Contagion (de l’info et du virus) : l’intelligence des gestes barrières

Face à la « contagion » (du virus, mais aussi de l’info), l’intelligence… Source image : affiche du film de Steven Soderbergh (2011)

Avez-vous déjà vu « contagion » ? Ce film catastrophe au réalisme quasi-documentaire de Steven Soderbergh (2011, soit neuf ans après l’épidémie de SRAS et deux ans après celle du H1N1), avec Laurence Fishburne, Kate Winslet, Jude Law, Marion Cotillard, Matt Damon, Gwyneth Paltrow et bien d’autres, a connu un regain d’intérêt auprès du public en 2020 pour une raison bien compréhensible : dotée d’un bon scénario (sur les conseils d’un épidémiologiste de renom, Larry Brillant), cette production hollywoodienne suit en effet la progression d’un mystérieux virus mortel, le MEV-1, qui tue en quelques jours. Cela vous rappelle quelque chose ? A notre ère du pas encore post-Covid, « Contagion », en film factuel et peu enclin à l’emphase ou au spectaculaire, s’avère pertinent dans sa mise en scène de la propagation de l’information, autant que d’un virus(1).

De quoi ça parle ? 

Beth Emhoff, une femme d’affaires (Gwyneth Paltrow), retrouve son mari, Mitch (Matt Damon) et leur fils Clark chez elle, à Minneapolis, après un séjour à Hongkong. Malheureusement, elle revient de son voyage pâle et fiévreuse, et apparemment contagieuse puisque Clark montre déjà des symptômes lui-aussi. Mitch s’inquiète et il a raison : Beth n’a pas une grippette. Elle est en réalité victime d’une attaque virale fulgurante et meurt quarante-huit heures plus tard aux urgences. Quand Mitch rentre chez lui, il est déjà trop tard : Clark est mort aussi. Mitch est aussitôt mis en quarantaine puis relâché car il semble immunisé.

Très vite, l’épidémie prend de l’ampleur. Des cas similaires se développent aux Etats-Unis, avec les mêmes symptômes : une toux convulsive accompagnée de fièvre, puis des crises en rafale, une hémorragie ­cérébrale, et la mort. La maladie se répand sur tous les continents, provoquant plusieurs centaines de millions de morts.

Le département de la Sécurité Intérieure rencontre le docteur Ellis Cheever (Laurence Fishburne) pour savoir s’il s’agit d’une attaque bio-terroriste. L’épidémiologiste Erin Mears (Kate Winslet) est dépêchée sur place pour retrouver le « patient zéro » et mieux comprendre l’origine de ce virus mystérieux. Elle explique comment une telle épidémie a pu se répandre à une telle vitesse [« Un individu se touche le visage deux à trois mille fois par jour. Soit trois à cinq fois par minute. Il faut ajouter à cela le contact avec les poignées de portes, les fontaines à eau, les boutons d’ascenseur et les gens que nous croisons. »]….avant de contracter le virus à son tour.

Un bloggeur, Alan Krumwiede (Jude Law), se met alors à parler de théorie du complot, publiant les images d’une des premières victimes du virus sur son site web, avant de s’autoproclamer « voix du peuple » et pourfendeur du « Big pharma ». Il se prétend guéri grâce à un « remède miracle »,  le Forsythia – un traitement homéopathique – déclenchant au passage des mouvements de foules dans les pharmacies.

Moralité : « Face à la contagion, l’intelligence des gestes barrières ».

Le virus est mondial et ne saurait s’arrêter aux frontières, comme certains le pensaient pour le nuage de Tchernobyl (1987). Sa propagation, extrêmement rapide, est favorisée par l’interconnexion des réseaux commerciaux et touristiques. C’est le prix à payer d’une société mondialisée (manger des fraises « quand on veut », y compris en hiver ; passer une commande en un clic et être livré le lendemain……) mais aussi d’un monde privé de vie privée, où l’intimité est sacrifiée face aux déluges médiatiques (2).

[Attention, « divulgâchage », comme on dit : A la fin du film, le voile est levé sur l’origine exacte du virus : une chauve-souris, chassée de son habitat naturel par la déforestation (la faute à l’entreprise employant Beth Emhoff !), contamine un fruit mangé par un cochon qui sera manipulé, à mains nues, par un cuisinier hongkongais, pour finir dans l’assiette de Beth Emhoff….]

Enfin, la « contagion » est aussi celle du « buzz », lequel naît de la bêtise, ou de l’inconscience : bêtise (ou inconscience) d’Alan Krumwiede, qui fait le buzz avec son « remède miracle » [D’aucun verront une troublante coïncidence entre ce personnage de blogueur et l’infectiologue français Didier Raoult, qui joue aujourd’hui ce rôle de dissident en promulguant la chloroquine, jugée inefficace contre le Covid-19 (3)]. Bêtise des porteurs du virus qui, dans le film, semblent ignorer le principe même des gestes barrière, les uns toussant sans retenue au nez de leurs proches et les autres se côtoyant sans protection particulière. Parmi eux, Beth Emhoff, qui fait l’erreur de s’arrêter à Chicago pour tromper son mari et facilite ainsi la propagation du virus ; Erin Mears, qui comprend trop tard qu’elle n’est pas immunisée contre le virus de par son statut d’épidémiologiste…

On retiendra que, pour ne pas infecter les autres, il est possible de faire preuve d’intelligence. C’est à dire 1)de porter un masque quand c’est nécessaire, même si c’est contraignant [Et de comprendre qu’il n’est pas nécessaire d’attendre les règles du préfet ou du gouvernement pour savoir si nous devons mettre un masque et prendre les distanciations sociales. Nous respectons les consignes sanitaires en tant qu’individus majeurs, responsables et vaccinés(sic), conscients que « porter le masque protège les autres » et sans craindre « une atteinte à nos libertés »] ; 2)de se laver les mains régulièrement ; et, surtout 3) en évitant de se faire le relais de tout et n’importe quoi(4). Ce qui implique de prendre la décision d’en finir avec le réflexe de repartager des idées/informations toxiques (surtout celles non vérifiées et/ou lues « en diagonales »), et de pas (plus) s’y exposer.

L’intelligence (mais aussi l’humilité – face à l’orgueil de vouloir ou de croire « tout savoir », « tout contrôler » – et l’amour) reste donc le seul rempart contre la bêtise et notre seul vaccin contre le buzz. Il faut donc garder les yeux ouverts (faire preuve de discernement et de sobre bon sens), tout en « faisant un pacte avec nos yeux » (cf Job 31v1), s’abstenant de regarder, quitte à « arracher et à jeter loin de soi son œil droit », si celui-ci est pour nous « une occasion de chute » (Matt.5v29).  « L’oeil est la lampe du corps. Si ton oeil est en bon état, tout ton corps sera éclairé », dit Jésus (Matt.6v22).

Alors, pour 2021, « on arrête les bêtises » ?
Bande annonce du film : 
 
 
Notes : 
(1) Inspis pour le présent article : des analyses dans Critikat et le mag du ciné, ainsi qu’une explication du film.
(3) D’autant plus que ledit Didier Raoult admet en partie que l’hydroxychloroquine ne fonctionne pas….
(4) Ne pas relayer tout ou n’importe quoi, car les « infox » et autres théories du complot propagées sur Internet ont une influence sur les politiques de santé. Une étude a été menée dès 2009, lors de l’apparition de la grippe A (H1N1) : « quels effets pouvaient avoir les théories néoconspirationnistes, » démontrant « qu’il y avait bien un lien entre l’adhésion à une vision conspirationniste en matière de santé et un moindre recours aux pratiques de prévention recommandées par les pouvoirs publics.
De même, répandre des théories conspirationnistes sur la fraude électorale créé les conditions de violence politique, et plus particulièrement de la violence liée aux élections, comme cela a été le cas aux États-Unis, avec l’affaire des émeutiers du capitole.Des recherches universitaires ont montré que des discours politiques complotistes alimentent le risque de violences électorales. Les enjeux des élections sont très élevés, puisque c’est à cette occasion que se réalise le transfert du pouvoir politique. Lorsque des représentants du gouvernement rabaissent et discréditent les institutions démocratiques alors qu’un conflit politique est en cours, des élections contestées peuvent déclencher des violences commises par des foules en colère. [de même que lorsqu’on rabaisse et discrédite les institutions judiciaires, alors qu’un procès est en cours]

Pour un témoignage « chrétien », pas « crétin »

« Evangelicals explaining to the church martyrs how getting banned from social media for inciting violence is a violation of religious liberty and also persecution » (publié le 11/01 sur le compte twitter de « Not Permanently Banned Josh »). Source image : Mel Gibson assis aux côtés de Jim Caviezel, tous deux respectivement réalisateur et interprète principal du film « la passion du Christ » (2004)

Christianity Today, le principal périodique évangélique américain, s’interroge en ces termes : « Si les chrétiens diffusent des théories complotistes au sujet des élections [mais aussi, peut-on rajouter, du covid-19 – « qui ferait moins de morts » qu’une « grippette » – des vaccins ou des masques….], quelle crédibilité ont-ils lorsqu’ils annoncent la Bonne Nouvelle d’un Sauveur ressuscité? » [« If Christians are broadcasting conspiracy theories about elections, what credibility do we have when telling the world of the Good News of a resurrected Savior? »]

Pour ceux qui lisent l’anglais, c’est ici.

 

En parallèle, et en français, à lire, cet entretien inédit avec Stanley Hauerwas, accordé à l’équipe de l’hebdomaire Réforme.

Né en 1940 à Dallas, aux États-Unis, le méthodiste Stanley Hauerwas est l’un des grands théologiens protestants contemporains. Auteur prolifique, il a notamment consacré de nombreux travaux aux questions d’éthique. Peu de ses ouvrages ont été traduits en français, tels Etrangers dans la cité, co-écrit avec William H. Willimon (Cerf, 2016) et L’Amérique, Dieu et la guerre (Bayard culture, 2018). Dans cet entretien donné à Réforme à la fin de l’année 2020, il dresse un bilan sans concession des défis auxquels son pays est confronté, et expose ce qu’être chrétien signifie aujourd’hui dans un monde marqué par la pandémie. Ce constat du théologien, spécifique aux USA, où la Nation a remplacé la Réforme comme référence chez beaucoup de protestants américains, est-il généralisable ailleurs, par exemple dans notre beau pays ?

Extraits :

Quel est votre regard sur la situation inédite qu’ont traversée les États-Unis lors de la dernière élection présidentielle ?

Nous avons connu une crise constitutionnelle d’une extrême gravité. Comme toute démocratie digne de ce nom, la démocratie américaine repose sur l’État de droit, et l’État de droit a tant été malmené par Donald Trump que je crains qu’il ne soit difficile de s’en remettre. Le rôle qu’ont joué les chrétiens, tout au long du mandat de Trump, a été profondément ambigu. En le soutenant sans ambages, la droite religieuse et plus particulièrement les évangéliques se sont discrédités, au point que nous risquons d’assister je pense à la fin du témoignage évangélique aux États-Unis. Le problème, avec les évangéliques américains, est qu’ils sont américains avant d’être chrétiens, et on l’a vu de façon très nette dans leur soutien sans faille au président. Dans les années 1990, ces mêmes évangéliques tenaient un discours extrêmement critique à l’endroit de Bill Clinton, le président d’alors. C’était d’ailleurs justifié à bien des égards. Pourquoi n’ont-ils pas maintenu cette exigence avec Donald Trump ? Pourquoi ont-ils fermé les yeux sur chacune de ses frasques ? Voilà ce dont je parle quand j’emploie le mot « ambigu ».

(….)

Quelles devraient être les priorités pour l’Église aujourd’hui ?

C’est une bien vaste question, mais si je devais choisir un élément de réponse, je parlerais du commandement nous enjoignant à ne pas mentir. Car si mettre en œuvre la non-violence est chose exigeante pour le chrétien, parvenir à rester honnête et fidèle toute notre vie à une même personne n’a rien d’une évidence. (….) Maintenir, tout au long de notre vie, des relations honnêtes, sincères, est un grand défi pour les chrétiens.

(….)

Quel serait votre conseil pour les Églises chrétiennes, alors que le christianisme est en déclin aux États-Unis ?

Mon conseil serait le suivant : cessons de nous lamenter sur la perte d’influence politique et sociale des Églises, prenons cela comme la façon qu’a choisie Dieu de rendre à l’Église sa liberté. Et sur un plan plus individuel, demandons-nous chaque jour comment vivre de manière à ce que le témoignage d’un sauveur mort sur la Croix puis ressuscité détermine le caractère même de nos vies. Je vois cela comme un don, un don que nous devrions célébrer dans un monde qui ne croit plus qu’il est béni.

L’essentiel de l’entretien à lire ici.

 

 

Foireux liens de décembre (42) : protestantisme et laïcité, loi sécurité globale, immigration et héritage chrétien

Les « Foireux liens » de décembre : une actualité placée sous le signe des rapports entre laïcité et religions. Source image : public domain pictures

Chers lecteurs, voici la dernière édition de vos « Foireux liens » tant attendus, pour l’année 2020.  Au menu : Lois sécurité globale et séparatisme, protestantisme et laïcité, immigration et héritage chrétien, bilan de « la bataille des messes », « complots faciles », « pensée unique » et des témoignages….Bonne lecture !

 

1)INTERACTIF. Votre environnement est-il à risque? Calculez votre risque de contamination à la Covid-19 avec ce simulateur

Les chercheurs de l’Institut Max-Planck à Mayence ont développé un algorithme et ainsi démontré dans une étude publiée fin novembre qu’aérer régulièrement la pièce où vous vous trouvez permettait de faire baisser fortement le risque de transmission de la Covid-19. Grâce à leur modèle mathématique, Nice-Matin a construit ce simulateur pour nous aider à estimer le risque que présente notre environnement (et nos fêtes de fin d’année). La situation « de base » correspond à une pièce de 25m2 et de 2,50m de hauteur, sans ventilation ni fenêtre ouverte (un salon par exemple), dans laquelle nous resterions pendant 5 heures, avec 6 personnes sans masque dont une, infectée par le Sars-Cov-2 et contagieuse, parle environ 50% du temps (soit 2h30) à voix normale.Le risque individuel d’être contaminé serait de 30%. Avec une fenêtre ouverte 10 minutes toutes les heures, ce risque tombe à 12%.

À vous de modifier la taille de la pièce et ses caractéristiques (hauteur sous plafond, aération), le nombre de personnes qui s’y trouvent, la durée de l’événement, le port ou non du masque, le temps de parole et le volume sonore, pour les faire correspondre à votre situation.

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2) Complots faciles

Vous êtes à court d’arguments face à un platiste, un antivax ou un Breton ? Plutôt que s’énerver inutilement, mieux vaut en rire… C’est ce que fait @ComplotsFaciles depuis quelques années, et ils s’apprêtent même à en faire un jeu.

En bonus, ce petit exercice : quand on vous parle d’une conspiration, au lieu d’essayer d’argumenter, rajoutez en une couche. Exemple – l’homme n’est jamais allé sur la lune – réponse : parce que tu crois vraiment que la lune existe ? Laissez mijoter quelques minutes et observez le résultat….

Sinon, vous pouvez toujours lire les témoignages de Julien (24 ans) et Leila (19 ans), lesquels racontent les raisons qui les ont attiré vers les théories conspirationnistes et la manière dont ils ont réussi à sortir de cet engrenage pour mieux appréhender le réel.

Voir aussi : « complotisme : mieux vaut prévenir que guérir », traduction d’un article d’Aleksandra Chichocka, directrice du département de psychologie politique à l’université du Kent, à Canterbury.

3) Peut-on être contre l’immigration et pour l’héritage chrétien ?

Certains leaders politiques confrontent le public à un dilemme. D’une part, ils veulent préserver l’héritage chrétien en Europe. Mais d’autre part, ils rivalisent d’idées pour accueillir le moins d’étrangers possible. Comment expliquer cette incohérence ?  Il est possible que ces politiques, notamment de droite, méconnaissent l’héritage chrétien. Lorsque le Pape François défend les migrants, leurs voix se lèvent pour dire qu’il serait un pape « de gauche ».  Or, depuis 70 ans, tous les papes ont défendu non seulement les migrants mais aussi un droit à l’immigration.

Le Pape François ne défend donc pas les immigrés parce qu’il serait « de gauche », mais parce qu’il est au sommet d’une institution dont la raison d’être est « d’agir en continuité avec la mission du Christ ».

4) Guiti News : un autre regard sur ce qui nous entoure

Vu sur l’hebdo protestant Réforme : Lancé par des journalistes français et étrangers ayant fui leur pays, le site d’information Guiti News porte un regard plus que bienvenu sur la situation des migrants, loin des fantasmes et des préjugés, et pour prendre conscience que l’on ne saurait réduire des personnes à un voyage qu’ils ont fait.

Découvrir le site https://guitinews.fr/

Voir aussi InfoMigrants, un site d’information destiné à lutter contre la désinformation dont sont victimes les migrants où qu’ils se trouvent : dans leur pays d’origine, sur la route, ou déjà dans le pays où ils espèrent bâtir une nouvelle vie

5) États-Unis. Donald Trump s’attaque à la loi Obama visant à encadrer et à améliorer l’alimentation des écoliers.

Dimanche 13 décembre, les États-Unis ont célébré les dix ans du Healthy, Hunger-Free Kids Act, littéralement la “loi pour des enfants en bonne santé et bien nourris”, adoptée par le Congrès américain en 2010 à l’initiative de Michelle Obama. Céréales complètes, baisse des quantités de sel et de “laits écrémés aromatisés”, le régime imposé aux écoles par son prédécesseur et grand adversaire n’a jamais convenu à Donald Trump. Quelques semaines avant de perdre le pouvoir, Donald Trump tente, encore une fois, de détricoter le travail de son prédécesseur, redoublant d’efforts pour rendre les normes alimentaires moins strictes, explique The Philadelphia Inquirer.

6) Bilan de la « Bataille des messes » : ni vainqueur, ni vainqueur

« La « bataille des messes » aura été l’un des fils rouges de cette année covidée, chez les catholiques et au-delà. Très au-delà », analyse le blogueur naturaliste catholique Phylloscopus. « Elle n’aura pas seulement fracturé l’Eglise de France [soit l’ensemble formé par les fidèles], ne sachant rien d’éventuelles divergences au sein de la CEF. Elles ont révélé [ce qui semble beaucoup plus grave pour le blogueur ] le gouffre qui sépare désormais les pratiquants, de quelque religion que ce soit, d’une part, et le reste de la société d’autre part ». Mais « comment en sommes-nous arrivés là ? Peut-être parce que l’esprit du temps est si imbibé d’utilitarisme qu’il récuse d’emblée tout ce qui ne lui semble pas rapporter, selon ses critères. (…..)  L’efficience du culte n’étant plus comprise, le culte a perdu toute valeur. Au mieux, il est assimilé à un spectacle : on met son autorisation sur un pied d’égalité avec l’accès aux cinémas ».

Et ce, d’autant plus que, dans ce contexte délirant, les théâtres jalousent les églises, lesquelles jalousent les centres commerciaux…

7) Foi & vie : « Protestantisme et laïcité, une histoire à reprendre »

Merci à Olivier Abel, professeur de philosophie éthique, pour m’avoir transmis l’information suivante : « Dans le contexte un peu tendu du « renforcement » législatif de la laïcité, et au cas probable où ce numéro de la revue (protestante et plus que centenaire) Foi & Vie nous aurait échappé,  voici le lien, sur lequel nous pouvons la télécharger librement. En bonus, Foi et vie protestantisme et laicité au format PDF, lequel nous donne un panel de diverses optiques sur la question, mais qui disent tous quelque chose de la sensibilité protestante sur la question. La revue Foi & Vie est passée intégralement au numérique depuis un peu plus d’un an, elle est gratuite, nous pouvons nous y inscrire pour recevoir gratuitement ses numéros (et ses archives !) en pdf d’une grande richesse. N’hésitez pas à diffuser ce lien autour de vous.

8) Matthieu Faucher lavé de toute accusation de prosélytisme

Accusé de prosélytisme, Matthieu Faucher, alors enseignant à Malicornay, est en conflit avec l’Education nationale depuis 2017. La cour administrative d’appel de Bordeaux estime que sa mutation d’office ne se justifiait pas. Par ailleurs, aucune faute professionnelle ne peut être retenue. « Il est (donc) enjoint au ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, d’affecter M. Faucher à l’école de Malicornay, dans un délai d’un mois », telle est la conclusion de la décision de la cour administrative de Bordeaux, laquelle estime que les lectures d’extraits de la Bible « ont présenté un caractère limité, et ne peuvent être regardées comme ayant eu pour objet ou pour effet de porter atteinte à la liberté de conscience des élèves ni comme ayant méconnu le principe de neutralité et de laïcité« .

Voir aussi cet article à lire dans La Nouvelle République.

9) 10 ans du CNEF: une inspiration pour la structuration de l’islam français ?

Le 15 décembre 2020, le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) a fêté ses dix ans d’existence.  Par rapport à la Fédération Protestante, l’autre grand réseau fédératif des protestants, c’est un petit nouveau.  Le CNEF n’a pas, pour l’heure, l’armature institutionnelle de son aînée. Et ses bases restent fragiles. Mais la dynamique enclenchée s’est révélée fructueuse au fil de la décennie 2010. Il rassemble aujourd’hui environ 60% du total protestant évangélique français (ce qui représente autour de 600.000 fidèles, sur un total d’environ un million, et a gagné sa crédibilité auprès des pouvoirs publics. L’ingrédient de la réussite? Une longue maturation « par le bas », sans incitation politique, portée par les églises, les réseaux (FEF d’un côté, pentecôtistes de l’autre). C’est au terme d’un lent parcours de rapprochement, de concertations multiples, d’échanges et de réflexions partagées, que ce projet d’œcuménisme intraprotestant, sur une base évangélique, s’est épanoui.  N’y a-t-il pas là des éléments à retenir dans les sempiternels débats sur la structuration de l’islam en France ? s’interroge l’historien Sébastien Fath dans une note de blogue.

10) Ce que le CNEF pense du projet de loi confortant les principes républicains….

Le projet de loi confortant les principes républicains a été adopté en conseil des ministres le 9 décembre. Il donne suite aux annonces du Président de la République pour lutter contre le séparatisme, lors de son discours du 2 octobre dernier.

Rendu public ces derniers jours, le texte a été étudié par le service juridique du CNEF, après échange avec le cabinet du ministre de l’Intérieur et le Bureau central des cultes qui ont demandé que des avis leurs soient retournés de la part du CNEF. Le Service pastoral du CNEF auprès des parlementaires se tient à l’écoute des députés et des sénateurs pour expliquer nos positionnements voire proposer des éléments pour des amendements. Le réseau des Délégués départementaux sera aussi consulté dans les prochains jours en vue de recueillir des avis de terrain.  Voici les principaux avis, synthèse de ce que le CNEF a envoyé au gouvernement sur ce texte. Un travail d’approfondissement et de propositions se poursuivra jusqu’à l’adoption du texte.

….Et ce qu’en pense la FPF dans une tribune critique dans les Echos

Le protestantisme français critique le projet de loi, présenté au conseil des ministres le 9 décembre 2020 et « renforçant les principes républicains » : une loi peu attractive pour l’islam, limitante et intrusive pour le protestantisme, l’un des principaux cultes concernés par le nombre des associations cultuelles.  Très concerné par ce projet de loi modifiant profondément une loi dont il a été un des plus fidèles soutiens, le protestantisme français constitue environ les deux tiers des associations cultuelles 1905. La FPF rappelle que la loi 1905, brandie comme un étendard par les tenants d’une laïcité restrictive de la liberté de culte, est en réalité une loi de liberté qui établit les termes du culte public. Elle rappelle en effet que si la République est laïque, la société elle-même dans son organisation ne l’est pas et doit être le lieu de la libre expression de tous les cultes. Les cultes signent par leur présence dans la société les deux dimensions qui se conjuguent : celle horizontale de la fraternité et celle verticale de la spiritualité.

11) Interview d’Emmanuel Macron sur Brut : a-t-il réussi à parler aux jeunes protestants ?

C’était l’événement politico-médiatique du vendredi 4 décembre. Ce jour-là, le président de la République a accordé une interview à Brut. Les vidéos du média en ligne sont regardées quotidiennement par 13 millions de spectateurs, dont plus de 60% ont moins de 35 ans. Ça tombe bien, Emmanuel Macron voulait tout particulièrement s’adresser aux jeunes. Ce jour-là, le chef de l’État a répondu aux questions de Rémy Buisine, journaliste de Brut, Yagmur Cengiz, journaliste qui travaille beaucoup dans les quartiers, et Thomas Snégaroff, journaliste professeur d’histoire. Ensemble, ils ont abordé les thèmes des violences policières, des contrôles au faciès, de la laïcité, de la place de l’islam dans la société, mais aussi du coronavirus, des Ouïghour, de l’environnement, etc.

Le ton était plus direct, plus détendu et les questions différentes de celles habituellement posées par les autres médias. Mais qu’en ont pensé les jeunes, notamment Elisabeth (19 ans) et Rosanne (26 ans), qui ont regardé « la version longue » ?

12) Rendez-vous manqué sur les religions entre des jeunes et leur secrétaire d’Etat

Retour sur le débat ayant eu lieu à Poitiers le 22 octobre dernier, entre Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat à la jeunesse, et une centaine de jeunes sélectionnés par la Fédération des centres sociaux, à propos de la laïcité et de la liberté d’expression, par La Vie et Politis.

13) Loi sécurité globale : vers une privatisation de la police ?

« Un homme […] est dans l’état de sécurité lorsqu’il peut prévoir qu’aucune violence ne lui sera faite, dont l’auteur ne serait empêché par » cet État « souverain à qui les hommes se sont tous assujettis ». Cette citation extraite du Leviathan de Thomas Hobbes de 1651 permet de rappeler que les États modernes se sont historiquement construits sur la promesse d’assurer la sécurité de leur population. Elle permet également de comprendre pourquoi ils se sont trouvés investis de ce que le sociologue Max Weber a qualifié de « monopole de la violence physique légitime » sur leur territoire. Mais ce monopole leur interdit-il de s’appuyer sur les forces du marché pour assurer le respect de l’ordre public établi par la loi ?

Non, à en croire la proposition de loi actuellement en discussion, relative à la sécurité globale. Le titre VII du texte contient en effet un certain nombre de dispositions renforçant le rôle du « secteur de la sécurité privée » présenté par ailleurs comme « un maillon essentiel du continuum de sécurité dans le pays, notamment dans un contexte de préparation de grands événements comme la Coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux olympiques de 2024 ». Le texte fait ce faisant œuvre de rupture dans la continuité

[A noter que le phénomène de la privatisation de la sécurité a déjà été analysé par le Tigre magazine en septembre 2009]

Voir aussi : Des outils pour un futur dirigeant autoritaire

Avec plusieurs lois adoptées ou en cours de débat en France, comme celle sur la diffusion d’images de policiers, Emmanuel Macron prend le risque de léguer des outils antidémocratiques à un futur dirigeant plus autoritaire, juge l’ancienne éditorialiste du New York Times Mira Kamdar dans le site The Atlantic (en anglais) :  « La France est assiégée et meurtrie. Le chômage de masse, la frustration que provoquent les restrictions liées au Covid-19 et la peur causée par de nouvelles attaques terroristes ne peuvent qu’exacerber les troubles et la division. Tout cela est évidemment une aubaine pour la dirigeante de l’extrême droite populiste, Marine Le Pen, adversaire la plus probable de Macron à l’élection présidentielle de 2022. La stratégie de Macron semble reposer sur trois volets : imposer un ordre strict, préparer des mécanismes de répression des manifestations de masse ; contrôler les reportages critiques dans la presse ; et s’approprier une partie du langage et des politiques de l’extrême droite pour la vaincre en lui volant suffisamment d’électeurs. Dans ce processus, la liberté que Macron défend si vigoureusement, et pour laquelle la France a tant sacrifié, est réduite par la loi, léguant à un futur dirigeant plus autoritaire une puissante palette d’outils antidémocratiques. » Mira Kamdar (https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2020/11/france-about-become-less-free/617195/)

En savoir plus sur la loi « Sécurité globale ».

14) Choix éditorial

 (Vu sur twitter le 02 décembre 2020) Vous l’avez certainement vu ou entendu en boucle sur les chaînes d’info : Le Président Emmanuel Macron a annoncé des « mesures restrictives et dissuasives » pour les Français voulant skier à l’étranger à Noël……Sauf que pour 10 millions de Français, la question n’est pas de savoir s’ils pourront skier à Noël, mais s’ils pourront manger à Noël.

15) La phrase du mois : « Plus on aide les gens, plus ils sont aptes à sortir de la trappe à pauvreté »  (Esther Duflo)

A moins que vous ne préfériez celle-ci :

« L’unicité de pensée de ceux qui ne suivent pas la pensée unique me laisse penser que la pensée unique n’est qu’une pensée parmi d’autres » (« Piquée » sur le compte twitter du pasteur Laurent Descos, 21/12/20)

16) Un pasteur auprès des sans-logis

La situation actuelle, en lien avec la pandémie de Covid-19, ne constitue pas uniquement un défi sanitaire. Elle entraîne également une explosion de la pauvreté en France. Entretien avec le pasteur Gilles Boucomont, président de la Mission évangélique Parmi les sans-logis à Paris.  Un contenu proposé par Croire et vivre le 7 décembre 2020

17) Christ & collecte 

Le confinement 2.0 a déjà promu comme palliatif à la fermeture générale la pratique du « click and collect ». Une fois dépassé l’agacement de l’expression anglaise, ce qui frappe c’est le primat du consumérisme qui se dégage de cette « solution » donnée à la société pour préserver la vie matérielle des consommateurs que nous sommes, quand bien même nous aurions envie d’être bien plus que des consommateurs…En Eglise nous vivons la pratique du Christ & collecte.

18) L’Évangile est une bonne nouvelle – pas un bon conseil (Timothy Keller)

Faire la distinction entre une nouvelle et un conseil est très important. Un conseil est un avis sur ce qu’il convient de faire. Une nouvelle est le récit Evènements qui se sont déjà produits. Un conseil vous incite à prendre une décision. Une nouvelle vous pousse à prendre acte de ce qui s’est produit pour agir en conséquence. Un conseil vous laisse la responsabilité d’agir. Une nouvelle indique que quelqu’un d’autre a déjà agi. Imaginons qu’une armée d’envahisseurs s’approche d’une ville. C’est d’experts militaires dont la ville a besoin ; elle a besoin de prendre conseil. Il faut que quelqu’un explique qu’il faudrait positionner des remparts de terre et creuser des tranchées là, que les tireurs doivent se poster là-haut et les chars ici, en bas.  Par contre, lorsqu’un grand roi a intercepté et défait une armée d’envahisseurs, de quoi la ville a-t-elle besoin ? Elle n’a pas besoin d’experts militaires ; elle a besoin de messagers, dont le mot correspondant en grec est angelos, les anges. Les messagers ne vont pas dire : « Voici ce qu’il faut que vous fassiez. » Ils vont plutôt dire : « Je vous apporte une nouvelle qui sera une grande joie. » Autrement dit: « Ne vous enfuyez plus ! Arrêtez la construction de fortifications. Arrêtez d’essayer de vous sauver vous-même. Le Roi vous a sauvé. » D’autres ont déjà agi, et cela change tout.

19) Comment devenir plus catholiques en s’inspirant des Evangéliques : Une belle recension du livre d’Henrik Lindell et de Pierre Jova par mon ami Alain Ledain, à lire sur son site « Ethique sociale chrétienne ». Ne manquez pas de le saluer de ma part, cela lui fera plaisir.

20) Pourquoi attachons nous du poids à telle ou telle idée ? Entretien avec Bertrand Labasse sur la valeur des informations

Pourquoi attachons nous du poids à telle ou telle idée ? La prolifération de discours parfois tout à fait délirants devrait inciter à réexaminer au fond les explications qu’on en donne. Bertrand Labasse est professeur aux départements de français et de communication de l’université d’Ottawa. Ses recherches concernent notamment l’étude des déterminants cognitifs et sociaux de la production et de la réception des informations médiatiques, scientifiques et culturelles. Il vient de publier en français « La valeur des informations. Ressorts et contraintes du marché des idées » (Presses de l’université d’Ottawa, 2020), dans lequel il propose un modèle pour expliquer la valeur que nous attribuons aux contenus qui nous sont proposés, mobilisant à la fois la pertinence cognitive (l’effort et l’effet, qui s’étagent tous les deux entre différents niveaux, du plus spontané au plus élaboré) et la convenance sociale (la proscription et la prescription, selon un continuum qui va, cette fois, de l’implicite et de l’explicite jusqu’au formel). Au risque, parfaitement assumé, de se voir reprocher de marier ainsi des registres d’explication relevant de disciplines différentes.

21) Contre l’hérésie numérique 

Les hérésies sont séduisantes et trompeuses mais elles ont un avantage : elles nous montrent que penser d’une façon ou d’une autre n’est pas indifférent. Il existe bien une hérésie numérique et nous sommes plongés dedans. Le numérique nous séduit, c’est sûr ; mais quand ça nous fait croire que ça nous rend libre, ça nous trompe : ça ne fait que nous mettre en capsule…

22) Lecteurs de sensibilité

Les « sensitivity readers » sont des personnes qui relisent des manuscrits pour en chasser les représentations fausses, les stéréotypes offensants, les propos racistes, homophobes ou négligents vis-à-vis des handicapés. Le site Cheek Magazine analyse ce phénomène, encore marginal et mal perçu en France. Certains y voient une forme de censure, quand d’autres estiment qu’il met en lumière un manque de diversité dans le domaine de l’édition

23) Insolite : Emprunter une personne

Au Danemark, il existe des bibliothèques où vous pouvez « emprunter » une personne. Chaque livre/humain porte un titre comme « autiste », « chômeur », « sidéen », « alcoolique », ou encore « musulman », « réfugié », « bipolaire », « obèse ». Une fois emprunté, votre « livre » vous racontera, pendant environ 30 minutes, son histoire fascinante. On demande au lecteur d’être curieux et de poser des questions, et aussi de respecter le livre et de le rapporter à temps pour que d’autres puissent en profiter. Au fil des pages, vous réaliserez peu à peu à quel point il ne faut pas juger un livre par sa couverture. Fondée il y a 19 ans à Copenhague, l’initiative du groupe The Human Library a pour objectif de lutter contre les préjugés par le dialogue. Aujourd’hui présent dans plus de 85 pays, l’organisme peut vous aider à organiser dans votre milieu une bibliothèque humaine. Ils sont aussi toujours à la recherche de nouveaux « livres à publier », si cela vous intéresse… pour autant que vous soyez plutôt du type « livre ouvert » !

Et le dernier pour la route :

« Brief me » : je vous ai déjà parlé sur ce blogue de ce média indépendant, sans publicité, au format épuré, qui explique et met en perspective l’actualité.

Brief me propose une newsletter chaque soir à 18h30. Le samedi matin, une édition du week-end permet d’approfondir en revenant à la source d’un sujet d’actualité de la semaine. Nous aimons, outre le format épuré, la profondeur des analyses et le service qui offre bien plus qu’une simple revue de presse ou ce qu’offrent habituellement les sites d’agrégation de contenu/d’ « actus commentées »/ »billets d’humeur » : l’équipe fait en effet un véritable travail journalistique, lequel consiste à mener une veille qui va bien au-delà des dépêches d’agences de presse. Des journalistes professionnels analysent chaque jour des centaines de sources pour sélectionner les informations qui leur semblent les plus pertinentes selon les rubriques. Chaque information retenue est d’abord vérifiée. Il leur arrive de renoncer à certains sujets s’il s’est avéré impossible de trouver des sources suffisamment fiables.

Il est possible de tester Brief me gratuitement pour se faire un avis.

 

Ces « foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont retenu toute votre attention. Prochaine édition en février 2021.

 

 

 

 

« La guerre des spectacles » de Tony Reinke : ou comment « chérir Christ à l’ère des médias »

« La Guerre des spectacles » : un livre de théologie de la culture visuelle (Source image : première de couverture de l’ouvrage de Tony Reinke)

« Qu’il soit vrai ou faux, voire de la pure fiction, un spectacle [tout ce qui se dispute nos yeux] est une chose visible vers laquelle converge un regard collectif. Voilà tout l’objet de [« La Guerre des spectacles »], ce livre » (1) de théologie de la culture visuelle de Tony Reinke, paru en novembre 2020 et consacré à un sujet rare, à l’angle original. Selon l’auteur, par ailleurs directeur des communications du ministère « Desiring God », et auteur de « Génération smartphone », « la guerre des spectacles » est l’illustration de cette tension qui existe entre le spectacle de la gloire de Dieu et les spectacles du monde.

Initialement, nous, humains, avons été créés avec une soif de voir la gloire. C’est, par exemple, l’aspiration de Moïse en Exode 33v18 qui fait cette demande à Dieu : « Fais-moi voir ta gloire ! ». « Nos cœurs recherchent la splendeur tandis que nous fouillons du regard la grandeur (…) Cette aspiration intense a été créée pour Dieu », souligne encore Tony Reinke. Malheureusement, nous sommes le plus souvent captivés par d’autres choses, à savoir « les films et les divertissements, la politique, les vrais crimes, les potins sur les célébrités, la guerre et les sports en direct »(2), dans lesquels le monde sans Dieu cherche la gloire.

De là cette exhortation et cette invitation à différer nos attentes de spectacles qui ne sont que distractions et diversions, pour nous exercer à regarder dans la bonne direction : c’est là l’objet du culte rendu à Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20), lequel « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15). L’enjeu est de taille car « nous sommes des créatures façonnées par ce qui attire notre attention, et ce à quoi nous accordons notre attention devient notre réalité objective et subjective (…) Nous prêtons attention à ce qui nous intéresse ; nous devenons semblables à ce que nous regardons »(3).

Nous pensons alors à ce que nous laissent espérer 2 Cor.3v18 : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit », comme à cet avertissement du Christ : « Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul? » (Jean 5v44).

La fin du livre nous livre quelques pistes intéressantes d’application : ainsi, par exemple, le fait que « les relations transforment notre interaction avec les spectacles » (4), ce qu’il me semble être un remède à l’indifférence. Ce mal moderne est « l’incapacité de distinguer les différences », soit un « trouble de la perception qui empêche de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur.  L’indifférence est justement un dérangement opposé à celui de Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », lequel s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Paradoxalement, ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne. Il distingue ainsi mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême, allant jusqu’à faire irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable »(5).

Au final, un livre qui devrait faire référence sur le sujet, ou du moins, ouvrir la voie à d’autres pistes de recherches et de réflexions chrétiennes sur cet éternel enjeu de « la société du spectacle » jadis décrite par Guy Debord en 1967.

 

En bref : « La guerre des spectacles : chérir Christ à l’ère des médias », de Tony Reinke. Editions Cruciforme, 2020. Je remercie BLF éditions, partenaire de Cruciforme, de m’avoir fait découvrir gracieusement l’ouvrage « en service presse ».

 

 

Notes :

(1) « La guerre des spectacles : chérir Christ à l’ère des médias », de Tony Reinke. Editions cruciforme, 2020, p 19

(2) Tony Reinke, op cit, p 23

(3) Tony Reinke, op cit, p 25

(4) Tony Reinke, op cit, p 168

(5) De Luca, Erri. « Indifférence » IN Alzaia. Rivages et Payot, 1998 (Bibliothèque rivages), pp 95-96

 

 

 

 

 

Le culte : ou comment nous exercer à regarder dans la bonne direction

Le culte nous exerce à regarder dans la bonne direction (Source image : public domain pictures)

Certains ont du se dire : « allons ! Plaignons-nous tous ensemble, pour avoir un impact médiatique ! »

Beaucoup de magasins sont fermés à cause du confinement. Les commerçants demandent au gouvernement le droit de rouvrir leurs boutiques dès le 27 novembre pour le « black friday ». Ce sera finalement le cas le 28/11, hors bars et restaurants, à certaines conditions précisées par le Président de la République, lors de son allocution télévisée du 24/11 (1)

Certains catholiques, quant à eux, réclament de pouvoir à nouveau assister aux messes – les règles qui restreignent temporairement, dans le cadre du confinement, la célébration collective du culte étant encore en vigueur.  Ce cadre, dicté par l’impératif sanitaire liée à l’explosion de l’épidémie de Coronavirus sur le territoire national, avait été validé par le Conseil d’État dans son ordonnance du 7 novembre 2020.

Plusieurs manifestations ont eu lieu le week-end dernier en France, notamment à l’appel du collectif Pour la messe, demandant la reprise des célébrations publiques. Des rassemblements ont eu lieu le dimanche 22 novembre à Bordeaux, à Vannes, Saint-Maur-des-Fossés, Nantes, Angers, Montpellier, ou encore à Clermont-Ferrand  – à l’initiative de Civitas, association catholique intégriste (2).

Une autre initiative remarquée est la manifestation prévue dimanche 22 novembre à 17h, devant l’église Saint-Sulpice à Paris 6e, laquelle se heurte au refus de la préfecture de police qui ne veut pas de ce type de rassemblement. Assisté d’un avocat, Jean-Benoît Harel, étudiant de 23 ans et animateur de l’émission « Orient Extrême » sur Radio Notre Dame, l’un des initiateurs de la pétition « Pour la messe », qui a déjà recueilli plus de 106 000 signatures, dépose un référé-liberté au tribunal administratif samedi 21 novembre dans l’après-midi et obtient gain de cause. « Alors qu’il n’a fait valoir aucune nécessité de préserver un trouble à l’ordre public, le préfet de police doit être regardé comme interdisant par principe une manifestation qui, par son but ou par sa forme, serait une manifestation extérieure d’un culte. Par conséquent, sa décision en tant qu’elle conditionne la tenue d’une manifestation à l’interdiction de faire des prières de rue, porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifestation », a estimé le juge des référés dans son ordonnance rendue le jour même.  Satisfait de la décision, Jean-Benoît Harel s’est réjoui d’avoir « arraché le droit de prier »(3).

Une initiative que certains, parmi les Evangéliques, jugent « courageuse » et « digne d’être encouragée », pour ne pas dire « excellente », au point de participer au rassemblement de dimanche à Paris.

Est-ce la bonne façon de qualifier ces attitudes revendicatives quand toutes les autres religions, chrétiennes (protestantes, orthodoxes, anglicanes), islamiques, juives, bouddhistes … acceptent ces mesures sanitaires de solidarité et de citoyenneté pour la protection et la santé de tous ?

Pour rappel, l’objectif du culte [se terminant par un « envoi » ou un « allez » vers les autres] est de nous exercer à regarder dans la bonne direction, laquelle n’est pas nous-même, mais le Seigneur lui-même, de sorte que lui seul soit glorifié, c’est à dire rendu visible tel qu’il est en vérité et en réalité. Sachant, comme le relève Tony Reinke dans « la guerre des spectacles » (BLF 2020, p 25), que « nous sommes des créatures façonnées par ce qui attire notre attention, et ce à quoi nous accordons notre attention devient notre réalité objective et subjective (…) Nous prêtons attention à ce qui nous intéresse ; nous devenons semblables à ce que nous regardons ».

Toute cette agitation (« rendez-nous la messe » en présentiel !) de la part de fidèles catholiques zélés se sentant lésés, par ailleurs désavouée par des prêtres, tels Mgr Mario Grech et le père Arnaud Montoux, dont je vous recommande les mises au point (4) – et derrière laquelle se cachent certains mouvements traditionalistes intégristes identitaires, y contribue-t-elle ? Personnellement, je ne le crois pas. Elle me paraît même imprudente (5) et peu sage, contre-productive et irresponsable, en cette période de crise sanitaire où il est essentiel de veiller à ne pas être un danger et une occasion de chute pour les autres.

Entre « se focaliser sur ses droits » en mode lobbyiste et « l’amour (qui) ne cherche pas son intérêt » (1 Cor.13v5) , certains ont manifestement choisi….(6)

Ironie du sort : le Centre évangélique 2020, qui a eu lieu les 23 et 24 novembre sur Zoom avait justement pour thème : Aimer son prochain !

Pour ce qui est des prières de rue, voici ce qu’a enseigné Jésus à ce sujet en Matt 6v5-6.

Quoiqu’il en soit, confinés ou pas, Jésus reste Jésus, « le même, hier, aujourd’hui et éternellement » : « Dieu sauve » et « Dieu élargit ».

 

Textes bibliques à méditer :

« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur, j’ai mis mon Esprit sur lui. Pour les nations il fera paraître le jugement, il ne criera pas, il n’élèvera pas le ton, il ne fera pas entendre dans la rue sa clameur » (Esaïe 42v1-2)

« Appelle à plein gosier, ne te ménage pas, comme la trompette, enfle ta voix, annonce à mon peuple ses révoltes, à la maison de Jacob ses fautes. C’est moi que jour après jour ils consultent, c’est à connaître mes chemins qu’ils mettent leur plaisir, comme une nation qui a pratiqué la justice et n’a pas abandonné le droit de son Dieu. Ils exigent de moi des jugements selon la justice, ils mettent leur plaisir dans la proximité de Dieu ……» (Esaïe 58v1-12)

« S’il y a donc un appel en Christ, un encouragement dans l’amour, une communion dans l’Esprit, un élan d’affection et de compassion, alors comblez ma joie en vivant en plein accord. Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité ; ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres. Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ : lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, 11et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père ». (Philipp.2v1-11)

 

 

 

Notes : 

(1) https://www.20minutes.fr/economie/2916095-20201124-confinement-emmanuel-macron-rouvre-boutiques-28-novembre-soulage-commercants

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Civitas_(mouvement)

(3)  https://www.la-croix.com/Religion/cultes-rencontrent-gouvernement-preparer-lapres-confinement-2020-11-22-1201125967 ; https://actu.fr/ile-de-france/paris_75056/a-paris-une-manifestation-des-catholiques-prives-de-messe-pourra-avoir-lieu-devant-saint-sulpice_37638861.html ; https://www.leparisien.fr/paris-75/la-priere-sera-autorisee-ce-dimanche-devant-l-eglise-saint-sulpice-a-paris-22-11-2020-8409740.php

(4) Mgr Mario Grech, secrétaire général du Synode des évêques et nouveau cardinal, porte un regard très critique sur ces attitudes lors d’un entretien accordé le 02/11 à la revue jésuite La civiltà Cattolica (Publié sur le site aleteia.org le 4.11.20) : « Il n’y a pas d’autre sens pour notre vocation dans l’Église et dans le monde que de s’engager à annoncer l’Évangile, à aider l’homme d’aujourd’hui à rencontrer Jésus-Christ », déclarait le nouveau cardinal après sa nomination. Cela semble évident, mais résonne surtout comme un avertissement en France et aux Etats-Unis, où des esprits troublés, clercs et laïcs, parlent moins de l’Évangile du Christ que des « droits des catholiques » – et réclament pour ceux-ci (seuls) le privilège d’ignorer la lutte commune pour la santé publique, commente le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett.

Dans son entretien à la revue jésuite, Mgr Grech enfonce le clou à propos de la crise sanitaire : « Nous devons espérer que cette crise, dont les effets nous accompagneront pendant longtemps, sera un moment opportun pour nous, en tant qu’Église, pour ramener l’Évangile au centre de notre vie et de notre ministère. » Car « beaucoup sont encore analphabètes de l’Évangile », constate-t-il… … Mais la pandémie, et les confinements qu’elle entraîne en réponse, mettent brusquement en lumière l’un des handicaps du catholicisme occidental : « un certain cléricalisme est apparu. Sur les réseaux sociaux, nous avons assisté à un certain degré d’exhibitionnisme et de piétisme qui relève davantage de la magie que de l’expression d’une foi mature », déplore-t-il. « De nombreuses initiatives pastorales de cette période, explique-t-il, ont été centrées sur la seule figure du prêtreOr « la fidélité du disciple à Jésus ne peut être compromise par le manque temporaire de la liturgie et des sacrements…  « Certains ont même dit que la vie de l’Église a été interrompue ! Et c’est vraiment incroyable. Dans la situation qui a empêché la célébration des sacrements, nous n’avons pas réalisé qu’il y avait d’autres façons de faire l’expérience de Dieu », regrette-t-il, ajoutant que le fait « que beaucoup de prêtres et de laïcs soient entrés en crise parce que nous nous sommes soudainement retrouvés dans la situation de ne pas pouvoir célébrer l’Eucharistie [en présence du peuple] est en soi très significatif ».

Allant plus loin encore, il juge « curieux que beaucoup de gens se soient plaints de ne pas pouvoir recevoir la communion et célébrer les funérailles à l’église, mais qu’ils ne se sont pas autant préoccupés de la manière de se réconcilier avec Dieu et le prochain, d’écouter et de célébrer la Parole de Dieu et de vivre une vie de service ».

Arnaud Montoux, prêtre d’Auxerre, quant à lui, s’exaspère face à la campagne lancée pour le rétablissement de la messe, dans une mise au point publiée sur sa page facebook : « Merci à mes contacts d’avoir la gentillesse de ne plus m’adresser la vidéo de ce jeune gars tout à fait sympa, qui demande « la Messe » avec grande fougue et quelques approximations théologiques, anthropologiques et sociologiques regrettables…Comment lui en vouloir? Je crois que j’en veux surtout aux adultes et à ceux qui ont reçu une mission ecclésiale, de l’avoir stimulé en lui faisant croire qu’il serait un vrai pur s’il montait au créneau, au lieu de l’aider à comprendre la complexité des réalités dans lesquelles nous nous débattons tous…..

Oui, la suspension de nos assemblées eucharistiques est douloureuse. Je fais partie de ceux qui vivent mal le confinement à cause de cet éloignement liturgique qui est signe d’un éloignement social bien plus large ! Mais quand je vois le nombre de malades et de morts qui augmente sous le regard assez froid de tant de complotistes qui demandent la messe et se sentent victimes d’une affreuse tentative de musellement des catholiques de France, quand je vois le nombre de personnes qui perdent leur emploi et ne savent pas comment elles vont nourrir leur famille dans les mois et les années qui viennent, quand je vois ceux qui, aussi bons catholiques que ceux qui braillent, ne comprennent pas cet acharnement à faire croire qu’un catholique ne peut plus vivre sa foi s’il est temporairement privé d’Eucharistie, je suis blessé, fatigué, énervé….

Il y en a assez de devoir justifier en permanence devant une minorité vociférante, la solidarité d’un grand nombre de catholiques raisonnables, prudents et souvent réellement missionnaires (au moins autant que les autres) qui acceptent ces mesures de crise pour ne pas ajouter de danger au danger, pour ne pas multiplier les occasions de ne pas respecter un confinement déjà largement relativisé. Actuellement, le lieu de nos vrais combats liturgiques doit sans doute plutôt être celui de l’accompagnement des malades et des mourants…

Je n’ai pas spécialement peur pour moi, je râle à longueur de journée contre cette situation qui me coupe de mes étudiants, de mes paroissiens, de mes amis, de ceux qui me manquent au quotidien, mais je voudrais au moins ne pas avoir à être prisonnier de ceux qui, dans cette Église qui est aussi la mienne (n’en déplaise à ceux qui du haut de leurs grandes certitudes savent ce que tout le monde doit faire, demander et obtenir), traitent les « doux » de « mous », et broient la patience et le sacrifice des humbles au moulinet de leur violence ! Assez !!! Nous vivons une situation inédite mais nous n’avons pas été privés de l’Evangile !! »

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2020/11/11/sainte-colere-du-cure-de-la-cathedrale-d-auxerre-6276340.html

Voir aussi https://www.yonne.catholique.fr/paroisse-saint-germain-auxerre/la-vie-paroissiale/communiques/communique-ndeg-2 , https://www.yonne.catholique.fr/paroisse-saint-germain-auxerre/mediatheque/documents-a-telecharger/libe-rez-les-eaux.pdf –

Des « crispations avec le gouvernement français » qui « étonnent d’autant plus que le pape François vient de rappeler quelques évidences », relève le journal Libération. « Mercredi, lors de son audience générale, le chef de l’Eglise catholique demandait expressément de «faire très attention aux prescriptions des autorités politiques et sanitaires afin de nous protéger de cette pandémie». Les évêques français seraient-ils aussi en train d’entrer en dissidence avec leur pape ? »

Par ailleurs, ce « lobbying de défi à l’Etat de la part de religieux » met mal à l’aise le pasteur protestant Gilles Boucomont, lequel rappelle sur twitter (29/11/20) que « le but de l’Eglise n’est pas de croire qu’elle permettrait à Dieu d’être Dieu, ni d’empêcher César d’être César »

(5) « Im-prudent, en ce que cela incite à agir en fonction d’un futur (toujours hypothétique) en refoulant (ou ignorant) l’examen du présent (toujours certain). Et rend « désuète la morale (ce qui vaut pour tous), au profit de l’éthique (ce que j’ose faire, y compris contre tous) ».

(6) L’annonce de la reprise des messes publiques dans la limite de 30 personnes par le Président de la République dans son allocution télévisée du 24/11 a d’ailleurs provoqué une vague de colère et d’incompréhension chez de nombreux catholiques cf https://fr.aleteia.org/2020/11/25/reprise-des-messes-une-nouvelle-jauge-de-fideles-actuellement-en-discussion/ et https://www.famillechretienne.fr/35595/article/2020-11-24/emmanuel-macron-annonce-la-reprise-des-messes-le-28-novembre Qui a dit que les Français sont « râleurs » ?

 

 

Comment gérer une « gueule de bois » post-électorale ou quand mieux vaut perdre un vote que son âme

« Impossible » : jusqu’à ce que cela produit…(Source image : première de couverture du récit « Impossible » d’Erri de Luca, paru en 2020 chez Gallimard, « du Monde entier »)

Certains chrétiens (y compris en France) ont affiché leur déception et leur incompréhension suite à la défaite de leur candidat favori à l’élection présidentielle américaine du 3 novembre : « Et pourtant il y a eu plusieurs prophéties prédisant sa victoire » ; « et pourtant Dieu nous l’avait révélé » ; « et pourtant c’était le candidat qui défendait le mieux les valeurs chrétiennes »(sic) ; « je ne comprends pas le Seigneur dans ce résultat, mais c’est lui qui sait, c’est lui qui sait… ».

Soyons clairs : nous, français, comme les citoyens d’autres nations, ne sommes pas concernés par cette élection, à laquelle nous n’avons pas voté. Le Président des Etats-Unis n’est pas notre suzerain. Néanmoins, il y a là autant de questions interpellantes et édifiantes, susceptibles d’inspirer autant de remises en question salutaires, espérons-le.

Déjà, premièrement, quid du sérieux des fameuses « prophéties » ? La Bible, rappelons-le, définit un prophète authentique lorsque ce que ce dernier annonce se réalise. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’une parole du Seigneur. C’est par présomption que le « prophète » a dit cette « parole du Seigneur ». Nous ne devons pas nous laisser impressionner cf Deut.18v22(1).

Ensuite, quid de nos façons d’écouter Dieu ou de demander, en priant ? Demandons-nous pour savoir la vérité ou demandons-nous pour obtenir [voir arracher] confirmation de ce que nous croyons savoir ? Prendrions-nous nos désirs pour la réalité et notre volonté pour celle de Dieu ? Et si notre candidat battu n’était pas, en fin de compte, « le candidat des valeurs chrétiennes » (sic) ou « le champion de Dieu » ?

Autant de questions qu’il est essentiel de ne pas censurer.

Paul, dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens ch.2v2, nous demande de ne pas nous laisser facilement ébranler dans notre bon sens. Dans certains cas, nous avons besoin de discernement spirituel et dans d’autres cas, quand la situation est tellement évidente, énorme même, nous n’en avons pas besoin : il suffit d’exercer notre « sobre bon sens » ou « bon sens équilibré ».

Et la question que peut se poser toute personne de bon sens est celle-ci : comment un chrétien peut-il soutenir un candidat dont la personnalité et le discours sont à ce point diamétralement opposés, en paroles et en actes, aux valeurs chrétiennes ? Comment peut-on considérer comme étant le candidat de ces mêmes « valeurs chrétiennes » quelqu’un d’aussi clivant que Donald Trump, lequel joue avec la vérité et les faits, au point de nier une pandémie (mettant en danger ses concitoyens, avec pour résultats + de 230.000 morts aux USA et + 9,968000 de cas, dont Trump lui-même) et de nier/chercher d’interrompre un processus électoral [au point d’inquiéter fortement Israël(2)], quand Christ est le « prince de paix », « la vie » et « la vérité » ?

Autres questions soulevant l’incompréhension : comment un mouvement censé être basé sur des principes chrétiens et fortement influencé par des préoccupations sur le comportement et la personnalité des candidats a-t-il pu contribuer à la victoire de Donald Trump [en 2016 et failli récidiver en 2020] ? Et comment d’un parti censé être le parti ayant « toujours défendu les valeurs chrétiennes », a pu émerger Donald Trump, milliardaire, trois fois marié et propriétaire de casinos et clubs de strip tease, aux propos outranciers, racistes [sur les « minorités ethniques »], extravagants, misogynes et marqués par des revendications arrogantes concernant ses adultères, niant « connaître le KKK tout en refusant de se prononcer au sujet de ce genre de groupes », comme de dénoncer le mouvement suprémaciste blanc…?

Lequel Trump a encore prétendu être « chrétien » mais sans avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit…mais avec « le droit absolu » [donc divin] de « se gracier lui-même ». Comment excuser un tel fantasme de toute puissance et une telle absence de crainte de Dieu ? (3)

Comment peut-on être évangélique et soutenir Donald Trump ?(4) Ce soutien sans faille apporté par les évangéliques américains à Donald Trump, lors de l’élection présidentielle du 03 novembre, pose question, à l’intérieur même des Etats-Unis, comme le souligne le mennonite Frédéric de Coninck dans une analyse publiée sur son blogue(5). Des chercheurs, dont Mokhtar Ben Barka de l’université de Valencienne(6), ou encore André Gagné, professeur titulaire au Département d’études théologiques de l’université Concordia, à Montréal(7), cherchent à comprendre le vote évangélique pour Donald Trump.

Mais, quel que soit le résultat du vote, les chrétiens américains sortent déjà perdants de cette élection, estiment plusieurs observateurs chrétiens, catholiques et protestants, avec un avertissement pour nous, chrétiens francophones.

Constater cela et le déplorer n’est pas “contraire à l’amour” : l’amour n’est pas une complicité avec les fautes objectives. Tirer au clair un problème est au contraire le moyen de le résoudre, et le don de repentance – après la conviction de péché, de justice, de jugement – accorde le pardon et la libération au pécheur. Il s’agit là de l’application difficile mais nécessaire de l’amour fraternel, comme nous y exhortent le Christ dans les Evangiles ou Paul, en 1 Corinthiens 13 par exemple. Notre Christianisme ne saurait être un « christianisme sentimental »(8), déconnecté du réel.

Dans « Perdre son vote ou perdre son âme ? »(9), une pertinente analyse (dont je vous recommande la lecture) publiée sur Le Verbe, excellent média catholique québecquois, Alex Deschênes relève que la façon dont cette élection s’est jouée outre-atlantique est édifiante à plus d’un titre, parce que nous, chrétiens, par ailleurs citoyens, « sommes aussi appelés régulièrement à participer à l’exercice démocratique. Et la façon dont, en tant que chrétiens, nous exerçons ce devoir civique est un enjeu plus grand que le nom du candidat qui l’emporte » [ou ne l’emporte pas].

Alex Deschênes confesse par ailleurs regarder depuis 2016, « avec beaucoup d’inquiétude la manière dont les catholiques américains participent à la démocratie ». Ce qui le préoccupe n’est pas tant pour qui ses frères et sœurs dans la foi votent, mais comment ils votent. « Le danger est, d’un côté, pour l’Église, de perdre son identité et sa vocation de prophète des nations et d’être ainsi divisée à cause d’allégeances politiques. De l’autre, de mettre son âme au ballot en même temps que son vote.  Il y a toujours une grande tentation de chercher inconsciemment le salut à travers la politique », comme dans un messie politique, ce qui nous conduit à l’idolâtrie. « Mais comme l’exprime le théologien Brett Salkeld : « reconnaitre que le Christ est Roi devrait relativiser les prétentions des politiciens sur nos vies.

Le psaume 146 nous exhorte ainsi : « Ne mettez pas votre foi dans les princes : ce ne sont que des êtres humains, ils sont impuissants à sauver. » Et lorsque Jésus nous dit de donner à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, il ne s’agit pas seulement d’une invitation à payer nos dus à la société civile, mais plus radicalement de reconnaitre que César n’est pas Dieu. (…)Le danger ultimement est l’idolâtrie : transformer des politiciens en idoles. Quand un influenceur catholique prête allégeance à un candidat ou à un parti sans aucune retenue critique, quand un prêtre se fait photographier bien en vue avec son col romain dans un rassemblement partisan ou prêche en chaire en faveur d’un candidat, ou lorsqu’une religieuse délivre un discours dans un congrès officiel de parti, l’Église sacrifie sa voix de prophète et devient le valet d’un parti politique. Et les partis aiment ces blocs d’électeurs faciles à gagner et qui viennent à eux sans trop d’engagements de leur part.

Or, le prix à payer n’est pas le moindre, il s’agit de la crédibilité même de l’Église, de son autorité morale et de sa vocation prophétique [sinon, elle ne sera plus qu’un instrument à des fins idéologiques et partisanes]. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la loi canonique interdit aux prêtres de faire de l’activisme politique ».

Dans l’Eglise protestante, concernant le vote, il n’y a pas d’autre autorité que la Parole de Dieu telle qu’elle se donne à entendre dans la Bible. Il n’y a pas de magistère qui dirait du haut de la chaire comment être un « bon » chrétien, que ce soit au niveau de la foi, de la piété, de la morale, de la politique, etc. Car aussi Dieu peut s’adresser à chacun de manière différente. On parlera alors plus volontiers d’une « éthique de la responsabilité » : chacun est responsable devant Dieu des choix qu’il pense être les meilleurs, les plus fidèles à l’Évangile. Tout discours ou décision qui irait contre la seule autorité des Ecritures bibliques, la Parole de Dieu (sola scriptura), serait nul et non avenu .

Un « chrétien d’étiquette » : ça n’emballe pas ! (Source image : public domain pictures)

Donner son vote à un candidat qui fait état de sa foi chrétienne et se présenterait comme « le candidat des valeurs chrétiennes » supposerait: 1) qu’il dit vrai ! Et qu’il ne cherche pas simplement à gagner la confiance d’une partie de l’électorat (cela s’est vu en bien des lieux du monde et certains chrétiens ont refusé d’être instrumentalisé à cette fin). 2) qu’il existe un parti exclusivement « chrétien », une politique « chrétienne », autrement dit une façon « chrétienne » de gouverner, des choix « chrétiens » en matière économique, sociale, écologique, éthique…

S’il n’y a pas de « politique chrétienne », il y a, en revanche, une manière chrétienne de faire de la politique : par exemple, le refus d’exercer le pouvoir à son profit (ou de s’accrocher au pouvoir), le respect des règles [par exemple, un processus électoral] et de la vérité [et non « vérité alternative »], le sens du service et du bien commun, le souci des plus faibles…

D’autre part, on trouve des chrétiens engagés dans des formations politiques aux options presque diamétralement opposées. Et ceux qui proclament que l’Evangile serait « de gauche » ou « de droite » me paraissent bien téméraires.

Au cours de la campagne Donald Trump avait souvent accusé son adversaire d’être “opposé à Dieu”. Or, Joe Biden et Kamala Harris, respectivement nouveaux président et vice-président américains, sont des chrétiens [catholique pour le premier et évangélique baptiste pour la seconde] qui affichent leur foi.

Lors de son discours samedi soir, le président élu, qui descendrait aussi de huguenots français, a évoqué à de multiples reprises sa foi personnelle, citant même un hymne religieux “On Eagle’s wings”, un chant important pour sa famille et pour son fils Beau, décédé d’une tumeur au cerveau en 2015. Samedi, Joe Biden a conclu son discours en racontant que son grand-père lui disait toujours de “garder la foi”, tandis que sa grand-mère l’encourageait, elle, à la “propager”. Il a cité la Bible (Ecc.3v1-3) : « il y a un temps pour détruire et un temps pour reconstruire. Un temps pour guérir. Ce moment est venu. » Une citation pertinente dans le contexte d’une Amérique profondément polarisée et divisée. Selon Richard Mouw, ancien président du Fuller Theological Seminary, membre du Pro-Life Evangelicals pour Biden, cité par Christianity Today, le nouveau président Biden  est considéré comme ayant une foi authentique. «Il n’est peut-être pas le catholique conservateur que beaucoup d’évangéliques voudraient qu’il soit, mais quand il parle de sa foi, cela sonne vrai. », témoigne-t-il à CT(10).

Alors que l’insistance dangereuse de Donald Trump pour l’arrêt du dépouillement et ses accusations sans preuves de fraude provoquent des inquiétudes et font écho à Jérusalem(11), Joe Biden est considéré comme un véritable ami de l’État juif, comme les amis et même les adversaires politiques du nouveau président élu en conviennent.  Particulièrement pro-sioniste, Biden a été élevé par des parents catholiques qui soutenaient fermement Israël et lui ont inculqué un grand respect pour l’État juif.

Quant à Kamala Harris, elle a épousé un Américain de confession juive, très attaché à Israël(12). Pour celle-ci, évangélique baptiste, «la foi doit s’incarner en actes» : comme nous le rapporte le site Réformés.ch, elle a accepté de répondre à différentes questions relatives à sa foi personnelle, notamment les liens profonds entre ses croyances et son engagement politique(13).

Il est donc faux de penser qu’un parti aurait le monopole de la foi chrétienne.

Alors, certes, parmi les catholiques américains, les positions de Joe Biden en faveur de l’avortement et du mariage entre personnes de même sexe cristallisent de très nombreuses critiques. Aux États-Unis, l’épineuse question du droit à l’avortement reste extrêmement polarisante, et oriente pratiquement à elle seule le vote des chrétiens(14).

« Sauf que [comme déjà souligné plus haut] le vote est une affaire de jugement prudentiel et un tel jugement ne consiste pas uniquement en une hiérarchie de valeurs. Si le vote était un référendum sur un bien moral, le choix s’imposerait à toute conscience bien formée. Mais il n’en est pas ainsi », constate encore Alex Deschênes(15).

« Il ne s’agit même pas de décider quelle valeur prime sur toutes les autres. Puisque, même en défendant les mêmes valeurs (celle notamment de la dignité de la vie intra-utérine) deux personnes peuvent arriver à des positions différentes, tout en étant tous les deux « pro-vie » et convaincus des bonnes raisons philosophiques (et pas seulement religieuses) pour rendre l’avortement illégal ».

Ainsi, un chrétien pourrait arriver à la conclusion que la meilleure façon de mettre fin à l’avortement serait de mettre en place des juges à la Cour suprême ou de légiférer à ce sujet, alors qu’un autre pourrait penser qu’avec une nouvelle majorité de juges conservateurs à la Cour suprême, nul besoin de Donald Trump [un candidat « bien peu catholique » en paroles et en actes] pour faire avancer la cause pro-vie et que le moyen le plus efficace pour réduire le nombre d’avortements serait d’alléger la pauvreté et d’offrir plus de soutien aux femmes enceintes, ou encore de miser sur l’éducation, la prévention, d’assurer l’accès égal des soins à tous (ce qui implique de ne pas s’opposer à toute réforme de couverture santé publique)….

« Je vais sauver notre mariage », « Tu vas arrêter de boire, de me tromper, de me battre et tu vas consulter? », « Mon Dieu non ! Je vais voter pour interdire le mariage gay ! »

Alors, Il est vrai que les questions liées à l’avortement, au mariage et à l’euthanasie, engagent, et pour longtemps, des choix de société dont la facture se paiera dans une ou deux générations. Une discussion autour de l’avortement est absolument essentielle et elle ne doit pas cesser. Faut-il pour autant faire de ces sujets l’alpha et l’oméga du choix à faire devant l’urne ? Faut-il insister davantage sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des dizaines de millions de citoyens vivants ?

Il ne serait donc pas pertinent, pour les chrétiens, de sacrifier toutes leurs autres valeurs pour ce seul enjeu, car il y a d’autres moyens d’être pro-vie : dans une vision éthique pro-vie globale(16), « la culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Être pro-vie c’est reconnaitre la dignité de tous les êtres humains, dans tous les domaines et à toutes les étapes de la vie. Ainsi, être « pro-vie », c’est aussi lutter contre le racisme et la xénophobie ou l’exploitation des salariés, défendre les droits du migrant (et ne pas réduire celui-ci à un voyage qu’il a fait), promouvoir l’écologie/le respect de la création, l’impartialité et l’indépendance de la justice, la santé, l’éducation….

En 2100, la Terre privée d’ours polaires*
Dessin de Kal. Courrier international, 15/11/04
L’Arctique fond à grande vitesse ! Les pôles dégoulinent ! Un désastre écologique menace !
« Les mecs… je l’sens pas. Personne ne fait attention à nous, les ours polaires !
— Non !
— Tu rigoles !
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Faut trouver quelque chose qui attire l’attention des gens…
— Quelque chose d’irrésistible ! »
Crise morale en Arctique ! Droit au mariage pour les ours polaires gay ! Un Esquimau antiavortement avalé par un épaulard gauchiste !

Se déclarer « pro-vie » implique aussi une certaine cohérence.

Car si nous ne pouvons pas supporter la vie dans toutes ses étapes, cela n’a aucun sens de se concentrer sur le seul avortement. Et comment se déclarer « pro-vie », tout en défendant le « business » et l’industrie de la mort » soutenu par le lobby pro-armes, vu le nombre de morts par fusillades, notamment dans les écoles, les collèges et les lycées ? Tuer un homme n’est pas seulement tuer un homme, c’est tuer le genre humain. Et tuer des enfants, des jeunes, par balles, c’est aussi tuer des nations.

C’est là effectivement « ouvrir des portes » sur un plan spirituel. Banaliser le racisme, la xénophobie et exalter le nationalisme [la nation placée en absolu, plus haut que Dieu], comme banaliser le mensonge en sacrifiant la vérité ou bénir le déni du réel, aussi.

« L’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité » est celui qui s’est débarrassé du mensonge et qui vit cette exhortation de l’apôtre Paul : « que chacun dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres » (Eph 4v24-25).

Il sait que « l’amour ne ne se réjouit pas de l’injustice mais trouve sa joie dans la vérité » (1 Cor.13v6), que « nous avons purifié nos âmes en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie » (1 Pie.1v22), que « Dieu est lumière » et qu’ « il n’y en a en lui aucune ténèbres » (1 Jean 1v5-7) et que « le SEIGNEUR (notre) Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés. C’est le SEIGNEUR ton Dieu que tu craindras et que tu serviras, c’est à lui que tu t’attacheras, c’est par son nom que tu prêteras serment » (Deut.10v17-20), sachant que l’on ne saurait soulever le nom de l’Eternel (notre) Dieu [l’invoquant comme garant de témoignage ou d’affirmation ou de soutien à une cause] pour l’imposture, car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture » (Deut. 5v11).

Existe-t-il un « vote chrétien » ? Jésus serait-il le « président d’honneur » d’un parti quelconque ?
(Source : « Mockingbird »)

Pour un témoignage fidèle, véritable et audible, les chrétiens ont ce devoir d’intégrité, d’impartialité et d’indépendance, sans oublier la crainte de l’Eternel, pour être véritablement cette voix prophétique dans le monde« Mes frères, ne mêlez pas des cas de partialité à votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ » (Jacq.2v1). De même que ce qu’annonce le prophète véritable arrive vraiment, le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6).

Il est essentiel de garder à l’esprit, qu’en tant que chrétiens, nous n’adorons que Dieu, et nous refusons d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, religieux, politiques (« Messie politique »), économiques (Mammôn)… « Nous pouvons avoir nos propres convictions politiques, mais notre foi ne se résumera jamais à ces options, lesquelles nous met, d’ailleurs, toujours en porte à faux avec un mouvement politique quel qu’il soit. Ce n’est pas forcément confortable, mais le chrétien est toujours un peu ailleurs », ajoute encore Frédéric de Conninck(17).  A l’image de Jésus-Christ qui a refusé le pouvoir qui lui était offert par les hommes (et le Diable!), et a choisi de régner dans l’abaissement de la croix, les chrétiens ont un rôle essentiel à jouer : rester vigilants à l’égard de toutes les dérives auxquelles le pouvoir peut conduire, plutôt que de cautionner ou d’excuser sans cesse de telles dérives, comme si la fin justifiait les moyens.

C’est ainsi que notre fidélité à Jésus-Christ [et non à un messie politique], Notre seul Seigneur, peut nous exposer à être marginalisés, voire persécutés dans certains pays, quand nous refusons les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner. Mais nous n’avons rien à craindre, puisque le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, proclame la victoire du Christ crucifié et ressuscité, à laquelle nous sommes associés. C’est en cela que nous devons mettre notre confiance et notre espérance, et non dans le résultat d’une élection, que celui-ci annonce la victoire ou la défaite d’un candidat. Mieux vaut perdre un vote que perdre son âme.

 

En guise de conclusion :

Un nouveau président a été élu : les partisans du sortant battu doivent en faire leur deuil, et comprendre qu’il convient de prier pour le nouveau chef de l’Etat, ainsi que pour l’unité, la paix civile et la guérison de leur pays.

« C’est aussi », comme nous invite le pasteur Gilles Boucomont, « au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et ce respect, rien ne peut fonctionner (…) Jésus n’a pas voulu de ces royautés temporaires et temporelles. Et pourtant il a habité cette figure du roi, il s’est prêté au jeu de l’entrée à Jérusalem, avec le prix qu’il devra payer pour cette audace… Son autorité est d’un autre genre. Elle ne jette aucun discrédit, au contraire, sur les pouvoirs humains, mais le Royaume dont il est roi n’est pas de ce monde.  Comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structurés dans la contestation de l’autorité de l’Etat ? Comment grandirons-nous dans la foi en Dieu le Père, si les figures de la paternité sont toutes détruites, dans une vague d’extermination massive, et que trop peu de nos enfants ne savent vraiment ce qu’est un père ? Comment pourrons-nous annoncer une parole sur la Paix qui vient de Dieu si les uns et les autres n’ont pas goûté à la paix même imparfaite d’une société apaisée ? Celui qui est entré à Jérusalem, qui est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau appelle aujourd’hui des personnes à laisser tomber l’agitation de leurs rameaux [cf la parabole des arbres en quête d’un roi en Juges 9v7-15] pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées. Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives que nous avons à vivre » (18)

« Nous pouvons réellement participer au changement que nous espérons pour notre monde, si nous laissons Dieu changer d’abord notre cœur » : une très belle conclusion aux accents évangéliques, de la part du catholique Alex Deschênes ! (19)

 

 

 

Notes :

(1) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/ [Depuis début janvier 2021, nous assistons à une cascade de repentances de « prophètes » ayant « prophétisé à tort » la réélection de Donald Trump, balayant ainsi les rumeurs de « fraudes « électorales », et s’estimant coupables d’avoir placé cet homme « sur un piédestal ».  A noter que les « faux prophètes du Covid-19 ne se sont pas encore manifestés…]

(2) « L’insistance dangereuse de Donald Trump pour l’arrêt du dépouillement et ses accusations sans preuves de fraude provoquent des inquiétudes et font écho à Jérusalem, sachant que l’engagement de l’Amérique en tant que force de stabilité et de liberté, dans le respect des institutions et du processus démocratique, est un élément essentiel de la défense stratégique d’Israël » cf https://fr.timesofisrael.com/attaque-intolerable-de-trump-contre-la-democratie-et-ses-repercussions-en-israel/

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/08/quand-un-chef-detat-pretend-avoir-le-droit-absolu-de-se-gracier-lui-meme-eclairage-biblique-et-consequences-spirituelles/

Donald Trump se présente également comme « un croyant »….en la « positive theology » (« la théologie positive ») du révérend Norman Vincent Peale, qui « enseigne que : Dieu est facile à connaître, la Bible se résume facilement, le Christ donne le pouvoir de réussir. « Je suis un succès », faut-il se rappeler sans cesse ». Une foi qui ressemble plus à une « absolue confiance en soi » (ou en l’homme) qu’en une véritable confiance dans le Dieu véritable.

(4) http://blog.lesoir.be/lalibertesinonrien/2018/02/04/comment-peut-on-etre-un-evangelique-sous-donald-trump/

(5) https://societeesperance.home.blog/2020/11/09/la-droite-religieuse-americaine-histoire-dun-naufrage/

(6) http://journals.openedition.org/rrca/940

(7) https://www.reformes.ch/politique/2020/08/le-hold-politique-des-evangeliques-charismatiques-religion-etats-unis

(8) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/02/22/ton-christianisme-est-il-sentimental/

(9) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

(10) https://www.la-croix.com/Religion/Joe-Biden-deuxieme-president-catholique-lAmerique-2020-11-07-1201123493 ; https://www.reforme.net/gratuit/2020/11/08/elu-president-joe-biden-appelle-a-restaurer-lame-de-lamerique/ ; https://www.evangeliques.info/2020/11/09/usa-joe-biden-46eme-president-des-etats-unis-appelle-a-la-paix-et-a-lunite/

(11) https://fr.timesofisrael.com/attaque-intolerable-de-trump-contre-la-democratie-et-ses-repercussions-en-israel/

(12) https://fr.timesofisrael.com/biden-lami-disrael-contre-les-implantations-serait-en-desaccord-sur-liran/

(13) https://www.xn--rforms-bvae.ch/politique/2020/10/kamala-harris-la-foi-doit-sincarner-en-actes-etats-unis-presidence-elections-foi

(14) https://www.la-croix.com/Religion/Joe-Biden-deuxieme-president-catholique-lAmerique-2020-11-07-1201123493

(15) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

(16) (https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/17/appel-a-la-repentance-et-a-defendre-une-ethique-pro-vie-globale-il-serait-temps/)

(17) https://societeesperance.home.blog/2020/11/09/la-droite-religieuse-americaine-histoire-dun-naufrage/

(18) http://1001questions.fr/aunomdejesus/pourquoi-prier-pour-les-autorites/

(19) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

 

 

 

 

 

 

Les Evangéliques face au piège du fantasme et du « deal »

« Et pourtant, ils (certains Evangéliques) votent Trump ! »(Montage publié en 2016 sur ifunny.co)

À quelques jours de l’élection présidentielle américaine, les jeux sont loin d’être faits. Une nouvelle victoire de Trump n’est pas à exclure. Sylvie Laurent, historienne, analyse les ressorts d’une popularité dont les racines sont constitutives de l’histoire américaine. Entretien sur Bastamag avec l’auteure de « Pauvre petit blanc »(1).

Selon Sylvie Laurent, le « pauvre petit blanc », qui a donné son titre à son ouvrage, « n’existe pas ». C’est un personnage fantasmé, créé de toutes pièces par les néoconservateurs américains, blancs des classes moyennes et supérieures, pour conserver leur pouvoir. Lors de l’entretien, elle revient sur cette construction idéologique. Elle souligne également que « Trump continue à séduire en dépit de la réalité. Pour (elle), c’est la preuve que ce qui plaît, c’est ce qu’il dit, et non ce qu’il fait. Une large partie des américains blancs aiment s’entendre dire qu’ils sont spoliés par d’autres et que quelqu’un va arriver pour les sauver. « Comptez sur moi, leur dit Trump. Je vais chasser les noirs, je vais chasser les Mexicains, je vais renvoyer les femmes au foyer, et vous irez mieux. » C’est un discours hyper fondamentaliste de l’identité blanche qui s’est en fait normalisé, et qui est aujourd’hui très prégnant aux États-Unis ». Une telle normalisation des discours fondamentalistes se vérifie aussi de ce côté-ci de l’Atlantique….(1)

 

Et du côté des Evangéliques ? Aiment-ils aussi qu’on leur « raconte des histoires » ?

Le soutien des « 81 % d’évangéliques » (blancs- les évangéliques noirs ou hispaniques ayant majoritairement soutenu H. Clinton.) a été jugé comme étant décisif lors de l’élection de Trump il y a 4 ans. Aujourd’hui, ils ne seraient plus que 78 % à le soutenir, selon le Pew Research Center(2).

Comme le prévoyait le chercheur en géopolitique Chady Hage-Ali et blogueur sur Stratpolitix, interviewé sur notre blogue(3), « les chrétiens évangéliques conservateurs (je ne parle pas des évangéliques de gauche), choisiront tout sauf un candidat de gauche progressiste/libérale, relativiste et internationaliste …» et « seront prêts à accepter en dernier ressort un “clown” dès lors qu’il se montre patriote, s’aligne personnellement, inconditionnellement sur la politique coloniale et sécuritaire d’Israël (…) ». Alors, bien sûr, « Trump n’est pas un “candidat chrétien” (…) d’ailleurs, dans l’absolu, il n’y en a aucun. Mais la vision qu’il promeut est ostensiblement celle d’une Amérique plus centrée sur elle-même. Son discours anti-islam peut plaire aux évangéliques les plus conservateurs voire aux fondamentalistes ».  Dans ce contexte, « le vocable “valeurs chrétiennes” est, sous ce rapport, très élastique(4). Il y a les valeurs mais il y a aussi les intérêts. Et les intérêts chrétiens et étatiques bien compris et bien défendus (à l’intérieur et à l’extérieur) se mélangent entre eux, et peuvent aussi contribuer à préserver ces mêmes valeurs ». En définitive, conclut Chady Hage-Ali, « les évangéliques, en majorité à droite, [agissant plus par pragmatisme et utilitarisme que selon les principes bibliques], reviendront toujours à l’essentiel qui est, politiquement et religieusement : la fiscalité, l’état minimal, le soutien indéfectible à Israël, la lutte antiterroriste et l’endiguement de l’islam. Ils ne sont pas tous forcément partisans de l’interventionnisme (l’aventure irakienne les a douchés). Si les promesses de Trump leur semblent crédibles sur ces cinq points[en y ajoutant l’avortement], leurs voix lui seront acquises ». Et c’est ce qui s’est passé il y a 4 ans, semble-t-il !

Quelles conséquences spirituelles et morales peut-on craindre d’un tel soutien ? [autant de signaux pour nous aussi, chrétiens, en Europe]  Le soutien d’ »un homme fort » dont « la nature » est « de faire des deals » risque de décrédibiliser les Evangéliques, en les entraînant dans une « économie du deal », du compromis et de la compromission, bien éloignée du véritable Evangile, qui est « grâce et paix », et en les enfermant dans un « christianisme moralisateur », « identitaire », « de club » ou « exclusif », « partisan ».

Pour le dire autrement sans langue de bois,  Jean-René Moret estime, sur le site « Questions suivantes »(5), qu’il est à craindre que « beaucoup d’évangéliques aient cédé à la tentation de vendre leur âme pour obtenir du pouvoir. Trump leur fait miroiter d’être de leur côté sur des questions jugées importantes, et certains se montrent prêts à renier des valeurs qui leur sont chères pour obtenir ce résultat.

À témoin, un sondage montrant qu’en 2011 seul 30 % des évangéliques pensaient qu’une personne immorale dans sa vie personnelle pouvait remplir des fonctions publiques de manière éthique, mais qu’ils étaient 72 % en 2016 ! » Et « changer de principe pour justifier de voter pour un certain candidat revient à vendre son âme. C’est un des effets pernicieux de la politique partisane : tout devient acceptable chez son candidat, tout devient intolérable chez son adversaire. Dans tout cela, les évangéliques américains ont voté comme des êtres humains, confrontés à des options limitées. Paradoxalement, la volonté de façonner une Amérique à l’image de leurs idéaux peut les avoir conduits à transiger sur certains de ces idéaux. La focalisation sur un faisceau de valeurs ou une idée de leur identité nationale leur a peut-être fait oublier ou négliger d’autres valeurs chrétiennes, tels que l’accueil de l’étranger et le respect dû au plus faible[cf Deutéronome 10v19, Matt.25v35…]. D’une manière, le grand danger où je les vois est de penser que le « salut » pour leur nation peut venir d’une politique particulière(6), et de faire de l’obtention du pouvoir politique nécessaire un objectif en soi. La conviction chrétienne fondamentale doit rester que le secours doit venir de Dieu, et que s’attacher à la justice prime l’obtention du pouvoir ».

D’autre part, soutenir un homme « qui fait des deals » et qui s’est fait connaître par ses outrances verbales et injures (publiques) conduit à décrédibiliser la puissance de la parole. Et ce, d’autant plus qu’il est une évidence pour les contemporains du texte biblique qu’il n’y a pas « de paroles en l’air ». Genèse 1 montre que l’acte créateur de Dieu passe par la Parole : quand Dieu dit, la chose arrive. Il n’y a donc pas, comme dans notre culture occidentale ou en politique, une mise en opposition entre les paroles et les actes.

Ensuite, le chrétien, tout en veillant au poids de la parole donnée, est appelé à « bénir » et non à « maudire ». Et maudire, c’est dire « de mauvaises choses », pas dans un sens « moral ou moralisant », mais dans le sens de dire une chose qui n’est pas la vérité » [cf Matt.5v44, Luc 6v28, Rom.12v14]

Enfin, il est à craindre que « le problème » le plus important des Evangéliques[qui n’est pas que celui des Américains »] soit un « problème » (ou une crise) d’identité. Souvenons-nous que nous avons été créés « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (cf Gen.1v26-27, cf Col.1v15). Or, quand on nous regarde, que voit-on ? Que Dieu règne sur la création ? Ou que Trump (ou un autre, ou une puissance, une idéologie….) « règne » ? Nous saurons qui nous sommes, si nous savons à qui nous appartenons !  La priorité est donc bien « la restauration de notre image », de notre identité profonde d’enfants de Dieu. « Reconstruisons le temple en chassant les marchands » (Jean 2v14 et ss) – et nos corps sont « le temple du Saint-Esprit » (1 Cor.3v16,  1 Cor.6v19): Christ y est-il adoré ? Est-il « le Seigneur de tout » ? A moins qu’il ne subsiste des « zones de non-droit », « des autels » à Mammon(l’argent), la peur, la colère, la haine…. ? Si c’est oui, alors c’est que nous tolérons une Seigneurie autre que « Christ seul », et confessons que Christ fléchit les genoux devant d’autres puissances.

Soyons conscients que l’ennemi de nos âmes a gagné, lorsque nous nous laissons gagner par la colère, la peur, la haine, la cupidité, pour mieux nous jeter dans les bras d’un autre « Seigneur »/ « expert »/ « Messie »(politique) !

 

 

 

Notes :

(1) Voir sur https://www.bastamag.net/election-presidentielle-US-Biden-Trump-pauvre-petit-blanc-neoconservateurs-Sylvie-Laurent

(2) https://www.pewresearch.org/fact-tank/2020/10/13/white-christians-continue-to-favor-trump-over-biden-but-support-has-slipped/ft_2020-10-13_religionparty_01/

(3) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(4) Il importe de comprendre, comme l’explique très bien le journaliste évangélique Henrik Lindell, qu’« aux Etats-Unis, le terme « conservateur » peut signifier plein de choses, mais il faut y entendre le respect absolu de ce qui est perçu comme une tradition américaine et particulièrement la Constitution de 1787 et la Déclaration des droits de 1791 censées donner un caractère « exceptionnel » au pays. D’où, par exemple, l’attachement extrême à la liberté religieuse et au « droit du peuple de détenir et de porter des armes » (premier et deuxième amendements de la Déclaration des droits). D’où, aussi, une façon particulière de prôner des valeurs judéo-chrétiennes – les libertés décrites dans la constitution proviendraient de Dieu lui-même, expliquent souvent les conservateurs américains – et de s’opposer au relativisme culturel et au « socialisme ». Les conservateurs promeuvent par ailleurs le libéralisme économique, s’opposent aux impôts élevés et détestent le concept d’un Etat centralisateur et omnipotent (comme dans certains pays européens). Depuis quelques décennies, les courants conservateurs sont traversés par différents débats, notamment en économie. Certains ont une vision quasi libertairienne et promeuvent un Etat minimal. C’est le cas du mouvement populaire Tea Party qui a profondément marqué le Parti républicain ces dernières années. Des candidats comme Ted Cruz tirent leur légitimité de ce mouvement (comme le faisait aussi Sarah Palin avant lui). En face, les autres conservateurs défendent le principe de régulation et des idées de justice sociale, n’hésitant pas à se référer à la doctrine sociale de l’Eglise catholique, par exemple. Ces autres conservateurs s’intéressent aussi à l’évolution sociétale. On les appelle les conservateurs sociaux. Ils militent généralement pour des causes précises et symboliquement chargées. On les trouve dans le mouvement pro-life, mais aussi parfois dans des associations de défense pour les immigrés. Ils sont massivement croyants et s’opposent généralement au mariage gay et à la légalisation du cannabis ».

Parmi les leaders évangéliques et personnalités politiques soutenant Donald Trump : Jerry Falwell Jr, Kenneth et Gloria Copeland, David Jeremiah, ainsi que Paula White ; Sarah Palin, candidate malheureuse à la vice-présidence des Etats-Unis de  2008….. Néanmoins, il existe des leaders évangéliques « perplexes », quand ils ne sont pas franchement hostiles à Donald Trump : ainsi Matthieu Sanders, pasteur baptiste franco-américain à Paris, Max Lucado, auteur et pasteur d’une importante Eglise dans le conservateur Etat du Texas, ainsi que Russell Moore, président de la Commission d’éthique et de liberté religieuse des baptistes du Sud, tout comme « l’évangélique de gauche » Jim Wallis.

(5)Voir sur http://www.foienquestions.eu/?p=1988#fnref-1988-4

(6) Certains attendent et espèrent en ce « messie politique » :

Ainsi, vu non pas sur Le gorafi, mais sur la page FB d’un chrétien évangélique qui ne représente que lui-même : « Ne cherche pas plus loin que ça : Trump ne fait pas « de la politique » pour être réélu. Milliardaire, retraité, il defend la Vie, il est un rempart, un Cyrus contre les satanistes et leur culture de MORT. Converti ou pas, il est surtout l’homme du combat spirituel de l’heure : le respect de la Vie et la lutte contre les pédophiles internationalistes et leur culture de MORT. Le débat se résume à ça, même si les incrédules veulent te faire croire autre chose : es-tu pour la lumière ou pour les ténèbres ? Si Trump s’écroule, tu verras un accroissement du déchaînement des ténèbres et de la culture de la mort partout dans le monde et surtout en Europe – tu les sens déjà, alors imagine leur déchaînement ! Trump est un Cyrus, un « roi paien » utilisé par le vrai Dieu pour offrir au monde un parenthèse salutaire pour revenir à Lui. (Images : la prescription de Trump, qui ne contenait PAS le Remdesivir, les médias ont menti. Le logo du médicament miracle. Une médaille commémorant les 70 ans de l’Etat d’Israël : Trump y est représenté avec Cyrus, car c’est ainsi qu’il est vu là-bas, comme un Cyrus.) »

Pour un autre, sur un blogue évangélique théologique, les chrétiens qui soutiennent Trump seraient des « chrétiens solidement bibliques et ayant nettement plus de discernement spirituel que les autres ».

 

 

Jésus-Christ aurait-il « refusé de payer pour ceux qui font des mauvais choix de vie » ?

Obamacare : un parcours semé d'embûche ! Par Andy Singer

Obamacare : un parcours semé d’embûche !
Par Andy Singer

(Article initialement paru le 12/09/14 sur Pep’s café! et mis à jour)

En pleine épidémie de Covid-19 [laquelle a causé, à ce jour, plus de 220.000 morts aux Etats-Unis], le gouvernement de Donald Trump a demandé, jeudi 25 juin, à la Cour suprême américaine d’abroger la loi Obamacare qui a instauré l’assurance santé emblématique de l’ancien président démocrate Barack Obama. Une nouvelle offensive – pour des raisons électoralistes – contre l’Affordable Care Act (ACA), nom officiel de l’ Obamacare, qui a permis à des millions d’Américains d’obtenir une couverture médicale (1).

La réforme, après un début difficile, a permis une forte diminution de la proportion d’Américains sans assurance maladie, qui est tombée de 20,3 % à 13,2 % de la population entre 2013 et 2015. Ce taux tombe à 10,9 % en 2016, mais remonte à 12,3 % après les différentes tentatives de Donald Trump pour faire disparaître l’Obamacare ou en diminuer la portée, parce que, selon lui, « l’Obamacare (serait) trop cher ; cette loi ne (fonctionnerait) pas » (2).

La Cour suprême aura le dernier mot sur le sujet, le 10 novembre prochain, dans le cadre de la décision California v. Texas. Sera alors étudié le recours de l’administration Trump et d’un groupe de procureurs généraux contestant la constitutionnalité de la loi. Si le risque d’annulation de l’ACA est réel en raison de la forte majorité républicaine/ »conservatrice » à la Cour, la pandémie de Covid-19 – tout comme l’absence d’un programme d’assurance maladie alternatif proposé par les républicains – jouent contre ce type de décision.

A ce stade, il est bon de rappeler ici ce qu’est « l’obamacare » et ce qu’il n’est pas :

Ce qu’il est : une réponse, quoiqu’incomplète, à un système jusque-là injuste, cher et peu efficace, porté par le lobby des assurances privées. Lesquelles assurances privées n’assurent, à des prix exorbitants, que des malades en excellente santé. En clair,
« Promulgué le 30 mars 2010, il invite chacun des cinquante Etats américains à mettre en place un marché local des assurances (health insurance exchanges) permettant aux compagnies privées de promouvoir leurs produits et de concourir pour la signature d’un contrat avec l’Etat fédéral. Lequel récompense les heureux gagnants en leur affectant les usagers supplémentaires qui, bien que subventionnés pour la plupart, doivent payer au prix fort cette forme hybride de sécurité sociale : 8 400 dollars par an pour une famille de quatre personnes, à régler sous peine d’une amende d’au moins 2 000 dollars. Seules les personnes déjà couvertes par d’autres programmes sociaux, comme Medicare ou Medicaid, sont exemptées.
A l’évidence, le programme défendu par M. Obama recèle bien des insuffisances : il néglige vingt-trois millions de personnes, principalement des immigrés sans papiers, et permet aux Etats, majoritairement conservateurs, de restreindre son champ d’application et de tailler dans les remboursements prévus ; les patientes en attente d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) doivent par ailleurs souscrire une assurance séparée. Tout en leur imposant certaines contraintes, la réforme comporte d’appréciables contreparties pour les compagnies d’assurances, qui empocheront une subvention publique de 447 milliards de dollars. Elles restent également libres d’augmenter leurs tarifs. « Une assurance au rabais hors de prix », résume le docteur Don McCanne, responsable de la politique de santé à l’organisation des Médecins pour un programme national de santé (PNHP) (2).
Malgré toutes ces lacunes, l’« Obamacare » présente l’avantage de fournir une couverture-maladie à trente-deux millions de personnes qui en étaient jusqu’alors dépourvues, parce que incapables de s’assurer au tarif normal. De plus, le texte interdit aux assureurs de refuser leurs services aux usagers « à risque », par exemple aux malades atteints d’une pathologie coûteuse ou jugée non rentable ». (http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/LAZARE/47889 )

Toutefois, les Etats-Unis restent aujourd’hui le seul pays industrialisé au monde ne proposant toujours pas de véritable couverture santé universelle, malgré certaines avancées. Pas de quoi crier au loup.

Ce qui n’empêche pas une opposition de principe à cette loi. 

En voici une, qui m’avait parue significative et édifiante, à l’époque de la rédaction de cet article remis à jour.

Ainsi, par exemple, Claire Levenson, dans un article pour Slate, explique « comment les chrétiens conservateurs contournent la réforme de la santé d’Obama » (le 02/09/14). En été 2014,  « la Cour suprême a donné raison à des chefs d’entreprise chrétiens qui refusaient de rembourser la contraception de leurs employés en arguant que c’était en désaccord avec leurs convictions religieuses ».

D’autre part, toujours selon Slate, certains chrétiens, dits « conservateurs », invoquant leur liberté de conscience pour refuser certaines clauses incluant les remboursements de l’avortement(3),  ont alors recours à des alternatives pour contourner la réforme de santé : « Au lieu de payer une assurance qui rembourse les procédures médicales de personnes qu’ils jugent immorales –comme les alcooliques ou les femmes qui se vont avorter– près de 300.000 Américains religieux préfèrent adhérer à des coopératives qui leur permettent de s’aider entre « bons chrétiens »(…)Ces organisations peu régulées existent depuis les années 1980, mais depuis le passage de la réforme de santé, le nombre de leurs adhérents a beaucoup augmenté. Leur fonctionnement est simple. Chaque membre donne de l’argent tous les mois dans un pot commun et, lorsqu’un adhérent est malade, tous unissent leurs ressources pour payer ses frais d’hôpital ».

L’alternative pourrait être intéressante et pertinente, mais souffre de certains défauts :

-Ces coopératives s’avèrent, en fin de compte, bien peu efficaces, puisque « contrairement aux assurances réglementées par la loi, il n’y a pas de garantie qu’un certain pourcentage minimum sera pris en charge. Si un malade coûte trop cher, il est possible que la coopérative n’ait pas les moyens de l’aider », explique Claire Levenson.

– D’autre part, « les contrats de ces organisations sont extrêmement contraignants. Celui de Samaritan(sic) Ministries, une des trois coopératives qui existent dans le pays, donne une liste de conditions préalables à l’adhésion (le tout doit être certifié par un pasteur, avec déclaration signée): Aller a l’église régulièrement (au moins trois ou quatre fois par mois) ; ne pas se droguer et ne pas fumer. Le contrat précise qu’«un cigare ou une pipe sont exceptionnellement autorisés, par exemple pour célébrer la naissance d’un enfant» ; Ne pas trop boire d’alcool (ne jamais être ivre) ; ne pas avoir de rapports sexuels hors mariage (avec la précision qu’il s’agit bien de mariage «biblique» entre un homme et une femme) ; le suivi de la grossesse d’une femme non mariée ne sera pas remboursé par le groupe ».

Invoquer la liberté de conscience pour certaines raisons est bien compréhensible. Là n’est pas le problème. C’est là une liberté que les protestants défendent traditionnellement. Elle est liée au respect des personnes et condamne toute tentative d’imposer de force une quelconque croyance. C’est l’usage que l’on en fait qui peut devenir problématique. Et combien révélateur est l’état d’esprit qui a conduit à créer et à recourir à de telles alternatives.

Voyons plutôt :

Aux Etats-Unis, des millions d’Américains restent encore non couverts par une assurance-santé, malgré les avancées de l’ « Obamacare ». Les « organisations caritatives et dispensaires auront toujours beaucoup à faire pour soigner tous ceux qui sont dans l’angle mort de la réforme ».

Or, c’est là que le bas blesse pour ces coopératives.
Car, « malgré les discours sur le partage et l’amour du prochain (la Bible est citée abondamment dans les contrats), l’approche de ces coopératives est plutôt égoïste. L’assurance maladie telle qu’elle existe actuellement aux Etats-Unis implique une certaine solidarité forcée: ceux qui sont rarement malades paient en partie pour ceux qui accumulent les problèmes de santé. Or, les adhérents de ces groupes chrétiens choisissent de se désolidariser des «pécheurs» en refusant de payer pour ceux qui font des «mauvais choix de vie», relève Claire Levenson.
Car «Les chrétiens sont en meilleure santé que les autres. Songez à tous les problèmes médicaux qui résultent d’une vie de débauche», affirme un adhérent interviewé par le Washington Post, cité dans l’article de Slate.
C’est sans doute vrai. Mais même des non-chrétiens, du fait de leur hygiène de vie, sont « en meilleur santé que les autres ». Et tous les problèmes médicaux ne résultent pas « d’une vie de débauche » (comprendre : trop boire d’alcool, trop fumer, se droguer….) : une simple vie sédentaire, avec une alimentation trop grasse et trop riche (genre « mal bouffe »), sans exercices physiques, suffit à provoquer des « problèmes médicaux ». Sans oublier le stress au travail, un environnement pollué, les usages de pesticides, les OGM….
D’où l’importance de préserver l’accès aux soins de qualité pour tous.

« Interrogé par la radio publique NPR, un autre adepte de cette assurance alternative expliquait:
«J’aime bien ce système car cela me permet de ne pas payer pour quelqu’un qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement.»

Mais puisque la Bible est abondamment citée dans les contrats de ces coopératives chrétiennes, il est bon, à ce stade, de rappeler ce qu’elle dit. Ainsi, L’« adepte de cette assurance alternative qui ne veut pas payer pour celui qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement » oublie que quelqu’un a pourtant « payé pour lui », et ce, alors qu’il ne prenait pas soin de lui, du moins « spirituellement ». Jésus-Christ, qui a choisi « de payer pour des pécheurs »(Rom.5v6-8), approuverait-il un tel système et un tel état d’esprit ?
Ledit « adepte » oublie aussi que « celui qui dit qu’il est sans péché se séduit lui-même » cf 1 Jean 1v8-10.
La « loi » de ces coopératives, qui se veulent basées sur la Bible, témoigne d’un esprit légaliste(4), plus qu’elle ne témoigne de Dieu qui déclare lui-même « ne pas faire de favoritisme » et protéger le faible cf Deutéronome 10v17-18.
On croirait également retrouver « une loi du talion » réactualisée. Qu’en dit Jésus-Christ, dans le sermon sur la montagne ?

« Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis(…)Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». (Matt.5v18-48)

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’oeil de ton frère(…)Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes ». (Matt. 7v1-5, 12)

D’autre part, « en excluant tous ceux qui ont des comportements à risque –comme la consommation d’alcool, de tabac et de drogue–, ces associations se protègent de certains coûts », plus qu’elles ne protègent ceux qui en ont vraiment besoin. « Alors que la loi américaine oblige par exemple les assurances à rembourser des cures de désintoxication, ces coopératives n’auront jamais à prendre en charge ce type de frais ».
Ces coopératives, qui citent pourtant abondamment la Bible dans leurs contrats, semblent avoir oublié la réponse de Jésus-Christ, à qui les religieux de son temps reprochaient de manger « avec les publicains et les gens de mauvaise vie » : « ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs »(Matt.9v10-13).
Pour ceux qui veulent vivre sous la loi, cette loi est sans appel : Gal.3v10-13, Jacq.2v1, 8-13
Et ceux qui veulent ainsi sanctionner « la débauche », parce qu’elle coûterait cher à la société, oublient que d’autres formes « de débauche » coûtent chers à la société(4).
On pense aux exemples donnés dans Es.58, 1 Cor 5v10-13, et la liste d’Eph.5v5, incluant « la cupidité, qui est une idolâtrie » :
« Ces associations ne sont acceptées que dans une vingtaine d’Etats américains, notamment en raison des faibles garanties qu’elles donnent à leurs membres. A la fin des années 90, une enquête avait révélé que les leaders d’une de ces organisations avaient détourné plus de 25 millions de dollars payés par leurs adhérents pour s’offrir des maisons et des motos de luxe », précise encore Claire Levenson (cf http://www.christianitytoday.com/gleanings/2014/april/obamacare-bump-christians-sharing-health-care-costs-hcsm.html?paging=off ).

Enfin, ceux qui veulent sanctionner « la débauche » oublient que pécher, c’est « manquer le but », en hébreu comme en grec. Notre but ou celui de Dieu. Le pasteur Gilles Boucomont explique que « l’on pense généralement que « pécher », c’est avoir un mauvais comportement, issu d’une mauvaise moralité »(Au nom de Jésus : mener le bon combat, p 45). Or, comme nous l’enseigne Genèse 3, « le péché est une histoire de relations. Dieu est un être relationnel, qui nous a créés à son image », c’est-à-dire, pour que nous soyons des êtres relationnels ». Avec Dieu, ainsi que les uns les autres. « Le péché est donc un état où je suis séparé de Dieu et/ou des autres »(op. cit. p 45). A l’inverse, la vie éternelle est une vie relationnelle (1 Jean 5v20, jean 17v3).
La sainteté n’est pas séparation, mais distinction.
Nous sommes « dans le monde », quoique « pas du monde » et sommes appelés à y être « sel et lumière »(Matt.5v13-14, Jean 17). Nos paroles doivent être « pleines de grâce », « assaisonnées de sel »(Col.4v6). Et « le fruit de la lumière », des enfants de lumière que nous sommes censés être, « consiste en toute sorte de bonté, justice et vérité »(Eph.5v9).
Sommes-nous suffisamment proches de Dieu, ancrés dans la vérité « qui est en Jésus », pour être en mesure de donner à voir « le Dieu véritable », et non une caricature moraliste et légaliste ?

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : la fuite ou l’engagement.
L’on peut ainsi choisir de refuser d’être sel et lumière, soit en se confondant avec le monde, soit en s’isolant du monde(pour une autre histoire de fuite, pour des motifs de « pureté », lire l’histoire du prophète Jonas). « Mais si le sel perd sa saveur, à quoi sert-il ? »…(Matt.5v13)

L’on peut aussi choisir d’être ce à quoi le Seigneur nous appelle. Cependant, toujours selon John Stott, le fondement de notre engagement dans le monde reposera nécessairement sur une vision juste de Dieu, de Jésus Christ, de l’homme, du salut et de l’Eglise(« Le chrétien et les défis de la vie moderne. Sator, 1987, pp 26-47 ).

 

 

Notes :

(1) Cf https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/etats-unis-l-administration-de-donald-trump-demande-a-la-cour-supreme-d-abroger-l-obamacare_4022919.html

(2) Cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Patient_Protection_and_Affordable_Care_Act

« Dès les cent premiers jours de sa présidence, Donald Trump a en effet lancé en grande pompe une procédure d’abrogation de l’ACA (repeal and replace) devant le Congrès pour marquer son territoire. Bien que s’appuyant sur une majorité républicaine à la Chambre des représentants et au Sénat, cette stratégie politique fut mise en déroute. Après avoir obtenu péniblement une majorité de voix à la Chambre (4 mai 2017), le texte d’abrogation est rejeté le 28 juillet 2017 par le Sénat grâce au vote contre de l’ancien candidat républicain à la Maison Blanche John McCain, aujourd’hui décédé. Face à ce premier échec politique, le président Trump a continué de s’attaquer à l’ACA en opérant des coupes dans certains impôts fédéraux finançant le développement du nouveau système d’assurance maladie, en incitant les gouverneurs républicains à ne pas activer certains leviers de mise en œuvre de la loi dans leur État, et en multipliant les recours devant les cours fédérales ». (https://theconversation.com/fact-check-us-lobamacare-est-il-dysfonctionnel-et-trop-cher-comme-laffirme-trump-148375 )

(3) »Dans certains états, toutes les assurances maladie couvrent l’avortement sélectif, alors même que l’état fédéral exige que soit disponible au moins une couverture qui ne le prenne pas en compte. C’est ainsi le cas de Rhode Island et du Connecticut; » (cf http://www.aleteia.org/fr/international/article/etats-unis-le-systeme-de-sante-et-lavortement-une-reforme-en-trompe-lil-dobama-5785011038978048 )

(4) Imaginerait-on « le Samaritain demandant au type en sang sur le bord du chemin s’il va régulièrement à la synagogue comme condition préalable à tout secours » ? ironise l’internaute « Robert M »-10 septembre 2014 • 15 h 49 min sur un blogue d' »actualités chrétiennes »[dont l’article que l’on peut lire sur le sujet n’est qu’un plagiat incomplet, sans analyse et non sourcé, de l’article de Slate]. Et encore, le samaritain serait-il considéré comme une personne « recommandable » selon les critères de ces coopératives ?

« Il y a aussi des formes fumeuses et sournoise de débauches comme celles : de ne rien partager avec son semblable, ni son temps, ni son argent, ni sa nourriture, ni sa maison, et surtout de ne pas s’occuper des problèmes des vilains débauchés …(c’est à dire des gens qui font actuellement ce que vous faisiez tous, pour la plupart d’entre vous, avant de connaitre Jésus Christ) » cf l’internaute Georges Parolier 11 septembre 2014 • 0 h 46 min, sur le même blogue.

Quand deux pasteurs nous parlent de « Black Mirror » : ce qui est bon pour eux est-il bon pour nous ?

« Ne risquons-nous pas de devenir les « complices » impuissants – mais prêts à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? »
(Scène de la série « Black Mirror »)

Ce billet (1) est avant tout destiné à susciter réflexion et à ouvrir une discussion sur ce qui semble être devenu un cas d’école, plutôt que de dire aux internautes ce qu’ils doivent faire.

Dans leur deuxième émission de « Memento Mori », un podcast hebdomadaire « qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ », Matthieu Giralt et Raphaël Charrier, tous deux pasteurs, s’entretiennent l’un et l’autre en passionnés – et de manière passionnante – de « Black Mirror », une série « qui cartonne sur Netflix ».

Dans cet épisode(2), Raph et Matt s’efforcent de répondre aux questions suivantes : « C’est quoi cette série ? Quels sont les deux épisodes qui t’ont le plus plu ? Quels sont les thématiques qui te parlent le plus ? Quelle sagesse cela doit nous pousser à avoir ? »

Pour ceux qui ne connaissent pas, « Black Mirror » est une série britannique d’anthologie (2011), ce qui signifie que chaque épisode est traité de manière indépendante. La série n’est pas linéaire par son scénario mais par sa thématique. A ce sujet, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est le sens de son titre) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité ».

Remarques personnelles :

Certes, l’on devine l’intérêt sociologique et apologétique d’une telle série, et la thématique m’intéresse particulièrement, mais la lecture de plusieurs pitchs ne m’a personnellement pas convaincu de la regarder, du fait de sa violence et de son regard cynique sur la société et les êtres humains.

Par ailleurs, au-delà de toutes les analyses – pertinentes – que l’on peut en faire, cette série dite à succès me paraît soulever plusieurs questions majeures :

1)Peut-on la regarder avec le recul nécessaire, même à des fins d’apologétique culturelle ? Ou nous trouvons-nous « dans l’impossibilité » de nous empêcher de la regarder, du fait de son pouvoir fascinant, par exemple, face à la vision d’une scène/image déplaisante ou difficilement supportable (gore, érotisme….selon les pitchs lus) ? Comment « se sent-on », après chaque épisode, et pourquoi ? Ne risquons-nous pas de devenir le « complice » impuissant – mais prêt à en redemander – d’une forme de voyeurisme ? Dans cette perspective, quid de notre « libre arbitre », de notre liberté de regarder/de s’arrêter de regarder la série ?

Puisque l’on parle de « libre arbitre », et en guise de complément à l’émission de Matthieu et Raphaël, je vous invite notamment à lire ce très intéressant article du journaliste Pierre Sérisier, paru en 2012 sur son blog « Le Monde des séries », lequel souligne que l’avenir (ou le présent) dépeint par Black Mirror illustre « avec une justesse impeccable une notion difficile à cerner, l’akrasia, ou acrasie (étymologiquement du grec kratos, le pouvoir, et a-, préfixe privatif), concept philosophique qui désigne communément une faiblesse de la volonté ». D’après Pierre Sérisier, il ne serait « pas question [dans cette série] de dénoncer la technologie, l’omniprésence des écrans, mais seulement de montrer comment cette technologie qu’aujourd’hui nous nous imposons nous imposera demain un certain mode de pensée, une attitude où l’événement médiatisé perd de son humanité et se soustrait au jugement qui devrait se faire. En faisant en sorte que leur volonté et leur libre arbitre ne soient qu’un deuxième choix après avoir épuisé la possibilité que la technologie leur offre. La série échappe pourtant au lieu commun qui consisterait à dire que nous sommes devenus seulement des esclaves de cette technologie et montre plutôt que le fait même de porter un jugement éclairé et agir en conséquence va devenir de plus en plus difficile à mesure qu’on sera, de plus en plus, abreuvé d’informations et dépendants d’elles, jusqu’à faire du libre-arbitre de l’individu et de sa volonté des choses un peu illusoires, qu’on possède toujours naturellement mais qu’on abandonne de fait ».

2) De fait, en écho avec ce qui précède, il en ressort que le choix du thème de l’émission – et surtout de son angle – soulève un sérieux problème – et pas des moindres –  que n’avaient peut-être pas (suffisamment, du moins) anticipé Matthieu et Raphaël. Ce problème se trouve pointé par le témoignage de l’internaute « Lucie ». Le partage de son expérience personnelle avec la série, dans l’espoir « qu’elle puisse servir à d’autres », m’a paru particulièrement bienvenu, dans sa façon d’interpeller avec grâce les deux pasteurs, leur rappelant leur responsabilité : « Au-delà du fait qu’humainement, Black Mirror est une série complète, bien réalisée qui a effectivement ce don de « captation » (….), j’avais décidé d’arrêté de regarder cette série, qui pour ma part ne m’édifiait pas mais me plongeait dans un profond malaise », explique-t-elle. « Puis j’ai écouté votre podcast. Là je me suis dit « tiens, des pasteurs en parlent et l’ont regardé, c’est que c’est ok finalement ». Vu que vous mettiez tout de même en garde vis à vis de la saison 1, je me suis dis que j’avais loupé des épisodes intéressants (…..). J’ai donc décidé de reprendre la série où je l’avais arrêtée. Il y a effectivement des épisodes « non violents » et intéressants pour le débat (….), mais la saison 2 et la saison 3 ont tout de même leur lot d’épisodes à caractères sexuels ou violents (la série et d’ailleurs classée 16+ sexe violence). Ce sont des images et des scènes qui s’imprègnent, que je n’avais pas spécialement envie de voir. Quelque part ça a été une occasion de chute pour moi ». Et l’internaute, qui a pris une nouvelle décision de pas continuer à regarder la série,  de rappeler que « TPSG s’adresse également à des plus jeunes, qui en entendant ce podcast se diront comme moi, « c’est ok on peut regarder ». Et même si vous émettez une objection quant à la saison 1, les ados (ou moins jeunes d’ailleurs) par curiosité la regarderons probablement, ainsi que les autres saisons ».

« Moralité », comme le souligne David, un autre internaute, « ce n’est pas parce que des pasteurs aiment [l’on devine qu’ils ont vu l’intégralité des saisons de la série] que c’est OK. Chacun a une sensibilité différente, et même plus que ça : des points sensibles différents. Ce qui est OK pour un pasteur ne l’est donc pas forcément pour nous, à chacun de juger pour lui-même. Pour éviter l’amalgame chez les plus jeunes il faudrait peut-être que les deux podcasteurs soient plus précis sur ces questions-là ».

Ceci dit, il est important de bien comprendre l’intention première – bien clarifiée par Raphaël dans sa réponse aux internautes, que j’ai appréciée (3) – de « Memento Mori », et il n’y a pas à remettre en question le souci des deux pasteurs d’encourager l’Eglise à progresser en sainteté et en pureté. Néanmoins, relève encore l’internaute Lucie, si les deux podcasteurs ne recommandent pas expressément de regarder la série, certains seront inévitablement conduits à la regarder, par curiosité et « pour se faire une idée », suite à l’émission. S’il n’y a donc effectivement pas de « pub » pour Black Mirror, le simple fait d’en parler [surtout de manière passionnée] peut inciter des chrétiens à la regarder.

Certes, précise Raphaël en réponse aux remarques des internautes, « ce n’est pas parce qu’un pasteur en parle que c’est OK ». Sauf que, souligne encore Lucie, « Dieu nous demande à tous d’être des témoins pour les autres ». Je dirai même plus : et à être  « les gardiens de nos frères ». Si je suis libre de mes choix, je ne suis jamais libre des conséquences de mes choix, puisque je vis dans un cadre social bien réel, qu’il s’agisse de la famille, de la société, d’une communauté, ou d’une collectivité, autant de structures où est censée fonctionner une certaine interdépendance. Les Épîtres nous enseignent d’ailleurs que nous sommes un corps et pas une simple addition d’individus. D’autre part, relève encore Lucie, « le simple fait de savoir qu’un pasteur ait pu regarder cette série peut nourrir l’ambiguïté », quand bien même ledit pasteur en parlerait « de manière éclairée et biblique », dans le but de nous inviter à prendre du recul.

« Moralité(bis) » : comme le reconnaît encore Raphaël, dans sa réponse aux internautes, il est un piège à vouloir « dissimuler la convoitise de la chair derrière une prétendue quête d’analyse culturelle. Malheureusement, beaucoup de chrétiens se laissent endormir par ce qu’ils consomment ». Tout à fait. C’est pour cela qu’il serait temps que les chrétiens cessent de se comporter en « con-sommateurs » pour se comporter en chrétiens adultes responsables, capables d’exercer leur autorité et leur discernement de croyant, soit leur capacité à ne pas dire « oui » à tout.

Conclusion (provisoire ?) :

Comme souligné au début de cet article, « Black Mirror » se présente comme « un miroir noir de notre âme » (c’est d’ailleurs le sens du titre de la série) et nous parle de « ce que la technologie peut révéler de pire sur (nous), sur l’humanité…». Mais pourquoi aller chercher ce type de révélation dans la technologie en général, et particulièrement dans une série addict telle que « Black Mirror » ?

Puisque l’on parle de « révélation », notions que l’ « Apocalypse », dernier livre de la Bible et que l’on peut qualifier de « science fiction de la littérature biblique », ne signifie pas « catastrophes », mais « révélation ». Et même « révélation de Jésus-Christ ». Comme l’explique très bien ce répondant sur « 1001 questions », « des images très impressionnantes sont employées, mais pas qu’inquiétantes, pour nous dévoiler en fait le mystère de la présence de Dieu au cœur du monde, y compris dans les temps difficiles (mais pas que !). En ce sens, le livre de l’Apocalypse ne décrit pas l’avenir mais le présent de tout croyant aux prises dès maintenant avec l’incompréhension, l’injustice mais aussi l’espérance et la présence de Dieu ».

En somme, l’inverse d’une fausse prophétie, non biblique, qui écrase et démolit, est la prophétie biblique véritable, laquelle édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Ce que « Black Mirror » ne permet – semble-t-il – pas au téléspectateur, qui se trouve condamné à l’état de voyeur se sentant continuellement coupable mais toujours prêt à en redemander….Franchement, voulons-nous vraiment être réduit à cela ?

 

 Notes :

(1) Plus exactement, ce billet initialement paru le 09/05/18 et mis à jour pour l’occasion, se veut la synthèse d’une discussion qui a suivi l’émission « Memento Mori », diffusée sur TPSG, et à laquelle j’ai personnellement pris part, pour rendre plus visibles les enjeux soulevés. Et ce, d’autant plus que les commentaires ont à ce jour disparus du site, sans doute pour des raisons techniques.

(2) A noter le travail de synthèse réalisé par un auditeur, disponible sur la page actualisée de l’émission, lequel ne retranscrit pas les propos exacts de l’épisode, mais vise à présenter le contenu.

(3) Réponse de Raphaël Charrier (postée 14/04/18 avant d’être mystérieusement retirée le même jour), que j’ai apprécié : 1) pour son soucis de clarifier sa position ainsi que celle de Matthieu et les objectifs de l’émission ; 2) pour sa capacité à apprécier les commentaires et à les intégrer dans sa réflexion, de nature à améliorer sa propre démarche :

« Bonjour Lucie et Peps Cafe , merci pour vos commentaires qui sont très pertinents et appellent à une réponse sérieuse ! Si vous écoutez attentivement le podcast, à aucun moment nous ne recommandons aux auditeurs de regarder la série. Nous les mettons juste en garde par rapport à la saison 1 et rappelons que pas tout le monde peut la regarder. Ce n’est pas parce que des pasteurs en parlent que c’est OK comme semble l’affirmer Lucie. Pas du tout ! Peut-être aurions-nous dû être beaucoup plus clair sur ce point : nous ne voulons en aucun cas promouvoir la série ni encourager à la regarder. 
En tout cas, merci pour vos retours. Grâce à vous, à l’avenir quand nous analyserons quelque-chose d’aussi sensible, nous ferons attention à mettre plus clairement en garde nos auditeurs. Notre but n’est pas d’encourager à regarder, il est tout autre.

Mais avant de vous l’expliquer, je vous demande de nous croire : Matthieu GIRALT et moi-même ne badinons pas avec les exigences de la sainteté et de la pureté. 
Vous remarquerez le nombre d’articles TPSG où nous souhaitons encourager l’Église dans ce sens. 
Dans notre prochain épisode de Memento Mori, nous parlerons spécifiquement des smartphones. Vous pourrez constater comment Mat et moi sommes beaucoup plus radicaux et précautionneux que la plupart des chrétiens quant à son usage.

Votre réaction Lucie et Peps m’encourage beaucoup, il faut préserver notre pureté avant tout et ne pas chercher à dissimuler la convoitise de la chair derrière une prétendue quête d’analyse culturelle. Malheureusement, beaucoup de chrétiens se laissent endormir par ce qu’ils consomment.
Pas besoin de gouter aux excréments pour pouvoir dire que c’est mauvais.

Lucie cite Game Of Thrones, je ne pense pas que nous puissions la mettre au même niveau que BM, mais je la rejoins : Mon épouse et moi-même n’avons jamais dépassé les 10 premières minutes du 1 épisode à cause des scènes pornographiques. Si vous lisez l’anglais, je vous recommande cet excellent article de K. De Young sur le sujet [sur TGC]

Pour reprendre ce que dit Peps, nous sommes libres de choisir et par la grâce de Dieu, nous pouvons et devons utiliser notre liberté afin de ne pas pécher. Nous voulons voir comme Dieu voit pour vivre comme Dieu veut (notre slogan).

Une autre précision. Le format que nous souhaitons ne permet pas encore aux auditeurs de comprendre notre intention : elle est de confronter (au sens positif) notre culture à une vision biblique du monde. Ce que nous allons faire.

Pourquoi BM est une série que nous voulions analyser ? 
Parce qu’elle est un petit phénomène de société. Parce qu’elle présente des futurs proches tout à fait plausibles (dans beaucoup d’épisodes) de notre société (contrairement à GoT ^^). 
Et c’est ce point qui nous a encouragés à en parler. 
Dans Mémento Mori, nous ne voulons pas que parler de la Bible, mais des choses de notre monde avec un regard biblique. 
En tant que chrétiens, comment devons-nous réagir face aux opportunités que proposent les nouvelles technologies ? Comment pouvons-nous nous préparer à vivre dans ce monde où rien n’est neutre ? 
Notre but dans cet épisode était donc d’apporter un éclairage à ceux qui la regardent, car cette série traite de vraies problématiques de notre société, qui dans notre vie quotidienne, nous laissent nauséeux.

Bien malheureusement, beaucoup de chrétiens consomment des séries sans se poser la question des valeurs et des visions du monde véhiculées, ou se croient à l’abri de leur influence néfaste de ces dernières.

Ce que nous voulons Matthieu et moi même c’est attirer l’attention sur le fait que rien n’est neutre (il faut discerner les pièges et les mensonges) et encourager à répondre par une vision biblique, se faire un avis clair et de rejeter le péché afin de vivre en glorifiant Dieu

Enfin, nous souhaitons aussi, comme spécifiés dans le 1er épisode, nous adresser à des non-chrétiens qui nous écoutent. Nous souhaitons leur montrer comment nous analysons notre monde en tant que chrétiens et comment la Bible est pertinente et nous équipe pour vivre avec sagesse dans ce monde, au-delà d’un simple jugement moral. L’Évangile transforme tout.

Nous allons aussi bientôt enregistrer un épisode où nous échangeons sur nos règles qui nous permettent de choisir quoi regarder ou pas. Notre but est que Dieu soit glorifié par tout ce que nous faisons.

Ma réponse vous semble-t-elle satisfaisante ? En tout cas, merci pour ces excellents retours, ils nous poussent à progresser ».