« Inculture au poing » : En finir avec l’idée reçue que les pauvres gèrent mal leur argent

Pauvreté et précarité : Trois préjugés qui ne résistent pas à la réalité (Source : Secours catholique)

« Malheur à vous, pauvres, car vous n’êtes que des assistés ! » (Luc 6v24 et Jacques 5v1)

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a choisi pour son service afin d’apporter la bonne nouvelle aux riches » (Luc 4v18)

« Heureux celui qui s’intéresse au riche ! Au jour du malheur l’Éternel le délivre… » (Psaume 41v1)

« Opprimer le riche, c’est outrager celui qui l’a fait; Mais avoir pitié de lopulent, c’est l’honorer (Prov.14v31).

Si c’est là ce que tu lis dans ta Bible, change de Bible.

Pourtant, ce qui est parfois dit du haut de la chaire donne à penser que les affirmations ci-dessus se trouvent réellement dans la Bible….

Depuis le début de la pandémie, les personnes en difficultés sociales sont de plus en plus nombreuses. « Du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale », alerte le Secours populaire.

Un regard critique, dévalorisant voire moralisateur est souvent porté sur les pauvres et leurs comportements. Ces derniers souffrent en effet d’une double peine : outre le fait d’être pauvres, ils sont souvent perçus comme des « assistés » et des « mauvais gestionnaires ».

Dans son ouvrage Où va l’argent des pauvres. Fantasmes politiques, réalités sociologiques (éditions Payot), le sociologue Denis Colombi démontre que les plus pauvres gèrent leur argent de manière tout à fait rationnelle

Il répond également à plusieurs questions sur le sujet dans un entretien à lire sur France culture, dont voici quelques extraits :

Utilisation de l’allocation de rentrée scolaire, files d’attente devant certains magasins : pourquoi les dépenses faites par les plus pauvres suscitent-elles des débats récurrents ?

Ces polémiques illustrent une forme de mépris vis-à-vis des pauvres ; et  une représentation assez forte selon laquelle, si les pauvres sont pauvres, c’est parce qu’ils sont incapables de gérer leur argent. Il faudrait donc contrôler leurs dépenses pour leur bien et ainsi les aider à sortir de la pauvreté.
Le débat sur le supposé détournement de l’allocation de rentrée scolaire est symptomatique. Il est d’autant plus étonnant qu’aucune source, aucun rapport, ne permet de dire que cette allocation est mal utilisée. Autrement dit, c’est un problème public qui n’est construit sur aucune recherche empirique, et qui est posé uniquement parce que l’on pense que les pauvres sont fautifs. 

Cela raconte aussi, paradoxalement peut-être, que l’on déconnecte la question de la pauvreté de celle de l’argent. On fait comme si ce dont avaient besoin les pauvres, c’était de tout sauf d’améliorer leurs conditions de vie. Comme si la pauvreté n’était pas due à un manque d’argent, mais à une tare, un défaut, une incapacité de la part des pauvres. Or tous les travaux dont je rends compte dans mon livre montrent que les pauvres ne gèrent pas plus mal leur argent que les autres. Et même dans certains cas, ils le font mieux. Et qu’en tout cas ce n’est pas leur capacité à gérer leur argent qui constitue un problème. 

Vous soulignez même la rationalité avec laquelle les plus pauvres gèrent leur argent. 

Effectivement il peut y avoir de bonnes raisons d’utiliser une allocation pour autre chose que ce pour quoi elle est prévue. Les plus pauvres gèrent leur budget avec des stratégies rationnelles, compréhensibles et souvent en fait assez malignes. Elles ne correspondent pas à une incapacité à se contrôler, mais répondent au contraire aux défis auxquels on fait face lorsque l’on est pauvre. Par exemple, l’une des façons de gérer la pauvreté est lorsqu’on touche un revenu, de tout dépenser immédiatement. Cela peut sembler complètement irrationnel quand on est de classe moyenne supérieure, parce qu’on se dit qu’il faudrait le garder ou faire la liste des dépenses. Mais la stratégie peut être de tout dépenser avant de devoir payer des agios ou autres. On peut certes remettre en cause ce type de rationalité, mais c’est alors un point de vue complètement extérieur à la pauvreté et qui souvent survalorise les capacités à s’en sortir.

A quoi et à qui servent ces représentations des pauvres ?   

Cela construit une image où les pauvres sont responsables de leur situation : ils font des erreurs, ne sont pas assez méritants… Et cela permet non seulement de valoriser ceux qui ne sont pas pauvres. Avec l’idée qu’ils méritent leur situation, parce qu’ils gèrent bien leur argent ou ont bien travaillé à l’école. Et cela donne une fonction à la pauvreté qui est de justifier moralement la richesse des autres, et les inégalités.  
Cela a aussi des implications directes sur la manière dont on gère les politiques publiques. Si on suppose les pauvres incapables de gérer leur argent, cela justifie d’en faire moins pour eux. Et de réduire les aides qui leur sont destinées. C’est le fameux “pognon de dingue” d’Emmanuel Macron à propos des prestations sociales. Alors qu’elles ont au moins le mérite de limiter les inégalités et le taux de pauvreté, ce n’est donc pas inefficace. 

Qu’est-ce qui nourrit ces phénomènes ?

D’abord une relative méconnaissance de ce qu’est la pauvreté. Les pauvres, et les classes populaires en général, ont peu accès à la parole publique et donc peu l’occasion de défendre leur façon de consommer, leur utilisation de l’argent etc.
Les travaux des sciences sociales là-dessus sont aussi mal connus et peu diffusés.
Enfin si chacun imagine facilement ce qu’il ferait s’il était riche, il est très rare qu’on se demande comment on vivrait ou consommerait si on était pauvre. Et si jamais on se pose la question, on le fait avec une forme d’ethnocentrisme de classe. 

(…)

Souvent, quand on aborde la question de la pauvreté, on donne l’impression qu’il faudrait que les pauvres adoptent le comportement qui leur permet de devenir vraiment riches. Par exemple, s’ils mettaient de l’argent de côté, ils pourraient lancer une entreprise. Alors que le plus souvent, le premier problème des pauvres, c’est simplement de survivre. Car pour devenir riches ils devraient faire des efforts démesurés par rapport à ce qui est vraiment possible.

Les travaux sociologiques montrent que ce qui explique la pauvreté, c’est d’abord la  pauvreté. Cela peut sembler être une tautologie, mais en fait c’est la condition dans laquelle on est, en tant que pauvres, qui fait que l’on adopte certains comportements, lesquels s’imposent à nous, comme les solutions pour gérer cette situation.
Pour mettre fin à cette situation il faut disposer d’assez de ressources pour ne plus être pauvres. Ce que disent de nombreux travaux, c’est que pour ne plus être pauvres, il faut donner de l’argent aux pauvres. 

(…)

Notre regard dépendra en fait de la mobilisation des associations, et de la manière dont nos dirigeants poseront le problème comme étant, soit une question de responsabilité des pauvres, soit une question de responsabilité politique. 

Lire l’entretien dans son intégralité sur https://www.franceculture.fr/economie/denis-colombi-en-finir-avec-lidee-que-les-pauvres-gerent-mal-leur-argent

Voir aussi : « les aides sociales rendent-elles vraiment les gens paresseux ? » Une idée reçue déconstruite par Esther Duflo, prix Nobel d’économie en 2019.

La décision de la cour suprême des Etats-Unis (de ne pas suspendre une loi du Texas restreignant l’avortement et incitant à la délation) expliquée par un juriste

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

Le Texas a récemment adopté une loi restreignant fortement l’avortement au-delà de six semaines de grossesse, y compris en cas de viol ou d’inceste, et autorisant les citoyens à dénoncer ceux qui auraient aidé à avorter passé ce délai. La Cour suprême des Etats-Unis a décidé de ne pas se prononcer sur la conformité de la nouvelle législation à la constitution. En attendant de l’examiner, elle refuse de suspendre son application.

Mauvaise nouvelle pour ceux qui militent pour le droit à l’IVG et bonne nouvelle pour ceux qui se déclarent « pro-vie » ?

Avant d’aller plus loin, voici d’abord une mise au point sur ce que la Bible dit de l’avortement : si celle-ci n’en parle pas clairement ou directement, nous pouvons lire, dans le livre de Jérémie, que Dieu dit au prophète qu’Il le connaissait « avant de te former dans le ventre de ta mère » et l’avait déjà consacré (1,5), ce que l’apôtre Paul dit aussi s’agissant de lui-même (Galates 1,15).  Nous lisons aussi dans la Bible que Dieu forme dans le ventre maternel et est déjà à ce moment-là bel et bien en relation avec Sa créature (Ps 119,13-16).  Enfin, le livre de l’Exode prévoit la même sanction pénale pour la mort du bébé d’une femme enceinte que pour tout autre meurtre (Exode 21, 22-25), ce qui laisse penser que le statut d’un enfant en gestation est bien celui d’un être humain. La Bible ne fait pas explicitement mention de l’avortement, pourtant bien connu, sans doute parce que l’expérience suffisait à constater qu’il s’agissait bien d’un être vivant (à 6 semaines, le cœur bat déjà). Chez le peuple d’Israël, on ne pouvait donc pas être sérieusement « pour l’avortement »(1), et c’est pour ces raisons que je ne peux être non plus « pour » (ou sa banalisation, en tout cas).
Au-delà des revendications « mon corps, mon choix », il nous est proposé, à la lumière de la Bible, un tout autre modèle quant à la manière de vivre la sexualité et la fertilité qui l’accompagne. Ainsi, sachant qu’il est répété, de l’Ancien au Nouveau Testament, que l’homme et la femme sont créés pour devenir « un » (Genèse 2/24), c’est dans l’engagement qui rend stable cette unité que la sexualité est appelée à se vivre, dans la responsabilité réciproque, en assumant ensemble ce qui pourrait advenir (1 Corinthiens 7/3-4). Cela implique le respect du choix et du corps de l’un et de l’autre, comme de celui de l’enfant qui, s’il est conçu, est déjà quelqu’un pour Dieu (Psaume 139)(2).

Ceci dit, je rappelle la question de départ : cette loi du Texas est-elle une mauvaise nouvelle pour ceux qui militent pour le droit à l’IVG et une bonne nouvelle pour ceux qui ne sont « pas pour » l’IVG ?

Cette question en appelle une autre, telle celle d’un internaute postée sur le compte twitter de Maître Eolas, juriste-blogueur, vendredi 03/09/21 : « Qui pour expliquer comment la Cour suprême des Etats-Unis (SCOTUS) peut s’exonérer de statuer sur une loi poussant à la délation de l’exercice d’un droit que je croyais fédéral ? »

Explication juridique de cette décision par Maître Eolas, sur son compte twitter :

L’affaire, dans le détail

Le Texas a récemment adopté une loi – entrée en vigueur le 1er septembre 2021 – prohibant tout IVG (même en cas de viol ou d’inceste) dès lors que des battements de cœur du fœtus sont perceptibles, soit autour de la 6e semaine. La majorité des femmes ne savent pas qu’elles ont enceintes à cette date. « It’s not a bug it’s a feature » (3), ironise Maître Eolas.

Cette loi s’inscrit dans une série de lois votées par des États conservateurs visant à remettre en cause la jurisprudence Roe v. Wade de 1973 faisant du droit à l’IVG un droit garanti par la Constitution. Jusqu’à présent, toutes ont été invalidées par la SCOTUS.

Cette loi est entrée en vigueur le 1er septembre, la SCOTUS ayant refusé de la suspendre.

C’est « une bonne nouvelle » si vous estimez qu’une loi incitant à la délation et risquant d’envoyer en prison des femmes très précaires (majoritairement noires et latinos) -ou pire encore, de les faire mourir dans des avortements clandestins (4) – est dans l’esprit de l’Evangile.

Ceci dit, pour Maître Eolas, qui s’exprime ici sur le plan strict du droit, si « les nouvelles ne sont pas bonnes pour le droit à l’IVG, elles ne sont pas non plus totalement mauvaises ». Et « le petit rayon de soleil » perçu par le juriste se trouve « dans la décision de la SCOTUS, justement. »

Il faut comprendre que cette décision n’a pas été rendue dans le cadre du contrôle de constitutionnalité classique, celui-là même qui a abouti à Roe v. Wade. C’était une demande de mesure urgente, adressée directement à la Cour Suprême [de la part d’institutions pratiquant l’avortement au Texas], visant à suspendre provisoirement la loi. Cela permet d’éviter des atteintes à la Constitution pendant le temps, parfois fort long, que les recours aboutissent. C’est notre référé suspension, mais appliqué à la loi.

La décision, WHOLE WOMAN’S HEALTH ET AL. v. AUSTIN REEVE JACKSON, JUDGE, ET AL. 594 U. S. ____ (2021), a été rédigé par le Juge Alito. Un des juges les plus conservateurs. Mais sa lecture est intéressante.

Alito rappelle d’entrée les conditions à réunir pour que la cour accorde les mesures urgentes, que ce soit la suspension de l’application de la loi (stay) ou une injonction faites aux autorités (injunction).

1 : démontrer que la requête soulève un moyen sérieux ayant de grandes chances d’aboutir (strong showing that it’s likely to succeed on the merits).

2 : démontrer que l’intérêt du requérant sera irrémédiablement atteint faute d’une suspension (irreparably injured absent a stay) ;

3 : que la balance des intérêts le favorise (that the balance of the equities favors it)

4 : qu’une suspension est conforme à l’intérêt général (that a stay is consistent with the public interest).

Il ne sort pas ça de sa poche : c’est la jurisprudence de la cour depuis 2008.

La requête est rejetée car les requérants ne remplissent pas tous ces critères. MAIS Alito lui-même, appuyé par tous les juges conservateurs, écrit : « les requérants ont soulevé des moyens sérieux quant à la constitutionnalité de cette loi » (The applicants now before us have raised serious questions regarding the constitutionality of the Texas law at issue.)

Ça veut dire que le premier test, le plus difficile pourtant, a été franchi. La Cour doute de la constitutionnalité de cette loi. Mais elle ne peut pas trancher ce point dans le cadre des mesures d’urgence.

Et cela soulève des questions complexes et nouvelles, notamment sur le fait que l’application de cette loi ne repose pas ni sur la police ni sur le parquet texans, mais sur des citoyens qui seuls pourront (et sont incités financièrement – jusqu’à 10.000 dollars – à) dénoncer les avortements illégaux.

Or si la cour peut délivrer des injonctions à des officiels (gouverneurs, procureurs, policiers), elle ne peut faire d’injonction générale à des citoyens non partie à l’instance. Là encore « not a bug, it’s a feature ».

La Cour veut que ces questions soient tranchées selon un processus de droit commun, et statuer après l’examen de la question par la cour d’appel fédérale (circuit court), une fois que toutes les questions de faits et de droit auront été débattues sur des bases concrètes.

Trois Juges, dont le Chief Justice Roberts (nommé par George W Bush) disconviennent et disent qu’eux auraient accordé la suspension, la manipulation consistant à dire que l’Etat n’est pas en charge de l’application de la loi étant grossière à leurs yeux(5).

Comme toujours avec la SCOTUS, des interprétations purement politiques sont proposées. Maître Eolas ne souhaite pas entrer sur ce terrain, qui n’est plus juridique, mais attire notre attention sur un point important.

Les Juges sont nommés à vie et ne sont pas redevables au président qui les a nommés. Trump l’a appris à ses dépens. Ils restent malgré tout des juristes : si la loi dit rouge alors qu’ils pensent vert, ils statueront rouge.

Et quelles que soient leurs théories juridiques dominantes, la force du précédent est puissante à leurs yeux : si la cour a déjà statué dans un sens fût-ce avant leur venue, il faut une raison très grave pour renverser cette jurisprudence.

C’est pourquoi Roe v. Wade a survécu si longtemps dans une SCOTUS dominée par les conservateurs. Ou que le 2nd amendement(6) se porte bien malgré les SCOTUS progressistes qu’il a connus.

Notes :

(1) Voir cette réponse du répondant sur ce sujet, publiée sur https://1001questions.fr/jesus-aurait-il-aussi-pu-dire-je-suis-contre-lavortement-mais-pour-sa-legalisation-simon/

(2) Voir https://1001questions.fr/pourquoi-certaines-femmes-disent-mon-corps-mon-choix-pour-etre-comme-les-hommes-jean-yves/

(3)Littéralement « ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité », phrase utilisée à l’origine pour se moquer des éditeurs de logiciels qui sont réticents à reconnaître les erreurs dans leurs produits.

(4) Dans le New York Times, l’éditorialiste Gail Collins dénonce cette loi et regrette qu’un manque d’éducation sexuelle au Texas ne permette pas d’apprendre aux jeunes à éviter des grossesses non désirées. « La grande majorité des femmes qui se font avorter au Texas ont dépassé ce nouveau délai de six semaines. Et à partir de maintenant, elles ont trois choix : continuer une grossesse non désirée, sortir de leur vaste État ou aller dans un endroit illégal et probablement très dangereux. La meilleure option, bien sûr, est d’éviter complètement la grossesse ». Sauf que de nombreuses écoles au Texas sont mauvaises en matière d’éducation sexuelle…. (https://www.nytimes.com/2021/09/01/opinion/texas-abortion-law.html )

(5) Comme le souligne Maître Eolas, lors d’un échange avec un internaute sur ce sujet, « cette pirouette [législative] sera peut-être le clou dans le cercueil de cette loi du Texas, la SCOTUS ne va pas apprécier qu’on emploie des artifices pour échapper à sa juridiction. Mais ça prendra des années ».

(6) Lequel reconnaît la possibilité pour le peuple américain de constituer une milice (« bien organisée ») pour contribuer « à la sécurité d’un État libre », et garantissant en conséquence à tout citoyen américain le droit de détenir des armes.

Adoption définitive du projet de loi bioéthique : ou l’échec de ne pas dire « oui » à tout (et n’importe quoi)

Bientôt « le Meilleur des mondes » ? (Source image : scène de « Bienvenue à Gattaca », un film d’Andrew Niccol (1997)

Le Parlement a définitivement adopté, le soir du 29/06/21, par un ultime vote de l’Assemblée nationale, le projet de loi relatif à la bioéthique, qui ouvre l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) ou « Procréation Médicalement Assistée » (PMA) – à toutes les femmes, par 326 voix pour, 115 contre et 42 abstentions. Et ce, à  l’issue d’une 7e lecture (4 à l’Assemblée, 3 au Sénat), près de deux ans après sa présentation en conseil des ministres(1).
Députés et sénateurs se sont opposés sur de nombreux articles du texte, en particulier l’ouverture de la PMA à toutes les femmes (couples de femmes et femmes célibataires) pour leur permettre d’obtenir une grossesse, finalement validée par les députés. Auparavant, la PMA n’était permise que pour les couples hétérosexuels infertiles. Les premiers enfants conçus par « PMA pour toutes» en France pourraient naître dès le printemps 2022, sauf éventuel contre-temps dû à un éventuel recours auprès du Conseil constitutionnel.
Le projet de loi permet aussi aux personnes majeures de conserver leurs gamètes (spermatozoïdes et ovules) pour pouvoir reporter à plus tard un projet d’enfant, ce qui était uniquement permis aux femmes pour des raisons médicales. Le texte remet également en question l’anonymat des donneurs de gamètes, qui devront accepter que leur identité ou « des données non identifiantes », tels que l’âge, les caractéristiques physiques, la profession…, puissent être révélées à la personne née du don après ses 18 ans.

La gestation pour autrui (GPA), ou le fait qu’une femme porte un fœtus pour le compte d’une autre personne ou d’un couple, potentiellement contre rémunération, reste interdite en France. Néanmoins, le projet de loi prévoit la reconnaissance, sous certaines conditions, de la filiation d’enfants conçus par GPA à l’étranger – une pratique légale dans plusieurs pays comme les États-Unis et le Canada. Le texte ne prévoit pas l’élargissement de la PMA aux hommes transgenres, nés avec un appareil reproducteur féminin. Le diagnostic préimplantatoire, qui permet de repérer de possibles anomalies génétiques dans les embryons, reste limité aux couples ayant connaissance d’une maladie génétique transmissible dans leur famille. Les femmes dont le conjoint est décédé ne peuvent pas avoir recours à la PMA avec les gamètes de ce dernier.
Enfin, le projet de loi facilite les recherches sur les cellules souches embryonnaires, qui peuvent se multiplier et donner naissance à n’importe quelle autre cellule de l’organisme. Elles « peuvent être utilisées en thérapie cellulaire, pour régénérer un organe ou produire des substances nécessaires à rétablir une fonction biologique », précise l’Inserm (2). 
Le texte adopté à l’Assemblée nationale autorise aussi les « chimères animal-homme », des cellules souches humaines insérées à des embryons animaux. 
Cet article 17 de la loi de bioéthique soulève des inquiétudes auprès de certains qui ont signé une tribune dans La Croix, pour dire « Non aux chimères dans la loi de bioéthique ! »(3). Ils ont appelé les parlementaires « à s’insurger contre l’inscription de la bioéthique française dans ce scénario de science-fiction et à initier un Référendum d’Initiative Partagée ».  De son côté, l’Inserm plaide pour ce type de recherche, expliquant que « l’un des objectifs est de développer ainsi des modèles animaux de pathologies humaines notamment pour les maladies neurodégénératives. À plus long terme, ces chimères pourraient favoriser la production d’organes chez l’animal pour permettre des xénogreffes sur l’Homme. Enfin, avoir recours à ce processus permettrait notamment de mieux étudier comment s’effectue la différenciation des cellules dans un tel environnement, et donc, de valider ou non bon nombre d’hypothèses de recherche» (3).
En revanche, est interdite « la modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces »,  selon la reformulation de l’article 17 du projet de loi de bioéthique(4).


Au final, est-ce un progrès ?

Le journaliste Patrice de Plunkett dénonce, dans sa chronique à Radio Présence (Toulouse Midi-Pyrénées) et Radio fidélité Mayenne(5), le vote final de ce qu’il appelle « la loi de pseudo-bioéthique », lequel vote lui paraît illustrer l’ouverture à tous les « désirs se (prenant) pour des droits » sans souci des conséquences, comme l’alignement de la classe politique sur les lobbies.

L’ «  adoption (de ce projet de loi) était inéluctable », souligne le journaliste, « le parti du président Macron étant à fond pour cette réforme – et le Sénat, malgré son opposition opiniâtre, n’étant pas parvenu à se faire entendre des députés :

Les sénateurs disaient que la PMA pour les femmes célibataires ou homosexuelles bouleversera les normes de la filiation et nuira ainsi aux intérêts de l’enfant… 
Des députés d’opposition disaient qu’ouvrir la PMA aux femmes homosexuelles sans accorder la GPA aux homosexuels masculins serait créer une inégalité contraire à la philosophie du droit… ». En effet, en toute logique, « après la PMA, doit venir la GPA. Ceci afin que le désir d’enfant puisse être universellement satisfait », et « afin de permettre l’égalité des sexes devant la parentalité », plaide Luc Le Vaillant dans sa tribune d’opinion sur Libération (6) 
« Mais ni ces sénateurs ni ces députés n’ont réussi à se faire entendre de la majorité LREM de l’Assemblée nationale. Pourquoi ? Parce que LREM voit les choses autrement : selon ce parti, il ne s’agissait avec cette réforme que « d’élargir les droits des femmes ».
Un écrivain du XIXe siècle, lui-même homosexuel d’ailleurs, prophétisait qu’on allait entrer dans un âge où tous les désirs se prendraient pour des droits : c’est bien ce que nous vivons. Le consumérisme s’est étendu à tout. L’individu ne voit plus midi qu’à sa porte. Et le pouvoir politique, lui, ne voit plus au nom de quoi il pourrait faire un tri entre les désirs se proclamant des droits.
D’où cette impression qu’ont les opposants, minoritaires, de parler à des sourds quand ils tentent de faire valoir un autre point de vue que la satisfaction de tous les désirs quels qu’ils soient.
Aujourd’hui, dire « non » à quelque chose passe pour de l’intolérance, même s’il y aurait de solides raisons (sociales, morales et juridiques) de ne pas dire « oui » [c’est même là le sens de la dignité humaine : ne pas dire oui à tout et à n’importe quoi(7)].
Un peuple qui ne se voit plus comme peuple mais comme foule d’individus – chacun proclamant ses droits sans souci des conséquences – deviendra ingouvernable. Comment ne pas en venir là ? On ne sait pas trop…  Il n’existe plus d’autorités morales reconnues quand le consumérisme s’étend à tout : à l’ère de l’individu tabou, l’horizontal remplace le vertical. Et l’on peut se demander si ce phénomène d’ensemble n’explique pas, en partie, l’abstentionnisme électoral massif que nous venons de constater aux deux tours des régionales et départementales. Quand le consommateur remplace le citoyen, des gens déclarent aux radio-trottoirs ne plus s’intéresser qu’à ce qui exaucerait leurs désirs individuels – qui à leurs yeux sont tous des droits. Vers quoi se dirige l’ensemble de ce processus ?  Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans un roman prémonitoire : Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley », que Patrice de Plunkett nous conseille de (re)lire cet été. Cela tombe bien : « il est en livre de poche »(8).

Notes :


(1) Pour les curieux, l’analyse du scrutin (qui a voté quoi) ici https://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/(legislature)/15/(num)/3855 ; et pour ceux qui aiment la lecture, l’ensemble du processus législatif de ce projet de loi sur https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/alt/bioethique_2, avec le texte final voté le 29/06 (79 pages) https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15t0640_texte-adopte-provisoire.pdf ; sinon, une synthèse à lire sur https://www.vie-publique.fr/loi/268659-loi-bioethique-pma


(2) https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/cellules-souches-embryonnaires-humaines : L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) est un établissement public à caractère scientifique et technologique français spécialisé dans la recherche médicale

(3) https://www.la-croix.com/Debats/Non-chimeres-loi-bioethique-2021-02-05-1201139072  et https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/15/loi-de-bioethique-nous-ne-voulons-pas-d-une-humanite-genetiquement-modifiee_6025898_3232.html ; https://presse.inserm.fr/chimeres-inter-especes/42157/ ; https://www.francetvinfo.fr/societe/loi-de-bioethique/le-projet-de-loi-de-bioethique-vote-par-les-deputes-permet-il-de-creer-des-embryons-chimeriques-mi-homme-mi-animal_3663337.html
Voir aussi https://www.la-croix.com/Debats/Non-chimeres-loi-bioethique-2021-02-05-1201139072 et https://www.reforme.net/societe/2021/06/23/bioethique-des-chimeres-de-moins-en-moins-chimeriques/


(4) Voir le texte final du projet de loi, voté le 29/06 (79 pages) https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15t0640_texte-adopte-provisoire.pdf

(5) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/06/30/pseudo-bioethique-quand-les-desirs-se-prennent-pour-des-droits.html#more


(6) https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/apres-la-pma-que-vienne-la-gpa-20210629_EVFFB52K2ZFWXPAN2SFWSOCFQE/?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&xtor=CS7-51-#Echobox=1624955798


(7) Le Comité Protestant pour la Dignité Humaine (CPDH) le dit autrement, dénonçant, quant à lui, un droit à l’enfant. « Le droit à l’enfant que le gouvernement veut créer pour les couples de femmes et les femmes seules nuit directement à l’enfant. De sujet de droit – ayant des droits -, il devient objet de droit : J’ai le droit d’avoir un enfant, de la façon dont je veux, quand je veux, avec qui je veux », constate Franck Meyer, Président de cet organisme, avant d’ajouter « que l’accès impossible à la filiation paternelle est profondément injuste ». De plus, ce projet de loi encouragerait la monoparentalité, « ce qui n’est ni recommandable, ni souhaitable». Le CPDH déclare par ailleurs refuser « d’abandonner le combat », envisageant des recours auprès du Conseil Constitutionnel et des organisations internationales. cf https://www.evangeliques.info/2021/06/29/france-avec-la-pma-pour-toutes-le-cpdh-denonce-un-droit-a-l-enfant/ ; Voir aussi https://www.reforme.net/bioethique/2020/07/21/le-comite-protestant-evangelique-pour-la-dignite-humaine-denonce-la-gpa/

(8) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2021/06/30/pseudo-bioethique-quand-les-desirs-se-prennent-pour-des-droits.html#more

Christianisme : les privilèges politiques nuisent gravement à sa santé

Le favoritisme : un piège pour la vitalité chrétienne ! (Source image : public domain pictures)

Qui l’eut cru ?  La plus grande menace à la vitalité chrétienne n’est pas la persécution, la richesse, le niveau d’éducation ou le pluralisme. C’est le soutien de l’État. 

De quoi battre en brèche l’espoir illusoire en un « défenseur de la chrétienté » pour « des questions de survie ».

Espoir d’autant plus illusoire – et dangereux – s’il se donne une caution théologique.

Une analyse de 166 nations à ce sujet à lire, dans la langue de Molière, sur Christianity Today, laquelle analyse relève trois paradoxes ayant trait à la vitalité du christianisme : le paradoxe du pluralisme, le paradoxe des privilèges et le paradoxe de la persécution.

Comment exercer sa responsabilité pastorale, face à la question du vaccin contre la COVID-19 ?

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » : un sage enseignement que « Spiderman » a appris à ne jamais oublier…

Les chrétiens sont divisés sur la question : certains préconisent la vaccination par amour pour le prochain, d’autres laissent ce choix à la conscience de chacun et d’autres encore la proscrivent absolument.

Compte tenu de ces divergences, comment les pasteurs devraient-ils aborder le sujet du vaccin contre la COVID-19 avec leurs assemblées ? Devraient-ils encourager les gens de leur Église à se faire vacciner ?  Comment exercer sa « responsabilité pastorale » et comment équiper les membres de l’église dans un tel contexte ? Comment manifester concrètement l’amour du prochain ?….

 Cinq pasteurs américains ont bien voulu expliquer à Christianity Today comment des facteurs tels que l’origine ethnique, la théologie et la composition de la congrégation influencent leur approche du problème. Une chose est sûre, de l’aveu de certains d’entre eux : « nous ne devrions pas laisser la question nous diviser entre chrétiens » et « s’il y a une chose que la pandémie nous a montrée, c’est que nos vies et notre santé sont étroitement liées à celles des autres »(1).

En savoir plus dans cet article de Christianity Today, compilé par Rebecca Randall. Traduit en français par Simon Fournier et révisé par Léo Lehmann

Note :

(1) Commentaire d’un ami et frère pasteur français, exerçant son ministère en France, après la lecture de cet article : « Personnellement, et vues les circonstances entourant ce virus, je ne dirais pas aux gens de se faire vacciner ou pas. Ils sont libres de leur décision. Par contre, nous avons un devoir de dé-diaboliser le vaccin et d’informer le plus justement possible ceux qui souhaitent des conseils. Nous avons besoin de sagesse. Merci.

Tous les points de vue doivent être examinés. Ce qui est dommage, c’est que nous ne disposons pas d’enquête du même genre en France, car la situation américaine est totalement différente, la culture aussi ».

« Quand l’extrémisme n’est plus rentable, soudainement, les gens changent »

Inquiétude de se voir « frappé au portefeuille » (Source image : dessin de Mathieu Colloghan

Les « sleeping Giants », vous connaissez ? Non ? « Grâce » à Valeurs actuelles et CNews, c’est désormais chose faite ! Les deux médias ont en effet annoncé déposer plainte contre ce collectif(1), au mode d’action original : frapper au portefeuille en alertant les annonceurs dont les spots publicitaires sont diffusés sur des médias susceptibles de véhiculer des contenus haineux [lesquels ne sont pas des « opinions », mais des délits], amoindrissent leurs revenus publicitaires.
Le 4 juin 2021, la société Valmonde et Cie, à laquelle appartient Valeurs actuelles, dépose une plainte à l’encontre de Sleeping Giants, visant à dénoncer « des faits de discrimination, à raison des opinions politiques, et de nature à entraver l’exercice normal d’une activité économique ». Le directeur adjoint de la rédaction, Tugdual Denis, reconnaît qu’ils leur font « perdre beaucoup d’argent ». De même, l’entreprise de publicité en ligne Taboola, en rompant son contrat en début d’année avec le magazine à la suite de la publication du feuilleton donnant à voir la députée Danièle Obono représentée en esclave, avait privé le magazine d’un revenu de « trois millions d’euros sur trois ans »(2). 

Selon Valeurs actuelles, CNews pourrait, de son côté, déposer trois plaintes : deux pour diffamation, et une pour discrimination et entrave à la liberté d’expression. La chaîne d’information confirme l’existence d’une seule plainte, après qu’elle aurait, elle aussi, perdu de nombreux annonceurs à la suite des alertes des Sleeping Giants. La saison 2020-2021 aura effectivement été chiche en spots publicitaires accompagnant « Face à l’info », l’émission dans laquelle officie Eric Zemmour. Ce dernier, bien que multi-condamné pour injures et provocations à la haine, peut, chaque soir, qualifier des réfugiés « d’envahisseurs », des femmes musulmanes de « mosquées ambulantes » et des mineurs de « délinquants et de violeurs »(3). Tantôt la chaîne n’en a diffusé aucun, tantôt quelques spots « de petits annonceurs qui ne paient pas cher du tout les écrans mais servent de chair à canon », comme l’explique « Rachel »co-fondatrice de Sleeping Giants France.
Interrogée par Le Monde, par téléphone, la même « Rachel »ne semble pas spécialement affolée. Elle a appris l’existence de la plainte, à la lecture de Valeurs actuelles« Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer quoi que ce soit puisque nous n’avons rien reçu », explique-t-elle(4).

Les plaintes de CNews et Valeurs actuelles ont-elles des chances d’aboutir ? « Ces procès baillons sont d’abord faits pour nous intimider », commente Rachel. Mais pour atteindre les bénévoles du collectif, souligne-t-elle, « il faudrait d’abord qu’on nous identifie »(4). Et c’est sans doute là le but recherché de cette plainte – comme d’un hypothétique procès, même inutile : voir les identités des activistes des Sleeping Giants France révélées et donc exposées.

Et ce, d’autant plus que les Sleeping Giants ne risquent, à priori, rien : ils se contentent d’informer des annonceurs publiquement connus sur ce qu’ils financent, sans appel au boycott desdits annonceurs. La question parlementaire [d’un député LREM] annonciatrice de la plainte est à cet égard symptomatique, le rédacteur s’étant rendu compte de l’absence de tout fondement juridique bien qu’il cite le code pénal et la jurisprudence suggère in fine de faire changer la loi (5).

« Nous ne travaillons que sur les publicités programmatiques(6), gérées par des régies, et dont les placements de pubs qui ne sont pas consentis par l’annonceur – il n’en a même pas connaissance« , explique Rachel lors d’un entretien avec Loïc Leclerc, pour Regards(7). Le but est d’alerter l’annonceur quand il est présent sur un média qui a déjà été condamné, afin qu’il se demande si ces contenus sont en lien avec les valeurs de ses annonces. L’annonceur peut alors ajouter tel ou tel site à une liste d’exclusion (…)Notre démarche est d’informer ceux qui ne savent pas qu’ils font de la pub dans ces médias » (7).

« Nous faisons surtout un travail d’information. Ça n’a rien à voir avec du ‘Name & Shame’ [« nommer et couvrir de honte »] où on fouille dans les tiroirs et on met à jour quelque chose que quelqu’un aurait essayé de cacher. N’importe qui, qui va sur un site ou sur une chaîne de télévision, peut voir la pub qui passe avant monsieur Zemmour. Donc on ne révèle pas de secret. Par contre, souvent, pour l’annonceur, c’est un secret effectivement. Il y a un genre de ‘package deal’, et il y a des annonceurs qui reviennent vers nous totalement choqués, en disant : ‘On a appris ça. On ne savait pas du tout sur quelle chaîne ils allaient placer notre publicité »(8).

A ceux qui les accusent de censure et d’atteinte au pluralisme de l’expression en France, les Sleeping Giants répondent qu’ils ne censurent rien : « Valeurs actuelles peut écrire ce qu’ils veulent. Le financement par le consommateur, via la publicité, n’est pas un droit. Il n’y a pas un droit absolu d’être financé par la publicité. Si les entreprises n’ont pas envie d’être associées [parce que lesdits sites iraient à l’encontre de leurs propres valeurs, des chartes de responsabilité sociale, éthique, écologique – un peu comme un boucher qui ferait de la pub sur un site végan ou inversement. Cela va aussi plus loin parce que ce ne sont pas que les marques, c’est le consommateur qui finance la publicité, donc notre argent via l’annonceur qui l’ignore], elles, elles ont ce droit-là. Ce n’est pas une question de censure. Le financement de Valeurs actuelles [ou de CNews…] n’est pas notre problème. Tout ce qui nous importe, c’est la liberté des entreprises à s’associer ou non avec ces médias (et donc de les financer) ».
Une telle action et de telles réactions en disent long de l’état de la presse et de la fragilité de son système économique. En effet, comme l’explique Rachel, « il y a un problème concernant l’indépendance des médias. Puis il y a un cercle vicieux : plus les contenus sont extrémistes et racoleurs, plus ils seront vus, lus et partagés et plus vous aurez droit à des publicités et à des publicités qui valent plus. Quand on interrompt ce cercle, que l’extrémisme n’est plus rentable, soudainement, les gens changent. Nous en sommes convaincus, tout est une question d’argent. Il n’y a pas que l’idéologie. Et ça dépasse leur entendement que nous faisions tout ça bénévolement ! Ça leur pose un problème que des personnes puissent s’engager sans chercher à faire du profit »(9).

« Moralité » selon les Sleeping Giants :« Si on veut garder ses annonceurs, on a intérêt à présenter effectivement de l’information. Et peu importe de gauche, du centre, de droite. Mais si on dépasse ça, on n’est plus un média d’information ou on n’a jamais été un média d’information, mais un blog d’opinion »(10) [Certains sites ne sont d’ailleurs que des conglomérats d’éditos/billets d’humeur]. Ce qui est une façon d’inviter chacun (médias, annonceurs et consommateurs) à prendre ses responsabilités.

Visiter  le compte twitter et le site web des Sleeping Giants France.

Notes : 
(1) Né aux Etats-Unis en 2016, après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle, et actif en France depuis février 2017, au moment où le site américain Breitbart était sur le point de s’installer dans notre pays – ce qui ne s’est pas fait finalement. Le collectif a alors commencé à travailler sur des sites français, les premiers étant Boulevard Voltaire – condamné pour provocation à la haine contre les musulmans en 2014 – et Breizh Atao, puis CNews, Valeurs Actuelles, « le nouveau » France Soir [un site complotiste qui n’a plus rien à voir avec l’ancien quotidien aujourd’hui disparu]…En 2021, Breiz Atao, géré par Boris Le Lay, est un site interdit en France par une décision de justice, du fait de son contenu profondément antisémite, xénophobe, raciste, homophobe, et par ailleurs servi par AdSense par Google   C’est-à-dire que d’un côté, la justice interdit des sites. De l’autre côté, Google continue de les fournir en publicité…jusqu’à ce que les Sleeping Giants fasse la démarche d’avertir les annonceurs qui se sont tous retirés en quelques mois. Mais aussi d’alerter Google AdSense de ce partenariat jugé « absolument ahurissant ».

Sources : http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses et  https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(2) Cf Publicité : CNews et « Valeurs actuelles » déposent plainte contre le collectif Sleeping Giants

(3) A noter enfin que les propos d’Eric Zemmour, chroniqueur sur CNews (et l’absence de réaction/modération de l’animatrice) ont valu à la chaîne 2 amendes par le  Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). La première (10 000€) vient d’être confirmé mercredi 16 juin par le Conseil d’État qui rejette le recours de la chaîne pour faire annuler une mise en demeure prononcée le 27 novembre 2019 par le CSA à son encontre. A l’époque de la décision du CSA, l’émission Face à l’info n’avait que quelques jours d’existence. Le 14 octobre 2019, au terme d’un débat avec l’ancien socialiste François Pupponi, portant notamment sur l’immigration, le polémiste Eric Zemmour s’était exprimé au sujet de la colonisation française en Algérie en ces termes : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Eh bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français ». De quoi s’attirer les foudres du CSA, qui avait estimé que la chaîne avait contrevenu à ses obligations en matière d’« incitation à la haine ou à la violence pour des raisons de race, de sexe, de mœurs ou de nationalité ».

Source : Le Monde.

(4) Cf Publicité : CNews et « Valeurs actuelles » déposent plainte contre le collectif Sleeping Giants

(5) Cf https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-39220QE.htm

(6) « Il y a 20 ou 30 ans », explique Rachel lors d’un entretien sur France inter, avec Sonia Devillers, le 18 février 2019, « vous choisissiez votre emplacement publicitaire par rapport à vos besoins. Vous le financiez directement ou en passant par une agence. Avec les contenus de plus en plus présents sur Internet, il y a eu la création de la publicité programmatique ou pour un prix relativement raisonnable, vous pouviez figurer sur un grand nombre de supports, ce qui, évidemment, a entraîné aussi que vous ne saviez plus où était affichée votre publicité ». Donc tout cela est devenu à travers les années, « un système très opaque », entièrement géré par des logiciels et des algorithmes. Sauf que « l’on programme ces algorithmes pour que certains annonceurs ne se retrouvent jamais associés à des contenus pornographiques, sur des sites pédophiles ou même, par exemple, sur des sites qui promeuvent les jeux d’argent ». D’où l’aberration que des sites qui promeuvent du contenu haineux ou complotiste ne soient pas éliminés de cette distribution publicitaire. Source : https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(7) Cf http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses


(8) Cf https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(9) Cf http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses

(10) Cf https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

Le moyen le plus sûr de savoir qu’une élection approche

Accueillir le réfugié, c’est « chrétien » ? (Dessin de « 

« Accueillir le réfugié, c’est chrétien ? » (Source image : dessin de PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

Le moyen le plus sûr de savoir qu’une élection approche :

« Macron demande plus de fermeté sur l’expulsion des étrangers irréguliers », titre un article publié sur 20 minutes, le 10/06/21.

A ce propos, les migrants seraient-ils « un sujet » qui concernerait davantage le citoyen que le chrétien, le magistrat plutôt que le pasteur ? Ma contribution à cette question ici.

Que choisir : Notre environnement ou notre économie ?

La pollution et la mort de l’homme : un « classique » qui garde toute sa pertinence et son actualité, 40 ans après…

 « Si vous pensez vraiment que notre environnement est moins important que notre économie, essayez juste d’arrêter de respirer le temps que vous comptiez votre argent ». Guy McPherson (1)

A lire : « la pollution et la mort de l’homme », notre recension du livre de Francis Schaeffer

Et « pourquoi je crains le réchauffement climatique », une analyse de Charles Eisenstein, philosophe américain et conférencier, dont les travaux couvrent un large éventail de sujets, de l’histoire de la civilisation humain à l’économie du don, en passant par l’écologie.

Note :

(1) Guy Mc Pherson (né en 1960) est un ancien professeur d’université d’écologie. Il a quitté le monde de la recherche universitaire, et la vie dans la société américaine pour exploiter, conformément à ses valeurs,  une ferme écologique, changement  qu’il a décrit dans un livre, ‘Walk away from the Empire‘ et dans son blog.  Le livre ‘Going dark’ expose ses inquiétudes pour la Planète. Aujourd’hui, il expérimente personnellement un mode de vie écologique. Il élève des chèvres et  cultive son jardin. Ses recherches l’ont mené à prendre très au sérieux la vitesse à laquelle les espèces vivantes disparaissent aujourd’hui et le changement climatique (Source : Le Temps.ch)

La liberté d’opinion est-elle « une espèce en voie de disparition » ?

« Quand vous pouvez poser cette question publiquement sans ressentir la moindre crainte pour vous ou vos proches, c’est que la liberté d’expression ne subit aucune menace ».

Sinon, pour répondre à la question ci-dessous…….

…………« Parce que la vérité l’emporte sur les opinions ». Autre question ?

[Source photos : Christine Kelly. Texte « piqué » au juriste-blogueur « Maître Eolas », lequel publiait, le 03/06/21 sur son compte twitter, une réflexion en réaction à la grande campagne nationale d’affichage orchestrée en pleine période électorale par la chaîne TV Cnews, du groupe Canal+, entre le 31 mai et le 8 juin, et déployée sur 7.900 panneaux de 2 mètres carrés et de 8 mètres carrés, soit une couverture de près de 300 millions de contacts….Une campagne qui ne manque pas de sel, surtout quand un simple sketch – parodique de l’émission « l’heure des pros » de cette chaîne – a conduit au licenciement d’un humoriste de Canal, en novembre 2020, après 25 ans de maison – et ce, alors que les chroniqueurs condamnés pour injures et provocations xénophobes ne sont pas sanctionnés. Un licenciement aux conséquences durables sur les conditions de travail au sein de la chaîne…]

Et en bonus, à méditer : « Je ne tiens pas à mes opinions. Je tiens au réel et au vrai. Je m’efforce de les chercher, « en Eglise », sur le terrain. Si la vérité et la réalité contredisent une opinion, il faut changer cette opinion. C’est ce que je crois… Chacun ses choix » (Patrice de Plunkett, catholique et « laïc de base qui se trouve être journaliste », comme il le dit lui-même sur son blog ouvert depuis 2005)