« De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”, d’Olivier Abel

Le philosophe Olivier Abel parle « du poison de l’humiliation » lors de l’émission « 28′ », sur Arte (26/04/22)

« ….Nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation », constate Olivier Abel(1), professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier, dans « Arrêtons l’humiliation ! »(2).

Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ?

Une interrogation pressante qui lui inspire “De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”. Dans cet ouvrage (en cours) paru le 16 février 2022 aux éditions Les liens qui libèrent, Olivier Abel observe la dimension politique et sociale de l’humiliation : nous aurions d’un côté un discours humiliant, qui nous traite comme des “homo economicus”, avec l’injonction « consomme ! ». Et de l’autre des manipulations, de la peur ressentie par la population française.

L’humiliation joue également un rôle important dans l’histoire, vu que la Turquie et la Russie ont souvent été humiliées par l’Occident, et les Européens en paient le prix aujourd’hui.

Outre son intervention à ce sujet, lors de l’émission citée plus haut, le 26/04/22 sur Arte et que je vous recommande, Olivier Abel était également « l’invité du jour » de Paris direct, sur France 24 :

Bonne écoute !

Notes :

(1) Voir son site perso, qui présente ses travaux.

(2) Un article d’une troublante actualité, paru initialement dans la revue Projet le 17/11/16

Lutter contre le racisme, le genou à terre

Un nouvel article de « Jo », notre plume invitée, que je remercie !

Depuis bientôt deux ans, le sujet du racisme semble gagner de la visibilité en société et soulever des débats passionnés et des conversations sensibles entre amis, en famille et parfois en église. (*)

Mon constat au fil des années : tous nos efforts militants variés, et toute la bonne volonté du monde ne suffisent pas à faire reculer le racisme de manière significative dans les mentalités et dans la construction de la société. Bien qu’il y ait eu du progrès au fil des époques, les choses ne semblent pas avancer de manière notable et définitive dans la bonne direction. A chaque petite avancée, un mouvement de résistance ou répression vient se dresser en opposition.

En tant que croyant.e, vouloir lutter contre le racisme me semble légitime car c’est une forme d’injustice.

Il serait très tentant de réduire ce combat à la lutte contre les systèmes oppressifs – qui doivent effectivement être démantelés- pour rendre nos sociétés plus justes.

Il me semble que la justice est bien au coeur du projet de Dieu pour l’humanité et que les Ecritures bibliques regorgent d’exhortations à limiter ou éradiquer la prolifération de l’injustice sous toute forme dans les vies et dans les sociétés. S’engager pour plus de justice sociale est donc une démarche alignée avec le royaume de Dieu, et va surement au-delà de notre activisme moderne à base de “hashtags” (ou mots-balise).

Cependant, cette lutte contre des injustices à l’échelle de la société peut nous distraire d’un autre volet fondamental du combat contre le racisme -et contre toute autre cause d’injustice.

Voici ce que nous dit l’apôtre Paul :

Ephésiens 6.12 : « En effet, ce n’est pas contre l’homme que nous avons à lutter, mais contre les puissances, contre les autorités, contre les souverains de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal dans les lieux célestes ».

Je déduis que les hommes et les institutions manifestent dans le monde visible ce qui se passe dans l’invisible. Et c’est bien dans le champ de l’invisible que se trouve l’autre aspect du combat contre le racisme : dans la prière.

Le combat que nous menons est d’abord spirituel : l’ennemi de Dieu continue d’utiliser le racisme pour diviser les humains alors que l’Esprit Saint œuvre à notre unité.
Il va falloir utiliser les armes spirituelles dont Christ nous équipe pour libérer complètement les captifs de ce système en commençant par nous-mêmes. (cf 2 Corinthiens 10.4)

Sans armure spirituelle il est facile de s’épuiser dans le militantisme et s’enfermer dans la frustration.

La prière est un sujet parfois négligé lorsque l’on s’intéresse aux sujets de justice sociale. Pourtant le combat spirituel est réel, à en croire Paul. Quel que soit le domaine concerné par le combat spirituel, nous ne pouvons pas y aller la fleur au fusil, sans un discernement de Dieu et sans comprendre les règles du combat.

Je suis persuadée que les systèmes ségrégationnistes de l’apartheid en Afrique du Sud ou de Jim Crow aux Etats unis sont tombés grâce à une conjonction de choses, dont la prière fidèle de chrétiens mobilisés spirituellement.

Quel rapport entre le combat spirituel et le racisme ?

Essayons de comprendre ce qu’il se passe.

Certains disent que les Noirs sont maudits et sont donc voués à l’échec et à la servitude (je l’ai entendu de Noirs eux-mêmes). Toute une théologie a été développée autour de cette idée à partir de l’histoire de Noé et son fils Cham, mais elle est fausse.

Pour moi toute l’humanité est maudite, quelle que soit notre expérience de vie, car désalignée du projet de Dieu pour les relations humaines.

Ce projet est résumé au début de la Genèse :

Lors de la création du monde, le mandat divin pour les humains était qu’ils dominent sur la terre (sans pour autant la maltraiter), qu’ils voyagent, fassent des bébés et qu’ils collaborent dans leur travail avec les autres humains en tant que représentants de Dieu sur Terre. Jamais un humain n’était censé être violent, maltraitant, dominant sur l’autre, que ce soit par la force, l’argent ou tout autre moyen.
Dans le projet de Dieu les humains ont pour seul “chef” ou “maître” le Seigneur lui-même.

Cependant, très rapidement, une autre dynamique relationnelle se met en place dans les premières pages de la Genèse. Cette dynamique a perduré jusqu’aujourd’hui : partout sur la planète des humains ont mis en place des systèmes basés sur la domination (économique, politique, etc) qui bénéficient aux uns et désavantagent les autres – de génération en génération…depuis très longtemps.
NB: ce type de système se voit le plus clairement dans toutes les structures de forme pyramidale (pensez “pharaon”) qui existent aujourd’hui. Et oui, même dans certaines églises.

Dominer sur un autre humain ne rend pas gloire à Dieu : c’est une œuvre satanique.
Ce qui honore Dieu c’est de se mettre volontairement au service de l’autre, dans une relation d’égal à égal et non plus de dominant et dominé.

C’était cela le projet, c’était l’exemple donné par Christ lors de sa vie sur Terre et c’est aujourd’hui notre défi dans l’Eglise.

L’Eglise doit résister à la tentation d’instituer des formes de domination en son sein ou collaborer avec les systèmes de domination en place dans la société.

Voilà où se situe le combat spirituel: vivre le projet d’égalité pensée par Dieu pour nous.

Comment faire?

L’étape incontournable se trouve au pied de la croix : nous devons tous y abandonner ce qui nous lie spirituellement aux dynamiques dominant-dominé.
Par exemple: des héritages (familiaux, ethniques, nationaux) ou des manières de penser basées sur de fausses identités (d’esclave, de maître, etc) et autres faux raisonnements. Mais ce n’est pas un exercice facile de s’humilier, se repentir pour recevoir de Dieu ce dont nous avons besoin: un coeur nettoyé, un esprit renouvelé.

Dans sa grâce Dieu nous donne en échange de ce que nous abandonnons, une identité en Lui, qui devient alors notre marqueur le plus important.
NB: Il ne nous appelle pas à gommer tout notre héritage culturel ou nos différences; il nous appelle à ne pas en faire un objet de fierté et à en garder ce qui est bon, ce qui porte la trace du royaume de Dieu.

Une fois habillés de cette nouvelle identité, nous pourrons manifester en tant que peuple de Dieu, qu’une autre manière de vivre est possible.

En effet, dans la famille de Dieu nous ne sommes plus considérés principalement par le prisme de la couleur de peau mais d’abord comme des enfants du Père, tous égaux devant Lui et vivant dans une logique à l’opposé des systèmes de ce monde: celle de la fraternité en Christ, le don, le partage, la justice.

En tant qu’enfants de Dieu, nous sommes également appelés à devenir « le bon samaritain » pour les plus faibles : aider celui qui est victime du péché d’autrui (comme dans la parabole qui porte ce nom).
C’est notre confiance en Dieu qui nous poussera à faire de bonnes oeuvres en agissant concrètement pour l’avancée de la justice sociale. C’est un tout, on ne peut pas prendre l’un sans l’autre ou annoncer l’un sans l’autre.
Nous ne pouvons pas nous contenter d’avoir renoncé à une identité de dominé ou dominant: notre nouvelle identité, si nous sommes prêts à la vivre pleinement, se manifestera forcément dans de nouveaux engagements et sur la durée.

De même, nous ne pourrons pas militer sur le long terme sans puiser à la source de vie, sans être renouvelés par le Saint Esprit.

Comment pourrions-nous nous engager à lutter contre le fléau du racisme (et tout autre cause que Dieu mettra dans nos coeurs) à petite et grande échelle?

Commençons par poser la question à Dieu lui-même: “Que puis-je faire à mon niveau, Seigneur ?” C’est l’Esprit de Dieu qui doit nous inspirer l’action, au risque de se perdre dans des projets vains.

Tous ne seront pas des Martin Luther King Jr, mais chacun de nous peut faire quelque chose à son niveau et il y a du travail.

Cela va forcément impliquer des changements dans nos priorités, nos emplois du temps, nos finances…et c’est normal : après tout, si l’Evangile ne nous fait pas changer, ne nous bouscule pas dans notre confort, est-ce vraiment l’Evangile?

Puisse le Seigneur attirer notre regard vers les plus faibles, nous sortir du silence et de l’indifférence en nous remplissant de courage chacun là où nous sommes. Le monde attend la révélation des enfants de Dieu, encore aujourd’hui. (selon Romains 8.19)

Le combat spirituel contre le racisme se mènera au quotidien sur les deux fronts de la prière et de l’action dans la société: le genou à terre, implorant le Seigneur et servant notre prochain.

Le genou à terre (comme certains manifestants lors des marches antiracistes!) implorons un déversement puissant du Saint Esprit, afin que nous retrouvions chacun notre identité en Lui, qui a préséance sur notre couleur de peau et notre nationalité.

Le genou à terre, remplis d’un courage venu d’en haut, mettons-nous au travail pour agir pour la paix, la justice, l’équité, la réconciliation, la guérison, pour notre monde et pour la gloire de Dieu.

Amen.

(*) Non que le sujet n’ait jamais fait l’objet d’étude et de lutte, mais depuis le meurtre de George Floyd, un mouvement beaucoup plus global s’est emparé du sujet. Sur tous les continents divers peuples font lumière et mémoire des réalités des faits coloniaux avérés, de l’esclavage trans-africain et transatlantique, des lois racistes instaurées pendant la période des empires coloniaux, et de leurs conséquences dans le monde du XXIème siècle. Des mobilisations importantes pour dénoncer les inégalités basées sur la notion de race ont commencé en Mai 2020 et se poursuivent, dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Sur l’origine du « genou à terre », bien avant Georges Floyd, le football américain et Martin Luther King, voir aussi ici.

De notre plume invitée : Jo est ingénieure, amatrice de réflexion, de lecture et discussions pour refaire le monde (dont l’Eglise!) entre amis et en famille. 

Etre chrétiens et « prêtres de l’Eternel » après les élections : comment prier pour nous, corps de Christ, et pour le Président réélu

« Retrouver la joie de prier », notamment pour les autorités, n’est pas seulement le titre d’un excellent ouvrage : C’est notre grand privilège, en tant que « prêtres de l’Eternel »

Emmanuel Macron a été réélu Président de la République Française avec 58,5 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen qui a obtenu 41,5 % des voix(1). Ce n’est peut-être pas votre choix, et vous avez certainement les meilleures raisons du monde de lui en vouloir, mais notre responsabilité en tant que chrétiens est désormais de prier positivement pour lui, comme nous l’avons certainement tous fait pour ses prédécesseurs – et comme d’autres l’auraient certainement fait si leur candidat(e)avait été élu(e) – et pour notre pays. Reste à savoir comment, dans quel but, et avec quel secours. 

Comme déjà souligné dans un autre article, être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion », est un véritable défi et un engagement spirituel, pour être en mesure de porter une véritable voix prophétique dans ce monde, plutôt que d’être réduits à l’état des « prophètes professionnels » du roi Achab, dans la Bible (1 Rois 22v1-28).

Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection. C’est donc prendre conscience que « le réveil de la France » n’est pas lié à l’élection d’un tel ou d’une telle.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités cf Ex 22.28 et l Tim 2.1-2, mais aussi avant tout, pour soi-même, pour l’Eglise – le corps de Christ – dans un esprit d’humilité et de repentance.

Comme une internaute l’a très bien exprimé sur la toile, en réponse à cet article encourageant à prier pour le Président réélu, « nous chrétiens, au-delà de nos devoirs de citoyens, avons aussi des devoirs spirituels dont celui d’intercéder pour le « roi » [ici, le chef de l’Etat]. Ce devoir émane du Seigneur, nous devons donc l’appliquer que nous épousions ou non les sensibilités de nos dirigeants. Ma prière pour nous chrétiens est que nous arrivions à prendre de la hauteur et à vaquer à cette responsabilité. Nous ne pouvons pas toujours changer les choses par le moyen des urnes mais avec les genoux au sol nous pouvons faire en sorte que des montagnes soient transportées. Le cœur du roi est dans la main d’Elohim et il l’incline où il veut nous dit les proverbes. Nous devons être la différence dans une société en crise et dans un monde en totale confusion. Fléchissons donc nos genoux vers le Roi des rois qui sait toute chose mieux que nous ».

Souvenons que nous nous disons « sacrificateurs » ou « prêtres de l’Eternel », et que nous sommes effectivement « rois et sacrificateurs » pour Dieu, selon Apoc. 1v6 et 1 Chron.23v13. Comme tels, nous sommes « mis à part pour être (sanctifiés) comme (très saints), pour offrir les parfums devant l’Eternel, pour faire son service, et pour bénir à toujours en son nom ». Notre service consiste en la prière et l’intercession « dans le temple », à approcher le Dieu saint dans le lieu saint et « pour bénir (dire le bien de Dieu et non « mal dire ») à jamais en son nom ».  Pour cela, il nous faut être saint. C’est pour une vie de prière devant Dieu que les prêtres sont sanctifiés (par contraste, le rôle du diable consiste à accuser continuellement les saints). Jésus, en tant que souverain sacrificateur, prie et intercède pour nous, pour toi et ton frère. Que prie-t-il ? (« Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait… »)

« Si alors mon peuple, le peuple qui porte mon nom, fait preuve d’humilité et prie, (s’ils) me recherchent en renonçant à leur mauvaise conduite, moi, dans les cieux, je serai attentif, je pardonnerai leur péché et je guérirai leur pays » ( 2 Chron.7v14).

Avant de prier pour le Président réélu, prions pour que, de même que l’autorité de Jésus-Christ ne jette aucun discrédit sur les pouvoirs humains, sachant que son Royaume « n’est pas de ce monde », nous, chrétiens, exercions « la culture de l’honneur » envers les structures d’autorités, et prenions tous au sérieux l’autorité de Dieu. 

Prions pour que nous grandissions dans la foi en Dieu le Père, dans le respect des figures de la paternité.

Prions pour que Dieu soit bien le Père dans nos églises, et non quelqu’un d’autre qui se serait mis à la place du Père.

Prions pour que nous poursuivions la paix et contribuons à la paix, pour être en mesure d’ annoncer une parole sur la Paix qui vient du Dieu véritable.

Prions pour la cohérence de notre témoignage

Jésus-Christ, Notre seul Seigneur, qui est entré à Jérusalem, est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau, nous appelle aujourd’hui à laisser tomber « l’agitation de nos rameaux » pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et de respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes.

Rendons aussi grâce pour notre pays, et apprenons, dans la dépendance de l’Esprit Saint, à cultiver une attitude de reconnaissance, à l’instar de cette exhortation de Phil.4v6, rappelée par Timothée Minard sur son blogueEn cette période électorale, la tendance est à la colère, au rejet, à l’inquiétude. On focalise nos regards vers ce qui ne va pas, vers les difficultés de notre pays, vers le péché des uns et des autres. On nous montre le malaise ambiant, le chômage, les injustices, la corruption, l’immoralité… Et cela nous pousse notamment, en tant que chrétiens, à l’intercession. A juste titre. Toutefois, ce que ce verset de Philippiens nous rappelle, c’est que nous sommes appelés à prier « dans une attitude de reconnaissance ».

C’est alors que nous pourrons prier positivement pour le Président de la république réélu, de sorte qu’il reçoive humilité, conseil et sagesse, sachant que sa réélection « l’engage » effectivement.

Note :

(1) En savoir plus sur le vote des électorats dits confessionnels – protestants, catholiques, musulmans…- au second tour de l’élection présidentielle 2022.

Du risque de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau »

N’en rester qu’à un seul critère de vote, fût-il très important pour nous, entraîne le risque, dénoncé par Jésus dans les Evangiles, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Source image : Affiche du film « Super Size me » de et avec Morgan Spurlock (2004)

Dimanche, nous élirons notre Président de la république : qui, d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen, les deux finalistes au soir du premier tour, sera élu ?

Pour rappel, nous élirons pour cinq ans au suffrage universel direct celui qui assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État, selon la Constitution. Le Président de la république est également le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. Le président de la République dispose de pouvoirs propres, comme ceux de nommer le Premier ministre, de dissoudre l’Assemblée nationale ou de recourir au référendum. Il veille au respect de la Constitution. Chef des armées, le président ne peut pas déclarer la guerre sans l’accord du Parlement, mais il décide seul de l’emploi de la force nucléaire. Le Président de la République possède également des pouvoirs partagés, ses décisions devant alors être contresignées par le Premier ministre ou les ministres concernés. C’est le cas pour les nominations de préfets ou la signature d’ordonnances et de décrets ayant été délibérés en Conseil des ministres.

Ceci dit, comment voter, si aucun des deux finalistes de cette présidentielle, malgré leurs projets radicalement différents, ne correspond à notre vision de la société ? Les citoyens se retrouvent alors face à plusieurs dilemmes : voter, voter blanc ou ne pas voter. L’édition de La Croix l’Hebdo de la semaine du 15 avril relève même « 5 cas de conscience avant le deuxième tour ».

Dans ce cas, s’abstenir ou voter blanc, est-ce une solution ? La tentation de ne pas vouloir départager est grande, mais risquée. « S’abstenir, c’est trop facile, avance François Euvé, jésuite, rédacteur en chef de la revue Etudes, dans ce même article de La Croix l’Hebdo.

L’entre-deux tours est l’opportunité de confronter ses opinions, pour se plonger avec méthode et discernement, encore plus profondément dans les visions de chaque projet : « aucun candidat ne convient tout à fait », rappelle François Euvé. « Tout vote est un moindre mal », mais « quel est le moindre mal entre les deux est la première question à se poser, ou, à l’inverse, quel est le pire (….). Il y a un travail d’approfondissement personnel à faire. En pensant à ce que les personnes sont susceptibles de réellement mettre en œuvre au-delà de leurs propositions ». Pour cela, rien de mieux que d’élargir sa vision d’ensemble, en essayant de ne pas juger à partir d’un seul critère, qu’il soit économique, géopolitique, social ou éthique », ou même moral. « N’en rester qu’à un seul point, fût-il très important pour nous », poursuit François Euvé, « comporte le risque, dénoncé par Jésus en Matt.23v24, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Une boussole qui pourrait être mise en avant serait la question de la fraternité, décisive, ce qui exclue toute relation fondée sur la domination, l’infantilisation et l’attente de « chefs » charismatiques ou de personne prenant la place du Père céleste cf Matt.23v8-12.

Pour illustrer à quel point est périlleux un vote fondé sur un critère restrictif, qu’il s’agisse de « la moralité » ou de l’espérance en un supposé « défenseur de la chrétienté », voici un vieil article d’une revue évangélique, exhumé par La Free.ch en 2016 et ô combien édifiant sur les conséquences d’un tel vote.

Extrait : « Un premier indice de l’affinité de l’ensemble des protestants avec le nationalisme germanique apparaît déjà sous l’Empire allemand de 1871 à 1918 (…) Les idées sociales d’inspiration chrétienne, le pacifisme (on le taxait de blasphème), la libre-pensée et la démocratie étaient considérés comme des menaces auxquelles il fallait résolument s’opposer. La République de Weimar à partir de 1919 ne fut jamais véritablement reconnue par les chrétiens. Dans une allocution lors de la grande rencontre des Églises (Kirchentag) de 1919 à Dresde, le président de cette manifestation déclara: « La gloire de l’Empire allemand, le rêve de nos pères, c’est là que réside la fierté de chaque Allemand. » Pour cette raison de nombreux chrétiens essayèrent de défendre avec ardeur les valeurs et l’identité nationales. Ils se sentaient tenus à un programme national chrétien.  La peur de la pensée libérale naissante et du bolchevisme russe, menaçant depuis la Révolution d’octobre 1917, poussèrent de nombreux chrétiens à se rapprocher du Parti ouvrier national-socialiste allemand (NSDAP), fondé en 1920. Le programme politique du parti d’Adolf Hitler promettait un retour aux valeurs chrétiennes et la constitution d’un rempart contre le communisme et contre les idées libérales.  Les violences multiples contre ceux qui pensaient autrement, les déportations et les actes d’extermination, les Églises évangéliques ne les imputaient pas publiquement à la volonté d’Hitler, mais à des partisans dévoyés, enclins à l’exagération. Le régime national-socialiste réussit, fort bien et durablement, à éblouir les Églises évangéliques et à les abuser à son profit. En gage de reconnaissance, il octroya à ces Églises la possibilité d’évangéliser librement et de développer pleinement leurs activités chrétiennes. (…) En 1933, après la victoire du Parti national-socialiste, l’Église évangélique libre luthérienne loua cette accession au pouvoir comme un « engagement pour l’honneur et la liberté de l’Allemagne ». Elle fit l’éloge du NSDAP pour son « combat contre la saleté ». Les baptistes, dans le journal Wahrheitszeuge (Témoin de la vérité) parlèrent de l’accession d’Hitler comme de l’avènement d’un « temps nouveau » et vivement désiré. Les Communautés évangéliques libres firent l’éloge dans le journal Gärtner (Le Jardinier) du combat du NSDAP « contre la prostitution, contre l’habitude de fumer chez les femmes, contre le nudisme et contre les abus de la vie nocturne ». Lorsque des rumeurs d’exactions contre les juifs en Allemagne parvinrent à l’étranger, les Églises évangéliques allemandes les taxèrent immédiatement de « propagande scandaleuse ».

A méditer !

Face à ceux qui (se) disent « Pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « Pas Le Pen » ? (Version alternative)

Existe-t-il un « vote chrétien » ? Jésus serait-il le « président d’honneur » d’un parti quelconque ? (Source image : « Mockingbird »)

La réponse alternative des répondants Attestants, mouvement confessant protestant* – que je remercie – à cette question sur le site 1001 questions :

Nous n’allons pas vous dire pour qui voter.
Parce qu’il n’y a pas un vote chrétien.
Mais il y a des chrétiens qui votent.

Dans un second tour de présidentielle, il n’y a pas d’un côté un candidat qui serait du côté de Dieu, et de l’autre un candidat qui serait contre Dieu. Parce que le processus électoral républicain, bien qu’il soit plus démocratique que d’autres systèmes, permet juste au peuple de choisir son « César ».

Si l’on voulait cribler les propositions électorales des uns et des autres, on aurait bien du mal à savoir ce qui est conforme à notre foi ou ce qui ne l’est pas. Quels coefficients mettre à nos préoccupations ? L’éthique prime-t-elle sur le reste ? Jésus était tout sauf moral : il défendait ceux qui transgressaient des lois justes (une femme adultère), il brisait les interdits de la religion paisible en place (activité durant le sabbat), il promouvait des collaborateurs du système fiscal romain (Matthieu), etc.
Certains se sont récemment hasardé à lister les sujets et à cocher ce qui serait chrétien-compatible. Je pense que c’est une immense erreur : s’ils n’ont assurément pas oublié la question des unions civiles homosexuelles, presque tous ont oublié la préoccupation pour la justice sociale et l’équité, qui sont cent fois plus mobilisées dans les préoccupations du Dieu biblique…

Notre rôle de citoyens, c’est de voter, de faire des choix.
Notre rôle de chrétiens, c’est de prier pour la paix du pays, et prier pour les autorités afin qu’elles promeuvent la paix. Et dans cette paix, la liberté de conscience est de toute première importance.
Et là je ne suis pas sûr que les deux candidats soient à égalité.

Par ailleurs, en référence au statut d’Israël en Canaan et à l’identité de voyageurs et étrangers sur la terre qu’évoque Paul, les Écritures me semblent faire du respect des étrangers un point tout à fait crucial.
Et là je ne suis pas sûr que les deux candidats soient à égalité.

Ces deux candidats sont surtout à égalité sur le traitement privilégié de leurs collaborateurs, de leur compromission avec le pouvoir de l’argent (Mammon), leur caractère influençable par des grandes nations (USA et Russie par exemple), leur démagogie et leur désir de séduire, etc.

Bref, voter ne sera jamais élire la bonne personne contre la mauvaise personne.
Ce sera toujours choisir, faire un choix en conscience entre la peste d’un César-Jules et le choléra d’un César-Auguste. Mais n’oublions pas que le taux de létalité du choléra et de la peste n’est pas du tout le même… L’important sera donc de voter, parce que l’abstention est pour le coup la pire des lâchetés car elle consiste à se défaire de ses responsabilités (relisez la parabole de Jotam en Juges 9,7-21)

Aller plus loin : comment être chrétien en saison électorale ?

* Les Attestants : mouvement de chrétiens confessants né en 2015 « du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ». De fait, les Attestants « partagent une même foi au Père créateur, au Christ Seigneur et sauveur [qu’ils confessent aussi comme étant pleinement Dieu et pleinement homme, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification], à l’Esprit Saint consolateur et puissant. « Courant de conviction parmi d’autres dans l’EPUdF », ils souhaitent « promouvoir une façon de vivre la foi, la vie de famille, la formation, à la lumière d’une lecture exigeante de l’Evangile ». Ils se veulent, notamment, « force de proposition en matière de prière, de lecture de la Bible, d’édification pour la foi, de formation, d’accueil des plus humbles ».  Ils confessent enraciner leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne (n’excluant) pas mais (impliquant) une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie ».

Visiter leur site.

Face à ceux qui (se) disent « pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « pas Le Pen » (bis repetitas)

Voter Le Pen en particulier et extrême-droite en général : c’est toujours « non ! » Et même « non, non et non ! »
(Source image : public domain pictures)

Ou comment rappeler des évidences et dire des banalités qu’on oublie parfois.

Le présent article n’a pas pour but de « stigmatiser » les électeurs de Marine Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins, collègues de travail, amis, frères et sœurs en Christ…) mais de tenter de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours) et ce vote de la peur.

Lorsque j’étais lycéen, il était évident que Le Pen, c’était « non ! ». En 2002, lorsque Le Pen se trouve qualifié au second tour de la Présidentielle, c’était encore « non ! » et même « non, non, et non ! » pour la plupart. Aujourd’hui, cela ne semble plus évident. Je suis même interpellé par une chose, à l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle française du 10 avril 2022, comme au premier tour d’il y a 5 ans : Marine Le Pen est à nouveau au second tour, mais, plus encore qu’en 2017, nous sommes désormais bien loin du choc ou de la dramatisation du 21 avril 2002. 

Le RN (ex-FN), banalisé, ne fait plus du tout peur. C’est inquiétant.

Surtout quand des chrétiens (ou supposés tels) manifestent ouvertement leur vote pour ce parti, et ce, de manière décomplexée, notamment sur les réseaux @sociaux. Il est aussi sidérant de constater que d’autres, dans le milieu chrétien, aient pris la responsabilité de mettre les pieds dans le plat, appelant à l’abstention ou à voter blanc, « contre Macron », ou appelant indirectement à voter pour la candidate d’un parti xénophobe et raciste, sous prétexte de voter pour le candidat supposé être « clairement celui de la vie » ou « des valeurs chrétiennes »(sic).

Autres évidences :

NOUS SOMMES TOUS DES IMMIGRÉS : Certes, en cherchant bien, on doit pouvoir trouver parmi nous quelques citoyens à l’arbre généalogique purement mérovingien. Mais les autres ? Oui, nous sommes tous des Français enfants d’immigrés : à une, deux, trois générations derrière, que des Italiens, des Algériens, des Polonais, des Turcs, des Portugais, des Gabonais, des Vietnamiens et même des Belges… Ils sont partout : nous sommes partout. NON, il n’y a pas d’opposition entre une bonne et une mauvaise immigration : aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient chrétiens, mais il y a quelques siècles, les chrétiens se déchiraient entre eux ; aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient les Européens, mais dans les années 1920, les Italiens étaient victimes des chasses à l’homme ; il paraît que les bons immigrants n’auraient jamais commis aucun délit, mais quand ne pas avoir de papiers est un délit, comment faire ?

CHOISI ? “Les Français ont choisi de placer Marine Le Pen au second tour ”. Cette expression est tout simplement fausse. Au moment du vote pour le premier tour, on ne choisit pas forcément la personne qu’on souhaite voir au second tour : on exprime quelque chose. Marine Le Pen est en effet au second tour : ce n’est pas un choix conscient des Français mais la résultante de chiffres (abstention + faiblesse du vote PS et LR + dispersion des candidats de gauche). La candidate du Rassemblement national est même sortie en tête au premier tour dans plusieurs territoires ruraux qui ne sont pourtant pas particulièrement touchés par les questions d’insécurité et d’immigration.

A Bissert, village du nord-ouest du Bas-Rhin, juste à côté de la Moselle voisine, 49 des 92 bulletins de vote exprimés (52.13 %) portaient le nom de Marine Le Pen. Loin devant Emmanuel Macron (9,57 %), Eric Zemmour (8,51 %) ou Jean-Luc Mélenchon (8,51 %). Etonnant ? « A chaque élection c’est pareil (….) Quand on discute ici, certains ont parfois des propos durs sur l’immigration. Juste des mots car il y avait une famille étrangère ici et ça se passait très bien. Je pense que c’est surtout une peur de l’inconnu. » (…)« On se parle beaucoup entre nous et il n’y a pas de souci. Les gens vont peu en vacances » (…)« On est comme dans un désert médical. Pour la moindre opération, c’est minimum trente minutes (Sarreguemines), et encore, il n’y a pas tout  (…) On est de la classe moyenne mais on descend toujours plus. Les courses sont de plus en plus chères, le carburant aussi… On n’a pas trop à se plaindre car on a nos maisons mais on doit faire des choix : on ne part plus trop et on limite les restaurants », détaille (une) sexagénaire, qui cumule les emplois.

« C’est le pouvoir d’achat. Les gens votent en fonction de leur porte-monnaie. Et la hausse du carburant n’a pas arrangé les choses », tranche Marie-Pierre Guérin, maire de La Meilleraye-de-Bretagne et vice-présidente de l’association de maires ruraux de Loire-Atlantique. Pour Philippe Dugravot, conseiller départemental et maire de Villepôt – 675 habitants et 31,51 % pour Marine Le Pen –, le vote RN « traduit une difficulté de la ruralité ». Les ruraux sont confrontés à « des difficultés dans leur mode de vie, de mobilité, d’accès à l’emploi », analyse l’ancien haut fonctionnaire. « Malgré la complémentarité d’actions, à tous les échelons territoriaux, des électeurs peuvent avoir un ressentiment, l’impression que leurs besoins ne sont pas assez pris en compte. »

Alors NON, il ne faut pas dire du vote Le Pen qu’il est autre chose, en grande majorité, qu’un vote protestataire, à l’instar du vote des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui reflète, aux dires de ce dernier au soir du premier tour, « un état d’exaspération » et « le sentiment d’être entrés dans un état d’urgence écologique, sociale ».

NE PAS DEBATTRE : L’erreur est de tenter de répondre au RN, comme le font certains politiques, économistes, éditorialistes ou même certaines associations intersyndicales, en l’attaquant sur son programme économique pour en conclure que celui-ci « est irrationnel ». Ce qui signifie que les programmes des autres grands partis, dont « La République En Marche », ne méritant pas une telle vigilance, ne le seraient donc pas, « irrationnels » ? Or – et c’est sans doute une nouvelle erreur de M. Macron, qui, comme en 2017, a à nouveau accepté de débattre avec Marine Le Pen mercredi soir 20 avril  – on ne débat pas avec l’irrationnel. Les électeurs de Le Pen n’ont pas voté pour un programme — quel programme ? On ne répond pas à quelqu’un qui vous insulte parce que votre voiture ne redémarre pas au feu vert : il n’y a pas à argumenter. Le programme du RN (ex-FN), c’est : « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Qui peut argumenter contre cela ? Tenter de démonter le programme du RN, c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable (1). 

La seule chose que l’on peut faire contre l’irrationnel, c’est de rappeler [à l’instar d’un ancien président de la république française] que chaque fois que l’extrême-droite a eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé ». Et d’ailleurs, qui voudrait d’un « ordre nouveau » basé sur l’active mise au ban de la société d’un groupe qui ne met pas en danger la santé ou la paix publique ?

BANALITÉ DU MAL
“Mais ce n’est pas pareil, mais ce n’est pas si grave, « elle n’est pas comme son père », « elle n’est pas vraiment dangereuse…” Or, c’est exactement pareil. 

Ne nous laissons pas tromper par la candidature radicale d’Eric Zemmour qui a fait apparaître Marine Le Pen, par contraste, comme « recentrée », tandis qu’elle a « lissé » son image, laissant tomber toute agressivité, privilégiant le pouvoir d’achat, ce qui fait passer au second plan ses propositions, pourtant inchangées, contre l’immigration et l’islamisme. Ne nous laissons pas non plus tromper par le tour de passe passe qui consiste, pour Marine Le Pen, à effacer son nom et même son prénom de ses affiches électorales, comme pour mieux se débarrasser de son héritage politique estimé encombrant, qui avait fait de son prénom une marque aussi célèbre que « frigidaire ».

Sinon, qu’est-ce que vous croyez ? Que Hitler a dit “je veux être dictateur et tuer des millions de personnes”, et que 37% des Allemands ont voté pour lui ? NON. Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ». 

En 2011, quand Mme Le Pen affirmait que « nos compatriotes juifs n’ont rien à craindre du Front national, bien au contraire”, à l’instar d’un dirigeant FN qui se voulait rassurant en 2002, en déclarant que  “Zidane n’a rien à craindre”, l’un et l’autre sous-entendent clairement que d’autres personnes ont quelque chose à craindre. Et aujourd’hui quand le chef de l’opposition RN d’un conseil municipal dit « Non, nous, on ne veut pas emmerder les musulmans », il sous-entend que d’autres seront « emmerdés ».

Et il est aisé de comprendre « que créer une différence de droit, donner des droits supplémentaires en fonction de la nationalité », comme le veut Mme Le Pen, est une façon de dire que certains seraient « plus égaux que d’autres ». Mais où commence « la différence de droit » et où s’arrête-t-elle ? La « priorité nationale », au coeur du programme RN, est-elle « christiano », « biblico », ou « évangélico-compatible », si l’on relit Jacques 2v1, qui exhorte ceux qui croient en Jésus-Christ de « ne pas faire de différences entre les gens », vu que Dieu Lui-même n’en fait pas (Deut.10v17-19) ?

D’autres disent : « Le RN, on n’a jamais essayé ».  En réalité, il est possible de voir ce que cela donne dans les municipalités RN et affiliées. 

Quant à ceux qui disent que l’on risque “d’avoir Le Pen pour cinq ans”, quelle belle naïveté ! Il n’y a pas la moindre raison pour qu’un parti autoritaire s’arrête en si bon chemin, surtout quand la réalité de son projet politique est connue.

En fin de compte, quoi faire ? Pour ma part, pour des raisons bibliques, je reste convaincu qu’il est impossible pour un chrétien de voter RN et Marine Le Pen, parce que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Ainsi, par exemple, comme le souligne ce commentaire d’Erri de Lucca de la généalogie de Jésus-Christ en Matt.1« le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore notamment Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison ». (Voir notre article à ce sujet).  

Alors oui, Macron est objectivement (et explicitement) le candidat de «Mammon», ce qui a le mérite d’être clair [n’oublions toutefois pas son « quoiqu’il en coûte » du confinement 1.0 et sa reconnaissance de ce qui est « une folie »], tandis que Le Pen avance masquée, tout en séduction, alors que la réalité est autre. Mais plus largement, la vraie question est celle-ci : quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ? Souhaitons-nous les voir grandir dans une société fermée, marquée par la peur et la haine de l’autre ? Une société marquée par un « ordre social satanique et diabolique », fondé sur l’accusation, la division et le mensonge ?

Que vaut-il mieux ? 

Pouvoir combattre certaines idées d’Emmanuel Macron ou subir l’idéologie frontiste ?

N’oublions pas que si vous estimez qu’il y a du rédhibitoire – et même du « gravement rédhibitoire », pour reprendre la formule d’un catholique naturaliste blogueur – dans chacun des deux candidats finalistes, n’oubliez pas d’inclure, parmi lesdits candidats, « monsieur Blanc » et « madame Abstention ».

Nous seuls pouvons répondre. Le mieux qui nous reste à faire, sachant que le vote est une question de choix personnel et responsable, est de 1) refuser la polarisation, les discours partisans et clivants, pour nous encourager à veiller à l’unité en Jésus-Christ 2) « lever le nez » des discours et des unes haineuses de certains périodiques brandissant la peur de « l’invasion migratoire » et du « grand remplacement » pour mieux se replonger dans les Ecritures, Parole de Dieu, 3) prier et 4) chercher à exercer notre discernement, le tout dans l’humilité.

D’après http://rdereel.free.fr/NON.pdf

Lire une réponse alternative ici.

Notes :

(1) Banaliser les discours de l’extrême droite est la meilleure façon de faire gagner Marine Le Pen. La recherche en psychologie sociale suggère que, pour la contrer, il faut cesser de reprendre ses thèmes. Lorsque nous voyons un(e) responsable politique donner de l’importance aux idées de Marine Le Pen, cela nous renseigne inconsciemment sur ce qu’il est légitime de faire. À long terme, la reprise des idées de Marine Le Pen ne sert pas celui/celle qui les reprend, mais favorise la prolifération de ces idées… et, au final, Marine Le Pen.  En donnant de l’importance à Marine Le Pen, en dialoguant avec elle, on la pose comme un interlocuteur respectable. Ce faisant, on légitime ses idées. Ce comportement, le fait simplement d’être en face d’elle dans une émission télévisée, est beaucoup plus parlant que n’importe quel discours. Parler à Marine Le Pen pour attaquer ses idées, c’est d’abord reconnaître que c’est un adversaire valable. Le Président Chirac l’avait bien compris, lui qui avait refusé un débat télévisé entre les deux tours de l’élection de 2002.

« La paix soit avec vous : comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20v21)

« La Semaine sainte » (« Piqué » sur le compte twitter du « webpasteur » Gilles Boucomont, 29/03/21)

« Le SEIGNEUR est roi.
Que la terre exulte,
que tous les rivages se réjouissent ! »
(Psaume 97v1)

Parole du jour

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité » (Luc 24v5-6).

Méditation

« C’est bien vrai ! Le Seigneur est Ressuscité ! » (Luc 24v34) Il est réellement ressuscité ! Alléluia ! C’est la grande salutation pascale de l’Eglise chrétienne qui résonne tout au long de l’histoire. Ce que la mort pouvait faire de pire a été fait. La destruction la plus totale qu’elle pouvait imaginer a été accomplie. Et maintenant Dieu a répondu dans l’obscurité de nos peurs, au silence de nos attentes. Dieu a parlé et la Parole faite chair a été relevée de la mort. Nous ne comprenons pas comment, mais « Christ est ressuscité, Alléluia ! Il est vraiment ressuscité, Alléluia ! »

Prière

Fais entendre ta parole de résurrection à ceux dont les espoirs sont morts, ceux dont l’avenir a été dérobé, ceux dont les vies sont vides. Rassemble le peuple de Pâques, et envoie-nous dehors, dans ton monde, comme tu as envoyé le Christ. Envoie ton Esprit de mission sur l’Eglise, et particulièrement sur ceux qui reçoivent le baptême aujourd’hui. Que la Parole que tu as prononcée le jour de Pâques résonne aujourd’hui et mène ta création vers une vie nouvelle et vers l’unité en toi, par Jésus le Christ, notre Seigneur ressuscité.

(D’après Sheppy, Paul. Chaque matin, chaque soir : un compagnon pour la prière quotidienne. Editions Olivétan, 2011, p 88)

A tous les abandonnés

« Quand je suis abandonné, quand je vois que d’autres sont rejetés, ma seule espérance est de me tourner vers Jésus, l’abandonné »
(Source image : public domain pictures)

« Comment rendrai-je au SEIGNEUR tous ses bienfaits envers moi ? Je lèverai la coupe du salut et j’invoquerai le nom du SEIGNEUR » (Psaume 116v12-13)

Parole du jour : 

« Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? » ce qui signifie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15v34)

Méditation

Voici ce qu’a coûté le salut du monde. La grâce est gratuite, mais elle n’est pas bon marché. Jésus, qui durant toute sa vie a vécu dans la présence de Dieu, meurt avec le sentiment que Dieu s’est éloigné. La mort de Jésus est la mort de tous ceux qui se sent trahis, abasourdis, perdus sans aucun espoir. Quand je suis abandonné, quand je vois que d’autres sont rejetés, ma seule espérance est de me tourner vers Jésus, l’abandonné.

Prends la décision aujourd’hui d’abandonner quelque chose de valeur et qui compte pour toi. Donne à cette oeuvre de bienfaisance plus que tu n’avais envisagé. Donne le temps qu’il faudra à cette personne qui va prendre de ton précieux temps plus que tu n’aurais souhaité. Laisse à quelqu’un la place que tu voulais, la priorité que tu voulais, et que tu méritais.

Prière

Dieu souffrant, garde-moi attentif aujourd’hui aux besoins de ceux qui se sentent dupés et perdus. Préserve-moi des paroles bon marché et des gestes vains. Donne-moi le courage d’aller au-delà de mes certitudes confortables et ainsi de m’abandonner à toi afin de pouvoir apporter réconfort et confiance à ceux qui sont délaissés, et sans ressources, par Jésus le Christ, notre Seigneur crucifié.

(D’après Sheppy, Paul. Chaque matin, chaque soir. Un compagnon pour la prière quotidienne. Editions Olivetan, 2011, p 84)

« On n’échappe pas à l’amour » : l’exposition immersive de Pâques

Source visuel de l’expo immersive de Pâques : Temple du Marais, Paris

« On n’échappe pas à l’amour » : « Habituellement, on dit qu’on n’échappe pas à la mort  (c’est le lot de toute l’humanité) mais pour le chrétien, il y a une autre perspective avec la passion et Pâques, c’est qu’ultimement nous n’échappons pas à l’amour de Dieu. C’est sa grâce qui nous sauve… ».

C’est ce que m’explique fin mars Caroline Bretones, Pasteure du temple du Marais (Paris), que je remercie, tout en me présentant un projet particulièrement original :

« On n’échappe pas à l’amour » est le titre d’une exposition immersive qui aura lieu les vendredi 15 et samedi 16 avril au Temple du Marais, à Paris, et une manière de faire réfléchir au sens de Pâques.

Par là même, la paroisse protestante, initiatrice et organisatrice du projet, nous invite à découvrir les évangiles dits de la passion. L’expo est conçue comme un cheminement existentiel et spirituel à travers les différentes étapes qui ont mené le Christ au tombeau, du temple de Jérusalem au Mont Golgotha où il fut crucifié.

 « Le projet est venu au cours d’une réflexion sur « comment vivre différemment les temps forts de la semaine sainte ? », me raconte encore Caroline Bretones. « L’an dernier, nous avions réalisé deux vidéos, l’une pour le jeudi saint et le dernier repas, l’autre pour le vendredi saint (lecture méditative et musicale).

Cette année, nous avions envie de vivre quelque chose de différent et de faire en sorte de pouvoir inviter largement, d’où l’expo.

On s’est vite aperçus que le temple se prêtait merveilleusement à un tel projet : le parcours que nous [une équipe de théologiens et d’artistes] avons conçu part du temple (juste après que Jésus a chassé les marchands), et se poursuit dans les différents espaces (choeur, grande sacristie, courettes, crypte, petite crypte) jusqu’à aboutir dans la petite loge attenante au temple qui donne sur la rue… Les gens ne se croiseront à aucun moment ! Nous avons imaginé aussi une bande son [réalisée par Estienne Rylle] qui accompagnera les visiteurs dans chaque espace pour favoriser le côté « immersif », ainsi que le livret qui donnera accès aux textes bibliques et à des petites méditations sur chaque scène. Nous avons aussi bénéficié de la créativité de nos artistes pour imaginer les mise-en-scènes ».

Le parcours à travers les différentes pièces « s’est imposé d’emblée », « de telle sorte que cela forme un vrai cheminement, qui va du chaos dans le temple (surabondance d’objets divers) au dépouillement extrême de la petite crypte qui représentera le tombeau. Nous avons ensuite travaillé à partir des textes bibliques que nous avons relus ensemble avec les artistes. Chacun est venu avec ses idées, des propositions de mise en scène, des impressions, des images. Idem pour la bande son. Nous avons fait des choix ».

Le temple du Marais souhaite « inviter largement », au-delà de la paroisse et du « cercle chrétien ». Mais comment quelqu’un, qui ne s’estime « pas croyant », ou même « sans culture biblique » (pour ne pas dire « religieuse »), peut-il se sentir concerné et entrer dans ce parcours immersif ? Et comment peut-il espérer en ressortir ?

« Notre principale cible cette année, ce sont justement ceux qui ne sont pas familiers des églises et de tout ce que représente la semaine sainte », précise encore Caroline Bretones. « Nous profiterons du fait que notre bâtiment attire le regard et que les gens ont spontanément envie d’y entrer pour visiter…

A partir de là, nous parions sur le fait que les mise en scènes et le livret vont leur permettre de vivre quelque chose de fort spirituellement. Et pourquoi pas, leur donner envie de venir célébrer Pâques le dimanche !! »

Merci, Pasteure Caroline Bretones, pour ce projet et pour toutes vos explications !

Chers lecteurs, à vous de jouer ! Et en vous souhaitant une « Joyeuse Pâques immersive » ce week-end !

En bref : 

 « On n’échappe pas à l’amour » : exposition immersive de Pâques

Lieu : Temple du Marais, 17 rue Saint Antoine 75004 Paris

Horaires de l’expo :

Vendredi 15 avril de 15h à 21h.

Samedi 16 avril de 11h à 17h.

Suivi d’un Culte de Pâques au temple du Marais, dimanche 17 avril 10h30 et 17h30 (culte en ligne : 10h25)

La vidéo de l’expo

Le parcours :

1er espace : La purification du temple

Lire : Marc 11, 15-19

Réflexion :

– Est-ce qu’il y a des choses qui encombrent ma vie aujourd’hui ?

– Y a-t-il des soucis ou des préoccupations que j’ai envie d’abandonner maintenant ?

2ème espace : Le dernier repas

Lire : Luc 22,7-22 et 33-34

Réflexion :

– Que représentent pour moi ce pain et ce vin ?

– Est-ce que je me sens invité(e) à cette table ?

3ème espace : Gethsémani

Lire : Marc 14, 32-52

Réflexion :

– Quels sont mes combats, mes résistances ?

– Est-ce que, moi aussi, j’ai du mal à prier, ou simplement à me tourner vers Dieu ?

4ème espace : Le reniement de Pierre

Lire : Luc 22, 54-62

Réflexion :

– Quel est le regard qui compte le plus pour moi : mon propre regard, celui des autres ou celui de Dieu ?

5ème espace : Le procès

Lire : Jean 18, 29-38 et 19, 4-16

Réflexion :

– Qui accuse ? Qui est accusé ? Quels sont les chefs d’accusation ?

– Quelle est la vérité qu’on veut faire taire ici ?

6ème espace : Les outrages

Lire : Mathieu 27, 27-31

Réflexion :

– Quel est mon rapport à la violence, au mépris, au désir de revanche ?

– L’amour a-t-il encore son mot à dire ?

7ème espace : La crucifixion

Lire : Luc 23, 26-49

Réflexion :

– Je regarde ma vie : y a-t-il des défaites qui sont devenues des victoires ?

– Qu’est-ce qui me submerge ici ?

8ème espace : La mise au tombeau

Lire : Marc 15, 42-47

Réflexion :

– Dieu est-il absent ou présent ou maintenant ?

La mort recouvre tout, tel ce drap qui recouvre le sol de la crypte.

Mais où est la tombe ? Où est le corps de Jésus ?

Quelque chose nous échappe. Ou nous saisit.

Nous devons traverser encore ce mystère, marcher sur la mort pour aller vers la lumière.

Quand « changer de régime » devient une nécessité face à l’infobésité

A quoi rends-tu ton cerveau « disponible » ?

Un article de « Jo », notre plume invitée, que je remercie !

Lorsque j’étais enfant, mes parents regardaient les infos et lisaient la presse quotidienne de manière plutôt assidue. Ils étaient au courant des infos locales et internationales et cela faisait partie de la culture familiale, d’être au courant de ce qui se passait autour de nous.

J’avoue avoir été contaminée par ce virus de l’information !

Cependant, depuis quelques années, je me sens trop sollicitée : les informations à portée de main, de clic, de swipe, défilent sans cesse grâce à la technologie. C’est super de pouvoir être au courant des évènements nationaux et internationaux quasi en temps réel.

Mais il s’agit, de mon point de vue, d’une évolution à double tranchant : l’exposition constante aux flux de nouvelles est aussi parfois source d’angoisse, surtout lorsque les nouvelles sont essentiellement négatives (repensez au premier confinement !).

Par ailleurs, il est difficile de savoir à quelle source s’abreuver tellement l’offre informationnelle est substantielle !

Aujourd’hui, avec un smartphone, je peux animer un podcast, produire des clips et vidéos, faire des directs via les réseaux sociaux. Je peux même ajouter des filtres, des effets, et embellir, voire modifier la réalité pour les regards non avertis…bref : n’importe qui pourrait s’autoproclamer journaliste ou “informateur” via internet, sans forcément passer un diplôme ou être affilié à un média reconnu pour son travail d’investigation.

Avec la pandémie covid, la guerre en Ukraine et les élections présidentielles qui se sont superposées, il est devenu capital pour moi de faire le tri entre les informations avérées et les fausses, entre les buzz éphémères et les sujets méritant une attention plus importante.

J’ai pour cela accepté un défi au détour d’une publication de Pep’s café ! : tester le “slow media” Brief.me(1) pendant 30 jours.

Je préfère le dire tout de suite : j’ai beaucoup aimé pour plusieurs raisons, et me suis même abonnée!

Tout d’abord, la sobriété de la newsletter et du traitement de l’information: pas de pub, pas de liens qui clignotent dans tous les sens. Juste l’essentiel, avec un ton neutre et sans agenda caché. A l’heure où la publicité sponsorise énormément de médias, je trouve leur parti pris courageux et très agréable pour la lectrice que je suis. Cela m’encourage à lire de façon plus concentrée.

Ensuite je sens, en lisant ou en écoutant les informations, que des journalistes ont vraiment travaillé les sujets. C’est flagrant dans leur rubrique “Panorama” qui regroupe des articles de fond sur des grands thèmes d’actualité. En les consultant, je ressors toujours “nourrie” : ce n’est donc pas du “fast food journalistique”.

Je n’ai pas peur de ressortir une information de Brief.me car je sais que des personnes se sont assuré qu’elles étaient véridiques. L’exactitude des informations m’est très chère.

Autre point apprécié : une forme de collaboration avec les lecteurs. Tous les mercredis, nous pouvons voter pour choisir le thème qui sera développé dans l’édition du week-end. Bien que je ne sois pas toujours dans la majorité, je trouve cette proposition originale et lorsque mon choix est le majoritaire, je lis l’édition du samedi avec d’autant plus d’attention!

Enfin, j’aime bien le côté “slow” de l’expérience.

Attendre 18h30 tous les soirs pour être informée sur la journée et savoir ce que seront des nouvelles de qualité (et sans parti pris catastrophiste!) me libère et me repose.

Je ne suis plus obligée de subir les avalanches de nouvelles et de notifications au fil de la journée, ni de passer trop de temps à trier le fil d’info 24/24 pour en extraire les sujets de fond. Je peux faire confiance au contenu de Brief.me pour ne pas orienter ma manière de penser, mais au contraire pour m’apporter assez d’éléments pour m’instruire et m’aider à faire des choix “informés”.

Je crois par ailleurs que c’est un bon exercice, dans nos vies sans répit, que de choisir de ralentir et patienter. Mon cerveau, fréquemment stimulé par des futilités, m’en remercie.

Sinon, « question existentielle » : vais-je rater des informations si je ne vérifie pas mes notifications?

Comme dirait une amie: « si c’est vraiment très important et critique, cela arrivera à tes oreilles quand même ». Il est vrai que, le 11 septembre 2001, je n’avais pas internet à la maison ni sur le téléphone, mais j’ai très vite su ce qu’il s’était passé à New York.

NB: Il en est de même pour les buzz et autres news people : elles finissent par arriver à nos oreilles ou sur nos écrans sans devoir trop les chercher. Par exemple, si je vous parle d’un scandale récent aux Oscars, il est fort probable que vous sachiez que je fais référence à une gifle devenue un meme célèbre en l’espace de quelques heures.

Par contre, dès qu’il s’agit de travail de recherche, d’une ligne non partisane, ou de sujets informatifs, éducatifs et avec du sens…vous devrez vous donner les moyens de les trouver !

Mais pourquoi insister autant sur la qualité de l’information et des sources ?

A l’ère du deep fake, et des fameuses fake news, l’information est un vrai enjeu :

Fausse, elle peut parasiter la vie entière d’individus, de groupes et même de pays entiers : elle est dans ce cas au service de la manipulation et du mensonge et engendre toujours plus de division.

Cela ne va pas sans rappeler l’oeuvre du Malin depuis Eden et jusqu’aujourd’hui : nourrir le doute et la suspicion, tromper, diviser. En tant que chrétienne, je crois qu’il est de mon devoir de résister activement à cette entreprise de mensonge et de division.

Comment faire ?

L’une des premières actions dans ce sens, c’est de m’assurer que moi-même je ne propage pas de faits non avérés ou de mensonges : balayer devant ma porte en priorité, faire du tri dans les sources d’information que je consulte.

Une autre action est de m’interroger sur mes motivations et leurs conséquences : dans quel but suis-je en train de relayer une information? Quel en sera le fruit pour celui ou celle qui va la recevoir, et pour moi?

Une troisième action serait de me former un peu à la détection des fausses informations, afin de progresser en vigilance, car nul n’est à l’abri un jour de se faire berner. Cela m’est arrivé plusieurs fois. Je pense que personne n’est imperméable à 100% aux fake news.

En même temps que je résiste activement à la division, je peux aspirer à adopter un positionnement pour la vérité (ce qui est vrai), l’unité, et la confiance : somme toute, un positionnement généré par l’Esprit Saint en nous !

Puisse-t-Il nous éclairer en toute chose et conduire nos choix “informatifs”, dans cette époque si spéciale que nous vivons et dans ce combat contre la désinformation.

De notre plume invitée : Jo est ingénieure, amatrice de réflexion, de lecture et discussions pour refaire le monde (dont l’Eglise!)  entre amis et en famille. 

Note :

(1) Brief.me se présente comme « un slow media » proposant “moins de contenu, mais plus de sens sous une forme épurée sans publicité.”

C’est un media également indépendant, sans intérêt politique ni de défense de telle ou telle tendance. Leur ambition: informer leurs lecteurs en faisant du travail de recherche et vérification sur chaque sujet abordé. L’équipe a également le souci d’apporter du sens.

Cela peut sembler évident mais force est de constater que les uns les autres nous relayons aujourd’hui beaucoup d’informations via des messageries et autres réseaux sociaux sans jamais se demander: “c’est vrai ça? qui en est à l’origine?”

Brief.me fait le choix de traiter régulièrement certaines thématiques: entre autres, l’écologie, la technologie et le numérique, l’international. Elles semblent importantes aux journalistes de l’équipe.

Brief.me c’est une lettre de nouvelles, tous les soirs à 18h30 (disponible en version audio également) sauf samedi matin.

Il est possible de tester Brief Me gratuitement pendant 30 jours ici.