« Foireux liens » de novembre (30) : « une certaine conception de l’homme » (des droits et de la dignité)

Les « Foireux liens » de Novembre et autant de réflexions sur « une certaine conception de l’homme », de la dignité et des droits des minorités…

Bonjour ! Les « Foireux liens » tant attendus sont de retour ! Au menu de cette édition : Prix Nobel de la Paix pour Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » et Nadia Murad ; acquittement d’Asia Bibi, Réforme de l’Etat et des services publics, réforme de la laïcité, rapport du Comité d’Ethique, « Pétain, Macron et la mémoire », hausse du prix à la pompe et dossier sur la chaussure, élection présidentielle au Brésil et « midterms » aux Etats-Unis, racisme et antisémitisme, Référendum en Nouvelle Calédonie….et bien d’autres encore ! Bonnes lectures !

 

1) Prix Nobel de la paix pour un médecin congolais et une yézidie, ancienne esclave de Daech

Le prix Nobel de la paix 2018 a été attribué au Congolais Denis Mukwege et à la yézidie (adepte d’une religion monothéiste) irakienne Nadia Murad, ancienne esclave de Daech, pour leur combat pour mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre.

2) Asia Bibi, nouvelle icône de l’indépendance de la justice pakistanaise ? 

L’arrivée au pouvoir d’Imran Khan a entraîné une série de changements institutionnels au Pakistan. Le chef de l’autorité judiciaire (Chief of Justice en anglais) a changé de visage : ce dernier devait être en accord avec les attentes progressistes du gouvernement dans un Pakistan toujours divisé, entre une zone au nord-ouest où les conflits, certes apaisés, existent toujours et un pays encore sous l’influence de certains leaders fondamentalistes cherchant constamment à instrumentaliser le fait religieux à des fins politiques. Il fallait pour lui, également, composer avec le pilier du régime pakistanais : l’armée. Quoiqu’il en soit, la trajectoire pakistanaise demeure fidèle à ces dernières années : elle est floue.
C’est finalement Asia Bibi* qui est devenue le point d’interrogation devant la Cour suprême. Existait-il suffisamment de preuves pour condamner cette jeune chrétienne sur le fondement du blasphème ? Ce même délit qui est devenu l’apanage de plusieurs religieux afin de réprimer les minorités au Pakistan et dont la définition et les contours sont aussi flous qu’ils sont juridiquement insaisissables.

*Accusée de blasphème et condamnée à mort, Asia Bibi a passé 8 ans en prison au Pakistan. Son acquittement a provoqué la paralysie du pays, bloqué par des manifestants islamistes….

3) L’Avis du comité d’éthique (rapport du 25/09) : des réactions catholiques et protestantes

« Face à la vague », une réflexion publiée sur le blogue « Les Cahiers libres »

Extension de la pma, tests génétiques, dépistage anténatal, autoconservation des ovocytes … Il y a de quoi être sonné par le rapport du CCNE publié le 25/09, tant il ouvre de vannes. Même s’il n’est que consultatif, on sent comme une grande vague prête à emporter les dernières digues d’une certaine conception de l’humanité. Chacun perçoit qu’il s’agit d’un mouvement de fond que deux- trois pétitions, et même des argumentaires de bon sens, ne feront pas reculer facilement.

Comment en est-on arrivé là ? Que peut-on faire ? Quelques tentatives de réponses en profondeur à ces deux questions, en prenant un peu de recul.

Produire la vie, produire sa mort ? Repères chrétiens face aux questions de bioéthique d’aujourd’hui

Le 1er novembre 2018 à l’Eglise d’Altkirch, la rencontre inter-Eglises mennonites a rassemblé environ 150 personnes. Luc Olekhnovitch, pasteur des Eglises évangéliques libres et président de  la Commission d’éthique protestante-évangélique, était l’orateur principal. A découvrir les enregistrements des 4 exposés, avec une bibliographie et l’accès à d’autres documents, « pour aller plus loin »

4) Réforme de l’Etat : l’Ere des managers de la fonction publique ?

Avec plus de six mois de retard, le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé le lundi 29/10 les annonces « transversales » sur la réforme de l’Etat. Le rapport CAP22, qui avait fuité dans la presse pendant l’été, laissait déjà augurer des pistes de réforme. Si l’intégralité dudit rapport n’a pas été conservée, l’état d’esprit de la réforme demeure dans la continuité de ce qui était prévu, avec pour objectifs d’atteindre les 3% de déficit public autorisés par la commission européenne et une diminution de 50 000 postes d’agents publics d’Etat à l’horizon 2022. Les trois quarts des recommandations du rapport CAP 22 sont conservées, notamment sur les questions posées par l’audiovisuel public, le fonctionnement du système de santé ou encore l’administration fiscale. La digitalisation des services occupe une grande place dans cette feuille de route. Il est ainsi envisagé que 100% des services publics soient dématérialisés d’ici 2022 en rendant la plupart des services accessibles depuis internet, comme par exemple la possibilité d’inscrire son enfant dans un établissement scolaire. Si la possibilité d’effectuer des démarches par internet n’est pas en soi une mauvaise chose, c’est quand elle devient un moyen de substitution à une présence de moyens humains sur le terrain que cela pose problème….

5) La Justice de demain : « prédictive » et « expéditive » !

Ou les conséquences du recours à un système judiciaire impacté par l’Intelligence Artificielle. Une analyse lucide et pertinente d’une réalité glaçante par Eric Lemaître, à lire sur « La Déconstruction de l’Homme », blogue partenaire de Pep’s café!

6) Comment La Poste se joue des élus et des usagers pour fermer toujours plus d’agences locales

Saviez-vous que La Poste est exemptée à 95 % de taxe foncière et de contribution économique territoriale ? Que cet argent économisé est censé lui permettre de « moderniser » les bureaux de poste grâce au « fonds postal national de péréquation territoriale » ? Mais que La Poste s’en sert en réalité pour en fermer un maximum en les transformant en petits relais postaux ? Connaissez-vous les « modes opératoires » publiés par La Poste pour expliquer à ses cadres locaux comment fermer habilement un bureau, même s’il ne désemplit pas ? Vous a-t-on dit que l’État et les élus locaux sont souvent complices de cette destruction du service public ? Grâce à quelques documents internes, Le Postillon, journal local isérois partenaire de Basta !, vous explique quelques combines de la direction de La Poste.

7) Quel est le rôle des pétroliers dans la hausse des prix à la pompe ?

Les mouvements sociaux de protestation contre les prix des carburants se multiplient sur le territoire français, avec notamment la grande action des « gilets jaunes » qui a eu lieu le 17 novembre. Or, dans ce contexte, les multinationales du secteur pétrolier, qui sont pourtant présentes sur toute la chaîne d’exploitation, de l’exploration à la distribution, ne font curieusement pas l’objet d’une véritable attention. L’ objectif du présent article est ici d’apprécier le lien qui pourrait exister entre la rentabilité de ces groupes et le cours du pétrole qui, in fine (et au-delà des taxes), est à l’origine de l’inflation actuelle des prix à la pompe. C’est ce qui permettra d’apprécier l’influence que ces groupes pourraient avoir ou non sur ce phénomène.

8) Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure 

La revue « projet » a interviewé nos chaussures, lesquelles « n’ont rien caché de leurs conditions de fabrication, de leur empreinte écologique, de la répartition de leur prix de vente. Elles nous ont révélé un monde à côté de ses pompes. Et demandé, à coups de pied aux fesses : quand changerons-nous donc de modèle économique ? »

9) France : 10 000 étudiants en grandes écoles contre « le culte de la croissance » et pour un « réveil écologique »

Un manifeste, signé par plus de 10 000 étudiants, appelle le monde économique au réveil écologique. Dans ce texte, des étudiants issus des grandes écoles françaises s’engagent à ne pas travailler pour des entreprises polluantes.

10) Macron envisage d’amender la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat

Une réflexion est en cours pour « réduire l’influence étrangère » et prévenir les dérives intégristes. Et au cœur de la réforme voulue par l’Elysée : l’argent…..

11) « La Laïcité n’est pas une recette de cuisine mais une exigence démocratique »

Un article de Valentine Zuber, historienne, relatif au débat actuel sur la laïcité.

Voir aussi : Lois religieuses, lois étatiques

Quels sont les rapports entre le droit de l’État et les normes religieuses ? Pour répondre à cette épineuse question en évitant les polémiques, il est important de regarder de plus près comment les juges et les États considèrent ces normes religieuses. Zoom sur la France et l’Europe.

12) « De Corvée de centenaire »

Ou comment « pour un décideur moderne, les vieilles histoires ne doivent pas déranger le business, un point c’est tout. Aussi le centenaire [de 1918] prend-il cette allure calamiteuse d’une cohorte présidentielle qui tient à faire savoir, de la manière la plus claire possible, qu’elle expédie là une insupportable corvée que seul le hasard calendaire et les puériles beautés d’un chiffre rond ont parachuté dans son agenda ».

Voir aussi « Pétain, Macron et la mémoire »

13) Référendum en Nouvelle Calédonie : la victoire en demi-teinte du non à l’indépendance

S’il donne un ancrage légitimé par les urnes à la France, ce vote ouvre aussi une nouvelle phase de dialogue avec des indépendantistes confortés par les résultats.

Voir aussi : https://theconversation.com/nouvelle-caledonie-un-vote-suivi-de-tres-pres-dans-la-region-pacifique-106114

14) Brésil : « apocalypse now »

Ce qui s’est passé au Brésil est d’une importance capitale pour les démocraties occidentales, déjà rongées par la montée de droites radicales, souvent dites « populistes ». Comment un pays, dont les habitants considèrent à 69 % la démocratie comme le meilleur des régimes, peut-il se précipiter dans les bras d’un ancien capitaine de parachutistes, politicien de troisième zone depuis 30 ans, dont la seule ligne claire, depuis ses débuts en politique, est l’apologie de la dictature, de la torture, du meurtre ?Le Brésil est actuellement le théâtre d’une hystérie et d’un aveuglement collectifs aux proportions inédites, lequel doit être analysé et médité à la mesure de sa gravité.

15) Une semaine après, voici les vrais résultats des midterms et ils sont mauvais pour Trump

Finalement, les résultats des midterms sont pires que prévu pour les républicains. Un signal dangereux pour Donald Trump à deux ans de l’élection présidentielle de 2020.

Voir aussi https://www.telerama.fr/medias/les-resultats-en-trompe-loeil-des-midterms,-symbole-des-failles-des-medias,n5893771.php

16) Aux États-Unis, la haine raciste et antisémite alimentée par les thèses du « post-nazisme »

Le samedi 27 octobre 2018, un homme entre dans une synagogue de la ville de Pittsburgh (Pennsylvanie), aux États-Unis, ouvre le feu en hurlant des insultes antisémites, entrecoupé de « Tous les Juifs doivent mourir ! ». Onze personnes meurent. L’an passé à Charlotteville (Virginie), ville moyenne de ces mêmes États-Unis, une manifestation de militants racistes et autres suprémacistes blancs criait : « Les Juifs vont nous remplacer ! » Les agressions physiques antisémites se multiplient dans ce pays. Selon un article du Monde, qui reprend les chiffres de l’Anti-defamation League, elles auraient même progressé de 57 % depuis deux ans. Selon le même article, les chiffres du vandalisme de lieux religieux auraient quant à eux augmenté de 86 % durant la même période. Cette haine antisémite se nourrit des thèses de l’extrême droite étatsunienne, très active et surtout très vivace.

17) Trop occupés pour aimer : vaincre l’indifférence et le consumérisme dans l’Église

À l’heure où les chrétiens sont pointés du doigt pour leur soutien dans la montée au pouvoir du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, ou encore dans l’affirmation de la mandature de Donald Trump à l’occasion des midterms, la perception du christianisme dans le monde semble en crise….Aux yeux de beaucoup, l’amour du prochain et la défense des plus vulnérables paraissent s’éclipser pour laisser place au populisme, à l’homophobie ou encore au sectarisme. Une réaction naturelle et intuitive serait de critiquer un traitement médiatique défavorable, clairement caricatural….Mais ne passons-nous pas ainsi devant l’opportunité d’adresser un mea-culpa (« ma faute » en latin) ou de nous mettre aux bénéfices d’une remise en question ?

18) Le Musée de la Bible retire de faux manuscrits

Cinq fragments des manuscrits de Qumrân, exposés au Musée de la Bible à Washington, ont été reconnus comme faux. Ils ont été retirés de l’exposition et remplacés par trois autres fragments qui ne montrent pas les mêmes anomalies.

Voir aussi https://fr.aleteia.org/2018/10/25/ce-que-lon-sait-des-sept-faux-manuscrits-de-la-mer-morte/

19) L’Apôtre et le philosophe

Sénèque, le plus grand auteur classique du 1er siècle ap JC, était contemporain des Apôtres chrétiens et l’Apôtre Paul a séjourné à Rome en même temps que lui. En partant de là, une légende s’est diffusée dans l’Eglise chrétienne, selon laquelle Sénèque aurait connu Paul, se serait intéressé à son enseignement et peut-être même converti au christianisme par lui. Cette légende, longtemps marginale, a refait surface à la Renaissance chez des auteurs avides de « christianiser » les classiques païens nouvellement redécouverts. Qu’en est-il réellement ?

20) #Balancetonporc a passé 3000 ans !

« Un progrès moral de notre société, vraiment ? L’affaire Weinstein, ce producteur hollywoodien dénoncé par des dizaines d’actrices pour diverses atteintes sexuelles, a déclenché une libération de la parole des femmes. #meetoo, et #Balancetonporc en francophonie, ont mené bien des femmes à oser parler des actes abusifs dont elles sont les victimes. Certains se plaignent des évolutions morales négatives de leur société. Ici, au contraire, notre foi en la Providence divine nous amène à nous réjouir du réel progrès que constitue la possibilité même d’en parler ». Ou comment la foi chrétienne n’est en rien « pudibonde »…

21) Recension du livre « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître

Après notre interview de son auteur, découvrir une première recension du livre-événement consacré au transhumanisme sur le blogue Phileo-sophia.

22) Pourquoi « l’affaire Ghosn » ne devrait étonner personne : parce que « Greed is good ! »

Manager de l’alliance Renault-Nissan, demi-dieu de la finance globale, M. Ghosn gagnait 16 millions par an dont 9,18 millions chez Nissan à Tokyo. Néanmoins, il fraudait le fisc depuis des années ! (C’est Nissan qui le dénonce aujourd’hui). Frauder le fisc quand on dispose d’une telle fortune : pourquoi ? Parce que ! C’est une forme de démence décrite par le personnage de « Gordon Gekko » (joué par Michaël Douglas) dans « Wall Street », le film d’Oliver Stone (1987) : « Greed is good ! »

Ces « Foireux liens » sont terminés. Merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en janvier.

« Foireux liens » de septembre (29) : services publics, bioéthique, lobbying, démocratie…

« Ça coûte un pognon de dingue » aurait pu être le sous-titre du rapport du comité Action publique 2022 (et ses 22 propositions pour économiser une trentaine de milliards d’euros dans la sphère publique), sorti dans une indifférence quasi générale à l’heure où l’affaire Benalla focalise l’attention des Français, des journalistes et des organisations politiques…..

Les « Foireux liens » font leur rentrée ! Je suis certain que vous êtes impatients de les retrouver !

Au menu d’une sélection particulièrement dense (bien entendu, à ne pas lire d’une traite et de façon superficielle) : de grandes enquêtes – sur les enseignants et la laïcité, les multinationales et le lobbying ; des analyses sur le travail du dimanche, la puce électronique ; le très attendu – ou redouté – rapport du comité Action publique 2022 – et ses 22 propositions pour économiser une trentaine de milliards d’euros dans la sphère publique, la démission de Nicolas Hulot et la crise écologique, l’antisémisme et l’extrême-droite en Europe, « le macronisme » et la question de la séparation des pouvoirs en France, les enjeux bioéthiques….

Bonnes lectures !

 

1) Une grande enquête sur les enseignants et la laïcité

Le Comité Nationale d’Action Laïque (CNAL) – créé en 1953, qui rassemble les parents d’élèves de la FCPE, la fédération des DDEN, la Ligue de l’enseignement, le syndicat Unsa Education et le syndicat SE-Unsa – a mené une grande enquête sur les enseignants et la laïcité. Un sondage réalisé par l’Ifop auprès d’un échantillon représentatif de 650 enseignants en janvier 2018 permet d’obtenir des statistiques sur le vécu des professeurs du primaire et du secondaire, qu’ils exercent en REP ou non. Ce sondage a été complété d’une enquête qualitative menée par le CNAL auprès de 1 000 enseignants pour affiner les résultats.

2) Serons-nous demain « biopucés » ?

Il y a quelques années de cela, Eric Lemaître publiait sur un réseau social un texte portant sur l’émergence possible d’un identifiant cutané susceptible demain d’opérer une forme de contrôle des populations. Ce texte avait alors surpris un de ses amis, persuadé qu’il se laissait « conquérir, voir même vampirisé » par un quelconque site complotiste. Il revient aujourd’hui sur le sujet, sous une forme documentée, étayée et argumentée, à découvrir sur son blogue « Déconstruction de l’homme »(par ailleurs notre partenaire). Ainsi, au-delà d’une amusante « anecdote domestique »(le refus de faire tatouer électroniquement son chat Noé), voici comment subrepticement l’idée d’une puce électronique semble faire son chemin en Europe, n’ayant besoin d’aucun site complotiste pour en faire sa promotion.

3) « Service public, se réinventer pour mieux servir » : les 22 propositions « pour changer de modèle » du Comité Action public 2022

Le gouvernement voulait le garder secret, les médias (Le Figaro, Les Echos…) en avaient révélé certaines parties, le syndicat Solidaires Finances publiques – un syndicat de Bercy – l’a publié le 20 juillet. De quoi s’agit-il ? Du très attendu – ou redouté – rapport du Comité Action publique 2022 – et ses 22 propositions pour économiser une trentaine de milliards d’euros dans la sphère publique – désormais disponible. « Ca coûte un pognon de dingue » aurait pu être le sous-titre de ce rapport sorti dans une indifférence quasi générale, à l’heure où l’affaire Benalla focalise l’attention des Français, des journalistes et des organisations politiques. Pourtant, ce rapport, saturé par la terminologie managériale (viser la rentabilité et l’efficacité, ou « faire mieux en dépensant moins ») et d’inspiration néolibérale (visant le « moins d’Etat ») correspond à une véritable feuille de route pour le reste du quinquennat.

4) Noter ou ne pas noter à l’école ? Et si nous nous trompions de question ? 

La note à l’école fait régulièrement débat sous nos latitudes. D’un côté, on la condamne, car non seulement elle serait subjective, mais elle démotiverait les élèves, les humilierait, et servirait des finalités telles que la préservation des élites ou le maintien d’un pouvoir de l’enseignant sur sa classe. De l’autre, on la plébiscite, arguant notamment qu’elle donnerait des messages clairs, participerait à encourager une émulation au travail et récompenserait les méritants. Ces arguments, qu’ils soient représentatifs d’idées reçues ou issus de résultat de recherches, sont aujourd’hui devenus des poncifs qu’il s’agit de dépasser. Ultime déclinaison de cet affrontement, se demander s’il faut garder ou remplacer la note à l’école par un système alternatif est aujourd’hui un faux problème. Explications.

5) Selon une étude, 50 % des offres de Pôle emploi sont illégales voire inexistantes

Le Comité national des travailleurs privés d’emploi et précaires (CNTPEP-CGT) vient de publier les résultats d’une étude réalisée les 30 et 31 août 2018, portant sur les offres disponibles sur le site internet de Pôle emploi. Résultat : sur les 1708 offres étudiées, 50% contenaient, selon cette étude, des mentions illégales. « Cela signifie que ces annonces contreviennent au code du travail, mais aussi au référentiel interne de Pôle emploi qui reprend cette réglementation en y ajoutant quelques précisions techniques », précise Tennessee Garcia, coordinateur de l’étude et membre de la CGT.

6) Près de Rennes, 100 salariés de Cora manifestent contre le travail du dimanche

Et ce, devant des clients plutôt solidaires.

Le travail du dimanche, ce « serpent de mer » des débats publics, a à nouveau refait surface pendant l’été : Dans une tribune parue le 19 août dans le JDD, plusieurs députés de La République en marche (LRM) plaident pour un nouvel assouplissement de la législation encadrant le travail dominical. Or, les possibilités de dérogation à la législation encadrant le travail dominical, qui concerne un salarié sur cinq, sont déjà nombreuses, mais sans que des éléments objectifs ne viennent démontrer son bénéfice. On manque en effet d’un bilan officiel, car les derniers chiffres remontent à mars 2017. L’impact de la loi de 2015 sur le chiffre d’affaires et sur les créations d’emplois reste méconnu. Avant d’aller plus loin, un nouveau bilan serait utile.

7) Le véritable bilan annuel des grandes entreprises françaises 

L’Observatoire des multinationales (site d’investigation et de veille citoyenne sur les grandes entreprises françaises et leurs impacts sociaux, environnementaux et politiques partout dans le monde, lancé depuis 2013 par l’association Alter-médias, qui publie également le site d’informations Basta !) rend public le premier « véritable bilan annuel » des multinationales françaises. Cet exercice inédit permet à tout un chacun d’examiner ce que font réellement les grandes entreprises françaises dans des domaines aussi divers que le partage des richesses, la protection du climat, les droits des travailleurs, le lobbying ou la santé. Le rapport est à consulter ici.

8) Lobbying : comment les entreprises font leur loi en influant sur le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat

Mal connus du grand public, Conseil d’État et Conseil constitutionnel disposent d’un pouvoir considérable sur le destin des législations fiscales, sociales ou environnementales. Les milieux d’affaires l’ont bien compris, qui ont réussi à se saisir de ces institutions pour imposer en toute discrétion une protection de plus en plus forte de la « liberté d’entreprendre » et des « attentes légitimes » des titulaires de droits de propriété contre toute réforme qui nuirait aux intérêts des multinationales et des investisseurs. Plongée dans un lobbying peu connu, mais extrêmement efficace pour les entreprises.

9) Lobbying (bis) : un document révèle comment les multinationales entravent toute action climatique ambitieuse

Derrière leurs beaux discours publics sur le climat, les multinationales continuent à s’opposer à tout objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nouvelle illustration avec un document interne de BusinessEurope, le plus important lobby patronal européen regroupant tout le gratin des multinationales du vieux continent, mais aussi des États-Unis. Ce document interne révélé par Greenpeace montre comment BusinessEurope, actuellement présidé par Pierre Gattaz, ancien patron du Medef, entend faire capoter le projet d’introduire des objectifs climatiques plus ambitieux au niveau de l’Union européenne à l’horizon 2030.

10) Démission de Nicolas Hulot : réactions de protestants

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé sa démission mardi 28 août. Réactions de deux protestants engagés sur les questions écologiques : Martin Kopp, Président de la commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France (FPF) et Silvère Lataix, Coordinateur du réseau « Bible et Création » de l’ÉPUdF.

Voir aussi le verbatim de l’interview de Nicolas Hulot sur France Inter ; ou encore la note de blogue de « Phylloscopus », naturaliste catholique« Démission de Nicolas Hulot: n’attendons rien, exigeons tout ».

11) L’inaction en matière climatique : nouvelle cause de mal-être individuel et de défiance sociale ?

Après un été éprouvant marqué par des épisodes caniculaires dévastateurs, la rentrée politique et sociale française aura été placée sous le signe de la crise écologique : démission de Nicolas Hulot, suivie d’une mobilisation citoyenne sans précédent lors de marches « pour le climat », organisées un peu partout en France le 8 septembre dernier. Dans ce contexte où les préoccupations environnementales deviennent centrales, il est intéressant de relire les résultats 2017 de l’enquête sur les représentations sociales de l’effet de serre et du réchauffement climatique, conduite chaque année par l’Ademe depuis l’an 2000.

12) Ingérences de l’Elysée sur le Parlement : tout le monde s’en fout ?

Ferrand au Perchoir parce que Macron en a décidé ainsi ? L’Elysée qui interfère dans l’affaire Benalla ? Des faits d’ingérence dont personne n’est dupe, qui passent comme une lettre à la poste et qui pose la question de la séparation des pouvoirs.

13) Entretien avec Luc Rouban à propos du « Paradoxe du macronisme »

Luc Rouban est politologue, directeur de recherches au CNRS et rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Il vient de publier Le paradoxe du marcronisme dans lequel il s’attache à décrypter ce qu’est réellement ce mouvement. Il a accepté de répondre à quelques questions pour « Nonfiction », pour présenter son livre.

14) Les démocraties « illibérales » et le vote

L’expression de « démocratie illibérale » a fait son apparition dans le lexique des régimes politiques. Elle a des allures d’oxymore tant il semble contradictoire qu’une démocratie ne soit pas libérale. À moins qu’au rang des objets flous, elle ne se situe dans ce qu’on appelle les zones grises. Les États qui occupent cette zone grise qui s’étend aujourd’hui, sont un défi bien plus grand pour les démocraties qui se sont astreintes à des règles strictes de probité électorale, que ne le sont les régimes qui s’affranchissent de toute consultation électorale sous couvert de pouvoir populaire. Ainsi de la Russie à l’Iran, du Venezuela au Nicaragua, au moins un point commun réunit ces régimes différents et d’autres : les élections y sont une compétition à faible incertitude. À la différence des régimes qui, ne se réclamant pas des suffrages, ne peuvent être taxés de tricherie, les démocraties illibérales adaptent les règles à leur avantage tout en violant les règles de droit, ou en les accommodant à leur façon. Pour employer une métaphore sportive, on pourrait parler d’absence de fair play…….Suite de l’analyse d’Alain Garrigou sur son blogue « Régime d’opinion ».

15) Face au cas Orban, l’urgence de refaire de la politique en Europe

Le Parlement européen a dénoncé, mercredi 12 septembre, les « risques de violation de l’État de droit » en Hongrie, et demandé aux États membres de déclencher l’article 7 de l’Union à l’encontre de Budapest. Cette procédure a déjà été mobilisée contre la Pologne, fin 2017, par la Commission, pour les mêmes raisons de fond : une dérive autoritaire contraire à l’esprit démocratique et libéral de l’Union européenne, qui réduit la liberté d’expression et bafoue la séparation des pouvoirs. Viktor Orban ajoute aux charges retenues contre lui « corruption et conflits d’intérêts », atteintes au « fonctionnement du système constitutionnel et électoral », menace contre « l’indépendance de la justice », les libertés individuelles et les droits des réfugiés. Le vote du 12 septembre (448 voix pour, 197 contre, 48 abstentions) montre certes que les démocrates existent encore en Europe. Mais il témoigne surtout des difficultés traversées par l’Union.

16) Montée des violences d’extrême-droite : le rôle déterminant des campagnes de haine sur les réseaux sociaux

Depuis dix jours, la ville de Chemnitz, en Saxe, est devenue le lieu de rendez-vous pour tout ce que l’Allemagne compte de militants d’extrême-droite, identitaires ou ouvertement néo-nazis. Ils s’y livrent à des manifestations et à de véritables chasses au réfugié. Ces violences ont été précédées de campagnes de haine orchestrées en ligne. Des études récentes montrent à ce sujet que plus la xénophobie et la haine verbales sont diffusées via les réseaux sociaux, plus elles facilitent le passage à l’acte dans la vie réelle.

17) Comment Steve Bannon veut conquérir l’Europe

Le plan de l’ancien stratége de Donald Trump est de bloquer l’Europe dès 2019. Comment ? En faisant élire un maximum de candidats d’extrême droite euro-sceptiques. Il compte donc bien faire adhérer ses éventuels gouvernements ou partis alliés à son nouveau mouvement, sa fondation, baptisée « Le Mouvement ». Steve Bannon est convaincu que les prochaines années vont voir l’arrivée massive des populistes au pouvoir en Europe.

18) Le conseil évangélique de Donald Trump accusé d’opacité

Une organisation qui s’est donné pour mission de contrôler les relations entre Église et État exige qu’on mette fin aux rencontres entre l’administration Trump et un groupe informel de conseillers évangéliques qui s’avèrent être les supporters les plus ardents du président. Les Américains unis pour la séparation de l’Église et de l’État affirment que le groupe est en violation avec l’Acte fédéral du Comité de conseil (FACA), une loi de 1972 qui prône la transparence et définit les normes procédurales pour les comités qui se forment pour rencontrer l’exécutif. L’organe de contrôle veut mettre fin aux rencontres de ce groupe et à leurs activités de conseil «sauf si et jusqu’à ce que» celui-ci se conforme à la loi.

19) Colloque théologique sur l’antisémitisme organisé par le CNEF à Paris

Conscients des enjeux liés à la montée de l’antisémitisme, les chrétiens ne sauraient rester indifférents. D’abord parce que l’impératif biblique de l’amour du prochain les invite à prendre la défense de tous ceux qui sont objet de haine. Ensuite parce que les disciples du Christ ont une dette à l’égard des israélites exprimée par Jésus en une formule : « Le salut vient des juifs ». C’est pourquoi le CNEF (Conseil national des évangéliques de France) organise un colloque théologique sur le sujet le vendredi 5 octobre, de 10h00 à 16h00, à Paris. Avec les théologiens J. Buchhold et E.Van de Poll, l’ethnologue Frank Labarbe, l’historienne A. Wievorka, le professeur JP Mahé…Entrée libre mais inscription obligatoire.

20) Le philosophe Olivier Abel interroge les fake news : comment comprendre ce phénomène, ces rumeurs qui intoxiquent la société ? (Ré)écouter l’émission diffusée le 30 août sur Radio Alliance, radio associative animée par des professionnels et des bénévoles.

21) Ce que valent nos adresses lorsque nous signons une pétition

Dès qu’il nous semble possible d’avoir une action sur le monde avec un simple clic, nous signons des pétitions. Il ne nous semble pas trop grave de fournir notre adresse mail pour vérifier la validité de notre signature. Mais c’est alors que des plateformes comme Change.org font de notre profil leur profit… Car ce que les signataires ne savent pas toujours, c’est que Change.org n’est pas une organisation caritative ou une ONG, mais bien une entreprise. Et son modèle économique repose sur la vente des données personnelles des utilisateurs, révèle, chiffres à l’appui, la journaliste de l’Espresso Stefania Maurizi dans cet article datant du 18 juillet 2016 et disponible en français sur Framablog.

22) Médias français : qui possède quoi ?

Voici une carte du paysage médiatique français, fruit d’un partenariat entre Acrimed et Le Monde diplomatique, qui permet de démêler l’écheveau des concentrations dans la propriété des grands médias.

23) Droit d’auteur : une réforme contestée de la directive européenne

Le 12 septembre 2018, le Parlement européen a voté en faveur de l’ouverture de négociations en vue d’adopter la directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique (« directive copyright »). Les eurodéputés avaient précédemment voté contre ce mandat de négociation lors de la session de juillet 2018.

Voir aussi : Directive droit d’auteur : l’industrie culturelle et la presse réclament les miettes de l’économie de la surveillance de masse (le communiqué de La Quadrature du Net, association qui défend les droits et les libertés fondamentales à l’ère du numérique et propose des alternatives « pour un internet libre, décentralisé et émancipateur »)

Le 12 septembre 2018, le Parlement européen vient d’adopter la directive droit d’auteur, qu’il avait pourtant repoussée une première fois cet été. En ayant fait adopter cette directive, les industries culturelles et de la presse réclament les miettes de l’économie de la surveillance de masse. Plutôt que de combattre cette capitulation devant les GAFAM, le gouvernement français l’a vigoureusement encouragée. 

24) Usage thérapeutique du cannabis : la France engage officiellement la réflexion

Lundi 10 septembre, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a annoncé, à la demande de la ministre de la Santé, la création d’un comité scientifique spécialisé sur « l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ».Après de nombreux autres pays européens, comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne, la France va donc s’interroger sur l’usage médical du cannabis dans des pathologies chroniques mal soulagées par les traitements conventionnels.

25) Sur Genethique, premier site d’actualité bioéthique : l’Eugénisme et l’ultra libéralisme assumés devant la mission d’information pour la bioéthique

Le professeur Israël Nisand a été auditionné ce matin par la mission d’information parlementaire sur la bioéthique. Par le biais d’histoires de patientes, racontées sur un ton compassionnel et une ambivalence assumée, le gynécologue obstétricien au CHU de Strasbourg, fait passer plusieurs messages…..

Voir aussi Déclaration à venir de l’association médicale mondiale sur l’IMG : nouvelles menaces sur la clause de conscience : Grégor Puppinck, docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) à Strasbourg,  dévoile la version la plus récente de la « Déclaration sur l’avortement médicalement prescrit (IMG) », susceptible de remettre en cause le droit à l’objection de conscience des professionnels de santé. Elle devrait être votée par les organisations nationales de médecins lors de l’Assemblée Générale de l’Association médicale mondiale (AMM) le 6 octobre 2018 à Reykjavik. Cette organisation internationale de médecins coopère notamment avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

26) La question « théo » du mois : Jésus est-il pauvre ?

La question du niveau de vie de Jésus peut paraître à certains superficielle. Pourtant, à partir du moment où le Messie est un modèle à suivre pour les chrétiens, plusieurs interprétations ont été avancées sur le sujet et ont abouti à des comportements différents chez les croyants. C’est ainsi que l’on retrouve aux deux extrêmes : d’un côté, des adeptes d’une pauvreté volontaire, et de l’autre, des partisans de la théologie de la prospérité. Mais qu’en est-il vraiment ?

27) Insolite : il traverse la rue et se fait percuter par un emploi

Lucas n’a pas pris au sérieux les paroles du président Emmanuel Macron et a failli le payer de sa vie….

Foireux liens(6) : « pour quoi faire ? » ou « Est-ce un bien ? »

 

Une foire aux médias(chrétiens)et non des "foireux médias" !

Une foire aux liens pour questionner l’usage : des pratiques, des « progrès », des mots…

« Le progrès fait rage », avait coutume de dire un célèbre chroniqueur radio !Voici une sélection de ce qui nous est présenté comme un « progrès » ou une « avancée », sous prétexte que ce serait « plus pratique », voire « plus utile ». De telles affirmations ne nous dispensent heureusement pas de nous questionner à ce sujet. A noter enfin que la réflexion nécessaire sur « l’usage » touche aussi aux mots, auxquels il est aussi vital de redonner le juste poids.

 
1) »Ecrire à la main n’est plus utile », juge-t-on en Finlande.

Je l’ai appris hier soir : dès 2016, et ce, bien après les Etats-Unis, les enfants finlandais n’apprendront plus à écrire à la main, mais sur un clavier. Une « compétence » (on ne parle déjà plus de « savoir »-qui se transmet)jugée plus « utile » par l’Office national de l’Education., révèle un blog de la BBC qui reprend l’article d’un journal finlandais.

Et ailleurs-en Allemagne ou en Belgique ? http://www.ufapec.be/nos-analyses/2813-apprentissage-ecriture-sur-ordi/ ; http://www.lalibre.be/debats/ripostes/l-apprentissage-de-l-ecriture-cursive-est-il-revolu-51c980923570b73efa89f0f5 ; http://www.lesoir.be/299198/article/studeo/2013-08-14/abandonner-l-ecriture-cursive-pour-clavier-un-debat-irreel

Est-ce une bonne ou mauvaise idée ? Et en France, c’est possible ?
Ce qu’en pense le linguiste Alain Bentolila.

 

2)« ONU: Les enfants ont droit au sexe, à la drogue et à l’avortement » : une information relayée notamment par le CPDH, encore bien peu commentée(à part peut-être ici) et que l’on peut lire sur c-fam.org : « La terre compte aujourd’hui une jeunesse plus nombreuse que jamais. D’après le dernier rapport du Fonds de l’Onu pour la Population (UNFPA), c’est le moment ou jamais de faire des progrès sans précédent, mais cela requiert que les futures générations soient moins nombreuses. Les instructions de l’ UNFPA visent à ce que le « dividende démographique » garantisse un libre accès à l’avortement aux adolescents, l’abrogation de l’âge minimal de consentement aux relations sexuelles, et l’affaiblissement du rôle des parents dans la formation sexuelle de leurs enfants ».
La principale préoccupation de l’UNFPA est donc de mettre un frein à la croissance démographique. Et si l’on se trompait de cible ? Et si la vraie question était liée au partage des ressources et non à la diminution de la population ? Cette offensive « malthusienne » n’est toutefois pas neuve. Déjà, en 2009

 

"Quand le système repose sur notre envie d'acheter" Ou "Adoracion Capital" (2014) Huile sur toile de Patrick McGrath Muñiz.

« Quand le système repose sur notre envie d’acheter »
Ou « Adoracion Capital » (2014) Huile sur toile de Patrick McGrath Muñiz.

3) Grenoble, première ville française sans publicité ? Une expérience qui s’attire les foudres de Jacques Séguéla qui a déclaré : « C’est criminel(…)Si vous abaissez l’envie d’acheter, vous courez directement vers la fin du système(…)Ce n’est pas parce que les banques ont fait sauter le système qu’il faut s’en prendre à l’affichage(…)Méfions-nous des castrateurs d’imaginaire ! C’est le début de toute dictature. » Où l’on apprend, en vrac, que(comme le commente le journaliste Patrice de Plunkett) : notre « imaginaire » dépend de la pub ; tout recul de la pub est une avancée de « la dictature » ; « le système » repose sur notre « envie d’acheter ».

 

4) Le transhumanisme est-il un « humanisme » ? Oeuvre-t-il pour « le bien de l’humanité » ?
Nous en avons déjà parlé ici, sur notre blogue.
Pour rappel, les transhumanistes se sont réunis à Paris, les 20, 21 et 22 novembre derniers, dans le but de réfléchir aux multiples façons (via les progrès technologiques) d’atteindre « l’homme augmenté ». L’occasion de prendre du recul à ce propos et de réfléchir, outre à leur influence actuelle, aux conséquences éthiques, spirituelles et morales d’un tel mouvement de pensée : lire  http://plunkett.hautetfort.com/archive/2014/11/14/face-a-l-offensive-du-transhumanisme-5489852.html et http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/11/20/31003-20141120ARTFIG00268-le-transhumanisme-n-est-pas-un-humanisme.php . Ce dernier article, découvert via la dernière « foire aux liens » de « Notre Eglise point com », me paraît toucher juste : « certains préfèrent évoquer l’espoir de technologies intelligentes utilisées dans l’intérêt de l’homme, de manière bienveillante. Mais tout ce qu’il sera donné à l’homme de faire, il le fera. L’histoire nous a par trop de fois montré combien l’homme ivre de liberté en oublie sa conscience…».

D’autres réflexions sur « l’usage » : donner du poids(le juste poids), cela va aussi pour les mots.

5) Un numéro de Libération(découvert grâce à cette note de Patrice de Plunkett éditée sur son blogue) consacre une double page à Erri de Luca, 64 ans, écrivain napolitain polyglotte, bibliste hébraïsant (neuf essais ou traductions) et militant écologiste… ce passionné de la Bible, qui se présente comme quelqu’un « qui ne croît pas », pourrait faire honte à certains croyants qui la négligent ou nient qu’elle est « la Parole de Dieu ». L’entretien tourne autour des questions bibliques, et notamment des problèmes (ardus) de traduction de l’hébreu. Lire ici : http://www.liberation.fr/societe/2014/11/07/j-aime-toucher-la-langue-originelle_1138745
6) « Les mots ont un poids, un sens et une histoire. Quand on les utilise sans réfléchir à leur contenu ou à leur passé, on s’englue dans les préjugés », écrivait il y a quelques années la journaliste et écrivain Jacqueline Rémy. Une remarque qui revient en mémoire de Joseph Gynt(co-fondateur des « Cahiers libres »), au regard des derniers débats agricolo-environnementaux. A lire ici : http://cahierslibres.fr/2014/11/edito-grand-mal-mots/

7) Et quand les mots sont des nombres : une exégèse d’Ezech.47 par Pneumatis, en lien avec Jean : http://www.pneumatis.net/2014/11/mais-le-temple-dont-il-parlait-cetait-son-corps/

8)« Doxa » :
Un mot grec employé par Parménide et surtout Platon pour désigner l’opinion, les idées reçues que la pensée rationnelle devait combattre, puis concept sociologique que Pierre Bourdieu, notamment, a développé pour caractériser l’opinion publique, ses interprètes (les doxosophes), ainsi qu’un type de perception du monde constitué par l’évidence des choses (le rapport doxique). Un mot guère connu, du moins jusqu’à ce que politiques, polémistes et « débatteurs » s’en emparent, discutant(ou remettant en cause) les conclusions de scientifiques et d’historiens.
A lire, sur le sujet, un excellent billet d’Alain Garrigou, professeur de science politique à l’université de Paris Ouest Nanterre et directeur de l’Observatoire des sondages, qui a le mérite de réactualiser ces propos de Thucydide : « En voulant justifier des actes considérés jusque-là comme blâmables, on changea le sens ordinaire des mots » (La guerre du Péloponnèse, CXXXII, III). Un phénomène observé par l’historien pendant la guerre du Péloponnèse (430-404 AC) « quand les Athéniens désemparés par la prolongation du conflit perdaient le sens des mots. Comme hier, la longue crise d’aujourd’hui fait perdre la faculté de juger ».

9) Repérer et décrypter, au-delà du vernis, les mots « qui tuent » : c’est la mission d’un site « qui repère les dérives racistes et antisémites des cadres du Front national » : « Un site internet mis en ligne le 10 novembre, Lentente.net, se propose « d’observer le Front national (FN) » et de traquer les dérives de tous les cadres ou futurs candidats du parti, alors que le FN organise son congrès les 29 et 30 novembre 2014 à Lyon. Depuis que Marine Le Pen, en succédant à son père, a pris la tête du parti et s’est attelée à le « normaliser », et après la victoire aux municipales d’élus d’extrême droite dans une dizaine de communes, une nouvelle forme d’opposition au FN voit le jour », peut-on apprendre sur Fait religieux. Comme le déclarent les animateurs du site dans une courte présentation, « la présence du Front national n’est pas la première raison de la faiblesse du débat d’idées dans l’espace médiatique : mais elle occupe trop les pensées et les discours politiques ».

Et on terminera par là :

10) Focus sur une nouvelle pratique : la curation

Ce terme vient de l’ancien français « curation » qui désigne le traitement d’une maladie. La maladie qui nous intéresse ici est « l’infobésité »(ou « surcharge informationnelle », dans le sens que « trop d’information, tue l’information »). La curation peut alors être considérée comme « un remède ». Ou, selon le blogueur « Zeboute », consultant en sciences de l’information et de la communication, « une alternative intéressante, puisqu’elle permet continuellement de « recycler » ou « dépoussiérer » la connaissance. Pas des éléments de « buzz », mais des vieux articles, des liens url surannés qui nous relient dans la webosphère sur ce qu’il y a de plus précieux : l’intelligence humaine ».
La curation provient également de l’anglais « curator » qui désigne tout type de gardien d’un héritage culturel (conservateur de musée, bibliothécaire, etc.) chargé de prendre soin des œuvres dont il a la charge, de les rassembler et de les organiser pour mieux les diffuser au public.
Pour « Zeboute », encore, « le bon curator » doit donc donner du sens au contenu qu’il diffuse. Comme le bibliothécaire qui conseille le lecteur.
A condition de ne pas contribuer à « l’infobésité » en relayant une information qui existe déjà, ou déjà relayée par d’autres, et de respecter le droit d’auteur.

Appliqué à l’Internet, la curation consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus jugés comme étant les plus pertinents du web, pour une requête ou un sujet donné.
Mais qui va sélectionner l’information ? Sur quels critères ? Dans quel but ? Quel est son intérêt ? Réponse dans cet autre billet de « Zeboute », qui nous propose un « Focus sur cette nouvelle pratique de la curation » des chaînes d’info en continu, « en temps réel » et « au plus vite ». Une pratique « dont la valeur ajoutée pour l’organe médiatique est faible, puisqu’il suffit de « copier/coller » les dépêches AFP. Une tâche ingrate dévolue à un stagiaire. Qui ne mange pas le midi, car à midi, l’info ne s’arrête pas ».
Une dénonciation de l’usage général réservé aux stagiaires, et « d’un journalisme trop concentré sur l’instantanéité de l’information, plutôt que producteur de sens ».

 
11)Connaissez-vous les « non-conférences » ?
À la recherche d’une méthodologie pour animer des discussions théologiques dans sa paroisse, qui soit aisée à organiser, si possible sans préparation, bienfaisante pour la réflexion individuelle et communautaire, conviviale, Olivier Keshavjee s’est souvenu « des non-conférences (unconference), un concept de conférence particulièrement intéressant ». Il nous invite à le découvrir ici , tout en exprimant son « envie de vivre des cultes sur ce modèle ». Néanmoins, comme il l’explique lui-même, ce modèle n’a rien de neuf, puisqu’ « inventé par une Madame L’Esprit, et théorisé par Monsieur De Tarse, dans une lettre Aux Corinthiens, tome 1, ch. 14, v. 26) ».

Pétain réhabilité lors d’un cirque médiatique, le jour de Yom Kippour

« Ils se rendirent à Capernaüm. Et, le jour du sabbat, Jésus entra d’abord dans la synagogue, et il enseigna. Ils étaient frappés de sa doctrine ; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes. Il se trouva dans leur synagogue un homme qui avait un esprit impur, et qui s’écria : Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. Jésus le menaça, disant : Tais-toi, et sors de cet homme. Et l’esprit impur sortit de cet homme, en l’agitant avec violence, et en poussant un grand cri. Tous furent saisis de stupéfaction, de sorte qu’il se demandaient les uns aux autres : Qu’est-ce que ceci ? Une nouvelle doctrine ! Il commande avec autorité même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! » (Marc 1v21-27)

 

La vie est pleine de coïncidences, dit-on. En voici quelques-unes, présentées en « 3 actes » et avec l’Histoire pour fil conducteur(ce que l’on retient ou ne retient pas de l’Histoire, et ce que l’on voudrait faire dire à l’Histoire aujourd’hui) : un auteur hongrois des années 30 redécouvert depuis lundi et que l’on serait bien inspiré de lire ou relire(Acte 1). Et ce, alors qu’a été diffusé samedi dernier une certaine émission dite « de débat »,  dont il importe de questionner, et le choix de l’invité principal, et la raison d’être(Acte 2-la vidéo en introduction étant bien entendu parfaitement ironique). Enfin, on relèvera une drôle de coïncidence d’événements et de dates(Acte 3). Autant de « coïncidences » pas drôles du tout, de nature à nous interpeller.

 

Acte I :

En début de semaine, je reçois, dans un cadre professionnel, entre autres livres, « Jeunesse sans Dieu » d’Öddön Von Horvath(Christian Bourgeois éditeur, 2006. Collection Titres) : un professeur de lycée de 34 ans se voit soudain confronté, dans sa classe de 26 garçons de 14 ans (que l’on ne connaît que par la première lettre de leur nom), à l’idéologie nazie montante et décide de se ranger de ce côté-là, « pour voir ». Mais aussi pour conserver la sécurité de son emploi, « qui lui ouvre droit à la retraite, quand personne ne sait si la Terre tournera encore demain »(op. cit., p 16). Jusqu’au jour où l’un de ses élèves est assassiné au cours d’un camp pascal d’entraînement militaire ….

J’ai découvert « Jeunesse sans Dieu », écrit en 1937, pour la première fois grâce au téléfilm français éponyme de Catherine Corsini, diffusé sur Arte en 1996.

Le nom d’Öddön Von Horvath ne vous est peut-être pas familier. Voici ce qu’en écrit l’essayiste Heinz Schwarzinger, le 20 mai 1988, dans la préface à l’édition française de « Jeunesse sans Dieu »(op. cit., pp 7-11) : « né en 1901, hongrois, de langue et de culture allemande », cet auteur choisit « de situer ses personnages dans la réalité la plus immédiate ». Il obtient le succès comme auteur dramatique, mais est interdit sur les scènes allemandes dès 1933. Il s’installe à Vienne et y écrit notamment « Jeunesse sans Dieu », « dans lequel il dénonce sans relâche la dégradation imposée par les Nazis aux couches populaires de la société allemande, qu’ils contraignent à se jeter dans leurs bras pour survivre ». En 1938, au lendemain de l’annexion de l’Autriche par Hitler, il s’exile à Budapest, Prague et arrive à Paris le 26 mai. Il meurt de façon absurde le 1er juin sur les Champs-Elysées, pendant une tempête…écrasé par une branche d’arbre. Une mort  qui rappelle celle (la même année, à quelques jours d’intervalle) d’un autre auteur-roumain, cette fois.*

L’histoire laissera Von Horvath tomber dans l’oubli, mais Peter Handke le préférera à Brecht :  » Les égarements de ses personnages me font peur : il pointe avec bien plus d’acuité la méchanceté, la détresse, le désarroi d’une certaine société.» Cet effroi dont parle Handke, quel lecteur, quel spectateur actuels ne l’éprouveraient-ils pas ? Horvath démasque le nationalisme, le racisme au quotidien, la lâcheté, l’infamie d’une société désemparée par une crise sans précédent. A découvrir d’urgence, aujourd’hui, pour tirer à temps les leçons de l’histoire ».

 

Extrait :

« Vingt-six cahiers bleus sont empilés  devant moi, vingt-six garçons d’environ quatorze ans ont composé hier durant l’heure de géographie, car j’enseigne l’histoire et la géographie(…)Le sujet prescrit par l’administration s’intitule : pourquoi devons-nous avoir des colonies ? Oui, pourquoi ? Et bien, voyons ce qu’on nous en dit ! Le nom du premier élève commence par un B : il s’appelle Bauer, prénom : Franz(…) « nous avons besoin des colonies, écrit-il, parce qu’il nous faut de nombreuses matières premières, car sans matières premières, nous ne pourrions pas faire tourner notre puissante industrie selon ses capacités propres, ce qui aurait pour conséquence désastreuse que les ouvriers d’ici seraient au chômage(…)il ne s’agit en vérité pas des ouvriers(…)il s’agit bien plus que de la nation tout entière, car en définitive l’ouvrier aussi appartient à la nation ».

Voilà qui est sans doute en définitive une découverte sensationnelle, me dis-je, et soudain je suis frappé de constater une nouvelle fois que si souvent de nos jours des vérités vieilles comme le monde nous sont resservies comme des slogans tout neufs. Ou bien en a-t-il toujours été ainsi ? Je ne sais pas. Ce que je sais pour l’instant, c’est qu’il me fut une fois de plus lire de bout en bout vingt-six compositions, des compositions qui tirent de fausses conclusions d’hypothèses boiteuses. Que ce serait bien si le « faux » et le « boiteux » se neutralisaient mutuellement ! Mais ils ne le sont pas. Ils avancent bras dessus, bras dessous en bleuglant des paroles creuses(…)

Mais qu’est-ce qu’il m’écrit là, N ? « Tous les nègres sont fourbes, lâches et fainéants. »

Là, c’en est trop ! Je biffe ! Et je m’apprête à écrire dans la marge, à l’encre rouge : « généralisation absurde ! », quand je me retiens. Attention ! N’ai-je pas donc déjà entendu récemment cette phrase sur les nègres ? Mais où donc ? Ah oui : au restaurant, clamée par la radio, et ça m’avait coupé l’appétit. Je laisse donc la phrase en l’état, car ce qui se dit à la radio, un professeur n’a pas le droit de le biffer dans un cahier. Et tandis que je poursuis ma lecture, j’entends encore la radio : elle susurre, elle gronde, elle aboie, elle roucoule, elle menace-et les journaux l’impriment et les petits enfants, ils le recopient. » (op. cit., pp16-18)

 

Acte I I :

Samedi 4 octobre 2014, l’émission de France 2 « On n’est pas couché »(ONPC) aurait pu saisir l’occasion de « tirer les leçons de l’histoire » et de consacrer une soirée à, pourquoi pas, Öddön Von Horvath. ONPC choisit au contraire d’inviter Eric Zemmour, auteur, polémiste et journaliste à l’occasion de la sortie de son nouveau livre, « Le Suicide français ». Ce dernier y critique notamment les travaux de l’historien américain Robert O. Paxton, le premier à avoir mis en lumière la collaboration entre Vichy et l’Allemagne nazie dans la déportation des Juifs, dans son ouvrage La France de Vichy 1940-1944 paru en 1973. Relativisant le rôle de Vichy dans la déportation des Juifs français, Eric Zemmour prétend que l’ “on oublie la complexité de l’Histoire” et que Pétain aurait permis de sauver “90% des Juifs de France”.  La journaliste Léa Salamé interpelle alors le polémiste, l’accusant de chercher à réhabiliter Pétain pour faire l’apologie de la préférence nationale.

Qu’aurait pensé Öddön Von Horvath de cette émission ?

Il est permis aux télespectateurs(qui sont aussi des citoyens) de s’interroger sur le but recherché d’une telle émission, comme sur le choix des invités : pourquoi, par exemple, n’y avait-il aucun historien présent, spécialiste de la période, pour répondre à Eric Zemmour-qui n’est pourtant pas historien-et décrypter son propos ? Lequel historien aurait ainsi pu rappeler, à l’instar de Serge Bernstein(dans une interview pour “les inrocks”), que “Vichy a pris l’initiative d’instaurer, au lendemain de la défaite, un statut des Juifs en France que les Allemands ne lui demandaient pas, qui reposait non sur des critères religieux mais sur des critères de généalogie[la mention « de race juive »] ….. ce statut des Juifs (en fait) des citoyens de seconde zone, qui leur interdit l’accès de toute une série de professions, en rapport avec la fonction publique et notamment dans le cinéma ou la presse. Ce sera encore aggravé en 1941 par un second statut qui leur interdira pratiquement d’exercer des activités économiques, autrement dit, qui les condamne à la misère et qui les discrimine au sein de la société française***. Sur ce plan-là, Vichy n’a attendu personne et surtout pas les Allemands pour être un régime violemment antisémite, discriminatoire et oppressif. Vichy a-t-il sauvé les Juifs français ? La réponse est évidemment non.”

Et Serge Bernstein de rappeler encore le rôle de Pierre Laval, qui, de retour au pouvoir,  « met la police française[en uniforme et non les SS ou la Gestapo] à la disposition des Allemands pour arrêter les Juifs, au moment des rafles comme celle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942″, en donnant pour instruction « au ministère de l’Intérieur et aux services de police, de (…) ne pas oublier de déporter les enfants. C’est difficile d’appeler cela : sauver les Juifs. Faire de Vichy le sauveteur des juifs de France, c’est faux. Les juifs Français, en partie. Les Juifs qui sont en France, sûrement pas”.

Précisant que “la plupart des historiens français sérieux ont applaudi à l’ouvrage de Robert Paxton, non pas parce qu’ils le préféraient, mais parce qu’il correspondait à ce qu’ils retrouvaient dans leurs archives »,  il soulève l’existence « d’un vrai problème : tout le monde peut se déclarer historien, raconter une histoire. Mais l’Histoire véritable est celle qui est appuyée sur des faits précis, éclairés par des archives,  venant si possible de sources différentes, de manière à pouvoir les confronter. On ne peut pas faire l’Histoire qu’avec des souvenirs, avec ce qu’on croit avoir vu, si on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Et ça, ce sont les archives.(…)Un historien qui ne tient pas compte des faits, c’est tout sauf un historien”.

 

L’autre question à se poser porte sur la nature de l’émission. Celle-ci s’avère être une émission « en trompe-l’œil », selon Bruno Roger-Petit**, du « Nouvel Obs »(06/10/14), où l’on se contente de nous donner du spectacle, et où chacun joue son rôle(avec un « faussaire » en vedette, qui a déjà été condamné pour provocation à la discrimination raciale et qui a plaidé pour l’abolition des lois mémorielles. Mais un « faussaire sympa », « à la mode » et surtout, « un copain », ex-de ONPC  selon Daniel Schneidermann**, d’Arrêt sur image, le 06/10/14)

Pire, ladite émission contribue à banaliser des propos révisionnistes, dénonce(le 06/10/14) Bruno Roger-Petit**. Pour Daniel Schneidermann**, « Dénoncer vraiment le faussaire, ce serait dénoncer l’émission elle-même, et s’avouer comme une émission faussaire, qui produit de faux débats, comme d’autres de la fausse monnaie ».

 

Acte III :

Au-delà du buzz,  une dernière question à se poser est “pourquoi ?” Par exemple, « Pourquoi Zemmour veut sauver Pétain ? », questionne Jonathan Hayoun, ancien président de l’UEJF (Union des Étudiants Juifs de France), le 06/10/14 sur le Huffington post.

Pourquoi souhaite-t-il “tant donner à Pétain le visage d’un protecteur” ? « Pour Zemmour comme pour l’extrême droite, il ne faudrait jamais que la France reconnaisse ses fautes du passé sinon elle sera encore plus affaiblie qu’elle ne l’est.  Et s’il faut réviser l’histoire pour cela, alors ils le feront sans scrupules[on se souvient peut-être des propos sur la repentance d’une autre personnalité qui a fait son retour médiatique]….Un immoral objectif partagé par Zemmour et Le Pen”, puisque, le 25 avril 2010, le dernier déclarait: « Pétain a aidé les juifs français. Ils ont bénéficié de l’action de gouvernement ». Cette vieille rengaine de l’extrême droite n’a jamais disparu. Le journaliste du Figaro lui donne juste une nouvelle vie”.

Plus exactement, une « émission de débat » lui donne une nouvelle tribune.

Et comme pour mieux faire ressortir toute la noirceur de ce cirque médiatique, Jonathan Hayoun souligne que “le 4 octobre 1940, les Juifs célébraient (…) le nouvel an du calendrier hébraïque. En France, ils ne pouvaient suivre la tradition d’accompagner leurs prières d’une bénédiction pour la République car elle n’existait plus. Pétain l’avait démantelée. Les Juifs  ne savaient pas encore que la veille le gouvernement de Vichy avait scellé ses premières lois antijuives”. Aujourd’hui, “le 4 octobre 2014, les Juifs célébraient Kippour, la fête du Grand Pardon. En France, comme le veut la tradition, ils ont accompagné leurs recueillements d’une prière pour la République. Mais en rentrant chez eux le soir, ils ont pu assister à une sordide prière contre la République(…) Ce même 4 octobre, les musulmans célébraient l’Aid, la fête la plus importante de l’islam. Pour eux aussi,  les réjouissances auraient pu prendre fin s’ils avaient choisi en rentrant chez eux d’allumer la télévision…”

 

Epilogue :

Quel est le rapport avec le verset(Marc 1v21-27) cité en en-tête de ce billet, me direz-vous ? Il nous enseigne que le Seigneur Jésus ne joue pas avec le mal. Il n’y a pas de connivence entre Lui et les démons, qui sont des esprits menteurs. Il a toute autorité pour les chasser et “le Fils de Dieu a paru pour détruire les oeuvres du diable”(1 Jean 3v8)

Et toi ? Qui est sans doute un citoyen. Où est ton autorité ? Celle de discerner et de dire non à l’imposture ? A moins que tu n’aies abandonné cette autorité de citoyen, acceptant d’être réduit à l’état de consommateur, avalant n’importe quoi(comme ces pseudos émissions de “débat”) ?

Et toi, qui est peut-être un croyant, connaissant Jésus-Christ comme sauveur et seigneur, où est ton autorité ? Celle d’”enfant de lumière”, appelé à “ne rien avoir en commun avec les oeuvres des ténèbres, mais à les dénoncer”(Eph.5v11), et à faire des “oeuvres encore plus grandes” que celles du Seigneur Jésus-Christ ?(Jean 14v12)

 

A lire :

Paxton, Robert O. La France de Vichy(Seuil, 1974. Points histoire)

Paxton, Robert O. et Marrus, Michaël R.. Vichy et les Juifs. Le Livre de poche, 1993(Biblio essais)

Von Horvath, Oddon. Jeunesse sans Dieu (+ au théâtre : http://www.scene2-productions.fr/sites/default/files/Dossier%20p%C3%A9dagogique.pdf )

Sebastian, Mihail. Depuis 2000 ans. Stock, 1998  +  son Journal(1935-1940). Stock, 2007(inédit en France jusqu’en 1996)

 

Notes :

*L’auteur roumain en question s’appelle Mihail Sebastian. Mort le 29 mai 1945, renversé par un camion, alors que, nommé maître de conférences à l’université ouvrière libre de Bucarest, il s’y rendait pour donner son premier cours de littérature universelle….

** Deux articles intéressants mais inégaux(celui de Schneidermann aurait pu être plus court), qui ont le défaut d’amalgamer à leur tour LMPT, le révisionnisme et l’extrême-droite.

*** Le statut des Juifs n’était cependant pas la première mesure legislative prise par Vichy. Le rappel qui suit me paraît utile, particulièrement parce qu’Eric Zemmour a aussi plaidé pour l’abolition des lois dites mémorielles : qui se souvient du décret-loi « Marchandeau »(du nom de celui qui a été Député radical-socialiste de la Marne, maire de Reims,  ministre de la Justice entre novembre 1938 et septembre 1939)portant sur la répression de la diffamation par voie de presse lorsque « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants » ?

Pour l’anecdote (qui n’est pas un « point de détail de l’histoire »), l’une des premières mesures du régime Vichy, mis en place depuis à peine un mois(Il n’existe plus de Parlement, et les lois l’œuvre du Maréchal Pétain qui, selon l’article 1 § 2 de l’acte constitutionnel n°2 du 11 juillet 1940, exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres), a été d’abroger cette fameuse loi Marchandeau, le 27 août 1940. Sachant que l’armistice avec l’Allemagne, mettant fin officiellement aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, ne sera signé que plus tard,  le 22 juin 1940. Avec l’abolition du décret-loi Marchandeau, la loi rend libre la tenue de propos racistes ou antisémites, et prononce une amnistie des poursuites. Avec pour conséquences un boulevard pour la propagande xénophobe, raciste et antisémite, et une liberté de la presse au service du racisme et de l’antisémitisme.

 

Autres liens sur “Pétain et les juifs” :

http://www.memorial98.org/article-decheance-de-la-nationalite-quand-petain-sevissait-55458558.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/albert-herszkowicz/150810/decheances-de-nationalite-quand-petain-sevissait

http://www.jolpress.com/alix-landau-brijatoff-juif-ces-15-154-francais-que-le-regime-de-vichy-denaturalises-article-819736.html

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1988_num_20_1_2792

 

 

 

 

 

« Liberté ! Que de bêtises on peut raconter en ton nom ! »

Que de bêtises, mais aussi d’horreurs….

« Le sage est celui qui connaît ses limites ».

 

Face à certains sujets, dont la délicatesse et la complexité nous rappelleraient presque « le noeud gordien », voire « l’hydre de Lerne », il peut paraître très « simple » (ou « de bons sens ») d’avoir une opinion « franche » et « tranchée ». Mais est-ce si simple ?

Ainsi, entre le piège de la banalisation et celui de la surmédiatisation d’idées nauséabondes et de personnes véhiculant(ou vivant de)ces mêmes idées*, quelle posture choisir ? Faut-il « interdire », sans tomber dans le « deux poids, deux mesures » ?  A moins qu’il ne soit « interdit d’interdire » au nom de « la liberté d’expression » ou du risque de la « victimisation » ?
Car, en France comme ailleurs(les pays dits « libres »), la liberté d’expression est un principe essentiel et sacré : «…l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun » selon la Cour européenne des droits de l’homme (Handyside contre Royaume-Uni, 1976).

C’est sur cette base que chacun peut librement exprimer une opinion, positive ou négative, sur un sujet mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution…**

La liberté d’expression est donc un droit, jugé précieux et sacré.

Mais la liberté totale existe-t-elle ? Un droit est-il absolu ?

Comme tout droit, il est possible d’user d’un droit, mais aussi d’en abuser. Un abus qui peut être sanctionné, au terme de « la théorie de l’abus de droit ».
Notre Déclaration de 1789 précise d’ailleurs dans son article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi ».
En clair : « la liberté de chacun s’arrête où finit celle des autres », dans le cas où une personne outrepasserait sa liberté d’expression et nuirait ainsi à une autre**.

Donc, tout droit n’est pas absolu.

Mais puisque l’on parle d’abus ou d’usage abusif d’un droit…ne serait-ce pas plutôt la récente décision du Conseil d’Etat (10/01/14), saisi par l’exécutif, déclarant que l’interdiction d’un spectacle par le préfet de la région Pays de la Loire était légale, qui serait abusive ? Peu pertinente, disproportionnée ?  Faut-il, à l’instar du sociologue et historien Sébastien Fath, s’indigner et dénoncer une « affligeante police de la pensée qui croit qu’en cassant le thermomètre, on détruit la fièvre, au risque de rendre la France entière malade et à bout »?
Car « interdire », n’est-ce pas, au contraire, « promouvoir » les idées nauséabondes que l’on prétend combattre ? ***

A ce sujet, « Thomas More »( « République 1 – Dieudonné 0 ou pourquoi le Conseil d’Etat n’a pas enterré la liberté d’expression », 11 janvier 2014), un blogueur qui traite de questions juridiques et politiques dans une perspective chrétienne(catholique) nous expose « une brève » mais pertinente « synthèse des idées exposées à propos de la première ordonnance du Conseil d’Etat rendue dans cette affaire le 9 janvier 2014 (V. également la deuxième en date du 10 janvier 2014)….Pour faire simple, le juriste blogueur estime que la décision du conseil d’Etat n’est pas un revirement de jurisprudence valant faire-part de décès de la liberté d’expression mais la réponse « la plus sage dans les circonstances présentes qui sont tout à fait particulières ».
Comme il l’explique tout au long de son argumentaire,« il ne me semble pas qu’on soit face à une forme de sanction anticipée de l’infraction, une forme liberticide de prévention. Si l’affaire porte bien sur un spectacle, il ne faudrait pas négliger qu’il s’agit d’une tournée et que le contenu du spectacle est connu. N’en a-t-on pas assez entendu et vu pour juger de la gravité du propos ? Il ne semble pas qu’il s’agisse d’un nouveau spectacle et son contenu est suffisamment scandaleux pour justifier une réaction sans attendre qu’il sorte une nouvelle fois ses horreurs. L’antisémitisme n’est pas une opinion banale, un discours comme les autres. Le caractère tout à fait particulier de l’affaire justifie une solution particulière(…) L’ordonnance ne se saisit pas de Dieudonné comme d’un humoriste banal, dans un spectacle banal, dans un contexte banal. Elle s’empare de son spectacle à l’expérience d’une période très longue, de présence médiatique intense dont il est avéré qu’elle a un contenu très problématique et très constant, au cours de laquelle de nombreuses condamnations pénales ont été prononcées, etc. Nous sommes très loin du traitement d’un dérapage exceptionnel, et très loin aussi du procès d’intention. On peut penser qu’il y a un système, et c’est ce système que le Conseil d’Etat permet d’appréhender ».
Et le juriste de conclure : « Ne jouons pas à nous faire peur ! Qu’est-ce qui est le plus dangereux ? La banalisation du discours antisémite à quelques mois de l’entrée dans le domaine publique de Mein Kampf ? ou une mise en œuvre dans un cas peu banal des pouvoirs de police du maire ? Dans quelle société voulons-nous vivre ? Celle que nos parents et nous-mêmes avons bâti depuis 1945 ou celle fantasmée par Dieudonné, Soral et consorts ? »

Dans le même esprit, le cardinal André Vingt-Trois sur Radio Notre-Dame, 3 janvier 2014 estime que
« Pour l’affaire Dieudonné, l’intervention de Manuel Valls a eu un effet salutaire dans la mesure où elle fait réfléchir, et il faut faire réfléchir. Car malheureusement l’histoire du XXe siècle a montré que la montée de l’antisémitisme n’est pas une révolution à grand spectacle, c’est une montée progressive, qui passe par des événements, des paroles, des articles, des spectacles… Rien n’est anodin en matière d’antisémitisme, comme pour la xénophobie ou la discrimination religieuse. Il est scandaleux que nous soyons insensibles à la dépréciation progressive des seuils à ne pas franchir. Une culture du respect de l’autre, des autres religions, doit se réimplanter d’une manière forte. Que l’on apprenne aux enfants qu’il y a des choses qui ne se font pas !(…)

L’antisémitisme est un poison, qui n’est pas simplement une agression contre les juifs, mais une agression qui concerne l’humanité entière(…)Et on ne doit pas laisser se développer et se banaliser les caricatures, la dérision, la provocation(…)symptômes d’une société dans laquelle on ne tient plus les seuils de protection, protection de l’identité propre de chacun ».

Il s’agit donc bien d’une question de limites nécessaires. C’est bien parce que a liberté d’expression est précieuse, qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée »****.

Une formule à la Jacques Ellul*****  dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression)….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ?

Or, faut-il tout sacrifier (la dignité humaine, l’honneur)sur l’autel du « dieu liberté(d’expression) », « Moloch »****** moderne ? Ou sur l’autel de la recherche du buzz(que l’on croit « rentable ») à tout prix ?

Dans ce cas, pour à la fois préserver la (précieuse)liberté d’expression et pour se préserver des abus, pour  se libérer de ce qui asservit, faudra-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure *******, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité »,   et que « si nous sommes libres de nos choix, nous ne sommes pas libres des conséquences de nos choix » ?

Et nous devons nous préoccuper des conséquences de nos choix, car

« Au jour du jugement, chaque homme aura à rendre compte de toute parole proférée »(Matt.12v36-37)

Etape suivante : la vraie liberté passe par Celui qui seul nous affranchit et peut nous rendre réellement libre(Jean 8v30-36-avec cet avertissement : Jean 5v41-44)

Le mot de la fin ? Laissons-le au  Gorafi :
« Les Français espèrent des chutes de neige prochainement pour aider les médias à parler enfin d’autre chose ».

En effet, il serait temps de parler d’autre chose…Par exemple, de « cette maladie de civilisation » ?

 

 

 

Notes :

* Ainsi, sous couvert de « dénoncer » des idées stupides et nauséabondes, il est possible faire la promotion de ces mêmes idées, via force publications de liens internet ou de liens vidéos, ou de faire la promotion d’autres idées toutes aussi stupides et nauséabondes.  Quand il ne s’agit pas de faire la promotion d’un geste lourd de sens, en croyant le parodier….

** En France, c’est dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui consacre la liberté d’expression(voir l’article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi »http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais….)

Les articles 18 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme(10 décembre 1948) consacrent eux aussi la liberté d’expression, conjointement à la liberté de conviction et de religion.

Voir http://www.les-infostrateges.com/article/0807342/un-droit-fondamental-la-liberte-d-expression-et-ses-limites ; et http://www.lemondepolitique.fr/cours/libertespubliques/libertes/liberte_expression.htm

*** Une idée en rappelle une autre, mais ce rappel me paraît utile, face à ceux qui plaident, pour les mêmes raisons ou pour d’autres, pour l’abolition des lois dites mémorielles : qui se souvient du décret-loi « Marchandeau »(du nom de celui qui a été Député radical-socialiste de la Marne, maire de Reims,  ministre de la Justice entre novembre 1938 et septembre 1939)portant sur la répression de la diffamation par voie de presse lorsque « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants » ?

Pour l’anecdote (qui n’est pas un « point de détail de l’histoire »), l’une des premières mesures du régime Vichy, mis en place depuis à peine un mois(Il n’existe plus de Parlement, et les lois l’œuvre du Maréchal Pétain qui, selon l’article 1 § 2 de l’acte constitutionnel n°2 du 11 juillet 1940, exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres), a été d’abroger cette fameuse loi Marchandeau, le 27 août 1940. Sachant que l’armistice avec l’Allemagne, mettant fin officiellement aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, ne sera signé que plus tard,  le 22 juin 1940.
Avec l’abolition du décret-loi Marchandeau, la loi rend libre la tenue de propos racistes ou antisémites, et prononce une amnistie des poursuites. Avec pour conséquences un boulevard pour la propagande xénophobe, raciste et antisémite, et une liberté de la presse au service du racisme et de l’antisémitisme.

Le Journal officiel du 30 août 1940, page 4844, publie la loi du 27 août 1940 portant abrogation du décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse :
« Art. 1°. – Est abrogé le décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les dispositions antérieures des articles précités sont remises en vigueur.

« Art. 2. – Amnistie pleine et entière est accordée, pour tous les faits commis antérieurement à la promulgation de la présente loi, aux délits prévus par les dispositions abrogées par l’article 1° du présent décret ».

****L’on pourrait penser qu’en Eden, Dieu ait dès le départ accordé une liberté totale à l’homme :
« ….L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.(…) L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder. L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin…. »(Gen.2v9)

Une liberté assortie toutefois d’un garde-fou : « mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras »(v16-17)
Garde-fou qui a été rapidement violé par l’homme et la femme…tous deux motivés par la volonté d’atteindre le « No limit » (« vous serez comme des dieux »)

***** « Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique » (Ellul, Jacques. Les nouveaux possédés, 1973).

Jacques Ellul(mort en 1994) est un professeur d’histoire du droit, sociologue et théologien protestant français, surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation au XXe siècle.

****** Moloch, dieu exigeant le sacrifice des enfants.

*******Inspirée d’une citation de Frédéric Rognon, relevée dans le débat « La Décroissance est-elle une hérésie ? » IN La Décroissance, décembre 2013, numéro 105, p15 : « il ne pourra y avoir de libération que si l’on profane la technique, et « que lorsque l’on aura enlevé l’aura de sacré qui entoure la technique. »

Frédéric Rognon est professeur de Philosophie des religions, à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg.