« Souviens-toi…que tu es un homme libre ! »

Initialement paru le 05 février 2013 et à nouveau publié, en cette période de « Pessah » (Pâque).

Le premier empereur chinois Chi Hoang Ti (260-210 av JC) se rendit célèbre en faisant construire la fameuse grande muraille de Chine.

Ce que l’on sait peut-être moins, c’est qu’il fit d’abord brûler tous les livres publiés antérieurement à son règne, à l’exception des ouvrages « pratiques », tels les traités de médecine, d’agriculture et de divination .

Cette stratégie redoutable, qui vise à asservir un peuple tout en cherchant à effacer le passé et l’histoire,  n’est pas vraiment nouvelle. En effet, le livre de l’Exode nous apprend qu’au temps où le peuple d’Israël, installé en Egypte depuis Jacob, se multiplia au point d’en remplir le pays(1v7), il s’éleva un nouveau pharaon. Celui-ci « n’avait point connu Joseph »(Ex.1v8), qui avait pourtant sauvé l’Egypte de la famine(Gen.41). Se sentant donc menacé par un peuple qui, jusque-là, fut une bénédiction pour l’Egypte, ce pharaon décide de recourir à la ruse, afin d’empêcher Israël de continuer de grandir et de prospérer au milieu des égyptiens(Ex.1v9-10) : il commence par réduire le peuple d’Israël en esclavage, l’accablant de corvées(v11, 13-14), avant d’ordonner la mise à mort de tous les premiers-nés mâles des israélites !(v15-16, 22)

Un enseignement pour chaque nouvelle générationEnfant par Alejandro Lizardo

Un enseignement pour chaque nouvelle génération
Enfant par Alejandro Lizardo

Il est possible de tirer de ce récit une application spirituelle et personnelle, pour chacun de nous encore aujourd’hui. Parce que les chrétiens, supposés « être dans le monde, sans être du monde » (Jean 17v11,14-16), constituent « le sel de la terre » et « la lumière du monde »(Matt.5v13-16), l’ennemi de nos âmes, utilise les mêmes ruses que ce pharaon d’Egypte :

Etouffer toute conscience d’identité en Christ, en occupant les esprits aux affaires-parfois légitimes- de ce monde(lire Matt.13v22). On parle de la spirale « métro-boulot-dodo » qui ne laisse plus  guère le temps de se consacrer à son conjoint et à ses enfants, encore moins de développer notre intimité avec Dieu.

Effacer le témoignage de Dieu, de Christ, rendu sur Terre(Lire Jér. 11v18-19 et Ps.83v2-4). La mort des nouveaux-nés(voir le crime d’Hérode, en Matt.2v16), et la tentative du roi de Sodome, en Gen.14v21(« prends les biens et laisse-moi les personnes » ) nous parlent de la menace que fait peser l’ennemi sur la jeune génération et les enfants, afin d’ empêcher ceux-ci de connaître Jésus-Christ et d’être de futurs témoins pour Lui. Pensons également aux projets, aux appels du Seigneur, qui peuvent être étouffés par d’autres « priorités »…

Face à un ennemi qui s’efforce d’étouffer et d’effacer, il est intéressant de constater, qu’à l’inverse, Dieu juge essentiel de nous exhorter de ne pas oublier, tout en nous commandant de nous souvenir. Une exhortation qui peut paraître étrange, tant la logique serait de regarder vers l’avenir et non vers le passé.

N'oublie pas ton ancien état !Pieds dans les chaînes par George Hodan

N’oublie pas ton ancien état !
Pieds dans les chaînes par George Hodan

1)Ne pas oublier…« Seulement, prends garde à toi et veille attentivement sur ton âme, tous les jours de ta vie, de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vues, et qu’elles ne sortent de ton cœur… »(Deut.4v9 et v23). Dans le Pentateuque, Dieu  rappelle constamment la délivrance d’Egypte à son peuple. Le décalogue commence ainsi : « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude » (Ex.20v1-2). De ce rappel de la libération semble découler tout le reste des commandements de Dieu(v3-17) : Dieu nous rend libres et nous offre la possibilité de vivre dans la liberté une nouvelle relation avec Lui. Dans ce cadre, il s’agit pour le peuple de ne pas oublier « d’où il vient » et « de qui il tient » le bon pays où il s’est installé, afin de vivre cette libération.

a)D’où l’on vient : pour le peuple d’Israël, ne pas oublier son passé d’esclave permet de ne pas retomber dans l’esclavage. En effet, oublier ce qu’avait été la vie en Egypte et ne retenir que ses « plaisirs »(« Le poisson, les concombres, les melons…» cf Nombres 11v5), c’est perdre de vue combien la servitude y était dure. De même, pour nous chrétiens, se voiler la face concernant le vrai visage d’un monde sans Dieu fait paraître ce dernier bien plus séduisant. A l’inverse, ne pas oublier notre nature pécheresse permet de « mieux nous voir » pour mieux réaliser que nous avons besoin quotidiennement de Dieu. La confession de nos manquements est ainsi le préalable nécessaire au maintien d’une communion saine et véritable avec le Seigneur (Lire1 Jean 1v6-9).

b)De qui l’on tient le pays promis : Le peuple introduit dans le pays promis devait se garder de ne pas oublier Dieu, une fois dans l’abondance : « Lorsque tu mangeras et te rassasieras, garde-toi d’oublier l’Éternel, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte…»(Deut.6v12-14) Il devait se souvenir que les bénédictions ne dépendaient pas de son travail, puisqu’il était entré en possession d’un pays cultivé déjà depuis des siècles par d’autres. Parce que l’on a pu être richement béni, on court le risque de se focaliser sur les seuls dons et d’oublier le donateur. Oublier que Dieu tient et a tenu ses promesses, c’est non seulement perdre de vue la fidélité de Dieu à notre égard, mais aussi faire preuve d’infidélité envers Lui.

En nous exhortant « de ne pas l’oublier », Dieu nous commande également « de nous souvenir » de Lui, parce que :

 

....et souviens-toi que tu es un homme libre !Heureux l'homme par Anna Langova

….et souviens-toi que tu es un homme libre !
Heureux l’homme par Anna Langova

2) Se souvenir conduit à la liberté : en effet, le souvenir n’a pas pour seul but de nous concentrer sur le passé d’esclave,  c’est aussi un regard vers l’avenir. Il nous permet de vivre le présent, en homme libre que nous sommes devenus. Se souvenir conduit aussi, surtout, à garder une relation réelle et intime avec celui dont on se souvient, et de mettre en pratique ce qu’il dit. Pour nous, chrétiens, cela implique, au quotidien, de :

a) Se souvenir de notre libérateur et de son œuvre rédemptrice.

Déjà, l’israélite, béni dans ses récoltes, devait rappeler à la fois son passé d’esclave et la puissance divine qui l’avait délivré pour l’introduire dans le bon pays promis, avant d’offrir à Dieu les prémices de ses récoltes(Deut.26v1-10). De même, pour nous aujourd’hui, il s’agit de nous souvenir que notre nouvelle vie n’a été rendue possible uniquement parce le Seigneur Jésus a expié notre péché à la croix. Dans ce cadre, la célébration de la Sainte Cène a cette importance : tout en nous souvenant de la personne de Christ, de son œuvre expiatoire à la croix et de sa résurrection(1 cor.11v23-26), nous lui exprimons notre reconnaissance, en Lui rendant gloire, et manifestant notre désir de le suivre.

b)Se souvenir de « qui nous sommes en Christ »

Il est possible de perpétuer un souvenir sans que cela soit une réalité pour nos vies. Ainsi, dans Jean 8v31-47, lors du dernier jour de la fête des tabernacles, le Seigneur Jésus promet la liberté à ceux qui ont cru en Lui (v31-32).  Cette merveilleuse promesse provoque une violente réaction de rejet de la part des juifs, pourtant croyants mais oublieux de leur passé d’esclaves, alors qu’ils vivaient sous domination romaine et qu’ils célébraient justement la fête de leur libération !(v33) Se souvenir sans application réelle et concrète dans nos vies, c’est courir le risque de voir ce souvenir « tourner à vide », du fait de la perte de son sens et d’un aveuglement sur notre propre état spirituel.

A l’inverse, un véritable souvenir qui a du sens entraîne à vivre les conséquences pratiques de la mort et de la résurrection de Christ.  Nous sommes conduits, une fois libéré de l’esclavage du péché, à prendre conscience de notre identité en Christ(nous sommes « morts et ressuscités»…« une nouvelle création », selon Rom. 6v6 et 2 Cor.5v17), et donc à marcher constamment, par la foi, dans cette liberté, à agir en conséquence, par la nouvelle vie qu’Il nous a donnée :

 « C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude »(Gal.5v1) 

Profession « influenceur »

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Certains affichent la profession d' »influenceur », revendiquant des dizaines de milliers de « followers » (« suiveurs ») sur les réseaux @sociaux.

En langage marketing, un « influenceur » est une personne qui, par son statut, est capable d’être un relais d’opinion influençant les habitudes de consommation.

Mais qui dit « influenceurs » dit aussi « influençables ». Les seconds faisant la fortune des premiers.

Jésus-Christ, quant à lui, ne veut pas de « followers » mais des disciples. Il ne nous rend pas dépendant, mais « réellement libre », nous faisant passer de la mort à la vie.

Plutôt que de chercher à être « influenceurs », des « leaders » (d’opinion), pour dire ce qu’il faut penser, regarder, manger ou boire, ayons l’ambition d’être des « serviteurs » à l’image du « Parfait Serviteur », pour faire réfléchir et réveiller, non pas les bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien.

 

A qui est cet enfant ? Ou donner une éducation qui libère : une mission parentale

Les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

« Mais oui ! Des fils sont la part que donne le SEIGNEUR,
et la progéniture un salaire.
Telles des flèches aux mains d’un guerrier,
tels sont les fils de votre jeunesse.
Heureux l’homme qui en a rempli son carquois !
Il ne perdra pas la face s’il doit affronter
l’adversaire aux portes de la ville ».
(Ps.127v3-5)

 

Intro : l’enfant, un don de Dieu, un héritage, une récompense…

 

« A qui est cet enfant ? » demande-t-on aux parents.

« A moi ! », répond le père ou la mère avec fierté.

Avoir des enfants est en effet une très grande joie. Ne dit-on pas d’une naissance qu’elle est « un heureux événement » ?

«Voici que des enfants sont un héritage de l’Eternel », s’écrie le poète de la Bible, « le fruit du ventre maternel, une récompense » (Psaumes 127v3).

« La postérité du juste sera nombreuse », lit-on dans Job, « et ses descendants comme l’herbe de la terre » (Job 5v25). Et un autre psaume dit que « La femme de l’homme de bien est comme une vigne fertile dans l’intérieur de sa maison ; ses enfants comme des plants d’olivier autour de sa table » (Psaumes 118v3).

Aussi, la joie est grande quand l’enfant paraît, comme l’écrit Victor Hugo : « lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l’enfant paraître, Innocent et joyeux ».

A l’inverse, quand l’enfant fait des bêtises, l’un des parents peut dire à son conjoint « ton fils… », comme Dieu a dit à Moïse « ton peuple ! », au moment de l’épisode du veau d’or !

 

Des missions parentales

L’enfant est donc une joie, un don de Dieu, mais ce don est assorti d’une très grande mission : l’éduquer !

Mais Dieu est bien omnipotent, omniscient : il peut donc tout faire, y compris éduquer mon enfant lui-même ?

En réalité, la toute-puissance de Dieu ne veut pas dire qu’il fait tout : il peut tout faire, mais Sa Toute Puissance le rend libre de faire ou ne pas faire ce qu’il pourrait faire. Par exemple, il ne fait pas l’éducation de nos enfants, puisqu’il charge les parents, à qui il confie les enfants, de cette mission.

C’est une joie et une responsabilité. C’est un mandat parental [nous ne faisons pas que prier pour nos enfants], dont nous rendrons compte à Dieu, puisque nous rendons compte à Dieu de tout ce qu’il confie (nos dons, nos mines, nos talents…).

Cela signifie que l’enfant appartient, d’abord, à Dieu qui le confie à la famille : c’est pourquoi la famille est l’éducateur le plus important. «Chaque famille particulière doit être une petite Église particulière», écrivait Calvin à de jeunes églises françaises. « Le père et la mère sont les apôtres, les évêques et les prêtres de leurs enfants, il n’y a pas d’autorité plus grande et plus noble sur la terre que celle des parents sur leurs enfants », disait Luther.

Eduquer, c’est élever un enfant, l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, dans son corps et son âme, et spirituellement. C’est aussi un héritage d’expériences et de valeurs que l’on se transmet d’une génération à l’autre.

Les parents choisissent ensuite de déléguer en partie l’éducation et l’instruction de leur enfant.

Que révèlent nos choix éducatifs et scolaires sur la place que nous donnons à l’enfant ?  Est-il le prolongement de nous-même, ou bien un être à part entière et un futur citoyen de la société dans laquelle nous vivons ?

Vise-t-on l’émancipation, l’affranchissement, de l’enfant, ou le « développement », « l’épanouissement personnel » de l’enfant ?

D’ailleurs, pour éduquer notre enfant, y-a-t-il une méthode ? Laquelle choisir ? Y-a-t-il des « trucs » à connaître ?

L’on peut être tenté de suivre une méthode en vogue, selon la mode du moment, selon l’évolution de la société. Cela aboutira tôt ou tard à l’insécurisation de l’enfant. Or, un enfant insécurisé versera très probablement dans un système tout à fait différent de celui que voulaient les parents.

A partir du moment où l’éducation suit une mode, parce que la mode change, la société change, les valeurs anciennes dépassées, inéluctablement, les parents et les enseignants seront amenés à se contredire .La contradiction dans la famille et à l’école détruit tous les repères de l’enfant. N’ayant plus de repères, ne sachant  plus où se trouve la vérité, l’enfant inventera sa propre vérité à lui tout seul.

D’où la cohérence et la confiance entre parents, entre parents et enfants, entre parents et enseignants/éducateurs. D’où l’importance de bien déléguer, de bien choisir son aide, dans ce soucis de cohérence.

Eduquer : conduire sur un chemin de libération

Il n’y a donc pas de « trucs » mais un principe : L’éducation choisie, préférée, sera alors un chemin vers la libération continue.

Une chose dont les parents doivent se souvenir et le transmettre à leurs enfants, et ce dont les enfants ne doivent jamais oublier non plus :

Les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

Une éducation véritable consiste à se mettre au niveau de l’enfant pour lui enseigner à ne plus rester en Egypte, comme à ne plus retourner en Egypte. L’Egypte, c’est la maison de servitude.

Souvenons-nous : Pharaon avait dit au peuple : « Allez ! Servez le SEIGNEUR, votre Dieu. Mais qui va partir ? Moïse dit : « Nous irons avec nos enfants et nos vieillards, nous irons avec nos fils et nos filles, notre petit et notre gros bétail. Car c’est pour nous un pèlerinage [une fête] en l’honneur du SEIGNEUR. Il leur dit : « Que le SEIGNEUR soit avec vous si je vous laisse partir avec vos enfants ! (…) Ça ne se passera pas ainsi ! Allez donc, vous les hommes, et servez le SEIGNEUR puisque c’est ce que vous cherchez » [mais les enfants resteront ici] cf Exode 10v8-11.

Nous pouvons avoir la liberté de culte, la liberté d’exercer un grand ministère d’évangéliste….mais en laissant nos enfants en Egypte !

Or, les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

L’Egypte, c’est la maison de servitude, c’est « Mitzraïm » ou le pays des étroitesses et des angoisses. La servitude, c’est toute limitation du champ d’actions. La liberté, à l’inverse, est la possibilité d’actions, « un champ ouvert », l’aptitude à vouloir, être et faire.

Les parents ont fait l’expérience de la servitude en Egypte. Dieu les préparait en réalité pour les rendre aptes à Le servir, pour un service intelligent et spirituel. En effet, celui qui est habitué à faire tout ce qu’il veut, « comme il aime » (et « s’il n’aime pas, il ne fait pas »), aura du mal à servir Dieu et à obéir à ses commandements.

Les parents ont également fait l’expérience de leur libération par Dieu. Mais le jour de leur sortie d’Egypte, le peuple n’était pas totalement libre. Ils pensaient avoir le temps de voir leur pâte fermenter, mais Pharaon les mit dehors. Pourquoi Dieu permit-il que Pharaon les chasse sans leur laisser le choix ? Parce qu’étant esclaves, ils n’avaient pas l’habitude de prendre des décisions par eux-mêmes. Si Pharaon leur avait donné le choix de partir ou de rester, beaucoup d’entre eux auraient eu du mal à se décider. Si Dieu n’avait pas fait sortir le peuple d’Egypte, ce dernier aurait été encore esclave, ainsi que les enfants et les petits-enfants, à Pharaon en Egypte.

Une éducation véritable consiste à enseigner à ne plus rester en Egypte, comme à ne plus retourner en Egypte.

Par la suite, le peuple a appris à vivre la vraie liberté.

Dieu leur a donné les 10 commandements, les 10 Paroles. Il est intéressant de constater que la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est justement le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Suivent ensuite les commandements de Dieu à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des « Paroles » de Dieu comme étant précédé par la libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, « tu n’auras pas d’autres dieux face à moi »…(Ex.20v1-3)

Les parents ont ainsi à donner un exemple d’une vie libérée, eux qui ont été libérés par Dieu, pour lui appartenir en propre et être libres de Le servir (= le culte spirituel).

L’Education = « loi et évangile » en ce qu’elle est exigence et promesse, recadrage et encouragement.

L’éducation est cet apprentissage, non pas tant de la liberté, mais de la libération, marche dynamique,  dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, dont le nom Yéshouah signifie « Dieu sauve, Dieu élargit » : élargissement des champs du possible, passage de la servitude amère de l’esclave au service d’amour du fils.

Servir Dieu n’a rien à voir avec le fait de suivre aveuglément les ordres de son propriétaire, qui décide de tout à sa place, comme pour un animal. Dieu donne la vraie liberté en apprenant à bien choisir : « voici devant toi la vie et le bien, la mort et le mal, et tu choisiras la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Deut.30v15-19).

La liberté véritable, on l’a vu avec Dieu, est de décider de ne pas faire tout ce que l’on peut faire.

Ainsi, l’éducation vise à conduire l’enfant à comprendre qu’il n’est pas tout puissant, qu’il n’est pas le centre du monde, et à renoncer de lui-même à l’illusion de la toute-puissance. Elle fait passer de l’égocentrisme à l’ouverture à l’autre, à l’amour : « tu aimeras l’Eternel ton Dieu et ton prochain, comme toi-même ».

L’enfant n’est pas le centre du monde, et pas le centre de la famille.

Celui qui est à la première place, pour le parent = Dieu

Celui qui a la seconde place = le mari/l’épouse

Celui qui a la troisième place = l’enfant, qui, d’ailleurs, devra « sortir » un jour.

Il est déjà « sorti » du ventre de sa mère, comme le peuple « est sorti » du ventre confortable de l’Egypte (où l’on décide de tout pour vous). La sortie fut une naissance, la naissance d’un peuple et d’une destinée, dans le but de « porter une annonce », c’est-à-dire, pour servir Dieu, être un peuple de témoins de Dieu, pour proclamer et affirmer la bonne nouvelle : « le règne de Dieu s’est approché ».  

De même, l’enfant devra sortir du giron familial pour entrer dans sa destinée : S’attacher à Jésus, Son Seigneur et le suivre, le servir ; être une lumière pour d’autres. Nous voulons tous cela pour nos enfants.

« Telles des flèches aux mains d’un guerrier, tels sont les fils de votre jeunesse. Heureux l’homme qui en a rempli son carquois ! », avons-nous lu dans le psaume 127.

Mais si les fils sont « des flèches », les parents sont « des arcs ». Les parents sont des arcs par qui leurs enfants, tels des flèches vivantes, sont projetés pour atteindre leur but, le but de Dieu pour leur vie.

Ayons la pensée de Dieu, pour discerner, avec joie, le but de Dieu pour leur vie.

 

 

 

« Foireux liens » de janvier (31) : couvertures médiatiques

Les « Foireux liens » de janvier 2019 : des débats, des interrogations métaphysiques, philosophiques et éthiques…

Janvier se termine avec une nouvelle édition de nos « Foireux liens ». Au menu, des débats, des interrogations métaphysiques, philosophiques et éthiques….Bonnes lectures et bonnes réflexions pour de bonnes actions !

1)En quête avec les mages

 Alors que nous entrons dans une nouvelle année, Philippe Golaz nous invite à faire ensemble un bilan de santé spirituelle. En nous appuyant sur le récit des mages (Mt 2:1-12), voici 4 questions pour commencer la nouvelle année.

2) Pour 2019, acceptons d’être fragiles

Pour le philosophe Olivier Abel, il nous faut sortie de la triple ornière sécuritaire, consumériste et identitaire.

3) 2019, quelle réforme sur la loi de 1905 ?

La loi de 1905 est une loi en 44 articles. Ce sont les articles 18 à 44 qui spécifient le régime des cultes, et qui devraient changer. Au cœur de la réforme proposée par l’exécutif : l’argent. Au final, quels avantages pour une nouvelle forme de contrôle ?

Voir aussi : https://www.lejdd.fr/Politique/laicite-macron-veut-modifier-la-loi-de-1905-et-voici-comment-3793988

4) La question métaphysique du mois : Peut on encore décider et avons nous le libre arbitre ?

« ….puisque l’intelligence artificielle et nos applications qui nous mesurent prennent une importance dans nos choix de vie, peut on encore décider et avons nous le libre arbitre ? Le sujet est subtil car en tant qu’être humain nous pensons maîtriser les choses ».

5)La question métaphysique du mois (bis) : « qui suis-je , » et « qui est Dieu ? »

Ou si dans un mot fléché, on vous demande « Crise d’identité en 5 lettres », essayez « Moïse » !

6) La question philosophique du mois : Que penser de la « violence institutionnelle »? Ou nous faut-il condamner les violences – qu’elles soient « jaunes » ou « bleues » ? Salutaire, quand un supposé « philosophe médiatique »  donne son sentiment sur les émeutes de Gilets jaunes sur Radio classique, le 07/01/19, de la façon sidérante suivante : « que (les policiers) se servent de leurs armes une bonne fois, écoutez, ça suffit ! » et « on a, je crois, la quatrième armée du monde : elle est capable de mettre fin à ces saloperies, faut dire les choses comme elles sont ! »

7) « La République des RIC » ou « Gilets jaunes » et Référendum d’Initiatives Citoyenne

Partie d’une opposition à la taxation des carburants, la protestation des « gilets jaunes » a débouché sur la revendication de référendum d’initiative citoyenne (RIC). Les médias y ont trouvé un nouveau sujet pour nourrir les antennes. Les partis politiques ont approuvé ou réservé leur réponse. Qui oserait dire tout haut qu’il s’oppose à la participation la plus directe, la plus étroite des citoyens à la chose politique ? Nul élu ne s’y aventurerait alors qu’il dépend des électeurs. Ni même les médias, qui voient les citoyens sous l’espèce de consommateurs. On voudrait bien qu’il s’agisse de propositions sincères, reposant sur des conceptions rigoureuses d’un progrès démocratique. On craint qu’il ne s’agisse souvent que d’opportunisme, de concessions pour calmer la protestation, comme autrefois les commissions d’enquête parlementaire. Il ne faudrait pas cependant oublier l’hostilité traditionnelle des républicains français à la procédure référendaire.

8) Grand débat national

La violence constatée en France depuis plusieurs semaines pousse le gouvernement à organiser un grand débat national (le tout premier dans notre pays), dont il a choisi d’imposer les sujets : fiscalités et dépenses publiques, organisation de l’Etat et des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté. Il se tient du 15 janvier au 15 mars 2019. Cela servira-t-il à quelque chose, vu, comme le précise le porte-parole du gouvernement, qu’il ne s’agira pas « de revenir sur des avancées dans notre droit, que ce soit l’IVG, la peine de mort, le mariage pour tous » ? Et quand, par exemple, le gouvernement « réduit la question environnementale à des choix binaires »A quoi peut bien ressembler « cette liberté d’expression sans expression libre ? » se questionne le CPDH. 

9) Impact sur l’environnement d’un Internet quotidien : des chiffres aux gestes

Depuis une dizaine d’années, les études relatives à l’impact environnemental des technologies numériques de l’information et de la communication se multiplient. Les effets bénéfiques de ces technologies sur l’environnement sont mis en avant, certes, mais plus globalement c’est l’impact négatif qui revient, les effets bénéfiques apparaissant comme particulièrement maigres.

10) Arrêt sur images interpelle la direction de BFMTV

Arrêt sur Images s’est procuré le compte-rendu d’une réunion entre des représentants des journalistes et la direction de BFMTV qui remonte à fin novembre. Les tensions sur la couverture des Gilets jaunes étaient déjà vives, mais les attentes de la rédaction sont restées quasiment lettre morte.

11) Des patients et des soignants furieux de la couverture médiatique de leur journée d’action 

Le 22 janvier, des centaines de soignants de la psychiatrie et des membres d’associations de patients manifestaient à Paris pour demander des moyens et du personnel pour le soin psychiatrique. Cela fait des mois qu’un mouvement social d’ampleur secoue le secteur. Les initiateurs de ce mouvement se disent « furieux du traitement médiatique qui a été réservé à la manifestation nationale » du 22 janvier. Ils regrettent la mise en avant dans les médias de psychiatres partisans d’une psychiatrie centrée sur le médical, les médicaments et les neurosciences alors même que les participants au mouvement privilégient une idée du soin basé sur le lien social. Basta ! publie ici leur tribune.

12) Italie : le techno-populisme au pouvoir

Le Mouvement 5 étoiles, aujourd’hui au pouvoir en Italie, a fait du numérique le cœur de son projet politique, avec la promesse d’émanciper le plus grand nombre grâce aux technologies numériques. Quels sont les ressorts et les limites de ce « digitalisme politique » ?

13) Brésil : la vague réactionnaire. Entretien avec João Sette Whitaker Ferreira ou « Bolsonaro n’est pas un président d’extrême droite », mais….

Absence de culture politique, faiblesse des institutions, poids des inégalités et de la corruption : l’urbaniste João Whitaker expose dans cet entretien les causes de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite au Brésil.« (Bolsonaro) n’a pas de vision politique cohérente. Il porte un projet ultra libéral, car le principal artisan de sa campagne a été Paulo Guedes, un Chicago boy qui est devenu son « super ministre » de l’Économie. Il porte un projet ultra légaliste, car il a nommé Sérgio Moro, le juge responsable de l’opération anti-corruption Lava Jato et de l’emprisonnement de Lula, « super ministre » de la Justice. Et il porte le projet nationaliste et développementaliste des militaires. Ces trois groupes poursuivent des intérêts distincts et en partie contradictoires. Bolsonaro, lui, n’est rien. Il est parvenu au pouvoir grâce à un concours de circonstances et une grande habilité à manipuler. Sans compter la fraude électorale, avec l’achat d’envois massifs de messages sur le réseau social WhatsApp par des entreprises privées ».

14) « Quand Trump débite des âneries pendant le shutdown, ne croyez pas qu’il ne sait pas ce qu’il fait »

Le plus long shutdown* de l’histoire des USA (qui a débuté le 22/12/18) est terminé, au moins pour les trois prochaines semaines. Mais ne nous en méfions pas moins « des contes de fées racontés par de vieux bonhommes », lesquels appellent de leurs voeux une Amérique où tout le monde se débrouillerait avec l’aide du voisin (et où « il n’y aurait qu’à » collaborer avec « son épicier affable » et les banques), mais sûrement pas avec celle du gouvernement fédéral ; des contes de fées illustrant une vision d’un monde « divisé en deux catégories » : d’un côté de l’élite, les «personnes qui font», c’est-à-dire qui travaillent et gagnent bien leur vie, et de l’autre des «personnes qui prennent», comprendre « ces assistés » qui dépendent de l’aide publique pour vivre. 

* « shutdown » ou « fermeture » : mesure prévue par la Constitution américaine lorsque le Congrès ne parvient pas à voter le Budget. Le gouvernement américain est alors en incapacité de payer son administration. Les fonctionnaires « qui ne sont pas essentiels » sont mis au chômage technique et les agences fédérales sont paralysées. Avec des conséquences bien réelles pour de nombreux Américains. Environ 800,000 employés fédéraux se sont retrouvés au chômage technique ou, pour ceux dont le travail est considéré comme essentiel, sont obligés de travailler sans être payés. les principales agences concernées étaient : Département de la Sécurité Intérieure, Département d’Etat, Département de la Justice, Département du Trésor, Département du Commerce, Département du Logement, Département de l’Intérieur, Département des Transports, Département de l’Agriculture, Agence de protection de l’environnement, Food and Drug Administration et NASA. Le président Trump avait réclamé auprès du Congrès (qui a refusé) 5,7 milliards de dollars pour financer sa promesse de mur. 

15) Le Bon combat : Justifications suite à la polémique sur la photo de Marcello Tunasi

Mardi 08 janvier, paraît sur Le Bon Combat un épisode de Coram Deo, intitulé « Le pasteur superstar en question », portant sur « les défis du pasteur qui expérimente succès et célébrité, et sur les défis de celui qui n’expérimente pas ». Cependant,  fallait-il “dépersonnaliser” l’article en y mettant une photo neutre, ou choisir de l’ »incarner” en y plaçant la photo « d’un pasteur objectivement célèbre, puisque le thème du podcast s’étend largement sur la notion de célebrité pastorale » ? Guillaume a « choisi la deuxième option, un procédé courant sur Le Bon Combat (et ailleurs) qui rend les articles “tangibles” pour de nombreux auditeurs », ce qui a fait couler beaucoup d’encre numérique et suscité un certain nombre de réactions que ce le pasteur-théologien blogueur a estimé « disproportionnées ». Ce dernier revient sur cet incident pas si étrange dans un billet aux allures de justification. Car, quoiqu’il en dise (« non, ce n’est pas du clickbait -« piège à clics » ou « appât à clics »- mais de la personnalisation »), ce procédé soulève tout de même un problème éthique de taille, pourtant absent de l’argumentaire de G.B. : Le droit pour chacun au respect de son image, avec la possibilité de s’opposer à être photographié ou à voir sa photo postée sur Internet.

Aux lecteurs de juger…

Aller plus loin : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/09/20/le-pseudonymat-nest-pas-un-anonymat/

Voir aussi l’émission « le Pasteur superstar en question »laquelle m’inspire la réflexion suivante : Sans parler de la remise en question du modèle « pasteur célébrité » (vs « pasteur ordinaire »), ne conviendrait-il pas de s’interroger plutôt sur la tendance des Eglises protestantes et évangéliques à se polariser sur le pasteur comme centre du ministère, contrairement aux idées de bases de la Réforme sur le sacerdoce universel et la diversité des ministères ?

16) La Commission pour la paix des Eglises mennonites de France a préparé un Dossier pour animer un culte « Du bon usage des nouvelles technologies de communication dans la vie de l’Eglise locale ».

17) Cartographie des formes de spiritualités chrétiennes

Olivier Keshvajee, « le théologeek », fait son grand retour dans la blogosphère. Il nous partage notamment une cartographie de formes de spiritualités chrétienne, nous expliquant pourquoi il cherche à la développer, et dans quel état d’esprit il compte l’utiliser. 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en mars.

 

Un message pour Pâque : « sortez maintenant de vos Egyptes et de vos servitudes », crie Dieu

Démarque-toi ! Sors de tes « Egyptes » et de tes servitude !
(Source : une du numéro 12, sept.2002 de « La Décroissance »)

Lecture : Esaïe 58v6-12

Dieu, dans son souci d’être compréhensible et proche de nous, se présente exactement comme nous :
— Je suis… et je fais ça…
Quand vous vous adressez à lui, quand vous priez, en somme, cela se passe de la façon suivante : [c’est vous qui commencez]
— Bonjour, à qui ai-je l’honneur ? dites-vous.
— Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude, dit Dieu.

Les présentations sont faites, on peut commencer à bavarder.
L’être de Dieu se joue donc dans un « Je suis » qui n’est pas qu’un prénom (son prénom à lui : l’Éternel) ou une fonction (Dieu), mais tout cela à la fois et même un petit peu plus :
— Je suis l’Éternel ton Dieu.
— Et dans la vie, ça fait quoi un Dieu ?
— Eh bien ça libère son peuple du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
— Et, vous faites ça souvent ? Une fois que le travail est fait, vous devez être tranquille ?
— Figurez-vous, répond Dieu, que le problème, c’est qu’il faut sans cesse sortir d’Égypte : Jacob a dû sortir d’Égypte, Joseph le patriarche a dû sortir d’Égypte, Moïse a dû sortir d’Égypte, Jésus même a dû sortir d’Égypte. Mon peuple a un éternel besoin de sortir d’Égypte.
N’est-ce pas étonnant ce schéma transversal, valable pour tous : sortir d’Égypte ! (…..) Mais comme vous le savez, Dieu ne se contente pas seulement de l’Égypte géographique, mais plutôt de ce que certains ont appelé l’Égypte intérieure. Il nous faut sortir de tous les esclavages, de toutes les servitudes (…) des panthéons de tous les temps. Il y a une urgence à être sauvé du polythéisme pratique. Et la trajectoire du Dieu d’Israël, c’est de nous libérer de toutes les pyramides, celles que l’on doit construire sous un soleil de plomb ou ces pyramides, futiles et subtiles, de nos sociétés hiérarchiques et hiératiques.

Le Dieu de Moïse, le Dieu d’Israël et le Dieu de Jésus Christ est bien le même Dieu, il n’est pas un quarteron de divinités naturelles, instrumentalisées par les pouvoirs humains pour que règnent les régnants, pour que triomphent les forts, pour que s’élèvent des Khéops et Kephren qui sont les tombeaux des idoles, les tombeaux des impérialismes, et les tombeaux de la liberté.

— Sortez d’Égypte ! crie Dieu depuis la création du peuple.
— Sortez d’Égypte ! de toutes vos Égyptes et de toutes vos servitudes.
— Sortez maintenant, ne pensez pas que la pâte ait le temps de lever et de cuire avant de partir, partez maintenant.
Désormais s’ouvre le temps du salut, le temps de la sortie, de la course devant tous les Ramsès de tous les temps. Et cette libération, c’est maintenant. C’est toujours maintenant. C’est maintenant depuis trois mille deux cents ans. Car Dieu ne supporte plus de voir son peuple esclave, esclave des petits tyrans locaux, esclaves des prêtres de toutes religions, esclaves des bonnes consciences de tous les temps, esclaves des projets pharaoniques d’hommes qui se mettent à la place de Dieu.
— Sortez d’Égypte ! C’est moi qui vous libère de l’esclavage.

Libérer les esclaves est désormais la tâche première des croyants. C’est une tâche hautement politique et franchement spirituelle. C’est une tâche extrêmement pratique et totalement urgente puisque c’est maintenant, maintenant, et toujours maintenant, depuis l’Exode.

Voilà le vrai culte, voilà ce qui plaît à Dieu :
— Détache les chaînes de la méchanceté, 
Dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, Et que l’on rompe toute espèce de joug, [et tant d’autres choses encore].

Le culte qui plaît à Dieu n’est pas de lui élever des pyramides ou de le nommer avec des superlatifs comme en attendent les pontifes. Le culte qui plaît à Dieu se trouve dans l’abaissement de ceux qui rejoignent les esclaves pour contribuer à rompre leurs chaînes. Parce qu’on ne peut pas les regarder de haut et les appeler à la liberté, puisque Dieu lui-même est descendu des hauteurs célestes où l’humanité voulait le confiner, afin de libérer ses enfants enchaînés.
En tant que chrétiens, nous avons reçus l’assurance d’être accueillis comme enfants de Dieu. « Voici mon Fils bien-aimé en qui je mets toute mon affection » (Matthieu 3:17). Vous êtes enfants d’un Dieu qui hurle chaque jour à son peuple : « Sortez d’Égypte ! maintenant ! Traversez ! ». Vous êtes les traversants, ceux qui viennent de l’autre côté, ceux qui passent sur l’autre rive : et en hébreu, ça se dit hibry, les hébreux, hibry, ceux qui vont passer leur temps à traverser de l’esclavage à la liberté, de la servitude au service. Vous êtes ceux qui ont leur esclavage derrière eux car ils ont changé de bord. Oui, nous tous, nous sommes les enfants de la libération, nous sommes le peuple qui a été expulsé de la matrice totalitaire qui veut tout régenter à toutes les époques. Nous sommes les enfants qui sont nés d’une expulsion hors du ventre confortable de l’Égypte, de cette Égypte où rien n’est à désirer, rien n’est à vouloir, puisqu’on décide de tout pour vous. Nous sommes les enfants du Dieu de Moïse, de ceux qui traversent miraculeusement pour naître à leur destinée, un peuple qui ose sortir quand la Mer(e) Rouge a perdu les eaux. Nous sommes enfin le peuple de ceux qui sont passés par les eaux vivifiantes du baptême qui nous a fait naître.
Le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus, votre Dieu, mon Dieu, est celui qui tient les clefs de toutes nos libertés, de toutes nos libérations. Et à des français, à ce peuple occidental qui a été le plus marqué par l’égyptomanie, celle de Louis XIV, celle de Napoléon ou des loges maçonniques, Dieu continue à dire :
— Sortez d’Égypte, même quand elle ne s’appelle plus Égypte !
A nous qui sommes sur l’axe de l’obélisque, de la pyramide transparente et des sarcophages sous la colonne de juillet, Dieu dit :
— Continuez à sortir d’Égypte, surtout si elle s’est donné un autre nom. Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir, qui t’ai libéré de la maison de la servitude.
Au peuple qui a pensé pouvoir sortir d’Égypte en coupant lui-même la tête de ses rois, Dieu dit : « Sortez d’Égypte, mais comme je l’ai voulu, selon mes façons de faire, mes procédés, dans le refus de la violence. C’est moi qui tiens la clef de votre libération et de votre liberté ».

En hébreu, Égypte se dit Mitzraïm, et ce mot veut aussi dire « les angoisses, la dépression » (….) c’est au peuple qui consomme le plus d’antidépresseurs au monde que le Dieu de Moïse et de Jésus rappelle que c’est lui qui détient la posologie de notre libération : « Je suis l’Éternel ton Dieu qui te fais sortir du pays des angoisses, je suis l’Éternel ton Dieu qui te libère du pays de la dépression ; et c’est moi qui le fais ».

Oui, Dieu nous sauve de tous les esclavages, et c’est tellement dans son projet pour nous qu’il a même décidé de l’inscrire jusque dans le nom de son fils, afin que nul ne puisse oublier que son plaisir, sa délectation n’est pas dans nos pieux épanchements ou dans nos bâtons d’encens, mais dans notre capacité à nous inscrire dans son projet de libération. C’est pour cela que le Fils de Dieu s’appelle du beau nom de Jésus. Yéshouah, Dieu sauve, Dieu élargit. Dieu sauve et élargit comme on le fait pour un esclave qu’on sauve et qu’on élargit quand on le libère. Ce projet n’est pas pour un peuple lointain du nôtre dans le temps ou dans l’espace. Ce projet de Dieu est pour nous qui sommes ici maintenant. Alors sortons d’Égypte ! Maintenant !
Amen !

 

(D’après la prédication donnée par le pasteur Gilles Boucomont l’été 2005 au Temple du Marais, à Paris. Disponible sur le blogue Au Nom de Jésus.

 

 

Charles Spurgeon : « Celui qui croit en son âme que l’homme se tourne vers Dieu de par son libre arbitre ne peut avoir été instruit de Dieu »

Scène de la série « Le Prisonnier » de et avec Patrick Mac Goohan (1967)

Cet article d’Anthony Ramaheriso, publié sur Le Bon Combat, est une traduction du célèbre sermon de Charles Spurgeon sur le libre arbitre, « Free Will: A Slave » , prêché le 2 décembre 1855 à New Park Street Chapel, Southwark.

« Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! » (Jean 5v40)

« Ce verset est l’un des plus puissants qu’utilise la religion centrée sur l’homme (…) On découpe habituellement ce texte de la manière suivante :

1. L’homme a une volonté ; 2. Il est entièrement libre ; 3. Il doit se pousser lui-même à vouloir aller à Christ, sans quoi il ne peut être sauvé.

Mais je m’oppose farouchement à un tel dépeçage, et je m’efforcerai pour ma part de considérer le texte d’une manière plus calme. Je ne conclurai pas automatiquement, parce qu’il parle de « vouloir » ou de « ne pas vouloir », que le texte enseigne la doctrine du libre arbitre.

Il a déjà été démontré au-delà de toute controverse que le libre arbitre est une absurdité (…) Nous pouvons croire au pouvoir de choisir, mais une liberté de choix est tout simplement ridicule. Tout le monde sait bien que la volonté est dirigée par l’intelligence, poussée par les motivations, guidée par d’autres parties de l’être, et qu’elle n’est qu’une chose de second degré [C’est ainsi que « les hommes agissent par émotion, spéculation et pulsion, ne pouvant fonctionner sur la logique seule(1)].

La philosophie et la religion réfutent d’emblée la pensée même du libre arbitre. Et j’irai aussi loin que la grande assertion de Martin Luther :

« Si quelqu’un attribue quoi que ce soit du salut, même la plus petite part, au libre arbitre de l’homme, cette personne ne connaît rien de la grâce et n’a pas connu ma vérité sur Jésus-Christ ».

Cela peut sembler un sentiment dur, mais celui qui croit en son âme que l’homme se tourne vers Dieu de par son libre arbitre ne peut avoir été instruit de Dieu. En effet, l’un des premiers principes que celui-ci enseigne en commençant son œuvre en nous est que nous n’avons ni volonté ni puissance, mais qu’il nous donne les deux. Il est « l’alpha et l’omega » dans le salut de l’homme. Loin d’affirmer que l’homme vient à Christ de sa propre volonté, le texte le renie avec vigueur et force. Il déclare : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! »

Voilà un exposé magistral de Spurgeon, prouvant l’absence de libre-arbitre, n’en déplaise aux adeptes du « libre choix » et de « la liberté individuelle » !

En commentaire au texte qui précède, une internaute nous propose de reprendre la parole de Jésus : Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! et souligne que « bien que le point d’exclamation n’existât pas du temps de la rédaction de ce texte, les traducteurs l’ont très pertinemment marqué : il traduit un reproche et un déplaisir de la part de Jésus. Les pharisiens à qui il s’adresse, sondaient les Écritures, ils auraient donc dû reconnaître en Jésus le Messie, c’est là la signification poignante du verset, qui en lui-même ne se préoccupe pas de la question philosophique du libre-arbitre. La cause de l’aveuglement des conducteurs d’Israël, provient, non d’une déficience de l’intellect, mais d’une corruption de cœur : ils aimaient plus la gloire qui vient des hommes que celle qui vient de Dieu.

Or Spurgeon se sert du cas, non pour rendre compte du sentiment de Jésus : ils auraient dû venir à lui…, mais pour établir un autre point : ils ne pouvaient pas venir à lui…, parce qu’ils n’avaient pas de libre-arbitre.

Bref, Spurgeon a raison, son libre-arbitre n’est qu’une illusion, elle est esclave, esclave de la gloire qui vient des hommes ».

 

Pour aller plus loin : voir aussi cette étude en deux parties sur la liberté, publié sur Pep’s café ! : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/01/27/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/02/03/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute-2/

 

Note :

(1) « Ceux qui ne peuvent pas ressentir de plaisir ou de préférence sont paralysés par les décisions les plus simples que nous prenons sans effort au quotidien : stylo bleu ou stylo noir ? Mary ou Sue ? Pour n’importe quel choix – qu’il s’agisse d’un partenaire ou de céréales pour le petit déjeuner -, ils s’enlisent dans les sables mouvants du pour et du contre ». D’après Gladstone, Brooke/Neufeld, Josh. La Machine à influencer : une histoire des médias. Ca et là, 2014, p 128.

« La liberté de choix » : une « illusion », une « malédiction » héritée de la chute (2)

Dans un billet précédent, nous soulevions le fait que la liberté dans le sens où nous l’entendons (« la liberté de choix ») n’est pas la liberté dont Dieu parle, mais une « illusion », une « malédiction » héritée de la chute, conséquence du péché, selon les auteurs bibliques. Etre vraiment libre, ce n’est pas « avoir le choix » entre le bien et le mal, mais être positionné du côté de Dieu.

D’autre part, le chrétien devrait en réalité préférer à la « liberté », concept « statique », celui de « libération », qui inclue un processus et une « dynamique ». En effet, selon le pasteur Gilles Boucomont (1), l’on ne saurait parler « de liberté sans libération », car, juge-t-il avec humour sur twitter,

Scène de la série "Le Prisonnier" de et avec Patrick Mac Goohan (1967)

Scène de la série « Le Prisonnier » de et avec Patrick Mac Goohan (1967)

l’ « on n’a jamais entendu un prisonnier se dire libre parce qu’il faisait ce qu’il voulait dans sa cellule » ! Pour pouvoir vivre la liberté, il nous faut donc passer par la libération, soit le fait d’être toujours portée en avant dans un processus d’émancipation(2), contrairement à l’inertie d’une liberté qui, elle, s’étiole, quand on ne la vit pas activement au quotidien. Il est intéressant de constater que la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est justement le rappel d’une libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Suivent ensuite les commandements de Dieu à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des « Paroles » de Dieu comme étant précédé par la libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, tu n’auras pas d’autre dieu et tu ne t’en feras pas d’images », etc…A vous de poursuivre !

Dans le Nouveau Testament, Paul rappelle fort opportunément aux Galates-tentés de se remettre sous un joug-que « c’est pour la liberté que Christ nous a libérés »(Gal.5v1). Et il y a un prix à payer, pour « garder cette liberté chèrement acquise par un autre à la croix : « tenir ferme » et ne pas se remettre « sous le joug de l’esclavage »(v1). Nous sommes donc intégrés dans un processus de « libération continue », dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, « livré à la mort à cause de nos péchés et ramené à la vie (par Dieu) pour nous rendre justes devant lui »(Rom.4v25. BFC)

Jésus-Christ est d’ailleurs le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre : personne n’a pu « le convaincre de péché »(Jean 8v46), il n’y avait en lui aucune source de mal, et même Satan n’a eu aucune prise sur lui (cf Matt.4v1-11). Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs »(Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, du pouvoir du péché, de la crainte de la mort(Hébr.2v15), et la restauration d’une relation qui avait été rompue : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor.5v19)

Jusque à présent, je pouvais croire que choisir de ne pas mettre ma confiance en Jésus et de ne pas le suivre, Lui et ses commandements, était justement l’expression de ma liberté. En réalité, je ne deviens libre qu’en refusant l’exercice de cette pseudo-liberté de pouvoir vivre sans Dieu. Je ne suis pas libre d’exercer ou non la miséricorde(ou la bonté), mais vu que j’appartiens à Jésus, je deviens miséricordieux, car c’est là « le fruit de l’Esprit »(Gal.5v22) et parce que mon Père céleste est « miséricordieux »(Matt.6v36). Je ne suis pas libre d’être, soit doux, soit violent, car j’appartiens à Jésus, qui est lui-même « doux et humble de cœur »(Matt.11v29), et le fruit de l’Esprit est ma douceur(1). Enfin, je ne suis pas libre d’aimer ou de ne pas aimer, mais parce que « Dieu est amour »(1 Jean 4v16) et parce que mon Père Céleste m’aime personnellement(1 Jean 3v1), je peux « aimer mon Dieu de toute ma force… » et mon prochain, « comme moi-même ».

Si je choisi de suivre Jésus, le Seigneur, alors mes choix sont simples(1) : j’abandonne « l’idolâtrie de soi » qui réside dans la vénération du libre-arbitre, je lâche prise sur « la liberté de choix » qui est devenue aujourd’hui un véritable dogme, et je me réjouis d’entrer dans les projets de mon libérateur : « si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création: les choses vieilles sont passées; voici, toutes choses sont faites nouvelles » (2 Cor.5v17) ;« Or, le Seigneur c’est l’Esprit ; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Cor.3v17). Et je me réjouis de cette nouvelle relation avec Jésus : « plus esclave…mais ami » (Jean 15v15), et je vois « de quel amour le Père m’a fait don, que je sois appelé enfant de Dieu » (1 Jean 3v1 ; Jean 1v12-13)

 

Notes :

(1) Boucomont, Gilles. Au Nom de Jésus : Mener le Bon Combat. Editions Première Partie, 2011, pp 152-155

(2) C’est le sens d' »éducation » : « conduire hors de », pour élever, faire grandir(cf Jean 10v3).

 

« La liberté de choix » : une « illusion », une « malédiction » héritée de la chute

La liberté consiste-t-elle à "choisir" entre "ces deux options" ? Par Andy Singer

La liberté consiste-t-elle à « choisir » entre « ces deux options » ?
Par Andy Singer

Dans notre vie, nous menons beaucoup de batailles. L’une d’elle-primordiale, à remporter-est une bataille sémantique : « Les mots ont un sens », et aussi un usage. Encore faut-il connaître et comprendre lesquels.

Ainsi, par exemple, qu’est-ce que la liberté ? L’on dira alors que c’est « pouvoir faire ce que l’on veut, sans avoir besoin d’obéir à personne », « le mépris des influences et des préjugés », « vivre à son idée, sans contraintes et sans attaches »…. La liberté, nous savons ce que c’est, et surtout, nous la chérissons, nous y tenons particulièrement, « comme une perle rare ». Nous tenons à penser, parler, sortir, manger, nous amuser, nous réunir ou nous associer, circuler, choisir, décider librement….

Certains ont même payé le prix de notre liberté et de ces libertés-là.

De tous les peuples, les Français sont peut-être « les plus experts » en matière de « Liberté » (du moins le croient-ils), puisque cette notion est inscrite dans leur devise et figure dans l’article 2 de la Constitution française de 1958.

Néanmoins, la liberté est-elle bien ce que l’on affirme qu’elle est ?

Le chrétien, quant à lui, prétend se fonder sur la Bible, et ce que Dieu en dit, pour penser, de comprendre, d’expliquer ou de vivre la liberté. Et ce, à l’opposé de « la pensée humaniste » de l’époque moderne (des XVI-XVIIe siècle), notamment « la philosophie des Lumières »(XVIIIe siècle). Or, relève le pasteur Gilles Boucomont (1), nous serions bien avisés « de ne pas minimiser l’influence-aussi bien positive que négative-de la pensée des Lumières » sur notre compréhension bien française de la liberté.

Car, dénoncer trop vite « l’humanisme des Lumières », c’est oublier « que celui-ci a permis à l’homme d’être à nouveau au centre, alors que des institutions(la Royauté ou l’institution ecclésiale issue des croisades) étaient devenues le centre ». On notera que la Réforme protestante du XVIe siècle, avec son retour aux sources bibliques, participe du même mouvement de réflexion sur l’identité et la place de l’être humain. Pourtant, « il est vrai, nuance Gilles Boucomont, « que la liberté née du Siècle des Lumières s’est d’abord énoncée comme une liberté de refuser ces institutions, c’est-à-dire de préférer un régime républicain [quand d’autres choisissent de s’appeler « Les républicains »] à la royauté, ou préférer de ne plus être considérés comme membre de l’église de Rome. Sauf que ce refus s’est opéré sur un mode « destruction », dans un esprit de rébellion. Ainsi, plutôt que de se positionner contre les abus du Roi ou du Pape, beaucoup ont glissé vers un désir d’être libérés de l’emprise de Dieu Lui-même, « jetant le bébé(Jésus) avec l’eau du bain(l’église de Rome). Quitte à être libres, autant être libres de tout »(1), à l’instar des « gens de (la) génération » du prophète Jérémie(Jer.2v31)

Ainsi, « l’homme moderne »(des XVII-XVIIIe siècle, dont nous sommes l’héritier direct), s’affirmant comme un « sujet pensant » et « un être doué de raison », revendique son droit à juger par lui-même de ce qui est vrai ou faux, ou à décider souverainement « de ce qui est bien ou mal », « libre » de toute autorité susceptible de lui imposer de croire à des vérités établies(2). C’est là la réalisation de la promesse du serpent, en Genèse 3 : « vous serez comme des dieux… ».

Dans le domaine moral et religieux, « l’homme libre moderne » renonce à conquérir le paradis (futur et céleste), pour établir son propre bonheur terrestre « ici et maintenant ». Enfin, dans le domaine technique et politique, « l’homme entièrement libre » est « propriétaire de lui-même comme de son destin ». Devenu « maître et possesseur de la nature », selon l’expression de Descartes, il (auto)entreprend de mettre la nature à son entière disposition. Politiquement, il se considère également comme « affranchi » de toute appartenance à une communauté ou à une lignée naturelles, la seule société légitime n’étant plus désormais à ses yeux qu’une libre association [et non plus une « alliance »] fondée sur un « contrat »(de confiance)juridique(2), que l’on peut rompre(après « 30 jours d’essai »). Bref, faites le lien avec les conceptions « modernes » du mariage ou de l’Eglise dans notre XXIe siècle…..

Ainsi, sur ces critères résolument « modernes », la liberté s’est notamment définie comme la possibilité de croire ou ne pas croire. Le caractère principal de cette liberté née des Lumières, c’est le triomphe du choix, ou de « la liberté de choix », chère-notamment-aux libéraux.

Etre libre, c’est pouvoir choisir. Et « le plus grand pouvoir que Dieu aurait donné à l’Homme, ce serait le choix », estime-t-on.

Sauf que….cette liberté-là, « la liberté de choix », n’est pas la liberté dont Dieu parle, souligne Gilles Boucomont(1). Cette liberté que nous revendiquons et poursuivons, défendons, avec tant d’ardeur…n’est « qu’une illusion » et même « une malédiction » héritée de la chute, conséquence du péché, selon les auteurs bibliques.

« Etre vraiment libre, ce n’est pas avoir le choix entre le bien et le mal, c’est être positionné du côté de Dieu. Ce qui veut dire que, contrairement à ce que l’on pense souvent, le texte biblique ne promeut pas la notion de « libre arbitre » qui est un concept moderne lié aux Lumières ». Et, paradoxalement, notre compréhension de la liberté-que nous croyons « biblique »-s’avère en réalité plus nourrie de la philosophie des Lumières que de la pensée (réellement) biblique ! « Luther insistera sur l’idée, provocatrice, du serf arbitre. C’est parce que ma conscience se fait « servante », « esclave »(« serf ») du Christ, que je deviens libre ».

Cette idée était déjà très présente dans l’Ancien Testament, dans l’offre faite par Moïse au nom de l’Eternel, quand il s’adresse ainsi au peuple : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité »(Deut.30v19-20)

« Certes, dans ce passage », commente Gilles Boucomont, « il est clair que les grandes étapes de la vie se présentent comme des choix. Mais chacun de ces choix n’est pas une alternative équilibrée, laissée à la discrétion de celui qui doit se prononcer. Moïse dit bien : « choisis la vie ». Ce n’est pas un choix « libre » selon nos catégories modernes, puisque la bonne solution est nommée immédiatement….et pourtant, le texte marque bien, par le choix d’abord énoncé, qu’il y aura des gens qui vont choisir la malédiction et la mort ! »

Cela signifie que nos choix fondamentaux ne sont pas faits par nous, contrairement à ce que nous croyons, mais du fait d’influences de notre éducation, de la mode, de notre grille de lecture de telle ou telle situation…..

"Nudge", de Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein

« Nudge », de Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein

A ce sujet, d’intéressants auteurs, Ha-Joon Chang(3), Richard H. Thaler et Cass R. Sunstein(4), nous expliquent que cette liberté totale que nous revendiquons est en réalité « pipée » : nous ne sommes en effet que de « simples mortels faillibles », faisant « de notre mieux pour nous en sortir dans un monde complexe »(4). Hélas, notre « rationalité »(3, 4) et notre « maîtrise de soi » sont « limitées », et nous sommes « vulnérables aux influences sociales »[et même environnementales], d’où des erreurs fréquentes ou des décisions prises de manière plus irrationnelle que rationnelle(3, 4). C’est la combinaison « des problèmes de maîtrise de soi et de choix irréfléchis qui provoque des catastrophes dans la vraie vie » (4). C’est pour cela que nous avons besoin de restreindre délibérément notre liberté de choix pour réduire la complexité des problèmes que nous devons affronter-et en général, c’est ce que nous faisons(5).

Ceci dit, celui qui doit déterminer nos choix, c’est celui qui dirige notre vie. Mais qu’est-ce qui est le plus « déterminant » dans notre vie ? « Notre identité nationale », notre éducation, notre métier ou « notre ministère », nos habitudes alimentaires, les discours ou les programmes politiques, les « news-magazines », « ce que l’on a vu à la TV » ? Ou le Seigneur Jésus-Christ, dont nous avons (normalement)choisi qu’Il dirige notre vie ?(1)

 

(A suivre. Suite et fin mercredi prochain).

A noter que ce billet est le prolongement de cet autre sur la liberté d’expression.

 

Notes :

(1) Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : mener le bon combat(T2). Ed. Première Partie, 2011, pp 151-155.

(2) D’après Clerget-Gurnaud, Damien. Vivre passionnément avec Kierkegaard. Eyrolles, 2015, pp 55-57

(3) Dans « 2 ou 3 choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme ». Points Seuil, 2015, p 231 et ss)

(4) Dans « Nudge : la méthode douce pour inspirer la bonne décision ». Pocket, 2012, p 76, 85, 135-136

(5) « Souvent, la réglementation publique fonctionne, notamment dans des milieux complexes comme le marché financier moderne, non parce que l’Etat en sait plus long, mais parce qu’il restreint les choix, donc la complexité des problèmes immédiats, ce qui réduit les risques de dérapage », relève Ha-Joon Chang (op.cit., pp231-232). « Or, dans la marche à la crise financière mondiale de 2008, notre aptitude à prendre de bonnes décisions a été submergée, parce qu’avec l’innovation financière, on a laissé évoluer les choses vers trop de complexité…au point que même les experts de la finance n’y comprenaient plus rien !(op. cit., p 242)

Entre-deux tours : le temps des choix difficiles

La voix de Dieu est toujours la plus puissante. Pour couvrir celles de ceux qui hurlent...

La voix de Dieu est toujours la plus puissante. Pour couvrir celles de ceux qui hurlent…

L’homme a un très pouvoir, dit-on : celui de disposer de « la liberté de choix ».

Ainsi, chacun est libre. De choisir. Ou, par exemple, de voter. Ou de ne pas voter, par exemple au deuxième tour des élections régionales de dimanche 13/12.

Dans ce cas précis, un tel pouvoir peut nous apparaître comme une véritable « malédiction », pour ne pas dire « un fardeau », plus que comme un réel avantage. En effet, la plupart auront des choix difficiles-très difficiles- à faire, selon les régions où ils se trouvent*. Et l’on peut comprendre pourquoi.

Chacun est libre, donc. Mais notre liberté n’est jamais exempt de responsabilité, et elle n’est jamais, quoiqu’on en dise, « liberté des conséquences de nos choix »(cf Rom.14, qui illustre assez bien cette idée)

Mais comment, dans nos choix, et notamment nos choix électoraux, rendre notre témoignage chrétien ? Soit de laisser voir Jésus-Christ et manifester le fruit de l’Esprit : « amour, joie, paix, maîtrise de soi, bienveillance, bonté… »(Gal.5v22. Comparer avec 1 Cor.13) ? Surtout dans une situation où « le libre choix » nous semble « maigre »(par exemple, où il peut nous sembler que l’on nous demande de choisir « entre la peste ou la grippe »)…..

Dans cette situation, comme dans d’autres, le chrétien est appelé à être sage et « saint »(soit de manifester ce qu’il est), parce que Son Dieu est « Saint ». Et le sage, le saint, est celui qui sait faire la différence et user de discernement, loin de tout amalgame (cf Lévit.20v25-26).

L’enjeu, en ces temps d’incertitudes et de confusions, est de vivre avec foi les psaumes 46 et 93. Soit de manifester sa confiance en Dieu, dont la puissante voix couvre la voix « des océans [ou les chutes du Niagara) qui hurlent de fureur »(Ps.93v3. BFC). Il n’est pas besoin de vous faire un dessin.

Et pour chaque homme intègre, l’enjeu est, non de garder le silence (à l’instar du « silence d’Adam »**), mais de faire entendre sa voix. Soit, à l’instar de Son Dieu(qui « est lumière »), dès le commencement, de manifester la lumière et de proclamer une parole de vie, au milieu des ténèbres, de la confusion, et de l’instabilité (cf Gen.1v2-3. Comparer avec Eph.5v6-11, 2 Cor.4v6).

Ce n’est donc pas le temps de se taire, mais de faire face, avec courage, amour et sagesse(ou de « sobre bon sens », cf 2 Tim.1v7).

Il est temps, ayant reconnu la voix de votre Seigneur et Sauveur, de se jeter à l’eau(Jean 21v7), et de se souvenir de ce que « l’Eternel attend de moi » : « pratiquer la justice, aimer la miséricorde(ou la loyauté)et marcher humblement avec mon Dieu »(Michée 6v8. Cf Prov.31v8-9). Mon Dieu qui ne fait pas de favoritisme, et qui est le Dieu des veuves et des orphelins, aimant l’étranger, lui donnant la nourriture et le vêtement.(Deut.10v17-19)

A écouter : cette version du chant inspiré de Michée 6v8.

 

Notes :

*Ainsi, par exemple, refuser de voter à gauche, au prix de laisser passer le FN. Sachant que la problématique inverse se pose aussi : refuser de voter à droite, au prix de laisser passer le FN…. Et ce, au nom d’un refus-légitime-de ne pas être pris en otage. Ce ne sera toutefois pas le choix de l’économiste Jean Gadrey, dimanche. Voici sa réponse à des « ami-es et proches on ne peut plus respectables et souvent militants qui semblent s’orienter vers un vote blanc dans (sa) région, avec des arguments » : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2015/12/08/laisser-passer-le-fn-en-refusant-de-voter-a-droite/

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2015/12/10/je-persiste-faire-barrage-au-fn-seul-parti-raciste/

Voir aussi : http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html

 

** D’après le livre éponyme de Larry Crabb.