L’action du mois : suivre la formation Libérer !

« Libérer ! » Le temps d’une formation pour vivre une transformation et expérimenter, sur un fondement de vérité, que Jésus « est le même » : certes « hier » mais aussi « aujourd’hui » et « éternellement ».

Libérer ! est une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, proposée par les Eglises protestante unies du Marais et de Belleville (Paris).

Pour qui ?

Libérer ! est avant tout destiné aux chrétiens de toutes dénominations (pasteurs/anciens, prêtres, et tout responsable « laïc » engagé dans un ministère) qui ont la volonté de s’engager en Eglise et/ou d’être renouvelés pour des ministères d’accompagnement spirituel, de relation d’aide et de conseil pastoral, incluant notamment les dimensions de la guérison spirituelle et de la délivrance.

Enracinée dans les Écritures Bibliques, elle s’appuie sur plus de 10 ans d’expérience-« maison » novatrice de l’Église Protestante Unie du Marais en matière d’accompagnement spirituel (50 personnes formées à l’accompagnement, soit un peu plus de 80 heures de formation).

Une formation équilibrée

J’ai déjà suivi les modules 1 et 2 en 2015, et le module 3 en juillet 2019 et peut attester que la formation est très équilibrée sur les plans théologiques et pratiques.

Libérer ! ne propose pas « de truc » ou de « technique », mais nous invite à nous exercer à l’écoute de la Parole de Dieu – plutôt que d’agir de manière systématique et stéréotypée – et à mettre cette Parole en pratique. Il ne s’agit pas de souhaiter d’être « plus » ou « mieux » informés, mais de nous laisser transformer pour expérimenter, sur un fondement de vérité, que Jésus « est le même » : certes « hier » mais aussi « aujourd’hui » et « éternellement »(Hébr.13v8). Cette formation se veut donc tout à la fois « un lieu d’enseignement et de témoignage de l’action du Saint-Esprit », toujours actuel, « dans la vie des chrétiens ». L’on peut venir aussi « pour soi », pour vivre une guérison et une libération personnelle, dans la perspective de le retransmettre à d’autres. Personnellement, j’y ai beaucoup appris quant aux enjeux pratiques liés à l’autorité et au mandat libérateur du chrétien (délivrance, combat spirituel, guérison).

Enfin, la vision tripartite de l’homme (Dieu nous a fait corps, âme, esprit) de Libérer! nous permet de résoudre certaines difficultés, liées aux limites des approches exclusivement « spirituelles »/ « spiritualisantes » ou exclusivement « psychiques » (celle de la « relation d’aide », avec une vision anthropologique et intellectuelle inspirée de la psychanalyse/la psychologie). Elle nous permet ainsi de discerner si nous avons à affaire à du somatique, du psychique ou du spirituel, et d’apporter un « traitement holistique » adapté, sachant qu’aucun de ces domaines n’est véritablement étanche. Elle nous permet enfin de sortir de l’impasse due à l’opposition entre « délivrance » et « accompagnement » (pastoral), alors que les deux sont liés. En effet, apprend-t-on dans cette formation, selon les situations, certaines personnes auront d’abord besoin d’être libérées, avant de pouvoir être accompagnées. Et dans les deux cas, la repentance joue un rôle majeur. Elle est même une clé de la vie chrétienne.

C’est où ? C’est quand ? Comment s’inscrire ? Ne manquez pas les Libé! à venir : 

Sur le plan pratique, le cycle de formation, qui forme un tout, se compose de trois modules, chacun comportant des séquences d’enseignements, de travail en groupes et des temps de prière.

Libérer! 1 : Libérer le corps, l’âme et l’esprit : Pour redécouvrir le ministère de la cure d’âme, mais actualisé au XXIème siècle, nous allons partir à la (re)découverte de l’anthropologie biblique, c’est-à-dire la façon dont la Bible vient défier nos représentations de ce qu’est l’être humain, dans le regard de Dieu, le père de Jésus-Christ. une formation multisites du vendredi 27 janvier 2023 au soir, jusqu’au dimanche 29 janvier au soir. Accessible en France, Suisse, et Île Maurice.

Libérer! 2 : Libérer, délier, délivrer
Nous ne luttons pas contre la chair et le sang, nous ne nous battons pas contre les personnes, mais en Christ nous obtenons la victoire sur des puissances spirituelles qui agissent. Forts de l’expérience de Jésus, des apôtres, d’une part, et de l’anthropologie moderne (psychologique notamment), comment marcher vers la liberté ? Le formulaire sera ouvert fin janvier pour une formation multisites du vendredi 14 avril au soir au dimanche 16 avril au soir. Cette formation permet d’aller beaucoup plus loin dans la pratique de l’accompagnement spirituel en Eglise, à la croisée des pratiques de relation d’aide, d’écoute pastorale, ou de délivrance.

Sinon, le saviez-vous ? Libérer!, c’est aussi pour les parents !

Une formation spécifique pour eux aura lieu sur zoom le vendredi 10 février, de 20h30 à 22 heures par Zoom, et au temple du Marais, 17 Rue Saint-Antoine, 75004 Paris (Métro Bastille), et de 9h30 heures à 12h30, le samedi 11 février.

Cette formation abordera les thèmes de la famille selon les Écritures, de l’autorité et du pardon.

Seules les personnes ayant participé à la rencontre sur zoom pourront participer à la rencontre du samedi.
Attention : il n’y aura pas d’accueil/garderie pour les enfants le samedi matin. Les couples seront bienvenus, merci de vous inscrire conjointement sur le formulaire dédié.

Un Libé 2 est également prévu à Londres les 24 et 26 février, ainsi qu’un Libé 3 à la Toussaint : Ce troisième niveau implique d’avoir fait les niveaux 1 et 2, et d’avoir une pratique de l’accompagnement en binôme. Il permet de se perfectionner après un temps de pratique de l’accompagnement et de faire le bilan de ses connaissances.

La formation est gratuite mais il est possible de faire une offrande pour soutenir ce ministère. Note : coût réel estimé au minimum à 200 euros/personne, sachant que les questions financières ne doivent pas être un frein à l’inscription).

Vous avez déjà participé à une formation Libérer! et vous connaissez certainement des personnes à qui elle ferait du bien : relayez l’information !

En savoir plus et pour suivre l’actualité des formations : http://www.liberer.fr/

Consultez la chaîne youtube Libérer ! 

Une première vidéo nous permet de découvrir une présentation « en bref » des formations Libérer! par la Pasteure Caroline Bretones, du temple du Marais (Paris) :

Une deuxième vidéo pour comprendre « en quelques mots » ce qu’est le ministère Libérer! Par le Pasteur Gilles Boucomont, du temple de Belleville (Paris) :

Cette autre vidéo sur l’articulation du « psy » et du « spi », par la Pasteure Caroline Bretones :

En s’abonnant à la chaîne Youtube, il est possible de visionner un nouveau contenu tous les 10 jours, avec trois formats d’une durée approximative :

EN BREF : 2 minutes
EN QUELQUES MOTS : 10 minutes
EN LARGE ET EN TRAVERS : 45 minutes

[Article mis à jour le 21/01/23]

Un peuple libre est un peuple qui honore la justice (Deutéronome 1v9-18)

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

 « Je ne peux pas vous porter à moi tout seul [rappelle Moïse au peuple] : le SEIGNEUR votre Dieu vous a rendus nombreux, et voici que vous êtes aujourd’hui aussi nombreux que les étoiles du ciel. Que le SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, vous multiplie encore mille fois plus, et qu’il vous bénisse comme il vous l’a promis : comment, à moi tout seul, porterais-je vos rancœurs, vos réclamations et vos contestations ? Amenez ici, pour vos tribus, des hommes sages, intelligents et éprouvés ; je les mettrai à votre tête. » Et vous m’avez répondu : « Cette chose que tu nous dis de faire est bonne. » J’ai donc pris vos chefs de tribu, des hommes sages et éprouvés, et j’en ai fait vos chefs : des chefs de millier, de centaine, de cinquantaine, de dizaine, et des scribes, pour vos tribus. Alors j’ai donné des ordres à vos juges : « Vous entendrez les causes de vos frères, et vous trancherez avec justice les affaires de chacun avec son frère, ou avec l’émigré qu’il a chez lui. Vous n’aurez pas de partialité dans le jugement : entendez donc le petit comme le grand, n’ayez peur de personne, car le jugement appartient à Dieu. Si une affaire vous paraît trop difficile, soumettez-la-moi, et je l’entendrai. » Et alors, je vous ai donné des ordres sur tout ce que vous aviez à faire. (Deut.1v9-18)

« Un pays où les juges sortent dans la rue pour manifester est un pays où toutes les lignes ont été franchies ».

Ce pays est Israël au XXIe siècle et la personne qui tient ces propos connaît bien la question puisqu’il s’agit d’Ayala Procaccia, ancien juge de la cour suprême.

Ce dernier était présent parmi les 80 000 personnes rassemblées sur la place Habima, à Tel Aviv, samedi soir dernier, pour manifester contre le controversé projet de réforme de la justice voulu par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Un événement que vous avez peut-être « vu passer », à moins qu’il ne vous ait complètement échappé.

En effet, depuis son investiture il y a deux semaines, le gouvernement de coalition très marqué à (l’extrême-)droite de Netanyahou (il rassemble son parti, le Likoud, et ses alliés suprémacistes juifs et ultraorthodoxes) “s’est embarqué dans une série d’initiatives législatives”, note le Washington Post cité dans Courrier international(1). « Le camp au pouvoir parle de corriger des déséquilibres dans les trois branches du gouvernement »(sic). Mais, précise le quotidien américain, « les critiques disent que ces mesures s’apparentent à un coup d’État qui détruira le système de séparation des pouvoirs, sauvera Netanyahou de l’inculpation dans trois cas de corruption et encouragera ses partenaires extrémistes religieux à mettre en avant des législations soutenant l’expansion de colonies juives en Cisjordanie ».

La réforme comprend entre autres, indique le quotidien israélien Haaretz, autre source de Courrier international(1), l’introduction d’une clause « dérogatoire » permettant au Parlement, de passer outre une décision de la Cour suprême avec un vote à la majorité simple, et la modification du processus de nomination des juges, qui devront entre autres être désignés par des responsables politiques. D’où les manifestations pour dénoncer ce projet, car, en l’absence de Constitution, la Cour suprême, plus haute juridiction israélienne, fait office de garde-fou du pouvoir politique et se pose en garant des libertés individuelles. Son rôle est d’autant plus important lorsqu’un bloc politique détient une majorité nette au Parlement, comme c’est le cas à la suite des dernières élections(1).

A ce sujet, qu’en dit la Bible ?

Le premier chapitre du livre du Deutéronome, cité en en-tête de cet article, nous révèle que la première instruction, de ce qui peut être considéré comme le testament de Moïse, concerne l’instauration d’un système judiciaire.  La condition la plus importante d’une vie en société est que les différends puissent être réglés, non pas selon « la loi du plus fort », mais selon les critères de la justice.

Pour rendre une justice équitable, prévoit Moïse, ces juges doivent être « sages, intelligents et éprouvés (ou « connus ») cf le v15.

« Etre sage », c’est savoir que l’on ne sait pas et reconnaître lorsqu’une affaire est hors de sa compétence (à l’instar de Moïse lui-même en Nombres 27v5); c’est aussi ne pas se laisser guider par la passion et toujours rechercher l’intérêt général.

« Etre intelligent », c’est être capable de lire entre les lignes (d’un discours ou d’un événement).

« Etre éprouvé » (ou « connu »), c’est avoir bonne réputation auprès de ses proches et de ses voisins, témoigner de son intégrité et de sa fiabilité.

Autre exigence : Les juges ne doivent pas faire preuve « de partialité dans le jugement » (à l’instar de Dieu lui-même en Deutéronome 10v17. Comp. avec Jacques 2), entendant « le petit comme le grand » (cf Lévitique 19v15) et sans avoir « peur de personne, car le jugement appartient à Dieu ». Au moment de juger et à mille lieux du « juge inique » de la parabole des Evangiles, le juge doit avoir conscience qu’il se tient devant le Dieu de la justice. Et qui craint Dieu ne peut craindre autre chose.

Au final, nommer de tels juges est tout « ce qui reste à faire » au peuple (Deut.1v18).

La nomination des juges (voir aussi Exode 18v13-27), ainsi que des prêtres (Exode 29 et Lévitique 8) et des anciens (Nombres 11v16), correspond à une première séparation des pouvoirs entre le judiciaire, le religieux, et le politique. 

C’est ainsi qu’un peuple libre est un peuple qui honore la justice et dont les institutions reposent sur cette claire séparation (et distinction) des pouvoirs.

Pour Montesquieu « le bon régime » n’est pas nécessairement républicain ni monarchique, il est nécessairement modéré, c’est-à-dire qu’il est partagé, à la différence du tyran qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ce n’est pas un hasard si la démocratie au sens moderne du terme s’est d’abord développée dans les pays de tradition judéo-chrétienne(2).

Notes :

(1) Voir https://www.courrierinternational.com/article/israel-80-000-personnes-contre-la-reforme-de-la-justice-en-israel-un-pays-ou-meme-les-juges-manifestent et Israël: une réforme de la justice à venir qui bouscule l’équilibre des pouvoirs

(2) D’après La Bible. Le Pentateuque/1. Commentaire intégral verset par verset, par Antoine Nouis. Olivétan/Salvator, 2021, pp 527, 618-620.

Voir aussi :

« Sois fort et très courageux »….pour mettre en pratique toute la loi de Dieu !

Josué lit les Paroles de la Loi (La Bible. Teriade 1956). Épreuve signée. Gravure originale de Marc Chagall pour illustrer La Bible éditée par Teriade en 1956. Planche n° 47 de la série des 105 gravures tirées sur Montval filigrané.

Dès le début du livre qui porte son nom, Josué reçoit du Seigneur « le top départ » – la mort de Moïse – pour se préparer à franchir le Jourdain et ainsi entrer en Terre promise aux pères. Une terre qui va de l’Euphrate à la mer méditerranée (Josué 1v1-4). Le Seigneur demande alors à Josué d’être « fort et très courageux » (v6) : un appel répété à trois autres reprises dans les versets suivants (vv7, 9 et 18), vu la difficulté de la mission confiée à Josué et les dangers qui l’attendent.

Pourquoi Josué doit-il être « fort et très courageux » ? Pour « mettre en pratique toute la loi (de Dieu) » et ne pas s’en écarter « ni à droite, ni à gauche »(v7). C’est ainsi que l’entrée en terre promise est plus le fruit d’une fidélité à la Parole de Dieu que d’une conquête militaire. Elle ne dépend pas de la valeur guerrière du peuple mais de son intégrité.

Les sages du judaïsme le disent bien : la force du peuple ne tient pas à son organisation militaire mais à la façon dont il reste accroché à l’étude de la Torah (la loi).

Nous pensons alors à cette recommandation faite à chaque futur roi d’Israël en Deutéronome17v18-20 : « Et quand (le roi) sera monté sur son trône royal, il écrira pour lui-même dans un livre une copie de cette Loi, que lui transmettront les prêtres lévites. Elle restera auprès de lui, et il la lira tous les jours de sa vie, pour apprendre à craindre le SEIGNEUR son Dieu en gardant, pour les mettre en pratique, toutes les paroles de cette Loi, et toutes ses prescriptions, sans devenir orgueilleux devant ses frères ni s’écarter à droite ou à gauche du commandement, afin de prolonger, pour lui et ses fils, les jours de sa royauté au milieu d’Israël ».

Car la loi résiste au désir et au fantasme de toute puissance, comme le seul interdit au milieu d’une foule de possibilités en Eden.

Cela nous enseigne aussi que plus on a de responsabilités, plus il est important de prendre des temps de recul pour éviter de se laisser noyer dans l’urgence. J’ai souvent entendu dire qu’il est bon, « en temps normal », de prendre une demi-heure par jour pour la méditation des Ecritures bibliques et la prière….et de prendre une heure quand on est surchargé de travail !

Cette recommandation de rester accroché à la Parole de Dieu sonne juste aux oreilles des chrétiens. La « sola scriptura » [« l’Ecriture seule »] n’est pas un slogan mais une exhortation.

Lorsque l’Eglise n’est plus accrochée à la Parole de Dieu, elle est une institution qui se conforme au monde dans lequel elle vit. Le théologien Karl Barth (1886-1968) a écrit : « toutes les fois que l’Eglise a été sérieusement éprouvée au cours de l’histoire, c’est parce qu’elle était trop peu soumise à la Parole de l’Ecriture. En revanche, toutes les fois qu’elle était forte, consciente de sa mission et sans peur devant le monde, toutes les fois qu’elle a su produire des héros et des saints, toutes les fois qu’elle a su apporter la consolation, susciter l’espérance et s’imposer ainsi au respect des hommes, c’est parce qu’elle a osé avoir l’humble courage de se soumettre à l’Ecriture au lieu de la considérer comme un simple à-côté »(1).

Quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie » (sic) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat », il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame.

Note : 

(1) D’après Antoine Nouis. La Bible : Commentaire intégral verset par verset. Les livres historiques/2. Olivetan/Salvator, 2022, pp 17-18 [disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, ici ou ]

10 livres : 10 actus

Quand « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre » (Source image : public domain pictures)

Connaissez-vous Books ? Le magazine qui éclaire l’actualité par les livres du monde entier.

Parce que ses fondateurs en sont convaincus : « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre ».

A son tour, Pep’s café! s’est prêté au jeu et s’est donné le défi de partir de 10 livres (récents ou non), la plupart reçus en « service presse » de la part d’éditeurs (BLF, Bibli’O, Scriptura) que je remercie, pour éclairer autant de sujets d’intérêt général qui nous trottent dans la tête. 

De là la liste suivante : 

S’engager pour la justice climatique : contributions protestantes (collectif, sous la direction de Jean-Philippe Barde et de Martin Kopp). Editions Scriptura, 2022

S’il aura fallu près de 50 ans pour que la crise écologique, dans ses nombreuses dimensions, soit reconnue comme un défi majeur pour nos sociétés, le réchauffement climatique se manifeste désormais comme une partie critique et un puissant révélateur de cette crise. Néanmoins, les milieux chrétiens connaissent-ils la notion de justice climatique ? Plusieurs contributions protestantes sur la question, réunies en un ouvrage bienvenu de la Commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France, paru chez Scriptura en octobre 2022, vient donc combler un manque. Partant d’un état des lieux scientifique, il offre des repères bibliques et théologiques pour aboutir à une présentation critique de l’action chrétienne en faveur du climat – un bien qui nous est commun –, aux niveaux collectif, politique et personnel. 

Jean-Philippe Barde est membre du « Réseau Bible et création » de l’Église protestante Unie de France, de la commission « Écologie et Justice climatique » de la FPF ; Martin Kopp est théologien écologique, docteur de l’Université de Strasbourg. Préface de François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France.

5 sujets de prière pour vos enfants, de Melissa Kruger. Editions Scriptura, octobre 2022 

Un petit livre inspirant et encourageant pour les parents, surtout quand la responsabilité d’élever des enfants peut souvent paraître écrasante, et qu’il est parfois dur de savoir par où commencer quand il s’agit de prier pour eux ! 

L’atout de ce livre est qu’il est rempli de sujets de prière pour des enfants de tout âge, issus directement de la Bible.  C’est ainsi que nos prières sont puissantes et peuvent vraiment changer les choses, lorsque nous prions en accord avec les priorités de Dieu trouvées dans sa Parole. Le livre débute par : « je prie pour que », non pas pour que « moi, parent » ou « pour que mon enfant », mais « pour que Dieu sauve mon enfant ».

[Voir aussi : Parents centrés sur l’Evangile : devenir une famille selon le coeur de Dieu, de Tim Chester et Ed Moll, paru chez BLF en 2022, et chroniqué sur Pep’s café!]

Joyeux Noël…simple formule ou message d’espérance ?, de Stéphanie Pillonca, Sébastien Doane, et Elaine Sansoucy. Editions Bibli’O, 2022

Une grande question existentielle abordée « tout en nuances » dans un petit livre qui déploie une lecture plurielle et inaugure une nouvelle collection éponyme des éditions Bibli’O parue en octobre 2022. « Tout en nuances », 3 regards se croisent, 3 voix se font entendre pour explorer la fécondité des textes anciens : un bibliste, une réalisatrice et une infirmière évoque la joie d’une naissance au cœur de notre monde. Chacun des auteurs nous fait tour à tour partir à la rencontre du texte biblique, de pistes d’actualisation et d’un cheminement où l’art cinématographique se met au service des autres.  Ainsi, avec « Joyeux Noël…? », qui nous rappelle dans quelles circonstances Jésus est venu au monde [ayant failli naître dehors, il se trouve menacé de mort à sa naissance et devient le plus jeune réfugié de l’histoire…], c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles. A découvrir absolument en cette période de fête et au-delà !

[Voir aussi : « Noël : peut-on vraiment y croire ? » Par l’apologète Rebecca Mac Laughlin, par ailleurs auteure de « 12 raisons de ne plus croire au christianisme et pourquoi y croire encore » : ce dernier livre, paru en français chez BLF éditions en 2022, a aussi reçu le prix de « meilleur livre de l’année » 2020 de la part de Christianity Today)

Vivre pour Jésus : les fondements de la vie chrétienne, de Raphaël Charrier. BLF éditions, 2022

Parce que les Eglises ne savent pas accompagner les personnes qui viennent de se convertir, et parce que l’expérience montre que la catéchèse, ou l’enseignement didactique dans nos églises, n’aboutissent pas forcément à la formation de disciples de Jésus, ce livre a une ambition, de l’aveu de son auteur « être le premier (livre) que l’on recommanderait à un nouveau chrétien. Ce ne sera probablement pas le meilleur, mais celui qui lui permettra d’avoir une vision d’ensemble de ce qu’est la vie d’un disciple de Jésus-Christ, et de ce qu’elle implique ». Soit : « devenir un disciple (« vivre pour Jésus »), s’entraîner comme un disciple (« avec Jésus ») et se battre comme un disciple » (« pour Jésus », avec sa force). Un livre à lire et à (s’)offrir dans la foulée du week-end « discipleshift », sur la transition ecclesiologique, qui a eu lieu à Paris fin Novembre dernier.

La communion qui vient : carnets politiques d’une jeunesse catholique, de Paul Colrat, Foucauld Giuliani et Anne Waeles. Seuil, 2021. 

« Tous les cinq ans, lors des élections présidentielles, on débat en France de savoir quel candidat sera le plus apte à jouer le rôle de sauveur de la nation. Lorsqu’une crise se déclare, c’est un messie qu’on réclame. Contre la quête d’une idole, Jésus, Sauveur né il y a deux mille ans, exerce son règne sans pouvoir et sans violence. Par sa mort sur la Croix, il met à nu l’injustice du monde. Par sa sainteté et sa résurrection, il nous ouvre dès maintenant à la vie divine, vie qui se donne dans l’histoire quand l’amour réalise la justice, vie de communion.  L’enjeu de ces Carnets est d’explorer la puissance politique de cette communion qui vient à nous par trois chemins. En nous ouvrant à l’éternité, elle déconstruit l’apologie d’époques anciennes et la confiance irrationnelle dans le progrès. En appelant le maître à se faire serviteur, elle désacralise les pouvoirs économique et politique. Enfin, elle destitue les logiques identitaires, inscrivant l’altérité au cœur de la réalité divine et nous invitant à la pratique de la charité, c’est-à-dire au don joyeux de soi ». Fruit de la collaboration de trois auteurs qui disent « ne représenter personne », se présentant comme « des paroissiens ordinaires, trentenaires, et enseignent la philosophie. Tous trois sont ou ont été membres actifs du Dorothy et du Simone, cafés associatifs à Lyon et à Paris, qui ont pour ambition d’expérimenter collectivement l’Évangile dans la vie laïque ». Exigeant, mais « dans le même temps » plaisant, rafraichissant et joyeux, « La communion qui vient » est un très beau livre philosophico-théologique, particulièrement bienvenu et absolument à découvrir. Saturé de l’Ecriture Sainte, il est susceptible de parler à tout chrétien au-delà du catholicisme, comme à toute personne au coeur « loyal, honnête et bon » (Luc 8v15). 

 [Voir aussi : « Dans l’ombre de Dieu : la politique et la Bible », de Michaël Walzer. Bayard, 2016. Ou comment répondre aux questions suivantes : « peut-on fonder une théorie politique à partir de la Bible ? Un Etat peut-il être théocratique ? Quelles sont les idées politiques défendues dans la Bible hébraïque ? Ont-elles inspiré notre conception moderne du droit et de la politique ? Le philosophe américain Michael Walzer présente, dans cet ouvrage que j’espère lire prochainement, les différentes conceptions de la loi, du gouvernement, du pouvoir royal, des institutions politiques, telles qu’elles apparaissent dans les différents textes de l’Ancien Testament. Peut-être la meilleure analyse des racines bibliques de notre monde politique et de nos conceptions du droit, du pouvoir et de la justice, si l’on en croit les spécialistes]

De l’humiliation : le nouveau poison de notre société, d’Olivier Abel. Editions Les Liens qui libèrent, 2022. 

 « ….Nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation », constate Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier.  Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ?  Une interrogation pressante qui lui inspire “De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”. Dans cet ouvrage paru le 16 février 2022 aux éditions Les liens qui libèrent, Olivier Abel observe la dimension politique et sociale de l’humiliation : nous aurions d’un côté un discours humiliant, qui nous traite comme des “homo economicus”, avec l’injonction « consomme ! ». Et de l’autre des manipulations, de la peur ressentie par la population française. Pep’s café a consacré un article sur le sujet.

Il n’y a pas de Ajar : monologue contre l’identité, de Delphine Horvilleur. Grasset, 2022. 

« L’étau des obsessions identitaires, des tribalismes d’exclusion et des compétitions victimaires se resserre autour de nous. Il est vissé chaque jour par tous ceux qui défendent l’idée d’un «  purement soi  », et d’une affiliation «  authentique  » à la nation, l’ethnie ou la religion. Nous étouffons et pourtant, depuis des années, un homme détient, d’après l’auteure, une clé d’émancipation  : Emile Ajar.  Cet homme n’existe pas… Il est une entourloupe littéraire, le nom que Romain Gary utilisait pour démontrer qu’on n’est pas que ce que l’on dit qu’on est, qu’il existe toujours une possibilité de se réinventer par la force de la fiction et la possibilité qu’offre le texte de se glisser dans la peau d’un autre. J’ai imaginé à partir de lui un monologue contre l’identité, un seul-en-scène qui s’en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment ». 

Par l’auteure, par ailleurs Rabbine, de « vivre avec nos morts », que l’on peut également voir dans « Reste un peu », le dernier film de Gad Elmaleh. 

La Servante écarlate, de Margaret Atwood. Robert Laffont, 2017 (Pavillons poche). Roman de science-fiction dystopique publié en 1985 et où l’action est située aux Etats-Unis, devenus république théocratique de Galaad (Gilead) à la fin du XXe siècle. Afin de contrer la stérilité consécutive à des catastrophes nucléaires, écologiques et au sida, la pratique des mères porteuses est institutionnalisée et les conséquences en sont tirées jusqu’à l’extrême du cauchemar. Réflexion sur le récit comme moyen de maîtriser son destin à travers le texte et sur son identité. Le caractère hallucinant du roman est renforcée par le fait que chacune des horreurs décrites s’est déjà produite effectivement. Adapté au cinéma sous le même titre par Volker Schlöndorff en 1990, en opéra (par Poul Ruders), en ballet (par le Ballet royal de Winnipeg, en 2013), ainsi que dans d’autres formes artistiques, et a fait l’objet d’une série télévisée (The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate) depuis 2017.

Aller simple, d’Erri de Luca. Gallimard, 2012 (Du monde entier). Pour ne pas oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ». « Aller simple » (Solo andata ), c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes d’Erri de Luca, sorti en avril 2005 chez Feltrinelli et ayant fait l’objet d’une édition bilingue chez Gallimard(du monde entier) en 2012 (également en poche), qui garde toute son actualité. Nous le disions déjà sur ce blogue en 2013. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui et ce sera toujours vrai demain. 

[Voir aussi : Les 40 jours du Musa Dagh, de Franz Werfel : un grand roman sur le génocide arménien.]

Le Très bas, de Christian Bobin. Gallimard, 1992. Un roman de cet écrivain et poète si singulier, mort à 71 ans d’un cancer fulgurant, le 23/11/22. Publié le 9 septembre 1992 aux éditions Gallimard, et ayant reçu le Prix des Deux Magots et le Grand Prix Catholique de Littérature l’année suivante, il s’agit d’un texte poétique en prose au sujet de François d’Assise, de sa vie et surtout de sa vision de Dieu et de l’Amour. Ainsi « le Très Bas », le Dieu des enfants, le Dieu de l’amour, celui de François d’Assise, est posé en opposition avec « le Très Haut » de la religion, à l’image sévère. 

[A lire aussi, La Place, d’Annie Ernaux, qui a reçu le prix Nobel de littérature le 10/12/22]

Comment (mieux) prier et prophétiser sans se laisser dicter un agenda

Le risque est alors de se laisser entraîner par le diable dans son cortège médiatique, lequel souhaiter capter toute notre attention(cf Eph.2v1-5), alors que nous devrions sans cesse rappeler ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal (Source image : public domain pictures)

Dans son dernier essai, « Les Émotions contre la démocratie » (Éditions Parallèle, octobre 2022), la sociologue Eva Illouz s’attaque à la matrice émotionnelle du populisme. L’occasion d’identifier quatre affects sur lesquels s’appuient des leaders populistes actuels pour nourrir leur propagande et asseoir leur légitimité : le ressentiment, la peur, le dégoût et l’amour de la patrie

Un passionnant entretien à lire sur le site de Usbek & Rica, « le média qui explore le futur ».

De même que nos émotions peuvent être instrumentalisées, notre prière peut rester collée à notre âme, peinant à s’élever vers Dieu, si nous prions uniquement selon nos émotions, nos désirs ou nos pensées. 

En effet, ce que nous demandons à Dieu vient la plupart du temps de notre âme : nous lui soumettons notre désir le plus cher, les soucis qui nous pèsent, nos questionnements, nos inquiétudes pour nos proches… Il arrive aussi régulièrement que nous calions notre intercession sur le journal de 20h : les gros titres de l’actualité deviennent la liste de nos prières, pour l’Ukraine, pour les migrants échoués en bord de Méditerranée, pour les élections au Brésil [ou aux Etats-Unis], la politique intérieure, etc.

A lire, une édifiante note de blogue de la Pasteure Caroline Bretones, nous expliquant ce qui se passe lorsque nous faisons taire notre âme et que nous faisons de la place à l’Esprit – notre esprit et le Saint Esprit – de sorte que notre prière soit guidée sur le modèle de celle faite par Jésus à un moment critique de sa vie : « Non pas ce que je veux mais ce que tu veux ». 

Il est enfin permis de s’étonner de voir à quel point les chrétiens d’aujourd’hui sont tributaires des évènements « du moment » pour tenter de dégager la perspective divine ou décrypter la prophétie biblique.

Un message donné à Paris en avril 2019 par Eliane Colard († juillet 2020), et publié le 08/11/22 sur le blogue « Le Sarment », contient des éléments importants pour la compréhension du prophétique.  Il y est question « des temps de la fin, de ce qu’ils annoncent, des signes qui les annoncent, puis dans un deuxième temps du positionnement de l’Église face à ces signes et à leurs avertissements. La fin des temps est évoquée dans la Bible non pas principalement pour parler catastrophes, mais pour parler avant tout d’un merveilleux évènement : le retour de Jésus-Christ qui viendra mettre un terme au temps présent et inaugurer un autre ». 

De là cet avertissement et cette exhortation de « rester sur la fréquence du Seigneur pour ne pas devenir des chrétiens-thermomètres bougeant avec la température extérieure du monde », à la merci du « prophétisme de circonstance », sous peine d’être « condamnés à avoir toujours un train de retard pour ce qui est de la perspective spirituelle. En Jérémie 10, Dieu dit ceci (français courant) : « Ne vous mettez pas à l’école des Païens » Il s’agissait là de ne pas interpréter les signes à leur manière car leurs repères sont illusoires. Mais Dieu avait aussi dit la même chose au travers d’Ésaïe (Chapitre 8/11) : « Le Seigneur me saisit et m’avertit de ne pas marcher dans la voie de ce peuple. Voici ce qu’il me déclara : n’appelez pas « conjuration » (complot, conspiration) tout ce que ce peuple appelle conjuration; ne craignez pas ce qu’il craint et ne soyez pas effrayés » (…) La suite du verset indique que si nous craignons ce que le monde craint, alors cela signifie que nous sommes sous le même règne, le même gouvernement. Or (…)le Seigneur nous demande de marcher à contre-courant du monde et non pas en nous conformant à ce qu’il dit et fait pour finir par craindre ce qu’il craint. 

Le risque est alors de se laisser entraîner par le diable dans son cortège médiatique, lequel souhaiter capter toute notre attention(cf Eph.2v1-5), alors que nous devrions sans cesse rappeler ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal. En effet, Christ « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15).  C’est ainsi que nous sommes exhortés à différer nos attentes de spectacles qui ne sont que distractions et diversions, et à cesser de servir de caisse de résonance à tous les tapages médiatiques, pour mieux nous exercer à regarder dans la bonne direction.  A la suite de Notre Seigneur Jésus-Christ, plutôt que d’être à la suite de ceux qui veulent nous imposer leur agenda, nous serons alors en mesure de porter une authentique voix prophétique pour le monde.

De là une meilleure compréhension de la nature du combat qui est le nôtre et quant à l’identité « de l’adversaire à vaincre », lequel « n’est jamais pour un camp humain contre un autre camp humain », « une religion contre une autre », ou « un parti politique contre un autre ».

« Watch it (again) » : la conférence « l’Evangile, affaire privée ou engagement public ? »

Vous l’avez sans doute vu passer : En mai 2022, l’Institut Catholique de Paris a accueilli les théologiens Stanley Hauerwas et William T. Cavanaugh pour une semaine de rencontres. Ces derniers ont notamment participé à la conférence du 18 mai : « L’Évangile, affaire privée ou engagement public ? »

Cette soirée exceptionnelle s’est déroulée en deux temps :

20h : Réflexion théologique et action sociale : discerner et espérer

21h : Vivre l’Évangile : susciter, éduquer et former à l’engagement

Bonne nouvelle ! Il est possible de (re)découvrir cette soirée sur le site de l’ICP ou via la vidéo ci-dessus disponible sur la chaîne youtube de l’Institut.

Bonne vision édifiante !

« Pas de malentendu : je suis le Seigneur ! »

« Pas de malentendu ! » dit Dieu à de sacrés « malentendants ! » (Source image : public domain pictures)

« Qu’il n’y ait pas de malentendu, je suis le Seigneur ! », répond l’homme mystérieux et redoutable à Josué, qui lui demande s’il est « pour ou contre » (Josué 5v13-14).

Qu’il n’y ait pas non plus de malentendu avec le sens de ce qui est écrit sur le premier volet des deux tables de la loi : « tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture » – ou pour tromper. (Deut.5v11).

« Tu ne soulèveras pas le nom » : Rien à voir avec la version où on lit : « tu ne nommeras pas en vain », souligne Erri de Luca dans un commentaire du décalogue(1). « Et qui, d’ailleurs, peut décider quand ce nom est vain sur des lèvres ? Est-il vain s’il se manifeste dans un moment d’angoisse ou de danger ?(…) Est-il vain au comble de la joie, sous le coup de l’enthousiasme ? La divinité n’entend pas étouffer son nom qui remonte de la poitrine dans une voix troublée ou émue. La ligne de la phrase était plus solennelle et concernait l’usage de son nom dans un acte public », dans la vraie vie ou, de nos jours, sur la toile. 

« Tu ne soulèveras pas le nom : c’est bien autre chose que de le prononcer sous le coup d’une impulsion, il s’agit d’appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations », précise Erri de Luca(1). Comme si Dieu n’était qu’un prétexte pour justifier de « tonner contre » via des slogans bien peu biblico-compatibles, ou pour couvrir nos revendications identitaires parfois tapageuses.

« Le verbe nasà précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce et qu’on en porte tout le poids. », explique encore Erri de Luca. Et « celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ». C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité », car l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…) car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue] »(v11). « Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. Comme dans toutes les guerres [ou les croisades] faites au nom de cette divinité »(2). 

« Pour l’imposture, dit l’hébreu » : rien à voir avec « en vain ». On le comprend bien grâce à une autre ligne : « tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture(Lashàue) contre ton prochain » (Deut.5v20).

C’est ainsi que les « au nom de Dieu » s’avèrent beaucoup plus blasphématoires que la même formule sans le « au ».

En tant que croyants, censés être des témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique », et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » de Dieu, à l’instar de Job, de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8(3), et être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui « veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes ». Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » saura répondre par le verset 13 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Et aussi par le verset 23 de Lévitique 25 : « souvenez-vous que cette terre est à moi », dit l’Éternel, et que vous n’êtes pas « chez vous » : vous y êtes, tel Abraham, uniquement des « résidents étrangers » chargés d’y mettre en place la justice et l’équité.

Nous sommes effectivement des « étrangers (et locataires) au sol », habitant cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété », commente Erri de Luca. Refusons donc cet esprit « du propriétaire » [qui est celui de Baal, le dieu païen de la propriété], qui se focalise sur « ses » droits et « ses » libertés en mode lobbyiste de défi(4), estimant qu’il serait possible « de permettre à Dieu d’être Dieu ou d’empêcher César d’être César »(5), mais cultivons plutôt « l’esprit d’appartenance ». Soit la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand, qui nous a créés « à son image » et nous invite à vivre « selon sa ressemblance ».   

 Notes :

(1) Voir Erri de Luca : « Au nom de Dieu » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 99-100 et « Et Il dit ». Gallimard, 2012, pp63-65.

(2) Paradoxalement, « la modernité consiste dans ce besoin d’une justification de Dieu ». C’est ainsi que « plutôt que de croire en Dieu, les nouveaux guerriers au nom de la foi pensent que c’est à lui de croire en eux, en leur confiant certaines de ses missions expéditives ». Erri de Luca dans « Au nom de Dieu » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 99-100

(3) A l’inverse, Dieu reproche aux amis de Job de ne pas avoir parlé neconàcorrectement, de Lui, à leur compagnon  (Job 42v7). Et ce, alors qu’ils avaient développé une vaste théologie……

(4) Et ce, en oubliant que cette liberté revendiquée, et qui consiste essentiellement en l’autonomie de l’individu, n’ayant pour borne que « ce qui ne nuit pas à autrui », n’est pas la libération totale que Jésus est venue conquérir : la libération de toutes nos servitudes, du pouvoir du péché, de la crainte de la mort(Hébr.2v15), et la restauration d’une relation qui avait été rompue (2 Cor.5v19).

(5) D’après une formule du Pasteur Gilles Boucomont, « piquée » sur son compte twitter.

Un interdit radical

« Abomination » ! (Personnage « Marvel »)

Une lecture biblique de « l’interdit » des peuples de Canaan, qui éclaire sur ce que Dieu appelle « abomination ».

Une raison de la politique génocidaire de « l’interdit » se trouve dans le livre du Deutéronome, explique le Pasteur Antoine Nouis, dans un commentaire paru dans Réforme, le 31/10/16 : « Lorsque tu entreras dans le pays que le Seigneur, ton Dieu, te donne, tu n’apprendras pas à imiter les abominations de ces nations-là. Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui se livre à la magie, qui cherche des présages, qui pratique la divination ou la sorcellerie, qui jette des sorts, qui interroge les spirites ou les médiums, qui consulte les morts. En effet, quiconque se livre à ces pratiques est une abomination pour le Seigneur ; c’est à cause de ces abominations que le Seigneur, ton Dieu, dépossède ces nations devant toi. » (Deut. 18,9-12).

« L’interdit des peuples de Canaan est une protection contre la contagion de pratiques qui seraient mortifères pour les Hébreux. Rappelons que les sacrifices d’enfants étaient courants au Moyen-Orient. Ils correspondent à une approche archaïque de la religion qui consiste à croire que si nous offrons à Dieu ce que nous avons de plus cher, il nous bénira à la mesure de notre sacrifice ».

Bien que sévèrement condamnée par le livre du Lévitique : « Tu ne livreras aucun de tes enfants pour le faire passer au Molek ; tu ne profaneras pas le nom de ton Dieu. Je suis le Seigneur. » (Lv 18,21), « cette pratique abominable a perduré en Israël [voir notamment le roi Acaz, en 2 chroniques 28v1-3, ou même le roi Manassé] puisque les prophètes Jérémie et Ezéchiel en ont fait la raison de l’exil à Babylone (Jr 19,5 ; Ez 16,20-21).

Quant à la divination, la sorcellerie et la consultation des morts, elles sont des asservissements qui sont contraires au commandement de liberté. Les pratiques occultes cherchent à maintenir le peuple sous la tutelle de magiciens qui manipulent le religieux pour leur plus grand profit.

Entre ces pratiques superstitieuses et mortifères et le Dieu de la libération, il n’y a pas de compromis possible, c’est la raison pour laquelle l’interdit est radical ».

Watch it (again) : « American Gospel : Christ Alone »

Croyons-nous en l’Evangile que nous prêchons ? Sommes-nous concernés par cet Evangile ? En avons-nous besoin tous les jours ? Le connaissons-nous bien ? Notre Evangile est-il « un autre Evangile » ? Les critiques comme quoi nous déformerions Jésus et l’Evangile sont-elles fondées ? Qu’est-ce être chrétien ? Et qu’est-ce que l’Evangile, en fin de compte ? Devenir de « bonnes personnes » ? Est-ce possible ? Est-ce là le cœur du message biblique ? La Bible est-elle ce « livre dont je suis le héros » ?

Autant de questions soulevées dans le documentaire « American Gospel : Christ Alone », écrit et réalisé par Brandon Kimber en 2018, et qui m’avait jusque-là échappé. Je l’ai découvert le 24 août grâce à une analyse du pasteur suisse Philippe Golaz, publiée sur son blogue « Théologiquement vôtre », dont je vous recommande la lecture après le visionnage du documentaire.

J’ai pu notamment apprendre que l’évangéliste américain Todd White, après avoir initialement refusé de regarder ce film et l’avoir vivement critiqué, s’est finalement repenti publiquement le 25 juillet « pour avoir prêché un évangile incomplet ».

De quoi parle « American Gospel : Christ Alone » ?

Son sujet est l’Evangile. Durant 2h19, le documentaire présente et réfute, de manière biblique et argumentée, les différents fondements théologiques et anthropologiques de « l’évangile » dit « de la prospérité ». Pour cela, interviennent ou témoignent plusieurs théologiens, pasteurs et apologistes, tels Matt Chandler, Bryan Chapell, Phil Howell, Jackie Hill-Perry, Michael Horton, Julius Kim, Paul Washer, mais aussi Katherine Berger (atteinte de plusieurs maladies génétiques), Justin Peters (né avec une paralysie cérébrale) et Costi Hinn, le neveu de Benny Hinn.iv

Il est possible de regarder une version de 58 minutes du film [inclus : les 40 premières minutes du documentaire, suivies d’une bande annonce et de témoignages, ainsi qu’une avant première de sa suite : « American Gospel : Christ crucified »], en accès gratuit sur le site du film et en VOST.

A l’instar de Philippe Golaz, je dirai aussi qu’« American Gospel : Christ Alone » est effectivement « une oeuvre précieuse qu’il nous faudrait regarder attentivement ». Car, loin de nous montrer une réalité à des années-lumière de la nôtre, ce film est réellement interpellant sur nos manières de vivre et d’annoncer l’Evangile, nous conduisant à examiner nos propres fondements.

Nous pouvons rejeter (avec raison) l’Evangile de la prospérité comme un « faux Evangile » ou « un autre Evangile », dénoncé par Paul dans sa lettre aux Galates, tout en nous persuadant d’être peu concernés en Europe par ce phénomène venu des Etats-Unis.

En réalité, nous sommes susceptibles d’être exposés, même en Europe, « à ses sous-produits », ersatz de « programme d’amélioration morale » ou de « développement personnel » [« soyez une bonne personne et Dieu vous aimera »], et de reprendre sans discernement des « recettes » qui semblent « marcher » ailleurs. Autant de messages non pas « sous-chrétiens » mais bien « anti-chrétiens », plaçant l’homme – et non plus Dieu – au centre, et condamnant à l’orgueil ou au désespoir, sans la repentance qui libère, selon les intervenants du documentaire !

A voir : les 40 premières minutes du documentaire, suivies de bandes annonces et de témoignages, lesquelles sont en accès gratuit et en VOST sur le site du film ou sur youtube.

A lire ensuite : l’analyse du pasteur Philippe Golaz sur son blogue « Théologiquement vôtre ».

L’auteur présente quatre aspects de l’évangile de la prospérité tels que mis en avant dans « American Gospel : Christ Alone », ainsi que la manière dont il retrouve cette même dimension dans la théologie post-libérale. A chaque fois, il accompagne son analyse d’un extrait de la Bible qui vient questionner ces fondements.

En toute humilité, le pasteur-blogueur « espère que cette analyse nous permette de prendre un peu de recul par rapport à nos théologies respectives afin de progresser ensemble vers le sommet, vers le véritable Evangile, en ayant à l’esprit ces mots de Paul » dans sa lettre aux Philippiens, ch.3v12-16 :

« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je poursuis (ma course) afin de le saisir, puisque moi aussi, j’ai été saisi par le Christ-Jésus. Frères, pour moi-même je n’estime pas encore avoir saisi (le prix) ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et tendant vers ce qui est en avant, je cours vers le but pour obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Christ-Jésus. Nous tous donc qui sommes des hommes faits ayons cette pensée, et si sur quelque point vous avez une pensée différente, Dieu vous révèlera aussi ce qu’il en est. Seulement, au point où nous sommes parvenus, avançons ensemble ».

En bref :

« American Gospel: Christ Alone », un documentaire écrit et réalisé par Brandon Kimber (USA, 2018). Durée : 2h19

Avec la participation de Katherine Berger, Russell Berger, Robert M. Bowman Jr., Marshall Brandon, Dan Burgoyne, Matt Chandler, Bryan Chapell, Scott Clark, Ray Comfort, Kenneth Copeland, Amber Demars, Sean Demars, Mark Dever, Michael Durham, Mike Gendron, J.D. Greear, Don Green, Jackie Hill-Perry, Benny Hinn, Costi Hinn, Michael Horton, Phill Howell, Phil Johnson, David W. Jones, Sanj Kalra, Julius Kim, Steve Kozar, Steven J. Lawson, John MacArthur, Justin Peters, Nate Pickowicz, Nabeel Qureshi, Emilio Ramos, Todd White, Simeon Williams, Trevin Wax, Paul Washer, Constance Troutman, Anthony Silvestro, Chris Rosebrough, Anthony Wood.

En bonus, à écouter le chant « In Christ alone »(« en Jésus seul »)

Initialement paru le 29/08/20 sur Pep’s café!

Comment étudier l’Economie sous un angle chrétien (au risque de se faire traiter de « socialiste »)

« Ce qui ne va pas avec le conservatisme », selon Christopher Lasch : Non seulement (les conservateurs) n’expliquent pas suffisamment la destruction des « valeurs traditionnelles », mais ils se rangent involontairement du côté des forces sociales qui ont contribué à leur destruction (Source image : public domain pictures)

Vous avez certainement lu ce texte – actuellement viral sur les réseaux @sociaux depuis mai 2022 – et attribué à un certain pasteur méthodiste Dave Barnhart : 

« Les enfants à naître » sont un groupe bien pratique à défendre. Ils ne vous demandent jamais rien. Ils sont moralement simples, au contraire des prisonniers, des victimes d’addictions, ou des pauvres chroniques ; ils ne ressentent pas la condescendance et ne se plaignent pas que vous ne soyez pas politiquement correct ; contrairement aux veuves, ils ne vous demandent pas de questionner le patriarcat ; contrairement aux orphelins, ils ne demandent ni argent, ni éducation, ni soin ; contrairement aux étrangers, ils n’apportent pas le bagage racial, culturel et religieux que vous n’aimez pas ; ils vous permettent de vous sentir bien quant à vous même sans avoir besoin de créer ou maintenir des relations ; et quand ils sont nés, vous pouvez les oublier, parce qu’ils cessent d’être à naître. C’est comme si en naissant ils mouraient pour vous. Vous pouvez aimer les enfants à naître sans avoir à changer sérieusement votre propre richesse, pouvoir ou privilège, sans ré-imaginer les structures sociales, vous excuser ou faire des réparations à quiconque. Ils sont, en fin de compte, les gens parfaits à aimer si vous aimez dire que vous aimez Jésus mais n’aimez pas en fait tout ce qui respire. Les prisonniers ? Les immigrants ? Les malades ? Les pauvres ? Les veuves ? Les orphelins ? Tous les groupes spécifiquement mentionnés dans la Bible ? Ils sont tous jetés au diable au profit des enfants à naître« .

Précisons-le : Ce texte a vraiment été écrit par le pasteur Barnhart. Ce dernier, qui est pasteur à l’église méthodiste unie Saint Junia à Birmingham, en Alabama(1), a publié ce message pour la première fois sur sa page Facebook en 2018. À l’époque, les élus de l’Alabama étaient en train d’adopter un amendement à la constitution de l’État qui « reconnaîtrait les droits de l’enfant à naître » afin de garantir que « les fonds de l’État [n’iraient] pas au financement des soins d’avortement », selon AL .com .

Une prise de position qui lui a valu récemment cette « réponse courte » sur la toile : « Cause toujours, anabaptiste »(2) (sic – comme si c’était une insulte ! C’est le signe que le pasteur Barnhart a touché juste), et cette « réponse longue » : « Ce genre d’attaque [comprendre : ce genre de prise de position du pasteur Barnhart] présuppose que la seule façon de militer pour une cause sociale est la façon socialiste(sic), avec ses conceptions et ses stratégies ». Accusation classique, mais plutôt réductrice et de nature à noyer le poisson pour ne pas traiter le sujet dans le fond. 

Car tout lecteur de la Bible sait que le Seigneur est bien « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), que celui « qui opprime le faible outrage son Créateur, mais qui a pitié du pauvre l’honore » (Prov.14v31), et que nous n’avons pas à mêler « des cas de partialité à (notre) foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ« , par exemple, en déroulant le tapis rouge au riche, tout en accordant la place du déshonneur au pauvre. (Jacq.2v1-9)

Comme l’écrivait Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur, dans « Si j’étais président…  – Le sel du scrutin présidentiel » (16/02/2012) : « Faut-il insister davantage sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 65 millions de citoyens vivants ? Quid de la justice, de l’équité, de l’honnêteté en affaires, de la santé, de l’emploi, de l’éducation, de la morale publique, du droit d’opinion et de religion ? » 

Ce constat en appelle un autre, tel celui formulé par Etienne Omnès dans un excellent article intitulé « comment étudier l’économie sous un angle chrétien », paru sur son blogue en 2019 : d’après lui, la question du Travail et de l’Economie « est peut-être ce qui est le moins abordé dans l’église évangélique », et le sujet « dont on se désintéresse le plus, au point où l’on est persuadé que le christianisme et la Bible n’ont rien à dire sur notre modèle économique. Si jamais la Bible a quelque chose à en dire, c’est pour condamner le méchant socialisme et soutenir le « capitalisme » (mais allez savoir quelle définition…). En comparaison, les catholiques romains ont le mérite d’avoir une doctrine sociale EUX ».

De son propre aveu, Etienne savait « que c’était probablement un sujet important(3) », mais il n’en avait « pas fait une priorité » avant de lire Christopher Lasch sur « ce qui ne va pas avec le conservatisme ». L’une de ces critiques en particulier lui parlait : Les conservateurs partent du principe que la déréglementation et le retour au marché libre résoudront tout, favorisant une renaissance de l’éthique du travail et une résurgence des « valeurs traditionnelles ». Non seulement ils n’expliquent pas suffisamment la destruction de ces valeurs, mais ils se rangent involontairement du côté des forces sociales qui ont contribué à leur destruction, par exemple dans leur plaidoyer pour une croissance illimitée.

« Pour moi qui ai toujours grandi dans un milieu où l’on tempêtait sans cesse contre les « attaques contre la famille », c’était une révélation », explique Etienne : « le plus grand des ennemis de la Famille, ce n’était pas l’Etat, mais le Marché. Cela est confirmé par cette autre citation, sur l’effet des banales pubs que vous consommez à la télé : Le fait n’est pas que la publicité manipule le consommateur ou influence directement ses choix. Le fait est que cela fait du consommateur un toxicomane, incapable de vivre sans des pertes de plus en plus importantes de stimulation et d’excitation d’origine externe (…). Pour Lasch – et il a raison- la publicité qu’ingurgite mes fils est bien plus destructrice que les délires(sic) de Marlène Schiappa »  [laquelle vient de faire son retour dans le gouvernement Borne, en tant que secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative ].

Et « à partir de ce moment-là », poursuit Etienne, « j’étais convaincu qu’étudier le Marché était une des tâches les plus urgentes et fondamentales que je pouvais faire.

Mais comment ?

Et surtout, comment en sortir une vision chrétienne ? »  

L’article courageux d’Etienne, qui lui vaudrait certainement aujourd’hui de se faire traiter de « socialiste » par les laudateurs du « capatalism », se propose premièrement de pointer « les erreurs courantes dans les traitements évangéliques de l’Economie » :

(….)

1.    [Les Evangéliques] n’étudient que ce que la Bible dit du Travail, sans jamais chercher à l’appliquer. On aboutit à des platitudes inutiles du genre : « le travail c’est nécessaire pour l’homme, la pénibilité n’est qu’une punition temporaire ». Pendant ce temps, une usine ferme, créant 10 suicides et 20 divorces et là-dessus pas un mot

2.    Ils essaient de l’appliquer mais sont extrêmement superficiel en économie: (…..)

3.    Ils étudient correctement ce que dit la Bible, ils sont sérieux dans leur application à l’économie, mais ils interagissent avec une idée et non le réel. [C’est ainsi que le chrétien qui parlera des relations contractuelles entre patrons et employés] devra parler des forces de négociations inégales, et même de l’utilité des syndicats, voire même de [ce que les dernières « lois sociales » changent] sur la façon dont les « petits » sont traités….

Puis, il nous propose quelques pistes et principes sur ce qu’il convient de faire pour une économie sous un angle chrétien :

1.    Commencez par bien connaître votre théologie 

2.    Commencez par des traités chrétiens sur l’économie 

3.    Lisez les livres d’économistes, en vous concentrant sur ceux qui sont le plus cités. 

4.    Etudiez des sujets concrets, évitez les sujets abstraits. 

5.    Faites le tri. (…..) apprenez à distinguer les faits et les commentaires, l’évènement et son explication. Soyez tolérants dans les explications données, (….) Profitez-en pour élargir votre horizon intellectuel.

6.    Partez du réel et non de la Bible. (…..)

Une quête passionnante à poursuivre !

Lire l’intégralité de son article ici.

Notes : 

(1) Barnhart exploite un réseau d’églises de maison appelé l’Église méthodiste unie Saint Junia. L’Église Méthodiste Unie Saint Junia se décrit sur sa page Facebook et sur ce blogue comme « une communauté diversifiée de pécheurs, de saints et de sceptiques qui se joignent à Dieu dans le renouvellement de toutes choses ».

(2)Un Michel de l’Hospital (1504-1573), chancelier de France (ministre de la justice et premier ministre) aurait sans doute eu les mêmes mots, prononcés lors de son Discours de tolérance devant les états généraux d’Orléans, le 13 décembre 1560, dans l’espoir de rapprocher les Français : « Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, ne changeons le nom de chrétiens ! » https://www.herodote.net/L_apologie_de_la_tolerance-synthese-428.php

(3) C’est un sujet d’autant plus important que le journaliste américain Michael Goodwin part lui aussi d’un constat simple dans « Economix : la première histoire de l’économie en BD », réalisé avec Dan E. Burr (Ed. Les Arènes, 2013. Mise à jour en 2019) : « Tout le monde se pose des questions sur l’économie. Et si les spécialistes sont perplexes[voire même n’y comprennent plus rien du tout ou ne maîtrisent plus rien du tout], comment pouvons-nous comprendre ce qui se passe ? (op. cit., p 8).  Or, l’économie régit une part importante de notre vie quotidienne. L’étudier, c’est comprendre et expliquer comment les êtres humains s’organisent pour produire, échanger, consommer…des biens et des services dans le cadre d’une société. Il existe différents concepts, que nous avons du mal à maîtriser, ainsi que différentes théories économiques, qui sont parfois contredites par les faits. D’autre part, ajoute l’auteur, « nous sommes citoyens d’une démocratie. La plupart des sujets à propos desquels nous votons relèvent de l’économie. C’est de notre responsabilité de comprendre ce pour quoi nous votons ».  

Et Mammon est le seul dieu que Jésus appelle de son nom dans l’Evangile, tout en soulignant qu’il est impossible de « servir Dieu et Mammon » (Mt 6.24). Une déclaration radicale par ailleurs prophétique, soulignant ce sur quoi l’Eglise doit se positionner, et ce, d’autant plus que « Mammon » est omniprésent dans l’espace public. Voir aussi, sur cet éternel sujet, cet article et cet autre.