« Devenir chrétien ! Pour quoi faire ??? »

Telle est la question posée sur le site « 1001 questions » par l’internaute « Daniel ». Et voici la réponse donnée, laquelle, inédite, choisit de prendre à contre-pied l’obsession utilitariste :

« Devenir chrétien ! Pour quoi faire ??? »  Et bien… Pour rien. Non, objectivement, je n’ai pas de bonne raison à vous soumettre pour vous convaincre de devenir chrétien. J’en aurais plutôt plein de mauvaises… Mais que vous connaissez sans doute déjà si j’en juge par la ponctuation de votre question.
En fait on ne devient pas chrétien « pour faire quelque chose »; on devient chrétien parce qu’à un moment on ne peut pas faire autrement. C’est un peu comme si je vous demandais : « Tomber amoureux ! Pour quoi faire ??? » Là aussi nous sommes tous capables de lister les conséquences désastreuses de ce genre de chute, tout en connaissant la puissance de ce sentiment… Mais sérieusement, qui décide qu’il (elle) va tomber amoureux ??? Ce genre de choses vous arrive, et puis après on voit ce que l’on fait avec. Dans le cas de la relation amoureuse, cela peut devenir une belle histoire ou faire souffrir. Dans tous les cas, il y a un « avant » et un « après ».

La suite ici.

 

 

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Un verset et une question (6) : « Heureux celui qui souffre l’insulte pour une bonne cause »

« Le lapin bleu » de Coolus

« Heureux celui qui souffre l’insulte pour une bonne cause » (Matt.5v10-12)

« Souffrir l’insulte »….A condition que l’insulte soit fausse. Injuste. Et que nous souffrions « pour la justice ». Est-ce mon cas ? Suis-je prêt à cela ?

Un verset et une question (5) : « Nous sommes maintenant plus près du salut que lorsque nous avons cru »

Où (en) es-tu ?
Enfant par Alejandro Lizardo

« Nous sommes maintenant plus près du salut que lorsque nous avons cru » (Rom.13v11).

Qui désigne ce « nous » ? Des (déjà) « chrétiens » ? Ou des « pas(encore) chrétiens » ?
Où (en) sommes-nous ? Dans une terre « déjà chrétienne » ou dans une terre « à évangéliser » ?

Un verset et une question (4) : « La résurrection des morts est proche, celle des justes et des injustes »

Sors !
Tombes dans la roche par Petr Kratochvil

« La résurrection des morts est proche, celle des justes et des injustes » (cf Jean 5v25-29 ; Hébr.9v27 ; Actes 24v15)

En conséquence : « crains l’immortalité, car elle n’est que trop certaine », que nous le voulions ou non, et parce qu’elle est le jugement, ou la séparation (la distinction) des justes et des injustes.
Laquelle des résurrections te concernera ? Pourquoi ?

Un verset et une question (2) : « Et nous, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. Qu’avons-nous donc à attendre ? »

Scène de « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), un film indien réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

« Et nous, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi. Qu’avons-nous donc à attendre ? » (Matt.19v27)

Qu’avons-nous quitté, volontairement, pour suivre Jésus ? Pourquoi ?

Un verset et une question(1) : « Prends garde à ton pied quand tu entres dans la maison de Dieu »

« Prends garde à ton pied quand tu entres dans la maison de Dieu » (Eccl 4v17).

Pourquoi y viens-tu ? Es-tu sincère, quand tu te trouves dans la maison de Dieu et donc devant Dieu ?

Un verset et une question pour retrouver et vivre un christianisme véritable

Si les fameuses pensées de Kierkegaard nous « attaquent par derrière »….c’est pour mieux nous édifier !

Voici une nouvelle série pour l’été : chaque mercredi, pendant sept semaines, d’après « les pensées qui attaquent dans le dos » du penseur chrétien Soren Kierkegaard(1), un verset et une question pour méditer sur une condition nécessaire pour retrouver et vivre un Christianisme véritable.

Ces questions ne brossent pas dans le sens du poil mais engage celui qui ose s’y plonger. Et si elles l’« attaquent par derrière »….c’est pour l’édifier !

Bonne route, car, comme le rappelle Kierkegaard, « là, c’est avec toi-même que tu (auras) affaire au sens le plus profond, et il s’agit d’une affaire de conscience ».

Note :

(1)Ed. Première partie, 2014.

 

 

« Kohélet 11v1 » ou quand le sang versé donne le sens d’un verset

« Jette ton pain – et pas ton poing – sur le visage des eaux et tu le retrouveras…. » : quand le sens d’un verset biblique peut venir d’un choc !

Voici une étonnante expérience d’exégèse(1), vécue et racontée par l’écrivain napolitain Erri de Luca, lequel, à l’époque où il était ouvrier maçon, lisait dans l’original « une page tous les matins entre cinq heures trente et six heures trente », heure à laquelle il sortait pour commencer sa journée de travail. Chose remarquable : il garde encore aujourd’hui cette habitude et ce même horaire, alors qu’il n’est plus maçon.

« Pendant ce temps paisible où la plupart des gens sont silencieux, je cherche à approfondir un verset auquel je me suis attaché », raconte-t-il. « A travers sa langue mère, il m’arrive de trouver d’autres sens possibles, confrontant ma lecture avec les autres traductions.

Un matin, je m’étais arrêté au chapitre 11 du livre que nous appelons Ecclésiaste » et que les Juifs appellent  « kohélet ». J’en lisais le premier verset : jette ton pain sur le visage des eaux, car après bien des jours tu le retrouveras. C’est la splendide invitation à se priver du nécessaire, le pain justement, pour accomplir une offrande. Même si la jeter dans les eaux est un pur gaspillage, cela relève malgré tout d’un échange total avec la création et avec les autres, un échange réglé par une générosité céleste, voire absurde. Un acte de pure offrande est tôt ou tard dédommagé : jette donc ton pain sur le visage des eaux.

Pourtant, la traduction de la deuxième moitié du verset ne me convainquait pas : après bien des jours tu le retrouveras. Il me paraissait pauvrement symétrique, un retour de courrier, cet intervalle de jours après lesquels la parabole de l’offrande, comme celle du boomerang, serait revenue tout entière dans les mains du lanceur. L’échange entre l’offrande et son retour était-il vraiment aussi mécanique ? Je n’avais plus le temps d’y penser, l’heure s’était écoulée, la lumière pâle des vitres avertissait de l’arrivée du jour. Je sortis donc, je partis travailler oubliant le beau verset du réveil.

(…) Sur le chantier, je prends mon rythme intérieur, j’exécute en mesure le travail avec le marteau, la pelle ou la truelle. Je me répète intérieurement ou à voix basse un refrain que j’ai trouvé dans la Bible et que chantaient les maçons quand ils reconstruisaient les défenses de Jérusalem :

Cashal coah hassabbal

Veafar arbè

Veanacnu lo nucal

Livnot bahoma

Ce qui veut dire : « la force manque au manœuvre, et la poussière est grande, et nous ne pourrons pas construire le mur ». Cette rengaine m’aide à garder un rythme, à travailler en mesure(…).

Le jour du verset 11v1 de Kohélet, je ne répétais pas l’habituelle cantilène, parce que je réfléchissais au sens des mots du matin, le pain jeté qui ensuite revenait. Ce fut une erreur : en échange de cette distraction, un coup de marteau rata le ciseau et arracha un bout de chair de ma main, faisant sortir plus de sang que nécessaire(…). Le sang coula sur les gravats et j’en fis gicler autour de moi en secouant la main. « Jette ton pain sur le visage des eaux », le verset du matin me revint à l’esprit comme une plaisante réplique, tandis que j’agitais la main en répandant mon pain-sang sur le visage des eaux-gravats. Cette petite facétie chassa le problème du coup reçu d’une bouffée de sourire. (…)Ma main endolorie me renvoyait encore au verset du matin : « après bien des jours tu le retrouveras ». Je continuais la plaisanterie avec moi-même : la blessure allait me gêner pendant bien des jours et non pas après bien des jours, pendant bien des jours et non pas après bien des jours. Je me le répétai deux, trois fois et soudain je compris : le verset de Kohélet devait être traduit autrement : « envoie ton pain sur le visage des eaux, car dans bien des jours tu le retrouveras ». Oui, tu retrouveras cette singulière offrande spontanée, insensée, tu la retrouveras la recevant en échange de nombreuses fois, dans bien des jours. Elle ne te sera pas restituée selon une simple symétrie, selon le raisonnable postulat de la physique par lequel à chaque action correspond une action égale et contraire, elle ne te sera pas rendue comme un prêt ou un remboursement, mais tu la retrouveras multipliée au fil des jours. Car la grâce ajoute du sien et largement, pour récompenser celui qui offre son propre pain au courant. Au généreux, elle rend avec excès. Kohélet a su qu’une loi mystérieuse de Dieu ressemble à celle de la nature selon laquelle la semence jetée par le paysan sur la surface de la terre revient, dans le temps, démesurément grandie sous forme de plante, d’arbre, de récolte.

Arrivé chez moi, je cherchai dans une justification grammaticale en interrogeant l’hébreu dans le vieux livre et je la trouvai, elle était là, à la surface des lettres. Le verset m’en offrait la confirmation, il employait la préposition « dans », qui avait été traduite librement par « après ». (….)  Je ne dois pas taire mon bonheur de ce jour-là. J’avais amendé pour mon compte et ma consommation la traduction d’un petit verset de l’histoire sacrée infinie et cela s’était passé avec le concours indispensable du corps, du fer, de la chair et d’une grimace de douleur. Je me surpris à penser que la vérité pouvait venir d’un choc, apparaître en même temps que le sang. »

 

Note :

(1)De Luca, Erri. Kohélet 11v1 IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp  77-82.

Quand le Seigneur reviendra sur la Terre, trouvera-t-il encore des « pasteurs » ?

L’Église d’aujourd’hui a besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger » leur a confié. Source : Rawpixel

Les églises d’aujourd’hui ne manquent pas de « ministères » !

En effet, il existe des ministères « de louange », centrés sur l’adoration ; des ministères dits « diaconaux », qui prennent soin des gens sur le plan matériel ; et il y a des ministères de « relation d’aide », très marqués par la vision du monde de la psychologie, parfois plus que par l’anthropologie biblique, et travaillant la plupart du temps hors des églises locales et communautés réelles, alors que c’est au cœur des relations que l’on guérit ses relations.

Mais ce qui semble être un atout cache une réalité plus problématique : si les églises ne manquent pas de ministères, on n’y trouve presque plus de « pasteurs » ou de « bergers » au sens biblique du terme, C’est-à-dire des personnes qui, sans être forcément des « clercs », passent l’essentiel de leur temps à prendre soin et à accompagner. Le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »] et tout accompagnement dit « pastoral » est avant tout « fraternel », de fait enraciné dans la vie communautaire. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain (de la Cène) qui révèle Christ ressuscité, comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs en Luc 24v28-35.

Or, dans certaines églises protestantes « historiques » et protestantes évangéliques, ceux que l’on appelle « pasteurs » sont en réalité des « docteurs » ou des enseignants : ils ont « BAC +++ », connaissent la philosophie antique et moderne, ainsi que l’hébreu et le grec anciens. Dans les églises évangéliques, les « pasteurs » sont en réalité des « évangélistes », avec parfois un charisme de guérison, appelant tous les dimanches à la conversion. Certains sont des « apôtres », préoccupés par le nombre d’implantations d’églises. D’autres encore sont des « prophètes », exhortant le troupeau à ne plus être perdu, alors que leur rôle serait justement de les faire paître.

L’Église d’aujourd’hui ne manque pas de « ministères » mais a grand besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger »(Hébr.13v20) leur a confié.

Quelle serait alors « la fiche de poste » pour un « vrai pasteur » ? A ce sujet, la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, peut nous éclairer.

Il est premièrement celui sur qui l’on peut compter. Il n’est pas le propriétaire du troupeau mais celui qui rend compte de chacune des brebis qu’on lui a confié – et qu’il ne choisit pas (1 Pie.5v2)- parfois au péril de sa vie (Jean 10v11)

Voici, en guise d’illustration, une scène saisissante en Amos 3v12 : le berger est celui qui ose lutter avec le lion qui a sauté sur son troupeau, pour lui arracher « deux pattes » et « un bout d’oreille » de la brebis attrapée. Il doit rapporter les restes de l’animal et du combat au propriétaire du troupeau, pour montrer que la brebis a été perdue malgré lui, dans un guet-apens et non pas égarée par sa faute.

Et si des brebis distraites se sont égarées « un jour de nuages et de brouillard » (Ez.34v12), il se doit de partir à leur recherche, jusqu’à ce qu’il les trouve, obéissant à l’appel de Dieu(cf Luc 15v4)   . Aucune ne doit manquer à l’appel.  Il est celui qui  compte et recompte les brebis, « les connaissant toutes par leur nom » (Jean 10v3), et qui les accompagne dans toutes les saisons de la vie, de leur naissance à leur mort.

Il est intéressant de noter qu’il est demandé au berger du troupeau de se préoccuper du nombre confié. Non pour l’augmenter- Ce sera le travail du « pécheur d’hommes »(Marc 1v17) – mais pour veiller à sa croissance, avant tout qualitative. Et ce, à l’instar de Dieu, qui se concentre sur un seul peuple, qu’Il a « choisi », « élu », « mis à part », et qu’Il appelle à être « saint », parce que Lui est « Saint » (Lévit.11v44).

Enfin, le berger n’est pas celui qui « envoie paître » mais celui qui « sort devant » le troupeau (Jean 10v4) et le fait aller là où il va et s’arrêter là où il s’arrête : « les verts pâturages » (Ps.23v2-3), propre à nourrir les brebis. Ce qui implique que le berger sache où il va, lire et suivre les instructions du ciel.

 

 

Sources/inspi :

Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première partie, 2010, pp 175-176

De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 9-27.

Voir aussi :

Marshall/Payne. L’essentiel dans l’Eglise : apprendre de la vigne et de son treillis. IBG/Clé, 2014 (pour redécouvrir ce qu’est le « sacerdoce universel, selon Eph.4v1-16)

Baxter, Richard. Le pasteur chrétien. Impact héritage, 2017 (ou la version électronique gratuite)

Kallemeyn, Harold. La visite pastorale IN La Revue réformée, N° 228 – 2004/3 – JUIN 2004 – TOME LV. L’auteur se propose d’étudier quelques fondements bibliques de la visite pastorale à partir des chapitres 2 et 3 de la Genèse. Dans cette présentation, un sens assez large est donné au mot « pastoral » pour inclure la tâche des anciens, des diacres et des aumôniers qui, avec le « pasteur titulaire », sont appelés à rendre visite au nom du Christ.

 

Dieu est-il « omniscient », « omnipotent », « omni –un tas de choses » ?

Le fait de présenter Dieu comme descendant sur terre est vraiment une façon de dire un Dieu en relation avec l’humain, qui va au contact.
(BD de Marc-Antoine Mathieu. Edition Delcourt, 2009)

Telle est la question qui me paraît ressortir d’une autre question initialement posée à l’équipe de « 1001 questions » et dont la réponse a été publiée hier sur le site :

En fait, le concept d’omniscience ne vient pas de la culture biblique mais plutôt de la culture grecque. C’est une façon de parler de Dieu à partir de l’humain, ce que la théologie appelle « anthropomorphisme », c’est-à-dire que l’on fait prendre une forme humaine à Dieu. Dans ce cas, quand on dit que Dieu est omniscient, c’est juste une façon de définir Dieu comme un humain amélioré : l’humain peut savoir vraiment beaucoup, donc Dieu sait tout.

Or, le Dieu que présente la Bible est plutôt un Dieu relationnel.

C’est typiquement ce qu’exprime, par exemple, un passage comme Genèse 18v21. C’est vrai qu’on peut s’imaginer que Dieu aurait les informations sans descendre sur terre. Le fait de le présenter comme descendant sur terre, c’est vraiment une façon de dire un Dieu en relation avec l’humain, qui va au contact. Un peu comme quand il demande à Adam : « Où es-tu ? » — comme s’il ne savait pas… — juste pour qu’ils discutent à nouveau.

Bref, c’est plus le concept d’omniscience (tout savoir) qu’il faut questionner comme une sorte d’aspiration humaine trop humaine. Dans le même registre, nous savons que la toute-puissance de Dieu ne veut pas dire qu’il fait tout : il peut tout faire, mais choisit ce qu’il fait ou ne fait pas. Et c’est surtout son amour qui est tout-puissant, car… relationnel !