean Calvin (Aix-en-Provence), « elle est utilisée pour désigner les moyens extérieurs (« humainement perceptible ») que Dieu a choisis pour communiquer sa grâce à son peuple ». Et « bien qu’une définition large puisse inclure des moyens comme l’Église, la prière ou la communion fraternelle, la définition traditionnelle en limite le nombre à trois : la Parole et les sacrements (c’est-à-dire le baptême et la cène). Cette définition stricte fait une distinction entre « moyen » de grâce et « fruit » de la grâce ». En effet, « bien que Dieu puisse se servir de la prière et de la communion fraternelle pour nous fortifier, elles sont d’abord des fruits de la grâce, alors que la Parole et les sacrements sont d’abord des moyens par lesquels Dieu fortifie son peuple ». Une distinction pertinente, vu que, selon Jean-Philippe Bru,« chez les évangéliques, ce n’est pas le sacramentalisme qui menace la suffisance des moyens de grâce, mais une certaine confusion entre les moyens de grâce et les fruits de la grâce »

D’autre part, souligne Karsten Lehmkühler, ces « moyens de grâce que sont la Parole et les sacrements peuvent même devenir les notions clé dans la définition de l’Église, laquelle Eglise, selon l’article 7 de la Confession d’Augsbourg « est l’assemblée des saints, dans laquelle l’Évangile est enseigné dans sa pureté et les sacrements sont administrés dans les règles.» 

Un tel « moyen de grâce » est toujours une donnée de ce monde, accessible pour nos sens, comme l’eau du baptême ou le pain et le vin de la Sainte cène. Ainsi, les théologies luthérienne et calvinienne soulignent (toutes deux !) que dans le sacrement, une réalité corporelle devient véhicule d’une réalité spirituelle, à savoir porteuse de salut offert par Dieu. Les données de la création sont ainsi valorisées : la matière physique est nécessaire pour pouvoir célébrer le sacrement, puisque ce sont la matière (elementum) et une parole divine (verbum) qui se marient et qui constituent le sacrement : « Sacramentum est invisibilis gratiae visibilis forma », le sacrement est la forme visible d’une grâce invisible. Il en va de même pour la Bible comme Parole de Dieu : il s’agit d’un moyen de notre monde ici-bas, relevant du concret (un texte, un livre, et surtout une voix humaine qui lit ce texte ou qui fait une prédication sur ce texte : « viva vox »). C’est donc un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit.

Ainsi la Parole de Dieu peut être comparée à l’incarnation et aussi aux sacrements. On pourrait parler ici d’une logique de l’incarnation : Dieu assume la concrétude du monde créé ; il s’en sert pour entrer en relation avec nous ».

Question subsidiaire : si la Bible est « un moyen de grâce, dans la logique de l’incarnation », est-il cohérent et pertinent de la lire sur téléphone/en ligne, pratique dématérialisée et désincarnée s’il en est ? 😉

A vous la parole !

 

Tu n’auras pas d’images, tu auras un livre

« Ils virent sa parole faire : sur la roche et à l’intérieur de chacun. Ils virent la voix… » (Erri de Luca)

Lectures : 

Exode 20v1-4 et ss ; Deut.5 ; Hébr.4v12 ; 1 Pie.1v23-25

« Tu n’auras pas pour toi Elohim autre au-dessus de mes visages », dit Dieu sans faire voir au peuple qu’Il s’est choisi pour lui appartenir en propre. C’est perturbant pour ceux qui aiment les représentations mentales, « se faire leur film » et pour ceux qui aiment bien le spectaculaire.

Or, déclare Dieu, « Jusque-là, tu as connu les représentations des idoles, sous-espèce d’argile, de bois, de fer et même d’or. Désormais, aucune image ne devra se superposer aux paroles que tu écoutes, à la voix qui écrit sur la roche. Ce sont les lettres qui fourniront l’image de la divinité, qui la démontreront, ce qui est le contraire de montrer. Tu n’auras pas d’images, d’illustrations, tu auras un livre.

Je serais avec toi, ai-je dit à ton prophète, la première fois qu’il est monté au Sinaï. Voilà mes paroles, le seul bagage pour les générations [C’est pour cela que le peuple porte, via l’Arche ou coffre de l’Alliance, les Paroles – et non l’image – de Dieu] Souviens-toi d’Abraham qui partit en serrant sur son cœur celles qu’il avait reçues et qui détruisit les idoles de son père ».

Avec la sculpture sur la roche, chacun écoutait en lui-même l’écho d’une explication. A ce moment-là, ils oublièrent les Elohim des autres qu’ils avaient vus en Egypte. Dans leurs sens réunis circulait la manifestation physique de la divinité. Telle est la révélation (…). Ils virent sa parole faire : sur la roche et à l’intérieur de chacun. Ils virent la voix (…). Etreints par l’émotion, ils répondirent à l’envers : nous ferons et nous écouterons. Car cette parole faisait et exigeait donc en réponse le verbe faire. Nous ferons : tout de suite. Nous écouterons : car elle restera scellée dans l’écoute.

(Erri de Luca. Et il dit. Gallimard, 2012. Du monde entier, pp 44-45)

La Parole est ce qui se dit et ce qui se fait. C’est ainsi que l’Ecriture Sainte est efficiente en tant que Parole de Dieu. Elle est vivante, active et agissante, propre à nous transformer, indépendamment de nos œuvres. Et la seule oeuvre qui nous est demandée de faire, dit le Seigneur Jésus en réponse à ceux qui lui demandent « comment faire (les oeuvres de Dieu) », c’est de croire en Celui que l’on entend mais que l’on ne voit pas, mais qui ne cesse pas d’être Seigneur quand Il parle.

Comment Dieu nous parle-t-il ?

Ecoute ! Dieu te parle !

Voici un exemple de question posée à « 1001questions.fr », excellent site dont nous avons déjà parlé ici : « comment Dieu nous parle-t-il ? »

La réponse, postée le 18/03 :

De tas de manières différentes ; il est libre !

Mais l’outil qui m’est donné pour l’entendre, c’est le texte biblique. Ce qui suppose un certain nombre de précautions propres à ce media particulier. Ainsi, il faut d’abord lire intelligemment le texte, en usant des mêmes moyens que pour n’importe quel texte (les notes qui accompagnent le texte y aident parfois) : le sens des mots et expressions, le contexte littéraire (= la Bible elle-même, à commencer par ce qui entoure le texte choisi) et historique (= ce qu’on sait du temps et du lieu de l’écriture), etc. Et puis il faut se demander ce que le texte m’apprend, me dit sur Dieu, sur moi, sur mes relations aux autres. Enfin il faut demander à Dieu de me faire comprendre ce qu’il veut me faire entendre, lui qui est une vraie personne vivante, à moi qui en suis une autre.

Il faut aussi accepter que Dieu se taise, ou dise autre chose que le texte biblique (choisi à bon escient ou au hasard). Mais c’est toujours la Bible qui reste le critère : si j’entends Dieu me dire le contraire, alors ce n’est pas Dieu ! Comme toute parole, celle de Dieu est un acte relationnel, qui m’implique autant que lui. C’est ma foi, pas mes connaissances, qui est sollicitée, elle concerne ma propre vie. C’est la parole d’amour d’un père, par elle je reçois la vie du Christ qui est mort et ressuscité pour moi. Dans le concret de mon existence. À proprement parler, c’est lui, Jésus, qui est la parole de Dieu pour moi.

Le critère pour savoir si c’est Dieu qui parle et pas mon inconscient ou l’air du temps : « sola scriptura » ! L’Ecriture seule a autorité.

Je puis donc aussi entendre cette parole à travers l’Église, les autres, les événements, la tradition, la nature, etc. Mais dans tout ça, je n’ai pas de moyen de savoir que c’est Dieu plutôt que mon inconscient ou que l’air du temps. Là encore, le critère, c’est la fidélité de ce que j’entends à la révélation biblique. C’est ce que les théologiens protestants appellent le « sola scriptura » : l’Écriture seule a autorité…

A cette réponse claire et précise, je rajouterai ceci : il est toujours frappant(mais pas étonnant) de constater que ceux ou celles qui remettent en question une telle autorité ont généralement tendance à lui substituer une autre parole et donc une autre autorité. La leur, le plus souvent…..

 

Voir aussi cette autre question, sur le même site : « comment entendre la voix de Dieu ? »

« Que celui qui a soif vienne » et dise « viens ! »

"Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive", dit Jésus. "Celui qui croit en (Lui), des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Écriture".(Jean 7v37-38)

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive », dit Jésus. « Celui qui croit en (Lui), des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture ».(Jean 7v37-38)

« Avec (sa) Bible et son couteau », Benoît, des « Cahiers libres », qui attend le retour du Seigneur, raconte comment, « depuis quelques mois » lui et « quelques amis » prennent « l’habitude de (se) retrouver régulièrement pour lire la Bible mot par mot ». Ils n’appartiennent « à aucune école exégétique » et ils « se foutent éperdument de savoir si l’exégèse historico-critique vaut mieux ou non que l’exégèse narrative. Sans aucune précaution méthodologique », ils « lisent avec acharnement », « mangent » la Parole[à l’instar du prophète Jérémie« en tentant de n’en perdre aucune miette ».

« Entre les lettres de Paul », elle fait « un petit détour dans le livre d’Esther » depuis le mois de décembre.
Le principe est simple : lire le passage proposé, le méditer, puis partager sa propre méditation sur le blogue dans les commentaires. L’intérêt étant de faire sa propre méditation du passage avant de lire la méditation qu’elle propose chaque jour.
Un rendez-vous mensuel autour de la Bible : ce "vieux bouquin" ou  la Parole de Dieu  ?

Un rendez-vous mensuel autour de la Bible : ce « vieux bouquin » ou la Parole de Dieu ?

Pour ma part, en parallèle de ce blogue, mon groupe d’étude et de partage de la Parole de Dieu, pour hommes de mon église locale, se réunit chaque mois, pour la sixième année consécutive, autour d’un livre de la Bible(ou du moins, une partie) qui nous occupera toute l’année. Pour 2015-2016, nous avons choisi de revenir « aux commencements », avec Genèse 1-11. Nous prenons notre temps(nous en sommes à Gen.3v1-6), dans un esprit convivial et fraternel, et sur un mode interactif, pour écouter le Seigneur nous parler.

Lors de notre première réunion de l’année 2016, l’un de nous(qui vient depuis le début « parce qu’il en a besoin ») a invité un ami-un vieux monsieur de soixante-dix ans. Lequel, actuellement « en chemin » et ayant déclaré « ne pas connaître grand chose », est venu avec l’essentiel : sa très grande soif et son énorme besoin de communion spirituelle. Sa présence nous a fait un bien fou à tous, ouvrant une fenêtre sur l’extérieur et nous rappelant qu’un groupe d’étude biblique ne saurait rester replié sur lui-même, ni garder pour lui-même ce qu’il reçoit et découvre. Le Seigneur Jésus-Christ invite d’ailleurs quiconque « a soif » à venir à Lui, et boire. Car « celui qui croit en (lui), des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture »(Jean 7v37-38)
« Celui qui boira de l’eau (qu’il lui donnera) n’aura jamais soif, et l’eau (qu’il lui donnera )deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle »(Jean 4v14).
 
A donc sa place dans de tels groupes celui qui entend cette invitation de l’Esprit : « Viens ». « Et que celui qui entend dise[à son ami, à son voisin en recherche, ouvert à la Parole] : Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement »(Apoc.22v17 cf Es.55v1-3). Et « à celui qui a soif »(et seulement à celui-là) Dieu lui donnera « de la source de l’eau de la vie, gratuitement »(Apoc.21v6)
Si ce n’est pas une invitation, ça….

« La sagesse de Salomon » ou l’art de manier « l’épée de l’Esprit »

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

Lecture de 1 Rois 3v2-14, 16-28
Le célèbre « jugement de Salomon » vient juste après sa non moins fameuse prière.
A cette époque, « le peuple ne sacrifiait que sur les hauts lieux, car jusqu’à cette époque il n’avait point été bâti de maison au nom de l’Éternel. Salomon aimait l’Éternel, et suivait les coutumes de David, son père. Seulement c’était sur les hauts lieux qu’il offrait des sacrifices et des parfums. Le roi se rendit à Gabaon pour y sacrifier, car c’était le principal des hauts lieux. Salomon offrit mille holocaustes sur l’autel »(vv2-4).
C’est à Gabaon que L’Éternel « apparut en songe à Salomon pendant la nuit » et lui dit : « Demande ce que tu veux que je te donne »(v5). Les possibilités semblaient illimitées. « Demande ce que tu veux que je te donne ». Qu’auriez-vous demandé, vous ?
Et Salomon demanda que lui soit accordé « un cœur intelligent pour juger (le) peuple (de Dieu), pour discerner le bien du mal ! Car qui pourrait juger (son) peuple, ce peuple si nombreux ? »(v9). Une demande « qui plut au Seigneur »(v10), lequel Lui donna « un cœur sage et intelligent », et en plus tout ce que Salomon n’avait pas demandé : « richesse et gloire ».

« Salomon s’éveilla. Et voilà le songe ». Il est intéressant de constater que, suite à cette visite de Dieu et suite à sa prière, « Salomon revint à Jérusalem, et se présenta », non plus devant les hauts lieux, mais « devant l’arche de l’alliance de l’Éternel »[lieu de la présence de Dieu], où « il offrit des holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces, et il fit un festin à tous ses serviteurs ». C’est « alors » que « deux femmes prostituées vinrent chez le roi, et se présentèrent devant lui….. »(v15-16)

Le cas est épineux : il s’agit de discerner qui est la mère de l’enfant vivant et qui est la mère de l’enfant mort. Salomon demande alors une épée pour trancher le litige (vv24-25), mais celle-ci ne servira pas. Elle ne sera pas utilisée « contre la chair et le sang »(Eph.6v12). L’enfant vivant ne sera pas coupé en deux. Mais comment Salomon a-t-il su qui était la vraie mère-celle de l’enfant vivant ? C’est là le paradoxe : Quand les intentions du cœur et l’esprit de la vraie mère[celle qui accepte de lâcher son enfant vivant] ont été dévoilées…par une autre épée !
Celle-ci est « l’épée de l’Esprit », « la Parole de Dieu »(Eph.6v17b), beaucoup plus efficace que la première ! Car « vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur. Il n’est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons rendre compte ». (cf Hébr.4v12-13. TOB)
Dévoiler « les intentions du cœur », c’est là l’effet et le rôle de « l’épée de l’Esprit », notre seule arme offensive(Eph.6v17b). Et ce ne sont pas ceux qui sont obsédés et aveuglés par la richesse, la puissance ou leur propre gloire, qui peuvent l’utiliser.
Mais ce sont les hommes sages, spirituels, matures, propres à discerner le bien du mal (Hébr.5v14), qui savent l’utiliser.

Apprenons donc à bien l’utiliser.

Alzaia

"Alzaia" d'Erri de Luca. "Alzaia", c’est la corde, mais aussi le lien avec l'autre, qui empêche de tomber ».

« Alzaia » d’Erri de Luca.
« Alzaia », c’est la corde, mais aussi le lien avec l’autre, qui empêche de tomber ».

Pep’s café ! est de retour, après une longue absence de deux mois, et prêt à reprendre un nouveau rythme de publication !
En guise de billet de rentrée, voici un partage de ce que je pense être « le message de Dieu (d’abord pour moi personnellement) de cet été », après une coupure bienvenue : une nécessité et un besoin de progresser dans l’écoute, l’intention(le cœur et l’inspiration-cad quel esprit nous anime), et la disponibilité, sans oublier la lutte contre tout gaspillage.
Autant de thématiques ou de domaines perçus de différentes façons en juillet-août, et qui se retrouvent, pour l’essentiel, dans « Alzaia »*, un livre d’Erri de Luca acquis le 06 juillet.

Pour l’anecdote, le premier texte découvert « par hasard »(grâce à un marque-page présent dans le livre à cet endroit !) était « avoir de l’oreille » (p24-25), invitant à l’écoute(cf Eccl.4v17, 1 Sam.15v22, Jacq.1v19) :
« Le prophète Jérémie entend la voix divine dans un “vacarme d’eaux dans les cieux”. Elie la perçoit dans un murmure après l’avoir cherchée dans le vent d’une tempête, dans un tremblement de terre et dans le feu. Cette voix se manifestait de bien des façons, mais il fallait avoir l’ouïe fine d’un prophète. Garder le silence était une condition indispensable. C’est au moment où il se tait que la voix de Dieu fait irruption dans la vie et dans le livre de Job. Tant qu’il répond à ses interlocuteurs, Dieu reste silencieux. Mais lorsque Job cesse de répliquer au dernier d’entre eux, Elihu, alors la voix de Dieu s’élève et déferle sur 125 vers.
“Silence dans toute chair”, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute. Notre ouïe moderne a été caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine. Le silence aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe. Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».
« Prêter l’oreille », écouter Dieu, mais aussi s’attacher à Lui « de tout notre cœur… » (Deut.6v5) d’autant plus qu’Il souhaite nous emmener avec Lui partout où Il va et nous montrer tout ce qu’Il fait (Jean 5v20).
Le « gaspillage » se retrouve dans des textes tels que « lambeaux » (p27-28. D’après Amos 3v12) ou « émigrants », (pp65-66)

Quant à l’impératif de discerner « l’intention » ou « l’esprit », celui qui nous anime ou qui anime d’autres, il est illustré par la parabole suivante, intitulée « Coutures » (pp51-52) :

« Un tailleur juif fut chargé par un noble de sa ville de coudre une rare pièce de vêtement dans un précieux tissu acheté à Paris. Le noble lui recommanda de réaliser un chef-d’œuvre. Le tailleur sourit et répondit qu’il n’avait pas besoin d’encouragements car il était le meilleur de la région. Son travail une fois terminé, il porta le vêtement à son illustre client, mais en échange il ne reçut que des injures et se vit accusé d’avoir gâché le tissu. Le tailleur déconcerté et humilié alla demander conseil au roi reb Yerahmiel qui lui dit à peu près ceci : «Défais toutes les coutures du vêtement, puis refais-les exactement dans les mêmes points qu’avant. Ensuite rapporte-le lui. » Le tailleur suivit l’étrange conseil et rapporta le vêtement au noble. À sa grande surprise, le seigneur parut enthousiasmé par le travail et ajouta même une prime à son salaire.

Reb Yerahmiel lui expliqua ensuite ceci : «La première fois tu avais cousu avec arrogance et l’arrogance n’a pas grâce. C’est pourquoi tu as été repoussé. La seconde fois tu as cousu avec humilité et le vêtement a pris toute sa valeur. L’intention est primordiale, plus que l’habileté, l’inspiration plus importante que la maîtrise, même dans les travaux humbles. Dans le livre des Saintes Écritures, L’Exode/Noms, Dieu, par l’intermédiaire de Moïse, confie à l’excellent artisan Betzalèl l’exécution de nombreuses tâches ` nécessaires au culte. Mais auparavant : «Il l’a rempli, de vent d’Elohim : en sagesse, en intelligence, en science pour toute sorte d’ouvrages » (35, 31). L’habileté technique à elle seule est stérile, vaine.

Pour celui qui est habitué à ne considérer que le produit fini et non la façon dont on le travaille, pour celui qui juge l’œuvre et non l’intention, ce récit est vain ».

Je rajouterai que ce n’est pas le fait de « faire » qui fait « l’être »(ou ce que l’on est) ; ce n’est pas non plus l’activité (l’activisme ?) qui fait l’accomplissement ; mais ce que nous faisons (et la façon dont nous le faisons) dépend de ce que nous sommes, ou de ce qui nous pousse. Ce n’est donc pas une simple question de « performance ».

Sur ce, bon week-end, et à mercredi prochain.

 

 

 
Notes :

* De Luca, Erri. Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002

« Ces articles[parus dans le quotidien catholique Avvenire], cent et des poussières, sont extraits du gros tas de cahiers que (l’auteur a rempli) de phrases pêchées au hasard, un peu partout ». Il les a « transcrites, poussé par un maudit besoin de collectionneur, une sorte de rétention de pensées contre la perte de la mémoire. Avec une habileté de brocanteur » il a « déniché la phrase, l’accident, l’idée ». Il y a « ajouté ensuite des choses » qu’il a « vécues. Et puis, dans une proportion toute sabbatique, une sur sept, on y trouve des pensées sur certains vers de l’Ancien Testament…. ».
Des articles, qui sont, aux dires de l’auteur, ce qu’il a « su faire de mieux »(préface, p 10). Alzaia est le nom du cordage qui sert à tirer à contre-courant depuis le rivage « une lente cargaison », des péniches et des bateaux, le long des fleuves et des canaux (pp 9-10). Dans « Cordes » (p 47), l’auteur nous apprend encore que le mot désignant l’espérance en hébreu signifie aussi corde : «Il est beau que l’espérance ait l’âme d’une corde. Elle tire, attache, fait des noeuds, peut se rompre.»
« Alzaia », c’est donc la corde, mais aussi le lien. « Et pour un alpiniste comme Erri De Luca, c’est le lien avec l’autre, et qui empêche de tomber ».

« Bereshit »

"Au commencement", c'est "deux"...

« Au commencement », c’est « deux »…

Ou ce qu’un seul mot, voire une seule lettre, peut nous apprendre….

 

« Nous traduisons d’habitude, avec assez de précision », souligne Erri de Luca dans « Noyau d’olive »*, « le premier mot de l’Ecriture sainte : Bereshit » qui équivaut à notre « en commencement » (ou « Au commencement », « premièrement »).

Noyau d'olive, d'Erri de Luca

Noyau d’olive, d’Erri de Luca

« Dans Berechit », poursuit l’écrivain napolitain, « il y a un « b » qui correspond à « en » et il y a « reshit », qui correspond plus ou moins à « commencement ». Reshit vient de rosh qui est la tête, c’est à dire une partie du corps. Elle n’indique pas un avant ou un après, une priorité temporelle. Elle indique un ordre d’importance et reshit est plus précisément la primeur**.
Pourquoi ne peut-t-il pas y avoir un avant et un après ? Parce que jusqu’à ce moment-là, il n’existait ni un avant, ni un après, le temps lui aussi est créé, il est même un effet de la création (…)
Celui qui agit, qui façonne le monde, c’est Elohim, non pas le plus solennel des noms de Dieu, non pas le tétragramme qui se manifestera plus loin (…)
Selon la tradition du commentaire biblique, le monde tient sur deux mesures : la justice et la miséricorde. Le nom Elohim préside à la justice, mais un monde fondé seulement sur la justice n’aurait pas réussi à subsister, car trop coupable.
Alors l’Ecriture intervient au terme des 7 jours de la création, le 7ème compris, pour ajouter le nom le plus sacré, le tétragramme, devant Elohim.
Ainsi avec le secours de la miséricorde contenue dans le tétragramme, le monde tient »(op. cit., pp44-46).

Nous apprenons donc ce que Dieu a fait et ce, dès le commencement. Et notamment ce qu’Il a créé en premier : la lumière, au milieu des ténèbres (Gen.1v1-3).
« Et quand Elohim dit : « ier or », « soit la lumière »(…), Il enseigne que c’est ce qu’Il dit qui fait naître la lumière et ainsi de suite tout le reste », ajoute Erri de Luca.
« Sa seule volonté muette ne suffit pas, il faut sa parole pour donner un élan à la création. Il n’existe pas d’exemple équivalent d’une importance aussi immense donnée à la parole. Nous qui en sommes ses usagers, pratiquants passifs (…), nous (la) considérons comme un (simple) mécanisme pour communiquer, mais ici Elohim est seul, il ne s’adresse à personne : la parole est directement son acte de création ». (op. cit., p 46)

Le texte nous enseigne aussi la nécessité d’être fidèle à sa propre parole.
« Et Il dit », et cela s’accomplit. Dès le commencement, Dieu témoigne qu’Il est digne de confiance. L’apôtre Jean rappelle que « la nouvelle que nous avons apprise de lui, et que nous vous annonçons, c’est que Dieu est lumière, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres. Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité. Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. » (1 Jean 1v5-7 cf Jean 1v1-5, 9-13 ; Jean 8v12).
La prière de bénédiction, en Nombres 6v22-26, dit ceci : « Que l’Eternel te bénisse, et qu’il te garde! Que l’Eternel fasse luire sa face sur toi, et qu’il t’accorde sa grâce!Que l’Eternel tourne sa face vers toi, et qu’il te donne la paix ! »

En effet, puisse Sa lumière briller sur nous et en nous, chassant nos ténèbres et que nous-mêmes soyons ces personnes « lumineuses », de parole, produisant le fruit de la lumière(Matt.5v14-16, Eph. 5v8-13)

Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains, de M.A. Ouaknin

Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains, de M.A. Ouaknin

 

Enfin, Marc-Alain Ouaknin*** relève que « la Genèse du monde et de la vie commence par la lettre « bèt », qui signifie à la fois « maison » et « deux » ».
Un « petit clin d’oeil aux deux qui font un », dont il est fait question en Genèse 2v24 (rappelé par le Seigneur Jésus-Christ en Matt.19v4-6)

 

 

 

 

 

 
Notes :

* Erri de Luca. Bereshit IN Noyau d’olive. Folio, 2006, pp 44-46

** « Primeur » apparaissant, par exemple, dans le psaume 111v10 ou dans Jérémie 2v3.

*** Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains. Points seuil, 2013(Essais), p 98

La Bible est-elle la Parole de Dieu ?

Question d’importance, d’autant plus que certains(y compris au sein du Christianisme)le nient*.

Or, si la Bible n’est pas la Parole de Dieu, il nous sera impossible, quoiqu’on en dise, de disposer d’une norme absolue**, et il sera toujours tentant(ou possible)pour d’autres de substituer à la Parole de Dieu leur propre parole…qu’ils présenteront comme « Parole de Dieu ».

D’autre part, ceux qui nient que la Bible est la Parole de Dieu, mais qui affirment « qu’elle contient la(ou des)parole(s) de Dieu » se heurtent à un écueil : comment discerner les parties « qui seraient Parole de Dieu », et celles « qui ne le sont pas »(à l’instar du double problème de faire la distinction entre ce qui est historique et ce qui relèverait du « mythe » dans la Bible) ? Avec pour conséquence le risque de dérive et d’erreur lié au choix de prendre dans la Bible ce qui nous convient pour bâtir une théologie ou une philosophie « qui nous parlera plus »***.

 

La Bible est-elle la Parole de Dieu ?

La question est essentielle, disais-je plus haut. Elle liée à celle de l’autorité, et surtout, à la raison(pratique) pour laquelle nous devons prêter attention à ce que dit cette Parole. Ceux qui débattent sans fin, pour tenter de prouver que la Bible n’est pas la Parole de Dieu, oublient généralement d’y répondre, ou, du moins, noient tellement le poisson que ce point passe sous silence.
Sur ce qu’est la Bible, il existe plusieurs passages, notamment le témoignage rendu par le Seigneur Jésus-Christ aux Ecritures*.

Mais un autre élément, découvert dimanche dernier à la lecture de « Première heure » d’Erri de Luca, est aussi intéressant à considérer. J’en suis resté sur les fesses et en ai tiré deux enseignements :

Au chapitre 4 du Deutéronome, Dieu donne un avertissement au vers 9(concernant la manifestation de Sa présence au Sinaï) : « tu n’oublieras pas les paroles que tes yeux ont vues ». Mais nous savons que sur les pentes du Sinaï, les Hébreux entendirent des mots, et non qu’ils les virent. Quelques vers plus loin, nous lisons : « et a parlé à vous Dieu de l’intérieur du feu : voix de mots vous écoutez et image vous ne voyez pas, en dehors d’une voix ». Ici encore revient une voix qui est à voir au lieu d’être écoutée. L’Ecriture ici ne confond pas les verbes, mais elle raconte une expérience prodigieuse déjà décrite dans le livre de l’Exode , là où il est écrit que le peuple voit des voix, des foudres et la voix du cor et la montagne qui fume. Dans ce vers(le v18 du chapitre 20) se mêlent sous l’unique verbe voir des choses qui concernent la vue et des choses qui devraient concerner l’ouïe. Qu’est-ce que cela signifie ?

Deux maîtres du Talmud se sont interrogés à ce propos en donnant des réponses différentes. Rabbi Ishmaël cherche le sens raisonnable et explique que le peuple voyait ce qui était visible et entendait ce qui était audible. Rabbi Akiva reste fidèle au sens littéral et explique qu’ils voyaient la voix de Dieu faite de parler de feu. Il s’appuie pour cela sur le vers du Psaume 29 où on lit : « la voix de Dieu creuse des flammes de feu », c’est à dire forme avec son souffle une écriture incandescente. C’est ce que voyaient les Hébreux au pied du Sinaï. Rabbi Akiva, soucieux de s’en tenir au sens littéral, enseigne que la véritable écoute, lorsqu’elle est intense, coïncide avec la vision. Celui qui est profondément attentif  l’impression de lire, pas seulement d’entendre, les mots qu’il écoute. Dans le désert, la voix de Dieu est si puissante, si retentissante, qu’elle brouille les sens, qu’elle cause un vertige de l’oreille interne(…). Nul ne serait encore capable d’une telle écoute. Avec la sécurité de la distance, à travers la simple écriture d’un livre, nous recevons cet avertissement : « tu n’oublieras pas les paroles qu’ont vues tes yeux ». Aujourd’hui, voir ces paroles c’est toute l’expérience que peut faire celui qui lit ces aventures sacrées, avec un peu de nostalgie pour cette voix enflammée qui bouleversait les sens de ceux qui étaient tout entiers, en chair, en os et en nerfs, tendus, à l’écoute »(« La voix écrite » d’Erri de Luca In « Première heure », Folio, pp 63-65).

 

« La morale de l’histoire » ou les deux enseignements à retirer : 

1)la Bible est bien la Parole de Dieu. Dieu le proclame Lui-même et nous commande d’y prêter une grande attention. « Ecouter » ce Dieu qui a créé le monde au moyen de sa voix, à commencer par la lumière, et qui parle, « est la première urgence, la première requête », dit encore Erri de Luca. « Lire les Saintes Ecritures, c’est obéir à une priorité de l’écoute ».(Noyau d’olive, p 43)

2)Cela, nous pouvons le lire d’un ouvrier, passionné de Bible, quoique se déclarant « non croyant », et non de la part de quelqu’un se revendiquant « chrétien » et revendiquant des années d’études ou un titre universitaire. Dieu se glorifie ainsi par ce que le monde(y compris le « monde chrétien » ?) méprise.

 

 

 
Notes :

*Il est aussi « de bon ton »(dans les milieux « branchés » ?) d’opposer Christ, que l’on veut bien reconnaître comme « la Parole de Dieu », et la Bible, « les Ecritures », que l’on dévalue ou nie être la Parole de Dieu. Justement,  comment Jésus, « la Parole (de Dieu)faite chair », considérait-il la Bible ?

Lui-même a déclaré n’être pas « venu pour abolir la loi ou les prophètes »[les deux premières sections de l’Ancien Testament], mais être « venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé » (Matthieu 5 : 17-18).

Il reconnaît la Bible comme étant :

– Divinement inspirée  : « Et Jésus leur dit : Comment donc David, animé par l’Esprit, l’appelle-t-il Seigneur, lorsqu’il dit… » (Matthieu 22 : 43).

-Parole de Dieu : distincte de la tradition humaine (« Il leur répondit : Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition ?Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.Mais vous, vous dites : Celui qui dira à son père ou à sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est une offrande à Dieu, n’est pas tenu d’honorer son père ou sa mère.Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition » cf Matt.15v3-6 ;  « Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et si l’Ecriture ne peut être anéantie » cf Jean 10v 35).

– Faisant autorité et ayant le dernier mot : « Jésus répondit : Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu 4 v4). « Jésus lui dit : Il est aussi écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu » (verset 7). « Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (verset 10).

– Comme étant vraie, la vérité : Matthieu 12 : 40, Matthieu 24 : 37, Matthieu 19 : 4-5, Jean 17 : 17, Matthieu 22 : 29…..

-Et témoignant qu’elle témoigne de Lui, et qu’elle est centrée sur Lui : « Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait » (Luc 24 : 27).

Il ne reproche pas aux religieux de son temps d’être « bibliolâtres », mais de ne pas y croire :  « Vous sondez les Ecritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi » . (Jean 5 v39-47).

Les auteurs du NT proclament eux-même que leurs écrits sont revêtus de l’autorité divine :

« Et nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles. »(1 Corinthiens 2 : 13)

« C’est pourquoi nous rendons continuellement grâces à Dieu de ce qu’en recevant la parole de Dieu, que nous vous avons fait entendre, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la parole de Dieu, qui agit en vous qui croyez. » (1 Thessaloniciens 2 : 13)

Un exemple d’attitude d’hommes du NT, face à un enseignement, serait-il « inspiré de l’Esprit » ou venant d’un éminent serviteur de Dieu : Actes 17v11(« Ces Juifs avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique; ils reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact »).

Concernant ce que l’Ecriture dit d’elle-même :
« Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice. » (2 Tim. 3v16)

etc…

**A ce sujet, relève Guillaume Bourin, « les questions dites épistémologiques que nous devons toujours nous poser sont toujours : Comment je sais ce que je sais ?, comment puis-je être sûr que ce que je crois est vrai ? » D’autre part, souligne Guillaume Bourin, « ….nous nous devons de reconnaître que lorsque Dieu communique à ses créatures, il le fait en tant que Seigneur. Il n’abandonne pas sa seigneurie lorsqu’il nous parle, et ainsi sa parole nous est donnée de façon personnelle tout en portant les marques de sa puissance absolue, son autorité et sa présence… » ( http://leboncombat.fr/pourquoi-levolutionnisme-theiste-seduit-il-certaines-franges-du-monde-evangelique-francais/#comment-4262 )

*** Daniel Saglietto relève que « lorsque l’on a saisi que le texte biblique signifie exactement ce qu’il dit, alors l’ultime recours est de remettre en question la légitimité épistémologique du texte biblique(…)Cette approche est en fait un écho de la position libérale du XXe siècle qui ne pouvait ni supporter le fait de dire que les écrits canoniques sont Parole de Dieu, ni accepter que la Bible puisse correspondre de façon objective à la réalité ».

Voir la suite de l’excellent article de Daniel Saglietto sur le blog « Le Bon Combat », à propos de ce qu’est la Bible : http://leboncombat.fr/parole-dieu-parfaite/

 

Ô homme, que fais-tu de ton esprit ?

« Parole de l’Eternel qui a déployé les cieux, fondé la terre et formé l’esprit qui anime l’homme… »(Zach.12v1. Version du Rabbinat français)

Ce passage est à replacer dans son contexte, bien entendu. Mais arrêtons-nous un instant sur ce verset.
Il nous apprend Ce Qui Est au commencement.

Au commencement, Dieu.
Il est nous ici présenté comme le créateur des cieux et de la terre. Et comme le créateur de l’homme. Celui qui a « formé l’esprit de l’homme » ou qui « forme l’esprit de l’homme au-dedans de lui ».
Dieu est donc Celui qui a créé, donné un cadre de vie à l’homme.

Que faisons-nous de ce cadre de vie, nous, hommes ?

Dieu est aussi Celui qui a formé l’esprit de l’homme. L’esprit, pour permettre à l’homme d’être en communion, en relation avec Dieu.
Dieu a donc créé l’homme pour qu’il Le connaisse personnellement.

Que faisons-nous de cet esprit, nous, hommes ?

On notera enfin que ce verset commence par « Parole de l’Eternel… »

« Au commencement était la Parole »-cette Parole créatrice-« et la Parole était Dieu », lisons-nous enfin dans Jean 1v1(et ss).

Que faisons-nous de cette Parole, nous, hommes ?
Y prêtons-nous attention ? Elle est descendue jusqu’à nous et a habité au milieu de nous, lisons-nous encore dans Jean 1v14.

Lectrice, lecteur, l’as-tu accueillie, cette Parole ?