La vraie jouissance

« Plaire à Dieu », c’est simple comme un verre d’eau ! (Source image : public domain pictures)

« Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes…. » (Ps.51v16)

« Discernez ce qui plaît au Seigneur » (Eph.5v10)

« La vraie jouissance n’est pas dans ce dont nous jouissons, mais dans l’idée que nous nous en faisons. Si j’avais pour me servir un esprit obséquieux qui m’apporte, quand je lui demande un verre d’eau, une coupe remplie d’un délicieux mélange de tous les vins les plus rares du monde, je le mettrais à la porte, jusqu’à ce qu’il apprenne que la vraie jouissance n’est pas dans ce dont je jouis, mais dans ma volonté exaucée. » (Kierkegaard. Ou bien…Ou bien…. Gallimard, 1943, p 27)

« Ma nourriture », dit Jésus, «  c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4v34)

« Le savant et son cocher », précédé du « tireur d’élite » ou « Deux histoires, sinon rien », pour parler autre chose que du Coronavirus

Albert Einstein, tirant la langue à celui qui lui tire le portrait…(photo prise sur le vif par Arthur Sasse de l’United Press International, le 14 mars 1951)

Ionesco nous livrait son « journal en miettes » – racontant, non pas chaque jour ce qui arrive, mais chaque jour ce qui n’arrive pas – et Kierkegaard ses « miettes philosophiques », avec cette problématique : « la vérité peut-elle s’apprendre ? »

Mon camarade et confrère blogueur, Eric Lemaître, nous partage, quant à lui, sa propre réflexion sur notre « monde mis en pièces », à mille lieux du pessimisme des « jeux de massacre » de Ionesco, et se référant à Esaïe 26v20, texte biblique que le grand rabbin M. Haïm Korsia nous invite à méditer : « Va, mon peuple, rentre chez toi et ferme sur toi les deux battants. Cache-toi un instant, le temps que passe la colère. »

Pour ma part, vous me pardonnerez, je l’espère, ce choix éditorial de vous donner autre chose à lire que le coronavirus, pour le week-end. Et comme l’on m’a souvent demandé pourquoi je ne publiai pas souvent des « blagues » sur le blogue, en voici, non une, mais deux :

« Sur un mur, il y a des trous faits par des projectiles parfaitement tirés au centre de petits cercles. Un tireur d’élite, de passage, est surpris et demande qui est capable d’une telle précision. On lui dit que c’est un enfant borgne qui les fait. Le tireur va le féliciter et lui demande qui lui a appris à si bien viser.

Personne, répond l’enfant. D’abord, je tire sur le mur et puis je dessine les cercles ».

En voici une autre :

« Il y a très longtemps, un savant, spécialiste d’un sujet, qu’il est inutile de préciser, est recherché et invité dans un grand nombre de beaux endroits. Partout, l’accueil est enthousiaste. Un jour, son cocher lui demande une faveur : échanger une seule fois leurs vêtements et leurs rôles, pour ressentir lui aussi ce que veut dire être acclamé. Le savant a le sens de l’humour et accepte, imaginant ce qui se passera pour le cocher une fois sur scène.

Arrivés là où ils sont attendus, le public applaudit le chauffeur vêtu avec élégance. On l’accompagne sur scène avec les honneurs qui lui sont dus. Dans un coin de la salle, le savant habillé en cocher savoure à l’avance la suite.

Celui qui est chargé de mener le débat adresse au cocher une première question, compliquée, spécifique et de nature controversée. Le cocher réagit avec un air contrarié, puis fâché. Il répond qu’il s’attendait à des questions bien plus ardues, alors que, pour une affaire aussi élémentaire, il suffit d’appeler son cocher au fond de la salle pour avoir la réponse. »

Histoires tirées de « Le Tour de l’oie », d’Erri de Luca. Gallimard, 2019 (Du monde entier), pp 156-158

Demain ne nous appartient pas

« Serais-tu le maître de l’aube ? », demande Dieu à Job. Une question toujours d’actualité….(Source image : public domain pictures)

Le saviez-vous ? Les séries se trouvent, elles aussi, impactées par la crise sanitaire mondiale, et donc contraintes d’interrompre leur tournage. Entre autres, « Demain nous appartient », dont la diffusion est suspendue depuis lundi 23 mars.

Où l’on découvre, avec stupeur, que « demain ne nous appartient pas »….

Coronavirus : et si demain, votre église était « empêchée » de se réunir ?

« Et si votre Eglise était empêchée de se réunir ? Plus de programmes/de réunions, mais davantage de temps pour les contacts interpersonnels et les rencontres en tête à tête…. »( Source : Pixabay)

Quelle est la priorité dans notre église ? « La vigne » (Les personnes et le progrès de l’Evangile) ou son « treillis » (les structures et les programmes) ? C’est à partir de cette image parlante que Colin Marshall et Tony Payne nous proposent une réflexion dérangeante, voire limite provocatrice, mais dans un soucis constant de fidélité scripturaire, dans un ouvrage(1) paru aux éditions clés en 2014, et, pour ma part, lu il y a 4 ans environ.  Ce livre garde toute sa pertinence aujourd’hui, nous encourageant à nous concentrer sur « l’essentiel dans l’église » : consacrer du temps dans la formation de personnes pour les rendre aptes à travailler à leur tour dans « la vigne » – témoigner, accompagner, visiter et aider d’autres à grandir….

Ce type de priorité conduit les communautés à réfléchir, par et pour elles-mêmes, aux changements radicaux à envisager. Pour nous aider à faire le premier pas, et en guise de conclusion, les auteurs nous invitent à imaginer « une situation inattendue » (2) qui pouvait l’être au moment de la parution de leur livre, mais qui prend une soudaine actualité en ce moment.

Imaginons donc  la chose suivante : « au moment où nous écrivons ces lignes, les premiers signes inquiétants d’une pandémie de grippe porcine font les gros titres des bulletins d’informations partout dans le monde [actuellement, c’est le coronavirus]. Imaginez que la pandémie atteigne votre région et que, par mesure de prévention et de santé publique, tous les rassemblements de plus de trois personnes soient interdits par arrêté gouvernemental pour une durée de dix-huit mois. Comment votre communauté de 120 [300, 500 ou +] membres pourrait-elle continuer à fonctionner sans rencontre régulière d’aucune sorte dans les locaux de l’Eglise, ni groupes de maison de plus de trois personnes ? »

Cela serait-il un drame ? Pas forcément, soulignent les auteurs, suggérant des pistes nouvelles.

« Si vous étiez le pasteur, que feriez-vous ? Vous enverriez régulièrement lettres et courriels aux gens sous votre responsabilité, vous téléphoneriez, vous enregistreriez un podcast. Mais comment le travail régulier d’enseignement, de prédication et d’accompagnement pastoral serait-il assuré ? Comment la communauté serait-elle encouragée à persévérer dans l’amour et dans les œuvres bonnes en des circonstances si éprouvantes (….) ? » [sans compter les cultes hebdomadaires, les réunions de prière/de louange et toutes les activités périphériques nombreuses et variées]. Il n’y aurait plus de réunions (…), plus de cours (…). Plus rien.

Bien sûr, vous pourriez revenir à l’ancienne pratique (sic) des visites des membres de votre communauté de maison en maison et faire du porte à porte dans votre quartier, à la recherche de nouveaux contacts, mais comment, en tant que pasteur, rencontrer et enseigner chacun des 120 adultes de votre communauté, sans compter leurs enfants et les nouveaux contacts rencontrés lors du porte-à-porte ? Vous auriez besoin d’aide. Vous commenceriez par rencontrer [ou passer du temps] régulièrement [avec une dizaine de personnes] parmi les plus mûr(e)s de votre communauté [les membres du conseil spirituel/d’église/conseil presbytéral seraient déjà prioritaires], deux par deux, pendant les deux premiers mois, tout en restant en relation avec les autres par téléphone, par courriel [ou tout autre moyen de communication à distance]. Vous formeriez [ou chargeriez, si elles sont déjà formées] ces personnes] pour [l’accompagnement pastoral de leur propre famille et la formation régulière de deux ou trois personnes à faire de même]. Pendant que ce travail relationnel battrait son plein, vous choisiriez un autre groupe de personnes à former [par exemple, pour le suivi de nouveaux contacts].

Les contacts interpersonnels et les rencontres en tête à tête seraient nombreux. Toutefois, il n’ y aurait ni cultes à assurer, ni comités, ni rencontres du conseil d’église, ni séminaires/réunions/programmes, ni groupes de maison – en fait, aucune activité de groupe à gérer, ni événement à organiser, ni fonds à trouver [le pied !]…..seulement un enseignement personnel et une formation [de « disciples faiseurs de disciples »] qui se poursuivraient malgré tout ».

Et les auteurs de conclure par « la question vraiment intéressante » : au bout des dix-huit mois, une fois la situation « revenue à la normale » et l’interdiction gouvernementale levée, les programmes et autres activités de l’église doivent-ils nécessairement repartir de plus belle ? Que ferions-nous différemment ?

La balle est dans notre camp. Mais n’attendons pas une épidémie/pandémie pour y réfléchir !

 

Pour aller plus loin encore, à lire sur Pep’s café! : Comment décourager/favoriser l’engagement bénévole des « laïcs » ?

 

 

 

Notes : 

(1) Marshall, Colin et Payne, Tony. L’Essentiel dans l’Eglise : apprendre de la vigne et de son treillis. Editions Clé, 2014 (Collection Réflexions IBG). Disponible ici ou dans toutes les bonnes librairies. Voir également ces recensions de l’ouvrage ici ou .

(2) op. cit., pp 179-180

Sommes-nous déjà dans « Eumeswil », la contre-utopie « sans espérance » et « sans croyance » ?

« Eumeswil », la contre-utopie : y sommes-nous déjà ?

« Eumeswil » est un roman – « du détachement et de la lucidité », d’après sa quatrième de couverture – d’Ernst Jünger (1895-1998), publié en 1977.

L’État universel s’est déjà réalisé et disloqué en un archipel de petits États, dont Eumeswil, une cité utopique ou contre-utopique. Car « Eumeswil est peuplé d’individus auprès de qui aucune idée, aucune valeur, aucune forme de pensée complexe n’est prise au sérieux, ni tenue en quelque estime », souligne le naturaliste blogueur [ça existe]« Phylloscopus » dans une fine analyse dont je recommande la lecture. Cette cité-Etat est dominée du haut de la Casbah par un tyran appelé le Condor. Ce dernier méprise les braves démocrates d’Eumeswil, leurs réunions qu’ils croient secrètes, leurs bavardages inefficaces.

Le narrateur, Martin, alias Manuelo Venator, est un jeune historien qui travaille toutes les nuits comme steward à la Casbah : il devient ainsi le contemplateur privilégié des puissants, admis dans la «zone interdite». Plutôt qu’un roman, « Eumeswil » est la radiographie de cette étrange cité par ce non moins étrange observateur.

« Pourquoi se plonger dans cette œuvre bizarre [lue il y a une vingtaine d’années en fac d’histoire], à l’écriture alambiquée, et jamais rééditée en français ? »(1), nous questionne « Phylloscopus » ?

« Vous l’avez deviné », répond-t-il : « parce qu’Eumeswil est tout près de nous ».

Qu’est-ce donc qu’Eumeswil ? Une cité-Etat « décadente », marquée par « le marché libre, le soft power et le relativisme cynique absolu », où il n’y a « point d’espérance, de transcendance, ni même de pensée », et où « les hommes se complaisent à ne plus croire en rien de tout cela ; y triomphe la figure – non pas de l’anarchiste, luttant contre toute forme de pouvoir et de loi – mais de l’anarque, incarnée par le narrateur ». L’anarchiste est à l’anarque, selon l’auteur, ce que le monarchiste est au monarque. « C’est un observateur réticent qui « connaît la loi, sans la reconnaître » et a « banni la société de lui-même ». Il ne combat pas le pouvoir : il en prend acte, mais s’en extrait par une absolue liberté d’esprit [Lui aussi dédaigne lui aussi les amis du peuple, les opposants, plus ou moins manipulés par la police]. Il n’en vit pas moins au cœur de cette société qu’il bannit de lui-même, et bénéficie de ses ressources. Posture sans issue, et d’ailleurs le narrateur finira par accompagner le dictateur dans une expédition-suicide…… »

« Sans idées », Eumeswil est aussi une cité « sans Histoire », où « le temps semble y être arrêté ou devenu cyclique, bien que « les catacombes » y injectent un certain progrès technique, qui ne remet plus rien, fondamentalement, en cause….. Eumeswil pourrait bien préfigurer la quintessence de notre siècle, dans la perfection aboutie d’une cellule, carrée, peinte en blanc, proprette, éclairée d’un néon bien aux normes, et murée ». Or, un prisonnier peut-il se dire libre parce qu’il fait ce qu’il veut dans sa cellule ?

Y sommes-nous déjà ? Comment en sortir ?

Lire la suite pour le savoir….

 

 

 

 

Note : 

(1) Edition La Table ronde, collection Vermillon, ou Gallimard, Folio

 

 

 

 

 

 

« Vous n’avez qu’un seul guide, le Christ »

En quête de sens ? Vers qui se tourner ?

« Mais vous, ne vous faites pas appeler “rabbi”, car vous êtes tous égaux et vous n’avez qu’un seul maître. N’appelez personne sur la terre votre “père”, car vous n’avez qu’un seul père, celui qui est au ciel. Ne vous faites pas non plus appeler “guide”, car vous n’avez qu’un seul guide, le Christ. », dit Jésus (Matt.23v8-10)

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles qui donnent la vie éternelle » (Jean 6v68)

Le drame serait que l’on vienne nous voir, nous chrétiens, notamment engagés dans des services d’accompagnement spirituel/de « relation d’aide », comme on va voir un « gourou » ou « un marabout » (aujourd’hui, on dirait : « un homme de Dieu » ou « un saint homme »), à l’instar de ce personnage décrit par La Bruyère dans ses « caractères » :

Irène se transporte à grands frais en Épidaure, voit Esculape dans son temple, et le consulte sur tous ses maux. D’abord elle se plaint qu’elle est lasse et recrue de fatigue ; et le dieu prononce que cela lui arrive par la longueur du chemin qu’elle vient de faire. Elle dit qu’elle est le soir sans appétit ; l’oracle lui ordonne de dîner peu. Elle ajoute qu’elle est sujette à des insomnies ; et il lui prescrit de n’être au lit que pendant la nuit. Elle lui demande pourquoi elle devient pesante, et quel remède ; l’oracle répond qu’elle doit se lever avant midi, et quelques fois de se servir de ses jambes pour marcher. Elle lui déclarer que le vin lui est nuisible : l’oracle lui dit de boire de l’eau ; qu’elles a des indigestions : et il ajoute qu’elle fasse la diète.

« Ma vue s’affaiblit, dit Irène. Prenez des lunettes, dit Escupale. Je m’affaiblis moi-même, continue-t-elle, et je ne suis ni si forte ni si saine que je l’ai été. C’est, dit le dieu, que vous vieillissez. 

Mais quel moyen de guérir cette langueur ? 

Le plus court, Irène, c’est de mourir, comme on fait votre mère et votre aïeul. 

Fils d’Apollon, s’écrit Irène, quel conseil me donnez-vous ? Est-ce là toute cette science qui vous fait révérer de toute la terre, Que m’apprenez-vous de rare et de mystérieux, et ne savais-je pas tous ces remèdes que vous m’enseignez ? 

Que n’en usiez-vous donc, répond le dieu, sans venir me chercher de si loin, et abréger vos jours par un long voyage ?

[La Bruyère. Les Caractères, « De l’homme », 35. GF, 1994, pp 271-272]

 

Dans le même ordre d’idée, voici ce qu’il est possible de répondre à ceux qui nous demandent « de prier pour eux ».

 

 

« Interview avec Dieu » : un film sage

Avant de pouvoir parler « directement » à Dieu via l’interview, le journaliste, diplômé en théologie, est formé pour parler de Dieu, mais sera-t-il capable de parler à Dieu, de le tutoyer, de l’interpeller…?

« Rentré d’un reportage en Afghanistan, Paul Asher a du mal à surmonter les séquelles de cette expérience. Son mariage est en perdition et sa foi est mise à l’épreuve, lorsqu’il se voit proposer une interview avec un homme qui prétend être Dieu. Si vous pouviez interroger Dieu, quelles questions lui poseriez-vous ? »

 

Vu récemment, « interview avec Dieu » est un film original par son sujet et plein de promesses, sans être nécessairement LE film à voir absolument au cinéma. Mais il aura réussi l’exploit de faire se déplacer en salles, un dimanche après-midi, un public majoritairement chrétien, certains habitués aux standards hollywoodiens, pour voir un film, certes bien joué, mais antispectaculaire au possible, et en VOST, qui plus est.

Ceci dit, « interview avec Dieu » s’avère plutôt décevant sur le fond et le choix du point de vue de Paul Asher, personnage principal de journaliste croyant, ne garantit pas l’identification du spectateur. Celui-ci, quoiqu’en « crise », est déjà acquis à l’existence de Dieu. Comble pour un journaliste professionnel, ses questions bien « trop sages » ne « malmènent » pas trop « le personnage de Dieu », lequel apparaît dans le film comme un père bienveillant en costume cravate, non dénué d’humour, mais plutôt consensuel.

De là cette question : pour qui ce film est-il ? A qui s’adresse-t-il ? Pour celui « qui se croit croyant », aurai-je envie de répondre.

En effet, le film nous invite à réfléchir sur ce qu’est être croyant, pointant deux obstacles majeurs nous empêchant de l’être vraiment : l’incapacité à parler à Dieu et de pardonner [la surprise du film vient de l’identité de qui doit pardonner à qui].

Ainsi, la foi est présentée dans le film comme un don de Dieu et « un processus » : le croyant est donc celui qui renouvelle sans cesse son acte de foi, de croyance (envers Dieu), qui le renouvelle régulièrement – sinon tous les jours – avec l’insistance du participe présent : « croyant »(1).

Le « croyant » est aussi celui qui sait s’adresser à Dieu et ne saurait s’étonner que Dieu puisse répondre à sa prière (2), à l’inverse de Paul Asher !

Avant de pouvoir parler « directement » à Dieu via l’interview, le journaliste, diplômé en théologie, est sans doute formé pour parler de Dieu, mais se montre incapable de s’adresser vraiment à lui, de le tutoyer, de l’interpeller, ne serait-ce pour récriminer ou blasphémer, comme le fait Job.

Paradoxalement, là est sans doute la limite du film (mais aussi sa force involontaire ?) pas tout à fait réussi, en nous donnant à voir cette incapacité. Et rarement sous-titre n’aura été aussi ironique : « Si vous pouviez interroger Dieu, quelles questions (meilleures que celles posées par le journaliste dans le film)  lui poseriez-vous ? »

 

En résumé :

Interview avec Dieu, de Perry Lang (USA, 2018). Avec Brenton Thwaites, Yael Grobglas, Charlbi Dean Kriek , David Strathairn. Distribué par SAJE.

Note d’intention du scénariste
Ken Aguado, scénariste et producteur du film a témoigné des raisons qui l’ont poussé à écrire et produire Interview avec Dieu.

« C’est la 1ère fois que j’écrivais un scénario, et probablement comme beaucoup de scénaristes débutants, je voulais écrire quelque chose de marquant, qui soit le fruit du coeur. J’ai été inspiré après un voyage en Israël. J’avais des idées très précises sur ce que je voulais aborder, alors j’ai voulu être authentique dans mon écriture. J’ai écrit mon script en six semaines environ, principalement pendant la période de Thanksgiving jusqu’au nouvel an où le travail est plus calme.

Je suis un professionnel d’Hollywood et je m’étais fait la promesse que ma version d’un film sur la foi contiendrait les valeurs narratives qui me tiennent à coeur. J’ai été particulièrement attentif à ne pas laisser mes convictions personnelles prendre le dessus sur ma créativité. Je pense que le message est altéré lorsque le spectateur est amené à trop réfléchir plutôt qu’à se laisser faire face au divertissement. Toutefois, cela permet aussi de pousser le spectateur à être concentré sur des personnages convaincants et à vouloir en savoir plus, scènes après scènes. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Interview avec Dieu. Et si le film vous fait aussi réfléchir, j’en suis heureux. » (3)

 

 

 

Notes :

(1) https://www.la-croix.com/Archives/2009-08-13/Dossier.-Entretien-Erri-De-Luca-ecrivain-Je-reste-incapable-de-donner-le-tu-a-la-divinite-_NP_-2009-08-13-351360

(2) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/09/06/prier-est-un-acte-dangereux/

(3) https://www.sajedistribution.com/files/saje/films/Interview%20avec%20Dieu/DP-INTERVIEW%20AVEC%20DIEU.pdf

 

Débat sur la fin de Marc 16 : les chrétiens ont-t-ils reçu l’autorité de guérir et faire des miracles « au nom de Jésus » ?

« Problématique » l’affirmation comme quoi les chrétiens ont reçu l’autorité de guérir « au nom de Jésus » ?

En Marc 16v17-20, le Seigneur Jésus énumère « les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en (son) nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront dans leurs mains des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. » 

1. Une affirmation « problématique »

Nous comprenons de ce passage que l’Église a reçu de Dieu l’autorité de guérir et de réaliser des miracles « au Nom de Jésus ». Mais le pasteur Florent Varak, s’exprimant sur les blogues Le Bon Combat – lors de l’émission « Que dit la Bible ? » le 26/10/17 (1) – et TPSG (2), ne croit pas que ce soit la bonne interprétation. Il estime même « problématique » l’affirmation comme quoi les chrétiens sont appelés à guérir et qu’ils ont reçu l’autorité de guérir « au nom de Jésus ».

De sensibilité « cessationiste » [certains dons ont été donnés à l’Église pour un temps et pour un objectif précis. Une fois cet objectif réalisé ou accompli, ces dons ont cessé], Il croit que Dieu guérit quand il le souhaite et comme il le souhaite, notamment en réponse à la prière, parfois avec l’onction d’huile mais que le mandat confié aux apôtres d’accomplir des miracles « en nom et place du Seigneur » est révolu.

D’après lui, les miracles mentionnés en Marc 16 se retrouvent dans le livre des Actes, où ils ne sont exercés que par deux catégories de personnes liées à l’apostolat [Les Apôtres et les diacres]. Il souligne que dans Marc 16, Jésus reproche aux apôtres leur incrédulité, de sorte que la clause « ceux qui auront cru » est très probablement à comprendre comme « ceux qui auront cru parmi les apôtres ».

Sauf que…..

Si l’on peut se sentir soi-même incrédule, à l’instar de l’internaute Francine (1) dont nous reprenons et synthétisons l’argumentaire, ce n’est paradoxalement pas sur ce que rapporte la fin de Marc, mais plutôt sur les propos de Florent Varak, lesquels s’avèrent « problématiques ». Et comme les apôtres en entendant les femmes qui leur rapportaient que le tombeau était vide au matin de la résurrection, nous pourrions même penser « qu’il plaisante ».

1) Ainsi, dire : Ceux qui ont cru parmi les apôtres, implique en bonne logique française, qu’il y en avait donc parmi les apôtres qui n’ont pas cru, et qui par conséquent n’avaient pas à faire des miracles. Si ce n’est pas ce que veut dire l’intervenant, il faut qu’il reformule autrement : parmi ceux qui auront cru, seuls les apôtres etc… mais ce n’est pas ce que dit le texte de Marc 16.

D’autre part, si l’on tient compte du contexte du passage, ce que ne fait pas Florent Varak, l’incrédulité reprochée aux apôtres v. 11, est celle qu’ils ont manifestée au récit des femmes. Jean lui-même n’a cru qu’au moment où il a vu le tombeau vide, il le déclare. Pierre s’en est retourné de sa course au tombeau tout perplexe, il n’a donc cru réellement qu’après. L’incrédulité du v. 13 se rapporte à celle qui suit le récit des pèlerins d’Emmaüs ; Thomas en particulier est incrédule. Plus tard il s’écrie devant le Seigneur ressuscité : Mon Seigneur et mon Dieu !

Par conséquent le contexte de Allez dans tout le monde, prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira, et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui n’aura pas cru, sera condamné ne peut se rapporter aux apôtres qui ont déjà surmonté leur incrédulité naturelle, et que le Seigneur envoie maintenant dans le monde. Du reste ne savons-nous pas que Pierre et Jean qui n’avaient pas cru auparavant, ont fait ensuite de grands miracles ?

2) Ensuite, il est faux de dire que du temps de Paul, seuls les apôtres et les diacres à qui ils avaient imposé les mains accomplissaient des miracles. Nous lisons dans 1 Corinthiens 12v7-10 : « Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits; à un autre, la diversité des langues; à un autre, l’interprétation des langues ».

Paul inclut dans la liste des dons celui de faire des miracles ; il serait d’une mauvaise foi éhontée, de répondre qu’il ne pensait alors qu’à lui-même et aux autres apôtres. Tout le contexte montre qu’il parle des églises en général, et de leurs membres en général. La question de savoir si ce don a ensuite cessé est sans rapport avec celle de savoir combien l’avaient au temps des apôtres !

3) Enfin, Florent Varak n’assume toujours pas la mesure [ou la cohérence] de sa position dite « cessationiste ». D’après lui, dans toute l’Histoire de l’Église, seuls une vingtaine de croyants ont reçu le don d’accomplir des miracles, de manière plus ou moins suivie (12 apôtres + 7 diacres). De nature généreuse, Florent Varak est probablement prêt à doubler ce nombre, sachant qu’il faut toujours laisser au Seigneur une certaine marge ; 40 témoins donc au premier siècle faisant des miracles, sur au plus une ou deux centaines de milliers.

A présent au 21ième siècle, c’est par centaines de millions que se comptent les chrétiens charismatiques. Supposons qu’il en existe 500 millions ; d’après leur théologie ils croient que le don des miracles est encore accordé par le Saint Esprit aujourd’hui. Mais c’est rare ils en conviennent : 1/10000 peut-être on ne sait pas… ce qui fait toujours 500 M/10000= 50 000 chrétiens ayant le don des miracles ! et s’ils en font 10 chacun, on arrive à 500 000 miracles contemporains. Qu’est cette pauvre quarantaine d’apôtres et de diacres du livre des Actes en comparaison ?

Si Monsieur Varak veut être cohérent au niveau de son cessationisme, il faut qu’il dise que ce n’est pas 1/10000 qui reçoivent le don, mais ZÉRO ; TOUS les charismatiques (seraient alors) dans l’erreur. Une grave erreur puisqu’ils se permettent d’attribuer au Saint Esprit ce qui ne vient pas de lui. En conséquence, le Pasteur Varak doit immédiatement avertir le CNEF de sa découverte, et prendre les mesures appropriées, en cas de non-réaction. Sinon cela reste du cessationisme d’opérette : Il est donc incohérent et bassement opportuniste pour les cessationistes de se regrouper avec les charismatiques sous l’étiquette générale d’ « Évangéliques de France ».

 

Nous sommes revêtus de l’autorité du Christ, avec le devoir de l’exercer pour mener le bon combat…

2. Ceci dit, pour revenir à la question de départ, les chrétiens ont-ils reçu l’autorité de guérir et de faire des miracles « au nom de Jésus » ?

Si l’on considère l’Eglise, à l’instar de Florent Varak dans son « conte de la circulation routière »(2), comme un automobiliste lambda qui ne saurait se prévaloir d’une quelconque autorité pour réguler la circulation, à l’inverse du policier en fonction « revêtu de son uniforme », l’on déniera alors à l’Église tout mandat pour guérir « au nom de Jésus-Christ », c’est-à-dire en son nom, en tant que son représentant, muni de son autorité. En concédant que le chrétien « garderait le privilège d’intercéder auprès du Père, grâce à la médiation accomplie de Jésus et de prier « au nom de Jésus », c’est-à-dire selon l’accès que Christ nous permet d’avoir au Père par la rédemption »(2).

Position peu cohérente là encore, puisque dans ce cas, la logique serait de dénier à l’Eglise toute capacité d’agir « au nom de Jésus » (lier et délier, baptiser et faire des disciples, demander quoique ce soit au nom de Jésus – même pour seulement intercéder….cf Matt.18v18-20, 28v18-20 et Jean 14v13-14, 15v16, 17v18….)

A l’inverse, souligne le pasteur Gilles Boucomont(3), si nous considérons que « baptisés en Christ, nous avons revêtu Christ » (Gal.3v27), nous comprenons alors que nous ne nous prenons pas pour Jésus, mais que nous sommes revêtus de l’autorité du Christ, avec le devoir de l’exercer pour continuer son œuvre. Dans ce cas, nous nous trouvons dans la position du policier en fonction revêtu de son uniforme.

A l’instar d’une secrétaire qui refuserait (avec pour sanction le licenciement pour faute professionnelle) d’écrire une lettre sur les instructions de son patron, alors que cette tache entre dans ses attributions les plus élémentaires, nous passons notre temps à dire à Dieu de faire des choses que Lui nous a demandé de faire dans les Ecritures…. tout en dépensant une énergie folle à vouloir faire ce que lui seul peut faire [nous sauver tout seul ou sauver, convaincre les autres] ! Et ce, alors qu’Il nous a donné toutes une série d’indications très précises quant à ce qui nous incombe, et inversement ce qui est de son registre(3).

Ainsi, certains considèrent comme « un privilège » d’ « intercéder » pour les malades(2), soit de demander à Dieu qu’Il intervienne pour leur guérison. Ce n’est pas faux dans le sens où la guérison est toujours un don de Dieu. Sauf que les Ecritures bibliques présentent la guérison comme un charisme (cf 1 Cor.12v4-11) qui doit être exercé par les croyants au nom de Jésus, et non pas demandé par les croyants à Dieu.

Et ce, d’autant plus, comme le souligne Gilles Boucomont, qu’aucune allusion à la demande de guérison ne se trouve dans le Notre Père, et qu’aucun texte biblique ne nous dise de prier pour les malades en demandant à Dieu la guérison. Même « la prise en charge des malades par la communauté et les Anciens décrite par Jacques dans son épître (ch.5v14-16) est très active, puisque dans l’onction d’huile est manifestée la guérison, pas seulement espérée. C’est une démarche active de l’Eglise, corps de Christ contre la maladie qui abîme l’un de ses membres »(3).

A l’inverse, de nombreux passages nous donnent pour instruction de guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, chasser les démons cf Matt.10v8 ; Luc 10v9, 17-20 ; Marc 16v15-20

Ayant « revêtus Christ », nous avons, non à intercéder ou à demander à Dieu d’intervenir à notre place, mais à exercer la prière d’autorité, laquelle est une prière où l’on va chercher sa légitimité et son autorité pour intervenir nous-mêmes sur le réel. Parce que Jésus ne nous demande pas d’intercéder pour les malades mais bien de les guérir. Pas d’intercéder pour les lépreux mais de les purifier. Pas d’intercéder pour les morts mais de les ressusciter. Pas d’intercéder pour la délivrance, mais de chasser nous-mêmes les esprits mauvais.

Soit d’agir « au Nom de Jésus » de manière significative dans la vie des gens, et de manifester ainsi cette annonce impérative que « le Règne de Dieu s’est approché ».

Encore une fois, il ne s’agit pas de nous prendre pour Dieu, en nous croyant personnellement aptes à guérir, comme s’il s’agissait d’un automatisme – il s’agit de guérir les malades au Nom de Jésus et selon la volonté de Dieu, au moment opportun, et non de manière stéréotypée. Dieu nous appelle à collaborer avec Lui (cf Marc 16v20), en nous demandant d’assumer l’autorité qu’Il nous donne, à la manière de Christ.

« Se dérober à nos prérogatives, c’est retarder la venue du Règne de Dieu, en nous-mêmes et dans ceux que nous voudrions bénir »(3).

 

 

Notes : 

(1) Cf http://leboncombat.fr/fin-marc-serpents/

(2) Cf https://florentvarak.toutpoursagloire.com/miracles-guerisons-et-marc-16-1ere-partie/

(3) Boucomont, Gilles. Au Nom de Jésus : Mener le bon combat. Editions Première Partie, 2011, pp 227-231. Du même : Au Nom de Jésus, libérer le corps, l’âme, l’esprit. Editions Première Partie, 2010.

Voir comme Dieu voit

« Certaines personnes voient les choses comme elles sont et se demandent : pourquoi ? Moi, je vois les choses comme elles pourraient être et je me dis : pourquoi pas ? » (Robert Kennedy, 1968. Formule empruntée à Georges Bernard Shaw)

Les choses sont-elles ce qu’elles paraissent ?

De même qu’un morceau de papier peut être plus qu’un morceau de papier – pouvant devenir une fleur, un bateau ou un oiseau dans les mains de celui qui le plie, nous pouvons espérer de notre avenir (et devenir) placé dans les mains de Dieu.

En clair, nous sommes invités à croire et à voir comme Dieu voit : non pas ce qui a été ou ce qui est, mais ce qui sera.

« Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Apoc.21v5)