La théologie pour les nuls : comment, pour le chrétien, jouer (et pas qu’aux jeux vidéo !) « pour la gloire de Dieu » ?

« Trop souvent, nous prêtons attention au jeu vidéo, mais pas du tout au jeu lui-même ». Et jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même joueur. Source : Pexels

Le jeu vidéo peut-il être « à la gloire de Dieu » ?

Sous ce titre faussement provocateur – car après tout, l’apôtre Paul ne nous dit-il pas que tout ce qu’on fait doit être pour la gloire de Dieu (1 Co 10.31) ? Pascal et Guillaume discutent avec Benjamin, ancien accro aux JV, de cet éternel sujet dans cette émission « Coram Deo » : « est-il possible de jouer à des jeux vidéo pour la gloire de Dieu? »

Voici les questions explorées lors de cette émission:

  1. La Bible a-t-elle quelque chose à dire sur un sujet aussi « moderne » ?
  2. D’emblée, un jeu vidéo peut-il être perçu positivement au regard des données bibliques ?
  3. Quels sont les bénéfices et les dangers avec ce divertissement?
  4. Quels principes peuvent nous guider dans l’analyse des jeux vidéo que nous pouvons ou non tolérer ?
  5. Quels conseils peut-on offrir aux parents chrétiens quant à l’usage de jeux vidéo par leurs enfants?
  6. Quels sont vos jeux vidéo favoris?

Ceci dit, pour ne pas paraphraser l’un des animateurs [« la question est mal posée »], cette obsession du « jeu vidéo à la gloire de Dieu » semble occulter un enjeu autrement plus fondamental encore.

Etienne [marié et jeune papa, blogueur – « Phileo-sophia » et « Par la foi »], à qui j’ai demandé son point de vue sur la question, estime que « ce qui est vraiment critiquable chez les jeux vidéo en fin de compte, ce sont les écrans et leur consommation, leur omniprésence. C’est là le vrai locus ». Et il va plus loin en soulignant que « trop souvent on prête attention au jeu vidéo, mais, curieusement, pas du tout au jeu lui-même. Or, le principe d’un jeu, c’est de mettre en place un espace et un temps où l’on peut faire et être tout ce qu’on veut. Personne ne s’est jamais offusqué que l’on devienne généralissime universel mégalomane dans le jeu de Risk, ni que je sacrifie des millions de troupes et de civils. On ne se scandalise pas non plus qu’une reine soit égorgée par un cavalier dans le jeu d’échec [pas plus de ruiner tout ou partie de ses adversaires, le temps d’un Monopoly]… C’est la nature même du jeu que de se projeter/construire une réalité alternative, parfois éthiquement douteuse, comme le jeu du gendarme et du voleur, ou du loup, [le Monopoly] ou le Risk.  Ce n’est pas illégal de jeter quelqu’un par terre au rugby ou de frapper avec une barre de 1 kg à l’escrime. Je ne sais pas exactement pourquoi il n’y a pas de mal à jouer le mal, mais cela doit être liée à la nature du Jeu.

Or, jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même « joueur » [Il a ainsi créé « les baleines et les dauphins » pour « jouer avec eux » cf Ps.104v26]. Mais le plus bel exemple de jeu dans toute l’Ecriture Sainte se trouve dans le livre des Proverbes, au chant de la sagesse, où la sagesse elle-même dit avoir été aux côtés de Dieu pendant la création : « Je fus maître d’œuvre à son côté, objet de ses délices chaque jour, jouant en sa présence en tout temps, jouant dans son univers terrestre ; et je trouve mes délices parmi les hommes » (Prov.8v30-31) ».

En somme, la fabrication fondamentale de l’univers s’est accompagnée d’une sagesse souriante. Le renfrogné, le savant qui ne rit pas [et qui ne joue pas], ne peut découvrir, ni imaginer le monde.

Joseph [23 ans, qui invite à « vivre sa jeunesse autrement »] également sollicité, n’a pas « un avis tranché » sur les jeux vidéo, bien qu’il en a été « un ancien adepte. A l’instar d’Etienne, il nous invite à nous « interroger plus globalement sur le divertissement », au-delà des problèmes liés la violence, l’addiction…

« Blaise Pascal l’a fait avant nous », explique-t-il. « Il ne faut pas que ce divertissement devienne une échappatoire de la réalité. On parle des jeux vidéo, mais aussi des séries TV, films qui peuvent facilement manger du temps…Après si on peut souligner les aspects positifs du divertissement, je pense que c’est un besoin humain, nous ne sommes pas que bons pour travailler. Puis, quand nous sommes adolescents, notamment, c’est un moyen de se socialiser à une culture / un univers. Ces protagonistes deviennent des « compagnons » du quotidien, on en parle avec nos amis, ça devient des références partagées. Encore récemment, j’ai été ému de la fin d’une série (12 saisons) que je suis depuis que je suis au collège. J’ai l’impression d’avoir grandi avec eux ! L’enjeu, il me semble, c’est d’avoir le discernement pour choisir nos divertissements : ce qui va nous édifier et non nous souiller, ce qui va nous stimuler et non nous léthargiser. D’où l’importance pour les chrétiens d’amener la culture du Royaume dans la culture séculière, d’investir les industries culturelles. 

Avec mes nièces et neveux, au-delà de les protéger de contenus inappropriés (ce qu’il faut faire), j’essaye de stimuler leur autonomie, leur habilité à discerner par eux-mêmes. On ne pourra pas les protéger à 100%. Ils doivent être armés 🙂 Et en même temps, ma démarche, c’est de ne pas les empêcher de connaitre les références culturelles partagées par leurs pairs, mais de les accompagner – visionner avec eux, écouter avec eux… – pour avoir la vigilance nécessaire, et réajuster si besoin ».

Etienne et Joseph, merci à vous deux !

En résumé, et sous l’éclairage des réflexions précédentes, l’enjeu du jeu me paraît être de savoir :

1) Si cette pratique est vraiment utile, et utile pour « la gloire de Dieu ». La gloire de Dieu, c’est Dieu tel qu’il est en vérité. Glorifier Dieu, c’est montrer/donner à voir Dieu dans sa vérité et dans sa réalité. Aussi curieux que cela puisse paraître, nous pouvons donc donner à voir Dieu en jouant ! En d’autre terme, notre façon de jouer contribue-t-elle à l’accomplissement du dessein de Dieu en Jésus-Christ dans ce monde ? Ce n’est pas un privilège mais un pouvoir assorti d’une très grande responsabilité.

Notons encore que Dieu ne glorifie jamais l’homme et qu’il « ne donne » d’ailleurs « pas sa gloire à un autre » (que lui). Cependant, quand il glorifie Jésus, il ne fait que manifester qui est Jésus en vérité (cf Hébr.2Jean 12v28 et Jean 17v1)

Il n’y a pas de règle unique, mais une vocation exceptionnelle pour chacun, pour reprendre une expression de Jacques Ellul : dans certains cas, ce sera jouer qui sera à la gloire de Dieu ; dans d’autres situations, ce sera ne pas jouer qui sera à la gloire de Dieu. Il nous faut faire preuve de discernement à ce sujet.

Voici encore cet autre enjeu (« qui lui est semblable » ?) :

2) « que tout se fasse pour l’édification » : ma propre édification ou l’édification mutuelle, soit privilégier, avant mon propre plaisir, ce qui me construit ou construit l’autre, ce qui m’aide ou aide l’autre à grandir…

Un autre élément à garder à l’esprit : ne pas redevenir esclave ou ne pas (se) replacer sous un joug d’esclavage cf 1 Cor 6v12, 7v23, et Gal.5v1, ce qui exclue les rapports de domination et d’infantilisation dans un jeu [Ex : l’on peut dire : « on se marre bien avec X ». Sauf si « X » ne rigole pas, lui…]

L’en-jeu est de taille ! Alors, au-delà de la théologie du jeu, à quand une véritable théologie de la liberté en Christ, face à la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes ?

Et vous ? Qu’en dites-vous ?

En finir avec le racisme

Quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie »(1) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat »(2), il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame : c’est ainsi qu’il convient d’attaquer de front le racisme, lequel n’est même pas une option, puisque bibliquement impossible, inversant les projets de Dieu.

Plus subtil encore, le racisme peut même avoir des racines bibliques. La (re)découverte d’un texte connu nous permettra de prendre conscience des dégâts provoqués par les paroles maudissantes d’un des plus célèbres ivrognes. Et ce texte est Genèse 9v18-28.

 

 

Notes :

(1) Dit par l’animateur d’un site dit d' »actus chrétiennes » (19 février 2012), en réponse aux commentaires sur ce sujet jugé « essentiel » pour la présidentielle de 2012… : Marine Le Pen et le hallal…

(2) « Débat » du 12 avril 2012 sur le même site, pour savoir s’il est « concevable » qu’il y ait des « évangéliques d’extrême droite »…

« Croire » se conjugue au participe présent

« Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur ».

Un athée, de « theos » (Dieu) et « a » (alpha, dite privative), est celui qui « se prive de Dieu, de l’énorme possibilité de l’admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s’exclut de l’expérience de vie de bien des hommes. Dieu n’est pas une expérience, il n’est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience [cf Actes 2v42-47 et 4v32-35]. L’athée la croit affectée d’illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l’humanité », écrit l’écrivain napolitain Erri de Lucca dans « Participe présent » (IN Première heure, Folio, 2012, pp 16). Lui-même ne se définit pas comme « athée » mais comme « un homme qui ne croit pas ».

Par contraste, poursuit-il, « le croyant n’est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l’équilibre et l’équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie ».

Erri de Luca est donc « un homme qui ne croit pas ». Mais « chaque jour », il se « lève très tôt » et « feuillette pour (son) usage personnel l’hébreu de l’Ancien Testament qui est (son) obstination et (son) intimité ». Mais « dans tout cela », il « reste non croyant », « quelqu’un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée », se disant incapable de « s’adresser », de « tutoyer le livre et son auteur ».

En parlant du pronom « tu », il nous parle alors de Job, « car dans son livre le tu est le point le plus haut de sa relation avec Dieu. On lit à la fin du livre un long monologue de Dieu qui s’adresse à son Job. A la fin, il dit à un de ses amis qui se sont efforcés de consoler l’affligé : ma colère s’est enflammée en toi et tes deux compagnons car tu n’as pas parlé de moi correctement comme mon serviteur Job (Job 42v7). En quoi les trois amis de Job ont-ils commis une faute, en parlant de Dieu à leur compagnon ? Parce qu’ils n’ont pas parlé neconà, correctement ? Et pourtant, ils ont développé une vaste théologie, ils ont tenté de faire entrer le malheur survenu à leur ami dans un dessein divin de récompenses et de justice [ce que l’on appelle « une théologie de la rétribution »]. Ils ont réprouvé les réclamations de leur compagnon et lui ont même reproché sa protestation contre Dieu. Ils ont ainsi au contraire, et carrément, provoqué sa colère.

Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire (au v20 du chapitre 7, il l’appelle notzer Adàm, sbire d’Adam, en faisant la caricature sarcastique de Iotzer Adàm, celui forme Adam), lui, en revanche, a parlé neconà, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Il s’adresse à lui avec le pronom de proximité, de l’urgence. Il ne le fait pas tout de suite, mais brusquement en plein chapitre 7 par une invocation directe, qui tranche avec ses lamentations précédentes et qui se traduit par un tu impératif, enfiévré et insolent : souviens-toi que ma vie est vent. Ici commence le tu pressant envers Dieu, le tu frontal qui le réconfortera et le justifiera. Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Ils restent dans leur retranchement, parlant de Dieu à la troisième personne, ne parlant jamais avec Dieu. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Au verset qui suit celui de son reproche aux trois amis, Dieu leur ordonne, à ceux qui n’ont pas parlé neconà, correctement (il le répète), un sacrifice d’animaux qu’lls offriront par l’intermédiaire de Job, qui devient pour eux comme un prêtre [ce que Job était déjà pour ses enfants, au chapitre 1. Sauf que, contrairement à ce qui se fait d’habitude, Job le prêtre n’offrait jamais de sacrifice pour lui-même !]. Eux qui n’ont pas adopté le tu avec Dieu, qui ont parlé de lui à la troisième personne, devront s’adresser à une troisième personne, à Job, pour transmettre à Dieu l’offrande expiatoire ».

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres. Celui qui croit tutoie Dieu, s’adresse à lui en parvenant à trouver en lui le sens, le hurlement ou le murmure, le lieu, église ou maison, ou air libre, l’heure, pour se détourner de lui-même et se placer vers son propre orient. A la lettre, l’orient est le lieu où reconnaître sa propre origine, où éprouver une appartenance et un lien avec le reste du monde créé ». Ceux qui ne croient pas peuvent certes en parler, car ils le lisent dans les Saintes Ecritures, le rencontrent autour de lui dans la vie des autres, des croyants, mais gardent « la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation ».

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

« Les trois amis, et aussi le quatrième, Elihou, venu s’ajouter à la fin de leur entretien et du livre [quoiqu’aucun reproche de Dieu n’ait été signalé à son sujet], offensent Dieu, car ils ne s’adressent pas à lui en tant que croyants, mais parlent de lui comme des avocats défendant un de leurs clients [se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine orthodoxie]. Il est vrai que toute la théologie parle de Dieu à la troisième personne, mais elle possède et pratique, tout en spéculant à son sujet, le tu de la prière, alors que les amis de Job face à sa douleur ne s’adressent jamais à Dieu pour qu’il le secoure, mais défendent toujours la peine et la torture infligées à leur ami, au nom d’une justice infaillible qui ne frappe pas au hasard, encore moins à tort.

Pour Dieu, au contraire [au regard de ce que nous enseigne le livre de Job], même le blasphème est un tu et il (ne semble) pas considéré comme une faute quand il jaillit en pleine douleur ». Il le sait bien, puisqu’il est notre père. Nous sommes l’argile, c’est lui qui nous façonnes, tous nous sommes l’ouvrage de sa main cf Esaïe 64v7.

« Quand cette matière se trouve sous la pression de la douleur », retentit alors « ce tu de Job » : « Rappelle-toi : tu m’as façonné comme une argile, et c’est à la poussière que tu me ramènes » (Job 10v9).

Mais, rajouterai-je, le croyant sait qu’il a « un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu ». C’est pourquoi il tient ferme la confession de foi. « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour un secours en temps voulu ».(Hébr.4v14-16)

 

 

Quand « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presque une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai… »

Les Evangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans le monde » en tant que « témoins fidèles et véritables », ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (1 Cor.13v1) ?

Entre le livre de Malachie et l’Evangile selon Matthieu, soit entre les deux testaments, se fait un silence prophétique de 400 ans (1).

De nos jours, c’est plutôt le contraire. Notre ouïe moderne n’est pas seulement « caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine », au point où « le silence (d’) aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe » (2)

Notre ouïe spirituelle est aussi – et surtout – agressée par le bruit assourdissant dû à l’inflation de « paroles de Dieu » de toutes sortes. En effet, commente ironiquement l’internaute Éliane C. le 28 mars 2020, en réaction à un article publié sur le blogue Le Sarment, « Dieu n’a jamais autant parlé du Coronavirus depuis que [ce dernier] a quitté la Chine. Tant que le virus était en Chine, c’est comme si Dieu [ne s’en préoccupait pas] » (3).

Quelles sont donc ces « paroles de Dieu » ? « Dieu a-t-il réellement dit » (à propos du covid-19) ?

Si nous partons du principe biblique qu’il est de la responsabilité de l’assemblée (l’Eglise) d’évaluer ou de jauger les prophéties rendues publiques (cf 1 Cor.14v29), « jaugeons » donc.

Mais avant de considérer le contenu, considérons d’abord quelques principes.

Ainsi, « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » (4)

C’est une question difficile et particulièrement grave, que pose ici Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est la mort (Deut 18v20).

Premier critère pour reconnaître le faux prophète : c’est Dieu qui prend l’initiative de parler et non le prophète qui obtient une révélation par « une technique » appropriée. Le prophète Jérémie souligne l’importance de la Parole de Dieu (« du froment ») face aux visions et aux songes (« de la paille ») cf Jer.23v28.

En 1 Samuel 28, un « Samuel défunt » parle au nom de Dieu grâce à l’invocation de son esprit par une sorcière…sauf qu’il n’est pas certain que ce soit Samuel qui parle, d’autant plus que cette demande de Saül auprès de la voyante (dont le texte dit clairement qu’elle a un esprit mauvais) est clairement défendue par Dieu (« Qu’on ne trouve chez toi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts » cf  Deutéronome 18v10-11). Saül lui-même ne pouvait pas l’ignorer puisque c’est lui-même qui a promulgué cet interdit sur le royaume.  D’autre part, Saül n’apprend rien qu’il ne sache déjà de cette invocation et n’en retire rien, à part du trouble….

Deuxième critère : ce qu’annonce le vrai prophète arrive vraiment (« Si ce que le prophète dit au nom du Seigneur ne se produit pas… alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur »Deut 18v22).

En comparaison, au début de mars 2020, le prophète Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique….

Lance Wallnau, également prophète et auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent »(5).

Troisième critère : le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6)

Quatrième critère : Dans sa polémique contre les faux prophètes, Jérémie met en avant leur appât du gain. Cette critique peut être associée au reproche – d’une actualité troublante – d’un discours flatteur qui vise à plaire à ceux qui les protègent et les rémunèrent.

[« Ainsi parle l’Éternel des armées : n’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous prophétisent ! Ils vous entraînent à des choses de néant ; ils disent les visions de leur cœur et non ce qui vient de la bouche de l’Éternel. Ils disent à ceux qui me méprisent : l’Éternel a dit vous aurez la paix ; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur il ne vous arrivera aucun mal »  – Jer 23v16-17]

Les prophètes, fonctionnaires royaux, évitaient d’annoncer des choses désagréables pour le roi. Le faux prophète cherche à sécuriser le peuple et le roi, plutôt qu’à les conduire à la repentance. L’indépendance (par rapport au pouvoir) et le désintérêt du prophète (sa mission est-elle d’intérêt général ou privé, lucrative ?) sont donc des critères.

En guise d’illustration, l’internaute  Éliane C. rappelle encore (3)que, comme « chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents auprès du Président Trump, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) pour la nouvelle année, [lesquels sont toujours identiques] à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères. Et bien sûr 2020 n’a pas manqué à l’appel ». [L’on peut donc se demander] s’ils allaient revenir sur leurs prédictions, vu ce qui se passe et qu’ils n’ont apparemment pas vu venir (….). On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties aux USA est l’argent, l’économie ou le succès du président (6)(7)

« Mais cette inflation de paroles prophétiques ne se produit pas qu’aux Etats-Unis. En France aussi, tout le monde rêve, songe ou reçoit des messages du ciel sur le Coronavirus. En France les songeurs et prophètes y voient un jugement (sans que ce soit d’ailleurs toujours les mêmes choses qui soient jugées) tout le monde prêche sur le coronavirus ou fait des vidéos et bientôt des livres sortiront pour expliquer pourquoi le Coronavirus (un vrai produit marchand qui fonctionne et certainement rapportera), tandis qu’aux USA on y voit un tremplin pour une pandémie de bénédictions et de libération de gloire et de prospérité à venir.

Cinquième critère : Les faux prophètes peuvent se reconnaître à leur comportement (« Mais chez les prophètes de Jérusalem, j’ai vu des choses horribles. Ils sont adultères, ils marchent dans le mensonge ; ils fortifient les mains des méchants… » (Jer 23v14), mais parfois Dieu brouille lui-même les cartes en envoyant un esprit de mensonge (cf. 1R 22v19-23) parmi les 400 « prophètes professionnels » du roi Achab, au temps du Prophète Michée.

« Quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (3).

Selon 2 Thes.2v10-12, Dieu peut envoyer « une puissance d’égarement », pour croire au mensonge, « afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Ainsi, c’est Dieu lui-même (et non l’ennemi) qui soumet aux esprits de séduction de d’égarement (ces esprits qui lui sont aussi soumis) ceux qui ne sont pas disposés à entendre la vérité et dont le cœur n’a pas appris à aimer cette vérité pour ce qu’elle est (souvent simple et sans artifice). Nous sommes séduits à cause des penchants de nos cœurs, soit ce que nous considérons comme ayant de la valeur, nos idoles et finalement nos trésors. (3)

En résumé, si nous considérons les critères bibliques pour reconnaître un vrai prophète, nous disposons donc des mêmes critères pour jauger le faux prophète – Dieu ne lui a pas demandé de parler, ce qu’il annonce n’arrive pas et il incite à aller vers d’autres dieux (Deut.13v1-5 ; Deut.18v20-22). Soulignons toutefois que la controverse entre Hanania et Jérémie (Jer.28) nous incite à la prudence dans notre évaluation, nous mettant en garde contre tout jugement précipité. Nous ne pouvons qu’être attentifs et prêts à nous interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins ! (4)

A noter encore que la fausse prophétie, non biblique, écrase et démolit, sous ses dehors fatalistes et inéluctables, alors que la prophétie biblique véritable édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses.

Ces passages soulignent que les faux prophètes sont, par ailleurs, « un test » de Dieu pour éprouver notre fidélité et notre amour pour Lui.

Ceci dit, pour en revenir au constat du point de départ, qu’il s’agisse de «  prophéties de succès » (USA) ou de « jugement » (France), « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presqu’une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai et serrer cette parole comme une perle rare de grand prix ! » (3)

En effet, « silence dans toute chair, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute ». Mais « Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».(2)

 

 

Notes :

(1) Voir « Dieu est-il resté silencieux entre les deux testaments ? »

(2) Voir Erri de Luca. « avoir de l’oreille » IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002, pp 24-25.

(3) Voir https://lesarment.com/2020/03/covid-19-comment-certains-predicateurs-ont-ils-reagi-face-a-la-menace-de-pandemie/

(4) Le développement sur les critères d’évaluation des prophètes s’inspire en partie de la trame de cette étude biblique.

(5) Voir comment certains prédicateurs ont réagi face à la menace de pandémie ici, ici ou . Avec cet autre exemple de déni délirant !

(6) Morceaux choisis :
« Rayons d’espoir pour l’économie et notre avenir »[qu’il sera possible et facile d’éprouver dans les temps à venir] dit entre autre ceci à propos du Coronavirus : « Ici aux États-Unis, je sens que cela va créer une formidable opportunité de voir à nouveau la croissance, en particulier dans le secteur manufacturier de notre économie. Je sens que le président Trump commencera à mettre en œuvre de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises désireuses de ramener la fabrication aux États-Unis. Encore une fois, nous serons fiers de dire «Made in USA». Cette résurgence assurera une réélection du président et du vice-président en novembre 2020. Je vois cela comme une formidable opportunité car il y aura une « libération en deux parties » dans notre économie, et d’ici la fin de 2020, le marché boursier augmenter à nouveau; en particulier, j’ai vu le Dow Jones atteindre la barre des 30 000.Dieu restaure toutes choses pour un temps comme celui-ci, un temps de grand transfert de richesse. Dieu nous donne la sagesse et la créativité pour créer la richesse, l’innovation et l’invention. Le Seigneur nous demande d’entendre ce que l’Esprit du Seigneur dit plutôt que l’esprit de peur, donc nous ne manquons pas cette occasion de créer une ressource du Royaume qui fera avancer son Royaume avec amour, grâce et puissance. » [Ici, « rien de nouveau sous le soleil », vu que la secrétaire d’Etat française, madame Pannier-Runacher, a déclaré bien officiellement sur CNews le 20 mars que les Français ont bien tort de s’inquiéter pour leur avenir, puisque « c’est le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui »]

Une autre prophétie, dont le titre est « Président Trump, les nations et le coronavirus », dit entre autre ceci :
« Par souci de clarté, si le président Trump a agi comme un (goujat), a regardé d’autres femmes, a été brutal dans ses réponses à celles qui l’attaquent, a été réactif ou a échoué dans le « fruit de l’Esprit » dans de nombreux domaines — AUCUNE DE CES questions en comparaison . Il n’était pas appelé à être votre pasteur – allez à l’église pour ça. Il a été appelé à être votre président et il remplit cette mission. De plus, il le fait mieux que N’IMPORTE QUEL président américain précédent. Sa position sur les questions ci-dessus est légendaire dans les annales du ciel et le sera finalement sur Terre.
Les cinq ci-dessus ne sont pas non plus les seules choses héroïques qu’il a faites. Ses mouvements avec l’économie ont changé la donne, et c’est ce qu’il a fait pendant que de grands ennemis essayaient activement de tuer l’économie dans leur tentative de faire dérailler la mission donnée par Dieu à Trump. Le coronavirus en fait partie, mais il échouera également, car Dieu a choisi Trump pour l’emporter sur l’ennemi, mouvement après mouvement. Même lorsque Trump se sent dépassé et ne sait pas comment procéder, Dieu transforme toujours ses décisions sans conviction / incertaines en « home run ».

Voir d’autres prophéties sur le Coronavirus : https://www.elijahlist.com/words/display_word.html?ID=23383 

(7) Voir la réflexion de Jean-René Moret, pasteur suisse : « qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent…..» cf https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/nom-argent-toutpuissant/story/20838093

 

 

 

 

Est-il judicieux de prier pour « les nations » ?  

Surtout ne cessons pas de prier. De prier pour ceux qui habitent en France.

Il est courant, dans la plupart des milieux chrétiens, d’appeler à « prier pour les nations ». Est-ce pertinent ? (1)

En réalité, sur ce type d’initiative, certes louable, se fonde une erreur théologique due au passage du texte biblique de l’hébreu > grec > français.
En effet, sachant que c’est depuis le 16ème siècle que le mot « nation » est devenu un référentiel politique, les « nations » en hébreu et en grec ne sont pas les Etats nationaux ou « les pays », mais plutôt les peuples non-Juifs, les goyim ou « ta ethnè » (« ethnies »).

Quand Dieu bénit les « nations », cela signifie qu’il bénit les non-Juifs aujourd’hui, de la même façon qu’il a béni les Juifs.


De fait, quand nous prions pour « Israël », (normalement) ce n’est pas l’Israël politique refondé en 1948, mais bien pour le peuple d’Israël, répandu parmi les nations.
Quant à prier pour « La France », c’est un peu étonnant, puisque la France est multiforme, ayant tellement évolué au travers des siècles. La France, c’est avant tout des gens qui habitent en France, surtout à l’heure de l’hypermondialisation. D’ailleurs, vous en connaissez beaucoup, de gens dans votre église locale dont les huit arrière-grands-parents étaient « des vrais français » ?
Bref, cette vision théologique « post-Yalta » (du nom de la conférence qui a découpé le monde après la guerre) est en réalité anachronique, lorsque elle donne un sens « d’aujourd’hui » à un terme ou un concept biblique, qui n’a pas ce sens-là.

 

Ceci dit, il serait dommage d’en conclure d’arrêter de prier ou d’intercéder. En clair, prions pour les personnes ou les groupes de personnes, et non pour des constructions culturelles/idéologiques et politiques qui n’existaient pas au temps du Christ et qui n’existeront plus à la fin des temps !

 

 

Note :

(1) Telle est la question posée sur le site « 1001 questions »

 

 

 

L’Eglise en quarantaine est-elle toujours l’Église ?

« L’Eglise locale existe quand les gens sont assemblés au même endroit et au même moment pour adirer le Seigneur… » (Source : Pixabay)

Nous vivons actuellement une crise sanitaire jusque là inédite, de nature à marquer notre génération. En effet, beaucoup de choses devraient changer – ou être remises en question – lorsque cette crise sera terminée. Jusqu’à quel point ? L’avenir nous le dira. Le drame serait que nous  repartions de plus belle « comme avant », sans avoir appris quoique ce soit.

Parmi ces questionnements qui ne manquent pas en ce moment : vu que les rassemblements sont interdits ou du moins, très limités, jusqu’à quel ordre (à l’heure où j’écris ces lignes), que va-t-il advenir de l’Eglise locale, en tant qu’expression visible/concrète de l’Eglise avec un grand « E » ? « L’Église locale va-t-elle mourir du virus COVID-19 ? », s’interroge d’ailleurs à ce sujet Michael Caron, nous invitant à revenir aux bases de ce que la Bible enseigne sur l’importance et la signification de l’Église locale….« .

En guise de complément et de prolongement, Daniel Henderson se propose d’ajouter quelques points à cette réflexion sur le culte, dans un article publié sur « Revenir à l’Evangile », l’excellent blogue de Publications chrétiennes, maison d’édition québecquoise fondée en 1958.

« L’Eglise locale existe quand les gens sont assemblés au même endroit et au même moment pour adorer le Seigneur, entendre la Parole de Dieu et prendre le repas de Seigneur. Dans ce moment inédit, on va sûrement faire des changements, mais comme on ne peut pas se réunir au même endroit et en même temps, il y a plusieurs activités de l’Église qu’on ne pourra plus faire.  L’Église locale est un groupe de chrétiens qui se réunissent régulièrement au nom de Christ pour manifester officiellement leur appartenance à Jésus-Christ et à son royaume, par la prédication de l’Évangile et les ordonnances de l’Évangile, ainsi que pour veiller les uns sur les autres. Mais, lorsque nous ne pouvons pas nous réunir, sommes-nous toujours l’Église ?

(…) N’essayons pas de remplacer rapidement ce qui a été perdu, mais aidons les gens à ressentir la perte et aspirons à son retour. Si nous prenons soin de nos membre et que nous les enseignons bien, imaginez le premier dimanche où nous nous réunirons à nouveau et prendrons le repas du Seigneur. J’ai hâte !  Marshall McLuhan a fait remarquer que « le médium est le message », et que « le contenu de tout médium nous aveugle sur son caractère ». En d’autres termes, si nous choisissons un médium ou un outil conçu pour la consommation passive, nous serons formés au fil du temps pour être des consommateurs religieux passifs. Si, en revanche, nous choisissons un moyen qui nous permet d’être plus présents et plus participatifs les uns avec les autres, nous serons formés au fil du temps pour être des participants actifs à l’œuvre de l’Évangile… »

(…) Ainsi, « regarder le culte en ligne n’est pas un substitut valable à l’église. Il n’existe pas de substitut valable à l’église. Regarder un sermon en ligne n’est pas un substitut valable au ministère de la Parole. Les substituts numériques ne sont pas du tout des substituts. Cela dit, dans des moments comme celui-ci, nous pouvons être en mesure d’utiliser la technologie pour aider les gens, mais voici le point, nous ne devons pas penser à ces alternatives comme des alternatives viables à la réalité. Ce sont des alternatives temporaires, moins qu’idéales ».  

Et Daniel Henderson d’enchaîner avec « quelques suggestions pratiques » :

1.Au lieu de diffuser un groupe qui fait la louange comme on fait le dimanche matin, on peut offrir aux gens des partitions de chants connus par l’assemblée ou partager des vidéos sur YouTube avec des paroles (voir sur cantiques.fr) qui facilitent le chant en groupe et en famille.

2.On peut diffuser une prédication sur Facebook ou YouTube, mais comme prédicateur, on doit réaliser qu’on ne prêche pas à une salle, mais dans des salons. Le dimanche matin, notre principal auditoire est la congrégation, mais avec les gens en confinement, notre principal auditoire est des familles au foyer. Le prédicateur se doit donc de parler directement à la caméra, pas aux gens invisibles dans la salle.

3.Utiliser des outils de vidéoconférence pour rencontrer des groupes de personnes plus petits au sein de notre église nous permet de discuter de nos craintes et de nos inquiétudes et de ce que nous apprenons au cours de notre temps dans le monde. Utiliser des outils de vidéoconférence permet également d’équiper les parents à faire le culte en famille (lire la Bible, prier et chanter). Autant de moyens pour encourager les gens à rester en contact durant la semaine.

4.Sans oublier plusieurs manières de continuer d’être l’Église pendant la crise…..

 

 

 

 

« Foireux liens » de mars (38) : face au virus, quelles priorités ?

Les « Foireux liens » de Mars : une actualité placée sous le signe du coronavirus…ce qui ne doit pas occulter d’autres sujets ! (Source image : public domain pictures)

Bonjour ! Voici vos « Foireux liens » tant attendus ! Au menu de cette édition de mars, une actualité certes placée sous le signe du coronavirus, avec un traitement sous plusieurs angles. Mais ceci ne doit toutefois pas occulter d’autres sujets importants : pertinence d’un système économique censé être « la seule alternative », élections municipales françaises et lobbies, campagne électorale américaine, dispositifs anti-SDF, écologie, fuite de données et manipulations sur les réseaux @sociaux, faits religieux à l’école, le pardon….Bonne lecture !

 

En introduction, pour commencer, voici quelques précisions extraites de l’allocution du Président de jeudi soir, qu’il est toujours utile de rappeler.
Le Président de la république a ainsi demandé, à « tous les Français de limiter leurs déplacements [dans les transports publics] au strict nécessaire. Le Gouvernement [a annoncé vendredi 13 mars et samedi 14 mars] des mesures pour limiter au maximum les rassemblements. »
Il a par ailleurs demandé « aux personnes âgées de plus de 70 ans », mais aussi « aux personnes souffrant de maladies chroniques [tels diabète, obésité ou cancer…..] ou de troubles respiratoires ainsi qu’aux personnes en situation de handicap de rester autant que possible à leur domicile ». D’autre part, la population est invitée à ne pas rendre visite aux personnes hébergées en Ehpad : « Chacun d’entre nous détient une part de la protection des autres, à commencer par ses proches. Je compte sur vous aussi pour prendre soin des plus vulnérables de nos compatriotes, ne pas rendre visite à nos aînés. C’est, j’en ai bien conscience, un crève-coeur. C’est pourtant nécessaire temporairement. Écrivez, téléphonez, prenez des nouvelles, protégez en limitant les visites….. ». 
Il a été également annoncé que « dès lundi et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés pour une raison simple : nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques toujours, sont celles et ceux qui propagent, semble-t-il, le plus rapidement le virus, même si, pour les enfants, ils n’ont parfois pas de symptômes et, heureusement, ne semblent pas aujourd’hui souffrir de formes aiguës de la maladie. C’est à la fois pour les protéger et pour réduire la dissémination du virus à travers notre territoire ».
Enfin, le Président a recommandé de « veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires », lesquelles « sont, aujourd’hui encore, trop peu appliquées. Cela veut dire se laver les mains suffisamment longtemps avec du savon ou avec des gels hydroalcooliques. Cela veut dire saluer sans embrasser ou serrer la main pour ne pas se transmettre le virus. Cela veut dire se tenir à distance d’un mètre. Ces gestes peuvent [nous] paraître anodins. Ils sauvent des vies, des vies. C’est pourquoi, [le Président nous] appelle solennellement à les adopter ».

1)Le coronavirus nuit gravement au libéralisme

“Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai…”  Stupeur incrédule jeudi soir en entendant Emmanuel Macron recourir à de tels éléments de langage anti-libéraux dans son allocution !  Y aurait-il « le diable dans le beffroi » ? Le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett nous propose une réflexion sur cette bizarrerie significative…..

Voir aussi :

Le virus et le big business. Oui, il faut lutter contre le virus en prenant un maximum de précautions. Mais il ne faut pas céder à la panique, qui mène aux incivilités et augmente les dangers. Et il faut se poser des questions pour chercher à comprendre…  Par exemple : la propagation du virus ne serait-elle pas liée au système économique global ?  Réponse dans le New York Times édition internationale (qui jusqu’ici n’était pas précisément critique envers la mondialisation économique et le libre-échange sans frontières)

Les Français craignent pour leur avenir ? Ils ont bien tort, puisque ce serait « le moment de faire de bonnes affaires en bourse »

Sur CNews [le 10/03], la secrétaire d’Etat Pannier-Runacher nous assure, très officiellement que « La bourse a des réactions parfois rapides, notamment avec les robots qui passent de manière automatique les ordres d’achat et de vente… Moi, je regarde avec une certaine circonspection la situation : c’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui. » Oui, oui, nous avons bien lu !

2)Coronavirus : mais pourquoi les consommateurs ont-ils pris peur de la bière Corona ?

La fameuse bière, fierté de l’industrie mexicaine, dans la tempête ! Comme le signale YouGov Ratings, une organisation spécialisée qui mesure la popularité et la notoriété de tout en se basant sur des millions de réponses du public américain, l’image de la bière Corona connaît une chute vertigineuse auprès des consommateurs. En cause : l’arrivée du coronavirus et la crainte globale qui l’accompagne qui a fait chuter les intentions d’achat à un peu plus de 5 % des Américains, le pourcentage le plus bas depuis deux ans.

3)Chercheurs online et Coronavirus

Des scientifiques se sont réunis sur la plateforme de messagerie Slack pour échanger sur la crise du coronavirus. Avant d’être publiées dans des revues scientifiques, les dernières découvertes sont ainsi partagées sur les réseaux sociaux et dans des articles dits de préimpression, donc pas encore validés par la communauté scientifique. Cela permet de confronter rapidement les résultats des différentes équipes. On attend avec impatience de voir apparaître : « On a trouvé un vaccin ! »


« Piqué » sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (posté le 12/03/20)

4)Épidémie de coronavirus: plus de sainte cène pendant plusieurs semaines

L’épidémie de coronavirus oblige les églises à se réorganiser. Dans de nombreux endroits, la pratique de la communion est suspendue pour éviter toute propagation.

5)Les pires dispositifs anti-SDF « récompensés » par la Fondation Abbé Pierre

Ces prix visent à sensibiliser avec ironie sur « l’hostilité urbaine à l’égard des personnes sans domicile » et rappeler leurs droits.

6)La Cour de cassation requalifie en contrat de travail le lien entre un chauffeur et Uber

[Arrêt & communiqué] Patatras pour le modèle d’Uber. La Cour de cassation vient de requalifier le statut de travailleur indépendant d’un chauffeur en contrat de travail. Elle a deviné dans les relations contractuelles l’existence d’un lien de subordination suffisamment fort. Lire l’arrêt et la note explicative de la cour de cassation.

7)Pourquoi je crains le réchauffement climatique

« …..Avant que je n’explique pourquoi le refroidissement m’inquiète, je voudrais citer cet article présentant un point de vue contradictoire, publié dans la revue Nature, et qui explique que l’Antarctique perd ses glaces de plus en plus rapidement, et cet autre article prévoyant un réchauffement de dix degrés Celsius d’ici à 2021. D’autres points de vue contradictoires sont exprimés ici et ici. Les partisans de chaque camp s’empresseront sans doute de m’expliquer comment j’ai été dupé par leurs adversaires, mais l’objet de cet article n’est pas d’établir le bien-fondé de l’une ou l’autre opinion. Au contraire, je cherche à mettre en lumière ce qu’on perd de vue dans le feu de ce débat qui est devenu extrêmement polarisé et politisé. Pourquoi diable devrais-je me préoccuper d’un refroidissement planétaire ? Etant donné les dangers du réchauffement planétaire, on pourrait penser que les signes d’un refroidissement seraient les bienvenus. Ouf ! Catastrophe écologique évitée ! Maintenant les affaires peuvent reprendre leur cours normal.  C’est bien là ce qui m’inquiète. Le « cours normal des affaires» est en train de détruire la planète – que le climat soit dans une phase de réchauffement ou de refroidissement ». Réflexions de Charles Eisenstein [Enseignant, conférencier et écrivain] parues dans L’Ecologiste, avril juin 2020 et disponibles sur son site.

8)Fuite de données et manipulation sur les réseaux sociaux… Ce que révèle le livre du lanceur d’alerte de Cambridge Analytica

Le lanceur d’alerte Christopher Wylie publie un livre témoignage intitulé « Mindfuck ». Celui qui a été au cœur de la création de l’entreprise Cambridge Analytica dévoile les rouages d’un des plus gros scandales de fuite de données et de manipulation sur les réseaux sociaux ayant participé à l’élection de Donald Trump et au vote du Brexit. Extraits.

9)Retour sur l’« affaire WikiLeaks » : qu’ont changé les révélations de 2010 ?

Il y a 10 ans, le site WikiLeaks divulguait une série de documents classifiés qui allaient propulser l’organisation au premier plan médiatique. Démarrée en avril 2010 par la publication de « collateral murder » – l’enregistrement vidéo d’une bavure américaine en Irak –, l’une des plus grandes fuites de secrets de l’Histoire se conclut en apothéose le 29 novembre de la même année. L’organisation, en collaboration avec cinq grands titres de la presse internationale, commence alors à diffuser au compte-gouttes plus de 250 000 câbles diplomatiques américains. Entre-temps, WikiLeaks a également rendu publics quelque 500 000 documents confidentiels sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak.  Les révélations de 2010 ont fait couler beaucoup d’encre. À l’instar de David Leigh et Luke Harding, de nombreux journalistes et commentateurs se sont empressés d’annoncer la fin du secret et le début d’une ère de la transparence, dont les outils du Web 2.0 seraient l’arme principale.  Ce sont ces révélations, souvent qualifiées d’« affaire WikiLeaks » par les médias, qui valent à Julian Assange, leader médiatique de l’organisation, son procès en extradition qui a débuté le lundi 24 février à Londres.  L’occasion de revenir sur un épisode fondamental de l’histoire de WikiLeaks et de tenter d’évaluer l’efficacité des méthodes de l’organisation de Julian Assange dans sa « guerre contre le secret ».

10)Twitter appose son tag “média manipulé” pour la première fois sur une vidéo retweetée par Trump

Twitter a mis à jour sa politique il y a maintenant plusieurs semaines. Le réseau social souhaite lutter contre la désinformation, particulièrement celle faite par les politiques et signaler aux utilisateurs tous les autres contenus altérés. Pour la première fois, dimanche 9 mars, Twitter a utilisé son tag “média manipulé” pour une vidéo publiée par Dan Scavino, responsable des réseaux sociaux de la Maison-Blanche et retweetée par Donald Trump.

11)Les « deepfakes », ces fausses vidéos créées pour nous influencer

Entre l’affaire Cambridge Analytica, les tentatives d’ingérence dans les élections françaises et les opérations d’influence en Ukraine, les méthodes visant à influencer les populations sont maintenant perçues comme une réalité par les opinions publiques occidentales. Or, un nouveau phénomène émerge depuis quelques années avec le développement de l’intelligence artificielle (IA) et ses potentialités de création et d’apprentissage : les deepfakes, ou hypertrucages en français. Quelle est la nature de ces contenus de synthèse ? Comment leur utilisation pourrait influencer les opinions publiques ?

12)Comment les sociétés tolérantes se laissent porter par la haine

L’attentat xénophobe qui s’est déroulé à Hanau, près de Francfort, le 19 février 2020 et a fait neuf morts dans un bar à chicha lors d’une fusillade, a plongé l’Allemagne dans la stupeur et la colère. «Le racisme est un poison» a ainsi martelé la chancelière Angela Merkel le lendemain de l’attaque. Ces événements sont alarmants car ils s’inscrivent dans une montée en puissance de la haine au niveau sociétal, un phénomène déjà disséqué il y a une décennie par le réalisateur autrichien Michael Haneke dans son film Le Ruban blanc.

13)Une foi à l’ère des réseaux sociaux

Une série en trois parties à découvrir sur Point Théo, pour comprendre comment les réseaux sociaux fonctionnent et quel impact peuvent-ils avoir sur nous.

Partie 1 : « Le moyen c’est le message » Ou comment un simple moyen de communication peut-il transformer la société ?

Partie 2 : « La bataille de notre temps »

Partie 3 : « (Dés)information & débat » ou les réseaux sociaux sont-ils ainsi réellement un lieu privilégié d’information et de débat ?

14)Replay : Débat sur la véracité historique sur France culture

Le 8 novembre 2019, l’émission « Le cours de l’histoire », sur France Culture, reçoit Isabelle Clarke et Daniel Costelle, réalisateurs de la série documentaire Apocalypse, dont France 2 diffuse alors une septième saison. En contrepoint, l’animateur a convié au micro un historien spécialiste de l’Asie et de la guerre froide, Pierre Grosser. Les discussions ne ronronnent pas longtemps. Les auditeurs, habitués au chuintement feutré de la station, comprennent qu’ils ne vont pas s’ennuyer. Exaspéré par le mépris des réalisateurs pour la recherche historique, Grosser pilonne une à une les fake news diffusées en première partie de soirée par France 2.

L’effet de révélation est saisissant. À la télévision, le pouvoir de conviction d’Apocalypse repose sur la magie hypnotique des images : on croit ce qu’on voit. La radio rompt le charme et laisse paraître l’intention…..

(Ré)écouter l’émission et lire cette analyse.

15)Des élus sous influence

Le scrutin municipal des 15 et 22 mars revêt un rôle symbolique majeur car il s’agit de l’échelon politique le plus proche des administrés, et celui pour lequel ils ont le plus confiance.  La première qualité évoquée par les Français pour accorder leur confiance envers les personnalités politique est l’honnêteté. Une solution pour développer ce sentiment d’honnêteté pour le décideur public est d’offrir de la transparence autour de ses décisions. Celle-ci permet au citoyen de comprendre les mécanismes orientant les choix de ses représentants et de mettre en lumière les actions d’influence exercées par les entreprises ou les lobbies sur les élus locaux. Or ces actions de lobbying au niveau local sont fréquentes, au point que certaines universités et cabinets d’influence proposent des formations dédiées au lobbying territorial.

16)Dans les villes gérées par le RN : budgets sociaux sabrés, démocratie entravée, indemnités des maires augmentées…

Que s’est-il passé pendant six ans au sein des quatorze villes gérées par le RN/FN ? Le collectif Vigilance et initiatives syndicales antifascistes livre, avec les éditions Syllepse, son bilan de la gestion communale par l’extrême droite. En voici quelques illustrations au sujet de six villes : Mantes-la-Ville (Yvelines), Hayange (Moselle), Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Orange (Vaucluse), Cogolin et Luc (Var).

17)Clap de fin pour « The American Ballot box »

Le blogue « The American Ballot Box, la politique américaine pour tous » va malheureusement cesser ses activités : son animatrice, Axel Azard, nous explique ici les raisons de l’annonce de ce « clap de fin ». Même si nous le comprenons, nous regrettons la fin de ce blogue passionnant,  dont le but était de fournir une information de qualité (et accessible à tous) en français sur l’actualité politique américaine en général, et plus particulièrement sur l’élection présidentielle américaine.  Ne manquez pas de l’explorer.

18)Juifs aux États-Unis : pour qui voteront-ils à l’élection présidentielle ?

Depuis l’élection de Donald Trump fin 2016, les juifs se sentent plus en danger aux États-Unis. Et le président américain ne s’appuie que sur une frange minoritaire proche d’Israël qui fait de la politique extérieure une priorité. Mais il ne mobilise pas pour autant la majorité des juifs américains. Voir aussi en vidéo.

19)Jésus est-il de droite ou de gauche ?

Question anachronique, certes. Mais comment le christianisme, de religion d’exclus, est devenu une religion de puissants, défiguré par Donald Trump ou Jair Bolsonaro ? Une chronique historique à découvrir.

20)Après Jean Vanier, sortir de l’idéalisation des figures charismatiques

Les révélations, samedi 22 février, d’abus perpétrés par Jean Vanier forcent les catholiques à revoir leur rapport à des hommes sans doute trop vite érigés en guides spirituels. Une réflexion valable et transposable pour toute personne érigée en « messie » politique ou « homme/femme providentiel(le) »….

21)Fait religieux à l’école : mobilisation autour de l’instituteur de Malicornay

L’enseignant sanctionné pour avoir fait étudier des extraits de la Bible dans sa classe n’a pas été réintégré dans sa classe, contrairement à l’injonction du tribunal administratif. Le ministère de l’Education nationale est donc dans l’illégalité. Ses soutiens se sont réunis mercredi 26 février pour plaider sa cause, en présence notamment de Régis Debray. La laïcité française serait-elle devenue folle ?

22)La transsubstantiation cachée de la louange contemporaine

Dans un nombre incalculable d’Églises à travers tout le paysage confessionnel d’Amérique, les pratiques de louange contemporaines l’ont emporté au nom de la pertinence culturelle et des préférences stylistiques. Mais il y a une dangereuse séparation entre le style et la substance inhérente à la louange contemporaine qui, si on n’y remédie pas, peut saccager le cœur même de l’orthodoxie chrétienne…..Ou quand la façon dont vous louez est la façon dont vous finissez par croire…..

23)Pardonner

a)« Notre société du relativisme et du chacun pour soi est-elle en position de lyncher Polanski ? », questionne le journaliste catholique Patrice de Plunkett dans sa chronique à Radio Présence et Radio Fidélité Mayenne. Estimant que « les abus sexuels sont graves, et que notre époque les favorise tout en feignant de les condamner  (au nom d’une morale introuvable, puisque c’est la morale du chacun pour soi, laquelle est bien incapable de fonder quoi que ce soit en société) », l’auteur souligne « qu’une époque qui ne comprend plus le pardon est mal partie pour son avenir. Le pardon n’empêche pas la justice. Nulle part dans l’Evangile le Christ ne dit que les coupables de crimes doivent rester impunis. Mais il fonde, au Golgotha, une justice supérieure qui est celle du pardon donné par la victime. Et la victime a le droit de pardonner – même si nos magazines ne comprennent plus ce mot ».

b)Pardonner n’est pas une option pour ceux qui déclarent suivre Jésus. En effet, le pardon est un des principaux piliers de la foi chrétienne, mais surtout un vrai chemin de vie qui libère, chez moi et chez l’autre, la capacité à devenir vraiment humain. En trois prédications, voici un petit parcours, qui, sans être une méthodologie, peut quand même constituer une incitation à vivre vraiment, jusqu’au bout, le programme du Christ.

Pardonner (1) – La correction fraternelle

Pardonner (2) – Comment pardonner ?

Pardonner (3) – Le non-pardon

 

Ces « Foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont retenu votre attention. Prochaine édition en mai.

Le Jeu de rôle (à « la sauce chrétienne » ou non) est-il une activité qui peut pleinement participer à une vie sain(t)e et équilibrée ?

Le jeu de rôle est-il une activité « neutre » ? Suffit-il de dire que le JDR est « un domaine à racheter » et à replacer sous la seigneurie de Jésus-Christ, pour avoir « un JDR selon Dieu » ? (Source image : Wikipédia)

Le Jeu de rôle (à « la sauce chrétienne » ou non) est-il une activité qui peut pleinement participer à une vie sain(t)e et équilibrée ?

Vincent M.T., théologien et co-animateur du site d’apologétique culturelle Visio Mundus(1), lui-même rôliste et « maître de jeu » depuis un an, en est convaincu. Dans une série d’articles récents qu’il consacre sur le sujet, il nous explique (et justifie) pourquoi et comment il joue à des jeux de rôles (2).

Ainsi, sans aller jusqu’à dire « qu’il n’y aurait aucun danger, et donc aucune vigilance à avoir », il affirme, « sur la base de la théologie biblique et de son expérience », qu’il n’y aurait « pas dans le jeu de rôle un danger plus grand ou plus sérieux que dans n’importe quelle autre activité culturelle. Au contraire, c’est une activité qui peut pleinement participer à une vie sain(t)e et équilibrée ». Il va même « jusqu’à dire que ça peut être une expression légitime de notre vocation humaine. Rien que ça »(3).

Rien que ça.

Pour ma part, cette série d’articles consacrée aux JDR m’a plutôt laissé perplexe. A noter que je connais un peu le sujet pour y avoir joué en tant que joueur/MDJ durant mes années lycées, il y a 30 ans. J’ai même lu, durant ces années jusqu’à mes premières années de fac, certains magazines spécialisés. J’en suis revenu depuis, frappé, par ailleurs, à l’époque, de l’évolution de ces univers rôlistes, d’un individualisme orienté vers une quête matérialiste à un individualisme de plus en plus marqué par le spirituel, l’ésotérisme et l’occulte (univers que j’ai tenu à éviter).

Certes, l’intention est belle, et le propos tenu dans la série d’articles est séduisant intellectuellement et ambitieux. Vincent anticipe même certaines objections, en se voulant le plus lucide possible. Mais il le fait d’une façon qui, au final, me semble peu convaincante, pour ne pas dire inquiétante et interpellante.

Le présent article ne concerne pas le jeu de rôle en lui-même (il n’y a pas « le » jeu de rôle, mais « des » jeux de rôle, certains se pratiquant dans des contextes et pour des raisons très diverses). Le problème en soi n’est pas non plus « l’imagination » ou « le jeu » en lui-même*, vu que Notre Dieu est lui-même créateur et….joueur. On comprend alors que l’homme, créé à l’image de Dieu, soit naturellement joueur.

*quoique…comme me le rappelle mon ami Etienne Omnès, « le principe d’un jeu, c’est de mettre en place un espace et un temps où l’on peut faire et être tout ce qu’on veut »…comme Dieu ? Voir aussi ce qu’a fait le peuple après le culte rendu au veau d’or en Exode 32v6….

Dans le présent article, je me contenterais seulement de relever ce que j’estime être des « points de vigilance », inspirés à la lecture des arguments de Vincent.  Ma posture n’est pas « morale » mais davantage préoccupée par des enjeux de vie, et par la sortie de toute idolâtrie qui nous menace tous, en tant qu’êtres humains et en tant que croyants.

Point de vigilance N°1 : 

Je trouve premièrement problématique cette affirmation présentant le JDR comme « une solution », ou comme quoi le JDR serait « une activité qui peut pleinement participer à une vie sain(t)e et équilibrée », et même « une expression légitime de notre vocation humaine » : car c’est en Jésus-Christ seul, et par le Saint-Esprit, que nous pouvons « pleinement vivre une vie sainte et équilibrée », en être humain véritable, « selon la ressemblance de Dieu ». Et non en nous confiant dans une pratique ou une technique – ce qui est déjà en soi un prémice à l’idôlatrie et à la sorcellerie. Rien que ça.

Point de vigilance N° 2 : 

La théologie (« la science de Dieu ») peut mener à tout, et même au JDR ! Mais le JDR peut-il nous conduire à Dieu ? Une question plus pertinente serait : vers quel Dieu ?

D’autre part, la théologie est-elle à notre service ? Peut-elle servir de faire-valoir d’une activité purement ludique, dans le cas qui nous occupe ?  Et ce, d’autant plus que Vincent insiste sur le fait que l’Evangélisation / apologétique – « classé en dernier » dans sa liste des « bonnes raisons pour jouer » – n’est pas avant tout le but recherché, et qu’un jeu de rôle a toute sa légitimité même sans cet aspect (4). En clair, qu’il peut être autonome en lui-même. Sauf que rien n’est neutre, et c’est là une erreur de le croire. Ensuite, si conduire à Christ n’est pas « le but recherché », et si Christ est « hors (du) jeu », qui est au centre ? Qui règne ?

Point de vigilance N° 3 :

La démarche décrite dans le 3ème article de la série (5) est particulièrement ambitieuse, mais périlleuse. Car, fondamentalement, c’est une forme de pensée critique qui demande aux gens de douter de ce qu’ils voient, voire de penser contre eux-même.

Ainsi, « pour ne pas créer de déséquilibre, et pour aménager une surprise », explique Vincent, « aucun des joueurs ne rend directement un culte au Dieu créateur au départ du jeu – ils ne le connaissent pas, ou tout juste. Si un joueur veut être religieux, je lui indiquerait le « dieu » que son peuple honore, que je présenterai sous un jour attirant. Pas nécessairement « un méchant démon qui se fait passer pour le Dieu créateur » [sauf que « les dieux ne sont pas des dieux » cf 1 Cor.8v5-6 et 1 Cor.10v20]. Puis au fur et à mesure du jeu, j’essaierai de le faire traverser à tous les joueurs des situations qui devraient pousser leurs personnages à remettre en question la légitimité de leur vision des choses – religieuse ou non. L’idée étant qu’ils se rendent compte que leur dieu est imparfait, et en partie insatisfaisant »(5). Mais qui dit que le joueur « accepte » le Dieu vivant et vrai, au final ?

Il est aussi risqué d’ajouter un imaginaire (une nouvelle cosmogonie, même « chrétienne ») aux imaginaires déjà présents dans les pensées. C’est déjà tout un enjeu de l’accompagnement spirituel et des études bibliques en groupes que de faire un travail sur les représentations. Car tout ce que les gens pensent savoir de Dieu, de l’Evangile et de la Bible, est le plus souvent déterminé par des images connexes que par la vérité du texte biblique [Test : les mages venus adorer Jésus étaient-ils trois et rois ?]. Et s’il est vital de déboulonner les idoles qui ont pris la place de Dieu, il est aussi essentiel de brûler les images/l’imaginaire mensonger qui nous empêche de nous voir en vérité, comme jésus nous voit.

Comment alors faire le ménage de toutes ces « ménageries » et comment conduire à l’abandon des idoles pour se tourner vers Dieu, afin de le servir, Lui, le Dieu vivant et vrai(cf 1 Thes.1v9), sans confronter ces imaginaires/représentations à la vérité de la Parole, laquelle Parole « est un feu » et « un marteau » (Jer.23v29) ?

Point de vigilance N°4 :

Faire pratiquer le JDR, quand bien même il serait « maison », ouvre la porte à d’autres univers et à d’autres influences, franchement tournées vers l’occulte et/ou l’ésotérique, sans oublier la drogue ou la violence. Comment gérer « ce passage », pour ne pas être une occasion de chute ?

Point de vigilance N°5 :

Dans quelle mesure les valeurs de l’occulte et autres dénis du réel sont-elles acculturées, via certains univers de JDR ? Le regard de Vincent sur le magique, et sa place dans l’univers du jeu, est en soi révélateur

Selon lui, « la clef d’un jeu qui est acceptable devant Dieu n’est donc pas, à (son) avis, un jeu sans magie, surnaturel ni violence, mais un jeu qui définit et encadre (avec une certaine subtilité) ces éléments symboliques (sic) d’une façon qui révèle le regard que Dieu porte sur eux. Ainsi, il est bon d’appliquer le même degré de prudence et de réflexion que pour toute autre activité(…) »(4).

Face à l’objection comme quoi certains univers de JDR seraient une préparation aux pratiques de sorcellerie/occulte, il estime cela « assez improbable, en tous cas pour l’édition actuelle du jeu, car la description des sortilèges se concentre sur leur effet dans le jeu plutôt que sur les actions à accomplir pour les lancer. D’ailleurs, peu de joueurs y prêtent attention et il existe de nombreux palliatifs dans le jeu pour se dispenser d’avoir à s’en inquiéter. C’est un pur mécanisme de jeu, vaguement décoré d’une forme pour les joueurs que cela intéresse – et ils sont peu (…)Quand bien même Donjons et Dragons constituerait dans la forme une préparation à certains cultes païens, peu importe ! Tout jeu, tout art, toute activité humaine peut être tournée, dans la forme, vers autre chose que Dieu, ce n’est pas nouveau. C’est justement notre responsabilité de repenser et racheter ces activités d’une façon qui honore Dieu »(4).

Dans son analyse du jeu de cartes « Magyk », il affirme que « si le but virtuel est uniquement de détruire son adversaire, il faut se souvenir qu’il s’agit d’un jeu, et que l’objectif réel réside dans l’apprentissage des mécanismes (…….) On aurait donc tort de se focaliser sur les aspects de surface (sic) comme la magie ou les références à des « créatures démoniaques », qui ne sont pas faites pour être prises au sérieux. Ces ressorts ludiques peuvent bien sûr avoir un effet sur l’imaginaire du joueur. On peut alors en prendre conscience et rester prudent vis-à-vis de nos désirs. Ce jeu n’est pas mauvais en soi, mais y jouer peut être mauvais pour certaines personnes ». 

Mais est-il possible de recycler un tel matériau magique/de sorcellerie/de l’occulte pour un usage ludique purement « technique », « cool » et « sympa » ? Sauf que ce n’est pas du jeu. C’est tout sauf un jeu. Imagine-t-on un « voyage ludique » à Tchernobyl, en se voulant « rassurant » (l’important étant l’état d’esprit de l’organisateur) ?

L’occulte est l’affirmation comme quoi il y aurait encore des réalités cachées, sauf que c’est chercher la lumière hors de Christ. C’est aussi un goût pour la puissance. A l’inverse, le Dieu de la Bible se présente comme celui qui révèle et qui enlève le voile. Il n’a rien à cacher et il se donne dans la lumière, contre tous les ésotérismes et tous les occultismes. Toute tentative de dire qu’il y a du « caché » sont contradictoires avec l’esprit de l’Evangile.

La sorcellerie est une alliance avec le diable pour recevoir le pouvoir surnaturel de modifier le réel et le naturel, à son profit. Rien n’est plus éloigné des.miracles divins, qui ne sont en rien de la magie. Jésus n’a jamais voulu faire de sorcellerie : il a multiplié les pains mais a refusé de changer des pierres en pain ou de changer la nature des pains d’orge distribués à la foule.

Ceci considéré, il est bon de rappeler ce commandement de Dieu à son peuple dans Deut. 18v9-14, beaucoup plus radical que toutes les tentatives vaines de théoriser/rationnaliser le magique dans le JDR (pour mieux le faire entrer dans le champ du discutable et se donner bonne conscience ?) et comme étant l’une des clés d’entrée dans le pays promis : en effet, pour Dieu, la magie et de l’occulte ne sont même pas « des péchés »……mais des « abominations » !

Avec cet autre commandement radical :  » Vous brûlerez au feu les images taillées de leurs dieux. Tu ne convoiteras point et tu ne prendras point pour toi l’argent et l’or qui sont sur elles, de peur que ces choses ne te deviennent un piège; car elles sont en abomination à l’Eternel, ton Dieu »(Deut.7v25).

Dans le même esprit, Paul, loin de se livrer à des argumentaires compliqués pour essayer de justifier l’usage de la magie dans un jeu, invite le croyant à se positionner tout aussi clairement face à ces pratiques étrangères qui sont devenues non plus des « cultures majoritaires » dans les peuples alentour, mais qui sont déclinées de façon transversale dans les comportements de ceux qui se livrent dans la chair cf Gal.5v19-21 : « On sait bien à quoi conduisent les penchants humains : la débauche, l’impureté et les actions honteuses, le culte des idoles et la magie, l’hostilité, les querelles, les jalousies, les colères, les rivalités, les discordes, les divisions, l’envie, les beuveries, les orgies et bien d’autres choses semblables. Je vous avertis maintenant comme je l’ai déjà fait : les personnes qui agissent ainsi n’auront pas de place dans le règne de Dieu »(7).

Point de vigilance N°6 :

L’inculturation [soit le fait d’adapter l’annonce de l’Évangile dans une culture donnée]est-elle une stratégie payante ?

Dans le monde imaginaire élaboré par Vincent pour son JDR « maison », « il y a un seul dieu créateur/sauveur, mais plusieurs choses que les personnages peuvent choisir comme objet de culte, comme source de sens et d’espoir(sic). Certains cultes concernent des êtres qui n’existent pas. D’autres concernent des créatures qui offrent des avantages en échange de l’allégeance des humains – donc dans un rapport marchand. D’autres encore déifient des créatures qui n’ont rien demandé. D’autres enfin sont plus proches d’une sorte de philosophie qui s’exprime sous des apparences religieuses. Bref, il y a de tout ». « De tout », dont Dieu, « une divinité parmi d’autres » ?

Nous pensons alors à ce que Paul a tenté de faire à Athènes (Actes 17v16-34), en cautionnant le polythéisme et en faisant entrer le Dieu unique par la petite porte. Une stratégie et une tentative de séduction oratoire qui semble avoir été peu heureuse, si l’on en croit les réactions en Actes 17. D’autre part, qui a déjà lu l’épître de Paul aux Athéniens ?

Point de vigilance N° 7 :

Si nous considérons que les Ecritures bibliques nous encourage à rechercher ces deux choses essentielles – la Gloire de Dieu et notre édification (1 Corinthiens 10v31 et Éphésiens 4v29) – nous avons la responsabilité de nous questionner sur l’effet étrange de l’ouverture à certaines pratiques, lequel questionnement passe bien avant notre propre plaisir (ludique ou non). En tant que chrétiens, nous devons réfléchir à qui et à quoi nous nous soumettons. Ainsi, il ne suffit pas de dire que « le JDR est un domaine à racheter » et à replacer sous la seigneurie de Jésus-Christ pour avoir « un JDR selon Dieu ». Il convient d’abord d’interroger notre propre dépendance ou notre besoin même de JDR pour « vivre une vie sain(t)e et équilibrée ».

 

 

Notes :

(1) Voir la démarche du site ici.

(2) Les jeux de rôles : faut-il s’abstenir ? Pourquoi jouer ? Comment jouer ? 

En comparaison, lire le témoignage de trois anciens rôlistes dont le contact avec le jeu de rôles a conduit à plusieurs dérives.

(3) Les jeux de rôles : faut-il s’abstenir ?

(4) Les jeux de rôles : Pourquoi jouer ?

(5) Les jeux de rôles : Comment jouer ?

(6) Voir Analyser un jeu : Magic, l’assemblée.

(7) Lequel Paul souligne implicitement le manque de pertinence des commentaires suivants, publiés le 08 janvier sur la page FB de Visio Mundus, en réaction à cette série d’articles sur le JDR : « En même temps le meurtre, la convoitise, le mensonge font partie de la nature humaine(sic) plus profondément que la magie et l’occultisme. Tous le monde a déjà menti/désiré/ manipulé, mais bien peu de gens ont vraiment mis en œuvre un rituel occulte… »

« Par delà le bien et le mal » : l’antimorale de la Bible

Plutôt que d’ouvrir la Bible pour y chercher des réponses à nos questions, il convient d’être « ouvert » soi-même et à l’écoute de la Parole, pour y chercher des questions que Dieu nous pose personnellement…

Si Ellul démolit « les idoles sécularisées » comme la technique, l’État ou l’argent, il n’épargne pas non plus « les idoles chrétiennes ». Dans « Le Vouloir et le faire », il lance plusieurs piques contre la morale dite « chrétienne ». En quoi le christianisme constitue-t-il, d’après lui, une « antimorale » ?

Telle est l’une des questions posées par la revue Philitt à Frédéric Rognon (1), dans le cadre d’un grand entretien(2) consacré au penseur protestant Jacques Ellul (1912-1994). En guise de réponse, Frédéric Rognon souligne que « Ellul propose (…) une lecture originale de la Bible », à contre courant des lectures « moralisantes ». En effet, explique-t-il, « traditionnellement, on fait de la Bible un livre moral. On parle d’ailleurs souvent d’une « morale judéo-chrétienne » qui serait fondée sur la Bible. Pour Ellul la Bible propose au contraire une antimorale ».

Selon Frédéric Rognon, le penseur protestant refuse même « de voir dans la Bible un simple manuel répondant à nos questions morales (« Que dois-je faire ? »). Pour lui, les Écritures n’ont pas vocation à répondre à nos questions, car cela reviendrait à leur imposer nos propres perspectives, sans respect pour le texte biblique lui-même. Il faut donc plutôt se mettre à l’écoute de la Parole et y chercher des questions que Dieu nous pose personnellement, et non des réponses à nos propres questions. Ellul relève ainsi de nombreuses questions que Dieu pose »(2).

Plus exactement, la Bible nous pose principalement trois questions : une question confessante : « Qui dites-vous que je suis ? »(Marc 8v29), une question éthique : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »(Gen.4v9), et une question existentielle quant à notre quête : « Qui cherches-tu ? »(Jean 20v15). Nous sommes donc interrogés, et invités à donner une réponse confessante, une réponse éthique et une réponse existentielle, par la parole et par notre vie (3).

« La Bible, loin de constituer un manuel de morale que le chrétien doit suivre de manière quasi-automatique pour avoir bonne conscience, [interpelle], questionne l’homme, (remettant) en cause la fausse sécurité morale qu’il se donne (2). 

D’autre part, ajoute Frédéric Rognon, « Ellul conteste également la lecture moraliste de la Bible en lisant les textes traditionnellement interprétés de manière morale sous un nouvel angle. Le Décalogue est sans doute l’exemple le plus parlant. Alors qu’il est traditionnellement interprété comme dix commandements normatifs, dix règles morales à suivre, Ellul note que les formes verbales de ces « commandements », en hébreu, peuvent autant être traduites par un futur qu’un impératif. En s’inspirant notamment de la lecture juive, il choisit de les traduire au futur. Plutôt que dix impératifs, le Décalogue constitue alors dix promesses faites à l’homme qui se tourne vers Dieu. Il faut ainsi comprendre : « Si tu n’as pas d’autre Dieu que moi alors, je te le promets, tu ne convoiteras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne tueras pas… » Non pas « ne tue pas » mais « je te promets que tu ne seras pas mis en situation de tuer si tu me fais confiance »(2).

Plus exactement, rajouterai-je, il est intéressant de constater que la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est, non pas « un commandement », mais le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Suivent ensuite les commandements de Dieu à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des « Paroles » de Dieu comme étant précédé par la libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, « tu n’auras pas d’autres dieux face à moi »…(Ex.20v1-3).

« La Bible délivre donc un message existentiel plutôt qu’un message moral d’après Ellul. Si on prend les évangiles, Jésus s’attaque ainsi aux plus moraux des hommes que sont les pharisiens. Ceux qui respectaient la Loi avec le plus grand scrupule et qui l’interprètent de manière morale sont justement ceux que Jésus critique en mettant l’amour au-dessus de tout « commandement ». La morale est ainsi transcendée, transfigurée et subvertie par l’amour »(2).

 

Notes :

(1) Frédéric Rognon est professeur de philosophie à la faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg. Il a publié des ouvrages sur plusieurs théologiens du XXe siècle, comme Dietrich Bonhoeffer, ou des études de figures majeures du christianisme contemporain, comme Martin Luther King. En particulier, il s’est intéressé au théologien protestant Jacques Ellul, dont il peut être considéré comme le principal spécialiste français [ou l’un des principaux, si l’on compte Jean-Philippe Qadri, auteur d’une édition critique de textes inédits de Jacques Ellul – « vivre et pensée la liberté »] comme en témoignent les ouvrages « Jacques Ellul. Une pensée en dialogue » (Labor et Fides, 2007, rééd. en 2013) ou « Générations Ellul. Soixante héritiers de la pensée de Jacques Ellul » (Labor et Fides, 2012).

(2) Voir https://philitt.fr/2019/11/14/frederic-rognon-jacques-ellul-voit-dans-la-bible-un-message-anarchiste/

(3) Voir  https://www.jacques-ellul.org/influences/la-bible

« L’Affaire Mila » : « vies privées »

« L’affaire Mila » ou le révélateur d’une crise de notre époque, dans laquelle nous vivons l’oubli ou la négation de l’intime….

« L’affaire Mila » – du prénom d’une lycéenne de 16 ans – est révélatrice d’un phénomène inquiétant : après avoir tenu des propos insultants envers la religion musulmane dans une « story » instagram, elle est persécutée et menacée par des milliers de jeunes, des deux sexes, nés en France et de nationalité française. « Outre les insultes et les menaces de mort ou de viol, certains internautes, qui l’ont reconnue, dévoilent son identité, son adresse, celle de son lycée » (1).

« Plusieurs vidéos massivement partagées et commentées sur les réseaux sociaux reprennent les extraits de cette story Instagram (…)Depuis la publication de ces vidéos, plusieurs hashtags ont émergé (#JesuisMila et #JesuispasMila), symbolisant un débat extrêmement polarisé autour de la jeune fille, désormais cible de cyberharcèlement »(2).

Ceci dit, ce qui se vit est également révélateur d’une crise de notre époque, à l’heure où il est normal, banal et « moderne » de s’exprimer « en live » et en public sur les réseaux @sociaux, sans soucis de protéger son identité numérique. Un peu comme si l’on ouvrait la porte de sa chambre à une foule d’inconnus. En effet, Internet, ce n’est pas « privé ». Cette crise est perçue par Marc-Alain Ouaknin, rabbin et docteur en philosophie, comme une « crise de l’intimité ».

Comme il l’explique très bien dans son « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains » (3), nous vivons en effet « l’époque de l’oubli [ou de la négation ?] de l’intime, catégorie essentielle fondatrice de toute société ». Or, poursuit-il, « l’éthique n’est possible qu’à partir de l’existence de l’intime. L’intime de la maison n’est pas fuite du monde et de l’autre, mais la condition même de leur rencontre…. » (Zeugma, p 497).

Selon Ouaknin, le texte biblique est de nature à nous ouvrir de nouvelles perspectives sur cette question de l’intime. Il cite en particulier « cet épisode [de Genèse 9v20 et ss] où, après être sorti de l’arche, Noé (…) plante une vigne et s’énivre de son vin, pour finir dénudé dans l’intimité de sa tente. Un des trois fils, Cham, entre dans la tente et voit son père nu. « Et Cham, le père de Canaan, vit la nudité de son père et il raconta à ses deux frères à l’extérieur »[v22]. Des commentateurs estiment que « ce texte suggère (….) que la faute de Cham n’est pas d’avoir vu la nudité de son père, mais de n’avoir regardé que cette nudité et de l’avoir racontée à ses frères » (op .cit., p 499). Dès la sortie de l’arche, le langage est perverti dans son utilisation par Cham qui entre dans le monde de la médisance. Et, souligne Marc-Alain Ouaknin, « médire, ce n’est pas mentir, mais réduire la complexité d’une situation ou d’un être à une seule dimension. La médisance réduit la conscience que l’on peut avoir de la complexité d’autrui en le réduisant à une seule de ses fonctions, en n’en voyant qu’un point sans le mettre en relation avec les autres, sans prendre en considération les interactions, les liens et les marges (…). Cham est dans une pulsion qui transforme son voir en parole sans attendre que son père puisse prendre la parole, dire quelque chose, expliquer, s’expliquer. Cham est dans l’aussitôt. Il voit et aussitôt se met à parler sans laisser à son père le temps d’une parole, d’un commentaire, et sans se laisser à lui-même la possibilité d’élaborer un discours, une raison, un logos. Il ne se fait pas accueil pour une parole (…). Aucune parole ne peut résider chez lui, en lui. Il est sans intériorité et ne comprend ni ne respecte l’intériorité de l’autre, ici son père. Il raconte à ses frères qui sont à l’extérieur. Sa bouche est toujours tournée vers cette extériorité sans retenue, ce que l’hébreu nomme l’insolence, houtspa, mot qui veut dire littéralement « extérieur-bouche ».

La médisance, c’est nier chez l’autre le droit à l’intime et chez soi l’existence de cet intime, lieu d’un temps de maturation d’une parole qui pourra être dite ou retenue. Et en niant le droit de l’autre à l’intime, c’est le réduire à son dévoilement, son apocalypse [« révélation » et non « catastrophe »], sans lui donner le temps de retrouver son for intérieur dans lequel il pourrait se ressaisir et élaborer une parole d’explication et de transmission. Médire, c’est ne pas respecter la part de mystère qui est à l’origine de toute créature.

Cham maudit son père et est maudit en retour, comme s’il se maudissait lui-même. Pris dans l’émotion produite par la nudité de son père, aucune place n’est donnée au discours et aux commentaires qui auraient pu être faits. Une forme de ressenti obstrue la possibilité d’une pensée rationnelle et devient fondement du non-entendement, de la pulsion et de l’intolérance ».(op.cit., pp 500-501)

Le propre de cette génération, piégée par des polarisations extrêmement violentes ?

Face aux deux écueils d’une vie marquée par la démesure (la croyance dans le mythe moderne du « tout est possible »), et d’une vie marquée par la seule nécessité, conduisant au déterminisme et au fatalisme, il est heureusement permis d’espérer.

Marc-Alain Ouaknin, dans son commentaire de cet épisode biblique, rappelle que « Shem et Yafet, les deux autres frères, vont à la fois réparer la faute de Cham » et rendre possible « une éthique de la juste parole (4), du bien dire, (c’est-à-dire), de la bénédiction. Ils font réparation de la médisance, réparation qui sera ritualisée plus loin dans le texte biblique dans le rituel de guérison [et purification] du lépreux [l’ostracisé de l’époque, cf Lévitique 14].

Le bien dire de la bénédiction consiste tout d’abord à rétablir l’intime de l’autre. C’est ainsi que les frères prennent une couverture [qui est autre que les « couvertures médiatiques »] qu’ils posent sur leurs épaules pour la déposer sur le corps de leur père en marchant en arrière, sans regarder sa nudité. » (op.cit., p 502)

« (Car j’étais) nu, et vous m’avez vêtu (…) Alors les justes lui répondront : “Seigneur (….) quand nous est-il arrivé de te voir (…) nu et de te vêtir ? Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Matt.25v36, 38, 40)

« Vêtir ceux qui sont nus », telle est la réponse à cette nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui promet, de façon illusoire, un monde sans vie privée. Sans doute l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques.

 

Aller plus loin : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/12/15/limitation-de-jesus-christ-veiller-a-son-intimite/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/09/20/le-pseudonymat-nest-pas-un-anonymat/

 

 

Notes :

(1) Le déroulé de l’histoire : https://www.lci.fr/justice/jesuismila-menacee-de-mort-et-de-viol-pour-avoir-insulte-l-islam-sur-instagram-mila-16-ans-porte-plainte-2143516.html

(2) https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/22/mila-une-jeune-femme-de-16-ans-a-t-elle-ete-exfiltree-de-son-lycee-par-la-police-suite-a-une-video-a_1774539

(3) Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013. Voir notre article sur l’ouvrage.

(4) Bénir, c’est effectivement dire du bien de quelqu’un, mais pas dans le sens de quelque chose que nous trouverions « sympa » ou « cool ». C’est tout simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : c’est ainsi que cette chose est juste et vraie. D’autre part, bénir, c’est aussi se mobiliser pour que ce bien énoncé par la parole devienne une réalité.