« Chrétien » ou « crétin » ? Le pragmatisme : une « nouvelle (fausse) doctrine » ?

Avec cet autre enjeu : Face à une « urgence signalée » ou supposée, comment ne pas céder à la panique, à la désinformation et à la manipulation ?

« C’est vrai ! Quand vous parlez, la justice est muette. Fils des hommes, jugez-vous avec droiture ? »(Ps.58v2. TOB)

« De l’abondance du coeur, la bouche parle » (Matt.12v34)

Voici ce qui m’a été communiqué en début de semaine et qui m’a été présenté comme « une analyse claire, pragmatique et…spirituelle » ! Si « je suis d’accord », je suis « encouragé » à faire ce que l’auteur « préconise » et, bien sûr….. « à partager cet article à (tous) mes contacts ». Ce qui suit a été très difficile à écrire, d’autant plus que la personne qui m’a transmis cet article est une connaissance que j’estime.

De quoi s’agit-il exactement ? Voici un petit exercice de décryptage, sur la forme et le fond, avec une série de questions à vous poser pour affiner votre esprit critique. Prendre le temps de « jouer le jeu » vous permettra de « lever la tête » et de « respirer un peu » :

 Quel est ce texte que l’on communique ? D’où vient-il ? Qui en est l’auteur ? Est-il fiable, digne de confiance ? Pourquoi a-t-il été publié ? Pourquoi me le communique-t-on ?

Qui écrit et pourquoi ? Nicolas Ciarapica, ancien responsable du site Blogdei, nous explique, dans un article publié le 3 mars 2017 sur le site « Infochrétienne », « Pourquoi (il) estime qu’il est URGENT de prier pour que François Fillon reste en lice »(1).

Mais en vertu de quelle légitimité et de quelle autorité écrit-il ? Question importante, d’autant plus que l’auteur ne se contente pas d’exprimer une simple opinion (c’est son droit le plus strict) : il nous engage à le suivre dans son initiative, « un appel solennel aux chrétiens de France, ainsi qu’aux amis de la France », invitant à prier, non pas pour que la justice et la vérité éclatent, mais « pour que le candidat François Fillon reste en lice [coûte que coûte] – quelles que soient nos opinions politiques – et pour qu’il puisse poursuivre sa campagne en vue du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain ». Est-il « un leader spirituel » ayant autorité sur des millions de croyants ? A-t-il vocation à « rassembler » ainsi ?

Le texte est-il fiable, digne de confiance ? Puis-je le croire ? Faire ce qu’il m’est demandé de faire ? Pour le savoir, il convient de se questionner sur la nature de ce qui est publié et sur son contenu :

Ainsi, concernant l’article de Nicolas Ciarapica, il s’agit plus exactement, non d’une analyse(Étude minutieuse et précise, faite pour dégager les éléments qui constituent un ensemble, pour l’expliquer, l’éclairer et faisant appel à la raison), mais d’une tribune d’opinionexprimant une vision personnelle sur l’actualité. Il s’agit aussi d’un jugement : soit un énoncé persuasif, interprétatif, passionnel, s’adressant aux sens, aux émotions ou aux bas instincts (peur, désir, colère…) – et la Bible rappelle que « le cœur de l’homme est trompeur par dessus-tout » (Jer.17v9).

Le texte se veut « pragmatique ». Et même « pragmatique chrétien », de l’aveu même de l’auteur, mais ce n’est pas flatteur, comme nous le verrons plus loin.

Mais est-il « spirituel » ? Cela reste à voir, mais tout ce qui est « spirituel » ne vient pas que de Dieu. C’est pourquoi la première lettre de Jean nous invite à user de discernement et à éprouver les esprits(1 Jean 4v1). Quel est l’esprit de ce texte ? A qui invite-t-il d’aller ? Qui glorifie-t-il ? A noter que si l’auteur se base sur des médias tels que « Causeur », « Valeurs actuelles » ou « Dreuz », pour appuyer ses dires, son texte ne comprend pas une seule citation/référence biblique pour justifier si son action est « spirituelle » ou non.

Maintenant, passons au contenu de l’article en lui-même, lequel me pose plusieurs problèmes au regard de l’éthique biblique et même de l’éthique tout court.

D’abord, le mot « urgence » me fait tiquer, puisqu’il me pousse, avec une note alarmiste, à agir « vite », sans prendre le temps du discernement. Évidemment, nous sommes invités à « prier », de façon « urgente », certes, mais à prier. Où est le mal ? Or, si inviter à prier « c’est bien », encore faut-il savoir pour qui, pour quoi, et si c’est juste ou pertinent, et pour de bonnes raisons. « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions », nous prévient l’apôtre Jacques (4v3). Ce genre de questionnements est légitime, me semble-t-il. Parfois, quand nous n’ « obtenons pas » ce que nous demandons, il est plus sage et plus spirituel de ne pas s’obstiner, mais de chercher à (ré) ajuster notre demande, pour qu’elle soit conforme à la pensée de Dieu. Mais proclamer l’(état d’) urgence ne permet pas ce recul nécessaire.

Ensuite, l’article me paraît « pécher » par excès d’arguments et par diabolisation – tout serait « tout blanc, tout noir » – ou par exagération : il mêle les propos apologétiques, flatteurs (sur François Fillon, principalement : « le seul à… » ; sa femme Pénélope « l’émeut »), discriminants (« rêveurs gauchistes »). Il fait des rapprochements fallacieux ou tirés par les cheveux, des amalgames illicites  (il déclare ne pas « pouvoir non plus donner sa voix à Mme Le Pen », parce que son projet serait « socialiste. National socialiste plus exactement » ; ailleurs, il classe parmi « toutes les idées progressistes qui rongent la France depuis des années » « l’accueil de l’étranger », censé se « muer en invasion Islamique ») ; il use et abuse de généralisation/banalisation.

Il brandit l’argument dit « d’autorité », censé faire taire « toute critique » : le fait que « Sens commun » soit l’un des soutiens de François Fillon rendrait le soutien quasi-sacré, telle « une parole d’évangile », ou le fait que François Fillon se soit revendiqué des « valeurs chrétiennes », limitées à la lutte contre l’avortement(2).

De façon particulière, l’article pose problème, parce qu’il se permet de discréditer et de décrédibiliser de façon calomnieuse, et la justice, et les médias, en remettant en cause le travail et l’indépendance de l’un et l’autre. Jugeons plutôt :

« ….le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche et que François Fillon fait l’objet d’une « chasse aux sorcières » disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche (avoir comme de nombreux élus fait travailler des membres de sa famille) »….

 « …il est plus que douteux que la totalité des médias (l’immense majorité des journalistes est de Gauche) et des sondeurs se liguent contre un homme et mettent en avant un poulain (Emmanuel Macron) qui ne touchera pas aux ignobles lois mises en place par le Socialisme durant les 5 années terribles que nous venons de vivre »…..

Ceci dit avec des accents « apocalyptiques »…..

Plus sérieusement, l’auteur pêche sur deux autres points, en particulier :

Il met en doute la probité et l’indépendance de la justice, l’accusant d’être « manifestement au service (ou d’être « vendue à…?) de l’idéologie de gauche » ; il minore la gravité de l’accusation(forcément fausse), en la déformant, comme s’il savait de quoi il retourne, sans attendre les résultats de l’enquête en cours.

Infographie sur les médias : plutôt que de se demander s’ils sont « de gauche » ou « de droite », demandons-nous plutôt à qui ils appartiennent et pourquoi. Source : Le Monde Diplomatique/ACRIMED, janvier 2017

D’autre part, s’il convient de ne pas être naïf, en croyant que « tout serait vrai » sur internet ou dans les médias, il est un autre extrême à éviter : croire ou faire croire que « tout serait faux » et qu’il ne faudrait croire personne…sauf celui qui énonce cette « vérité », une croyance de nature à nourrir tous les fantasmes et autres délires complotistes.

Ensuite, l’auteur relaye des rumeurs, des « intox », sans prendre la peine de les vérifier : « J’ai appris », écrit-il, « que (Pénélope Fillon) aurait été hospitalisée en début de semaine », et de plaider pour « que M. Fillon et sa famille soient protégés des pressions publiques énormes qui poussent au divorce, au suicide, etc »…Or, ces histoires de « divorce », de « suicide », n’étaient que des rumeurs(3).

Plus grave encore : « parce que si les deux seuls candidats de Droite ou d’Extrême-droite sont accablés d’affaires judiciaires, les risques de frustration populaire et de troubles à l’ordre public sont considérables ». Si je comprends bien l’auteur de ces lignes, il serait donc légitime de faire pression sur la justice et de remettre en question son indépendance, en faisant entrave au bon déroulement d’une enquête, par peur de la foule ? Il conviendrait donc d’accepter ou de subir toutes les compromissions et d’agir…par pure « pragmatisme » ?

Or, que dit la Parole de Dieu ?

« Tu ne répandras point de faux bruit. Tu ne te joindras point au méchant pour faire un faux témoignage. Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice(…) Tu ne prononceras point de sentence inique, et tu ne feras point mourir l’innocent et le juste; car je n’absoudrai point le coupable » (Exode 23v1-2, 7 )

« Tu établiras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l’Eternel, ton Dieu, te donne, selon tes tribus; et ils jugeront le peuple avec justice. Tu ne porteras atteinte à aucun droit, tu n’auras point égard à l’apparence des personnes, et tu ne recevras point de présent, car les présents aveuglent les yeux des sages et corrompent les paroles des justes. Tu suivras ponctuellement la justice, afin que tu vives et que tu possèdes le pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne » (Deut.16v18-20).

« Mes frères, que votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus-Christ soit exempte de toute acception de personnes. Supposez, en effet, qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu; si, tournant vos regards vers celui qui porte l’habit magnifique, vous lui dites: Toi, assieds-toi ici à cette place d’honneur! et si vous dites au pauvre: Toi, tiens-toi là debout! ou bien: Assieds-toi au-dessous de mon marchepied! ne faites-vous pas en vous-mêmes une distinction, et ne jugez-vous pas sous l’inspiration de pensées mauvaises? Ecoutez, mes frères bien-aimés: Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment? Et vous, vous avilissez le pauvre! Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment, et qui vous traînent devant les tribunaux? Ne sont-ce pas eux qui outragent le beau nom que vous portez? Si vous accomplissez la loi royale, selon l’Ecriture: Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. Mais si vous faites acception de personnes, vous commettez un péché, vous êtes condamnés par la loi comme des transgresseurs. » (Jacq.2v1-9)

« L’amour ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt (…) il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité » (1 Cor.13v5-6)

 

Un mot maintenant sur « le pragmatisme » et plus précisément « le pragmatisme » dit « chrétien », qui est au cœur du sujetSerait-ce une nouvelle « doctrine » en vogue, dans les milieux évangéliques ? En réalité, le « pragmatisme », ce n’est pas « chrétien », c’est même « crétin ». C’est un sophisme postmoderne.

« Sophisme », du latin et du grec ancien « sophisma », signifie « habileté », « invention ingénieuse », « raisonnement trompeur ». Il se donne toutes les apparences de la « sagesse », d’autant plus qu’il est dérivé de « sophia », « sagesse », « savoir ».

Mais c’est là une « fausse sagesse », d’autant plus que « sophisme » rime avec « sottise ». Car les sophistes ne se soucient nullement de la vérité, contrairement aux véritables « amoureux de la sagesse ». Ils ne cherchent qu’à persuader leur auditoire quelle que soit la proposition à soutenir. Pour obtenir ce résultat, ils profitent donc des ambiguïtés du langage afin de produire des raisonnements en apparence solides, ayant l’apparence de la rigueur démonstrative, mais contenant en réalité un vice, volontaire ou non, permettant de provoquer l’adhésion de l’auditeur ». Avec cet esprit sophistique, le mal devient bien, le faux le vrai, le mensonge la vérité, l’esclavage la liberté, [la guerre la paix], le vice privé [ou l’égoïsme] la vertu, la corruption intégrité….

Il importe de les démasquer impérativement, car si la première bêtise n’est pas tout de suite réfutée et dénoncée pour ce qu’elle est – une bêtise – la porte est ouverte à toutes les autres qui peuvent alors s’agencer en autant de vrais systèmes bêtes qui paraissent très intelligents.

Et le pragmatisme est ce sophisme postmoderne qui dit « adieu à la vérité ». Il voit son avènement avec William James, à la fin du XIXe siècle. Pour ce dernier, « le vrai », qui « n’existe tout simplement pas », est « ce qui marche ». Cette attitude pragmatique (et relativiste) implique « qu’il n’y ait plus de « théorie », mais seulement de la « praxis », de l’action. Je ne peux donc voir ou concevoir aucune idée, mais seulement faire des expériences, des expériences infiniment multiples et variées. A noter que cette notion d’expérience, propre au pragmatisme, est au centre de la pensée de David Hume, ami d’Adam Smith et figure décisive du libéralisme anglais.

Or, l’on ne saurait avoir une bonne « orthopraxie » sans une bonne « orthodoxie »(4).

L’enjeu véritable n’est donc pas une question d’opinion (politique ou non) mais une question de justice et de vérité. Tient-on à la vérité et à la justice ? Ou à nos opinions ? A nos intérêts ?

Venons-en, maintenant, à ce qu’il me semble être les raisons fondamentales qui ont poussé Nicolas Ciarapica à écrire et publier cette tribune : Si j’ai bien lu et bien compris, par crainte de voir son candidat favori disqualifié et empêché de se présenter au premier tour de l’élection présidentielle, pour des raisons judiciaires, l’auteur nous explique, de façon plutôt maladroite, qu’il n’a pas pris le temps de consulter tous les programmes des candidats (pourtant connus depuis longtemps et librement consultables), en vue d’une élection présidentielle prochaine annoncée longtemps à l’avance. « Ils ont chacun un programme que je dois lire et sur lequel je dois me prononcer. On ne me demande rien d’autre [ce n’est déjà pas mal !] et ce n’est pas le moment de rêver à un autre candidat, fut-il chrétien : C’EST TROP TARD ! [ou trop dur de tout lire ?] Je peux y travailler, mais pour dans 5 ans ». Pourtant, « aujourd’hui », est le mot de Dieu…pourquoi attendre encore 5 ans, pour dire à nouveau « je peux y travailler, mais pour dans 5 ans », et ainsi de suite….? Et puisque l’on invoque souvent « l’excuse » de « l’imprévoyance » supposée des pauvres, pour expliquer la pauvreté et la précarité, l’imprévoyance manifeste de l’auteur explique la pauvreté de son raisonnement….Pourtant, il ne convient pas d’attendre « que les médias en parlent », pour s’intéresser à une élection (pas seulement présidentielle) et aux programmes des candidats. C’est le devoir de tout citoyen de s’informer.

Et, pressé par l’urgence (médiatique ?), le chantre « de la liberté » (de choix) se permet de réduire notre choix en nous disant clairement qui soutenir, à l’exclusion de tout autre (lequel « autre » est de toute façon ridiculisé ou diabolisé) : le « moins pire » des programmes (Ailleurs, dans la tribune, c’était « un programme cohérent ») et des candidats. Donc, pour lui, aujourd’hui c’est « Fillon ou rien ». Encore une fois, c’est son droit.

Mais cela devient problématique quand l’auteur de cette tribune nous pousse à brader nos convictions et à brader la justice et la vérité pour la compromission, sous prétexte de nous inviter « à prier ». Mais à prier pour quoi ? En espérant obtenir quoi ? Une « intervention providentielle » pour « sauver » son candidat, au mépris d’une procédure judiciaire en cours ? Peut-on imaginer une seconde que nous pouvons instrumentaliser Dieu, pour satisfaire nos ambitions personnelles ou nos plans les plus délirants ? Peut-on imaginer une seconde que Dieu cautionnerait l’injustice, l’iniquité et le mensonge ? Prier, ce n’est pas modifier le réel et le naturel, de façon surnaturelle, pour en tirer un bénéfice, au mépris de la justice et de la vérité. Rien n’est plus éloigné de cela que le surnaturel divin et les miracles du Christ.

« Dis à tout le peuple du pays et aux sacrificateurs: Quand vous avez jeûné et pleuré au cinquième et au septième mois, et cela depuis soixante-dix ans, est-ce pour moi que vous avez jeûné?(…)Ainsi parlait l’Eternel des armées: Rendez véritablement la justice, Et ayez l’un pour l’autre de la bonté et de la miséricorde. N’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, Et ne méditez pas l’un contre l’autre le mal dans vos cœurs »(Zach.7v5,9)

« Voici ce que vous devez faire: dites la vérité chacun à son prochain; jugez dans vos portes selon la vérité et en vue de la paix; que nul en son coeur ne pense le mal contre son prochain, et n’aimez pas le faux serment, car ce sont là toutes choses que je hais, dit l’Eternel ».(Zach.8v16-17)

Et peut-on instrumentaliser le peuple de Dieu, en le divisant en « peuple de droite », lequel s’opposerait à un « peuple de gauche » ? En nous demandant d’être dans un camp (le « bon » : celui des « amis de la France ») ou dans un autre ? (« Le camp du mal » ?) Il n’y a qu’un seul peuple de Dieu et Il se rassemble autour d’un seul nom, le seul nom qui sauve et qui unit : Jésus-Christ.

De qui se moque-t-on ? Ne nous laissons pas séduire.

Personnellement, pour paraphraser l’auteur, « je sens très clairement qu’on cherche à m’imposer un choix (même si l’on prétend le contraire) en faisant porter le débat sur des réactions émotionnelles », dans le style : « le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche »,  « c’est un complot socialo-communiste », « c’est truqué », « François Fillon fait l’objet d’une chasse aux sorcières disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche », « la majorité des journalistes sont de gauches(sic) », « cette élection va ENGAGER LE DESTIN DE NOTRE PAYS pendant les 5 prochaines années »[pas faux !], donc il n’y a personne d’autre comme messie politique pour sauver notre pays….etc…

C’est là une technique classique pour nous pousser dans les bras de démagogues ou d’ « hommes forts », dits « providentiels », de nouveaux « messies politiques »(5).

Voici, d’après ce que je comprends de l’Ecriture, ce qui doit animer le chrétien et ce qui doit le pousser à agir : Ephésiens 5v8-9 ; Ps.40v9 ; Prov.31v8-9  ; 1 Jean 1v7  ; 1 Jean 2v6 , sont autant de passages qui nous invitent, en tant que chrétiens, à « marcher dans la vérité, la lumière », « dire la justice », et à « produire le fruit de la lumière », soit marcher comme Jésus a marché lui-même.

Alors, « prions », oui. Pour que se manifestent la vérité, la sagesse et la justice, condition pour une paix véritable. La paix n’est pas la compromission. La paix est l’établissement de ce qui est bon.

Et l’Évangile ne saurait être annoncé, affirmé, « en toute tranquillité », sur la base de la compromission, au mépris de la justice et la vérité.

Soyons exigeants : prions pour de bons candidats à l’élection présidentielle (ou à toute autre élection nationale, locale, municipale) véritablement « honnêtes et droits, ne cédant pas aux idéologies politiques et religieuses mais soutiennent la liberté, la justice et vise uniquement le bien public ». Sachant que le Président de la République n’est pas celui « qui siffle la justice » avec mépris comme on sifflerait « La Marseillaise » dans un stade, mais qui est le garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire (art. 64 de la constitution française). Prions pour de bons candidats, qui ne remettront en question, ni l’intégrité/indépendance de la justice, ni celle de la presse à des fins démagogiques. Car personne ne nous fera confondre « information » avec « communication » ou « publicité »….

 

 

Notes : 

1)Les faits, le contexte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Penelope_Fillon ;  http://www.voxe.org/emploi-fictif-detournement-fonds-recel/ 

2) A la question « François Fillon est-il vraiment chrétien ? » le site « 1001questions.fr » animé par des pasteurs et théologiens protestants, du courant des « Attestants » répond ceci : « Il est toujours très difficile et délicat de se prononcer sur la foi de quelqu’un. Cependant les écritures nous donnent certains critères de jugement;  j’en retiens deux: la confession de la bouche (Matthieu 10: 32). Mais ce critère n’est pas suffisant, s’il ne s’accompagne pas des actes (Matthieu 7: 21).

Sinon, sur ses positions et votes, sur le plan de « l’éthique privée », le candidat Fillon a fait en réalité peu de concessions à « Sens commun » : s’il s’est déclaré personnellement hostile à l’IVG, il a assuré ne pas vouloir remettre en cause ce droit ; et s’il a toujours assumé son opposition au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe, il ne souhaite pas non plus remettre en cause la légalisation du « mariage pour tous ». Sur le plan économique et social, d’inspiration « Thatchérienne », comme me l’a expliqué un abonné à notre blogue, chercheur en géopolitique, « Fillon est un libéral qui veut mener une politique axée sur l’offre qui dégonfle le poids de l’État dans l’économie, diminue la pression fiscale sur le patronat et les grandes entreprises qu’il compense avec la taxation indirecte (TVA) et la flexibilité du travail, lesquelles n’améliorent pas le pouvoir d’achat des ménages, consacrent la précarisation de l’emploi (en visant moins de chômeurs mais plus de travailleurs pauvres) ni ne protègent assez les travailleurs des catégories populaires contre les licenciements abusifs. Sa base électorale est restreinte puisqu’il a visé durant les primaires de la droite et du centre les seniors de la bourgeoisie d’affaire et les CSP+ ». D’autre part, le même internaute précise que, « en rupture avec le gaullisme social », Fillon est aussi « un européiste qui prend opportunément une posture gaullienne et défend des idées chrétiennes conservatrices (“la marche pour tous”) ». Sauf qu’ « il a négligé pour l’instant le volet social, pourtant décisif pour espérer l’emporter en 2017, et qu’une partie de son électorat catholique, en théorie attaché aux valeurs de partage et de justice, a, semble-t-il, curieusement – et l’on peut espérer momentanément – perdu de vue ». Signalons enfin que le candidat Fillon souhaite « supprimer de notre Constitution » le principe de précaution (pourtant intégré en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement) estimé « dévoyé et arbitraire », pour mieux, selon lui « emprunter les voies de l’innovation et du progrès scientifique, ne pas renoncer aux projets d’avenir au nom du principe de précaution, qui sert aujourd’hui de prétexte à l’inaction ».

3) Révéler le faux suicide d’une personne est certes une faute très grave pour un média, sauf que si l’on prend la peine de vérifier, aucune télévision n’a fait de telles déclarations : http://www.lci.fr/elections/penelope-fillon-francoi-parle-enfin-jdd-pour-mettre-un-terme-aux-folles-rumeurs-et-a-demande-a-son-mari-d-aller-jusqu-au-bout-2028118.html ; http://www.lci.fr/elections/suicide-penelope-fillon-chaines-tele-mais-de-quoi-parle-francois-fillon-2028212.html

4) Voir notre article : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/07/01/dans-quelles-mesures-avez-vous-adopte-ces-sophismes-postmodernes/

5)  La “fascination pour l’homme fort” se perçoit dans les choix actuels des peuples (le Brexit, l’élection de Donald Trump, la victoire aux primaires de F. Fillon). Et chez Nicolas Ciarapica ? En 2012, il appelait à voter Nicolas Sarkozy, « le candidat des valeurs chrétiennes », sur son site « Blogdei ». Plus récemment, à l’annonce de l’élection de Donald Trump, il se fend d’un billet délirant, aux accents « messianiques », sur infochrétienne.

 

 

 

Ton christianisme est-il « sentimental » ?

Grande et grave question, qui revient régulièrement, dès qu’il s’agit de parler des relations dites « fraternelles », dans un contexte d’église, ou dès qu’il s’agit de se prononcer, par exemple, sur les actions (estimées « controversées ») de telle personnalité politique (chef d’état, candidat à une élection, élu national ou local…) :

En gros, puis-je dire à mon frère qu’il a péché ? Et « si mon frère a péché », suis-je légitime pour le reprendre ? (Matt.18v15). N’est-ce pas se mêler des affaires d’autrui ? Ne serait-ce pas faire preuve d’orgueil spirituel que de vouloir jouer les « redresseurs de tort » ? Qui suis-je, pour juger les autres ? Et d’ailleurs, pourquoi juger quelqu’un, par exemple, tel homme politique mis en cause pour ses actions publiques ?

Comme je l’ai lu ailleurs sur la toile, sous prétexte « que nous ne les connaissons pas et nous connaissons encore moins ce qu’il y a dans leur cœur », nous devrions, d’après la Bible, « aimer tous les hommes et de ne (surtout) pas les juger ».

Alors, certes, concernant le refus du jugement, je rejoins à 100 %  toute préoccupation de ne pas tomber dans un (pseudo)christianisme de condamnation et d’exclusion. Évidemment, un seul est juge (Dieu), comme un seul est sauveur (Christ) et un seul convainc(le Saint-Esprit). Je comprends aussi que lorsque Jésus nous demande « de ne pas juger » et « de ne pas condamner »(Matt.7v1-5, Luc 6v37) il nous met en garde contre une tendance à condamner les autres du haut de notre (supposée) perfection, dans le style « plus saint que moi tu meurs ».
Cependant, dans un autre passage, en Jean 7v24, si Jésus nous invite à « ne pas juger selon l’apparence », il nous invite aussi à « juger justement », « selon la justice ». Il nous demande donc bien de « juger » ! Plus exactement, de « jauger » ou « d’évaluer » le réel de ce que nos frères/soeurs vivent (et non à fuir le réel).

Je serai donc « la sentinelle de mon frère », « le gardien de mon frère » ? Bien sûr. Jacques 5v19-20 dit encore que « si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

Et voici encore ce passage d’Ezéchiel 33v7-8, qui ne manque jamais de nous faire frémir : « Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang ».

Ailleurs, la Bible nous exhorte également au discernement et nous donnent des exemples d’interpellations des puissants (ainsi « responsabilisés »), surtout quand ils se montrent injustes : voir les exemples des prophètes dans l’Ancien Testament (Amos ; Malachie 3v5, Jérémie, Esaïe, Dan.4v27…), du livre des Proverbes (Prov.31v8-9) ou de l’apôtre Jacques, dans le Nouveau Testament, et même l’évangile selon Luc. Le rôle de tout responsable n’est-il pas de proclamer (et non pas de « chuchoter »)la justice de Dieu, au sein de la grande assemblée ? (Ps.40v9-10) Dieu cautionne-t-il l’injustice ? Voici ce qu’il déteste et ce qui l’indigne : Zacharie 7v8-12, 8v16-18.

Ceci dit, « sans prétention » et « sans fausse humilité », nous n’avons certes pas à nous comparer mais simplement à réaliser ce qui risque de nous arriver indirectement, car nous sommes un corps (le corps de Christ – nous pensons aussi au « corps social ») et pas une somme d’individus isolés. Comme nous le savons, dans tout corps physique, un organe en amont du système circulatoire perçoit les toxines qu’un autre organe malade produit et qui sont déversés dans le sang. Il se sent concerné et se prépare donc à lutter, car la maladie de l’organe en aval peut devenir la sienne. De même, au sein du corps de Christ, l’Eglise, nous devons « jauger », avec compassion mais aussi précision et vérité ce qui se passe chez nos frères/soeurs, afin de pouvoir être nous-mêmes guéris par leur guérison.

Se « corriger fraternellement », selon Matt.18v15 et ss, est donc une bénédiction, à condition d’être très au clair sur ce qui vient « gangréner » le corps de Christ, sans faire une classification des péchés, qui irait du « plus abominable » au « plus anodin »(selon nous et non selon Dieu, cf Deut.18v9-12, 17v1-4, 7v26….et 1 Cor.6v9-10, Eph.5v4-5….), ou sans faire de distinction entre les hommes (« arrangeants » ou « bienveillants » envers les puissants, « impitoyables » envers les plus  faibles/les plus pauvres).

Bref, nous avons à rejeter tout autant le pseudo christianisme légaliste de condamnation/d’exclusion et le pseudo christianisme dit « sentimental », pour affirmer le véritable christianisme biblique centré sur la compassion, la vérité, la guérison et la libération.
Au sujet du « christianisme sentimental », celui-ci, loin de toute lucidité et vérité, promeut un amour douçâtre, « rose bonbon », en prenant les gens dans le sens du poil. Il est une fuite, en refusant de voir et de nommer le « problème », alors que la situation est en réalité « problématique », et maintient le pécheur dans son péché. Prov.17v15 est pourtant très clair à ce sujet, et la problématique peut être étendue à d’autres domaines « non ecclesiaux », comme ceux, par exemple, relatifs à notre société dite démocratique.
Certes, nous avons à fuir certaines choses, selon la Parole : l’idolâtrie, la fornication(ou la débauche), les discussions vaines….mais pas le réel ! Et nous avons à rechercher « la justice, la foi, l’amour, la paix »(1 Tim.1v5, 14), caractéristiques du Dieu trinitaire auquel nous sommes censés appartenir. Et puisque « Dieu est lumière »(1 Jean 1v5), ses enfants (1 Jean3v1) produisent normalement « le fruit de la lumière » : « bonté, justice et vérité » (Eph.5v8-9)

Ne craignons donc pas de reconnaître et de dire notre propre péché et celui des autres, pour vivre sur un fondement de vérité. Mais à la condition de le dire avec amour, sans juger. Et certainement pas pour condamner en se plaçant plus du côté de ceux qui sont prompts à « jeter la pierre » (cf Jean 8v1-11) que du côté de Jésus, ou en se plaçant du côté du « moraliste » par un « va et ne pêche plus », oubliant ce qui précède : « je ne te condamne pas non plus »(v11).

 

 

 

Inspi : Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : mener le bon combat(T.2). Ed. Première Partie, 2011.

[Prochain billet : mercredi prochain]

« Le père des orphelins, le défenseur des veuves, C’est Dieu dans sa demeure sainte » : études de 2 Rois 4v1-7 et 2 Rois 8v1-6

Lucky Luke. Jesse James, par Morris http://www.bangbangluckyluke.com/les_dossiers/analyse_une_bd_lucky_luke.php

Lucky Luke, « le défenseur de la veuve et de l’orphelin ». Un pâle reflet de ce qu’est Dieu, le « vrai justicier ». Planche de l’album « Jesse James », par Morris

« Une femme d’entre les femmes des fils des prophètes cria à Elisée, en disant: Ton serviteur mon mari est mort, et tu sais que ton serviteur craignait l’Eternel; or le créancier est venu pour prendre mes deux enfants et en faire ses esclaves ». (2 Rois 4v1)

Une femme s’approche d’Elisée et « crie » au prophète. Il s’agit d’une veuve, d’un des « fils des prophètes » décédé. Un homme « craignant Dieu », témoigne la femme…mais endetté. Elle est aussi une mère, mais le créancier s’apprête[« il est route pour »] à prendre tout ce qui reste à la femme, soit ses deux enfants, pour en faire ses esclaves.

Le créancier n’avait sans doute pas lu Lévitique 25v35-42, qui précise que « si ton frère devient pauvre et qu’il manque de ressources près de toi, tu le soutiendras, même s’il s’agit d’un étranger ou d’un immigré, afin qu’il vive avec toi. Tu ne tireras de lui ni intérêt ni profit, tu craindras ton Dieu et ton frère vivra avec toi. Tu ne lui prêteras pas ton argent à intérêt et tu ne lui prêteras pas ta nourriture pour en tirer un profit. Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui vous ai fait sortir d’Egypte pour vous donner le pays de Canaan, pour être votre Dieu(…) En effet, ils sont mes serviteurs, ceux que j’ai fait sortir d’Egypte; on ne les vendra pas comme on vend des esclaves ». On ne vendra pas son prochain israélite adulte comme esclave, et encore moins si c’est un enfant.

Le cri de la veuve est une prière. Que répondra le prophète ? Quelle sera la réponse la plus appropriée à une situation de détresse, et, surtout, la plus libératrice ?

  1. Ton mari n’aurait pas dû s’endetter ! Ne connaissait-il pas « les principes de bonne gestion » et ce que signifie « être responsable » ?
  2. Je te propose un prêt, mais avec un tutorat en échange
  3. Que puis-je pour toi ? Qu’as-tu chez toi ?

Bien entendu, la bonne réponse est la réponse 3. qui correspond au v2 de 2 Rois 4. C’est une parole de vie, et non culpabilisante ou infantilisante, qui encourage à considérer les ressources à disposition, même si cela peut paraître « rien du tout »(v2).

Et le « rien du tout » de la veuve « n’est qu’un vase d’huile »(v2). Mais c’est suffisant pour Dieu, comme les cinq pains et les deux poissons d’un petit garçon étaient suffisants pour Jésus, pour nourrir 5000 personnes. Et Elisée dit: « Va demander au dehors des vases chez tous tes voisins, des vases vides, et n’en demande pas un petit nombre. Quand tu seras rentrée, tu fermeras la porte sur toi et sur tes enfants; tu verseras dans tous ces vases, et tu mettras de côté ceux qui seront pleins »(vv3-4). La suite nous dit que la femme obéit en tous points à ce que lui dit Elisée. On remarquera une richesse particulière de la femme, outre sa foi en Dieu : ses bonnes relations avec son voisinage, ce qui lui a permis d’obtenir des vases en grand nombre. « Elle ferma la porte sur elle et sur ses enfants »(v5). Elisée n’est pas présent, mais un véritable « travail d’équipe » s’opère dans cette famille, avec une interaction entre la mère et les enfants. Ces derniers, qui ne sont plus vus « comme un problème », « lui présentaient les vases, et elle versait. Lorsque les vases furent pleins, elle dit à son fils: Présente-moi encore un vase. Mais il lui répondit: Il n’y a plus de vase. Et l’huile s’arrêta.  Elle alla le rapporter à l’homme de Dieu, et il dit: Va vendre l’huile, et paie ta dette; et tu vivras, toi et tes fils, de ce qui restera »(vv6-7).

A la fin, la dette est comblée grâce à l’huile et il y a un surplus (Comparer avec Luc 9v16-17). Le « tu vivras, toi et tes fils », qui contraste avec le terrible v1 (« mon mari est mort » et « mes enfants vont être pris comme esclaves »), rappelle le « Mais en ce jour je te délivrerai, dit l’Eternel, et tu ne seras pas livré entre les mains des hommes que tu crains. Je te sauverai, et tu ne tomberas pas sous l’épée; ta vie sera ton butin, parce que tu as eu confiance en moi, dit l’Eternel », adressé par Jérémie à l’éthiopien Ebed-Melek, l’éthiopien, qui l’avait sorti de la fosse (Jer.39v17-18).

La veuve a donc eu cette « audace de la foi » pour « crier » au « père des orphelins, le défenseur des veuves », qui est « Dieu dans sa demeure sainte » (Psaume 68v5)

D’autant plus que Dieu commande de ne pas « affliger la veuve, ni l’orphelin. Si tu les affliges, et qu’ils viennent à moi, j’entendrai leurs cris; ma colère s’enflammera, et je vous détruirai par l’épée », dit l’Eternel (Ex.22v22-24), le justicier par excellence.

« Car l’Eternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve… » (Deut.10v17-18).

Dans un autre passage(2 Rois 8v1-6), on retrouve la sunamite de 2 Rois 4v8-9 et ss, devenue veuve avec un enfant, qui, au retour d’une absence de sept ans pour cause de famine, se retrouve dépossédée  de sa maison et de son champ. Plutôt que de faire sienne cette idéologie comme quoi « l’Etat ne (serait) pas la solution, mais le problème », elle va « implorer le roi »(v2), comme la première veuve avait « crié » au prophète. Et elle a raison, puisque le roi est censé « ouvrir sa bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés », « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent » (Prov.31v8-9). Mais aussi écrire pour lui une copie de la loi(cf Deut.17v18), laquelle enseigne sur Dieu ce qui précède plus haut !

Et le roi n’a pas besoin « de revoir sa copie », puisqu’à la fin du récit, il fait justice à la femme, ordonnant qu’on lui restitue tout ce qui lui appartient, « avec tous les revenus du champ », soit sept ans de revenus !(2 Rois 8v6)

« La sagesse de Salomon » ou l’art de manier « l’épée de l’Esprit »

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

Lecture de 1 Rois 3v2-14, 16-28
Le célèbre « jugement de Salomon » vient juste après sa non moins fameuse prière.
A cette époque, « le peuple ne sacrifiait que sur les hauts lieux, car jusqu’à cette époque il n’avait point été bâti de maison au nom de l’Éternel. Salomon aimait l’Éternel, et suivait les coutumes de David, son père. Seulement c’était sur les hauts lieux qu’il offrait des sacrifices et des parfums. Le roi se rendit à Gabaon pour y sacrifier, car c’était le principal des hauts lieux. Salomon offrit mille holocaustes sur l’autel »(vv2-4).
C’est à Gabaon que L’Éternel « apparut en songe à Salomon pendant la nuit » et lui dit : « Demande ce que tu veux que je te donne »(v5). Les possibilités semblaient illimitées. « Demande ce que tu veux que je te donne ». Qu’auriez-vous demandé, vous ?
Et Salomon demanda que lui soit accordé « un cœur intelligent pour juger (le) peuple (de Dieu), pour discerner le bien du mal ! Car qui pourrait juger (son) peuple, ce peuple si nombreux ? »(v9). Une demande « qui plut au Seigneur »(v10), lequel Lui donna « un cœur sage et intelligent », et en plus tout ce que Salomon n’avait pas demandé : « richesse et gloire ».

« Salomon s’éveilla. Et voilà le songe ». Il est intéressant de constater que, suite à cette visite de Dieu et suite à sa prière, « Salomon revint à Jérusalem, et se présenta », non plus devant les hauts lieux, mais « devant l’arche de l’alliance de l’Éternel »[lieu de la présence de Dieu], où « il offrit des holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces, et il fit un festin à tous ses serviteurs ». C’est « alors » que « deux femmes prostituées vinrent chez le roi, et se présentèrent devant lui….. »(v15-16)

Le cas est épineux : il s’agit de discerner qui est la mère de l’enfant vivant et qui est la mère de l’enfant mort. Salomon demande alors une épée pour trancher le litige (vv24-25), mais celle-ci ne servira pas. Elle ne sera pas utilisée « contre la chair et le sang »(Eph.6v12). L’enfant vivant ne sera pas coupé en deux. Mais comment Salomon a-t-il su qui était la vraie mère-celle de l’enfant vivant ? C’est là le paradoxe : Quand les intentions du cœur et l’esprit de la vraie mère[celle qui accepte de lâcher son enfant vivant] ont été dévoilées…par une autre épée !
Celle-ci est « l’épée de l’Esprit », « la Parole de Dieu »(Eph.6v17b), beaucoup plus efficace que la première ! Car « vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur. Il n’est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons rendre compte ». (cf Hébr.4v12-13. TOB)
Dévoiler « les intentions du cœur », c’est là l’effet et le rôle de « l’épée de l’Esprit », notre seule arme offensive(Eph.6v17b). Et ce ne sont pas ceux qui sont obsédés et aveuglés par la richesse, la puissance ou leur propre gloire, qui peuvent l’utiliser.
Mais ce sont les hommes sages, spirituels, matures, propres à discerner le bien du mal (Hébr.5v14), qui savent l’utiliser.

Apprenons donc à bien l’utiliser.

Notre regard sur la justice ou « Le conte des balances »

"Ce dont cet homme a besoin" ou le point de vue du dominant-bis, par Andy Singer

« Ce dont cet homme a besoin » ou le point de vue du dominant, par Andy Singer

Qu’est-ce que la justice ? La justice de Dieu ?

Une question essentielle qui mérite une étude biblique à elle toute seule. Et ce, d’autant plus que, de même qu’il ne saurait y avoir d’unité sans vérité, il ne saurait y avoir de paix sans justice.

Qu’est-ce que la justice ? Comment « bien juger » ? Tout dépend « de quel côté l’on se place ».

Et Dieu, dans tout cela ? De quel côté se place-t-Il ? Et Ses prophètes, parlant en Son nom ?

Pour illustrer ce propos, voici un conte ou une parabole moderne, intitulé : « le conte des balances ». L’on parle bien ici de ce qui sert à peser et non du terme argotique servant à désigner les indicateurs ! 😉

 

Il y avait une fois, dans une ville d’orient dont je ne me rappelle plus le nom, un vieux sage nommé Abou ben Khalif. Il était si vieux que personne ne se souvenait de l’avoir vu jeune, si blanc, qu’on ne pouvait même pas imaginer que ses cheveux eussent été noirs, si cassé qu’on aurait dit qu’il était né bossu, avec une béquille à la main.
A la fin pourtant, il atteignit la limite des jours ; et comme il se sentait sur le point de mourir, il fit appeler le cadi, c’est-à-dire le juge du village.
-« Cadi », lui dit-il d’une voix faible, « ouvre ce coffre et prends-y mon héritage : il est pour toi. »
Le cadi ouvrit avec empressement le coffre, qui était grand ; mais il fit la grimace en s’apercevant que le coffre était vide, ou presque : il ne contenait qu’une petite balance aux plateaux de cuivre.
-« Prends cette balance », continua le mourant. « Tu découvriras bien vite ses propriétés merveilleuses. Non seulement elle pèse exactement tous les poids, du plus lourd au plus léger, malgré sa petite taille ; mais tu peux y peser bien d’autres choses que des marchandises. Tu peux y peser les actions et les pensées des hommes, leurs paroles et leurs promesses. Jamais elle ne te trompera. Il faut faire bien attention, seulement… »
-« ….Seulement ?… » demanda le cadi.
Mais le pauvre vieux sage fit un signe de la main pour dire qu’il ne pouvait plus parler ; la parole, en effet, s’étrangla dans sa gorge, et à l’instant même, il expira.
Le cadi se trouva à la fois très heureux et très embarrassé. Heureux parce qu’il aimait la justice et la gloire ; il pensait qu’avec l’aide de ses balances, il deviendrait bientôt le plus sage des cadis, agréable aux yeux de Dieu et de grande réputation parmi les hommes. Embarrassé, parce qu’il comprenait que le vieux sage aurait voulu lui donner encore un renseignement, lui faire une recommandation suprême : mais il ne pouvait deviner laquelle. Les parents et les voisins du mort arrivèrent pour rendre à sa dépouille les derniers devoirs ; le cadi mit les balances sous son bras et rentra chez lui.
A quelques jours de là, deux marchands vinrent trouver le cadi. L’un d’eux, Mohammed, avait prêté à l’autre, qui s’appelait Omar, cent dinars d’argent, six mois plus tôt. Omar venait de rendre les cent dinars, ou du moins il affirmait les avoir rendus ; Mohammed, au contraire, soutenait n’en avoir reçu que quatre-vingt-dix et réclamait les dix derniers. Le cadi les écouta. Chacun d’eux affirmait et jurait, invoquant le nom saint de Dieu au milieu d’une histoire si embrouillée que le Bon Roi Salomon lui-même n’y aurait rien compris. Le cadi se tirait la barbe, perplexe.
-« Mais, au fait », pensa-t-il tout à coup, « c’est le moment d’essayer ma balance ! »
Il alla chercher la petite balance(…) Dans l’un des plateaux, il mit cent dinars d’argent et, sur l’autre, la parole d’Omar qui disait les avoir rendus. Les cent dinars étaient plus lourds que la parole d’Omar.
-« Hum !… » fit le cadi, qui ôta un dinar, puis deux, puis trois, puis dix. Alors, lorsqu’il n’y eut plus que quatre-vingt-dix dinars, les deux plateaux s’équilibrèrent(…)exactement. Il se tourna vers Omar, stupéfait :
-« Tu n’as rendu que quatre-vingt-dix dinars ; donne le reste ».
Omar s’exécuta. Mohammed se réjouit ; ils sortirent tous deux remplis d’admiration pour la sagesse du cadi aux balances.
Le surlendemain, deux hommes se présentèrent devant la porte du cadi. Ils étaient très rouges, les habits en désordre : l’un se tenait la joue droite à deux mains ; l’autre appuyait fortement un chiffon de linge sur son côté gauche ; un peu de sang coulait entre ses doigts.
-« Sage cadi », s’écria le blessé, « cet homme vient de me frapper d’un coup de couteau, la blessure me brûle et mon sang coule. »
-« Très sage cadi », reprit l’autre, « il ne te dit pas qu’il m’a, le premier, insulté et frappé du poing, si fort qu’une de mes dents m’est tombée de la bouche et que je l’ai crachée comme un noyau de datte. »
-« Et que voulez-vous ? » demanda le cadi.
Ils dirent ensemble : « justice ! »
Le cadi alla chercher sa balance : il mit d’un côté la dent arrachée, de l’autre le coup de couteau. Le coup de couteau était beaucoup trop lourd.
-« Hum !… » fit le cadi. « Cela ne va pas ». A la place du coup de couteau, il mit successivement un coup de poing, un coup de pied, un coup de bâton…les deux plateaux n’arrivaient pas à s’équilibrer.
-« J’y suis ! » s’écria-t-il tout à coup. En face de la dent arrachée, il mit sur le plateau une seconde dent : et aussitôt les deux plateaux restèrent de niveau et immobiles.
-« Voici ma sentence », dit gravement le cadi. « Tu as eu tort de lui faire sauter une dent, mais il a eu tort de te rendre un coup de couteau. Pour sa dent arrachée, il avait le droit de te prendre une dent : ni plus ni moins. C’est clair ? »
Et il renvoya doucement les deux plaideurs, si surpris d’une pareille sagesse qu’ils en oubliaient leur querelle.
Bientôt, comme il l’avait souhaitait, sa réputation s’étendit dans toute la contrée et même dans les pays voisins : on venait de loin consulter le cadi aux balances ; devant lui, le mensonge hésitait, la ruse était confondue, tous l’appelaient le juste et l’ami de Dieu.
-« J’ai été bien sot », se disait-il parfois, « de me faire du souci pour cette phrase inachevée d’un vieux mendiant. Sans doute, il avait perdu son bon sens au dernier moment, ce qui peut arriver aux plus sages. J’ai eu assez de pénétration pour trouver la manière de me servir de ces balances, sans avoir besoin qu’on me donne la leçon. Les balances sont bonnes, mais il est vrai aussi que je suis sage. »
L’orgueil remplissait son cœur et il ne s’était jamais dit qu’il y a, peut-être, une justice plus juste et plus difficile à rendre que celle qu’il pratiquait.
Un jour d’entre les jours-il était devenu vieux à son tour et sa tête s’inclinait sous le poids des années-un jour d’entre les jours, comme il rêvait, assis devant sa porte, il vit venir à lui un jeune voyageur, beau de visage, droit de stature, l’air noble et radieux, qui le salua respectueusement. Le cadi lui répondit avec bienveillance et même avec curiosité car les voyageurs sont souvent des envoyés de Dieu qui nous apportent des enseignements pleins de profit.
-« Bienvenu sois-tu », dit-il, « en ce pays…. »
Le jeune voyageur tira de sous son burnous une sorte de boîte en osier de forme allongée.
-« Je suis venu », dit-il, « exprès pour te voir et t’apporter ceci… »
De la boîte d’osier, il sortit une balance aux plateaux de cuivre, exactement semblable à celle du cadi.
-« Cette balance », dit-il….
-« J’ai la pareille », répliqua le cadi.
-« Crois-tu ? » demanda l’étranger.
Le lendemain était un jour de marché. Les jours de marché, le cadi s’installait avec ses balances sur le pas de sa porte(…)Du matin au soir, il pesait sa justice, comme un marchand d’épices pèse du poivre, avec soin, avec précision, mais sans hésiter. Il venait de s’asseoir(…)quand il vit reparaître l’étranger. Celui-ci le salua en s’inclinant profondément, la main sur le cœur, ce qui est le signe du plus grand respect ; puis il s’assit par terre à quelque distance, sans façon, ses balances entre les pieds.
Les premiers qui se présentèrent furent deux jardiniers qui travaillaient au jardin du cadi. Ils venaient toucher leur salaire de la semaine, ayant chacun bêché, arrosé, ensemencé la moitié du jardin. C’était si simple que le cadi n’aurait même pas eu besoin de balances pour régler cette affaire-là. Toutefois, il pesa scrupuleusement deux salaires égaux et remit à chacun des jardiniers ce qui lui était dû. Tous deux s’en allaient contents, ou du moins sans rien dire, quand l’étranger les arrêta au passage.
-« A mon tour », dit-il, « si le cadi le permet ».
Le cadi comprit que l’étranger voulait essayer ses propres balances ; il fit oui de la tête et de la barbe, bien sûr que sa pesée était juste. Alors l’étranger mit sur un plateau le salaire du premier jardinier, et, sur l’autre, la femme et les trois petits enfants qu’il avait à nourrir ; et le salaire se trouva beaucoup trop léger(…) Il ajouta quelques pièces de monnaie dans le plateau du salaire ; l’équilibre s’établit ; après quoi, il donna au jardinier son salaire ainsi augmenté. Le cadi était stupéfait et vexé.
-« Je me serai donc trompé ? » s’écria-t-il.
-« Il faut le croire », répliqua l’étranger.
-« Et l’autre ? »
-« Nous allons voir ».
L’étranger recommença l’opération pour le second jardinier ; mais comme ce jardinier était célibataire et n’avait personne à nourrir, le salaire se trouva suffisant, et l’équilibre s’établit du premier coup.
-« Pour celui-là », dit l’étranger, « son compte est juste. » Ce qui consola un peu le cadi.
Le cadi n’avait pas encore eu le temps de bien réfléchir à ce qui venait de se passer qu’un maître et son esclave parurent devant lui. L’esclave était entravé comme un bœuf par de grosses cordes aux pieds et aux mains. Le maître avait un bandeau sur l’œil.
-« Lumière de justice ! » dit le maître en s’inclinant, je n’ai pas voulu châtier moi-même la faute de mon serviteur, je viens m’en remettre à ta sentence. »
-« Tu as bien fait », répliqua le cadi gravement. « Le châtiment qui vient du juge est la justice ; de l’offensé, c’est la vengeance. »
-« Il m’a », reprit le maître, « désobéi et résisté ; et comme je lui reprochais sa rébellion, il s’est jeté sur moi avec tant de violence que mon œil gauche a perdu la vue. »
-« Pour un œil… » reprit le cadi. Mais il n’osa pas achever sa phrase ; il regardait l’étranger.
-« Pèse », dit l’étranger ; je pèserai après. »
Alors le cadi plaça dans un plateau l’œil crevé du maître, et, dans l’autre, l’œil qu’on allait arracher à l’esclave. Il avait fait cette pesée des centaines de fois et, cette fois encore, l’équilibre se trouva juste. Mais il éprouvait tout de même un peu de doute et d’inquiétude devant son infaillible balance.
-« A ton tour », dit-il à l’étranger.
Alors l’étranger mit dans un plateau le châtiment et dans l’autre toute la vie misérable de l’esclave, les mauvais traitements qu’il avait souvent reçus, ses journées de travail sans récompense…et le châtiment se trouva beaucoup trop lourd.
-« Tu vois… », dit l’étranger.
C’était la première fois que le cadi remettait une sentence à la huitaine ; aussi les plaideurs furent-ils stupéfaits. Ils le furent plus encore quand le cadi déclara qu’il se sentait souffrant et que le reste de l’audience aurait lieu plus tard. Il fit signe à l’ étranger, l’étranger le suivit, et ils s’enfermèrent ensemble dans la chambre la plus secrète de la maison.
-« Jeune homme », dit le vieux cadi, « tes balances me paraissent meilleures que les miennes. Vends-les-moi. »
L’étranger se mit à rire.
-« Tes balances », dit-il, « sont excellentes, tu n’en trouveras pas de meilleures. La question est de savoir ce que tu mets dans les plateaux(…)Quand tu mets sur un plateau le salaire de ton serviteur, que mets-tu sur l’autre ? »
-« Mais…son travail », fit le cadi.
-« Tu n’as jamais pensé à compter aussi les petits enfants du jardinier, le pain qu’il faut leur donner, leurs cris quand ils ont faim ? »
-« Non », avoua le cadi.
-« Tu mets sur un plateau le châtiment. Et sur l’autre ? »
-« La faute », répliqua vivement le cadi, « la faute et l’offensé. Jamais je n’ai permis qu’on prît plus d’une dent pour une dent, plus d’un œil pour un œil. »
-« Tu n’as jamais pesé l’ignorance du coupable ? Les injustices qu’il a souffertes ? »
-« …Non », avoua le cadi.
Il resta longtemps songeur(…)
-« Je commence à croire », dit-il enfin, qu’Abou ben Khalif voulait m’expliquer tout cela quand la mort lui a coupé la parole. Ses balances sont de bonnes balances. Peut-être n’ai-je jamais su bien m’en servir. »
-« Peut-être », dit l’étranger.
-« Pourtant », reprit le vieil homme, « pourtant j’ai aimé la justice ; à présent que je vais mourir, je ne regrette pas de lui avoir consacré ma vie. D’autres la serviront mieux, je m’en réjouis. »
-« Tu peux », dit l’étranger, « la servir encore. »
-« Non », répliqua le vieux cadi. « Je ne saurai pas faire ces pesées nouvelles. Du reste, je sens que je vais mourir ; je comprends que tu as été envoyé ici par Dieu pour m’enseigner avant ma mort ce que je n’avais pas trouvé tout seul et pour me remplacer(…) C’est toi qui va devenir le cadi aux balances. Tu feras de meilleures pesées. Promets-moi seulement de ne pas apprendre aux hommes à railler et à mépriser ma mémoire ; car enfin j’ai fait ce que j’ai pu. »
-« Je te promets », répondit l’étranger. « Quand j’aurai pesé et jugé toute ma vie, peut-être un autre viendra-t-il me dire à son tour qu’il fallait mettre autre chose dans les plateaux. »
-« Ce qui me chagrine », reprit le cadi d’une voix affaiblie, « ce qui me chagrine, c’est de voir que la justice est changeante. Je me la représentais éternelle et toujours pareille. »
-« Elle l’est », dit l’étranger. « Seulement nous ne la découvrons que petit à petit. Ce qui change, ce n’est pas la justice, c’est l’idée que nous nous en faisons. C’est nous qui nous trompons, ce n’est pas elle. »
-« J’aime mieux ça… », murmura le cadi.
Sa vieille tête s’inclina sur sa vieille poitrine, il poussa un vieux soupir : il était mort.

 

 

Pour aller plus loin :

« Tu ne commettras point d’iniquité dans tes jugements : tu n’auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice » (Lévit.19v15) ; « Vous ne commettrez point d’iniquité ni dans les jugements, ni dans les mesures de dimension, ni dans les poids, ni dans les mesures de capacité. Vous aurez des balances justes, des poids justes, des épha justes et des hin justes. Je suis l’Éternel, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte. »(v35-36)

« L’Eternel est juste dans toutes ses voies et bienveillants dans toutes ses oeuvres »(Ps.145v17) ; Il « fait droit aux opprimés »(Ps.146v7)-c’est à dire qu’Il entend leurs cris et considère que leurs plaintes « pèsent » suffisamment pour être intervenir en leur faveur.

Voici une situation, concernant « le géant » Amazon, dans cet article de Jean-Baptiste Malet, paru en novembre 2013 dans « Le Monde diplomatique »(« Amazon, l’envers de l’écran »). Comment « jugeriez-vous » cette situation ? « De quel côté » vous placez-vous ? Et pourquoi ?

 

Notes :

D’après Waltz, Henriette. Le Conte des Balances IN Récits et nouvelles – 1 (ANTHOLOGIE) Textes réunis par Jacques GOUTTENOIRE. HACHETTE, 1978

Le conte est tirée originairement des « Histoires pour le petit François ». Ed. Fernand Nathan
(L’auteure, née en 1875 et morte en 1968, fut professeur de philosophie et enseigna plusieurs années à Alger. Pourrait-on refuser de voir un lien entre ces faits, la forme du conte et son cadre ? )

Le discours d’un roi

Le discours d'un roi, film britannique de Tom Hooper(2010), avec Colin Firth et Geoffrey Rush

Le discours d’un roi, film britannique de Tom Hooper(2010), avec Colin Firth et Geoffrey Rush

A l’approche des Municipales, qui auront lieu les 23 et 30 mars prochains, les candidats se manifestent et font connaître programmes et valeurs.

Puisque l’on parle de programme et « profession de foi »,  l’on ne manquera donc pas de se replonger dans le Psaume 101 ou engagement-programme d’un souverain épris de justice…Lequel n’oublie pas de « balayer » d’abord « devant sa porte », affirmant avant tout le monde qu’il ne saurait y avoir « deux morales, celle de la vie privée et celle de la vie publique »*.

Ledit Roi(et aussi psalmiste)est David. Il adopte résolument une gouvernance marquée par la justice et le droit.  Sa vie même sera conforme aux exigences rappelées en 1 Sam. 10v25 ; 12v1-17, selon Deut.17v14-20.

Un programme-engagement qui ne saurait être réduit à celui d’un candidat à une élection locale(ou nationale), mais pouvant être étendu à d’autres domaines, dont la défense de toutes les causes….

Un programme pouvant également être complété par celui du Roi Lemuel (Prov.31v8-9)

Notes :

*Notamment avant Pierre Mendès France, ancien Président du conseil(premier ministre)sous la IVème République, qui disait, en 1976,  qu’« Il n’y a pas deux morales, celle de la vie privée (qui exige loyauté et honnêteté) et celle de la vie publique (où la rouerie, la manœuvre et le double jeu seraient permis). Seule cette cohérence entre promesses faites et promesses tenues justifiera et maintiendra la foi populaire. »

« Les gentils et les méchants » : bienvenue dans le mode de raisonnement binaire du « bisounours 2.0 »

Sur Pep’s café ! on ne trouve que très rarement(voire quasiment jamais) de « faits divers ». Je ferai une exception cette fois-ci, estimant que l' »affaire du petit chat » et des « bons cyber-citoyens » est particulièrement révélatrice d’une certaine évolution de notre société.

Je renvois à la journaliste-bloggueuse « Aliocha », pour sa plume et sa fort pertinente analyse de ce sujet. Avec, en prime, la « morale de l’histoire » vue par « Maître Eolas », juriste-bloggueur, interviewé sur cette affaire par le Nouvel Observateur*(cité dans l’article d’Aliocha).

Bienvenue donc, non plus dans le « Web 2.0 », mais plutôt dans le « bisounours 2.0 », dans lequel on nous offre un mode de raisonnement binaire : d’un côté, « le méchant » qui agresse un petit chat et de l’autre, « les gentils » révoltés par l’horreur de la situation qui contribue à identifier et livrer le criminel aux forces de l’ordre.

 Extraits :

Le petit chat, la traque, la prison

« Ouf, le petit chat n’est pas mort ! Pour ceux qui auraient échappé à l’événement du moment, petit rattrapage :    l’individu qui s’est fait filmer par un ami en train de lancer un chaton contre un mur (comment peut-il avoir un ami ?) et qui a mis la vidéo en ligne, cet individu là a été arrêté par la police grâce à la mobilisation des internautes ulcérés par l’horreur de la scène(…)

Le camp des gentils

Ici donc, les internautes ont lancé des pétitions, organisé une chasse à l’homme et grâce aux précieuses informations qu’ils ont fournies, les policiers ont pu arrêter le tortionnaire. L’animal est blessé mais sain et sauf ; toujours grâce à la toile, il a été rendu à son propriétaire. Même la police s’est émue de cet élan, on la comprend, elle est plus habituée à prendre des pavés dans la tête qu’à recueillir le soutien spontané de la population…Encore un miracle de la toile ! Evidemment, tout à la joie de ce conte de fée 2.0 personne ou presque n’a pensé que l’affreux qui se mettait en scène était aussi un enfant de la toile, le produit monstrueux de cette tentation permanente de l’exhibitionnisme et de la staritude qui pousse les individus équilibrés à se comporter comme des people sous ecstasy et les dingues à mettre en scène leur folie**(…)Personne ne s’est ému non plus de voir tous ces gentils internautes se transformer en auxiliaires de police.(…)
Lors de l’audience de comparution immédiate au cours de laquelle l’auteur des faits a été jugé, un avocat a fait valoir que la justice devait se rendre dans les tribunaux, pas sur Internet. Il a raison. Depuis quelques années les vertueux internautes traquant ici et là des monstres réels ou supposés ont tendance à me faire frissonner. Internet, c’est aussi des personnes qui se suicident, parce que de méchants internautes les insultent et les harcèlent. Mais chut !(…)En réalité, le Bisounours 2.0 est capable de manger de l’homme pour peu qu’un mouvement de foule  l’y incite. Le lanceur de chat a été condamné à un an de prison ferme. Et le prochain ? »

L’essentiel à lire ici.

Et à propos des « Gentils et des méchants », l’on peut toujours(ré)écouter ceci.

 

 

Notes :

*Nouvel Obs : « Sur Facebook, les administrateurs de la page « Pour que Farid Ghilas paye pour avoir torturé un chat », l’une des pages créées contre « Farid de la Morlette », dénonce une peine « trop petite ». Comment jugez-vous ce type de commentaires ? « 
Maître Eolas : « Ce sont des commentaires rédigés par des personnes qui ont le cul sur leur canapé. Qu’ils arrêtent de regarder des conneries, ça les rendra moins cons. Les réseaux sociaux exacerbent ce genre de réactions. Avant, on soupçonnait l’existence de cons, maintenant on en a la preuve.

Vous savez, les victimes ne sont jamais assoiffées de vengeance. Souvent, elles culpabilisent même d’envoyer des gens en prison, surtout lors de violences conjugales, parce que c’est dur la prison. Elles n’ont jamais un discours haineux. Ce sont les proches qui ont ce genre de discours, parce qu’ils culpabilisent de n’avoir pas pu empêcher les faits de se produire.

Vous avez vu ce petit Oscar ? Il n’a pas l’air de crier vengeance… »

**A noter que les mots clés jeu lancer de chat donnent environ 547 000 résultats (0,27 secondes) sur Google. Et que l’on peut jouer à des « jeux de lancer de chat »(virtuel) en ligne…

L’adversaire de François(homme de l’année 2013) a un nom : « la finance »

Nommé il y a quelques jours « personnalité de l’année » par le magazine américain Time, le pape catholique François (dont nous avions déjà parlé) a fêté le 17 décembre ses 77 ans avec  quatre sans-abris séjournant dans le quartier autour du Vatican.

En quoi un tel événement peut-il intéresser un « protestant évangélique » ?

Tout d’abord, parce qu’« il ne s’agit pas d’un prix, mais d’une reconnaissance d’impact*. Aussi est-il significatif de noter que depuis 1927, seules six personnalités religieuses** ont été ainsi reconnues par le prestigieux magazine », comme le rappelle le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath dans une note de (son) blogue, « Une distinction rare : le pape François, homme de l’année 2013 (Time) » publiée le 19/12/13.

M. Fath relève d’ailleurs « que François est le seul pape à avoir été nommé dès son année d’arrivée au pontificat. Signe d’une entrée en fanfare »  d’une personnalité qui[c’est nous qui soulignons] a redonné du sens et du poids au fameux « Quand je donne à manger aux pauvres, ils disent que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres sont pauvres, on dit que je suis un communiste » de Dom Helder Camara, archevêque de Recife, dans le Nordeste du Brésil de 1964 à 1986.

En effet, lors d’un entretien accordé à la revue jésuite « Civilta Cattolica », le pape François fixait certaines priorités, justifiant sa relative discrétion sur les questions de moeurs et de morale, préférant insister sur « la miséricorde ». Une attitude qui « lui vaut des critiques au sein de l’institution », de l ‘aveu de l’intéressé qui avait déclaré :

Quelle est la mission de l'Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

Quelle est la mission de l’Eglise ? Faut-il revoir nos priorités et remettre en question certains de nos schémas ?

« Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin d’Église aujourd’hui c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer les cœurs des fidèles, la proximité, la convivialité ». Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et le taux de sucre trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons parler de tout le reste. Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Cela n’est pas possible. Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l’a reproché(…) Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Nous devons trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Église risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes. L’annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C’est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales ».

« Si seulement ils pouvaient forcer ce foutu marxiste à parler sexe.. »

On comprend d’autant mieux que de tels propos, par ailleurs favorablement accueillis par les catholiques et les médias américains, dont le New York Times, n’ait pas rassuré Adam Shaw, rédacteur en chef de Fox News et catholique, qui a comparé le pape à Barack Obama dans une tribune publiée sur le site internet de la chaîne d’information.

Par la suite, les pages économiques et sociales de l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile »(« Evangelii gaudium » )du pape François publiée le 26/11/13, venant « enfoncer le clou »,  ont déchaîné « une rage spectaculaire chez des ténors de la droite conservatrice et du Tea Party aux Etats-Unis », qui l’ont traité de « marxiste », comme l’a relevé le journaliste Patrice de Plunkett dans une série de notes sur son blogue.

Pas étonnant, quand ce dernier appelle les dirigeants des grandes puissances mondiales « à lutter contre la pauvreté et les inégalités engendrées par le capitalisme financier », qu’il qualifie de « nouvelle tyrannie invisible » et quand il se montre critique à l’égard d’un système économique « de l’exclusion », dénonçant « la nouvelle idolâtrie de l’argent » et plaidant pour un « retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain ».
Son devoir, « au nom du Christ », est « de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter, les promouvoir », dénonçant dans un passage consacré aux « défis du monde actuel » qu’« il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en Bourse en soit une ».

« Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société », poursuit le texte***.

Une façon plus claire, plus cohérente et plus vivante d’affirmer l’Evangile, centré sur Jésus-Christ, lequel est venu « annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… »(Luc 4v18 et ss) ?

Selon Patrick J. Deneen, cité par Patrice de Plunkett,  ceux qui critiquent le Pape, lui reprochant de se mêler de questions qui ne le concerneraient pas, voudraient cantonner « la foi catholique dans les domaines de ‘la foi et la morale’ – pour dénoncer l’avortement, s’opposer au mariage gay et faire individuellement la charité » . Par là même, de telles personnes témoignent d’un « catholicisme de conversation courtoise » et  « fragmentaire, qui ne met pas en cause des points fondamentaux de l’idéologie économiciste ». Il s’agit là d’« un catholicisme acceptable par ceux qui contrôlent le discours dominant, parce qu’elle ne met pas en danger ce qu’il y a de plus important pour les dirigeants de la République : maintenir un système économique postulant l’extraction [pétro-gazière] sans limite, attisant des désirs sans fin, et créant un fossé de plus en plus large entre winners et losers au nom du mantra de « l’égalité  des chances ». Un énorme appareil de financement soutient les causes catholiques du moment qu’elles ne concernent que la sexualité : autrement dit l’avortement, le mariage gay ou « la liberté religieuse » (confondue à vrai dire avec les questions d’avortement) »

A ce sujet, comment se positionneront les protestants évangéliques ?

Cette « personnalité de l’année 2013 » et ses actions nourrissent enfin la réflexion suivante, de nature peut-être à interpeller chacune et chacun, y compris protestant évangélique : l’Eglise(corps de Christ) doit-elle « faire de la politique ? » Et d’ailleurs, à partir de quand l’Eglise « fait-elle de la politique » ? Visiblement, quand elle combat le projet de loi sur le mariage pour tous ou quand elle prend le parti des pauvres.
Parmi les points dits « non négociables », ou « les valeurs bibliques », la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale(et leurs causes structurelles), et donc la défense de la vie tout court, en fait-elle partie ?

Quoiqu’il en soit, de telles déclarations-très évangéliques-rappellent 1)que le christianisme est une question de « relations » : « verticales », avec Dieu(1 Jean 5v20-21) et « horizontales » avec autrui ».

Ces relations « les uns les autres » enseignées notamment dans les épîtres de Paul, et envers « mon prochain »(Luc 10v27 et ss, d’après Lévitique 19v18).

Et 2)que le corps de Christ, constitué selon et par Dieu, « donne plus d’honneur à ce qui en manque », de sorte « qu’il n’y ait pas de division dans le corps »(1 Cor.12v22-25).

En effet, « sans justice, pas de paix ».

Notes :

* « Pourquoi saluer ainsi un pape qui a débuté son pontificat il y a tout juste neuf mois ? Pour Time, il s’agit sans doute de parier sur ce que le pape François peut faire, plutôt que de le récompenser pour ce qu’il a… déjà fait ».

**Un hindouiste (Gandhi, en 1930), un protestant baptiste (Martin Luther King, en 1963), un musulman chiite (l’Ayatollah Khomeini, en 1979), et…. trois catholiques, les papes Jean XXIII (en 1962), Jean-Paul II (en 1994), et désormais François (2013).

*** http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE9AP04520131126 ;

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203150549548-le-pape-francois-accuse-la-nouvelle-tyrannie-des-marches-632513.php ;

http://www.latribune.fr/actualites/economie/20131126trib000797883/le-pape-s-attaque-a-la-tyrannie-des-marches.html ;

http://chretiensdegauche.com/2013/12/18/de-leglise-de-la-politique-et-de-leconomie/ ;

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201312/16/01-4721268-le-pape-et-la-droite-americaine.php ;

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/quand-obama-cite-evangelii-gaudium-06-12-2013-47372_16.php )