Comment il est possible de « se séduire soi-même », selon 1 Jean 1v8

Le début de la première lettre de Jean concerne le rapport à la vérité et la façon dont nous pouvons nous replacer dans la justice de Dieu, en étant réaliste quant à ce que nous vivons vraiment intérieurement (Source image : public domain pictures)

« Si nous prétendons être sans péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1v8)

« J’étais démoralisé parce que je me disais que s’il croyait vraiment à ces histoires, c’était qu’il avait perdu le contact avec la réalité », a témoigné le 13 juin l’ex-procureur général des États-Unis Bill Barr, rencontré par les membres de la commission dite du « 6-Janvier »(1), laquelle enquête sur la responsabilité de l’ex-président Donald Trump, battu aux dernières élections, dans l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.

Il ressort des travaux de cette commission que Donald Trump savait que ses accusations de fraude électorale, qui ont encouragé l’assaut, étaient erronées. L’ancien procureur général des États-Unis (à la tête du département de la Justice) William Barr a affirmé avoir tenté de l’en convaincre dans son témoignage rendu public. Même après avoir été informé à répétition par son entourage, par les membres de sa famille, par plusieurs de ses conseillers juridiques et par des membres de son équipe de campagne que la théorie de la fraude électorale ne supportait pas la réalité des faits, Donald Trump a continué à prétendre l’existence d’une « élection volée » par les démocrates dans le seul but de mobiliser ses troupes et de tenter de renverser le gouvernement, légalement élu, de Joe Biden.  Ce « grand mensonge » est aussi devenu un levier pour le populiste afin qu’il tire des millions de dollars des poches de ses fidèles pour soi-disant contrer ce « vol » devant les tribunaux. Y compris en alimentant un « fonds officiel de défense des élections » qui… n’a jamais existé, a-t-on appris lundi matin 13 juin, au deuxième jour des audiences publiques de la commission parlementaire.

Le « grand mensonge » était aussi « une grosse arnaque », a résumé la démocrate Zoe Lofgren, représentante de la Californie et membre de cette commission d’enquête(1).

Cette affaire en cours me rappelle la question d’un internaute, posée sur le site 1001 questions : « Que veut dire « se séduire soi-même » en 1 Jean 1,8 ? »

Dans la réponse donnée, il est rappelé que le début de la première épître de Jean concerne le rapport à la vérité, et la façon dont le chrétien peut se replacer dans la justice de Dieu en étant réaliste quant à ce qu’il vit vraiment intérieurement. 

Dans ce registre, Jean insiste sur l’illusion que nous pouvons avoir d’être « sans péché ». Au sens du classique « Moi, Monsieur, je n’ai pas tué, je n’ai pas volé ». Se mentir à soi-même est une illusion. C’est ce que Jésus a pointé en maximisant les dix commandements dans son Sermon sur la montagne, et en montrant qu’une parole pouvait être un meurtre, qu’un regard pouvait être un adultère. 

Jésus ne voulait pas dire qu’il fallait lapider les gens pour un regard (ce qui pourrait être le désir de certains extrémistes), mais il veut nous aider à creuser toujours plus profond du côté des racines de notre péché.  

Le péché est un acte. Mais il est plus profondément un projet, et plus profondément encore une intention, et plus profondément une frustration… 

Se séduire soi-même c’est donc imaginer que notre gestion des apparences, notre image sociale de personne « bien sur soi », suffit à ne pas être un pécheur. Quelle hypocrisie ! Et c’est vraiment une séduction où nous sommes dans un marché de dupes, car nous créons un mensonge et nous croyons au mensonge qu’on a créé.

Bref, c’est de la bonne conscience pour pas cher, et c’est ce qu’on appelle, techniquement la « mauvaise-foi ».

L’enjeu spirituel est de taille, car « si nous reconnaissons nos péchés, nous pouvons avoir confiance en Dieu, car il est juste : il pardonnera nos péchés et nous purifiera de tout mal. Si nous prétendons que nous n’avons pas commis de péché, nous faisons de Dieu un menteur et sa parole n’est pas en nous » (1 Jean 1v9-10

Note :

(1) Cf Le «grand mensonge» de Trump sur les élections de 2020 passé au crible

Voir aussi États-Unis. Assaut du Capitole : Trump a persévéré dans ses “mensonges” malgré les alertes de ses proches

Depuis le début de son enquête, cette commission dite du « 6-Janvier », composée de sept démocrates et deux républicains, a entendu près de 1 000 témoins, dont deux enfants de l’ancien président, pour faire la lumière sur les faits et gestes de Donald Trump après l’élection de 2020. Elle assure avoir épluché plus de 100 000 documents, dont des courriels, SMS et photos officielles de la Maison Blanche, et a envoyé une centaine d’assignations à témoigner.

Ne faites pas d’impair : Dieu est « Père » et pas « mère »

Lectures bibliques

Papa propose un nouveau jeu……

Deutéronome 4:32-40

(….)
Reconnaissez donc aujourd’hui et gardez dans votre coeur cette vérité :
c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel et en bas sur la terre.
Il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Respectez ses lois et ses commandements que je vous donne aujourd’hui.
Alors vous et vos enfants, vous serez heureux.
Et vous vivrez longtemps dans le pays
que le Seigneur votre Dieu vous donnera pour toujours.

Romains 8:14-17
Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu. Et l’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves qui ont encore peur, mais il fait de vous des enfants de Dieu. Et par cet Esprit, nous crions vers Dieu en lui disant : « Abba! Père ! ». L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage :
nous sommes enfants de Dieu. Alors, si nous sommes enfants de Dieu, nous recevrons en partage les biens promis par Dieu à son peuple, et ces biens, nous les recevrons avec le Christ. Oui, si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à sa gloire.

………..Affronter la réalité ! Par Jim Benton [Piquée » sur le compte twitter de Laurent Descos, 09/05/18]

Message :

Nous découvrons dans ces passages des Écritures qu’il n’est pas du tout insignifiant d’appeler Dieu par un nom ou par un autre. Nous savons qu’il y a des tas de noms pour nommer Dieu, et chacun de ses noms s’appuie sur une identité particulière que nous voulons donner à celui à qui nous nous adressons.
Quand nous prions Dieu comme Tout-Puissant, nous ne prions pas du tout de la même façon que quand nous nous adressons au Christ, qui est passé par l’expérience de la croix. Prier le Dieu Tout-Puissant, c’est reconnaître que tous les possibles appartiennent à Dieu, qu’il est le Dieu de l’impossible qu’il est le Dieu qui peut tout (ce qui ne veut pas dire qu’il fait tout et en particulier qu’il ferait tout ce qu’on lui dit de faire…).
S’adresser à Dieu par un nom ou par un autre, c’est donc qualifier Dieu, de la même façon que l’on ne s’adresse pas sur le même ton à une même personne suivant les contextes. De temps en temps, un journaliste laisse échapper un « tu » à la place d’un « vous » qui dévoile qu’il connaît la personne au-delà de son rôle de journaliste, plutôt dans le registre de l’amitié.
Les protestants ont été appelés très tôt « les tutoyeurs de Dieu ». Non pas qu’il soit mieux de tutoyer Dieu que de le vouvoyer, mais simplement parce qu’en tutoyant Dieu on fait un choix. Et ce choix consiste à dire que la proximité, la confiance et l’intimité d’un « tu » sont plus importantes encore que la déférence et le respect d’un « vous ». Dieu n’a pas voulu être lointain mais bien proche, ce que nous reconnaissons et valorisons par l’usage du « tu »(1).
En qualifiant Dieu de « Père, Fils et Saint-Esprit », nos prédécesseurs dans la foi ont fait des choix très particuliers. Ils ont voulu mettre l’accent sur des facettes de Dieu bien particulières (…)
En choisissant d’appeler Dieu par le nom de Père principalement, les premiers chrétiens ont pris un risque. Il est souvent rappelé que cela a exaspéré nos frères aînés Juifs qu’on puisse appeler Dieu Père. A la rigueur qu’on dise « Dieu est comme un père pour nous », c’était recevable, et le Psaume 103 ne s’en prive pas. Mais l’appeler, le héler, le prier en l’appelant Père, c’était choquant. Car non seulement quand on nomme quelqu’un le nom qu’on lui donne dit des choses sur ce qu’il est, mais en plus, le nom qu’on lui donne décrit aussi comment nous nous positionnons par rapport à cette personne. Si nous nommons Dieu Père, alors cela signifie que nous nous reconnaissons comme enfants. Et c’est très compliqué de dire cela car alors, comment fonctionne cette paternité et cette filiation ? (….)

Paul, à la suite de Jésus-Christ tient fermement sur cette appellation de Dieu comme Père. C’est au cœur de sa foi.
Pourquoi Dieu a-t-il été appelé Père et non pas Mère ? Après tout on pourrait l’envisager ? Eh bien tout simplement parce que c’est bien comme Père que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse et de Jésus-Christ, se comporte. Laissez tomber d’office l’argument ethnologique comme quoi Dieu serait père parce qu’il serait décrit comme tel dans une société patriarcale. Ce n’est pas là la vraie raison. Il est nommé Père tout simplement parce que le type de relation qu’il a avec l’humain est de l’ordre de la paternité beaucoup plus que de la maternité. Et ce n’est pas une histoire de féminisme ou de machisme. C’est simplement un type relationnel. On est toujours sûr de sa mère, tandis qu’on n’est jamais vraiment sûr de son père. Même avec les analyses ADN. L’être humain est complexe et si la maternité est un lien qu’il faut couper, la paternité est un lien qu’il faut construire. En tant que lien de personne à personne la paternité est beaucoup plus fragile que la maternité parce qu’elle naît d’une parole. Oui, la paternité ne tient qu’à la parole de la mère. On devient père dès que la mère d’un enfant dit à son enfant « C’est lui ton père ». Dès qu’elle le dit par des mots, par des gestes, par des attitudes et par une pratique. Un père est toujours adoptif. Alors bien sûr on souhaite à chacun que son géniteur naisse comme père assez rapidement après la naissance, mais c’est toujours conditionnel.
Dieu n’est pas en relation avec nous dans un mode relationnel où il faut couper un cordon. Il est devant nous comme cette relation paternelle qu’il faut au contraire tisser, construire et faire naître par une parole.
Si vous tenez à tout prix à chercher du maternel dans ce qui fait notre foi, n’allez – de grâce – pas chercher du côté de Marie. Non, la figure féminine qui construit notre foi, c’est tout simplement l’Église, la communauté. Elle est cette matrice, elle est cette mère où nous nous trouvons dès le début, elle exerce cette maternité qui nomme, qui essaye de dire à ses enfants, depuis le plus jeune âge : « Tu sais, tu peux avoir confiance en Dieu car c’est bien lui ton Père ». Quand nous accompagnons des enfants dans leur formation biblique, quand nous prenons soin des uns et des autres au moment où ils essayent de revivifier un lien avec Dieu dont ils sentent bien qu’il ne tient pas très bien, nous exerçons, à notre tour cette fonction maternelle qui essaye de nommer la paternité de celui qui est Père parce qu’il veut adopter tous ceux qui accepteront son amour.
L’enjeu est de taille pour la vie de nos communautés (….)C’est à l’Église que revient la tâche de contredire les mensonges qui courent autour de nous, [à propos de Dieu et à propos du père]……

Lire la suite de la prédication initialement donnée à l’Église réformée du Marais par le Pasteur Gilles Boucomont, le dimanche 11 juin 2006, et disponible sur le blog « Au Nom de Jésus ».

Note : 

(1) C’est ainsi que l’on peut définir un croyant : celui qui dit « tu » à Dieu.

De l’imagination, « cette faculté transversale »

« Ce dont cet homme a besoin » ou le point de vue du dominant, par Andy Singer

« L’imagination est ici la faculté de nous mettre à la place d’autrui, mais sans nous croire véritablement à sa place, et sans nous en faire une image. C’est un art délicat. D’autant plus délicat que l’imagination baigne dans l’imaginaire dominant d’une époque, d’un milieu, d’une culture ».

(Olivier Abel. De l’humiliation : le nouveau poison de notre société. Les Liens qui Libèrent, 2022, p 78)

En quelques mots : Evangile VS culture ?

Dois-je abandonner ma culture pour suivre Jésus-Christ ? Qu’est-ce que la culture ? L’Évangile est-il une culture ? Est-ce la culture d’un groupe qui s’impose aux autres cultures ?….

Une vidéo Libérer!, avec Josiane Ngongang, du temple du Marais (Paris), pour comprendre « en quelques mots » comment s’y retrouver et faire des choix…

Depuis 2008, Libérer! propose une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, qui inclue la relation d’aide, la prière de guérison et la délivrance. Avec les Eglises protestante unies du Marais et de Belleville, à Paris.

Plus d’infos sur le ministère Libérer! et ses prochaines formations.

Plus de vidéos sur la chaîne youtube Libérer !

« De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”, d’Olivier Abel

Le philosophe Olivier Abel parle « du poison de l’humiliation » lors de l’émission « 28′ », sur Arte (26/04/22)

« ….Nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation », constate Olivier Abel(1), professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier, dans « Arrêtons l’humiliation ! »(2).

Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ?

Une interrogation pressante qui lui inspire “De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”. Dans cet ouvrage (en cours) paru le 16 février 2022 aux éditions Les liens qui libèrent, Olivier Abel observe la dimension politique et sociale de l’humiliation : nous aurions d’un côté un discours humiliant, qui nous traite comme des “homo economicus”, avec l’injonction « consomme ! ». Et de l’autre des manipulations, de la peur ressentie par la population française.

L’humiliation joue également un rôle important dans l’histoire, vu que la Turquie et la Russie ont souvent été humiliées par l’Occident, et les Européens en paient le prix aujourd’hui.

Outre son intervention à ce sujet, lors de l’émission citée plus haut, le 26/04/22 sur Arte et que je vous recommande, Olivier Abel était également « l’invité du jour » de Paris direct, sur France 24 :

Bonne écoute !

Notes :

(1) Voir son site perso, qui présente ses travaux.

(2) Un article d’une troublante actualité, paru initialement dans la revue Projet le 17/11/16

En quelques mots : l’abus

L’abus peut être de multiples natures (sexuel, moral ou/et spirituel), mais il a pour point commun « un détournement » de ce qui n’était pas mauvais au départ, soit un rapport de domination qui s’est mis en place et qui ne saurait correspondre aux relations telles que Dieu les a imaginées pour nous.

Une vidéo Libérer! pour découvrir ce qui se passe quand personne n’est à sa juste place ou quand quelqu’un a pris « la place de… ».

Depuis 2008, Libérer! propose une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, qui inclue la relation d’aide, la prière de guérison et la délivrance. Avec les Eglises protestante unies du Marais et de Belleville, à Paris.

Plus d’infos sur le ministère Libérer! et ses formations. Prochainement, dans plusieurs lieux en France, en Suisse et à l’Île Maurice, il sera possible de suivre les 1,2,3 avril 2022 une formation Libérer!1 dite hybride, au sens où l’enseignement sera reçu en direct par internet dans les différents lieux où il sera diffusé, et les temps d’appropriation et de prière seront vécus de façon unique et originale dans chaque lieu relai. Préinscription ici.

L’action du mois : Face à la polarisation, phénomène de division et d’exclusion, retrouver en l’autre « un visage » et « un humain »

« Polarized politics », par Dan Wasserman, 07/04/2010

Le théologien anglican John Stott (1921-2011) l’écrivait déjà dans ce grand classique qu’est « une foi intelligente et équilibrée » (Excelsis, 2016) : l’une des plus grandes tragédies du christianisme contemporain est la polarisation, l’extrémisme.

C’est aussi une tragédie pour notre société d’aujourd’hui, comme l’analyse Simon Lessard dans son excellente chronique pour l’émission radio « On n’est pas du monde »(1). Je l’en remercie, comme je le remercie, ainsi que l’équipe du Verbe, pour m’avoir aimablement autorisé à la publier sur Pep’s café [les notes sont de mon cru]. Bonne lecture !

« Nationalistes » contre « mondialistes » (…), « wokistes » contre « trumpistes », jusqu’aux « pro » et « anti » mesures sanitaires, nos sociétés sont de plus en plus bipolaires. Plus qu’une simple divergence d’opinions, la polarisation est un phénomène de division et d’exclusion réciproque. Au-delà de la crise covid et de l’influence des réseaux sociaux qui l’amplifient, quels sont les facteurs culturels à l’origine de ce phénomène global qui fracture le corps social et intoxique les débats publics ?

Qu’est-ce que la polarisation ?

Du grec polos, signifiant « pivot » ou « axe », la polarisation désigne tout processus d’attraction et de concentration autour de deux « pôles » opposés, au sein d’une structure ou d’un phénomène physique ou social.

En optique, la polarisation décrit la propriété des ondes lumineuses liée à l’orientation qu’elles suivent dans un plan. On parle ainsi de verre polarisé qui filtre la lumière afin de protéger nos yeux d’éblouissements aveuglants, ou encore pour visionner des films 3D.

En géographie, on appelle polarisation l’influence exercée par un lieu central sur ses périphéries. L’impact d’une métropole, par exemple, sur ses banlieues et la campagne environnante.

En économie, à partir des années 80, le terme s’est mis à désigner l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, et la disparition graduelle de la classe moyenne.

De nos jours, il est le plus souvent utilisé en politique : il renvoie alors au processus par lequel l’opinion publique tend à se diviser radicalement en deux positions contraires.

Plus qu’une simple opposition

Il y a certes deux idées opposées dans tout processus de polarisation, mais il y a, en plus et surtout, une concentration en deux uniques positions et une force d’attraction et de répulsion réciproque entre elles.

Être polarisé, ce n’est pas seulement être en désaccord, c’est chercher à rapprocher les gens d’une thèse tout en travaillant à les éloigner de la thèse contraire.

Par exemple, par rapport à la religion, on peut être athée ou croyant, catholique ou protestant, juif ou musulman, sans être polarisé et polarisant. On l’est uniquement si l’on désire convaincre les autres d’adopter la même posture que nous, tout en les repoussant le plus possible de la position inverse.

C’est ainsi que le polarisé cherche à se définir par mode d’opposition à son adversaire : 

« Si tu n’es pas woke, tu es trumpiste. » 

« Si tu n’es pas antivax, tu es propasseport vaccinal. » 

« Si tu n’es pas féministe, tu es misogyne. »

C’est aussi pourquoi le dialogue est quasi impossible en contexte de polarisation(2). La logique cède souvent toute la place à la rhétorique et la raison, à l’émotion. Il n’y a plus de recherche commune de la vérité, il n’y a que des jeux de pouvoir, un combat à mort des opinions.

Aveuglé par ses lunettes « polarisantes » qui lui font tout voir de son seul point de vue, le polarisé opère une réduction de la réalité en deux uniques positions et tend à exclure toute position tierce ou intermédiaire. Tout noir ou blanc et sans nuances de gris, la complexité du réel est ainsi simplifiée à outrance. La polarisation est l’ennemi de la diversité et de la multiplicité, et ce, même quand elle s’en prétend la plus grande défenseure.

Cinq amplificateurs culturels

Si plusieurs associent ce phénomène mondial à la montée des réseaux sociaux, ceux-ci ne sont que des amplificateurs d’une tendance lourde de notre culture contemporaine.

1. Le relativisme culturel

À première vue, on pourrait penser que le relativisme ambiant (« Tout est relatif, il n’y a que des opinions ») est une force contraire à la polarisation. Si la vérité n’est jamais absolue et change selon les cultures, les époques, ou même les points de vue personnels, nulle raison de s’obstiner à défendre une position plus qu’une autre. 

Pourtant c’est tout le contraire. 

La relativisation de la connaissance humaine engendre l’impression que le pouvoir en place impose « sa » vérité, qui pousse à son tour les oppositions ou contrepouvoirs à vouloir dicter « leur » vérité. La connaissance n’étant plus affaire de savoir, mais de pouvoir, une guerre des opinions subjectives remplace une recherche des vérités objectives. On désire plus avoir raison que trouver la vérité. Il y a là un manque d’humilité et, pire encore, un détournement de la finalité de toute discussion.

2. Le pluralisme politique

Le penchant politique du relativisme est le pluralisme. Ce concept est à priori bon, entre autres lorsqu’il renvoie à un système d’organisation qui reconnait et accepte une saine diversité des idées et modes de vie, permettant la cohabitation de personnes d’origines culturelles variées. Mais le pluralisme frappe un mur quand il mute en idéologie.

Si la multiplicité est une bonne chose quand elle touche les moyens, elle devient vite problématique lorsqu’elle s’applique aux fins. Dans une entreprise, une armée ou un orchestre, les nombreuses spécialités enrichissent le groupe qui vise un même but : les profits, la victoire ou la beauté. Mais si les employés, militaires et musiciens ne s’entendent pas sur ce pour quoi ils sont réunis, alors il faut s’attendre à l’anarchie, la mutinerie et la cacophonie.

3. La marchandisation de l’information

Quand les nouvelles et les cours universitaires sont soumis aux dictats capitalistes, c’est souvent au prix de la vérité. La popularité et la rapidité prennent le dessus sur la sincérité pour obéir aux lois du marché. 

Les argumentations lentes et nuancées vendront toujours moins de copies et susciteront toujours moins de likes que les opinions tranchées en moins de 280 caractères. La précipitation des réflexions et de leur expression provoque des simplifications et des généralisations, qui nuisent à une saine et sereine recherche en commun de la vérité.

4. La démocratisation du savoir

Qu’un plus grand nombre ait accès à une éducation de qualité est sans conteste une avancée de nos sociétés démocratiques. Mais la démocratisation du savoir risque toujours d’avoir pour effet pervers de préférer ce qui est simple, voire simpliste, à ce qui est nuancé et complexe. Or, la vérité n’est pas déterminée par la majorité ni ce que tous peuvent aisément concevoir. N’en déplaise à Descartes, le bon sens n’est pas la chose du monde la mieux partagée. Quand l’accessibilité prime sur la vérité en matière de connaissance, une paresse intellectuelle s’installe. On veut tout savoir et tout exprimer sans effort. Du coup, on oppose plus qu’on ordonne, on confond plus qu’on distingue, car cela est bien plus facile et rapide, bien plus à la portée de tout un chacun.

5. La dépersonnalisation des échanges

La virtualité des débats et la médiatisation des discussions incitent à une abstraction et une dépersonnalisation de l’interlocuteur. L’autre ne devient dès lors qu’un adversaire. Il n’est plus une personne à part entière, capable de distinctions et de conversions, il n’est que mon ennemi sur un point précis. 

L’autre est rapidement psychiatrisé ou diabolisé : « Celui qui ne pense pas comme moi est nécessairement fou ou méchant. » Mais face à face, autour d’un café, l’autre retrouve un visage et quelque chose de son humanité. Les photos de profil et les émoticônes ne remplaceront jamais les croisements de regards et l’émotivité de la voix humaine(3).

Dépolariser par la synodalité

Comment dépolariser une société ? Repenser nos prises de parole et de décision à partir de la notion de synodalité est sans conteste une voie à emprunter.

Concept phare de l’Église catholique (4) pour exprimer sa nature et sa mission, la synodalité pourrait et devrait inspirer toute communauté, qu’elle soit familiale, politique, ou culturelle. 

Composée de sun, « avec », et de hodos, « chemin », la synodalité consiste à cheminer avec l’autre.

Marcher ensemble, c’est d’abord s’entendre sur une destination commune. C’est ensuite se parler face à face en avançant côte à côte. Cette familiarité empêche de caricaturer aussi bien la position adverse que celui qui la défend. C’est enfin vivre main dans la main le quotidien et affronter coude à coude les obstacles du chemin.

Ni tyrannie de la majorité ni égalitarisme, la synodalité se distingue de la démocratie et de la collégialité en articulant diversité, hiérarchie et unité. Elle est un remède pratique pour élever le gout de la vérité au-dessus de la soif de pouvoir.

Avec l’annonce de son synode sur la synodalité, l’Église catholique, jugée trop souvent comme dépassée, est pour une fois en avance sur le reste de la société. Rassemblant des millions de femmes et d’hommes d’une diversité inouïe, elle ose encore croire qu’il est possible de vivre, discuter et avancer ensemble, autrement que par des joutes oratoires et des jeux de pouvoir.

Notes :

(1) « Petit traité de la polarisation » de Simon Lessard, initialement paru sur Le Verbe.com.

« On n’est pas du monde » est une émission de radio hebdomadaire diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion. Chaque épisode fait place à des discussions conviviales où profondeur et humour s’allient pour faire réfléchir.

Rédacteur et responsable de l’innovation au Verbe, Simon Lessard est diplômé en philosophie et théologie. Il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité et tirer de la culture occidentale du neuf et de l’ancien afin d’interpréter les signes de notre temps.

Le Verbe.com a pour mission de témoigner de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. Outre « On n’est pas du monde », la joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste aux abonnés), ainsi qu’un site web animé par une quarantaine de collaborateurs réguliers.

(2) Ce qui me paraît être l’enjeu informationnel essentiel est de pouvoir encore consulter des médias sérieux, comme de pouvoir continuer à échanger avec les autres, en se gardant de toute isolation socioculturelle/de naviguer dans des environnements politiques et médiatiques clos, où chacun aurait ses chaînes et sites d’information. Aux Etats-Unis, sauf erreur de ma part, il est possible, pour un chrétien, un athée ou un musulman, de chercher les mêmes choses sur le web et de tomber sur des sites totalement différents, orientés selon le profil et la croyance du chercheur…qui ne tombent plus sur des sites « d’information », mais plutôt (et c’est le drame !) de « confirmation » ! Nous n’en sommes heureusement pas encore là en France, quoique le danger n’est pas à écarter (cf le phénomène de concentration des médias en France, qui touche même à l’édition et à la communication). D’où une vigilance constante, sans oublier que le chrétien, disciple de Jésus-Christ, est censé davantage se nourrir de la Parole de Dieu que d’info en continu, et se connecter « aux nouvelles du ciel » ! 

(3) Comme j’aime à le dire : « derrière les avatars se cachent des êtres humains ».

(4) Le concept chrétien, décrit dans le Nouveau Testament (livre des Actes, chapitre 6), est également connu des protestants, quoique certains, au sein du protestantisme, lui préfèrent le fonctionnement « prébytérien-synodal » et « conciliaire ».

Le Discours

[Scène du film « l’Evangile de Matthieu », de la série « 4 Evangiles, les films », réalisé par David Batty, avec Selva Rasalingam dans le rôle de Jésus]

« Le plus célèbre et le plus long discours de Jésus, dit « des béatitudes », se trouve dans l’Evangile de Matthieu [ch.5] », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca dans son récit « Sur la trace de Nives »(1). « Jésus monte sur une montagne, non identifiée, et la foule s’accroupit autour de ses pentes ». La foule qui se réunit autour de lui « débordait de toute part », précise encore Erri de Luca dans un autre texte : « S’il avait voulu, il aurait pu en faire à ce moment-là une troupe à dresser contre l’occupation (romaine) »(2), boutant l’envahisseur hors de Palestine [et, pendant qu’on y est, allant jusqu’à investir le capitole ?]

« La terre d’Israël était usurpée » par ces « envahisseurs venus d’outre-mer », lesquels « avaient placé la grosse face ronde de Jupiter devant le temple sacré de Jérusalem, demeure du Dieu Unique et Seul ». Mais Jésus « ne dit pas un mot au sujet du temps, du temple et autres actualités (…). Il ne dit pas un mot sur l’occupation, les impôts, la profanation »(2), pas plus qu’il n’eut recours à un slogan de campagne, aux accents nationalistes, promettant de rendre Israël à nouveau grande. « Les espions disséminés dans la foule n’auraient rien de pimenté et de suspect à rapporter sur ce rassemblement » (2).

« Bienheureux fut le premier mot » du discours. « Il convenait à l’heure et aux sentiments de la foule, qui est heureuse de se trouver unie, dense et en toute sécurité. Bienheureux : ainsi traduisons-nous le mot ashré, par lequel commence » le livre des psaumes (« Tehillim »). Plus que « bienheureux », « ashré » annonce la joie, qui est plus physique et concrète que la béatitude spirituelle. Ainsi, par exemple, « joyeux » comme celui qui est guéri et qui savoure le retour de ses forces(2).

Après le premier mot, on s’attendait à ce qu’il poursuivre avec le reste du Psaume 1. Mais la suite fut un nouveau chant : « Heureux [ou joyeux] les abattus de vent », traduit de façon plus littérale que ce «Heureux les pauvres d’esprit ». Jésus utilise une expression d’Isaïe, prophète qui lui vient souvent à l’esprit.

Isaïe dit: «Haut et saint moi je résiderai mais moi je suis avec le piétiné et l’abaissé de vent et pour faire vivre un vent aux abaissés et pour faire vivre un Cœur aux piétinés » (57, 15). Isaïe invente l’image de l’abaissé de vent, « shfal rùah », pour qui est humilié, opprimé, la tête penchée au point de mettre son propre souffle à ras de terre, à hauteur de poussière. «Shfal rùah» est aussi le souffle court de l’alpiniste à haute altitude. Abattu de vent : à qui souffre de cette respiration haletante appartient le royaume des cieux(1).

Un frisson passa dans l’écoute. L’homme se tenait debout, bien droit, sur le point le plus haut de l’horizon, tout comme « Haut et saint je siégerai » du verset d’Isaïe, dans lequel c’est la divinité qui parle (…). Joyeux est l’abattu de vent, ainsi que le piétiné dans le cœur (…), parce que le verset d’Isaïe dit que (Dieu) est avec eux », comme l’homme debout sur la hauteur.

« Quand les premiers deviennent les abattus de vent, le pouvoir et son droit n’existent plus. C’était une annonce qui réchauffait le cœur sans l’armer de colère ou de révolte. Contester la vaine puissance, privée de fondement au ciel et donc parasite sur terre, ne valait plus la peine, n’avait plus de sens. Donnez à César tous ses symboles de grandeur, ce ne sont que des jouets d’enfants »(2).

« Du haut d’une montagne, Jésus, avec sa liste de joies, met le monde sens dessus dessous, place en tête du classement tous les vaincus. Il le fait au sommet d’une montagne parce que c’est le point le plus éloigné du sol, le plus proche du royaume qu’il promet » et parce qu’« une montagne » est « un endroit inhabitable, d’où il faut toujours descendre » (1)

Mais notre « discours chrétien » est-il « resté en altitude » ? Est-il « descendu dans la vallée » ? « Les derniers » sont-ils « restés à leur place », dans notre théologie et notre service ?

Initialement paru le 20/01/21 sur Pep’s café!

Notes :

(1)Erri De Luca «Sur la trace de Nives ». Folio, 2013, pp.66-68.

(2)Erri de Luca. Le discours IN « Une tête de nuage ». Gallimard, 2016, p 84-89

La grâce : (s’)en parler en large et en travers

Ceux qui sont remplis de l’Esprit Saint « se parlent et s’encouragent les uns les autres, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés par l’Esprit », pour chanter et célébrer le Seigneur « de tout leur coeur » (Eph.5v18-19). Pour quelle raison ? Pour la grâce, par exemple !

En effet, la Grâce est le message central de la Réforme, mais plus encore de la Bible, et de la prédication de Jésus-Christ ! Dans cette nouvelle vidéo Libérer!, voici les bons et les mauvais usages de la grâce, vus par des accompagnants spirituels. Par les pasteurs Caroline Bretones (EPU Marais) et Gilles Boucomont (EPU Belleville).

Plus d’infos sur le ministère Libérer!

La véritable Eglise

L’Eglise est l’assemblée de ceux et celles qui sont appelés par Christ à se réunir en Son Nom ( Source : Pixabay)

La véritable Eglise de Jésus-Christ est celle où le Dieu véritable est pleinement à Sa place : 

Elle n’adore que Dieu (Père, Fils, Saint-Esprit), refusant d’adorer ou de sacraliser ou de prêter allégeance à des pouvoirs ou des personnes autoproclamées « providentielles », qui prétendent prendre sa place dans nos vies, qu’il s’agisse de pouvoirs idéologiques, politiques, économiques, religieux ou spirituels…

Elle est celle pour laquelle Christ s’est livré Lui-même et où Il est le centre, reconnu comme seul Seigneur, et dans laquelle règne Son amour « qui surpasse toute connaissance » (Eph.3v19). 
« Politiquement », elle espère plus dans le retour de Jésus-Christ que dans les prochaines élections ; en attendant, elle fait ce qu’elle peut pour rendre visible le seul Sauveur et Seul Messie, qui est déjà venu et qui reviendra. Elle ne reconnaît aucun « petit messie ».

Elle est celle qui refuse de se laisser entraîner par le diable [l’accusateur, le menteur et le diviseur] dans son cortège médiatique (cf Eph.2v1-5), rappelant ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal, ayant « dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15).  Elle est donc celle qui refuse toute distraction et diversion, comme de servir de caisse de résonance aux tapages médiatiques, pour mieux nous exercer à regarder dans la bonne direction : c’est là l’objet du culte qu’elle rend à Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20)

Elle est celle où Dieu est bien le Père et dans laquelle personne ne s’est mis à la place du Père, chacun étant tous frères (Matt.23v9). Ce qui est un remède à l’autoritarisme et au tribalisme.

Elle est celle où l’Esprit Saint peut souffler, étant un lieu de vie et non un lieu de mort.