Prise de dette ou bris de dette : choisis ta juridiction ! (Matt. 18v21-35)

« Si je ne brise pas la dette(….) j’échappe à la législation du Ciel, à sa jurisprudence et à ses codes », mais non sans conséquences…. (Source image : Plaque par Anna Langova)

Une histoire pour des banquiers et des juristes, mais pas seulement !

 

Les chrétiens aiment à dire qu’ils sont « dans le monde, mais pas du monde », pour reprendre la formule du Christ à ce sujet, soit qu’ils sont citoyens du Royaume de Dieu. Mais comme nous sommes également bien « dans le monde », les chrétiens ont en réalité la double citoyenneté, puisque, pour prendre un exemple français, ils sont citoyens de la République et citoyens du Royaume. Ce qui signifie que, pour les affaires matérielles et humaines, nous sommes sous la compétence des lois du monde, tandis que pour les affaires spirituelles, nous nous plaçons sous l’autorité d’une loi bien plus exigeante qui est celle que le Christ est venue révéler. Si nous désirons avoir cette deuxième citoyenneté, celle du Ciel, l’obéissance à la loi de pardon n’est pas une option, elle est une condition

Ce qui va suivre nous parle d’une question de compétence judiciaire. Si vous êtes citoyens du Royaume de Dieu, vous savez que la loi du Royaume est une loi du pardon. Si vous ne vivez pas cette loi du pardon, vous quittez la compétence du Royaume, et on vous remet sous la loi du monde. Et vous aurez à en tirer les conséquences. Car le monde ne pardonne pas, le monde punit et sa justice est basée sur la rétribution, fort heureusement, puisque c’est là normalement la base même de l’équité. En témoigne la récente (01/03/21) condamnation de Nicolas Sarkozy [ex-président de la république française de 2007 à 2012, normalement censé être le garant des institutions et « de l’indépendance de l’autorité judiciaire » cf art. 64 de la constitution de la Ve république française], à 3 ans de prison, dont un ferme, par le tribunal correctionnel de Paris, pour corruption et trafic d’influence, lui reprochant d’avoir tenté d’obtenir en 2014 des informations confidentielles sur une procédure judiciaire le concernant(1).

Cette décision nous rappelle que personne n’est au-dessus des lois. Nicolas Sarkozy est le premier président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme. Avant lui, l’ancien président Jacques Chirac (1995-2007) avait été condamné en décembre 2011 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêts dans une affaire d’emplois fictifs quand il était maire de Paris au début des années 1990.

Mais Nicolas Sarkozy, qui déclarait sur son compte twitter (27 mars 2012) qu' »Il faut que les peines soient exécutées. La non-exécution des peines, c’est l’impunité », souhaitant (3 nov. 2015) « qu’il n’y ait pas de mesures d’aménagement de peine pour les peines supérieures à 6 mois »; a fait appel de cette décision. Le 05 mars, le parquet national financier annonce son intention de faire appel de la décision du tribunal de Paris. Un appel du ministère public permet à une cour d’appel de prononcer des peines plus lourdes qu’en première instance(2).

Christian Delporte, professeur d’histoire contemporaine (université de Versailles), estime, dans une interview à Libération, que cette condamnation résulte d’une plus grande exigence de probité de la part de l’opinion, à mille lieux d’une certaine vision de la justice à deux vitesses : « Il y avait toute cette idée avec Balladur ou Pasqua, que les politiques s’en tirent toujours, que lorsqu’on est corrompu, la justice ne vous rattrapera pas. Même Pasqua n’a jamais fait de prison, il est mort avant d’avoir à en faire. Ce fait a nourri la défiance de l’opinion publique. Là, coup sur coup, Balkany et Sarkozy sont condamnés. La justice prend une certaine revanche. […] L’idée qu’on peut tout faire quand on est au pouvoir est en train de dépérir. On en voit les limites pour la première fois. Je pense que c’est une façon de revaloriser la politique et de remettre un certain nombre de principes au jour. […] Il y a une exigence de transparence aujourd’hui. » (3).

Ceci dit, après avoir vu comment « marche la justice des hommes », écoutons maintenant le texte de l’Evangile selon Matthieu, chapitre 18v21-35.

Il s’agit d’un texte bien connu, qui, contrairement à ce que l’on pense, n’est ni une illustration imagée du fait qu’il faille pardonner « 70 fois 7 fois », ni une explication des causes théologiques de ce pardon total voulu par Dieu. Il s’agit plutôt d’un récit des conséquences concrètes de l’exigence divine (qui nous semble) démesurée du pardon dans nos vies, nous expliquant « comment ça marche » dans le Royaume de Dieu, dans ce plan d’existence où nous vivons, plan qui s’ajoute au seul plan terrestre de notre vie matérielle, affective, humaine.  Ce récit va même très loin puisqu’à notre grande surprise, au lieu de parler des conséquences du pardon, ce récit imagé va nous décrire les conséquences du non-pardon. « Si jamais vous refusez d’entrer dans ce projet de pardon total, voilà ce qui se passera pour vous. » Ouvrez vos oreilles ! Et comme dans tous les textes du nouveau testament, celui-ci déploie à la fois une promesse d’une grâce réjouissante et d’une exigence incontournable. Retenons les deux facettes de l’enseignement de Jésus, et pas seulement celle qui nous ferait plaisir (celle de dire que Dieu trouve que tout est beau et que tout le monde est gentil), mais bien la totalité du tableau que Jésus dessine sous nos yeux, avec ses lumières et ses ombres, l’un n’ayant pas de sens sans l’autre.

La première chose que me rappelle ce texte de l’Evangile, c’est que le pardon, outre qu’il n’est pas une option, est toujours une histoire de remise de dette. C’est comme si nous avions un compte en banque non pas en euros mais en joie et en paix (…..). Et à chaque fois que nous traverse un ressentiment, c’est comme si nous devions payer un impôt très lourd à la haine. A chaque fois que nous viennent des regrets amers, nous devons faire un chèque en blanc à l’adversaire du Christ, cet adversaire qui se paye de nos joies abîmées et de nos tranquillités troublées. Autant dire que sur le compte de la paix et de la joie, si nous n’acceptons pas de vivre avec le mode de vie spirituelle de Jésus, nous sommes toujours dans le rouge, et parfois proche de l’interdiction de chéquier, et peut-être pour certains qui ont accumulé les traites au Ministère de la Colère, vous êtes franchement interdits bancaire. Cette situation consiste donc en l’absence totale de paix et l’inexistence concrète du bonheur.

Mais voici que le projet de Dieu est tout à fait étonnant. C’est un projet de remise de dette qui va jusqu’au bout. Dieu a eu une grande idée, c’est d’inciter tous les propriétaires de comptes en banque en paix et en joie à administrer différemment leurs porte-monnaie.
La première incitation consiste à ne pas laisser à droite et à gauche des chèques en blanc de haine ou d’inquiétude, car ils nous mettent dans une situation permanente de surendettement (….).
La deuxième incitation du Seigneur est remarquable, puisque Dieu a décidé que tous ceux qui veulent bien lâcher prise et lui faire confiance, reçoivent une option dans leurs services bancaires, qui est bien mieux que toutes les offres — scandaleuses, soit dit en passant — de découvert. Dieu prend à sa charge (pour vous qui voulez bien vous confier en lui) tous vos découverts sur vos comptes en banque en paix et en joie. C’est formidable, non ? En réalité, ce n’est pas un puits sans fond, car normalement, dès la première fois où Dieu règle la différence et nous remet dans le positif, nous héritons en même temps d’une soudaine lucidité de gestion qui nous permet de ne plus administrer bêtement nos ressources, et nous mettons fin définitivement aux pratiques dispendieuses que sont la rancune, l’animosité, la malveillance, et la colère.

Ce qui est grave, donc, d’après la parabole de Jésus, ce n’est pas le fait que Dieu ait à dépenser des mille et des cents pour nous désendetter, au début de tout ce processus, mais c’est notre inconséquence par rapport à ce désendettement massif et soudain. Car aussitôt que Dieu nous libère d’un passif dont nous n’aurions jamais pu nous tirer sans sa clémence et sa douceur, nous nous sentons tout légers et nous retournons à des modes de fonctionnement qui sont ceux du monde et non ceux du Royaume. Nous oppressons les autres pour fêter la fin de notre propre sentiment d’oppression… La loi du Royaume de Dieu consiste à briser la dette, quoi qu’il en coûte, quoi qu’il en coûte à Dieu, et pour mes affaires à moi, quoi qu’il m’en coûte. Si je ne brise pas la dette, si je ne déchire pas les chèques en blanc que les autres me font en m’agressant, j’échappe à la législation du Ciel, à sa jurisprudence et à ses codes. 

La conséquence est simple : comme déjà signifié en introduction, si vous êtes citoyens du Royaume, vous savez que la loi du Royaume est une loi du pardon. Si vous ne vivez pas cette loi du pardon, vous quittez la compétence du Royaume, et on vous remet sous la loi du monde. Et vous aurez à en tirer les conséquences.   « Voilà ce qui vous arrivera si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur ». Ce qui vous arrivera, c’est que vous serez remis, tout simplement, à la seule compétence du monde, y compris pour les affaires spirituelles. Et le monde est régi par la compensation et la rétribution, je l’ai déjà dit : pour toutes vos haines et vos ressentiments, vous serez accablés, sans espérance et déçus. Pour toutes vos amertumes vous serez dans l’atermoiement, le sentiment d’une culpabilité qui n’en finit jamais. En somme pour tous vos non-pardons et parce que c’est vous qui refusez de briser la logique de la dette, parce que c’est vous qui refusez que se déploie la compétence du Royaume dans votre vie, vous serez endettés, débiteurs, sans cesse redevables des agios exponentiels de la rancœur qui s’installe au fond du cœur comme un horizon inéluctable.

Considérez le projet de Dieu. Vous avez envie de continuer à vous culpabiliser sans fin ? Vous êtes très attirés par la bile qui marine dans votre cœur et y laisse des ulcères acides ? Vous avez un goût certain pour les regrets et le sentiment de ne jamais y arriver ? Vous aspirez à une vie terne et repliée sur elle-même ? Vous sentez un désir qui pointe de vous complaire dans la morgue et les sentiments funestes ? Eh bien, désormais, vous savez quoi faire.  Surtout, ne pardonnez pas. Vous ne serez pas déçus…(4)

 

Pour reprendre l’exemple cité plus haut avec Nicolas Sarkozy, certes, « nous ne sommes pas dans sa tête » et « c’est Dieu qui sait » (le concernant), mais vu sa présence en tant qu' »invité exceptionnel » au JT de TF1 (03/03) pour se justifier, deux jours après sa condamnation, continuant à manifester un « esprit de victime » et vu sa volonté passée d' »en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi » et « une mode exécrable »(5), alors que l’Evangile nous exhorte à manifester « des fruits de la repentance » (Matt.3v8, Luc 3v8, cf Actes 26v20 et Eph.5v8-9…), l’intéressé témoigne-t-il d’être réellement dans « le projet de Dieu » ? Dans le cas contraire, y entrer vraiment est ce que nous pouvons lui souhaiter de mieux, après s’être mis en règle avec la justice des hommes !

 

 

 

Notes : 

(1) En comparaison, un trafiquant de drogue est condamné à 10 ans de prison ferme  https://www.20minutes.fr/justice/2956647-20210119-grenoble-dix-ans-prison-encontre-trafiquant-drogue-lyonnais

(2) Les détails de l’affaire sur https://www.dalloz-actualite.fr/flash/affaire-bismuth-ecoutes-au-coeur-de-condamnation#.YD91DWhKgdU ; Voir aussi https://www.liberation.fr/checknews/2017/11/27/parmi-les-anciens-chefs-d-etats-de-la-ve-republique-lesquels-n-ont-jamais-eu-affaire-a-la-justice-me_1652791/

(3) Cf https://www.liberation.fr/politique/sarkozy-condamne-la-justice-nest-pas-moins-laxiste-ce-sont-les-lois-qui-ont-evolue-20210301_TAGOOZLGUZFLLHFJMFYQ2FF3WM/ ; Voir aussi https://theconversation.com/le-proces-sarkozy-montre-aussi-comment-letat-se-preserve-des-affaires-nefastes-a-son-economie-156423 ; et sur la question d’une « justice à deux vitesses », qui serait « clémente envers les puissants » : https://www.franceculture.fr/droit-justice/la-justice-est-elle-moins-severe-pour-les-puissants

Voir aussi, ces commentaires de l’étranger :

Dans un éditorial, El Pais salue la “condamnation exemplaire” rendue contre l’ancien chef d’État. Elle illustre la vigueur de la séparation des pouvoirs dans la démocratie française, selon le quotidien espagnol. https://www.courrierinternational.com/article/vu-despagne-nicolas-sarkozy-condamne-la-democratie-renforcee

Nicolas Sarkozy condamné à trois ans de prison, c’est une information qui a fortement interpellé outre-Rhin. Un éditorialiste de la Süddeutsche Zeitung lui trouve même quelque chose de “révolutionnaire” quand on connaît le système politique hexagonal : un système présidentiel “qui conserve des caractéristiques fondamentalement monarchiques définissant le tempérament politique national : dirigiste, centralisé et, à certains égards, absolutiste”.

Ici, affirme la SZ, la politique “repose sur la personnalité du président de la République, qui doit être à la fois une figure lumineuse et un père attentionné pour ses concitoyens. L’idée que cette conception invite à toutes sortes d’abus, qu’elle repose sur la force de caractère individuelle qui peut donc être corruptible, appartient au contrat implicite que les électeurs passent tous les cinq ans avec leur président-monarque.”

Tous les présidents font l’objet de soupçons, explique le journaliste. Mais dans le cas de Nicolas Sarkozy, “qui aimait à peu près autant les magouilles qu’il redoutait la lumière [sur ces mêmes magouilles]”, ce pacte a franchement raté.

Et c’est ici que l’importance du verdict prend tout son sens. Le fait que l’ancien président soit traité aujourd’hui comme un citoyen ordinaire devant la justice est la preuve, pour le quotidien, que “l’enquête a enfin été menée à l’abri des influences politiques”. Car si la France est un État de droit, elle est aussi marquée par “une forme de justice parallèle où les juges sont davantage soumis aux injonctions politiques que leurs confrères allemands, ce qui a plus d’une fois fait douter de leur impartialité”.

Et la Süddeutsche Zeitung de conclure : Cette condamnation donne non seulement des sueurs froides à l’ensemble de la classe politique française, mais elle ébranle aussi l’élitisme et l’absolutisme qui caractérisent l’appareil politique et les rapports de force dans la société en général. Deux ans après l’apparition des ‘gilets jaunes’ et un an avant la prochaine élection présidentielle, la pression monte dans la République.” Vu d’Allemagne. La condamnation de Sarkozy, une révolution dans une France “monarchique” et élitiste

(4) D’après une prédication de Gilles Boucomont, le 30/07/06 http://1001questions.fr/aunomdejesus/pardonner-3-le-non-pardon/

(5) Déclaration faite dans un certain contexte : Dans son tout premier discours de président élu, au soir de l’élection, le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy déclarait vouloir « en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi », dénonçant lors de sa campagne « la repentance, mode exécrable à laquelle (il demandait) de tourner le dos », fustigeant la « concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres ». https://www.vie-publique.fr/discours/166432-declaration-de-m-nicolas-sarkozy-president-de-lump-et-candidat-lelhttps://www.challenges.fr/monde/memoire-repentance-quatre-presidents-quatre-postures_255175

De là ce commentaire de l’époque d’un lecteur de La Croix : « comment peut-on être à la fois sarkozyste et adepte du Christ dès lors que, selon Marc (1-15), « Jésus proclamait en Galilée en ces termes la Bonne Nouvelle venue de Dieu : (…) Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » ? Le Catéchisme de l’Église catholique, quant à lui, utilise expressément le terme de repentance. Il précise que « par le baptême, le chrétien est sacramentellement assimilé à Jésus. (…) Il doit entrer dans ce mystère d’abaissement humble et de repentance. » Enfin, Jean-Paul II, l’un des principaux adeptes de cette « mode exécrable » de la repentance, proclamait en 1994 que « reconnaître les fléchissements d’hier est un acte de loyauté et de courage qui nous fait percevoir les tentations et les difficultés d’aujourd’hui et nous prépare à les affronter. »https://www.la-croix.com/Archives/2007-06-07/Au-soir-des-elections-dans-son-tout-premier-discours-de-president-elu-Nicolas-Sarkozy-a-ete-tres-clair-Je-veux-en-finir-avec-la-repentance-qui-est-une-forme-de-haine-de-soi.-Deja-au-cours-de-la-campagne-il-avait-denonce-la-repentance-mode-execrable-a-laquelle-je-vous-demande-de-tourner-le-dos.-_NP_-2007-06-07-293230

 

 

 

Read it (again) : Michael Kohlhaas, d’Heinrich Von Kleist

Michael Kohlhaas, un homme (du) droit. Source image : première de couverture de l’édition Mille et une nuits, 2016. En photo : Mads Mikkelsen, dans le film éponyme d’Arnaud des Pallières.

Un homme (du) droit

De passage dans une librairie d’un petit village ardéchois, cet été, je suis attiré, au moment d’en sortir, par une édition « Mille et une nuits » d’un classique allemand lu une première fois il y a 30 ans environ en « GF Flammarion » : « Michael Kohlhaas », d’Heinrich Von Kleist (1777 – 1811), court roman (ou nouvelle) « d’après une chronique ». Outre le titre, qui m’est familier, et le format du livre, il y a la photo de Mads Mikkelsen en couverture – un acteur danois que je ne connaissais pas – qui interprète « Michael Kohlhaas » dans l’adaptation cinématographique éponyme d’Arnaud des Pallières (2013). Je me sens conduit à l’acquérir pour le relire. Avec raison.

De quoi s’agit-il ?

Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un récit historique et politique inspiré de l’histoire vraie(1) de Michael Kohlhaas, prospère et honnête marchand de chevaux, mari aimant et père attentif, victime de l’injustice d’un seigneur. Demandant en vain réparation, confronté à une justice malmenée par les privilèges et les conflits d’intérêts des puissants (ceux-là mêmes censés être les garants des lois), il « se radicalise » et, à la tête d’une armée de gens du peuple et d’aventuriers, met une province d’Allemagne à feu et à sang pour obtenir justice. Un drame fort et puissant par son style et sa construction, très moderne, relatant l’histoire d’un homme seul contre les institutions de son temps. Un homme qui demande obstinément que justice soit faite, quand bien même le monde irait à sa perte ! Se déroulant à l’époque de la Réforme, l’affaire doit une part de son retentissement à l’intervention de Martin Luther lui-même(2).

Pour l’anecdote, il s’agit du livre préféré de Franz Kafka parmi toute la littérature allemande, et dont la lecture a été pour lui à l’origine de son désir d’écrire.

Le récit s’inscrit dans un contexte historique bien précis, témoignant d’une société en transformation et en plein bouleversement – la Réforme du XVIe siècle, le Saint Empire romain germanique avec les princes des Etats et leurs lois féodales….

C’est aussi « un voyage philosophique au cœur de l’homme » [pour reprendre une expression de Mads Mikkelsen(3)] d’une troublante actualité, reflétant l’essentiel des inquiétudes politiques de notre temps : ou comment demander la chose la plus simple au monde – la justice, l’égalité des droits – peut déclencher l’extrême autour de soi.

Mais plus qu’un « terroriste » ou un « fanatique » porteur d’une idée fixe, Kohlhaas est en réalité « un héros du droit », précurseur dans la lutte pour le droit, car qui lutte pour son propre droit lutte pour le droit des autres. Et ce, d’autant plus que le même Kohlhaas est aussi « un homme droit », renonçant à prendre le pouvoir (alors qu’il en avait le pouvoir !), une fois obtenu le droit de voir sa plainte examinée par un tribunal.

Un classique complexe, qui me marque encore après cette relecture, laquelle m’a permis de mieux en mesurer la portée.

L’édition « Mille et une nuits » ne manque pas d’intérêt, puisqu’elle comprend un dossier sur le film d’Arnaud des Pallières (2013), dont un texte du réalisateur à propos de sa libre adaptation cinématographique (notamment son choix de dépayser l’action dans les Cevennes et de tourner en extérieur), suivi d’un entretien avec Mads Mikkelsen, l’acteur danois interprétant Michael Kohlhaas, ainsi que d’une postface de l’éditeur sur l’écriture de ce récit et Heinrich Von Kleist, considéré comme « le plus moderne des auteurs romantiques ».

En bonus, la bande annonce du film, découvert également cet été pour l’occasion, qui vaut aussi le détour :

 

 

Notes :

(1) Heinrich Von Kleist s’inspire de l’histoire – d’après « une chronique ancienne » – de Hans Kohlhase, marchand installé à Cölln, île au bord de la Spree, dans les faubourgs de Berlin, dans le Brandebourg, au début du XVIe siècle (1532-1540). Du moins reprend-t-il tous les événements liés à ce personnage qui sont connus. Ultérieurement seront retrouvés des actes et des pièces dont l’auteur n’avait pu avoir  connaissance (Voir la postface de l’éditeur « Quand bien même le monde devrait périr » IN Michael Kohlhaas, Mille et une nuits, pp 191-192).

(2) Voir cette scène dans le roman (Michael Kohlhaas, Mille et une nuits, pp.64-78)

(3) Voir « entretien avec Mads Mikkelsen » (Michael Kohlhaas. Mille et une nuits, p 187)

Au-delà du procès Fillon, l’autre scandale…

« Tu auras un poids juste », et non pas « deux poids deux mesures… », dit l’Eternel.

Depuis mercredi 26/02, François Fillon, son épouse Pénélope, ainsi que son ancien suppléant parlementaire Marc Joulaud, sont jugés jusqu’au 11 mars, à des degrés divers, pour détournement de fonds publics [un million d’euros] par personne chargée d’une mission de service public, complicité et recel de ce même délit, complicité et recel d’abus de bien sociaux et déclaration mensongère aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).  Des faits révélés par Le Canard enchaîné le 25 janvier 2017.

François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme collaboratrice parlementaire alors qu’elle n’exerçait pas de réelles fonctions, selon l’accusation. Voilà pour ce premier scandale.

Mais en marge du procès Fillon, « l’autre scandale [ce qui est une occasion de chute], celui qui est avéré ». selon Patrice de Plunkett, est le « soutien de (dizaines de) milliers d’électeurs catholiques (1) – et en tant que catholiques ! – à la candidature Fillon….». Un tel soutien dénote d’une « pathologie intellectuelle et morale qu’il serait urgent de soigner », tacle sévèrement le journaliste catholique.

Et du côté protestant-évangélique ?

A l’époque, « il n’y a pas eu de rejet massif de Fillon chez les protestants (20 % des votes), qui ont voté dans la même proportion que le vote national….» mais dans une proportion moindre que le vote catholique, comme l’analyse l’historien Sébastien Fath sur son blogue. Comme tente de m’en persuader un mail très orienté de la part d’une connaissance, reçu le 21 avril 2017, Fillon est même LE candidat censé « se rapprocher le plus de ce que recommande la Parole de Dieu », soit disant parce qu’il ne faut pas « lui jeter la première pierre » et parce que « les choses compliquées finissent par être simplifiées par la Parole de Dieu et le désir de s’y conformer ».

Mais en quoi ce vote était-il aberrant de la part de chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants, me demanderez-vous, en écho à la question que pose Patrice de Plunkett ?

Le vote Fillon est déjà en soi aberrant pour les chrétiens protestants et catholiques, du fait premièrement des positions et votes du candidat Fillon sur le plan de « l’éthique privée ». Nous en avions alors parlé le 10 mars 2017 sur pep’s café. Si François Fillon s’est déclaré personnellement hostile à l’IVG, il a assuré ne pas vouloir remettre en cause ce droit ; et s’il a toujours assumé son opposition au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe, il ne souhaite pas non plus remettre en cause la légalisation du « mariage pour tous »(2).

Sur le plan économique et social, le programme du candidat Fillon – par ailleurs qualifié par Sébastien Fath de « robuste et très travaillé »,  placé sous la « bannière réformiste du courage politique »– est d’inspiration « Thatchérienne », comme me l’a expliqué un abonné à notre blogue : « Fillon est un libéral qui veut mener une politique axée sur l’offre qui dégonfle le poids de l’État dans l’économie, diminue la pression fiscale sur le patronat et les grandes entreprises qu’il compense avec la taxation indirecte (TVA) et la flexibilité du travail, lesquelles n’améliorent pas le pouvoir d’achat des ménages, consacrent la précarisation de l’emploi (en visant moins de chômeurs mais plus de travailleurs pauvres) ni ne protègent assez les travailleurs des catégories populaires contre les licenciements abusifs. Sa base électorale est restreinte puisqu’il a visé durant les primaires de la droite et du centre les seniors de la bourgeoisie d’affaire et les CSP+ ». D’autre part, le même internaute précise que, « en rupture avec le gaullisme social », Fillon est aussi « un européiste qui prend opportunément une posture gaullienne et défend des idées chrétiennes conservatrices (“la manif pour tous”) ». Sauf qu’ « il a négligé pour l’instant le volet social, pourtant décisif pour espérer l’emporter en 2017, et qu’une partie de son électorat catholique, en théorie attaché aux valeurs de partage et de justice, a, semble-t-il, curieusement – et l’on peut espérer momentanément – perdu de vue ». Signalons enfin que le candidat Fillon souhaitait « supprimer de notre Constitution » le principe de précaution (pourtant intégré en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement) estimé « dévoyé et arbitraire », pour mieux, selon lui « emprunter les voies de l’innovation et du progrès scientifique, ne pas renoncer aux projets d’avenir au nom du principe de précaution, qui sert aujourd’hui de prétexte à l’inaction ».

Il est en effet curieux de voir « perdu de vue » ces valeurs bibliques de partage et de justice, du côté des chrétiens, au moment du vote.  Etonnement partagé dans cet article du 12 février 2017 signé d’Eve Charrin, et paru dans un journal non chrétien : Programme du « chrétien » Fillon : Jésus était-il ultralibéral ? « Posons une question candide, une question de fond qui survivra aux soubresauts de la campagne présidentielle : comment le catholicisme bon teint d’une bonne part de l’élite française peut-il s’accommoder de tant d’enthousiasme pour une réforme libérale “radicale” ? Comment croire avec une égale ferveur au Christ et au marché ? Par quelles voies impénétrables concilier les valeurs de l’Evangile avec celles du Medef, la doctrine sociale de l’Eglise et le catéchisme néo-thatchérien de la dérégulation ? La contradiction reste solidement enracinée (….) en vérité, le programme de Fillon ne paraît pas très catholique ! [et même plus généralement bien peu chrétien] Car, face à la détérioration de l’environnement, face au creusement des inégalités, « il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus ». Les lignes qui précèdent n’ont pas été écrites par Jean-Luc Mélenchon, mais bien par le pape François dans sa dernière encyclique Laudato Si’ publiée en juin 2015. De fait, «le principe de la maximalisation du gain, qui tend à s’isoler de toute autre considération, est une distorsion conceptuelle de l’économie», insiste le souverain pontife, qui dénonce à l’envi « l’argent idole », ce « fumier du diable », et fustige «l’emprise absolue des finances». Des propos révolutionnaires de la part du jésuite argentin… », dont « les propos développaient une position magistérielle (constante et croissante) de l’Eglise catholique depuis Léon XIII », souligne Patrice de Plunkett : « position actualisée, et exprimée de façon plus percutante, par le “jésuite argentin”.(….) Alors la question est : pourquoi cette position reste-t-elle théorique ? Autrement dit : de quel droit les catholiques de la droite libérale (nombreux parmi les catholiques français) se permettent-ils de tourner le dos à la position socio-économique du Magistère ? » (3)

Du côté protestant-évangélique, le décalage sera avec la pensée biblique, pour ne pas parler de la doctrine sociale de l’Eglise (catholique), sachant que plus de 2000 versets traitent des questions d’équité et de justice.

A ce scandale de la contradiction avec la pensée biblique, s’ajoute le scandale du « deux poids deux mesures » (en horreur à l’Eternel) et de la justice à deux vitesses, tout aussi contradictoire avec la pensée biblique : en témoignent Prov.11v1, 20v10, 23 ; Lévit.19v35-36 et Deut.25v13-16.

En guise d’illustration, ce fait éloquent : en mars 2017, une connaissance me transmet par mail ce qui m’est présenté comme étant « une analyse claire, pragmatique et…spirituelle ». Si « je suis d’accord », je suis « encouragé » à faire ce que l’auteur « préconise » et, bien sûr….. « à partager cet article à (tous) mes contacts ».  Mais en lieu et place d’une « analyse claire et spirituelle » [on y cherche en vain une seule citation/référence biblique pour justifier si ladite action est « spirituelle » ou non], ce texte stupéfiant aux accents de panique du blogueur évangélique Nicolas Ciarapica, publié le 3 mars 2017 sur le site « Infochrétienne », se voulant « un appel solennel aux chrétiens de France, ainsi qu’aux amis de la France », tente de justifier « pourquoi (il) estime qu’il est URGENT de prier »…..non pas pour que la justice et la vérité éclatent, mais « pour que le candidat François Fillon [alors en pleine tourmente judiciaire] reste en lice [coûte que coûte] – quelles que soient nos opinions politiques – et pour qu’il puisse poursuivre sa campagne en vue du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain ». Pour l’auteur de ce manifeste, il serait donc légitime de faire pression sur la justice et de remettre en question son indépendance, en faisant entrave au bon déroulement d’une enquête, au nom de considérations partisanes. Il est stupéfiant de lire un tel appel à la compromission avec la vérité et la justice.

Au final, les « prêtres de l’Eternel » que sont les chrétiens seront donc bien inspirés de se souvenir constamment que « la justice et la droit » constituent « la base du trône » de l’Eternel et que « marchent devant Lui l’amour/la fidélité et la vérité » (Ps.89v15).

En toute logique, le chrétien « biblique » laissera tomber toutes les postures identitaires et partisanes pour suivre ce commandement divin : « Tu ne commettras point d’iniquité dans tes jugements : tu n’auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice » (Lévit.19v15) ; « Vous ne commettrez point d’iniquité ni dans les jugements, ni dans les mesures de dimension, ni dans les poids, ni dans les mesures de capacité. Vous aurez des balances justes, des poids justes, des épha justes et des hin justes. Je suis l’Éternel, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte. »(v35-36) « L’Eternel est juste dans toutes ses voies et bienveillants dans toutes ses oeuvres »(Ps.145v17) ; Il « fait droit aux opprimés »(Ps.146v7)-c’est à dire qu’Il entend leurs cris et considère que leurs plaintes « pèsent » suffisamment pour être intervenir en leur faveur. De là cette exhortation – adressée à un roi – dans Proverbes 31v8-9 : « ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés. Ouvre ta bouche, juge avec justice et défends le malheureux et l’indigent. »

Sans oublier que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Etre « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants, comme le souligne Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur (4) : « Quid de la justice, de l’équité, de l’honnêteté en affaires, de la santé, de l’emploi, de l’éducation, de la morale publique, du droit d’opinion et de religion ? »

 

 

 

Notes : 

(1) Plus de la moitié des catholiques pratiquants réguliers (55%) ont voté pour le candidat Les Républicains au premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 23 avril.

(2) François Fillon, qui se dit catholique bien qu’« à la pratique irrégulière », déclare croire au « caractère sacré de la vie » (Faire, Albin Michel, 2015, p. 269) tout en défendant la légalisation de l’avortement : « J’ai voté tous les textes qui voulaient améliorer l’accès pour les femmes à l’IVG, y compris le dernier qui était proposé par la gauche. » (Europe 1, 23/11/16) Plus exactement, il a voté contre le remboursement par l’Assurance maladie (1982), la création du délit d’entrave (1993), l’allongement du délai à douze semaines de grossesse (2001), la suppression du délai de réflexion (2016), mais s’est abstenu sur la suppression de la notion de détresse (2014) et a voté pour la résolution réaffirmant le droit fondamental à l’IVG en France et en Europe (26 novembre 2014) alors que la majorité des députés n’a pas pris part au vote (151 votants sur 577 députés). Et il ne s’est par ailleurs pas opposé au projet de loi « pour l’égalité entre les hommes et les femmes » (28 janvier 2014), qui a renforcé le droit à l’avortement, en créant notamment un déli d’entrave tant « matérielle » que «psychologique». M. Fillon n’en est pas excommunié pour autant, mais ses positions le placent dans une situation problématique.

(3) Voir aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/11/23/pourquoi-la-question-des-valeurs-comme-critere-de-vote-est-une-notion-piegee/

(4) Paru dans « Si j’étais président…  – Le sel du scrutin présidentiel », Publié le 16/02/2012. Voir aussi ces pistes pour étudier l’économie sous un angle chrétien.

 

Ma Quête, de Josef Ben-Eliezer

Un encouragement à chercher et à trouver « au bon endroit »

Ce petit livre est « à l’honneur » sur le site de la librairie Jean Calvin, de Paris. C’est ce qui m’a d’abord intrigué. Une discussion avec l’un des libraires – passionné par l’ouvrage – a fini par me convaincre de l’intérêt historique et existentiel de cette « quête » de Josef Ben-Eliezer (1929-2013).

Diogène cherchait un homme. Josef, lui, cherchait « la fraternité (…) une réponse à la souffrance de l’humanité ». Il la cherchait même « ardemment », prêt à donner sa vie pour une telle cause : « J’ai un grand désir d’éprouver une fois dans ma vie, dans mon cœur, la réponse à la souffrance la plus profond de l’humanité. Quand bien même je ne vivrais la réponse à cette question qu’un bref instant, cela me suffirait. » (Ma quête, p 108)

« Né en juillet 1929 à Francfort, en Allemagne,  de parents Juifs d’Europe orientale, arrivés quelques années plus tôt de Pologne » (op. cit., p 1), Josef grandit dans un environnement sécurisé. Bientôt, il fut le témoin de l’assaut de la Pologne par l’armée hitlérienne et chercha refuge en Union Soviétique pour être finalement exilé en Sibérie, avec sa famille. Echappant tout juste à la mort de famine et maladies, il fit son chemin en traversant l’Asie du Sud et arriva enfin dans l’Etat d’Israël.  Après l’horreur de l’Holocauste, il était absolument déterminé à se battre pour l’indépendance de sa nouvelle patrie. Mais en tant que soldat, l’inhumanité de la guerre continuait à le poursuivre ainsi que la question suivante : « Pourquoi est-ce que les hommes et les femmes ne peuvent pas vivre ensemble dans la paix ? » Sa soif de justice le conduit à fréquenter divers groupes marxistes. Il trouvera finalement les réponses à ses questions dans un contexte inattendu……

Un témoignage aux allures de roman d’aventure, sauf qu’il s’agit du récit authentique d’une quête de toute une vie : une quête de justice, (de fraternité) et de paix, toujours essentielle et encore d’actualité. Car sans justice, pas de paix.

Court et percutant, accessible dès l’adolescence, ce récit est un encouragement pour chacun à chercher et à persévérer dans sa propre « quête » existentielle, particulièrement à une époque où l’on ne va pas plus loin, si l’objet de notre recherche n’est pas à portée de main.

Ce récit est aussi un encouragement à chercher « au bon endroit », et surtout à trouver. Car « la quête (perpétuelle) pour la quête » n’est pas un moteur suffisant. Toute quête a un but, qui peut être atteint.

Dans le cas de Josef, cet athée rebelle à tout engagement dans la foi, a fait plus que vivre une expérience « de conversion religieuse ». Il a surtout découvert un nouveau centre de vie : « Jésus et son enseignement simple mais radical sur le Royaume de Dieu. Affranchi de la recherche désespérée qui le consumait, c’était désormais son enthousiasme pour une cause qui le dépassait qui le faisait avancer. » (op.cit., p 110),

 

En bref :

Ma Quête, de Josef Ben-Eliezer. Plough Publishing House, 2015.

Se le procurer chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

 

« Foireux liens » de novembre (30) : « une certaine conception de l’homme » (des droits et de la dignité)

Les « Foireux liens » de Novembre et autant de réflexions sur « une certaine conception de l’homme », de la dignité et des droits des minorités…

Bonjour ! Les « Foireux liens » tant attendus sont de retour ! Au menu de cette édition : Prix Nobel de la Paix pour Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » et Nadia Murad ; acquittement d’Asia Bibi, Réforme de l’Etat et des services publics, réforme de la laïcité, rapport du Comité d’Ethique, « Pétain, Macron et la mémoire », hausse du prix à la pompe et dossier sur la chaussure, élection présidentielle au Brésil et « midterms » aux Etats-Unis, racisme et antisémitisme, Référendum en Nouvelle Calédonie….et bien d’autres encore ! Bonnes lectures !

 

1) Prix Nobel de la paix pour un médecin congolais et une yézidie, ancienne esclave de Daech

Le prix Nobel de la paix 2018 a été attribué au Congolais Denis Mukwege et à la yézidie (adepte d’une religion monothéiste) irakienne Nadia Murad, ancienne esclave de Daech, pour leur combat pour mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre.

2) Asia Bibi, nouvelle icône de l’indépendance de la justice pakistanaise ? 

L’arrivée au pouvoir d’Imran Khan a entraîné une série de changements institutionnels au Pakistan. Le chef de l’autorité judiciaire (Chief of Justice en anglais) a changé de visage : ce dernier devait être en accord avec les attentes progressistes du gouvernement dans un Pakistan toujours divisé, entre une zone au nord-ouest où les conflits, certes apaisés, existent toujours et un pays encore sous l’influence de certains leaders fondamentalistes cherchant constamment à instrumentaliser le fait religieux à des fins politiques. Il fallait pour lui, également, composer avec le pilier du régime pakistanais : l’armée. Quoiqu’il en soit, la trajectoire pakistanaise demeure fidèle à ces dernières années : elle est floue.
C’est finalement Asia Bibi* qui est devenue le point d’interrogation devant la Cour suprême. Existait-il suffisamment de preuves pour condamner cette jeune chrétienne sur le fondement du blasphème ? Ce même délit qui est devenu l’apanage de plusieurs religieux afin de réprimer les minorités au Pakistan et dont la définition et les contours sont aussi flous qu’ils sont juridiquement insaisissables.

*Accusée de blasphème et condamnée à mort, Asia Bibi a passé 8 ans en prison au Pakistan. Son acquittement a provoqué la paralysie du pays, bloqué par des manifestants islamistes….

3) L’Avis du comité d’éthique (rapport du 25/09) : des réactions catholiques et protestantes

« Face à la vague », une réflexion publiée sur le blogue « Les Cahiers libres »

Extension de la pma, tests génétiques, dépistage anténatal, autoconservation des ovocytes … Il y a de quoi être sonné par le rapport du CCNE publié le 25/09, tant il ouvre de vannes. Même s’il n’est que consultatif, on sent comme une grande vague prête à emporter les dernières digues d’une certaine conception de l’humanité. Chacun perçoit qu’il s’agit d’un mouvement de fond que deux- trois pétitions, et même des argumentaires de bon sens, ne feront pas reculer facilement.

Comment en est-on arrivé là ? Que peut-on faire ? Quelques tentatives de réponses en profondeur à ces deux questions, en prenant un peu de recul.

Produire la vie, produire sa mort ? Repères chrétiens face aux questions de bioéthique d’aujourd’hui

Le 1er novembre 2018 à l’Eglise d’Altkirch, la rencontre inter-Eglises mennonites a rassemblé environ 150 personnes. Luc Olekhnovitch, pasteur des Eglises évangéliques libres et président de  la Commission d’éthique protestante-évangélique, était l’orateur principal. A découvrir les enregistrements des 4 exposés, avec une bibliographie et l’accès à d’autres documents, « pour aller plus loin »

4) Réforme de l’Etat : l’Ere des managers de la fonction publique ?

Avec plus de six mois de retard, le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé le lundi 29/10 les annonces « transversales » sur la réforme de l’Etat. Le rapport CAP22, qui avait fuité dans la presse pendant l’été, laissait déjà augurer des pistes de réforme. Si l’intégralité dudit rapport n’a pas été conservée, l’état d’esprit de la réforme demeure dans la continuité de ce qui était prévu, avec pour objectifs d’atteindre les 3% de déficit public autorisés par la commission européenne et une diminution de 50 000 postes d’agents publics d’Etat à l’horizon 2022. Les trois quarts des recommandations du rapport CAP 22 sont conservées, notamment sur les questions posées par l’audiovisuel public, le fonctionnement du système de santé ou encore l’administration fiscale. La digitalisation des services occupe une grande place dans cette feuille de route. Il est ainsi envisagé que 100% des services publics soient dématérialisés d’ici 2022 en rendant la plupart des services accessibles depuis internet, comme par exemple la possibilité d’inscrire son enfant dans un établissement scolaire. Si la possibilité d’effectuer des démarches par internet n’est pas en soi une mauvaise chose, c’est quand elle devient un moyen de substitution à une présence de moyens humains sur le terrain que cela pose problème….

5) La Justice de demain : « prédictive » et « expéditive » !

Ou les conséquences du recours à un système judiciaire impacté par l’Intelligence Artificielle. Une analyse lucide et pertinente d’une réalité glaçante par Eric Lemaître, à lire sur « La Déconstruction de l’Homme », blogue partenaire de Pep’s café!

6) Comment La Poste se joue des élus et des usagers pour fermer toujours plus d’agences locales

Saviez-vous que La Poste est exemptée à 95 % de taxe foncière et de contribution économique territoriale ? Que cet argent économisé est censé lui permettre de « moderniser » les bureaux de poste grâce au « fonds postal national de péréquation territoriale » ? Mais que La Poste s’en sert en réalité pour en fermer un maximum en les transformant en petits relais postaux ? Connaissez-vous les « modes opératoires » publiés par La Poste pour expliquer à ses cadres locaux comment fermer habilement un bureau, même s’il ne désemplit pas ? Vous a-t-on dit que l’État et les élus locaux sont souvent complices de cette destruction du service public ? Grâce à quelques documents internes, Le Postillon, journal local isérois partenaire de Basta !, vous explique quelques combines de la direction de La Poste.

7) Quel est le rôle des pétroliers dans la hausse des prix à la pompe ?

Les mouvements sociaux de protestation contre les prix des carburants se multiplient sur le territoire français, avec notamment la grande action des « gilets jaunes » qui a eu lieu le 17 novembre. Or, dans ce contexte, les multinationales du secteur pétrolier, qui sont pourtant présentes sur toute la chaîne d’exploitation, de l’exploration à la distribution, ne font curieusement pas l’objet d’une véritable attention. L’ objectif du présent article est ici d’apprécier le lien qui pourrait exister entre la rentabilité de ces groupes et le cours du pétrole qui, in fine (et au-delà des taxes), est à l’origine de l’inflation actuelle des prix à la pompe. C’est ce qui permettra d’apprécier l’influence que ces groupes pourraient avoir ou non sur ce phénomène.

8) Ceci n’est pas un numéro sur la chaussure 

La revue « projet » a interviewé nos chaussures, lesquelles « n’ont rien caché de leurs conditions de fabrication, de leur empreinte écologique, de la répartition de leur prix de vente. Elles nous ont révélé un monde à côté de ses pompes. Et demandé, à coups de pied aux fesses : quand changerons-nous donc de modèle économique ? »

9) France : 10 000 étudiants en grandes écoles contre « le culte de la croissance » et pour un « réveil écologique »

Un manifeste, signé par plus de 10 000 étudiants, appelle le monde économique au réveil écologique. Dans ce texte, des étudiants issus des grandes écoles françaises s’engagent à ne pas travailler pour des entreprises polluantes.

10) Macron envisage d’amender la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat

Une réflexion est en cours pour « réduire l’influence étrangère » et prévenir les dérives intégristes. Et au cœur de la réforme voulue par l’Elysée : l’argent…..

11) « La Laïcité n’est pas une recette de cuisine mais une exigence démocratique »

Un article de Valentine Zuber, historienne, relatif au débat actuel sur la laïcité.

Voir aussi : Lois religieuses, lois étatiques

Quels sont les rapports entre le droit de l’État et les normes religieuses ? Pour répondre à cette épineuse question en évitant les polémiques, il est important de regarder de plus près comment les juges et les États considèrent ces normes religieuses. Zoom sur la France et l’Europe.

12) « De Corvée de centenaire »

Ou comment « pour un décideur moderne, les vieilles histoires ne doivent pas déranger le business, un point c’est tout. Aussi le centenaire [de 1918] prend-il cette allure calamiteuse d’une cohorte présidentielle qui tient à faire savoir, de la manière la plus claire possible, qu’elle expédie là une insupportable corvée que seul le hasard calendaire et les puériles beautés d’un chiffre rond ont parachuté dans son agenda ».

Voir aussi « Pétain, Macron et la mémoire »

13) Référendum en Nouvelle Calédonie : la victoire en demi-teinte du non à l’indépendance

S’il donne un ancrage légitimé par les urnes à la France, ce vote ouvre aussi une nouvelle phase de dialogue avec des indépendantistes confortés par les résultats.

Voir aussi : https://theconversation.com/nouvelle-caledonie-un-vote-suivi-de-tres-pres-dans-la-region-pacifique-106114

14) Brésil : « apocalypse now »

Ce qui s’est passé au Brésil est d’une importance capitale pour les démocraties occidentales, déjà rongées par la montée de droites radicales, souvent dites « populistes ». Comment un pays, dont les habitants considèrent à 69 % la démocratie comme le meilleur des régimes, peut-il se précipiter dans les bras d’un ancien capitaine de parachutistes, politicien de troisième zone depuis 30 ans, dont la seule ligne claire, depuis ses débuts en politique, est l’apologie de la dictature, de la torture, du meurtre ?Le Brésil est actuellement le théâtre d’une hystérie et d’un aveuglement collectifs aux proportions inédites, lequel doit être analysé et médité à la mesure de sa gravité.

15) Une semaine après, voici les vrais résultats des midterms et ils sont mauvais pour Trump

Finalement, les résultats des midterms sont pires que prévu pour les républicains. Un signal dangereux pour Donald Trump à deux ans de l’élection présidentielle de 2020.

Voir aussi https://www.telerama.fr/medias/les-resultats-en-trompe-loeil-des-midterms,-symbole-des-failles-des-medias,n5893771.php

16) Aux États-Unis, la haine raciste et antisémite alimentée par les thèses du « post-nazisme »

Le samedi 27 octobre 2018, un homme entre dans une synagogue de la ville de Pittsburgh (Pennsylvanie), aux États-Unis, ouvre le feu en hurlant des insultes antisémites, entrecoupé de « Tous les Juifs doivent mourir ! ». Onze personnes meurent. L’an passé à Charlotteville (Virginie), ville moyenne de ces mêmes États-Unis, une manifestation de militants racistes et autres suprémacistes blancs criait : « Les Juifs vont nous remplacer ! » Les agressions physiques antisémites se multiplient dans ce pays. Selon un article du Monde, qui reprend les chiffres de l’Anti-defamation League, elles auraient même progressé de 57 % depuis deux ans. Selon le même article, les chiffres du vandalisme de lieux religieux auraient quant à eux augmenté de 86 % durant la même période. Cette haine antisémite se nourrit des thèses de l’extrême droite étatsunienne, très active et surtout très vivace.

17) Trop occupés pour aimer : vaincre l’indifférence et le consumérisme dans l’Église

À l’heure où les chrétiens sont pointés du doigt pour leur soutien dans la montée au pouvoir du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, ou encore dans l’affirmation de la mandature de Donald Trump à l’occasion des midterms, la perception du christianisme dans le monde semble en crise….Aux yeux de beaucoup, l’amour du prochain et la défense des plus vulnérables paraissent s’éclipser pour laisser place au populisme, à l’homophobie ou encore au sectarisme. Une réaction naturelle et intuitive serait de critiquer un traitement médiatique défavorable, clairement caricatural….Mais ne passons-nous pas ainsi devant l’opportunité d’adresser un mea-culpa (« ma faute » en latin) ou de nous mettre aux bénéfices d’une remise en question ?

18) Le Musée de la Bible retire de faux manuscrits

Cinq fragments des manuscrits de Qumrân, exposés au Musée de la Bible à Washington, ont été reconnus comme faux. Ils ont été retirés de l’exposition et remplacés par trois autres fragments qui ne montrent pas les mêmes anomalies.

Voir aussi https://fr.aleteia.org/2018/10/25/ce-que-lon-sait-des-sept-faux-manuscrits-de-la-mer-morte/

19) L’Apôtre et le philosophe

Sénèque, le plus grand auteur classique du 1er siècle ap JC, était contemporain des Apôtres chrétiens et l’Apôtre Paul a séjourné à Rome en même temps que lui. En partant de là, une légende s’est diffusée dans l’Eglise chrétienne, selon laquelle Sénèque aurait connu Paul, se serait intéressé à son enseignement et peut-être même converti au christianisme par lui. Cette légende, longtemps marginale, a refait surface à la Renaissance chez des auteurs avides de « christianiser » les classiques païens nouvellement redécouverts. Qu’en est-il réellement ?

20) #Balancetonporc a passé 3000 ans !

« Un progrès moral de notre société, vraiment ? L’affaire Weinstein, ce producteur hollywoodien dénoncé par des dizaines d’actrices pour diverses atteintes sexuelles, a déclenché une libération de la parole des femmes. #meetoo, et #Balancetonporc en francophonie, ont mené bien des femmes à oser parler des actes abusifs dont elles sont les victimes. Certains se plaignent des évolutions morales négatives de leur société. Ici, au contraire, notre foi en la Providence divine nous amène à nous réjouir du réel progrès que constitue la possibilité même d’en parler ». Ou comment la foi chrétienne n’est en rien « pudibonde »…

21) Recension du livre « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître

Après notre interview de son auteur, découvrir une première recension du livre-événement consacré au transhumanisme sur le blogue Phileo-sophia.

22) Pourquoi « l’affaire Ghosn » ne devrait étonner personne : parce que « Greed is good ! »

Manager de l’alliance Renault-Nissan, demi-dieu de la finance globale, M. Ghosn gagnait 16 millions par an dont 9,18 millions chez Nissan à Tokyo. Néanmoins, il fraudait le fisc depuis des années ! (C’est Nissan qui le dénonce aujourd’hui). Frauder le fisc quand on dispose d’une telle fortune : pourquoi ? Parce que ! C’est une forme de démence décrite par le personnage de « Gordon Gekko » (joué par Michaël Douglas) dans « Wall Street », le film d’Oliver Stone (1987) : « Greed is good ! »

Ces « Foireux liens » sont terminés. Merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en janvier.

La justice expliquée par The Bible Project

Si vous étiez une mante religieuse, ce serait « socialement acceptable » de dévorer votre conjoint ; et si vous étiez un panda avec des jumeaux, il serait « normal » d’en abandonner un pour s’occuper de l’autre. Mais si les humains font une seule de ces choses, nous disons que « c’est mal », « incorrect » ou « injuste ». Oui, mais pourquoi ? Pourquoi les humains se préoccupent-ils tellement de la justice ? A cette question, la Bible offre une réponse fascinante.

A découvrir, ces explications en vidéo de « The Bible Project » :

« Mieux vaut être une brute, un persécuteur, un harceleur, un violeur, qu’un rapporteur »

« Ce moment gênant où la délation s’appelle parole libérée », disent les uns… « On parle, ça ne va pas, on ne parle pas, ça ne va pas, on parle tout de suite, ça ne va pas, on parle plus tard, ça ne va pas non plus, on cite les noms ça ne va pas, on ne les cite pas ça ne va pas non plus », rétorquent les autres.

#Balancetonporc aurait été « Balance ton Juif » en d’autres temps, assène Eric Zemmour. Fermez le ban », analyse  fort pertinemment Phylloscopus, naturaliste catholique et blogueur.

Lequel souligne « ce moment gênant où dénoncer une agression sans citer de nom devient de la délation.

Et comme tout va très vite, ce mercredi a été atteint le moment gênant où porter plainte pour un délit ou un crime subi devient de la délation – alors déjà que d’effrayantes statistiques montrent que la voie légale est un chemin semé d’embûches qui n’aboutit que dans 5% des cas. On imagine d’ailleurs l’état d’esprit de la victime hésitante à qui l’on a généreusement rappelé que sa démarche n’était pas fondamentalement différente de celle d’un mouchard vichyste.

Quelle différence après tout, quoi, c’est vrai.

Dès l’école primaire on nous l’apprend : quand le souffre-douleur de la classe, celui qui se fait cogner dessus à chaque récré, voler ou détériorer ses affaires dès qu’il a le dos tourné, a le front de se plaindre aux adultes, il est généralement renvoyé dans ses vingt-deux avec ce commentaire : « j’aime pas les petits rapporte-paquets » (….).

Troublante injonction contradictoire : l’autorité même vous enseigne que tant pis pour vous, si vous ne savez pas vous faire justice vous-même, et discrètement ; que le dépositaire de la violence légitime et de la loi, finalement, préfère livrer le faible à l’injustice, parce que dénoncer, c’est le mal absolu.

Mieux vaut être une brute, un persécuteur, un harceleur, un violeur, qu’un rapporteur.

(…) Dénoncer, c’est mal. C’est lâche, c’est faible. Perpétuelle injonction rabâchée par des générations de brutes pour fonder leur pouvoir sur leurs victimes. C’est facile d’être courageux quand on est sûr d’être le plus fort.

Curieusement, pour moi, ça serait plutôt la définition même de la lâcheté.

Comment en arrive-t-on là ? »

La suite de la réflexion à lire sur le blogue de Phylloscopus.

Sous un autre angle : “Parler de harcèlement sexuel ne peut être salutaire que si c’est suivi d’effets“. Interrogée par La Vie, la religieuse dominicaine Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), qui accompagne depuis longtemps des victimes d’abus sexuels estime que  « La prise en parole n’est pas salutaire en elle-même, elle ne l’est que si elle est suivie d’effets. C’est-à-dire, en premier lieu, une prise de conscience globale de la population sur ces méfaits ou ces crimes. Une sorte de révolte morale dans les transports en commun, dans les entreprises, dans la vie réelle. On peut aussi agir sur l’encadrement juridique. Mais la loi sera toujours insatisfaisante si elle n’est pas accompagnée d’un changement de comportement dans les relations humaines ».

Voir aussi : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/10/16/01016-20171016ARTFIG00299-le-hashtag-balancetonporc-pousse-des-hommes-a-s-interroger-sur-leur-attitude.php

 

 

« Chrétien » ou « crétin » ? Le pragmatisme : une « nouvelle (fausse) doctrine » ?

Avec cet autre enjeu : Face à une « urgence signalée » ou supposée, comment ne pas céder à la panique, à la désinformation et à la manipulation ?

« C’est vrai ! Quand vous parlez, la justice est muette. Fils des hommes, jugez-vous avec droiture ? »(Ps.58v2. TOB)

« De l’abondance du coeur, la bouche parle » (Matt.12v34)

Voici ce qui m’a été communiqué en début de semaine et qui m’a été présenté comme « une analyse claire, pragmatique et…spirituelle » ! Si « je suis d’accord », je suis « encouragé » à faire ce que l’auteur « préconise » et, bien sûr….. « à partager cet article à (tous) mes contacts ». Ce qui suit a été très difficile à écrire, d’autant plus que la personne qui m’a transmis cet article est une connaissance que j’estime.

De quoi s’agit-il exactement ? Voici un petit exercice de décryptage, sur la forme et le fond, avec une série de questions à vous poser pour affiner votre esprit critique. Prendre le temps de « jouer le jeu » vous permettra de « lever la tête » et de « respirer un peu » :

 Quel est ce texte que l’on communique ? D’où vient-il ? Qui en est l’auteur ? Est-il fiable, digne de confiance ? Pourquoi a-t-il été publié ? Pourquoi me le communique-t-on ?

Qui écrit et pourquoi ? Nicolas Ciarapica, ancien responsable du site Blogdei, nous explique, dans un article publié le 3 mars 2017 sur le site « Infochrétienne », « Pourquoi (il) estime qu’il est URGENT de prier pour que François Fillon reste en lice »(1).

Mais en vertu de quelle légitimité et de quelle autorité écrit-il ? Question importante, d’autant plus que l’auteur ne se contente pas d’exprimer une simple opinion (c’est son droit le plus strict) : il nous engage à le suivre dans son initiative, « un appel solennel aux chrétiens de France, ainsi qu’aux amis de la France », invitant à prier, non pas pour que la justice et la vérité éclatent, mais « pour que le candidat François Fillon reste en lice [coûte que coûte] – quelles que soient nos opinions politiques – et pour qu’il puisse poursuivre sa campagne en vue du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain ». Est-il « un leader spirituel » ayant autorité sur des millions de croyants ? A-t-il vocation à « rassembler » ainsi ?

Le texte est-il fiable, digne de confiance ? Puis-je le croire ? Faire ce qu’il m’est demandé de faire ? Pour le savoir, il convient de se questionner sur la nature de ce qui est publié et sur son contenu :

Ainsi, concernant l’article de Nicolas Ciarapica, il s’agit plus exactement, non d’une analyse(Étude minutieuse et précise, faite pour dégager les éléments qui constituent un ensemble, pour l’expliquer, l’éclairer et faisant appel à la raison), mais d’une tribune d’opinionexprimant une vision personnelle sur l’actualité. Il s’agit aussi d’un jugement : soit un énoncé persuasif, interprétatif, passionnel, s’adressant aux sens, aux émotions ou aux bas instincts (peur, désir, colère…) – et la Bible rappelle que « le cœur de l’homme est trompeur par dessus-tout » (Jer.17v9).

Le texte se veut « pragmatique ». Et même « pragmatique chrétien », de l’aveu même de l’auteur, mais ce n’est pas flatteur, comme nous le verrons plus loin.

Mais est-il « spirituel » ? Cela reste à voir, mais tout ce qui est « spirituel » ne vient pas que de Dieu. C’est pourquoi la première lettre de Jean nous invite à user de discernement et à éprouver les esprits(1 Jean 4v1). Quel est l’esprit de ce texte ? A qui invite-t-il d’aller ? Qui glorifie-t-il ? A noter que si l’auteur se base sur des médias tels que « Causeur », « Valeurs actuelles » ou « Dreuz », pour appuyer ses dires, son texte ne comprend pas une seule citation/référence biblique pour justifier si son action est « spirituelle » ou non.

Maintenant, passons au contenu de l’article en lui-même, lequel me pose plusieurs problèmes au regard de l’éthique biblique et même de l’éthique tout court.

D’abord, le mot « urgence » me fait tiquer, puisqu’il me pousse, avec une note alarmiste, à agir « vite », sans prendre le temps du discernement. Évidemment, nous sommes invités à « prier », de façon « urgente », certes, mais à prier. Où est le mal ? Or, si inviter à prier « c’est bien », encore faut-il savoir pour qui, pour quoi, et si c’est juste ou pertinent, et pour de bonnes raisons. « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions », nous prévient l’apôtre Jacques (4v3). Ce genre de questionnements est légitime, me semble-t-il. Parfois, quand nous n’ « obtenons pas » ce que nous demandons, il est plus sage et plus spirituel de ne pas s’obstiner, mais de chercher à (ré) ajuster notre demande, pour qu’elle soit conforme à la pensée de Dieu. Mais proclamer l’(état d’) urgence ne permet pas ce recul nécessaire.

Ensuite, l’article me paraît « pécher » par excès d’arguments et par diabolisation – tout serait « tout blanc, tout noir » – ou par exagération : il mêle les propos apologétiques, flatteurs (sur François Fillon, principalement : « le seul à… » ; sa femme Pénélope « l’émeut »), discriminants (« rêveurs gauchistes »). Il fait des rapprochements fallacieux ou tirés par les cheveux, des amalgames illicites  (il déclare ne pas « pouvoir non plus donner sa voix à Mme Le Pen », parce que son projet serait « socialiste. National socialiste plus exactement » ; ailleurs, il classe parmi « toutes les idées progressistes qui rongent la France depuis des années » « l’accueil de l’étranger », censé se « muer en invasion Islamique ») ; il use et abuse de généralisation/banalisation.

Il brandit l’argument dit « d’autorité », censé faire taire « toute critique » : le fait que « Sens commun » soit l’un des soutiens de François Fillon rendrait le soutien quasi-sacré, telle « une parole d’évangile », ou le fait que François Fillon se soit revendiqué des « valeurs chrétiennes », limitées à la lutte contre l’avortement(2).

De façon particulière, l’article pose problème, parce qu’il se permet de discréditer et de décrédibiliser de façon calomnieuse, et la justice, et les médias, en remettant en cause le travail et l’indépendance de l’un et l’autre. Jugeons plutôt :

« ….le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche et que François Fillon fait l’objet d’une « chasse aux sorcières » disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche (avoir comme de nombreux élus fait travailler des membres de sa famille) »….

 « …il est plus que douteux que la totalité des médias (l’immense majorité des journalistes est de Gauche) et des sondeurs se liguent contre un homme et mettent en avant un poulain (Emmanuel Macron) qui ne touchera pas aux ignobles lois mises en place par le Socialisme durant les 5 années terribles que nous venons de vivre »…..

Ceci dit avec des accents « apocalyptiques »…..

Plus sérieusement, l’auteur pêche sur deux autres points, en particulier :

Il met en doute la probité et l’indépendance de la justice, l’accusant d’être « manifestement au service (ou d’être « vendue à…?) de l’idéologie de gauche » ; il minore la gravité de l’accusation(forcément fausse), en la déformant, comme s’il savait de quoi il retourne, sans attendre les résultats de l’enquête en cours.

Infographie sur les médias : plutôt que de se demander s’ils sont « de gauche » ou « de droite », demandons-nous plutôt à qui ils appartiennent et pourquoi. Source : Le Monde Diplomatique/ACRIMED, janvier 2017

D’autre part, s’il convient de ne pas être naïf, en croyant que « tout serait vrai » sur internet ou dans les médias, il est un autre extrême à éviter : croire ou faire croire que « tout serait faux » et qu’il ne faudrait croire personne…sauf celui qui énonce cette « vérité », une croyance de nature à nourrir tous les fantasmes et autres délires complotistes.

Ensuite, l’auteur relaye des rumeurs, des « intox », sans prendre la peine de les vérifier : « J’ai appris », écrit-il, « que (Pénélope Fillon) aurait été hospitalisée en début de semaine », et de plaider pour « que M. Fillon et sa famille soient protégés des pressions publiques énormes qui poussent au divorce, au suicide, etc »…Or, ces histoires de « divorce », de « suicide », n’étaient que des rumeurs(3).

Plus grave encore : « parce que si les deux seuls candidats de Droite ou d’Extrême-droite sont accablés d’affaires judiciaires, les risques de frustration populaire et de troubles à l’ordre public sont considérables ». Si je comprends bien l’auteur de ces lignes, il serait donc légitime de faire pression sur la justice et de remettre en question son indépendance, en faisant entrave au bon déroulement d’une enquête, par peur de la foule ? Il conviendrait donc d’accepter ou de subir toutes les compromissions et d’agir…par pure « pragmatisme » ?

Or, que dit la Parole de Dieu ?

« Tu ne répandras point de faux bruit. Tu ne te joindras point au méchant pour faire un faux témoignage. Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice(…) Tu ne prononceras point de sentence inique, et tu ne feras point mourir l’innocent et le juste; car je n’absoudrai point le coupable » (Exode 23v1-2, 7 )

« Tu établiras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l’Eternel, ton Dieu, te donne, selon tes tribus; et ils jugeront le peuple avec justice. Tu ne porteras atteinte à aucun droit, tu n’auras point égard à l’apparence des personnes, et tu ne recevras point de présent, car les présents aveuglent les yeux des sages et corrompent les paroles des justes. Tu suivras ponctuellement la justice, afin que tu vives et que tu possèdes le pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne » (Deut.16v18-20).

« Mes frères, que votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus-Christ soit exempte de toute acception de personnes. Supposez, en effet, qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu; si, tournant vos regards vers celui qui porte l’habit magnifique, vous lui dites: Toi, assieds-toi ici à cette place d’honneur! et si vous dites au pauvre: Toi, tiens-toi là debout! ou bien: Assieds-toi au-dessous de mon marchepied! ne faites-vous pas en vous-mêmes une distinction, et ne jugez-vous pas sous l’inspiration de pensées mauvaises? Ecoutez, mes frères bien-aimés: Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment? Et vous, vous avilissez le pauvre! Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment, et qui vous traînent devant les tribunaux? Ne sont-ce pas eux qui outragent le beau nom que vous portez? Si vous accomplissez la loi royale, selon l’Ecriture: Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. Mais si vous faites acception de personnes, vous commettez un péché, vous êtes condamnés par la loi comme des transgresseurs. » (Jacq.2v1-9)

« L’amour ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt (…) il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité » (1 Cor.13v5-6)

 

Un mot maintenant sur « le pragmatisme » et plus précisément « le pragmatisme » dit « chrétien », qui est au cœur du sujetSerait-ce une nouvelle « doctrine » en vogue, dans les milieux évangéliques ? En réalité, le « pragmatisme », ce n’est pas « chrétien », c’est même « crétin ». C’est un sophisme postmoderne.

« Sophisme », du latin et du grec ancien « sophisma », signifie « habileté », « invention ingénieuse », « raisonnement trompeur ». Il se donne toutes les apparences de la « sagesse », d’autant plus qu’il est dérivé de « sophia », « sagesse », « savoir ».

Mais c’est là une « fausse sagesse », d’autant plus que « sophisme » rime avec « sottise ». Car les sophistes ne se soucient nullement de la vérité, contrairement aux véritables « amoureux de la sagesse ». Ils ne cherchent qu’à persuader leur auditoire quelle que soit la proposition à soutenir. Pour obtenir ce résultat, ils profitent donc des ambiguïtés du langage afin de produire des raisonnements en apparence solides, ayant l’apparence de la rigueur démonstrative, mais contenant en réalité un vice, volontaire ou non, permettant de provoquer l’adhésion de l’auditeur ». Avec cet esprit sophistique, le mal devient bien, le faux le vrai, le mensonge la vérité, l’esclavage la liberté, [la guerre la paix], le vice privé [ou l’égoïsme] la vertu, la corruption intégrité….

Il importe de les démasquer impérativement, car si la première bêtise n’est pas tout de suite réfutée et dénoncée pour ce qu’elle est – une bêtise – la porte est ouverte à toutes les autres qui peuvent alors s’agencer en autant de vrais systèmes bêtes qui paraissent très intelligents.

Et le pragmatisme est ce sophisme postmoderne qui dit « adieu à la vérité ». Il voit son avènement avec William James, à la fin du XIXe siècle. Pour ce dernier, « le vrai », qui « n’existe tout simplement pas », est « ce qui marche ». Cette attitude pragmatique (et relativiste) implique « qu’il n’y ait plus de « théorie », mais seulement de la « praxis », de l’action. Je ne peux donc voir ou concevoir aucune idée, mais seulement faire des expériences, des expériences infiniment multiples et variées. A noter que cette notion d’expérience, propre au pragmatisme, est au centre de la pensée de David Hume, ami d’Adam Smith et figure décisive du libéralisme anglais.

Or, l’on ne saurait avoir une bonne « orthopraxie » sans une bonne « orthodoxie »(4).

L’enjeu véritable n’est donc pas une question d’opinion (politique ou non) mais une question de justice et de vérité. Tient-on à la vérité et à la justice ? Ou à nos opinions ? A nos intérêts ?

Venons-en, maintenant, à ce qu’il me semble être les raisons fondamentales qui ont poussé Nicolas Ciarapica à écrire et publier cette tribune : Si j’ai bien lu et bien compris, par crainte de voir son candidat favori disqualifié et empêché de se présenter au premier tour de l’élection présidentielle, pour des raisons judiciaires, l’auteur nous explique, de façon plutôt maladroite, qu’il n’a pas pris le temps de consulter tous les programmes des candidats (pourtant connus depuis longtemps et librement consultables), en vue d’une élection présidentielle prochaine annoncée longtemps à l’avance. « Ils ont chacun un programme que je dois lire et sur lequel je dois me prononcer. On ne me demande rien d’autre [ce n’est déjà pas mal !] et ce n’est pas le moment de rêver à un autre candidat, fut-il chrétien : C’EST TROP TARD ! [ou trop dur de tout lire ?] Je peux y travailler, mais pour dans 5 ans ». Pourtant, « aujourd’hui », est le mot de Dieu…pourquoi attendre encore 5 ans, pour dire à nouveau « je peux y travailler, mais pour dans 5 ans », et ainsi de suite….? Et puisque l’on invoque souvent « l’excuse » de « l’imprévoyance » supposée des pauvres, pour expliquer la pauvreté et la précarité, l’imprévoyance manifeste de l’auteur explique la pauvreté de son raisonnement….Pourtant, il ne convient pas d’attendre « que les médias en parlent », pour s’intéresser à une élection (pas seulement présidentielle) et aux programmes des candidats. C’est le devoir de tout citoyen de s’informer.

Et, pressé par l’urgence (médiatique ?), le chantre « de la liberté » (de choix) se permet de réduire notre choix en nous disant clairement qui soutenir, à l’exclusion de tout autre (lequel « autre » est de toute façon ridiculisé ou diabolisé) : le « moins pire » des programmes (Ailleurs, dans la tribune, c’était « un programme cohérent ») et des candidats. Donc, pour lui, aujourd’hui c’est « Fillon ou rien ». Encore une fois, c’est son droit.

Mais cela devient problématique quand l’auteur de cette tribune nous pousse à brader nos convictions et à brader la justice et la vérité pour la compromission, sous prétexte de nous inviter « à prier ». Mais à prier pour quoi ? En espérant obtenir quoi ? Une « intervention providentielle » pour « sauver » son candidat, au mépris d’une procédure judiciaire en cours ? Peut-on imaginer une seconde que nous pouvons instrumentaliser Dieu, pour satisfaire nos ambitions personnelles ou nos plans les plus délirants ? Peut-on imaginer une seconde que Dieu cautionnerait l’injustice, l’iniquité et le mensonge ? Prier, ce n’est pas modifier le réel et le naturel, de façon surnaturelle, pour en tirer un bénéfice, au mépris de la justice et de la vérité. Rien n’est plus éloigné de cela que le surnaturel divin et les miracles du Christ.

« Dis à tout le peuple du pays et aux sacrificateurs: Quand vous avez jeûné et pleuré au cinquième et au septième mois, et cela depuis soixante-dix ans, est-ce pour moi que vous avez jeûné?(…)Ainsi parlait l’Eternel des armées: Rendez véritablement la justice, Et ayez l’un pour l’autre de la bonté et de la miséricorde. N’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, Et ne méditez pas l’un contre l’autre le mal dans vos cœurs »(Zach.7v5,9)

« Voici ce que vous devez faire: dites la vérité chacun à son prochain; jugez dans vos portes selon la vérité et en vue de la paix; que nul en son coeur ne pense le mal contre son prochain, et n’aimez pas le faux serment, car ce sont là toutes choses que je hais, dit l’Eternel ».(Zach.8v16-17)

Et peut-on instrumentaliser le peuple de Dieu, en le divisant en « peuple de droite », lequel s’opposerait à un « peuple de gauche » ? En nous demandant d’être dans un camp (le « bon » : celui des « amis de la France ») ou dans un autre ? (« Le camp du mal » ?) Il n’y a qu’un seul peuple de Dieu et Il se rassemble autour d’un seul nom, le seul nom qui sauve et qui unit : Jésus-Christ.

De qui se moque-t-on ? Ne nous laissons pas séduire.

Personnellement, pour paraphraser l’auteur, « je sens très clairement qu’on cherche à m’imposer un choix (même si l’on prétend le contraire) en faisant porter le débat sur des réactions émotionnelles », dans le style : « le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche »,  « c’est un complot socialo-communiste », « c’est truqué », « François Fillon fait l’objet d’une chasse aux sorcières disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche », « la majorité des journalistes sont de gauches(sic) », « cette élection va ENGAGER LE DESTIN DE NOTRE PAYS pendant les 5 prochaines années »[pas faux !], donc il n’y a personne d’autre comme messie politique pour sauver notre pays….etc…

C’est là une technique classique pour nous pousser dans les bras de démagogues ou d’ « hommes forts », dits « providentiels », de nouveaux « messies politiques »(5).

Voici, d’après ce que je comprends de l’Ecriture, ce qui doit animer le chrétien et ce qui doit le pousser à agir : Ephésiens 5v8-9 ; Ps.40v9 ; Prov.31v8-9  ; 1 Jean 1v7  ; 1 Jean 2v6 , sont autant de passages qui nous invitent, en tant que chrétiens, à « marcher dans la vérité, la lumière », « dire la justice », et à « produire le fruit de la lumière », soit marcher comme Jésus a marché lui-même.

Alors, « prions », oui. Pour que se manifestent la vérité, la sagesse et la justice, condition pour une paix véritable. La paix n’est pas la compromission. La paix est l’établissement de ce qui est bon.

Et l’Évangile ne saurait être annoncé, affirmé, « en toute tranquillité », sur la base de la compromission, au mépris de la justice et la vérité.

Soyons exigeants : prions pour de bons candidats à l’élection présidentielle (ou à toute autre élection nationale, locale, municipale) véritablement « honnêtes et droits, ne cédant pas aux idéologies politiques et religieuses mais soutiennent la liberté, la justice et vise uniquement le bien public ». Sachant que le Président de la République n’est pas celui « qui siffle la justice » avec mépris comme on sifflerait « La Marseillaise » dans un stade, mais qui est le garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire (art. 64 de la constitution française). Prions pour de bons candidats, qui ne remettront en question, ni l’intégrité/indépendance de la justice, ni celle de la presse à des fins démagogiques. Car personne ne nous fera confondre « information » avec « communication » ou « publicité »….

 

 

Notes : 

1)Les faits, le contexte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Penelope_Fillon ;  http://www.voxe.org/emploi-fictif-detournement-fonds-recel/ 

2) A la question « François Fillon est-il vraiment chrétien ? » le site « 1001questions.fr » animé par des pasteurs et théologiens protestants, du courant des « Attestants » répond ceci : « Il est toujours très difficile et délicat de se prononcer sur la foi de quelqu’un. Cependant les écritures nous donnent certains critères de jugement;  j’en retiens deux: la confession de la bouche (Matthieu 10: 32). Mais ce critère n’est pas suffisant, s’il ne s’accompagne pas des actes (Matthieu 7: 21).

Sinon, sur ses positions et votes, sur le plan de « l’éthique privée », le candidat Fillon a fait en réalité peu de concessions à « Sens commun » : s’il s’est déclaré personnellement hostile à l’IVG, il a assuré ne pas vouloir remettre en cause ce droit ; et s’il a toujours assumé son opposition au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe, il ne souhaite pas non plus remettre en cause la légalisation du « mariage pour tous ». Sur le plan économique et social, d’inspiration « Thatchérienne », comme me l’a expliqué un abonné à notre blogue, chercheur en géopolitique, « Fillon est un libéral qui veut mener une politique axée sur l’offre qui dégonfle le poids de l’État dans l’économie, diminue la pression fiscale sur le patronat et les grandes entreprises qu’il compense avec la taxation indirecte (TVA) et la flexibilité du travail, lesquelles n’améliorent pas le pouvoir d’achat des ménages, consacrent la précarisation de l’emploi (en visant moins de chômeurs mais plus de travailleurs pauvres) ni ne protègent assez les travailleurs des catégories populaires contre les licenciements abusifs. Sa base électorale est restreinte puisqu’il a visé durant les primaires de la droite et du centre les seniors de la bourgeoisie d’affaire et les CSP+ ». D’autre part, le même internaute précise que, « en rupture avec le gaullisme social », Fillon est aussi « un européiste qui prend opportunément une posture gaullienne et défend des idées chrétiennes conservatrices (“la marche pour tous”) ». Sauf qu’ « il a négligé pour l’instant le volet social, pourtant décisif pour espérer l’emporter en 2017, et qu’une partie de son électorat catholique, en théorie attaché aux valeurs de partage et de justice, a, semble-t-il, curieusement – et l’on peut espérer momentanément – perdu de vue ». Signalons enfin que le candidat Fillon souhaite « supprimer de notre Constitution » le principe de précaution (pourtant intégré en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement) estimé « dévoyé et arbitraire », pour mieux, selon lui « emprunter les voies de l’innovation et du progrès scientifique, ne pas renoncer aux projets d’avenir au nom du principe de précaution, qui sert aujourd’hui de prétexte à l’inaction ».

3) Révéler le faux suicide d’une personne est certes une faute très grave pour un média, sauf que si l’on prend la peine de vérifier, aucune télévision n’a fait de telles déclarations : http://www.lci.fr/elections/penelope-fillon-francoi-parle-enfin-jdd-pour-mettre-un-terme-aux-folles-rumeurs-et-a-demande-a-son-mari-d-aller-jusqu-au-bout-2028118.html ; http://www.lci.fr/elections/suicide-penelope-fillon-chaines-tele-mais-de-quoi-parle-francois-fillon-2028212.html

4) Voir notre article : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/07/01/dans-quelles-mesures-avez-vous-adopte-ces-sophismes-postmodernes/

5)  La “fascination pour l’homme fort” se perçoit dans les choix actuels des peuples (le Brexit, l’élection de Donald Trump, la victoire aux primaires de F. Fillon). Et chez Nicolas Ciarapica ? En 2012, il appelait à voter Nicolas Sarkozy, « le candidat des valeurs chrétiennes », sur son site « Blogdei ». Plus récemment, à l’annonce de l’élection de Donald Trump, il se fend d’un billet délirant, aux accents « messianiques », sur infochrétienne.

 

 

 

Ton christianisme est-il « sentimental » ?

Grande et grave question, qui revient régulièrement, dès qu’il s’agit de parler des relations dites « fraternelles », dans un contexte d’église, ou dès qu’il s’agit de se prononcer, par exemple, sur les actions (estimées « controversées ») de telle personnalité politique (chef d’état, candidat à une élection, élu national ou local…) :

En gros, puis-je dire à mon frère qu’il a péché ? Et « si mon frère a péché », suis-je légitime pour le reprendre ? (Matt.18v15). N’est-ce pas se mêler des affaires d’autrui ? Ne serait-ce pas faire preuve d’orgueil spirituel que de vouloir jouer les « redresseurs de tort » ? Qui suis-je, pour juger les autres ? Et d’ailleurs, pourquoi juger quelqu’un, par exemple, tel homme politique mis en cause pour ses actions publiques ?

Comme je l’ai lu ailleurs sur la toile, sous prétexte « que nous ne les connaissons pas et nous connaissons encore moins ce qu’il y a dans leur cœur », nous devrions, d’après la Bible, « aimer tous les hommes et de ne (surtout) pas les juger ».

Alors, certes, concernant le refus du jugement, je rejoins à 100 %  toute préoccupation de ne pas tomber dans un (pseudo)christianisme de condamnation et d’exclusion. Évidemment, un seul est juge (Dieu), comme un seul est sauveur (Christ) et un seul convainc(le Saint-Esprit). Je comprends aussi que lorsque Jésus nous demande « de ne pas juger » et « de ne pas condamner »(Matt.7v1-5, Luc 6v37) il nous met en garde contre une tendance à condamner les autres du haut de notre (supposée) perfection, dans le style « plus saint que moi tu meurs ».
Cependant, dans un autre passage, en Jean 7v24, si Jésus nous invite à « ne pas juger selon l’apparence », il nous invite aussi à « juger justement », « selon la justice ». Il nous demande donc bien de « juger » ! Plus exactement, de « jauger » ou « d’évaluer » le réel de ce que nos frères/soeurs vivent (et non à fuir le réel).

Je serai donc « la sentinelle de mon frère », « le gardien de mon frère » ? Bien sûr. Jacques 5v19-20 dit encore que « si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

Et voici encore ce passage d’Ezéchiel 33v7-8, qui ne manque jamais de nous faire frémir : « Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang ».

Ailleurs, la Bible nous exhorte également au discernement et nous donnent des exemples d’interpellations des puissants (ainsi « responsabilisés »), surtout quand ils se montrent injustes : voir les exemples des prophètes dans l’Ancien Testament (Amos ; Malachie 3v5, Jérémie, Esaïe, Dan.4v27…), du livre des Proverbes (Prov.31v8-9) ou de l’apôtre Jacques, dans le Nouveau Testament, et même l’évangile selon Luc. Le rôle de tout responsable n’est-il pas de proclamer (et non pas de « chuchoter »)la justice de Dieu, au sein de la grande assemblée ? (Ps.40v9-10) Dieu cautionne-t-il l’injustice ? Voici ce qu’il déteste et ce qui l’indigne : Zacharie 7v8-12, 8v16-18.

Ceci dit, « sans prétention » et « sans fausse humilité », nous n’avons certes pas à nous comparer mais simplement à réaliser ce qui risque de nous arriver indirectement, car nous sommes un corps (le corps de Christ – nous pensons aussi au « corps social ») et pas une somme d’individus isolés. Comme nous le savons, dans tout corps physique, un organe en amont du système circulatoire perçoit les toxines qu’un autre organe malade produit et qui sont déversés dans le sang. Il se sent concerné et se prépare donc à lutter, car la maladie de l’organe en aval peut devenir la sienne. De même, au sein du corps de Christ, l’Eglise, nous devons « jauger », avec compassion mais aussi précision et vérité ce qui se passe chez nos frères/soeurs, afin de pouvoir être nous-mêmes guéris par leur guérison.

Se « corriger fraternellement », selon Matt.18v15 et ss, est donc une bénédiction, à condition d’être très au clair sur ce qui vient « gangréner » le corps de Christ, sans faire une classification des péchés, qui irait du « plus abominable » au « plus anodin »(selon nous et non selon Dieu, cf Deut.18v9-12, 17v1-4, 7v26….et 1 Cor.6v9-10, Eph.5v4-5….), ou sans faire de distinction entre les hommes (« arrangeants » ou « bienveillants » envers les puissants, « impitoyables » envers les plus  faibles/les plus pauvres).

Bref, nous avons à rejeter tout autant le pseudo christianisme légaliste de condamnation/d’exclusion et le pseudo christianisme dit « sentimental », pour affirmer le véritable christianisme biblique centré sur la compassion, la vérité, la guérison et la libération.
Au sujet du « christianisme sentimental », celui-ci, loin de toute lucidité et vérité, promeut un amour douçâtre, « rose bonbon », en prenant les gens dans le sens du poil. Il est une fuite, en refusant de voir et de nommer le « problème », alors que la situation est en réalité « problématique », et maintient le pécheur dans son péché. Prov.17v15 est pourtant très clair à ce sujet, et la problématique peut être étendue à d’autres domaines « non ecclesiaux », comme ceux, par exemple, relatifs à notre société dite démocratique.
Certes, nous avons à fuir certaines choses, selon la Parole : l’idolâtrie, la fornication(ou la débauche), les discussions vaines….mais pas le réel ! Et nous avons à rechercher « la justice, la foi, l’amour, la paix »(1 Tim.1v5, 14), caractéristiques du Dieu trinitaire auquel nous sommes censés appartenir. Et puisque « Dieu est lumière »(1 Jean 1v5), ses enfants (1 Jean3v1) produisent normalement « le fruit de la lumière » : « bonté, justice et vérité » (Eph.5v8-9)

Ne craignons donc pas de reconnaître et de dire notre propre péché et celui des autres, pour vivre sur un fondement de vérité. Mais à la condition de le dire avec amour, sans juger. Et certainement pas pour condamner en se plaçant plus du côté de ceux qui sont prompts à « jeter la pierre » (cf Jean 8v1-11) que du côté de Jésus, ou en se plaçant du côté du « moraliste » par un « va et ne pêche plus », oubliant ce qui précède : « je ne te condamne pas non plus »(v11).

 

 

 

Inspi : Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : mener le bon combat(T.2). Ed. Première Partie, 2011.

[Prochain billet : mercredi prochain]

« Le père des orphelins, le défenseur des veuves, C’est Dieu dans sa demeure sainte » : études de 2 Rois 4v1-7 et 2 Rois 8v1-6

Lucky Luke. Jesse James, par Morris http://www.bangbangluckyluke.com/les_dossiers/analyse_une_bd_lucky_luke.php

Lucky Luke, « le défenseur de la veuve et de l’orphelin ». Un pâle reflet de ce qu’est Dieu, le « vrai justicier ». Planche de l’album « Jesse James », par Morris

« Une femme d’entre les femmes des fils des prophètes cria à Elisée, en disant: Ton serviteur mon mari est mort, et tu sais que ton serviteur craignait l’Eternel; or le créancier est venu pour prendre mes deux enfants et en faire ses esclaves ». (2 Rois 4v1)

Une femme s’approche d’Elisée et « crie » au prophète. Il s’agit d’une veuve, d’un des « fils des prophètes » décédé. Un homme « craignant Dieu », témoigne la femme…mais endetté. Elle est aussi une mère, mais le créancier s’apprête[« il est route pour »] à prendre tout ce qui reste à la femme, soit ses deux enfants, pour en faire ses esclaves.

Le créancier n’avait sans doute pas lu Lévitique 25v35-42, qui précise que « si ton frère devient pauvre et qu’il manque de ressources près de toi, tu le soutiendras, même s’il s’agit d’un étranger ou d’un immigré, afin qu’il vive avec toi. Tu ne tireras de lui ni intérêt ni profit, tu craindras ton Dieu et ton frère vivra avec toi. Tu ne lui prêteras pas ton argent à intérêt et tu ne lui prêteras pas ta nourriture pour en tirer un profit. Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui vous ai fait sortir d’Egypte pour vous donner le pays de Canaan, pour être votre Dieu(…) En effet, ils sont mes serviteurs, ceux que j’ai fait sortir d’Egypte; on ne les vendra pas comme on vend des esclaves ». On ne vendra pas son prochain israélite adulte comme esclave, et encore moins si c’est un enfant.

Le cri de la veuve est une prière. Que répondra le prophète ? Quelle sera la réponse la plus appropriée à une situation de détresse, et, surtout, la plus libératrice ?

  1. Ton mari n’aurait pas dû s’endetter ! Ne connaissait-il pas « les principes de bonne gestion » et ce que signifie « être responsable » ?
  2. Je te propose un prêt, mais avec un tutorat en échange
  3. Que puis-je pour toi ? Qu’as-tu chez toi ?

Bien entendu, la bonne réponse est la réponse 3. qui correspond au v2 de 2 Rois 4. C’est une parole de vie, et non culpabilisante ou infantilisante, qui encourage à considérer les ressources à disposition, même si cela peut paraître « rien du tout »(v2).

Et le « rien du tout » de la veuve « n’est qu’un vase d’huile »(v2). Mais c’est suffisant pour Dieu, comme les cinq pains et les deux poissons d’un petit garçon étaient suffisants pour Jésus, pour nourrir 5000 personnes. Et Elisée dit: « Va demander au dehors des vases chez tous tes voisins, des vases vides, et n’en demande pas un petit nombre. Quand tu seras rentrée, tu fermeras la porte sur toi et sur tes enfants; tu verseras dans tous ces vases, et tu mettras de côté ceux qui seront pleins »(vv3-4). La suite nous dit que la femme obéit en tous points à ce que lui dit Elisée. On remarquera une richesse particulière de la femme, outre sa foi en Dieu : ses bonnes relations avec son voisinage, ce qui lui a permis d’obtenir des vases en grand nombre. « Elle ferma la porte sur elle et sur ses enfants »(v5). Elisée n’est pas présent, mais un véritable « travail d’équipe » s’opère dans cette famille, avec une interaction entre la mère et les enfants. Ces derniers, qui ne sont plus vus « comme un problème », « lui présentaient les vases, et elle versait. Lorsque les vases furent pleins, elle dit à son fils: Présente-moi encore un vase. Mais il lui répondit: Il n’y a plus de vase. Et l’huile s’arrêta.  Elle alla le rapporter à l’homme de Dieu, et il dit: Va vendre l’huile, et paie ta dette; et tu vivras, toi et tes fils, de ce qui restera »(vv6-7).

A la fin, la dette est comblée grâce à l’huile et il y a un surplus (Comparer avec Luc 9v16-17). Le « tu vivras, toi et tes fils », qui contraste avec le terrible v1 (« mon mari est mort » et « mes enfants vont être pris comme esclaves »), rappelle le « Mais en ce jour je te délivrerai, dit l’Eternel, et tu ne seras pas livré entre les mains des hommes que tu crains. Je te sauverai, et tu ne tomberas pas sous l’épée; ta vie sera ton butin, parce que tu as eu confiance en moi, dit l’Eternel », adressé par Jérémie à l’éthiopien Ebed-Melek, l’éthiopien, qui l’avait sorti de la fosse (Jer.39v17-18).

La veuve a donc eu cette « audace de la foi » pour « crier » au « père des orphelins, le défenseur des veuves », qui est « Dieu dans sa demeure sainte » (Psaume 68v5)

D’autant plus que Dieu commande de ne pas « affliger la veuve, ni l’orphelin. Si tu les affliges, et qu’ils viennent à moi, j’entendrai leurs cris; ma colère s’enflammera, et je vous détruirai par l’épée », dit l’Eternel (Ex.22v22-24), le justicier par excellence.

« Car l’Eternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve… » (Deut.10v17-18).

Dans un autre passage(2 Rois 8v1-6), on retrouve la sunamite de 2 Rois 4v8-9 et ss, devenue veuve avec un enfant, qui, au retour d’une absence de sept ans pour cause de famine, se retrouve dépossédée  de sa maison et de son champ. Plutôt que de faire sienne cette idéologie comme quoi « l’Etat ne (serait) pas la solution, mais le problème », elle va « implorer le roi »(v2), comme la première veuve avait « crié » au prophète. Et elle a raison, puisque le roi est censé « ouvrir sa bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés », « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent » (Prov.31v8-9). Mais aussi écrire pour lui une copie de la loi(cf Deut.17v18), laquelle enseigne sur Dieu ce qui précède plus haut !

Et le roi n’a pas besoin « de revoir sa copie », puisqu’à la fin du récit, il fait justice à la femme, ordonnant qu’on lui restitue tout ce qui lui appartient, « avec tous les revenus du champ », soit sept ans de revenus !(2 Rois 8v6)