Retour sur la rencontre du 19/11/17 avec le Dr. Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », au CEIA.

Pour le Dr Mukwege, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour éduquer les petits garçons « au regard » sur les petites filles.

Denis Mukwege, pasteur et chirurgien congolais, est en première ligne contre la violence faite aux femmes. Quel rôle avons-nous à jouer pour soutenir ce combat pour la défense des droits des femmes en Afrique, mais aussi ailleurs ? Quel pourrait être la part de l’Église dans l’éducation au regard des hommes sur les femmes  (et inversement) ?

Dimanche 19/11, j’ai eu l’occasion de me rendre, avec mon épouse, au Centre Évangélique d’Information et d’Action (CEIA),  le rendez-vous annuel du protestantisme évangélique, à Dammarie-les-Lys, près de Melun. Le thème de cette édition était « Bible et guérison ».
J’ai pu y retrouver certaines connaissances – tenant des stands – et avoir la joie d’en faire de nouvelles, notamment Ruben Nussbaumer (directeur de BLF éditions) et Nicolas Fouquet (en charge de l’éducation au développement, au SEL), que je remercie pour m’avoir aimablement invité à participer à une rencontre exceptionnelle avec le Docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » victimes de violences sexuelles au Kivu (Congo). La présence de ces trois hommes n’était pas fortuite. En effet, les deux premiers sont respectivement co-éditeur et auteur du livre « ils ont aimé leur prochain » (1), par ailleurs préfacé par le troisième. Cet ouvrage, qui s’inscrit dans les 500 ans de la Réforme, retrace le parcours de 30 figures chrétiennes (dont le préfacier) qui se sont engagées dans différents domaines de la solidarité au cours de l’histoire de l’Église [un 31ème, laissé en blanc, reste à écrire par le lecteur].

Rencontre en deux temps avec le docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », préfacier du livre « Ils ont aimé leur prochain », dimanche 19/11

La rencontre s’est déroulée en deux temps : une conférence de presse de 30 minutes, au cours de laquelle le Docteur Mukewege et Nicolas Fouquet ont pu échanger avec plusieurs responsables de médias chrétiens/communication d’organismes/d’œuvres chrétiennes (Gospel mag, Croire et vivre, Christianisme aujourd’hui, La Gerbe, Fédération Protestante de France…), dont moi-même et ma moitié, pour Pep’s café ! . Le tout suivi d’une conférence publique devant 200 auditeurs, introduite par Patrick Guiborat, Directeur Général du SEL et initiateur du Défi Michée en France, et Étienne Lhermenault, président du CNEF et membre du conseil d’administration du CEIA.

Que retenir des différentes interventions du Docteur Mukwege ?

Deux choses entendues lors de la conférence de presse m’ont interpellé :

Premièrement, ce qui lui permet « d’espérer dans l’avenir », c’est « la force de résilience des femmes » qu’il soigne et accompagne. Car, dit-il, celles-ci « ne vivent pas pour elles-mêmes mais sont tournées vers les autres, la communauté » et « sont enclines au partage ». Ainsi, affirme-t-il, notre monde se porterait sans doute « beaucoup mieux » et pourrait changer, avec une meilleure répartition des ressources de notre planète généreuse, si plus de femmes étaient appelées à de hautes responsabilités, au sein du gouvernement des États. Mais est-il nécessaire de nous poser une telle question ? Avons-nous évolué depuis la pièce du comique grec Aristophane « l’Assemblée des femmes »(392 av JC, à une époque où seuls les hommes libres siégeaient à l’Assemblée du Peuple, « l’Ekklesia »), dont le message est simple : « …Je dis qu’il nous faut remettre le gouvernement aux mains des femmes », puisque « c’est à elles, en effet, que nous confions, dans nos maisons, la gestion et la dépense. » Toutefois, il est difficile de savoir, ne vivant plus à l’époque des Grecs anciens, si le but d’Aristophane était de se moquer des femmes, ou au contraire de les louer pour leur initiative.

Deuxièmement, le docteur nous invite à miser sur l’éducation de cette génération, notamment « l’éducation au regard » que nous, les hommes, pouvons porter sur les femmes. Ainsi, affirme-t-il, « lorsque nous enseignons aux garçons de ne pas pleurer », de refouler leurs sentiments, « nous nous faisons du mal sans nous en rendre compte ». Certes, il existe des lois, des forces de police et de justice contre les violences, mais il importe de prévenir celles-ci. Pour cela, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour enseigner aux enfants (notamment les garçons) la considération de l’autre sexe, pour ne pas le maltraiter une fois adulte.
Or, m’a souligné mon épouse, par ailleurs enseignante dans le privé et engagée dans la promotion de l’éducation chrétienne en France, « le respect mutuel des sexes, ainsi que le respect de la différence, sont une telle évidence pour nous en tant que chrétiens nés et éduqués dans un pays occidental et démocratique…que nous pourrions oublier de l’intégrer parmi les objectifs pédagogiques et éducatifs d’une école chrétienne.  »

Et aujourd’hui, combien encore, parmi les chrétiens, pensent que l’homme est supérieur à la femme et que celle-ci n’a pour seul droit que de se taire ou de s’occuper des enfants ?

Le Docteur Mukwege a tenu ensuite un discours durant la conférence publique qui a suivie, laquelle était adressée à tous ceux qui sont appelés à être « le sel de la terre » et à « transmettre un message de guérison » selon le mandat de Marc 16v15-18 et « le programme de guérison et de restauration de l’humanité blessée » en Luc 4v18-19 et en Genèse 3v15.

Dans son plaidoyer, le Docteur nous a expliqué la situation au Kivu, une zone en apparence « bénie » puisque riche en minerais. Mais ces minerais sont en réalité des « minerais de sang » (notamment le coltan, servant à fabriquer les smartphones et ordinateurs portables), et qui constituent l’enjeu de guerres entre milices. L’arme la plus utilisée pour le contrôle de ces zones minières est le viol de masse des femmes et des enfants : une stratégie de destruction planifiée et non le fait de pulsions sexuelles. Et une guerre « à moindre coût » qui détruit les communautés.
Lui-même dit avoir mis du temps à le réaliser : En 1999, après que la guerre au Rwanda a débordé au Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il découvre une patiente mutilée. Il a d’abord pensé à l’acte isolé d’un barbare mais quelques mois plus tard, dit-il, des dizaines de nouvelles victimes sont accueillies à l’hôpital de Panzi où il exerce. Depuis, près de 50.000 victimes de ces viols ont été prises en charge de manière « holistique »(soins médicaux, assistance psychologique mais aussi socio-économique, judiciaire et juridique). La plus jeune des victimes ayant 6 mois et la plus âgée 80 ans !

De ce discours, je retiendrai encore trois choses :

Premièrement, une autre « évidence » : le Royaume de Dieu (ou l’Eglise ?) est « un corps, composé de membres de toutes origines » et « la souffrance [d’un membre, qu’il soit en Syrie, en Irak, au Yémen ou en RDC…] affecte tout le corps ».

Deuxièmement, tout disciple de Jésus-Christ doit témoigner des trois attitudes indispensables : « compassion, engagement et proclamation » [soit d' »affirmer hautement quelque chose » cf Esaïe 52, et, c’est moi qui souligne, les chrétiens ne sauraient se taire]. La compassion, c’est « souffrir avec » ceux qui souffrent. Elle n’est pas une simple « sympathie » mais un amour profond chérissant toute l’humanité, qui nous pousse à aller plus loin pour remédier/mettre fin à la souffrance, ou du moins, la soulager, pour conduire à l’espérance. Et aucune guérison divine n’est possible sans compassion, qui est le moteur de notre engagement.

La compassion est même « une obligation ». D’ailleurs, moi-même, dans une situation analogue à celle que vit celui ou celle qui souffre, qu’aurai-je voulu voir dans le regard de l’autre ? »

Le Docteur Mukwege nous prévient : l’Église doit montrer le visage du Christ. Elle ne doit pas « fermer ses yeux et ses oreilles » et ne pas oublier qu’elle vit dans le monde réel. L’on peut ainsi « parler du ciel » en étant « déconnecté du réel ». Or, dit-il crûment, « l’Église qui a perdu la compassion a perdu son âme ». Elle n’est plus que « du sel qui a perdu sa saveur ».

Par ailleurs, l’engagement ne saurait se limiter à de l’aide « directe » et « locale » aux victimes, mais implique de prendre en compte une réalité plus large encore : la lutte contre la globalisation sauvage, sachant que nos modes de vie individuels et collectifs peuvent être sources d’injustices et de déstabilisation dans d’autres parties du monde.

Troisièmement, le Docteur Mukwege peut-il être une source d’inspiration pour notre génération ? Comme je l’ai rappelé plus haut, il fait partie « des 30 » qui « ont aimé leur prochain », dans le livre de Nicolas Fouquet. Et, détail intéressant, lorsqu’il lui est demandé qui est sa propre source d’inspiration, il nous parle d’un parfait inconnu (pour moi, en tout cas) : un pasteur/missionnaire norvégien en Afrique, dont les écrits ne sont actuellement pas traduits en français (mais sans doute accessibles en anglais). Ce qui a fait sourire la salle, personne ne se voyant lire du norvégien !

Enfin, le 31ème portrait « laissé en blanc », à la fin du livre précité, doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». La question reste ouverte, mais j’aime à croire que le Docteur Mukwege apprécierait d’y répondre.

 

Note : 

(1) Fouquet, Nicolas/Mukwege, Denis(Préf.). Ils ont aimé leur prochain. BLF/SEL, 2017.  Voir la présentation du livre sur les sites de BLF et du SEL.

 

Voilà, voilà….

Voilà, voilà

Voilà, voilà, que ça recommence

Partout, partout et sur la douce France

Voilà, voilà, que ça recommence

Partout, partout, ils avancent

La leçon n’a pas suffit

Faut dire qu’à la mémoire on a choisi l’oubli Partout, partout, les discours sont les mêmes

Etranger, tu es la cause de nos problèmes

Moi je croyais qu’c’était fini

Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit

Voilà, voilà …
La leçon n’a pas suffit

Faut dire qu’à la mémoire on a choisi l’oubli

Dehors, dehors, les étrangers

C’est le remède des hommes civilisés

Prenons garde, ils prospèrent

Pendant que l’on regarde ailleurs

Prenons garde, ils prospèrent

Pendant que l’on regarde ailleurs

« Voilà, voilà …The lesson was not learned Remembers they choosed forget Everywhere I hear what they say Foreigners you are the cause of our problems Me I thought it was all over But in fact, it was only a pause Voilà, voilà, it starts again Everywhere and in la douce France Voilà, voilà, it starts again They are coming

Voilà, voilà ..Rachid Taha (1993. Album « Carte Blanche ». 1997)

Le Mexique sous emprise du Coca : comment résister ?

 

Au Mexique, Coca-Cola a acquis un pouvoir considérable. Dans le sud du pays, au Chiapas, l’un des états les plus pauvres, la multinationale américaine a fait main basse sur l’eau et sur la vie de ses habitants. Le Chiapas est considéré comme le réservoir d’eau du Mexique. Dans les années 80, la firme Coca Cola installe à San Cristobal de Las Casas sa plus grosse usine, qui emploie près de 300 personnes. Elle y pompe l’eau nécessaire à sa production, puisant directement dans la nappe phréatique de la ville jusqu’à en assécher certaines communautés alentours. Pour fabriquer 1 litre de Coca, il ne faudrait pas moins de 6 litres d’eau. Et les bénéfices de cette industrie ne semblent pas encourager les pouvoirs publics à affronter les problèmes de son réseau hydrique vétuste. Entré dans l’ALENA en 1994, le Mexique a suivi les pas des Etats Unis dans sa politique néolibérale. La multinationale américaine s’est ainsi immiscée partout. Pas un village qui ne soit labellisé aux couleurs rouges et blanches de la marque.

Les Mexicains sont devenus les plus gros consommateurs au monde de soda et notamment de Coca-Cola. Lors des cérémonies et rituels mayas, la boisson gazeuse remplace désormais les boissons fermentées d’autrefois. Des conséquences sanitaires désastreuses en découlent : 70 % de la population, sevrée également à la malbouffe, est en surpoids. Le diabète est l’une des principales causes de mortalité. Face à ce fléau, certains habitants tentent se mobilisent et tentent de se réapproprier leur ressource naturelle. 

« Mexique : sous l’emprise du Coca », un documentaire réalisé par Julie Delettre, produit par Wild Angle et diffusé sur « Public Sénat » le 01/10/16, dans le cadre de la série « Les Dessous de la Mondialisation », ou les faces cachées de la fabrication des produits que nous consommons.

A voir et à partager, pour mieux rejeter cette « règle du jeu » édictée par les puissants et qui nous est présenté comme « acquise » : nous voler ce qui est vital, « gratuit » et « de droit », pour nous faire payer à la place un produit « moins bien » et même néfaste pour la santé.

A lire et méditer, en complément :

« Holà, vous tous qui avez soif, voici de l’eau, venez. Même sans argent, venez ; prenez de quoi manger, c’est gratuit ; du vin ou du lait, c’est pour rien. A quoi bon dépenser de l’argent pour un pain qui ne nourrit pas, à quoi bon vous donner du mal pour rester sur votre faim ? Ecoutez-moi bien, et vous aurez à manger quelque chose de bon, vous vous régalerez de ce qu’il y a de meilleur » (Es.55v1-2. BFC).

« Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’où jaillira la vie éternelle » (Jean 4v13-14. BFC).

« Vous le savez bien : si vous vous mettez au service de quelqu’un pour lui obéir, vous devenez les esclaves du maître auquel vous obéissez » (Rom.6v16. BFC)

Voir aussi, comment, dans Marc 5v1-20, Jésus a libéré, non seulement un homme, mais aussi toute une économie locale d’un système « impur ».

 

Les vœux de Pep’s café pour 2017 : pour une joyeuse année, marquée par l’espérance, la résistance et la persévérance !

« Une nouvelle année, et nous sommes vivants aujourd’hui », écrivais-je il y a un an. C’est encore vrai aujourd’hui, à l’heure où je publie le présent article. Et ce blogue aura quatre ans, lundi 09 janvier. Nous fêterons son anniversaire le vendredi 13 janvier.

En 2016, vous avez pu être troublé ou éprouvé, et l’avenir qui se profile ne semble pas rassurant du tout. C’est pourquoi- plus que jamais – il est vital de continuer à vivre, en témoin véritable et en fidèle disciple de Jésus-Christ, à contre-courant de ces deux mensonges du XXIe siècle, qui semblent s’imposer tels des rouleaux compresseurs : le seul « nous n’y pouvons (plus)rien » (conduisant au déterminisme et au fatalisme, avec une absence de foi et de confiance) et le seul « tout nous est possible » (avec une absence de garde-fou).

 

Et pour 2017, je vous souhaite :

Une nouvelle année : « nouvelle », de qualité, et promesse de pouvoir « repartir à zéro ».

Une nouvelle année joyeuse, pleine d’espérance : plus dans le retour certain de Jésus-Christ que « dans les prochaines élections » ou dans « les messies politiques », « les hommes(ou les femmes) fort(e)s »(1).

Une nouvelle année marquée par la persévérance : surtout, « ne te lasse pas en faisant le bien »(Gal.6v9), même si le contexte n’est pas favorable à cela. Et « persévère dans l’amour fraternel » (Hébr.13v1)

Une nouvelle année marquée par la vigilance, la prudence(ou la sagesse) et la résistance, à contre-courant de l’uniformisation ambiante, et des « sophismes »(sagesses qui ne le sont que d’apparence)de ce siècle : le pragmatisme et l’utilitarisme(2) (cf Rom.12v2).

Une nouvelle année marquée par la sécurité : pas ces « petites sécurités » bien commodes mais illusoires que sont « les enfers tranquilles ». Mais la meilleure et la plus grande de toutes, qui est de demeurer dans la volonté de Christ.

Une nouvelle année marquée par l’humour, que l’on apprendra à manier : sachant que « humour » (à ne pas confondre avec « ricanement » ou « moquerie ») est composé des mots « humilité » et « amour ».

Une nouvelle année marquée par le souci de la justice, dans les standards de Dieu : ne manquez d’ailleurs pas de relire, à ce sujet, « la Loi, les Prophètes et les Psaumes » (tout l’Ancien Testament), et surtout l’interprétation de la Loi, donnée par Jésus-Christ Lui-même dans le Nouveau Testament. Ne manquez pas non plus de voir ou revoir « les dessous de la mondialisation ou comment Coca Cola colonise le Mexique », sur Public Sénat (3), pour mieux rejeter ce qui est présenté comme « acquise » cette « règle du jeu » édictée par les puissants : te voler ce qui était jusque-là « gratuit » et « de droit », et te faire payer un produit « moins bien » et même néfaste pour la santé.

Une nouvelle année marquée par le souci de la vérité et l’ancrage dans le monde réel, à mille lieux du fantasme et de l’idéalisé.

Une nouvelle année marquée par la force et l’unité véritables : car « la grande faiblesse des méchants, c’est que leur méchanceté les divise. Il faut beaucoup de bonté et d’amour pour s’unir, et seule l’union fait la force »(4). Tout dépend ensuite au nom de qui et comment l’on s’unit (cf Eph.4v1-6). Et « l’amour ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt » (1 Cor.13v5. TOB).

Une nouvelle année marquée par le retour du « bien commun » : car il est vital de « suivre les règlements établis pour le bien commun. C’est une question de vie ou de mort » (5).

 

 

 

 

Notes :

(1)A l’instar de Benoît, blogueur catholique et co-fondateur des « Cahiers libres ».

(2) Pour le pragmatisme, la vérité n’existe pas : ce qui est vrai, c’est « ce qui marche ». Il n’y aurait donc plus de « théorie », mais seulement de la « praxis », de l’action. Je ne peux donc voir ou concevoir aucune idée, mais seulement faire des expériences. L’utilitarisme, quant à lui, dit « adieu aux idéaux » (qualifiés de « discours »), et incite à croire « qu’on n’a plus du tout à se soucier de savoir si une action est vertueuse au départ ; la seule chose qui importe est qu’elle soit vertueuse à l’arrivée ». L’utilitarisme est également « im-prudent, puisqu’il incite à agir en fonction d’un futur (toujours hypothétique) en refoulant (ou ignorant) l’examen du présent (toujours certain). Et il rend « désuète la morale (ce qui vaut pour tous), au profit de l’éthique (ce que j’ose faire, y compris contre tous) ». Voir notre article à ce sujet.

(3) Voir https://youtu.be/WxPFdegA6T8  et lire https://reporterre.net/Au-Mexique-la-population-manque-d

(4) Une  « perle » découverte dans un vieux album jeunesse datant de 1944 : « les aventures de mademoiselle Hortense » d’Herman Grégoire. Ill. de Roger Sam. Edition Archat Lyon-Paris, p 69.

(5) A lire dans le même album cité plus haut, pp75-76. Contexte : pourchassés par des bandits, les héros – un jeune prince de 14 ans et une vieille demoiselle, mademoiselle Hortense – arrivent à un refuge non gardé : « il n’y avait(…) âme qui vive(…) mais tout y était dans un ordre parfait. Une pancarte au mur expliquait ce mystère : « prenez ce qui vous est nécessaire et remettez tout en place ».

– « C’est bien la première fois, s’écria mademoiselle Hortense, que je vois une pareille recommandation aussi bien suivie ».

– « En montagne, répondit le prince Armor, il faut suivre les règlements établis pour le bien commun. C’est une question de vie ou de mort ».

 

 

 

 

 

 

 

Dormir pour résister

"Restez éveillés, je le veux !" Semble-t-on nous dire en permanence... (Source : adbusters.org)

« Restez éveillés, je le veux ! » Semble-t-on nous dire en permanence…
(Source : adbusters.org)

Quand « dormir, c’est résister », titre un article du dernier numéro (115, de Décembre, pp 8-9) de « La Décroissance », qui nous annonce une « excellente nouvelle » : cette phase de notre vie qu’est le sommeil, « non dédiée à la production, à la consommation et à la communication, est en passe d’être enfin exploitée », rentabilisée, rationnalisée, contrôlée, réduite, voire en passe de disparaître, « si la science le permet ». « Sleep is the enemy of capital », comme on peut le lire sur Adbusters.

Selon « La Décroissance », Jonathan Crary, auteur du livre « Le capitalisme à l’assaut du sommeil », « a trouvé cette belle formule : impératif 24/7, pour décrire ce nouvel environnement qui se caractérise par une inscription généralisée de la vie humaine dans une durée sans pause, définie par un principe de fonctionnement continu. Un temps qui ne passe plus, un temps hors cadran ». Car, « plus rien ne s’arrête, de jour comme de nuit, la semaine comme le week-end. Des revendications de plus en plus soutenues pour que les magasins soient ouverts les dimanche et les jours fériés, ou que les services, commerces et salles de sport ferment de plus en plus tard le soir-et ouvrent, pour certains clubs de fitness, dès 6h30 le matin-à l’emprise dévorante de nouvelles technologies fonctionnant en permanence, en passant par l’urbanisation croissante des sociétés, avec son lot de lumières artificielles et d’enseignes contribuant à faire disparaître la nuit, tout concourt à ce que rien ne s’arrête jamais, plus de pause véritable, juste parfois un état de veille. Comme l’état dans lequel sont laissés les machines auxquelles nous sommes sommés de ressembler et d’adopter le rythme. Marchés actifs 24 heures sur 24 pilotés par des algorithmes(…)impératif de rester connecté pour ne rien manquer : informations débitées en flux continu, tweets incessants, ou encore la moindre notification sur Facebook…et cela, tout en alimentant soi-même l’insatiable machines en messages, photos, vidéos…telle est la nouvelle condition humaine(….) Ralentissons ce processus, dormons. »Car dormir, c’est résister.(Op. cit. IN La Décroissance, décembre 2014, numéro 115, p.8).

A noter que l’on ne saurait prendre la question du repos nécessaire-et notamment du sommeil-à la légère. Voir ce que la Bible dit à ce sujet : cf Deutéronome 5v12-15 ; Lévitique 26v34-35 et ss ; et voir cette étude sur le site « la Bible : enquête et témoignage » http://bibleenquetetemoignage.blogspot.fr/2014/08/lannee-de-relache-et-le-jubile.html

 

A lire :

https://www.adbusters.org/blogs/sleep-enemy.html (en anglais)

https://resistanceinventerre.wordpress.com/2014/05/24/le-capitalisme-a-lassaut-du-cout-du-sommeil/

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-est-crucial-resister-aux-incitations-monde-moderne-dormir-toujours-moins-bruno-comby-898158.html

http://www.babelio.com/livres/Crary-247–Le-capitalisme-a-lassaut-du-sommeil/612354

 

Foireux liens(5) : « à fuir » ou « à éviter »…

Ce n’est pas une question de « morale », mais de « vie ou de mort »…
Face à la banalité ou à la « normalité »(ou ce que l’on veut nous présenter comme tels) de certaines situations, expressions, réactions, décisions, comportements ou même d’objets qui envahissent notre quotidien, certains ne manquent pas de faire de la résistance. Et de nous mettre en garde. Car l’apathie est un danger. Et si l’apathie, elle reviendra…
Nos « foireux liens » font donc leur rentrée de septembre, avec cette petite sélection, privilégiant certains blogs de « juristes » de la « cathosphère », sur le thème de ce qui est « à fuir » ou « à éviter ». De quoi réfléchir pour mieux résister, plutôt que de subir, au-delà de l’indignation simple, et nous inviter à privilégier le fondamental…
« C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie »(1 Cor.10v14)

« Toutes choses me sont permises, mais toutes choses ne sont pas avantageuses; toutes choses me sont permises, mais je ne me laisserai, moi, asservir par aucune ».(1 Cor.6v12)

« Fuyez la fornication: quelque péché que l’homme commette, il est hors du corps, mais le fornicateur pèche contre son propre corps ». (2 Cor.6v18)

« Mais évite les discours vains et profanes, car ceux qui s’y livrent iront plus avant dans l’impiété ». (2 Tim.2v16)

« Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses, et poursuis la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur. Combat le bon combat de la foi… »(1 Tim.6v11-12)

 

« Les français sont-ils des veaux ? » ou Gleeden : place aux anticorps
Un billet de « Koztoujours », publié sur son blogue le 4 septembre 2014, par rapport à nos capacités de « résistance » ou de « tolérance » face à ce qui est affiché de façon ostentatoire, y compris sur les bus :

« Est-ce une coïncidence, un acte manqué, la Providence ? La société Gleeden semble choisir les moments où l’actualité la plus chaude étale crûment devant nos yeux les conséquences personnelles ultimes de l’infidélité – jusqu’à la tentative de suicide de la personne trompée – pour enfoncer un coin supplémentaire dans notre dignité collective par ses campagnes perverses.
Refuser ces campagnes doit être le réflexe de tous, doit être la réaction collective spontanée. Cela s’applique au site et à son principe, ainsi qu’à sa promotion publique, et cela va chercher au-delà, au rang même de notre capacité à former une société.
(…) Mais si votre conscience ne se révolte pas spontanément devant ces affiches, c’est que vous êtes des veaux. C’est que cette société, dans ce qu’elle a d’ultimement mercantile, individualiste, et oppressive, a fait de vous les veaux dont elle a besoin ».

Lire la suite sur http://www.koztoujours.fr/gleeden-place-aux-anticorps

 
Heureux celui par qui le scandale arrive !
Un « coup de griffe » d’Aliocha, journaliste, dans une note publiée sur son blogue le 05/09/14
« Tout le monde connait la formule « Malheur à celui par qui le scandale arrive » mais sait-on d’où elle vient ? De l’évangile de Luc : »Jésus dit à ses disciples : Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales ; mais malheur à celui par qui ils arrivent !
Il vaudrait mieux pour lui qu’on mît à son cou une pierre de moulin et qu’on le jetât dans la mer ». Rassurez-vous fidèles lecteurs, je ne m’en vais pas ici prêcher. La morale n’est pas dans l’air du temps. Elle heurte trop la liberté conçue comme absence de limite et surtout le droit de jouir sans entrave. Vous savez, ce droit dont les médias au sens large nous rappellent à chaque seconde qu’il est sacré et absolu, et pour cause, c’est en appuyant sur ce mécanisme que la société de consommation fourgue à un prix prohibitif le bonheur frelaté d’acheter n’importe quoi(…)Toujours est-il que je voulais juste attirer l’attention sur l’inversion de paradigme qu’est en train d’opérer notre société hyper médiatisée : le scandale désormais est la voie royale vers le bonheur ».

La suite : http://laplumedaliocha.wordpress.com/2014/09/05/test/

 

L’île au Trésor : la banque et les finances publiques
Par « Thomas More », qui signe son grand retour après une longue absence sur son blogue, dans un billet daté du 29 août 2014 :
« Vous vous souvenez, au Bourget, un dimanche de janvier 2012, François Hollande qui est encore candidat à la présidence de la République proclame « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage […], il ne sera pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance » ! La lutte contre la finance devait passer notamment par la séparation des activités dites spéculatives des activités traditionnelles (collecte des dépôts et octroi de crédit) au sein des groupes bancaires remettant en cause le modèle français dit de la banque universelle. Lors d’un récent colloque organisé par Mustapha Mekki et nos centres de recherches respectifs sur le thème du lobbying responsable, j’ai eu l’occasion d’exposer les grandes lignes de l’action de lobbying menée par les banques pour entraver le projet de séparation bancaire en 2013. Parmi les leviers d’influence, il en est un qui semblait assez méconnu : il s’agit des liens entre la banque et l’Etat moderne, au sens large du terme. Ces liens ont permis une plus grande proximité entre le pouvoir et la finance, notamment en France pour de multiples raisons tenant tant à la formation des élites qu’à une longue période de nationalisation des banques mais aussi à une grande familiarité entre l’administration des finances publiques, notamment le Trésor, et la Banque de France, d’une part, et la direction des établissements de crédit, d’autre part…… »

La suite : http://thomasmore.wordpress.com/2014/08/29/lile-au-tresor-la-banque-et-les-finances-publiques/
Article que l’on peut compléter par cette TRIBUNE de Gaël Giraud du CNRS, sur Challenges : d’après le chercheur, le diagnostic de l’ex-ministre de l’Economie était juste: « la question de savoir qui, de l’industrie ou de la finance, est prioritaire en France ».

« L’ex-ministre de l’Economie Arnaud Montebourg avait au moins compris deux choses: la première, c’est qu’il n’y a pas de prospérité économique sans une industrie puissante ; la seconde, c’est que, pour ressusciter l’industrie française, il faut une politique interventionniste audacieuse de l’État.
C’est pour avoir défendu ce point de vue qu’il a été limogé et, du point de vue du débat économique, c’est pourtant lui qui a raison. La politique d’austérité européenne repose sur un diagnostic erroné: le déni du risque déflationniste qui pèse sur notre continent surendetté.
L’Etat n’est pas l’acteur le plus endetté en zone euro (90% du Pib en moyenne, sous forme de dette publique), c’est le secteur bancaire (350%) qui l’est. L’entêtement à donner la priorité au désendettement public a déjà fait la preuve de son inefficacité dans les pays du sud européen. Le seul acteur à qui une telle politique peut bénéficier, ce sont les banques, fragilisées par l’excès de dettes publiques qu’elles détiennent, et qui seraient au tapis si l’Etat français perdait sa côte d’amour avec les marchés….. »

La suite : http://www.challenges.fr/economie/20140828.CHA7074/et-si-montebourg-avait-raison.html

 

Dans la rubrique « ces nouveaux objets qui envahissent notre quotidien », La cigarette électronique, alternative inoffensive ou nouveau produit dangereux ?
Se questionne Thomas Clerget dans un article publié le 8 septembre 2014 sur Bastamag :
« Apparue il y a quatre ans, la cigarette électronique et ses volutes de vapeur garanties sans goudron ni cancérogènes inondent le marché. Au point d’apparaître, y compris pour une partie des milieux médicaux, comme une alternative possible au tabac, dont la consommation continue de tuer, en France, près de 73 000 personnes par an. Mais le risque existe aussi d’une banalisation de l’e-cigarette, ouvrant la porte à de nouvelles formes de dépendance à la nicotine. Cela d’autant plus que les majors du tabac s’intéressent de très près aux opportunités offertes par ce nouveau marché… Une enquête pour éviter l’enfumage ».

L’essentiel sur http://www.bastamag.net/La-cigarette-electronique

 

Après toutes ces mises en garde, « coups de gueule », « coups de griffe » ou « exhortations négatives », quelques exemples « positifs » :

Gaultier Bès et Marianne Durano : veilleurs au nom de leur foi
Le mouvement des Veilleurs, protestataires non-violents et actifs notamment contre le mariage pour tous, a frappé l’opinion ces derniers mois. Rencontre avec Gaultier Bès et Marianne Durano, militants, qui viennent de publier un petit livre percutant sur « l’écologie intégrale ». Si vous l’avez manqué…

Face à « certains étudiants qui [semblent] avoir perdu ce sens du bien commun, car témoignant d’une liberté poussée à l’extrême, dont le slogan dominant est le « pourquoi pas ? », lequel permet toutes les expériences. Une posture terriblement déshumanisante », le témoignage d’un autre cheminement : « la conversion au Christ, un fondement solide pour [notre] vie et [notre] réflexions », qui permet de « s’ouvrir à la différence de l’autre »..

Interview à découvrir ici : http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/Gaultier-Bes-et-Marianne-Durano-veilleurs-au-nom-de-leur-foi

Ou là : http://www.editions-lecenturion.fr/fr/actualites/actualite/82/un-entretien-avec-les-auteurs-de-nos-limites-dans-pelerin-magazine

 

Tu diras à ton fils…
Un billet sous le signe de la rentrée et du Deutéronome, par le bibliste Pneumatis, publié le 29 août 2014 sur son blogue éponyme

Ou l’on parle de transmission(« religieuse »), « des commandements bibliques », d’une « tradition fondatrice », et « de ce qui fait l’homme, de ce qui fait un homme »…d’abord et avant tout au sein de la famille, d’un père à son fils, et ce, sans exclure la pédagogie. Car, « il se trouve que, malgré leur incroyable talent et leur grande compétence pédagogique (pour ceux que je connais) », son auteur croit « que la transmission religieuse par l’école est vouée à l’échec, dans le cadre de l’idéologie scolaire actuelle. Au catéchisme scolaire, la tradition biblique n’est pas transmise, elle est apprise, comme le sont les mathématiques. Or la Bible, avant de s’apprendre – ce qui est nécessaire – doit d’abord, quand c’est possible, se transmettre ».

A lire la suite de cet excellent article : http://www.pneumatis.net/2014/08/tu-diras-a-ton-fils/

 

 

 

Bonnes lectures !

« Résistance » : « Résiste et tance… »

« …..apostrophe, interpelle, réveille… »

 

Voici un mot marquant, et une action, qui m’a occupé l’esprit ces dernières semaines : « Résistance » ou « résister ».

On se souvient peut-être de Marie Durand, l’une des plus grandes figures emblématiques des Huguenots, emprisonnée à 19 ans et pendant 38 ans à la Tour de Constance, de 1730 à 1768, et de son fameux « Register » (résister, en patois vivarais), gravé sur le mur de la margelle de sa prison.

« Résister » signifie « ne pas céder », « tenir bon ».
« Résister » à quoi, à qui ? Et surtout, pour quoi ?
A ce sujet, il est intéressant de constater que « Résistance » est composée des mots « résiste » et « tance ». « Tance », dans le sens d’une interpellation, d’une « apostrophe ». On résiste donc pour faire (ré) agir et réveiller. Ce qui implique que l’on soit soi-même « réveillé » au préalable.
Cette condition essentielle trouve son fondement en Jacq.4v1-8(particulièrement le v7)* :

« D’où viennent les luttes, et d’ou viennent les querelles parmi vous ? N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ?
Vous convoitez, et vous ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir ; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas.
Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions.
Adultères que vous êtes ! ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu.
Croyez-vous que l’Écriture parle en vain ? C’est avec jalousie que Dieu chérit l’esprit qu’il a fait habiter en nous.
Il accorde, au contraire, une grâce plus excellente ; c’est pourquoi l’Écriture dit : Dieu résiste aux l’orgueilleux, Mais il fait grâce aux humbles.
Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous.
Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous ».
L’on peut également découvrir d’autres définitions de ce qu’est « la résistance » ou de « résister », via une interview du « veilleur » Gaultier Bès de Berc** pour « Libertés politiques », que nous nous proposons de décrypter par le biais des enseignements de la Bible :

 

« Nous sommes des amoureux de la vie, c’est-à-dire de ce qui se transmet.»
Le professeur de philosophie Angélique del Rey, dont nous avions déjà parlé sur notre blogue, estime que « le point d’ancrage d’une résistance, au sens de pouvoir créer autre chose », est, justement, la transmission.

L’on transmet la vie, et plus, que cela, que la vie vaut la peine d’être vécue. Ainsi Hénoc, qui, malgré la destinée inéluctable des hommes pécheurs(Le « et il mourut » clôture chaque fin de vie, même chargée de jours, cf Gen.5), a choisit d’engendrer des fils et des filles, et de marcher 300 ans avec Dieu cf Gen.5v21-24.
L’on transmet aussi que la vie a un sens, et donc Celui qui fait sens, Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie »(Jean 14v6)

« Veiller, c’est justement renoncer à son confort idéologique et à sa bonne conscience morale. C’est accepter d’être désarçonné » et « Si les Veilleurs veillent dehors, c’est pour pouvoir aussi bien interpeller qu’être interpellés »

Outre la référence à Jacq.4v1-8, lire également : Es.40, et son « Une voix dit : crie ! » (cf Luc 3v1-20) ; les interpellations de Daniel (4v24-27), de Jérémie (22v2-5,15), de la Sagesse en Prov.8, et d’Amos (3v1-8)

¡No pasarán! Sachons dire non si nécessaire et faire preuve de discernement

¡No pasarán!
Sachons dire non si nécessaire et faire preuve de discernement

« Nous sommes de la tradition d’Antigone ***, C’est-à-dire l’individu qui se lève contre la puissance établie pour réaffirmer qu’au-dessus de la loi positive il y a des lois immémoriales qu’il est dangereux de transgresser, que tout ce qui est légal n’est pas légitime…. » Ainsi, si Jésus a rappelé qu’il convient de « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »(Marc 12v17 , cf Rom.13v1-7), « Veiller, c’est donc en somme rappeler à César qu’il n’est pas Dieu, que son pouvoir n’est pas un blanc-seing, et qu’il ne lui appartient pas par exemple de définir et de modifier à son gré, de manière arbitraire, la réalité en travestissant le sens des mots ».
« César n’est pas Dieu » : voir la fin d’Hérode qui se croyait tel (Actes 12v21-23), et la leçon apprise par Nebucadnetsar, le Roi de Babylone, dans Daniel 4.
« Ce qui est légal n’est pas forcément légitime » : c’est pour cette raison que des femmes et des hommes courageux ont risqué leur vie pour sauver des juifs, condamnés par les lois de Vichy, en 1940. C’est pour cette raison que Martin Luther King et les siens ont combattu les lois ségrégationnistes, dans les années 50-60, aux USA. C’est pour cette raison que les parents de Moïse, qui ont vu que leur enfant était beau, n’ont pas craint l’édit du Roi »(Heb.11v23, Ex.2v1-2). C’est pour cette raison, et parce qu’elles avaient la crainte de Dieu, que les Sages femmes ont résisté à l’ordre du Roi (Ex.1v15-21). Si la Bible nous exhorte à être soumis aux autorités(Rom.13v1-7), elle rappelle que, dans certains cas, « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. »(Actes 5v29)

La résistance, c’est aussi refuser d’être enfermé dans une case ou un discours : « Les Veilleurs…veulent s’engager mais refusent d’être du troupeau, quel qu’il soit. Voilà déjà une forme essentielle de révolte contre les schémas artificiels, ces cases, si l’on veut jouer avec les mots, qui deviennent bientôt des cages où l’on vous neutralise, et finalement des caves où l’on vous cache, vous invisibilise…… »
Et de refuser « les mots pipés de l’adversaire….….L’intelligence sémantique est la condition sine qua non de la clairvoyance politique ».

Ainsi, le Seigneur Jésus-Christ a toujours refusé d’être enfermé dans une case, un discours, ou un personnage. Voir, concernant le sens du mot « Messie » et de Sa mission, face aux pharisiens ou même à Pierre : voir Matt.12, Marc 8v27-38, Jean 5-8…..
« Résister, c’est aussi ne pas céder à la tentation du militantisme étroit qui risque toujours de se dégrader en sectarisme partisan.
Résister en tant que Veilleur, c’est se détourner des faux clivages….C’est ne pas succomber à la facilité du manichéisme, c’est accepter de se confronter à la complexité ».

Pièges dans lesquels sont tombés Jacques et Jean : Marc 9v38-40, Luc 9v51-56

« Résister, c’est d’abord faire face et tenir dans la durée. C’est ainsi que nous éviterons la facile et confortable posture de l’indigné pour atteindre le principe du résistant, qui sait ce qu’il affronte, ce qu’il risque, et qu’il lui faudra payer de sa personne s’il veut que son action soit féconde »

Ces belles paroles de Jésus : Jean 10, 12v24-25
« Veiller, c’est chercher ce qui peut nous relier ». Et témoigner de Celui qui « est notre paix » et a renversé les murs de séparation(Eph.2v13-18)

En guise de conclusion, cette belle prière du XIIIè siècle, attribuée, sans certitude, à François d’Assise :

Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix.
Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour.

Là où se trouve la haine, que nous apportions l’amour,

Là où se trouve l’offense, que nous apportions le pardon,

Là où se trouve la discorde, que nous apportions l’union,

Là où se trouve l’erreur, que nous apportions la vérité,

Là où se trouve le doute, que nous apportions la foi,

Là où se trouve le désespoir, que nous apportions l’espérance,

Là où se trouve les ténèbres, que nous apportions la lumière,

Là où se trouve la tristesse, que nous apportions la joie.

Fais, Seigneur,
que je ne cherche pas tant
d’être consolé que de consoler,
d’être compris que de comprendre,
d’être aimé que d’aimer,
parce que c’est en se donnant que l’on reçoit,
en s’oubliant soi-même que l’on se trouve soi-même,
en pardonnant qu’on obtient le pardon,
en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.
Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix.
Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour.

 
Note :

* Voir aussi Rom.12v2, 1 Jean 2v15-17

* *Agé de 25 ans, Gaultier Bès de Berc est professeur agrégé de lettres dans un lycée public de la banlieue sud de Lyon. L’un des premiers animateurs du mouvement des « veilleurs », et co-auteur de « Nos limites : pour un écologie intégrale »(édition « Le Centurion »)

Il sera également l’invité(avec Henrik Lindell, journaliste à La Vie et auteur de « Les Veilleurs, enquête sur une résistance) d’une soirée rencontre ce vendredi 13 juin, à 19h30, à la Librairie Téqui, autour du thème “Les Veilleurs, pour quoi faire ?” (8 rue de Mézière, Paris VIe)
La soirée se poursuivra à partir de 20h30 au Parloir (8 rue du Vieux Colombier, Paris VIe) animée par l’équipe des Cahiers Libres”, qui sera l’occasion de libres discussions autour d’un verre avec les deux invités.

Sur les veilleurs : http://www.lavie.fr/actualite/societe/quels-lendemains-pour-les-veilleurs-16-07-2013-42567_7.php ;
http://plunkett.hautetfort.com/archive/2014/06/07/communique-des-veilleurs-5386390.html

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2014/04/06/henrik-lindell%C2%A0-les-veilleurs-enquete-sur-une-resistance-sal-5340966.html

Leur site : http://www.les-veilleurs.eu/wp/ (avec leur bibliothèque : http://www.les-veilleurs.eu/wp/les-textes-de-la-semaine/) et leur page Facebook : https://fr-fr.facebook.com/LesVeilleursOfficiel

***Antigone, personnage mythologique : http://mythologica.fr/grec/antigone.htm