Interview d’Éric Lemaître, auteur de « La Déconstruction de l’homme » : « ce livre exprime une urgence »

« Vous serez comme des dieux… »
Un slogan transhumaniste « vieux comme le monde », dénoncé dans « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître

Eric Lemaître est un passionné que j’apprends à connaître et avec qui j’ai eu l’honneur d’échanger à de nombreuses reprises, sachant que nous avons une connaissance en commun.  Il est aussi l’animateur de « La Déconstruction de l’homme », un blogue partenaire avec « Pep’s café! » et auteur d’un livre, dont il m’a récemment annoncé la publication. Il s’agit d’un essai interpellant, qui, de son aveu, « est aussi un hommage à  des figures familiales témoins déjà à leur époque de bouleversements techniques et dont il pressentait la nécessité de filmer les scènes de village (Réunions familiales….) afin que la mémoire de ces événements se perpétue et que l’on se souvienne que la dimension relationnelle et incarnée devrait prévaloir afin que l’homme ne se laisse jamais écraser par la technique ».

Rencontre avec cet « éveilleur » (des consciences) de Reims, lequel a bien voulu jouer le jeu des questions-réponses pour Pep’s café, afin de nous parler de lui et de son livre.

Bonjour Éric, peux-tu te présenter ?

Oui Volontiers. Je suis marié à Sabine depuis 27 ans ; nous avons deux enfants. Professionnellement, j’exerce une activité de consultant socio-économiste depuis bientôt 30 ans. Je suis, avec mon épouse, très engagé dans notre vie d’église où nous considérons que la relation incarnée à notre prochain constitue l’essentiel de notre vie.

Quels sont tes engagements actuels ? Depuis quand et pourquoi ?

Comme socio-économiste, j’ai travaillé pour le compte de l’Etat sur des évaluations de politiques publiques pour comprendre les mutations industrielles et les enjeux pour l’entreprise. Ce travail d’analyse de l’environnement industriel m’a également conduit à œuvrer pour d’autres clients sur des champs qui concernent la vie sociale dans les quartiers dits sensibles. Mon activité m’a fait réaliser à quel point le monde qui nous environne se transforme radicalement. Cette transformation de la vie sociale est selon moi frappante, en raison d’un monde qui se désincarne sous nos yeux, où la relation à l’autre se délite. Nous sommes confrontés de plus en plus à la technique. Je te donne un seul exemple vécu récemment et symptomatique d’un monde en mutation. Je veux suivre l’expédition d’un colis qui a connu un incident d’acheminement. M’en inquiétant, j’ai souhaité avoir un interlocuteur. Au lieu de cela, mon opérateur fut une machine numérique qui m’a fourni des renseignements mais non satisfaisants. Désespéré et perdant beaucoup de temps, je suis finalement tombé sur un être humain qui a fini par me donner la procédure à suivre. Mais cet être humain ne va-t-il pas finir par disparaitre, remplacé demain par un robot ?

Quels sont tes fondements ? Tes sources d’inspiration ?  Comment te positionnes-tu, idéologiquement, théologiquement, doctrinalement …. ?

Je suis un chrétien évangélique, bien que je n’aime pas être enfermé par une étiquette. Cependant, ta question nécessiterait un long développement mais pour faire court, ma vie a changé le jour où l’évangile eût une résonnance déterminante sur mon parcours et ma trajectoire de vie. Au-delà de ce changement apporté par cette dimension de la foi, ma pensée chrétienne a été largement influencée par un auteur chrétien, Ivan Illich [1926-2002], qui fut avec Jacques Ellul [1912-1994]- mais plus tardivement – mon autre mentor. Ivan Illich m’a fait réaliser que la vie chrétienne peut se traduire en actes, non seulement en actes qui touchent à ta propre personne et à l’attitude que tu manifestes envers les autres, mais également à l’engagement social que nous pouvons avoir au sein même de notre environnement pour nous emmener à une société plus conviviale. Ce cheminement-là me conduit par exemple à m’engager, à accompagner un projet de quartier, « L’ilot Saint Gilles » à Reims, un jardin partagé avec des habitants. Mais mes engagements au sein de mon assemblée aujourd’hui m’ont conduit à secourir ceux qui sont dans le besoin, des familles pauvres à des amis migrants. Je reste cependant un membre de l’association qui s’est construite autour de la vie sociale de cet Ilot.

Avec quels autres auteurs/blogueurs te sens-tu particulièrement proche et pourquoi ?

Un blogueur m’a lancé dans l’écriture : il s’agit d’Alain Ledain(1). Le premier article que je lui ai produit concernait l’approche économique dans une conception Biblique. La lecture de ce premier article avait été très apprécié par Alain, qui m’a encouragé à produire d’autres articles pour le blog Ethique Chrétienne(1). Par la suite, j’ai publié de nombreux articles pour Info Chrétienne. Mais je ne recherchais pas nécessairement l’audience, je souhaitais donner cours à la nécessité de penser sa foi et d’offrir à mes lecteurs une méditation réfléchie. Etienne Omnès(2) autre blogueur, m’a invité à écrire puis me fit l’honneur d’être publié sur son excellent blog Philéo Sophia(2). Mais un autre blog attira mon attention. J’avais maintes fois et à plusieurs reprises entendu parler de ce blog : Pep’s café. J’ai découvert des articles réfléchis, attachés à défendre une dimension d’éthique chrétienne sans légèreté. Alain m’avait indiqué tes coordonnées, et nous avons échangé pour mutualiser nos regards, nos lectures et offrir de nouveaux relais à nos articles.

Tu nous annonces la sortie de ton livre « La Déconstruction de l’homme » : en quoi cet ouvrage est-il un événement ?

« La déconstruction de l’homme » est un livre qui aborde la question du transhumanisme. Aujourd’hui, ce sont des dizaines d’ouvrages qui ont été publiés sur le sujet. Mon livre de fait n’est pas original quant à la thématique qui est traitée, mais son contenu en revanche est différent de tous les livres qui ont abordé le monde numérique et celui de la technique. La dimension inédite du livre tient à cette lecture que nous avons croisée avec d’autres auteurs chrétiens issus des sciences dures, des sciences sociales et de la philosophie, avec notamment une préface du Philosophe Charles-Éric de Saint Germain(3).

En réalité la Bible a beaucoup à nous apprendre sur ce monde, qualifié par de nombreux penseurs comme « post humain ». Il est extrêmement intéressant de découvrir que les Ecritures nous parlent de l’image, de la relation désincarnée et de la technique, aussi incroyable que cela puisse être ! La Bible aborde, certes de façon plus indirecte, toutes les idéologiques qui culturellement redéfinissent et façonnent l’homme, le détournent de toute transcendance.  Le livre est de fait un événement car il nous fait découvrir que la Parole divine est éclairante sur la condition de l’homme moderne. Mon livre n’est pas pessimiste, il offre au contraire une feuille de route pour ne pas subir le diktat imposé par la domestication engagée par les idéologies et les objets numériques, qui redéfinissent et remodèlent l’homme, conditionnent aujourd’hui notre existence.

Est-ce là ton premier livre ? Sinon, qu’as-tu publié d’autre ?

Ce n’est pas mon premier livre. Deux autres ont été co-écrits avec Alain Ledain et d’autres auteurs. Je recommande d’ailleurs la lecture de « Masculin et/ou Féminin : Peut-on choisir »(4) publié [en 2014] par la maison d’Editions FAREL. Mais également l’excellent ouvrage « Vers une société d’Uniformisation »(4) publié par Ethique Chrétienne [en 2015] qui préfigurait la sortie de l’essai « La Déconstruction de l’homme ».

Depuis quand est-il sorti et comment se le procurer ?

La Livre a été officiellement publié le 12 octobre [2018]. Les lecteurs de Pep’s café peuvent se le procurer à cette adresse http://www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/eric-lema%C3%AEtre/la-d%C3%A9construction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

Quand le trouvera-t-on bientôt dans les librairies ?

Une librairie de notre région a souhaité référencer le livre à la demande express d’un ami Philosophe, mais il n’est hélas pas actuellement enregistré dans les réseaux de libraires. Selon les conditions offertes, une demande de référencement sera probablement faite par mes soins auprès du réseau Electre, réseau qui indexe tous les auteurs retenus et les fait connaître auprès de tous les libraires.

Tu nous annonces une sortie du livre sur « Amazon » : n’est-ce pas contradictoire, vu ce que tu dénonces dans « La Déconstruction de l’Homme » ? 😉

Oui, la question n’est pas sans pertinence. Je dénonce la numérisation du monde, l’espionnage, le traçage de nos données personnelles. D’une certaine manière je conduis une forme de réquisitoire contre les GAFA et de fait Amazon qui référencera mon livre. Je prends de fait conscience d’une incohérence en tant qu’auteur du livre « La Déconstruction de l’homme », mais une incohérence assumée, une incohérence que j’assume volontiers ! Je m’explique : de nombreuses librairies ont hélas disparu, sauf celles hyper spécialisées. Ce livre « La Déconstruction de l’homme » exprime une urgence, et en tant qu’auteur, je ne vise cependant ni à faire le buzz ni même à faire du business avec la vente de ce livre. Je ressens cependant l’urgence de diffuser la pensée chrétienne concernant cette thématique du « transhumanisme ». Or, j’ai lu de nombreux livres sur le sujet, aucuns d’entre eux, n’abordent la dimension spirituelle, les Ecritures, la Bible… Ce sera le premier ouvrage écrit par un auteur évangélique associé à d’autres contributeurs qui en fera référence et c’est de fait la dimension inédite que j’entends ici souligner. Pourtant, ce livre n’est pas destiné à être lu par des chrétiens seulement mais il se propose à tous les types de publics. C’est également cette raison qui me conduit aujourd’hui de choisir un canal de diffusion numérique qui nous et t’interroge légitimement mais je l’assume, je souhaite ainsi atteindre toutes les catégories de lecteurs.

Quel rapport ton livre entretient-il avec ton blogue du même nom [créé en juin 2018] ? Pourquoi un livre et un blogue de ce (même) nom ?

Le blog est le moyen aujourd’hui d’accompagner la promotion du livre… Lancer un livre nécessite une certaine légitimité, bloguer c’est également apprendre à écrire afin de rencontrer ses lecteurs et de les sensibiliser. Ceux qui me suivent auront envie de me lire au-delà d’un écran plat et se saisir du papier imprimé. Le papier au fond nous amène à un autre contact, plus charnel si j’osais l’expression. Ressentir l’écriture en ouvrant les pages d’un livre imprime sans doute beaucoup mieux l’esprit. Le but est également de faire vivre le livre, d’aller à la rencontre de ses lecteurs pour témoigner, pour se laisser interpeller, pour interagir et pour incarner une véritable relation de face à face.

D’où viennent l’idée et le projet de ton livre ?

Le projet est né de mes veilles successives sur la place royale de Reims, de lire puis de méditer des auteurs afin d’enraciner sa conscience dans le réel de la vie. Les auteurs lus, semaine après semaine au cours de ces veilles, m’ont ouvert une fenêtre de conscience, m’ont de fait interpellé sur l’urgence d’une résilience nécessaire concernant l’être humain, d’une résistance à cet environnement qui aurait tendance à lobotomiser les consciences et la sienne en premier lieu… Penser c’est être conscient pour soi et pour les autres, pour interagir avec la réalité de mon semblable.

Quel est son message fondamental en une phrase ?

Ne devenons pas les sujets des objets numériques, aussi retrouvons le sens du prochain et de l’écoute afin d’interagir avec lui et de l’aimer. La vie ne s’apprécie que parce que nous savons que nous sommes éphémères et qu’il nous appartient d’aller dans ces sentiers pour rencontrer l’autre. Alors fuyons ces autoroutes du WEB qui fatiguent l’âme.  Désolé je ne pourrais pas faire plus court !

Comment s’est construit ce livre ? Qui a participé avec toi à l’aventure ?

Le livre a été nourri par mon expérience d’un monde numérique qui est venu considérablement modifier mon propre métier. Ce qui m’a troublé, c’est lorsqu’un de mes fournisseurs de logiciels m’avait proposé un logiciel d’analyse de données, capable de produire des commentaires. L’idée que la machine remplace l’intelligence humaine m’avait alors profondément choqué et ce choc remonte précisément dans les débuts des années 2000. On ne parlait pas encore d’intelligence artificielle(5). Puis plus tard avec les progrès fulgurants du monde technique, c’est bien l’idéologie progressiste qui commença à m’interpeller. Je me suis de fait intéressé à la philosophie des lumières. Dans ma jeunesse j’appréciais les écrits des « lumières », mais j’ai pris conscience avec davantage de recul que ces philosophes préfiguraient le nouveau monde qui se dessine, d’un nouveau monde aspirant à se débarrasser puis d’achever l’idée même qu’un Dieu créateur puisse même exister !  C’est pourquoi ce monde rentre dans une dimension d’immanence spirituelle, d’horizontalité en quelque sorte d’une pensée plus liquide que jamais et non d’une pensée qui s’appuie sur un rapport à la transcendance et sur la création, résultat d’un dessein intelligent. C’est d’ailleurs étrange que notre monde dénie l’existence d’un Dieu créateur alors que l’homme est sur le point d’enfanter sa propre création faite à son image.

A qui ce livre est-il destiné ?

Ce livre est destiné à tous, en tout cas à tous ceux qui aiment lire autre chose que des textos, des assertions publiées sur les réseaux sociaux, des commentaires à l’emporte-pièce, non nourris par la volonté de penser.  Ce livre vise la volonté de fournir des clés de lectures pour comprendre où va aujourd’hui notre monde, ce que sont les ressorts de la pensée moderne rejetant tout ce qui touche à la pensée judéo-chrétienne.

Quels sont les sujets traités et leurs enjeux ? Qu’apportes-tu de nouveau (et sous quel angle/perspective) sur ces sujets ?

La dimension de l’anthropologie est une question importante du livre. Je te renvoie au texte du Psalmiste, qui déclara « qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui, …que tu prennes gardes à lui … ? » [Ps.8v5] Cette question du Psalmiste est d’une très grande profondeur. Nous nous sommes attachés à l’explorer et à dévoiler les réponses qu’apporte la Bible à cette question « qu’est-ce que l’homme ?! »

J’invite ici tous les lecteurs à découvrir la profondeur de cette thématique où nous n’avons pas fait l’impasse des questions qui tracassent nos concitoyens et qui touchent notamment à celle de la mort, de notre finitude, de notre fragilité !

Les sujets que tu abordes dans ce livre sont-ils des sujets habituellement prisés par les chrétiens, notamment Evangéliques ? Quel écho rencontres-tu habituellement, sur la toile mais aussi « IRL » ?

Non, je ne crois pas que le monde évangélique et le monde chrétien d’une manière générale soient sensibilisés à ces questions autour du post humanisme, du transhumanisme. Pourtant les objets du monde numérique les familiarisent, peu à peu et subrepticement les domestiquent, docilement les conditionnent à l’avènement d’une vaste emprise d’une communauté numérique qui les enfermera peu à peu, un peu finalement comme la grenouille qui s’est habituée à son environnement, une eau douce. Ainsi à notre insu, une société des individus connectés au monde et non reliés à leur prochain se forme et nous pourrions ainsi enjamber avec notre smart phone le sans domicile, le migrant, sans comprendre que nous franchissons un pas qui nous conduit vers Auschwitz comme le proclamait Alexandre Jardin, fondateur du mouvement « Les zèbres », « un pas vers Auschwitz » du fait même d’une barbarie de l’indifférence. En ce sens le monde numérique concerne bien les Chrétiens qui pourraient être attachés à ce qui constitue en réalité une forme de laisse.

Comment espères-tu toucher des lecteurs potentiels ?

Mes futurs lecteurs, je vais les rencontrer à commencer par mon quartier, ma rue, les cafés philo. Je vais participer à des rencontres auxquelles j’ai déjà été invité, notamment dans les milieux de l’écologie intégrale et humaine. Tu vois, je ne crois pas qu’Amazon ait finalement un grand impact.   Et bien entendu je pense aux librairies qui accepteront de référencer le livre pour échanger et aborder le contenu de ce livre. Ton blog, j’en suis sûr, donnera l’envie de lire ce livre.

Pourquoi et comment te lire pour en tirer profit ? Qu’attends-tu de tes lecteurs ?

Je crois qu’il sera nécessaire d’inter échanger avec ces lecteurs, de les écouter. Le livre est une voix mais celle de mes lecteurs comptera autant, pour nourrir ensemble notre pensée et étayer la feuille de route proposée dans ce livre, pour ne pas nous laisser consommer par le monde virtuel, nous laissant ainsi absorber par la technique vorace, ce monstre technologique à l’apparence douce et qui dévore en réalité la vie humaine.

Comment contribuer au succès durable de ton livre ?

Le bouche à oreille sera beaucoup plus efficace que le réseau social ou n’importe quel support, mais il ne faut pas négliger le blog, les médias, ce sont des caisses de résonnance et je ne peux pas faire l’impasse de ces moyens ; mais leur usage n’a aucune efficacité, si le lecteur n’est pas rencontré dans la dimension du relationnel !

Qu’espères-tu (Comment vois-tu tes engagements) d’ici 5 ans ?

Il faut être sage et comme chrétien, il me faut réellement dépendre de celui qui est la lampe à mes pieds et dirige mes pas… Ma vie sera belle dans cette dimension de l’éphémère, que si je considère l’importance des petits sentiers qui me conduiront vers l’autre dans le monde réel où s’exprime le geste d’une main déconnectée de tout lien avec ce qui est virtuel. Mon programme pour ces cinq années sera donc d’être en cohérence avec ma volonté de privilégier par-dessus tout le relationnel, d’éviter l’étouffement d’un monde rationnel sans réel intelligence qui prendrait le pas sur ma vie. Je préfère donc la navigation avec Dieu plutôt que d’être conduit par les objets tel le GPS…

Le mot de la fin est pour toi !

Pour revenir au livre « la Déconstruction de l’homme », le livre écrit et pensé avec Gérald Pech notamment, ne s’enferme pas dans un tableau noir. Le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité…

Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre « La Déconstruction de l’homme » ! N’hésitez pas à en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….

Merci à toi Eric, pour ta disponibilité et la profondeur de tes réponses à mes questions ! Je souhaite un bel avenir pour ton livre, ainsi que des échanges profonds et fructueux avec tes lecteurs.

 

En bref :

Découvrir et explorer le blogue d’Eric Lemaître : https://deconstructionhomme.com

Se procurer le livre « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître. Editions La Lumière, 2018 : http://www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/eric-lemaître/la-déconstruction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

 

 

Notes : 

(1) Un ami enseignant, blogueur, auteur et président d’ACTES 6, au service des associations : voir son site web « Construire une éthique sociale chrétienne ».

(2) Voir son blogue et notamment son article consacré à la sortie du livre d’Eric Lemaître.

(3) Par ailleurs auteur de « La Défaite de la raison »(2015), à découvrir ici.

(4) A découvrir ici, parmi cette liste d’autres ouvrages écrits par les auteurs contribuant au site « Construire une éthique sociale chrétienne ».

(5) Quoique…les IA (ainsi que « la matrice », « le réseau »…) apparaissaient déjà dans les romans de SF de William Gibson. Voir, par exemple, son « Neuromancien », un classique du « cyberpunk » paru en 1984. NDLR.

« Read it (again) » : la Déclaration de Barmen (1934) ou quand l’Église sait dire « non »

L’Eglise saura-t-elle être l’Eglise aujourd’hui et dire « Oui » à son Seigneur Jésus et « Non, non, non et non ! » à « cette fausse doctrine », selon laquelle, en plus et à côté de la seule Parole de Dieu, « l’Eglise pourrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu…. » ?

L’Église n’a pas à s’inquiéter d’être « dans le monde » mais plutôt de savoir « comment » être dans le monde, « sous quelle forme et dans quel but ». Elle n’a pas non plus à choisir entre être ou « dans le monde et politiquement responsable » (1)  ou être « hors du monde et irresponsable, introvertie », estiment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, dans Étrangers dans la cité (2). Publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014, ce livre, co-écrit par deux pasteurs et théologiens méthodistes américains, garde une étonnante actualité. 

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours autoritaire, outrancier et raciste, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique/biblique (3), il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934(4), laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » (op. cit., p 92).

Notons, comme nous y invitent en guise de commentaire Stanley Hauerwas et William H. Willimon, « la nature exclusive et non inclusive de cette déclaration, sa détermination non pas d’abord à faire ce qui est juste, mais à entendre ce qui est juste et à faire valoir la dimension impériale de la Seigneurie du Christ. La déclaration de Barmen tranche avec une Eglise toujours prête à altérer sa proclamation en fonction des désirs de César » (op. Cit., p 92).

 

 

Notes :

(1) Appel « à la responsabilité » perceptible, à travers, par exemple, « cette offre d’emploi » du Président Macron à l’Église.

(2) Ed. du Cerf, Paris 2016, p.91. Les auteurs se réjouissent de la fin historique du christianisme comme religion civile de l’Occident, qui a pour effet de pousser les chrétiens à retrouver la radicalité de la foi : l’Église, en tant que « communauté », « îlot culturel au milieu d’une culture étrangère », doit dorénavant se préoccuper d’être fidèle à l’Évangile sans chercher à s’adapter à la culture du temps. Parmi d’autres, ces recensions et analyses de l’ouvrage parus dans Hokhma et Etudes, la revue de culture contemporaine.

(3) Ainsi, le Brésil s’apprête à élire un candidat d’extrême-droite [très populaire parmi les électeurs chrétiens, 81 % de la population : les évangéliques votent pour lui à 36 %, et les catholiques à 24 %] à la présidentielle, revendiquant « des valeurs » dites « chrétiennes ». Une analyse à lire ici.

(4) Texte intégral de la déclaration de Barmen à consulter iciCe texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adoptée à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Eglises luthériennes, réformées et unies. 

Autres extraits :

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ, mais à d’autres seigneur et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification ».

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants des convictions idéologiques et politiques ».

(…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

« Read it (again) » : Don Quichotte de Cervantès

« Don Quichotte » de Cervantès : tout le monde « le connaît » mais combien l’ont réellement lu ?

Depuis quelques années, je lis très peu de romans – en tout cas, beaucoup moins qu’avant. Mais je revois tout de même en ce moment mes classiques. Ce programme de lectures – autant de « sessions de rattrapages » – me permet de découvrir de très beaux textes. Ainsi, par exemple, le fameux « Don Quichotte »(1), dont je viens de terminer le tome 1, et dont j’ai trouvé la lecture extrêmement plaisante. Tout le monde « connaît » ce roman espagnol de Miguel de Cervantès (1547-1616), mais combien l’ont réellement lu ?

D’ailleurs, pourquoi lire ou relire « Don Quichotte » ?

Parce qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre de la littérature mondiale – au même titre que, pour ne citer que celui-là, « Guerre et paix » [qui n’est pas « guère épais » !] de Tolstoï – grand succès d’édition à l’époque et considéré comme le premier roman moderne.

Et parce qu’il est un remède à l’indifférence, mal moderne. L’écrivain napolitain Erri de Luca le définit comme étant « l’incapacité de distinguer les différences ». Soit un « trouble de la perception qui empêche de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur(2).  L’indifférence est justement un dérangement opposé à celui de Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », lequel s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Paradoxalement, ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne. Il distingue ainsi mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême, allant jusqu’à faire irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable. » (2)

 

En ce moment, au cinéma : L’Homme qui tua Don Quichotte (2018) (The Man Who Killed Don Quixote), film britannico-franco-espagnol de Terry Gilliam, projet de longue haleine du réalisateur qui avait commencé à le tourner en 2000 avant de devoir l’interrompre.

 

Notes :

(1) Mon édition est celle-ci : Cervantès. Don Quichotte de la Manche (2 Tomes de 640 pages chacun). Gallimard, 1949 (Folio). Trad. de l’espagnol par César Oudin et François de Rosset et révisé par Jean Cassou. Préface de Jean Canavaggio. Notes de Jean Cassou.

(2) De Luca, Erri. « Indifférence » IN Alzaia. Rivages et Payot, 1998(Bibliothèque rivages), pp 95-96)

 

PEP’S CAFE a lu « une tête de nuage » et vu son auteur, Erri de Luca

« Une tête de nuage » : c’est la tête de celui « qui change de forme et de profil selon le vent »

Lui est un beau jeune homme de bonne famille, qui compte parmi ses ancêtres des noms illustres. Ce méridional au métier recherché, qui a émigré au Nord, s’est fait une situation.  Il s’apprête à épouser une splendide jeune fille de la région. Et voilà que le ciel lui tombe sur la tête, sa fiancée est enceinte avant le mariage, et pas de lui. Très rude épreuve pour un homme, dont nul ne peut juger s’il n’y a pas été confronté.

Lui, c’est Iosèf/Joseph. Elle, c’est Miriàm/Marie. Ils ne sont pas « deux personnes séparées mais un couple » (1)

Vous connaissez sans doute cette histoire, où il se passe « des choses invraisemblables » (2). Elle a été revisitée par Erri de Luca dans « une tête de nuage », un nouveau récit court mais dense(3), découvert « par hasard » (un hasard « avec un grand D », m’empresserais-je de rajouter) dans une librairie à la mi-mars.

Pour l’anecdote, j’ai aussi vu Erri de Luca, l’un des rares auteurs à me toucher personnellement et que j’ai découvert il y a 5 ans dans des circonstances particulières. J’en parle souvent sur ce blogue. J’ai eu l’occasion de le voir et de l’écouter le 27/03/18, à 18h30, à La Procure (Paris 6e), ayant appris le jour même qu’une telle rencontre se tiendrait là. Questionné par le responsable de la librairie, et face au public présent, l’auteur a parlé de son livre, et notamment de son travail de « modification de l’illustration officielle » de cette histoire bien connue : ainsi, par exemple, « Matthieu et Luc, les deux évangélistes qui racontent les faits précédant la naissance de Ièshu/Jésus, ne disent pas (que Iosèf/Joseph) était vieux. Il est donc probablement jeune, beau et très amoureux ».

Iosèf est aussi « celui qui ajoute » (en hébreu, du verbe iasàf, « ajouter») :

Il « ajoute sa foi seconde » à la vérité « invraisemblable », « scandaleuse » de la grossesse de sa fiancée. Quand celle-ci lui annonce qu’elle attend un enfant dont il n’est pas le père, Iosèf ne la dénonce pas aux autorités, comme la loi le prescrit. Il croit en sa parole. Il « croit Miriàm, il croit qu’elle est enceinte d’une annonce, même si elle est arrivée à l’improviste en chair et en os dans sa chambre en plein jour et accueillie sans un cri d’effroi(4). Iosèf croit à l’invraisemblable nouvelle parce qu’il aime Miriàm. En amour, croire n’est pas céder, mais renforcer, ajouter quelques poignées de confiance ardente » (5)

Il « ajoute » ensuite son rôle de « mari second », touchant, non une pierre pour être le premier à la lapider, selon la loi, mais la main de Miriàm pour l’épouser.

Il « ajoute » enfin le nom de Ièshu/Jésus comme « le fils de Joseph » sur le registre de naissance, l’inscrivant ainsi dans la lignée de David (cf Matt.1).

Nous le voyons, « une tête de nuage » est un beau petit livre très touchant, qui parle d’une famille et d’un couple où règne l’amour. Plus exactement encore, il nous parle des circonstances de la naissance, marquée par le danger et l’exil, ainsi que de l’appel et de la vocation d’un enfant unique en son genre. Sans oublier le rôle de ses parents dans la libération de cette vocation.

Le titre du livre, mystérieux et poétique, est une belle réponse à tous ceux qui voudraient que Jésus « ressemble à tout le monde », avec la tentation de l’instrumentaliser. Car non, dit Iosèf/Joseph agacé, Jésus « n’a pas une tête de nuage qui change de forme et de profil selon le vent » (6) : pourquoi le raccrocher au passé ? Il est essentiel de le laisser vivre la vie qu’il doit vivre et non celle que les autres rêvent qu’il vive. C’est aussi un encouragement à voir ce qu’un enfant « sera », plus ce qu’il « pourrait être » à nos yeux, et une invitation « à laisser tomber toutes les ressemblances ». Car lorsque (l’enfant Jésus) « sera grand, il aura une apparence bien à lui et définitive » (7).

« Une tête de nuage est (enfin) le destin de (Jésus) qui est pris pour quelqu’un d’autre » et « qui démissionne des attentes des autres » (8), ces autres qui attendent un roi ou un signe de sa part que « le grand soir » est arrivé.

J’ai dit plus haut que j’ai eu l’occasion de voir et d’écouter Erri de Luca. J’ai même pu repartir avec une dédicace du livre. En revanche – et c’est là ma grande déception – je n’ai pu lui parler (ou à peine, au moment de la dédicace : en gros, j’ai pu lui dire que j’étais heureux de le rencontrer et quel a été mon premier livre de lui. « Grazzie molto », m’a-t-il répondu), du fait des conditions de la rencontre, marquée par une absence totale d’interaction avec le public, le responsable de la librairie étant le seul à poser des questions.

Je note tout de même- en risquant ce parallèle – que, si Erri de Luca « écoute Dieu » très tôt, tous les matins, en lisant les Ecritures bibliques dans le texte, il se dit aussi « incapable » de Lui parler, « de le tutoyer » ou de l’interpeller. C’est l’une des raisons pour laquelle il se présente, non comme un athée, mais comme « quelqu’un qui ne croit pas ». Selon lui, comme il nous l’a confié mardi soir, « la connaissance des Ecritures n’a rien à voir avec la foi ». Et « celui qui a la foi a une relation avec Dieu que lui n’a pas ».

Pourtant, le même Erri de Luca écrit ces mots à la page 81 d’ « une tête de nuages » : « dans une ultime énergie de souffle, le dernier vent entré dans sa poitrine écrasée par la position crucifiée, (Jésus) a remis sa vie à l’intérieur des pages de l’Ecriture sainte. Il l’enferme là-dedans afin que quiconque l’ouvre, la retrouve ».

Et l’Ecriture biblique rappelle que « celui qui cherche trouve » et que « la foi vient de ce que l’on entend, et ce que l’on entend par la Parole de Christ… » 

 

Découvrir les 20 premières pages ici.

 

 

Notes :

(1) « Une tête de nuage » d’Erri de Luca, p 51.

(2) op. cit., p 48

(3) Edité chez Gallimard, mars 2018 (Hors Serie Litterature), le livre est structuré par « une préface », « trois actes » et autant « d’appendices » : « dernières instructions (Jésus et les pélerins d’Emmaüs), « le discours » (ou le sermon sur la montagne) et « Dayènu, ça nous suffit » (sur la colline de Gethsémani)

(4) Ce qui la rend encore plus « insoutenable » d’un point de vue légal, pour présenter sa version, n’ayant pas crié face au Messager. Or, Deut.22v23-24 stipule que « si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, et qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les amènerez tous les deux à la porte de cette ville, vous les lapiderez et ils mourront : la jeune fille, du fait qu’étant dans la ville, elle n’a pas crié au secours ; et l’homme, du fait qu’il a possédé la femme de son prochain. Tu ôteras le mal du milieu de toi ».

(5) op.cit., p 10

(6) op. cit., p51

(7) op. cit. p48

(8) op. cit., p 57, 61

Le livre du mois : « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété », de Kent Hughes

« Homme de Dieu, exerce-toi à la piété », de Kent Hugues : un livre que tout homme se doit de lire….un livre qui nous saisit et nous provoque…

« Homme de Dieu, exerce-toi à la piété ! » C’est d’abord une exhortation de Paul à son disciple et « enfant spirituel » Timothée (1 Timothée 4v7-8). Mais Timothée n’est pas le seul concerné, puisque tout « homme de Dieu » peut s’approprier cette exhortation pour lui-même. Et, connaissant Jésus comme sauveur et seigneur, nous sommes tous des « hommes de Dieu » !

La piété est une thématique qui m’a beaucoup interpellé à un certain moment de ma vie, il y a 9 ans, et qui continue de m’interpeller encore maintenant. Dans les épîtres à Timothée, c’est un mot-clé qui revient avec une certaine insistance, et la clé de notre vie chrétienne, ce qui fait toute la différence. La « piété » est ce qui plaît à Dieu et le propre d’un homme « attaché à Dieu ». Nous sommes exhortés à la rechercher (1 Tim.6v11) et à nous y exercer (1 Tim.4v7, 6v6), ce qui devrait être un élan du cœur, un don de l’être tout entier par amour, avec ces promesses : « Le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux » (2 Pie.2v9) ; Dieu « aime la piété et non les sacrifices… » (Osée 6v6)

Ensuite, « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété », est le titre de l’ouvrage de Kent Hughes, paru aux éditions BLF/Cruciforme en octobre 2017, et qui a attiré mon attention.

Il s’agit d’un livre que tout homme se doit de lire, puisqu’il traite de ces sujets dont on parle curieusement peu, mais pourtant  largement abordés dans les Écritures : la piété et la discipline, ou plutôt, « l’exercice de la piété » ! Une expression qui, aux dires de l’auteur, « sent l’odeur de la sueur », celle « qui vient d’un bon entraînement ».

Ce livre nous saisit et nous provoque, comme nous provoquerait de façon franche et directe, mais toujours avec grâce, un aîné ou un père qui aurait fait du chemin avec Dieu, tout en étant conscient qu’il n’est pas encore « arrivé », lui non plus : « Et si vous recherchiez toujours plus à ressembler au Christ ?  Pour cela, exercez-vous à [la discipline qui conduit à] la piété ! »

C’est aussi un livre exigeant avec lequel on lutte au corps à corps – tant son sujet, l’exercice de la piété nous est à ce point bien peu naturel – avec la détermination « de ne pas le lâcher avant qu’il ne nous ait bénit »(cf Gen.32v26). A l’instar de Jésus, « qui, bien qu’il fut Fils,  a du apprendre l’obéissance par les choses qu’il a souffertes »(Hebr.5v8), nous avons en effet à apprendre à devenir des hommes pieux, attachés à Dieu, et ne pas nous complaire dans « une grâce à bon marché » – la véritable grâce de Dieu étant en effet « une grâce qui a coûté » (à Christ) et « qui coûte » parce qu’elle appelle à l’obéissance (selon la formule de Dietrich Bonhoeffer et selon 1 Tim.4v7-10). Mais c’est « à cause de sa piété que Christ a été exaucé » (cf Hébr.5v7).

Ce livre nous rend conscient que la piété n’est pas « un truc religieux » ou « un truc de femme », puisqu’elle est concernée par tous les domaines de la vie. En clair, « s’exercer à la piété » implique de travailler ses relations [en veillant à sa pureté, à son mariage, mais aussi ses amitiés], de prendre soin de son âme [ses pensées, son temps de recueillement et sa vie de prière…] et de son caractère[sa langue, sa façon d’être au travail…], et de porter une attention particulière à son ministère[son regard sur l’Église ; sa façon d’exercer le leadership, de donner et de servir….] (1). A ce sujet, mes luttes/défis ne seront sans doute pas les vôtres. Dans tous les cas, il ne convient pas de « choisir » l’une ou l’autre des disciplines, décrites dans ce livre d’une manière inédite, mais de comprendre qu’elles forment un tout, comme autant de facettes d’une vie complète, pleine de sens et d’espérance de l’homme pieux authentique.

Ensuite, la discipline n’est en rien « une lubie légaliste », car le moteur de la discipline prend sa source dans l’amour et la grâce de Dieu. D’ailleurs, dans son chapitre introductif intitulé « la discipline au service de la piété », Kent Hughes nous explique que tout débute par une sorte de « coup de foudre », lequel nous enseigne « que la discipline personnelle est la clé pour accomplir quoi que ce soit dans cette vie. Si cela est vrai, cela est doublement vrai pour les questions spirituelles. Dans d’autres domaines, nous pouvons peut-être revendiquer quelque avantage naturel. Un athlète peut être né avec un corps robuste, un musicien avec une oreille parfaite ou un artiste avec la perspective dans l’œil. Mais aucun de nous ne peut se vanter de posséder une supériorité spirituelle innée. En fait, nous sommes tous tout autant désavantagés. Aucun de nous ne cherche Dieu de façon naturelle, personne n’est intrinsèquement juste, personne ne fait instinctivement le bien(cf. Romains 3 : 9-18). Par conséquent, en tant qu’enfants de la grâce, tout est dans la discipline spirituelle – tout ! Je le répète… tout est dans la discipline. »

Mais l’exercice de la discipline qui conduit à la piété, pour devenir un « homme de Dieu » accompli, est tout à la fois un commandement et une promesse de Dieu : « Car (si) l’exercice corporel est utile à peu de chose (…) la piété est utile à tout, ayant la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir. C’est là une parole certaine et entièrement digne d’être reçue ». Et parce que la clé de la victoire consiste aussi à jouer en équipe et non en solo, « nous travaillons, en effet, et nous combattons, parce que nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants » (1 Tim.4v8-10).

Un véritable défi pour les hommes, déjà peu portés vers les choses spirituelles et moins disciplinés dans ce domaine que les femmes, et par ailleurs individualistes de nature !

Ce livre rencontrera-t-il un large écho auprès des hommes de cette génération ? D’ailleurs, comment se fait-il qu’un tel livre [datant de 1980] ne soit traduit en français que maintenant ?

Comme me l’a expliqué Ruben(2), des éditions BLF, et que je remercie pour m’avoir envoyé gracieusement le livre, « c’est un titre qui existe depuis plusieurs années en Français. Il avait été publié par un institut biblique québecois (Sembeq) et nous avons pu le récupérer dans notre catalogue. Nous en avons profité pour faire une révision de fond en comble de la traduction pour la moderniser (plusieurs centaines d’heures de travail) et nous avons refait la couverture aussi. Nous le ressortons maintenant après un temps où il n’était plus disponible en librairie. Et nous espérons clairement toucher une nouvelle génération qui n’a pas connu ce livre. Et visiblement, c’est réussi puisque tu ne connaissais pas le livre avant qu’on te l’envoie 🙂 Son contenu, même s’il date des années 80 est assez intemporel dans ses principes ».

Sur ce, bonne lecture et bonne découverte !

En bref : « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété : les disciplines spirituelles d’un homme attaché à Dieu », de Kent Hughes. BLF éditions/Cruciforme, 24/10/17.
Kent Hughes a été pasteur pendant 41 ans à Wheaton, aux États-Unis. Il est marié à Barbara, auteur de Femme de Dieu, exerce-toi à la piété, livre chroniqué ici. Ils ont quatre enfants et vingt-et-un petits-enfants.

 

Notes :

(1) Le livre est construit en 5 parties, composées chacune de 4 ou 5 chapitres en moyenne – chapitres suivis de « questions de réflexion » pour faire le point après la lecture.

PREMIÈRE PARTIE : LES RELATIONS 
2. La discipline de la pureté
3. La discipline du mariage
4. La discipline de la paternité
5. La discipline de l’amitié

DEUXIÈME PARTIE : L’ÂME
6. La discipline de l’esprit
7. La discipline du recueillement
8. La discipline de la prière
9. La discipline de l’adoration

TROISIÈME PARTIE : LE CARACTÈRE
10. La discipline de l’intégrité
11. La discipline de la langue
12. La discipline du travail
13. La discipline de la persévérance

QUATRIÈME PARTIE : LE MINISTÈRE
14. La discipline de l’Église
15. La discipline du leadership
16. La discipline de l’offrande
17. La discipline du témoignage
18. La discipline du ministère

CINQUIÈME PARTIE : LA DISCIPLINE
19. La grâce de la discipline

RESSOURCES
Témoignage de James et Deby Fellowes
Plan de lecture biblique quotidienne de M’Cheyne
À travers la Bible
Proverbes concernant l’usage de la langue
Psaumes de louange pour vos temps personnels avec Dieu
Notes
Index des références bibliques

(2) Pour l’anecdote, le même Ruben m’a permis de faire la connaissance de Daniel Henderson, des éditions Publications chrétiennes, lors du CEIA de Dammarie-les-lys, le 19 novembre 2017, me le présentant comme étant celui « qui est derrière (le livre) Homme de Dieu, exerce-toi à la piété ».

« Ils ont aimé leur prochain » de Nicolas Fouquet : ou comment 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité

« Ils ont aimé leur prochain » : 31 témoignages inspirants d’actions solidaires et autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu »

« A quoi ressemble l’amour ? » aurait-t-on demandé un jour à Saint-Augustin. Celui-ci aurait alors répondu :
Il a des mains pour aider les autres.
Il a des pieds pour se hâter vers les pauvres et les nécessiteux.
Il a des yeux pour voir la misère et le besoin.
Il a des oreilles pour entendre les soupirs et le chagrin des hommes(1).

Mais aussi, dirai-je encore, « des oreilles pour entendre le cri de ceux qui ploient sous le joug », cf Exode 2v23-25, et une bouche, pour l’ouvrir « pour les muets et prendre la cause de tous les délaissés » cf Prov.31v8-9]
Voilà ce à quoi ressemble l’amour.

Les 30 portraits – hommes et femmes – esquissés dans le livre de Nicolas Fouquet(2), en charge de l’éducation au développement pour le SEL(3), sont justement de ceux qui, du IVe siècle ap JC à nos jours, « ont aimé leur prochain » en actions et en vérité (cf 1 Jean 3v18). Certaines de ces figures et leurs œuvres inspirées et inspirantes nous sont peut-être plus connues (Martin de Tours et son manteau, Pierre Valdo et « les pauvres de Lyon », William Booth et l’Armée du Salut, Georges Müller et ses orphelinats, Henry Dunant et la Croix Rouge, Martin Luther King et sa lutte pour les droits civiques….) quand d’autres ont été oubliées (tels Caroline de Malvesin, la co-fondatrice des Diaconesses de Reuilly ; Pandita Ramabai, engagée en faveur des veuves et des orphelins et pour l’éducation des femmes en Inde ; ou encore Alexandre Lombard et son original combat – mais toujours actuel – pour « la sanctification du dimanche », pour des raisons « religieuses » mais aussi sociales).  Mais le point commun de toutes ces figures est qu’elles constituent autant de témoignages de vies qui ont trouvé du sens.

Une vie qui a du SENS est une vie UTILE, au service des autres. C’est la raison d’être d’un USTENSILE.

« Ustensiles » dans les mains de Dieu, en qui ils ont mis leur confiance, ces 30 sont aussi des témoignages d’une vie JUSTE. Mais aussi de foi, de fidélité, et d’humilité, soucieux, à l’instar de Caroline Malvesin, de travailler à la seule « gloire de Dieu et non pour la gloire qui vient des hommes », comme de rester d’ « humbles moyens choisis par sa grâce», de sorte que « l’instrument ne se substitue pas à la main qui le dirige »(4).

Aujourd’hui encore, à l’heure du vedettariat et de la recherche d’hommes ou de femmes « providentiel(e)s », notre époque a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes « ordinaires », comme ces chrétiens d’hier et d’aujourd’hui – qui acceptent de répondre à l’appel et aux projets de Dieu, pour accomplir avec « la force qu’Il donne » (1 Pie.4v11) des choses extraordinaires, qu’ils sont incapables de faire et ne sauraient faire autrement, dans le but de rendre visible le Dieu véritable et sauveur.

Les courts chapitres qui composent ce livre ne sauraient être lus de manière isolée et indépendante, mais plutôt de manière globale, comme autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu » (1 Pie.4v10). Il est tout à fait recommandable pour être mis dans toutes les mains. Ne manquons donc pas de découvrir ou redécouvrir ces 30 portraits, chacun étant suivi d’une pertinente réflexion ouverte, basée sur un passage biblique, sur ce que nous pourrions retenir de chaque exemple pour nos propres engagements.

Un élément original du livre à souligner : un dernier chapitre laissé « en blanc » reste encore à écrire. A la suite de ces 30, serais-je, moi lecteur, le 31ème ? Et d’ailleurs, ce 31ème portrait « laissé en blanc », doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». Le débat reste ouvert !

Pour finir, vous vous êtes certainement demandé, comme moi, comment et pourquoi l’auteur a-t-il choisi les 30 portraits de son livre ? Et pourquoi 30 et pas 50 ? Questionné à ce sujet par mes soins, Nicolas Fouquet a bien voulu me répondre :

« Dans toute liste, il y a une part de subjectivité. Mais j’ai essayé (avec l’aide de collègues du SEL et de spécialistes du sujet) d’être assez objectif dans mes choix. Certaines personnes se sont imposées à moi car incontournables (William Wilberforce, William Booth, Henry Dunant…). D’autres aussi moins connues semblaient inévitables à partir du moment où l’on creusait un peu le sujet (Joséphine Butler, Anthony Ashley Cooper, Louis-Lucien Rochat…). Ensuite, la présence de quelques-uns pourrait peut-être être débattue mais s’ils sont dans le livre c’est que nous trouvions intéressant de présenter leur parcours.

A l’origine, il s’agissait de chroniques radios. Nous n’avions pas de nombre prédéfini de portraits que nous souhaitions réaliser. Un chiffre de 25 nous semblait cohérent au vu des noms que l’on avait recensé dans notre liste et du fait que ça correspondait à une demi-année de chroniques hebdomadaires (janvier-juin).

En discutant avec Ruben de BLF, nous avons trouvé intéressant d’ajouter aussi des figures vivantes dans le livre (Denis Mukwege, Marthe Girard, Jackie Pullinger…) pour montrer que l’engagement solidaire continue encore aujourd’hui. Nous pouvions alors aller un peu au-delà de 25 portraits. 31 était pertinent mais aussi amusant car ça correspondait au nombre de jours dans un mois : « 1 portrait par jour pendant 1 mois ! ». Voilà l’explication ! »

Merci, Nicolas Fouquet !

 

 

 

Notes :

(1) Citation tirée de Exley, Richard. « Le Christianisme en bleu de travail ». Edition Vida, 1994, p15.

(2) Fouquet, Nicolas. Ils ont aimé leur prochain : 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité. BLF/SEL, 2017 (Préface de Denis Mukwege, Prix Sakharov, « L’homme qui répare les femmes »). Plus d’informations sur le livre sur ce site dédié et le site de l’éditeur. Retrouvez ces portraits sur le blogue du SEL.

(3) Association protestante de solidarité internationale.

(4) Malvesin, Caroline/ Vermeil, Antoine. Correspondance 1841 – La fondation de la Communauté des Diaconesses de Reuilly. Editions Olivétan, 2007, p41

Radicalement ordinaire : Un appel pressant à cultiver la joie de l’humilité

Un appel à choisir « d’embrasser l’obscurité », soit à nous satisfaire d’être « relativement inconnu », pour que Christ soit, Lui, « plus reconnu ».

Voici « Radicalement ordinaire », un livre….peu ordinaire sur un thème bien peu populaire, reçu gracieusement de la part des éditions BLF éditions, que je remercie pour leur amabilité. Le livre contient une invitation « pressante » à « cultiver la joie de l’humilité ». L’appel est « pressant », d’abord pour nous, chrétiens, parce que l’humilité ne nous est pas naturelle, et parce que nous oublions trop souvent que nos critères de ce que serait « une vie réussie » (conditionnés par les possessions et les positions)  sont plus influencés par les critères du monde qu’inspirés de Dieu. Mais pourquoi et comment cultiver l’humilité, « la vraie » ? Comment peut-elle être « une joie » ?

Son auteur a choisi d’être « anonyme », parce qu’il ne pouvait guère aborder ce sujet et se mettre en avant dans le même temps. Bien entendu, il est tentant de chercher à savoir de qui il s’agit. Mais ce serait là passer à côté de l’essentiel du message. De fait, ce choix volontaire de l’anonymat nous conduit à porter toute notre attention sur le contenu du livre, plus que sur les titres et renommée supposée de son auteur, à l’instar de cet autre anonyme, le mystérieux rédacteur de l’épître aux Hébreux, dans le Nouveau Testament.

Ce livre est quelque peu dérangeant, puisqu’il touche au plus profond de nos aspirations les plus secrètes, lesquelles sont liées à notre identité. Nous définissons généralement notre identité par ce qui nous rend unique. Notre préoccupation devient alors : comment le faire (sa)voir ? Comment réussir à « devenir quelqu’un », à « être connu » ?

Je saurai donc « qui suis-je » si je sais « qui » je suis ou ce à quoi je tiens le plus, après quoi est-ce que je cours, soit « ce qui me tient ».

Mais par quoi devrais-je être davantage préoccupé ? De laisser mes traces « quelque part dans ce monde », ou de suivre les traces de « mon humble roi », dont l’exemple m’est notamment rappelé en Philippiens 2v5-10, un passage biblique qui est aussi le « fil rouge » du livre ?

Enfin, ce livre édifiant, reçu « au bon moment », m’est aussi « défiant », en ce qu’il m’implique et m’invite à « choisir » :

Choisir de faire ce voyage « au cœur de l’humilité du Christ » et « d’embrasser l’obscurité », soit de nous satisfaire d’être « relativement inconnu », pour que Christ soit, Lui, « plus reconnu ».

Choisir, à l’instar du jeune garçon anonyme, dans la scène de la multiplication des pains(Jean 6v9), « d’avoir faim pour un temps pour que beaucoup d’autres soient nourris ».

Choisir de cultiver « l’esprit de service », plutôt que de faire « des actes de service ».

Choisir « le mystère » ou de paraître « fou » et « décalé » aux yeux du monde.

Choisir « les projecteurs », non « pour se brûler » mais pour briller de la lumière du Christ, pour Sa gloire et non la mienne.

En clair, invité à choisir, je suis invité à renoncer pour mieux saisir ce qui en vaut la peine. Soit, accepter, avec confiance, de « perdre » pour « mieux gagner » : gagner l’approbation de Dieu (« bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître »), plutôt que celle des hommes.

Alors ? Que choisirez-vous ?

Ce livre se trouve dans toute bonne librairie chrétienne proche de chez vous. Vous pouvez aussi le commander auprès de l’éditeur.

Bonne lecture et bonne réflexion !

 

 

En bref :

« Radicalement ordinaire : Un appel pressant à cultiver la joie de l’humilité », par un auteur anonyme (Titre original : Embracing obscurity : Becoming nothing in light of God’s everything ). JPC France – BLF Éditions, avril 2017

Table des matières

Introduction. Pourquoi choisir l’obscurité ?
1. Un sur un milliard
2. Choisir ce qui nous définit
3. Choisir l’humble roi
4. Choisir la vraie valeur
5. Choisir le vrai succès
6. Choisir de servir
7. Choisir la souffrance
8. Choisir le mystère
9. Choisir les projecteurs
10. Choisir l’espérance

Extraits :

L’intro : « pourquoi choisir l’obscurité ? » et le premier chapitre : « un sur un milliard ».

http://www.blfeditions.com/tu-es-une-capsule-magique/

http://www.blfeditions.com/se-mefier-des-reseaux-sociaux/

Peut-on être chrétien et être obsédé par « la pureté de la race » ?

"Saint Matthieu écoutant l'ange lui dicter le Nouveau Testament" par le Caravage (Première version, 1602. Refusée par les commanditaires du tableau, détruit en 1945)

« Saint Matthieu écoutant l’ange lui dicter le Nouveau Testament » par le Caravage(1571-1610), peintre italien d’inspiration biblique. Première version de l’oeuvre (1602). Refusée par les commanditaires du tableau, détruit en 1945)

…. « Chrétien », c’est à dire « petit Christ », celui qui aime, suit et obéit au Christ, son Sauveur et son Seigneur.

La réponse, dans le chapitre 1, versets 1 à 16, de l’évangile selon Matthieu :

Ledit évangile « commence par une liste de noms », à l’instar du livre de l’Exode, dans l’ Ancien Testament, qui commence par un « voici les noms ».

« Elle hattoledot », elles, les générations

Il est édifiant de noter que « le début du Nouveau Testament ne part pas de zéro, à partir de Jésus, mais ressent le besoin de nommer les générations qui l’ont précédé. Ces dernières croisent David, ancêtre obligatoire du Messie, pour les juifs et les chrétiens (…)

Trois douzaines et demie de générations se succèdent dans l’espace des seize premiers vers de Matthieu, des noms d’hommes devenus des stations d’une ligne aboutissant au terminus du monde, au Messie. Au milieu de la liste, exceptionnellement et par contraste, se détachent trois femmes [étrangères]. Une est Rahab, la prostituée de Jéricho qui sauva les espions envoyés par Josué. Les deux autres étrangères au peuple du livre sont Tamar, la cananéenne, et Ruth, la moabite. Elles épousent des juifs, restent veuves sans enfants. Elles se dépensent sans compter pour rester dans la maison et dans la foi rencontrée. Puissantes de fertilité réprimée et inexaucée, elles donneront des fils à la terre et aux gens de Judas, quatrième fils de Jacob. Elles donneront des fils à la descendance du Messie.

Tamar et Ruth : deux femmes d’autres peuples entrent dans la lignée la plus sacrée et ont le très pur privilège d’être les premiers noms féminins du Nouveau Testament, avant même celui de Marie.

Le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Deux femmes : pour enseigner que le mélange génétique n’est pas une exception, mais qu’il répond à une volonté. Deux fois : dans l’Ecriture la répétition est un sceau de confirmation [Cf Deut.19v6, 15 ; 2 Cor.13v1]….Ainsi se renouvelle la parole de l’Ancien Testament rapportée par Esaïe (1) : « Les fils de l’étranger qui s’attachent au SEIGNEUR pour assurer ses offices, pour aimer le nom du SEIGNEUR, pour être à lui comme serviteurs, tous ceux qui gardent le sabbat sans le déshonorer et qui se tiennent dans mon alliance, je les ferai venir à ma sainte montagne,
je les ferai jubiler dans la Maison où l’on me prie ; leurs holocaustes et leurs sacrifices seront en faveur sur mon autel, car ma Maison sera appelée : « Maison de prière pour tous les peuples » (Es.56v6-7. TOB).

Ruth : une étrangère au peuple de Dieu, qui se retrouve intégrée dans la généalogie du Messie et qui donne son nom à un livre de la Bible ! ("L'été ou Ruth et Booz" de Nicolas Poussin. 1660-1664. Musée du Louvre, Paris)

Ruth : une étrangère au peuple de Dieu, qui se retrouve intégrée dans la généalogie du Messie et qui donne son nom à un livre de la Bible !
(« L’été ou Ruth et Booz » de Nicolas Poussin. 1660-1664. Musée du Louvre, Paris)

Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison.

La vie de Ruth se passe au temps des Juges (….), la période qui suit la conquête de la Terre promise mais non offerte en cadeau (….) Quand disparaît la génération du désert, témoin des colossales interventions de Dieu, manne comprise, les Hébreux se dispersent. Ils subissent les offensives des autres peuples(…).

Parmi les différents peuples qui arrivaient à l’emporter alors sur Israël, il y eut les Moabites, qui vivaient à l’est du Jourdain. Leur domination sera brisée par un téméraire attentat. Ehud, un gaucher de la descendance de Benjamin, réussira à plonger sa courte épée jusqu’à la garde dans le surabondant embonpoint d’Eglon, roi de Moab. Et il parviendra aussi à s’échapper et à appeler à l’insurrection. Pendant la révolte, dix mille Moabites tombent (…) aux gués du Jourdain[Juges 3v15-30]. Quand on lit, en ouverture du livre de Ruth, qu’une famille juive émigre en terre de Moab au temps des Juges, il faut savoir que les relations entre les deux peuples n’étaient pas cordiales. Et pourtant, la famille d’Elimélekh, une femme et deux fils, fuyant la famine de la terre de Judée, est accueillie avec générosité. Les habitants de Moab les hébergent, donnent une épouse aux deux fils. Ce peuple, malgré les deuils de la guerre, a accueilli les émigrants de la nécessité. Mais la famille d’Elimélekh porte en soi une grave faute : elle est la première, depuis la conquête de la Terre promise, à l’abandonner. C’est une désertion que les hommes de cette famille, responsables de la décision, paieront de leur vie.

Ce n’est qu’à la mort du dernier mâle que Naomi, veuve d’Elimélekh, sera libre de choisir et elle choisit vite : elle revient. Une des belles-filles moabites, Ruth, s’attache à elle et veut suivre sa belle-mère. Elle s’attache : l’hébreu emploie le verbe « davak », celui du psaume 137 (v6) : « s’attachera[tidebbak] ma langue à mon palais si je ne me souviens pas de toi, si je ne fais pas monter Jérusalem sur la tête de mon allégresse ». Comme la langue au palais, ainsi Ruth s’attache à Naomi par dévouement et par entraînement d’amour pour le peuple d’Israël, pour sa foi. Les gestes qui préparent le futur partent de sentiments inexorables.

C’est une des histoires que les générations apprennent et se transmettent. Tout lecteur a le droit de se sentir héritier du tout, d’en souligner un verset, une figure. Ici, on célèbre Ruth, femme de conjonction des deux alliances, les testaments réunis pour nous dans le format Bible »(2).

 

 

Notes : 

(1) La traduction d’Erri de Luca donne : « Et fils de l’étranger prêtés à Yod pour son culte et pour amour du nom de Yod, afin d’être pour lui des serviteurs ; ceux qui observent le sabbat sans le profaner et ceux qui se renforcent dans mon alliance. Et je les ferai venir vers ma montagne sainte et je les remplirai de joie dans la maison de ma prière, leurs offrandes et leurs sacrifices sont selon ma volonté sur mon autel : car ma maison, maison de prière sera appelée pour tous les peuples »(« Comme une langue au palais ». Arcades Gallimard, 2006, p88)

(2) D’après « Comme une langue au palais », dans le recueil éponyme d’Erri de Luca. Arcades Gallimard, 2006, pp 85-91). Du même, où l’on retrouve ce commentaire de la généalogie du Messie : « Les Saintes du scandale ». Folio, 2014.

Voir aussi, sur cette généalogie : Céline Rohmer, « L’écriture généalogique au service d’un discours théologique : une lecture de la généalogie de Jésus dans l’évangile selon Matthieu », Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires [En ligne], 17 | 2017, mis en ligne le 06 janvier 2017, consulté le 12 février 2017. URL : http://cerri.revues.org/1697 ; DOI : 10.4000/cerri.1697

L’avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit ?

"Donnant-donnant" ou les nouveaux "liens (a)sociaux" du XXIe siècle ?

« Donnant-donnant » ou les nouveaux « liens (a)sociaux » du XXIe siècle ?

Dans le prolongement de ce billet, et en guise de seconde introduction au prochain grand thème à paraître mercredi prochain, voici deux autres questions fondamentales : « le travail de l’artiste est-il de nous effrayer » et « l’avenir est-il de vendre ce qui est aujourd’hui gratuit » ?

A la première question, Elias Canetti(1) répond « oui », sans hésiter. Car « tout ce qui nous entoure est effrayant. Il n’y a plus de langage commun. Personne ne comprend l’autre….personne ne veut le comprendre »(2). Il donne l’exemple de « Huguenau », personnage du roman « Les Somnambules » d’Hermann Broch : « dans (le) Huguenau, les hommes y sont établis dans des systèmes de valeurs différents, aucune entente n’est finalement possible entre eux ». Certes, le personnage d' »Huguenau converse encore avec autrui, mais il y a cette lettre qu’il envoie, à la fin du livre », à un autre personnage, « la veuve Esch, où il s’exprime entièrement dans son langage propre : le langage de l’individu entièrement commercial ». Bien sûr, Huguenau est poussé « jusqu’à l’extrême, ce qui le distingue des autres personnages du roman »(2).

Dans d’autres romans – de science-fiction, cette fois-ci, écrits par Ph. K. Dick dans les années 60, « Ubik » ou « Le Guérisseur de Cathédrales » (3) – nous voyons la description d’une société aliénée, où des frigidaires cupides refusent de livrer leur nourriture sans se faire payer et où les services publics sont remplacés par des entreprises privées concurrentes de l’Etat, comme « Monsieur Loi », « Monsieur Travail » ou « Monsieur enclyclopédie », offrant pour seuls interlocuteurs des robots sans âme au bout du fil.

Mais tout ceci est-il encore de la caricature ou de la science-fiction, de nos jours ? 

Une BD de Colloghan, intitulée « Faut pas payer »(4) décrit un échange entre deux hommes, lors d’un apéro, révélant à quel point les liens naturels/sociaux sont aujourd’hui détournés : 

Le premier, plus jeune, au style « cool », explique au second, dont on ne voit jamais le visage, vêtu en costume trois pièces :

« C’est fini de vendre des savonnettes, des sodas et des play-stations. L’avenir est à la vente de ce qui est aujourd’hui gratuit.

Hier, si t’avais trop picolé chez des amis, tu pouvais rester dormir sur le canapé. Aujourd’hui, un site te fera payer ton « couchsurfing ».

Tes amis pouvaient aussi décider de te ramener chez toi en voiture. Aujourd’hui, être transporté par un particulier, ça se paie. C’est fini les trucs gratuits.

Tu prêtais ton appartement ? Airbnb. T’invitais des amis à manger à la maison ? Vizeat. Tu rencontrais tes futures conquêtes dans des fêtes ? Meetic. Tu prêtais ta perceuse ? Allo voisin. Tu faisais du co-voiturage ? Bla bla car…….

Voilà la prestation que je pouvais vous proposer en tant qu’analyste consultant payé pour cette soirée », conclut le jeune homme.

« Payé pour la soirée ? Nous, en tant que groupe d’écoute, on facture à la journée complète », répond alors l’homme au costume.

 

 

A suivre.

 

Notes :

(1) Ecrivain d’expression allemande(1905-1994). Prix Nobel de littérature en 1981.

(2)  Cf « Jeux de regards » (LP Biblio, p 45), le troisième volet de son autobiographie, correspondant aux années 1931-1937. Citation dans le contexte d’une conversation avec l’écrivain autrichien Hermann Broch, sur leurs oeuvres respectives.

(3) 10/18, 1999 et Presses Pocket, 2006

(4) Cf le numéro 134 de novembre de « La Décroissance », p 8

L’action du mois : lire un (vrai) livre, pour mieux écouter et rester humble…

"Lire de vrais livres nécessite une certaine humilité - et de l'écoute - de la part du lecteur !"

« Lire de vrais livres nécessite une certaine humilité – et de l’écoute – de la part du lecteur ! »

Ce mois-ci, je vous invite à lire. A lire des livres. De vrais livres.

Je choisis de ne pas vous donner le choix entre le papier ou l’e-book, car, quoiqu’on en dise, le format importe beaucoup.

Vous connaissez certainement cette « doxa », que vous faites peut-être vôtre : la technologie (serait) neutre. Elle (ne serait) là que pour nous faciliter la vie. Or, souligne Cédric Biagini(1), « il est évident que les objets qui nous entourent, et les rapports de production qu’ils induisent, restructurent en profondeur les sociétés et nos existences ».

Ainsi, « indépendamment de son contenu », l’objet-livre en tant que tel « induit un certain rapport au texte »  et entraîne « un type de lecture : continue, profonde, linéaire, avec un fil conducteur », nécessitant que le lecteur suive la pensée d’un auteur et qu’il lui fasse, à un moment donné, confiance. Le temps de la lecture est alors suspendu où l’on s’extrait des sollicitations extérieures, de plus en plus invasives et distrayantes. Il permet de construire une pensée, de s’abandonner à des formes de contemplations et de développer une intériorité »…..

A l’inverse, « le livre numérique, dans sa forme hypermédia (avec des sons, vidéos, images, hyperliens…)….rend plus difficile la lecture continue et profonde. Car l’écran est un écosystème de technologies d’interruption qui font que l’on a du mal à se concentrer »(2).

Ceci dit, au-delà du débat, il y a un autre intérêt à redécouvrir et privilégier la lecture de (vrais) livres (de papier). Tout simplement parce que le livre papier sous-entend une nécessaire humilité du lecteur, à l’inverse du livre numérique où le lecteur est renvoyé à une forme de toute puissance.

Comment cela ?

En effet, relève encore Cédric Biagini(1), « ce sentiment de toute puissance est considérablement exacerbé par les objets numériques (…) qui n’a pas rêvé d’avoir une bibliothèque dans sa poche ? Je peux ainsi disposer en permanence de ce dont j’ai envie. Je peux aussi intervenir sur le texte, le reconfigurer. Bref, j’ai l’illusion de maîtriser (3). Lire un livre [un vrai livre de papier], comme écouter quelqu’un, suppose une capacité d’attention terriblement mise à mal aujourd’hui. Pourtant, jamais les gens n’ont eu autant besoin d’être entendus, notamment sur les réseaux sociaux, et jamais les autres n’ont été en si faible capacité de leur accorder du temps, car ils sont de plus en plus sollicités et passent du temps à communiquer frénétiquement.

Lire, c’est être capable d’écouter un auteur, de se dire « ce n’est pas moi qui donne mon avis sur tout ». Cela oblige à faire des efforts, à sortir de soi, à mettre de côté son narcissisme »(2).

A vous de jouer !

Dans le prolongement de ce qui précède, sur le thème de la lecture et de l’écoute, nous vous recommandons enfin les articles suivants :

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2015/09/04/alzaia/

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/02/03/quand-lecoute-est-un-puits-critique-de-et-il-dit-derri-de-luca/

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/07/01/la-bible-est-elle-la-parole-de-dieu/

 

Notes :

(1)Coordonnateur du livre collectif intitulé « L’Assassinat des livres. Par ceux qui oeuvrent à la dématérialisation du monde » aux éditions « L’Echappée »(2015).

(2) « Lire, c’est écouter ». Entretien avec Cédric Biagini sur la lecture numérique. CQFD, septembre 2016, N°146, p V.

(3) Chacun sait que la Bible(du grec « Ta biblia » : « les livres ») est une bibliothèque(idéale ?) de livres à elle toute seule. Si nous vous souhaitons qu’elle vous devienne « familière », elle ne saurait être « domestiquée » ou « reconfigurée » à votre guise pour autant….