Quand l’esprit prophétique n’est pas celui de « madame soleil »

Les dessous de ces « prédictions » de presse souvent nébuleuses. Source image : public domain pictures

Le saviez-vous ? En 2020, comme chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) – aux accents de « madame Soleil » – pour la nouvelle année, lesquels sont toujours identiques, à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères ». Ce qui ne manque pas de sel vu la pandémie mondiale qui a suivi et que ces « prophètes » n’ont apparemment pas vu venir. On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties américaines est l’argent, l’économie ou le succès du président [mais pas Obama ou Biden !].

Et puisque l’on parle de « madame Soleil », savez-vous, en cette période de « bonnes résolutions pour 2023 », comment sont faits les horoscopes « qui clignotent en kiosques et trustent les ventes des magazines entre décembre et janvier ? » Ils se trouvent en effet toujours des personnes empressées d’y trouver des « prédictions » pourtant souvent vagues et génériques sur leur semaine à venir. Qui écrit ces fameux horoscopes et comment sont-ils conçus ? Un édifiant et passionnant article à lire sur le site de « La revue des médias ».

Par contraste, la parole prophétique authentique, à mille lieux de « la prédiction de madame Soleil » annonçant fatalement un événement inéluctable (ou même « l’oracle » en mode « développement personnel »), est celle qui nous conduit à la repentance. C’est ainsi qu’elle nous édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Et c’est parce qu’il sera authentiquement repentant au préalable que le prophète – qui écoute vraiment la Parole de Dieu et la met en pratique (Luc 11v28) – pourra être….authentiquement prophétique !

 A l’inverse, quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons.

Soyons donc plutôt de ceux qui « se régalent » du plat préféré de Jésus (Jean 4v34), lequel est « de faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé et d’accomplir son oeuvre » ; faisons également nôtre la prière du petit Samuel (« parle Seigneur, car ton serviteur écoute » cf 1 Samuel 3v9) et surtout celle de Jésus : « non pas ma volonté [Seigneur], mais la tienne ! » (Luc 22v42)

Du témoignage chrétien (y compris en sciences)

Science et la technologie par Petr Kratochvil

Président Josiah Bartlet : Je suis désolé, vous êtes le Docteur Jenna Jacobs n’est-ce pas ?

Docteur Jenna Jacobs : Oui Monsieur

Président Josiah Bartlet : Bienvenue à cette soirée

Docteur Jenna Jacobs : Merci 

Président Josiah Bartlet : (…) Excusez-moi Docteur Jacobs, vous êtes docteur en Médecine ?

Docteur Jenna Jacobs : J’ai un doctorat.

Président Josiah Bartlet : En psychologie ?

Docteur Jenna Jacobs : Non Monsieur.

Président Josiah Bartlet : En théologie ?

Docteur Jenna Jacobs : Non.

Président Josiah Bartlet : En sciences sociales ?

Docteur Jenna Jacobs : J’ai un doctorat en littérature anglaise.

Président Josiah Bartlet : Je vous demande ça parce qu’à la radio, on vous appelle pour avoir des conseils et comme dans votre émission, on vous appelle « Docteur Jacobs », j’étais en train de me demander si vos auditeurs s’y retrouvent et s’ils ne croient pas que vous avez fait des études supérieures en psychologie, en théologie ou en médecine.

Ce dialogue, tiré de l’épisode 3 de la saison 2 de l’excellente série « A la Maison Blanche »(2000), avec Martin Sheen dans le rôle du « Président Josiah Bartlet », nous fait prendre conscience que, nous aussi, à l’instar des « auditeurs » de l’émission du « Docteur Jacobs », nous devons « nous y retrouver » face à ce qui nous est affirmé « d’autorité » et sur ce que l’on entend par « faire autorité » en la matière.

Par exemple, lors du dernier congrès « Bible et Science Mulhouse 2022 », qui s’est déroulé à l’église de la Porte Ouverte le 30 octobre. C’est dans ce cadre qu’un certain Etienne Vernaz a tenu une conférence dont le titre était « une réflexion au-delà des données scientifiques », suivie d’une interview dans laquelle il a mis en doute les travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

C’est là qu’il convient de faire preuve de discernement, soit de faire confiance à notre capacité à juger clairement et sainement les choses. Ce discernement, pour être efficace, ne doit pas se limiter au message, mais concerner aussi le messager, ou l’émetteur du message, la source. Or, dans le domaine de l’information, tous les messages ne se valent pas et tous les émetteurs n’ont pas le même statut.

Ainsi le conférencier mentionné plus haut : Pour ceux qui ne le connaissent pas, Etienne Vernaz est ancien directeur de Recherche au CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives) en France, spécialiste de la vitrification des déchets nucléaires, et pasteur d’une église de la famille Destinée-Francophonie. Il fait partie du comité francophone Bible et Science, laquelle (dixit Etienne Vernaz) « rassemble des scientifiques chrétiens de tout bord qui croient qu’il n’y a pas d’opposition entre la Bible et une science honnête.  Des gens qui n’ont pas peur de questionner le narratif officiel car nous croyons que la science qui ne peut pas être remise en question n’est pas la vraie science, mais de la propagande »

Dans son avis « Communication scientifique en situation de crise sanitaire : profusion, richesse et dérives  » (n°2021-42), approuvé le 25 juin 2021, le COMETS – comité d’éthique du CNRS – compte notamment parmi ses recommandations le rappel des droits et devoirs suivants des chercheurs intervenant dans l’espace public (op. cit., p 20): « En s’exprimant dans l’espace public, le chercheur engage sa responsabilité de scientifique. S’il fait état de sa qualité, il doit préciser à quel titre il prend la parole : en spécialiste apportant son expertise sur le sujet débattu, en tant que représentant de l’organisme de recherche ou d’une institution, ou bien à titre de citoyen engagé voire de militant. Le chercheur doit faire la distinction entre ce qui relève de connaissances validées par des méthodes scientifiques de ce qui relève d’hypothèses de travail ou fait l’objet de débats. Il convient par ailleurs de signaler les marges d’incertitude des résultats de la recherche ». 

Par ailleurs, le COMETS souligne que les expressions de « grand professeur », « scientifique prestigieux » ou encore « chercheur éminent », « utilisées à l’excès ont pu donner le sentiment au public que, du fait de leur statut, des individus singuliers étaient porteurs de la « vérité scientifique »Le COMETS l’a affirmé à plusieurs reprises dans ses avis, et la communauté scientifique le reconnaît dans son ensemble : la vérité s’exprime collectivement et non par la voix d’un seul, fut-il couronné de prix prestigieux, ou signataire d’un grand nombre de publications ».(p 16)

 Et le COMETS – qui s’est penché à plusieurs reprises sur la question de l’expertise scientifique – de rappeler « que la mission de l’expert est d’assurer, en toute indépendance, objectivité et transparence, le rôle d’intermédiaire entre les « producteurs de savoir » et les commanditaires à qui il apporte un éclairage scientifique. On attend donc de l’expert qu’il maîtrise un savoir au plus haut niveau dans un domaine de compétence et qu’il le transmette en précisant s’il s’agit de faits établis et avec quelle marge d’incertitude, ou bien s’il s’agit d’hypothèses encore en débat ». (pp 16-17)

Est-ce le cas d’Etienne Vernaz, sur ce sujet du réchauffement climatique et dont le domaine initial d’expertise est bien éloigné du climat et des travaux du GIEC ? Il est permis d’en douter.

Comme l’analyse le blogue Le Sarment, d’où je tiens cette information, « cette contribution [d’Etienne Vernaz] assez claire à la défiance contre la Science « officielle » s’inscrit (probablement involontairement) dans le grand mouvement post-moderne de notre société, qui consiste à remettre en question toute vérité établie, communément admise. C’est ce même mouvement qui est à la fois la source et la dynamique de la déchristianisation, et ses effets n’épargnent aucune forme d’autorité établie. Il ne s’agit pas ici de dire que la science a raison dans tout ce qu’elle dit, mais de rappeler les effets désastreux d’une remise en question de principe, qui va alimenter une défiance qui n’est pas étrangère au fait que 16% des jeunes interrogés (16-24) pensent que la terre est plate — et donc que la Science leur ment. 

On aura noté au passage la nature de la phraséologie d’Etienne Vernaz : il s’agit de « questionner le narratif officiel » et de remettre en cause le consensus scientifique mondial (par exemple sur le réchauffement climatique), taxé « de propagande », donc de manipulation — donc de mensonge. En reprenant les codes sémantiques complotistes, Etienne Vernaz se place en position de nous donner des infos « sûres », « vraies », parce qu’elles sont à la fois « scientifiques et chrétiennes ».   

Or, face à un certain nombre d’inexactitudes et d’erreurs décelées dans le propos du conférencier et susceptibles de poser de graves questions, plusieurs scientifiques chrétiens(1) – notamment ceux du réseau de l’association chrétienne de protection de l’environnement A Rocha, ont choisi d’apporter une réponse courte et une réponse longue plus argumentée, coordonnée par Jean-François Mouhot, directeur d’A Rocha France. 

D’une manière générale, dénoncent-ils, « Etienne Vernaz mélange des choses vraies, des choses partiellement fausses et des choses entièrement erronées. Beaucoup des arguments utilisés par le conférencier sont en quelque sorte un “pot pourri” d’arguments utilisés depuis de nombreuses années par des climato-sceptiques, et qui ont déjà été réfutés maintes fois; beaucoup sont aussi tirés des réseaux sociaux où les infox  (fausses informations ou canulars) climato-sceptiques pullulent ».

Et contrairement à ce que laisse entendre le conférencier, soulignent-ils dans leur argumentaire, « il y a de nombreux chrétiens qui sont aussi scientifiques, y compris de nombreux climatologues comme Katharine Hayhoe, une évangélique américaineou l’un des premiers coprésidents de la COP, John Houghton, qui affichait clairement sa foi évangélique (le rapport du GIEC de 2021 lui est d’ailleurs dédié, comme le rappelle un article de Christianity Today).

Ces chrétiens, dont fait partie le collectif de scientifiques d’A Rocha, ne partagent pas du tout les opinions d’Etienne Vernaz : « Nous ne sommes pas athées et c’est justement parce que nous sommes chrétiens que nous travaillons à la sensibilisation au réchauffement climatique et au changement de nos modes de vie« , expliquent-ils, en précisant être « mobilisés par amour pour nos prochains de nos enfants et de nos petits enfants et de nous-mêmes ; et par obéissance et amour pour Dieu. De nombreux livres offrent des témoignages venant de scientifiques chrétiens contemporains sur le lien entre la science et leur foi, cf. par exemple J. Berry et al., Real Science, Real Faith (Monarch Books, 1991) ou encore D. Haarsma, Delight in Creation : Scientists Share Their Work with the Church (Center for Excellence in Preaching, 2012).

Ces témoignages révèlent une harmonie entre la pratique scientifique et celle d’une foi vivante. La science y apparaît comme un outil qui leur permet d’explorer le monde, de déceler les lois qui le gouvernent, et d’y reconnaître la puissance de la main créatrice de Dieu. Nous ne sommes donc point dans le conflit ou la confrontation, et encore moins dans une “pensée anti-Dieu”. Nous sommes au contraire dans le registre de l’harmonie et de la (re)connaissance.

Ce qui est problématique dans le discours d’Etienne Vernaz est précisément cette insistance sur l’opposition entre la science, synonyme de mal, et la volonté de Dieu. Cette vision clivante empêche toute réflexion plus profonde telle que celle prônée par l’historien et sociologue protestant Jacques Ellul [J. Ellul, Le bluff technologique, Fayard, 2012], qui a su mettre en évidence la nature ambivalente du progrès scientifique et la science : ni bonne, ni mauvaise, et encore moins neutre. Si les applications de la science se retournent contre le Créateur, c’est d’abord parce que nous vivons dans un monde déchu, et sommes sous la coupe du péché ».

Au final, l’opposition entre la science et la foi (ou la Bible) : faux débat ?

Oui, si l’on considère que la science moderne se pose la question du « Comment » (Comment dater l’apparition de l’univers ? Comment la vie s’est-elle développée sur la terre ?) et que la Bible s’intéresse à la question du « Pourquoi » (Pourquoi suis-je sur cette Terre ? Pourquoi le Bien et le Mal existent-ils ?)

« Aujourd’hui », conclut Jérôme Prekel sur Le Sarment, « on pourrait se demander si Jésus, Paul, ou Pierre feraient de conférences sur le créationnisme, sur l’âge de la terre ou sur le déluge … et si nous trouvons une tel espace pour ça dans notre culture chrétienne contemporaine, c’est parce que nous avons un vide à combler » ! 

Or, suivre et annoncer Jésus, c’est suivre et annoncer Celui qui est « Dieu sauveur » et « Dieu élargit », nous appelant « à sortir hors de » l’angoisse et de l’étroitesse, notamment celles de nos oppositions stériles et de nos postures identitaires restrictives, pour une expression moins caricaturale de nos témoignages à la gloire de Dieu.

PS : Pour ceux qui en « ont marre » de « la guerre entre créationnistes et évolutionnistes », et qui se demandent « comment se positionner », voir cette réponse sur 1001 questions. 

Note :

(1)Signataires de la réponse d’A Rocha : 

Professeur Antoine Bret, Université de Castille-La Mancha, auteur de 119 articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, fréquemment Professeur Invité à l’Université de Harvard, enseignant universitaire sur le thème énergie climat depuis 2004 et auteur d’un livre de cours sur le sujet (The Energy-Climate Continuum: Lessons from Basic Science and History, Springer 2014), et ambassadeur d’A Rocha.

Professeur Thierry Dudok de Wit, Université d’Orléans et International Space Science Institute (Berne), auteur de plus de 150 articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, dont 6 en lien avec le forçage radiatif solaire et son rôle dans le réchauffement climatique. Co-éditeur du livre Earth’s climate response to a changing Sun (EDP Sciences, 2015) et ambassadeur d’A Rocha.

Dr. Joël White, vice-président d’A Rocha France, maître de conférences à l’Université Toulouse III (EDB UT3-CNRS-IRD). Chercheur en écologie, auteur de 30 articles scientifiques dans des revues internationales à comité de lecture dont Nature Ecology & Evolution, Proceedings of the National Academy of Science USA, Proceedings of the Royal Society, etc. 

Rachel Calvert, Présidente d’A Rocha France, engagée depuis une vingtaine d’années dans un travail d’implantation d’Églises et d’accompagnement pastoral au sein d’une union d’Églises protestantes évangéliques ; diplômée en histoire (Université d’Oxford), Études bibliques et interculturelles (All Nations Christian College) et titulaire d’un master professionnel en missiologie et implantation d’Eglises (FLTE).

Dr. Jean-François Mouhot, directeur d’A Rocha France, ancien enseignant et chargé de recherche aux Universités de Georgetown, Birmingham et Lille, auteur de « Des Esclaves énergétiques », réflexions sur le changement climatique et co-éditeur de « Evangile et changement climatique » et de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture sur le changement climatique.

A l’exception d’une des signataires (qui signe en tant que présidente d’A Rocha), les auteurs de la mise au point sont universitaires et ont publié des articles et/ou ouvrages sur le réchauffement climatique et la crise écologique.

Voir aussi le thread, publié en août 2022 sur son compte twitter, par le physicien climatologue François-Marie Bréon, en réponse aux affirmations d’Etienne Vernaz.

En attendant les états généraux du droit à l’information, une « mission flash » sur l’éducation aux médias confiée à des députés RN et RE

Pour une éducation critique aux médias : oui, mais laquelle ?

En lisant la Croix de lundi 16/01/23, je découvre l’existence d’une « mission flash » sur l’éducation critique aux médias, lancée le 09 novembre 2022 par la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, et dont les co-rapporteurs sont Philippe Balard, député Rassemblement National (ex-Front National, le parti de Marine Le Pen) et Violette Spillebout, député « Renaissance » (ex-« En Marche » et « La République En Marche », le parti du Président Emmanuel Macron).

L’objet de cette mission flash est d’étudier les dispositifs d’éducation critique aux médias proposés aux Français et aux jeunes en particulier : comment développer l’esprit critique face aux médias traditionnels et sur les réseaux sociaux ? Comment cette politique publique contribue-t-elle à la formation de la jeunesse à la citoyenneté ? Pour répondre à de telles questions, les co-rapporteurs organisent des auditions à l’Assemblée nationale et en circonscription pour recenser les initiatives sur le sujet. Leurs conclusions alimenteront ainsi les fameux états généraux du droit à l’information, lesquels, d’abord annoncés en juillet « pour novembre » (2022) par la Ministre de la Culture Rima Abdul-Malak(1), devraient « bientôt » avoir lieu « au début de l’année 2023 ». Au coeur de ces Etats généraux, les enjeux de lutte contre la désinformation, de concentration des médias ou encore de la liberté de la presse.

Ceci dit, curieux choix de co-rapporteurs pour une telle « mission flash », quand on se souvient que le programme de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2022 n’évoquait presque pas la question des médias(2), prévoyant même une privatisation de l’audiovisuel public susceptible de déboucher sur une situation de concentration dans le secteur.

Quant à Emmanuel Macron, son programme de 2022 n’évoquait pas mieux la question des médias et de leur indépendance(3). Le candidat, réélu depuis, a certes évoqué le lancement d’États Généraux de l’information (que l’on attend encore) sans en préciser les objectifs concrets et son gouvernement a déclaré se satisfaire de la législation actuelle en matière de lutte contre la concentration des médias. Sa proposition de supprimer la contribution à l’audiovisuel public (CAP), la fameuse redevance télé (votée par le Parlement en juillet et appliquée en septembre 2022), qui rapportait 3,7 milliards d’euros à l’Etat, d’après le site service public – a même été perçue comme une menace pour l’indépendance de l’audiovisuel public.

Ce choix de l’Assemblée nationale d’un député du Rassemblement national (RN) au poste de co-rapporteur d’une « mission flash sur l’éducation critique aux médias », aux côtés d’une députée Renaissance, a même ému les syndicats de journalistes (SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes), comme nous pouvons le lire dans leur communiqué du 06 décembre 2022  : « Quel est donc le sens que souhaite donner la représentation nationale à l’éducation aux médias, en confiant le co-pilotage d’une mission d’étude à un membre d’un parti politique qui pratique le dénigrement et la défiance envers les médias régulièrement, et accorde du crédit à la diffusion des rumeurs, quand il n’en est pas lui-même le diffuseur ? » 

De fait, refusant de participer aux travaux de cette mission flash, les trois syndicats de journalistes suggèrent d’ailleurs au gouvernement de profiter des Etats généraux du droit à l’information (quand ils auront lieu !) pour réfléchir aux atteintes à la mission des journalistes.

C’est pourquoi il est vital de faire vivre l’écosystème des médias indépendants (4), non pas « d’opinion » ou véhiculant la vision du monde de tel magnat à la tête d’un empire médiatique, mais traitant sérieusement d’une information d’intérêt général pour contrer la saturation du débat public et proposer d’autres sujets que les obsessions identitaires et anti-immigrés.  Soutenir de tels médias indépendants qui reposent sur un modèle économique participatif, sans pub, sans subvention et sans actionnaires, c’est un outil de démocratie, et un bon moyen de s’informer et de débattre.

Réajustons-nous donc dans notre rapport avec la vérité et le réel, sachant que les faits résistent à l’interprétation, le réel résiste à l’imaginaire, et la loi résiste au désir. En tant que chrétiens, soyons de ceux qui aiment la vérité (2 Thes.2v10). Réapproprions-nous 1 Jean 1v8 et ss qui concerne le rapport à la vérité, et la façon dont nous pouvons nous replacer dans la justice de Dieu pour être en mesure d’être ces témoins « fidèles et véritables » dans ce monde.

Pour aller plus loin, une réflexion chrétienne sur les enjeux de l’information, et comment une éducation aux médias ainsi (mal) faite) peut être contre-productive et dangereuse ?

Notes :

(1) Ecouter à 0h23 min et 2h29mn13s au sujet des Etats généraux du droit à l’information

(2) Que propose Marine Le Pen pour les médias ? Aucune proposition sur la transparence de l’actionnariat des médias ; aucune garantie d’investissement dans la production d’une information de qualité ; aucune proposition pour établir une gouvernance démocratique des entreprises de médias.

(3) Que proposent les candidats pour les médias ?

(4) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2021/04/21/laction-du-mois-soutenir-des-medias-independants-sans-pub/

Un peuple libre est un peuple qui honore la justice (Deutéronome 1v9-18)

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

 « Je ne peux pas vous porter à moi tout seul [rappelle Moïse au peuple] : le SEIGNEUR votre Dieu vous a rendus nombreux, et voici que vous êtes aujourd’hui aussi nombreux que les étoiles du ciel. Que le SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, vous multiplie encore mille fois plus, et qu’il vous bénisse comme il vous l’a promis : comment, à moi tout seul, porterais-je vos rancœurs, vos réclamations et vos contestations ? Amenez ici, pour vos tribus, des hommes sages, intelligents et éprouvés ; je les mettrai à votre tête. » Et vous m’avez répondu : « Cette chose que tu nous dis de faire est bonne. » J’ai donc pris vos chefs de tribu, des hommes sages et éprouvés, et j’en ai fait vos chefs : des chefs de millier, de centaine, de cinquantaine, de dizaine, et des scribes, pour vos tribus. Alors j’ai donné des ordres à vos juges : « Vous entendrez les causes de vos frères, et vous trancherez avec justice les affaires de chacun avec son frère, ou avec l’émigré qu’il a chez lui. Vous n’aurez pas de partialité dans le jugement : entendez donc le petit comme le grand, n’ayez peur de personne, car le jugement appartient à Dieu. Si une affaire vous paraît trop difficile, soumettez-la-moi, et je l’entendrai. » Et alors, je vous ai donné des ordres sur tout ce que vous aviez à faire. (Deut.1v9-18)

« Un pays où les juges sortent dans la rue pour manifester est un pays où toutes les lignes ont été franchies ».

Ce pays est Israël au XXIe siècle et la personne qui tient ces propos connaît bien la question puisqu’il s’agit d’Ayala Procaccia, ancien juge de la cour suprême.

Ce dernier était présent parmi les 80 000 personnes rassemblées sur la place Habima, à Tel Aviv, samedi soir dernier, pour manifester contre le controversé projet de réforme de la justice voulu par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Un événement que vous avez peut-être « vu passer », à moins qu’il ne vous ait complètement échappé.

En effet, depuis son investiture il y a deux semaines, le gouvernement de coalition très marqué à (l’extrême-)droite de Netanyahou (il rassemble son parti, le Likoud, et ses alliés suprémacistes juifs et ultraorthodoxes) “s’est embarqué dans une série d’initiatives législatives”, note le Washington Post cité dans Courrier international(1). « Le camp au pouvoir parle de corriger des déséquilibres dans les trois branches du gouvernement »(sic). Mais, précise le quotidien américain, « les critiques disent que ces mesures s’apparentent à un coup d’État qui détruira le système de séparation des pouvoirs, sauvera Netanyahou de l’inculpation dans trois cas de corruption et encouragera ses partenaires extrémistes religieux à mettre en avant des législations soutenant l’expansion de colonies juives en Cisjordanie ».

La réforme comprend entre autres, indique le quotidien israélien Haaretz, autre source de Courrier international(1), l’introduction d’une clause « dérogatoire » permettant au Parlement, de passer outre une décision de la Cour suprême avec un vote à la majorité simple, et la modification du processus de nomination des juges, qui devront entre autres être désignés par des responsables politiques. D’où les manifestations pour dénoncer ce projet, car, en l’absence de Constitution, la Cour suprême, plus haute juridiction israélienne, fait office de garde-fou du pouvoir politique et se pose en garant des libertés individuelles. Son rôle est d’autant plus important lorsqu’un bloc politique détient une majorité nette au Parlement, comme c’est le cas à la suite des dernières élections(1).

A ce sujet, qu’en dit la Bible ?

Le premier chapitre du livre du Deutéronome, cité en en-tête de cet article, nous révèle que la première instruction, de ce qui peut être considéré comme le testament de Moïse, concerne l’instauration d’un système judiciaire.  La condition la plus importante d’une vie en société est que les différends puissent être réglés, non pas selon « la loi du plus fort », mais selon les critères de la justice.

Pour rendre une justice équitable, prévoit Moïse, ces juges doivent être « sages, intelligents et éprouvés (ou « connus ») cf le v15.

« Etre sage », c’est savoir que l’on ne sait pas et reconnaître lorsqu’une affaire est hors de sa compétence (à l’instar de Moïse lui-même en Nombres 27v5); c’est aussi ne pas se laisser guider par la passion et toujours rechercher l’intérêt général.

« Etre intelligent », c’est être capable de lire entre les lignes (d’un discours ou d’un événement).

« Etre éprouvé » (ou « connu »), c’est avoir bonne réputation auprès de ses proches et de ses voisins, témoigner de son intégrité et de sa fiabilité.

Autre exigence : Les juges ne doivent pas faire preuve « de partialité dans le jugement » (à l’instar de Dieu lui-même en Deutéronome 10v17. Comp. avec Jacques 2), entendant « le petit comme le grand » (cf Lévitique 19v15) et sans avoir « peur de personne, car le jugement appartient à Dieu ». Au moment de juger et à mille lieux du « juge inique » de la parabole des Evangiles, le juge doit avoir conscience qu’il se tient devant le Dieu de la justice. Et qui craint Dieu ne peut craindre autre chose.

Au final, nommer de tels juges est tout « ce qui reste à faire » au peuple (Deut.1v18).

La nomination des juges (voir aussi Exode 18v13-27), ainsi que des prêtres (Exode 29 et Lévitique 8) et des anciens (Nombres 11v16), correspond à une première séparation des pouvoirs entre le judiciaire, le religieux, et le politique. 

C’est ainsi qu’un peuple libre est un peuple qui honore la justice et dont les institutions reposent sur cette claire séparation (et distinction) des pouvoirs.

Pour Montesquieu « le bon régime » n’est pas nécessairement républicain ni monarchique, il est nécessairement modéré, c’est-à-dire qu’il est partagé, à la différence du tyran qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ce n’est pas un hasard si la démocratie au sens moderne du terme s’est d’abord développée dans les pays de tradition judéo-chrétienne(2).

Notes :

(1) Voir https://www.courrierinternational.com/article/israel-80-000-personnes-contre-la-reforme-de-la-justice-en-israel-un-pays-ou-meme-les-juges-manifestent et Israël: une réforme de la justice à venir qui bouscule l’équilibre des pouvoirs

(2) D’après La Bible. Le Pentateuque/1. Commentaire intégral verset par verset, par Antoine Nouis. Olivétan/Salvator, 2021, pp 527, 618-620.

Voir aussi :

10 livres : 10 actus

Quand « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre » (Source image : public domain pictures)

Connaissez-vous Books ? Le magazine qui éclaire l’actualité par les livres du monde entier.

Parce que ses fondateurs en sont convaincus : « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre ».

A son tour, Pep’s café! s’est prêté au jeu et s’est donné le défi de partir de 10 livres (récents ou non), la plupart reçus en « service presse » de la part d’éditeurs (BLF, Bibli’O, Scriptura) que je remercie, pour éclairer autant de sujets d’intérêt général qui nous trottent dans la tête. 

De là la liste suivante : 

S’engager pour la justice climatique : contributions protestantes (collectif, sous la direction de Jean-Philippe Barde et de Martin Kopp). Editions Scriptura, 2022

S’il aura fallu près de 50 ans pour que la crise écologique, dans ses nombreuses dimensions, soit reconnue comme un défi majeur pour nos sociétés, le réchauffement climatique se manifeste désormais comme une partie critique et un puissant révélateur de cette crise. Néanmoins, les milieux chrétiens connaissent-ils la notion de justice climatique ? Plusieurs contributions protestantes sur la question, réunies en un ouvrage bienvenu de la Commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France, paru chez Scriptura en octobre 2022, vient donc combler un manque. Partant d’un état des lieux scientifique, il offre des repères bibliques et théologiques pour aboutir à une présentation critique de l’action chrétienne en faveur du climat – un bien qui nous est commun –, aux niveaux collectif, politique et personnel. 

Jean-Philippe Barde est membre du « Réseau Bible et création » de l’Église protestante Unie de France, de la commission « Écologie et Justice climatique » de la FPF ; Martin Kopp est théologien écologique, docteur de l’Université de Strasbourg. Préface de François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France.

5 sujets de prière pour vos enfants, de Melissa Kruger. Editions Scriptura, octobre 2022 

Un petit livre inspirant et encourageant pour les parents, surtout quand la responsabilité d’élever des enfants peut souvent paraître écrasante, et qu’il est parfois dur de savoir par où commencer quand il s’agit de prier pour eux ! 

L’atout de ce livre est qu’il est rempli de sujets de prière pour des enfants de tout âge, issus directement de la Bible.  C’est ainsi que nos prières sont puissantes et peuvent vraiment changer les choses, lorsque nous prions en accord avec les priorités de Dieu trouvées dans sa Parole. Le livre débute par : « je prie pour que », non pas pour que « moi, parent » ou « pour que mon enfant », mais « pour que Dieu sauve mon enfant ».

[Voir aussi : Parents centrés sur l’Evangile : devenir une famille selon le coeur de Dieu, de Tim Chester et Ed Moll, paru chez BLF en 2022, et chroniqué sur Pep’s café!]

Joyeux Noël…simple formule ou message d’espérance ?, de Stéphanie Pillonca, Sébastien Doane, et Elaine Sansoucy. Editions Bibli’O, 2022

Une grande question existentielle abordée « tout en nuances » dans un petit livre qui déploie une lecture plurielle et inaugure une nouvelle collection éponyme des éditions Bibli’O parue en octobre 2022. « Tout en nuances », 3 regards se croisent, 3 voix se font entendre pour explorer la fécondité des textes anciens : un bibliste, une réalisatrice et une infirmière évoque la joie d’une naissance au cœur de notre monde. Chacun des auteurs nous fait tour à tour partir à la rencontre du texte biblique, de pistes d’actualisation et d’un cheminement où l’art cinématographique se met au service des autres.  Ainsi, avec « Joyeux Noël…? », qui nous rappelle dans quelles circonstances Jésus est venu au monde [ayant failli naître dehors, il se trouve menacé de mort à sa naissance et devient le plus jeune réfugié de l’histoire…], c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles. A découvrir absolument en cette période de fête et au-delà !

[Voir aussi : « Noël : peut-on vraiment y croire ? » Par l’apologète Rebecca Mac Laughlin, par ailleurs auteure de « 12 raisons de ne plus croire au christianisme et pourquoi y croire encore » : ce dernier livre, paru en français chez BLF éditions en 2022, a aussi reçu le prix de « meilleur livre de l’année » 2020 de la part de Christianity Today)

Vivre pour Jésus : les fondements de la vie chrétienne, de Raphaël Charrier. BLF éditions, 2022

Parce que les Eglises ne savent pas accompagner les personnes qui viennent de se convertir, et parce que l’expérience montre que la catéchèse, ou l’enseignement didactique dans nos églises, n’aboutissent pas forcément à la formation de disciples de Jésus, ce livre a une ambition, de l’aveu de son auteur « être le premier (livre) que l’on recommanderait à un nouveau chrétien. Ce ne sera probablement pas le meilleur, mais celui qui lui permettra d’avoir une vision d’ensemble de ce qu’est la vie d’un disciple de Jésus-Christ, et de ce qu’elle implique ». Soit : « devenir un disciple (« vivre pour Jésus »), s’entraîner comme un disciple (« avec Jésus ») et se battre comme un disciple » (« pour Jésus », avec sa force). Un livre à lire et à (s’)offrir dans la foulée du week-end « discipleshift », sur la transition ecclesiologique, qui a eu lieu à Paris fin Novembre dernier.

La communion qui vient : carnets politiques d’une jeunesse catholique, de Paul Colrat, Foucauld Giuliani et Anne Waeles. Seuil, 2021. 

« Tous les cinq ans, lors des élections présidentielles, on débat en France de savoir quel candidat sera le plus apte à jouer le rôle de sauveur de la nation. Lorsqu’une crise se déclare, c’est un messie qu’on réclame. Contre la quête d’une idole, Jésus, Sauveur né il y a deux mille ans, exerce son règne sans pouvoir et sans violence. Par sa mort sur la Croix, il met à nu l’injustice du monde. Par sa sainteté et sa résurrection, il nous ouvre dès maintenant à la vie divine, vie qui se donne dans l’histoire quand l’amour réalise la justice, vie de communion.  L’enjeu de ces Carnets est d’explorer la puissance politique de cette communion qui vient à nous par trois chemins. En nous ouvrant à l’éternité, elle déconstruit l’apologie d’époques anciennes et la confiance irrationnelle dans le progrès. En appelant le maître à se faire serviteur, elle désacralise les pouvoirs économique et politique. Enfin, elle destitue les logiques identitaires, inscrivant l’altérité au cœur de la réalité divine et nous invitant à la pratique de la charité, c’est-à-dire au don joyeux de soi ». Fruit de la collaboration de trois auteurs qui disent « ne représenter personne », se présentant comme « des paroissiens ordinaires, trentenaires, et enseignent la philosophie. Tous trois sont ou ont été membres actifs du Dorothy et du Simone, cafés associatifs à Lyon et à Paris, qui ont pour ambition d’expérimenter collectivement l’Évangile dans la vie laïque ». Exigeant, mais « dans le même temps » plaisant, rafraichissant et joyeux, « La communion qui vient » est un très beau livre philosophico-théologique, particulièrement bienvenu et absolument à découvrir. Saturé de l’Ecriture Sainte, il est susceptible de parler à tout chrétien au-delà du catholicisme, comme à toute personne au coeur « loyal, honnête et bon » (Luc 8v15). 

 [Voir aussi : « Dans l’ombre de Dieu : la politique et la Bible », de Michaël Walzer. Bayard, 2016. Ou comment répondre aux questions suivantes : « peut-on fonder une théorie politique à partir de la Bible ? Un Etat peut-il être théocratique ? Quelles sont les idées politiques défendues dans la Bible hébraïque ? Ont-elles inspiré notre conception moderne du droit et de la politique ? Le philosophe américain Michael Walzer présente, dans cet ouvrage que j’espère lire prochainement, les différentes conceptions de la loi, du gouvernement, du pouvoir royal, des institutions politiques, telles qu’elles apparaissent dans les différents textes de l’Ancien Testament. Peut-être la meilleure analyse des racines bibliques de notre monde politique et de nos conceptions du droit, du pouvoir et de la justice, si l’on en croit les spécialistes]

De l’humiliation : le nouveau poison de notre société, d’Olivier Abel. Editions Les Liens qui libèrent, 2022. 

 « ….Nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation », constate Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier.  Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ?  Une interrogation pressante qui lui inspire “De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”. Dans cet ouvrage paru le 16 février 2022 aux éditions Les liens qui libèrent, Olivier Abel observe la dimension politique et sociale de l’humiliation : nous aurions d’un côté un discours humiliant, qui nous traite comme des “homo economicus”, avec l’injonction « consomme ! ». Et de l’autre des manipulations, de la peur ressentie par la population française. Pep’s café a consacré un article sur le sujet.

Il n’y a pas de Ajar : monologue contre l’identité, de Delphine Horvilleur. Grasset, 2022. 

« L’étau des obsessions identitaires, des tribalismes d’exclusion et des compétitions victimaires se resserre autour de nous. Il est vissé chaque jour par tous ceux qui défendent l’idée d’un «  purement soi  », et d’une affiliation «  authentique  » à la nation, l’ethnie ou la religion. Nous étouffons et pourtant, depuis des années, un homme détient, d’après l’auteure, une clé d’émancipation  : Emile Ajar.  Cet homme n’existe pas… Il est une entourloupe littéraire, le nom que Romain Gary utilisait pour démontrer qu’on n’est pas que ce que l’on dit qu’on est, qu’il existe toujours une possibilité de se réinventer par la force de la fiction et la possibilité qu’offre le texte de se glisser dans la peau d’un autre. J’ai imaginé à partir de lui un monologue contre l’identité, un seul-en-scène qui s’en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment ». 

Par l’auteure, par ailleurs Rabbine, de « vivre avec nos morts », que l’on peut également voir dans « Reste un peu », le dernier film de Gad Elmaleh. 

La Servante écarlate, de Margaret Atwood. Robert Laffont, 2017 (Pavillons poche). Roman de science-fiction dystopique publié en 1985 et où l’action est située aux Etats-Unis, devenus république théocratique de Galaad (Gilead) à la fin du XXe siècle. Afin de contrer la stérilité consécutive à des catastrophes nucléaires, écologiques et au sida, la pratique des mères porteuses est institutionnalisée et les conséquences en sont tirées jusqu’à l’extrême du cauchemar. Réflexion sur le récit comme moyen de maîtriser son destin à travers le texte et sur son identité. Le caractère hallucinant du roman est renforcée par le fait que chacune des horreurs décrites s’est déjà produite effectivement. Adapté au cinéma sous le même titre par Volker Schlöndorff en 1990, en opéra (par Poul Ruders), en ballet (par le Ballet royal de Winnipeg, en 2013), ainsi que dans d’autres formes artistiques, et a fait l’objet d’une série télévisée (The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate) depuis 2017.

Aller simple, d’Erri de Luca. Gallimard, 2012 (Du monde entier). Pour ne pas oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ». « Aller simple » (Solo andata ), c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes d’Erri de Luca, sorti en avril 2005 chez Feltrinelli et ayant fait l’objet d’une édition bilingue chez Gallimard(du monde entier) en 2012 (également en poche), qui garde toute son actualité. Nous le disions déjà sur ce blogue en 2013. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui et ce sera toujours vrai demain. 

[Voir aussi : Les 40 jours du Musa Dagh, de Franz Werfel : un grand roman sur le génocide arménien.]

Le Très bas, de Christian Bobin. Gallimard, 1992. Un roman de cet écrivain et poète si singulier, mort à 71 ans d’un cancer fulgurant, le 23/11/22. Publié le 9 septembre 1992 aux éditions Gallimard, et ayant reçu le Prix des Deux Magots et le Grand Prix Catholique de Littérature l’année suivante, il s’agit d’un texte poétique en prose au sujet de François d’Assise, de sa vie et surtout de sa vision de Dieu et de l’Amour. Ainsi « le Très Bas », le Dieu des enfants, le Dieu de l’amour, celui de François d’Assise, est posé en opposition avec « le Très Haut » de la religion, à l’image sévère. 

[A lire aussi, La Place, d’Annie Ernaux, qui a reçu le prix Nobel de littérature le 10/12/22]

Comment (mieux) prier et prophétiser sans se laisser dicter un agenda

Le risque est alors de se laisser entraîner par le diable dans son cortège médiatique, lequel souhaiter capter toute notre attention(cf Eph.2v1-5), alors que nous devrions sans cesse rappeler ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal (Source image : public domain pictures)

Dans son dernier essai, « Les Émotions contre la démocratie » (Éditions Parallèle, octobre 2022), la sociologue Eva Illouz s’attaque à la matrice émotionnelle du populisme. L’occasion d’identifier quatre affects sur lesquels s’appuient des leaders populistes actuels pour nourrir leur propagande et asseoir leur légitimité : le ressentiment, la peur, le dégoût et l’amour de la patrie

Un passionnant entretien à lire sur le site de Usbek & Rica, « le média qui explore le futur ».

De même que nos émotions peuvent être instrumentalisées, notre prière peut rester collée à notre âme, peinant à s’élever vers Dieu, si nous prions uniquement selon nos émotions, nos désirs ou nos pensées. 

En effet, ce que nous demandons à Dieu vient la plupart du temps de notre âme : nous lui soumettons notre désir le plus cher, les soucis qui nous pèsent, nos questionnements, nos inquiétudes pour nos proches… Il arrive aussi régulièrement que nous calions notre intercession sur le journal de 20h : les gros titres de l’actualité deviennent la liste de nos prières, pour l’Ukraine, pour les migrants échoués en bord de Méditerranée, pour les élections au Brésil [ou aux Etats-Unis], la politique intérieure, etc.

A lire, une édifiante note de blogue de la Pasteure Caroline Bretones, nous expliquant ce qui se passe lorsque nous faisons taire notre âme et que nous faisons de la place à l’Esprit – notre esprit et le Saint Esprit – de sorte que notre prière soit guidée sur le modèle de celle faite par Jésus à un moment critique de sa vie : « Non pas ce que je veux mais ce que tu veux ». 

Il est enfin permis de s’étonner de voir à quel point les chrétiens d’aujourd’hui sont tributaires des évènements « du moment » pour tenter de dégager la perspective divine ou décrypter la prophétie biblique.

Un message donné à Paris en avril 2019 par Eliane Colard († juillet 2020), et publié le 08/11/22 sur le blogue « Le Sarment », contient des éléments importants pour la compréhension du prophétique.  Il y est question « des temps de la fin, de ce qu’ils annoncent, des signes qui les annoncent, puis dans un deuxième temps du positionnement de l’Église face à ces signes et à leurs avertissements. La fin des temps est évoquée dans la Bible non pas principalement pour parler catastrophes, mais pour parler avant tout d’un merveilleux évènement : le retour de Jésus-Christ qui viendra mettre un terme au temps présent et inaugurer un autre ». 

De là cet avertissement et cette exhortation de « rester sur la fréquence du Seigneur pour ne pas devenir des chrétiens-thermomètres bougeant avec la température extérieure du monde », à la merci du « prophétisme de circonstance », sous peine d’être « condamnés à avoir toujours un train de retard pour ce qui est de la perspective spirituelle. En Jérémie 10, Dieu dit ceci (français courant) : « Ne vous mettez pas à l’école des Païens » Il s’agissait là de ne pas interpréter les signes à leur manière car leurs repères sont illusoires. Mais Dieu avait aussi dit la même chose au travers d’Ésaïe (Chapitre 8/11) : « Le Seigneur me saisit et m’avertit de ne pas marcher dans la voie de ce peuple. Voici ce qu’il me déclara : n’appelez pas « conjuration » (complot, conspiration) tout ce que ce peuple appelle conjuration; ne craignez pas ce qu’il craint et ne soyez pas effrayés » (…) La suite du verset indique que si nous craignons ce que le monde craint, alors cela signifie que nous sommes sous le même règne, le même gouvernement. Or (…)le Seigneur nous demande de marcher à contre-courant du monde et non pas en nous conformant à ce qu’il dit et fait pour finir par craindre ce qu’il craint. 

Le risque est alors de se laisser entraîner par le diable dans son cortège médiatique, lequel souhaiter capter toute notre attention(cf Eph.2v1-5), alors que nous devrions sans cesse rappeler ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal. En effet, Christ « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15).  C’est ainsi que nous sommes exhortés à différer nos attentes de spectacles qui ne sont que distractions et diversions, et à cesser de servir de caisse de résonance à tous les tapages médiatiques, pour mieux nous exercer à regarder dans la bonne direction.  A la suite de Notre Seigneur Jésus-Christ, plutôt que d’être à la suite de ceux qui veulent nous imposer leur agenda, nous serons alors en mesure de porter une authentique voix prophétique pour le monde.

De là une meilleure compréhension de la nature du combat qui est le nôtre et quant à l’identité « de l’adversaire à vaincre », lequel « n’est jamais pour un camp humain contre un autre camp humain », « une religion contre une autre », ou « un parti politique contre un autre ».

« Read it (again) » : « Aller simple », d’Erri de Luca

Un recueil de poèmes d’Erri de Luca, pour ne pas oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple »

« La petite phrase », prononcée dans l’hémicycle le 03 novembre 2022 par le député RN (ex FN) Grégoire de Fournas, et (quasi) unanimement condamnée, pourrait presque nous faire oublier le fond du problème abordé ce jour-là par le député La France insoumise (LFI) Carlos Martens Bilongo. Celui-ci, en effet, interrogeait le gouvernement sur une requête de l’ONG SOS Méditerranée, qui demande l’aide de Paris afin de trouver un port d’accueil pour 234 migrants secourus en mer. C’est alors que le député Grégoire de Fournas a interrompu son collègue en criant “qu’il(s) retourne (ent) en Afrique !”. Le compte-rendu de la séance publié sur le site de l’Assemblée nationale transcrit le commentaire au singulier, “qu’il retourne en Afrique !”(1). Ce coup d’éclat a provoqué un tollé et la colère des députés a été amplifiée par le fait qu’on ne savait pas clairement si la phrase ciblait M. Bilongo lui-même, les migrants évoqués dans son intervention, ou le navire qui les a recueillis. 

Croyant bien faire pour défendre le député issu de son parti, Marine Le Pen a rapidement publié sur Twitter un message affirmant qu’il parlait “évidemment” (sic) des migrants transportés en bateaux par les ONG, espérant balayer une polémique qu’elle qualifie de “grossière”, et croyant savoir qu’elle “ne trompera pas les Français”.

Un événement tristement médiatisé, qui nous ferait oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ». 

« Aller simple » (Solo andata ), c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes d’Erri de Luca, sorti en avril 2005 chez Feltrinelli et ayant fait l’objet d’une édition bilingue chez Gallimard(du monde entier) en 2012 (également en poche), qui garde toute son actualité. Nous le disions déjà sur ce  blogue en 2013. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui et ce sera toujours vrai demain. 

« Aller Simple, des lignes qui vont trop souvent à la ligne , marquées par le point final, le point fatal quelque part entre les deux rives méditerranéennes, cette grande bleue qui sépare le Sud, sa misère, ses tragédies, d’un Nord porteur de rêve, d’opulence et de liberté ».

Des chants homériques modernes à plusieurs voix :   

– celles des « invisibles » anonymes réduits à des statistiques ou à une idée-force(ou un prétexte) d’un programme politique. 

– celles des errants et des perpétuels voyageurs en quête d’un doux rivage. Des chants homériques modernes à plusieurs voix, qui narrent et donnent à entendre(si on veut bien s’éloigner de tous les bruits médiatiques et démagogiques) leur odyssée infernale, à pied, de l’Afrique(« hauts plateaux incendiés par les guerres et non par le soleil ») vers l’Europe, à travers les déserts et les rivages de la Libye, puis sur des embarcations précaires vers l’île de Lampedusa, au sud de la Sicile. Des chants tragiques et funèbres, qui font entendre la voix de ceux partis pour un « aller simple » et marqués par l’errance, le déracinement, le désespoir (et l’espoir), l’exploitation, les menaces et la mort(au bout du chemin). 

Le même jour de la parution du recueil en italien, en 2005, les ministres européens de l’Intérieur traitaient à Luxembourg de la coopération en matière migratoire avec la Libye. Ils ont parlé de patrouilles maritimes communes, de vedettes rapides, de sauvetage en mer, de formation policière, de documents falsifiés, de droit d’asile et de rapatriement. Ils se sont divisés sur le respect des droits de l’homme en regard des politiques de rapatriement. Leurs conclusions sont publiques.  

A l’approche de noël, c’est aussi l’occasion de se rappeler que Jésus, à sa naissance, a été le plus jeune réfugié du monde. Et qu’à l’occasion de sa naissance, lire « Joyeux Noël : simple formule ou message d’espérance », un ouvrage collectif édité par Bibli’O, nous fait prendre conscience que « c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles.» Parcourir ces pages, « c’est faire une expérience bouleversante au contact des récits bibliques de Noël », au-delà d’une simple formule….ou d’une « petite phrase » prononcée dans l’hémicycle.

Notes :

(1) Extrait du compte rendu de séance de l’Assemblée Nationale [voir tout en bas de la page] : 

M. Carlos Martens Bilongo. 

Depuis onze jours, les 234 rescapés secourus par l’ Ocean Viking sont bloqués sur le pont du bateau. Depuis onze jours, ils attendent de pouvoir débarquer dans un port sûr. À ces rescapés s’ajoutent les 79 personnes secourues à bord du Humanity 1 de l’ONG allemande SOS Humanity, ainsi que les 572 personnes secourues à bord du Geo Barents de l’ONG Médecins sans frontières, soit un total de 952 personnes rescapées. 

M. Grégoire de Fournas. Ce sont des passeurs ! 

M. Carlos Martens Bilongo. 

J’aimerais dire à la collègue du Rassemblement national qui, du haut du perchoir de l’Assemblée nationale, croit pouvoir organiser les opérations de sauvetage en Méditerranée, avec la plus grande désinvolture et sans autre mérite que d’être née dans un pays en paix : ne vous en déplaise, leurs vies comptent ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également.) L’ Ocean Viking a adressé aujourd’hui sa septième demande d’assistance aux autorités maritimes italiennes. L’île de Malte, tout aussi proche, n’a tout simplement pas répondu aux trois demandes qui lui ont été adressées. Le blocage de ces personnes est une violation grave du droit de la mer. L’évaluation du statut et de la nationalité des personnes secourues ne doit pas retarder le débarquement des survivants. (Mêmes mouvements.) Je ne peux que partager l’inquiétude de ces migrants, à l’heure où la nouvelle première ministre italienne s’est engagée à bloquer l’arrivée des immigrants en provenance d’Afrique. Quelle sera l’action du gouvernement français sur le sujet ? Quelle forme la coopération avec l’Italie prendra-t-elle ? Allez-vous vous saisir, avec les autres pays européens, de la question de la répartition des migrants ? Malte ne répond plus aux demandes de coordination de sauvetage. Les personnes secourues se trouvent dans une situation d’urgence absolue et les prévisions météo indiquent une détérioration significative du climat… 

M. Grégoire de Fournas.

Qu’il retourne en Afrique ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, ÉCOLO-NUPES et GDR-NUPES, puis sur les bancs des groupes RE, DEM, HOR et LIOT)

Voir aussi : https://www.courrierinternational.com/video/vu-de-l-etranger-en-france-les-infames-propos-racistes-d-un-depute-rn-sement-la-zizanie-a-l-assemblee et https://www.francetvinfo.fr/politique/parlement-francais/assemblee-nationale/qu-il-s-retourne-nt-en-afrique-que-s-est-il-vraiment-dit-lors-des-echanges-a-l-assemblee-impliquant-le-depute-rn-gregoire-de-fournas_5457319.html 

De l’évitement délibéré des informations

« On t’a fait connaître », ô média, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Que fait le lévite, dans la parabole du « Bon Samaritain », lorsqu’il voit l’homme attaqué par des voleurs, à demi-mort sur la route ? Il l’évite.

De même, parce que « jugées trop répétitives, pléthoriques, anxiogènes ou non fiables, les informations sont volontairement esquivées par une part croissante de la population ». C’est ce que relève le rapport 2022 du Reuters Institute for the Study of Journalism, sur la consommation de l’information dans le monde, rendu public, le 15 juin 2022. Cette enquête de référence, réalisée à la fin du mois de janvier 2022 dans quarante-six pays, dresse un panorama du rapport à l’information et aux médias. Y figurent également cette année des recherches menées au mois d’avril sur la réception de l’information dans le contexte de guerre en Ukraine. Voici, à découvrir dans la Revue des médias, cinq points clés à retenir de cette étude.

Extraits :

1. Face à l’actualité anxiogène, les publics évitent de plus en plus l’information

C’est le principal constat du rapport. Si le contexte rend plus nécessaire que jamais de disposer d’informations fiables et vérifiées, l’évitement des publics vis-à-vis des médias n’a jamais été aussi haut. 

Les raisons ? Trop de sujets répétitifs sur des thèmes que les journalistes considèrent essentiels, comme la politique ou la pandémie de Covid-19 (43 % des répondants), l’effet négatif que les informations ont sur l’humeur (36 %), l’impression d’être submergé par des flots d’actualités (29 %), la certitude que les médias ne sont pas dignes de confiance (29 %), la crainte de créer des disputes (17 %), le sentiment d’impuissance face à des nouvelles déprimantes (16 %) ou encore la difficulté — surtout pour les jeunes — à se saisir des enjeux de l’actualité (8 %).

La plupart du temps, ces derniers accèdent à l’information de façon fragmentée, en assistant à des discussions dans le cercle proche et en se rendant sur leurs réseaux sociaux. Ce qui ne leur permet pas de bénéficier du contexte systématiquement posé dans la narration linéaire des articles de presse. D’où l’intérêt pour les médias d’explorer de nouveaux moyens de toucher leur audience : via des formats vidéos explicatifs ou des sessions questions-réponses sur les réseaux sociaux, suggère le rapport.

2. La confiance est à nouveau en baisse

Après un rebond positif l’année dernière, la confiance a baissé dans 21 des 46 pays étudiés par le rapport. Les États-Unis possèdent le taux de confiance le plus faible (26 %) de l’enquête. La France se classe quant à elle 41e, avec un taux de confiance à 29 % qui bénéficie majoritairement à la presse quotidienne régionale et à France Télévisions

Les pays où la confiance baisse sont aussi ceux où l’on constate les taux les plus élevés d’évitement sélectif des informations.

L’indifférence et l’idée que les médias seraient sous influence politique sont deux des principales raisons de cette défiance. Le niveau global de confiance reste cependant plus élevé qu’avant la pandémie, qui a par ailleurs renforcé pour de nombreuses personnes le besoin de disposer de médias fiables

Malgré une confiance globale en baisse, le public souligne la capacité des médias à informer sur le conflit russo-ukrainien. Près de la moitié ou plus des sondés dans les cinq pays interrogés à ce sujet estiment que les médias ont effectué un bon travail. Un point faible ? L’absence d’une contextualisation plus large sur les tenants et aboutissants du conflit.

3. Chez les jeunes, les réseaux sociaux détrônent la presse en ligne

Les réseaux sociaux sont désormais la source principale d’informations des jeunes (39%), juste devant la presse en ligne (34%). Chez les 18-24 ans, l’usage de Twitter à titre informationnel est en déclin cette année. De son côté, Facebook stagne, pour la première fois dépassé par Instagram, en croissance régulière depuis cinq ans. TikTok connaît quant à lui un boom : son utilisation dans une démarche d’information a été multipliée par cinq en  seulement trois ans, passant de 3% en 2019 à 15% en 2022.

Mais tous les jeunes ne s’informent pas exclusivement via TikTok. Sur des sujets graves, ils continuent de se tourner vers des médias traditionnels comme la télévision ou la presse en ligne pour leur ton sérieux et impartial. Et si le fait de « regarder » l’information plutôt que de la lire est considéré comme plus facile (42 %), 58 % des moins de 35 ans préfèrent encore lire des infos plutôt que de les regarder en vidéo. 

4. Bilan en demi-teinte pour les abonnements, dons et systèmes de membership

Ces dernières années, les éditeurs ont mis un point d’honneur à convaincre leurs audiences de payer pour du contenu journalistique. Le bilan 2022 est globalement positif pour les pays les plus riches. En Norvège, 41 % de la population a payé pour accéder aux contenus de médias en ligne cette année, dont plus de la moitié pour des titres locaux ou régionaux. Aux États-Unis, ce taux descend à 19 %, avec des abonnements majoritairement souscris auprès du New York Times, du Washington Post et du Wall Street Journal. En France, ce taux est de 11 %.

L’âge moyen de ceux qui paient pour consommer de l’information étant de 47 ans, le prochain défi sera de convaincre les plus jeunes de payer. Ayant grandi avec une majorité de ressources en ligne accessibles librement, ceux-ci restent nombreux à considérer que l’information devrait être gratuite.

Le public s’abonne la plupart du temps à un seul et unique média. Seuls les Américains et les Australiens se montrent plus enclins à payer pour plusieurs publications. Les deuxièmes choix se portent pour la plupart sur des magazines politiques et culturels, comme The Atlantic ou The New Yorker, ou sur des titres liés au sport. 

5. Le public ne paie pas encore pour lire des newsletters

Les newsletters informatives restent plébiscitées par les publics les plus âgés et les plus éduqués, malgré une légère baisse cette année en raison de la concurrence des réseaux sociaux et des notifications « push » sur les téléphones portables. 17 % de la population interrogée lit chaque semaine au moins une newsletter d’informations. Ce taux grimpe jusqu’à 24 % en Autriche, 23 % en Belgique et 22 % aux États-Unis et au Portugal. En France, il est de 16 %.

Les newsletters qui s’en sortent le mieux sont celles qui offrent des contenus pratiques et/ou spécialisés avec des points de vue uniques, le tout agrémenté de touches personnelles venant du journaliste lui-même. C’est le cas du « Weekly Dish » du journaliste américain Andrew Sullivan sur Substack, des newsletters locales du groupe Axios, du « Morning Briefing » du New York Times et des formats type « 5 infos à retenir aujourd’hui » expérimentés par la BBC et CNN.  

Lire l’analyse complète sur le site de la Revue des médias.

Vous l’avez sans doute vu passer : ce témoignage d’une « plume invitée » intitulé « Quand changer de régime devient une nécessité face à l’infobésité ».

En bref : sorcières et sorcellerie

Dans le « Géo Ado » [un magazine pour les 10-15 ans] du mois d’octobre, une enquête intitulée « le retour des sorcières » : L’angle du sujet est « la sorcière comme symbole féministe », sans oublier « le phénomène des sorcières influenceuses sur TikTok »…

Dans l’accroche du dossier, le journaliste chargé de l’enquête commence par visionner quelques vidéos de « sorcières » et confie que « son esprit sceptique est en ébullition : avec leurs rituels, leurs pierres et leurs potions, elles proposent une vision du monde franchement irrationnelle ». Du coup, il n’a qu’une envie : « débunker tout ça ! » Mais le soir, il se voit taclé par sa compagne : « tu devrais essayer d’avoir l’esprit un peu plus ouvert, y a pas que la raison dans la vie. Le rêve, c’est important aussi. Et surtout, la sorcière, c’est l’image de la femme qui ne se soumet pas aux hommes. D’ailleurs…vous auriez peut-être mieux fait de confier l’enquête à une fille ! » (op. cit., p15)

« Du coup, du coup, du coup », je pense à une autre vidéo sur le sujet, celle (plus haut) de la chaîne du ministère Liberer.fr.

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Le buzz évangélique du mois : Dieu… « au contrôle » de CNews ?

Au-delà du « buzz évangélique », il s’agit ici de dépasser « l’anecdotique » pour privilégier une réflexion et une méditation biblique sur ce qu’est être « « bienheureux » et « joyeux », et sur ce que signifie « bénir » et être « un témoin fidèle et véritable ».

Cela vous a peut-être échappé : La vidéo a été tournée le dimanche 27 mars 2022, diffusée sur YouTube le 3 avril 2022, mais n’a fait le buzz qu’à la faveur d’un tweet daté du 2 juillet 2022, devenu viral, de Joao Gabriel, doctorant guadeloupéen en Histoire à l’université John-Hopkins de Baltimore, aux États-Unis. Cette vidéo, c’est celle de la journaliste Christine Kelly, ex-membre du CSA (2009-2015) et animatrice, depuis 2019, de l’émission « Face à l’info », sur CNews, invitée, aux côtés de Samuel Pruvot de Famille chrétienne, à venir sur la scène de l’église évangélique MLK de Créteil pour évoquer « ce que les candidats à la présidentielle pensent de Jésus ». Face à une salle comble, elle explique au pasteur Ivan Carluer, qu’elle est venue « pour témoigner de la puissance de Dieu » et à quel point sa foi guide au quotidien son travail.

Pour décrypter cette séquence, Arrêt sur image a invité en plateau le pasteur Ivan Carluer et Linda Caille, journaliste, spécialiste des questions religieuses. En visio, Joao Gabriel, doctorant cité plus haut et Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, directeur d’études à l’EPHE.

« Alleluia » ? Gloire à Dieu » ? Pas si vite ! Personnellement, j’ai trouvé cette prestation particulièrement gênante.

Comprenons-nous bien : le problème n’est pas le fait, pour « un professionnel », de témoigner publiquement (à l’église ou ailleurs) de sa foi dans son travail ou de lui donner un sens spirituel.

Le problème est qu’il ne s’agit pas de n’importe quel travail, de n’importe quelle émission et de n’importe quelle chaîne.

Comme souligné en introduction, Christine Kelly est en effet présentatrice de l’émission controversée « Face à l’info », diffusée sur la non moins controversée chaîne CNews(1) – que je ne regarde pas, qui s’est faite porte-voix, entre autres, du racisme le plus décomplexé – avec à ses côtés, le polémiste Éric Zemmour(2) avant qu’il ne devienne candidat d’extrême droite d’inspiration maurassienne à l’élection présidentielle.

Celle qui a toujours nié sa responsabilité dans la condamnation d’Éric Zemmour pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs isolés étrangers, raconte à l’assistance qu’elle a « laissé (Dieu) piloter envers et contre tous, envers les insultes et les menaces. Et je me dis, si tu m’envoies là, c’est que tu as une mission, je ne sais pas laquelle, mais je vais la faire. »

Une mission pas si simple à assumer puisque la présentatrice qui était sous contrat avec Cyril Hanouna au moment où on lui a proposé le poste raconte avoir été ostracisée par ses proches pour avoir accepté d’aller sur CNews. Mais cela ne l’empêche pas de voir le fait de Dieu dans les succès d’audience de l’émission, et dans l’ascension politique d’Éric Zemmour une sorte de projet cautionné par Dieu. « Une chose est sûre, c’est que quand il est arrivé dans cette émission c’était l’homme le plus détesté de France et après il a pu être candidat à la présidentielle. » [Ledit candidat par ailleurs battu au premier tour de la présidentielle avec 7,7 % des voix et battu au premier tour des législatives, avec 0 élus pour son parti]

Dieu, « au contrôle de CNews » ? Mais l’on comprend mal comment Celui qui se déclare comme « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), voudrait d’une telle émission où Christine Kelly a continué à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour en roue libre, alors que celui-ci a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et injure raciale, notamment pour ses propos à l’égard des mineurs isolés étrangers tenus sur son plateau et mollement modérés par l’animatrice.

Sans oublier les propos tenus par le polémiste, en toute fin d’émission, le 23/10/19 : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français« . Propos tenus en direct, non relevés, ni modérés par l’animatrice Christine Kelly qui s’est contentée d’une conclusion laconique : « Merci messieurs. Vous êtes partis sur un accord, vous finissez sur un désaccord« , avant d’annoncer la suite du programme sur CNews(3).

Ce qui est étonnant de la part d’une ex-membre du CSA, qui a pourtant su s’adresser avec assurance devant l’assemblée de MLK….

On le comprend d’autant plus mal que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament.

Arrêt sur image a d’ailleurs et notamment demandé pourquoi lors de cette séquence sur scène le pasteur hôte Ivan Carluer n’interroge jamais Christine Kelly sur les raisons qui l’ont poussée à continuer à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour, bien que ce dernier ait été multi-condamné. « Parce que je ne fais pas de politique », justifie-t-il, estimant que Christine Kelly se serait laissée déborder par Eric Zemmour.  « Je n’ai pas le droit de faire la politique. Je ne valide pas Zemmour. Ce qui m’intéresse c’est Christine Kelly qui assume sa foi. Je suis chez elle à ce moment-là, on fait famille. Et elle-même n’est pas politique ». Pourtant, c’était bien là LA question à poser à l’invité, susceptible d’impulser une édifiante discussion sur les limites d’un engagement au prix de la compromission….

De là ma gêne exprimée ici face à cette prestation de Christine Kelly à MLK.

C’est aussi gênant pour Joao Gabriel, lequel explique, sur twitter, que « lorsqu’on associe les bénédictions de Dieu à la réussite d’une émission, alors que cette émission a joué un rôle dans la diffusion des idées d’extrême droite, c’est une façon de normaliser l’extrême droite par des biais différents », soulignant que « le discours de Kelly sur l’audimat qui explose est important dans le sens où il joue avec un lieu commun de la pensée évangélique : si un truc prospère, c’est que Dieu y concourt ». Sauf que des psaumes, comme le psaume 37, ou le psaume 73, nous disent le contraire.

Gênant aussi quand le pasteur Ivan Carluer avance qu’Éric Zemmour « a eu de la chance » d’avoir à ses côtés Christine Kelly, déclarant : « Je pense M. Zemmour, que vous avez été béni ». C’est certes son point de vue, mais précisons que « Bienheureux » (« ashré », en hébreu) est le premier mot par lequel commence le livre des Psaumes (1v1), dans la Bible, mais aussi le sermon ou grand discours de Jésus sur la montagne, rapporté dans les Evangiles selon Matthieu et Luc. Mais plus que « bienheureux », le mot « ashré » signifie « joie », au singulier : « joyeux l’homme qui n’est pas allé dans le conseil des impies, ne s’est pas tenu dans le chemin des pécheurs et n’a pas demeuré dans la demeure des railleurs » [ou, selon la septante, traduction grecque de l’ancien testament, « ne s’est pas assis dans la chaire des pestilents », cad ceux qui enseignent une doctrine pernicieuse].

« Un groupe bénit ce qu’il cautionne. Pas ce qu’il trouve gentil ou joli », souligne sur son blogue le pasteur Gilles Boucomont de l’église protestante de Belleville. « Ce qu’il pense bon et bien pour l’existence à long terme du groupe. Mais il faut aller plus en profondeur dans la réalité biblique pour comprendre ce que bénir veut dire dans les Ecritures. La bénédiction première dans le fil du récit biblique est celle du créateur qui lance son “C’est bon !” (TOV) au fil des réalités qu’il a créées en ordonnant le chaos (TOHU wa BOHU) initial. C’est bon quand la confusion entre le lumineux et le ténébreux cesse, quand l’entremêlement du mouillé et du sec touche à sa fin. Et ce n’est pas bon comme une catégorie de la morale, mais comme un décret divin. C’est bon parce que Dieu dit que c’est bon. C’est bon parce que Dieu décide et proclame haut et fort que c’est bon ».

« Bénir », ce n’est donc pas « dire du bien » de (et à) quelqu’un, parce que nous pensons que c’est sympa ou « cool » de le dire, mais élever la voix (ou prendre la plume) pour seulement et simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : soit dire une chose juste et vraie. Nous disons que « c’est bon », « très bon », ou « pas bon », parce que Dieu dit que c’est le cas.

Dieu peut-il alors dire que ce qui se donne à voir et à entendre sur CNews est « bon », voire même « très bon » et « à sa gloire », « pour l’édification de tous », vu l’esprit et la ligne éditoriale de la chaîne ?

C’est ainsi qu’il est tout sauf anodin de venir expliquer en public, en tant que chrétien, « à quel point » notre foi « guide au quotidien notre travail » : c’est une responsabilité, puisque c’est rendre visible le Christ, notre Seigneur, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bon témoin fidèle et véritable.

Ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain. De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

Aller plus loin :

Ce que pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information

Etre un meilleur chrétien grâce au journalisme 

Une vision chrétienne du journalisme : ce que signifie « se laisser conduire par l’Esprit saint »

Notes :

(1) Anciennement nommée I-Télé, CNews s’est faite porte-voix, entre autres joyeusetés, du racisme le plus décomplexé. Éric Zemmour y officie ainsi quatre fois par semaine dans l’émission Face à l’info présentée par Christine Kelly. C’est dans ce cadre qu’il a donné cette considération sur les mineurs étrangers isolés, le 29 septembre 2020 : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs. C’est tout ce qu’ils sont ». [propos mollement modérés par Christine Kelly : « Eric Zemmour, vraiment ? Il n’y a pas de juste milieu ? » , un « pas tous », et par un « on vous laisse la responsabilité de vos propos »] Un dérapage ? Non, une tradition chez cet admirateur du général Bugeaud, qui le 31 août 2019 balançait au sujet d’agressions estivales : « On sait que les victimes s’appellent Mélanie et les assassins Youssef. » Éric Zemmour a été mis en demeure en 2019 par le CSA pour avoir vanté l’action de ce militaire lors de la conquête de l’Algérie, sans être modéré ou recadré par l’animatrice Christine Kelly, dans le cadre de l’édition du 23 octobre 2019 de « Fac à l’info » : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être français ! » [émission indisponible à ce jour en replay, y compris sur le site de la chaîne CNews. Voir ce compte-rendu sur https://www.ozap.com/actu/-je-suis-du-cote-du-general-bugeaud-eric-zemmour-fait-l-apologie-des-massacres-coloniaux-en-algerie-sur-cnews/584990 et https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/12/03/le-csa-met-en-demeure-cnews-pour-des-propos-d-eric-zemmour-sur-la-guerre-d-algerie_6021460_3236.html ]

Loin de causer du tort à la chaîne, cette stratégie éditoriale semble au contraire porter ses fruits : les taux d’audience ne cessent de grimper. L’été 2020, CNews a dépassé LCI pour devenir la deuxième chaîne d’information française derrière BFM TV, caracolant régulièrement au-dessus de la barre des 500 000 téléspectateurs [et atteint près d’un million de téléspectateurs en 2021, ce qui permet à CNews d’arriver largement en tête des chaînes d’information sur cette tranche horaire et contribue à son succès croissant face à BFM TV] (cf https://basta.media/25-heures-devant-CNews-Zemmour-Praud-chaine-ou-prospere-ideologie-reactionnaire-extreme-droite ).

(2) Promoteur du fantasme « du grand remplacement » et réhabilitant Pétain, ce candidat s’est déclaré « pour l’Eglise et contre le Christ », instrumentalisant le christianisme

(3) Des propos qui, pour le CSA, contreviennent à plusieurs des obligations de la chaîne, jugeant que ces propos « ont pu être perçus » comme « une légitimation de violences commises par le passé à l’encontre de personnes de confession musulmane mais aussi comme une incitation à la haine ou à la violence à l’égard de cette même catégorie de la population ». En outre, le régulateur estime que CNews, en diffusant ces propos en direct « sans réaction ni même modération » de la part de l’animatrice, a manqué à son obligation de garder la maîtrise de son antenne, qui s’impose en toutes circonstances.

Mercredi 13 juillet 2022, le Conseil d’Etat a rejeté les demandes d’Eric Zemmour et de CNews pour annuler l’amende de 200.000 euros infligée à la chaîne par le régulateur des médias pour « incitation à la haine » et « à la violence » après les propos du polémiste d’extrême-droite sur les mineurs migrants isolés. Au coeur du litige, une sanction du CSA (devenu ARCOM) prise en mars 2021 pour ces mêmes propos. La plus haute juridiction administrative en France a en effet estimé que « la sanction litigieuse est fondée », motivant sa décision comme suit : « D’une part, sur la méconnaissance par la chaîne CNews de son obligation de ne pas diffuser de programmes incitant à la haine et de ne pas encourager des comportements discriminatoires » et « d’autre part, sur un manquement à son obligation de maîtrise de l’antenne ».