« Informer, c’est choisir » : Rendez-vous avec un média indépendant pour comprendre comment

Bien informer ou l’art des choix. Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« Informer, c’est choisir ! » Et « choisir, c’est faire un beau geste », dit-on dans le monde des médias et du journalisme.

Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Bref, vous en avez marre de l’info commentée ?

Marre des patchworks d’éditos et de billets d’humeur, où le ressenti prend le pas sur l’information…. ?

Marre du « bâtonnage de dépêches » [symbole de la paupérisation de la profession de journaliste, qui consiste à réécrire une dépêche fournie par une agence de presse en la remaniant à la marge et, au besoin, en rhabillant les titres, de façon à orienter la lecture dans un sens contraire au contenu initial…] ?

Marre de médias ou de newsletters prétendant à la « réinformation », substituant sa propre propagande sous prétexte d’en chasser une autre (supposée), se voulant mordant mais confondant l’ironie avec la diatribe ? Autant d’ « invitations au voyage », où « le LSD du jour » dérive en mauvais trip…

Enfin, marre de sites qui « ne nous informent pas » mais qui « affirment » les choses, ou prétendent « confirmer ce que l’on sait (ou croit savoir) déjà ?

Moi aussi. Mais n’en restons pas là.

Ce mercredi soir 17/03, 18h45, est l’occasion de rencontrer l’équipe de Brief Me pour découvrir les coulisses de ce média indépendant que je teste actuellement et qui nous donne rendez-vous chaque soir, par mail, pour tout comprendre des grands sujets de l’actualité, sans parti pris, de façon sobre et sans pub. L’accent est mis sur l’international, l’environnement et les technologies, avec une mise en avant des informations positives telles que des projets ou des initiatives permettant de trouver des solutions à des problèmes.

Ainsi, comment la rédaction de Brief Me choisit-elle les sujets ? Qui sont ses journalistes ? Comment fonctionne un média indépendant ?….Toutes les questions pourront être posées à l’équipe qui sera réunie pour nous, en direct sur Facebook et Youtube, ce mercredi 17 mars à 18h45.

Vous n’avez pas encore essayé Brief Me ? C’est le moment de le faire gratuitement et sans engagement ici, pendant 45 jours, pour mieux se rendre compte de la qualité du service.

 

 

Ce qui intéresse Dieu n’est pas pour qui tu votes ou comment ton groupe est appelé

Qu’est-ce qui fait ta réputation ? Ta loyauté à un leader politique ou ton appartenance à un groupe ? Ou d’être connu comme quelqu’un qui connaît Jésus et, surtout, est connu de Lui ?

Suite à la publication par le CNEF sur sa page Facebook (03/03/21) de cette Lettre ouverte de représentants d’Églises évangéliques américaines, condamnant la « radicalisation » de certains chrétiens (1), j’ai trouvé interpellant, pour ne pas dire inquiétant, certaines réactions d’internautes plutôt curieuses.

Parmi ces réactions [notamment de la part de théologiens/jeunes étudiants en théologie], nous lisons certaines revendications identitaires « d’étiquettes », protestations/indignations/reproches au CNEF pour avoir « osé » publier un tel sujet, justifications de certains votes, ou même déni de réalité [en gros, « il ne s’est rien passé » au Capitole le 06/01/21] (2).

En réalité, nous nous fichons « royalement » [pour parler comme ceux qui déclarent qu’ils ne sont pas « républicains »] de ces revendications et justifications d’internautes publiées en réaction sur la page FB du CNEF. Ce qui devrait nous intéresser, à l’instar de Bonnie Kristian dans un excellent article de Christianity Today traduit en français(3), « ce n’est pas de savoir qui obtient nos votes ou comment nous sommes appelés [voire, nos prétentions à certaines postures identitaires restrictives et exclusives], mais plutôt comment se fait-il qu’un groupe de chrétiens puisse si facilement – et si rapidement – devenir aussi fortement associé à une autre personne [ou à tout autre nom ou « isme » et « iste »] que le Christ », au point où il serait « tabou » d’oser une simple remise en question ou une dénonciation.

En témoignent les curieuses réactions sur la page FB du CNEF citée plus haut, révélatrices d’une sacralisation de certains noms (ou idée/idéologie), élevant ces derniers plus haut que Dieu, au point où en parler serait les « profaner » [quand ce ne serait pas « blasphématoire »], ce qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter.

« Qu’est-ce que cela dit de nous si le premier nom qui vient à l’esprit de nos voisins lorsqu’ils entendent « évangélique » [ou « chrétien »] n’est pas « Jésus » ?  Certes, s’inquiéter de notre réputation peut sembler frivole. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5.29). Le verdict de Dieu à notre égard passe avant les moqueries ou les éloges des autres.

Mais la Bible se préoccupe aussi de la réputation. « Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie » (1 P 2.12). Le proverbe dit : « Bon renom vaut mieux que grandes richesses » (Pr 22.1). Et la volonté de Jésus à cet égard est évidente quand il dit que c’est par notre amour les uns pour les autres que « tous connaîtront » qui nous sommes (Jn 13.35).  Le fait que des chrétiens aient acquis une mauvaise réputation n’est pas nécessairement un signe de désobéissance à ces commandements. On se rappellera que l’église primitive a été accusée d’athéisme (pour avoir refusé d’adorer des idoles), de cannibalisme (pour avoir pris la Cène) et d’inceste (pour avoir appelé leur conjoint « frère » ou « sœur » en Christ). Une critique, rapportée par un écrivain chrétien du troisième siècle nommé Minucius Felix, qualifiait l’église de « faction infâme et désespérée » issue de « la lie du peuple » et « s’attaqu[ant] impunément aux dieux ».

Mais il y a tout de même un fossé béant entre la mauvaise réputation acquise par des chrétiens s’efforçant simplement d’obéir aux ordonnances de leur foi (c.-à-d. l’adoration, la sainte cène et la communion fraternelle) et la mauvaise réputation acquise par un groupe pour son allégeance manifeste à un politicien [ou une politicienne, ou à une idéologie érigeant la nation en absolue, adorée comme une idole, se traduisant par la haine des autres peuples. Car tout ce qui prétend prendre la place qui revient à Dieu seul conduit au rejet de l’autre, « pas assez pur » ou « menaçant » pour moi].  Notre problème de réputation [soit d’être considéré comme « un problème »] n’a rien à voir avec le leur. L’Empire des Césars soupçonnait que l’insistance des adeptes de cette étrange secte à affirmer que Jésus est Seigneur les rendait incapables d’être de bons citoyens. Ceux qui considèrent les évangéliques comme un bloc pro-[mettre ici le nom d’un politicien], ou comme un bloc de « istes »/ »identitaires », ne sont pas en train de se demander si ceux-ci ne sont pas un peu trop centrés sur Christ.

Malgré cette différence, le remède est le même dans chaque cas. L’Église primitive réfutait ces fausses accusations sur la place publique, et elle a connu une croissance exponentielle parce que les chrétiens avaient « une bonne conduite au milieu des païens » et partageaient cette Bonne Nouvelle si extraordinaire et porteuse d’espérance : Dieu aime toute l’humanité. Notre tâche ne diffère en rien. Peu importe que cela rehausse notre crédibilité ou pas, que cela sauve l’étiquette « évangélique » ou non, nous devrions nous aussi vivre si fidèlement et intégralement que notre allégeance ne fasse plus aucun doute ». Car « le fait de revendiquer une appellation ne signifie pas automatiquement que l’on correspond à ce qu’elle signifie », souligne Bonnie Kristian, et il n’y a pas de place pour deux loyautés.

 

 

Pour aller plus loin sur ce sujet du nationalisme/populisme/Evangéliques : 

Voir cette mise au point du CNEF.

Voir aussi « Les Catholiques sont-ils devenus identitaires ? »  Dans le cadre d’un entretien donné à Marianne (06/05/19), le journaliste Pierre Jova et le politologue Yann Raison du Cleuziou analysent l’évolution des catholiques conservateurs. Le premier est journaliste à La Vie et rédacteur en chef politique de la revue d’écologie intégrale Limite. Il vient de publier « Les chrétiens face aux migrants » (Tallandier), une enquête passionnante auprès des migrants et des chrétiens, autant qu’un témoignage personnel. Le second est maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux et chercheur au Centre Émile-Durkheim (CNRS). Connu pour sa typologie des catholiques pratiquants (« observants », « charismatiques », « émancipés » et « conciliaires »), il vient de publier « Une contre-révolution catholique : Aux origines de la Manif pour tous » (Seuil).

Extraits :

Yann Raison du Cleuziou : « Il y a aujourd’hui un paradoxe en France, qui se retrouve dans beaucoup de sociétés européennes. Des partis populistes ou de droite mobilisent de plus en plus la référence aux « racines chrétiennes » dans leur discours. Elles sont utilisées comme une frontière culturelle afin d’essentialiser l’appartenance à la nation. Cette instrumentalisation permet d’affirmer que les musulmans ne seront jamais des Français ou des Européens comme les autres. Ce recours aux racines chrétiennes n’est pas un retour du religieux. Au contraire, il manifeste une étape supplémentaire dans la sécularisation. La symbolique religieuse devient un pur instrument identitaire et est donc totalement subordonnée à une rationalité politique. Mettre une crèche dans une mairie ce n’est pas religieux ».

Pierre Jova : « ….dans la question des migrants, je dirais qu’il y a un facteur supplémentaire qui apparaît : le racialisme. Ce n’est pas seulement la défense du catholicisme comme religion civile de la France. Sinon, ils se féliciteraient de voir que certains migrants permettent de renouveler les paroisses. Mais nous assistons à la progression d’un vrai discours racialiste porté par les identitaires – au sens du courant politique et de Génération identitaire –, les reliquats de la Nouvelle droite comme Jean-Yves Le Gallou, et les phénomènes Internet comme Renaud Camus, Boris Le Lay, etc. Ils ont une forte audience sur les réseaux sociaux, où se nourrissent beaucoup de jeunes sortis des structures de pensée ou religieuses.  C’est là qu’il y a une contradiction avec la réalité du christianisme français. Comme je l’ai énormément dit, celui-ci est aujourd’hui métissé, des catholiques aux protestants en passant par les orthodoxes. Cela nuit également à l’espérance des chrétiens d’évangéliser les musulmans et les non-croyants. S’ils veulent vraiment une France chrétienne, ils doivent reconnaître que cette France est déjà métissée. Cependant, l’Église ne doit pas condamner en bloc les gens qui ont peur, doutent ou se sentent menacés. Il existe un discours politico-médiatique de grande condescendance et de mépris social, qui ne fait que radicaliser les craintes et les positions. L’Église doit par contre tracer une ligne rouge entre ce qui s’oppose à l’universalisme chrétien et à l’anthropologie chrétienne. »

 

 

 

Notes :

(1) »Nous reconnaissons que l’évangélisme, et en particulier l’évangélisme blanc, a été exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien à cause d’une longue tradition de directeurs de la foi s’accommodant de la thèse de la suprématie blanche » et « Nous appelons les pasteurs à dire clairement que l’engagement pour Jésus-Christ est incompatible avec les appels à la violence, le soutien d’un nationalisme chrétien blanc, des théories de la conspiration et toutes les discriminations raciales et religieuses » cf https://www.infochretienne.com/etats-unis-plus-de-100-leaders-evangeliques-condamnent-le-nationalisme-chretien/  et https://saynotochristiannationalism.org/#signers

(2) Florilège :

« L’évangélisme blanc » exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien en France et à la « suprématie blanche ». C’est franchement une rhétorique choquante pour moi. Adopter le vocabulaire du gouvernement pour stigmatiser un sous-groupe imaginaire (pouvez-vous seulement nommer un théologien ou un pasteur d’influence français qui ait soutenu pareille chose ?!) et ensuite s’en dissocier par un « c’est pas nous », je pense qu’on peut faire mieux ! »

« Autant directement demander à ce cher ministre des cultes de diligenter une enquête sur le dangereux phénomène de « l’evangelisme blanc » et « l’hérésie du nationalisme chrétien » qui menace la France, non ? »

« Les « nationalistes blancs » ne sont pas une menace en France, mais plutôt une victime de la « cancel culture », autre produit américain d’importation. Publier cela le jour de la dissolution de Génération identitaire est fort mal à propos » [j’avoue ne pas comprendre ce qui chagrine vraiment cet internaute].

« Pourquoi le CNEF relaie ces informations puisque cela n’a rien à voir avec le milieu évangélique en France. En dehors des églises ethniques, avez vous constaté du racisme chez nous? »

Le CNEF explique ainsi cette publication sur sa page Facebook :  « Les raccourcis récents de Mr DARMANIN et Mme SCHIAPPA entre les évangéliques français et certains évangéliques US méritent justement ces 2 éclaircissements :

1 – Tous les évangéliques US ne sont pas blancs, ni nationalistes ou racistes.

2 – La sociologie et les convictions éthiques des évangéliques de France ne sont pas 100% identiques à celles des évangéliques américains, même si notre foi est partagée sur l’essentiel.  Nos politiques sont capable d’entendre ces arguments, c’est pourquoi nous relayons cette lettre ouverte (qui n’est ni écrite ni signée par le CNEF) ».

(3) 81% des évangéliques ont-ils vraiment voté pour Trump ?

 

 

 

 

« Loi contre les séparatismes », ou « loi pour conforter les principes républicains » ? Le « top des flops » d’un projet

 

Depuis lundi 18 janvier, un projet de loi « confortant les principes républicains » est soumis à l’assemblée nationale. Il sera examiné par une commission spéciale avant d’être débattu en séance plénière à partir du 1er février. Auparavant appelé « projet de loi contre le séparatisme », il comprend 51 articles en débat, et fait l’objet de 1700 amendements (1).

Visant à lutter contre le séparatisme et les atteintes à la citoyenneté, il entend apporter des réponses au repli communautaire et au développement de l’islamisme radical [dont les plus récentes victimes ont été le professeur Samuel Paty et trois fidèles catholiques dans la basilique Notre-Dame de Nice], en renforçant le respect des principes républicains et en modifiant les lois sur les cultes.

Il est pourtant reproché à ce texte de porter paradoxalement atteinte aux libertés sans réussir à imposer suffisamment les principes républicains.

Jugeons-en plutôt : les religions organisées juridiquement sous forme de «cultes» devront prouver leur caractère religieux tous les cinq ans, sous peine d’être dissoutes; si elles reçoivent des fonds de l’étranger, elles devront faire certifier leurs comptes par un expert indépendant.  Sauf que l’islam n’est pas organisé juridiquement sous forme de «culte», mais «d’association» (1901). Cette nouvelle loi ne s’appliquera donc pas, de fait, à la religion musulmane. Quelles sont les religions organisées juridiquement sous forme de culte (1905) ? Le judaïsme et le protestantisme. Ce sont donc les synagogues, les temples protestants et les Églises évangéliques qui prendront de plein fouet les dispositions restrictives de la nouvelle loi, les catholiques ayant un statut à part (en 1907) (2).

De là ce « top des flops », pointé par le pasteur baptiste Laurent Descos, dans son analyse (en vidéo) du fameux projet de loi  :

Bon diagnostique, mauvaises solutions  

Les musulmans ne sont pas vraiment touchés 

Les protestants sont les premiers concernés / sanctionnés  

 

Alors, « Loi contre les séparatismes », ou « loi pour conforter les principes républicains » ? « Toi qui joues le jeu et respecte les règles, puisque tu es dans le viseur du législateur, voici de quoi comprendre et agir » avec la vidéo à consulter plus haut.

Vous l’avez peut-être vu passer : du même Laurent Descos, « préserver son image, trois règles à suivre » :

 

 

 

Notes : 

(1) https://www.vie-publique.fr/loi/277621-loi-separatisme-confortant-le-respect-des-principes-de-la-republique

(2) https://www.reformes.ch/politique/2021/01/separatisme-protestants-sacrifies-au-nom-de-la-lutte-anti-terrorisme-france-monde

 

« A consommer avec modération » : ou « sauf à répondre de l’abus de cette liberté »

« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien… » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Certains ont applaudi un coup d’arrêt à une prétention de « toute puissance », quand d’autres ont estimé « scandaleux » ou « dérangeant » de voir Facebook et Twitter « censurer la parole » d’un puissant (un chef d’Etat en exercice, en l’occurrence le Président des Etats-Unis en pleine élection présidentielle), allant jusqu’à suspendre de manière définitive tous ses comptes de réseaux @sociaux. En supprimant ses accès, les plateformes montrent par là qu’elles ne veulent plus être complices de la diffusion de fausses nouvelles et d’incitations à la violence que ledit chef d’Etat a longtemps pratiquées et notamment pratiqué un certain 06 janvier 2021(1).

Avant même cette décision, le 04 novembre 2020, alors que les résultats de l’élection présidentielle n’étaient pas encore connus, plusieurs chaînes de télévision [NBC News, MSNBC…] interrompaient/coupaient/corrigeaient en direct les discours de ce Président, lequel affirmait sans preuve « avoir gagné l’élection » et que celle-ci « est truquée », en annonçant que c’était un menteur.

A cela s’ajoute la décision, depuis le 7 janvier, de Google, Apple et Amazon de boycotter le réseau social Parler, « le Twitter » de l’ultradroite américaine, ainsi que des partisans de Donald Trump et des personnes bannies des réseaux sociaux. Parce que Parler a diffusé un déluge de messages d’internautes trumpistes approuvant l’invasion du Capitole… Google, Apple et Amazon exigent alors que Parler mette en place une équipe de modération, sinon le boycott deviendra définitif. Au final, Amazon porte le coup fatal dimanche 11/01, en rompant son contrat d’hébergement avec le réseau social Parler, paralysant ce dernier qui n’est désormais plus accessible sur la toile. Amazon reproche à Parler de ne pas supprimer les contenus incitant à la violence. Devenu inaccessible jusqu’à ce qu’il trouve un nouvel hébergeur, Parler a également vu ses applications mobiles retirées par Google et Apple.

Les décisions des GAFA de bannir Donald Trump suscitent maintenant un débat intense aux Etats-Unis (mais pas que) : que penser de cette attitude de ces géants du numérique ?

Premièrement, souligne Patrice de Plunkett dans une note de blogue, « dire que les GAFA outragent la liberté d’expression, c’est sous-entendre qu’ils ont tort de s’indigner de l’affaire du 6 janvier : des milliers de partisans pro-Trump, galvanisés par ce dernier, ont envahi le Parlement pour entraver l’élection présidentielle… »(2)

De fait, nous pouvons ne pas partager « l’avis de ceux qui s’indignent de cette censure, au nom d’une liberté complètement fantasmée », à l’instar de Christian Salmon, dans un entretien pour Bastamag : est-ce que ces indignés « se sont indignés pareillement des propos mensongers et provocateurs qui étaient balancés par Trump à longueur de journée, à travers des millions de tweets ? Celui qui a triomphé par Twitter périt par Twitter, et c’est très bien ainsi », conclue l’essayiste, paraphrasant cet avertissement du Christ : « celui qui prend l’épée périra par l’épée » (Matt.26v52)(3).

Mais « les GAFA ont-ils tort d’agir afin qu’on ne se serve plus d’eux pour des opérations pareilles ? Ça mérite réflexion », s’interroge encore Patrice de Plunkett dans sa note de blogue(4).

En guise de réponse, nous pourrions d’abord expliquer, à l’instar de Divina Frau-Meigs(5), pourquoi la décision de Twitter ne nous paraît pas excessive : « cela peut paraître choquant mais leur réponse ne déroge pas à ce qu’ils ont dit », explique-t-elle dans un entretien pour Ouest-France (6). « Il y a eu incitation à la violence, avec appel à l’insurrection, ils ont formulé une réponse graduée. D’abord en alertant Donald Trump, puis en suspendant son compte plusieurs heures, avant de le fermer, puis de l’exclure définitivement du service (….). On pourrait se dire que c’est hypocrite, maintenant que le lion est à terre, on finit de le terrasser car il ne va plus générer autant de trafic. Mais Twitter, comme les autres plateformes américaines, veut éviter des poursuites judiciaires. Elles répondent du droit américain [Pour rappel, les plateformes importantes, tels Twitter, Facebook….sont régies par des contrats ET par la loi. Leur système de responsabilité est grosso modo le même en Europe et aux USA (sec 230 et article 13 directive 2000/31)]. On ne peut donc pas parler de censure. « C’est une entreprise avec des règles. L’un de ses clients n’a pas suivi les règles. Donc elle opère un acte commercial, avec une rupture de contrat ».

En réalité, selon Divina Frau-Meigs, « la vraie culpabilité des plateformes, ce n’est pas d’agir si tard contre Donald Trump. C’est de ne pas avoir mis le paquet contre la diffusion des fausses informations ». Elles « ont sous-estimé l’impact de la désinformation, des fausses nouvelles » largement diffusées via leurs canaux depuis des années. « Elles ont laissé faire car cela leur rapporte de l’argent. Mais elles ne pensaient pas aux conséquences dans la vie réelle. Elles semblent en avoir pris conscience suite à l’insurrection au Capitole du 6 janvier. Désormais, on voit les fondateurs des réseaux s’exprimer, réagir, car il faut absolument sauver leur bébé (….) Ce qu’ils veulent éviter à tout prix, c’est que leurs plateformes répondent à des obligations de service public, comme c’est le cas pour la télévision. Avec un temps calculé pour le débat politique, un affichage clair de la publicité… Pour ces plateformes, ce serait de la censure. La gouvernance d’Internet est un sujet dont on parle depuis longtemps ». [Notamment dans cet article sur la privatisation du web publié dans le défunt Tigre magazine en 2011 : « La communication doit-elle être un service public ? Franchement, il semble évident que oui. Plus exactement, ce devrait être un service mondial autogéré qui oblige tout le monde à se mettre d’accord »].

Tous ces événements ne mettent-ils pas en lumière leur toute-puissance ? Divina Frau-Meigs répond qu’ « on savait déjà leur pouvoir. C’est plutôt celui de la désinformation qui a été révélé. On ne disait rien quand ces réseaux avaient un pouvoir de ralliement énorme » [comme lors du Printemps arabe]. Les grands gagnants de ces événements ne sont ni Twitter ni Trump. Mais les pays non démocratiques qui doivent se frotter les mains de voir nos fragilités ».

De là un certain malaise que d’aucuns peuvent ressentir en voyant des géants privés controversés s’ériger en arbitre du civisme… Les laisser prendre du pouvoir sur les idées n’est-il pas dangereux pour le débat public ?

Le bannissement de Donald Trump par Twitter, calqué chez les autres plateformes, a certes provoqué un déluge de réactions, mais aussi, ne l’oublions pas, de propositions de réformes, surtout en France où le gouvernement entend pré-transcrire le Digital Services Act (7).

« La présence dans le débat public des plateformes comme Twitter ou Facebook « est devenue incontournable » réagit (….) Bernard Lamon (8)[Avocat spécialiste en informatique et internet], lequel souligne que « juger de ce qui est de la diffamation, de l’appel au soulèvement, à la haine raciale, ne doit pas être confié à des acteurs privés, ni à l’administration. C’est très dangereux », ajoute l’avocat spécialisé dans le numérique. « Donc ? Les États doivent investir massivement dans leur système judiciaire. Pour la France ? Il faut 50 magistrats du siège, autant du parquet, dans un tribunal spécialisé, qui puisse gérer hyper rapidement ces dossiers. En limitant un peu la trop grande technicité du domaine. »

Laurent Chemla (9) revient sur sa piste du troisième statut, celui de « fournisseur de liberté d’expression ». Il « impliquait une totale immunité pénale quant aux contenus hébergés en échange du respect – total lui aussi – de la liberté d’expression, chaque contenu censuré ou masqué (même pour « non-respect des CGU ») devant faire l’objet d’une déclaration à un parquet spécialisé (encore une fois) chargé de dire le droit (donc soit d’obliger la plateforme à remettre en ligne les contenus sous peine d’amende, soit de poursuivre l’auteur d’un délit ainsi masqué) ». Pour l’auteur des Confessions d’un Voleur, « ça inverse la logique de la censure (l’intermédiaire ne devient responsable que s’il censure plutôt qu’irresponsable à condition qu’il censure). Et ça remet le droit là où il doit être au lieu de le déléguer à des entreprises privées »(10).

Car, face à l’enjeu de « réguler les réseaux sociaux en préservant l’idéal démocratique »,  Guillaume Champeau répond, dans une note de blogue du 10 janvier 2021(11), que s’il est attaché à la liberté d’expression (12) parce qu’il met « l’idéal démocratique au-dessus de tout », cela ne veut pas dire pour autant « que la liberté d’expression doit être absolue et qu’il faut tout laisser dire, tout laisser écrire, et n’empêcher la diffusion d’aucune expression néfaste. Cette liberté a ses limites, comme la plupart des droits fondamentaux, imposées par la nécessité de concilier tous les droits ». Comme nous le rappellent les devoirs et responsabilités liés au droit de libre expression : La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce que :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » (13).

Mais ces limites aussi ont leurs limites. « Toute « formalité », « condition », « restriction » ou « sanction » imposée en la matière doit être proportionnée au but légitime poursuivi«, disait la Cour. Or comment assurer, avec l’idéal démocratique en tête, la proportionnalité des restrictions que l’on impose à la liberté de s’exprimer ? Nous avons, en démocratie, deux instruments fondamentaux pour nous en assurer.

Le premier, c’est le législateur. C’est lui qui, parce qu’il représente le peuple tout entier qui lui a confié ce pouvoir de dire la loi, détermine l’emplacement des bornes à ne pas dépasser. C’est donc bien nous, collectivement, par la voie de nos représentants, qui nous fixons à nous-mêmes nos propres limites, et qui devons veiller à ce qu’elles soient proportionnées au but que nous nous fixons, qui est de permettre la vie en société dans le respect des droits et libertés de chacun. Le second, c’est l’institution judiciaire. C’est elle qui, lorsqu’un individu ou une institution estime que les bornes fixées par le législateur ont été dépassées, regarde à quel emplacement les bornes ont été mises, et regarde où se situe le mis en cause. Il analyse la situation, et rend une décision de sanction ou de relaxe basée sur cette analyse, qui ne varie pas en fonction de ses intérêts mais est la plus objective et indépendante possible. Sans législateur et sans institution judiciaire agissant au nom et pour le compte du peuple, il n’y a pas de démocratie »(14).

Christian Salmon, quant à lui, s’interroge « sur ce que cette censure reflète du super-pouvoir des Gafam, et sur l’urgence de les encadrer et de les réguler. Au fond, cela pose une question très simple sur la nouvelle hiérarchie des pouvoirs : Trump contre les Gafam, où est le vrai pouvoir, aujourd’hui ? Chez les seconds, qui peuvent se permettre de suspendre le compte du pensionnaire de la Maison blanche – dans la législation actuelle, ils en ont parfaitement le droit. En cela, c’est une date historique, et c’est la leçon qu’on retiendra : un chef d’État en exercice censuré sur Twitter. Là aussi, il y a une réversion totale des pouvoirs entre le politique et le numérique, entre les souverainetés nationales et un pouvoir transnational.

Mais cette réversion des pouvoir concerne aussi directement Twitter et Facebook : en interdisant ainsi un compte, ils se retournent eux-mêmes contre le libre-jeu de leurs algorithmes, sur lesquels reposent toute la logique de leur pouvoir et dont personne ne connaît le contenu. Les Gafam c’est un système intégré et automatisé de clash qui est généré par des algorithmes. Or on sait que certains sont conçus pour favoriser les messages de haine raciste. On a donc une surreprésentation, dans la délibération numérique, des opinions extrémistes, racistes, d’extrême droite. Le super-pouvoir des Gafam, au-dessus des institutions démocratiques, détruit ces dernières. Il injecte dans la conversation, dans l’esprit des gens, les ferments de la négation des principes fondateurs des démocraties. Aujourd’hui, ces algorithmes doivent être révélés et mis à plat, c’est une question vitale de transparence et de démocratie » (15).

Ceci dit et pour clôturer provisoirement le dossier relevons, à l’instar de Patrice de Plunkett de Plunkett, la double ironie de l’affaire : il est ainsi « étonnant que ceux qui veulent empêcher les GAFA d’avoir leur propre politique envers Trump, (soient) en économie des ultralibéraux pur jus, partisans (le reste du temps) [« du moins d’Etat »] de laisser les acteurs économiques, même géants, faire ce qu’ils veulent sans qu’on les freine en rien [reconnaîtraient-ils les limites d’une telle posture idéologico-économique ?] ». D’autre part, nous pouvons sourire au souvenir de ce que « Trump, qui se plaint aujourd’hui des GAFA, nous menaçait de sanctions, nous Français, parce que nous nous plaignons de ces mêmes GAFA qui ne nous paient pas ce qu’ils nous doivent ! »

Moralité : « dès qu’on oublie un peu le Covid, on trouve des occasions de s’amuser » (16).

 

Quant aux chrétiens, ils sont censés savoir que leur norme de la liberté n’est pas Donald Trump ou ceux qui usent et abusent dans leur exercice de la liberté, mais Jésus-Christ Lui-même.

Jésus-Christ est en effet le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre : personne n’a pu « le convaincre de péché »(Jean 8v46), il n’y avait en lui aucune source de mal, et même Satan n’a eu aucune prise sur lui (cf Matt.4v1-11). Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs »(Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, du pouvoir du péché, de la crainte de la mort(Hébr.2v15), et la restauration d’une relation qui avait été rompue : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor.5v19)

Le chrétien devrait être celui qui accepte de s’autolimiter, c’est-à-dire de « ne pas faire tout ce qu’il peut », pour en tirer un maximum de bénéfices. Parce ce ne serait pas juste, et parce que ce ne serait pas selon l’amour. En toute cohérence, il saura dire « non » ou « stop » à tout abus de notre exercice de la liberté.  Loin de toute crainte de perdre, ce choix éthique, inspiré par une vision biblique, permettra au contraire à l’homme de recevoir « bien plus que cela », sur le long terme et de façon durable : l’amour et des relations authentiques, libératrices et porteuses de sens, avec le souci d’impacter positivement notre entourage, avant de penser à nos propres intérêts (17).

 

 

Notes :

(1) https://theconversation.com/comment-le-discours-populiste-de-donald-trump-a-conduit-a-linsurrection-de-ses-troupes-153002

(2) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(3) https://www.bastamag.net/Trumpisme-conspirationnisme-investiture-Biden-Capitole-pouvoir-grotesque-tyrannie-des-bouffons-Christian-Salmon#nb2-1 [Christian Salmon est écrivain, essayiste et chroniqueur à Mediapart, auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007). Son dernier livre, La tyrannie des bouffons. Sur le pouvoir grotesque, a été publié en octobre par Les liens qui libèrent]. Une « déplateformisation » d’ailleurs inévitable cf https://larevuedesmedias.ina.fr/deplateformisation-trump-ban-twitter-facebook-youtube

(4) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(5) Normalienne, professeure à l’université Sorbonne-Nouvelle-Paris-3 et sociologue des médias. Ses recherches portent sur l’éducation aux médias et la gouvernance d’Internet. Elle est aussi membre du groupe d’expertes de haut niveau de l’Union européenne sur la désinformation.

(6) https://www.ouest-france.fr/economie/interview-les-reseaux-sociaux-ont-sous-estime-l-impact-des-fausses-informations-7113871

(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Digital_Services_Act

(8) https://twitter.com/Bernard_Lamon/status/1348309636294860800

(9) https://blogs.mediapart.fr/laurent-chemla/blog/100121/la-chute-2

(10) https://www.nextinpact.com/article/45379/la-destitution-numerique-trump-levier-inespere-pour-gouvernement-francais

Voir aussi Médias sociaux : après l’exclusion de Trump, la question de la censure et l’impératif d’évoluer (theconversation.com) Et https://larevuedesmedias.ina.fr/trump-plateformes-regulation-moderation-reseaux-sociaux

(11) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(12) « Laquelle vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, [mais] aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique ».

(13) Le principe est ainsi posé mais encore faut-il connaître les limites. Celles-ci sont relativement nombreuses du fait du nombre d’exceptions spécifiques touchant au statut particulier des personnes (devoir de réserve, par exemple) ou à la nature des informations concernées (secret médical, secret défense).

On peut néanmoins citer quelques règles d’ordre général :

  • Limite 1 – Ne pas porter atteinte à la vie privée et au droit à l’image d’autrui (pour des précisons complémentaires voir les fiches Vie privée et internet et Image et vidéo).
    • Limite 2 – Ne pas tenir certains propos interdits par la loi : l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse, l’apologie de crimes de guerre, les propos discriminatoires à raison d’orientations sexuelles ou d’un handicap, l’incitation à l’usage de produits stupéfiants, le négationnisme.
    • Limite 3 – Ne pas tenir de propos diffamatoires : la diffamation se définit par toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne[1]. Il est possible pour se défendre d’une accusation de diffamation d’invoquer l’exception de vérité[2], c’est-à-dire de rapporter la preuve de la vérité de ses propos.
    • Limite 4 – Ne pas tenir de propos injurieux : l’injure se définit comme toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait.
    • Limite 5 – Il existe également des limites spécifiques telles que le secret professionnel, le secret des affaires et le secret défense.
    • Limite 6 – Certaines personnes, en raison de la fonction qu’elles occupent, sont tenues à un « devoir de réserve ». C’est le cas des fonctionnaires qui doivent exprimer leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce que l’extériorisation de leurs opinions, notamment politiques, soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des fonctions occupées. Plus le niveau hiérarchique du fonctionnaire est élevé, plus son obligation de réserve est sévère.

https://www.maisondesjournalistes.org/les-limites-de-la-liberte-dexpression/

(14) https://www.champeau.info/blog/2021/01/10/reguler-les-reseaux-sociaux-en-preservant-lideal-democratique/

(15) Christian Salmon : « Le trumpisme est le nom de cette vague conspirationniste qui refuse les pouvoirs institués »

(16) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/01/11/trump-l-emeute-et-les-gafa-sac-de-noeuds-6289915.html

(17) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/21/vivre-penser-et-eduquer-a-la-liberte-oui-mais-laquelle/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/01/15/liberte-que-de-betises-on-peut-raconter-en-ton-nom/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/06/19/il-ny-a-pas-de-tabou-dans-la-bible/

 

« Inculture au poing » : 3 idées reçues sur la lutte contre la pauvreté, avec Esther Duflo

Les aides sociales rendent-elles vraiment les gens paresseux ? 3 idées reçues sur la lutte contre la pauvreté menée en France, démontées par la Prix Nobel d’économie (2019) Esther Duflo, pour Brut.

 

Idée reçue 1 : Les aides sociales rendent les gens paresseux

« Ce qui est intéressant, c’est que si on se pose la question pour soi-même, en général, on ne donne pas la même réponse. On se dit : “Non, moi, si je recevais des aides, ça ne me rendrait pas paresseux. Mais les autres, oui” », assure Esther Duflo.

(….)

Idée reçue 2 : Les aides sociales, ça coûte cher et ça gaspille nos impôts

« En général, on exagère très largement la partie du budget qui va dans les aides sociales directement », informe Esther Duflo. Selon elle, il faut penser aux impôts comme une redistribution plus équitable et non comme du gaspillage.

(…..)

Idée reçue 3 : Une société sans inégalité sociales, c’est impossible

Esther Duflo se veut rassurante : « Il n’y a pas de loi économique qui dit qu’il faut qu’il y ait des inégalités dans le monde pour que le monde avance, il n’y a pas de nécessité économique aux inégalités. »

(…..)

La suite sur 3 idées reçues sur la lutte contre la pauvreté, avec Esther Duflo | Brut.

 

Aller plus loin encore : L’association ATD quart monde met à jour chaque année un ouvrage intitulé « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté » (Edition Quart Monde/Edition de l’Atelier, 2020). Basta ! s’en est inspiré, pour rappeler quelques évidences… trop souvent oubliées, nous invitant à démonter le mythe de « la France des assistés ».

Pourquoi certaines personnes vivent-elles dans la pauvreté ? Pour mieux appréhender cette problématique, le SEL nous propose de découvrir toute une série de dessins humoristiques évoquant plusieurs aspects de la question à partir de la Bible. Ces dessins sont donc à voir dans leur ensemble, comme les différentes pièces d’un puzzle.

Profitez-en aussi pour (re)découvrir notre étude biblique « Notre regard sur le pauvre ».

Contagion (de l’info et du virus) : l’intelligence des gestes barrières

Face à la « contagion » (du virus, mais aussi de l’info), l’intelligence… Source image : affiche du film de Steven Soderbergh (2011)

Avez-vous déjà vu « contagion » ? Ce film catastrophe au réalisme quasi-documentaire de Steven Soderbergh (2011, soit neuf ans après l’épidémie de SRAS et deux ans après celle du H1N1), avec Laurence Fishburne, Kate Winslet, Jude Law, Marion Cotillard, Matt Damon, Gwyneth Paltrow et bien d’autres, a connu un regain d’intérêt auprès du public en 2020 pour une raison bien compréhensible : dotée d’un bon scénario (sur les conseils d’un épidémiologiste de renom, Larry Brillant), cette production hollywoodienne suit en effet la progression d’un mystérieux virus mortel, le MEV-1, qui tue en quelques jours. Cela vous rappelle quelque chose ? A notre ère du pas encore post-Covid, « Contagion », en film factuel et peu enclin à l’emphase ou au spectaculaire, s’avère pertinent dans sa mise en scène de la propagation de l’information, autant que d’un virus(1).

De quoi ça parle ? 

Beth Emhoff, une femme d’affaires (Gwyneth Paltrow), retrouve son mari, Mitch (Matt Damon) et leur fils Clark chez elle, à Minneapolis, après un séjour à Hongkong. Malheureusement, elle revient de son voyage pâle et fiévreuse, et apparemment contagieuse puisque Clark montre déjà des symptômes lui-aussi. Mitch s’inquiète et il a raison : Beth n’a pas une grippette. Elle est en réalité victime d’une attaque virale fulgurante et meurt quarante-huit heures plus tard aux urgences. Quand Mitch rentre chez lui, il est déjà trop tard : Clark est mort aussi. Mitch est aussitôt mis en quarantaine puis relâché car il semble immunisé.

Très vite, l’épidémie prend de l’ampleur. Des cas similaires se développent aux Etats-Unis, avec les mêmes symptômes : une toux convulsive accompagnée de fièvre, puis des crises en rafale, une hémorragie ­cérébrale, et la mort. La maladie se répand sur tous les continents, provoquant plusieurs centaines de millions de morts.

Le département de la Sécurité Intérieure rencontre le docteur Ellis Cheever (Laurence Fishburne) pour savoir s’il s’agit d’une attaque bio-terroriste. L’épidémiologiste Erin Mears (Kate Winslet) est dépêchée sur place pour retrouver le « patient zéro » et mieux comprendre l’origine de ce virus mystérieux. Elle explique comment une telle épidémie a pu se répandre à une telle vitesse [« Un individu se touche le visage deux à trois mille fois par jour. Soit trois à cinq fois par minute. Il faut ajouter à cela le contact avec les poignées de portes, les fontaines à eau, les boutons d’ascenseur et les gens que nous croisons. »]….avant de contracter le virus à son tour.

Un bloggeur, Alan Krumwiede (Jude Law), se met alors à parler de théorie du complot, publiant les images d’une des premières victimes du virus sur son site web, avant de s’autoproclamer « voix du peuple » et pourfendeur du « Big pharma ». Il se prétend guéri grâce à un « remède miracle »,  le Forsythia – un traitement homéopathique – déclenchant au passage des mouvements de foules dans les pharmacies.

Moralité : « Face à la contagion, l’intelligence des gestes barrières ».

Le virus est mondial et ne saurait s’arrêter aux frontières, comme certains le pensaient pour le nuage de Tchernobyl (1986). Sa propagation, extrêmement rapide, est favorisée par l’interconnexion des réseaux commerciaux et touristiques. C’est le prix à payer d’une société mondialisée (manger des fraises « quand on veut », y compris en hiver ; passer une commande en un clic et être livré le lendemain……) mais aussi d’un monde privé de vie privée, où l’intimité est sacrifiée face aux déluges médiatiques (2).

[Attention, « divulgâchage », comme on dit : A la fin du film, le voile est levé sur l’origine exacte du virus : une chauve-souris, chassée de son habitat naturel par la déforestation (la faute à l’entreprise employant Beth Emhoff !), contamine un fruit mangé par un cochon qui sera manipulé, à mains nues, par un cuisinier hongkongais, pour finir dans l’assiette de Beth Emhoff….]

Enfin, la « contagion » est aussi celle du « buzz », lequel naît de la bêtise, ou de l’inconscience : bêtise (ou inconscience) d’Alan Krumwiede, qui fait le buzz avec son « remède miracle » [D’aucun verront une troublante coïncidence entre ce personnage de blogueur et l’infectiologue français Didier Raoult, qui joue aujourd’hui ce rôle de dissident en promulguant la chloroquine, jugée inefficace contre le Covid-19 (3)]. Bêtise des porteurs du virus qui, dans le film, semblent ignorer le principe même des gestes barrière, les uns toussant sans retenue au nez de leurs proches et les autres se côtoyant sans protection particulière. Parmi eux, Beth Emhoff, qui fait l’erreur de s’arrêter à Chicago pour tromper son mari et facilite ainsi la propagation du virus ; Erin Mears, qui comprend trop tard qu’elle n’est pas immunisée contre le virus de par son statut d’épidémiologiste…

On retiendra que, pour ne pas infecter les autres, il est possible de faire preuve d’intelligence. C’est à dire 1)de porter un masque quand c’est nécessaire, même si c’est contraignant [Et de comprendre qu’il n’est pas nécessaire d’attendre les règles du préfet ou du gouvernement pour savoir si nous devons mettre un masque et prendre les distanciations sociales. Nous respectons les consignes sanitaires en tant qu’individus majeurs, responsables et vaccinés(sic), conscients que « porter le masque protège les autres » et sans craindre « une atteinte à nos libertés »] ; 2)de se laver les mains régulièrement ; et, surtout 3) en évitant de se faire le relais de tout et n’importe quoi(4). Ce qui implique de prendre la décision d’en finir avec le réflexe de repartager des idées/informations toxiques (surtout celles non vérifiées et/ou lues « en diagonales »), et de pas (plus) s’y exposer.

L’intelligence (mais aussi l’humilité – face à l’orgueil de vouloir ou de croire « tout savoir », « tout contrôler » – et l’amour) reste donc le seul rempart contre la bêtise et notre seul vaccin contre le buzz. Il faut donc garder les yeux ouverts (faire preuve de discernement et de sobre bon sens), tout en « faisant un pacte avec nos yeux » (cf Job 31v1), s’abstenant de regarder, quitte à « arracher et à jeter loin de soi son œil droit », si celui-ci est pour nous « une occasion de chute » (Matt.5v29).  « L’oeil est la lampe du corps. Si ton oeil est en bon état, tout ton corps sera éclairé », dit Jésus (Matt.6v22).

Alors, pour 2021, « on arrête les bêtises » ?
Bande annonce du film : 
 
 
Notes : 
(1) Inspis pour le présent article : des analyses dans Critikat et le mag du ciné, ainsi qu’une explication du film.
(3) D’autant plus que ledit Didier Raoult admet en partie que l’hydroxychloroquine ne fonctionne pas….
(4) Ne pas relayer tout ou n’importe quoi, car les « infox » et autres théories du complot propagées sur Internet ont une influence sur les politiques de santé. Une étude a été menée dès 2009, lors de l’apparition de la grippe A (H1N1) : « quels effets pouvaient avoir les théories néoconspirationnistes, » démontrant « qu’il y avait bien un lien entre l’adhésion à une vision conspirationniste en matière de santé et un moindre recours aux pratiques de prévention recommandées par les pouvoirs publics.
De même, répandre des théories conspirationnistes sur la fraude électorale créé les conditions de violence politique, et plus particulièrement de la violence liée aux élections, comme cela a été le cas aux États-Unis, avec l’affaire des émeutiers du capitole.Des recherches universitaires ont montré que des discours politiques complotistes alimentent le risque de violences électorales. Les enjeux des élections sont très élevés, puisque c’est à cette occasion que se réalise le transfert du pouvoir politique. Lorsque des représentants du gouvernement rabaissent et discréditent les institutions démocratiques alors qu’un conflit politique est en cours, des élections contestées peuvent déclencher des violences commises par des foules en colère. [de même que lorsqu’on rabaisse et discrédite les institutions judiciaires, alors qu’un procès est en cours]

Pour un témoignage « chrétien », pas « crétin »

« Evangelicals explaining to the church martyrs how getting banned from social media for inciting violence is a violation of religious liberty and also persecution » (publié le 11/01 sur le compte twitter de « Not Permanently Banned Josh »). Source image : Mel Gibson assis aux côtés de Jim Caviezel, tous deux respectivement réalisateur et interprète principal du film « la passion du Christ » (2004)

Christianity Today, le principal périodique évangélique américain, s’interroge en ces termes : « Si les chrétiens diffusent des théories complotistes au sujet des élections [mais aussi, peut-on rajouter, du covid-19 – « qui ferait moins de morts » qu’une « grippette » – des vaccins ou des masques….], quelle crédibilité ont-ils lorsqu’ils annoncent la Bonne Nouvelle d’un Sauveur ressuscité? » [« If Christians are broadcasting conspiracy theories about elections, what credibility do we have when telling the world of the Good News of a resurrected Savior? »]

Pour ceux qui lisent l’anglais, c’est ici.

 

En parallèle, et en français, à lire, cet entretien inédit avec Stanley Hauerwas, accordé à l’équipe de l’hebdomaire Réforme.

Né en 1940 à Dallas, aux États-Unis, le méthodiste Stanley Hauerwas est l’un des grands théologiens protestants contemporains. Auteur prolifique, il a notamment consacré de nombreux travaux aux questions d’éthique. Peu de ses ouvrages ont été traduits en français, tels Etrangers dans la cité, co-écrit avec William H. Willimon (Cerf, 2016) et L’Amérique, Dieu et la guerre (Bayard culture, 2018). Dans cet entretien donné à Réforme à la fin de l’année 2020, il dresse un bilan sans concession des défis auxquels son pays est confronté, et expose ce qu’être chrétien signifie aujourd’hui dans un monde marqué par la pandémie. Ce constat du théologien, spécifique aux USA, où la Nation a remplacé la Réforme comme référence chez beaucoup de protestants américains, est-il généralisable ailleurs, par exemple dans notre beau pays ?

Extraits :

Quel est votre regard sur la situation inédite qu’ont traversée les États-Unis lors de la dernière élection présidentielle ?

Nous avons connu une crise constitutionnelle d’une extrême gravité. Comme toute démocratie digne de ce nom, la démocratie américaine repose sur l’État de droit, et l’État de droit a tant été malmené par Donald Trump que je crains qu’il ne soit difficile de s’en remettre. Le rôle qu’ont joué les chrétiens, tout au long du mandat de Trump, a été profondément ambigu. En le soutenant sans ambages, la droite religieuse et plus particulièrement les évangéliques se sont discrédités, au point que nous risquons d’assister je pense à la fin du témoignage évangélique aux États-Unis. Le problème, avec les évangéliques américains, est qu’ils sont américains avant d’être chrétiens, et on l’a vu de façon très nette dans leur soutien sans faille au président. Dans les années 1990, ces mêmes évangéliques tenaient un discours extrêmement critique à l’endroit de Bill Clinton, le président d’alors. C’était d’ailleurs justifié à bien des égards. Pourquoi n’ont-ils pas maintenu cette exigence avec Donald Trump ? Pourquoi ont-ils fermé les yeux sur chacune de ses frasques ? Voilà ce dont je parle quand j’emploie le mot « ambigu ».

(….)

Quelles devraient être les priorités pour l’Église aujourd’hui ?

C’est une bien vaste question, mais si je devais choisir un élément de réponse, je parlerais du commandement nous enjoignant à ne pas mentir. Car si mettre en œuvre la non-violence est chose exigeante pour le chrétien, parvenir à rester honnête et fidèle toute notre vie à une même personne n’a rien d’une évidence. (….) Maintenir, tout au long de notre vie, des relations honnêtes, sincères, est un grand défi pour les chrétiens.

(….)

Quel serait votre conseil pour les Églises chrétiennes, alors que le christianisme est en déclin aux États-Unis ?

Mon conseil serait le suivant : cessons de nous lamenter sur la perte d’influence politique et sociale des Églises, prenons cela comme la façon qu’a choisie Dieu de rendre à l’Église sa liberté. Et sur un plan plus individuel, demandons-nous chaque jour comment vivre de manière à ce que le témoignage d’un sauveur mort sur la Croix puis ressuscité détermine le caractère même de nos vies. Je vois cela comme un don, un don que nous devrions célébrer dans un monde qui ne croit plus qu’il est béni.

L’essentiel de l’entretien à lire ici.

 

 

Foireux liens de décembre (42) : protestantisme et laïcité, loi sécurité globale, immigration et héritage chrétien

Les « Foireux liens » de décembre : une actualité placée sous le signe des rapports entre laïcité et religions. Source image : public domain pictures

Chers lecteurs, voici la dernière édition de vos « Foireux liens » tant attendus, pour l’année 2020.  Au menu : Lois sécurité globale et séparatisme, protestantisme et laïcité, immigration et héritage chrétien, bilan de « la bataille des messes », « complots faciles », « pensée unique » et des témoignages….Bonne lecture !

 

1)INTERACTIF. Votre environnement est-il à risque? Calculez votre risque de contamination à la Covid-19 avec ce simulateur

Les chercheurs de l’Institut Max-Planck à Mayence ont développé un algorithme et ainsi démontré dans une étude publiée fin novembre qu’aérer régulièrement la pièce où vous vous trouvez permettait de faire baisser fortement le risque de transmission de la Covid-19. Grâce à leur modèle mathématique, Nice-Matin a construit ce simulateur pour nous aider à estimer le risque que présente notre environnement (et nos fêtes de fin d’année). La situation « de base » correspond à une pièce de 25m2 et de 2,50m de hauteur, sans ventilation ni fenêtre ouverte (un salon par exemple), dans laquelle nous resterions pendant 5 heures, avec 6 personnes sans masque dont une, infectée par le Sars-Cov-2 et contagieuse, parle environ 50% du temps (soit 2h30) à voix normale.Le risque individuel d’être contaminé serait de 30%. Avec une fenêtre ouverte 10 minutes toutes les heures, ce risque tombe à 12%.

À vous de modifier la taille de la pièce et ses caractéristiques (hauteur sous plafond, aération), le nombre de personnes qui s’y trouvent, la durée de l’événement, le port ou non du masque, le temps de parole et le volume sonore, pour les faire correspondre à votre situation.

https://pbs.twimg.com/media/EoZBJGWWEAID3AZ?format=jpg&name=4096x4096

2) Complots faciles

Vous êtes à court d’arguments face à un platiste, un antivax ou un Breton ? Plutôt que s’énerver inutilement, mieux vaut en rire… C’est ce que fait @ComplotsFaciles depuis quelques années, et ils s’apprêtent même à en faire un jeu.

En bonus, ce petit exercice : quand on vous parle d’une conspiration, au lieu d’essayer d’argumenter, rajoutez en une couche. Exemple – l’homme n’est jamais allé sur la lune – réponse : parce que tu crois vraiment que la lune existe ? Laissez mijoter quelques minutes et observez le résultat….

Sinon, vous pouvez toujours lire les témoignages de Julien (24 ans) et Leila (19 ans), lesquels racontent les raisons qui les ont attiré vers les théories conspirationnistes et la manière dont ils ont réussi à sortir de cet engrenage pour mieux appréhender le réel.

Voir aussi : « complotisme : mieux vaut prévenir que guérir », traduction d’un article d’Aleksandra Chichocka, directrice du département de psychologie politique à l’université du Kent, à Canterbury.

3) Peut-on être contre l’immigration et pour l’héritage chrétien ?

Certains leaders politiques confrontent le public à un dilemme. D’une part, ils veulent préserver l’héritage chrétien en Europe. Mais d’autre part, ils rivalisent d’idées pour accueillir le moins d’étrangers possible. Comment expliquer cette incohérence ?  Il est possible que ces politiques, notamment de droite, méconnaissent l’héritage chrétien. Lorsque le Pape François défend les migrants, leurs voix se lèvent pour dire qu’il serait un pape « de gauche ».  Or, depuis 70 ans, tous les papes ont défendu non seulement les migrants mais aussi un droit à l’immigration.

Le Pape François ne défend donc pas les immigrés parce qu’il serait « de gauche », mais parce qu’il est au sommet d’une institution dont la raison d’être est « d’agir en continuité avec la mission du Christ ».

4) Guiti News : un autre regard sur ce qui nous entoure

Vu sur l’hebdo protestant Réforme : Lancé par des journalistes français et étrangers ayant fui leur pays, le site d’information Guiti News porte un regard plus que bienvenu sur la situation des migrants, loin des fantasmes et des préjugés, et pour prendre conscience que l’on ne saurait réduire des personnes à un voyage qu’ils ont fait.

Découvrir le site https://guitinews.fr/

Voir aussi InfoMigrants, un site d’information destiné à lutter contre la désinformation dont sont victimes les migrants où qu’ils se trouvent : dans leur pays d’origine, sur la route, ou déjà dans le pays où ils espèrent bâtir une nouvelle vie

5) États-Unis. Donald Trump s’attaque à la loi Obama visant à encadrer et à améliorer l’alimentation des écoliers.

Dimanche 13 décembre, les États-Unis ont célébré les dix ans du Healthy, Hunger-Free Kids Act, littéralement la “loi pour des enfants en bonne santé et bien nourris”, adoptée par le Congrès américain en 2010 à l’initiative de Michelle Obama. Céréales complètes, baisse des quantités de sel et de “laits écrémés aromatisés”, le régime imposé aux écoles par son prédécesseur et grand adversaire n’a jamais convenu à Donald Trump. Quelques semaines avant de perdre le pouvoir, Donald Trump tente, encore une fois, de détricoter le travail de son prédécesseur, redoublant d’efforts pour rendre les normes alimentaires moins strictes, explique The Philadelphia Inquirer.

6) Bilan de la « Bataille des messes » : ni vainqueur, ni vainqueur

« La « bataille des messes » aura été l’un des fils rouges de cette année covidée, chez les catholiques et au-delà. Très au-delà », analyse le blogueur naturaliste catholique Phylloscopus. « Elle n’aura pas seulement fracturé l’Eglise de France [soit l’ensemble formé par les fidèles], ne sachant rien d’éventuelles divergences au sein de la CEF. Elles ont révélé [ce qui semble beaucoup plus grave pour le blogueur ] le gouffre qui sépare désormais les pratiquants, de quelque religion que ce soit, d’une part, et le reste de la société d’autre part ». Mais « comment en sommes-nous arrivés là ? Peut-être parce que l’esprit du temps est si imbibé d’utilitarisme qu’il récuse d’emblée tout ce qui ne lui semble pas rapporter, selon ses critères. (…..)  L’efficience du culte n’étant plus comprise, le culte a perdu toute valeur. Au mieux, il est assimilé à un spectacle : on met son autorisation sur un pied d’égalité avec l’accès aux cinémas ».

Et ce, d’autant plus que, dans ce contexte délirant, les théâtres jalousent les églises, lesquelles jalousent les centres commerciaux…

7) Foi & vie : « Protestantisme et laïcité, une histoire à reprendre »

Merci à Olivier Abel, professeur de philosophie éthique, pour m’avoir transmis l’information suivante : « Dans le contexte un peu tendu du « renforcement » législatif de la laïcité, et au cas probable où ce numéro de la revue (protestante et plus que centenaire) Foi & Vie nous aurait échappé,  voici le lien, sur lequel nous pouvons la télécharger librement. En bonus, Foi et vie protestantisme et laicité au format PDF, lequel nous donne un panel de diverses optiques sur la question, mais qui disent tous quelque chose de la sensibilité protestante sur la question. La revue Foi & Vie est passée intégralement au numérique depuis un peu plus d’un an, elle est gratuite, nous pouvons nous y inscrire pour recevoir gratuitement ses numéros (et ses archives !) en pdf d’une grande richesse. N’hésitez pas à diffuser ce lien autour de vous.

8) Matthieu Faucher lavé de toute accusation de prosélytisme

Accusé de prosélytisme, Matthieu Faucher, alors enseignant à Malicornay, est en conflit avec l’Education nationale depuis 2017. La cour administrative d’appel de Bordeaux estime que sa mutation d’office ne se justifiait pas. Par ailleurs, aucune faute professionnelle ne peut être retenue. « Il est (donc) enjoint au ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, d’affecter M. Faucher à l’école de Malicornay, dans un délai d’un mois », telle est la conclusion de la décision de la cour administrative de Bordeaux, laquelle estime que les lectures d’extraits de la Bible « ont présenté un caractère limité, et ne peuvent être regardées comme ayant eu pour objet ou pour effet de porter atteinte à la liberté de conscience des élèves ni comme ayant méconnu le principe de neutralité et de laïcité« .

Voir aussi cet article à lire dans La Nouvelle République.

9) 10 ans du CNEF: une inspiration pour la structuration de l’islam français ?

Le 15 décembre 2020, le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) a fêté ses dix ans d’existence.  Par rapport à la Fédération Protestante, l’autre grand réseau fédératif des protestants, c’est un petit nouveau.  Le CNEF n’a pas, pour l’heure, l’armature institutionnelle de son aînée. Et ses bases restent fragiles. Mais la dynamique enclenchée s’est révélée fructueuse au fil de la décennie 2010. Il rassemble aujourd’hui environ 60% du total protestant évangélique français (ce qui représente autour de 600.000 fidèles, sur un total d’environ un million, et a gagné sa crédibilité auprès des pouvoirs publics. L’ingrédient de la réussite? Une longue maturation « par le bas », sans incitation politique, portée par les églises, les réseaux (FEF d’un côté, pentecôtistes de l’autre). C’est au terme d’un lent parcours de rapprochement, de concertations multiples, d’échanges et de réflexions partagées, que ce projet d’œcuménisme intraprotestant, sur une base évangélique, s’est épanoui.  N’y a-t-il pas là des éléments à retenir dans les sempiternels débats sur la structuration de l’islam en France ? s’interroge l’historien Sébastien Fath dans une note de blogue.

10) Ce que le CNEF pense du projet de loi confortant les principes républicains….

Le projet de loi confortant les principes républicains a été adopté en conseil des ministres le 9 décembre. Il donne suite aux annonces du Président de la République pour lutter contre le séparatisme, lors de son discours du 2 octobre dernier.

Rendu public ces derniers jours, le texte a été étudié par le service juridique du CNEF, après échange avec le cabinet du ministre de l’Intérieur et le Bureau central des cultes qui ont demandé que des avis leurs soient retournés de la part du CNEF. Le Service pastoral du CNEF auprès des parlementaires se tient à l’écoute des députés et des sénateurs pour expliquer nos positionnements voire proposer des éléments pour des amendements. Le réseau des Délégués départementaux sera aussi consulté dans les prochains jours en vue de recueillir des avis de terrain.  Voici les principaux avis, synthèse de ce que le CNEF a envoyé au gouvernement sur ce texte. Un travail d’approfondissement et de propositions se poursuivra jusqu’à l’adoption du texte.

….Et ce qu’en pense la FPF dans une tribune critique dans les Echos

Le protestantisme français critique le projet de loi, présenté au conseil des ministres le 9 décembre 2020 et « renforçant les principes républicains » : une loi peu attractive pour l’islam, limitante et intrusive pour le protestantisme, l’un des principaux cultes concernés par le nombre des associations cultuelles.  Très concerné par ce projet de loi modifiant profondément une loi dont il a été un des plus fidèles soutiens, le protestantisme français constitue environ les deux tiers des associations cultuelles 1905. La FPF rappelle que la loi 1905, brandie comme un étendard par les tenants d’une laïcité restrictive de la liberté de culte, est en réalité une loi de liberté qui établit les termes du culte public. Elle rappelle en effet que si la République est laïque, la société elle-même dans son organisation ne l’est pas et doit être le lieu de la libre expression de tous les cultes. Les cultes signent par leur présence dans la société les deux dimensions qui se conjuguent : celle horizontale de la fraternité et celle verticale de la spiritualité.

11) Interview d’Emmanuel Macron sur Brut : a-t-il réussi à parler aux jeunes protestants ?

C’était l’événement politico-médiatique du vendredi 4 décembre. Ce jour-là, le président de la République a accordé une interview à Brut. Les vidéos du média en ligne sont regardées quotidiennement par 13 millions de spectateurs, dont plus de 60% ont moins de 35 ans. Ça tombe bien, Emmanuel Macron voulait tout particulièrement s’adresser aux jeunes. Ce jour-là, le chef de l’État a répondu aux questions de Rémy Buisine, journaliste de Brut, Yagmur Cengiz, journaliste qui travaille beaucoup dans les quartiers, et Thomas Snégaroff, journaliste professeur d’histoire. Ensemble, ils ont abordé les thèmes des violences policières, des contrôles au faciès, de la laïcité, de la place de l’islam dans la société, mais aussi du coronavirus, des Ouïghour, de l’environnement, etc.

Le ton était plus direct, plus détendu et les questions différentes de celles habituellement posées par les autres médias. Mais qu’en ont pensé les jeunes, notamment Elisabeth (19 ans) et Rosanne (26 ans), qui ont regardé « la version longue » ?

12) Rendez-vous manqué sur les religions entre des jeunes et leur secrétaire d’Etat

Retour sur le débat ayant eu lieu à Poitiers le 22 octobre dernier, entre Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat à la jeunesse, et une centaine de jeunes sélectionnés par la Fédération des centres sociaux, à propos de la laïcité et de la liberté d’expression, par La Vie et Politis.

13) Loi sécurité globale : vers une privatisation de la police ?

« Un homme […] est dans l’état de sécurité lorsqu’il peut prévoir qu’aucune violence ne lui sera faite, dont l’auteur ne serait empêché par » cet État « souverain à qui les hommes se sont tous assujettis ». Cette citation extraite du Leviathan de Thomas Hobbes de 1651 permet de rappeler que les États modernes se sont historiquement construits sur la promesse d’assurer la sécurité de leur population. Elle permet également de comprendre pourquoi ils se sont trouvés investis de ce que le sociologue Max Weber a qualifié de « monopole de la violence physique légitime » sur leur territoire. Mais ce monopole leur interdit-il de s’appuyer sur les forces du marché pour assurer le respect de l’ordre public établi par la loi ?

Non, à en croire la proposition de loi actuellement en discussion, relative à la sécurité globale. Le titre VII du texte contient en effet un certain nombre de dispositions renforçant le rôle du « secteur de la sécurité privée » présenté par ailleurs comme « un maillon essentiel du continuum de sécurité dans le pays, notamment dans un contexte de préparation de grands événements comme la Coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux olympiques de 2024 ». Le texte fait ce faisant œuvre de rupture dans la continuité

[A noter que le phénomène de la privatisation de la sécurité a déjà été analysé par le Tigre magazine en septembre 2009]

Voir aussi : Des outils pour un futur dirigeant autoritaire

Avec plusieurs lois adoptées ou en cours de débat en France, comme celle sur la diffusion d’images de policiers, Emmanuel Macron prend le risque de léguer des outils antidémocratiques à un futur dirigeant plus autoritaire, juge l’ancienne éditorialiste du New York Times Mira Kamdar dans le site The Atlantic (en anglais) :  « La France est assiégée et meurtrie. Le chômage de masse, la frustration que provoquent les restrictions liées au Covid-19 et la peur causée par de nouvelles attaques terroristes ne peuvent qu’exacerber les troubles et la division. Tout cela est évidemment une aubaine pour la dirigeante de l’extrême droite populiste, Marine Le Pen, adversaire la plus probable de Macron à l’élection présidentielle de 2022. La stratégie de Macron semble reposer sur trois volets : imposer un ordre strict, préparer des mécanismes de répression des manifestations de masse ; contrôler les reportages critiques dans la presse ; et s’approprier une partie du langage et des politiques de l’extrême droite pour la vaincre en lui volant suffisamment d’électeurs. Dans ce processus, la liberté que Macron défend si vigoureusement, et pour laquelle la France a tant sacrifié, est réduite par la loi, léguant à un futur dirigeant plus autoritaire une puissante palette d’outils antidémocratiques. » Mira Kamdar (https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2020/11/france-about-become-less-free/617195/)

En savoir plus sur la loi « Sécurité globale ».

14) Choix éditorial

 (Vu sur twitter le 02 décembre 2020) Vous l’avez certainement vu ou entendu en boucle sur les chaînes d’info : Le Président Emmanuel Macron a annoncé des « mesures restrictives et dissuasives » pour les Français voulant skier à l’étranger à Noël……Sauf que pour 10 millions de Français, la question n’est pas de savoir s’ils pourront skier à Noël, mais s’ils pourront manger à Noël.

15) La phrase du mois : « Plus on aide les gens, plus ils sont aptes à sortir de la trappe à pauvreté »  (Esther Duflo)

A moins que vous ne préfériez celle-ci :

« L’unicité de pensée de ceux qui ne suivent pas la pensée unique me laisse penser que la pensée unique n’est qu’une pensée parmi d’autres » (« Piquée » sur le compte twitter du pasteur Laurent Descos, 21/12/20)

16) Un pasteur auprès des sans-logis

La situation actuelle, en lien avec la pandémie de Covid-19, ne constitue pas uniquement un défi sanitaire. Elle entraîne également une explosion de la pauvreté en France. Entretien avec le pasteur Gilles Boucomont, président de la Mission évangélique Parmi les sans-logis à Paris.  Un contenu proposé par Croire et vivre le 7 décembre 2020

17) Christ & collecte 

Le confinement 2.0 a déjà promu comme palliatif à la fermeture générale la pratique du « click and collect ». Une fois dépassé l’agacement de l’expression anglaise, ce qui frappe c’est le primat du consumérisme qui se dégage de cette « solution » donnée à la société pour préserver la vie matérielle des consommateurs que nous sommes, quand bien même nous aurions envie d’être bien plus que des consommateurs…En Eglise nous vivons la pratique du Christ & collecte.

18) L’Évangile est une bonne nouvelle – pas un bon conseil (Timothy Keller)

Faire la distinction entre une nouvelle et un conseil est très important. Un conseil est un avis sur ce qu’il convient de faire. Une nouvelle est le récit Evènements qui se sont déjà produits. Un conseil vous incite à prendre une décision. Une nouvelle vous pousse à prendre acte de ce qui s’est produit pour agir en conséquence. Un conseil vous laisse la responsabilité d’agir. Une nouvelle indique que quelqu’un d’autre a déjà agi. Imaginons qu’une armée d’envahisseurs s’approche d’une ville. C’est d’experts militaires dont la ville a besoin ; elle a besoin de prendre conseil. Il faut que quelqu’un explique qu’il faudrait positionner des remparts de terre et creuser des tranchées là, que les tireurs doivent se poster là-haut et les chars ici, en bas.  Par contre, lorsqu’un grand roi a intercepté et défait une armée d’envahisseurs, de quoi la ville a-t-elle besoin ? Elle n’a pas besoin d’experts militaires ; elle a besoin de messagers, dont le mot correspondant en grec est angelos, les anges. Les messagers ne vont pas dire : « Voici ce qu’il faut que vous fassiez. » Ils vont plutôt dire : « Je vous apporte une nouvelle qui sera une grande joie. » Autrement dit: « Ne vous enfuyez plus ! Arrêtez la construction de fortifications. Arrêtez d’essayer de vous sauver vous-même. Le Roi vous a sauvé. » D’autres ont déjà agi, et cela change tout.

19) Comment devenir plus catholiques en s’inspirant des Evangéliques : Une belle recension du livre d’Henrik Lindell et de Pierre Jova par mon ami Alain Ledain, à lire sur son site « Ethique sociale chrétienne ». Ne manquez pas de le saluer de ma part, cela lui fera plaisir.

20) Pourquoi attachons nous du poids à telle ou telle idée ? Entretien avec Bertrand Labasse sur la valeur des informations

Pourquoi attachons nous du poids à telle ou telle idée ? La prolifération de discours parfois tout à fait délirants devrait inciter à réexaminer au fond les explications qu’on en donne. Bertrand Labasse est professeur aux départements de français et de communication de l’université d’Ottawa. Ses recherches concernent notamment l’étude des déterminants cognitifs et sociaux de la production et de la réception des informations médiatiques, scientifiques et culturelles. Il vient de publier en français « La valeur des informations. Ressorts et contraintes du marché des idées » (Presses de l’université d’Ottawa, 2020), dans lequel il propose un modèle pour expliquer la valeur que nous attribuons aux contenus qui nous sont proposés, mobilisant à la fois la pertinence cognitive (l’effort et l’effet, qui s’étagent tous les deux entre différents niveaux, du plus spontané au plus élaboré) et la convenance sociale (la proscription et la prescription, selon un continuum qui va, cette fois, de l’implicite et de l’explicite jusqu’au formel). Au risque, parfaitement assumé, de se voir reprocher de marier ainsi des registres d’explication relevant de disciplines différentes.

21) Contre l’hérésie numérique 

Les hérésies sont séduisantes et trompeuses mais elles ont un avantage : elles nous montrent que penser d’une façon ou d’une autre n’est pas indifférent. Il existe bien une hérésie numérique et nous sommes plongés dedans. Le numérique nous séduit, c’est sûr ; mais quand ça nous fait croire que ça nous rend libre, ça nous trompe : ça ne fait que nous mettre en capsule…

22) Lecteurs de sensibilité

Les « sensitivity readers » sont des personnes qui relisent des manuscrits pour en chasser les représentations fausses, les stéréotypes offensants, les propos racistes, homophobes ou négligents vis-à-vis des handicapés. Le site Cheek Magazine analyse ce phénomène, encore marginal et mal perçu en France. Certains y voient une forme de censure, quand d’autres estiment qu’il met en lumière un manque de diversité dans le domaine de l’édition

23) Insolite : Emprunter une personne

Au Danemark, il existe des bibliothèques où vous pouvez « emprunter » une personne. Chaque livre/humain porte un titre comme « autiste », « chômeur », « sidéen », « alcoolique », ou encore « musulman », « réfugié », « bipolaire », « obèse ». Une fois emprunté, votre « livre » vous racontera, pendant environ 30 minutes, son histoire fascinante. On demande au lecteur d’être curieux et de poser des questions, et aussi de respecter le livre et de le rapporter à temps pour que d’autres puissent en profiter. Au fil des pages, vous réaliserez peu à peu à quel point il ne faut pas juger un livre par sa couverture. Fondée il y a 19 ans à Copenhague, l’initiative du groupe The Human Library a pour objectif de lutter contre les préjugés par le dialogue. Aujourd’hui présent dans plus de 85 pays, l’organisme peut vous aider à organiser dans votre milieu une bibliothèque humaine. Ils sont aussi toujours à la recherche de nouveaux « livres à publier », si cela vous intéresse… pour autant que vous soyez plutôt du type « livre ouvert » !

Et le dernier pour la route :

« Brief me » : je vous ai déjà parlé sur ce blogue de ce média indépendant, sans publicité, au format épuré, qui explique et met en perspective l’actualité.

Brief me propose une newsletter chaque soir à 18h30. Le samedi matin, une édition du week-end permet d’approfondir en revenant à la source d’un sujet d’actualité de la semaine. Nous aimons, outre le format épuré, la profondeur des analyses et le service qui offre bien plus qu’une simple revue de presse ou ce qu’offrent habituellement les sites d’agrégation de contenu/d’ « actus commentées »/ »billets d’humeur » : l’équipe fait en effet un véritable travail journalistique, lequel consiste à mener une veille qui va bien au-delà des dépêches d’agences de presse. Des journalistes professionnels analysent chaque jour des centaines de sources pour sélectionner les informations qui leur semblent les plus pertinentes selon les rubriques. Chaque information retenue est d’abord vérifiée. Il leur arrive de renoncer à certains sujets s’il s’est avéré impossible de trouver des sources suffisamment fiables.

Il est possible de tester Brief me gratuitement pour se faire un avis.

 

Ces « foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont retenu toute votre attention. Prochaine édition en février 2021.

 

 

 

 

« La guerre des spectacles » de Tony Reinke : ou comment « chérir Christ à l’ère des médias »

« La Guerre des spectacles » : un livre de théologie de la culture visuelle (Source image : première de couverture de l’ouvrage de Tony Reinke)

« Qu’il soit vrai ou faux, voire de la pure fiction, un spectacle [tout ce qui se dispute nos yeux] est une chose visible vers laquelle converge un regard collectif. Voilà tout l’objet de [« La Guerre des spectacles »], ce livre » (1) de théologie de la culture visuelle de Tony Reinke, paru en novembre 2020 et consacré à un sujet rare, à l’angle original. Selon l’auteur, par ailleurs directeur des communications du ministère « Desiring God », et auteur de « Génération smartphone », « la guerre des spectacles » est l’illustration de cette tension qui existe entre le spectacle de la gloire de Dieu et les spectacles du monde.

Initialement, nous, humains, avons été créés avec une soif de voir la gloire. C’est, par exemple, l’aspiration de Moïse en Exode 33v18 qui fait cette demande à Dieu : « Fais-moi voir ta gloire ! ». « Nos cœurs recherchent la splendeur tandis que nous fouillons du regard la grandeur (…) Cette aspiration intense a été créée pour Dieu », souligne encore Tony Reinke. Malheureusement, nous sommes le plus souvent captivés par d’autres choses, à savoir « les films et les divertissements, la politique, les vrais crimes, les potins sur les célébrités, la guerre et les sports en direct »(2), dans lesquels le monde sans Dieu cherche la gloire.

De là cette exhortation et cette invitation à différer nos attentes de spectacles qui ne sont que distractions et diversions, pour nous exercer à regarder dans la bonne direction : c’est là l’objet du culte rendu à Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20), lequel « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15). L’enjeu est de taille car « nous sommes des créatures façonnées par ce qui attire notre attention, et ce à quoi nous accordons notre attention devient notre réalité objective et subjective (…) Nous prêtons attention à ce qui nous intéresse ; nous devenons semblables à ce que nous regardons »(3).

Nous pensons alors à ce que nous laissent espérer 2 Cor.3v18 : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit », comme à cet avertissement du Christ : « Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul? » (Jean 5v44).

La fin du livre nous livre quelques pistes intéressantes d’application : ainsi, par exemple, le fait que « les relations transforment notre interaction avec les spectacles » (4), ce qu’il me semble être un remède à l’indifférence. Ce mal moderne est « l’incapacité de distinguer les différences », soit un « trouble de la perception qui empêche de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur.  L’indifférence est justement un dérangement opposé à celui de Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », lequel s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Paradoxalement, ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne. Il distingue ainsi mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême, allant jusqu’à faire irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable »(5).

Au final, un livre qui devrait faire référence sur le sujet, ou du moins, ouvrir la voie à d’autres pistes de recherches et de réflexions chrétiennes sur cet éternel enjeu de « la société du spectacle » jadis décrite par Guy Debord en 1967.

 

En bref : « La guerre des spectacles : chérir Christ à l’ère des médias », de Tony Reinke. Editions Cruciforme, 2020. Je remercie BLF éditions, partenaire de Cruciforme, de m’avoir fait découvrir gracieusement l’ouvrage « en service presse ».

 

 

Notes :

(1) « La guerre des spectacles : chérir Christ à l’ère des médias », de Tony Reinke. Editions cruciforme, 2020, p 19

(2) Tony Reinke, op cit, p 23

(3) Tony Reinke, op cit, p 25

(4) Tony Reinke, op cit, p 168

(5) De Luca, Erri. « Indifférence » IN Alzaia. Rivages et Payot, 1998 (Bibliothèque rivages), pp 95-96