Deux visions du monde s’affrontent

C’est le rôle de tout adulte responsable de canaliser les instincts et de transmettre à l’enfant, sujet à la démesure, le sens de la mesure et des limites…(Source image : public domain picture)

Deux visions du monde s’affrontent.

L’une prétend que la possession est instinctive dans l’espèce humaine. L’enfant apprend tout de suite à dire : « c’est à moi ! » Comment peut-on prétendre réprimer cette impulsion naturelle ?

L’autre répond qu’il existe de nombreux instincts naturels chez l’enfant : il dit « c’est à moi », « voleur ! », même pour un jouet qui ne lui appartient pas, ou « j’ai gagné ! » même quand la partie n’est pas terminée, ou conteste les règles par un « de toute façon, vous avez triché ! »

Il essaie, il cherche ses limites, le cadre de ce qui lui est permis. Puis il lâche brusquement la main qui le tient et court par instinct de liberté – ou fantasme de toute puissance – mais on le retient avant qu’il ne se fasse renverser par une voiture.

Par instinct, il vide son intestin dans son lit, l’adulte responsable lui apprend à ne pas le faire(1).  Comme  l’adulte responsable lui apprend qu’il n’est pas juste de casser les jouets de la collectivité qu’on lui a prêté, pour que d’autres puissent y jouer aussi, ou qu’il est essentiel de ne pas troubler avec ses pieds l’eau de la fontaine publique qu’il vient de boire, pour que d’autres puissent boire aussi (Ezech.34v18-19).

Nous sommes une espèce qui canalise les instincts(1), apprenant à l’enfant, comme tel sujet à la démesure, désirant « tout, tout de suite », à rentrer dans la mesure et la limite(2), et que la meilleure façon de demander est de « demander pour savoir » et non « pour obtenir » ou « arracher » (3)

A votre avis, laquelle de ces visions du monde vont promouvoir les « chrétiens solidement bibliques et ayant nettement plus de discernement spirituel que les autres », sachant que « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Gal.5v22-23) et que « L’oeuvre de la justice sera la paix, Et le fruit de la justice le repos et la sécurité pour toujours… » (Esaïe 32v17-18) ?

 

Notes : 

(1)D’après Erri de Luca. Impossible. Gallimard, 2020 (Du monde entier), pp 159-160

(2) D’après Dany-Robert Dufour écrivait dans « L’individu qui vient » (Denoël, 2015. Folio, pp 350-360)

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/28/deux-facons-de-demander-savoir-ou-obtenir/

Deux façons de demander : « savoir » ou « obtenir »

Demandons-nous pour « savoir » ou pour « obtenir » ?

En latin, il existe deux verbes pour « demander » : l’un sert à « demander pour savoir », l’autre à « demander pour obtenir ».

De là, un monde divisé (polarisé ?) en deux catégories, selon l’usage qui est fait du verbe « demander » : les uns prétendent « vouloir savoir la vérité », alors qu’ils ne cherchent, en réalité, qu’à obtenir une confirmation de ce qu’ils croient déjà savoir. Les autres utilisent le verbe de la curiosité de ceux qui veulent vraiment savoir (ou s’informer de) la vérité. Les premiers n’en ont pas besoin(1).

En guise d’illustration de cette polarisation, « la fin de la neutralité du Net [en 2018], aux Etats-Unis, n’en finit pas de dérouler ses conséquences inquiétantes pour la démocratie », analyse l’historien Sébastien Fath dans une note de blogue. « En un mot », explique-t-il, « les internautes américains restent désormais dans leur bulle de confort »(2). Et en clair, « à chacun sa vérité » sur Internet, d’autant plus que, comme le rappelle l’écrivain Ralph Kayes (L’Ère de la postvérité, 2004), cité par ce numéro de « Sciences Humaines », les réseaux @sociaux deviennent la première source d’information, au détriment des médias traditionnels, décrédibilisés. Or, sur le Web 2.0, les informations erronées et les sources peu vérifiables abondent. Et à l’ère des réseaux @sociaux, tous croient posséder leur propre vérité et cherchent, non pas tant des médias « d’information » que des médias « de confirmation ».

« En Europe », souligne Sébastien Fath, « un internaute musulman et un internaute catholique qui effectuent la même recherche Google trouveront (en gros) les même résultats. Aux Etats-Unis, la liste donnée par Google sera différente. Aux Etats-Unis, Internet fournit désormais aux consommateurs ce qu’ils aiment (ou ce qui rentre dans le périmètre de leur abonnement). Et élimine les voix différentes, discordantes, critiques. D’où cette polarisation qui marque la société états-unienne, dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences. Pain béni pour les complotistes et manipulateurs ! »(2)

« Piqué » sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

Or, « la recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible », comme le relève Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste et essayiste dans « Décryptez l’information », (Dangles éditions, 2014, pp 15-16). Et nous réduisons trop souvent l’information à la seule expression d’une vision sur l’actualité, survalorisant l’opinion, le « coup de gueule », « l’édito » ou le commentaire(3).

Sur ce point, le chrétien est censé être plus armé que les autres : il croit normalement en la vérité absolue ou qu’il existe une vérité (à savoir que Jésus-Christ est la Vérité, que la Parole de Dieu est la vérité et que le Saint-Esprit est l’Esprit de vérité) et sa vie est cohérente avec une telle attestation. Il ne prétend pas posséder la vérité à lui tout seul, mais il cherche et aime la vérité.

A l’inverse, celui qui estime que la vérité n’est pas atteignable, a renoncé à la chercher. Il ne lui reste alors plus que son honnêteté (ou sa mauvaise foi) par rapport à ses croyances (ce à quoi il tient) ou ses convictions (ce qui le porte) et non plus par rapport à la réalité.

Sauf qu’en « matière de consommation religieuse d’internet », il existe une « étude de la revue du MIT, parue fin août dernier », laquelle « détaille la vulnérabilité du public évangélique américain » à certaines « théories complotistes », comme le souligne encore Sébastien Fath.(2)

De manière générale, l’esprit du conspirationnisme s’est-il infiltré de façon virale dans le christianisme actuel ?

Comment a-t-on pu en arriver là ?

Jérôme Prekel, dans un article publié sur son blogue « Le Sarment », rappelle que « l’apôtre Paul décrit un contexte semblable dans une de ses lettres aux Thessaloniciens, dans laquelle il décrit une situation future de la grande scène du monde » : il y est question de « la place centrale du mensonge et la vérité dans une société en proie à la confusion spirituelle ».

«…L’apparition de cet impie se fera, par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l’iniquité pour ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Aussi Dieu leur envoie une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge,… afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés.» (2 Thess. 2/9 à 12)

Pourquoi Dieu envoie-t-il une puissance d’égarement ?

Nous avons besoin d’une réponse à cette question. En effet, la plupart des chrétiens prient pour que Dieu améliore la situation du monde, et c’est tout-à-fait juste, sous un certain angle : nous prions pour les autorités, pour les gouvernements, mais il semble ici que cette prophétie intègre un interventionnisme divin négatif : alors que la situation est catastrophique, Dieu accentue le problème.

Il faut noter cependant que Dieu ne déclenche pas un phénomène d’incrédulité mais il l’entérine, ce qui a pour effet d’accélérer un processus de confusion qui semble être parvenu à un point de non-retour, à savoir une société qui se livre graduellement au mensonge, jusqu’à un stade irréversible.

Dien envoie une puissance d’égarement parce que le Monde VEUT croire dans ce que nous appelons «le mensonge» (….), c’est-à-dire dans une forme d’existence, de fonctionnement et de progrès, sans Dieu. C’est en quelque sorte l’aboutissement de l’errance loin de la vérité, qui a commencé le jour où le premier couple a fait son premier pas en dehors du jardin d’Eden. Et cette errance ne peut engendrer à terme que le chaos, si les appels à revenir au Créateur ne sont pas entendus.»(4) 

Et « quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (5).

Il est possible « de renverser nos manières de penser » (ce qui s’appelle une « métanoia ») et d’abandonner le mensonge pour revenir à la vérité.

Ce n’est pas « impossible ». C’est « impossible » jusqu’au moment où cela se produit.

L’espérance est que « ce qui est impossible aux hommes est possible pour Dieu » (Luc 18v27), et que « tout est possible pour celui qui croit » (Marc 9v23).

Prétendre le contraire serait proclamer que Christ fléchit le genou devant un système, une culture, un caractère, des lobbies, des puissances, des idées…alors que le chrétien est celui qui confesse que Jésus-Christ seul est Seigneur.

C’est l’obéissance à la vérité « qui purifie nos âmes, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie », « d’un cœur pur, avec constance » (1 Pie 1v22).

« L’amour ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité » (1 Cor.13v6).

Ceux qui ont « appris le Christ, si du moins c’est bien de lui (qu’ils ont) entendu parler, si c’est lui qui (leur) a été enseigné, conformément à la vérité qui est en Jésus : renoncer à son existence passée, se dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses ; être renouvelés par la transformation spirituelle de son intelligence ; revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité ». Ainsi, les « born again » authentiques sont ceux qui, «  débarrassés du mensonge, disent la vérité chacun à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres ». (Eph.4v20-25)

 

Face aux bulles de confort et à la polarisation, l’Eglise, en tant que témoin fidèle, dans l’humilité et en vérité, se doit d’annoncer Christ au monde : Christ, « la vérité », qui a abattu les murs de séparation et de haine (Eph.2v14).

Soyons donc de ceux qui témoignent de « la bonne façon » de demander : « demander pour savoir » et non « pour obtenir ».

 

 

 

Notes :

(1)Comme je l’ai appris dans le dernier Erri de luca, ayant pour titre « Impossible ». Gallimard, 2020, p 63

(2) http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2020/10/26/evangeliques-americains-et-complotisme-sur-internet.html#more

(3) Pour rappel :

Une information, ou l’acte d’informer, est ce qui renseigne avec exactitude sur ce que l’on ignore et qui répond aux questions « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ». L’information n’est pas une opinion mais un élément de connaissance vérifiable, qui ne concerne pas que moi mais qui s’adresse/s’impose à tous.

Informer, ce n’est pas simplement balancer des « faits bruts » en se donnant bonne conscience (« au lecteur de se faire son opinion ») : c’est aussi et surtout donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Informer, c’est (toujours) choisir : de parler d’un fait et pas d’un autre ; de choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information.

Informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur [ou le pire, selon son objectif de départ]

Le rôle de celui qui informe devrait être de rassurer[ou d’inviter à prendre du recul], d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages ou d’ « infos »…

Il est aussi possible d’informer avec objectivité : L’objectivité est la qualité de celui qui décrit des faits avec exactitude et juge sans parti pris [le parti pris est « un péché », rappelle Jacq.2v1, 9]. Certes, il est difficile de l’être « à 100 % », mais celui qui prétend (s)informer sérieusement se doit avant tout d’être honnête (envers lui-même), équitable (envers les personnes), prudent (dans le jugement) et prendre en compte la diversité des points de vue.

Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, l’objectivité de celui nous informe me paraît possible à condition de : vérifier l’information sur le terrain, auprès des personnes concernées[ce qui implique de revaloriser le reportage], et donc de ne pas se contenter de rester derrière un écran à recycler des brèves ; privilégier la diversité des perceptions et des opinions, même contradictoires ; ne pas porter de jugement moral ou moralisant ; expliquer sa démarche (comment l’œuvre est construite) ;  préciser les limites et le cadre de l’enquête ; permettre au spectateur/lecteur de discuter/enrichir le contenu et d’apporter une contradiction/réfutation/ rectification de ce qu’il voit/lit.

Un « bon média » est celui qui explique, invite au recul et nous engage à agir, comme à démonter les discours de la peur, plutôt que d’alimenter cette dernière à coup de reportages.

(4) https://lesarment.com/2017/02/lere-de-la-post-verite/

(5) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/

« Blasphème sans rémission »

« Tu ne soulèveras pas le Nom de l’Eternel ton Dieu pour tromper » : on soulève le Nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce et on en porte tout le poids…(source image : public domain pictures)

Paradoxalement, « la modernité consiste dans ce besoin d’une justification de Dieu. A la fin d’un siècle de guerres athées qui ont montré la suprématie des démocraties sur les tyrannies, de nouvelles guerres veulent prouver la suprématie d’un autel sur un autre. Plutôt que de croire en Dieu, les nouveaux guerriers au nom de la foi pensent que c’est à lui de croire en eux, en leur confiant certaines de ses missions expéditives », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca dans un petit texte intitulé « Au nom de Dieu » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 99-100.

A ce sujet, les lecteurs des Ecritures Saintes se souviennent qu’il est écrit « sur le premier volet des deux tables » de la loi : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture » (Deutéronome/Devarim 5v11).  « Tu ne soulèveras pas le nom » : Rien à voir avec la version où on lit : « tu ne nommeras pas en vain ». On le comprend bien grâce à une autre ligne : « tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture(Lashàue) contre ton prochain » (Deutéronome/Devarim 5v20).

 « Le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce [pour appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations], et qu’on en porte tout le poids. », explique encore Erri de Luca. Et « celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ». C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité », car lon ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…) car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue] ». « Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. Comme dans toutes les guerres faites au nom de cette divinité »

En tant que croyants, témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique », et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » de Dieu, à l’instar de Job (de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8), et être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui « veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes ». Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » saura répondre par le verset 12 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Nous sommes effectivement des « étrangers (et locataires) au sol », habitant cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété ». Refusons donc cet esprit « du propriétaire », qui se donnerait des droits sur la vie d’autrui, mais cultivons plutôt « l’esprit d’appartenance ». Soit la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand, qui nous a créés « à son image » et nous invite à vivre « selon sa ressemblance ».

 

D’après Erri de Luca : « Au nom de Dieu » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 99-100 et « Et Il dit ». Gallimard, 2012, pp63-65.

 

Une première version de ce texte a été initialement publié ici.

N’attendez pas d’avoir le temps mais prenez le temps d’une pause Pep’s café

« Prenez le temps » d’une pause pep’s café salutaire, car le temps disponible ne se donnera jamais.
(Source : rawpixel)

S’arrêter sur ce blogue, c’est d’abord répondre à une invitation.

Une invitation à prendre le temps de s’arrêter, le temps d’une véritable pause, à l’heure du café (ou du thé), pour une rencontre salutaire, propice au partage et à la réflexion, avant de reprendre la route.

J’écris bien : « prendre le temps », car le temps disponible ne se donnera jamais.

Pour Erri de Luca, ces « heures prises au reste de la journée » est un « bout d’oreille », une « patte (qu’il a) retirée au gaspillage inexorable, grand dévorateur du temps accordé », à l’instar du berger du livre d’Amos, lequel « sauve de la gueule du lion deux jambes ou un bout d’oreille… »(Amos 3v12)

Comme Erri de Luca l’explique lui-même dans la préface de son livre, « Première heure »(Folio, pp 9-10), « tout au long de (ses)années de vie d’ouvrier », celui qui est maintenant un écrivain feuilletait « les Saintes Ecritures et leur hébreu ancien une heure avant de partir au travail. Il (lui)semblait ainsi saisir un peu de chaque jour nouveau avant qu’il ne soit dérobé par la fatigue(…)Encore maintenant, alors (qu’il)n’exerce plus ce métier, (ll a)gardé cette habitude et cet horaire. »

« Un bout d’oreille, deux jambes »…des morceaux qui peuvent paraître dérisoires, mais quels morceaux ! « Un bout d’oreille » pour prendre le temps d’écouter la Parole d’un autre que nous même ; et « deux jambes », pour « marcher », mettre en pratique ce que l’on aura reçu et compris de cette Parole du jour.

 

Article initialement paru le 05 avril 2019 et remis à jour.

« Croire » se conjugue au participe présent

« Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur ».

Un athée, de « theos » (Dieu) et « a » (alpha, dite privative), est celui qui « se prive de Dieu, de l’énorme possibilité de l’admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s’exclut de l’expérience de vie de bien des hommes. Dieu n’est pas une expérience, il n’est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience [cf Actes 2v42-47 et 4v32-35]. L’athée la croit affectée d’illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l’humanité », écrit l’écrivain napolitain Erri de Lucca dans « Participe présent » (IN Première heure, Folio, 2012, pp 16). Lui-même ne se définit pas comme « athée » mais comme « un homme qui ne croit pas ».

Par contraste, poursuit-il, « le croyant n’est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l’équilibre et l’équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie ».

Erri de Luca est donc « un homme qui ne croit pas ». Mais « chaque jour », il se « lève très tôt » et « feuillette pour (son) usage personnel l’hébreu de l’Ancien Testament qui est (son) obstination et (son) intimité ». Mais « dans tout cela », il « reste non croyant », « quelqu’un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée », se disant incapable de « s’adresser », de « tutoyer le livre et son auteur ».

En parlant du pronom « tu », il nous parle alors de Job, « car dans son livre le tu est le point le plus haut de sa relation avec Dieu. On lit à la fin du livre un long monologue de Dieu qui s’adresse à son Job. A la fin, il dit à un de ses amis qui se sont efforcés de consoler l’affligé : ma colère s’est enflammée en toi et tes deux compagnons car tu n’as pas parlé de moi correctement comme mon serviteur Job (Job 42v7). En quoi les trois amis de Job ont-ils commis une faute, en parlant de Dieu à leur compagnon ? Parce qu’ils n’ont pas parlé neconà, correctement ? Et pourtant, ils ont développé une vaste théologie, ils ont tenté de faire entrer le malheur survenu à leur ami dans un dessein divin de récompenses et de justice [ce que l’on appelle « une théologie de la rétribution »]. Ils ont réprouvé les réclamations de leur compagnon et lui ont même reproché sa protestation contre Dieu. Ils ont ainsi au contraire, et carrément, provoqué sa colère.

Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire (au v20 du chapitre 7, il l’appelle notzer Adàm, sbire d’Adam, en faisant la caricature sarcastique de Iotzer Adàm, celui forme Adam), lui, en revanche, a parlé neconà, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Il s’adresse à lui avec le pronom de proximité, de l’urgence. Il ne le fait pas tout de suite, mais brusquement en plein chapitre 7 par une invocation directe, qui tranche avec ses lamentations précédentes et qui se traduit par un tu impératif, enfiévré et insolent : souviens-toi que ma vie est vent. Ici commence le tu pressant envers Dieu, le tu frontal qui le réconfortera et le justifiera. Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Ils restent dans leur retranchement, parlant de Dieu à la troisième personne, ne parlant jamais avec Dieu. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Au verset qui suit celui de son reproche aux trois amis, Dieu leur ordonne, à ceux qui n’ont pas parlé neconà, correctement (il le répète), un sacrifice d’animaux qu’lls offriront par l’intermédiaire de Job, qui devient pour eux comme un prêtre [ce que Job était déjà pour ses enfants, au chapitre 1. Sauf que, contrairement à ce qui se fait d’habitude, Job le prêtre n’offrait jamais de sacrifice pour lui-même !]. Eux qui n’ont pas adopté le tu avec Dieu, qui ont parlé de lui à la troisième personne, devront s’adresser à une troisième personne, à Job, pour transmettre à Dieu l’offrande expiatoire ».

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres. Celui qui croit tutoie Dieu, s’adresse à lui en parvenant à trouver en lui le sens, le hurlement ou le murmure, le lieu, église ou maison, ou air libre, l’heure, pour se détourner de lui-même et se placer vers son propre orient. A la lettre, l’orient est le lieu où reconnaître sa propre origine, où éprouver une appartenance et un lien avec le reste du monde créé ». Ceux qui ne croient pas peuvent certes en parler, car ils le lisent dans les Saintes Ecritures, le rencontrent autour de lui dans la vie des autres, des croyants, mais gardent « la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation ».

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

« Les trois amis, et aussi le quatrième, Elihou, venu s’ajouter à la fin de leur entretien et du livre [quoiqu’aucun reproche de Dieu n’ait été signalé à son sujet], offensent Dieu, car ils ne s’adressent pas à lui en tant que croyants, mais parlent de lui comme des avocats défendant un de leurs clients [se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine orthodoxie]. Il est vrai que toute la théologie parle de Dieu à la troisième personne, mais elle possède et pratique, tout en spéculant à son sujet, le tu de la prière, alors que les amis de Job face à sa douleur ne s’adressent jamais à Dieu pour qu’il le secoure, mais défendent toujours la peine et la torture infligées à leur ami, au nom d’une justice infaillible qui ne frappe pas au hasard, encore moins à tort.

Pour Dieu, au contraire [au regard de ce que nous enseigne le livre de Job], même le blasphème est un tu et il (ne semble) pas considéré comme une faute quand il jaillit en pleine douleur ». Il le sait bien, puisqu’il est notre père. Nous sommes l’argile, c’est lui qui nous façonnes, tous nous sommes l’ouvrage de sa main cf Esaïe 64v7.

« Quand cette matière se trouve sous la pression de la douleur », retentit alors « ce tu de Job » : « Rappelle-toi : tu m’as façonné comme une argile, et c’est à la poussière que tu me ramènes » (Job 10v9).

Mais, rajouterai-je, le croyant sait qu’il a « un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu ». C’est pourquoi il tient ferme la confession de foi. « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour un secours en temps voulu ».(Hébr.4v14-16)

 

 

Quand « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presque une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai… »

Les Evangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans le monde » en tant que « témoins fidèles et véritables », ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (1 Cor.13v1) ?

Entre le livre de Malachie et l’Evangile selon Matthieu, soit entre les deux testaments, se fait un silence prophétique de 400 ans (1).

De nos jours, c’est plutôt le contraire. Notre ouïe moderne n’est pas seulement « caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine », au point où « le silence (d’) aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe » (2)

Notre ouïe spirituelle est aussi – et surtout – agressée par le bruit assourdissant dû à l’inflation de « paroles de Dieu » de toutes sortes. En effet, commente ironiquement l’internaute Éliane Colard le 28 mars 2020, en réaction à un article publié sur le blogue Le Sarment, « Dieu n’a jamais autant parlé du Coronavirus depuis que [ce dernier] a quitté la Chine. Tant que le virus était en Chine, c’est comme si Dieu [ne s’en préoccupait pas] » (3).

Quelles sont donc ces « paroles de Dieu » ? « Dieu a-t-il réellement dit » (à propos du covid-19) ?

Si nous partons du principe biblique qu’il est de la responsabilité de l’assemblée (l’Eglise) d’évaluer ou de jauger les prophéties rendues publiques (cf 1 Cor.14v29), « jaugeons » donc.

Mais avant de considérer le contenu, considérons d’abord quelques principes.

Ainsi, « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » (4)

C’est une question difficile et particulièrement grave, que pose ici Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est la mort (Deut 18v20).

Premier critère pour reconnaître le faux prophète : c’est Dieu qui prend l’initiative de parler et non le prophète qui obtient une révélation par « une technique » appropriée. Le prophète Jérémie souligne l’importance de la Parole de Dieu (« du froment ») face aux visions et aux songes (« de la paille ») cf Jer.23v28.

En 1 Samuel 28, un « Samuel défunt » parle au nom de Dieu grâce à l’invocation de son esprit par une sorcière…sauf qu’il n’est pas certain que ce soit Samuel qui parle, d’autant plus que cette demande de Saül auprès de la voyante (dont le texte dit clairement qu’elle a un esprit mauvais) est clairement défendue par Dieu (« Qu’on ne trouve chez toi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts » cf  Deutéronome 18v10-11). Saül lui-même ne pouvait pas l’ignorer puisque c’est lui-même qui a promulgué cet interdit sur le royaume.  D’autre part, Saül n’apprend rien qu’il ne sache déjà de cette invocation et n’en retire rien, à part du trouble….

Deuxième critère : ce qu’annonce le vrai prophète arrive vraiment (« Si ce que le prophète dit au nom du Seigneur ne se produit pas… alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur »Deut 18v22).

En comparaison, au début de mars 2020, le prophète Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique….

Lance Wallnau, également prophète et auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent »(5).

Troisième critère : le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6)

Quatrième critère : Dans sa polémique contre les faux prophètes, Jérémie met en avant leur appât du gain. Cette critique peut être associée au reproche – d’une actualité troublante – d’un discours flatteur qui vise à plaire à ceux qui les protègent et les rémunèrent.

[« Ainsi parle l’Éternel des armées : n’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous prophétisent ! Ils vous entraînent à des choses de néant ; ils disent les visions de leur cœur et non ce qui vient de la bouche de l’Éternel. Ils disent à ceux qui me méprisent : l’Éternel a dit vous aurez la paix ; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur il ne vous arrivera aucun mal »  – Jer 23v16-17]

Les prophètes, fonctionnaires royaux, évitaient d’annoncer des choses désagréables pour le roi. Le faux prophète cherche à sécuriser le peuple et le roi, plutôt qu’à les conduire à la repentance. L’indépendance (par rapport au pouvoir) et le désintérêt du prophète (sa mission est-elle d’intérêt général ou privé, lucrative ?) sont donc des critères.

En guise d’illustration, Éliane Colard rappelle encore (3)que, comme « chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents auprès du Président Trump, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) pour la nouvelle année, [lesquels sont toujours identiques] à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères. Et bien sûr 2020 n’a pas manqué à l’appel ». [L’on peut donc se demander] s’ils allaient revenir sur leurs prédictions, vu ce qui se passe et qu’ils n’ont apparemment pas vu venir (….). On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties aux USA est l’argent, l’économie ou le succès du président (6)(7)

« Mais cette inflation de paroles prophétiques ne se produit pas qu’aux Etats-Unis. En France aussi, tout le monde rêve, songe ou reçoit des messages du ciel sur le Coronavirus. En France les songeurs et prophètes y voient un jugement (sans que ce soit d’ailleurs toujours les mêmes choses qui soient jugées) tout le monde prêche sur le coronavirus ou fait des vidéos et bientôt des livres sortiront pour expliquer pourquoi le Coronavirus (un vrai produit marchand qui fonctionne et certainement rapportera), tandis qu’aux USA on y voit un tremplin pour une pandémie de bénédictions et de libération de gloire et de prospérité à venir.

Cinquième critère : Les faux prophètes peuvent se reconnaître à leur comportement (« Mais chez les prophètes de Jérusalem, j’ai vu des choses horribles. Ils sont adultères, ils marchent dans le mensonge ; ils fortifient les mains des méchants… » (Jer 23v14), mais parfois Dieu brouille lui-même les cartes en envoyant un esprit de mensonge (cf. 1R 22v19-23) parmi les 400 « prophètes professionnels » du roi Achab, au temps du Prophète Michée.

« Quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (3).

Selon 2 Thes.2v10-12, Dieu peut envoyer « une puissance d’égarement », pour croire au mensonge, « afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Ainsi, c’est Dieu lui-même (et non l’ennemi) qui soumet aux esprits de séduction de d’égarement (ces esprits qui lui sont aussi soumis) ceux qui ne sont pas disposés à entendre la vérité et dont le cœur n’a pas appris à aimer cette vérité pour ce qu’elle est (souvent simple et sans artifice). Nous sommes séduits à cause des penchants de nos cœurs, soit ce que nous considérons comme ayant de la valeur, nos idoles et finalement nos trésors. (3)

En résumé, si nous considérons les critères bibliques pour reconnaître un vrai prophète, nous disposons donc des mêmes critères pour jauger le faux prophète – Dieu ne lui a pas demandé de parler, ce qu’il annonce n’arrive pas et il incite à aller vers d’autres dieux (Deut.13v1-5 ; Deut.18v20-22). Soulignons toutefois que la controverse entre Hanania et Jérémie (Jer.28) nous incite à la prudence dans notre évaluation, nous mettant en garde contre tout jugement précipité. Nous ne pouvons qu’être attentifs et prêts à nous interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins ! (4)

A noter encore que la fausse prophétie, non biblique, écrase et démolit, sous ses dehors fatalistes et inéluctables, alors que la prophétie biblique véritable édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses.

Ces passages soulignent que les faux prophètes sont, par ailleurs, « un test » de Dieu pour éprouver notre fidélité et notre amour pour Lui.

Ceci dit, pour en revenir au constat du point de départ, qu’il s’agisse de «  prophéties de succès » (USA) ou de « jugement » (France), « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presqu’une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai et serrer cette parole comme une perle rare de grand prix ! » (3)

En effet, « silence dans toute chair, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute ». Mais « Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».(2)

 

 

Notes :

(1) Voir « Dieu est-il resté silencieux entre les deux testaments ? »

(2) Voir Erri de Luca. « avoir de l’oreille » IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002, pp 24-25.

(3) Voir https://lesarment.com/2020/03/covid-19-comment-certains-predicateurs-ont-ils-reagi-face-a-la-menace-de-pandemie/

(4) Le développement sur les critères d’évaluation des prophètes s’inspire en partie de la trame de cette étude biblique.

(5) Voir comment certains prédicateurs ont réagi face à la menace de pandémie ici, ici ou . Avec cet autre exemple de déni délirant !

(6) Morceaux choisis :
« Rayons d’espoir pour l’économie et notre avenir »[qu’il sera possible et facile d’éprouver dans les temps à venir] dit entre autre ceci à propos du Coronavirus : « Ici aux États-Unis, je sens que cela va créer une formidable opportunité de voir à nouveau la croissance, en particulier dans le secteur manufacturier de notre économie. Je sens que le président Trump commencera à mettre en œuvre de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises désireuses de ramener la fabrication aux États-Unis. Encore une fois, nous serons fiers de dire «Made in USA». Cette résurgence assurera une réélection du président et du vice-président en novembre 2020. Je vois cela comme une formidable opportunité car il y aura une « libération en deux parties » dans notre économie, et d’ici la fin de 2020, le marché boursier augmenter à nouveau; en particulier, j’ai vu le Dow Jones atteindre la barre des 30 000.Dieu restaure toutes choses pour un temps comme celui-ci, un temps de grand transfert de richesse. Dieu nous donne la sagesse et la créativité pour créer la richesse, l’innovation et l’invention. Le Seigneur nous demande d’entendre ce que l’Esprit du Seigneur dit plutôt que l’esprit de peur, donc nous ne manquons pas cette occasion de créer une ressource du Royaume qui fera avancer son Royaume avec amour, grâce et puissance. » [Ici, « rien de nouveau sous le soleil », vu que la secrétaire d’Etat française, madame Pannier-Runacher, a déclaré bien officiellement sur CNews le 20 mars que les Français ont bien tort de s’inquiéter pour leur avenir, puisque « c’est le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui »]

Une autre prophétie, dont le titre est « Président Trump, les nations et le coronavirus », dit entre autre ceci :
« Par souci de clarté, si le président Trump a agi comme un (goujat), a regardé d’autres femmes, a été brutal dans ses réponses à celles qui l’attaquent, a été réactif ou a échoué dans le « fruit de l’Esprit » dans de nombreux domaines — AUCUNE DE CES questions en comparaison . Il n’était pas appelé à être votre pasteur – allez à l’église pour ça. Il a été appelé à être votre président et il remplit cette mission. De plus, il le fait mieux que N’IMPORTE QUEL président américain précédent. Sa position sur les questions ci-dessus est légendaire dans les annales du ciel et le sera finalement sur Terre.
Les cinq ci-dessus ne sont pas non plus les seules choses héroïques qu’il a faites. Ses mouvements avec l’économie ont changé la donne, et c’est ce qu’il a fait pendant que de grands ennemis essayaient activement de tuer l’économie dans leur tentative de faire dérailler la mission donnée par Dieu à Trump. Le coronavirus en fait partie, mais il échouera également, car Dieu a choisi Trump pour l’emporter sur l’ennemi, mouvement après mouvement. Même lorsque Trump se sent dépassé et ne sait pas comment procéder, Dieu transforme toujours ses décisions sans conviction / incertaines en « home run ».

Voir d’autres prophéties sur le Coronavirus : https://www.elijahlist.com/words/display_word.html?ID=23383 

(7) Voir la réflexion de Jean-René Moret, pasteur suisse : « qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent…..» cf https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/nom-argent-toutpuissant/story/20838093

 

 

 

 

« Le savant et son cocher », précédé du « tireur d’élite » ou « Deux histoires, sinon rien », pour parler autre chose que du Coronavirus

Albert Einstein, tirant la langue à celui qui lui tire le portrait…(photo prise sur le vif par Arthur Sasse de l’United Press International, le 14 mars 1951)

Ionesco nous livrait son « journal en miettes » – racontant, non pas chaque jour ce qui arrive, mais chaque jour ce qui n’arrive pas – et Kierkegaard ses « miettes philosophiques », avec cette problématique : « la vérité peut-elle s’apprendre ? »

Mon camarade et confrère blogueur, Eric Lemaître, nous partage, quant à lui, sa propre réflexion sur notre « monde mis en pièces », à mille lieux du pessimisme des « jeux de massacre » de Ionesco, et se référant à Esaïe 26v20, texte biblique que le grand rabbin M. Haïm Korsia nous invite à méditer : « Va, mon peuple, rentre chez toi et ferme sur toi les deux battants. Cache-toi un instant, le temps que passe la colère. »

Pour ma part, vous me pardonnerez, je l’espère, ce choix éditorial de vous donner autre chose à lire que le coronavirus, pour le week-end. Et comme l’on m’a souvent demandé pourquoi je ne publiai pas souvent des « blagues » sur le blogue, en voici, non une, mais deux :

« Sur un mur, il y a des trous faits par des projectiles parfaitement tirés au centre de petits cercles. Un tireur d’élite, de passage, est surpris et demande qui est capable d’une telle précision. On lui dit que c’est un enfant borgne qui les fait. Le tireur va le féliciter et lui demande qui lui a appris à si bien viser.

Personne, répond l’enfant. D’abord, je tire sur le mur et puis je dessine les cercles ».

En voici une autre :

« Il y a très longtemps, un savant, spécialiste d’un sujet, qu’il est inutile de préciser, est recherché et invité dans un grand nombre de beaux endroits. Partout, l’accueil est enthousiaste. Un jour, son cocher lui demande une faveur : échanger une seule fois leurs vêtements et leurs rôles, pour ressentir lui aussi ce que veut dire être acclamé. Le savant a le sens de l’humour et accepte, imaginant ce qui se passera pour le cocher une fois sur scène.

Arrivés là où ils sont attendus, le public applaudit le chauffeur vêtu avec élégance. On l’accompagne sur scène avec les honneurs qui lui sont dus. Dans un coin de la salle, le savant habillé en cocher savoure à l’avance la suite.

Celui qui est chargé de mener le débat adresse au cocher une première question, compliquée, spécifique et de nature controversée. Le cocher réagit avec un air contrarié, puis fâché. Il répond qu’il s’attendait à des questions bien plus ardues, alors que, pour une affaire aussi élémentaire, il suffit d’appeler son cocher au fond de la salle pour avoir la réponse. »

Histoires tirées de « Le Tour de l’oie », d’Erri de Luca. Gallimard, 2019 (Du monde entier), pp 156-158

Le shabbat de la Terre

A défaut du samedi, « le dimanche, au moins on s’arrête » ?
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le samedi de la Terre » est un très court texte (5 pages) inédit d’Erri de Luca (19/03/20) – faisant partie d’une série de « tracts de crise » mis gratuitement à disposition en format numérique par les éditions Gallimard, le temps du confinement – et découvert via un entretien accordé par l’auteur à La Croix. Chargé de sens et de lucidité sur la situation que nous vivons, il est une vraie bouffée d’oxygène.

Il y est question du « samedi », ou plutôt, du « shabbat » de la Terre. Ce qui n’est guère étonnant de la part d’Erri de Luca, grand lecteur des Écritures Saintes, qu’il lit « dans le texte », en hébreu, et auteur de méditations bibliques. L’auteur napolitain a choisi « Samedi » plutôt que « Shabbat » pour le titre de son message à portée universelle. Initialement, les versets bibliques sont cités dans le texte, sans références. Entre crochets, mes remarques.

Extraits : « …..Et soudain une épidémie de pneumonies interrompt l’intensité de l’activité humaine. Les gouvernements instaurent des restrictions et des ralentissements. L’effet de pause produit des signes de réanimation du milieu ambiant, des cieux aux eaux. Un temps d’arrêt relativement bref montre qu’une pression productive moins forte redonne des couleurs à la face décolorée des éléments.

La pneumonie meurtrière qui étouffe la respiration est un effet miroir de l’expansion humaine qui étouffe le milieu ambiant. Le malade demande de l’air et de l’aide en son nom et au nom de la planète tout entière.

Celui qui lit beaucoup reconnaît, ou croit reconnaître, des symboles et des paradigmes dans les événements. [Dieu] a institué le Samedi qui littéralement n’est pas un jour de fête mais de cessation ».

[Selon Deut.5v12-15, le Shabbat a été institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais. Bien collectif, le Shabbat est la propriété commune de tous ceux qui partagent la vie commune. La « cessation » s’étend donc à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi].

Dieu « a prescrit l’interruption de toute sorte de travail, écriture comprise. Et [Il] a imposé des limites aux distances qui pouvaient être parcourues à pied ce jour-là. Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre [Lévitique 25v2,5] ». Sauf que « cette injonction à la laisser respirer en s’imposant un arrêt a été ignorée »

[Il y a là un indice pour celui qui ne sait pas/plus s’arrêter : si c’est le cas, c’est qu’il est certainement « resté » ou « retourné » en Egypte !(1)

Doit-on alors s’attendre à un nombre de jours de confinement équivalents aux jours de shabbat non respectés cf Lévit.26v31-33 ; 2 Chron.36v21 ; et Jérémie 25v11-12 ] ?

Erri de Luca ne croit pas « que la terre puisse récupérer ses Samedis dont elle a été privée », mais reste « en revanche » convaincu, « que piétiner les Samedis produit les brutales suspensions de notre occupation de la planète. C’est une trêve pour la terre ».

« Pour la première fois de (notre) vie », à l’instar de l’auteur, nous assistons « à ce renversement : l’économie, l’obsession de sa croissance, a sauté  de son piédestal, elle n’est plus la mesure des rapports ni  l’autorité suprême. Brusquement, la santé publique, la sécurité des citoyens, un droit égal pour tous, est l’unique et impératif mot d’ordre (2). (…..)

Tel est le brusque retournement de situation, l’économie tombée de cheval et soumise à une nouvelle priorité : la vie pure et simple. Les médecins et non les économistes sont les plus hautes autorités. C’est une conversion. Elle améliore le rapport entre citoyens et État, les gouvernements passent de garants du PIB en vaillants défenseurs de la communauté (3).

Certes, il s’agit d’un état d’exception et on a hâte d’arrêter l’épidémie et de revenir au plein régime précédent. Mais le Samedi de la terre sème en même temps que les deuils une lueur de vie différente pour les survivants. Car, dorénavant, chacun est un rescapé provisoire. C’est un sentiment qui me rapproche le plus de tous ceux auxquels je ne peux serrer la main »……

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En bref :

De Luca, Erri. Le Samedi de la Terre. Gallimard, Tracts de crise –19 MARS 2020 / 10H / N° 2. Offert en période confinement.

 

Notes :

(1) D’où l’appel à « sortir d’Egypte », toujours pertinent et actuel…

(2) Ce qui est ici effectivement « inédit et potentiellement historique, c’est que la plupart des gouvernements ont choisi d’arrêter l’économie pour sauver des vies », souligne l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz dans un entretien pour Bastamag. « C’est une excellente nouvelle. Le Covid-19 crée ainsi un précédent : si on a pu arrêter l’économie pour sauver 200 000 personnes en France, pourquoi ne ferait-on pas demain le nécessaire pour prévenir les cancers et les 40 000 morts prématurés par an dues à la pollution ? »

(3) Aussi inouï que cela puisse paraître, le Président Macron, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes » sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »), est le même qui a reconnu devant tous à la télévision que « ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai…” Louant les femmes et les hommes « capables de placer l’intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité », il a également assuré que « tout sera mis en oeuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en oeuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L’Etat prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux….. »

Le savon de Dieu

Quand Dieu nous passe un savon…. (source image : public domain pictures)

« Nettoyez vos mains, pécheurs » (Jacques 4v8)

Un « savon de Dieu » sans nuance, et une injonction ô combien paradoxale, puisque le verset suivant décourage d’emblée toutes nos tentatives d’y répondre :

« Tu aurais beau te lessiver à la soude, y rajouter quantité de potasse, devant moi, ta faute reste incrustée. » (Jérémie 2v22)

Un tel constat ne peut que susciter l’angoisse et le désespoir, celle de la culpabilité (ou de la conscience de sa faute) sans remède. Cependant, pour Kierkegaard, penseur chrétien, c’est le fait d’être « passible du désespoir » qui fait la supériorité de l’homme sur l’animal.

Toujours selon Kierkegaard, la forme la plus aboutie du désespoir est le scandale, lié au fait que le Christianisme ne s’adresse pas à la foule et mais à l’individu, lui offrant cette alternative et injonction : « scandalise-toi ou crois ! » 

De son côté, le psalmiste choisit la foi, ou plutôt, dans une variante de l’alternative précédente, il choisit « la crainte de Dieu » à « l’effroi ».

Les versets 3-4 du psaume 130 nous l’enseignent :  « si tu gardais le souvenir des iniquités, Eternel, Seigneur, qui pourrait subsister ? Mais le pardon se trouve auprès de toi, afin qu’on te craigne».

Craindre Dieu dans les Ecritures, loin de décourager, est en réalité libérateur, puisque celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose, souligne Erri de Luca. Et le même d’ajouter que « celui qui craint Dieu le craint parce que de lui seul dépend le pardon, seliha. Crains le juge, non parce qu’il peut te condamner, mais parce que de son pouvoir dépend la remise de tes fautes ».

« Venez et plaidons ! dit l’Eternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine ». (Es.1v18)

 

 

Avent

« Seules les femmes, les mères, savent ce qu’est le verbe attendre. » (Source image : public domain pictures)

Il arriva sans être attendu, il vint sans avoir été conçu. Seule la mère savait qu’il était fils d’une annonce de la semence portée par la voix d’un ange. C’était arrivé à d’autres femmes juives, à Sarah par exemple.

Seules les femmes, les mères, savent ce qu’est le verbe attendre. Le genre masculin n’a ni constance ni corps pour héberger des attentes (….). Esaïe 30v18 (dit pourtant) « heureux ceux qui attendent lui » (….). Mais plus fort encore que cette nouvelle, il est écrit dans ce même vers : « c’est pourquoi Dieu attendra pour vous faire miséricorde ». La première attente concerne Dieu et elle a le même verbe hébraïque hacche. Dans sa réduction au format de l’espèce humaine, Son temps infini se contracte dans le fini d’une attente. Dieu attend ; « pour vous faire miséricorde ». Le temps de l’Avent est à l’imitation de, il est face à l’éternité d’un Dieu qui accepte de devenir périodique, faisant irruption dans le monde certains mois fixés par sa naissance, sa mort et sa résurrection.

Celui qui a en lui les ressources pour concevoir des attentes connaît grâce au vers d’Esaïe l’immensité de l’attente correspondante de Dieu.

Avent IN Noyau d’olive, Erri De Luca. Gallimard, 2004 (Folio), pp 17-18.