Vivre, penser (et éduquer à) la liberté : oui, mais laquelle ?

« Liberté, j’enseigne ton nom ». Oui, mais quelle liberté ?
(Une de « Libération », lundi 19/10/20)

Un nouvel attentat. Cette fois-ci, contre un enseignant. Un enseignant de l’école publique, ce qui nous manque pas de nous interpeller, au-delà de l’horreur du drame.

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie de collège, a été assassiné à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), vendredi 16/10 après-midi, « décapité » par un homme russe d’origine tchétchène de 18 ans, comme l’a rapporté le parquet national antiterroriste (PNAT), lequel a ouvert une enquête. L’assaillant, tué par la police, avait revendiqué son crime sur Twitter, en se désignant comme « le serviteur d’Allah ». Selon le PNAT, le professeur avait montré des caricatures du prophète Mahomet publiées par Charlie Hebdo lors d’un cours sur la liberté d’expression [notamment celle représentant Mahomet nu et accroupi, une étoile peinte sur la fesse, avec cette légende : “Une étoile est née”]. Un parent d’élève s’en était plaint auprès de la direction et de la police, ainsi que dans des messages sur Facebook dans lesquels il nommait le professeur et appelait à une mobilisation pour le faire renvoyer(1).

A Paris, Marseille, Lille, Nice, comme à Conflans-Sainte-Honorine, des milliers de personnes se sont rassemblées le week-end du 17/10 en hommage au professeur assassiné vendredi(2). Et un hommage national est prévu ce mercredi 21/10, dans la cour de la Sorbonne, à Paris(3).

Au milieu de ces manifestations de compassion et de sympathie, il a été rappelé que « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine. C’est tuer un homme » : une phrase fameuse du théologien protestant Sébastien Castellion (1515-1563), considéré aujourd’hui comme « l’apôtre de la tolérance et de la liberté de conscience », plusieurs fois relayée sur les réseaux @sociaux par des protestants-évangéliques. Une phrase jadis écrite dans un certain contexte, suite à l’exécution à Genève en 1553 de Michel Servet, pour cause de refus de la doctrine trinitaire (4).

Un rappel historique utile, quand la Fédération Protestante de France (FPF) exprime dans un communiqué « son indignation et son horreur », ainsi que « sa compassion à l’égard de la famille, des proches et des élèves de la victime », soulignant que « l’enseignement de la liberté ne saurait être mis en cause par quiconque ». Car, pour la FPF, « la défense de la liberté d’expression est l’honneur de la République. L’Education nationale en est l’un des vecteurs les plus significatifs. Le bien précieux gagné puis transmis qu’est la liberté d’expression, de conscience et de la presse n’a rien d’abstrait bien au contraire : il s’agit du cœur battant de la République. Le protestantisme se bat depuis toujours pour cette liberté imprenable et réaffirme sa conviction que l’Evangile aussi en est l’un des fondements » (5).

Pour l’historienne Valentine Zuber, dans un commentaire « à chaud » publié dans l’hebdomadaire Réforme, « c’est bien notre manière de vivre et de penser, mais aussi la préservation de nos libertés chèrement acquises qui sont directement mis en cause par ces actes barbares (…) Cette fois-ci, plus que tout autres, ce sont les professeurs qui sont désemparés et doutent maintenant de leur mission d’éducation et d’émancipation. Quelles précautions devons-nous maintenant prendre dans l’exercice pourtant légitime de notre liberté d’expression ? Et si face à la peur du sang versé, cette dernière étant maintenant d’un prix trop cher à payer, nous devions désormais nous autocensurer pour simplement préserver des vies ? »(6).

Ceci dit, il importe de dépasser les réactions « à chaud », ainsi que les réactions purement compassionnelles ou seulement sécuritaires [ne parlons pas des tentatives opportunistes et méprisables de récupération du drame à des fins idéologiques], pour être en mesure d’apporter des réponses adaptées et pertinentes.

Ainsi, #DéfendonsLaLiberté, et enseignons/éduquons à la liberté, c’est entendu. Oui, mais laquelle ? Une simple modération des réseaux @sociaux, « particulièrement prisés par les jeunes » et « où les menaces de mort à propos de tout et son contraire deviennent monnaie courante » suffit-elle pour garantir une culture de paix dans notre société « et prévenir de tels actes aussi monstrueux qu’insensés », comme le suggère Valentine Zuber (6) ? Avons-nous la bonne approche de l’ intégrisme et du fanatisme ?

Parmi les réflexions « à froid », citons celle, particulièrement « cash » et sans langue de bois, du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett(7), lequel relève que « l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, et sa cause, les dessins de Charlie Hebdo republiés, confirment ce qui apparaissait déjà lors de la tentative de meurtres du 25 septembre » (8) :  « Lutter réellement (radicalement) contre l’islamisme exigerait une double tâche politico-culturelle : 1. mettre au jour les vraies raisons françaises de relever le défi islamiste ; 2. amener les musulmans de France à modifier, dans l’islam, tout ce qui semble autoriser l’islamisme actuel. Ce point 2 exige que l’autorité “républicaine” n’ait pas l’air de combattre la religion musulmane en elle-même. Il exige aussi d’être mené en connaissance de cause : comment intervenir auprès de musulmans si l’on ne comprend pas leur religion ? Ni d’ailleurs aucune religion…Or les dessins de Charlie Hebdo sont ignares au sujet de toutes les religions (conchiées stupidement par ce journal depuis des années). Ils prennent la forme d’outrages (….) Au lieu du combat politico-culturel qu’il faudrait mener contre l’islamisme, l’Etat a en effet choisi (de) sacraliser Charlie Hebdo (9), et faire entrer ses dessins anti-Mahomet (mais très cons) dans les programmes des lycées et collèges – avec les conséquences que l’on sait. C’est une erreur contre-productive ; on n’a pas fini d’en subir les conséquences. Dire ces vérités sur le rôle de Charlie Hebdo et le vide mental des pouvoirs publics, ce n’est en aucun cas “se coucher devant les islamistes” comme le clament nos excités. Au contraire, c’est vouloir donner au combat contre l’islamisme un contenu adéquat….. » (7)

De fait, #DéfendonsLaLiberté, oui mais laquelle ? « La liberté de conscience ? Ou la liberté d’expression ? Ce sont deux figures de notre liberté qui doivent être défendues sur un même pied d’égalité. Critiquer n’est pas insulter. Outrance n’est pas outrage », comme le rappelle de façon tout aussi « cash »et sans langue de bois Corentin Voiseux, entrepreneur social, auteur indépendant et chercheur en sciences humaines et sociales, dans une note de blogue….publiée le 18/09, dont je vous recommande la lecture : « Au moment où Charlie Hebdo s’apprêtait à republier les caricatures de Mahomet, le Président de la République, a défendu le 1er septembre la « liberté de blasphémer » comme une composante de la liberté d’expression. « En même temps », il soulignait que la liberté doit s’attacher à « une décence commune, une civilité, un respect » tout en précisant que ce propos ne s’appliquait pas à Charlie Hebdo mais plutôt [encore]aux discours de haines sur les réseaux sociaux. Il fallait donc en conclure que le journal s’attache au respect des règles de décence commune.

En dehors de tout débat sur la nature iconoclaste de ces représentations, il est à ne pas douter que ces images heurtent la sensibilité d’esprits religieux comme irréligieux ». Corentin Voiseux, quant à lui, n’est « pas religieux », mais il « estime que l’insulte envers les croyances d’autrui ne fait progresser en rien le débat public, ne donne lieu à aucun espace de discussion, attise la haine et fait grandir le fossé culturel entre les diverses parties du monde, n’éclaire en rien les esprits.

Ou plutôt si : elle nous éclaire sur une chose. Elle éclaire sur une certaine vision que nous nous faisons de la laïcité comme d’un droit à l’outrance transmuée en un droit à l’outrage, comme d’une sorte d’extrémisme de la liberté d’expression qui mine de l’intérieur notre débat démocratique. Notre loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 est explicite à cet égard. La liberté d’expression est encadrée par l’injure qui se définit par l’atteinte à « l’identité personnelle, l’intégrité morale, à la vie privée ». Mais elle ne s’applique qu’aux individus. 

Que l’intégrité morale des citoyens musulmans soit en jeu ici n’est pas un débat. Comment défendre le contraire ? Encore en 2006, seulement 38% des Français pensaient que les journaux avaient raison de publier ces caricatures, signe que l’offense était largement reconnue chez les citoyens français (…)

La laïcité est la protection de la liberté de conscience, la liberté de philosopher et de critiquer (et l’insulte n’est pas une critique), c’est à dire d’une liberté qui édifie, qui ouvre, qui questionne. C’est ainsi que nous pouvons entendre les appels à ce que la laïcité se fasse « spirituelle » venue de nos philosophes et penseurs, c’est à dire qu’elle protège la liberté de conscience des uns parfois contre les errances de la liberté d’expression des autres.

De la redécouverte et de l’apprentissage de ce qui est « bien ». Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Le Président de la République faisait le parallèle avec les réseaux sociaux. Aujourd’hui, aucune discussion d’envergure sur aucun réseau social que ce soit ne peut s’envisager sans modération. C’est ainsi que la puissance publique peut et doit jouer le rôle de modératrice des propos les plus outrageants aux fins de garantir la liberté de conscience. Et oui, la liberté de conscience emporte le droit de n’être pas insulté pour ses croyances. Sinon, les appels à la « civilité, au respect, à la décence commune » ne seront que de vagues incantations philosophiques sans aucune portée réelle, symptomatiques d’une République qui sanctionne des droits d’un côté mais n’entérine aucun devoir de l’autre, d’une République sans équilibre, sans clairvoyance et sans justesse »(10).

A ce sujet, comme le souligne encore le même Corentin Voiseaux dans une note de blogue, publiée suite à l’assassinat de Samuel Paty (« Intégrisme et fanatisme : avons-nous vraiment la bonne approche ? », 17 oct. 2020) : le rôle de l’école n’est-il pas d’abord d’éduquer à la liberté de conscience et à l’éducation à l’altérité avant toute liberté d’expression? « Le pré-requis du droit à la parole ouverte n’est-il pas d’abord de disposer de la faculté d’introspection et de jugement et de la capacité à mettre les justes formes à la critique que l’on veut énoncer ? Puissions-nous enfin changer de cap, ouvrir une nouvelle ère pour ne pas replonger dans cette spirale mortifère qui n’aura pour seul résultat que de faire couler encore les larmes et le sang et d’attiser la haine »(11).

En guise de conclusion, sur les missions de l’école

Concernant cette mission de l’école « d’éduquer à la liberté de conscience et à l’éducation à l’altérité avant toute liberté d’expression » des idées, des croyances, mais aussi des passions-pulsions, le philosophe Dany-Robert Dufour écrivait dans « L’individu qui vient » (Denoël, 2015. Folio, pp 350-360) que l’école est le lieu où le jeune homme, comme tel sujet à la démesure, apprend à rentrer dans la mesure et la limite [la modération ne saurait se limiter aux réseaux @sociaux]. Cet apprentissage de la maîtrise des passions, « savamment conduite, permet tout simplement au sujet de se rendre maître de lui-même, c’est-à-dire de s’avoir ». Et faute de s’avoir, il n’est pas possible d’accéder aux savoirs (pp 359-360).

C’est ainsi que l’école enseigne à connaitre le monde dans lequel nous vivons au passé, présent et futur, mais aussi de se connaitre soi-même – sur le plan physique, psychique, psychologique, pour devenir un homme ou une femme responsable, bienheureux – et de connaitre les autres dans toutes leurs diversités personnelles et culturelles, pour devenir un être socia(b)l(e) capable de s’adapter, d’aller à la rencontre de celui qui lui semble étranger, en vue d’être un facteur de changement tout au long de sa vie. Au-delà de la connaissance, l’école est avant tout un cadre de vie pour apprendre à apprendre et pour apprendre à penser, pour penser par soi-même, non seulement pour devenir un être responsable et autonome mais aussi pour ne pas être fataliste face aux « horreurs » de notre histoire passée ou présente, que « le petit d’homme » va découvrir peu à peu en s’ouvrant au monde réel. C’est aussi apprendre à douter, à observer, à découvrir, à interroger, à vivre, à aimer…(12). Un cadre de vie où l’on (s’) éduque à la paix, sachant que la paix n’est pas l’absence de ce qui nous dérange mais l’établissement de ce qui est juste et bon.

 

 

 

 

Notes :

(1) Voir https://www.ladepeche.fr/2020/10/18/samuel-paty-du-cours-sur-les-caricatures-a-son-assassinat-le-recit-de-onze-jours-dengrenage-9148061.php ; https://www.ouest-france.fr/faits-divers/attentat/assassinat-de-samuel-paty-suspect-gardes-a-vue-note-du-renseignement-ou-en-est-l-enquete-7020815

(2) Voir https://www.liberation.fr/france/2020/10/18/un-week-end-d-hommages-a-samuel-paty_1802778

(3) https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/enseignant-decapite-dans-les-yvelines/enseignant-assassine-l-hommage-a-samuel-paty-aura-lieu-dans-la-cour-de-la-sorbonne_4148217.html

(4) Castellion, indigné par cette exécution, publie alors, sous pseudonyme, le « Traité des hérétiques », une anthologie de textes anciens et récents qui condamnent la mise à mort pour opinion doctrinale déviante. Théodore de Bèze répond par un traité qui justifie l’exécution de Servet. Castellion réplique par « Contre le libelle de Calvin » qui ne paraîtra, pour cause de censure, qu’en 1612. Dans ce traité se trouve la phrase fameuse : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine ; ils tuaient un être humain ; on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme, mais en se faisant brûler pour elle. » (cf  https://www.museeprotestant.org/notice/sebastien-castellion-1515-1563/ et https://www.museeprotestant.org/notice/les-combats-de-la-tolerance-contre-le-scandale-de-la-violence-religieuse/ )

(5) https://www.protestants.org/articles/62597-attentat-samuel-paty-communique-de-la-fpf

(6) https://www.reforme.net/gratuit/2020/10/17/decapitation-a-conflans-sainte-honorine-le-commentaire-a-chaud-de-valentine-zuber/ [Voir aussi https://theconversation.com/lynchage-de-samuel-paty-sur-les-reseaux-sociaux-comment-reguler-les-algorithmes-de-la-haine-148390 ]

(7) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2020/10/17/apres-l-atrocite-de-conflans-quelques-suggestions-6270564.html#more

(8) https://www.leparisien.fr/faits-divers/attaque-a-l-arme-blanche-pres-des-anciens-locaux-de-charlie-hebdo-25-09-2020-8391429.php

(9) C’est bien parce que la liberté d’expression est précieuse, qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée ». Une formule à la Jacques Ellul  dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression)….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ? Dans ce cas, pour à la fois préserver la (précieuse)liberté d’expression et pour se préserver des abus, faudrait-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité »,   et que « si nous sommes libres de nos choix, nous ne sommes pas libres des conséquences de nos choix » ?

(10) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/180920/du-droit-doutrage-en-republique

Il est par ailleurs interpellant de constater que des initiatives intelligentes se proposant de répondre aux demandes en matière d’information rigoureuse et dépassionnée sur la laïcité et le fait religieux, aient tant de peine à exister en France. Certes, il y a le magazine Le Monde des Religions, publié depuis 2003. Mais le site web « Faits religieux » (2012-2015), la lettre professionnelle « Laïcités et religions » à destination des agents publics (initiative intelligente née après les attentats de 2015, également interrompue en juin 2016) et, dans le même esprit, la lettre électronique LaïCités (2016-2020), tous trois arrêtés par manque de ressources, témoigneraient-ils que soutenir ce type de projets ne serait pas prioritaire pour les pouvoirs publics ?

(11) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/171020/integrisme-et-fanatisme-avons-nous-vraiment-la-bonne-approche

Du même, sur la liberté d’expression et de conscience (24 sept. 2020) https://blogs.mediapart.fr/voiseuxcorentin/blog/240920/le-proselytisme-athee-nous-pousse-vers-une-laicite-de-reconnaissance

(12) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/09/integration-biblique-dans-les-ecoles-chretiennes-quelles-finalites/

« Elle a fêté ses 75 ans » : l’occasion de manifester notre reconnaissance et « la culture d’honneur »

« Les Jours heureux », le programme du Conseil National de la Résistance : qu’en avons-nous fait ?

Cette vieille dame a eu 75 ans le 04 octobre. Qui donc ? La Sécurité sociale !

Si cela vous a échappé, vous pouvez lui souhaiter un « bon anniversaire » en différé.

L’occasion de manifester notre reconnaissance…ainsi que la « culture d’honneur ».

 

Le savais-tu ?

En 1943, la philosophe Simone Weil a rejoint la France Libre, sur recommandation de son ami Maurice Schumann, où elle est devenue rédactrice. Elle y rédigea un rapport ayant pour titre L’Enracinement, publié par la suite par Albert Camus chez Gallimard. Ses propositions ont été, pour la plupart, reprises dans le programme du Conseil National de la résistance (CNR), organe qui, dès 1943, fédérait l’ensemble des mouvements de résistance hostile au gouvernement de Vichy, des gaullistes aux communistes.

La décision, à l’unanimité, de la publication de ce programme intitulé Les Jours Heureux, se prend dans la clandestinité, en 1944. Avec, pour enjeu, cette question essentielle : comment refonder un monde sur le principe de dignité ? C’est un programme qui fut fondé, non sur l’égoïsme de l’ultra-libéralisme des années vingt aux Etats-Unis – qui a conduit à la crise de 1929, laquelle a entrainé l’émergence du nazisme en Allemagne, où les foules se sont mises en recherche de l’homme providentiel désignant des boucs émissaires.

La préoccupation des résistants est celle de la reconstruction d’un monde sur le principe de dignité, inspirant toute une série de mesures politiques mises en place dès l’après-guerre, dont le droit de vote accordé aux femmes, mais aussi des principes économiques, l’intérêt collectif primant sur les intérêts individuels dans la grande industrie, dans la banque, la finance. C’est aussi la liberté de conscience, la liberté de presse, ainsi que le droit à l’éducation, à la santé, au travail, et à une protection sociale, avec la création de la sécurité sociale obligatoire et universelle par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945.

Face à cette conquête sociale, deux attitudes possibles.

L’une étant la reconnaissance pure et simple, à l’instar de ce réfugié qui a loué Dieu 5 heures pour la Sécurité sociale, sans laquelle il serait mort, et la manifestation de « la culture d’honneur » envers un précieux héritage transmis par la Résistance.

L’autre étant le dénigrement et l’attaque pure et simple, et systématique, des propositions et recommandations mises en place hier, accusées « d’empêcher la compétitivité de la France » et « de libérer les richesses de c’pays ».

Depuis plusieurs décennies, le programme du CNR est en effet désigné comme étant ce dont il faut se débarrasser, dans le but de détruire tout ce qui a été édifié à cette époque-là par cette alliance entre les résistants de tous bords.

En témoigne cette déclaration franche et cynique de Denis Kessler, numéro 2 du MEDEF de 1994 à 1998, exprimant une certaine vision du monde dans la revue Challenge du 4 octobre 2007 : « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie. […..] il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance… »

Les chrétiens, qui savent que « la culture d’honneur » est premièrement pour « ceux que nous tenons pour les moins honorables » et que « Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres » (1 Cor.12v22-25), peuvent-ils applaudir, sur fond « d’amen » et « d’alléluia », un tel contre-programme ?  Se souvenir d’où vient la Sécurité sociale – ainsi que de l’ensemble du legs de la Résistance – permet de prendre conscience de ce qu’elle est devenue et ce qu’elle pourrait devenir, et nourrir ces autres questions :

Quelle protection voulons-nous offrir à celles et ceux qui sont touchés par la maladie, un accident, un handicap ou le chômage ? Comment notre société est-elle prête à organiser la solidarité vis-à-vis des jeunes, des personnes âgées, handicapées, malades et invalides ? Quelles contributions sommes-nous prêts à apporter aux soins ? Quelle sécurité d’existence voulons-nous assurer aux personnes âgées ? Comment garantir effectivement l’égalité entre les hommes et les femmes ? Où voulons-nous mettre la frontière entre une réponse collective et solidaire et une réponse individuelle et marchande ? Dans quelle société voulons-nous vivre ?

Malmenée, alors qu’on attendrait la manifestation « de la culture d’honneur » envers une vieille dame âgée, la Sécurité sociale s’avère pourtant toujours aussi vitale et indispensable, particulièrement face aux crises financières et sanitaires. Face à la réalité, les dogmes ne résistent pas.

Ainsi, aussi inouï que cela puisse paraître, le Président Macron, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes » sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »), est le même qui a reconnu devant tous à la télévision le 12 mars 2020 que « ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marchéDéléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai…” Louant les femmes et les hommes « capables de placer l’intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité », il a également assuré que « tout sera mis en oeuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en oeuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L’Etat prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux….. »

Et récemment encore : « il y a énormément de raisons d’espérer si on est lucides, collectifs, unis », a affirmé le Président de la République, se voulant rassurant après les annonces faites lors de son interview à la télévision, mercredi soir 14/10. « J’ai besoin de chacun d’entre vous, nous avons besoin les uns des autres », a-t-il encore ajouté. Et, en guise de conclusion : « On s’en sortira plus forts, car on sera plus unis. On s’en sortira ensemble. Nous y arriverons ».  

Alors, imaginez que vous installiez cette « vieille dame » sur un fauteuil, à l’occasion de ses 75 ans..quelles paroles de bénédiction et de reconnaissance à Dieu diriez-vous à son sujet aujourd’hui ?

 A lire pour méditer :

1 Cor.12v12-27 :

« En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps : il en est de même du Christ.

Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Le corps, en effet, ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs. Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps », cesserait-il pour autant d’appartenir au corps ? Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps », cesserait-elle pour autant d’appartenir au corps ? Si le corps entier était œil, où serait l’ouïe ? Si tout était oreille, où serait l’odorat ?

Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.

Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps.

L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. » Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.

Or vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part ».

 

A voir sur le sujet, ces documentaires de Gilles Perret :

Walter, retour en résistance – Questembert, créative & solidaire

Pédagogie | Les jours heureux

Et Le film | La sociale – Un film de Gilles Perret

Ce que l’Eglise, communauté chrétienne, peut apporter à la génération « Z » (ou « Digitals Natives »)

Ce que l’Eglise, laquelle est la communauté chrétienne, peut apporter aux « Z/Digitals Natives »… (Source : rawpixel)

La semaine dernière, nous vous invitions à (re) découvrir les enseignements et échanges du séminaire « L’Eglise qui croît 3.0 » (08-09 mai 2020), lequel s’était attaqué au défi suivant : « ce qui va, peut et doit mourir/survivre/vivre », suite à la crise du Covid-19.

Parmi les ateliers proposés, retenons notamment celui-ci, intitulé « Greta Thunberg, Killian Mbappé et Billie Eilish entrent dans une église… » – L’Évangile et la génération Z – animé par Joseph Gotte et Edouard Vandeventer.  Les notes et réflexions  (dépassant largement le cadre d’un simple compte-rendu d’atelier) qui suivent sont d’une participante, Josiane Ngongang, que je remercie (ainsi que Joseph), pour son aimable autorisation à les partager ici.

Loin d’être « ringarde », ce que l’Eglise, communauté chrétienne, peut apporter à la génération « Z » (ou « Digitals Natives ») :

– un lieu de sécurité et de confiance: face à la peur et à l’angoisse auxquelles ils sont confrontés au quotidien (infos anxiogènes, surinformation,…), l’Eglise/les chrétiens peuvent leur apporter de la sécurité, des relations basées sur la confiance, des exemples de foi en Dieu, de l’aide concrète aussi – si besoin de refuge par ex.

– un lieu de relations incarnées : face à la virtualisation et digitalisation, l’église peut être le lieu de rencontres et partage de séquences de vie avec les Z. Grace à cela ils pourront voir concrètement comment l’Evangile est pertinent dans le concret et l’ordinaire de la vie et des relations.

Authenticité, vulnérabilité, pardon, vérité, écoute…autant de choses à découvrir et expérimenter via les relations.

– un lieu de relations constantes: face au désengagement (divorces, relations sans lendemain, parentalité absente..) l’Eglise peut être présente sur la durée, être une constante dans leur vie, toujours prête à les accueillir -même et surtout quand ils sont en situation délicate, en proie à la culpabilité et la honte. Persévérance, accueil, cheminement, accompagnement sont les mots clés.

– un laboratoire pour expérimenter: face à la soif spirituelle et l’ouverture à toutes les spiritualités, l’Eglise peut faciliter des expériences/rencontres avec le Saint Esprit pour les jeunes eux-mêmes ou du moins être le lieu où ils voient l’Esprit à l’œuvre tangiblement et profondément pour transformer les vies. Surprise et déplacement seront au rdv.

– un lieu de de formation et action: face au désir de se dépasser, de faire bouger les choses dans son époque, l’Eglise peut mobiliser les jeunes dans la mission que Dieu a pour leur vie. Les aider à la découvrir et les encourager à se joindre à ce que le Seigneur fait déjà – une cause énorme. L’Eglise peut les former au service et prendre des risques pour les faire progresser. Elle peut aussi les former à discerner le.s combat.s spirituel.s qui font rage autour d’eux et à se battre avec les armes spirituelles de Dieu pour tenir ferme et étendre le règne de Christ dans leur vie dans leur monde.

Enfin, l’Eglise est le lieu où les jeunes pourront être sensibilisés à la justice « holistique » de Dieu et se battre pour qu’elle progresse dans ce monde.

– un lieu de découverte: face à la grande question « qui suis je? » qui taraude la société et cette génération, l’Eglise peut être l’instrument par lequel chacun découvre qui il est vraiment, l’identité qui lui a été donnée en Christ et qui va donner un  sens à leur vie.

L’Eglise peut les aider à se libérer des injonctions à rentrer dans des cases souvent enfermantes et prévues par leur entourage ou la société.

Par l’Eglise chaque jeune peut rencontrer Jésus Christ et se mettre à marcher à sa suite, en communauté et en confiance.

Et c’est cela qui nous est demandé: faire des disciples de Christ (En les accueillant, en les découvrant, en les accompagnant, et …en apprenant d’eux.)

Le défi est de les rejoindre là où ils en sont et avec l’aide de Dieu les propulser bien plus loin, et en premier lieu dans les bras de leur Père Céleste.

Au-delà des programmes qui marchent bien (et qu’il ne faut pas forcément abandonner!), des bonnes prédications et illustrations,  nous avons un trésor inestimable et un flambeau à transmettre: la relation avec Dieu, et les uns avec les autres.

A la fin de la journée, les jeunes ne se souviendront pas forcément des programmes mais de comment ils auront été accueillis, encouragés, défiés, soutenus, pardonnés et AIMÉS par l’Eglise.

 

Que notre priorité soit d’aimer et transmettre l’amour de Dieu aux jeunes. Allons-y avec nos imperfections et faiblesses mais aussi avec la force, la sagesse et la persévérance que nous donnera le Saint Esprit !

Le Défi biblique de l’été : 1-2 Timothée, par Robert

« Pour bien comprendre le message divin dans les propos personnels de Paul, il faut arriver à se mettre dans les sandales de Timothée » (Source image : public domain pictures)

Robert, que je remercie pour ses textes et pour avoir relevé un double défi biblique, nous présente les lettres de Paul à Timothée, lesquelles nous mettent au défi de veiller à la transmission, d’une génération à l’autre.

 

1 Timothée

Quel est ce livre ?

Le livre biblique portant le titre « 1 Timothée » est la première lettre personnelle qu’a écrite l’apôtre Paul à son fils spirituel, Timothée.  Le livre fait partie des trois livres appelés : les épitres pastorales, les deux autres étant 2 Timothée et la lettre à Tite.   Paul avait laissé Timothée à Ephèse pour qu’il mette de l’ordre dans l’église ; et ceci nous donne un modèle apostolique à faire appliquer dans les églises aujourd’hui.

En quoi la lecture de ce livre représente un défi pour moi ?

Pour moi il y deux défis avec cette lettre à Timothée :

1) on ne peut pas simplement lire la lettre à Timothée ; il faut absolument la mettre à l’étude approfondie.

2) On ne peut pas l’interpréter de la même façon que le reste du Nouveau Testament, car la lettre s’est adressée à une seule personne qui vivait dans un contexte très particulier et qui exerçait un ministère très particulier.  Pour bien comprendre ce que l’apôtre met dans sa lettre, il faut bien connaitre le destinataire.

Quest-ce qui ma bousculé/interpellé/impressionné dans cette lecture ?

Une fois que nous comprenions comment l’interpréter correctement, il est impressionnant de constater comment il s’applique à l’état de l’église d’aujourd’hui.  Je reste convaincu que si les chrétiens d’aujourd’hui cherchaient plus ardemment à vivre selon les principes trouvés en 1 Timothée, l’Eglise sera dans une plus grande maturité.

Le verset de ce livre qui minspire

1 Timothée 3:1 : « Cette parole est certaine: Si quelqu’un aspire à la charge d’évêque, il désire une oeuvre excellente ».

Nous vivons un temps où la grande majorité des chrétiens des consommateurs purs et ne veulent pas payer le prix pour devenir un responsable dans l’église.  Mais l’apôtre nous dit, sous l’inspiration du Saint Esprit, que l’ambition à devenir un ancien/responsable est une « oeuvre excellente ».  Bien qu’il y a un prix à payer ; mais la récompense est encore plus grande.

 

2 Timothée

Quel est ce livre ?

Le livre biblique portant le titre « 2 Timothée » est la deuxième lettre personnelle qu’a écrite l’apôtre Paul à son fils spirituel, Timothée. La deuxième lettre à Timothée est un véritable partage de coeur de la part de l’apôtre Paul.  Il est fort probable que l’apôtre a écrit cette lettre depuis une prison à Rome, peu avant son exécution par l’empereur Néron.  En conséquence, il est possible qu’en lisant cette épitre, on lit les derniers mots de Paul.

En quoi la lecture de ce livre représente un défi pour moi ?

Cette lettre porte tous les signes d’une exhortation paternelle à un jeune homme qui est peut-être tenté de ralentir, ou se détourner de la mission.  Pour bien comprendre le message divin dans les propos personnels de Paul, il faut arriver à se mettre dans les sandales de Timothée. Et quoi que nous n’ayons aucune indication Biblique de l’état actuel de Timothée, on peut déduire certains états de coeur.  Et c’est là le défi.

Quest-ce qui ma bousculé/interpellé/impressionné dans cette lecture ?

La chose qui m’interpelle énormément c’est la souffrance de l’apôtre vers la fin de sa vie.  Il est en prison, et au fond du coeur, peut-être, il sait qu’il n’en serait délivré que par la mort.  Tout le monde l’a abandonné, à part Luc.  Et il veut voir son fils, si possible, avant l’hiver ; pourquoi avant l’hiver ? Probablement parce qu’il est sûr de ne pas pouvoir le survivre.

Le verset de ce livre qui minspire

On peut apprendre beaucoup de quelqu’un par les choses il dit juste avant de mourir.  Paul dit à Timothée : Les choses que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-les aux hommes fidèles, qui soient capable de les enseigner aussi à d’autres. (2 Timothée 2:2)  Voici l’apôtre qui nous a donné la révélation de la grâce, la révélation de la justification par la foi, et non par la circoncision, la révélation de l’église glorieuse, la révélation de la résurrection des morts, et beaucoup d’autres révélations.  Quel est son souci principal avant de quitter cette terre : trouver les hommes fidèles capables d’enseigner l’évangile du Royaume de Dieu.

« Had Gadia » : « un agneau »

« La merveilleuse Haggadah », film d’animation réalisé par Rony Oren (Londres : Scopus films, 1985). Version anglaise ici.

Cette année, Pessah (Pâque) sera célébrée du 08 avril au 16 avril. Le premier séder [repas de fête familial, événement central de la fête] aura lieu le mercredi 08 avril, après la tombée de la nuit. A cette occasion est lue la Haggadah, le récit de la sortie d’Egypte. Cette lecture est l’accomplissement du commandement biblique de répondre aux questions des enfants (« pourquoi faites-vous cela ? ») et de transmettre de génération en génération ce que Dieu a fait.

Le film d’animation ci-dessus est une illustration amusante et actuelle de la façon dont peut se dérouler un tel séder. Il est frappant de constater, dans ce film, l’absence du moment « marquant » du sang de l’agneau pascal, comme signe sur les portes des maisons des israélites. L’agneau fait tout de même son apparition, via« Had Gadia » (« un agneau »), chanson judéo-araméenne [reprise dans « Alla fiera dell’Est » d’Angelo Branduardi, 1978], chantée à la fin du séder (1).

La version de Chava Alberstein,  reprenant la mélodie d’Angelo Branduardi, apporte une variante à la chanson originale, avec une autre question : « Jusqu’à quand durera ce cycle infernal ? Ce soir, il me vient une question / Jusqu’à quand durera ce cycle infernal / De l’oppresseur et de l’opprimé / Du bourreau et de la victime/  Jusqu’à quand cette folie ? » Cette chanson s’entend lors de la première scène du film Freezone (2005) d’Amos Gitai, avec Nathalie Portman pleurant en gros plan.

A ce sujet, ce mercredi soir, et jusqu’au 16 avril, est justement l’occasion de découvrir, au coeur de la Pâque, non pas « un agneau », mais Celui qui est « l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde »(Jean 1v29, 1 Pie.1v18-21). lequel est le sacrifice ultime, venant mettre fin à ce cycle de sacrifices (Hébr.9v28).

Hag Pessah Sameah !

 

 

Note : 

(1) Les paroles originales de Had Gadia (en français et en hébreu) :

Couplet 1:

1. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 2 :

2. Et le chat arrive et mange l’agneau

va-ata chounra vé-akhla lé-gad’ya

3. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 3 :

4. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

5. Et le chien arrive et mord le chat qui a mangé l’agneau,

Va-ata kalba vé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

6. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 4:

7. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

8. Et le bâton arrive et frappe le chien

Va-ata ḥouṭra, vé-hikka lé-khalba

9. qui avait mordu le chat, qui avait mangé l’agneau,

dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

10. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 5:

11. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

12. Et le feu arrive et brûle le bâton.

Va-ata noura, v&-saraf lé-ḥouṭra

13. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé-hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

14. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 6 :

15. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

16. Et l’eau arrive et éteint le feu,

Va-ata maya, vé-khaba lé-noura

17. qui a brûlé le bâton, qui a frappé le chien,

dé-saraf lé-ḥouṭra, dé-hikka lé-khalba

18. qui a mordu le chat qui a mangé l’agneau,

dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

19. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 7 :

20. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

21. Et le bœuf arrive et boit l’eau,

Va-ata tora, vé-chata lé-maya

22. qui a éteint le feu, qui a brûlé le bâton,

dé-khaba lé-noura, dé-saraf lé-ḥouṭra

23. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé-hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

24. Que mon père avait acheté pour deux zouzim.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 8 :

25. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

26. Et le chohet arrive et égorge le bœuf,

Va-ata ha-choḥet, vé-chaḥat lé-tora

24. qui a bu l’eau, qui a éteint le feu

dé-chata lé-maya, dé-khaba lé-noura

25. qui a brûlé le bâton qui a frappé le chien

dé-saraf lé-ḥouṭra, dé-hikka lé-khalba

26. qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau

dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

27. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 9:

28. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

29. Et l’ange de la mort arrive et tue le chohet

Va-ata mal’akh hammavet, vé-chaḥat lé-choḥet

30. qui a égorgé le bœuf, qui a bu l’eau

dé-chaḥat lé-tora, dé-chata lé-maya

31. qui a éteint le feu, qui a brûlé le bâton,

dé-khaba lé-maya, dé-saraf lé-houṭra

32. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

33. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 10:

34. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē.

35. Et arrive le Saint Béni soit-Il,

Va-ata Haqqadoch Baroukh Hou

36. et fait mourir l’ange de la mort, qui a saigné le chohet

vé-chaḥat lé-mal’akh hammavet, dé-chaḥat lé-choḥet

37. qui a égorgé le bœuf, qui a bu l’eau

dé-chaḥat lé-tora, dé-chata lé-maya

38. qui a éteint le feu, qui a brûlé le bâton,

dé-khaba lé-noura, dé-saraf lé-ḥouṭra

39. qui a frappé le chien, qui a mordu le chat, qui a mangé l’agneau,

dé-hikka lé-khalba, dé-nachakh lé-chounra, dé-akhla lé-gad’ya

40. Que mon père avait acheté pour deux sous.

dizabbin abba bitrē zouzē.

Couplet 11 :

41. Un agneau, un agneau: Que mon père avait acheté pour deux sous.

Ḥad Gad’ya, Ḥad Gad’ya, dizabbin abba bitrē zouzē

Eduquer à la paix : une urgence

A quelle condition peut-on avoir une paix durable…une « vraie paix » ?

Le 8ème Salon de l’Education chrétienne a eu lieu le week-end des 12-13 avril. Son thème était « Eduquer à la paix : quelles alternatives ? »

Plus qu’un thème d’actualité, éduquer à la paix est avant tout une urgence : « recherche la paix et poursuis-la », tel est l’impératif du psaume 34 de David, qui s’adresse à nous encore aujourd’hui. Et ce, d’autant plus que la paix ne nous est pas naturelle : il nous faut l’apprendre sans cesse, d’une génération à l’autre.

Ainsi, par exemple, pour commémorer le centenaire de la guerre de 1914-1918, les élèves de CM2 ont été invités à participer à un grand projet pédagogique national en Histoire-géographie et en Education aux médias, intitulé « les enfants pour la paix », avec des journées académiques prévues (« le printemps pour la paix ») en avril, dans le but de développer leurs connaissances sur la première guerre mondiale mais aussi à les amener à réfléchir et à débattre sur la notion de paix. Cela est fondamental, d’autant plus que la guerre de 1914-1918 s’est terminée par une fausse paix, laquelle a préparé la guerre suivante !

Ceci dit, pour paraphraser Jacques Ellul, le fait de parler sans cesse de paix est à la fois une bonne chose et un très mauvais signal. Car, écrit le penseur protestant, « quand on parle avec insistance d’une chose, c’est qu’elle n’existe pas »(1). Tant parler de paix est en soi révélateur que nous ne vivons pas la paix, quand bien même nous jouirions d’une relative tranquillité.

De fait, chaque génération doit redécouvrir et vivre la paix véritable, laquelle n’est pas l’absence de ce qui nous dérange, mais l’établissement de ce qui est juste et bon.

A ce sujet, et en guise d’illustration, voici une anecdote(2) de l’écrivain napolitain Erri De Luca, à l’époque où il était chauffeur de convois humanitaires en Bosnie, fin 1993, à la demande d’un groupe de catholiques d’Emilie-Romagne (Italie du Nord). Ces « pratiquants fervents recueillent toute une masse de dons spontanés dans leur région et les distribuent là-bas en différents endroits, chez les Bosniaques : catholiques, musulmans et Serbes, là où on en a besoin. Au milieu de cette guerre minutieuse dont les multiples fronts passent même entre deux maisons, ils cherchent un geste de paix et d’amitié. ils ne vont pas décharger leurs camions dans des dépôts(….)mais dans de nombreuses localités, apportant avec leurs marchandises de dépannage la valeur ajoutée d’un petit groupe, escorte solidaire ». Erri De Luca les accompagne, car, seul, reconnaît-il, il n’aurait « jamais trouvé ou même pas cherché la paix, la piste pour y accéder ». Il se contente de nous partager le témoignage exemplaire de ce petit groupe, qui a compris le sens de la prière et l’impératif du psaume 34 de David : « recherche la paix et poursuis-la ».

 

[Prochain billet mercredi prochain]

 

 

Note :

(1) Ellul, Jacques. Vivre et penser la liberté. Labor et Fides, 2019, p 157

(2) De Luca, Erri. L’ordre de D. IN Alzaia. Bibliothèque Rivages, 1998, pp 105-106

 

 

« Hymnes et Cantiques 15e-21e »

Chanter, c’est célébrer et témoigner ! Source : ZeBible

« Le Christ a-t-il chanté ? Probablement oui ! Et sur tous les tons de la vie ! »(1)

Voici quelques sites, parmi d’autres, qui nous invitent à « marcher à sa suite », afin « de poursuivre humblement son chant », et en nous donnant « les moyens de chanter le Christ en toutes circonstances et en tous lieux »(1).

Shir.fr : « Shir » est un mot hébreu (שִיר) qui signifie « chant ». Mis en ligne le 09 octobre 2011, Shir.fr a pour but de rassembler le plus grand nombre de chants chrétiens de louange en français, avec paroles et accords. Il y a déjà 1 116 chants, et l’équipe continue d’en répertorier de nouveaux !

 « Hymnes 21 », un site d’ « Evangile 21 – The Gospel Coalition », créé, sauf erreur, fin 2016, qui propose des ressources pour la louange en commun : des articles, des tutoriels et des chants de louange riches en théologie, en musicalité, et en poésie. Et ce, dans le but « de glorifier Dieu et d’édifier l’Église francophone en l’accompagnant à « progresser encore » (1 Thessaloniciens 4.1) ». Les auteurs du site, des pasteurs et des musiciens, souhaitent également « provoquer des réflexions pour l’Église sur ses choix concernant le fond et la forme de sa louange  en commun et l’assister en proposant des ressources ».

L’origine du site se découvre ici.

Cantiques.fr, quant à lui, est un projet musical de l’Eglise Protestante Unie de France, né en 2014. Il se présente comme « une plateforme de soutien et de partage pour promouvoir et valoriser la musique de différentes traditions dans l’Eglise aujourd’hui ». Au menu, ressources, chants, vidéos, et partitions, pour enrichir nos temps de célébration et la vie cultuelle des paroisses/églises locales.

« Il fait partie d’un processus plus large de renouvellement de l’hymnologie protestante, voulue au sein de l’EPUdF », vu que « le protestantisme est riche d’un patrimoine exceptionnel qui ne cesse de se renouveler : psaumes, chorals, cantiques… à la suite des Luther, Goudimel, Bach, Haendel et tant d’autres ! Il s’enrichit aujourd’hui de créations ou adaptations modernes, et s’élargit aux dimensions de l’Église universelle ».

Plusieurs axes sont mis en valeur :
– Redécouverte des richesses de nos héritages musicaux
– Encouragement à la création de nouvelles formes de musique pour le culte
– Développement de ressources théologiques et pratiques pour les paroisses
– Développement de formations pratiques (animation musicale, accompagnement musical, chorales…)

Nous terminerons en rappelant cette superbe initiative de jeunes (certains du site « La Rebellution ») datant de 2015 et qui a pour but de « sensibiliser » leur génération « à chanter des hymnes et des cantiques aux paroles profondes et bibliques ».

Parce que « la culture de l’honneur », c’est aussi cela : « transmettre d’une génération à l’autre » et, donc s’approprier – pour le faire vivre et l’honorer – un bel héritage musical à la gloire de Dieu !

 

 

Notes :

(1) Voir cet « A propos », sur le site cantiques.fr

Ne dites plus « ne nous donnez plus de pizzas ! » Dites : « Je vous invite. C’est fait maison ».

« Quelles sont ces pizzas dont on sature les jeunes, mais qui ne rassasieront pas leur homme intérieur ? » Source : Pexels

« ….les disciples le pressaient : « Rabbi, mange donc. Mais il leur dit : J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas (…) Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». (Jean 4v31-34. TOB)

Ce que j’apprécie le plus, lorsque je consulte un blogue ? Certains commentaires, publiés aux pieds des articles publiés. Certains sujets généreront beaucoup, peu ou pas du tout de commentaires, ce qui est en soi révélateur de l’intérêt accordé auxdits sujets. Bien entendu, nous pouvons trouver le pire comme le meilleur, quantité ne signifiant pas toujours qualité, loin de là.

Une fois n’est pas coutume : voici un exemple notable, où le commentaire d’un article s’avère aussi (sinon plus) bon que le billet commenté lui-même.

A l’origine, un billet de « Benjamin E. », 22 ans, étudiant à l’Institut Biblique Belge, coordo de l’excellent blogue jeunesse La Rébellution et blogueur sur christestmavie.fr., intitulé : « ne nous donnez pas des pizzas. Donnez-nous l’Evangile ! », publié le 20/03 sur le blogue « Le Bon Combat ».

« Comment intéresser les jeunes du 21ème siècle ? De quoi ont-ils besoin ? Que faut-il leur donner ? », se questionne l’auteur, lui-même « encore dans la tranche d’âge jeune » et conscient « que le ministère parmi les jeunes est un vrai casse-tête aujourd’hui ». En effet, « ils ne semblent plus intéressés par toutes les méthodes un peu vieilles du siècle passé. Dans une ère où Facebook est roi, où on tweet plus vite qu’on ne l’a jamais fait – comment intéresser les jeunes du 21ème siècle ?(…) On pense souvent que les jeunes d’aujourd’hui ont besoin de plus de [c’est moi qui souligne] jeux, plus d’attractions, plus de fun. On pense souvent que le Groupe de Jeunes doit se résumer à une soirée jeux-vidéo, des pizzas et 5 minutes de partage biblique hyper-simplifié pour pas perdre l’attention des jeunes. Non, le plus grand besoin des jeunes au 21ème siècle, c’est l’Evangile. Un Evangile clair, complet et fidèlement présenté.

Parce que les pizzas ne vont pas nourrir nos âmes ! Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de nouvelles méthodes, plus de fun ou quoi que ce soit d’autre. Notre vrai besoin, la vraie solution, c’est l’Evangile. La solution se trouve dans la Parole de Dieu, vivante et efficace. C’est de cette Parole dont nous avons besoin, cette Parole qui peut transformer nos cœurs et produire, par l’Esprit, la vie dans un cœur qui était spirituellement mort ».

Curieusement, l’article, publié par un jeune, ne suscite qu’un seul commentaire, et ce, et alors que les articles plus « théo » inspirent habituellement une pléiade de commentaires, et moults débats passionnés et enflammés.

Le commentaire est de l’internaute « Francine », habituée du blogue « Le Bon combat ». Et il vaut absolument le détour, dépassant même le billet commenté (ceci dit, sans préjudice pour l’article de Benjamin E.) pour la réflexion qu’il suscite. Jugez-en plutôt :

Il est bien votre article Benjamin ! Pour l’approfondir un peu, il faudrait, je pense développer votre illustration de la pizza. Pourquoi de la pizza ? Vous le savez d’expérience, la pizza est le plat de prédilection du programmeur, accompagnée éventuellement d’une bonne bière. Elle contient des calories faciles, plein de sel et de gras, vite engloutie, vous vous remettez immédiatement à votre code.

Seulement le règne spirituel ne s’étend pas sur de stupides machines qui obéissent à la commande, mais sur des esprits, des âmes, des volontés, et donc la pizza ne va pas le faire pour s’y aventurer. En clair, quelles sont ces pizzas dont on sature les jeunes, mais qui ne rassasieront pas leur homme intérieur ? Les slogans, les bouquins superficiels, les partis-pris, le vocabulaire philosophique pédant et creux. Vous avez raison de rappeler que le péché est notre principal problème à tous. Mais qu’est-ce que le péché une fois que l’on a mis de côté la drogue et la pornographie ? Tout mensonge, toute entorse consciente à la Vérité est un péché. Or la vanité, l’orgueil, l’esbroufe, la prétention, l’obstination personnelle sont des péchés, et très courants dans le ministère de la pizza évangélique.

La solution : faites votre cuisine vous-même ! Paul écrivait à Timothée : « Que personne ne méprise ta jeunesse ». N’offrir aux jeunes que des pizzas, c’est au fond les mépriser ; c’est supposer qu’ils sont trop bêtes pour se nourrir d’autre chose. Eh bien mettez en pratique le conseil de Paul « Applique-toi à la lecture » ; repoussez les pizzas du buzz, appliquez-vous à la lecture de vrais livres. Devenez pointu en exégèse biblique, maîtrisez le grec et l’hébreu, l’histoire de l’Église, et vous deviendrez un chef étoilé qui pourra cuisiner pour les autres.

Benjamin, ne dites donc plus aux vieux : « Arrêtez avec vos pizzas ! », car il n’y a pas grand-chose attendre des vieux. Jésus, Paul, et même Jean qui est mort presque centenaire, étaient jeunes d’esprit. Dites plutôt : « Je vous invite. C’est moi qui l’ai préparé ! Prenez et goûtez… »

 Et souhaitez, non pas « plus, plus de… » mais mieux. Le meilleur.

 

Peut-on être chrétien et être obsédé par « la pureté de la race » ?

"Saint Matthieu écoutant l'ange lui dicter le Nouveau Testament" par le Caravage (Première version, 1602. Refusée par les commanditaires du tableau, détruit en 1945)

« Saint Matthieu écoutant l’ange lui dicter le Nouveau Testament » par le Caravage(1571-1610), peintre italien d’inspiration biblique. Première version de l’oeuvre (1602). Refusée par les commanditaires du tableau, détruit en 1945)

…. « Chrétien », c’est à dire « petit Christ », celui qui aime, suit et obéit au Christ, son Sauveur et son Seigneur.

La réponse, dans le chapitre 1, versets 1 à 16, de l’évangile selon Matthieu :

Ledit évangile « commence par une liste de noms », à l’instar du livre de l’Exode, dans l’ Ancien Testament, qui commence par un « voici les noms ».

« Elle hattoledot », elles, les générations

Il est édifiant de noter que « le début du Nouveau Testament ne part pas de zéro, à partir de Jésus, mais ressent le besoin de nommer les générations qui l’ont précédé. Ces dernières croisent David, ancêtre obligatoire du Messie, pour les juifs et les chrétiens (…)

Trois douzaines et demie de générations se succèdent dans l’espace des seize premiers vers de Matthieu, des noms d’hommes devenus des stations d’une ligne aboutissant au terminus du monde, au Messie. Au milieu de la liste, exceptionnellement et par contraste, se détachent trois femmes [étrangères]. Une est Rahab, la prostituée de Jéricho qui sauva les espions envoyés par Josué. Les deux autres étrangères au peuple du livre sont Tamar, la cananéenne, et Ruth, la moabite. Elles épousent des juifs, restent veuves sans enfants. Elles se dépensent sans compter pour rester dans la maison et dans la foi rencontrée. Puissantes de fertilité réprimée et inexaucée, elles donneront des fils à la terre et aux gens de Judas, quatrième fils de Jacob. Elles donneront des fils à la descendance du Messie.

Tamar et Ruth : deux femmes d’autres peuples entrent dans la lignée la plus sacrée et ont le très pur privilège d’être les premiers noms féminins du Nouveau Testament, avant même celui de Marie.

Le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Deux femmes : pour enseigner que le mélange génétique n’est pas une exception, mais qu’il répond à une volonté. Deux fois : dans l’Ecriture la répétition est un sceau de confirmation [Cf Deut.19v6, 15 ; 2 Cor.13v1]….Ainsi se renouvelle la parole de l’Ancien Testament rapportée par Esaïe (1) : « Les fils de l’étranger qui s’attachent au SEIGNEUR pour assurer ses offices, pour aimer le nom du SEIGNEUR, pour être à lui comme serviteurs, tous ceux qui gardent le sabbat sans le déshonorer et qui se tiennent dans mon alliance, je les ferai venir à ma sainte montagne,
je les ferai jubiler dans la Maison où l’on me prie ; leurs holocaustes et leurs sacrifices seront en faveur sur mon autel, car ma Maison sera appelée : « Maison de prière pour tous les peuples » (Es.56v6-7. TOB).

Ruth : une étrangère au peuple de Dieu, qui se retrouve intégrée dans la généalogie du Messie et qui donne son nom à un livre de la Bible ! ("L'été ou Ruth et Booz" de Nicolas Poussin. 1660-1664. Musée du Louvre, Paris)

Ruth : une étrangère au peuple de Dieu, qui se retrouve intégrée dans la généalogie du Messie et qui donne son nom à un livre de la Bible !
(« L’été ou Ruth et Booz » de Nicolas Poussin. 1660-1664. Musée du Louvre, Paris)

Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison.

La vie de Ruth se passe au temps des Juges (….), la période qui suit la conquête de la Terre promise mais non offerte en cadeau (….) Quand disparaît la génération du désert, témoin des colossales interventions de Dieu, manne comprise, les Hébreux se dispersent. Ils subissent les offensives des autres peuples(…).

Parmi les différents peuples qui arrivaient à l’emporter alors sur Israël, il y eut les Moabites, qui vivaient à l’est du Jourdain. Leur domination sera brisée par un téméraire attentat. Ehud, un gaucher de la descendance de Benjamin, réussira à plonger sa courte épée jusqu’à la garde dans le surabondant embonpoint d’Eglon, roi de Moab. Et il parviendra aussi à s’échapper et à appeler à l’insurrection. Pendant la révolte, dix mille Moabites tombent (…) aux gués du Jourdain[Juges 3v15-30]. Quand on lit, en ouverture du livre de Ruth, qu’une famille juive émigre en terre de Moab au temps des Juges, il faut savoir que les relations entre les deux peuples n’étaient pas cordiales. Et pourtant, la famille d’Elimélekh, une femme et deux fils, fuyant la famine de la terre de Judée, est accueillie avec générosité. Les habitants de Moab les hébergent, donnent une épouse aux deux fils. Ce peuple, malgré les deuils de la guerre, a accueilli les émigrants de la nécessité. Mais la famille d’Elimélekh porte en soi une grave faute : elle est la première, depuis la conquête de la Terre promise, à l’abandonner. C’est une désertion que les hommes de cette famille, responsables de la décision, paieront de leur vie.

Ce n’est qu’à la mort du dernier mâle que Naomi, veuve d’Elimélekh, sera libre de choisir et elle choisit vite : elle revient. Une des belles-filles moabites, Ruth, s’attache à elle et veut suivre sa belle-mère. Elle s’attache : l’hébreu emploie le verbe « davak », celui du psaume 137 (v6) : « s’attachera[tidebbak] ma langue à mon palais si je ne me souviens pas de toi, si je ne fais pas monter Jérusalem sur la tête de mon allégresse ». Comme la langue au palais, ainsi Ruth s’attache à Naomi par dévouement et par entraînement d’amour pour le peuple d’Israël, pour sa foi. Les gestes qui préparent le futur partent de sentiments inexorables.

C’est une des histoires que les générations apprennent et se transmettent. Tout lecteur a le droit de se sentir héritier du tout, d’en souligner un verset, une figure. Ici, on célèbre Ruth, femme de conjonction des deux alliances, les testaments réunis pour nous dans le format Bible »(2).

 

 

Notes : 

(1) La traduction d’Erri de Luca donne : « Et fils de l’étranger prêtés à Yod pour son culte et pour amour du nom de Yod, afin d’être pour lui des serviteurs ; ceux qui observent le sabbat sans le profaner et ceux qui se renforcent dans mon alliance. Et je les ferai venir vers ma montagne sainte et je les remplirai de joie dans la maison de ma prière, leurs offrandes et leurs sacrifices sont selon ma volonté sur mon autel : car ma maison, maison de prière sera appelée pour tous les peuples »(« Comme une langue au palais ». Arcades Gallimard, 2006, p88)

(2) D’après « Comme une langue au palais », dans le recueil éponyme d’Erri de Luca. Arcades Gallimard, 2006, pp 85-91). Du même, où l’on retrouve ce commentaire de la généalogie du Messie : « Les Saintes du scandale ». Folio, 2014.

Voir aussi, sur cette généalogie : Céline Rohmer, « L’écriture généalogique au service d’un discours théologique : une lecture de la généalogie de Jésus dans l’évangile selon Matthieu », Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires [En ligne], 17 | 2017, mis en ligne le 06 janvier 2017, consulté le 12 février 2017. URL : http://cerri.revues.org/1697 ; DOI : 10.4000/cerri.1697

« Captain fantastic » : un film dérangeant sur l’éducation et la transmission d’une vision du monde

"Captain fantastic", de Matt Ross(2016) : "préparer au monde", là est la question !

« Captain fantastic », de Matt Ross(2016) : « préparer au monde », là est la question !

« Captain fantastic »(1) est le titre trompeur d’un curieux film américain vu cet été, donnant à penser qu’il s’agit d’un énième « blockbuster » mettant en scène des super-héros !

En réalité, si « personnages d’exception » il y a, ils n’ont pas de « super pouvoirs ». Le film traite plutôt de la liberté de choix : liberté de choix d’éducation et de vie, de croyance…et de fin de vie, indépendamment – et de façon alternative – aux institutions/modèles/ idées dites « classiques »/« dominantes » (sociales, économiques, religieuses…). Ainsi, le refus du matérialisme, de la société de consommation, de l’hypocrisie et de l’égoïsme grégaire….

Pour mieux l’analyser et l’apprécier, il convient premièrement de bannir le mot « intéressant » de notre vocabulaire, et de prendre pour fil conducteur la scène-clé de l’analyse de « Lolita » de Nabokov par Kielyr, l’une des filles de la famille. De même que ce roman « ose affronter le malaise du lecteur en adoptant le point de vue de Humbert Humbert »(2), l’on pourra juger ce film particulièrement dérangeant, puisqu’il présente un point de vue susceptible de remettre en question nos principes fondateurs, valeurs et « philosophies de vie ».

Et justement, il s’agit justement de ne pas perdre de vue qu’il s’agit là d’un point de vue : celui d’un père entraînant ses enfants dans son choix de vie, dont la légitimité peut être elle-même questionnée et remise en question. Néanmoins, le film, via son personnage principal, nous pousse à nous interroger sur la normalité, ce qu’est « connaître », et sur ce qu’est une « éducation véritable », cohérente, ouverte sur le monde et ancrée dans le monde réel, qui élève vraiment et conduit sur le chemin de l’autonomie.

D’autre part, le chrétien que vous êtes, et qui avez vu le film, a pu être choqué par la façon dont votre foi est ici déconsidérée, alors qu’une philosophie spécifique(le bouddhisme – il faut bien compenser le refus de Dieu par une autre forme de spiritualité !) est mise en avant. La meilleure attitude sera sans doute de prendre un certain recul et d’être prêt à répondre de la meilleure façon possible aux défis soulevés par le film, d’autant plus qu’un christianisme bien compris ne devrait pas conduire à cautionner une vie matérialiste, consumériste, irresponsable, injuste, égoïste, au mépris des autres et de la création. « Aimer son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force »(Deut.6v5), et « de toute sa pensée », ajoute le Seigneur Jésus-Christ(Luc 10v27), conduit à « aimer son prochain, comme soi-même »(Lévit.19v8). Et « la grâce » de Dieu, « source de salut pour tous les hommes, nous enseigne…à vivre pieusement, sagement, justement » (Tite 2v12 ).

Et l’on se souviendra qu’ « Eduquer, ou élever un enfant, c’est « conduire hors de »(educere), cf Jean 10v3. « C’est l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, à se hausser (elevare) dans son corps et son âme, dans tout son être spirituel », soit lui apprendre « à sortir de lui » et à rencontrer les autres. « Par éducation », l’on entend aussi « la somme totale des processus par lesquels une société transmet d’une génération à l’autre son expérience et son héritage accumulés dans les domaines social, intellectuel et religieux »(3).

 

 

 

 

Notes :

(1)  « Captain fantastic ». Réalisation : Matt Ross(USA, 2016). Avec : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay

Prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard » au Festival de Cannes 2016.

Résumé : Dans les forêts reculées du nord-ouest des États-Unis, vivant isolé de la société, Ben, un père dévoué, a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Niveau/âge : à partir du lycée – jeune adulte

Extrait : 

(2) http://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2016/captain-fantastic.html

Autres critiques :

http://www.leblogducinema.com/critiques/captain-fantastic-lutopie-melodramatique-94457/

http://www.cinechronicle.com/2016/05/cannes-2016-captain-fantastic-de-matt-ross-critique-104505/

(3) Voir http://larevuereformee.net/articlerr/n244/leducation-protestante-chemin-vers-la-liberte