Foireux liens de janvier (37) : « questions éthiques, éthiques en questions »

Les « Foireux liens » de janvier : des questions éthiques, sociales et théologiques

Bonjour ! Et voici de retour vos « Foireux liens » !

Au menu, des questions éthiques, sociales et théologiques sur les grèves, l’usage des écrans, le management, la PMA, l’homme augmenté, la fin du monde, la vie après la mort, le simple acte de lire ou d’acheter un livre, sans oublier nos façons de débattre !

 

1) Questions éthiques 

Pour avoir une vision synthétique sur les débats et les décisions des synodes, découvrez, sur le site de l’église protestante unie de France, une nouvelle rubrique consacrée aux « Questions éthiques » (écologie, économie, éthique médicale, famille, migrants et étrangers, violence et paix).

2) L’usage des écrans, un danger pour la démocratie ?

À l’occasion d’une nouvelle étude, Michel Desmurget, chercheur en neurosciences cognitives, revient sur l’impact des écrans sur le jeune public. « Mieux vaut éviter les écrans avant trois ans, martèle-t-on dans les médias (…) Je n’ai jamais réussi à trouver d’argument scientifique solide pour justifier cet âge. Trois ans, c’est un seuil lobbyiste. C’est le moment où l’enfant devient intéressant pour les annonceurs (formation de la mémoire, formulation des demandes…). Et puis, quand on affirme “pas d’écrans avant trois ans”, on dit surtout “après vous pouvez y aller”. Et, de fait, le temps passé devant les écrans explose à partir de trois ans. Pour les enfants de maternelle on parle de presque trois heures par jour. Au primaire, c’est quasiment cinq heures. Les ados dépassent six heures et demie ». Et « Une étude réalisée par l’université américaine Stanford, il y a trois ans, a analysé la capacité des enfants et des ados à trouver une information en ligne, à l’analyser et à évaluer les sources émettrices. Le niveau de compréhension et de compétence de ces jeunes était si bas que les chercheurs ont estimé que cela représentait une menace pour la démocratie« .

3) La justice rétablit les affiches d’Alliance Vita

Accusées de manquer de neutralité dans le débat sur la PMA, elles avaient été retirées des gares et des rues parisiennes vendredi 03 janvier….

4) Les « anti-PMA » s’inscrivent dans un combat de long terme 

 Alors que la révision des lois de bioéthique reprend au Sénat le 21 janvier, plusieurs organisations ont réclamé le retrait du texte, dimanche, en manifestant à Paris. Nombre de militants, cependant, ne limitent pas leur réflexion au sort du projet de loi et se situent dans une perspective plus longue. « Il y a 20 ans Gabriel Matzneff était encensé, l’écologie ridiculisée et le marché porté en triomphe. On voit où cela nous as mené. Dans 20 ans, l’on se demandera comment une telle loi a pu être votée, nos enfants nous demanderons des comptes… », estime Patrice Obert, le président des « Poissons Roses », courant de chrétiens de gauche.

5) Savons-nous encore débattre ?

En politique comme en famille, la mise en pratique du débat n’est pas toujours aisée. Et pourtant, sans son apprentissage, point de vie en société… Ce n’est pas le conflit qui est dangereux, mais la violence. Ce n’est pas le désaccord qui est problématique, mais l’absence de débat. C’est la raison pour laquelle la Revue Projet ouvre par la question du débat sa grande série politique : six dossiers pour réinterroger les fondements démocratiques et politiques, jusqu’à la présidentielle de 2022.

N’appelons pas « censure » l’hystérie des bulles d’opinion

Dans Le Monde (9/01), Michel Guerrin reprend lui aussi le thème de la « censure » invoqué par Riss, le patron de Charlie Hebdo. Mais il va beaucoup plus loin que Riss en incriminant la décomposition de la société en bulles d’opinion exclusives les unes des autres….

Cinq ans après, « Je suis Charlie » sonne creux

« Je suis Charlie ». La phrase a été répétée à l’envi depuis l’attentat contre le journal satirique le 7 janvier 2015 qui a fait 12 morts, plusieurs blessés et choqué l’opinion y compris au-delà des frontières hexagonales.  Mais derrière l’émotion toute compréhensible qui a accompagné ces élans de solidarité repose une réalité bien plus complexe.

6) Débattre avec un robot

Une intelligence artificielle a débattu avec deux humains sur les dangers de l’IA. Ses arguments étaient formulés à partir des réponses de 1100 personnes qu’elle analysait pour éviter les répétitions. Sur l’une des questions posées, l’IA a répondu qu’elle n’était pas capable de prendre une décision morale, car c’est une capacité propre aux humains. En anglais.

7) Voulez-vous une machine comme professeur ?

Les intelligences artificielles peuvent nous aider à apprendre…, mais la généralisation de l’apprentissage par les machines pose un problème éthique : le risque de standardiser les contenus et de formater les esprits. Aujourd’hui, de même que nous avons du mal à expliquer le fonctionnement de notre cerveau, nous comprenons difficilement le raisonnement d’une IA.

8) Transhumanisme : la conscience mécanisée – Un nouveau livre d’Eric Lemaître

À la suite d’un premier ouvrage intitulé « la déconstruction de l’homme », dont Pep’s café s’est fait l’écho, Éric LEMAITRE socio-économiste, blogueur et enseignant à l’école supérieure des Ingénieurs de Reims signe un nouveau essai théologique et philosophique sur le transhumanisme. Cet essai sonne comme un avertissement prophétique et prévient ses contemporains sur le combat titanesque qui est en jeu, qui est de nature à mettre en péril la conscience humaine.

9) Prochaines cibles des Gafa : dossiers médicaux et comptes bancaires

« Ils ont pressé le jus du citron médiatique et maintenant il faut qu’ils trouvent un autre millier de milliards de dollars de capitalisation boursière combinée ailleurs ». Deux domaines font saliver les géants de la tech américains plus que tout : la finance et la santé. Deux gigantesques réservoirs de croissance, jusqu’à présent préservés de leurs appétits par les réglementations sectorielles. L’assaut est lancé….

10) Lire sur papier, lire sur écran : en quoi est-ce différent ?

Depuis le début de ce siècle, plusieurs dizaines d’études ont été menées pour évaluer les effets du support de lecture sur les performances de compréhension de textes qui pouvaient être soit documentaires – manuels scolaires, ouvrages universitaires – soit narratifs – fictions, romans…  Les résultats de ces études ont été repris dans deux méta-analyses publiées en 2018 ; celle de Kong, Seo et Zhai, portant sur 17 études, publiée dans le journal Computers & Education, et celle de Delgado et de ses collègues, portant sur 54 études effectuées auprès d’un total d’environ 170 000 lecteurs, et publiée dans Educational Research Review. Il en ressort que la compréhension de textes est significativement meilleure lorsque la lecture s’effectue sur papier que sur écran.

11) Achetons nos livres dans des vraies librairies, en évitant d’acheter sur Amazon !

La technique ? Installer l’extension Amazon Killer pour les livres (Chrome ou Firefox). Comment cela fonctionne ? On cherche un livre sur Amazon, on clique dessus, et hop ! on est renvoyé vers le site de vraies librairies.

12) De la pacotille aux choses qui durent

Depuis la crise de 1929, les industriels fabriquent toujours plus de marchandises à la longévité toujours plus limitée. L’impératif environnemental implique de ralentir la consommation frénétique des biens. Mais comment remettre en cause le pilier d’un système que soutiennent presque tous les gouvernements ? Une idée simple et d’allure inoffensive pourrait ouvrir la brèche.

13) « Le manager malgré lui » : quand Molière éclaire la bêtise organisationnelle

Dans un essai intitulé « The stupidity paradox », les professeurs Mats Alvesson et André Spicer mettent en garde les managers des institutions bureaucratiques qui ne laissent aucune place à l’expression de l’intelligence humaine. À cet égard, ils parlent d’un phénomène de « stupidité fonctionnelle ». Au cœur de leur paradoxe, ils dénoncent l’affectation des salariés les plus compétents aux tâches les plus stupides.Quatre siècles avant Alvesson et Spicer, Molière s’intéressait lui aussi à la bêtise, mais dans un tout autre contexte que celui des organisations.

14) Mal-être chez les cadres de la R&D : quand les syndicats affrontent le déni patronal

« Nous, cadres sup, aux côtés des grévistes » : ainsi s’intitule la tribune parue lundi 7 janvier dans le journal Libération. Les auteurs (le collectif Les Infiltrés) rappellent par ce texte que les cadres sup’ sont, au même titre que de nombreux autres salariés, directement concernés par les mobilisations sociales, le bien-être au travail et le besoin de voir la pénibilité prise en charge. Pourtant, certaines recherches montrent que la gestion syndicale de la pénibilité mentale du travail des cadres, ingénieur et chercheurs de l’industrie se heurte bien souvent à la violence d’un profond déni patronal.

15) Retraites : guide d’auto-défense imagé pour les dîners en famille

Que rétorquer à votre oncle qui prétend que la réforme des retraites « ça fait les pieds aux fonctionnaires » ? Ou à la cousine qui assure que c’est le seul moyen de sauver un système des retraites équitable ? L’économiste Anaïs Henneguelle déconstruit « onze idées reçues » sur la réforme des retraites. Un guide illustré par les photos d’Anne Paq. Ainsi : Idée reçue n°1 : « Il n’y a pas de perdants à la réforme » Idée reçue n°2 : « Le système n’est pas viable financièrement : il faut réformer » Idée reçue n°3 : « L’espérance de vie augmente et il faut en profiter »……

16) BlackRock et les retraites : pourquoi et comment le gestionnaire d’actifs joue un rôle dans la réforme

Qu’est-ce que BlackRock ? Pourquoi cette société financière est-elle aussi puissante ? Quels sont ses liens avec les dirigeants politiques ? Et pourquoi s’intéresse-t-elle de si près à l’avenir de notre système de retraite ?

17) Réforme des retraites : le point de vue d’un pasteur

Christian Bouzy, pasteur du Foyer de la Duchère (Lyon) se demande de quelle justice parle le gouvernement.

18) « La fin du monde n’est qu’un éboulement »

Pour Olivier Abel, professeur de philosophie éthique à l’IPT de Montpellier, le catastrophisme ambiant est un discours très dangereux qui désarme notre capacité à continuer le monde.

19) Pour N.T. Wright, la justification par la foi n’est pas au cœur du message du Nouveau Testament

Dans la série des « read it again ». A l’issue de l’une de ses interventions à l’Université de Fribourg, le 19 juin 2017, dans le cadre des Journées d’études pour le renouveau théologique et sociétal, ce spécialiste du Nouveau Testament mondialement connu et proche des milieux évangéliques répond aux questions de lafree.ch sur la compréhension étriquée que peuvent avoir certains du cœur du message chrétien.

Voir aussi 5 erreurs répandues sur la vie après la mort

Dans cet article, J. Richard Middleton (professeur au Biblical Worldview and Exegesis au Northeastern Seminary, Rochester, NY) examine 5 idées fausses répandues parmi les chrétiens sur ce à quoi ressemblera la fin des temps (en grec eschaton).Pour commencer, voici cinq choses que la Bible n’enseigne pas.

20) « Mais qui suis-je donc en train d’adorer en ce moment ? » ou quand Adorer un veau d’or le dimanche matin est étonnement facile.

Le dimanche, nos Églises sont pleines de personnes qui veulent adorer Dieu, et pas une seule d’entre elles n’y entre en étant absolument neutre. Nous ne devons donc pas considérer comme acquis que, dans nos environnements religieux, c’est le Christ exalté qui y est adoré.

Municipales 2020 : une frange de la droite s’allie avec l’extrême droite

Autrefois associé à l’UMP (devenue Les Républicains), le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin et Jean-Frédéric Poisson a noué des alliances locales avec le Rassemblement national, dans la perspective des municipales 2020. Le même Poisson, à l’époque où il était candidat à la présidentielle, plaidait en 2016 pour la fin du « cordon sanitaire » qui, selon lui, « n’a ni sens ni raison d’être» autour de ce qui s’appelait alors Front National. 

CAC 40 : versements record aux actionnaires en 2019

A 60 milliards d’euros, les liquidités restituées aux actionnaires du CAC 40 dépassent le niveau record de 2007. Elles ont augmenté de 12 % par rapport à l’année dernière. Compte tenu des bons résultats 2019 attendus, les dividendes et les rachats d’actions devraient encore progresser cette année. Et en comparaison, surtout pas de coup de pouce au SMIC au 1er Janvier, « ça pourrait ralentir l’économie ».

Dans les kiosques : heureux comme Dieu(x) en France ?

La revue Zadig consacre le dossier de son numéro d’hiver aux relations que les Français entretiennent avec la religion. À travers des entretiens et des reportages, des Côtes-d’Armor à La Réunion en passant par le Val de Marne, à la rencontre de croyants de toute confession, il dresse un état des lieux du paysage spirituel de notre pays.

Et le dernier pour la route :

21) Comment la Chine va changer ce que nous allons voir à l’écran ?

Ça y est : en 2020, la Chine sera le plus gros marché du cinéma au monde. Ce leadership a déjà des conséquences sur ce que nous regardons. Entre censure, opportunisme et séduction : voici comment la bobine se fraye un chemin vers un marché de 1,4 milliard de spectacteurs.  En anglais.

 

Ces « foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils ont retenu toute votre attention. Prochaine édition en mars.

 

« Par delà le bien et le mal » : l’antimorale de la Bible

Plutôt que d’ouvrir la Bible pour y chercher des réponses à nos questions, il convient d’être « ouvert » soi-même et à l’écoute de la Parole, pour y chercher des questions que Dieu nous pose personnellement…

Si Ellul démolit « les idoles sécularisées » comme la technique, l’État ou l’argent, il n’épargne pas non plus « les idoles chrétiennes ». Dans « Le Vouloir et le faire », il lance plusieurs piques contre la morale dite « chrétienne ». En quoi le christianisme constitue-t-il, d’après lui, une « antimorale » ?

Telle est l’une des questions posées par la revue Philitt à Frédéric Rognon (1), dans le cadre d’un grand entretien(2) consacré au penseur protestant Jacques Ellul (1912-1994). En guise de réponse, Frédéric Rognon souligne que « Ellul propose (…) une lecture originale de la Bible », à contre courant des lectures « moralisantes ». En effet, explique-t-il, « traditionnellement, on fait de la Bible un livre moral. On parle d’ailleurs souvent d’une « morale judéo-chrétienne » qui serait fondée sur la Bible. Pour Ellul la Bible propose au contraire une antimorale ».

Selon Frédéric Rognon, le penseur protestant refuse même « de voir dans la Bible un simple manuel répondant à nos questions morales (« Que dois-je faire ? »). Pour lui, les Écritures n’ont pas vocation à répondre à nos questions, car cela reviendrait à leur imposer nos propres perspectives, sans respect pour le texte biblique lui-même. Il faut donc plutôt se mettre à l’écoute de la Parole et y chercher des questions que Dieu nous pose personnellement, et non des réponses à nos propres questions. Ellul relève ainsi de nombreuses questions que Dieu pose »(2).

Plus exactement, la Bible nous pose principalement trois questions : une question confessante : « Qui dites-vous que je suis ? »(Marc 8v29), une question éthique : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »(Gen.4v9), et une question existentielle quant à notre quête : « Qui cherches-tu ? »(Jean 20v15). Nous sommes donc interrogés, et invités à donner une réponse confessante, une réponse éthique et une réponse existentielle, par la parole et par notre vie (3).

« La Bible, loin de constituer un manuel de morale que le chrétien doit suivre de manière quasi-automatique pour avoir bonne conscience, [interpelle], questionne l’homme, (remettant) en cause la fausse sécurité morale qu’il se donne (2). 

D’autre part, ajoute Frédéric Rognon, « Ellul conteste également la lecture moraliste de la Bible en lisant les textes traditionnellement interprétés de manière morale sous un nouvel angle. Le Décalogue est sans doute l’exemple le plus parlant. Alors qu’il est traditionnellement interprété comme dix commandements normatifs, dix règles morales à suivre, Ellul note que les formes verbales de ces « commandements », en hébreu, peuvent autant être traduites par un futur qu’un impératif. En s’inspirant notamment de la lecture juive, il choisit de les traduire au futur. Plutôt que dix impératifs, le Décalogue constitue alors dix promesses faites à l’homme qui se tourne vers Dieu. Il faut ainsi comprendre : « Si tu n’as pas d’autre Dieu que moi alors, je te le promets, tu ne convoiteras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne tueras pas… » Non pas « ne tue pas » mais « je te promets que tu ne seras pas mis en situation de tuer si tu me fais confiance »(2).

Plus exactement, rajouterai-je, il est intéressant de constater que la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est, non pas « un commandement », mais le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Suivent ensuite les commandements de Dieu à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des « Paroles » de Dieu comme étant précédé par la libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, « tu n’auras pas d’autres dieux face à moi »…(Ex.20v1-3).

« La Bible délivre donc un message existentiel plutôt qu’un message moral d’après Ellul. Si on prend les évangiles, Jésus s’attaque ainsi aux plus moraux des hommes que sont les pharisiens. Ceux qui respectaient la Loi avec le plus grand scrupule et qui l’interprètent de manière morale sont justement ceux que Jésus critique en mettant l’amour au-dessus de tout « commandement ». La morale est ainsi transcendée, transfigurée et subvertie par l’amour »(2).

 

Notes :

(1) Frédéric Rognon est professeur de philosophie à la faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg. Il a publié des ouvrages sur plusieurs théologiens du XXe siècle, comme Dietrich Bonhoeffer, ou des études de figures majeures du christianisme contemporain, comme Martin Luther King. En particulier, il s’est intéressé au théologien protestant Jacques Ellul, dont il peut être considéré comme le principal spécialiste français [ou l’un des principaux, si l’on compte Jean-Philippe Qadri, auteur d’une édition critique de textes inédits de Jacques Ellul – « vivre et pensée la liberté »] comme en témoignent les ouvrages « Jacques Ellul. Une pensée en dialogue » (Labor et Fides, 2007, rééd. en 2013) ou « Générations Ellul. Soixante héritiers de la pensée de Jacques Ellul » (Labor et Fides, 2012).

(2) Voir https://philitt.fr/2019/11/14/frederic-rognon-jacques-ellul-voit-dans-la-bible-un-message-anarchiste/

(3) Voir  https://www.jacques-ellul.org/influences/la-bible

« L’Affaire Mila » : « vies privées »

« L’affaire Mila » ou le révélateur d’une crise de notre époque, dans laquelle nous vivons l’oubli ou la négation de l’intime….

« L’affaire Mila » – du prénom d’une lycéenne de 16 ans – est révélatrice d’un phénomène inquiétant : après avoir tenu des propos insultants envers la religion musulmane dans une « story » instagram, elle est persécutée et menacée par des milliers de jeunes, des deux sexes, nés en France et de nationalité française. « Outre les insultes et les menaces de mort ou de viol, certains internautes, qui l’ont reconnue, dévoilent son identité, son adresse, celle de son lycée » (1).

« Plusieurs vidéos massivement partagées et commentées sur les réseaux sociaux reprennent les extraits de cette story Instagram (…)Depuis la publication de ces vidéos, plusieurs hashtags ont émergé (#JesuisMila et #JesuispasMila), symbolisant un débat extrêmement polarisé autour de la jeune fille, désormais cible de cyberharcèlement »(2).

Ceci dit, ce qui se vit est également révélateur d’une crise de notre époque, à l’heure où il est normal, banal et « moderne » de s’exprimer « en live » et en public sur les réseaux @sociaux, sans soucis de protéger son identité numérique. Un peu comme si l’on ouvrait la porte de sa chambre à une foule d’inconnus. En effet, Internet, ce n’est pas « privé ». Cette crise est perçue par Marc-Alain Ouaknin, rabbin et docteur en philosophie, comme une « crise de l’intimité ».

Comme il l’explique très bien dans son « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains » (3), nous vivons en effet « l’époque de l’oubli [ou de la négation ?] de l’intime, catégorie essentielle fondatrice de toute société ». Or, poursuit-il, « l’éthique n’est possible qu’à partir de l’existence de l’intime. L’intime de la maison n’est pas fuite du monde et de l’autre, mais la condition même de leur rencontre…. » (Zeugma, p 497).

Selon Ouaknin, le texte biblique est de nature à nous ouvrir de nouvelles perspectives sur cette question de l’intime. Il cite en particulier « cet épisode [de Genèse 9v20 et ss] où, après être sorti de l’arche, Noé (…) plante une vigne et s’énivre de son vin, pour finir dénudé dans l’intimité de sa tente. Un des trois fils, Cham, entre dans la tente et voit son père nu. « Et Cham, le père de Canaan, vit la nudité de son père et il raconta à ses deux frères à l’extérieur »[v22]. Des commentateurs estiment que « ce texte suggère (….) que la faute de Cham n’est pas d’avoir vu la nudité de son père, mais de n’avoir regardé que cette nudité et de l’avoir racontée à ses frères » (op .cit., p 499). Dès la sortie de l’arche, le langage est perverti dans son utilisation par Cham qui entre dans le monde de la médisance. Et, souligne Marc-Alain Ouaknin, « médire, ce n’est pas mentir, mais réduire la complexité d’une situation ou d’un être à une seule dimension. La médisance réduit la conscience que l’on peut avoir de la complexité d’autrui en le réduisant à une seule de ses fonctions, en n’en voyant qu’un point sans le mettre en relation avec les autres, sans prendre en considération les interactions, les liens et les marges (…). Cham est dans une pulsion qui transforme son voir en parole sans attendre que son père puisse prendre la parole, dire quelque chose, expliquer, s’expliquer. Cham est dans l’aussitôt. Il voit et aussitôt se met à parler sans laisser à son père le temps d’une parole, d’un commentaire, et sans se laisser à lui-même la possibilité d’élaborer un discours, une raison, un logos. Il ne se fait pas accueil pour une parole (…). Aucune parole ne peut résider chez lui, en lui. Il est sans intériorité et ne comprend ni ne respecte l’intériorité de l’autre, ici son père. Il raconte à ses frères qui sont à l’extérieur. Sa bouche est toujours tournée vers cette extériorité sans retenue, ce que l’hébreu nomme l’insolence, houtspa, mot qui veut dire littéralement « extérieur-bouche ».

La médisance, c’est nier chez l’autre le droit à l’intime et chez soi l’existence de cet intime, lieu d’un temps de maturation d’une parole qui pourra être dite ou retenue. Et en niant le droit de l’autre à l’intime, c’est le réduire à son dévoilement, son apocalypse [« révélation » et non « catastrophe »], sans lui donner le temps de retrouver son for intérieur dans lequel il pourrait se ressaisir et élaborer une parole d’explication et de transmission. Médire, c’est ne pas respecter la part de mystère qui est à l’origine de toute créature.

Cham maudit son père et est maudit en retour, comme s’il se maudissait lui-même. Pris dans l’émotion produite par la nudité de son père, aucune place n’est donnée au discours et aux commentaires qui auraient pu être faits. Une forme de ressenti obstrue la possibilité d’une pensée rationnelle et devient fondement du non-entendement, de la pulsion et de l’intolérance ».(op.cit., pp 500-501)

Le propre de cette génération, piégée par des polarisations extrêmement violentes ?

Face aux deux écueils d’une vie marquée par la démesure (la croyance dans le mythe moderne du « tout est possible »), et d’une vie marquée par la seule nécessité, conduisant au déterminisme et au fatalisme, il est heureusement permis d’espérer.

Marc-Alain Ouaknin, dans son commentaire de cet épisode biblique, rappelle que « Shem et Yafet, les deux autres frères, vont à la fois réparer la faute de Cham » et rendre possible « une éthique de la juste parole (4), du bien dire, (c’est-à-dire), de la bénédiction. Ils font réparation de la médisance, réparation qui sera ritualisée plus loin dans le texte biblique dans le rituel de guérison [et purification] du lépreux [l’ostracisé de l’époque, cf Lévitique 14].

Le bien dire de la bénédiction consiste tout d’abord à rétablir l’intime de l’autre. C’est ainsi que les frères prennent une couverture [qui est autre que les « couvertures médiatiques »] qu’ils posent sur leurs épaules pour la déposer sur le corps de leur père en marchant en arrière, sans regarder sa nudité. » (op.cit., p 502)

« (Car j’étais) nu, et vous m’avez vêtu (…) Alors les justes lui répondront : “Seigneur (….) quand nous est-il arrivé de te voir (…) nu et de te vêtir ? Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Matt.25v36, 38, 40)

« Vêtir ceux qui sont nus », telle est la réponse à cette nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui promet, de façon illusoire, un monde sans vie privée. Sans doute l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques.

 

Aller plus loin : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/12/15/limitation-de-jesus-christ-veiller-a-son-intimite/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/09/20/le-pseudonymat-nest-pas-un-anonymat/

 

 

Notes :

(1) Le déroulé de l’histoire : https://www.lci.fr/justice/jesuismila-menacee-de-mort-et-de-viol-pour-avoir-insulte-l-islam-sur-instagram-mila-16-ans-porte-plainte-2143516.html

(2) https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/22/mila-une-jeune-femme-de-16-ans-a-t-elle-ete-exfiltree-de-son-lycee-par-la-police-suite-a-une-video-a_1774539

(3) Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013. Voir notre article sur l’ouvrage.

(4) Bénir, c’est effectivement dire du bien de quelqu’un, mais pas dans le sens de quelque chose que nous trouverions « sympa » ou « cool ». C’est tout simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : c’est ainsi que cette chose est juste et vraie. D’autre part, bénir, c’est aussi se mobiliser pour que ce bien énoncé par la parole devienne une réalité.

 

 

Genèse 1

« La création commence petite, mais gestante »…

Genèse 1v1 commence avec « le commencement de la création par Dieu du ciel et de la terre ».

« La création commence petite, mais gestante. Elle se complexifie jusqu’à son apogée le 6ème jour, avec la création des êtres humains à l’image de Dieu. Puis, le 7ème jour, un silence : un repos, une pause gravide – en d’autres termes, un s(h)abbat ».

(D’après « Surpris par l’espérance » de NT Wright. Excelsis, 2019, p 349)

 

Lecture : Gen.1v1-31, 2v1-4

A l’école de Jésus pour le service : Jean 13v1-17

« Beaucoup veulent être « leaders », mais combien veulent être « serviteurs », à la suite de Jésus-Christ ? » (Source : convergence bolcho-catholiques)

« S’équiper pour servir », telle est le thème de la Semaine Universelle de Prière 2020. Tout un programme ! La formation dure toute la vie. Notre diplôme ? Entendre cette approbation : « c’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître ».

Les meilleurs « lieux de formation » restent : « à la suite de Jésus », « venir à Jésus » et « demeurer en Lui », car il n’y a pas de meilleure école que celle de Jésus pour s’équiper pour le service.

Lecture : Jean 13v1-17

1Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême.

2Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait jeté au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, la pensée de le livrer,

3sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu,

4Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint.

5Il verse ensuite de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

6Il arrive ainsi à Simon-Pierre qui lui dit : « Toi, Seigneur, me laver les pieds ! »

7Jésus lui répond : « Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent, mais par la suite tu comprendras. »

8Pierre lui dit : « Me laver les pieds à moi ! Jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu ne peux pas avoir part avec moi. »

9Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, non pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »

10Jésus lui dit : « Celui qui s’est baigné n’a nul besoin d’être lavé, car il est entièrement pur : et vous, vous êtes purs, mais non pas tous. »

11Il savait en effet qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il dit : « Vous n’êtes pas tous purs. »

12Lorsqu’il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ?

13Vous m’appelez “le Maître et le Seigneur” et vous dites bien, car je le suis.

14Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ;

15car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi.

16En vérité, en vérité, je vous le dis, un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie.

17Sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique.

 

Une scène particulièrement touchante, forte en émotions, d’une grande portée spirituelle, et particulièrement interpellante. Une certaine actualité pour nous, qui entendons à nouveau ce récit. Soyons conscients que Jésus est bien présent et qu’il nous enseigne ce soir, nous ses disciples, nous les siens, comme il a enseigné ses premiers disciples, il y a 2000 ans. Par la foi, nous ne lisons/n’écoutons pas ce récit comme une simple « histoire », mais nous devenons « contemporains du Christ ».

C’est pourquoi nous pouvons faire nôtre cette prière : « parle Seigneur, tes serviteurs/servantes t’écoutent » (cf 1 Sam.3v10).

Nous voyons ici, d’une manière spéciale et touchante, à quel point Jésus « aima les siens jusqu’à l’extrême » (a mis « le comble de son amour pour eux ») et à quel point Jésus est soucieux de prendre soin de ceux qui lui ont été confiés. Il avait une véritable pédagogie de la foi et nous a laissé des consignes explicites quant à la manière de « rendre visible (tangible) la grâce invisible », « la grâce multicolore » de Dieu (1 Pie.4v10).

Il nous ordonne certaines pratiques : « faites ceci » (en mon nom, en mémoire de moi) pour le baptême et la Cène ; et ici, pour le lavement des pieds, « ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi », « vous serez heureux si vous le mettez en pratique ».

Jésus lave les pieds de ses disciples. Ces derniers ne l’ont pas fait. Il s’agit là d’une tâche habituellement effectuée par l’esclave de la maison. Même les rabbins ne permettaient pas cela de la part de leurs disciples. Mais Jésus lava volontairement les pieds de ses disciples, y compris Judas. Juste avant le repas, ils s’étaient disputés pour savoir « qui serait le plus grand » (Luc 22v24-30)
Pourtant Il nous demande de faire comme lui. « Vous serez heureux si vous le mettez en pratique » : il y a là une promesse certaine liée à la pratique, non seulement de ce geste mais aussi de tout l’enseignement qui y est associé.

A ce sujet, il est toujours frappant et interpellant de constater que, de ces trois commandements du Seigneur (Baptême, Cène et lavement des pieds), c’est le lavement des pieds qui est le moins pratiqué, quand il n’est pas pratiqué du tout. Alors qu’il est tout aussi biblique que les deux autres et alors qu’une promesse certaine est liée à la pratique de ce commandement.

Comment expliquer que nous soyons à ce point en décalage avec ce commandement explicite du Seigneur ?

Peut-être parce que, des trois, il est le plus impliquant sur les plans émotionnel et physique ?

Combien d’entre nous, nous identifions-nous à Pierre, dans cette scène ?

Pourtant, ce commandement du lavement des pieds, en plus d’être porteur d’une promesse, nous transmet un enseignement de Jésus sur le ministère, c’est à dire le service, la thématique qui nous occupe en cette semaine universelle de prière.

Le ministère n’est pas un honneur ou une responsabilité. Sinon, on l’appellerait « magi-stère ». C’est une position, de service : ni en haut ou devant, ou derrière, mais en dessous, au niveau des pieds de ceux que nous servons. Les pieds des personnes supposées être en dessous de nous. C’est un « mini-stère ».

Dans sa pédagogie de la foi, Jésus nous enseigne lui-même cette posture et cet esprit du service.

Ailleurs, il est assis au centre comme LE Maître – et non pas comme un maître – qui enseigne. Qu’il soit assis ou abaissé, il nous enseigne, en nous regardant par en-dessous, d’en bas, pas de haut. Cette position nous enseigne sur l’autorité en Jésus-Christ, « le Roi-serviteur ». Beaucoup veulent être « leaders », mais combien veulent être « serviteurs », à la suite de Jésus-Christ ?
Il nous encourage à le suivre : « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ? Vous m’appelez “le Maître et le Seigneur” et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. En vérité, en vérité, je vous le dis, un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique »(Jean 13v12-17).
Le Seigneur nous enseigne ainsi : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13v34-35) ; « Par amour, soyez serviteurs les uns des autres » (Gal.5v13). Car, quand même bien je donnerai ma vie pour mes frères, « si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien » (1 Cor.13v3). Mais aussi : « pardonnez-vous réciproquement, comme Dieu vous a pardonnés en Christ » (Eph.4v32), et « accueillez-vous les uns les autres comme Christ vous a accueillis » (Rom.15v7). En effet, le lavement des pieds est lié à l’hospitalité – « l’amour de l’étranger ».

L’esprit d’un tel service contribue à la réconciliation et donc à l’unité et à l’édification des croyants.

Le lavement des pieds est source de guérison, car il brise notre orgueil, notre tendance à chercher à savoir « qui sera le plus grand ? ». Prendre cette posture d’humilité nous ouvre un espace pour vivre le pardon. Sans cela, je ne peux, ni laver les pieds, ni me laisser laver les pieds par celui ou celle avec qui je ne me suis pas réconcilié (même chose pour l’adoration cf Matt.5v23-24) ou à qui je n’ai pas demandé pardon.

C’est ainsi que la réconciliation contribue à l’unité du corps de Christ, lequel ne saurait être divisé, car ce serait diviser Christ. « Christ est-il divisé ? » (cf 1 Cor.1v13). « Pas un de ses os ne sera cassé ». Il n’y a pas « l’église de Pierre », « l’église de Jacques », « l’église de Jean » ou « l’église d’André », mais l’église de Jésus-Christ.

Jésus nous enseigne (et nous commande) de l’imiter, mais aussi de vivre la réciprocité : un jour, je serai celui qui lave et un autre jour, je serai celui qui a besoin qu’on lui lave les pieds. Cette réciprocité permet la purification et la restauration, lorsque nous chutons/nous nous salissons dans notre marche : cette restauration/purification n’est pas seulement pour moi ou mon frère, mais au bénéfice de l’Eglise entière.

C’est ainsi que notre service contribuera à l’unité et à l’édification du corps de Christ en entier.

 

(Message donné à l’occasion de la Semaine Universelle de Prière, le 14/01/20 à Livry Gargan. La Semaine Universelle de Prière est une dynamique proposée par l’Alliance Evangélique Européenne, mise en place en France par le CNEF)

Deux albums (sinon rien) pour parler du deuil et du pardon

Peut-on espérer une nouvelle vie quand tout est brisé ?

Voici deux albums récents, reçus en service presse de la part de BLF éditions, que je remercie, pour nous parler de deux sujets sensibles et essentiels : « Plus jamais d’au-revoir » de Lauren Chandler (l’épreuve face à la maladie et le deuil suite au « départ » d’un proche) et « l’ami qui pardonne » de Dan Dewitt (le pardon de ce qui semble impardonnable et la restauration de relations brisées) – mon préféré. Tous deux superbement illustrés par Catalina Echeverri, dont j’ai aussi apprécié les partis pris graphiques.

« Plus jamais d’au revoir » ou l’espérance d’une vie où l’on dira « au revoir » à tous les « au revoir »….

Le premier album raconte « la vraie histoire », tirée de l’évangile selon Jean, de ce que n’a pas fait et a fait Jésus, lorsqu’il a appris que son ami Lazare est mort des suites d’une maladie.
Le second album raconte une autre « histoire vraie », également tirée des évangiles (Notamment Marc 14, Jean 18 et 21). « L’ami qui pardonne », c’est Jésus. Celui qui a eu besoin de son pardon est Simon Pierre, qui a fait semblant, par trois fois, de ne pas le connaître. Pourtant, il s’était déclaré ami de Jésus, prêt à mourir pour lui et jurant de ne jamais le laisser tomber.

Mais, par-delà ces sujets éternels, ces lectures sont autant d’occasions d’apprendre aux plus jeunes que ces « histoires vraies » ne sont pas uniquement des « histoires » (même « vraies »). Ce qui nous est raconté est toujours actuel. Il nous est ainsi possible d’espérer en une nouvelle vie et un avenir, surtout quand nous pensons que « tout est fini », et d’avoir toute confiance en Celui qui est la source de notre espérance.

Jésus est cet ami fidèle et fiable, qui nous pardonne.

Jésus est en effet ici présenté comme un ami, compatissant et consolateur, lorsque nous sommes dans le deuil, suite au « départ » d’un proche. Il est aussi celui qui nous aime, toujours fidèle et digne de confiance – alors que nous sommes pas du tout fiables et dignes de confiance – nous relevant (plutôt que de nous ‘ »enfoncer ») « encore, encore et encore » quand nous tombons « encore, encore et encore ».

Deux beaux albums touchants et parfois drôles, d’une grande portée théologique, et facilitant l’échange sur des sujets difficiles pour des enfants, comme pour des adultes. A découvrir et à faire découvrir, en guise de témoignage que Celui en qui nous mettons notre confiance fait « toutes choses nouvelles » (Apoc.21v5) !

 

En bref : 

« Plus jamais d’au revoir. Jésus, Lazare et la tombe vide : la vraie histoire », de Lauren Chandler. Illustrations de Catalina Echeverri. Blf éditions, 2019.

« L’Ami qui pardonne. Pierre a mal agi et Jésus lui a pardonné : la vraie histoire », de Dan Dewitt. Illustrations de Catalina Echeverri. Blf éditions, 2019.

 

Pep’s café a 7 ans !

« Chapter 7 », Par Nick Youngson

Pep’s café le blogue vient de passer le cap des 7 ans le 09 janvier.

7, le chiffre de la perfection ! Plus exactement « la perfection divine dans les choses spirituelles, mais aussi dans le rapport des choses de Dieu avec la terre. L’Ecriture présente sept alliances de Dieu avec des hommes.
Le Notre Père contient sept demandes, trois relatives à Dieu et quatre à l’homme. (…)
Chiffre aussi de repos, de ce qui est complet, accompli. Dieu s’est reposé le septième jour (…) Christ a prononcé sept paroles sur la Croix.« (1).

Merci, premièrement au Seigneur, puis à ma chère moitié « la pep’sette », pour l’inspiration et les encouragements nécessaires dans la tenue de ce blogue, lequel est une sorte de café, avec ses conversations qui ne s’arrêtent jamais – en voici quelques exemples ici et – et un endroit propre et bien éclairé où l’on aime se rendre.

En témoigne l’année 2019, laquelle a été, à ce jour, la meilleure pour le blogue, en terme de fréquentation. Merci à vous, visiteurs et lecteurs de tous pays et horizons, et merci aux nouveaux abonnés qui se sont ajoutés aux précédents.

Merci aussi à vous d’apprécier Pep’s café comme étant « un blogue diversifié, proposant des articles documentés et de fond, invitant très simplement son lecteur à pousser sa réflexion un peu plus loin », et comme étant « un blogue témoignant d’une manière de parler de la foi, de sa foi ».

Parmi les articles les plus vus (dans l’ordre) :

« 20 livres que tout chrétien devrait avoir lu… »

« L’aveugle et le boiteux n’entreront pas dans la maison… »

« Ma Parole est comme un feu… »

« Un protestant évangélique peut-il faire carême ? »

« Jésus-Christ a le pouvoir de transformer ta vie »

Enfin, si vous estimez que ce blogue vous bénit, vous avez l’occasion de le bénir aujourd’hui, via un petit témoignage au pied du présent article. Vous pouvez ainsi relever un aspect que vous aimez bien dans Pep’s café! le blogue et en quoi il a pu vous encourager et vous édifier en 2019, si c’est le cas. J’en serai très honoré et encouragé à mon tour.

N’hésitez pas ! Car bénir, c’est bon ! C’est dire ce que Dieu a déclaré Lui-même comme bon, et aussi se mobilier concrètement pour que ce bien énoncé par la parole (ici, l’écrit) devienne une réalité.

Donc, pour bien commencer l’année, ne manquez pas une occasion de bénir aujourd’hui, et surtout, de bénir sans cesse !

 

 

 

 

 

 

 

Note :

(1) https://www.promesses.org/la-signification-des-nombres-dans-la-bible/

« Vous n’avez qu’un seul guide, le Christ »

En quête de sens ? Vers qui se tourner ?

« Mais vous, ne vous faites pas appeler “rabbi”, car vous êtes tous égaux et vous n’avez qu’un seul maître. N’appelez personne sur la terre votre “père”, car vous n’avez qu’un seul père, celui qui est au ciel. Ne vous faites pas non plus appeler “guide”, car vous n’avez qu’un seul guide, le Christ. », dit Jésus (Matt.23v8-10)

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles qui donnent la vie éternelle » (Jean 6v68)

Le drame serait que l’on vienne nous voir, nous chrétiens, notamment engagés dans des services d’accompagnement spirituel/de « relation d’aide », comme on va voir un « gourou » ou « un marabout » (aujourd’hui, on dirait : « un homme de Dieu » ou « un saint homme »), à l’instar de ce personnage décrit par La Bruyère dans ses « caractères » :

Irène se transporte à grands frais en Épidaure, voit Esculape dans son temple, et le consulte sur tous ses maux. D’abord elle se plaint qu’elle est lasse et recrue de fatigue ; et le dieu prononce que cela lui arrive par la longueur du chemin qu’elle vient de faire. Elle dit qu’elle est le soir sans appétit ; l’oracle lui ordonne de dîner peu. Elle ajoute qu’elle est sujette à des insomnies ; et il lui prescrit de n’être au lit que pendant la nuit. Elle lui demande pourquoi elle devient pesante, et quel remède ; l’oracle répond qu’elle doit se lever avant midi, et quelques fois de se servir de ses jambes pour marcher. Elle lui déclarer que le vin lui est nuisible : l’oracle lui dit de boire de l’eau ; qu’elles a des indigestions : et il ajoute qu’elle fasse la diète.

« Ma vue s’affaiblit, dit Irène. Prenez des lunettes, dit Escupale. Je m’affaiblis moi-même, continue-t-elle, et je ne suis ni si forte ni si saine que je l’ai été. C’est, dit le dieu, que vous vieillissez. 

Mais quel moyen de guérir cette langueur ? 

Le plus court, Irène, c’est de mourir, comme on fait votre mère et votre aïeul. 

Fils d’Apollon, s’écrit Irène, quel conseil me donnez-vous ? Est-ce là toute cette science qui vous fait révérer de toute la terre, Que m’apprenez-vous de rare et de mystérieux, et ne savais-je pas tous ces remèdes que vous m’enseignez ? 

Que n’en usiez-vous donc, répond le dieu, sans venir me chercher de si loin, et abréger vos jours par un long voyage ?

[La Bruyère. Les Caractères, « De l’homme », 35. GF, 1994, pp 271-272]

 

Dans le même ordre d’idée, voici ce qu’il est possible de répondre à ceux qui nous demandent « de prier pour eux ».

 

 

L’Espérance ultime des chrétiens

Qu’est-ce que les chrétiens espèrent de l’avenir ? Vous serez surpris de l’apprendre !

Noël est derrière nous !

Mais savez-vous que les premiers chrétiens ne fêtaient pas Noël, mais uniquement la Résurrection corporelle du Christ, avec la grande fête de Pâques – sans oublier une célébration hebdomadaire ?

Ce qui en dit long sur le fondement de l’espérance future et ultime du christianisme des premiers temps, laquelle était fermement centrée sur cet événement historique. Et il y a de quoi être « surpris par (une telle) espérance », souligne le théologien N.T. Wright dans un passionnant ouvrage récemment publié(1), que je suis en train de lire.

« Les premiers chrétiens ne se satisfaisaient pas simplement de croire en la vie après la mort ; ils n’ont quasiment jamais parlé d’un transfert vers le ciel après la mort (….). Et lorsque ces chrétiens parlaient du ciel comme d’une destination post-mortem, ils semblaient envisager cette vie céleste comme une étape temporaire en route vers la résurrection finale du corps. Lorsque Jésus rassure le brigand sur la croix » qu’« aujourd’hui », il sera avec lui « au paradis » (Luc 23v43), ce « paradis » ne peut être leur destination finale, comme l’atteste Luc au chapitre suivant. « Le paradis » est plutôt le lieu où les morts en Christ (cf 1 Cor.15) se ressourcent en attendant la résurrection. Lorsque Jésus déclare à ses disciples « qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison de (son) père » (Jean 14v2), le terme employé en grec, monè, désigne un séjour provisoire, une halte. Lorsque Paul désire « s’en aller pour être avec Christ, ce qui est bien préférable » (Philippiens 1,21-23), « il pense effectivement au bonheur de vivre auprès de son Seigneur immédiatement après sa mort, mais ce n’est qu’un prélude à la résurrection elle-même » (2).

En clair, explique encore N.T. Wright, l’espérance chrétienne d’un avenir en Dieu repose sur la conviction « d’un processus futur en deux étapes » (2) : 1) A la mort, « le corps de l’homme s’en retourne à la terre d’où il a été tiré [Gen.3v9] et le souffle de vie (l’esprit) retourne à Dieu qui l’a donné » (cf Ecclésiaste 12v7 et aussi Luc 23v46). L’espérance du chrétien est de demeurer auprès du Seigneur, dans l’attente de 2) son espérance ultime, laquelle est la Résurrection des morts, et une existence nouvelle dans une Création renouvelée [des « nouveaux cieux » et une « nouvelle terre »], selon Apocalypse 21v1, 4, où « la mort ne sera plus » et où « il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance. »

Au final, « Surpris par l’espérance » nous montre que ce que nous croyons à propos de la vie après la mort affecte directement ce que nous croyons de la vie avant la mort. En effet, si Dieu veut renouveler toute la création et non la détruire, cela signifie que la mission de l’Église ne peut se limiter au seul « salut des âmes » : elle doit travailler pour le royaume (ou le règne) de Dieu, dans le monde entier, en apportant guérison et espérance dès la vie présente.

Qu’en est-il pour vous ?

Une bonne idée de première lecture, pour bien débuter la nouvelle année !

Voir aussi, sur le même sujet, cette question « théo » très pratique :  https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/03/20/la-question-theo-du-mois-dieu-va-t-il-detruire-la-terre-lors-du-retour-de-jesus-christ/

 

Notes :

(1)Wright, N.T. Surpris par l’espérance. Excelsis, 2019 (Sel et lumière). Voir ici ou dans toutes les bonnes librairies.

(2) Ibid, p 85

Le 1er janvier 2020 : un jour comme les autres

Encourageons-nous à ne pas trop parler en ce 1er janvier ( Source : Pixabay)

Chers lecteurs, nous sommes aujourd’hui le 1er janvier 2020. Lequel 1er janvier (à l’instar des autres jours de l’année) ne nous donne aucun pouvoir surnaturel en soi.

Dès lors, amis chrétiens, essayons donc de ne pas trop parler devant Dieu à l’occasion du changement d’année.

« Ne te rends pas à la légère dans la maison de Dieu. Vas-y avec l’intention d’écouter. Cela vaut mieux que d’offrir le sacrifice des gens stupides qui ne comprennent pas qu’ils agissent mal ». (Eccl.4v17) et « Devant Dieu, ne te presse pas de parler, ne te hâte pas d’énoncer une parole ; Dieu est dans les cieux et toi, tu es sur la terre. Mesure donc tes paroles. En effet, plus on a de soucis, plus on rêve ; et plus on parle, plus on dit de sottises. Si tu fais une promesse à Dieu, accomplis-la sans retard, car Dieu n’aime pas ceux qui agissent sans réfléchir. C’est pourquoi tiens ce que tu promets. Il vaut mieux ne pas promettre que de promettre sans tenir parole. Évite de te rendre coupable par tes propos. Ne dis pas au prêtre : « C’est une erreur. » Autrement, Dieu s’irritera à cause de tes paroles et détruira ce que tu entreprends. Les paroles abondantes sont aussi vaines que les rêves en grand nombre. Reconnais donc l’autorité Dieu ». (Eccl.5v1-6).

Le mieux que je puisse nous souhaiter, à nous qui sommes « en Christ » (cf Eph.1) et nous reconnaissons parmi ceux qui Lui appartiennent (Jean 17v6, 9, 24), est de sortir des crispations identitaires et postures clivantes, pour mieux vivre cette prière de Notre Seigneur, avec pour seul soucis (qui est aussi celui de Dieu) de le rendre visible auprès de ceux qui ne lui n’appartiennent pas encore. De sorte que ceux qui nous rencontrent ne nous rencontrent pas nous, mais plutôt fassent une réelle rencontre avec Jésus-Christ, « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20), et « le Prince de la paix » (Es.9v5).

Pour vous, lecteurs, qui n’appartenez pas encore à Jésus-Christ, Celui-ci ne prie pas seulement pour les siens, mais aussi pour ceux qui croiront en Lui grâce à ce que les siens diront de Lui (Jean 17v20).

C’est aussi notre prière et le but de ce blogue : que ceux qui connaissent pas Jésus-Christ viennent à Lui, que ceux qui se sont éloignés de Jésus-Christ reviennent à Lui, et que ceux qui sont en Christ demeurent en Lui. Et, globalement, que tous le Suivent. En Lui se manifeste cette promesse : « voici, je fais toutes choses nouvelles » (Apoc.21v5)