Quand deux pasteurs nous parlent de « Black Mirror » : ce qui est bon pour eux est-il bon pour nous ?

« Ne risquons-nous pas de devenir les « complices » impuissants – mais prêts à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? »
(Scène de la série « Black Mirror »)

Ce billet (1) est avant tout destiné à susciter réflexion et à ouvrir une discussion sur ce qui semble être devenu un cas d’école, plutôt que de dire aux internautes ce qu’ils doivent faire.

Dans leur deuxième émission de « Memento Mori », un tout nouveau podcast hebdomadaire « qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ », Matthieu Giralt et Raphaël Charrier, tous deux pasteurs, s’entretiennent l’un et l’autre en passionnés – et de manière passionnante – de « Black Mirror », une série « qui cartonne sur Netflix ».

Dans cet épisode, Raph et Matt s’efforcent de répondre aux questions suivantes : « C’est quoi cette série ? Quels sont les deux épisodes qui t’ont le plus plu ? Quels sont les thématiques qui te parlent le plus ? Quelle sagesse cela doit nous pousser à avoir ? »

Pour ceux qui ne connaissent pas, « Black Mirror » est une série britannique d’anthologie (2011), ce qui signifie que chaque épisode est traité de manière indépendante. La série n’est pas linéaire par son scénario mais par sa thématique. A ce sujet, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est le sens de son titre) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité ».

Remarques personnelles :

Certes, l’on devine l’intérêt sociologique et apologétique d’une telle série, et la thématique m’intéresse particulièrement, mais la lecture de plusieurs pitchs ne m’a personnellement pas convaincu de la regarder, du fait de sa violence et de son regard cynique sur la société et les êtres humains.

Par ailleurs, au-delà de toutes les analyses – pertinentes – que l’on peut en faire, cette série dite à succès me paraît soulever plusieurs questions majeures :

1)Peut-on la regarder avec le recul nécessaire, même à des fins d’apologétique culturelle ? Ou nous trouvons-nous « dans l’impossibilité » de nous empêcher de la regarder, du fait de son pouvoir fascinant, par exemple, face à la vision d’une scène/image déplaisante ou difficilement supportable (gore, érotisme….selon les pitchs lus) ? Comment « se sent-on », après chaque épisode, et pourquoi ? Ne risquons-nous pas de devenir le « complice » impuissant – mais prêt à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? Dans cette perspective, quid de notre « libre arbitre », de notre liberté de regarder/de s’arrêter de regarder la série ?

Puisque l’on parle de « libre arbitre », et en guise de complément à l’émission de Matthieu et Raphaël, je vous invite notamment à lire ce très intéressant article du journaliste Pierre Sérisier, paru en 2012 sur son blog « Le Monde des séries », lequel souligne que l’avenir (ou le présent) dépeint par Black Mirror illustre « avec une justesse impeccable une notion difficile à cerner, l’akrasia, ou acrasie (étymologiquement du grec kratos, le pouvoir, et a-, préfixe privatif), concept philosophique qui désigne communément une faiblesse de la volonté ». D’après Pierre Sérisier, il ne serait « pas question [dans cette série] de dénoncer la technologie, l’omniprésence des écrans, mais seulement de montrer comment cette technologie qu’aujourd’hui nous nous imposons nous imposera demain un certain mode de pensée, une attitude où l’événement médiatisé perd de son humanité et se soustrait au jugement qui devrait se faire. En faisant en sorte que leur volonté et leur libre arbitre ne soient qu’un deuxième choix après avoir épuisé la possibilité que la technologie leur offre. La série échappe pourtant au lieu commun qui consisterait à dire que nous sommes devenus seulement des esclaves de cette technologie et montre plutôt que le fait même de porter un jugement éclairé et agir en conséquence va devenir de plus en plus difficile à mesure qu’on sera, de plus en plus, abreuvé d’informations et dépendants d’elles, jusqu’à faire du libre-arbitre de l’individu et de sa volonté des choses un peu illusoires, qu’on possède toujours naturellement mais qu’on abandonne de fait ».

2) De fait, en écho avec ce qui précède, il en ressort que le choix du thème de l’émission – et surtout de son angle – soulève un sérieux problème – et pas des moindres –  que n’avaient peut-être pas (suffisamment, du moins) anticipé Matthieu et Raphaël. Ce problème se trouve pointé par le témoignage de l’internaute « Lucie ». Le partage de son expérience personnelle avec la série, dans l’espoir « qu’elle puisse servir à d’autres », m’a paru particulièrement bienvenu, dans sa façon d’interpeller avec grâce les deux pasteurs, leur rappelant leur responsabilité : « Au-delà du fait qu’humainement, Black Mirror est une série complète, bien réalisée qui a effectivement ce don de « captation » (….), j’avais décidé d’arrêté de regarder cette série, qui pour ma part ne m’édifiait pas mais me plongeait dans un profond malaise », explique-t-elle. « Puis j’ai écouté votre podcast. Là je me suis dit « tiens, des pasteurs en parlent et l’ont regardé, c’est que c’est ok finalement ». Vu que vous mettiez tout de même en garde vis à vis de la saison 1, je me suis dis que j’avais loupé des épisodes intéressants (…..). J’ai donc décidé de reprendre la série où je l’avais arrêtée. Il y a effectivement des épisodes « non violents » et intéressants pour le débat (….), mais la saison 2 et la saison 3 ont tout de même leur lot d’épisodes à caractères sexuels ou violents (la série et d’ailleurs classée 16+ sexe violence). Ce sont des images et des scènes qui s’imprègnent, que je n’avais pas spécialement envie de voir. Quelque part ça a été une occasion de chute pour moi ». Et l’internaute, qui a pris une nouvelle décision de pas continuer à regarder la série,  de rappeler que « TPSG s’adresse également à des plus jeunes, qui en entendant ce podcast se diront comme moi, « c’est ok on peut regarder ». Et même si vous émettez une objection quant à la saison 1, les ados (ou moins jeunes d’ailleurs) par curiosité la regarderons probablement, ainsi que les autres saisons ».

« Moralité », comme le souligne David, un autre internaute, « ce n’est pas parce que des pasteurs aiment [l’on devine qu’ils ont vu l’intégralité des saisons de la série] que c’est OK. Chacun a une sensibilité différente, et même plus que ça : des points sensibles différents. Ce qui est OK pour un pasteur ne l’est donc pas forcément pour nous, à chacun de juger pour lui-même. Pour éviter l’amalgame chez les plus jeunes il faudrait peut-être que les deux podcasteurs soient plus précis sur ces questions-là ».

Ceci dit, il est important de bien comprendre l’intention première (bien clarifiée par Raphaël dans sa réponse aux internautes, que j’ai appréciée) de « Memento Mori », et il n’y a pas à remettre en question le souci des deux pasteurs d’encourager l’Eglise à progresser en sainteté et en pureté. Néanmoins, relève encore l’internaute Lucie, si les deux podcasteurs ne recommandent pas expressément de regarder la série, certains seront inévitablement conduits à la regarder, par curiosité et « pour se faire une idée », suite à l’émission. S’il n’y a donc effectivement pas de « pub » pour Black Mirror, le simple fait d’en parler [surtout de manière passionnée] peut inciter des chrétiens à la regarder.

Certes, précise Raphaël en réponse aux remarques des internautes, « ce n’est pas parce qu’un pasteur en parle que c’est OK ». Sauf que, souligne encore Lucie, « Dieu nous demande à tous d’être des témoins pour les autres ». Je dirai même plus : et à être  « les gardiens de nos frères ». Si je suis libre de mes choix, je ne suis jamais libre des conséquences de mes choix, puisque je vis dans un cadre social bien réel, qu’il s’agisse de la famille, de la société, d’une communauté, ou d’une collectivité, autant de structures où est censée fonctionner une certaine interdépendance. Les Épîtres nous enseignent d’ailleurs que nous sommes un corps et pas une simple addition d’individus. D’autre part, relève encore Lucie, « le simple fait de savoir qu’un pasteur ait pu regarder cette série peut nourrir l’ambiguïté », quand bien même ledit pasteur en parlerait « de manière éclairée et biblique », dans le but de nous inviter à prendre du recul.

« Moralité(bis) » : comme le reconnaît encore Raphaël, dans sa réponse aux internautes, il est un piège à vouloir « dissimuler la convoitise de la chair derrière une prétendue quête d’analyse culturelle. Malheureusement, beaucoup de chrétiens se laissent endormir par ce qu’ils consomment ». Tout à fait. C’est pour cela qu’il serait temps que les chrétiens cessent de se comporter en « con-sommateurs » pour se comporter en chrétiens adultes responsables, capables d’exercer leur autorité et leur discernement de croyant, soit leur capacité à ne pas dire « oui » à tout.

Conclusion (provisoire ?) :

Comme souligné au début de cet article, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est d’ailleurs le sens du titre de la série) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité…». Mais pourquoi aller chercher ce type de révélation dans la technologie en général, et particulièrement dans une série addict telle que « Black Mirror » ?

Puisque l’on parle de « révélation », notions que l’ « Apocalypse », dernier livre de la Bible et que l’on peut qualifier de « science fiction de la littérature biblique », ne signifie pas « catastrophes », mais « révélation ». Et même « révélation de Jésus-Christ ». Comme l’explique très bien ce répondant sur « 1001 questions », « des images très impressionnantes sont employées, mais pas qu’inquiétantes, pour nous dévoiler en fait le mystère de la présence de Dieu au cœur du monde, y compris dans les temps difficiles (mais pas que !). En ce sens, le livre de l’Apocalypse ne décrit pas l’avenir mais le présent de tout croyant aux prises dès maintenant avec l’incompréhension, l’injustice mais aussi l’espérance et la présence de Dieu ».

En somme, l’inverse d’une fausse prophétie, non biblique, qui écrase et démolit, est la prophétie biblique véritable, laquelle édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Ce que « Black Mirror » ne permet – semble-t-il – pas au téléspectateur, qui se trouve condamné à l’état de voyeur se sentant continuellement coupable mais toujours prêt à en redemander….Franchement, voulons-nous vraiment être réduit à cela ?

 

 Notes :

(1) Plus exactement, ce billet se veut la synthèse d’une discussion qui a suivi l’émission « Memento Mori », diffusée sur TPSG, et à laquelle j’ai personnellement pris part, pour rendre plus visibles les enjeux soulevés.

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Foireux liens de mai (27) : comment ne plus être privé de « vie privée »

Mark Zuckerberg, sous les feux des projecteurs, lui qui est bien peu friand des caméras. Durant près de quatre heures, le patron de Facebook a dû répondre aux questions des parlementaires américains le 10/04/18 (Source : France 24)

Nos « foireux liens » sont de retour, avec une nouvelle sélection de ce qui a marqué l’actualité depuis ces deux derniers mois. Cette édition de mai a, cette fois-ci, la couleur et le goût de la « culture de l’internet et du numérique », avec des enjeux touchant au respect de notre vie privée dont nous parlons régulièrement sur ce blogue. Nous le voyons d’autant plus « nettement » aujourd’hui : la nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui promet, de façon illusoire, un monde sans vie privée est peut-être l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques décrits dans l’excellent « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains »(Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013) de Marc-Alain Ouaknin.

1) Facebook – Cambridge Analytica : un scandale en quatre temps

Le 17 mars 2018 dernier, des médias anglo-saxons ont révélé qu’une entreprise de collecte et traitement de données, Cambridge Analytica, était au cœur d’un vaste scandale de manipulations de data collectées via Facebook. Celles-ci qui auraient influencé la campagne présidentielle de Donald Trump, mais aussi le vote sur le Brexit. Explications sur La Croix.

Voir aussi : Cambridge Analytica et Facebook : « Le respect de votre vie privée nous tient à cœur. » #OuPas

Alors que la société est dans la tourmente, l’affaire Cambridge Analytica en lien avec l’élection de Donald Trump révèle comment le premier réseau social du monde utilise les données des utilisateurs de son service gratuit. Savoir quelles sont les données collectées (et surtout comment) peut permettre de limiter l’immixtion dans sa vie privée, mais l’ampleur de la collecte rend la poursuite de cet objectif bien illusoire, car c’est bien connu : « si c’est gratuit, c’est toi le produit ! »  Analyse sur The Conversation.

2) Le site internet des impôts offre à Google des données de millions de Français, qui ne disent pas « Bercy » 

On est certes loin du scandale « Facebook-Cambridge Analytica, mais cela fait tout de même « un peu tâche ». Next Inpact relève qu’en obligeant à regarder une vidéo informative hébergée sur YouTube, Bercy a permis au géant américain de récupérer des informations sur les internautes.

Ce n’est pas la première fois qu’un site gouvernemental utilise trop librement les services de Google. Next INpact rappelle également que l’Élysée multiplie les mauvaises habitudes sur son site. Et l’utilisation de Google peut aller encore plus loin, au ministère des Armées par exemple, où des services manipulant des données sensibles (mais non classifiées) utilisent à titre professionnel des messageries Gmail, y compris en opérations extérieures.

Un modèle plébiscité par les utilisateurs. Source : Reflets.info

3) Face au pillage de nos données personnelles, la guerre est ouverte entre le Parlement européen et les géants du Net

Données partagées sur Facebook, pistage via des cookies ou grâce à la géolocalisation de votre smartphone… les informations que nous laissons sur Internet sont de plus en plus nombreuses et sensibles. Pendant qu’en France, certains députés veulent faire des données personnelles un patrimoine à monétiser, le Parlement européen souhaite au contraire mieux les protéger. Un nouveau texte sur la protection de ces données intimes est en discussion à Bruxelles et soumis à un intense lobbying des géants du Net. Un règlement européen doit entrer en vigueur en mai. Quel sont les enjeux ? Ces règlements peuvent-ils mieux nous protéger ? Le point sur Bastamag.

4) La fin de la Neutralité du net : quelles conséquences ?

A la fin de 2017, les États Unis, par Donald Trump, ont décidé d’abroger une décision d’Obama sur la neutralité d’internet. Un vrai séisme pour vous tous internautes. « zeboute » nous explique pourquoi.

5) « Apocalypse (now)de l’information » :  Aviv Ovadya, responsable des nouvelles technologies au Center for Social Media Responsability de l’Université du Michigan, avait prédit la crise des Fake News de 2016, sans être entendu. Aujourd’hui il nous annonce une apocalypse de l’information : en clair, que se passe-t-il quand n’importe qui peut faire croire que n’importe quoi est arrivé, que ce soit vrai ou pas ? La réponse ici.

6) Cyberviolence : certains clics sont pires que des claques !

Qu’il est loin le temps du discours utopique sur l’Internet ! Loin le temps où des esprits enthousiastes pensaient que la technologie du world wide web avait vocation à servir les idéaux démocratiques, participatifs et autogestionnaires. On a vu, durant la décennie écoulée, combien les logiques mercantiles s’en étaient emparées ; combien certains opérateurs agissaient en prédateurs pour s’assurer un monopole ; combien les groupuscules extrémistes l’utilisaient pour répandre leur haine ; combien les terroristes l’instrumentalisaient pour attirer à eux de nouveaux adeptes ; combien les États avaient eux aussi appris à s’en servir pour en faire un support d’influence ou de déstabilisation ; combien des enfants pouvaient en faire un moyen de cyberharcèlement. Et si des usages démocratiques et participatifs ont pu éclore çà ou là, force est de constater que le côté obscur de la force est bien représenté dans le cyberespace. La suite de l’analyse sur The Conversation.

7) LaïCités, la lettre d’information française sur la laïcité et les religions

Tout observateur du terrain français sait l’importance qu’y occupe le thème de la laïcité. Le débat public autour de ces thèmes témoigne parallèlement de raidissements laïcistes et d’interprétations de la laïcité comme cadre de gestion ouverte d’un pluralisme religieux et culturel. Cela engendre aussi des attentes en matière d’information sur les religions dans une société sécularisée. Après les interruptions du site Fait religieux en 2015, et de la lettre professionnelle Laïcité & Religions du Monde des Religions, en juin 2016, est paru en octobre 2016 le premier numéro de LaïCités, un mensuel de 12 pages  diffusé sur abonnement sous forme électronique (format PDF), dont le sous-titre affiche clairement le projet : Lettre pédagogique des faits religieux et de la laïcité. Elle s’adresse d’abord aux enseignants, premiers concernés par les questions et réactions d’élèves, mais aussi à tous les curieux qui souhaitent mieux appréhender ces sujets sensibles. En savoir plus sur Religioscope, un site indépendant qui propose des informations et des analyses sur les religions dans le monde contemporain.

8) États-Unis : quelques tendances sociales et religieuses selon les enquêtes d’un groupe de recherche évangélique

Centre de recherche d’orientation évangélique, le Barna Group mène de nombreuses enquêtes statistiques, principalement sur la société et la religion aux États-Unis. Si beaucoup de résultats présentent avant tout un intérêt pastoral pour des milieux chrétiens, Religioscope a lu le dernier volume annuel publié par Barna pour en tirer quelques observations.

9) Ecoles privées : après le vote du Sénat, celui de l’Assemblée Nationale

Une proposition de loi centriste du Sénat, « visant à simplifier et mieux encadrer le régime d’ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat « , a été adoptée, le 29/03 à l’Assemblée nationale, pour mieux contrôler dès la rentrée 2019 ces écoles et s’opposer plus facilement aux ouvertures suspectes de nouveaux établissements. La loi a été promulguée le 13 avril 2018 et a été publiée au Journal officiel du 14 avril 2018. Les précisions sur LCP, la chaîne parlementaire.

Pour ceux qui souhaitent approfondir la question, voir ici le processus législatif.

10) Zoom sur….les Librairies chrétiennes, à la croisée de la foi et de la culture

Via l’interview de Jean-Baptiste Passé, 36 ans, directeur général de la libraire La Procure depuis octobre 2016, coup de projecteur sur la pratique de la lecture religieuse et l’industrie du livre.

« La théorie du Ruissellement expliquée par les chiens ». Dessin de Nicolas de la Casinière. Paru dans CQFD n°159 (novembre 2017), rubrique « Chien méchant ».

11) Emmanuel Macron a déclaré dimanche 15/04 ne « pas croire à la théorie du ruissellement », (ou « trickle down »), selon laquelle l’enrichissement des riches profiterait mécaniquement aux pauvres… Plus qu’une théorie, c’est un véritable dogme libéral, d’ailleurs rejeté par les français. Or, relève Patrice de Plunkett sur son blogue, ni Jean-Jacques Bourdin(RMC), ni Edwy Plenel (Médiapart) qui l’ont interrogé ne l’ont amené à dire si un dispositif légal allait obliger les français les plus riches à investir dans l’économie réelle les cadeaux fiscaux macroniens (dont l’exemption d’isf pour les biens spéculatifs). Sauf que rien n’est prévu dans ce sens. Si Emmanuel Macron ne croit pas au ruissellement, tout se passe comme si ce dogme (« gravé dans le marbre » ?) inspirait son action…Pour (re)voir l’intégralité de l’interview, c’est ici.

12) Dans quelle stratégie générale s’inscrit la « réforme » de la SNCF ? Une analyse de Patrice de Plunkett sur son blogue pour ne pas être dupe « de la version officielle…. »

« L’hôpital public gère des flux de patients selon le budget de la Sécurité sociale, quitte à renvoyer chez eux des malades incapables de se débrouiller seuls, plutôt que de produire des soins en fonction des besoins de la population. L’université, créée pour former des esprits critiques et les pousser vers les plus hauts accomplissements, travaille désormais à l’équilibre des comptes et aligne ses exigences sur celles du marché du travail. La Poste, fondée pour rendre un service universel de communication, se transforme en prestataire pour Amazon. France Télécom, séparée de la Poste puis privatisée, n’a plus vocation à équiper le pays en infrastructures ni à servir ses usagers, mais à vendre des produits, à conquérir des parts de marché, à satisfaire des actionnaires. Installée sur le marché international de l’énergie, EDF rachète des entreprises privatisées au Royaume-Uni. Quant à la SNCF, son obsession des lignes rentables à grande vitesse l’a conduite à sacrifier le transport de marchandises au profit de la route et à négliger les lignes conventionnelles… »

Voir aussi, sur The Conversation : « Réforme de la SNCF : en finir avec les données fausses sur les chemins de fer ».

Pendant ce temps, l’Assemblée a approuvé le principe du changement de statut de la SNCF.  Sur quoi porteront alors les négociations ?

13) Grâce aux grèves…..

Par Babouse

 

14) « Incroyable mais vrai » : la direction #Carrefour a proposé 150€ de bon d’achat aux salariés afin d’apaiser la colère des grévistes suite à la baisse de leur participation de 610 à 57€….

15) Biodiversité : des réserves ? Il n’y en a pas !

Pour en finir avec ce dernier classique, à s’arracher les cheveux par poignée : « Il y a toujours eu des espèces qui disparaissent et d’autres qui apparaissent ! Où est le problème ? Pourquoi parler de crise ? » Transposons : « Il y a toujours eu des gens qui meurent et des gens qui naissent. Pourquoi parler d’attentat, d’épidémie, de guerre mondiale ? Qu’est-ce qui fait la différence ? » Vous avez compris. Fichus scientifiques. Saletés d’indicateurs, foutue réalité liberticide…L’intégralité de l’analyse à lire sur le blogue de Phylloscopus, naturaliste catholique blogueur.

16) La Cimade s’insurge contre la loi Asile et Immigration adoptée dans la nuit du 22 au 23 avril 2018 par la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale. La France n’est pas submergée par des demandes d’asile, comme prétendent certains. Le pays des droits de l’homme n’a accepté que 81 950 demandes d’asile depuis 2015, soit 0,12 % de la population française, 10 fois moins que la Suède, 8 fois moins que l’Allemagne, 3 fois moins que le Danemark et la Belgique…

La Cimade continue donc de défendre une autre vision de l’asile et des migrations et réclame au Sénat la fin de l’enfermement des enfants en rétention, l’abrogation du délit de solidarité et la suppression du doublement de la durée de rétention. L’occasion de découvrir cette association loi de 1901, fondée par des mouvements protestants dont certains liés au scoutisme(Éclaireuses Éclaireurs de France) et membre de la Fédération protestante de France.

17) Ce qu’est et ce que n’est pas un engagement chrétien « équilibré »

Le « point théo » : La Déclaration de la NAE (National Association of Evangelicals) sur la responsabilité civique affirme : « La Bible fait bien comprendre que Dieu se préoccupe beaucoup du bien-être du mariage, de la famille, du caractère sacré de la vie humaine, de la justice pour les pauvres, du soin de la création, de la paix, de la liberté et de la justice raciale. » La conclusion que le texte en tire est que la communauté évangélique dans son ensemble devrait avoir une feuille de route équilibrée bibliquement : elle ne peut s’identifier à un combat qui ne porterait que sur un seul de ces sujets.

18) Les deux sous de la veuve : intéressante analyse de la scène de la veuve et de son offrande, à lire sur Point théo. Faut-il y lire un modèle individuel de générosité ou la dénonciation d’une injustice structurelle ?

19) Une nouvelle série prometteuse de Timothée Minard, à découvrir sur son blogue : La prophétie chrétienne d’après le Nouveau Testament

Tout chrétien qui veut réfléchir sérieusement sur l’ecclésiologie ou la pneumatologie biblique ne peut passer à côté de cet aspect exprimé dans l’Écriture : premièrement, l’Église est présentée comme un peuple-prophète inspiré par le Saint-Esprit et, deuxièmement, la pratique de la prophétie doit avoir une place de choix au sein des rencontres de l’église locale. Malgré cela, pour certains chrétiens, la pratique de la vraie prophétie, comme des autres dons miraculeux, n’est plus d’actualité.

20) Prophètes itinérants à l’heure d’internet

À l’heure d’Internet, les prophètes itinérants et les prédicateurs de passage s’invitent… sur nos écrans et dans nos salons. Pratiquons- nous un discernement éclairé ? Ils pourraient être « déguisés en moutons » (Mt 7.15). Comment les recevons-nous ? Ils pourraient être envoyés par le Grand Patron, nous interpelle le mensuel mennonite Christ Seul.

21) Arnaud Beltrame : ce que sa mort nous apprend sur notre nation : une chronique d’Etienne Omnès, dans le cadre « des Fils d’Issacar ». « Les Fils d’Issacar » sont connus, dans la Bible (1 Chr.12v32), pour « savoir discerner les temps ». C’est aussi le titre d’une analyse audio hebdomadaire d’événements et nouvelles depuis une vision du monde chrétienne, tenue par Étienne Omnès et Timothée Davi, disponible sur le blogue « Phileo-sophia ». Ne ratez pas son générique inimitable ! 😉

22) Un sujet presque passé inaperçu : Pendant que le monde entier a les yeux rivés sur la Syrie, la Chine de Xi Jinping met un nouveau tour de vis sur l’opposition, en visant cette fois les rappeurs et les religieux. Après les bouddhistes persécutés au Tibet, les musulmans ouïghours, c’est aujourd’hui au tour des catholiques chinois de faire les frais de la censure gouvernementale. Il est impossible de se procurer une Bible en Chine, dans les librairies depuis longtemps, mais depuis deux jours [08/04] cette interdiction touche aussi les ventes de Bibles en ligne. Et « en même temps », le Bureau des Affaires religieuses fait part de son projet de promotion d’un « christianisme chinois », avec à la clé une retraduction et une réinterprétation de la Bible.

23) « Secret des affaires » : La proposition de loi « sur le secret des affaires », adoptée en toute discrétion par les députés le 27/03, dans le cadre d’une procédure accélérée, a été adoptée mercredi 18/4 par le Sénat. Ce texte, durci par la Chambre haute, vise à renforcer la protection des informations au sein des entreprises. Mais il inquiète journalistes, lanceurs d’alerte et ONG. Une pétition contre ce texte a d’ailleurs recueilli plus de 350 000 signatures

 

Bonne lecture ! Prochain rendez-vous avec de nouveaux « Foireux liens » début juillet.

 

Emmanuel Macron aux Bernardins : Discours « très brillant » ou « drôle de discours » ?

« Drôle de discours » ou « discours très brillant », « séduisant » ?

Invité par la Conférence des Évêques de France (CEF) à une soirée inédite au Collège des Bernardins, lundi 9 avril, le Président de la République a tenu, pour les uns, un « très brillant discours », ou pour les autres, « un drôle de discours » aux catholiques de France.

Ainsi, dans une récente note de blogue, le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath nous partage son ressenti sur le fameux discours d’Emmanuel Macron, discours qu’il qualifie de « très brillant sur la laïcité et les relations entre l’Etat et les religions »(1). Une façon de le percevoir, bien sûr, car « Phylloscopus », un autre blogueur, catholique et naturaliste, le qualifie à l’inverse de « drôle de discours », dans lequel il perçoit la volonté manifeste du Président de « réparer le lien abîmé entre l’Église et l’État ». Mais, (se) questionne-t-il, s’agit-il vraiment d’un problème de lien entre l’Église et l’appareil d’État ? A moins qu’il ne s’agisse d’un problème de lien entre l’Église et la société ? Là est la nuance.

Voici, en complément de l’opinion de Sébastien Fath sur la question, cette intéressante analyse du blogueur, dont la pensée peut se résumer ainsi :

« Emmanuel Macron n’a pas cherché à dialoguer avec l’Église. Il lui a transmis une offre d’emploi, sans cacher le moins du monde le rapport de subordination qui s’ensuit. Il attend une Église En Marche, adhérente et soumise à la discipline de son parti. Il a proposé [le 09/04] à l’Église un poste de Chief Humanisation Officer dans la startup France. Ce poste, c’est un job, ou plutôt un stage non rémunéré, sous l’autorité du Président de la République, consistant à lubrifier sa politique en lui assurant un vernis d’humanisme qui servirait à faire taire les râleurs d’un côté et de l’autre. Le service d’humanisme-washing dont sa politique a besoin ».

En clair, ce discours serait celui d’un « commercial » ou d’un « manager », seule réalité connue par Emmanuel Macron. Je pense alors à « Huguenau », personnage du roman « Les Somnambules » d’Hermann Broch : dans ce roman, les hommes y sont établis dans des systèmes de valeurs différents, aucune entente n’est finalement possible entre eux. Certes, le personnage d’ Huguenau converse encore avec autrui, mais il y a cette lettre qu’il envoie, à la fin du livre, à un autre personnage, la veuve Esch, où il s’exprime entièrement dans son langage propre : le langage de l’individu entièrement commercial.

Voir aussi l’analyse du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett, à consulter sur son blogue. Et lequel Patrice de Plunkett nous invite à lire le discours, qu’il qualifie de « long, riche en références érudites dans sa forme », mais « réduit au fond à trois signaux :

Je connais la maison Eglise, son histoire et son langage ;

Je saurai vous écouter ; 

Ça ne m’influencera en rien. 

Les deux premiers signaux sont là pour enrober le troisième, qui perce en plusieurs passages du discours ».

Enfin, les plus pressés se contenteront d’un résumé du discours.

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

 

Note :

(1) Normalement, ce ne sont pas les relations entre « les Eglises et l’Etat » ?

 

« Les infirmières sont en grève mais elles ont trop à faire pour s’arrêter de travailler »

Source : « Les infirmières en colère ». Car elles ne sont pas « Shiva » !

Inspiré par les JO, vous faites du patinage artistique en deux roues, sur une plaque de verglas. « Crac ! » Cette figure libre vous conduit directement aux Urgences. Une fois sur place, vous trouvez que « les urgences » portent bien mal leur nom : trois heures d’attente pour faire une radio, autant pour avoir le résultat et six heures supplémentaires pour obtenir une chambre….Vous parlez d’urgence, vous manquez de mourir d’ennui en fixant le faux plafond, fixé à un collier cervical.

Vous ne savez ce qui vous retient de quitter l’établissement, peut-être votre clavicule et vos côtes cassées, ou la pudeur, car vous vous retrouvez en slip allongé et entubé sur une civière, dans un couloir glacé. Vous ne cherchez pas les vestiaires puisque vos affaires se trouvent dans un sac poubelle, sous le lit. Vous demandez une couverture à une infirmière, celle-ci vous répond qu’il n’y en a pas et que c’est pour cela qu’elle est en grève. Oui, les infirmières sont en grève, c’est d’ailleurs écrit sur leur blouse, mais vous n’avez pas toujours le temps de lire, vu qu’elles n’arrêtent pas de gesticuler. Les apparences sont trompeuses : les infirmières sont en grève mais elles ont trop à faire pour s’arrêter de travailler. Vous les imaginiez autrement, ces infirmières, mais elles ressemblent plutôt à des mamans exténuées par les 70 gosses qu’elles auraient eu chacune et dont elles doivent s’occuper dans leur journée de 10 heures, sans prendre le temps nécessaire de rassurer chacun d’eux. Vous n’avez pas le temps de faire connaissance avec « maman », puisqu’elle change trop souvent de visage et d’ailleurs elle ne se souvient pas de votre prénom. Elle vous appelle « le petit monsieur » : « il veut que je lui savonne le dos, le petit monsieur ? » « Non merci », répondez-vous, « le petit monsieur préfère se concentrer sur sa compote de pomme » pendant que, derrière le paravent, « maman » vide la poche à excrément de votre grand-frère aîné.

Enfin, vous quittez le CHU au bout de 5 jours, des draps tagués de revendications couvrent les grilles de la vie qui s’ouvrent de nouveau pour vous. Vous laissez vos petites mères à l’intérieur en emportant une part de leur révolte. Les infirmières ne sont pas assez payées pour ce qu’elles donnent, mais c’est la plus petite partie de leur revendication : elles manifestent pour la dignité humaine, soit pour leur droit de dire non ou de ne pas dire oui à n’importe quoi.  Elles manifestent pour cette dignité qui n’a pas de prix, pour leurs patients et pour elles aussi, bien sûr. Car il faut le savoir, les infirmières partagent les mêmes plateaux repas que les malades, vous pouvez le confirmez…C’est déjà une raison suffisante pour faire la grève…

[D’après « Crac », le pacte du mois de Nicolas Bertrand, IN La Décroissance, avril 2018, N°148, p 15]

Urgences saturées : chaque nuit, plus de 200 patients dorment sur des brancards. Hôpitaux publics : faute de places en chambre, de nombreux patients dorment chaque nuit sur un lit de fortune. Une situation qui augmente la mortalité de 5 à 30% pour les cas les plus graves, alertent les urgentistes

Au CHU de Rouen, le 05/04, face à une aide-soignante qui réclamait plus de moyens pour les hôpitaux publics, le président Emmanuel Macron rétorquait : « Y a pas d’argent magique ».

Des jeunes « pro-vie » contre « la culture et le supermarché de la mort »

Plus d’un million de personnes, dont de nombreux jeunes, ont marché sur Washington et dans de nombreuses villes des Etats-Unis, le 24 mars dernier, pour sensibiliser l’opinion américaine et les pouvoirs publics sur la question du contrôle des armes à feu et de la sécurité dans les établissements scolaires. Cette « Marche pour nos vies » a été initiée par les élèves survivants du lycée Stoneman Douglas, à Parkland, en Floride où a eu lieu une tuerie qui a fait 17 morts le 14 février dernier(1).

Une situation qui me rappelle quelque peu celle-ci et tant d’autres.

Jusqu’à présent et ce, en dépit des nombreuses tueries ayant notamment lieu dans les établissements scolaires (une fusillade tous les trois jours depuis janvier 2018), le « cycle infernal » est toujours le même aux USA : fusillade, indignation et prières, promesses, oubli. Malgré les bonnes volontés, la situation semble être condamnée à ne jamais évoluer, au nom « du culturel » (« la culture des armes ») et au nom du « sacro-saint » deuxième amendement, qui donne le droit constitutionnel aux Américains de « posséder et de porter des armes », et défendue âprement par le lobby des armes à feu, la National Rifle Association (NRA).

Sauf que là, non. C’est la plus grande manifestation jamais organisée en faveur d’une régulation des armes à feu aux Etats-Unis(1).

Ils ont marché. Maintenant, ils veulent mener jusqu’à son terme « le bon combat » pour leur vie et peser aux « midterm », les prochaines élections de mi-mandat, en novembre, avec pour mots d’ordre : « Never again » (plus jamais ça) », « Changez la législation sur les armes ou changez le congrès ».

Comme nous pouvons le lire sur le site du mouvement : “Be counted today, at the March For Our Lives in Washington DC and 800+ sibling marches across the globe. Be counted this November. And if you’ve already registered to vote – register your friends. Be counted next week, and the next, by continuing to show up and speak truth to power. Demand action. Join us in this Fight for our Lives”.

Saluons la prise de conscience de ces jeunes et de ceux qui les soutiennent, lesquels ont compris que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Et qu’être « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants.

Ils ont aussi compris que les belles paroles et les seules prières ne suffisent plus(2) : ils veulent des actes et interpellent leurs élus – certains liés à la NRA, à l’instar du Président Trump, lui-même farouche défenseur de ce lobby.

Ils manifestent ainsi « leur volonté de vivre dans un monde qui ait du sens, avec des adultes qui soient conscients de leurs responsabilités », souligne la psychanalyste Claude Halmos« Ils réclament – et ils le disent – un monde normal. Un monde où ils puissent vivre sans risquer d’être, un beau matin, abattu comme du gibier, par un déséquilibré. Un déséquilibré qui aura pu s’acheter une arme de guerre, aussi facilement qu’il se serait acheté un portable, parce que les ventes d’armes rapportent beaucoup d’argent à des lobbies prêts à tout – et surtout au pire – pour en gagner ». Et il est « rassurant », estime encore Claude Halmos, « que ces lycéens soient capables de prendre, de cette façon, leur destin en mains, d’en appeler à la loi et de demander aux adultes de tenir leur place et de les protégerIl est important qu’en France, les enseignants, dans les écoles et les lycées, parlent de ces manifestations à leurs élèves, dont certains peuvent être fascinés par le maniement des armes. Parce que ces lycéens sont un exemple, et un exemple particulièrement positif ».

De fait, ceux qui ont manifesté ont également compris d’emblée quel est le vrai problème : il n’est pas impossible en soi de légiférer sur les armes, sauf que certaines forces empêchent toute réforme en ce sens.

Ainsi, dire « c’est culturel, on n’y peut rien », en réponse aux survivants et aux proches des victimes des tueries, sonne comme une malédiction aux relents (pourris) de fatalisme. C’est aussi un aveu d’impuissance et un aveu (et un témoignage) que l’Eglise (certains évangéliques soutiennent par ailleurs la NRA, à moins qu’ils ne soient soutenus par elle) et par là même le Christ, fléchit les genoux devant une culture et un culte, des puissants et des puissances. Car les cultures sont des cultes et qui dit cultes dit religions. En réalité, rien n’est simplement culturel dans la mesure où une culture est ce qui relie plusieurs personnes, ce qui est l’exacte définition d’une religion. Or, le Christ n’avait pas d’arme et ne m’a pas forcé à le suivre.

Où sont les Églises, dans cette lutte spirituelle contre la « culture » et l’« industrie de la mort » ?

Prions premièrement pour la détermination et la protection de ces jeunes « pro-vie ». Prions aussi pour la repentance des responsables évangéliques inactifs, ainsi que pour celle des dirigeants et des élus, pour que ceux-ci soient à même de légiférer avec courage, sans compromission et sans craindre la pression des lobbies. En effet, la repentance des plus hauts responsables est de nature à briser des verrous et à libérer une nation.

 

Et en France ? On le sait peut-être moins mais il existe aussi chez nous un « supermarché » et une « industrie de la mort ». Qu’en est-il du positionnement et de la réflexion des Églises sur ce sujet ?

Nous lirons avec intérêt cet article du magazine mennonite « Christ Seul », lequel braque le projecteur sur le salon de l’armement, « pudiquement baptisé « Eurosatory salon international de Défense et de Sécurité », (qui) se tiendra à Paris du 11 au 15 juin 2018. Comme tous les deux ans, une myriade de délégations et de professionnels viendront découvrir les mille et une façons les plus récentes de trucider son prochain, de surveiller sa population, ou, pour la bonne conscience du salon, de réagir à des situations de catastrophe. Car, ne nous y trompons pas, la motivation principale d’Eurosatory est bien la vente d’armes. Bien entendu, ce salon accueille sans hésitation des représentants de régimes répressifs, voire de dictatures ou de pays impliqués dans des crimes de guerre. Soyons certains que les contrats négociés ne rendront pas le monde plus sûr, ils ne font que préparer la mort ».

Les Églises mennonites de région parisienne y manifestent, depuis plusieurs années, contre ce salon et le marché des armes. Le réseau Church & Peace se joint souvent à eux et l’organisation de la manifestation se fait conjointement avec les Quakers. Sans doute, ce type action est peut-être moins médiatisé mais c’est bien comme Église de paix que les Mennonites prennent position contre ce commerce et toutes ses conséquences. Ils estiment en effet que la non-violence (« la force d’aimer », à l’heure où l’on célèbre les 50 ans de la mort de Martin Luther King) fait normalement partie du message de l’évangile…

A découvrir, cet article de Christ Seul, qui profite de cette occasion pour passer en revue quelques idées fausses sur le commerce des armes.…et cet autre, sur Bastamag, qui révèle qu’« un rapport pointe la responsabilité juridique du gouvernement français et de plusieurs entreprises de défense pour leurs ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis, deux pays fortement impliqués dans la guerre au Yémen. Ces équipements militaires, employés pour le blocus, serviraient à affamer les populations yéménites, et, utilisés pour les bombardements aériens, contribueraient au lourd bilan des civils tués. Or, exporter des armes dans un tel contexte, est interdit par les traités signés par la France et l’Union européenne ».

 

 

 

Notes :

(1)D’origine spontanée, cette initiative est devenue la plus grande manifestation contre les armes de l’histoire des Etats-Unis.

Plus d’un million de personnes, surtout des jeunes, se sont rassemblées samedi 24 mars dans plusieurs villes des Etats-Unis pour réclamer un encadrement plus strict de la vente d’armes à feu après une série de tueries de masse en milieu scolaire. Plus de 800 rassemblements ont été recensés à travers le pays et à l’étranger.

A New York, ils étaient 175 000 dans les rues, selon le maire Bill de Blasio. A Atlanta, Chicago, Dallas, Houston, Nashville, Seattle, Las Vegas, La Nouvelle-Orléans ou Los Angeles, des milliers de personnes sont descendues dans les rues. A Washington, le nombre de manifestants a atteint 800 000 personnes.

A l’étranger, les habitants sont aussi sortis en nombre à Londres, Montréal, Ottawa, Edimbourg. A Paris, une trentaine de personnes se sont réunies au Trocadéro pour soutenir cette cause.

Un résumé des faits et des principales étapes du mouvement ici.

(2) Et ce, à l’instar de l’actrice Mia Farrow, qui, très active sur Twitter, a répondu à un tweet de Donald Trump dans lequel il déclare envoyer ses «prières et condoléances aux familles des victimes, quand il ne propose pas, plutôt que de limiter la prolifération des armes individuelles, de « travailler avec les États » afin d’armer davantage les écoles en formant le personnel enseignant au maniement d’engins létaux (*): «Monsieur, nous avons besoin de plus que des prières et des condoléances. Nous avons besoin d’une législation rationnelle sur les armes » (Sir, we need more than prayers and condolences. We need rational gun legislation (14 févr. 2018 )

(*)En cela, il ne fait que reprendre les propositions de la NRA, qui avait suggéré, en réponse à la tuerie de Newtown (le carnage dans une école maternelle en décembre 2012) que « La seule façon de stopper un méchant avec une arme, c’est de lui opposer un gentil avec un arme ».

Citons aussi le twitt de l’acteur Mark Ruffalo : « Les prières sans action concordante sont des mensonges silencieux que l’on se dit à soi-même, elles ne sont entendues par aucun dieu et reviennent à ne rien faire. L’action est le langage de la vérité, la prière des saints » (« Prayers without accordant action are silent lies told to oneself, heard by no God, amounting to nothing. Action is the language of truth, the prayers of the Saints”. 23:51 – 14 févr. 2018)

#30 secondes avant d’y croire : une formation pour lutter contre la désinformation

30 secondes de réflexion sur l’information pour l’analyser avant d’y croire, de l’aimer, de la partager ou de la commenter. Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Comment éveiller l’esprit critique des 13-17 ans et décrypter les « fake news » ? Le site 30secondes.org, créé et lancé depuis le 15 février 2018 par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) propose une formation spéciale destinée au public scolaire [mais pouvant intéresser tous les citoyens adultes, jeunes et moins jeunes], avec une méthodologie facile à transmettre : 30 secondes de réflexion sur l’information pour l’analyser avant d’y croire, de l’aimer, de la partager ou de la commenter.  

En bref :

30 sec pour lire

Vérifier la Source

Réveiller son Esprit critique

Comprendre le but du message

30 secondes, cela peut paraître peu, à moins qu’il ne s’agisse d’un minimum…Mais la plupart des conseils prodigués sont de « sobre bon sens », comme celui de revenir sur les émotions provoquées par la lecture, vérifier les URL, regarder la page « à propos » du site, ou de comprendre si l’on essaie de me faire peur, de me fâcher, de me manipuler ou de me vendre quelque chose ? Ou bien —ce qui est souhaitable— si l’on essaie vraiment de m’apprendre quelque chose, de m’aider à mieux comprendre le monde qui m’entoure ?

On peut également y apprendre ce qu’est réellement une « fausse nouvelle », pourquoi on les partage et quel est leur impact ; et être sensibilisé au rôle d’une presse responsable.

Les journalistes, enseignants et écoles intéressés à participer à ce projet peuvent s’inscrire sur le site.

Alors, testez-vous ! En « 30 secs » chrono !

Par exemple, voici une photo postée sur une page facebook :

Que voyez-vous ? Qu’en pensez-vous ?

A vous de jouer !

 

Le buzz évangélique du mois : « la repentance » de Benny Hinn sur la théologie de la prospérité

Comment éviter le piège et la tentation du « buzz » et de « l’attrape-clics » ? Source : Les Décodeurs du Monde.

« Plusieurs articles parus (il y a plus d’un mois) affirment que Benny Hinn [le célèbre télévangéliste controversé] se repent d’avoir prêché l’évangile de la prospérité »(1), peut-on lire sur la toile. Une information,  que nous sommes invités à partager à tous nos contacts, et qui a alimenté toutes les discussions et spéculations pendant une semaine.

En réalité, il est plus exact de dire que plusieurs sites (2) se sont mis à relayer la même nouvelle, dans la semaine qui a suivi sa publication initiale, le 21 février, dans un “live” Facebook en anglais sans sous-titres, sur le propre compte de Benny Hinn.

Certes, les mois prochains nous permettront sans doute de vérifier ces déclarations, et, surtout, les raisons de leur publication, mais à l’heure actuelle, nous ne savons toujours rien de plus.

J’en profite pour souligner au passage que lesdites déclarations, basées sur une seule vidéo « live », sont actuellement largement diffusées sans pourtant avoir été vérifiées au préalable (cf 2 Cor.13v1, Deut.19v15). A ce sujet, questionnés par mes soins, les administrateurs du site « Soyons vigilants » m’ont répondu « qu’une certaine prudence s’impose dans tous les cas. Car si l’on visionne l’entier de la vidéo dans laquelle Benny Hinn fait sa déclaration, celle-ci perd un peu de son impact ».

Un peu comme lorsqu’un verset cité hors contexte conduit à de mauvaises interprétations ?

« Sur son site » (bennyhinn.org, tag « prosperity »), si nous prenons la peine d’aller vérifier, comme nous y invitent les administrateurs de « Soyons vigilants », «  il semble que rien n’a changé et que la promesse de prospérité soit toujours utilisée pour récolter des fonds ».

« Moralité » : si ces déclarations ne sont pas fondées, nous n’aurons eu que du buzz (évangélique, mais du buzz quand même) sans lendemain ou un simple coup de com’, ou les deux à la fois, et rien d’autre.

La question reste donc : Le croyons-nous (parce que c’est vrai) ? Ou l’espérons-nous ? Dans le second cas, nous ne chercherions pas « information » mais « confirmation » de ce que nous pensons/spéculons. Dit autrement : nous prendrions nos rêves pour la réalité.

 

Voir aussi, publié sur notre blogue : « si tu entends dire, vérifie avant de publier ! » 

 

 

Notes : 

(1) Sur la théologie dite de la prospérité, voir ce document du comité théologique du CNEF, et ces divers articles : de Christianisme aujourd’hui, de La Vie, La Croix….

(2) Par exemple, plusieurs blogs et magazines US, et, en France, Le Bon Combat et bien d’autres sites.

 

 

« Foireux liens » de mars : identité « en crise » ou « en Christ » ? (26-b)

Les « Foireux liens » de Mars, deuxième sélection : une actualité placée sous le signe des fondements de la foi et de la liberté

Deuxième sélection de nos « Foireux liens » de Mars, suite de la première. Au menu : décès de Billy Graham ; la réaction du mouvement R3 au dossier « orientations sexuelles » du journal suisse « Réformés » ; être évangélique sous Donald Trump ; renforcement du contrôle des écoles hors contrat en France ; laïcité : le rapport Clavreul contesté ; la foi au cinéma en 2018 ; deux blogues récents à découvrir….

1) Décès de Billy Graham (1918-2018) à 99 ans : les hommages de Sébastien Fath et de Mike Evans

2) Le mouvement suisse « R3 » réagit au dossier « Orientations sexuelles » du journal « Réformés »

Le R3 (« Rassemblement pour un Renouveau Réformé »), cet équivalent suisse du mouvement français des Attestants, qui « se veut et se vit comme une dynamique de communion et d’encouragement entre croyants », a décidé d’exprimer « haut et fort » son désaccord au dossier « orientations sexuelles » (qu’il estime « désastreux ») du magazine Réformés(1) (février 2018). Certes, « avec beaucoup de réticences, parce que cela risque d’alimenter l’idée que le R3 est un mouvement réactionnaire », mais avec la conviction qu’il n’est pas possible de « garder le silence devant une telle manipulation ». C’est pour dire !

R3 nous propose donc deux contributions, à consulter sur son site : Des lettres à la rédaction parvenues à leur connaissance, lesquelles ne représentent qu’un petit échantillon des nombreuses réactions envoyées à la rédaction de Réformés mais qui présentent une grande diversité d’approches, puisqu’émanant de chrétiens de toutes sensibilités évangéliques et réformées, et pas forcément membres du R3 ; Une excellente étude biblique de Martin Hoegger : « Comment interpréter les Ecritures sur la question de l’homosexualité ? »

3) « Je sais qui je suis » : notre identité en crise ou en Christ ? Une série en deux parties à découvrir sur le blogue du théologien Philippe Golaz : https://philippegolaz.ch/identite-christ-1-2/ et https://philippegolaz.ch/identite-christ-2-2/

4) Comment peut-on être un évangélique sous Donald Trump ?

Sous Barack Obama, les évangéliques blancs faisaient de la vie privée des politiciens un marqueur essentiel. Aujourd’hui, sous Donald Trump, une majorité d’entre eux dit ne pas s’en soucier. Hypocrisie ? Opportunisme, explique le chroniqueur évangélique Michael Gerson, ex-conseiller de George W. Bush. « La droite religieuse est devenue un groupe d’intérêts qui cherche à tirer avantage de son homme fort. Ses prophètes sont devenus des clients, ses prêtres des acolytes. Ces évangéliques de cour participent à la dérégulation morale de la vie politique ».

5) Le sénat vote pour le renforcement du contrôle des écoles hors contrat

Le Sénat a adopté le 21 février la proposition de loi déposée par la sénatrice centriste, Françoise Gatel, par 240 voix pour et 94 contre. Le texte en question porte sur la simplification et le renforcement des écoles privées hors contrat. Parmi les 12 millions d’élèves scolarisés en France, quelque 65 000 sont inscrits dans des écoles hors contrat. Alors que ces établissements ont connu un certain engouement ces dernières années, les polémiques sur les dérives et les lacunes des enseignements qui pourraient y être inculqués ont alerté les parlementaires. (Suivre l’évolution du processus législatif ici)

6) Laïcité : « Le rapport Clavreul met en péril le droit à la liberté de croyance »

Les Protestants s’inquiètent à leur tour du rapport Clavreul, remis au ministre de l’Intérieur, et qui présente une vision idéologique de la laïcité. Historiquement, ils connaissent bien le danger d’un Etat qui se mêle de religion et de liberté de conscience….

Voir aussi : http://www.lejdd.fr/politique/laicite-le-rapport-clavreul-vivement-critique-3583010

7) Le SEL lance une nouvelle campagne intitulée « Faire le bien et bien le faire »Voici une série de dessins de Jouak (interview ici), lesquels nous interpellent avec humour sur cet enjeu !

Voir aussi : L’association Oxfam est éclaboussée par un scandale sexuel. Pour le journaliste H. Lindell, l’un des invités du « Débat de la semaine » sur RDN, le 16/02/18, « ce scandale est extrêmement intéressant. Ce qui me surprend beaucoup c’est que ça tarde autant d’en parler et de se lamenter. Est-ce que c’est parce que les humanitaires incarnent le bien ? Quand les prêtres et pasteurs sont pris dans des scandales, ça déclenche tout de suite des rubriques dans tous les journaux. Ça montre que les humanitaires ne sont pas des saints mais des gens comme les autres ». Voir aussi Scandale Oxfam : peut-on vraiment contrôler la vie privée des employés dans les ONG ?

8) Eglise verte : « laissez-vous recycler » ou participez à la conversion écologique de votre église ! 

Le label Église verte s’adresse aux communautés chrétiennes qui veulent s’engager pour le soin de la création : paroisses, Églises locales et aussi œuvres, mouvements, monastères et établissements chrétiens. Dès aujourd’hui vous pouvez découvrir en quoi consiste ce label et remplir, avec votre communauté, l’Eco-diagnostic.

9) Films à suivre : La foi au cinéma en 2018

Ironiquement, je tombe récemment sur cette interpellation (« et si on arrêtait de croire que Dieu existe ? ») dans un journal culturel local, introduction à la description du spectacle « La décroyance ou comment je suis devenu athée sans me fâcher avec ma famille » de Jean-Philippe Smadja, ancien doctorant en histoire des religions (aujourd’hui auteur, metteur en scène…). Or, l’année de cinéma 2018 semble plutôt démarrer avec un regain d’intérêt pour ce qui touche à la foi chrétienne. En témoignent les films suivants, déjà sortis ou prochainement annoncés : « Jésus, l’enquête », de Jon Gunn ; « L’apparition » de l’agnostique Xavier Giannoli, avec Vincent Lindon (sur un sujet similaire au film précédent mais avec un angle différent) ; et (sortie prévue le 21 mars) « La Prière », réalisé par Cédric Kahn, lui aussi agnostique et qui raconte l’histoire de Thomas, jeune toxico accro à l’héroïne, qui atterrit dans une communauté chrétienne pour rompre avec la dépendance.

10) Pourquoi on se déguise à Pourim

En attendant Pessah, revenons sur la fête de Pourim, laquelle commémore les revirements du sort qui sauvèrent les juifs de l’extermination au Ve siècle avant notre ère. Ces événements relatés dans le Livre d’Esther ont été célébrés cette année les 28 février et 1ermars. L’occasion de dons, de repas festifs et de déguisements.

11) Deux blogues chrétiens à découvrir : 

Phileosophia, le blogue d’Etienne Omnès, lequel vise à nous faire découvrir la sagesse véritable, vient de fêter sa première année d’existence : une occasion de l’explorer !

Plumes chrétiennes, « l’incubateur audacieux des auteurs chrétiens » : un blog collectif d’écrivains et de poètes chrétiens qui souhaitent faire connaître leurs productions et trouvailles littéraires (« romans à suivre », poèmes, nouvelles, BDs…), ainsi que leurs réflexions autour de la littérature. Si vous aimez écrire, ils sont preneurs !

 

 

Notes :

(1) Journal indépendant financé par les Eglises réformées suisses des cantons de Vaud, Neuchâtel, Genève, Berne et Jura, ce mensuel se veut « soucieux des particularités régionales romandes ». Il a également pour ambition de présenter « un regard protestant ouvert aux enjeux contemporains, et, se revendiquant « fidèle à l’Evangile, il s’adresse à la part spirituelle de tout être humain ».

 

« Foireux liens » de mars : « J’ai placé devant toi la mort et la vie : choisis la vie ! » (26-a)

Les « Foireux liens » de Mars : une actualité placée sous le signe du respect de la vie

Nos « foireux liens » sont de retour, pour ce mois de mars. Du fait de leur densité, nous avons choisi de les publier en deux temps : une première sélection du matin, suivie d’une seconde du soir. Bonne lecture !

Au sommaire de celle-ci, assez « franco-française » pour l’essentiel, avec quelques petites excursions à l’étranger : élections en Russie ; les lycéens rescapés de la tuerie de Parkland (USA) opposent « une marche pour nos vies » au géant NRA ; les États généraux 2018 de la bioéthique en France ; projet de réforme de la SNCF ; projet de loi sur l’immigration ; Bure ; explications des vagues de froid en Europe ; les raisons des erreurs de management ; le concept de « charge mentale » ; dans la peau d’un rédacteur de « Fake news » ; citations apocryphes sur l’éducation…

 

« Poutinocratie », paru dans CQFD n°163 (mars 2018), rubrique Chien méchant, illustré par Fritz

1)  Le dessin du mois : Russie : une élection sans suspens. Sauf coup de théâtre, le président Vladimir Poutine, au pouvoir depuis dix-huit ans, devrait être réélu le 18 mars prochain. Face à lui, les sept candidats semblent bien inoffensifs. L’abstention s’annonce très élevée, d’après l’institut de sondages indépendant Lewada]

2) Aux USA, des jeunes « pro-vie » dénoncent « la culture de mort »

Après la tuerie qui a fait 17 morts à Parkland, de nombreuses voix s’élèvent, notamment chez les jeunes, pour dénoncer la libre circulation des armes à feu dans le pays.

« Piquée sur twitter » : Une parole du Christ réactualisée par The Old South Church de Boston, laquelle ne mâche pas ses mots !

Les lycéens de Parkland survivants prévoient un grand rassemblement le 24 mars à Washington (une « marche pour nos vies »), mais invitent aussi les américains à manifester dans leur propre ville. Plusieurs entreprises ont même informé publiquement la NRA qu’elles ne veulent plus être associés au lobby qui promeut les armes aux États-Unis.

3) (France) Débats et consultations : Les États généraux 2018 de la bioéthique

« Quel monde voulons-nous pour demain ? » C’est sur cette question que se sont ouverts le 18 janvier 2018 les États généraux de la bioéthique. Ceux-ci doivent durer six mois et aboutir à une nouvelle loi sur la bioéthique à la fin de l’année 2018. L’actuelle loi bioéthique du 7 juillet 2011 prévoit qu’elle doit faire l’objet d’une révision par le Parlement dans les 7 ans et que cette révision doit être précédée d’un débat public sous la forme d’États généraux organisés par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Le CCNE lance donc une vaste consultation afin de recueillir l’opinion de la société française sur un certain nombre de thèmes. En savoir plus ici sur le cadre, les thèmes, les différentes formes du débat et le calendrier.

 Voir aussi : «  La vie ne peut pas être louée. Un enfant ne peut pas être acheté ». Sylviane Agacinski, philosophe et auteure de « Le tiers-corps, réflexions sur le don d’organes », où elle réfute l’idée d’un marché légal des organes et le consentement présumé du défunt. La philosophe souhaite remettre en avant la misère dans laquelle se retrouvent les gens qui acceptent de vendre leur sang, des organes ou de porter l’enfant d’autrui par intérêt financier.

Offensive des partisans de l’euthanasie à l’Assemblée nationale : Dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 1er mars, 156 députés, dont une grande majorité de LREM, souhaitent l’inscription dans la loi d’une « aide active à mourir ».

Exclusif : le Grand Orient de France planche déjà sur l’euthanasie des enfantsAlors que la loi sur la fin de vie est réexaminée à l’Assemblée nationale, la principale obédience maçonnique française organisait le 3 octobre à Paris un colloque dédié à la fin de vie des enfants. Pour les intervenants, l’étape suivante est déjà d’introduire l’euthanasie des mineurs, sur le modèle de la loi belge. Famille Chrétienne s’est glissée parmi l’assistance. Récit.

États généraux de la bioéthique : quel serait LE débat à surveiller ? La modification du génome est en train de passer de fiction à réalité, grâce à Crispr-Cas9, des ciseaux à ADN révolutionnaires. Avec quelles conséquences ?

Ces milliardaires et multinationales qui investissent dans la quête d’immortalité et de jeunesse éternelle

Des start-up se lancent dans des transfusions de sang de patients jeunes vers des personnes plus âgées dans le but de prolonger la vie. Des grandes fortunes ou des multinationales, comme Google-Alphabet, investissent dans des biotechnologies pour identifier les gènes de longévité et ralentir le vieillissement. D’autres mènent des expérimentations pour dupliquer le cerveau dans des machines. L’industrie de la cryoconservation – congeler un organisme en attendant un hypothétique remède contre la mort – connaît un succès grandissant. Tous partagent l’ambition transhumaniste : créer un être humain à la longévité décuplée, voire immortel. Sans aucune réflexion sur les conséquences sociales. Une enquête extraite de l’ouvrage Au Péril de l’humain, co-écrit par Agnès Rousseaux, journaliste de Basta !.

 4) « A quels enfants laisserons-nous le monde ? » (et non le contraire) par Cédric Biagini. De nombreux professionnels de la santé font désormais des constats alarmants à propos de l’impact des nouvelles technologies sur les enfants : dégradation du langage et de la pensée, troubles de l’attention, problèmes de comportement, de communication, difficultés d’apprentissage, pertes de capacités physiques, dépendance…voici ce que génère l’enfermement dans le virtuel. A lire dans le numéro de février de « La Décroissance », le mensuel des « objecteurs de croissance », p3 et 8. Accessible en kiosque ou consultable dans les bibliothèques, ces lieux que l’on peut fréquenter même quand il ne pleut pas ! 😉

 5) Service public : démantèlement de la SNCF : avec 30 ans de retard, Macron va-t-il répéter les mêmes erreurs que les Britanniques ?

Le gouvernement envisage d’accélérer la libéralisation du rail et la transformation, sinon le démantèlement, de la SNCF. Les recettes proposées sont les mêmes que celles qui ont été appliquées aux autres entreprises publiques, de France Télécom à EDF, et qui n’ont bénéficié ni aux salariés ni aux usagers. L’exemple de la libéralisation des chemins de fer britanniques, initiée dans les années 1990 et marquée par une succession de faillites et de scandales, devrait pourtant inciter à la prudence. Au Royaume-Uni, un mouvement pour la ré-appropriation de ce service public par les usagers et les salariés prend de l’ampleur.

6) Immigration : le projet de loi contesté

Gérard Collomb, qui porte ce projet de loi asile et immigration, l’a décrit comme « un texte totalement équilibré qui s’aligne sur le droit européen. »Pour le directeur général de France Terre d’Asile, Pierre Henry, invité du Soir 3, ce n’est pas vraiment le cas. « La totalité des associations qui travaillent dans le secteur, le défenseur des droits, mais aussi la commission nationale des droits de l’homme, la plupart des experts pensent que ce texte est déséquilibré. On peut se poser la question de son utilité. La dernière loi date de 2016 et les décrets ne sont même pas sortis », déplore-t-il. Alors est-il vraiment utile ?

7) « Bure et Bure et ratatam » : 20 ans de projet et de contestation

C’est à la lumière du dossier Notre-Dame-des-Landes, de sa ZAD et de son évacuation, que le projet de stockage de déchets nucléaires à Bure dans la Meuse s’est révélé au grand public, au-delà des territoires concernés. Alors que le gouvernement a lancé l’évacuation du terrain occupé par des opposants, coup de projecteur sur le projet et les raisons de l’opposition au projet de stockage de déchets nucléaires, qui ne datent pas d’hier. Voir aussi https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/bure-quel-est-ce-projet-de-stockage-de-dechets-nucleaires-et-pourquoi-est-il-conteste-1519292642

8) Froid ici, mais trop chaud au Pôle : et c’est lié !

Les vagues de froid européennes de ces dernières semaines et des années récentes sont liées au réchauffement de l’Arctique : voir, sur le blogue de Patrice de Plunkett, la démonstration des scientifiques, non pour ceux qui la refuseront « jusqu’à la tombe », mais pour ceux qui, de bonne foi, ne la connaitraient pas.

9) La fin du management et du manager ?

Le management hiérarchique traditionnel est mort. Vive « le nouveau management » ! Les premières graines qui ont poussé les entreprises à se « bouger » sont celles qui ont miné les Etats-Unis au moment de la crise des subprimes. Tout le monde savait qu’on allait dans le mur, et la plus grande banque américaine Enron fait faillite. Pourquoi ? Parce qu’on n’ose s’exprimer. On n’ose pas remonter les problèmes. La responsabilité est laissée au final à une hiérarchie coupée de la base. Des erreurs sont faites dans les entreprises qui ont refusé l’écoute, et au contraire cultiver le silence. Explications par « Zeboute », sur son blogue.

Quel « partage des tâches » dans le couple Luther ? Par Andy Singer

10) « Fallait demander ! » Emma, blogueuse devenue star du Web féministe depuis la publication de sa BD sur « la charge mentale ». Voir aussi ce portrait dans La Croix.

11) Petit cimetière des citations apocryphes sur l’éducation

Plongée distrayante dans l’obscurantisme numérique moderne : Les citations apocryphes pullulent sur le web, parfois sans auteur ou au contraire attribuée à une foule d’auteurs très différents, le plus souvent sans aucune référence, parfois même à contresens du texte d’origine… quand ce texte existe seulement ! Cet usage compulsif des citations dit quelque chose de notre modernité : par sa brièveté, elle se prête parfaitement à l’immédiateté du prêt-à-penser, sa réplication à l’infini fait de la citation un poncif au sens propre. Et plus que jamais les idées sont reçues. En voici quelques-unes concernant l’éducation, que vous connaissez sans doute déjà…

12) Insolite : Dans la tête d’un rédacteur de Fake news

« Je favorise l’ignorance, certainement, et peut-être que je contribue à une atmosphère de haine. Mais je ne crois pas que des gens soient morts en conséquence de mon travail. Peut-être que je suis plus nihiliste que la plupart des gens, mais à la fin, c’est un travail et il paye bien.» C’est un jeune thésard britannique qui écrit. Étudiant en arts, se considérant de gauche, il se fait passer pour un Américain pro-armes d’âge mûr, militant sur des sites d’extrême droite : cela cultive un certain sens de «l’humour absurde», s’amuse-t-il avec ses amis.(…) Cette mise à distance forcenée des discours qui cherche à les présenter comme simples tours de passe-passe sans conséquences tend à faire oublier que derrière les mots, il y a des idéologies, et devant les idéologies, des vies…

 

Bonne lecture !

Deuxième partie de ces « foireux liens » à 17h00.

 

 

 

La neige : chute ! Mais pas les commentaires…

Source : Météo France

La neige tombe sur notre beau pays et bloque tout….sauf les commentaires « des grands de notre temps aux calamités météorologiques », constate Phylloscopus, naturaliste catholique, dans une surprenante mais hilarante note de blogue. Jugez en vous-mêmes et relevez le défi de cet jeu édifiant, propre à occuper nos longues soirées d’hiver (qu’il y ait de la neige ou pas) : « retrouvez la source de ces vraies fausses déclarations ! »

Ainsi :

Sylvain Maillard, député du parti La République en marche (LREM) de Paris et membre de la commission des Affaires sociales à l’Assemblée nationale : « La grande majorité des flocons choisissent librement de tomber. » 

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes : « Assurer l’égalité des droits des flocon.n.es à atteindre le point de chute de leur choix est une priorité du gouvernement. »

Christian Estrosi, maire de Nice: « Grâce à notre réseau de vidéosurveillance, le premier d’Europe, pas un flocon n’a pu frapper les rues de Nice. »

Christophe Barbier, éditorialiste de l’hebdomadaire l’Express : « Les Français doivent apprendre à renoncer à leur cinquième centimètre de neige et aller travailler. »

WeDemain, une revue trimestrielle « pour changer d’époque » : « Il invente un mode de transport sur neige révolutionnaire grâce à deux planches de récupération fixées sous ses pieds, reliées à une application météo »

Les Echos, quotidien français d’information économique et financière d’orientation libérale : « Les fonctionnaires qui vident les sacs de neige sur nos têtes sont-ils trop nombreux ? »

Grégory Coupet, footballeur international français: « Cette chute de neige, je l’aurais arrêtée. »

Etc….

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