« La guerre des spectacles » de Tony Reinke : ou comment « chérir Christ à l’ère des médias »

« La Guerre des spectacles » : un livre de théologie de la culture visuelle (Source image : première de couverture de l’ouvrage de Tony Reinke)

« Qu’il soit vrai ou faux, voire de la pure fiction, un spectacle [tout ce qui se dispute nos yeux] est une chose visible vers laquelle converge un regard collectif. Voilà tout l’objet de [« La Guerre des spectacles »], ce livre » (1) de théologie de la culture visuelle de Tony Reinke, paru en novembre 2020 et consacré à un sujet rare, à l’angle original. Selon l’auteur, par ailleurs directeur des communications du ministère « Desiring God », et auteur de « Génération smartphone », « la guerre des spectacles » est l’illustration de cette tension qui existe entre le spectacle de la gloire de Dieu et les spectacles du monde.

Initialement, nous, humains, avons été créés avec une soif de voir la gloire. C’est, par exemple, l’aspiration de Moïse en Exode 33v18 qui fait cette demande à Dieu : « Fais-moi voir ta gloire ! ». « Nos cœurs recherchent la splendeur tandis que nous fouillons du regard la grandeur (…) Cette aspiration intense a été créée pour Dieu », souligne encore Tony Reinke. Malheureusement, nous sommes le plus souvent captivés par d’autres choses, à savoir « les films et les divertissements, la politique, les vrais crimes, les potins sur les célébrités, la guerre et les sports en direct »(2), dans lesquels le monde sans Dieu cherche la gloire.

De là cette exhortation et cette invitation à différer nos attentes de spectacles qui ne sont que distractions et diversions, pour nous exercer à regarder dans la bonne direction : c’est là l’objet du culte rendu à Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20), lequel « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15). L’enjeu est de taille car « nous sommes des créatures façonnées par ce qui attire notre attention, et ce à quoi nous accordons notre attention devient notre réalité objective et subjective (…) Nous prêtons attention à ce qui nous intéresse ; nous devenons semblables à ce que nous regardons »(3).

Nous pensons alors à ce que nous laissent espérer 2 Cor.3v18 : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit », comme à cet avertissement du Christ : « Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul? » (Jean 5v44).

La fin du livre nous livre quelques pistes intéressantes d’application : ainsi, par exemple, le fait que « les relations transforment notre interaction avec les spectacles » (4), ce qu’il me semble être un remède à l’indifférence. Ce mal moderne est « l’incapacité de distinguer les différences », soit un « trouble de la perception qui empêche de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur.  L’indifférence est justement un dérangement opposé à celui de Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », lequel s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Paradoxalement, ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne. Il distingue ainsi mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême, allant jusqu’à faire irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable »(5).

Au final, un livre qui devrait faire référence sur le sujet, ou du moins, ouvrir la voie à d’autres pistes de recherches et de réflexions chrétiennes sur cet éternel enjeu de « la société du spectacle » jadis décrite par Guy Debord en 1967.

 

En bref : « La guerre des spectacles : chérir Christ à l’ère des médias », de Tony Reinke. Editions Cruciforme, 2020. Je remercie BLF éditions, partenaire de Cruciforme, de m’avoir fait découvrir gracieusement l’ouvrage « en service presse ».

 

 

Notes :

(1) « La guerre des spectacles : chérir Christ à l’ère des médias », de Tony Reinke. Editions cruciforme, 2020, p 19

(2) Tony Reinke, op cit, p 23

(3) Tony Reinke, op cit, p 25

(4) Tony Reinke, op cit, p 168

(5) De Luca, Erri. « Indifférence » IN Alzaia. Rivages et Payot, 1998 (Bibliothèque rivages), pp 95-96

 

 

 

 

 

Quand deux pasteurs nous parlent de « Black Mirror » : ce qui est bon pour eux est-il bon pour nous ?

« Ne risquons-nous pas de devenir les « complices » impuissants – mais prêts à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? »
(Scène de la série « Black Mirror »)

Ce billet (1) est avant tout destiné à susciter réflexion et à ouvrir une discussion sur ce qui semble être devenu un cas d’école, plutôt que de dire aux internautes ce qu’ils doivent faire.

Dans leur deuxième émission de « Memento Mori », un podcast hebdomadaire « qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ », Matthieu Giralt et Raphaël Charrier, tous deux pasteurs, s’entretiennent l’un et l’autre en passionnés – et de manière passionnante – de « Black Mirror », une série « qui cartonne sur Netflix ».

Dans cet épisode(2), Raph et Matt s’efforcent de répondre aux questions suivantes : « C’est quoi cette série ? Quels sont les deux épisodes qui t’ont le plus plu ? Quels sont les thématiques qui te parlent le plus ? Quelle sagesse cela doit nous pousser à avoir ? »

Pour ceux qui ne connaissent pas, « Black Mirror » est une série britannique d’anthologie (2011), ce qui signifie que chaque épisode est traité de manière indépendante. La série n’est pas linéaire par son scénario mais par sa thématique. A ce sujet, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est le sens de son titre) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité ».

Remarques personnelles :

Certes, l’on devine l’intérêt sociologique et apologétique d’une telle série, et la thématique m’intéresse particulièrement, mais la lecture de plusieurs pitchs ne m’a personnellement pas convaincu de la regarder, du fait de sa violence et de son regard cynique sur la société et les êtres humains.

Par ailleurs, au-delà de toutes les analyses – pertinentes – que l’on peut en faire, cette série dite à succès me paraît soulever plusieurs questions majeures :

1)Peut-on la regarder avec le recul nécessaire, même à des fins d’apologétique culturelle ? Ou nous trouvons-nous « dans l’impossibilité » de nous empêcher de la regarder, du fait de son pouvoir fascinant, par exemple, face à la vision d’une scène/image déplaisante ou difficilement supportable (gore, érotisme….selon les pitchs lus) ? Comment « se sent-on », après chaque épisode, et pourquoi ? Ne risquons-nous pas de devenir le « complice » impuissant – mais prêt à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? Dans cette perspective, quid de notre « libre arbitre », de notre liberté de regarder/de s’arrêter de regarder la série ?

Puisque l’on parle de « libre arbitre », et en guise de complément à l’émission de Matthieu et Raphaël, je vous invite notamment à lire ce très intéressant article du journaliste Pierre Sérisier, paru en 2012 sur son blog « Le Monde des séries », lequel souligne que l’avenir (ou le présent) dépeint par Black Mirror illustre « avec une justesse impeccable une notion difficile à cerner, l’akrasia, ou acrasie (étymologiquement du grec kratos, le pouvoir, et a-, préfixe privatif), concept philosophique qui désigne communément une faiblesse de la volonté ». D’après Pierre Sérisier, il ne serait « pas question [dans cette série] de dénoncer la technologie, l’omniprésence des écrans, mais seulement de montrer comment cette technologie qu’aujourd’hui nous nous imposons nous imposera demain un certain mode de pensée, une attitude où l’événement médiatisé perd de son humanité et se soustrait au jugement qui devrait se faire. En faisant en sorte que leur volonté et leur libre arbitre ne soient qu’un deuxième choix après avoir épuisé la possibilité que la technologie leur offre. La série échappe pourtant au lieu commun qui consisterait à dire que nous sommes devenus seulement des esclaves de cette technologie et montre plutôt que le fait même de porter un jugement éclairé et agir en conséquence va devenir de plus en plus difficile à mesure qu’on sera, de plus en plus, abreuvé d’informations et dépendants d’elles, jusqu’à faire du libre-arbitre de l’individu et de sa volonté des choses un peu illusoires, qu’on possède toujours naturellement mais qu’on abandonne de fait ».

2) De fait, en écho avec ce qui précède, il en ressort que le choix du thème de l’émission – et surtout de son angle – soulève un sérieux problème – et pas des moindres –  que n’avaient peut-être pas (suffisamment, du moins) anticipé Matthieu et Raphaël. Ce problème se trouve pointé par le témoignage de l’internaute « Lucie ». Le partage de son expérience personnelle avec la série, dans l’espoir « qu’elle puisse servir à d’autres », m’a paru particulièrement bienvenu, dans sa façon d’interpeller avec grâce les deux pasteurs, leur rappelant leur responsabilité : « Au-delà du fait qu’humainement, Black Mirror est une série complète, bien réalisée qui a effectivement ce don de « captation » (….), j’avais décidé d’arrêté de regarder cette série, qui pour ma part ne m’édifiait pas mais me plongeait dans un profond malaise », explique-t-elle. « Puis j’ai écouté votre podcast. Là je me suis dit « tiens, des pasteurs en parlent et l’ont regardé, c’est que c’est ok finalement ». Vu que vous mettiez tout de même en garde vis à vis de la saison 1, je me suis dis que j’avais loupé des épisodes intéressants (…..). J’ai donc décidé de reprendre la série où je l’avais arrêtée. Il y a effectivement des épisodes « non violents » et intéressants pour le débat (….), mais la saison 2 et la saison 3 ont tout de même leur lot d’épisodes à caractères sexuels ou violents (la série et d’ailleurs classée 16+ sexe violence). Ce sont des images et des scènes qui s’imprègnent, que je n’avais pas spécialement envie de voir. Quelque part ça a été une occasion de chute pour moi ». Et l’internaute, qui a pris une nouvelle décision de pas continuer à regarder la série,  de rappeler que « TPSG s’adresse également à des plus jeunes, qui en entendant ce podcast se diront comme moi, « c’est ok on peut regarder ». Et même si vous émettez une objection quant à la saison 1, les ados (ou moins jeunes d’ailleurs) par curiosité la regarderons probablement, ainsi que les autres saisons ».

« Moralité », comme le souligne David, un autre internaute, « ce n’est pas parce que des pasteurs aiment [l’on devine qu’ils ont vu l’intégralité des saisons de la série] que c’est OK. Chacun a une sensibilité différente, et même plus que ça : des points sensibles différents. Ce qui est OK pour un pasteur ne l’est donc pas forcément pour nous, à chacun de juger pour lui-même. Pour éviter l’amalgame chez les plus jeunes il faudrait peut-être que les deux podcasteurs soient plus précis sur ces questions-là ».

Ceci dit, il est important de bien comprendre l’intention première – bien clarifiée par Raphaël dans sa réponse aux internautes, que j’ai appréciée (3) – de « Memento Mori », et il n’y a pas à remettre en question le souci des deux pasteurs d’encourager l’Eglise à progresser en sainteté et en pureté. Néanmoins, relève encore l’internaute Lucie, si les deux podcasteurs ne recommandent pas expressément de regarder la série, certains seront inévitablement conduits à la regarder, par curiosité et « pour se faire une idée », suite à l’émission. S’il n’y a donc effectivement pas de « pub » pour Black Mirror, le simple fait d’en parler [surtout de manière passionnée] peut inciter des chrétiens à la regarder.

Certes, précise Raphaël en réponse aux remarques des internautes, « ce n’est pas parce qu’un pasteur en parle que c’est OK ». Sauf que, souligne encore Lucie, « Dieu nous demande à tous d’être des témoins pour les autres ». Je dirai même plus : et à être  « les gardiens de nos frères ». Si je suis libre de mes choix, je ne suis jamais libre des conséquences de mes choix, puisque je vis dans un cadre social bien réel, qu’il s’agisse de la famille, de la société, d’une communauté, ou d’une collectivité, autant de structures où est censée fonctionner une certaine interdépendance. Les Épîtres nous enseignent d’ailleurs que nous sommes un corps et pas une simple addition d’individus. D’autre part, relève encore Lucie, « le simple fait de savoir qu’un pasteur ait pu regarder cette série peut nourrir l’ambiguïté », quand bien même ledit pasteur en parlerait « de manière éclairée et biblique », dans le but de nous inviter à prendre du recul.

« Moralité(bis) » : comme le reconnaît encore Raphaël, dans sa réponse aux internautes, il est un piège à vouloir « dissimuler la convoitise de la chair derrière une prétendue quête d’analyse culturelle. Malheureusement, beaucoup de chrétiens se laissent endormir par ce qu’ils consomment ». Tout à fait. C’est pour cela qu’il serait temps que les chrétiens cessent de se comporter en « con-sommateurs » pour se comporter en chrétiens adultes responsables, capables d’exercer leur autorité et leur discernement de croyant, soit leur capacité à ne pas dire « oui » à tout.

Conclusion (provisoire ?) :

Comme souligné au début de cet article, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est d’ailleurs le sens du titre de la série) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité…». Mais pourquoi aller chercher ce type de révélation dans la technologie en général, et particulièrement dans une série addict telle que « Black Mirror » ?

Puisque l’on parle de « révélation », notions que l’ « Apocalypse », dernier livre de la Bible et que l’on peut qualifier de « science fiction de la littérature biblique », ne signifie pas « catastrophes », mais « révélation ». Et même « révélation de Jésus-Christ ». Comme l’explique très bien ce répondant sur « 1001 questions », « des images très impressionnantes sont employées, mais pas qu’inquiétantes, pour nous dévoiler en fait le mystère de la présence de Dieu au cœur du monde, y compris dans les temps difficiles (mais pas que !). En ce sens, le livre de l’Apocalypse ne décrit pas l’avenir mais le présent de tout croyant aux prises dès maintenant avec l’incompréhension, l’injustice mais aussi l’espérance et la présence de Dieu ».

En somme, l’inverse d’une fausse prophétie, non biblique, qui écrase et démolit, est la prophétie biblique véritable, laquelle édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Ce que « Black Mirror » ne permet – semble-t-il – pas au téléspectateur, qui se trouve condamné à l’état de voyeur se sentant continuellement coupable mais toujours prêt à en redemander….Franchement, voulons-nous vraiment être réduit à cela ?

 

 Notes :

(1) Plus exactement, ce billet initialement paru le 09/05/18 et mis à jour pour l’occasion, se veut la synthèse d’une discussion qui a suivi l’émission « Memento Mori », diffusée sur TPSG, et à laquelle j’ai personnellement pris part, pour rendre plus visibles les enjeux soulevés. Et ce, d’autant plus que les commentaires ont à ce jour disparus du site, sans doute pour des raisons techniques.

(2) A noter le travail de synthèse réalisé par un auditeur, disponible sur la page actualisée de l’émission, lequel ne retranscrit pas les propos exacts de l’épisode, mais vise à présenter le contenu.

(3) Réponse de Raphaël Charrier (postée 14/04/18 avant d’être mystérieusement retirée le même jour), que j’ai apprécié : 1) pour son soucis de clarifier sa position ainsi que celle de Matthieu et les objectifs de l’émission ; 2) pour sa capacité à apprécier les commentaires et à les intégrer dans sa réflexion, de nature à améliorer sa propre démarche :

« Bonjour Lucie et Peps Cafe , merci pour vos commentaires qui sont très pertinents et appellent à une réponse sérieuse ! Si vous écoutez attentivement le podcast, à aucun moment nous ne recommandons aux auditeurs de regarder la série. Nous les mettons juste en garde par rapport à la saison 1 et rappelons que pas tout le monde peut la regarder. Ce n’est pas parce que des pasteurs en parlent que c’est OK comme semble l’affirmer Lucie. Pas du tout ! Peut-être aurions-nous dû être beaucoup plus clair sur ce point : nous ne voulons en aucun cas promouvoir la série ni encourager à la regarder. 
En tout cas, merci pour vos retours. Grâce à vous, à l’avenir quand nous analyserons quelque-chose d’aussi sensible, nous ferons attention à mettre plus clairement en garde nos auditeurs. Notre but n’est pas d’encourager à regarder, il est tout autre.

Mais avant de vous l’expliquer, je vous demande de nous croire : Matthieu GIRALT et moi-même ne badinons pas avec les exigences de la sainteté et de la pureté. 
Vous remarquerez le nombre d’articles TPSG où nous souhaitons encourager l’Église dans ce sens. 
Dans notre prochain épisode de Memento Mori, nous parlerons spécifiquement des smartphones. Vous pourrez constater comment Mat et moi sommes beaucoup plus radicaux et précautionneux que la plupart des chrétiens quant à son usage.

Votre réaction Lucie et Peps m’encourage beaucoup, il faut préserver notre pureté avant tout et ne pas chercher à dissimuler la convoitise de la chair derrière une prétendue quête d’analyse culturelle. Malheureusement, beaucoup de chrétiens se laissent endormir par ce qu’ils consomment.
Pas besoin de gouter aux excréments pour pouvoir dire que c’est mauvais.

Lucie cite Game Of Thrones, je ne pense pas que nous puissions la mettre au même niveau que BM, mais je la rejoins : Mon épouse et moi-même n’avons jamais dépassé les 10 premières minutes du 1 épisode à cause des scènes pornographiques. Si vous lisez l’anglais, je vous recommande cet excellent article de K. De Young sur le sujet [sur TGC]

Pour reprendre ce que dit Peps, nous sommes libres de choisir et par la grâce de Dieu, nous pouvons et devons utiliser notre liberté afin de ne pas pécher. Nous voulons voir comme Dieu voit pour vivre comme Dieu veut (notre slogan).

Une autre précision. Le format que nous souhaitons ne permet pas encore aux auditeurs de comprendre notre intention : elle est de confronter (au sens positif) notre culture à une vision biblique du monde. Ce que nous allons faire.

Pourquoi BM est une série que nous voulions analyser ? 
Parce qu’elle est un petit phénomène de société. Parce qu’elle présente des futurs proches tout à fait plausibles (dans beaucoup d’épisodes) de notre société (contrairement à GoT ^^). 
Et c’est ce point qui nous a encouragés à en parler. 
Dans Mémento Mori, nous ne voulons pas que parler de la Bible, mais des choses de notre monde avec un regard biblique. 
En tant que chrétiens, comment devons-nous réagir face aux opportunités que proposent les nouvelles technologies ? Comment pouvons-nous nous préparer à vivre dans ce monde où rien n’est neutre ? 
Notre but dans cet épisode était donc d’apporter un éclairage à ceux qui la regardent, car cette série traite de vraies problématiques de notre société, qui dans notre vie quotidienne, nous laissent nauséeux.

Bien malheureusement, beaucoup de chrétiens consomment des séries sans se poser la question des valeurs et des visions du monde véhiculées, ou se croient à l’abri de leur influence néfaste de ces dernières.

Ce que nous voulons Matthieu et moi même c’est attirer l’attention sur le fait que rien n’est neutre (il faut discerner les pièges et les mensonges) et encourager à répondre par une vision biblique, se faire un avis clair et de rejeter le péché afin de vivre en glorifiant Dieu

Enfin, nous souhaitons aussi, comme spécifiés dans le 1er épisode, nous adresser à des non-chrétiens qui nous écoutent. Nous souhaitons leur montrer comment nous analysons notre monde en tant que chrétiens et comment la Bible est pertinente et nous équipe pour vivre avec sagesse dans ce monde, au-delà d’un simple jugement moral. L’Évangile transforme tout.

Nous allons aussi bientôt enregistrer un épisode où nous échangeons sur nos règles qui nous permettent de choisir quoi regarder ou pas. Notre but est que Dieu soit glorifié par tout ce que nous faisons.

Ma réponse vous semble-t-elle satisfaisante ? En tout cas, merci pour ces excellents retours, ils nous poussent à progresser ».

 

 

 

« Tricho » ou « dicho » : « bullshit débat » ?

Dans une perspective pastorale, l’approche « trichotomiste » permet un traitement holistique, ainsi qu’un vrai discernement de ce qui est l’ordre du « psy » et du « spi »….

A l’instar des « bullshits jobs », mis en lumière par l’anthropologue David Graeber (1961-2020) dans son célèbre ouvrage éponyme(1), il existe des « bullshits débats » (ou « débats vains »). La définition est à peu près la même : un débat à ce point inutile, absurde, stérile, voire néfaste, qu’il n’est pas possible d’en justifier l’existence, et dont l’absence ne nous priverait pas, bien au contraire !

Ainsi, « à titre d’exemple », ce type de questionnement – « L’être humain est-il « corps, âme et esprit » ou « corps et âme/esprit » ? Faut-il privilégier les représentations « Tricho » ou « dicho » tomistes de l’homme ? » – serait-il typique de ces nouveaux débats stériles, qui n’auraient aucune conséquence sur notre relation à Dieu ?, comme se le demande Michaël Demange, pasteur baptiste, en introduction à son article consacré sur ce sujet et publié sur Point théo(2).

Effectivement, il s’agit bien là d’un nouveau « débat stérile » ou de « débat vain ». Et Michaël, pour qui l’approche « dichotomiste » répondrait mieux aux données bibliques, aurait pu s’en tenir là.

Malheureusement, il ne s’en tient pas là, souhaitant évoquer dans son argumentaire « quelques incidences » lui paraissant « loin d’être anodines sur la spiritualité chrétienne et sur la pratique de l’accompagnement pastoral ».

« Penser l’être humain en trois parties (le corps matériel, l’âme et l’esprit immatériels) est considéré comme assez naturel », constate-t-il. Avant d’opposer une anthropologie trichotomiste dite « irrationnaliste » [parce que cette anthropologie, « dans sa version contemporaine »(sic), réserve à l’âme les activités psychiques (intelligence, émotions, volonté…) et à l’esprit la dimension spirituelle, la relation avec Dieu] à une trichotomie dite « rationaliste » (« représentée par quelques Pères de l’Église »), parce qu’elle place « l’intelligence dans l’esprit, au cœur donc de la relation au divin ».

D’autre part, persuadé que l’approche « trichotomiste » impliquerait « un rapport dualiste au monde »(sic)(3), et que « la trichotomie irrationaliste » entraînerait une rupture de l’unité en l’être humain », il cite « à titre d’exemple » de cette trichotomie irrationnaliste la pratique d’accompagnement spirituel mise en place par le Pasteur Gilles Boucomont au sein de l’Eglise réformée du Marais à Paris[mais aussi à Belleville, où il exerce actuellement], et relatée dans son ouvrage « au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit » (Editions Première Partie). Cette pratique d’accompagnement, d’abord « maison », est aujourd’hui enseignée via le ministère Libérer!, dont nous avons déjà parlé sur ce blogue (4).

Au final, pour avoir lu et relu les ouvrages de Gilles Boucomont depuis 2014 et pour avoir suivi les trois modules de la formation Libérer depuis 2016 [Je bénéficie actuellement depuis juillet 2020 de la formation continue « Libé + zoom »], je peux dire que nous avons là un article plutôt réducteur des propos de Gilles Boucomont [Michaël a certainement dû lire en diagonal « Au Nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit »], manifestant une incompréhension totale de la représentation trichotomiste (ou tripartite) défendue dans le ministère Libérer! Par ailleurs, le type de classification, telle qu’effectuée par Michaël, dénote d’une méconnaissance flagrante de l’existence d’une vision trichotomiste ou tripartite judéo-hellénistique (notamment présente dans les écrits de l’apôtre Paul).

Quoiqu’en dise Michaël, la vision tripartite de l’être humain (corps, âme, esprit), finalement assez répandue en Occident depuis 2000 ans [et non purement « contemporaine »], a tout de même eu la faveur des courants majoritaires du judéo-christianisme [les 5 derniers siècles av JC et le Christianisme naissant jusque dans les années 1200’s]. D’autre part, l’approche de Michaël passe sous silence que, dans la Bible, certains textes sont manifestement plutôt « bipartites », considérant que l’homme est corps et souffle (âme et/ou esprit), quand d’autres sont « tripartites » (corps, âme, esprit : par ex, « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! » dans 1 Thessaloniciens 5v23).

Ensuite, il conviendra de discerner si les termes que nous utilisons pour « âme » et « esprit » sont tirés des représentations gréco-romaines ou de la représentation sémitique et hébraïque, et si notre français rend bien justice au bon sens des termes « âme » et « esprit ». Mais l’important reste la représentation qui avait cours à l’époque de Jésus-Christ, laquelle est à la charnière entre nos deux racines hébraïque et grecque.

Enfin, si l’on se place dans une perspective pastorale,  l’approche trichotomiste ou tripartite – qui considère que Dieu nous a fait corps, âme, esprit – me paraît pertinente, en ce qu’elle nous aide à discerner si nous avons à faire à du somatique, du psychique ou du spirituel, comme à un « traitement holistique », et permet un vrai discernement/distinction de ce qui est l’ordre du « psy » et du « spi », sachant qu’aucun de ces domaines n’est véritablement étanche. Confondre l’un et l’autre me paraît compliquer la tâche d’accompagnement pastoral et de libération.

Au final, si le ministère Libérer! privilégie l’anthropologie tripartite à partir d’une pratique de délivrance, c’est parce qu’elle correspond parfaitement à ce que ce qui est expérimenté dans ce cadre. Des milliers de gens libérés sur cette base peuvent en témoigner. Il serait donc plus sage de ne pas se tromper de combat et de ne pas renverser leur expérience, par ailleurs bibliquement fondée, au risque de décrédibiliser une œuvre de Dieu(5).

 

« Jean lui dit: Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus, car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous.… »(Marc 9v38-40)

 

Notes :

(1)Voir https://phileosophiablog.wordpress.com/2019/09/10/de-vacivae-industriae-des-jobs-vains/

(2) Voir https://point-theo.com/letre-humain-corps-et-ame-un-debat-sterile/

(3) Face à une logique d’affrontement d’un monde « binaire » (« bon/mauvais »), la vision biblique me paraît privilégier une approche « ternaire ». L’on constate que, dès qu’un tiers intervient, la parole peut circuler, de sorte qu’il y a dialogue et échange. Et n’y-a-t-il pas « circulation » entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit ? L’Eglise (un minimum de « deux ou trois » réunis au nom de Jésus) n’est-elle pas une sorte de « pile » (composée d’un minimum de trois éléments reliés et chargés), où le Saint-Esprit peut circuler ?

(4) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/11/24/laction-du-mois-suivre-la-formation-liberer/

(5) Voir cette vidéo introductive au module 1 de la formation Libérer!

Eduquer à l’image, c’est éduquer au discours

« Le film, on en discute (…)en général, le cinéma demande une élaboration après coup, donc un retour au discours, ne serait-ce qu’une brève discussion avec ses amis… »
Affiche du film de Ken Loach, (2014)

Quel regard chrétien sur le cinéma ?

Pour Vincent Miéville, dans un article sur le sujet publié sur Point Théo, il y a un impératif théologique et missiologique de dialoguer avec la culture*, et en particulier le cinéma.

*En particulier à la pop culture, souligne Vincent Miéville, dont le cinéma et les séries sont un aspect essentiel. « C’est elle qui imprègne le quotidien des gens, qui reflète les préoccupations et les mentalités de l’époque. Si nous voulons être pertinents dans notre annonce de l’Évangile, nous devons apprendre à lire la culture populaire ».

Pour qu’un tel dialogue soit fécond, il conviendrait alors « d’accueillir le film tel qu’il se présente à nous et non à partir de nos présupposés théologiques ou éthiques, au risque de les projeter artificiellement sur le film ».

Ainsi, « voir un film, c’est d’abord vivre une expérience, dans laquelle on s’identifie à tel ou tel personnage, on est touché par une scène ou une histoire qui entre en résonance avec notre expérience ou nos préoccupations. Il faut ensuite prendre du recul et réfléchir sur cette expérience, analyser le film. Mais d’abord en privilégiant une approche esthétique. Il s’agira, ensuite seulement, d’aller au-delà de l’expérience et de l’analyse, mais en les prenant tout de même en compte pour rendre justice au film lui-même et à l’expérience qu’il procure. On pourra alors chercher à nouer un dialogue entre le film et notre expérience chrétienne et/ou nos convictions de foi. Cela implique, bien-sûr, d’assumer qu’une œuvre d’art puisse être un vecteur de révélation de Dieu, en vertu de la révélation générale et de la grâce commune, et cela indépendamment même des intentions de l’artiste ».

Néanmoins, « dialoguer avec » le cinéma, n’est-ce pas courir le risque de « dialoguer avec le menteur », sachant qu’il n’y a pas plus menteur que le cinéma ?

Voici quelques citations d’experts sur le cinéma : 

« Un acteur est un menteur autorisé, mais c’est un menteur ». Sacha Guitry.

« Le cinéma est un hymne au mensonge fondé sur la croyance que les êtres humains sont réductibles à une projection sur deux dimensions ». Bernard Arcand

« Le cinéma ne dit pas autrement les choses, il dit autre chose ». Eric Rohmer

Et le documentaire n’est pas non « la vraie vie », sous prétexte qu’il ne s’agirait pas de fiction : c’est une construction, une mise en scène du réel.

Pour Kafka, qui fréquentait les salles obscures tous les après-midi, le cinéma est « un jouet magnifique. Mais je ne le supporte pas, peut-être parce que je suis trop visuel. Je suis un de ces êtres chez qui prime la vue. Or le cinéma perturbe la vision. La rapidité des mouvements et la succession précipitée des images vous condamnent à une vision superficielle de façon continue. Ce n’est pas le regard qui saisit les images, ce sont elles qui saisissent le regard. Elles submergent la conscience. Le cinéma contraint l’œil à endosser un uniforme, alors que jusqu’ici il était nu (…)Les films sont des volets de fer ». Puis apprenant qu’une salle de cinéma, à Prague, dans le quartier ouvrier de Zizkov, s’appelle « Cinéma des Aveugles » (la salle, une ancienne grange sommairement aménagée, restait propriété d’une Association d’aide aux aveugles), Kakfa eut un éclat de rire : « Cinéma des Aveugles ! Tous les cinémas devraient s’appeler comme ça. Ces bandes tressautantes ont pour seul effet de nous brouiller le monde réel » (1)

Enfin, il compare Charlie Chaplin à « un prothésiste dentaire (qui) fabrique de fausses dents (…)des prothèses de l’imagination. Ce sont ses films. C’est en général cela, le cinéma »(2).

S’interroger sur « notre regard chrétien » sur le cinéma est effectivement fondamental, d’autant plus que notre société (du spectacle ?) souffre terriblement de ce mal moderne qu’est l’indifférence, ou « l’incapacité de distinguer les différences », comme le définit Erri de Luca. Ce « trouble de la perception (empêche) de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur. On n’a jamais vu personne dans le public sauter sur scène pour empêcher Othello de tuer Desdémone. Celui qui se croit spectateur profite du spectacle.

L’indifférence est un dérangement opposé à celui de Don Quichotte qui s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Lui aussi distinguait mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême. Il fait même irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable. » (3)

Et un peu moins captivé par le spectaculaire [de « spectare », « regarder »], comme en Eden, où le voir du serpent a primé sur le croire de Dieu ?

Ceci dit, il convient de ne pas se contenter d’une simple « éducation à l’image » pour privilégier « une éducation au discours« , comme nous y invite le philosophe Dany-Robert Dufour(4).

« L’éducation aux médias, c’est en fait arriver à parler de ce qu’on a vu. Comment on a été affecté par l’image. Comment ça fonctionne. Transmettre la capacité de voir des images, de sortir du « J’aime bien » ou « J’aime pas ». Parler du travail de l’image pour dépasser le ponctuel, l’expression du ressenti. Alors que dans toute l’histoire, les images étaient parlées. Même les images pour illettrés comme l’iconographie des églises. Ces images, ces scènes, les gens en connaissaient le texte, l’histoire, les prières qui les accompagnaient. Au cinéma l’image est élaborée. Elle pose un problème à celui qui la voit. Et à la sortie, il faut avoir élucidé ce problème. Il y a un après. Le film, on en discute. Sauf dans le cinéma sans auteur, où tout est prévisible, où il n’y a que des effets spéciaux qui redoublent les fantasmes de puissance du spectateur. Mais en général le cinéma demande une élaboration après coup, donc un retour au discours, ne serait-ce qu’une brève discussion avec ses amis, discussion qui oblige à justifier son point de vue, donc à entrer dans le discours »(5).

 

 

Notes :

(1) Gustav Janouch, Conversations avec Kafka (1951), trad. Bernard Lortholary, Paris, Maurice Nadeau, 1978, cité par Hanns Zichler, Kafka va au cinéma, Paris, Cahiers du cinéma, 1996, p. 10-11.

(2) Gustav Janouch, Conversations avec Kafka, p 159.

(3) Voir notre article « ce trouble de la perception appelé indifférence ».

(4) Voir son parcours

(5) Voir cette rencontre avec Dany-Robert Dufour sur le blogue de Michel Gheude à propos de « Télévision : il faut des mots pour apaiser l’image ».  Voir aussi Dufour Dany-Robert, « Télévision, école et fonction symbolique »Le Télémaque, 2002/2 (n° 22), p. 35-50.

 

Foireux liens d’octobre (41) : burn out, épuisement ou maltraitance professionnelle

Les « Foireux liens » d’automne : une actualité placée sous le signe de la souffrance au travail, qui n’épargne pas même les pasteurs ! (Source image : public domain pictures)

Bonjour à tous ! Les « Foireux liens » tant attendus sont de retour !

Au menu : burn out, management, rapport au travail, 1980, complotisme, prophéties en tout genre et impostures, Histoire et historiens, « fraude des pauvres » et « fraude des riches », café du commerce on line, bioéthique, savoir et foi….En vous souhaitant de bonnes lectures attentives et édifiantes !

 

1) C’est la rentrée : petites règles pour vivre ensemble, après le confinement : ou comment, en tant qu’être humain, se montrer tout simplement intelligent et ne pas attendre les règles, les décisions des autorisations en matière sanitaire ?

2) « On risque d’avoir un appauvrissement culturel de la population française »

Les réformes en cours de l’Éducation nationale, la focalisation sur les « EdTech », les technologies éducatives, ajoutées à la mauvaise formation des enseignants et aux politiques d’austérité, risquent de considérablement dégrader l’école publique. Entretien avec Stéphane Bonnéry, professeur en sciences de l’éducation.

3) Par la Foi : Déclaration commune suite à l’adoption de la loi bioéthique

L’équipe du blogue « Par la Foi » rend public une déclaration commune le 11/08/20, alors que l’Assemblée nationale a adopté en deuxième lecture le 31/07, devant un hémicycle vide aux quatre cinquièmes, au terme de 37 heures de débats et de 1250 amendements, le projet de loi relatif à la bioéthique. Ce dernier élargit notamment la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules et confère de nouveaux droits pour les enfants nés d’une PMA. Députés et sénateurs se sont opposés sur de nombreux articles du texte, en particulier sur la « PMA pour toutes » et sur la recherche sur les cellules souches. Il ne s’agit là que d’une étape, puisque le texte va revenir devant le Sénat, avant qu’une commission paritaire composée de représentants des deux chambres ne tente de trouver un accord qui, d’ores et déjà, s’annonce difficile au regard des dissensus entre députés et sénateurs. Cette étape n’en était pas moins d’importance puisqu’on sait que, dans l’hypothèse où tout compromis s’avérerait impossible, il reviendra à l’Assemblée nationale, lors d’une troisième lecture, de décider de la version finale du texte.

Suivre les étapes du processus législatif et comprendre le projet de loi ici.

Selon les déclarants de Par la Foi, le plus inquiétant dans ce projet de loi est « la possibilité de procéder à un avortement jusqu’au terme de la grossesse, « en cas de détresse psychosociale ». Derrière un terme en apparence propre et technique, « c’est un grand flou qui permet de faire rentrer n’importe quelle motivation ou démotivation afin de procéder à un infanticide, avec la bénédiction de la République française ». Les déclarants « (veulent) parler afin que les générations suivantes sachent que l’Église n’est pas restée silencieuse… »

4) Lettre à moi d’il y a 2 ans

« Cher moi d’il y a 2 ans, ce que je vais t’écrire là, je sais que tu ne peux pas l’entendre là où tu es. Pas simplement à cause du soi-disant continuum spatio-temporel — techniquement il me suffirait de rétro-dater ce post de 2 ans pour que tu puisses le lire. Non, tu ne peux pas entendre ce que je vais dire parce que tu es trop con. Alors tu l’apprendras à la dure ». Une « curieuse lettre (à lui) d’il y a deux ans »[par son « lui » du futur] d’un pasteur « théologeek » publiée sur son blogue. Le « théologeek » en souffrance nous propose également quelques points de repère sur le burn out : ce phénomène encore méconnu, et en partie tabou, peut être un « simple » épuisement professionnel, mais être aussi doublé de maltraitance et de perversion.

Sur le burn-out, voir aussi ce symptôme d’un processus en six temps

Par définition, ce syndrome se réfère au travail. Pour autant, ses symptômes – épuisement émotionnel, dépersonnalisation, perte de l’estime de soi – touchent un individu. Et de fait, le burn-out participe de dynamiques subjectives combinant des éléments individuels, relationnels et organisationnels. Une dynamique globale à laquelle on peut donner le nom de « terridéalité » – la terreur (Terry) et l’idéalisation (-idéal-) créant une pseudo-réalité (-ité) dont le chiffre et le totem et la réalité le tabou – et où l’on distingue six phases successives.

5)  Management : Comment décloisonner l’entreprise et mettre fin aux silos organisationnels (et géographiques) ?

Note : De tels conseils dans un certain contexte sont-ils applicables pour l’Eglise ? A moins qu’ils ne vous aident à évaluer votre propre organisation.

Voir aussi Le créosote, ce manager performant qui détruit votre entreprise

Dans un contexte d’étude des facteurs de déclin des entreprises (silence imposé aux employés, talents qui n’en sont pas), zoom sur « le manager créosote », celui qui tue tout autour de lui pour s’épanouir.

6) David Graeber (1961-2020), auteur de « Bullshit jobs » : anthropologue… et chercheur en gestion ?

L’Américain David Graeber, anthropologue à la London School of Economics, est mort le mercredi 2 septembre à l’âge de 59 ans. Il laisse derrière lui un héritage important, souvent original, parfois controversé. Néanmoins, au bilan, sa carrière aura « fait bouger » les lignes sur notre rapport au travail, ses pratiques et son utilité dans et pour l’organisation.

Les conclusions de Graeber entrent ainsi en résonance avec la crise sanitaire de la Covid-19 qui aura montré qu’il existait des « emplois indispensables » et des « secteurs essentiels ». La crise aura aussi montré que les travailleurs « en première ligne », si souvent invisibles en temps déconfinés, étaient indispensables à la société.

Voir « une étude scolastique » des « bullshit jobs » sur le blogue Phileo Sophia

7) 1980, «l’an zéro» du monde contemporain ?

A l’Université de Lausanne, les professeurs Jérôme Meizoz et Gilles Philippe dirigent un numéro de la revue «Etudes de lettres» consacré à « 1980, l’an zéro du monde contemporain ». Une décennie marquée par l’individualisme et le consumérisme, et le néolibéralisme : L’injonction des années 1980, c’est d’être «soi-même» par la consommation. La littérature du développement personnel a commencé ces années-là, elle porte cette injonction centrale: découvre ta singularité et deviens toi-même. Elle invite à se réaliser au niveau individuel, et non plus au sein d’un groupe. Cela s’illustre notamment par la commercialisation du baladeur: on s’isole pour écouter de la musique, alors que c’était jusque-là une activité collective.

8) La phrase du mois : « La fraude des pauvres, c’est une pauvre fraude. La fraude des riches, elle, nous coûte beaucoup d’argent ! » (Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis)

Petit rappel : Fraude au RSA = 800 millions d’euros ; Fraude à l’impôt sur les sociétés = 27 milliards d’euros

9) Permettre à chacun de manger à sa faim : l’idée d’une « Sécurité sociale de l’alimentation »

Imaginez un budget de 150 euros dédiés à l’alimentation, alloué chaque mois à tout le monde. Imaginez ensuite que vous décidiez collectivement, en fonction de critères débattus, des types d’aliments qui pourront être achetés avec ce budget. Une sécurité sociale de l’alimentation pourrait fonctionner ainsi, et transformer le système alimentaire.

10) La crise sanitaire de Covid-19 a donné un nouveau souffle aux théories du complot.

La crise sanitaire de Covid-19 a donné un nouveau souffle aux théories du complot. Pour mieux comprendre ce phénomène, Heidi.news a envoyé un journaliste en immersion, au cœur de la complosphère.

Mais que se passe-t-il dans le cerveau des complotistes? Pour y voir plus clair, voici un échange avec Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences au Laboratoire de sciences cognitives et neurologiques de l’Université de Fribourg. Auteur de l’ouvrage «Total Bullshit: au coeur de la post-vérité» paru en 2018, ce dernier a beaucoup écrit sur les complotismes. Il est également connu pour ses activités de satiriste, notamment dans le magazine romand Vigousse.

Voir aussi :

Pourquoi le prof Raoult fait-il encore parler de lui ?

Dans « Oh my fake », le portrait du professeur Didier Raoult, qui alimente polémiques, rumeurs, et théories du complot depuis plusieurs mois. Ici, il ne s’agit pas de répondre à la question « C’est vrai ou c’est faux ? » mais à « Pourquoi on y a cru ? »

Voir aussi, sur Acrimed : « Chloroquine, une saga médiatique » ou comment le débat autour de l’utilisation de la chloroquine comme traitement de l’infection au Covid-19 a pris une place considérable dans les médias.

Pourquoi l’imposture intellectuelle de Michel Onfray est-elle si problématique ?

Une opinion de Jean-Sébastien Philippart, titulaire d’un DEA en philosophie et agrégé (UCLouvain), chercheur indépendant.

Quand Rick Joyner prophétise une période de guerre civile aux USA

Le 3 septembre 2019, Rick Joyner est apparu dans « The Jim Bakker Show », où il a exhorté les chrétiens conservateurs à commencer à former des milices en vue d’une guerre civile à venir. Depuis plus d’un an, Joyner prétend que Dieu lui aurait donné « une vision » dans laquelle il lui est apparu « inévitable » que l’Amérique subisse une seconde guerre civile. Dans le cadre de l’émission, M. Joyner a dit à M. Bakker qu’il croit que le catalyseur de ce conflit viendra lorsque [tenez-vous bien] le gouvernement mettra en oeuvre des politiques de contrôle des armes à feu et commencera à tenter de confisquer les armes [Un appel notamment dénoncé sur twitter par Robin Reeves, lui-même Protestant évangélique, comme étant « une négation de l’Évangile ». A noter que chaque semaine, 25 enfants trouvent la mort à cause des armes à feu, en moyenne, aux États-Unis, où elles circulent beaucoup plus librement qu’en Europe. C’est ce que révèle une étude publiée en ligne par l’Académie américaine de pédiatrie. Les résultats montrent que les tirs sont la 2e cause de mortalité pour les enfants, derrière les accidents de la route cf https://pediatrics.aappublications.org/content/early/2017/06/15/peds.2016-3486 et https://www.planetoscope.com/Criminalite/1416-meurtres-par-armes-a-feu-aux-etats-unis.html ]

Fin du monde et Code secret de la Bible : un rabbin désigne l’année 2021

Le Rabbi Matityahu Glazerson, bien connu en Israël, communique régulièrement ses recherches de codes secrets dans la Torah : il avait ainsi prévu (dit-on) l’élection de Donald Trump avant novembre 2016, et trouvé le coronavirus et son origine chinoise en début 2020, intriqué dans un texte du livre du Lévitique qui contient des règles précises de consommation de viandes animales. Pour lui, tout le problème vient des organes de certains animaux, qui ne doivent absolument pas être consommés. Aujourd’hui, il prédit une attaque inévitable de l’Iran sur Israël et une fin du monde pour 2021.

L’histoire à l’encan

Si on désignait comme historiens tous ceux qui se mêlent d’histoire, le métier serait très largement pratiqué. La revendication se double parfois d’agressivité contre les adversaires qui disent le contraire mais aussi contre les historiens professionnels. Certains veulent réécrire l’histoire parce qu’elle ne leur convient pas. Les sources, la méthode, les concepts ? Peu importe. Ils ne vont tout de même pas entreprendre des études. Ils savent. Ils trouvent même quelques étonnants renforts parmi des intellectuels (peu nombreux mais bruyants).

11) Stefan Zweig contre Calvin

Comment la légende noire de Calvin s’est-elle construite ?  Frank Lestringant fait le point dans cet excellent article : Stefan Zweig contre Calvin (1936).

12) Les médias profitent-ils des réseaux sociaux ?

Un grand coup de gueule de Zeboute sur son blogue, sur la pratique de certains médias, lesquels, dénonciateurs des réseaux sociaux en profitent mais sans assumer ! Et Zeboute de souligner que la tendance des articles publiés sur le net se résume à certains titres parfois racoleurs, pour les journaux les moins sérieux (…) On ne lit que les titres. Sans lire le contenu. Sans même cliquer sur le média. Ce qui ne lui ramène aucune audience. car le constat est là : 70% des utilisateurs d’internautes ne lisent que les titres. Ne lisent pas le contenu. Mais par contre, ces utilisateurs prennent malin plaisir à commenter. Sans savoir, sans ayant pris connaissance des faits. Sans avoir lu l’article en question.  De là des dérives monumentales que tous les acteurs essayent (ou pas ) de juguler. Le café du commerce on-line !

13) Les conseils d’une féministe radicale pour « les conservateurs chrétiens »

Etienne Omnès, contributeur au blogue « Par la Foi »,  découvre en ce moment la théologie féministe. Plus précisément, via Beyond God the Father de Mary Daly, écrit en 1973. Mary Daly est une féministe radicale qui a grandi dans le milieu catholique. En plein milieu de son chapitre 2, Mary Daly adresse plusieurs conseils à ses « sœurs » pour opérer leur propre libération intérieure. À sa grande surprise, Etienne estime ces conseils très pertinents pour sa propre situation, en tant qu’homme et chrétien.

14) Parquet financier : aucune pression

Dans un avis rendu public ces jours-ci, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), chargé de veiller à l’indépendance de l’autorité judiciaire, a estimé qu’aucune « pression » du pouvoir exécutif, « au sens d’“influence coercitive” », n’avait été exercée sur le parquet national financier (PNF) dans l’enquête sur les époux Fillon. L’ancienne procureure du PNF Éliane Houlette avait déclaré en juin avoir subi des « pressions » du parquet général, avant de préciser que ses propos avaient été mal interprétés.

15) Une « écriture excluante » qui « s’impose par la propagande » : 32 linguistes listent les défauts de l’écriture inclusive

« Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral. » Bien que favorables à la féminisation de la langue, plusieurs linguistes estiment l’écriture inclusive profondément problématique.

Voir aussi : Stylo ou clavier ?

Ecrire à la main crée des connexions neuronales qui n’existent pas avec un clavier. De plus, ce dernier n’aide pas à traiter correctement les informations transcrites. L’écriture manuscrite demeure donc la plus stimulante pour votre cerveau. À vos plumes !

16) « A boire et à manger » dans le libéralisme théologique

Concrètement, qu’est-ce que le libéralisme théologique ? Peut-il y avoir des bonnes choses à prendre dans ce mode de pensée ? Telle est la question d’un internaute sur le site 1001 questions. Réponse du Répondant à découvrir.

17) Read it (again) : Newbigin sur la confiance adéquate du chrétien

Initialement paru sur le blogue Theologeek, ce billet a été publié dans la revue Hokhma, n°101, 2013.

Quelle peut être la confiance du chrétien face à sa foi? Est-ce qu’il y a une connaissance chrétienne ? Et si oui, quel est le statut de cette connaissance face à d’autres savoirs, en particulier scientifiques? Quel interactions entre foi, doute et certitude dans la vie chrétienne ? La réponse généralement admise, que beaucoup de théologiens modernes admettent et diffusent, est que le « savoir » est à réserver aux disciplines scientifiques (dans un sens large, historiographie comprise). La foi, du domaine du personnel, de l’intime, se situe sur un autre registre, qui n’est pas celui de la connaissance. L’ordre du savoir est objectif, valable pour tous; il est le même pour tout le monde. Le domaine du croire est subjectif, personnel, et remettre le croire de l’autre en question passe pour de l’intolérance.

Cette conception du savoir et du croire est aujourd’hui bien ébranlée, et est très difficilement défendable telle quelle. Un auteur qui propose une vision alternative très riche, de manière relativement simple et accessible, est l’œcuméniste, missionnaire, pasteur et théologien anglais, Lesslie Newbigin (1909–1998).

18) Sortie du N°117 d’Hokhma spécial « mouvements confessants »

Le n°117 de Hokhma est disponible, avec un dossier spécial consacré aux mouvements confessants au sein des Églises réformées, avec des contributions de chacun de ces mouvements – principalement en France (le mouvement des « Attestants »), en Suisse (le mouvement R3) et en Belgique (le mouvement Unio Reformata ). à ces trois principaux mouvements se sont ajoutés des groupes moins connus, comme la Fraternité de l’Ancre pour le cas de l’Alsace Lorraine. De plus, ce dossier est élargi et enrichi de perspectives internationales, nous donnant un éclairage particulier sur les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les mouvements oecuméniques en Europe.

Plus de détails dans l’Editorial de Michaël de Lucas

Découvrez également au complet la préface du numéro par Pierre Berthoud.

19) 3 ans déjà pour Plumes chrétiennes

Le blog Plumes chrétiennes fête ses trois ans : l’occasion de faire un petit bilan annuel sous forme de rétrospective. L’occasion aussi de découvrir ce blogue d’écrivains et poètes plein de pep’s !

 

Et le dernier pour la route :

20) Un nouveau site à suivre : « Théologus », pour « penser la foi et évangéliser la pensée ».

 

Ces « Foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont suscité votre intérêt. Prochaine édition en décembre.

 

 

Watch it (again) : « American Gospel : Christ Alone »

Croyons-nous en l’Evangile que nous prêchons ? Sommes-nous concernés par cet Evangile ? En avons-nous besoin tous les jours ? Le connaissons-nous bien ? Notre Evangile est-il « un autre Evangile » ? Les critiques comme quoi nous déformerions Jésus et l’Evangile sont-elles fondées ? Qu’est-ce être chrétien ? Et qu’est-ce que l’Evangile, en fin de compte ? Devenir de « bonnes personnes » ? Est-ce possible ? Est-ce là le cœur du message biblique ? La Bible est-elle ce « livre dont je suis le héros » ?

Autant de questions soulevées dans le documentaire « American Gospel : Christ Alone », écrit et réalisé par Brandon Kimber en 2018, et qui m’avait jusque-là échappé. Je l’ai découvert le 24 août grâce à une analyse du pasteur suisse Philippe Golaz, publiée sur son blogue « Théologiquement vôtre », dont je vous recommande la lecture après le visionnage du documentaire.

J’ai pu notamment apprendre que l’évangéliste américain Todd White, après avoir initialement refusé de regarder ce film et l’avoir vivement critiqué, s’est finalement repenti publiquement le 25 juillet « pour avoir prêché un évangile incomplet ».

De quoi parle « American Gospel : Christ Alone » ?

Son sujet est l’Evangile. Durant 2h19, le documentaire présente et réfute, de manière biblique et argumentée, les différents fondements théologiques et anthropologiques de « l’évangile » dit « de la prospérité ». Pour cela, interviennent ou témoignent plusieurs théologiens, pasteurs et apologistes, tels Matt Chandler, Bryan Chapell, Phil Howell, Jackie Hill-Perry, Michael Horton, Julius Kim, Paul Washer, mais aussi Katherine Berger (atteinte de plusieurs maladies génétiques), Justin Peters (né avec une paralysie cérébrale) et Costi Hinn, le neveu de Benny Hinn.iv

Il est possible de regarder une version de 58 minutes du film [inclus : les 40 premières minutes du documentaire, suivies d’une bande annonce et de témoignages, ainsi qu’une avant première de sa suite : « American Gospel : Christ crucified »], en accès gratuit sur le site du film et en VOST.

A l’instar de Philippe Golaz, je dirai aussi qu’« American Gospel : Christ Alone » est effectivement « une oeuvre précieuse qu’il nous faudrait regarder attentivement ». Car, loin de nous montrer une réalité à des années-lumière de la nôtre, ce film est réellement interpellant sur nos manières de vivre et d’annoncer l’Evangile, nous conduisant à examiner nos propres fondements.

Nous pouvons rejeter (avec raison) l’Evangile de la prospérité comme un « faux Evangile » ou « un autre Evangile », dénoncé par Paul dans sa lettre aux Galates, tout en nous persuadant d’être peu concernés en Europe par ce phénomène venu des Etats-Unis.

En réalité, nous sommes susceptibles d’être exposés, même en Europe, « à ses sous-produits », ersatz de « programme d’amélioration morale » ou de « développement personnel » [« soyez une bonne personne et Dieu vous aimera »], et de reprendre sans discernement des « recettes » qui semblent « marcher » ailleurs. Autant de messages non pas « sous-chrétiens » mais bien « anti-chrétiens », plaçant l’homme – et non plus Dieu – au centre, et condamnant à l’orgueil ou au désespoir, sans la repentance qui libère, selon les intervenants du documentaire !

A voir : les 40 premières minutes du documentaire, suivies de bandes annonces et de témoignages, lesquelles sont en accès gratuit et en VOST sur le site du film ou sur youtube.

A lire ensuite : l’analyse du pasteur Philippe Golaz sur son blogue « Théologiquement vôtre ».

L’auteur présente quatre aspects de l’évangile de la prospérité tels que mis en avant dans « American Gospel : Christ Alone », ainsi que la manière dont il retrouve cette même dimension dans la théologie post-libérale. A chaque fois, il accompagne son analyse d’un extrait de la Bible qui vient questionner ces fondements.

En toute humilité, le pasteur-blogueur « espère que cette analyse nous permette de prendre un peu de recul par rapport à nos théologies respectives afin de progresser ensemble vers le sommet, vers le véritable Evangile, en ayant à l’esprit ces mots de Paul » dans sa lettre aux Philippiens, ch.3v12-16 :

« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je poursuis (ma course) afin de le saisir, puisque moi aussi, j’ai été saisi par le Christ-Jésus. Frères, pour moi-même je n’estime pas encore avoir saisi (le prix) ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et tendant vers ce qui est en avant, je cours vers le but pour obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Christ-Jésus. Nous tous donc qui sommes des hommes faits ayons cette pensée, et si sur quelque point vous avez une pensée différente, Dieu vous révèlera aussi ce qu’il en est. Seulement, au point où nous sommes parvenus, avançons ensemble ».

 

En bref :

« American Gospel: Christ Alone », un documentaire écrit et réalisé par Brandon Kimber (USA, 2018). Durée : 2h19

Avec la participation de Katherine Berger, Russell Berger, Robert M. Bowman Jr., Marshall Brandon, Dan Burgoyne, Matt Chandler, Bryan Chapell, Scott Clark, Ray Comfort, Kenneth Copeland, Amber Demars, Sean Demars, Mark Dever, Michael Durham, Mike Gendron, J.D. Greear, Don Green, Jackie Hill-Perry, Benny Hinn, Costi Hinn, Michael Horton, Phill Howell, Phil Johnson, David W. Jones, Sanj Kalra, Julius Kim, Steve Kozar, Steven J. Lawson, John MacArthur, Justin Peters, Nate Pickowicz, Nabeel Qureshi, Emilio Ramos, Todd White, Simeon Williams, Trevin Wax, Paul Washer, Constance Troutman, Anthony Silvestro, Chris Rosebrough, Anthony Wood.

En bonus, à écouter le chant « In Christ alone »(« en Jésus seul »)

 

 

La théologie pour les nuls : comment, pour le chrétien, jouer (et pas qu’aux jeux vidéo !) « pour la gloire de Dieu » ?

« Trop souvent, nous prêtons attention au jeu vidéo, mais pas du tout au jeu lui-même ». Et jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même joueur. Source : Pexels

Le jeu vidéo peut-il être « à la gloire de Dieu » ?

Sous ce titre faussement provocateur – car après tout, l’apôtre Paul ne nous dit-il pas que tout ce qu’on fait doit être pour la gloire de Dieu (1 Co 10.31) ? Pascal et Guillaume discutent avec Benjamin, ancien accro aux JV, de cet éternel sujet dans cette émission « Coram Deo » : « est-il possible de jouer à des jeux vidéo pour la gloire de Dieu? »

Voici les questions explorées lors de cette émission:

  1. La Bible a-t-elle quelque chose à dire sur un sujet aussi « moderne » ?
  2. D’emblée, un jeu vidéo peut-il être perçu positivement au regard des données bibliques ?
  3. Quels sont les bénéfices et les dangers avec ce divertissement?
  4. Quels principes peuvent nous guider dans l’analyse des jeux vidéo que nous pouvons ou non tolérer ?
  5. Quels conseils peut-on offrir aux parents chrétiens quant à l’usage de jeux vidéo par leurs enfants?
  6. Quels sont vos jeux vidéo favoris?

Ceci dit, pour ne pas paraphraser l’un des animateurs [« la question est mal posée »], cette obsession du « jeu vidéo à la gloire de Dieu » semble occulter un enjeu autrement plus fondamental encore.

Etienne [marié et jeune papa, blogueur – « Phileo-sophia » et « Par la foi »], à qui j’ai demandé son point de vue sur la question, estime que « ce qui est vraiment critiquable chez les jeux vidéo en fin de compte, ce sont les écrans et leur consommation, leur omniprésence. C’est là le vrai locus ». Et il va plus loin en soulignant que « trop souvent on prête attention au jeu vidéo, mais, curieusement, pas du tout au jeu lui-même. Or, le principe d’un jeu, c’est de mettre en place un espace et un temps où l’on peut faire et être tout ce qu’on veut. Personne ne s’est jamais offusqué que l’on devienne généralissime universel mégalomane dans le jeu de Risk, ni que je sacrifie des millions de troupes et de civils. On ne se scandalise pas non plus qu’une reine soit égorgée par un cavalier dans le jeu d’échec [pas plus de ruiner tout ou partie de ses adversaires, le temps d’un Monopoly]… C’est la nature même du jeu que de se projeter/construire une réalité alternative, parfois éthiquement douteuse, comme le jeu du gendarme et du voleur, ou du loup, [le Monopoly] ou le Risk.  Ce n’est pas illégal de jeter quelqu’un par terre au rugby ou de frapper avec une barre de 1 kg à l’escrime. Je ne sais pas exactement pourquoi il n’y a pas de mal à jouer le mal, mais cela doit être liée à la nature du Jeu.

Or, jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même « joueur » [Il a ainsi créé « les baleines et les dauphins » pour « jouer avec eux » cf Ps.104v26]. Mais le plus bel exemple de jeu dans toute l’Ecriture Sainte se trouve dans le livre des Proverbes, au chant de la sagesse, où la sagesse elle-même dit avoir été aux côtés de Dieu pendant la création : « Je fus maître d’œuvre à son côté, objet de ses délices chaque jour, jouant en sa présence en tout temps, jouant dans son univers terrestre ; et je trouve mes délices parmi les hommes » (Prov.8v30-31) ».

En somme, la fabrication fondamentale de l’univers s’est accompagnée d’une sagesse souriante. Le renfrogné, le savant qui ne rit pas [et qui ne joue pas], ne peut découvrir, ni imaginer le monde.

Joseph [23 ans, qui invite à « vivre sa jeunesse autrement »] également sollicité, n’a pas « un avis tranché » sur les jeux vidéo, bien qu’il en a été « un ancien adepte. A l’instar d’Etienne, il nous invite à nous « interroger plus globalement sur le divertissement », au-delà des problèmes liés la violence, l’addiction…

« Blaise Pascal l’a fait avant nous », explique-t-il. « Il ne faut pas que ce divertissement devienne une échappatoire de la réalité. On parle des jeux vidéo, mais aussi des séries TV, films qui peuvent facilement manger du temps…Après si on peut souligner les aspects positifs du divertissement, je pense que c’est un besoin humain, nous ne sommes pas que bons pour travailler. Puis, quand nous sommes adolescents, notamment, c’est un moyen de se socialiser à une culture / un univers. Ces protagonistes deviennent des « compagnons » du quotidien, on en parle avec nos amis, ça devient des références partagées. Encore récemment, j’ai été ému de la fin d’une série (12 saisons) que je suis depuis que je suis au collège. J’ai l’impression d’avoir grandi avec eux ! L’enjeu, il me semble, c’est d’avoir le discernement pour choisir nos divertissements : ce qui va nous édifier et non nous souiller, ce qui va nous stimuler et non nous léthargiser. D’où l’importance pour les chrétiens d’amener la culture du Royaume dans la culture séculière, d’investir les industries culturelles. 

Avec mes nièces et neveux, au-delà de les protéger de contenus inappropriés (ce qu’il faut faire), j’essaye de stimuler leur autonomie, leur habilité à discerner par eux-mêmes. On ne pourra pas les protéger à 100%. Ils doivent être armés 🙂 Et en même temps, ma démarche, c’est de ne pas les empêcher de connaitre les références culturelles partagées par leurs pairs, mais de les accompagner – visionner avec eux, écouter avec eux… – pour avoir la vigilance nécessaire, et réajuster si besoin »(1).

Etienne et Joseph, merci à vous deux !

En résumé, et sous l’éclairage des réflexions précédentes, l’enjeu du jeu me paraît être de savoir :

1) Si cette pratique est vraiment utile, et utile pour « la gloire de Dieu ». La gloire de Dieu, c’est Dieu tel qu’il est en vérité. Glorifier Dieu, c’est montrer/donner à voir Dieu dans sa vérité et dans sa réalité. Aussi curieux que cela puisse paraître, nous pouvons donc donner à voir Dieu en jouant ! En d’autre terme, notre façon de jouer contribue-t-elle à l’accomplissement du dessein de Dieu en Jésus-Christ dans ce monde ? Ce n’est pas un privilège mais un pouvoir assorti d’une très grande responsabilité.

Notons encore que Dieu ne glorifie jamais l’homme et qu’il « ne donne » d’ailleurs « pas sa gloire à un autre » (que lui). Cependant, quand il glorifie Jésus, il ne fait que manifester qui est Jésus en vérité (cf Hébr.2Jean 12v28 et Jean 17v1)

Il n’y a pas de règle unique, mais une vocation exceptionnelle pour chacun, pour reprendre une expression de Jacques Ellul : dans certains cas, ce sera jouer qui sera à la gloire de Dieu ; dans d’autres situations, ce sera ne pas jouer qui sera à la gloire de Dieu. Il nous faut faire preuve de discernement à ce sujet.

Voici encore cet autre enjeu (« qui lui est semblable » ?) :

2) « que tout se fasse pour l’édification » : ma propre édification ou l’édification mutuelle, soit privilégier, avant mon propre plaisir, ce qui me construit ou construit l’autre, ce qui m’aide ou aide l’autre à grandir…

Un autre élément à garder à l’esprit : ne pas redevenir esclave ou ne pas (se) replacer sous un joug d’esclavage cf 1 Cor 6v12, 7v23, et Gal.5v1, ce qui exclue les rapports de domination et d’infantilisation dans un jeu [Ex : l’on peut dire : « on se marre bien avec X ». Sauf si « X » ne rigole pas, lui…]

L’en-jeu est de taille ! Alors, au-delà de la théologie du jeu, à quand une véritable théologie de la liberté en Christ, face à la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes ?

Et vous ? Qu’en dites-vous ?

 

 

Note :

(1) Concernant l’accompagnement des enfants à l’autonomie (notamment sur le plan qui nous occupe), il retient cette idée « d’encapacitation spirituelle », soit de donner aux enfants l’habileté de discerner par eux-mêmes. Ce qui implique 1) de les considérer comme des personnes à part entière, capables de jouir d’une vie animée par l’Esprit (cf. Matthieu 18:3) 2) de prendre du temps avec eux pour expliquer, regarder, faire et discerner ensemble 3) de considérer l’adolescence comme un passage d’une socialisation familiale à une socialisation des pairs, et donc de favoriser un entourage de pairs positifs (vie d’église, événements, camps et séjours chrétiens, séries TV / films / jeux avec représentations positives…).

En finir avec le racisme

Quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie »(1) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat »(2), il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame : c’est ainsi qu’il convient d’attaquer de front le racisme, lequel n’est même pas une option, puisque bibliquement impossible, inversant les projets de Dieu.

Plus subtil encore, le racisme peut même avoir des racines bibliques. La (re)découverte d’un texte connu nous permettra de prendre conscience des dégâts provoqués par les paroles maudissantes d’un des plus célèbres ivrognes. Et ce texte est Genèse 9v18-28.

 

 

Notes :

(1) Dit par l’animateur d’un site dit d' »actus chrétiennes » (19 février 2012), en réponse aux commentaires sur ce sujet jugé « essentiel » pour la présidentielle de 2012… : Marine Le Pen et le hallal…

(2) « Débat » du 12 avril 2012 sur le même site, pour savoir s’il est « concevable » qu’il y ait des « évangéliques d’extrême droite »…

« Croire » se conjugue au participe présent

« Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur ».

Un athée, de « theos » (Dieu) et « a » (alpha, dite privative), est celui qui « se prive de Dieu, de l’énorme possibilité de l’admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s’exclut de l’expérience de vie de bien des hommes. Dieu n’est pas une expérience, il n’est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience [cf Actes 2v42-47 et 4v32-35]. L’athée la croit affectée d’illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l’humanité », écrit l’écrivain napolitain Erri de Lucca dans « Participe présent » (IN Première heure, Folio, 2012, pp 16). Lui-même ne se définit pas comme « athée » mais comme « un homme qui ne croit pas ».

Par contraste, poursuit-il, « le croyant n’est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l’équilibre et l’équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie ».

Erri de Luca est donc « un homme qui ne croit pas ». Mais « chaque jour », il se « lève très tôt » et « feuillette pour (son) usage personnel l’hébreu de l’Ancien Testament qui est (son) obstination et (son) intimité ». Mais « dans tout cela », il « reste non croyant », « quelqu’un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée », se disant incapable de « s’adresser », de « tutoyer le livre et son auteur ».

En parlant du pronom « tu », il nous parle alors de Job, « car dans son livre le tu est le point le plus haut de sa relation avec Dieu. On lit à la fin du livre un long monologue de Dieu qui s’adresse à son Job. A la fin, il dit à un de ses amis qui se sont efforcés de consoler l’affligé : ma colère s’est enflammée en toi et tes deux compagnons car tu n’as pas parlé de moi correctement comme mon serviteur Job (Job 42v7). En quoi les trois amis de Job ont-ils commis une faute, en parlant de Dieu à leur compagnon ? Parce qu’ils n’ont pas parlé neconà, correctement ? Et pourtant, ils ont développé une vaste théologie, ils ont tenté de faire entrer le malheur survenu à leur ami dans un dessein divin de récompenses et de justice [ce que l’on appelle « une théologie de la rétribution »]. Ils ont réprouvé les réclamations de leur compagnon et lui ont même reproché sa protestation contre Dieu. Ils ont ainsi au contraire, et carrément, provoqué sa colère.

Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire (au v20 du chapitre 7, il l’appelle notzer Adàm, sbire d’Adam, en faisant la caricature sarcastique de Iotzer Adàm, celui forme Adam), lui, en revanche, a parlé neconà, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Il s’adresse à lui avec le pronom de proximité, de l’urgence. Il ne le fait pas tout de suite, mais brusquement en plein chapitre 7 par une invocation directe, qui tranche avec ses lamentations précédentes et qui se traduit par un tu impératif, enfiévré et insolent : souviens-toi que ma vie est vent. Ici commence le tu pressant envers Dieu, le tu frontal qui le réconfortera et le justifiera. Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Ils restent dans leur retranchement, parlant de Dieu à la troisième personne, ne parlant jamais avec Dieu. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Au verset qui suit celui de son reproche aux trois amis, Dieu leur ordonne, à ceux qui n’ont pas parlé neconà, correctement (il le répète), un sacrifice d’animaux qu’lls offriront par l’intermédiaire de Job, qui devient pour eux comme un prêtre [ce que Job était déjà pour ses enfants, au chapitre 1. Sauf que, contrairement à ce qui se fait d’habitude, Job le prêtre n’offrait jamais de sacrifice pour lui-même !]. Eux qui n’ont pas adopté le tu avec Dieu, qui ont parlé de lui à la troisième personne, devront s’adresser à une troisième personne, à Job, pour transmettre à Dieu l’offrande expiatoire ».

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres. Celui qui croit tutoie Dieu, s’adresse à lui en parvenant à trouver en lui le sens, le hurlement ou le murmure, le lieu, église ou maison, ou air libre, l’heure, pour se détourner de lui-même et se placer vers son propre orient. A la lettre, l’orient est le lieu où reconnaître sa propre origine, où éprouver une appartenance et un lien avec le reste du monde créé ». Ceux qui ne croient pas peuvent certes en parler, car ils le lisent dans les Saintes Ecritures, le rencontrent autour de lui dans la vie des autres, des croyants, mais gardent « la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation ».

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

« Les trois amis, et aussi le quatrième, Elihou, venu s’ajouter à la fin de leur entretien et du livre [quoiqu’aucun reproche de Dieu n’ait été signalé à son sujet], offensent Dieu, car ils ne s’adressent pas à lui en tant que croyants, mais parlent de lui comme des avocats défendant un de leurs clients [se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine orthodoxie]. Il est vrai que toute la théologie parle de Dieu à la troisième personne, mais elle possède et pratique, tout en spéculant à son sujet, le tu de la prière, alors que les amis de Job face à sa douleur ne s’adressent jamais à Dieu pour qu’il le secoure, mais défendent toujours la peine et la torture infligées à leur ami, au nom d’une justice infaillible qui ne frappe pas au hasard, encore moins à tort.

Pour Dieu, au contraire [au regard de ce que nous enseigne le livre de Job], même le blasphème est un tu et il (ne semble) pas considéré comme une faute quand il jaillit en pleine douleur ». Il le sait bien, puisqu’il est notre père. Nous sommes l’argile, c’est lui qui nous façonnes, tous nous sommes l’ouvrage de sa main cf Esaïe 64v7.

« Quand cette matière se trouve sous la pression de la douleur », retentit alors « ce tu de Job » : « Rappelle-toi : tu m’as façonné comme une argile, et c’est à la poussière que tu me ramènes » (Job 10v9).

Mais, rajouterai-je, le croyant sait qu’il a « un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu ». C’est pourquoi il tient ferme la confession de foi. « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour un secours en temps voulu ».(Hébr.4v14-16)

 

 

Quand « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presque une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai… »

Les Evangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans le monde » en tant que « témoins fidèles et véritables », ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (1 Cor.13v1) ?

Entre le livre de Malachie et l’Evangile selon Matthieu, soit entre les deux testaments, se fait un silence prophétique de 400 ans (1).

De nos jours, c’est plutôt le contraire. Notre ouïe moderne n’est pas seulement « caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine », au point où « le silence (d’) aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe » (2)

Notre ouïe spirituelle est aussi – et surtout – agressée par le bruit assourdissant dû à l’inflation de « paroles de Dieu » de toutes sortes. En effet, commente ironiquement l’internaute Éliane Colard le 28 mars 2020, en réaction à un article publié sur le blogue Le Sarment, « Dieu n’a jamais autant parlé du Coronavirus depuis que [ce dernier] a quitté la Chine. Tant que le virus était en Chine, c’est comme si Dieu [ne s’en préoccupait pas] » (3).

Quelles sont donc ces « paroles de Dieu » ? « Dieu a-t-il réellement dit » (à propos du covid-19) ?

Si nous partons du principe biblique qu’il est de la responsabilité de l’assemblée (l’Eglise) d’évaluer ou de jauger les prophéties rendues publiques (cf 1 Cor.14v29), « jaugeons » donc.

Mais avant de considérer le contenu, considérons d’abord quelques principes.

Ainsi, « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » (4)

C’est une question difficile et particulièrement grave, que pose ici Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est la mort (Deut 18v20).

Premier critère pour reconnaître le faux prophète : c’est Dieu qui prend l’initiative de parler et non le prophète qui obtient une révélation par « une technique » appropriée. Le prophète Jérémie souligne l’importance de la Parole de Dieu (« du froment ») face aux visions et aux songes (« de la paille ») cf Jer.23v28.

En 1 Samuel 28, un « Samuel défunt » parle au nom de Dieu grâce à l’invocation de son esprit par une sorcière…sauf qu’il n’est pas certain que ce soit Samuel qui parle, d’autant plus que cette demande de Saül auprès de la voyante (dont le texte dit clairement qu’elle a un esprit mauvais) est clairement défendue par Dieu (« Qu’on ne trouve chez toi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts » cf  Deutéronome 18v10-11). Saül lui-même ne pouvait pas l’ignorer puisque c’est lui-même qui a promulgué cet interdit sur le royaume.  D’autre part, Saül n’apprend rien qu’il ne sache déjà de cette invocation et n’en retire rien, à part du trouble….

Deuxième critère : ce qu’annonce le vrai prophète arrive vraiment (« Si ce que le prophète dit au nom du Seigneur ne se produit pas… alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur »Deut 18v22).

En comparaison, au début de mars 2020, le prophète Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique….

Lance Wallnau, également prophète et auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent »(5).

Troisième critère : le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6)

Quatrième critère : Dans sa polémique contre les faux prophètes, Jérémie met en avant leur appât du gain. Cette critique peut être associée au reproche – d’une actualité troublante – d’un discours flatteur qui vise à plaire à ceux qui les protègent et les rémunèrent.

[« Ainsi parle l’Éternel des armées : n’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous prophétisent ! Ils vous entraînent à des choses de néant ; ils disent les visions de leur cœur et non ce qui vient de la bouche de l’Éternel. Ils disent à ceux qui me méprisent : l’Éternel a dit vous aurez la paix ; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur il ne vous arrivera aucun mal »  – Jer 23v16-17]

Les prophètes, fonctionnaires royaux, évitaient d’annoncer des choses désagréables pour le roi. Le faux prophète cherche à sécuriser le peuple et le roi, plutôt qu’à les conduire à la repentance. L’indépendance (par rapport au pouvoir) et le désintérêt du prophète (sa mission est-elle d’intérêt général ou privé, lucrative ?) sont donc des critères.

En guise d’illustration, Éliane Colard rappelle encore (3)que, comme « chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents auprès du Président Trump, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) pour la nouvelle année, [lesquels sont toujours identiques] à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères. Et bien sûr 2020 n’a pas manqué à l’appel ». [L’on peut donc se demander] s’ils allaient revenir sur leurs prédictions, vu ce qui se passe et qu’ils n’ont apparemment pas vu venir (….). On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties aux USA est l’argent, l’économie ou le succès du président (6)(7)

« Mais cette inflation de paroles prophétiques ne se produit pas qu’aux Etats-Unis. En France aussi, tout le monde rêve, songe ou reçoit des messages du ciel sur le Coronavirus. En France les songeurs et prophètes y voient un jugement (sans que ce soit d’ailleurs toujours les mêmes choses qui soient jugées) tout le monde prêche sur le coronavirus ou fait des vidéos et bientôt des livres sortiront pour expliquer pourquoi le Coronavirus (un vrai produit marchand qui fonctionne et certainement rapportera), tandis qu’aux USA on y voit un tremplin pour une pandémie de bénédictions et de libération de gloire et de prospérité à venir.

Cinquième critère : Les faux prophètes peuvent se reconnaître à leur comportement (« Mais chez les prophètes de Jérusalem, j’ai vu des choses horribles. Ils sont adultères, ils marchent dans le mensonge ; ils fortifient les mains des méchants… » (Jer 23v14), mais parfois Dieu brouille lui-même les cartes en envoyant un esprit de mensonge (cf. 1R 22v19-23) parmi les 400 « prophètes professionnels » du roi Achab, au temps du Prophète Michée.

« Quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (3).

Selon 2 Thes.2v10-12, Dieu peut envoyer « une puissance d’égarement », pour croire au mensonge, « afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Ainsi, c’est Dieu lui-même (et non l’ennemi) qui soumet aux esprits de séduction de d’égarement (ces esprits qui lui sont aussi soumis) ceux qui ne sont pas disposés à entendre la vérité et dont le cœur n’a pas appris à aimer cette vérité pour ce qu’elle est (souvent simple et sans artifice). Nous sommes séduits à cause des penchants de nos cœurs, soit ce que nous considérons comme ayant de la valeur, nos idoles et finalement nos trésors. (3)

En résumé, si nous considérons les critères bibliques pour reconnaître un vrai prophète, nous disposons donc des mêmes critères pour jauger le faux prophète – Dieu ne lui a pas demandé de parler, ce qu’il annonce n’arrive pas et il incite à aller vers d’autres dieux (Deut.13v1-5 ; Deut.18v20-22). Soulignons toutefois que la controverse entre Hanania et Jérémie (Jer.28) nous incite à la prudence dans notre évaluation, nous mettant en garde contre tout jugement précipité. Nous ne pouvons qu’être attentifs et prêts à nous interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins ! (4)

A noter encore que la fausse prophétie, non biblique, écrase et démolit, sous ses dehors fatalistes et inéluctables, alors que la prophétie biblique véritable édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses.

Ces passages soulignent que les faux prophètes sont, par ailleurs, « un test » de Dieu pour éprouver notre fidélité et notre amour pour Lui.

Ceci dit, pour en revenir au constat du point de départ, qu’il s’agisse de «  prophéties de succès » (USA) ou de « jugement » (France), « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presqu’une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai et serrer cette parole comme une perle rare de grand prix ! » (3)

En effet, « silence dans toute chair, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute ». Mais « Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».(2)

 

 

Notes :

(1) Voir « Dieu est-il resté silencieux entre les deux testaments ? »

(2) Voir Erri de Luca. « avoir de l’oreille » IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002, pp 24-25.

(3) Voir https://lesarment.com/2020/03/covid-19-comment-certains-predicateurs-ont-ils-reagi-face-a-la-menace-de-pandemie/

(4) Le développement sur les critères d’évaluation des prophètes s’inspire en partie de la trame de cette étude biblique.

(5) Voir comment certains prédicateurs ont réagi face à la menace de pandémie ici, ici ou . Avec cet autre exemple de déni délirant !

(6) Morceaux choisis :
« Rayons d’espoir pour l’économie et notre avenir »[qu’il sera possible et facile d’éprouver dans les temps à venir] dit entre autre ceci à propos du Coronavirus : « Ici aux États-Unis, je sens que cela va créer une formidable opportunité de voir à nouveau la croissance, en particulier dans le secteur manufacturier de notre économie. Je sens que le président Trump commencera à mettre en œuvre de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises désireuses de ramener la fabrication aux États-Unis. Encore une fois, nous serons fiers de dire «Made in USA». Cette résurgence assurera une réélection du président et du vice-président en novembre 2020. Je vois cela comme une formidable opportunité car il y aura une « libération en deux parties » dans notre économie, et d’ici la fin de 2020, le marché boursier augmenter à nouveau; en particulier, j’ai vu le Dow Jones atteindre la barre des 30 000.Dieu restaure toutes choses pour un temps comme celui-ci, un temps de grand transfert de richesse. Dieu nous donne la sagesse et la créativité pour créer la richesse, l’innovation et l’invention. Le Seigneur nous demande d’entendre ce que l’Esprit du Seigneur dit plutôt que l’esprit de peur, donc nous ne manquons pas cette occasion de créer une ressource du Royaume qui fera avancer son Royaume avec amour, grâce et puissance. » [Ici, « rien de nouveau sous le soleil », vu que la secrétaire d’Etat française, madame Pannier-Runacher, a déclaré bien officiellement sur CNews le 20 mars que les Français ont bien tort de s’inquiéter pour leur avenir, puisque « c’est le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui »]

Une autre prophétie, dont le titre est « Président Trump, les nations et le coronavirus », dit entre autre ceci :
« Par souci de clarté, si le président Trump a agi comme un (goujat), a regardé d’autres femmes, a été brutal dans ses réponses à celles qui l’attaquent, a été réactif ou a échoué dans le « fruit de l’Esprit » dans de nombreux domaines — AUCUNE DE CES questions en comparaison . Il n’était pas appelé à être votre pasteur – allez à l’église pour ça. Il a été appelé à être votre président et il remplit cette mission. De plus, il le fait mieux que N’IMPORTE QUEL président américain précédent. Sa position sur les questions ci-dessus est légendaire dans les annales du ciel et le sera finalement sur Terre.
Les cinq ci-dessus ne sont pas non plus les seules choses héroïques qu’il a faites. Ses mouvements avec l’économie ont changé la donne, et c’est ce qu’il a fait pendant que de grands ennemis essayaient activement de tuer l’économie dans leur tentative de faire dérailler la mission donnée par Dieu à Trump. Le coronavirus en fait partie, mais il échouera également, car Dieu a choisi Trump pour l’emporter sur l’ennemi, mouvement après mouvement. Même lorsque Trump se sent dépassé et ne sait pas comment procéder, Dieu transforme toujours ses décisions sans conviction / incertaines en « home run ».

Voir d’autres prophéties sur le Coronavirus : https://www.elijahlist.com/words/display_word.html?ID=23383 

(7) Voir la réflexion de Jean-René Moret, pasteur suisse : « qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent…..» cf https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/nom-argent-toutpuissant/story/20838093