Le buzz évangélique du mois : Dieu… « au contrôle » de CNews ?

Au-delà du « buzz évangélique », il s’agit ici de dépasser « l’anecdotique » pour privilégier une réflexion et une méditation biblique sur ce qu’est être « « bienheureux » et « joyeux », et sur ce que signifie « bénir » et être « un témoin fidèle et véritable ».

Cela vous a peut-être échappé : La vidéo a été tournée le dimanche 27 mars 2022, diffusée sur YouTube le 3 avril 2022, mais n’a fait le buzz qu’à la faveur d’un tweet daté du 2 juillet 2022, devenu viral, de Joao Gabriel, doctorant guadeloupéen en Histoire à l’université John-Hopkins de Baltimore, aux États-Unis. Cette vidéo, c’est celle de la journaliste Christine Kelly, ex-membre du CSA (2009-2015) et animatrice, depuis 2019, de l’émission « Face à l’info », sur CNews, invitée, aux côtés de Samuel Pruvot de Famille chrétienne, à venir sur la scène de l’église évangélique MLK de Créteil pour évoquer « ce que les candidats à la présidentielle pensent de Jésus ». Face à une salle comble, elle explique au pasteur Ivan Carluer, qu’elle est venue « pour témoigner de la puissance de Dieu » et à quel point sa foi guide au quotidien son travail.

Pour décrypter cette séquence, Arrêt sur image a invité en plateau le pasteur Ivan Carluer et Linda Caille, journaliste, spécialiste des questions religieuses. En visio, Joao Gabriel, doctorant cité plus haut et Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, directeur d’études à l’EPHE.

« Alleluia » ? Gloire à Dieu » ? Pas si vite ! Personnellement, j’ai trouvé cette prestation particulièrement gênante.

Comprenons-nous bien : le problème n’est pas le fait, pour « un professionnel », de témoigner publiquement (à l’église ou ailleurs) de sa foi dans son travail ou de lui donner un sens spirituel.

Le problème est qu’il ne s’agit pas de n’importe quel travail, de n’importe quelle émission et de n’importe quelle chaîne.

Comme souligné en introduction, Christine Kelly est en effet présentatrice de l’émission controversée « Face à l’info », diffusée sur la non moins controversée chaîne CNews(1) – que je ne regarde pas, qui s’est faite porte-voix, entre autres, du racisme le plus décomplexé – avec à ses côtés, le polémiste Éric Zemmour(2) avant qu’il ne devienne candidat d’extrême droite d’inspiration maurassienne à l’élection présidentielle.

Celle qui a toujours nié sa responsabilité dans la condamnation d’Éric Zemmour pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs isolés étrangers, raconte à l’assistance qu’elle a « laissé (Dieu) piloter envers et contre tous, envers les insultes et les menaces. Et je me dis, si tu m’envoies là, c’est que tu as une mission, je ne sais pas laquelle, mais je vais la faire. »

Une mission pas si simple à assumer puisque la présentatrice qui était sous contrat avec Cyril Hanouna au moment où on lui a proposé le poste raconte avoir été ostracisée par ses proches pour avoir accepté d’aller sur CNews. Mais cela ne l’empêche pas de voir le fait de Dieu dans les succès d’audience de l’émission, et dans l’ascension politique d’Éric Zemmour une sorte de projet cautionné par Dieu. « Une chose est sûre, c’est que quand il est arrivé dans cette émission c’était l’homme le plus détesté de France et après il a pu être candidat à la présidentielle. » [Ledit candidat par ailleurs battu au premier tour de la présidentielle avec 7,7 % des voix et battu au premier tour des législatives, avec 0 élus pour son parti]

Dieu, « au contrôle de CNews » ? Mais l’on comprend mal comment Celui qui se déclare comme « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), voudrait d’une telle émission où Christine Kelly a continué à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour en roue libre, alors que celui-ci a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et injure raciale, notamment pour ses propos à l’égard des mineurs isolés étrangers tenus sur son plateau et mollement modérés par l’animatrice.

Sans oublier les propos tenus par le polémiste, en toute fin d’émission, le 23/10/19 : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français« . Propos tenus en direct, non relevés, ni modérés par l’animatrice Christine Kelly qui s’est contentée d’une conclusion laconique : « Merci messieurs. Vous êtes partis sur un accord, vous finissez sur un désaccord« , avant d’annoncer la suite du programme sur CNews(3).

Ce qui est étonnant de la part d’une ex-membre du CSA, qui a pourtant su s’adresser avec assurance devant l’assemblée de MLK….

On le comprend d’autant plus mal que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament.

Arrêt sur image a d’ailleurs et notamment demandé pourquoi lors de cette séquence sur scène le pasteur hôte Ivan Carluer n’interroge jamais Christine Kelly sur les raisons qui l’ont poussée à continuer à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour, bien que ce dernier ait été multi-condamné. « Parce que je ne fais pas de politique », justifie-t-il, estimant que Christine Kelly se serait laissée déborder par Eric Zemmour.  « Je n’ai pas le droit de faire la politique. Je ne valide pas Zemmour. Ce qui m’intéresse c’est Christine Kelly qui assume sa foi. Je suis chez elle à ce moment-là, on fait famille. Et elle-même n’est pas politique ». Pourtant, c’était bien là LA question à poser à l’invité, susceptible d’impulser une édifiante discussion sur les limites d’un engagement au prix de la compromission….

De là ma gêne exprimée ici face à cette prestation de Christine Kelly à MLK.

C’est aussi gênant pour Joao Gabriel, lequel explique, sur twitter, que « lorsqu’on associe les bénédictions de Dieu à la réussite d’une émission, alors que cette émission a joué un rôle dans la diffusion des idées d’extrême droite, c’est une façon de normaliser l’extrême droite par des biais différents », soulignant que « le discours de Kelly sur l’audimat qui explose est important dans le sens où il joue avec un lieu commun de la pensée évangélique : si un truc prospère, c’est que Dieu y concourt ». Sauf que des psaumes, comme le psaume 37, ou le psaume 73, nous disent le contraire.

Gênant aussi quand le pasteur Ivan Carluer avance qu’Éric Zemmour « a eu de la chance » d’avoir à ses côtés Christine Kelly, déclarant : « Je pense M. Zemmour, que vous avez été béni ». C’est certes son point de vue, mais précisons que « Bienheureux » (« ashré », en hébreu) est le premier mot par lequel commence le livre des Psaumes (1v1), dans la Bible, mais aussi le sermon ou grand discours de Jésus sur la montagne, rapporté dans les Evangiles selon Matthieu et Luc. Mais plus que « bienheureux », le mot « ashré » signifie « joie », au singulier : « joyeux l’homme qui n’est pas allé dans le conseil des impies, ne s’est pas tenu dans le chemin des pécheurs et n’a pas demeuré dans la demeure des railleurs » [ou, selon la septante, traduction grecque de l’ancien testament, « ne s’est pas assis dans la chaire des pestilents », cad ceux qui enseignent une doctrine pernicieuse].

« Un groupe bénit ce qu’il cautionne. Pas ce qu’il trouve gentil ou joli », souligne sur son blogue le pasteur Gilles Boucomont de l’église protestante de Belleville. « Ce qu’il pense bon et bien pour l’existence à long terme du groupe. Mais il faut aller plus en profondeur dans la réalité biblique pour comprendre ce que bénir veut dire dans les Ecritures. La bénédiction première dans le fil du récit biblique est celle du créateur qui lance son “C’est bon !” (TOV) au fil des réalités qu’il a créées en ordonnant le chaos (TOHU wa BOHU) initial. C’est bon quand la confusion entre le lumineux et le ténébreux cesse, quand l’entremêlement du mouillé et du sec touche à sa fin. Et ce n’est pas bon comme une catégorie de la morale, mais comme un décret divin. C’est bon parce que Dieu dit que c’est bon. C’est bon parce que Dieu décide et proclame haut et fort que c’est bon ».

« Bénir », ce n’est donc pas « dire du bien » de (et à) quelqu’un, parce que nous pensons que c’est sympa ou « cool » de le dire, mais élever la voix (ou prendre la plume) pour seulement et simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : soit dire une chose juste et vraie. Nous disons que « c’est bon », « très bon », ou « pas bon », parce que Dieu dit que c’est le cas.

Dieu peut-il alors dire que ce qui se donne à voir et à entendre sur CNews est « bon », voire même « très bon » et « à sa gloire », « pour l’édification de tous », vu l’esprit et la ligne éditoriale de la chaîne ?

C’est ainsi qu’il est tout sauf anodin de venir expliquer en public, en tant que chrétien, « à quel point » notre foi « guide au quotidien notre travail » : c’est une responsabilité, puisque c’est rendre visible le Christ, notre Seigneur, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bon témoin fidèle et véritable.

Ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain. De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

Aller plus loin :

Ce que pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information

Etre un meilleur chrétien grâce au journalisme 

Une vision chrétienne du journalisme : ce que signifie « se laisser conduire par l’Esprit saint »

Notes :

(1) Anciennement nommée I-Télé, CNews s’est faite porte-voix, entre autres joyeusetés, du racisme le plus décomplexé. Éric Zemmour y officie ainsi quatre fois par semaine dans l’émission Face à l’info présentée par Christine Kelly. C’est dans ce cadre qu’il a donné cette considération sur les mineurs étrangers isolés, le 29 septembre 2020 : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs. C’est tout ce qu’ils sont ». [propos mollement modérés par Christine Kelly : « Eric Zemmour, vraiment ? Il n’y a pas de juste milieu ? » , un « pas tous », et par un « on vous laisse la responsabilité de vos propos »] Un dérapage ? Non, une tradition chez cet admirateur du général Bugeaud, qui le 31 août 2019 balançait au sujet d’agressions estivales : « On sait que les victimes s’appellent Mélanie et les assassins Youssef. » Éric Zemmour a été mis en demeure en 2019 par le CSA pour avoir vanté l’action de ce militaire lors de la conquête de l’Algérie, sans être modéré ou recadré par l’animatrice Christine Kelly, dans le cadre de l’édition du 23 octobre 2019 de « Fac à l’info » : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être français ! » [émission indisponible à ce jour en replay, y compris sur le site de la chaîne CNews. Voir ce compte-rendu sur https://www.ozap.com/actu/-je-suis-du-cote-du-general-bugeaud-eric-zemmour-fait-l-apologie-des-massacres-coloniaux-en-algerie-sur-cnews/584990 et https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/12/03/le-csa-met-en-demeure-cnews-pour-des-propos-d-eric-zemmour-sur-la-guerre-d-algerie_6021460_3236.html ]

Loin de causer du tort à la chaîne, cette stratégie éditoriale semble au contraire porter ses fruits : les taux d’audience ne cessent de grimper. L’été 2020, CNews a dépassé LCI pour devenir la deuxième chaîne d’information française derrière BFM TV, caracolant régulièrement au-dessus de la barre des 500 000 téléspectateurs [et atteint près d’un million de téléspectateurs en 2021, ce qui permet à CNews d’arriver largement en tête des chaînes d’information sur cette tranche horaire et contribue à son succès croissant face à BFM TV] (cf https://basta.media/25-heures-devant-CNews-Zemmour-Praud-chaine-ou-prospere-ideologie-reactionnaire-extreme-droite ).

(2) Promoteur du fantasme « du grand remplacement » et réhabilitant Pétain, ce candidat s’est déclaré « pour l’Eglise et contre le Christ », instrumentalisant le christianisme

(3) Des propos qui, pour le CSA, contreviennent à plusieurs des obligations de la chaîne, jugeant que ces propos « ont pu être perçus » comme « une légitimation de violences commises par le passé à l’encontre de personnes de confession musulmane mais aussi comme une incitation à la haine ou à la violence à l’égard de cette même catégorie de la population ». En outre, le régulateur estime que CNews, en diffusant ces propos en direct « sans réaction ni même modération » de la part de l’animatrice, a manqué à son obligation de garder la maîtrise de son antenne, qui s’impose en toutes circonstances.

Mercredi 13 juillet 2022, le Conseil d’Etat a rejeté les demandes d’Eric Zemmour et de CNews pour annuler l’amende de 200.000 euros infligée à la chaîne par le régulateur des médias pour « incitation à la haine » et « à la violence » après les propos du polémiste d’extrême-droite sur les mineurs migrants isolés. Au coeur du litige, une sanction du CSA (devenu ARCOM) prise en mars 2021 pour ces mêmes propos. La plus haute juridiction administrative en France a en effet estimé que « la sanction litigieuse est fondée », motivant sa décision comme suit : « D’une part, sur la méconnaissance par la chaîne CNews de son obligation de ne pas diffuser de programmes incitant à la haine et de ne pas encourager des comportements discriminatoires » et « d’autre part, sur un manquement à son obligation de maîtrise de l’antenne ».

Comment étudier l’Economie sous un angle chrétien (au risque de se faire traiter de « socialiste »)

« Ce qui ne va pas avec le conservatisme », selon Christopher Lasch : Non seulement (les conservateurs) n’expliquent pas suffisamment la destruction des « valeurs traditionnelles », mais ils se rangent involontairement du côté des forces sociales qui ont contribué à leur destruction (Source image : public domain pictures)

Vous avez certainement lu ce texte – actuellement viral sur les réseaux @sociaux depuis mai 2022 – et attribué à un certain pasteur méthodiste Dave Barnhart : 

« Les enfants à naître » sont un groupe bien pratique à défendre. Ils ne vous demandent jamais rien. Ils sont moralement simples, au contraire des prisonniers, des victimes d’addictions, ou des pauvres chroniques ; ils ne ressentent pas la condescendance et ne se plaignent pas que vous ne soyez pas politiquement correct ; contrairement aux veuves, ils ne vous demandent pas de questionner le patriarcat ; contrairement aux orphelins, ils ne demandent ni argent, ni éducation, ni soin ; contrairement aux étrangers, ils n’apportent pas le bagage racial, culturel et religieux que vous n’aimez pas ; ils vous permettent de vous sentir bien quant à vous même sans avoir besoin de créer ou maintenir des relations ; et quand ils sont nés, vous pouvez les oublier, parce qu’ils cessent d’être à naître. C’est comme si en naissant ils mouraient pour vous. Vous pouvez aimer les enfants à naître sans avoir à changer sérieusement votre propre richesse, pouvoir ou privilège, sans ré-imaginer les structures sociales, vous excuser ou faire des réparations à quiconque. Ils sont, en fin de compte, les gens parfaits à aimer si vous aimez dire que vous aimez Jésus mais n’aimez pas en fait tout ce qui respire. Les prisonniers ? Les immigrants ? Les malades ? Les pauvres ? Les veuves ? Les orphelins ? Tous les groupes spécifiquement mentionnés dans la Bible ? Ils sont tous jetés au diable au profit des enfants à naître« .

Précisons-le : Ce texte a vraiment été écrit par le pasteur Barnhart. Ce dernier, qui est pasteur à l’église méthodiste unie Saint Junia à Birmingham, en Alabama(1), a publié ce message pour la première fois sur sa page Facebook en 2018. À l’époque, les élus de l’Alabama étaient en train d’adopter un amendement à la constitution de l’État qui « reconnaîtrait les droits de l’enfant à naître » afin de garantir que « les fonds de l’État [n’iraient] pas au financement des soins d’avortement », selon AL .com .

Une prise de position qui lui a valu récemment cette « réponse courte » sur la toile : « Cause toujours, anabaptiste »(2) (sic – comme si c’était une insulte ! C’est le signe que le pasteur Barnhart a touché juste), et cette « réponse longue » : « Ce genre d’attaque [comprendre : ce genre de prise de position du pasteur Barnhart] présuppose que la seule façon de militer pour une cause sociale est la façon socialiste(sic), avec ses conceptions et ses stratégies ». Accusation classique, mais plutôt réductrice et de nature à noyer le poisson pour ne pas traiter le sujet dans le fond. 

Car tout lecteur de la Bible sait que le Seigneur est bien « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), que celui « qui opprime le faible outrage son Créateur, mais qui a pitié du pauvre l’honore » (Prov.14v31), et que nous n’avons pas à mêler « des cas de partialité à (notre) foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ« , par exemple, en déroulant le tapis rouge au riche, tout en accordant la place du déshonneur au pauvre. (Jacq.2v1-9)

Comme l’écrivait Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur, dans « Si j’étais président…  – Le sel du scrutin présidentiel » (16/02/2012) : « Faut-il insister davantage sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 65 millions de citoyens vivants ? Quid de la justice, de l’équité, de l’honnêteté en affaires, de la santé, de l’emploi, de l’éducation, de la morale publique, du droit d’opinion et de religion ? » 

Ce constat en appelle un autre, tel celui formulé par Etienne Omnès dans un excellent article intitulé « comment étudier l’économie sous un angle chrétien », paru sur son blogue en 2019 : d’après lui, la question du Travail et de l’Economie « est peut-être ce qui est le moins abordé dans l’église évangélique », et le sujet « dont on se désintéresse le plus, au point où l’on est persuadé que le christianisme et la Bible n’ont rien à dire sur notre modèle économique. Si jamais la Bible a quelque chose à en dire, c’est pour condamner le méchant socialisme et soutenir le « capitalisme » (mais allez savoir quelle définition…). En comparaison, les catholiques romains ont le mérite d’avoir une doctrine sociale EUX ».

De son propre aveu, Etienne savait « que c’était probablement un sujet important(3) », mais il n’en avait « pas fait une priorité » avant de lire Christopher Lasch sur « ce qui ne va pas avec le conservatisme ». L’une de ces critiques en particulier lui parlait : Les conservateurs partent du principe que la déréglementation et le retour au marché libre résoudront tout, favorisant une renaissance de l’éthique du travail et une résurgence des « valeurs traditionnelles ». Non seulement ils n’expliquent pas suffisamment la destruction de ces valeurs, mais ils se rangent involontairement du côté des forces sociales qui ont contribué à leur destruction, par exemple dans leur plaidoyer pour une croissance illimitée.

« Pour moi qui ai toujours grandi dans un milieu où l’on tempêtait sans cesse contre les « attaques contre la famille », c’était une révélation », explique Etienne : « le plus grand des ennemis de la Famille, ce n’était pas l’Etat, mais le Marché. Cela est confirmé par cette autre citation, sur l’effet des banales pubs que vous consommez à la télé : Le fait n’est pas que la publicité manipule le consommateur ou influence directement ses choix. Le fait est que cela fait du consommateur un toxicomane, incapable de vivre sans des pertes de plus en plus importantes de stimulation et d’excitation d’origine externe (…). Pour Lasch – et il a raison- la publicité qu’ingurgite mes fils est bien plus destructrice que les délires(sic) de Marlène Schiappa »  [laquelle vient de faire son retour dans le gouvernement Borne, en tant que secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative ].

Et « à partir de ce moment-là », poursuit Etienne, « j’étais convaincu qu’étudier le Marché était une des tâches les plus urgentes et fondamentales que je pouvais faire.

Mais comment ?

Et surtout, comment en sortir une vision chrétienne ? »  

L’article courageux d’Etienne, qui lui vaudrait certainement aujourd’hui de se faire traiter de « socialiste » par les laudateurs du « capatalism », se propose premièrement de pointer « les erreurs courantes dans les traitements évangéliques de l’Economie » :

(….)

1.    [Les Evangéliques] n’étudient que ce que la Bible dit du Travail, sans jamais chercher à l’appliquer. On aboutit à des platitudes inutiles du genre : « le travail c’est nécessaire pour l’homme, la pénibilité n’est qu’une punition temporaire ». Pendant ce temps, une usine ferme, créant 10 suicides et 20 divorces et là-dessus pas un mot

2.    Ils essaient de l’appliquer mais sont extrêmement superficiel en économie: (…..)

3.    Ils étudient correctement ce que dit la Bible, ils sont sérieux dans leur application à l’économie, mais ils interagissent avec une idée et non le réel. [C’est ainsi que le chrétien qui parlera des relations contractuelles entre patrons et employés] devra parler des forces de négociations inégales, et même de l’utilité des syndicats, voire même de [ce que les dernières « lois sociales » changent] sur la façon dont les « petits » sont traités….

Puis, il nous propose quelques pistes et principes sur ce qu’il convient de faire pour une économie sous un angle chrétien :

1.    Commencez par bien connaître votre théologie 

2.    Commencez par des traités chrétiens sur l’économie 

3.    Lisez les livres d’économistes, en vous concentrant sur ceux qui sont le plus cités. 

4.    Etudiez des sujets concrets, évitez les sujets abstraits. 

5.    Faites le tri. (…..) apprenez à distinguer les faits et les commentaires, l’évènement et son explication. Soyez tolérants dans les explications données, (….) Profitez-en pour élargir votre horizon intellectuel.

6.    Partez du réel et non de la Bible. (…..)

Une quête passionnante à poursuivre !

Lire l’intégralité de son article ici.

Notes : 

(1) Barnhart exploite un réseau d’églises de maison appelé l’Église méthodiste unie Saint Junia. L’Église Méthodiste Unie Saint Junia se décrit sur sa page Facebook et sur ce blogue comme « une communauté diversifiée de pécheurs, de saints et de sceptiques qui se joignent à Dieu dans le renouvellement de toutes choses ».

(2)Un Michel de l’Hospital (1504-1573), chancelier de France (ministre de la justice et premier ministre) aurait sans doute eu les mêmes mots, prononcés lors de son Discours de tolérance devant les états généraux d’Orléans, le 13 décembre 1560, dans l’espoir de rapprocher les Français : « Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, ne changeons le nom de chrétiens ! » https://www.herodote.net/L_apologie_de_la_tolerance-synthese-428.php

(3) C’est un sujet d’autant plus important que le journaliste américain Michael Goodwin part lui aussi d’un constat simple dans « Economix : la première histoire de l’économie en BD », réalisé avec Dan E. Burr (Ed. Les Arènes, 2013. Mise à jour en 2019) : « Tout le monde se pose des questions sur l’économie. Et si les spécialistes sont perplexes[voire même n’y comprennent plus rien du tout ou ne maîtrisent plus rien du tout], comment pouvons-nous comprendre ce qui se passe ? (op. cit., p 8).  Or, l’économie régit une part importante de notre vie quotidienne. L’étudier, c’est comprendre et expliquer comment les êtres humains s’organisent pour produire, échanger, consommer…des biens et des services dans le cadre d’une société. Il existe différents concepts, que nous avons du mal à maîtriser, ainsi que différentes théories économiques, qui sont parfois contredites par les faits. D’autre part, ajoute l’auteur, « nous sommes citoyens d’une démocratie. La plupart des sujets à propos desquels nous votons relèvent de l’économie. C’est de notre responsabilité de comprendre ce pour quoi nous votons ».  

Et Mammon est le seul dieu que Jésus appelle de son nom dans l’Evangile, tout en soulignant qu’il est impossible de « servir Dieu et Mammon » (Mt 6.24). Une déclaration radicale par ailleurs prophétique, soulignant ce sur quoi l’Eglise doit se positionner, et ce, d’autant plus que « Mammon » est omniprésent dans l’espace public. Voir aussi, sur cet éternel sujet, cet article et cet autre.

Robin Reeve (HET PRO) : « interdire l’avortement est absurde et criminel, tant que ses causes ne sont pas traitées »

Avortement : comment traiter les causes plutôt que ses effets ultimes (Source image : public domain pictures)

La très conservatrice Cour suprême des États-Unis a enterré vendredi 24 juin un arrêt qui, depuis près d’un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter mais n’avait jamais été accepté par la droite religieuse. Dans la foulée de la décision, plusieurs États américains ont déjà annoncé prendre des mesures pour interdire les interruptions volontaires de grossesse sur leur territoire.

En France, la décision a fait réagir de nombreux responsables politiques, de la gauche à la droite. Emmanuel Macron a regretté la « remise en cause » des libertés des femmes, soulignant que « l’avortement est un droit fondamental pour toutes les femmes ».

Le groupe Renaissance (majorité) à l’Assemblée nationale déposera une proposition de loi constitutionnelle visant à sanctuariser le droit à l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), a annoncé samedi 25 juin sa cheffe de file à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. La cheffe des députés LFI a fait une déclaration dans le même sens dès vendredi soir.

Une initiative qui répond à une question qui ne se pose pas en France, selon le juriste Bertrand Mathieu, constitutionnaliste et professeur à l’École de droit de la Sorbonne Paris 1, vu que la possibilité pour une femme de recourir à l’avortement est déjà garantie par les juges.

Dans ce contexte, il me paraît utile d’inviter à la lecture de l’intervention sur ce sujet de Robin Reeve, professeur en Ancien Testament à la HET PRO, Haute Ecole de Théologie, publiée le 25 juin sur son compte twitter :
« De l’interdiction de l’IVG… Je crains que, tant les intégristes que les progressistes vont me lancer des pierres, mais je prends le risque de dire l’état de mes réflexions. En bref : interdire l’avortement est absurde et criminel, tant que ses causes ne sont pas traitées.
Voici mes prémisses :
– une IVG ôte la vie à un être humain (il n’y a aucun moyen scientifique de déterminer quand un embryon « devient » humain).
– une IVG n’est pas un acte banal
– une IVG n’est pas une « bonne » solution et ne règle pas la problématique d’une grossesse non désirée
– une IVG est l’effet d’une chaîne de causes : contraception défaillante, chantage du père, détresse financière, …
– les femmes ont été opprimées par une domination masculine leur ôtant leur liberté de choix : refuser de voir l’horreur de cette domination est coupable
– un enfant à naître n’est pas le « corps » de la femme qui le porte ; mais une IVG concerne évidemment le corps de la femme qui y recourt
– le père de l’enfant devrait pouvoir participer à la réflexion au sujet d’une grossesse non désirée – mais dans des conditions de respect
– l’interdiction de l’IVG entraîne inévitablement une discrimination entre femmes riches – qui peuvent avorter ailleurs – et pauvres – qui vont recourir à des IVG clandestines
– les IVG clandestines génèrent une forte mortalité (500 femmes par an en France avant la loi Veil)

Tous ces éléments m’amènent aux conclusions suivantes :
– Interdire l’IVG, c’est hypocritement vouloir invisibiliser un effet, sans s’attaquer ses causes
– Promouvoir l’IVG sans restriction, comme la bonne solution, est aussi très problématique sur le plan éthique

Donc, bien que je pense que l’IVG ne soit pas une bonne solution, je crois qu’il faut d’abord traiter les causes plutôt que leur effet ultime :
1) promouvoir les diverses formes de contraception, les rendre gratuites et accessibles à toutes et à tous
2) développer des mesures sociales efficaces pour que les motifs financiers soient éliminés
3) éduquer l’ensemble de la société, contre l’oppression envers les femmes et pour la responsabilisation des géniteurs
4) en attendant que ces mesures (qui n’ont jamais été sérieusement mises en place) portent leur fruit, autoriser l’IVG comme un mal nécessaire (et donc la rendre accessible à toutes)
5) garder à l’esprit qu’une IVG n’est pas la réponse définitive à un problème complexe
6) ne pas croire qu’interdire l’IVG soit une réponse valable à un problème complexe
7) ne jamais déshumaniser l’enfant à naître, car c’est un premier pas – que certains franchissent – vers des formes d’élimination de personnes nées (handicapés, vieux, grands malades, etc.).

Vu que mes attaches spirituelles sont plutôt du côté des « pro-life », je propose ici une auto-critique. Il est formidablement hypocrite d’inverser les priorités : interdire d’abord, puis se proposer vaguement de mettre en place un accompagnement des femmes tentées par l’IVG.
C’est une tartufferie (« Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir »), qui veut mettre la poussière sur le tapis. Ça fait des décennies que la société aurait pu mettre en place des mesures qui réduiraient significativement le recours à l’IVG.
Les pro-life ont en majorité décidé de culpabiliser les femmes et de juger de leurs situations sous un angle purement moraliste, sans compassion. Les pro-choix, de leur côté, considèrent que la légalisation de l’IVG a tout réglé.
Bon, je pense avoir donné aux deux bords du débat les armes pour me flinguer. Mais j’espère « contre toute espérance » que les gens raisonnables pourront me rejoindre sur certains points, en s’extirpant de la sclérose d’une polémique mortelle (pour les femmes, pour les enfants) ».

[En clair, le piège d’opposer la mère et l’enfant]

Robin Reeve se dit « rester en tension » et être « prêt à revoir certains des aspects de (sa) compréhension de la problématique ».

Voir aussi une proposition de réponse à cette question : « suffit-il pour un chrétien – se voulant « biblique » – que l’avortement soit interdit pour s’en réjouir ?

Enfin, le saviez-vous ?  Dans son livre Bad Faith : Race and the Rise of the Religious Right (« Mauvaise foi : race et émergence de la droite religieuse »), l’historien Randall Balmer repousse l’idée que l’arrêt Roe v. Wade concernant l’avortement soit à l’origine de l’engagement des évangéliques dans l’action politique, la décrivant comme un mythe. Balmer affirme que le facteur déterminant était, en fait, la réaction des conservateurs religieux aux initiatives de l’administration visant à supprimer les exonérations fiscales accordées à des écoles privées perpétuant la ségrégation raciale et gérées par des groupes religieux. 

Parmi ces écoles, la Lynchburg Christian Academy de Jerry Falwell et l’université Bob Jones de Greenville. Voir l’arrêt Green versus Connally de 1971, dans lequel la Cour suprême des États-Unis décida de refuser l’exonération fiscale à toutes les écoles privées de l’État du Massachusetts pratiquant la ségrégation raciale, et ordonna, par la même occasion, au fisc (Internal Revenue Service) d’appliquer cette mesure à tous les établissements privés ségrégationnistes du pays. C’est ainsi que je comprends mieux les raisons de certaines diatribes anti-impôts et anti-Etat du haut de la chaire.

 Balmer n’est pas le seul à défendre cette thèse. Il y a près de 30 ans, l’historien Godfrey Hodgson citait le pasteur Ed Dobson, un fidèle collaborateur du chef de file évangélique Jerry Falwell père, affirmant : « La nouvelle droite religieuse n’est pas née d’une préoccupation pour l’avortement. J’étais assis dans l’arrière-salle sans fumée de la Majorité morale, et je ne me souviens franchement pas que l’avortement ait jamais été mentionné comme une raison pour laquelle nous devrions faire quelque chose. »  

« Être un meilleur chrétien » grâce au journalisme : « yes, we can ! »

« On t’a fait connaître », ô journaliste chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« De nombreux chrétiens sont hostiles aux médias, mais ma foi s’est approfondie grâce à ceux-ci », explique le journaliste Jon Ward dans une excellente tribune parue dans « Christianity Today », et dont voici ci-dessous un extrait. Intégralité de l’article à lire en français sur le site du magazine. Les notes entre crochets sont de mon cru.

Est-il difficile d’être chrétien et journaliste ? » On me pose souvent cette question.

Lorsque je parle de mon travail à des jeunes, elle revient presque à chaque fois. Je trouve toujours cela bizarre. J’ai moi-même grandi dans le cocon douillet d’une communauté évangélique non confessionnelle. Je connais donc les présupposés sur le monde extérieur qui suscitent cette question. Mais je peine encore à saisir pourquoi cela me trouble autant.

De nombreux chrétiens conservateurs américains grandissent dans l’idée que « les médias »[sic] sont malfaisants, presque autant que les démocrates, voire pires. C’est ainsi que j’ai grandi. Tout comme Hollywood et les universités, on m’a appris que « les médias » étaient de gauche,  laïcs et antireligieux ; ils nous détestaient, nous et nos valeurs.

Parfois, l’idée provenait d’un orateur à l’Église. Le plus souvent, elle était retransmise par les médias et autres relais de diffusion qui dominaient la culture évangélique. À n’en pas douter, il s’agissait de radios conservatrices [lesquelles sont des « médias », au même titre que les « autres » chaînes de TV/vidéos regardées ou magazines lus par les mêmes « chrétiens conservateurs »…..]. Mais j’ai aussi entendu ce genre de propos de la part d’organisations politiques conservatrices comme le Family Research CouncilFocus on the FamilyChristian Coalition et d’autres encore. Je l’ai entendu encore ailleurs, comme dans les conférences Teen Mania où j’allais pour « être enflammé » pour Christ et m’inscrire à des voyages missionnaires à l’étranger.

Ainsi, lorsque les enfants me demandent s’il est difficile d’être chrétien et journaliste, je sais qu’ils en ont une certaine idée en tête. Ils me visualisent en train de travailler au milieu d’athées débauchés, addicts à la drogue et aux relations sexuelles en état d’ivresse, et lisant de la propagande athée.

Lorsque le député républicain de Caroline du Nord récemment élu, Madison Cawthorn, a raconté des histoires d’orgies et de cocaïne en politique, qui ont été ensuite réfutées, il prolongeait les mêmes présupposés motivant les questions que j’ai reçues d’étudiants un peu plus jeunes que lui.

Les chrétiens conservateurs sont beaucoup plus hostiles envers les médias aujourd’hui qu’ils ne l’étaient quand j’étais jeune. Des membres de ma propre famille m’ont dit que je devrais avoir honte de faire mon métier. En fait, la plupart des gens n’aiment pas les médias, et c’est dommageable pour la société. Comme je l’ai écrit récemment dans un article de Yahoo! News, les médias en portent partiellement la responsabilité.

Mais après 20 ans de travail dans le journalisme, c’est aussi grâce à ce métier que ma foi chrétienne est plus profonde et plus forte. Alors que je travaillais à un livre décrivant mon éducation dans la foi chrétienne puis mon parcours en tant que journaliste dans les médias traditionnels, le constat suivant s’est imposé à moi de plus en plus clairement : être journaliste a en fait fait de moi un meilleur chrétien.

Le journalisme a renforcé les traits de mon caractère les plus nobles et les plus chrétiens. J’ai appris pendant deux décennies à discerner le vrai du faux, et — ce qui est probablement encore plus important — à discerner quand il n’y a pas de réponses ou de solutions faciles. J’ai appris aussi à rechercher la vérité, peu importe qui elle pourrait offenser.

J’ai également acquis un sens de l’humilité quant à ce qu’il est possible de savoir avec certitude, avec la capacité de reconnaître que notre point de vue est souvent limité et incomplet. 

(….)

De plus, j’ai expérimenté l’incroyable utilité de l’expertise. L’une des tâches principales du journaliste est de distinguer les experts des pseudo-experts et de savoir leur parler pour ensuite traduire leurs propos pour le lecteur non initié. Cela transforme les perspectives. Un ensemble de faits peuvent sembler univoques, ou unidimensionnels, jusqu’à ce qu’on ait affaire à un expert.

Dès mon plus jeune âge, je me suis accroché à l’idée que le christianisme a foi en la vérité. J’ai toujours aimé la façon dont Jésus défendait la vérité. « Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit-il en Jean 14.6. Il a promis que son Esprit nous « guidera dans toute la vérité » (Jean 16.13). Alors que son exécution était proche, Jésus a dit à Ponce Pilate : « Je suis né et je suis venu au monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18.37). Ailleurs dans l’évangile, le Christ affirme que « la vérité vous rendra libre » (Jean 8.32).

Il y a aujourd’hui beaucoup de contraintes qui compliquent la recherche de la vérité pour la plupart des gens. Être journaliste m’a libéré et équipé pour cette tâche.

La plupart des gens fondent leur point de vue sur le monde en fonction des groupes qu’ils fréquentent et ceux auxquels ils appartiennent. Ces groupes façonnent leur identité : leur famille, leur Église ou leur groupe d’amis, leur parti politique, leur milieu professionnel. Plus que cela, leur groupe détermine l’histoire dans laquelle ils croient vivre.

La vision du monde et « l’histoire » d’une personne filtrent ensuite les informations qu’elle absorbe et celles qu’elle rejette. Quel que soit le groupe auquel vous appartenez, il vous punira pour avoir cru ou dit les « mauvaises » choses et vous récompensera pour avoir soutenu ce qu’il défend. Ce problème existe dans tous les groupes, y compris dans le journalisme. (….)

Cependant, le journalisme est l’un des rares cercles dans lequel prendre la parole contre son propre camp, contre le consensus de sa propre culture, est généralement encouragé et récompensé. (….)

Il existe d’autres groupes semblables, des milieux professionnels attachés à ce que l’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, appelait « les valeurs des Lumières : collecter, évaluer et analyser des informations, puis diffuser les conclusions pour utilisation, étude, ou réfutation ».

Dans son livre The Constitution of Knowledge (« La constitution de la connaissance »), Jonathan Rauch note qu’aux côtés du journalisme les mondes de l’érudition, de la science, de la recherche, de l’analyse statistique, de la réglementation et du droit mettent tous ces valeurs en avant.

J’ai eu une carrière variée. Pendant huit ans, j’ai travaillé pour un journal conservateur, The Washington Times. Ensuite, j’ai passé un an et demi à aider Tucker Carlson à lancer le Daily Caller. Ensuite, j’ai travaillé pour un site internet orienté plus à gauche, The Huffington Post. Et depuis plus de sept ans, je travaille pour Yahoo! News. Mon passage au Washington Times a donné le ton à ma carrière. À certains égards, ce journal était marqué par des biais institutionnels mis en place par les propriétaires et les principaux rédacteurs. Mais ceux d’entre nous qui étaient affectés aux actualités étaient farouchement déterminés à suivre les faits où qu’ils mènent.

J’ai toujours suivi cette règle au cours de mes deux décennies de journalisme, et voici ce qui me paraît crucial : l’industrie, dans l’ensemble, a récompensé cette attitude.

J’ai été libre d’écouter, de creuser, d’être d’accord ou non, et de suivre la piste où que mènent faits. Ainsi, je suis en quelque sorte payé pour marcher dans une direction chrétienne, celle qui reste à l’écart des arguments motivés par l’idéologie ou l’appartenance à un groupe.

Comme l’a dit Martin Luther King Jr., les chrétiens devraient toujours constituer une présence prophétique dans le monde, plutôt que d’être redevables à un pouvoir, une principauté ou un parti politique. [En clair refuser d’être réduits à n’être que des « prophètes de cour », à l’instar des prophètes d’Achab dans 1 Rois 22]« L’Église doit se rappeler qu’elle ne doit pas être le maître ou la servante de l’État, mais sa conscience », déclarait King. « Elle doit être le guide et le critique de l’État — jamais son instrument. Tant que l’église sera un instrument de l’État[ou d’un quelconque politicien], elle sera incapable de fournir ne serait-ce qu’une once de pain aux hommes du milieu de la nuit ».

(…..)

Plus on se tient à l’écart des pouvoirs politiques, des partis et des groupes, plus on est libre de rechercher la vérité où qu’elle mène. Et plus on poursuit la vérité, plus on distinguera les nombreux domaines où pourrait s’exprimer une critique constructive, quel que soit le bord idéologique. C’est cela que signifie avoir un pied dans le royaume de l’homme et un pied dans le royaume de Dieu : être une sorte de marginal, vivant toujours à la frontière, comme le met en évidence l’artiste Makoto Fujimura.

Les chrétiens devraient être prêts à franchir de nombreuses frontières. Ils devraient appartenir à des partis tout en se tenant à l’écart. Ils devraient même parfois passer d’un parti à l’autre, sans jamais prêter une allégeance inconditionnelle à l’un ou à l’autre. Ils devraient être profondément investis dans le travail pour le bien de leur pays et de ce monde, tout en se rappelant que leur citoyenneté est au Ciel et que leur espérance est en Christ, quoiqu’il arrive.

En traversant différentes frontières pour accroître leur capacité de compréhension et démasquer les mensonges, en particulier ceux véhiculés par des caricatures réductionnistes et des confusions trompeuses, les chrétiens peuvent être des agents de vérité, de nuance et de guérison. Ils peuvent avoir un impact positif sur la culture plutôt que d’y semer la guerre.

Lire l’intégralité de l’article ici.

Jon Ward est correspondant national principal de Yahoo! News, auteur de Camelot’s End et animateur du podcast The Long Game . Son deuxième livre, Testimony — récit d’une éducation évangélique et de son entrée dans le journalisme — doit être publié en avril 2023 par Brazos Press.

Aller plus loin : Pour une vision chrétienne du journalisme, « laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ».

« Les Armes de la lumière » : Un film pour réfléchir à la position « pro-armes et pro-vie ».

« Les Armes de lumière » (2015), bande annonce officielle

« Vous confondez, sergent ! On ne soigne pas des blessures avec de la poudre…On les fait !… » (Les Tuniques Bleues, tome 15 : Rumberley de Lambil et Raoul Cauvin. Dupuis, 1979)

La Cour suprême des États-Unis, la plus haute juridiction américaine, a consacré le droit au port d’armes dans l’espace public, dans un arrêt rendu le 23/06, déclarant inconstitutionnelle une loi de l’État de New York conditionnant la possession d’armes à feu à la détention d’un permis, ce qui limitait ainsi le droit de porter une arme en public.

Dans ce contexte, il est bon de rappeler qu’en 2015, une petite-nièce de Walt Disney et un évangélique ont osé baisser la garde pour aborder ensemble les rapports entre évangéliques, armes à feu, peur et nécessité d’aller à la rencontre de l’autre. Une passionnante et stimulante interview croisée d’Alissa Wilkinson, datant du 22/06/22, à lire en français dans Christianity Today.

Le film The Armor of Light (« Les armes de la lumière ») a commencé à tourner dans les festivals au printemps 2015. Depuis lors, ce documentaire abordant le débat sur les armes à feu dans le contexte de l’évangélisme américain et du mouvement pro-vie n’a fait que gagner en pertinence. La réalisatrice Abigail Disney se décrit comme une « féministe pro-choix », mais elle a grandi dans le contexte politique conservateur de sa famille (oui, ces Disneys-là — Walt était son grand-oncle). Son intérêt pour la question est à la genèse du film.
Le film (qui tire son nom de Romains 13.12) suit le révérend Rob Schenck, plus connu pour son engagement intense en tant que militant pro-vie au début des années 1990. Au moment de participer à ce documentaire, Schenck était président de Faith and Action à Washington, D.C. et de la Evangelical Church Alliance. À la suite d’une fusillade de masse survenue non loin de chez lui, il a commencé à s’interroger sérieusement sur son point de vue sur la violence et la politique en matière d’armes à feu et sa relation avec sa position ferme sur l’avortement : est-il possible de se dire pro-vie en matière d’avortement et d’être en même temps pro-armes ?

Il rencontre alors Lucy McBath, une chrétienne dont le fils adolescent, Jordan Davis, a été abattu alors qu’il n’était pas armé. Ce cas a fait beaucoup de bruit dans les débats sur les lois protégeant les droits à l’autodéfense (« Stand Your Ground ») en Floride. Une amitié se développe entre eux, ce qui incite Schenck à entamer une série de conversations à travers le pays avec des leaders évangéliques, se demandant si être pro-armes et pro-vie sont des positions compatibles.

Le film donne matière à réflexion. Il est parfois inconfortable. [L’on ne peut] pas imaginer que quiconque, quelles que soient ses croyances, ne puisse le voir sans en retirer quelque chose à considérer sérieusement. Et bien que The Armor of Light soit indéniablement bien fait et convaincant, [le plus frappant] est son portrait incroyablement sensible et nuancé de Schenck et des autres évangéliques avec lesquels il interagit.
Alissa Wilkinson partage avoir eu le plaisir de s’entretenir avec Abigail Disney et Rob Schenck, qui restent ancrés dans leurs opinions politiques respectives (et opposées) — Disney est toujours une féministe pro-choix, et Schenck un évangélique pro-vie — mais dont l’amitié et le respect mutuel sont palpables même au téléphone. (Le texte de l’interview qui suit a été légèrement modifié pour plus de clarté.)


La genèse du projet
Christianity Today : Comment vous êtes-vous retrouvés tous les deux impliqués dans ce projet ?

Abigail Disney : J’avais entendu parler de la problématique des armes à feu depuis très longtemps et je me demandais quel serait le moyen d’amener les gens à en parler et à réfléchir à cette question — non d’une manière enflammée, mais dans un réel dialogue. L’idée était d’éveiller les consciences et d’apporter quelque chose d’une nouvelle contribution au débat. Tout ce que nous faisons, c’est tourner et retourner quatre ou cinq mêmes idées.

Les chrétiens évangéliques au sein du mouvement pro-vie ont généralement une vision du caractère sacré de la vie que je trouve magnifique. Même si je suis moi-même une féministe pro-choix, je soutiens la vie. Je me suis vraiment demandé comment cela pouvait coexister avec certains discours sur les armes à feu, qui sont si désinvoltes à l’égard non seulement des armes à feu, mais aussi dans le langage utilisé à propos du fait d’ôter la vie humaine ; à mes yeux c’est parfois un peu une culture à la Die Hard. Je ne comprends pas comment ces deux choses s’accordent, alors je suis allée chercher des gens avec qui parler de cela.
J’ai parlé à trois ou quatre autres personnes avant de rencontrer Rob. Rob m’a vraiment écoutée, et a vraiment entendu ce que j’avais à dire. De toute évidence, il était plus nuancé que moi. Une seule conversation a suffi pour susciter son attention. Il a reconnu qu’il y avait une incohérence, et que c’était important. Ainsi, à partir de cet échange, une conversation beaucoup plus large s’est engagée avec le film.

Rob Schenck : Je dois ajouter que ce n’était pas la toute première fois que je reconnaissais la contradiction entre les valeurs que tant d’évangéliques défendent sur le caractère sacré de la vie et la position qu’ils adoptent sur l’utilisation des armes à feu pour leur défense personnelle. Dans mon esprit, il y a une différence importante entre quelqu’un qui utilise une arme à feu pour la chasse ou le sport, et quelqu’un qui possède une arme et pense l’utiliser pour tuer ou mutiler un autre être humain. C’est une question éthique différente.
Cela m’avait donc traversé l’esprit. Dans le film, nous montrons une expérience avec une famille amish en Pennsylvanie qui avait soulevé des questions dans mon cœur et mon esprit, mais je n’y ai d’abord accordé aucune attention particulière. Je l’ai en quelque sorte compartimentée. La question des armes appartenait à un espace différent de celui de mes questions sur le caractère sacré de la vie humaine naissante.
C’est comme ça que j’ai vécu avec ça jusqu’à ce qu’Abby propose d’en faire un examen minutieux dans ce film. Cela m’a semblé très nécessaire et important à la fin de cette conversation, mais aussi très effrayant. Je connaissais l’univers de ceux qui composaient les associations que je présidais, et je les ai sondés, environ 100 000 personnes. 95 % d’entre eux s’alignaient sur la position de la NRA à propos des armes à feu et d’une interprétation sans restriction du 2e amendement à la Constitution.
Je savais que des personnes au sein de mon organisation me disaient de ne pas aborder le sujet, de ne pas y réfléchir. Il m’a donc fallu du temps, cinq ou six semaines, pour envisager cela, dans la prière et en mon for intérieur, avant de le prendre en considération à l’intérieur de mon organisation et à l’extérieur. Finalement, j’ai parlé à une personnalité chrétienne conservatrice importante qui m’a dit : « Si c’est vraiment votre conviction, vous devriez la rendre publique ».
C’est à partir de là que je me suis autorisé à prendre ce risque, et cela s’est effectivement avéré assez risqué. Pas de la façon dont je m’y attendais, mais il y a assurément eu des difficultés.


CT : Vous étiez inquiet de perdre des ressources et des membres de votre organisation, n’est-ce pas ?

RS : Exact. Et nous avons enregistré des pertes. Nous avons eu quelques donateurs importants qui ont dit qu’ils ne soutiendraient plus notre organisation ou moi. Mais en réalité, la perte qui me préoccupe le plus, ce sont les amitiés. J’entretiens certaines amitiés profondes de vingt ou trente ans, et j’ai perdu des amis à cause de cela. Pour moi, c’est le plus grand prix à payer.

Amitié et choix de la paix
CT : L’amitié occupe une place importante dans ce film ; les véritables progrès dans la vie sociale passent par l’amitié. Quelque chose vous a-t-il surpris à propos de l’amitié alors que vous travailliez sur ce sujet ?

RS : Tout d’abord, si vous m’aviez demandé il y a dix ans si j’aurais l’amitié que j’ai avec une féministe pro-choix et de gauche — une militante féministe très progressiste qui soutient de nombreuses organisations auxquelles je m’oppose depuis trente ans maintenant — je pense que j’aurais été ouvert à cette idée. Mais je n’aurais eu aucune idée de la façon dont cela aurait pu se produire. Je considère comme un précieux cadeau de Dieu le fait d’avoir une amitié avec Abby ; sur de nombreux sujets, cela m’apporte une perspective que je n’aurais pas eue autrement.

CT : Quel genre de perspectives ?

RS : Pour commencer, sur la question des armes à feu bien sûr. C’est une préoccupation éthique et morale primordiale pour moi et pour d’autres. C’est une grande question pour le mouvement évangélique et l’Église dans son ensemble, pour toute notre société. Je n’aurais pas sorti cela du secret de mon cœur sans la douce incitation d’Abby. C’est une conséquence de notre collaboration professionnelle et de notre amitié.
Par ailleurs, si vous m’aviez demandé il y a trois ans si je me souciais vraiment des femmes concernées par la question de l’avortement, j’aurais répondu oui. Mais cela aurait été théorique. En réalité, je ne m’en souciais pas, et c’est une prise de conscience très importante pour moi.
En discutant avec Abby, j’ai pris conscience d’un élément de l’équation que j’avais négligé : la personne que je décris comme la mère de l’enfant, la personne qui paie le plus lourd tribut à l’avortement, n’était pour moi qu’un facteur secondaire. C’était juste une forme de mépris. J’ai dû admettre moi-même que je n’avais pas pris en compte tous les paramètres du problème. Et c’est un autre cadeau d’Abby.
Mais la chose la plus importante que j’ai reçue d’Abby est probablement de changer mes stéréotypes sur les militants progressistes. J’ai toujours essayé de progresser en la matière, et je n’ai pas réussi moi-même, mais j’y suis presque grâce à mon amitié avec Abby. Je suis une personne plus intègre et plus fidèle à l’Évangile. Le Christ est resté attaché à la vérité, mais n’a pas non plus eu de mépris pour ceux qui l’entouraient. Je veux être plus semblable au Christ, et Abby m’y aide.


CT : Waouh. C’est génial.

AD : Oui, vraiment ! Je n’aurais jamais imaginé qu’une amitié puisse naître de cette façon.

Lire la suite de l’interview

Comment il est possible de « se séduire soi-même », selon 1 Jean 1v8

Le début de la première lettre de Jean concerne le rapport à la vérité et la façon dont nous pouvons nous replacer dans la justice de Dieu, en étant réaliste quant à ce que nous vivons vraiment intérieurement (Source image : public domain pictures)

« Si nous prétendons être sans péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1v8)

« J’étais démoralisé parce que je me disais que s’il croyait vraiment à ces histoires, c’était qu’il avait perdu le contact avec la réalité », a témoigné le 13 juin l’ex-procureur général des États-Unis Bill Barr, rencontré par les membres de la commission dite du « 6-Janvier »(1), laquelle enquête sur la responsabilité de l’ex-président Donald Trump, battu aux dernières élections, dans l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.

Il ressort des travaux de cette commission que Donald Trump savait que ses accusations de fraude électorale, qui ont encouragé l’assaut, étaient erronées. L’ancien procureur général des États-Unis (à la tête du département de la Justice) William Barr a affirmé avoir tenté de l’en convaincre dans son témoignage rendu public. Même après avoir été informé à répétition par son entourage, par les membres de sa famille, par plusieurs de ses conseillers juridiques et par des membres de son équipe de campagne que la théorie de la fraude électorale ne supportait pas la réalité des faits, Donald Trump a continué à prétendre l’existence d’une « élection volée » par les démocrates dans le seul but de mobiliser ses troupes et de tenter de renverser le gouvernement, légalement élu, de Joe Biden.  Ce « grand mensonge » est aussi devenu un levier pour le populiste afin qu’il tire des millions de dollars des poches de ses fidèles pour soi-disant contrer ce « vol » devant les tribunaux. Y compris en alimentant un « fonds officiel de défense des élections » qui… n’a jamais existé, a-t-on appris lundi matin 13 juin, au deuxième jour des audiences publiques de la commission parlementaire.

Le « grand mensonge » était aussi « une grosse arnaque », a résumé la démocrate Zoe Lofgren, représentante de la Californie et membre de cette commission d’enquête(1).

Cette affaire en cours me rappelle la question d’un internaute, posée sur le site 1001 questions : « Que veut dire « se séduire soi-même » en 1 Jean 1,8 ? »

Dans la réponse donnée, il est rappelé que le début de la première épître de Jean concerne le rapport à la vérité, et la façon dont le chrétien peut se replacer dans la justice de Dieu en étant réaliste quant à ce qu’il vit vraiment intérieurement. 

Dans ce registre, Jean insiste sur l’illusion que nous pouvons avoir d’être « sans péché ». Au sens du classique « Moi, Monsieur, je n’ai pas tué, je n’ai pas volé ». Se mentir à soi-même est une illusion. C’est ce que Jésus a pointé en maximisant les dix commandements dans son Sermon sur la montagne, et en montrant qu’une parole pouvait être un meurtre, qu’un regard pouvait être un adultère. 

Jésus ne voulait pas dire qu’il fallait lapider les gens pour un regard (ce qui pourrait être le désir de certains extrémistes), mais il veut nous aider à creuser toujours plus profond du côté des racines de notre péché.  

Le péché est un acte. Mais il est plus profondément un projet, et plus profondément encore une intention, et plus profondément une frustration… 

Se séduire soi-même c’est donc imaginer que notre gestion des apparences, notre image sociale de personne « bien sur soi », suffit à ne pas être un pécheur. Quelle hypocrisie ! Et c’est vraiment une séduction où nous sommes dans un marché de dupes, car nous créons un mensonge et nous croyons au mensonge qu’on a créé.

Bref, c’est de la bonne conscience pour pas cher, et c’est ce qu’on appelle, techniquement la « mauvaise-foi ».

L’enjeu spirituel est de taille, car « si nous reconnaissons nos péchés, nous pouvons avoir confiance en Dieu, car il est juste : il pardonnera nos péchés et nous purifiera de tout mal. Si nous prétendons que nous n’avons pas commis de péché, nous faisons de Dieu un menteur et sa parole n’est pas en nous » (1 Jean 1v9-10

Note :

(1) Cf Le «grand mensonge» de Trump sur les élections de 2020 passé au crible

Voir aussi États-Unis. Assaut du Capitole : Trump a persévéré dans ses “mensonges” malgré les alertes de ses proches

Depuis le début de son enquête, cette commission dite du « 6-Janvier », composée de sept démocrates et deux républicains, a entendu près de 1 000 témoins, dont deux enfants de l’ancien président, pour faire la lumière sur les faits et gestes de Donald Trump après l’élection de 2020. Elle assure avoir épluché plus de 100 000 documents, dont des courriels, SMS et photos officielles de la Maison Blanche, et a envoyé une centaine d’assignations à témoigner.

Assemblée nationale : quand les parlementaires vont devoir (ré)apprendre à  parlementer

Un parti sans majorité absolue à l’Assemblée nationale, c’est grave ?…

Les législatives, avec 54 % d’abstention, aboutissent à une Assemblée inédite : une « assemblée éclatée façon puzzle », pour reprendre une expression du journaliste Pierre Januel, qui nous livre une analyse des enjeux de ces élections sur Dalloz actualités(1).

L’alliance « Ensemble » qui soutient le gouvernement n’a en effet obtenu qu’une majorité relative, avec 246 sièges sur 577. Face à elle, trois blocs antagonistes : la Nupes (142 députés) – qui apparaît comme la première force d’opposition à Emmanuel Macron – 70 députés de droite et l’extrême-droite, qui fait un score sans précédent avec 89 députés. 

Ce score s’explique en partie par l’effritement du « front républicain », soit l’appel à voter pour les adversaires de l’extrême droite. Sur le plateau de France 2 dimanche soir, le sondeur Brice Teinturier (Ipsos) indiquait que les électeurs d’Ensemble ! s’étaient majoritairement abstenus (72 %) en cas de duel entre la Nupes et le RN. 16 % des électeurs d’Ensemble ! se sont reportés sur la Nupes et 12 % sur RN. Toujours en cas de duel Nupes/RN, 58 % des électeurs des Républicains se sont abstenus mais 30 % ont choisi de voter pour le RN et seulement 12 % pour la Nupes(2).

La nouvelle Assemblée, dont près de la moitié des membres seront de nouveaux élus (dont un grand nombre de députés de l’opposition sans expérience), sera également divisée en une dizaine de groupes parlementaires.

Mais, remarque Pierre Januel(3), « plus que de ne pas avoir de majorité parlementaire, le problème du gouvernement est qu’il a une majorité contre lui. Les scrutins risquent donc de devenir incertains, à commencer par, dès mardi prochain, celui sur la présidence de l’Assemblée, rendue vacante par la défaite de Richard Ferrand. (…) Viendra ensuite mercredi l’élection du reste du bureau (…). En l’état, s’il obtient la présidence de l’Assemblée, le groupe Renaissance (ex-LREM) ne devrait avoir qu’un questeur (sur trois) et deux vice-présidents (sur six). Le RN, LFI et LR pourraient se partager les autres postes importants du bureau, ne laissant que les postes de secrétaires aux autres groupes et une vice-présidence au Modem.

Jeudi seront également élus les présidents de commission. Le poste le plus prisé est à la commission des finances. Son président à la main sur la recevabilité financière des amendements (sur délégation du président de l’Assemblée) et dispose de larges pouvoirs de contrôle. Seul peut être élu le membre d’un groupe d’opposition. Le Rassemblement national revendique déjà le poste (4). Mais la NUPES, qui, regroupée, dispose de plus de voix, est mieux positionnée pour l’emporter, sauf alliance à droite.

(…) La majorité d’Ensemble est également menacée en conférence des présidents qui se réunit hebdomadairement. Or c’est cette dernière qui fixe l’ordre du jour des semaines de l’Assemblée (deux semaines sur quatre, dont une dédiée prioritairement au contrôle). Un accord de l’opposition pourrait permettre de bouleverser le calendrier parlementaire. La majorité n’a plus non plus la main sur les réformes du règlement. Or les oppositions peuvent plus facilement se retrouver sur des questions de principes démocratiques, permettant ainsi de détricoter certaines parties du règlement. Les conférences des présidents des deux assemblées peuvent également contester l’engagement de la procédure accélérée ou le contenu de l’étude d’impact d’un texte ».

Ceci dit, un parti sans majorité absolue, est-ce grave ?

En réalité, analyse Paul Ackermann, correspondant du journal suisse Le Temps à Paris, « une opposition solide est primordiale dans une démocratie. La démocratie ne fonctionne pas longtemps sans une opposition qui pèse vraiment, une force qu’on est obligé de prendre au sérieux, à laquelle on doit vraiment répondre, y compris par des actes et des mesures. Le pouvoir doit rendre des comptes, il devient meilleur quand il est surveillé, “challengé” comme diraient les startupers chers à Emmanuel Macron. Sans réelle opposition parlementaire et politique, le risque est que le parti au pouvoir aggrave ses travers, s’obstine et aille trop loin. Ou, pire, que les frustrations, il y en a beaucoup en France, n’aient pas d’autre choix que le chaos pour s’exprimer. Jusqu’à la prochaine élection, où le pire serait à craindre… » (5) 

Emmanuel Macron a rencontré mardi et mercredi les responsables des principaux partis politiques qui siègent à l’Assemblée nationale « afin d’identifier les solutions constructives envisageables au service des Français », a déclaré l’Élysée à l’AFP. Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a dit avoir invité le président, lors de son échange avec celui-ci, à entrer dans une phase….« beaucoup plus parlementaire » de l’exercice du pouvoir !

Prenant « acte » du choix des Français aux législatives, Emmanuel Macron a d’ailleurs reconnu et constaté, dans son allocution télévisée de ce mercredi soir, « qu’aucune force politique ne peut aujourd’hui faire les lois seule ». La responsabilité du camp présidentiel est « donc de s’élargir », en apprenant à « gouverner » et à « légiférer différemment »(6).

Et ce, d’autant plus que « le système politique français vient de changer de nature. Nous entrons en régime parlementaire ! », constate le journaliste catholique Patrice de Plunkett, dans son édito matinal à RCF, Radios chrétiennes de France(7). « Pour la première fois [dans l’histoire de la Ve République], la composition du gouvernement sera le produit, non du bon plaisir de l’Elysée, mais du nouveau paysage parlementaire… »

Et, ajoute Patrice de Plunkett, « la Ve République prend un tel virage qu’on peut se demander si nous ne sommes pas en train de basculer dans une VIe Républiquequi risque fort de ressembler à ce qu’avait été la IVe, dont peu de gens se souviennent aujourd’hui mais qui fut le régime de l’instabilité chronique (…) Ce qui annonce une époque de négociations permanentes, de motions de censure [les Insoumis ont annoncé la première pour début juillet], de gouvernements renversés [L’article 49 al. 3 ne devrait pas souvent être sollicité] et d’élections anticipées  : nos grands-parents connaissaient tout ça par cœur, mais pour nous ça va être une découverte.…. »(7)

En clair, nos parlementaires vont devoir (ré)apprendre à  parlementer…

Car, si les institutions de la Ve République opposent souvent les blocs, le dialogue reste parfois le seul chemin pour dégager des majorités stables.

 « Problème », souligne Paul Ackermann : on l’a bien vu dimanche soir dans les réactions des principaux concernés, la culture politique française est complètement étrangère aux notions de consensus et de coalitions larges pour qu’un parlement ainsi explosé puisse fonctionner. Mélenchonistes et Lepénistes se lançaient déjà dans l’invective. Christian Jacob, le patron des Républicains, repoussait toute main tendue pour participer à une majorité élargie. On est loin de la recherche de solutions. Bien gouverner à la proportionnelle, comme en Allemagne ou en Suisse, nécessite une souplesse que la classe politique française va devoir acquérir au plus vite. A défaut, on se dirigera vers des guerres de tranchées qui paralyseront la France ou forceront Emmanuel Macron à présider par la force (on évoque déjà une dissolution dans un an – un pouvoir à usage unique et les exemples récents israéliens et espagnols ont montré que les électeurs opéraient rarement des choix très différents.- et des lois passées par l’article 49.3 de la Constitution, sans débat au parlement). Un ultra-présidentialisme qui mettra de l’huile sur le feu d’une colère populaire qui n’en avait vraiment pas besoin »(8).

 Enfin, beaucoup de commentaires ont été catastrophés du nombre de députés RN : si certains se veulent rassurants [on ne verrait pas souvent les députés RN au palais Bourbon – siège de l’assemblée nationale, sauf au service comptabilité], le fait, pour ce parti, de disposer d’un groupe important, lui donne des droits non négligeables, de nature à contribuer à banaliser ses interventions.

Ainsi, les groupes disposent notamment de collaborateurs, d’une dotation financière (environ 10 millions d’euros pour l’ensemble des groupes), de bureaux ou encore de salles de réunion, et peuvent prétendre à des postes à responsabilité (au Bureau de l’Assemblée et au sein des commissions) et ainsi peser dans le travail parlementaire. C’est aussi la garantie d’avoir un temps de parole consacré lors des séances publiques, vu que le règlement de l’Assemblée prévoit que la moitié des questions au gouvernement sont posées par des députés de groupes d’opposition. De quoi permettre aux députés RN de davantage imposer leurs thèmes de prédilection dans le débat politique au Palais-Bourbon. Devinez lesquels !

 « (Les) textes (du groupe RN) n’auront aucune chance de passer, précise Olivier Rozenberg, chercheur à Science Po, spécialiste des Parlements européens. Mais les députés RN pourront, [s’ils sont vraiment assidus], gagner en visibilité, forcer les Républicains, voire La République en marche, à se positionner sur leurs sujets… Ils auront davantage d’outils pour faire des coups politiques. » (9)

Décidemment, comme le dit le proverbe chinois, cité par Patrice de Plunkett dans sa chronique, « nous allons vivre des temps intéressants » ! (10)

Notes :

(1) https://www.dalloz-actualite.fr/flash/l-assemblee-eclatee-facon-puzzle

(2) Reports de voix, profils des abstentionnistes : que nous apprend le second tour des législatives ?

(3) https://www.dalloz-actualite.fr/flash/l-assemblee-eclatee-facon-puzzle

(4) Sous le prétexte d’être le groupe le plus important. Sauf que, selon le règlement pour la commission des finances, la présidence de celle-ci ne revient pas au premier Parti d’opposition mais au député appartenant à un groupe d’opposition qui recueille le plus de voix. A l’évidence, ce sera 89 pour le RN et 150 pour le représentant de la Nupes. Sauf si la majorité vote pour le RN ou LR.

(5) https://www.letemps.ch/opinions/emmanuel-macron-face-besoin-dopposition-democratie

(6) Prendre connaissance de « l’Adresse aux Français » du 22 juin, 20h00

(7) Assemblée nationale : nous allons « vivre des temps intéressants »

(8) https://www.letemps.ch/opinions/francais-imposent-une-proportionnelle-classe-politique-seratelle-hauteur

(9) D’après Le Rassemblement national a assez de députés pour former un groupe parlementaire : voici ce que ça change

(10) Assemblée nationale : nous allons « vivre des temps intéressants »

« Le seul avenir de l’abstention, c’est l’autocratie »

Abstention, danger !    

Le battage sondagier autour des législatives des 12 et 19 juin a pu semblé bien timide, comparé à celui de l’avant-présidentielle. Certes, l’exercice s’avère plus délicat sur 577 circonscriptions, mais parlons net : passée « l’élection reine »(sic), le scrutin parlementaire a-t-il aussi peu mobilisé qu’en 2017 (57,4 % d’abstention au second tour) ?   

Réponse : 52,5 % des personnes inscrites sur les listes électorales ne sont pas allées voter dimanche 12 juin. L’abstention atteint ainsi un niveau record pour un premier tour des élections législatives.

Il y a quelque chose de baroque dans cette « monarchie républicaine ». On s’y élève contre une concentration élyséenne indue – et réelle  – du pouvoir, mais on y mise tout sur ladite autorité « jupitérienne » [ce « degré zéro » de la politique se discerne même lors des appels au vote du haut de la chaire, en église, quand il y en a – en soi scandaleux et d’ailleurs interdit – exclusivement focalisés sur « la présidentielle », mais jamais sur les municipales, départementales, régionales, ou législatives, et encore moins européennes]. 

Curieuse manière d’en appeler à la fois à un rééquilibrage des pouvoirs prenant mieux en compte les réalités de terrain, et de bouder le moment d’y pourvoir.   Les députés portent, eux aussi, un double corps, en tant qu’élus d’un territoire et de la nation tout entière. Cette articulation est, par principe, nécessaire à la survie d’une démocratie décentralisée, comme le rappelaient Pierre Dharréville (député communiste depuis 2017 dans la 13ème circonscription des Bouches-du-Rhône) et Barbara Pompili (« marcheuse », ancienne ministre de la Transition écologique dans le gouvernement Castex, de 2020 à 2022) dans le dossier « En notre nom », troisième volet d’une série politique proposée par la Revue Projet.  

Le désamour parlementaire mêle en fait plusieurs aspects, quitte à les confondre. Une représentativité formelle défaillante (plus de 60 % de cadres supérieurs dans l’hémicycle, 39  % de femmes et 450 députés issus de la tranche d’âge 40-69 ans) et un reflet tronqué des fractures partisanes. De là, une légitimité jugée contestable, ajoutée à l’hostilité envers toute forme de représentation. Qu’on se souvienne des Gilets jaunes.    

Tout ceci appelle refonte institutionnelle, meilleure considération du citoyen et nouveau pacte politique. 

Tout, sauf le silence des urnes. Le seul avenir de l’abstention, c’est l’autocratie. 

En toile de fond des dernières élections, une crise de défiance historique entre les Français et leurs élus. Comment faire évoluer le système représentatif pour le rapprocher des attentes des citoyens ? Dans ce dossier à (re)découvrir, 3e volet de la série « Réinvestir la démocratie », la Revue Projet propose un état des lieux sans concessions et ouvre le débat sur les nouveaux enjeux à même de faire renaître la représentation.

Bonne lecture édifiante !

« Plus la voiture coûte cher, moins le conducteur est civique » ou Comment l’expérience du pouvoir change l’individu

« Goofy – Motor Mania » :  un dessin animé dans lequel Dingo incarne l’américain moyen des années 50 au volant d’une voiture : de piéton doux comme un agneau, il se mue en fou du volant…

« Si je suis élu, vous aurez beaucoup de pouvoir, vous n’aurez besoin de personne d’autre. »[“If I’m there, you’re going to have plenty of power, you don’t need anybody else.”]. Ainsi s’adressait Donald Trump aux chrétiens américains, lors d’un meeting dans l’Iowa, en 2016.  Sauf que cet « autre » inclut Jésus et Dieu, estime le théologien catholique William T. Cavanaugh, interviewé, avec le méthodiste Stanley Hauerwas, par l’hebdomadaire protestant Réforme (02/06/22).

Et William T. Cavanaugh de s’inquiéter du fait que certains chrétiens « (soient) prêts, pour consolider une influence sur le déclin et retrouver un pouvoir coercitif, à s’allier avec le pouvoir politique »

Or, comme l’écrivait Montesquieu, « Que quiconque possède le pouvoir ait tendance à en abuser est une vérité éternelle ». 

Scandales financiers, judiciaires, abus physiques, psychologiques ou sexuels dans l’arène politique, médiatique, religieuse ou policière : les exemples d’abus de la part de personnes détenant l’autorité ou du pouvoir sur autrui ne manquent pas.  

Posséder un pouvoir social, est-ce vraiment se préparer à aller trop loin et en abuser ? Ne pourrait-on plutôt considérer que celles et ceux qui aspirent intensément au pouvoir cocheraient déjà les cases du profil à risque, à cause de certains traits individuels comme le narcissisme le machiavélisme ou la psychopathie ?  

On ne peut l’exclure, mais réduire l’exercice inapproprié du pouvoir à la simple conséquence de problèmes individuels ne permet pas de rendre compte des transformations qu’il peut produire chez n’importe quel individu lorsqu’il y accède. Plusieurs études montrent en effet que quiconque fait l’expérience du pouvoir adopte un état d’esprit particulier qui pourrait favoriser des comportements plus autocentrés et moins civils. Repérer les risques du pouvoir n’est donc pas inutile, pour ceux qui l’exercent… ou le subissent.

Parmi ces effets : 

 Une moindre capacité à se mettre à la place d’autrui

 La reconnaissance des émotions qui se lisent sur les visages

 « Plus la voiture coûte cher, moins le conducteur est civique »

 La désinhibition

Certes, il s’agit d’expérimentations limitées et d’études qu’on ne peut directement appliquer au comportement de tel ou tel personnage politique.

Cependant, on observe que l’histoire politique est émaillée d’exemples de métamorphoses que l’accès au pouvoir semble avoir provoquée (on parle parfois de syndrome d’hubris – ou de démesure).  Au laboratoire ou dans l’arène politique et sociale, ces faits font écho d’une certaine manière aux théories de Montesquieu, dont une partie de l’œuvre était justement consacrée à préconiser une division des pouvoirs afin d’en prévenir les effets les plus pernicieux.

En clair, un pouvoir partagé, exercé pour une durée limitée, et qui rend des comptes.  

Lire le détail de l’analyse.

Sondage exclusif : « Qui s’intéresse encore à la Bible ? »

Revivez la conférence « Les Français et la Bible », au collège des Bernardins

Les Français ont-ils une Bible chez eux ? La lisent-ils ? Comment considèrent-ils ce texte ? 

Une soirée organisée au Collège des Bernardins, jeudi 2 juin, a présenté en avant-première les résultats du sondage « Les Français et la Bible », publié le 03 juin dans La Croix L’Hebdo.

Cette enquête a été réalisée par l’Ifop pour l’Alliance Biblique Française, en partenariat avec La Croix L’Hebdo, grâce au soutien des Fondations FLAM et Bible & Culture. Elle s’inscrit dans la continuité des précédents sondages menés par l’Alliance Biblique Française en 2001 et en 2010.

Lire le rapport complet de ce sondage.

L’enquête fait apparaître un net recul de la lecture de la Bible et de la connaissance de ses textes et de ses grandes références au sein de la population. Un peu plus d’un quart des Français (27 %) possèdent une Bible alors qu’ils étaient 42 % en 2001. Gautier Jardon, chargé d’études à l’Ifop, dresse le constat suivant :
« Alors que les récits bibliques ont constitué pendant des siècles toute une partie de notre référentiel commun, ils sont en train progressivement de s’effacer des mémoires collectives et n’évoquent plus grand-chose, dans les jeunes générations notamment. Le phénomène de déchristianisation est donc bien plus profond que le seul effondrement de la pratique religieuse. »  

En clair, beaucoup de travail attend l’Alliance Biblique Française, dont le cœur de mission consiste à mettre la Bible à la portée de tous et la transmettre aux futures générations ; créer des ponts entre le texte biblique et la société civile, de sorte que le premier soit lu et compris par le second !

A noter que seul un quart des Français souhaiteraient connaître davantage la Bible (25%), surtout parmi les catholiques déjà pratiquants (67%) ou dans une moindre mesure parmi les protestants (49%). Une majorité des concernés voudraient approfondir leur connaissance de la Bible via de la littérature spécialisée (64%) et une petite moitié via les Églises (44%) mais seulement une minorité par l’école ou l’université (24%).

Revivez plus haut la conférence avec Gautier Jardon (chargé d’études à l’Ifop), le Père Eric Morin (bibliste au Collège des Bernardins), et Kristel Adams (chanteuse). La soirée était animée par Élodie Maurot, journaliste à La Croix.

À l’occasion de la sortie de ce nouveau sondage, l’équipe de l’Alliance Biblique Française est allée à la rencontre des Français. Elle a tendu son micro sur le parvis de l’Église Saint-Sulpice, à Paris, et posé quelques questions aux passants sur leur rapport à la Bible. Le résultat est savoureux :