« Inculture au poing » : Qu’est-ce que la Bible ? Un moyen de grâce

La Bible est « un moyen de grâce », « dans la logique de l’incarnation ; « un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit » (Source : Rawpixel)

« Qu’est-ce que la Bible, et comment comprendre sa nature spécifique qui, selon les confessions chrétiennes, lui donne un rôle unique parmi tous les autres livres ? » questionne Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à la Faculté de théologie protestante (Strasbourg), lors du 4ème Forum annuel des Attestants qui s’est déroulé à Paris, le 2 février 2018, sur le thème : Qui parle ? Quand nous lisons la Bible… « Pour (nous permettre d’)avancer », il nous pose « une autre question, plus facile peut-être : dans une dogmatique chrétienne, où placer notre question, à savoir celle de la Parole de Dieu ? Dans les « prolégomènes » ? dans la pneumatologie ?

Les prolégomènes traitent des méthodes de la dogmatique. Ils présentent l’Écriture Sainte comme critère de la dogmatique, étudient la relation Parole-Écriture et proposent une réflexion herméneutique.

La pneumatologie parle de l’Esprit Saint comme un sujet agissant qui opère ses œuvres dans le croyant.

Si nous plaçons la réflexion sur la Bible dans le cadre de la pneumatologie, nous indiquons toute de suite que la Bible est un moyen par lequel l’Esprit de Dieu s’exprime. Les anciens dogmaticiens parlaient à cet endroit de certains moyens de l’Esprit : les moyens de grâce »

Une telle expression ne se trouve pas dans la Bible mais, précise Jean-Philippe Bru, professeur-coordinateur de théologie pratique à la Faculté Jean Calvin (Aix-en-Provence), « elle est utilisée pour désigner les moyens extérieurs (« humainement perceptible ») que Dieu a choisis pour communiquer sa grâce à son peuple ». Et « bien qu’une définition large puisse inclure des moyens comme l’Église, la prière ou la communion fraternelle, la définition traditionnelle en limite le nombre à trois : la Parole et les sacrements (c’est-à-dire le baptême et la cène). Cette définition stricte fait une distinction entre « moyen » de grâce et « fruit » de la grâce ». En effet, « bien que Dieu puisse se servir de la prière et de la communion fraternelle pour nous fortifier, elles sont d’abord des fruits de la grâce, alors que la Parole et les sacrements sont d’abord des moyens par lesquels Dieu fortifie son peuple ». Une distinction pertinente, vu que, selon Jean-Philippe Bru,« chez les évangéliques, ce n’est pas le sacramentalisme qui menace la suffisance des moyens de grâce, mais une certaine confusion entre les moyens de grâce et les fruits de la grâce »

D’autre part, souligne Karsten Lehmkühler, ces « moyens de grâce que sont la Parole et les sacrements peuvent même devenir les notions clé dans la définition de l’Église, laquelle Eglise, selon l’article 7 de la Confession d’Augsbourg « est l’assemblée des saints, dans laquelle l’Évangile est enseigné dans sa pureté et les sacrements sont administrés dans les règles.» 

Un tel « moyen de grâce » est toujours une donnée de ce monde, accessible pour nos sens, comme l’eau du baptême ou le pain et le vin de la Sainte cène. Ainsi, les théologies luthérienne et calvinienne soulignent (toutes deux !) que dans le sacrement, une réalité corporelle devient véhicule d’une réalité spirituelle, à savoir porteuse de salut offert par Dieu. Les données de la création sont ainsi valorisées : la matière physique est nécessaire pour pouvoir célébrer le sacrement, puisque ce sont la matière (elementum) et une parole divine (verbum) qui se marient et qui constituent le sacrement : « Sacramentum est invisibilis gratiae visibilis forma », le sacrement est la forme visible d’une grâce invisible. Il en va de même pour la Bible comme Parole de Dieu : il s’agit d’un moyen de notre monde ici-bas, relevant du concret (un texte, un livre, et surtout une voix humaine qui lit ce texte ou qui fait une prédication sur ce texte : « viva vox »). C’est donc un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit.

Ainsi la Parole de Dieu peut être comparée à l’incarnation et aussi aux sacrements. On pourrait parler ici d’une logique de l’incarnation : Dieu assume la concrétude du monde créé ; il s’en sert pour entrer en relation avec nous ».

Question subsidiaire : si la Bible est « un moyen de grâce, dans la logique de l’incarnation », est-il cohérent et pertinent de la lire sur téléphone/en ligne, pratique dématérialisée et désincarnée s’il en est ? 😉

A vous la parole !

 

Retour sur le forum 2019 des Attestants : « qui parle, quand nous lisons la Bible ? »

« La Bible a été écrite par plusieurs et inspirée par un seul. Quand nous la lisons, nous l’interprétons différemment. Comment retourner aux Écritures en repérant et levant ensemble des obstacles à l’accueil d’une Parole de Dieu ? »

« Qui parle, quand nous lisons la Bible ? » « Nous », quand nous la faisons parler et dire ce que nous voulons qu’elle (nous) dise ? Ou « elle », quand nous la laissons (nous) parler et faire autorité dans nos vies ? 

Tel était le thème du 4ème Forum des Attestants qui a eu lieu le samedi 2 février 2019 au Palais de la Femme (Armée du Salut) à Paris, et auquel j’ai eu la joie de participer en tant que « sympathisant ». 170 personnes représentant une cinquantaine de paroisses EPUDF (Eglise Protestante Unie de France), plus quelques attestants belges [« l’Unio Réformata » de l’EPUB], étaient réunis. Nous nous sommes entretenus ensemble dans la convivialité, la joie et la simplicité au sujet de la problématique suivante : 

La Bible a été écrite par plusieurs et inspirée par un seul. Quand nous la lisons, nous l’interprétons différemment. Comment retourner aux Écritures en repérant et levant ensemble des obstacles à l’accueil d’une Parole de Dieu ? 

Un thème qui ne saurait étonner, quand on sait que le Mouvement des Attestants « est né en 2015 du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ».

De fait, les Attestants « enracinent leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne n’exclut pas mais implique une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie »

L’orateur invité et principal intervenant était Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à l’université de Strasbourg, faculté de théologie protestante.  Ses thèmes de recherche sont en rapport avec Anthropologie théologique, Questions de bioéthique, « Amélioration de l’homme » (Human enhancement), Théologie comparée des religions, La théologie de Dietrich Bonhoeffer, Ethique de la parole.

Il a donc été question de la Bible, à la fois « parole d’hommes » et « Parole de Dieu », laquelle Bible n’est pas un objet de recherche mais « un moyen de grâce », dans la logique de l’incarnation, avec ses faiblesses et limites, utilisé par le Saint-Esprit pour se faire connaître.

Il a été notamment rappelé que la Bible est « loi et Evangile », en ce qu’elle « interpelle, exige, accuse, encourage et console », et qu’elle est claire et efficace en tant que Parole de Dieu.

En tant que chrétiens confessants, nous avons été également encouragés, outre à discerner « les désaccords [d’interprétation] que nous pouvons supporter sans nous séparer », à rester ensemble, dans le cadre de la communauté – l’Église – pour lire la Bible, ces textes inspirés qui nous forgent, et pour chercher ensemble ce qui est clair dans les Ecritures.

En cela, Les Attestants, qui ont choisi de rester au sein de l’EPUDF, plutôt que d’en partir pour rejoindre les Evangéliques ou fonder une nouvelle dénomination, illustrent ce cheminement possible.

Enfin, lors d’un temps d’atelier où nous avons été invités à discuter ensemble de « La Bible dans ma vie et dans mon (église) locale », il est ressorti du mien la stimulante piste de dialogue suivante : et pourquoi ne pas exposer sa compréhension personnelle des Écritures bibliques – comment me fait-elle vivre – en sollicitant le témoignage de mon interlocuteur sur ce point, plutôt que de rester dans un seul débat dogmatique et de doctrine ?

 

Découvrir le programme détaillé du forum sur le site des Attestants.

Le forum en vidéos sur la page Facebook des Attestants.

Prédication de Michel Block lors du culte du forum : « Dans notre rapport aux Ecritures, quel type de serviteurs sommes nous appelés à être ? Fidèles ou… inutiles ? » Un texte de l’Evangile « pas compliqué » mais « difficile » à entendre !

Le texte complet de la prise de parole du professeur Karsten Lehmkühler ici.

Découvrir mes articles sur les Attestants ici.

 

 

 

Quand la Toute-Puissance de Dieu le rend libre de répondre « non »

Une compréhension de la souveraineté et de l’omnipotence suppose que « si je peux faire quelque chose, je dois le faire »…..Or, nous pouvons aussi répondre « non » à la question : « suis-je obligé de faire ce que je peux faire ? »

Deux questions, parmi d’autres, exhumées sur le site « 1001 questions », mais ayant un rapport avec les priorités et les impératifs de Dieu, et sur ce que signifient « souveraineté » et « omnipotence ».

Ainsi, « Jésus exhortait ses disciples à guérir et chasser les démons comme lui-même le faisait, pourquoi ne nous a-t-il pas appelé aussi à changer l’eau en vin et à marcher sur l’eau ? »  

Parce que « pour Jésus il y a des impératifs de plus ou moins grande importance. Celui qui revient le plus souvent (plus souvent même que le commandement d’amour), c’est d’annoncer que « le Royaume de Dieu s’est approché (de nous/vous) ». Et cette annonce majoritaire est adjointe régulièrement, dans l’ordre d’occurrence des plus importantes, de ces mentions : 1. Guérissez les malades, 2. Chassez les démons, 3. Purifiez les lépreux et ressuscitez les morts. Viennent ensuite toutes les autres, comme laver les pieds des autres croyants, prendre un repas en mémoire de lui, baptiser les personnes, même issues des nations non juives, aimer les ennemis, etc….Jamais il ne demande de changer l’eau en vin ni de marcher sur l’eau. Peut-être parce qu’il a concédé à le faire juste pour signifier sa puissance. Mais que ce qu’il nous demande, c’est de faire des choses significatives pour les autres, qui portent un fruit immédiat dans leur vie. C’est certainement pour cela qu’il insiste sur l’évangélisation, la guérison, la libération ».

Ensuite, si « Dieu est souverain, son omnipotence signifie-t-il qu’il planifie et contrôle toutes choses ? » En clair, qu’il serait « au contrôle », selon l’expression trop souvent entendue ? 

La question posée renvoie à « une compréhension de la souveraineté et de l’omnipotence qui suppose que si je peux faire quelque chose, je dois le faire ». Mais cette façon de voir « est liée à notre condition humaine, justement marquée par l’impuissance à tout faire, et tenté par la réponse technicienne du contrôle absolu sur tout ce qui m’entoure.

La Toute Puissance de Dieu le rend justement libre de répondre « non » à la question : Suis-je obligé de faire ce que je peux faire ? »

« Foireux liens » de janvier (31) : couvertures médiatiques

Les « Foireux liens » de janvier 2019 : des débats, des interrogations métaphysiques, philosophiques et éthiques…

Janvier se termine avec une nouvelle édition de nos « Foireux liens ». Au menu, des débats, des interrogations métaphysiques, philosophiques et éthiques….Bonnes lectures et bonnes réflexions pour de bonnes actions !

1)En quête avec les mages

 Alors que nous entrons dans une nouvelle année, Philippe Golaz nous invite à faire ensemble un bilan de santé spirituelle. En nous appuyant sur le récit des mages (Mt 2:1-12), voici 4 questions pour commencer la nouvelle année.

2) Pour 2019, acceptons d’être fragiles

Pour le philosophe Olivier Abel, il nous faut sortie de la triple ornière sécuritaire, consumériste et identitaire.

3) 2019, quelle réforme sur la loi de 1905 ?

La loi de 1905 est une loi en 44 articles. Ce sont les articles 18 à 44 qui spécifient le régime des cultes, et qui devraient changer. Au cœur de la réforme proposée par l’exécutif : l’argent. Au final, quels avantages pour une nouvelle forme de contrôle ?

Voir aussi : https://www.lejdd.fr/Politique/laicite-macron-veut-modifier-la-loi-de-1905-et-voici-comment-3793988

4) La question métaphysique du mois : Peut on encore décider et avons nous le libre arbitre ?

« ….puisque l’intelligence artificielle et nos applications qui nous mesurent prennent une importance dans nos choix de vie, peut on encore décider et avons nous le libre arbitre ? Le sujet est subtil car en tant qu’être humain nous pensons maîtriser les choses ».

5)La question métaphysique du mois (bis) : « qui suis-je , » et « qui est Dieu ? »

Ou si dans un mot fléché, on vous demande « Crise d’identité en 5 lettres », essayez « Moïse » !

6) La question philosophique du mois : Que penser de la « violence institutionnelle »? Ou nous faut-il condamner les violences – qu’elles soient « jaunes » ou « bleues » ? Salutaire, quand un supposé « philosophe médiatique »  donne son sentiment sur les émeutes de Gilets jaunes sur Radio classique, le 07/01/19, de la façon sidérante suivante : « que (les policiers) se servent de leurs armes une bonne fois, écoutez, ça suffit ! » et « on a, je crois, la quatrième armée du monde : elle est capable de mettre fin à ces saloperies, faut dire les choses comme elles sont ! »

7) « La République des RIC » ou « Gilets jaunes » et Référendum d’Initiatives Citoyenne

Partie d’une opposition à la taxation des carburants, la protestation des « gilets jaunes » a débouché sur la revendication de référendum d’initiative citoyenne (RIC). Les médias y ont trouvé un nouveau sujet pour nourrir les antennes. Les partis politiques ont approuvé ou réservé leur réponse. Qui oserait dire tout haut qu’il s’oppose à la participation la plus directe, la plus étroite des citoyens à la chose politique ? Nul élu ne s’y aventurerait alors qu’il dépend des électeurs. Ni même les médias, qui voient les citoyens sous l’espèce de consommateurs. On voudrait bien qu’il s’agisse de propositions sincères, reposant sur des conceptions rigoureuses d’un progrès démocratique. On craint qu’il ne s’agisse souvent que d’opportunisme, de concessions pour calmer la protestation, comme autrefois les commissions d’enquête parlementaire. Il ne faudrait pas cependant oublier l’hostilité traditionnelle des républicains français à la procédure référendaire.

8) Grand débat national

La violence constatée en France depuis plusieurs semaines pousse le gouvernement à organiser un grand débat national (le tout premier dans notre pays), dont il a choisi d’imposer les sujets : fiscalités et dépenses publiques, organisation de l’Etat et des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté. Il se tient du 15 janvier au 15 mars 2019. Cela servira-t-il à quelque chose, vu, comme le précise le porte-parole du gouvernement, qu’il ne s’agira pas « de revenir sur des avancées dans notre droit, que ce soit l’IVG, la peine de mort, le mariage pour tous » ? Et quand, par exemple, le gouvernement « réduit la question environnementale à des choix binaires »A quoi peut bien ressembler « cette liberté d’expression sans expression libre ? » se questionne le CPDH. 

9) Impact sur l’environnement d’un Internet quotidien : des chiffres aux gestes

Depuis une dizaine d’années, les études relatives à l’impact environnemental des technologies numériques de l’information et de la communication se multiplient. Les effets bénéfiques de ces technologies sur l’environnement sont mis en avant, certes, mais plus globalement c’est l’impact négatif qui revient, les effets bénéfiques apparaissant comme particulièrement maigres.

10) Arrêt sur images interpelle la direction de BFMTV

Arrêt sur Images s’est procuré le compte-rendu d’une réunion entre des représentants des journalistes et la direction de BFMTV qui remonte à fin novembre. Les tensions sur la couverture des Gilets jaunes étaient déjà vives, mais les attentes de la rédaction sont restées quasiment lettre morte.

11) Des patients et des soignants furieux de la couverture médiatique de leur journée d’action 

Le 22 janvier, des centaines de soignants de la psychiatrie et des membres d’associations de patients manifestaient à Paris pour demander des moyens et du personnel pour le soin psychiatrique. Cela fait des mois qu’un mouvement social d’ampleur secoue le secteur. Les initiateurs de ce mouvement se disent « furieux du traitement médiatique qui a été réservé à la manifestation nationale » du 22 janvier. Ils regrettent la mise en avant dans les médias de psychiatres partisans d’une psychiatrie centrée sur le médical, les médicaments et les neurosciences alors même que les participants au mouvement privilégient une idée du soin basé sur le lien social. Basta ! publie ici leur tribune.

12) Italie : le techno-populisme au pouvoir

Le Mouvement 5 étoiles, aujourd’hui au pouvoir en Italie, a fait du numérique le cœur de son projet politique, avec la promesse d’émanciper le plus grand nombre grâce aux technologies numériques. Quels sont les ressorts et les limites de ce « digitalisme politique » ?

13) Brésil : la vague réactionnaire. Entretien avec João Sette Whitaker Ferreira ou « Bolsonaro n’est pas un président d’extrême droite », mais….

Absence de culture politique, faiblesse des institutions, poids des inégalités et de la corruption : l’urbaniste João Whitaker expose dans cet entretien les causes de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite au Brésil.« (Bolsonaro) n’a pas de vision politique cohérente. Il porte un projet ultra libéral, car le principal artisan de sa campagne a été Paulo Guedes, un Chicago boy qui est devenu son « super ministre » de l’Économie. Il porte un projet ultra légaliste, car il a nommé Sérgio Moro, le juge responsable de l’opération anti-corruption Lava Jato et de l’emprisonnement de Lula, « super ministre » de la Justice. Et il porte le projet nationaliste et développementaliste des militaires. Ces trois groupes poursuivent des intérêts distincts et en partie contradictoires. Bolsonaro, lui, n’est rien. Il est parvenu au pouvoir grâce à un concours de circonstances et une grande habilité à manipuler. Sans compter la fraude électorale, avec l’achat d’envois massifs de messages sur le réseau social WhatsApp par des entreprises privées ».

14) « Quand Trump débite des âneries pendant le shutdown, ne croyez pas qu’il ne sait pas ce qu’il fait »

Le plus long shutdown* de l’histoire des USA (qui a débuté le 22/12/18) est terminé, au moins pour les trois prochaines semaines. Mais ne nous en méfions pas moins « des contes de fées racontés par de vieux bonhommes », lesquels appellent de leurs voeux une Amérique où tout le monde se débrouillerait avec l’aide du voisin (et où « il n’y aurait qu’à » collaborer avec « son épicier affable » et les banques), mais sûrement pas avec celle du gouvernement fédéral ; des contes de fées illustrant une vision d’un monde « divisé en deux catégories » : d’un côté de l’élite, les «personnes qui font», c’est-à-dire qui travaillent et gagnent bien leur vie, et de l’autre des «personnes qui prennent», comprendre « ces assistés » qui dépendent de l’aide publique pour vivre. 

* « shutdown » ou « fermeture » : mesure prévue par la Constitution américaine lorsque le Congrès ne parvient pas à voter le Budget. Le gouvernement américain est alors en incapacité de payer son administration. Les fonctionnaires « qui ne sont pas essentiels » sont mis au chômage technique et les agences fédérales sont paralysées. Avec des conséquences bien réelles pour de nombreux Américains. Environ 800,000 employés fédéraux se sont retrouvés au chômage technique ou, pour ceux dont le travail est considéré comme essentiel, sont obligés de travailler sans être payés. les principales agences concernées étaient : Département de la Sécurité Intérieure, Département d’Etat, Département de la Justice, Département du Trésor, Département du Commerce, Département du Logement, Département de l’Intérieur, Département des Transports, Département de l’Agriculture, Agence de protection de l’environnement, Food and Drug Administration et NASA. Le président Trump avait réclamé auprès du Congrès (qui a refusé) 5,7 milliards de dollars pour financer sa promesse de mur. 

15) Le Bon combat : Justifications suite à la polémique sur la photo de Marcello Tunasi

Mardi 08 janvier, paraît sur Le Bon Combat un épisode de Coram Deo, intitulé « Le pasteur superstar en question », portant sur « les défis du pasteur qui expérimente succès et célébrité, et sur les défis de celui qui n’expérimente pas ». Cependant,  fallait-il “dépersonnaliser” l’article en y mettant une photo neutre, ou choisir de l’ »incarner” en y plaçant la photo « d’un pasteur objectivement célèbre, puisque le thème du podcast s’étend largement sur la notion de célebrité pastorale » ? Guillaume a « choisi la deuxième option, un procédé courant sur Le Bon Combat (et ailleurs) qui rend les articles “tangibles” pour de nombreux auditeurs », ce qui a fait couler beaucoup d’encre numérique et suscité un certain nombre de réactions que ce le pasteur-théologien blogueur a estimé « disproportionnées ». Ce dernier revient sur cet incident pas si étrange dans un billet aux allures de justification. Car, quoiqu’il en dise (« non, ce n’est pas du clickbait -« piège à clics » ou « appât à clics »- mais de la personnalisation »), ce procédé soulève tout de même un problème éthique de taille, pourtant absent de l’argumentaire de G.B. : Le droit pour chacun au respect de son image, avec la possibilité de s’opposer à être photographié ou à voir sa photo postée sur Internet.

Aux lecteurs de juger…

Aller plus loin : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/09/20/le-pseudonymat-nest-pas-un-anonymat/

Voir aussi l’émission « le Pasteur superstar en question »laquelle m’inspire la réflexion suivante : Sans parler de la remise en question du modèle « pasteur célébrité » (vs « pasteur ordinaire »), ne conviendrait-il pas de s’interroger plutôt sur la tendance des Eglises protestantes et évangéliques à se polariser sur le pasteur comme centre du ministère, contrairement aux idées de bases de la Réforme sur le sacerdoce universel et la diversité des ministères ?

16) La Commission pour la paix des Eglises mennonites de France a préparé un Dossier pour animer un culte « Du bon usage des nouvelles technologies de communication dans la vie de l’Eglise locale ».

17) Cartographie des formes de spiritualités chrétiennes

Olivier Keshvajee, « le théologeek », fait son grand retour dans la blogosphère. Il nous partage notamment une cartographie de formes de spiritualités chrétienne, nous expliquant pourquoi il cherche à la développer, et dans quel état d’esprit il compte l’utiliser. 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en mars.

 

La Déconstruction de l’homme : un ouvrage collectif sur les enjeux du transhumanisme

« La Déconstruction de l’homme » : un livre écrit par des chrétiens, qui n’est pas destiné aux seuls chrétiens, mais « aux hommes et femmes de bonne volonté »…

Alors que nous venons de fêter l’incarnation de Dieu, lequel s’est exposé et abaissé en se faisant homme et en demeurant parmi nous, à l’occasion de Noël, « La Déconstruction de l’homme » est un livre événement réjouissant.

Il s’agit d’un ouvrage collectif sur les enjeux du transhumanisme (l’homme voulant « s’augmenter » par la technologie et « se faire Dieu », avec une seule loi : « No limit » ), réalisé – c’est une première – à l’initiative et sous la direction d’un évangélique, Eric Lemaître(1), socio-économiste et auteur principal associé à d’autres contributeurs. Commencé en 2016 et achevé en 2017, il est paru aux Editions La Lumière le 12 octobre 2018. 

Eric, avec lequel je suis entré en contact l’an dernier, grâce à Alain Ledain, un ami commun, me l’a gracieusement offert : qu’il en soit remercié !

Ce livre, écrit par des chrétiens, n’est pas destiné aux seuls chrétiens, notamment ceux fascinés par la technologie, mais « aux hommes et femmes de bonne volonté », interpellés par des enjeux contemporains non pas « moraux » mais d’une question de vie ou de mort : la nature et l’avenir de l’homme, créé à l’image de Dieu !

L’ouvrage traite premièrement des « fondements philosophiques de la Déconstruction », avant d’aborder « les révolutions de la Déconstruction » (révolutions anthropologique, sociétale, économique, technologique, écologique), pour terminer par des « conclusions et perspectives »(2).

Le livre « La Déconstruction de l’homme », stimulant par la réflexion qu’il suscite, « n’est pas original en soi » (de l’aveu d’Eric Lemaître) quant à la thématique traitée, puisque des dizaines d’ouvrages ont déjà été publiés sur le sujet. La dimension inédite du livre tient à cette lecture collective et plurielle (pluridisciplinaire) du phénomène, impliquant plusieurs auteurs chrétiens issus des mathématiques, de la physique, de la génétique, de la socio-économie et de la philosophie. Il apporte aussi une réflexion théologique particulièrement poussée, soulignant à quel point les Écritures bibliques nous éclairent sur la condition de l’homme (post)moderne. 

« La Déconstruction de l’homme » nous donne une vision globale d’un phénomène totalisant (puisque « colonisant » l’être humain et son quotidien), montrant en quoi « tout est lié », et pourquoi il n’est pas pertinent de séparer/cloisonner certaines thématiques faisant habituellement l’objet de luttes isolées, qu’il s’agisse de la bioéthique, de la famille et du mariage, du numérique, de l’économie, de la consommation et de l’écologie. 

Ce livre bienvenu, d’un auteur « éveilleur des consciences », nous invite également à questionner la notion même de « progrès » et de ce qui est souhaitable et juste, à l’heure où il semble possible à l’homme « de tout faire » pour dépasser sa finitude. En cela, il dénonce fort à propos toute tentative et illusion de manipuler et de fuir le réel. A ce sujet, ne manquez surtout pas le magnifique texte d’Alain Ledain contenu dans l’ouvrage et intitulé « Renoncer à la toute-puissance et plaider pour la fragilité ». 

Toutes ces « révolutions de la Déconstruction » de l’homme sont bien inquiétantes, vu qu’il s’agit là, non d’une perspective pour demain, mais bien la réalité d’aujourd’hui. Mais comme l’explique Eric Lemaître, lors d’un entretien exclusif paru sur ce blogue, il nous est encore permis d’espérer. Son « livre n’est pas pessimiste », puisqu’« il offre au contraire une feuille de route pour ne pas subir le diktat imposé par la domestication engagée par les idéologies et les objets numériques, qui redéfinissent et remodèlent l’homme, conditionnent aujourd’hui notre existence ».

A noter ce curieux procédé, à savoir les interventions de l’éditeur sous forme de « Notes de l’éditeur » en bas de pages, exprimant « des nuances » et « (modulant) les convictions de l’auteur ». Certes, lesdites « nuances » ont été prises en compte par Eric, lequel tient à favoriser un débat constructif. Néanmoins, ces commentaires critiques – certains utiles, pertinents et éclairants – nous ont paru être de nature à rationaliser et à relativiser les propos d’Eric Lemaître, principalement sur les questions du réchauffement climatique. Une situation paradoxale, vu que « l’éditant » (ou l’éditeur) devrait normalement s’effacer derrière l’(auteur) édité !

Ceci dit, ce constat n’enlève en rien à la qualité de l’ouvrage, particulièrement recommandable. L’important étant avant tout le texte, sans la glose de l’éditeur, il appartient au lecteur de se laisser interpeller et de se forger sa propre opinion. L’important aussi, de l’aveu d’Eric, est de faire vivre un livre sans cesse « en mouvement »(3), en nourrissant des rencontres – du lecteur à l’auteur et inversement – « pour témoigner, interagir et incarner une véritable relation de face à face ».

Bref, prenez le temps de lire ce livre, qu’il est possible de se procurer à cette adresseSans oublier l’essentiel : prendre le temps de discuter ensemble des enjeux soulevés et d’agir de manière concrète et cohérente, selon de ce que nous aurons compris.

 

 

Notes :

(1) Eric est auteur de plusieurs autres ouvrages co-écrits avec Alain Ledain et d’autres auteurs : « Masculin et/ou Féminin : Peut-on choisir » publié en 2014 par la maison d’Editions FAREL et « Vers une société d’Uniformisation » publié par Ethique Chrétienne en 2015 qui préfigurait la sortie de l’essai « La Déconstruction de l’homme ». Il a contribué à plusieurs blogues (« Ethique sociale chrétienne », « Phileo-sophia »…) et anime actuellement son propre blogue « la déconstruction de l’homme » (partenaire avec Pep’s café) depuis juin 2018

(2) Plan du livre :

Première partie :

Les fondements philosophiques de la déconstruction 

1 – Un monde en mutation
2 – Critique du progressisme
3 – L’apparition du transhumanisme !
4 – Racines philosophiques et théologiques du transhumanisme
5 – Les humus du transhumanisme
6 – Les enjeux de la civilisation transhumaniste
7 – Le transhumanisme, une entreprise de déconstruction spirituelle
8 – Le transhumanisme, une vision et un système totalisants
9 – Le transhumanisme et la doctrine de la création
10 – Le transhumanisme, l’inversion théologique de l’anthropologie chrétienne

Deuxième partie :

Les révolutions de la déconstruction 

La révolution anthropologique 

11 – La révolution anthropologique : le concept de genre et ses conséquences bioéthiques
12 – La France in Vitro ou les États généraux de la bioéthique
13 – La révolution génétique, le nouvel eugénisme
14 – L’Europe a-t-elle enterré ses démons ?
15 – Le transhumanisme ou la fin de la femme ?
16 – La famille, le changement de paradigme

La révolution sociétale 

17 – Transhumanisme et révolution sociale
18 – Vers une nouvelle organisation sociale
19 – Transhumanisme et vision politique, la fin du modèle institutionnel
20 – La société iconoclaste, la nouvelle culture numérique
21 – Les mondes numériques et virtuels deviendront-ils demain des univers occultes ?

La révolution économique 

22 – La nouvelle vision économique du monde numérisé
23 – La dématérialisation de la monnaie, une quadruple menace géopolitique, économique, écologique et sociale
24 – Le culte de la consommation
25 – Babylone, la civilisation du nombre
26 – Serons-nous demain «biopucés» ?

La révolution technologique 

27 – L’avènement de la « singularité » technologique
28 – L’intelligence artificielle et le transhumanisme
29 – L’intelligence artificielle, fascination et déshumanisation
30 – Le fantasme de l’intelligence artificielle consciente
31 – Le « despotisme éclairé » de la technique

La révolution écologique 

32 – Ecologie et transhumanisme

33 – Renoncer à la toute-puissance et plaider pour la fragilité

34 – Vision sociale et économique dans une perspective biblique

 Conclusion et perspectives 

 

(3) A noter qu’une deuxième édition est en cours incluant de nouveaux chapitres, notamment une troisième partie qui s’intitulera « Alternatives » avec toute une réflexion sur l’économie de proximité et l’écologie repensée. La deuxième édition intégrera également une note de lecture pour présenter la nouvelle édition et permettre la digestion de l’essai, la bonne compréhension touchant à l’articulation de l’ouvrage en trois parties (Les fondements philosophiques du transhumanisme, les quatre révolutions transhumanistes et enfin une dernière partie consacrée aux solutions et à la nécessité de faire résilience face au monde des objets numériques). Le livre sera à nouveau préfacé par le philosophe Bertrand Vergely, lui même spécialiste du transhumanisme… Plus d’informations ici.

Peut-on être un « chrétien en colère » ?

Pour une juste et bonne compréhension (et expérience) de la colère, laquelle est premièrement notre colère…

« Chrétien en colère » de David Powlison (1) est un édifiant anti-manuel de développement personnel. Il traite de la colère [laquelle est en réalité notre colère], avec ses nuances – irritation et amertume – et nous explique « ce que Dieu veut en faire ». En cela, il bouscule nos représentations sur ce sujet universel et toujours d’actualité, nous invitant à prendre du recul sur nos propres objections [les « oui mais si… »], qui ne manqueront pas à la lecture de ce livre.

En effet, beaucoup pensent (et les chrétiens les premiers !) que la colère ne peut être que mauvaise et qu’il convient de s’en débarrasser. En réalité, souligne David Powlison, la colère est une capacité que le Seigneur a mise en nous, pour combattre le mal. A nous de l’orienter sur les bons objets et non contre les autres, contre soi ou contre Dieu.

Une pertinente « invitation au voyage » intérieur, voyage d’exploration périlleux [et plutôt long] s’il en est, dans ce livre plus théologique que psychologique : Au final, une meilleure vision du Dieu vivant et véritable, en qui se trouve la puissance de transformer notre propre colère (souvent mal dirigée) à l’image de la Sienne : juste, bonne et parfaite. Plus encore, il nous donne une raison d’espérer et de nous réjouir, puisque la colère aura une fin : « là où il n’y a pas de mal, il n’y a pas de colère » et « partout où l’amour, la joie, [la justice] et la paix règne, il n’y a pas de place pour la colère »(op. cit., p 303).

 

Note :

(1) »Chrétien en colère : ce que Dieu veut faire de votre colère, irritation et amertume »[« Good and Angry : Redeeming anger, irritation, complaining, and bitterness »], de David Powlison. BLF, 2018. Voir sur le site de l’éditeur, que je remercie pour m’avoir envoyé gracieusement le livre.

 

« Intégration biblique » dans les écoles chrétiennes : quelles finalités ?

L’école est le lieu où l’on apprend à penser (…) par soi-même, non seulement pour devenir un être responsable et autonome mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que « le petit d’homme » va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel.

L’une des questions que la plupart des personnes (chrétiennes ou non-chrétiennes) posent à Renaud (1) concerne l’enseignement de la Bible et la place de Dieu dans son enseignement et dans sa salle de classe. Une question tout à la fois primordiale pour lui et complexe, sur laquelle il revient régulièrement pour tenter « de la formuler, de la comprendre, et de l’approfondir ». Il a d’ailleurs écrit à ce sujet un article intitulé « l’intégration biblique » dans les écoles chrétiennes, paru le 09 février 2018 sur Le Bon Combat et dans lequel il tente de nous expliquer ce que l’intégration biblique n’est pas, tout en proposant des pistes pour nous aider à mieux discerner, en pratique, ce qu’elle pourrait être véritablement.

Voici quelques réflexions suscitées par son article. L’enjeu étant d’anticiper les écueils à éviter lorsque nous abordons la question de l’intégration biblique dans les écoles chrétiennes en particulier, ainsi que la question de la finalité de telles écoles (qui sont avant tout des écoles, ne l’oublions pas) en général :

Ainsi, Renaud estime que « Les matières académiques viennent en renforcement du temps biblique pour qu’ils apprennent à véritablement connaître qui il est. Il faut donc toujours partir de Dieu et rechercher les principes bibliques qui se trouvent derrière chaque matière scolaire. Pourquoi étudions-nous l’histoire ? Parce que Dieu est le Dieu qui agit par le biais de sa Providence au milieu de l’histoire des hommes. Il est le Dieu trinitaire qui s’est incarné et qui, à un moment bien précis, est carrément entré dans notre histoire. Pourquoi faire de l’art plastique ? Parce que Dieu est celui en qui se trouve la beauté absolue. Cette beauté qui se reflète dans la diversité de sa Création et dans les instructions qu’il a données à Salomon pour la construction du Temple, etc ».

Si l’on admet l’axiome comme quoi « Tout vient de Dieu », ce que je partage personnellement mais qui ne sera pas le cas du lecteur non croyant par exemple, je rejoins l’idée qu’étudier les matières académiques permet de « connaitre » Dieu. Et je dirai même plus : « aimer » Dieu (il serait d’ailleurs bon d’expliquer ce que veut dire « connaitre » au sens biblique mais la place nous manque pour le faire ici). Mais ce que je veux surtout souligner, c’est que les études académiques n’ont pas cet unique but. Elles ont aussi pour but de connaitre le monde dans lequel l’homme vit au passé, présent et futur : le monde physique, géographique, politique, pour s’émerveiller, certes, mais aussi pour mieux le préserver.

Elles ont aussi pour but de se connaitre soi-même – sur le plan physique, psychique, psychologique, « pour naître de nouveau », mais aussi devenir un homme ou une femme responsable, bienheureux – et de connaitre les autres dans toutes leurs diversités personnelles et culturelles, pour devenir un être socia(b)l(e) capable de s’adapter, d’aller à la rencontre de celui qui lui semble étranger, en vue d’être un facteur de changement tout au long de sa vie.

D’autre part, si l’on admet encore que le but principal de l’école – ou des études – serait de « connaitre », ce n’est pas le seul. La connaissance à elle seule « enfle mais n’édifie pas »[d’après 1 Cor.8v1], y compris quand l’objet de notre connaissance serait, ô paradoxe, Dieu lui-même. Je dirai que l’école est le lieu où l’on apprend à penser, pour penser par soi-même, non seulement pour devenir un être responsable et autonome mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que « le petit d’homme » va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. C’est ainsi l’encourager à proposer des solutions, lesquelles, si elles sont inspirées de Dieu et « christocentrées », seront comme du sel dans un plat, pas forcément ostentatoires mais bien présentes.

Par ailleurs, l’auteur constate que les jeunes « abandonnaient la foi et l’Église après leurs études. Pourquoi ? Parce que ces jeunes n’apprenaient que des versets par cœur, mais ne connaissaient pas Dieu ni leur Bible, même après toutes ces années. Ils n’avaient pas reçu ce tissage de vérités et de principes bibliques qui leur auraient permis de tenir ferme lors de leur retour dans le monde. Ils n’étaient pas équipés pour l’envoi. Cela ne veut pas dire qu’ils ne reviendront jamais à Dieu si ce dernier les a choisis, mais une meilleure intégration biblique leur aurait probablement évitée beaucoup de dérives ».

« Le but final de cette intégration biblique est que les enfants puissent naître de nouveau, entrer dans leur vocation, prendre des responsabilités dans l’Église, devenir des disciples du Christ. Chaque matin, je me dis qu’en face de moi j’ai peut-être de futurs pasteurs, de futurs missionnaires, de futurs théologiens, de futurs coiffeuses ou garagistes qui amèneront des dizaines de personnes à Christ. Et tout cela pour la gloire de Dieu ».

Je rejoins en partie la première moitié de ce paragraphe mais voudrais nuancer la seconde pour que le lecteur lambda – ne connaissant pas les écoles chrétiennes ou pire en ayant déjà une idée peu flatteuse – ne fasse pas le raccourci suivant qui consiste à croire que les écoles chrétiennes forment de petits théologiens dans un univers clos (hors monde) comme des écoles coraniques peuvent bourrer le crâne des petits, pour ne pas dire : les endoctriner.

Autant il est important, en effet, que les professeurs qui enseignent la Bible fassent des études de théologie pour ne pas enseigner des inepties, ni des points d’interprétation personnels comme la sélection divine ici évoquée, autant il est crucial que les professeurs soient également formés aux sciences de l’éducation et aux pédagogies pour ne pas avoir une approche seulement pastorale (ou évangéliste) de leurs élèves, comme dans une église. Oui, il faut dénoncer le rabâchage (qu’il soit biblique ou autre) de versets déconnectés de leur sève, comme il convient de dénoncer le « faire » se retrouvant déconnecté de « l’être » : c’est en cela qu’il est juste de rappeler qu’une école est avant tout un cadre de vie (« un laboratoire » ?) pour apprendre à apprendre et pour apprendre à penser, à douter, à observer, à découvrir, à interroger, à avoir une démarche scientifique, à vivre, à aimer…et la liste est longue. Et ces écoles ne sont pas « des sanctuaires », retirées du monde duquel les élèves seraient à nouveau « envoyés » une fois formés : ils y sont déjà ! Pour avoir écouté le témoignage d’anciens élèves d’une école chrétienne, devenus jeunes adultes, sur les choses à y changer, je sais qu’ils ont répondu unanimement que tout était à garder sauf…. le fait de ne pas avoir été assez préparé à vivre dans CE monde-là.

 

 

Note : 

(1) Renaud est enseignant dans une école chrétienne privée et évangélique où il a la charge d’une classe multi-niveau de CE2-CM1-CM2. Il est également titulaire d’une licence en théologie de l’éducation à l’Institut Supérieur Protestant Mathurin Cordier en Alsace. Il lui arrive également d’écrire pour le blogue Le Bon Combat.

Comment savoir si tu es retourné en Egypte

Un étonnant tract, plutôt bien vu, de la CGT(“Christ Gloire à Toi” ?)

(La citation de la semaine) « Si tu ne te reposes pas le 7ème jour, c’est que tu es retourné en Egypte ! »  

Textes bibliques :

« le Seigneur vous a dit : non, vous ne retournerez plus par cette route [vers l’Egypte, ce pays où tu étais esclave 24/7] ! » (Deut.17v16)

« Qu’on garde le jour du sabbat pour le sanctifier, comme le SEIGNEUR ton Dieu te l’a ordonné. Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage, mais le septième jour, c’est le sabbat du SEIGNEUR ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’émigré que tu as dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. Tu te souviendras qu’au pays d’Egypte tu étais esclave, et que le SEIGNEUR ton Dieu t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu ; c’est pourquoi le SEIGNEUR ton Dieu t’a ordonné de pratiquer le jour du sabbat ». (Deut.5v12-15)

« Etrangers dans la cité » ou quand l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise

L’Eglise ne doit pas s’inquiéter « d’être dans le monde » mais « comment être dans le monde, sous quelle forme et dans quel but »(Hauerwas/Willimon. Etrangers dans la cité)

Voici là l’un de mes meilleurs livres lus cette année, reçu dans des circonstances particulières, et dont je vous recommande vivement la lecture : « Etrangers dans la cité » de Stanley Hauerwas et William H. Willimon (Ed. du Cerf, 2016). Il y est question de l’Eglise (celle de Jésus-Christ) et de la façon dont elle est appelée par Son Seigneur à être visible, en étant ni « du monde » ou « hors du monde », mais bien « dans le monde ». En clair : l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise, et les chrétiens doivent assumer le fait d’être « des exilés en terre étrangère » (op. cit, p 51).

Cette édition d’ « Etrangers dans la cité » (par ailleurs catholique et non protestante/évangélique, comme on aurait pu s’y attendre) est la première traduction française de l’édition « anniversaire » d’un best-seller (« vendu à 1 million d’exemplaires » dans son édition américaine d’origine !) publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014. L’ouvrage, qui a pour auteurs deux méthodistes américains (l’évêque William H. Willimon, qui a rédigé un avant-propos, et le théologien et éthicien Stanley Hauerwas, qui a rédigé la postface), reste toujours aussi stimulant et pertinent pour notre temps. Il semble pourtant encore trop peu connu en France et me paraît particulièrement recommandable à tous ceux qui estiment que l’on pourrait « être chrétien sans église » et/ou que le summum de « la maturité spirituelle » serait une vie marquée par l’indépendance ou « la liberté individuelle » rationnelle de choix (par ailleurs héritée des Lumières).

Dans cette édition française figure également une préface tout aussi percutante des traducteurs Grégoire Quévreux et Guilhem Riffaut. Intitulée de façon provocatrice « Babylone à domicile », elle souligne que « l’Eglise, quand elle est fidèle à Jésus-Christ » et au véritable Evangile (pas le faux, dit « de la prospérité » !), « s’oppose nécessairement au monde », « un monde malade de son propre vide : le McWorld », né de « la mcdonaldisation » de la société, standardisée sur le modèle du « fast-food »(op.cit., pp8-13, 23). Et cette Eglise fidèle s’oppose alors aux « piliers du McWorld » (le nihilisme, le matérialisme, le capitalisme et l’individualisme), « lorsqu’elle lui rappelle la foi en Dieu et son Fils, son éloge d’une vie simple et spirituelle fondée sur l’amour du prochain et vécue communautairement, loin du consumérisme acharné et de la concurrence rapace de tous avec tous » (op.cit., p23). C’est là « la chose la plus précieuse (que l’Eglise fidèle) a à apporter (à ce) monde » (op.cit., pp 26-27).

Sinon, Willimon et Hauerwas nous invitent à nous poser les bonnes questions (non plus « devons-nous croire ? » mais « que devons-nous croire ? », op. cit., p63 et non plus « Dieu existe-t-il ? » mais « quel Dieu existe ? », op.cit., p164). Et à nous réjouir de ce que, « quelque part entre 1960 et 1980, un vieux monde dépassé (ait) pris fin, laissant la place à « un monde nouveau et excitant », « en attente d’être exploré »(op.cit., p53).

« Le vieux monde » qui a disparu est « la chrétienté », ou « l’Église constantinienne » – marquée par une si étroite collaboration entre l’Église et l’Etat, que l’un et l’autre en sont confondus. Le christianisme a paru pendant des siècles en tirer profit par l’influence qu’il s’imaginait avoir sur le temporel. La disparition de ce régime a laissé désemparées plusieurs générations de chrétiens.

« Le monde nouveau et excitant, en attente d’être exploré » est celui qui s’ouvre aux chrétiens, libres désormais de proclamer l’Evangile et d’incarner une véritable contre-culture, missions impossibles si « la tâche sociale de l’Église est d’être l’un des nombreux auxiliaires dociles de l’État » (op.cit. p. 85), ou si l’Eglise reste « le supplément d’âme de la société marchande » (op. cit., p 27).

Rejetant les compromissions et les impasses du sécularisme de l’Église « militante » (« libérale », « progressiste », oeuvrant à réformer la société) et de l’individualisme de l’Église « conversionniste » (« conservatrice », travaillant au changement intérieur des individus), l’une et l’autre n’ayant rien de sérieux (et de neuf) à dire à la société, Willimon et Hauerwas optent pour une Église confessante, qui n’est ni « le juste milieu », ni une synthèse des deux précédentes.

Pour une telle église, « fidèle plus qu’efficace », être « le plus crédible » et « le plus efficace » ne consiste pas à rendre l’Evangile plus « crédible et compréhensible » pour le monde, au risque de dénaturer le message, mais à être « quelque chose que le monde n’est pas et ne pourra jamais être » sans le Christ (op.cit., pp 93-95) :

« Ilot culturel au milieu d’une culture étrangère », l’Eglise ne doit pas œuvrer pour « améliorer » le monde, mais préparer le Royaume (ou Règne) de Dieu en bâtissant ce qui est « la stratégie sociale la plus créative que (les chrétiens ont) à offrir » (op. cit.p. 147), prémices d’une nouvelle création en Christ. L’Eglise n’a donc pas seulement une éthique sociale chrétienne : elle « est » une éthique sociale chrétienne, étant une communauté de foi vivante, visible et inspirante (certes, dans la faiblesse) où sont vécus les principes de vie du Règne de Dieu enseignés par Jésus dans le Sermon sur la Montagne : suivre Jésus et vivre ensemble autrement, choisir la vérité au mensonge, remettre en question « une bonne idée » de garderie à l’église (pour les membres qui auraient besoin « de travailler plus pour gagner plus » de quoi s’acheter une deuxième voiture…), confronter les « Ananias et Saphira » plutôt que de (les) rassurer, prendre soin de manière collective et concrète d’un couple proche du divorce, donner et recevoir le pardon, aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent….bref, « être parfaits », comme « Notre Père Céleste est parfait », Lui qui « fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, il fait pleuvoir sur ceux qui lui sont fidèles comme sur ceux qui ne le sont pas » (Matt.5v45, 48).

Contrairement à une idée reçue, le Sermon sur la montagne n’encourage pas un individualisme héroïque, puisqu’il le tient en échec. Il n’est donc pas à vivre seul, ce qui serait impossible, mais nécessairement au sein d’une communauté (l’Eglise) et autour d’un grand récit (celui de la révélation biblique dont le centre est Jésus-Christ). C’est ainsi que sera effectivement et concrètement annoncé « une Bonne Nouvelle premièrement pour les pauvres », et proclamé « aux captifs la libération… » (Luc 4v18).

« Objections ! »

Une telle approche, qualifiable de « radicale », sera-t-elle intégralement adoptée ? Stimulante et interpellante, elle est toutefois susceptible d’être critiquée comme étant « sectaire » (cf la posture d’une Eglise repliée sur elle-même), « pessimiste » ou « binaire » (l’Église présentée comme « l’unique planche de salut face à une société éclatée »). Ainsi, Dieu est-il exclusivement actif dans la communauté des chrétiens ou agit-il aussi dans la vie des hommes et des femmes de bonne volonté qui n’appartiennent pas à une «Église visible» ? « Dieu offre-t-il le salut à un petit nombre de croyants seulement ? Le monde n’est-il pas un lieu habité par l’Esprit de Dieu ? Un agnostique individualiste ne peut-il pas trouver dans sa vie un chemin de vérité ? La sagesse de ce dernier ne peut-elle rien apporter aux chrétiens ?…… »

D’autres objecteront : « une foi réellement incarnée peut-elle se passer d’entrer en dialogue avec la culture ? Le modèle suggéré par les auteurs est-il vraiment pertinent pour penser les défis de la foi chrétienne dans une France sécularisée, tentée par toutes sortes de replis identitaires ? » (pour ne pas dire « communautaristes ») Ce à quoi répondent indirectement Willimon et Hauerwas, pour qui « les chrétiens se doivent d’être très soupçonneux vis-à-vis de tout discours communautariste », surtout « lorsque les gens sont totalement privés de perspectives ou d’une vision du monde cohérente ».

D’autres encore estimeront « critiquable » l’affirmation comme quoi « l’éthique chrétienne (n’aurait pas) de sens pour des non-chrétiens » et dénonceront comme un « excès de langage » ce qui consiste à qualifier tout projet d’une éthique universellement compréhensible d’« hérésie diabolique ». Si « l’éthique chrétienne découlant de la foi au Christ est folie pour le monde, est-elle pour autant incompréhensible ? L’éthique chrétienne ne vient-elle pas réveiller la conscience que Dieu a déjà placée en chacun ? »

« A nous de jouer ! » (Mais ce n’est pas un jeu)

Ces objections et interrogations une fois formulées (dans le but – conscient ou inconscient – de « rationaliser » le propos d’ « Etrangers dans la cité » ?), et après avoir bien débattu sur le web et/ou IRL, les chrétiens oseront-ils être enfin l’Eglise, « dans le monde sans être du monde » ?

Non pas, comme le précisent Willimon et Hauerwas, pour être « la communauté pour la communauté » (op.cit., p138), mais pour être fidèles à Jésus, dans l’humilité et en vérité.

En parallèle, le mieux que l’on puisse souhaiter à « Etrangers dans la cité », à l’instar du vœu de ses auteurs, c’est d’être lu et perçu « comme un livre d’espérance », source d’inspiration, par ceux qui continuent de croire que « Dieu n’abandonnera jamais Son Eglise » (op.cit., p 282)

 

En bref :

Stanley Hauerwas, William H. Willimon, Étrangers dans la cité (Resident Alliens. Life in the Christian Colony), traduit et préfacé par G. Quévreux et G. Riffault, Editions du Cerf, 2016(collection Essais). Disponible chez l’éditeur et dans toute bonne librairie.

Pourquoi l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus‐Christ

« Oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ». Source : Pixabay

« Vous avez (certainement) entendu dire » que « Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Église qui est arrivé.» Comprendre : « le résultat n’est de loin pas aussi bien que ce qui était promis ».

En réponse à une telle affirmation, voici un article « theologeek » que je vous invite à découvrir, lequel rapporte cinq rencontres confirmant « que oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et que non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ».

« La solitude (étant) une des formes de précarité les plus violentes de notre société, l’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation: c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans dans le regard d’un·e autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique. Tout le monde est invité — y compris ceux que la société considère comme ses déchets, ces gens parfois un peu pénibles, qui nous mettent mal à l’aise, qui sentent parfois mauvais, qui ont souvent mauvaise réputation — ceux vers qui Jésus allait, quoi.

Et puis c’est dans l’Église, dans ce contexte d’amour et de vérité que la Parole puissante et guérissante du Christ est appliquée à nos vies, jour après jour, prière après prière, cène après cène, pour nous faire goûter toujours d’avantage à sa libération. Y compris libération de l’alcool, de la coke ou de l’héro.

Pour tout ceux et celles qui sont seuls, donc, l’Eglise est l’avant-goût du Royaume. Est‐ce que les chrétiens — moi inclus — seront à la hauteur de l’amour fou du Christ pour les marginalisés? Est‐ce que nous saurons les accueillir s’ils répondent à l’invitation? Est‐ce que nous oserons leur offrir plus que de belles paroles, en ouvrant nos maisons et donnant un bout de nos vies ? »

Comme l’auteur de ce formidable article, j’ai aussi envie de répondre : « je ne sais pas » ou « je ne sais qu’une chose, c’est que l’Eglise est une Bonne Nouvelle » !

Lire la suite de l’article ici.

 

Inspi lecture : Étrangers dans la cité, de Stanley Hauerwas et William H. Willimon. Le Cerf, 2016, dont nous avons parlé mercredi.

Ou comment l’Église est « la stratégie sociale la plus créative que nous [chrétiens] ayons à offrir » (op.cit.p. 147). Prémices de l’humanité nouvelle instaurée par le Christ, l’Eglise « a » non seulement une éthique sociale spécifique, fondée sur l’enseignement et la vie de Jésus, mais plus encore elle « est » essentiellement une éthique sociale, qui n’a rien de naturel pour l’esprit humain, et dont le Sermon sur la Montagne constitue la charte collective. Et ce, pour être vraiment fidèle à son (seul) chef, « qui n’est pas de ce monde », devenir un peuple nouveau, sans pactiser avec aucun pouvoir, bref, faire œuvre sociale et « politique » au sens le plus étymologique du terme. « Ce qui fait que l’Église est radicale et toujours nouvelle, ce n’est pas qu’elle incline à gauche sur la question sociale, mais qu’elle connaît Jésus, alors que le monde ne le connaît pas » (op.cit.p. 69).

Un livre pertinent pour notre temps, pour nous rappeler que c’est avant tout en chrétiens que nous sommes appelés à réfléchir et à agir.