Foireux liens de juillet (40) : la situation écologique ou « un problème de trains qui se croisent »

Les « Foireux liens » de Juillet : l’occasion de faire le point (chaud) sur la situation écologique (Source image : public domain pictures)

Chers abonnés, chers lecteurs, voici vos « foireux liens » tant attendus ! Au menu : écologie, nucléaire, procès Fillon, racisme, internet, pauvreté, virus, Eglise post-covid et bien d’autres sujets. Bonne lecture !

 

1) Convention citoyenne pour le climat : les trois propositions qui vont vraiment agacer Macron

Les propositions de la convention sur le climat ne se résument pas à la limitation des 110 km/h, qui obnubile les commentateurs. Emmanuel Macron s’est engagé à y répondre le 29 juin. Soumettra-t-il « sans filtre » l’ensemble des propositions citoyennes au travail législatif ou référendaire, comme il l’a assuré ? Retour sur trois mesures qui obligent le gouvernement à en finir avec ses faux-semblants sur l’écologie.

2) Municipales : la France en habit vert

Le second tour des élections municipales a eu lieu dimanche 27/06. 16 millions d’électeurs étaient appelés à voter. Le taux de participation était de 41,6 %, selon le ministère de l’Intérieur, soit un chiffre en forte baisse par rapport à 2014 (63,7 %) et en baisse par rapport au premier tour du 15 mars (44,7 %). Des résultats de ce scrutin, l’on retient la victoire de candidats écologistes dans plusieurs villes de plus de 100 000 habitants. La majorité présidentielle n’en a gagné aucune à l’exception du Havre, où la liste du Premier ministre, Édouard Philippe, l’a emporté avec 58,8 % des voix. Le Parti socialiste se maintient à Paris, Lille ou Nantes et a ravi plusieurs villes à la droite, comme Nancy. Les Républicains conservent pour leur part « 50 % des villes de plus de 9 000 habitants », comme Toulouse et Nice, selon leur président, Christian Jacob, mais ont perdu des villes de taille, dont Bordeaux. Le Rassemblement National a gagné Perpignan, une ville de plus de 100 000 habitants …une victoire qui cache une dégringolade générale, puisqu’ailleurs en France, le parti de Marine Le Pen voit son nombre de conseillers municipaux s’effondrer [De 1 438 sièges dans 463 communes en 2014 à 840 sièges dans 258 communes en 2020].

Le politiste et historien Nicolas Roussellier nous propose une analyse du scrutin de dimanche.  Il tient compte à la fois des bouleversements provoqués par le changement climatique, par la pandémie du Covid 19, et par les évolutions profondes qui se dessinent dans la société française depuis trente ans.

Au soir du 28 juin (….)les élections municipales 2020, plus qu’en 2008 et 2014, ont fait naître un paysage politique inédit. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter?  Le politiste et historien Nicolas Roussellier reconnaît le poids de l’abstention comme l’ampleur du vote en faveur des écologistes. Mais il en propose un décryptage moins conventionnel que bien d’autres (…) nous assistons à un vrai changement de paradigme : « Alors qu’autrefois les électeurs votaient pour les écologistes quand ils voulaient envoyer un coup de semonce aux partis de gouvernement, ils considèrent les défenseurs de l’environnement comme des gens crédibles pour assumer le pouvoir exécutif. Que des villes réputées pour leur modération, leur prudence- Bordeaux, Lyon au premier chef, aient élu un candidat écologiste peu connu, voilà qui marque une rupture éclatante. »

3) Tantôt le pigeon, tantôt la statue

Dans lequel il est question « des déboulonnages de statues et des numéros de cirque de zozos yankees qui se fouettent le dos pour demander pardon pour l’esclavage », avant de régler « tout de suite le premier point : l’écologie » avec la métaphore suivante :

« À deux reprises, dans Tintin au pays des soviets et dans Tintin en Amérique, on voit ce dernier suivre une voie de chemin de fer au moment où celle-ci est taillée dans le roc, au point qu’il soit impossible d’éviter un train s’il en arrive un. Il faut imaginer notre situation écologique comme très semblable, sauf qu’il y a non pas une mais deux voies ; et fonçant vers nous, le train du dérèglement climatique, et en sens inverse, celui de l’extinction biologique. Un élève appliqué résoudrait vite le problème des trains qui se croisent : pile où nous sommes, didon ! ça n’est pas de chance. Autrement dit, aucun espoir d’esquiver d’abord l’un, puis l’autre. Nous en sommes là, et quand l’ouvrier blanc, ou noir ou jaune ou brun ou rouge, ou beige, bleu, vert ou sang et or, diable rouge ou all black, sentira 40°C dans son appart suroccupé, 50 dans la rue, cinq pouces d’eau dans sa cave, et verra le prix de la nourriture s’envoler parce que faute d’insectes, il faut tout produire hors sol et payer nous-mêmes ce que la nature faisait gratos, il en fera une tête. Il sera ravi que la priorité du pays, quelques années plus tôt, ait été d’accabler d’anathèmes trois excités qui voulaient peindre en jaune le Colbert en bronze qui sert, au square, de latrines aux pigeons ».

4) Après l’arrêt définitif de la centrale de Fessenheim, beaucoup de questions subsistent

La procédure d’arrêt définitif du réacteur n° 2 de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) a débuté lundi 29/06 après-midi. Le premier des deux réacteurs de cette centrale, mise en service en 1977, avait été arrêté le 22 février. Emmanuel Macron avait promis lors sa campagne pour l’élection présidentielle de 2017 qu’il fermerait la centrale au cours de son quinquennat. Quelles sont les conséquences sociales de cette fermeture ? Comment se déroulera le démantèlement ? Quel avenir pour le site ? Reporterre fait le point.

5) Starbucks sans filtre (Arte)

Disponible jusqu’au 06 mars 2021 : Comment la chaîne américaine de cafés, désormais planétaire, a conquis les classes moyennes urbaines. Cette investigation sur trois continents dévoile la face soigneusement cachée de la marque à la sirène.

La bande annonce du documentaire.

6) Encadrer la pub et l’influence des multinationales : un impératif écologique et démocratique

La publicité et la com’ des multinationales ne servent pas seulement à vendre toujours plus de produits, souvent pas très bons pour le climat ou la santé. Elles servent aussi à influencer, sans le dire, l’opinion publique et les décideurs pour protéger leurs modèles de profit. Une nouvelle publication, dont l’Observatoire des multinationales est partenaire, propose plusieurs mesures pour protéger notre démocratie de l’intoxication.

7) Feuilleton judiciaire : Condamnation des époux Fillon

Le tribunal judiciaire de Paris a condamné le 29/06 l’ancien Premier ministre François Fillon à cinq ans de prison dont deux ferme, 375 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de 10 ans dans une affaire d’emplois fictifs de son épouse, Penelope. Celle-ci a été condamnée à trois ans de prison avec sursis et 375 000 euros d’amende. Les époux ont annoncé leur intention de faire appel.

Pendant quelques jours le dossier a été masqué par le tapage autour de quelques phrases d’une magistrate retraitéee devant une commission d’enquête parlementaire :  Mme Eliane Houlette, ex-procureure financière, a en effet déclaré (après avoir dit le contraire précédemment) qu’en 2017 la hiérarchie judiciaire avait exercé sur elle des “pressions”. Aussitôt les anciens supporters de M. Fillon à la présidentielle ont relancé l’idée que ce procès était un coup monté, visant, disent-ils, à leur “voler la présidentielle”. Dire cela, c’est de bonne guerre sur la scène politique. Mais est-ce la réalité ? On en doute.

L’occasion de rappeler que « l’affaire Fillon » n’est pas « l’Affaire » (Dreyfus). En effet, les “pressions” de 2017 n’étaient pas venues du pouvoir politique mais du Parquet national financier. Elles ne visaient qu’à faire nommer vite un juge d’instruction (magistrat indépendant, lui, contrairement à une procureure). Et l’affaire Fillon n’était pas l’affaire Dreyfus : le dossier n’était pas vide, il s’agissait du million d’euros versé par l’Etat – les contribuables – à Mme Fillon pour un travail d’assistante dont on n’a pas trouvé trace…

8) Travailler 4 jours pour travailler mieux

Sans la crise financière de 2007-2008, la tendance, après des décennies de baisse graduelle du temps de travail, nous aurait conduit à bénéficier, aujourd’hui en 2020, d’une semaine de travail en moins sur l’année en moyenne. Mais c’est le scénario inverse qui déroule ses effets pervers. Quant au mirage de l’automatisation, de la digitalisation et l’intelligence artificielle censées soulager l’humain, il ne profite qu’à une infime minorité quand ce n’est pas l’exacte opposé qui se produit avec la précarisation à outrance des « ouvriers du net ». Et pourtant travailler moins apporterait plus. Du fait de ce constat, l’économiste Michel Santi estime que la crise sanitaire et économique actuelle devrait créer un élan vers la semaine de quatre jours dans une tribune dans La Tribune

9) Manif, masques et racisme

A Sherbrooke, Montréal, Trois-Rivières et bien d’autres villes du Québec, des manifestations ont eu lieu dimanche pour dénoncer le racisme systémique et la brutalité policière. Ce journaliste du Verbe, média catholique, est allé à celle de Québec, il a écouté les discours et a interviewé une organisatrice et une manifestante. Compte-rendu de la manifestation et points de vue sur l’antiracisme et la religion.

Extrait : « …plusieurs chrétiens ne comprennent pas la situation des communautés opprimées en Occident, alors qu’il s’agit là d’un devoir. « Le rôle des chrétiens, devant le racisme, est de s’informer et de savoir quoi répondre, de puiser dans la Bible et dans les enseignements de l’Église ce qui prouve que les êtres humains sont égaux et que l’idée de discrimination selon la race n’a pas lieu d’être. »

Marjorie raconte : « Quand j’étais plus jeune, mon père me rappelait fréquemment qu’être catholique, c’est être le plus universel possible. » Selon elle, si certains catholiques s’opposent à l’égalité, c’est qu’ils suivent un message biaisé, qui n’est pas celui de l’Église. »

10) Pourquoi « le racisme anti-Blanc » n’existe pas

Après la polémique suscitée par les propos du rappeur Nick Conrad, à lire ou écouter certains commentaires, il apparaît utile de revenir aux fondamentaux et d’expliquer ce qu’est le racisme (pour les nuls). Démonstration efficace, par Rokhaya Diallo.

11) Ce virus nous a-t-il vraiment rendus fou ?

Avant d’envisager le monde d’après, comment analyser et comprendre ce que nous venons de vivre ? Quel bilan tirer de ce temps de confinement ? Entretien avec le philosophe Olivier Abel.

12) Le concept « One Health » doit s’imposer pour permettre l’anticipation des pandémies

C’est à la fois un concept, une stratégie et un objectif. « One Health » (une santé) s’est progressivement imposé en sciences du vivant, en médecine vétérinaire et en sciences biomédicales. Il domine à présent la communication d’organisations internationales de santé publique comme l’Organisation mondiale de la santé animale, la Food and Agriculture Organization (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’Organisation mondiale de la Santé et les Centers for Disease Control and Prevention (centres pour le contrôle et la prévention des maladies). Mais le concept « One Health » reste peu connu du grand public et rarement intégré dans les prises de décision des gouvernements. Alors même que, représentant un véritable changement de paradigme, il pourrait nous aider à mieux appréhender, anticiper et gérer l’irruption de nouvelles pandémies.

13) Covid-19 : assez d’informations, place à l’éducation !

Depuis le début de la crise sanitaire, les messages sur les gestes barrières ont été conçus avec leur déclinaison de spots, d’affichages et de tutoriaux pour être facilement compris. Cependant, il est difficile de mesurer leur bonne réception auprès du public. D’autre part, on a tendance à raisonner et réagir actuellement comme si la diffusion de l’information suffisait à enclencher un comportement de prévention. Comme si la simplicité des messages rendait ipso facto la vie réelle compatible avec le contenu des informations, sans passer par un débat sur ce qu’est un comportement de santé.

14) Quel est l’état d’Internet en France ? Le « gardien des réseaux » répond en détail

L’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) publie l’édition 2020 de son rapport sur l’état d’internet en France, remis au Parlement et présenté lors d’une conférence de presse en ligne. Dans ce rapport, l’Arcep expose les évolutions marquantes des différentes composantes des réseaux internet fixes et mobiles pour 2019 : qualité de service, interconnexion de données, transition vers IPv6, neutralité du net, ouverture des terminaux et rôle des plateformes.

L’objectif de ce suivi : s’assurer, à travers la régulation, qu’internet continue à se développer comme un bien commun où l’utilisateur est l’arbitre en dernier ressort.

Pour la première fois, un chapitre entier est consacré à la question de l’impact environnemental du numérique, secteur qui représente aujourd’hui environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il s’agit d’une première étape vers un « baromètre vert » que l’Arcep souhaite mettre en place pour mettre à disposition du public les données les plus pertinentes sur l’empreinte environnementale des réseaux, des terminaux et des usages, dans le cadre de la plateforme de travail « pour un numérique soutenable » lancée le 11 juin dernier.

Par ailleurs, bien qu’il s’agisse d’un rapport sur 2019, l’Arcep détaille également  ses observations et les premiers enseignements tirés de la  période.de la crise sanitaire et le confinement du printemps 2020  qui ont eu de forts impacts sur les usages des réseaux.

La synthèse du rapport et le rapport complet.

15) La pauvreté : un sujet éminemment d’actualité

En 2018, la France comptait plus de neuf millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. La pauvreté affecte toute l’existence de près de 15 % de la population et les inégalités sont aujourd’hui reparties à la hausse, selon le « Portrait social de la France » (Insee, novembre 2019). La France peut-elle rester passive devant un tel scandale ? A lire le dossier sur la lutte contre la pauvreté dans la revue Projet, lequel se propose comme une base de réflexion pour alimenter les débats. Parce que la lutte contre la pauvreté se présente comme un sujet majeur, à l’avenir.

16) Read it again : La revue jésuite America bannit les termes « conservateur » et « progressiste »

Un vieil article (publié dans La Vie le 02/07/13) qui garde encore toute sa pertinence aujourd’hui, à lire et à relire : « Généralement elle-même qualifiée de « progressiste », véritable symbole du catholicisme « de gauche » aux Etats-Unis, la revue jésuite America lance une grande révolution en interne en choisissant de ne plus catégoriser les catholiques entre « progressistes » et « conservateurs ». Un changement expliqué par (celui qui était, à l’époque) le nouveau rédacteur en chef de l’hebdomadaire, Matt Malone, qui publie un véritable manifeste de ce nouveau positionnement sur le site de la revue plus que centenaire, expliquant notamment que la société est « malade de ce poison qu’est l’idéologie partisane »« Quand nous envisageons l’Eglise en fonction de catégories politiques essentiellement laïques, alors ce n’est plus vraiment l’Eglise, ce n’est plus une communion mais un regroupement de factions. Et la conséquence de cela, c’est que les termes et la teneur des conversations ecclésiales deviennent de plus en plus difficiles à distinguer de celles du monde qui nous entoure. Pour ce qui nous concerne, les médias catholiques deviennent alors l’équivalent religieux des chaînes du câble : chacun a ses programmes favoris, et la plupart du temps ce sont ceux qui viennent le mieux satisfaire nos opinions préexistantes. »

Le manifeste (en anglais).

17) Les autorités civiles : au service de Dieu ou au service du diable ?

L’histoire montre que l’attitude des peuples envers leurs dirigeants est parfois extrême : certains rois ont été divinisés alors que d’autres ont été mis à mort par leur peuple. Au sein des démocraties modernes, l’opinion envers les élus va de l’amour quasi-aveugle jusqu’à la haine injurieuse. Parmi les chrétiens évangéliques, il n’est pas rare que ces opinions extrêmes soient « spiritualisées ». Ainsi, un président peut être porté aux nues par certains qui le considèrent comme un chef d’état « béni » et « élu » par Dieu. Pour d’autres, ce même individu sera considéré comme une figure quasi-diabolique, voire l’antichrist lui-même.

18) Service protestant sur France culture : « un petit déjeuner autrement nourrissant ! »

Le Service protestant sur France culture est proposé par la Fédération Protestante de France (FPF), association constituée d’Eglises et œuvres protestantes aux sensibilités culturelles et théologiques plurielles. Le dimanche à 8h30 (à 9h30 à la Toussaint, Noël et l’Ascension) des pasteurs se succèdent pour partager leur compréhension des textes bibliques et leur confiance en la vie et en Dieu. L’un des objectifs de ce service est de rendre l’émission cultuelle accessible et compréhensible par tous, croyants ou non, pratiquants ou non. Il veut aussi interpeller et surprendre en laissant s’exprimer la créativité, la sensibilité des pasteurs, prédicateurs et intervenants.

Depuis le 16 juin 2020, son nouveau responsable éditorial est le pasteur baptiste Jean-Luc Gadreau.

19) S’il n’y avait qu’un article à lire sur l’Eglise post-covid, ce serait celui de Philippe Henchoz, Pasteur de l’Eglise évangélique de Meyrin, qui a ressenti le besoin de prendre la plume pour parler de son vécu de la pandémie. Et surtout de ce qui se passe aujourd’hui dans son Eglise, alors que l’on s’attendrait à ce que tout redevienne comme avant. Un propos fort et poignant d’un responsable évangélique dans une Eglise locale.

Et le dernier pour la route :

20) « A quoi sert d’avoir le Saint-Esprit ? »

Voici une série à découvrir sur les effets du Saint-Esprit dans la vie de chaque croyant.

 

 

 

 

 

 

 

Jésus-Christ aurait-il « refusé de payer pour ceux qui font des mauvais choix de vie » ?

Obamacare : un parcours semé d'embûche ! Par Andy Singer

Obamacare : un parcours semé d’embûche !
Par Andy Singer

(Article initialement paru le 12/09/14 sur Pep’s café! et mis à jour)

En pleine épidémie de Covid-19 [laquelle a causé, à ce jour, plus de 120.000 morts aux Etats-Unis], le gouvernement de Donald Trump a demandé, jeudi 25 juin, à la Cour suprême américaine d’abroger la loi Obamacare qui a instauré l’assurance santé emblématique de l’ancien président démocrate Barack Obama. Une nouvelle offensive – pour des raisons électoralistes – contre l’Affordable Care Act (ACA), nom officiel de l’ Obamacare, qui a permis à des millions d’Américains d’obtenir une couverture médicale (1).

La réforme, après un début difficile, a permis une forte diminution de la proportion d’Américains sans assurance maladie, qui est tombée de 20,3 % à 13,2 % de la population entre 2013 et 2015. Ce taux tombe à 10,9 % en 2016, mais remonte à 12,3 % après les différentes tentatives de Donald Trump pour faire disparaître l’Obamacare ou en diminuer la portée(2).

A ce stade, il est bon de rappeler ici ce qu’est « l’obamacare » et ce qu’il n’est pas :

Ce qu’il est : une réponse, quoiqu’incomplète, à un système jusque-là injuste, cher et peu efficace, porté par le lobby des assurances privées. Lesquelles assurances privées n’assurent, à des prix exorbitants, que des malades en excellente santé. En clair,
« Promulgué le 30 mars 2010, il invite chacun des cinquante Etats américains à mettre en place un marché local des assurances (health insurance exchanges) permettant aux compagnies privées de promouvoir leurs produits et de concourir pour la signature d’un contrat avec l’Etat fédéral. Lequel récompense les heureux gagnants en leur affectant les usagers supplémentaires qui, bien que subventionnés pour la plupart, doivent payer au prix fort cette forme hybride de sécurité sociale : 8 400 dollars par an pour une famille de quatre personnes, à régler sous peine d’une amende d’au moins 2 000 dollars. Seules les personnes déjà couvertes par d’autres programmes sociaux, comme Medicare ou Medicaid, sont exemptées.
A l’évidence, le programme défendu par M. Obama recèle bien des insuffisances : il néglige vingt-trois millions de personnes, principalement des immigrés sans papiers, et permet aux Etats, majoritairement conservateurs, de restreindre son champ d’application et de tailler dans les remboursements prévus ; les patientes en attente d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) doivent par ailleurs souscrire une assurance séparée. Tout en leur imposant certaines contraintes, la réforme comporte d’appréciables contreparties pour les compagnies d’assurances, qui empocheront une subvention publique de 447 milliards de dollars. Elles restent également libres d’augmenter leurs tarifs. « Une assurance au rabais hors de prix », résume le docteur Don McCanne, responsable de la politique de santé à l’organisation des Médecins pour un programme national de santé (PNHP) (2).
Malgré toutes ces lacunes, l’« Obamacare » présente l’avantage de fournir une couverture-maladie à trente-deux millions de personnes qui en étaient jusqu’alors dépourvues, parce que incapables de s’assurer au tarif normal. De plus, le texte interdit aux assureurs de refuser leurs services aux usagers « à risque », par exemple aux malades atteints d’une pathologie coûteuse ou jugée non rentable ». (http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/LAZARE/47889 )

Toutefois, les Etats-Unis restent aujourd’hui le seul pays industrialisé au monde ne proposant toujours pas de véritable couverture santé universelle, malgré certaines avancées. Pas de quoi crier au loup.

Ce qui n’empêche pas une opposition de principe à cette loi. 

En voici une, qui m’avait parue significative et édifiante, à l’époque de la rédaction de cet article remis à jour.

Ainsi, par exemple, Claire Levenson, dans un article pour Slate, explique « comment les chrétiens conservateurs contournent la réforme de la santé d’Obama » (le 02/09/14). En été 2014,  « la Cour suprême a donné raison à des chefs d’entreprise chrétiens qui refusaient de rembourser la contraception de leurs employés en arguant que c’était en désaccord avec leurs convictions religieuses ».

D’autre part, toujours selon Slate, certains chrétiens, dits « conservateurs », invoquant leur liberté de conscience pour refuser certaines clauses incluant les remboursements de l’avortement(3),  ont alors recours à des alternatives pour contourner la réforme de santé : « Au lieu de payer une assurance qui rembourse les procédures médicales de personnes qu’ils jugent immorales –comme les alcooliques ou les femmes qui se vont avorter– près de 300.000 Américains religieux préfèrent adhérer à des coopératives qui leur permettent de s’aider entre « bons chrétiens »(…)Ces organisations peu régulées existent depuis les années 1980, mais depuis le passage de la réforme de santé, le nombre de leurs adhérents a beaucoup augmenté. Leur fonctionnement est simple. Chaque membre donne de l’argent tous les mois dans un pot commun et, lorsqu’un adhérent est malade, tous unissent leurs ressources pour payer ses frais d’hôpital ».

L’alternative pourrait être intéressante et pertinente, mais souffre de certains défauts :

-Ces coopératives s’avèrent, en fin de compte, bien peu efficaces, puisque « contrairement aux assurances réglementées par la loi, il n’y a pas de garantie qu’un certain pourcentage minimum sera pris en charge. Si un malade coûte trop cher, il est possible que la coopérative n’ait pas les moyens de l’aider », explique Claire Levenson.

– D’autre part, « les contrats de ces organisations sont extrêmement contraignants. Celui de Samaritan(sic) Ministries, une des trois coopératives qui existent dans le pays, donne une liste de conditions préalables à l’adhésion (le tout doit être certifié par un pasteur, avec déclaration signée): Aller a l’église régulièrement (au moins trois ou quatre fois par mois) ; ne pas se droguer et ne pas fumer. Le contrat précise qu’«un cigare ou une pipe sont exceptionnellement autorisés, par exemple pour célébrer la naissance d’un enfant» ; Ne pas trop boire d’alcool (ne jamais être ivre) ; ne pas avoir de rapports sexuels hors mariage (avec la précision qu’il s’agit bien de mariage «biblique» entre un homme et une femme) ; le suivi de la grossesse d’une femme non mariée ne sera pas remboursé par le groupe ».

Invoquer la liberté de conscience pour certaines raisons est bien compréhensible. Là n’est pas le problème. C’est là une liberté que les protestants défendent traditionnellement. Elle est liée au respect des personnes et condamne toute tentative d’imposer de force une quelconque croyance. C’est l’usage que l’on en fait qui peut devenir problématique. Et combien révélateur est l’état d’esprit qui a conduit à créer et à recourir à de telles alternatives.

Voyons plutôt :

Aux Etats-Unis, des millions d’Américains restent encore non couverts par une assurance-santé, malgré les avancées de l’ « Obamacare ». Les « organisations caritatives et dispensaires auront toujours beaucoup à faire pour soigner tous ceux qui sont dans l’angle mort de la réforme ».

Or, c’est là que le bas blesse pour ces coopératives.
Car, « malgré les discours sur le partage et l’amour du prochain (la Bible est citée abondamment dans les contrats), l’approche de ces coopératives est plutôt égoïste. L’assurance maladie telle qu’elle existe actuellement aux Etats-Unis implique une certaine solidarité forcée: ceux qui sont rarement malades paient en partie pour ceux qui accumulent les problèmes de santé. Or, les adhérents de ces groupes chrétiens choisissent de se désolidariser des «pécheurs» en refusant de payer pour ceux qui font des «mauvais choix de vie», relève Claire Levenson.
Car «Les chrétiens sont en meilleure santé que les autres. Songez à tous les problèmes médicaux qui résultent d’une vie de débauche», affirme un adhérent interviewé par le Washington Post, cité dans l’article de Slate.
C’est sans doute vrai. Mais même des non-chrétiens, du fait de leur hygiène de vie, sont « en meilleur santé que les autres ». Et tous les problèmes médicaux ne résultent pas « d’une vie de débauche » (comprendre : trop boire d’alcool, trop fumer, se droguer….) : une simple vie sédentaire, avec une alimentation trop grasse et trop riche (genre « mal bouffe »), sans exercices physiques, suffit à provoquer des « problèmes médicaux ». Sans oublier le stress au travail, un environnement pollué, les usages de pesticides, les OGM….
D’où l’importance de préserver l’accès aux soins de qualité pour tous.

« Interrogé par la radio publique NPR, un autre adepte de cette assurance alternative expliquait:
«J’aime bien ce système car cela me permet de ne pas payer pour quelqu’un qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement.»

Mais puisque la Bible est abondamment citée dans les contrats de ces coopératives chrétiennes, il est bon, à ce stade, de rappeler ce qu’elle dit. Ainsi, L’« adepte de cette assurance alternative qui ne veut pas payer pour celui qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement » oublie que quelqu’un a pourtant « payé pour lui », et ce, alors qu’il ne prenait pas soin de lui, du moins « spirituellement ». Jésus-Christ, qui a choisi « de payer pour des pécheurs »(Rom.5v6-8), approuverait-il un tel système et un tel état d’esprit ?
Ledit « adepte » oublie aussi que « celui qui dit qu’il est sans péché se séduit lui-même » cf 1 Jean 1v8-10.
La « loi » de ces coopératives, qui se veulent basées sur la Bible, témoigne d’un esprit légaliste(4), plus qu’elle ne témoigne de Dieu qui déclare lui-même « ne pas faire de favoritisme » et protéger le faible cf Deutéronome 10v17-18.
On croirait également retrouver « une loi du talion » réactualisée. Qu’en dit Jésus-Christ, dans le sermon sur la montagne ?

« Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis(…)Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». (Matt.5v18-48)

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’oeil de ton frère(…)Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes ». (Matt. 7v1-5, 12)

D’autre part, « en excluant tous ceux qui ont des comportements à risque –comme la consommation d’alcool, de tabac et de drogue–, ces associations se protègent de certains coûts », plus qu’elles ne protègent ceux qui en ont vraiment besoin. « Alors que la loi américaine oblige par exemple les assurances à rembourser des cures de désintoxication, ces coopératives n’auront jamais à prendre en charge ce type de frais ».
Ces coopératives, qui citent pourtant abondamment la Bible dans leurs contrats, semblent avoir oublié la réponse de Jésus-Christ, à qui les religieux de son temps reprochaient de manger « avec les publicains et les gens de mauvaise vie » : « ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs »(Matt.9v10-13).
Pour ceux qui veulent vivre sous la loi, cette loi est sans appel : Gal.3v10-13, Jacq.2v1, 8-13
Et ceux qui veulent ainsi sanctionner « la débauche », parce qu’elle coûterait cher à la société, oublient que d’autres formes « de débauche » coûtent chers à la société(4).
On pense aux exemples donnés dans Es.58, 1 Cor 5v10-13, et la liste d’Eph.5v5, incluant « la cupidité, qui est une idolâtrie » :
« Ces associations ne sont acceptées que dans une vingtaine d’Etats américains, notamment en raison des faibles garanties qu’elles donnent à leurs membres. A la fin des années 90, une enquête avait révélé que les leaders d’une de ces organisations avaient détourné plus de 25 millions de dollars payés par leurs adhérents pour s’offrir des maisons et des motos de luxe », précise encore Claire Levenson (cf http://www.christianitytoday.com/gleanings/2014/april/obamacare-bump-christians-sharing-health-care-costs-hcsm.html?paging=off ).

Enfin, ceux qui veulent sanctionner « la débauche » oublient que pécher, c’est « manquer le but », en hébreu comme en grec. Notre but ou celui de Dieu. Le pasteur Gilles Boucomont explique que « l’on pense généralement que « pécher », c’est avoir un mauvais comportement, issu d’une mauvaise moralité »(Au nom de Jésus : mener le bon combat, p 45). Or, comme nous l’enseigne Genèse 3, « le péché est une histoire de relations. Dieu est un être relationnel, qui nous a créés à son image », c’est-à-dire, pour que nous soyons des êtres relationnels ». Avec Dieu, ainsi que les uns les autres. « Le péché est donc un état où je suis séparé de Dieu et/ou des autres »(op. cit. p 45). A l’inverse, la vie éternelle est une vie relationnelle (1 Jean 5v20, jean 17v3).
La sainteté n’est pas séparation, mais distinction.
Nous sommes « dans le monde », quoique « pas du monde » et sommes appelés à y être « sel et lumière »(Matt.5v13-14, Jean 17). Nos paroles doivent être « pleines de grâce », « assaisonnées de sel »(Col.4v6). Et « le fruit de la lumière », des enfants de lumière que nous sommes censés être, « consiste en toute sorte de bonté, justice et vérité »(Eph.5v9).
Sommes-nous suffisamment proches de Dieu, ancrés dans la vérité « qui est en Jésus », pour être en mesure de donner à voir « le Dieu véritable », et non une caricature moraliste et légaliste ?

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : la fuite ou l’engagement.
L’on peut ainsi choisir de refuser d’être sel et lumière, soit en se confondant avec le monde, soit en s’isolant du monde(pour une autre histoire de fuite, pour des motifs de « pureté », lire l’histoire du prophète Jonas). « Mais si le sel perd sa saveur, à quoi sert-il ? »…(Matt.5v13)

L’on peut aussi choisir d’être ce à quoi le Seigneur nous appelle. Cependant, toujours selon John Stott, le fondement de notre engagement dans le monde reposera nécessairement sur une vision juste de Dieu, de Jésus Christ, de l’homme, du salut et de l’Eglise(« Le chrétien et les défis de la vie moderne. Sator, 1987, pp 26-47 ).

 

 

Notes :

(1) Cf https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/etats-unis-l-administration-de-donald-trump-demande-a-la-cour-supreme-d-abroger-l-obamacare_4022919.html

(2) Cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Patient_Protection_and_Affordable_Care_Act

(3) »Dans certains états, toutes les assurances maladie couvrent l’avortement sélectif, alors même que l’état fédéral exige que soit disponible au moins une couverture qui ne le prenne pas en compte. C’est ainsi le cas de Rhode Island et du Connecticut; » (cf http://www.aleteia.org/fr/international/article/etats-unis-le-systeme-de-sante-et-lavortement-une-reforme-en-trompe-lil-dobama-5785011038978048 )

(4) Imaginerait-on « le Samaritain demandant au type en sang sur le bord du chemin s’il va régulièrement à la synagogue comme condition préalable à tout secours » ? ironise l’internaute « Robert M »-10 septembre 2014 • 15 h 49 min sur un blogue d' »actualités chrétiennes »[dont l’article que l’on peut lire sur le sujet n’est qu’un plagiat incomplet, sans analyse et non sourcé, de l’article de Slate]. Et encore, le samaritain serait-il considéré comme une personne « recommandable » selon les critères de ces coopératives ?

« Il y a aussi des formes fumeuses et sournoise de débauches comme celles : de ne rien partager avec son semblable, ni son temps, ni son argent, ni sa nourriture, ni sa maison, et surtout de ne pas s’occuper des problèmes des vilains débauchés …(c’est à dire des gens qui font actuellement ce que vous faisiez tous, pour la plupart d’entre vous, avant de connaitre Jésus Christ) » cf l’internaute Georges Parolier 11 septembre 2014 • 0 h 46 min, sur le même blogue.

La désinformation nuit à la santé

L’enjeu ici n’a rien à voir avec la polémique. Il s’agit simplement de prendre le temps de réfléchir à ce que signifie croire que « Jésus-Christ est la vérité »(Source image : « Piquée » sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont, 19/12/18)

L’esprit du conspirationnisme s’est-il infiltré de façon virale dans le christianisme actuel ?

Est-il acceptable de voir des « dealers » diffuser des doses quotidiennes de désinformations quotidiennes, tout en déclarant ne pas y toucher eux-mêmes…?

Depuis le début de la crise du covid, je reçois régulièrement des niouzeletteurs de la part d’une connaissance – un chrétien évangélique – dont je tairai le nom, colportant des opinions sur les vaccins, Bill Gates, le coronavirus, Didier Raoult et l’hydroxychloroquine…..

Les 02/06 et le 11/06, ladite connaissance me relaye les deux messages suivants :

Le premier message relayé émane d’un certain Xavier Bazin, « journaliste scientifique, éditeur, écrivain », et… « passionné de médecine naturelle », de « Santé-corps-esprit », message intitulé « Dangers du paracétamol : le Pr Raoult aggrave son cas ! », laissant entendre que l’étude du Lancet sur les dangers de l’hydroxychloroquine aurait été « manipulée »/ »fabriquée » « pour faire croire aux gens que l’hydroxychloroquine est un médicament qui tue ! » et pour discréditer « un médicament ancien et peu coûteux » susceptible de « concurrencer les nouveaux vaccins ou anti-viraux hors de prix. Si la chloroquine s’avérait être efficace, ce serait dramatique pour le système, car ce serait la preuve qu’il y a beaucoup de molécules anciennes ou naturelles, non brevetables, qui sont intéressantes…et qu’il faudrait donc arrêter de tout miser sur des nouvelles molécules ou de nouveaux vaccins et s’ouvrir aux médecines alternatives, traditionnelles et naturelles ». Message se concluant par une offre de formation….sur « les médecines alternatives, traditionnelles et naturelles », dont « le premier mois est gratuit ».

Le second message relayé est un mail [intitulé « Des américains défendent Didier Raoult »] du webmestre du site évangélique canadien samizdat, lequel communique la traduction française d’un article de L’American Spectator intitulé « LancetGate: Pulling a Fast One on Proponents of Hydroxychloroquine and Chloroquine », lequel s’ajoute aux remises en cause de l’étude du Lancet. A noter que le même webmestre, se revendiquant « complotiste rationnel », introduit son dossier « revue de presse » sur le covid 19 en lâchant qu’en fin de compte, « le Covid19 n’entraîne(rait) PAS une mortalité plus élevée que la grippe d’hiver normale », et qu’il serait « rationnel et raisonnable (sic) d’avoir de gros doutes sur la mortalité extraordinaire du Covid19 ». Et « bien que toutes sortes de questions se posent sur l’origine du Covid19 (arme ou naturel, accidentel ou provoqué), c’est une question (qu’il a) décidé d’écarter » dans la constitution de ladite revue de presse. Ce qui s’appelle un biais cognitif. De là à dire que les mesures sanitaires seraient exagérées et donc suspectes, il n’y a qu’un pas…(1)

Suite à ces deux mails, je décide de poser cette simple question à mon expéditeur : « si je te comprends bien [d’après les messages que tu relaye], tu prendrais toi-même de l’Hydroxychloroquine, si besoin ? Recommandes-tu personnellement – et sans réserve – l’Hydroxychloroquine aux chrétiens ? Dans le cas contraire, quel est l’intérêt de relayer de tels messages de nature à le faire croire ? »

Ce à quoi mon interlocuteur me répond : « Je ne suis pas un gourou ni un maître à penser [comprendre : pour avertir les gens ou les inviter à la prudence ?]. Je transmets des informations qui me paraissent pertinentes sans pour autant adhérer à tout ce que j’envoie. Chacun se fait son opinion. Par ailleurs, je n’ai ni le temps ni la volonté de polémiquer ».

Cette posture en mode irresponsable m’a parue plutôt légère. En effet, il me paraît inconcevable et même improbable qu’un chrétien se contente de transmettre des opinions sans en assumer les conséquences : à savoir transmettre des opinions que l’on ne partagerait pas, dont on sait pertinemment la toxicité virale mais en présentant lesdites opinions de manière à minorer leur toxicité, d’autant plus que le diffuseur, tel un dealer, n’y toucherait pas lui-même.

Par honnêteté intellectuelle, il serait plus juste et plus pertinent d’assumer sa propre position : si (pour reprendre ma question initiale) ce traitement (l’hydroxychloroquine) est dangereux, et auquel cas l’on ne se risquera pas de le prendre soi-même, il convient alors, par soucis d’intégrité, d’inviter les destinataires de nos mails à une prudence responsable, soulignant qu’un tel traitement n’est pas recommandable sans risque (2).

Ceci dit, je constate que « ces informations jugées pertinentes » (et donc partagées) par mon interlocuteur sont toujours traitées sous le même angle, sous leur angle le plus trouble – il y en a toujours un – et que ces « infos » sont triées de façon à ne conserver que ce qui est suspect, ou en ne retenant que les erreurs – ce qui n’est pas la vérité car un tel traitement est partiel et partial.

D’ailleurs, en quoi est-ce pertinent et utile pour la gloire de Dieu (refléter Dieu tel qu’Il est en vérité) et l’édification du corps de Christ de transmettre des opinions systématiquement marquées par le complotisme, le scepticisme, le cynisme ou le négationnisme écologique, quand il ne s’agit pas d’un billet d’humeur injurieux, diffamatoire et partisan en faveur de tel chef d’état sous le coup d’une procédure de destitution, ou de polariser autour de Didier Raoult et des vaccins, etc… ? Dit autrement : en quoi cela contribue-t-il à rendre les gens vraiment meilleurs, c’est-à-dire spirituellement plus murs, plus conscients de la dignité de leur humanité, plus responsables et plus ouverts aux autres ? En quoi cela contribue-t-il à les rapprocher de Christ et des uns des autres ?

A ce jour, je n’ai toujours pas eu de réponse claire et convaincante. Mon expéditeur n’a sans doute « pas le temps, ni la volonté de polémiquer », mais il fallait y penser avant de relayer des prises de position polémiques et clivantes.  Or, l’enjeu ici n’a rien à voir avec la polémique. Il s’agit simplement de prendre le temps de réfléchir à ce que signifie croire que « Jésus-Christ est la vérité », que « Dieu est amour » et « lumière », soit donc qu' »il n’y a pas trace de ténèbres en lui ». A moins que ce type de réflexions ne pose trop de problèmes ? C’est là un enjeu de santé publique, un enjeu spirituel.

Certes, celui qui choisit d’informer – et plus encore s’il est aussi chrétien – doit être conscient d’exercer « un mini-stère » (un service et un même service public) et non « un magi-stère ». En clair, celui qui exerce le service d’informer aura l’ambition de faire réfléchir ses lecteurs, et non de leur dire ce qu’il faut penser.

Une information, ou l’acte d’informer, est ce qui renseigne avec exactitude sur ce que l’on ignore et qui répond aux questions « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ». L’information n’est pas une opinion mais un élément de connaissance vérifiable, qui ne concerne pas que moi mais qui s’adresse/s’impose à tous. Et la condition d’une information digne de ce nom, crédible, est la recherche de la vérité. Sur ce point, le chrétien qui informe est censé avoir un avantage : il croit en la vérité absolue ou qu’il existe une vérité. Il sait que Jésus-Christ est la Vérité ou que « la Vérité est en Jésus ». A l’inverse, celui qui estime que la vérité n’est pas atteignable a renoncé à la chercher. Il ne lui reste alors plus que son honnêteté (ou sa mauvaise foi) par rapport à ses croyances (ce à quoi il tient) ou ses convictions (ce qui le porte) et non plus par rapport à la réalité. Or, nous réduisons trop souvent l’information à la seule expression d’une vision sur l’actualité, survalorisant l’opinion, le « coup de gueule », « l’édito » ou le commentaire.

Ensuite, informer, ce n’est pas simplement balancer des « faits bruts » en se donnant bonne conscience (« au lecteur de se faire son opinion ») : c’est aussi et surtout donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Informer, c’est (toujours) choisir : de parler d’un fait et pas d’un autre ; de choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information.

Informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur [ou le pire, selon son objectif de départ cf plus haut]

Un témoin est celui qui rend compte de ce qu’il a vu/entendu/rencontré personnellement. Il n’est pas un simple « relais » d’une information lue/entendue quelque part, à partir de sources de seconde, voire de troisième main.

Le rôle de celui qui informe devrait être de rassurer[ou d’inviter à prendre du recul], d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages [ou ici, de niouzeletteurs]

Enfin, informer n’a pas pour vocation de frapper, mais de toucher les esprits et les cœurs (3)

 

 

Notes :

(1) L’esprit du conspirationnisme s’est-il infiltré de façon virale dans le christianisme actuel ?

(2) « Les données recueillies au début de la pandémie surestimaient la mortalité du virus, puis les analyses ultérieures l’ont sous-estimée. Aujourd’hui, de nombreuses études – fondées sur des méthodologies différentes et complémentaires – estiment que, dans la plupart des pays, la mortalité du Covid-19 se situe entre 0,5 et 1 % ». (https://www.pourlascience.fr/sr/covid-19/quel-est-le-vrai-taux-de-mortalite-du-covid-19-19633.php ; https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/05/05/coronavirus-age-mortalite-departements-pays-suivez-l-evolution-de-l-epidemie-en-cartes-et-graphiques_6038751_4355770.html )

Actuellement : plus de 11 millions de contaminés, plus de 517.000 décès au niveau mondial, selon le bilan établi le 03/07/20 par l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU.  L’Europe est le continent le plus touché, avec 2,6 millions de cas. Les pays qui comptent quotidiennement le plus de morts sont le Brésil, le Mexique, les États-Unis et l’Inde.

Concernant l’hydroxuchloroquine, le point sur les études, recommandations nationales et prises de position, Mises en garde 

https://www.hug.ch/sites/interhug/files/structures/coronavirus/documents/hydroxy-chloroquine_et_covid-19.pdf

https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/COVID-19/Chloroquine_final.pdf

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/05/covid-19-l-hydroxychloroquine-n-a-pas-d-effet-benefique-selon-l-essai-clinique-recovery_6041923_3244.html [Les résultats préliminaires du plus grand essai clinique à ce jour incluant des patients hospitalisés pour un Covid-19 sont tombés le 04 juin : « Nous avons conclu que l’hydroxychloroquine n’a aucun effet bénéfique sur les patients hospitalisés avec Covid-19 », ont annoncé, vendredi 5 juin, les professeurs Peter Horby et Martin Landray (université d’Oxford), chercheurs en chef de l’essai britannique Recovery. Celui-ci a recruté depuis le mois de mars plus de 11 000 patients dans 175 hôpitaux du National Health Service (NHS) du Royaume-Uni]

Voir aussi : https://www.lci.fr/sante/coronavirus-le-covid-19-peu-dangereux-avec-une-mortalite-de-0-04-attention-aux-publications-trompeuses-2154431.htmlhttps://www.liberation.fr/checknews/2020/06/02/pourquoi-l-etude-du-lancet-sur-l-hydroxychloroquine-est-elle-sous-le-feu-des-critiques_1789844 ; https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/06/08/l-hydroxychloroquine-therapie-la-plus-efficace-un-sondage-obsolete-qui-circule-encore_6042157_4355770.html

(3) « De Babel à la Pentecôte, une leçon de communication du Pape François », article de Simon Lessard IN Le Verbe d’Avril-mai 2015, pp 36-36. A lire tout l’excellent dossier sur le journalisme chrétien (pp 12-46, paru dans cette édition du magazine https://www.le-verbe.com/wp-content/uploads/2015/03/Le-Verbe-complet.pdf

« Un chrétien ne jette pas de pierres »

Pour diaboliser, il suffit de traiter la question sous son angle le plus trouble (il y en a toujours un), en triant les infos pour ne conserver que ce qui est suspect, ou ne retenir que les erreurs. Une sorte de définition du faux témoignage. Source image : compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

« Un projet de vaccin pour les pays en voie de développement prévoit « de joindre aux injections quelques gouttes d’un produit photosensibilisant, qui va pénétrer dans l’épiderme au moyen de petites pointes (comme un patch en velcro) et y demeurer quelques temps, pour qu’on puisse détecter si la personne a déjà été vaccinée ou pas », explique Jérôme Prekel en introduction à son article intitulé « une marque en forme de croix », publié sur son blogue Le Sarment(1).

« Ultérieurement, si on expose la peau à une certaine lumière, le dépôt apparaîtra, sinon il ne sera pas visible. Ce sera une marque en forme de croix (ou de rond). Cette idée, au stade expérimental, a été mise au point par des ingénieurs du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour une raison simple : en Afrique, par exemple, où existent de grands bassins de populations qui n’ont pas accès aux soins (soit parce qu’elles sont trop pauvres, soit parce qu’elles résident dans des régions reculées) vous pouvez rencontrer un grand nombre de personnes qui ne possèdent pas de papiers d’identité et encore moins de carnet de vaccination. Et s’ils en avaient un, il n’est pas certain qu’ils réussiraient à le garder en état plusieurs années. Un casse-tête pour les soignants ».

Or, « sur les réseaux sociaux, cette info a été l’occasion d’agiter le chiffon rouge de la conspiration et de la manipulation de masse. Elle est devenue virale après avoir été traitée sous un angle alarmiste par des collectifs appelés « antivax ». Beaucoup d’antivax sont conspirationnistes : globalement, ils estiment que les vaccins servent à enrichir le « big pharma » (au mieux), et qu’ils font partie d’une stratégie mondiale pour réduire l’humanité (au pire). Toutes les personnes opposées aux vaccinations ne sont pas conspirationnistes, mais avec la perspective possible d’une vaccination à grande échelle contre le coronavirus, leurs rangs vont sans doute grossir conséquemment.

Nous vivons à l’époque où il suffit d’un seul message posté sur les réseaux sociaux, par n’importe qui, pour former une vague qui fera le tour de la terre. Certaines rumeurs (hoax, fakenews) ont la vie dure et survivent plusieurs années, même après que la vérité ait été rétablie. Le mensonge revient, encore et encore, pour se nourrir de la crédulité, qui est une forme de foi.

Le mensonge a toujours existé, mais son rayonnement a pris de la force et de l’ampleur grâce à internet, qui peut produire des « effets de foule » électroniques. Des pics de mensonge auxquels un grand nombre de personnes croient, de manière irrationnelle. Comme dans les effets de foule, l’individu perd ses inhibitions et diminue son sentiment de responsabilité pouvant l’amener à adopter des comportements antisociaux à cause d’une désindividuation.

Au mois d’avril 2020, facebook a déclaré avoir signalé 50 millions de contenus classés comme de la désinformation. Ce qui signifie 1) qu’il en existe bien davantage en circulation et 2) que même étiquetés « suspects », voire faux, ils vont continuer d’exister. Parce que le mensonge est plus vendeur que la vérité.

Le présent article a peu de chance d’être partagé [parce qu’il ne fait pas peur], alors qu’une accusation absurde va enregistrer 10 000 vues en peu de temps. Et plus la ficelle sera grosse, et plus on la croira. Ainsi, une pandémie mondiale, avec l’anxiété qui l’accompagne, est l’occasion de faire des millions de victimes de la peur, du mensonge, qui va fonctionner exactement comme un virus, avec un taux de contamination extraordinaire.

Dans l’exemple de cet article, certains journalistes ont parlé d’un « carnet de vaccination implanté sous la peau », provoquant des pétitions de personnes probablement bien intentionnées, mais qui viennent alimenter la rumeur.

D’autres ont (évidemment) relié cette annonce à l’implantation d’une puce, pensant avoir découvert la preuve d’un complot caché pour détruire l’humaniténotamment parce que ces recherches sont financées par la fondation Bill et Melinda Gates ».

Notamment – incroyable mais vrai – ce « scoop » intitulé « prêt à être pucé ? », publié sur son site par un certain docteur Schmitz [lequel n’est pas virologue mais « pionnier de la santé naturelle »], que certains chrétiens évangéliques ont estimé « utile » de transmettre à des responsables d’églises et d’œuvres, ainsi qu’à « des chrétiens » jugés suffisamment « affermis ». Des « révélations » d’autant plus acceptées qu’elles font écho à certaines préoccupations de longue date….

C’est là que l’article de Jérôme Prekel se montre édifiant, en ce qu’il nous décortique la recette de la diabolisation, laquelle est simple : il suffit de traiter « la question sous son angle le plus trouble (il y en a toujours un) et en triant les infos pour ne conserver que ce qui est suspect, ou ne retenir que les erreurs. Une sorte de définition du faux témoignage (….)

Encore une fois, on ne s’étonne pas de trouver cette mentalité parmi les hommes sans Dieu, mais il est particulièrement affligeant de la trouver chez les chrétiens. Aux États-Unis, près de 40% de l’électorat Républicain  pense que le futur vaccin de Bill Gates contre le coronavirus, contiendra une puce de traçage, et on connaît la proportion de chrétiens évangéliques dans cet électorat ».

Or, « dans le monde de l’hystérie, nous ne sommes pas appelés à crier avec les loups et à jeter des pierres. Ni aux innocents, ni aux coupables… »

La suite ici.

 

Note :

(1) « Une marque en forme de croix », par Jérôme Prekel, publié le 27/05/20 sur Le Sarment

Face au blasphème, deux confessions (de foi), sinon rien….

Trump, un « nouveau Cyrus » ? Ou « fanatisme sacrilège » ? Un chromo délirant et inquiétant se propage sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 : « Jésus-Christ guidant Donald Trump pour signer ses décrets » (pour « garantir la sécurité du « plus grand pays du monde » ?)

« Quand le roi aura pris place sur le trône, on lui écrira dans un livre un double de cet enseignement sous le contrôle des prêtres-lévites. Il le gardera auprès de lui et le lira tous les jours de sa vie, afin d’apprendre à reconnaître l’autorité du Seigneur son Dieu en veillant à toujours mettre en pratique les exigences et les obligations qu’il contient. Cela lui évitera de se croire supérieur à ses frères et de désobéir aux commandements. Alors lui-même et ses descendants auront un long règne en Israël ». (Deut.17v18-20)

« Ozias fut si admirablement aidé par Dieu qu’il devint de plus en plus puissant et que sa renommée s’étendit au loin. Mais sa puissance le rendit orgueilleux, ce qui causa sa perte, et il cessa d’être fidèle au Seigneur son Dieu : un jour, il pénétra à l’intérieur même du temple pour faire brûler de l’encens sur l’autel du parfum. Le grand-prêtre Azaria, accompagné de quatre-vingts prêtres du Seigneur, tous très courageux, y pénétra derrière lui. Ils se placèrent en face du roi Ozias et lui dirent : « Le roi n’a pas le droit de présenter lui-même les offrandes de parfum au Seigneur. C’est le privilège des prêtres, les descendants d’Aaron, qui ont été mis à part pour ce service. Sors de ce sanctuaire, car tu es en train de te rendre coupable d’une faute grave, qui ne sera pas un acte de gloire pour toi devant le Seigneur Dieu. » Ozias, qui s’apprêtait à faire brûler l’encens, se mit en colère contre les prêtres. Aussitôt la lèpre apparut sur son front, là, dans la maison du Seigneur, près de l’autel du parfum et en présence des prêtres. Le grand-prêtre Azaria et tous les autres prêtres, qui le regardaient, virent la lèpre apparaître sur son front ; ils l’expulsèrent immédiatement, et lui-même, se sentant frappé par le Seigneur, se hâta de sortir de la maison du Seigneur ».(2 Chron.26v16-20)

« Alors, je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ses cornes dix diadèmes et sur ses têtes un nom blasphématoire (…)Il lui fut donné une bouche pour proférer arrogances et blasphèmes… » (Apoc.13v1,5 )

« Jésus répondit : « Mon règne n’appartient pas à ce monde ; si mon règne appartenait à ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne sois pas livré aux autorités juives. Mais non, mon règne n’est pas d’ici. » (Jean 18v36)

« Et nous avons vu et nous témoignons que le Père a envoyé son Fils pour être le sauveur du monde ».(1 Jean 4v14)

 

Pourquoi tous ces passages bibliques en introduction ? Vous le comprendrez à la lecture de ce billet où il est notamment question de l’usage (et du non usage) de la Bible, de blasphème et de confessions de foi.

La vidéo de la mort de George Floyd, afro américain de 46 ans à Minneapolis le 25 mai, a choqué le monde entier. Aux États-Unis, elle a suscité une profonde indignation et des manifestations de protestation véhémentes(1).

Pour sa première prise de parole publique, en direct depuis la Maison Blanche, Donald Trump a fait plusieurs annonces martiales : déploiement de milliers de militaires à Washington, demande aux gouverneurs de « dominer les rues » de leurs États… Déstabilisé par la révolte qui embrase les villes américaines, Donald Trump sait qu’il joue sa réélection, sur fond de double crise sanitaire et économique.

Alors que l’autopsie officielle de la mort de George Floyd par asphyxie et arrêt cardiaque lors de son interpellation par la police de Minneapolis, il y a une semaine, confirme l’homicide [un genou du policier sur son cou lui ayant fatalement couper la respiration], et que les manifestations s’étendent à travers le pays, une photo surréaliste s’affiche à la Une des journaux américains mais aussi européens. Celle de Donald Trump, qui pose une Bible à la main devant l’église Saint-John (« l’église des présidents ») endommagée la veille par un incendie lors de manifestations pour dénoncer la mort de George Floyd. Les manifestants avaient été évacués par les forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène.

Donald Trump a brandit sa Bible sans l’ouvrir. Il n’a pas non plus prié, ou cité [ou glorifié] Christ le Seigneur, ni même offert de message spirituel. Il a simplement exalté la nation avec force superlatifs, en disant « Notre pays est grand. C’est ce que je pense. C’est le plus grand pays du monde. Nous allons le rendre encore plus grand et cela ne prendra pas longtemps… »

Sur CNN, Mgr Mariann Edgar Budde, du diocèse épiscopal de Washington, qui n’était pas au courant de cette visite, s’est indignée : « Le président vient d’utiliser une Bible… et l’une des églises de mon diocèse, sans autorisation, comme décor pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent… Je ne peux pas croire ce que mes yeux ont vu […] Je suis scandalisée », ajoutant « Et je veux juste que le monde sache que nous, dans le diocèse de Washington, conformément à Jésus et sa voie d’amour… nous nous éloignons du langage incendiaire de ce président. Nous suivons quelqu’un qui a vécu une vie de non-violence et d’amour sacrificiel […] Nous sommes du côté de ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd et d’innombrables autres. » Un prêtre épiscopalien a de son côté dénoncé un blasphème(1).

Les chrétiens qui soutiennent ce chef d’état seraient « des chrétiens solidement bibliques » et ayant « nettement plus de discernement spirituel que les autres », nous assure, non pas Le Gorafi, mais un internaute en commentaire sur un blog théologique

Or, ledit chef d’état a prétendu être chrétien mais sans avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit… Le même a aussi prétendu avoir « le droit absolu de « se gracier lui-même ». Un droit absolu serait un droit divin, obtenu de Dieu au-delà de la constitution. Sauf que la constitution américaine ne permet pas à un président de se gracier lui-même. Il s’agit donc d’un fantasme de toute-puissance. Ultimement, c’est bien Dieu qui pardonne et qui gracie. Nous pouvons être amenés à nous pardonner nous-mêmes pour des choses dont nous nous accuserions sans cesse, mais se gracier de ce que la justice des hommes aurait condamné en nous, quand on sait que toute autorité vient de Dieu, c’est une façon de… se mettre à la place de Dieu. Conséquence spirituelle : quand on craint si peu Dieu qu’on se met à sa place, on risque de le rencontrer. A savoir comment. Dans la conversion ? Alléluia. Dans le jugement ? Ça peut être plus chaud… » (2)

« Tu ne twitteras pas pour trumper » (Source image : compte twitter de Gilles Boucomont, le 28/05/20)

C’est ainsi que l’on ne saurait brandir la Bible, laquelle est Parole de Dieu et non parole des hommes, à la légère. D’autant plus que ces mêmes Ecritures commandent, entre autre : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture [pour tromper ou pour « trumper », dirait-on aujourd’hui]. Car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture » (Ex.20v7) « Tu ne soulèveras pas le nom » : il s’agit d’appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations…. », explique Erri de Luca, en soulignant que l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture « car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue] ….Le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce, et qu’on en porte tout le poids. Celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ». C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité. Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. Comme dans toutes les guerres faites au nom de cette divinité.(3)

A ce stade, il est bon, pour les chrétiens, soucieux de ne pas se laisser instrumentaliser, de prendre le temps d’une pause pour considérer ce en quoi ils croient, de quel règne et de quelle seigneurie ils se revendiquent. De là l’utilité de certaines confessions de foi.  En voici deux, qui me paraissent emblématiques :

1) La déclaration de Barmen

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours autoritaire, outrancier et raciste, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique et biblique, il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, deux pasteurs et théologiens méthodistes américains dans Étrangers dans la cité. Publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934, laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » (op. cit., p 92).

Notons, comme nous y invitent en guise de commentaire Stanley Hauerwas et William H. Willimon, « la nature exclusive et non inclusive de cette déclaration, sa détermination non pas d’abord à faire ce qui est juste, mais à entendre ce qui est juste et à faire valoir la dimension impériale de la Seigneurie du Christ. La déclaration de Barmen tranche avec une Eglise toujours prête à altérer sa proclamation en fonction des désirs de César » (op. Cit., p 92).

Déclaration de Barmen à consulter ici dans son intégralité. Ce texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adoptée à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Eglises luthériennes, réformées et unies.

Autres extraits :

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ, mais à d’autres seigneur et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification ».

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants des convictions idéologiques et politiques ».

(…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

Et voici cette autre confession de foi, plus contemporaine et particulièrement originale :

2) « Double citoyenneté »

Je crois que j’ai reçu du Seigneur la double nationalité.
Je suis citoyen d’un autre pays
où l’on ne me demande jamais mes papiers,
où l’on m’accueille en tant que frère ou sœur,
et où la couleur de mon vêtement,
de ma peau ou de mon argent n’ont aucune importance.
Je suis citoyen d’un autre pays où les lois sont respectées
parce qu’elles sont écrites dans les cœurs
et pas seulement dans la pierre ou sur papier,
et où personne ne perd son temps à réclamer ses droits
parce que chacun préfère s’appliquer à être fidèle à ses devoirs.
Je suis citoyen d’un autre pays où Celui qui règne
n’a pas besoin de consacrer la moitié de ses mandats à sa réélection,
parce que sa légitimité est acquise et n’est pas à conquérir.
Je suis citoyen d’un autre pays où la fin est plus importante que les moyens,
où la relation est plus considérée que la domination,
où la parole et la confiance ne sont pas de vains mots.
Et parce que je suis citoyen de cet autre pays,
ma façon de penser, d’être et de vivre sur cette terre
a changé irrémédiablement.
Je vis, je me lève et je parle à mes contemporains
en tant qu’ambassadeur d’un autre monde où tout est possible
et je crois que ce possible est ouvert aux hommes et aux femmes de notre pays.
Amen

Gilles Boucomont, octobre 2006 (4)

 

 

 

Notes :

(1) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Pourquoi-Donald-Trump-utilise-Bible-2020-06-02-1201097143 ; https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Affaire-Floyd-Donald-Trump-menace-deployer-larmee-dactive-2020-06-02-1201097056 ; https://www.france24.com/fr/20200602-mort-de-george-floyd-donald-trump-menace-d-envoyer-l-arm%C3%A9e-pour-dominer-les-rues ; https://www.reformes.ch/politique/2020/06/pour-poser-avec-la-bible-trump-fait-evacuer-le-parvis-de-saint-john-etats-unis ; https://theconversation.com/ce-que-la-mort-de-george-floyd-et-ses-consequences-disent-de-lamerique-139776 ; https://www.nytimes.com/aponline/2020/06/01/us/ap-us-america-protests-trump-church.html  ; https://edition.cnn.com/2020/06/01/politics/cnntv-bishop-trump-photo-op/index.html ; https://www.christianitytoday.com/edstetzer/2020/june/bible-is-not-prop.html

(2) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/08/quand-un-chef-detat-pretend-avoir-le-droit-absolu-de-se-gracier-lui-meme-eclairage-biblique-et-consequences-spirituelles/

(3) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/06/15/au-nom-de-dieu/

(4) Initialement parue sur http://1001questions.fr/aunomdejesus/double-nationalite/ puis sur https://temple.dumarais.fr/double-citoyennete-confession-de-foi/

Foireux liens de mai (39) : boîtes à outils spirituels

Les « Foireux liens » de Mai : une sélection de « boîtes à outils spirituels » (Source image : public domain pictures)

Bonjour ! Vos « Foireux liens » tant attendus sont de retour ! La crise du Coronavirus aura eu au moins un effet positif : être inspirante pour tous ceux soucieux de poursuivre leur mission d’édification, d’information et d’annonce. Voici donc un petit échantillon (avec pas mal de vidéos) de ce qui nous est proposé sur le web pour nourrir notre foi et notre réflexion, et inspirer une action porteuse de sens. Bonnes découvertes !

 

En introduction, le Guide de reprise des Eglises Evangéliques par le CNEF, paru le 20 mai : Afin d’aider les églises ou les oeuvres dans la reprise éventuelle de leurs activités, le CNEF (Conseil National des Evangéliques de France) a réuni dans un Guide pratique de reprise de l’activité des associations protestantes évangéliques toutes les consignes et recommandations utiles. C’est en lien étroit avec les Délégués départementaux du CNEF et le ministère de l’Intérieur que ce guide a été réalisé, et en consultant en particulier le Protocole national de déconfinement. Le Conseil d’État a jugé le 18 mai que le gouvernement devait publier (avant le 26 mai) un décret autorisant les lieux de culte à accueillir du public. Ce guide sera actualisé en fonction des directives du décret à venir.

1) Le pain quotidien

A découvrir, « le pain quotidien », la vidéo méditative du confinement, postée sur youtube à 20h tous les soirs. Lancée dès le 16 mars.

2) Le Réveil (matin) : La guérison miraculeuse (un regard historique)

Dans cette édition (15 mai) du « Réveil », émission matinale en facebook live à 7h00 (redif sur youtube à 9h00), les pasteurs Julien et Anne Coffinet, des paroisses de Cergy, Saint-Germain-en-Laye et Dreux, s’entretiennent d’une enquête historique de Fadiey Lovsky et David Bouillon qui a été retracée dans le livre : « l’Eglise et les malades, du 2e siècle à nos jours ». L’occasion de parler de la prière de guérison, de la continuité ou non des miracles dans notre vie d’Eglise, de l’interprétation du Nouveau Testament. Un contenu à retrouver sur leur chaîne « Vous Etes Le Temple ».

3) Un site « Franchement top » : publications filtrées à l’ère du coronavirus

….parce qu’à l’ère de la fake news, un discernement offert est un vrai service rendu !

Un site à l’initiative de pasteurs membres des Attestants [qui animent par ailleurs « 1001 questions »], un groupe confessant de l’Eglise protestante unie de France, qui ont été préoccupés dès le début de la crise du coronavirus par les contenus foisonnants que l’internet proposait pour meubler l’ennui du confinement. Parmi tous ces contenus, beaucoup sont douteux et peu recommandables. D’où ce site de recommandation, qui n’engage que la bonne volonté du lecteur, et en amont le désir de bien faire de ses auteurs. Avec forcément des failles, des manques, des erreurs, comme dans toute expérience humaine, donc…

Explication de la démarche par l’administrateur du site.

« Au hasard », parmi leurs recommandations, ce site essentiel alors que nous sommes souvent perdus dans le temps et que nous avons besoin de regarder le calendrier pour savoir quel jour nous sommes…..

4) Comment, pour danah boyd, l’éducation aux médias ainsi (mal) faite peut être dangereuse et contre-productive

L’éducation aux médias, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est-elle LA (bonne) solution pour lutter contre la désinformation ?  danah boyd, anthropologue et chercheuse chez Microsoft, fondatrice et présidente de Data & Society, était intervenue en mars 2018 lors de SWSX EDU à Austin (Texas), où elle y jouait un rôle « provocateur » et de « stimulant du débat ».  Dans sa présentation, elle a invité l’auditoire et les éducateurs en général à « remettre en questions leurs hypothèses sur l’éducation aux médias ». Elle a examiné « l’instabilité de notre écosystème médiatique » aujourd’hui en réseau pour ensuite aborder la question suivante : « vers quel type d’éducation aux médias devrions nous travailler ? »

5) Pour ne pas se tromper de « bon combat » : pourquoi le moralisme n’est ni la solution, ni la mission de l’Eglise

Dans le livre de l’Apocalypse, Jésus a écrit sept lettres à sept villes d’Asie Mineure. Il ne les a pas adressées aux hôtels de ville. Il les a écrites et envoyées aux Églises. Prenons quelques instants pour y réfléchir. Dans les derniers chapitres des Écritures, le Seigneur n’a pas donné à son Église la mission de « convertir la culture ». Il n’a pas conseillé à son peuple d’influencer le pouvoir politique pour implanter la moralité, ou pour protester contre la façon de gouverner des hommes immoraux. À vrai dire, il n’a instauré aucune révolution culturelle ni implanté une quelconque stratégie politique.

Aujourd’hui, l’Église (…) doit comprendre que Dieu n’a pas appelé son peuple hors du monde pour entreprendre une guerre contre la culture de la société. Nous n’avons pas le mandat de gagner du terrain sur le monde actuel, comme une force opérant superficiellement « pour ramener ce pays à Dieu ». Nous devons écarter l’illusion que la moralité de nos ancêtres a jadis fait de l’Amérique « une nation chrétienne ». Il n’y a jamais eu de nation chrétienne, seulement des chrétiens.

6) « L’Eglise qui croît (quand même) 3.0 » : les trois tables rondes en vidéo

A la veille de la première vague de déconfinement, les 8 et 9 mai 2020 a eu lieu par zoom la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît », avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger et bien d’autres, annoncé notamment sur ce blogue. Ayant eu la joie de compter parmi les participants, je reviendrai certainement plus tard sur cet événement. En attendant, il est désormais possible de (re)visionner les trois tables-rondes du séminaire, lequel nous a invité à réfléchir ensemble « sur ce qui va, peut ou doit mourir, ce qui va, peut ou doit survivre, et ce qui va, peut, ou doit vivre avec les défis que nous lance la Corona-crise ».

7)« Chroniques en miettes » sur un « monde en pièces »

« J’hésitais entre deux qualifications pour décrire à la fois notre siècle et l’irruption de la Reine Corona dans notre univers humain, un monde en miettes ou un monde en pièces. J’ai choisi le monde en pièces pour illustrer ce livre que je m’apprête d’achever, qui a été écrit sous forme de chroniques. Tout au long de ces pages et au fil de ces textes, j’ai souhaité partager une vision très personnelle de cet événement brusque et brutal, à la fois, interpellant et dérangeant », nous explique Eric Lemaître, socio-économiste et blogueur. Lequel, s’il veut bien me passer cette facétie, prend en effet le pain du système technicien, serre le poing et des phalanges broie la grosse croûte bien sèche. Il ouvre la main et répand ses pensées en miettes, qu’il nous donne à goûter les unes après les autres sur « La Déconstruction de l’homme », blogue partenaire avec Pep’s café!

8) L’Eglise dématérialisée

Le temps de confinement généralisé de ces derniers mois nous a tous contraints à une rupture quasi-totale des interactions sociales. Les églises n’ont pas été fermées, mais on a interdit aux chrétiens de se rassembler — ce qui revenait un peu au même. Du jour au lendemain, la crise Covid-19 aura provoqué la dématérialisation de l’Église, complètement inimaginable sauf dans les scénarios apocalyptiques à la Tim Lahaye, ce qui a entraîné un blocage de la vie cultuelle habituelle. Une réflexion du blogue Le Sarment.

9) Un corps numérique ? Une évaluation de la “Zoom-Cène”

Le développement des cultes évangéliques en « live » sur le web interroge : vivons-nous durant cette période des « vrais cultes » (avec d’autres moyens), ou s’agit-il plutôt de « substituts », utiles et nécessaires, mais qui ne peuvent prétendre à remplacer simplement le rassemblement communautaire ? Y-a-t-il un sens théologique au rassemblement concret des croyants en un même lieu ? Cette question mérite d’autant plus d’être creusée qu’au prix du mètre carré, la pertinence de l’investissement dans un lieu de culte en serait forcément affectée. La question de la Cène nous offre une porte d’entrée dans cette réflexion.

10) 7 idées chrétiennes ressuscitées par la crise

Les idées chrétiennes ont ce pouvoir exceptionnel de ressusciter chaque fois qu’on les croyait mortes pour de bon. Résurgence inattendue de l’essentiel au cœur d’un monde superficiel, la crise sanitaire que nous vivons révèle la vraie nature de l’homme : un être profondément relationnel, dont la vie consiste avant tout à penser et aimer. Plus encore, ladite crise se présente à nous telle une sorte de « burnout » salutaire du postmodernisme. Comme si notre monde qui tournait trop vite et n’allait nulle part s’est épuisé et est désormais contraint de se mettre sur pause. Arrêt forcé qui lui permet d’examiner sa conscience et de se remémorer des idées plus pérennes que périmées. Analyse pertinente à lire sur le blogue du Verbe, lequel a pour mission de « témoigner de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine ».

11) Souffrance intérieure du chrétien : « jusques à quand ? »

Si vous l’avez raté, voici une recension du livre de Pascal Denault : Le côté obscur de la vie chrétienne : Les doutes de la foi, la dépression de l’âme et le manque de croissance spirituelle, parue sur Pep’s café !

12) L’économie selon Dieu

Et si la Bible avait des choses à nous dire sur l’économie ? Étienne Omnès, des blogues « phileo-sophia » et « par la foi », pense qu’elle a en fait beaucoup de choses à dire et que les chrétiens ne devraient pas éviter les sujets économiques car tout appartient au Seigneur, y compris nos corps et ce que nous faisons avec eux, ce qui comprend notre travail. Voici son excellente conférence (en vidéo) donnée début février 2020 à l’Église Évangélique Évidence (hispanophone).

Voir aussi Quel système économique chrétien doit-on choisir ? Et Comment étudier l’Economie sous un angle chrétien

13) Le Covid-19 et le Général de Gaulle

On l’a oublié aujourd’hui, mais le monde a connu une crise sanitaire très semblable à celle de 2020 : la grippe de Hong-Kong de 1968 qui a tué non pas 130 000 personnes dans le monde, comme le Covid-19 à la mi-avril, mais largement plus d’un million, à une époque où la planète comptait moins de 4 milliards d’hommes. La moitié moins qu’aujourd’hui…

En France, cette même grippe de 1968 a tué 17 000 personnes, sur une population de 50 millions d’habitants (contre 65 millions en 2020). C’est dire si l’alerte a été sévère. Pour autant, le système de santé n’a pas été débordé, on n’a pas confiné toute une population chez elle, l’économie ne s’est pas arrêtée, bref, personne n’a pensé une seconde qu’une grippe, aussi contagieuse soit-elle, allait provoquer un collapsus économique planétaire semblable à la crise de 1929. » Et ce, pour une raison très simple….

14) Le Scandale des nouveaux-nés bloqués en Ukraine…et ailleurs

« La maternité de substitution commerciale relève de la vente d’enfant », selon la définition des Nations Unies : « un enfant est donné pour de l’argent. Les enfants, comme tous les êtres humains, ont le droit d’être protégés. Tout d’abord, contre le marché. Or, la maternité de substitution est un marché », dénonce le Corp [collectif pour le respect de la personne, militant pour l’abolition de la maternité de substitution – la GPA], dans un communiqué sur les enfants bloqués en Ukraine.

Et le dernier pour la route :

15) Raconter une « histoire par en bas » de la crise….ou quand « Ils et elles sont en première ligne et racontent leur quotidien, loin de la com’ gouvernementale »

Bastamag nous partage des récits de femmes et hommes trop souvent minorés. Avec sa série vidéo « Paroles de terrain » lancée le 20 mars dernier, Basta fait entendre celles et ceux que le Covid-19 a frappé en premier : ces soignants, sapeurs-pompiers, infirmières aux urgences ou en psychiatrie, anesthésistes qui, déjà avant la crise, manquaient de moyens, de lits, de personnel, et qui se sont retrouvés durant des semaines à gérer la pénurie de matériel de protection. Plusieurs personnes interviewées ont d’ailleurs eu le Covid – dans le cadre de leur travail, selon elles.

A travers leurs voix, ces reportages veulent lutter contre l’oubli : des mois de grèves juste avant l’épidémie, dans tout le pays, pour réclamer plus de moyens et de personnels pour leurs établissements, contre le démantèlement de l’hôpital public, sa gestion managériale, ses restrictions budgétaires. Relayer l’alerte de ces aides-soignants en Ehpad sur la prise en charge des résidents qui se dégrade. L’indignation de couturières face à la vente par des industriels de masques et blouses qu’elles ont cousus bénévolement. La colère d’enseignants confrontés à la fermeture de classes à la rentrée prochaine, tout en devant appliquer des consignes de « distanciation sociale » depuis le 11 mai jugées maltraitantes pour les enfants.

Le témoignage d’un employé d’Amazon à l’entrepôt de Brétigny-sur-Orge sur ses conditions de travail a contribué à documenter une plainte. Déposée par Solidaires et Les Amis de la Terre, cette plainte demandait l’arrêt de l’activité d’Amazon France. Le 14 avril, le tribunal de Nanterre a ordonné à la multinationale de limiter son activité à la livraison de produits essentiels (alimentaire, santé, hygiène) et d’évaluer les risques pour les salariés, dans les 24 heures et sous astreinte d’un million d’euros par jour de retard.

 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils auront suscité votre intérêt. Prochaine édition en juillet.

 

« Info-divertissement » ou « piège à clics » : des dangers de la « konbinisation » de l’information pour les jeunes (et les moins jeunes)

Comment éviter le piège et la tentation du « buzz » et de « l’attrape-clics » ? Source : Les Décodeurs du Monde.

« Usiner » en quelques minutes des articles insolites sur le dernier sujet qui agite les réseaux sociaux, y glisser des références flatteuses aux annonceurs publicitaires, saupoudrer l’ensemble de vidéos amusantes qui feront le tour d’Internet : la recette a porté à des sommets l’audience des « pure players » d’ »info-divertissement » [ou « d’infotainement »] entièrement dépendants de la publicité : Melty, Konbini ou encore BuzzFeed. La presse traditionnelle porte sur ces jeunes concurrents un regard ambivalent fait de mépris pour un journalisme ouvertement bâclé et de fascination pour le nombre de visites qu’il génère.

Je pense à certains médias chrétiens évangéliques francophones, qui me paraissent  surfer » sur cette mode : du site agrégateur de contenus, dit d' »actus (pas vraiment) chrétiennes » – assurément polémique, avec un style « humour cool gras », cynique et vulgaire – au (plus sympathique mais peu convaincant) blogue « lifestyle de jeunes chrétiens » – revendiquant un langage « djeun » , sous couvert de « parler cash », où l’on retrouve les « mots magiques « (en franglais dans le texte) : « challenger », « fun », « la life » « power… »…….

Sophie Eustache et Jessica Trochet nous livrent leur enquête sur ces « pièges à clic » dans un article disponible en accès libre sur Le Monde diplomatique, tandis que Sami Joutet, rédacteur à Topo [média étudiant suisse de l’université de Genève] « braque le projecteur » sur le phénomène d’une information « konbinisée » visant les « millenials » ou les 15-30 ans.

Au cœur du problème, le fait que le modèle économique soit à la base de la création de contenu. Dans quels domaines et jusqu’à quel stade l’efficience économique peut-elle affecter la création de contenu ? Comment choisit-on les sujets et la manière dont on va les traiter dans cette rédaction d’un nouveau genre ?

Comment peut-on espérer être en capacité de questionner et repenser un monde toujours plus complexe lorsque l’information se simplifie et que le langage s’appauvrit ? Est-il judicieux de laisser à des publicitaires et à des algorithmes la tâche élémentaire d’informer et d’élever intellectuellement toute une génération ?

Sans oublier « l’envers du décor acidulé », derrière lequel se cache un univers de forçats, avec un système reposant sur des auto-entrepreneurs précaires, et rappellant celui des cueilleurs saisonniers payés au kilo….

 

A lire « De l’information au piège à clics », par Sophie Eustache & Jessica Trochet. Le Monde diplomatique, août 2017 et « Quels dangers d’une information « Konbinisée » pour les jeunes ? » Par Sami Joutet. Topo, 14 février 2020.

« Les quatre commandements du journaliste libre » : lucidité, refus, ironie et obstination

Publié sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

Il y a 60 ans disparaissait Albert Camus. « Écrivain, penseur, dramaturge, essayiste, prix Nobel de littérature en 1957, son nom est associé au monde littéraire, mais il ne faut pas oublier qu’il fut aussi journaliste », rappelle Maria Santos-Sainz(1), docteur en sciences de l’information, Maître de conférences à l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine], et par ailleurs auteur d’un « Albert Camus journaliste ».

« Précurseur de revendications déontologiques dans les médias et d’une pensée critique du journalisme avec ses nombreux éditoriaux de Combat consacrés à la presse, Camus détestait la presse à sensation, dénonçait l’instantanéité de l’information, mettait en garde contre les fausses informations et la dictature de l’audimat. L’important n’est pas d’être le premier, mais le meilleur, écrivait-il. Il défendait et pratiquait un journalisme libre [notamment des servitudes de l’argent], critique et indépendant (…).

Albert Camus reste aujourd’hui une référence pour l’exercice de la profession journalistique en raison de sa conception exigeante du métier, fondée sur la rigueur dans la recherche de la vérité, sur l’indépendance et sur l’honnêteté intellectuelle.

Dans le contexte actuel, marqué par des protestations sociales aux quatre coins de la planète, face aux débordements du néolibéralisme et du capitalisme sauvage qui laissent tant de segments de la population sur le bord de la route, relire les textes journalistiques de Camus peut servir de manuel de résistance, de bréviaire pour les journalistes(….) Sa devise « La liberté consiste d’abord à ne pas mentir. Là où le mensonge prolifère, la tyrannie s’annonce ou se perpétue »(1).

Le 25 novembre 1939, Albert Camus veut publier son « manifeste du journaliste libre » (2) dans « Le Soir Républicain » un quotidien limité à une feuille recto verso qu’il codirige à Alger. Mais son texte est censuré au dernier moment. Il est finalement découvert en 2012 par la journaliste du Monde Macha Séry aux Archives nationales d’outre-mer d’Aix-en-Provence, et publié par « le quotidien du soir » le 17 mars de la même année (2). Mettant en garde contre les périls qu’encourt le journalisme en temps de guerre — et de paix — face à la censure et à la propagande, Camus y définit « les quatre commandements du journaliste libre » : lucidité, refus, ironie et obstination.

Extrait :

« Un des bons préceptes d’une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d’un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n’est plus aujourd’hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n’intéresse plus la collectivité. Il concerne l’individu.

Et justement ce qu’il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée.

Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l’ironie et l’obstination.

La lucidité suppose la résistance aux entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître l’histoire des dernières années de la politique européenne pour être certains que la guerre, quelle qu’elle soit, a des causes évidentes. Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle et le désespoir qui laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce qu’il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d’opposer quelques refus. Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu’un esprit un peu propre accepte d’être malhonnête. Or, et pour peu qu’on connaisse le mécanisme des informations, il est facile de s’assurer de l’authenticité d’une nouvelle. C’est à cela qu’un journaliste libre doit donner toute son attention. Car, s’il ne peut dire tout ce qu’il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu’il ne pense pas ou qu’il croit faux. Et c’est ainsi qu’un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas. Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de toutes, si l’on sait la maintenir. Car elle prépare l’avènement de la vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l’origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l’uniformisation des informations et, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure, si relative qu’elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu’aucune force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l’ironie(3). On peut poser en principe qu’un esprit qui a le goût et les moyens d’imposer la contrainte est imperméable à l’ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres, utiliser l’ironie socratique. Il reste donc que l’ironie demeure une arme sans précédent contre les trop puissants. Elle complète le refus en ce sens qu’elle permet, non plus de rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d’illusions sur l’intelligence de ceux qui l’oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l’homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l’est que cinq fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités de l’intelligence humaine. (….) Un journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu’elles ont peu d’amants. 

Cette attitude d’esprit brièvement définie, il est évident qu’elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d’obstination. Bien des obstacles sont mis à la liberté d’expression. Ce ne sont pas les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l’effet contraire à celui qu’on se propose. Mais il faut convenir qu’il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l’inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le grand obstacle dont il faut triompher. L’obstination est ici vertu cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au service de l’objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté jusqu’au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu’il croit vrai et juste, s’il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l’abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot ».

 

Notes : 

(1) http://theconversation.com/un-journaliste-nomme-albert-camus-128933

(2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/le-manifeste-censure-de-camus_1669778_3212.html ; Voir aussi https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/les-devoirs-du-journaliste-selon-albert-camus_1669779_3212.html

(3) Voir http://www.le-tigre.net/Rire-de-tout-et-avec-n-importe-qui.html

 

 

Quand « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presque une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai… »

Les Evangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans le monde » en tant que « témoins fidèles et véritables », ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (1 Cor.13v1) ?

Entre le livre de Malachie et l’Evangile selon Matthieu, soit entre les deux testaments, se fait un silence prophétique de 400 ans (1).

De nos jours, c’est plutôt le contraire. Notre ouïe moderne n’est pas seulement « caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine », au point où « le silence (d’) aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe » (2)

Notre ouïe spirituelle est aussi – et surtout – agressée par le bruit assourdissant dû à l’inflation de « paroles de Dieu » de toutes sortes. En effet, commente ironiquement l’internaute Éliane C. le 28 mars 2020, en réaction à un article publié sur le blogue Le Sarment, « Dieu n’a jamais autant parlé du Coronavirus depuis que [ce dernier] a quitté la Chine. Tant que le virus était en Chine, c’est comme si Dieu [ne s’en préoccupait pas] » (3).

Quelles sont donc ces « paroles de Dieu » ? « Dieu a-t-il réellement dit » (à propos du covid-19) ?

Si nous partons du principe biblique qu’il est de la responsabilité de l’assemblée (l’Eglise) d’évaluer ou de jauger les prophéties rendues publiques (cf 1 Cor.14v29), « jaugeons » donc.

Mais avant de considérer le contenu, considérons d’abord quelques principes.

Ainsi, « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » (4)

C’est une question difficile et particulièrement grave, que pose ici Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est la mort (Deut 18v20).

Premier critère pour reconnaître le faux prophète : c’est Dieu qui prend l’initiative de parler et non le prophète qui obtient une révélation par « une technique » appropriée. Le prophète Jérémie souligne l’importance de la Parole de Dieu (« du froment ») face aux visions et aux songes (« de la paille ») cf Jer.23v28.

En 1 Samuel 28, un « Samuel défunt » parle au nom de Dieu grâce à l’invocation de son esprit par une sorcière…sauf qu’il n’est pas certain que ce soit Samuel qui parle, d’autant plus que cette demande de Saül auprès de la voyante (dont le texte dit clairement qu’elle a un esprit mauvais) est clairement défendue par Dieu (« Qu’on ne trouve chez toi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts » cf  Deutéronome 18v10-11). Saül lui-même ne pouvait pas l’ignorer puisque c’est lui-même qui a promulgué cet interdit sur le royaume.  D’autre part, Saül n’apprend rien qu’il ne sache déjà de cette invocation et n’en retire rien, à part du trouble….

Deuxième critère : ce qu’annonce le vrai prophète arrive vraiment (« Si ce que le prophète dit au nom du Seigneur ne se produit pas… alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur »Deut 18v22).

En comparaison, au début de mars 2020, le prophète Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique….

Lance Wallnau, également prophète et auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent »(5).

Troisième critère : le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6)

Quatrième critère : Dans sa polémique contre les faux prophètes, Jérémie met en avant leur appât du gain. Cette critique peut être associée au reproche – d’une actualité troublante – d’un discours flatteur qui vise à plaire à ceux qui les protègent et les rémunèrent.

[« Ainsi parle l’Éternel des armées : n’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous prophétisent ! Ils vous entraînent à des choses de néant ; ils disent les visions de leur cœur et non ce qui vient de la bouche de l’Éternel. Ils disent à ceux qui me méprisent : l’Éternel a dit vous aurez la paix ; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur il ne vous arrivera aucun mal »  – Jer 23v16-17]

Les prophètes, fonctionnaires royaux, évitaient d’annoncer des choses désagréables pour le roi. Le faux prophète cherche à sécuriser le peuple et le roi, plutôt qu’à les conduire à la repentance. L’indépendance (par rapport au pouvoir) et le désintérêt du prophète (sa mission est-elle d’intérêt général ou privé, lucrative ?) sont donc des critères.

En guise d’illustration, l’internaute  Éliane C. rappelle encore (3)que, comme « chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents auprès du Président Trump, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) pour la nouvelle année, [lesquels sont toujours identiques] à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères. Et bien sûr 2020 n’a pas manqué à l’appel ». [L’on peut donc se demander] s’ils allaient revenir sur leurs prédictions, vu ce qui se passe et qu’ils n’ont apparemment pas vu venir (….). On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties aux USA est l’argent, l’économie ou le succès du président (6)(7)

« Mais cette inflation de paroles prophétiques ne se produit pas qu’aux Etats-Unis. En France aussi, tout le monde rêve, songe ou reçoit des messages du ciel sur le Coronavirus. En France les songeurs et prophètes y voient un jugement (sans que ce soit d’ailleurs toujours les mêmes choses qui soient jugées) tout le monde prêche sur le coronavirus ou fait des vidéos et bientôt des livres sortiront pour expliquer pourquoi le Coronavirus (un vrai produit marchand qui fonctionne et certainement rapportera), tandis qu’aux USA on y voit un tremplin pour une pandémie de bénédictions et de libération de gloire et de prospérité à venir.

Cinquième critère : Les faux prophètes peuvent se reconnaître à leur comportement (« Mais chez les prophètes de Jérusalem, j’ai vu des choses horribles. Ils sont adultères, ils marchent dans le mensonge ; ils fortifient les mains des méchants… » (Jer 23v14), mais parfois Dieu brouille lui-même les cartes en envoyant un esprit de mensonge (cf. 1R 22v19-23) parmi les 400 « prophètes professionnels » du roi Achab, au temps du Prophète Michée.

« Quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (3).

Selon 2 Thes.2v10-12, Dieu peut envoyer « une puissance d’égarement », pour croire au mensonge, « afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Ainsi, c’est Dieu lui-même (et non l’ennemi) qui soumet aux esprits de séduction de d’égarement (ces esprits qui lui sont aussi soumis) ceux qui ne sont pas disposés à entendre la vérité et dont le cœur n’a pas appris à aimer cette vérité pour ce qu’elle est (souvent simple et sans artifice). Nous sommes séduits à cause des penchants de nos cœurs, soit ce que nous considérons comme ayant de la valeur, nos idoles et finalement nos trésors. (3)

En résumé, si nous considérons les critères bibliques pour reconnaître un vrai prophète, nous disposons donc des mêmes critères pour jauger le faux prophète – Dieu ne lui a pas demandé de parler, ce qu’il annonce n’arrive pas et il incite à aller vers d’autres dieux (Deut.13v1-5 ; Deut.18v20-22). Soulignons toutefois que la controverse entre Hanania et Jérémie (Jer.28) nous incite à la prudence dans notre évaluation, nous mettant en garde contre tout jugement précipité. Nous ne pouvons qu’être attentifs et prêts à nous interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins ! (4)

A noter encore que la fausse prophétie, non biblique, écrase et démolit, sous ses dehors fatalistes et inéluctables, alors que la prophétie biblique véritable édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses.

Ces passages soulignent que les faux prophètes sont, par ailleurs, « un test » de Dieu pour éprouver notre fidélité et notre amour pour Lui.

Ceci dit, pour en revenir au constat du point de départ, qu’il s’agisse de «  prophéties de succès » (USA) ou de « jugement » (France), « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presqu’une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai et serrer cette parole comme une perle rare de grand prix ! » (3)

En effet, « silence dans toute chair, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute ». Mais « Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».(2)

 

 

Notes :

(1) Voir « Dieu est-il resté silencieux entre les deux testaments ? »

(2) Voir Erri de Luca. « avoir de l’oreille » IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002, pp 24-25.

(3) Voir https://lesarment.com/2020/03/covid-19-comment-certains-predicateurs-ont-ils-reagi-face-a-la-menace-de-pandemie/

(4) Le développement sur les critères d’évaluation des prophètes s’inspire en partie de la trame de cette étude biblique.

(5) Voir comment certains prédicateurs ont réagi face à la menace de pandémie ici, ici ou . Avec cet autre exemple de déni délirant !

(6) Morceaux choisis :
« Rayons d’espoir pour l’économie et notre avenir »[qu’il sera possible et facile d’éprouver dans les temps à venir] dit entre autre ceci à propos du Coronavirus : « Ici aux États-Unis, je sens que cela va créer une formidable opportunité de voir à nouveau la croissance, en particulier dans le secteur manufacturier de notre économie. Je sens que le président Trump commencera à mettre en œuvre de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises désireuses de ramener la fabrication aux États-Unis. Encore une fois, nous serons fiers de dire «Made in USA». Cette résurgence assurera une réélection du président et du vice-président en novembre 2020. Je vois cela comme une formidable opportunité car il y aura une « libération en deux parties » dans notre économie, et d’ici la fin de 2020, le marché boursier augmenter à nouveau; en particulier, j’ai vu le Dow Jones atteindre la barre des 30 000.Dieu restaure toutes choses pour un temps comme celui-ci, un temps de grand transfert de richesse. Dieu nous donne la sagesse et la créativité pour créer la richesse, l’innovation et l’invention. Le Seigneur nous demande d’entendre ce que l’Esprit du Seigneur dit plutôt que l’esprit de peur, donc nous ne manquons pas cette occasion de créer une ressource du Royaume qui fera avancer son Royaume avec amour, grâce et puissance. » [Ici, « rien de nouveau sous le soleil », vu que la secrétaire d’Etat française, madame Pannier-Runacher, a déclaré bien officiellement sur CNews le 20 mars que les Français ont bien tort de s’inquiéter pour leur avenir, puisque « c’est le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui »]

Une autre prophétie, dont le titre est « Président Trump, les nations et le coronavirus », dit entre autre ceci :
« Par souci de clarté, si le président Trump a agi comme un (goujat), a regardé d’autres femmes, a été brutal dans ses réponses à celles qui l’attaquent, a été réactif ou a échoué dans le « fruit de l’Esprit » dans de nombreux domaines — AUCUNE DE CES questions en comparaison . Il n’était pas appelé à être votre pasteur – allez à l’église pour ça. Il a été appelé à être votre président et il remplit cette mission. De plus, il le fait mieux que N’IMPORTE QUEL président américain précédent. Sa position sur les questions ci-dessus est légendaire dans les annales du ciel et le sera finalement sur Terre.
Les cinq ci-dessus ne sont pas non plus les seules choses héroïques qu’il a faites. Ses mouvements avec l’économie ont changé la donne, et c’est ce qu’il a fait pendant que de grands ennemis essayaient activement de tuer l’économie dans leur tentative de faire dérailler la mission donnée par Dieu à Trump. Le coronavirus en fait partie, mais il échouera également, car Dieu a choisi Trump pour l’emporter sur l’ennemi, mouvement après mouvement. Même lorsque Trump se sent dépassé et ne sait pas comment procéder, Dieu transforme toujours ses décisions sans conviction / incertaines en « home run ».

Voir d’autres prophéties sur le Coronavirus : https://www.elijahlist.com/words/display_word.html?ID=23383 

(7) Voir la réflexion de Jean-René Moret, pasteur suisse : « qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent…..» cf https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/nom-argent-toutpuissant/story/20838093

 

 

 

 

Ré-ouvrir les églises : quelles pistes ?

Dans la perspective du déconfinement, pour se rassembler à nouveau ( Source : Pixabay)

Certains responsables d’Eglises ont réfléchi à plusieurs mesures pratiques – mais contraignantes – de réouverture des églises au public, pour des rassemblements respectueux des mesures sanitaires. Parmi les pistes préconisées, en attendant les prochaines consignes de déconfinement :

Doubler la distanciation sociale, laquelle doit être égale à deux mètres, ce qui signifie garder en gros une place sur quatre dans nos églises, en rendant visible ce qui est accessible…….

Multiplier les cultes. Entre deux célébrations dans la même journée, on prendra le temps de nettoyer l’église.

Veiller à un plan de circulation dans l’église pour éviter que les gens ne se croisent.

Ne pas oublier les gestes barrière : lavage des mains du célébrant avant de distribuer les espèces de la Sainte-Cène, pas de baiser de paix…..Attendre trois jours avant de compter les offrandes ou le faire avec des gants.

Renforcement des équipes existantes : accueil, ménage (avec tenue ad-hoc)…..

En fin de culte, lors des annonces, mise en valeur des lieux de soutien (de tous ordres) qui permettront au plus grand nombre de trouver réconfort et aide dans ces temps difficiles, sans oublier ceux et celles qui ne seraient pas venus.

 

Lire l’essentiel ici. Et aussi .