« En marche », au crible de la Bible…

Choisir de traduire « en marche » pour les béatitudes pose un problème théologique….

Une question insolite, justifiée par l’actualité, a été posée sur le site « 1001 questions » : « La politique nous incite à relire les béatitudes(1) avec le choix d’André Chouraqui [dans sa traduction de la Bible] : « En Marche ! ». Qu’en penser ?

La réponse donnée à l’internaute nous invite à en « rester au texte », tout « en nous réjouissant que l’actualité nous incite à lire la Bible. Pour comprendre le terme que Jésus a utilisé, on peut s’appuyer sur la version grecque des Septante », laquelle « traduit toujours par l’équivalent grec « makarios », heureux, un mot formé sur l’une des deux racines hébraïques « ’ashar ». Le nom à l’état construit pluriel « ’asherei » en hébreu ne signifie pas « en marche » (aucune préposition « be » ou « le »), mais littéralement « bonheurs de ». C’est l’adjectif « makarioi » (pluriel) qu’on lit dans les béatitudes. Le projet d’André Chouraqui était un projet très libre, en particulier par rapport à l’exactitude linguistique, bien qu’il ait été par ailleurs capable de trouvailles géniales.

Choisir de traduire par « en marche » pour les béatitudes pose un problème théologique, car cela transforme la promesse du Christ – qui seul peut dire les béatitudes, et seulement à ses disciples – en une sorte de do it yourself ……

La suite ici.

 

 

Note :

(1) A lire, dans l’Evangile selon Matthieu, ch.5v1-11.

 

Existe-t-il une « information chrétienne » ?

« On t’a fait connaître », ô média chrétien, »ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi » (Michée 6v8). Image découverte sur le compte twitter de Gilles Boucomont (3 mai 2017)

…..une actu « chrétienne », ou même des infos « évangéliques » ?

 

Question susceptible d’être jugée « provocatrice », mais qui a son importance, puisqu’il convient de s’entendre sur ce qu’il convient d’appeler « information », et en quoi consiste l’acte d’informer.

Mais d’abord, que serait une « information chrétienne » ? Une information produite par un chrétien, selon des principes chrétiens ? Une information destinée (exclusivement) à un public chrétien ? Ou une information reflétant les valeurs de l’Évangile ? (1)

 

1) L’information produite par des chrétiens : cette approche définit la qualité de l’information produite et publiée en fonction de son producteur/rédacteur, qui peut se présenter comme « journaliste » ou non. Nous en déduisons alors qu’une information ne peut qu’être d’inspiration chrétienne si elle est réalisée par quelqu’un qui connaît le Christ comme son sauveur et seigneur personnel. Mais se pose alors la question de l’influence du péché/des principes du monde dans le travail du producteur d’info. Pour le dire autrement, la foi affichée du producteur d’info suffit-elle pour définir comme « chrétienne » une info qui peut être futile, mensongère ou traitée de façon peu rigoureuse ou racoleuse ? (2) A l’inverse, une information serait-elle moins chrétienne, si elle était réalisée dans le respect de la déontologie du journalisme (sans contradiction avec les principes bibliques) par un journaliste non chrétien ?

Comment éviter le piège et la tentation du « buzz » et de « l’attrape-clics » ? Source : Les Décodeurs du Monde.

Ainsi, qu’est-il vital de relayer/publier ? Qu’un pasteur se noie/se fasse dévorer par des crocodiles en voulant marcher sur l’eau pour imiter le Christ ?(3) Des faits divers donnant l’impression d’une insécurité croissante ? Ou de rappeler « qu’il est rare que le terrorisme, dans un pays occidental, devienne une cause première de mortalité ». Et qu’ « en France, les accidents de la route tuent vingt fois plus, les accidents domestiques 70 fois plus, les suicides 60 fois, et le tabac trois cents (…) Si la sécurité est la première des libertés, rationnellement, c’est d’abord cette sécurité médicale et sanitaire qui devrait truster les unes ». Or, « il n’en est rien. Pourquoi ? »

2) L’information destinée (exclusivement) à un public chrétien : dans cette optique, la qualité chrétienne de l’information est déterminée par le public auquel elle est destinée. Quand une population compte suffisamment de personnes se considérant « chrétienne » (de conviction, de culture ou d’éducation), elle représente ce que l’on appelle « un marché » pour toutes sortes de médias qui s’affichent « chrétiens » ou sont conçus pour promouvoir une vision du monde et une communication au service d’œuvres chrétiennes. Reste à savoir si ces médias visent la pertinence (informer selon un besoin d’information et de façon fiable) ou la popularité et la rentabilité (qui ne sont pas des gages de qualité ou d’authenticité !)

3) L’information au service de l’Eglise/œuvres chrétiennes : Cette approche définit la qualité chrétienne d’une information par son contenu, à des fins de communication. Dans ce cas, le site chrétien jouera un rôle de « relai d’information pour les œuvres », avec un rôle de communication et de sensibilisation. Une approche « utilitariste », qui n’a rien de honteuse en soi, pourvu que l’objectif soit clairement affiché(4).

4) L’information reflétant les valeurs de l’Évangile : Une approche qui détermine la qualité chrétienne par son contenu mais aussi surtout par son processus d’élaboration. Mais comment définir des qualités chrétiennes ? Reconnaitrait-on une « info chrétienne » parce qu’elle serait « positive » ? Un reportage sur les dessous de nos portables serait-il « moins chrétien » ?

5) Parler de la contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information serait sans doute plus juste, mais dans ce domaine, les chrétiens sont-ils « les premiers dans les bonnes œuvres » ? Nous y reviendrons plus loin.

Vous connaissez certainement ces « pure players » du web de confession évangélique revendiquant ce label : « Actus chrétiennes »(2010), « Chrétiens.info » (édité par « Le Journal chrétien »), « Evangéliques info »(2015) du groupe Alliance Presse (qui édite notamment « Christianisme aujourd’hui »),  « infochrétienne » (Né en 2013 sous le titre de « info-évangélique », puis re-baptisé « infochrétienne » en 2015), et le dernier-né « l’observateur chrétien »(2016).

Qu’en penser ? Personnellement, même si le sérieux de certains d’entre eux n’est pas à remettre en cause (d’autres me paraissent toutefois à éviter), je n’en suis pas fan pour plusieurs raisons que je vais expliquer maintenant, en précisant au passage ce que j’attends d’un média digne de ce nom.

Premièrement, si le ton et le style varient d’un site à l’autre (sérieux ou mesuré pour « Journal chrétien » ou « Evangélique.info » ; volontairement plus polémique, revendiquant un style d’« humour cool gras », cynique et vulgaire, pour « Actus chrétiennes »….), le modèle est généralement le même, rappelant les « breaking news » ou médias « d’info en continu » : parce que « la société évangélique française » serait « assez consommatrice d’une info de qualité courte, qu’on peut lire le matin au petit déjeuner ou en allant au travail »(5) ou même pendant le culte ou une réunion, il est proposé des choix de brèves/articles courts, revues de presse, et amorces d’articles (le plus souvent « rhabillés » par la rédaction qui change les titres) francophones/étrangers traduits qui renvoient aux contenus d’autres médias(l’important est la source de ces sites), ayant trait le plus souvent de la vie des Églises, des sujets de société, les chrétiens persécutés, la politique, parfois(mais plus rarement, à des degrés divers) la culture, la science/l’environnement et du socio-économique, et pas mal de « people et d’insolite » (avec la tentation du « buzz »). Les productions personnelles se traduisent pour l’essentiel par des chroniques/billets d’humeur des membres de la rédaction et/ou d’auteurs « invités ». Mais vu que tous ces sites se trouvent dans un contexte d’hyper concurrence, l’on peut constater un phénomène de mimétisme dans le choix des sujets et des angles.
 Une chose me frappe : la place donnée au « storytelling » type « 2.0 », ou le récit dit « édifiant », avec l’impression de voir la société appréhendée uniquement par le seul biais de l’individu : la figure du « self made man », du « héros entrepreneur » ou du « sauveur providentiel », aurait-il contaminé ces médias chrétiens, après les JT et les magazines d’information séculiers, avec le message implicite que la collectivité n’aurait pas d’importance, que l’individu existe en dehors d’elle, et qu’il s’est forgé tout seul ?Autre écueil, auquel n’échappent pas certains sites : l’approche « moralisante »(6) et partisane(7).
L’on pourrait croire que l’activité principale de ces sites consiste en « recyclage de dépêches », mais il est plus exact de dire que qu’il consiste à condenser des dépêches. Un média composé de dépêches complètes, bien qu’effroyablement monotone, serait beaucoup plus complet que ce type de sites. De là le sentiment d’une absence totale de « ligne éditoriale » et donc que rien de ce qui est fait n’est pensé, réfléchi, argumenté ou qu’aucun sens n’est donné aux « infos brutes » présentées. Ce que l’on voit, c’est un conglomérat d’articles, où plein de choses (certaines pouvant être bonnes ou réellement édifiantes) qui se juxtaposent aléatoirement, ou selon l’humeur, ou selon les critères du rédacteur en chef. Ces sites, même les plus sérieux, n’échappent pas toujours à l’écueil de l’information sensationnelle ou émotionnelle, où il s’agit plus de « faire sentir ce qui se passe » que de mettre l’information en perspective(8).
Le danger serait alors de se contenter de « lire en diagonale »(le plus souvent les seuls titres et le paragraphe), de « râler » ou de s’indigner de façon stérile, avant d’oublier ce qu’on vient de lire.

Et maintenant, qu’est-ce que j’attends d’un média sérieux, digne de ce nom ? Quelle pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information ?

Que les chrétiens aient préalablement réfléchi à ce que sont respectivement l’information, l’acte d’informer, l’objectivité et le rôle du journaliste. Ensuite, qu’ils aient intégré les problématiques suivantes dans la construction de leur projet médiatique : à l’heure où nous pouvons presque tout savoir en temps réel, est-il indispensable de tout savoir ? Comment faire le tri entre les informations ? Comment faire la part des choses entre l’essentiel et le futile ? Comment distinguer le vrai du faux, le fictif du réel, le mensonge de la vérité ? S’informer est-il un besoin ou un devoir ? Une responsabilité ? Et pourquoi s’informer ?

Ainsi, une information ou l’acte d’informer est ce qui renseigne avec exactitude sur ce que l’on ignore et qui répond aux questions « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ». L’information n’est pas une opinion mais un élément de connaissance vérifiable, qui s’adresse/s’impose à tous. Et la condition d’une information digne de ce nom, crédible, est la recherche de la vérité. Sur ce point, le « journaliste chrétien » est censé avoir un avantage sur le journaliste séculier : il croit en la vérité absolue ou qu’il existe une vérité. A l’inverse, le journaliste non chrétien, qui estime que la vérité n’est pas atteignable, a renoncé à la chercher. Il ne lui reste alors plus que son honnêteté (ou sa mauvaise foi) par rapport à ses croyances (ce à quoi il tient) ou ses convictions (ce qui le porte) et non plus par rapport à la réalité.

Ensuite, informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

A l’inverse, le but de la communication est « autre » que d’informer avec exactitude : influencer/susciter un acte, un comportement, des valeurs, un style de vie…. La communication présente les meilleures facettes d’un produit/organisme/personne afin que celui qui reçoit ce message y réponde favorablement.

L’objectivité est la qualité de celui qui décrit des faits avec exactitude et juge sans parti pris [le parti pris est « un péché », rappelle Jacq.2v1, 9]. Certes, il est difficile de l’être « à 100 % », mais tout journaliste sérieux se doit avant tout d’être honnête (envers lui-même), équitable (envers les personnes), prudent (dans le jugement) et prendre en compte la diversité des points de vue.

Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, l’objectivité de celui nous informe me paraît possible à condition de : vérifier l’information sur le terrain, auprès des personnes concernées[ce qui implique de revaloriser le reportage], et donc de ne pas se contenter de rester derrière un écran à recycler des brèves ; privilégier la diversité des perceptions et des opinions, même contradictoires ; ne pas porter de jugement moral ou moralisant ; expliquer sa démarche (comment l’œuvre est construite) ;  préciser les limites et le cadre de l’enquête ; permettre au spectateur/lecteur de discuter/enrichir le contenu et d’apporter une contradiction/réfutation/ rectification de ce qu’il voit/lit(9).

L’on est donc en droit d’attendre des médias qu’ils expliquent, invitent au recul et nous engagent à agir, comme à démonter les discours de la peur, plutôt que d’alimenter cette dernière à coup de reportages.

Enfin, journaliste est une profession non réglementée : n’importe qui peut se revendiquer comme tel. Mais elle nécessite un minimum de formation, pour construire une pensée correcte, être capable de prendre de la distance avec ses propres émotions et présupposés, discerner le vrai du faux, l’essentiel du futile…. Le journaliste se distingue de toute autre personne s’exprimant dans un média, non parce que ses analyses seraient plus pertinentes, mais parce qu’il est chargé d’une mission d’intérêt général : rapporter des faits précis de façon exacte et impartiale, pour le public et en son nom. Il ne saurait donc être « un publiciste » ou « un propagandiste » au service d’intérêts privés. Ou alors il s’appellera « attaché de presse », « porte-parole », « communicant », mais pas « journaliste ».

Les médias véhiculent-ils une vision du monde ?
(Goodwin/Burr. Economix)

Ceci dit, un média (chrétien ou non) peut-il véhiculer une vision du monde ?

Bien entendu.

Interviewé par Society, le 09 décembre 2016, David Pujadas, le journaliste estimé « le plus crédible de France », est revenu sur le traitement de l’information dans son JT : « Oui, le journal véhicule sans doute une vision du monde: l’idée implicite que le salut et le bonheur résident dans la consommation ou l’accumulation des richesses. […] Or la croissance non mesurée, l’attention portée aux autres, […] c’est essentiel dans une société. Mais on ne la traite pas. En ce sens, oui, il y a une idéologie cachée »(10).

Basta !, un média indépendant centré sur l’actualité économique, sociale et environnementale, en défend une autre : constitué d’une équipe de journalistes et de militants associatifs, il a pour but de contribuer « à donner une visibilité aux enjeux écologiques, aux actions citoyennes, aux revendications sociales, aux mouvements de solidarité et aux alternatives mises en œuvre ».

En comparaison, selon le journaliste Henrik Lindell (« Dieuetmoi », « Horizons évangéliques », « Témoignage Chrétien », et actuellement « La Vie »), un « média chrétien » doit être « ancré dans la foi en Christ, pédagogique, pratique et indépendant de toute institution ecclésiale (et même politique) ». Il doit « s’intéresser à l’innovation et s’inscrire résolument dans la fraternité ». Il doit être « un témoignage authentique de la relation entre l’individu et Dieu. Et être au service de tous les chrétiens et de tous ceux qui s’intéressent à la foi ».

Ceci dit, on gardera sans cesse à l’esprit qu’un média chrétien peut être « un mini-stère » (au service des autres) à soutenir et jamais « un magi-stère »(11). En clair, un média digne de ce nom aura l’ambition de faire réfléchir ses lecteurs, et non de dire ce qu’il faut penser.

 

Quelques médias (chrétiens ou non) aux projets me paraissant originaux/ambitieux, inspirés et inspirants :

 Le Tigre magazine, « curieux magazine curieux » (2006-2014) : voir aussi la conception du journalisme de la part de l’un de ses co-fondateurs, Raphaël Meltz, qui tient à préciser qu’il n’est pas journaliste.

Basta ! (depuis 2008) : Site d’informations indépendant sur les enjeux sociaux et environnementaux , dont nous avons parlé plus haut.

Les Cahiers libres (Depuis 2013) : « dans le monde sans en être ». Un excellent blog catholique collectif.

La Croix (depuis 1880 !) : « le meilleur quotidien de France », qui « fait le choix d’une information qui aide à comprendre, à agir et à dialoguer pour rendre, à sa manière de l’actualité nationale et internationale ».

Réforme : hebdomadaire protestant d’actualité, qui se démarque par sa manière de problématiser et de donner sa place à de vrais débats.

Et le manifeste de la Revue XXI qui privilégie « l’information en grand format » et les « grands papiers », à une époque où le public « lirait peu ».

 

 

 

Notes :

(1)Le questionnement et la structure du présent paragraphe s’inspire de l’article de Jonathan Hanley « existe-t-il un art chrétien ? », paru dans « GBU magazine », printemps 2016, semestriel N°13, pp 6-7.

(2) Exemples de ce manque de rigueur ou traitement racoleur : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/01/13/agressions-de-cologne-dun-certain-traitement-mediatique-qui-sappelle-batonnage/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/09/06/un-bon-journaliste-ne-lit-pas-et-ne-nous-donne-pas-a-lire-en-diagonale/

(3) Relayé par http://www.evangeliques.info/articles/1970/01/01/cameroun-un-pasteur-se-noie-pour-avoir-voulu-marcher-sur-l-eau-9654.html  ; https://actualitechretienne.wordpress.com/2015/05/20/noyade-dun-pasteur-il-a-voulu-imiter-jesus-en-marchant-sur-les-eaux/ ; https://www.infochretienne.com/devore-crocodiles-pasteur-voulait-marcher-leau/ [Supprimé, après sa parution il y a 4 jours] et plus récemment par https://actualitechretienne.wordpress.com/2017/05/18/derive-mystique-il-tente-de-recreer-un-miracle-de-jesus-et-se-fait-devorer-par-des-crocodiles/ . Mais il s’agit d’une « infaux », semble-t-il.

(4) Voir la différence entre information et communication.

(5)  http://www.evangeliques.info/articles/2015/06/07/encore-besoin-de-medias-chretiens-12487.html

(6) Il est ainsi possible d’analyser un dessin animé controversé de bien des manières : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/12/07/comment-bien-parler-du-film-sausage-party-ou-quand-informer-nest-pas-donner-son-opinion/

(7) Voir ces choix d’articles sur Donald Trump, Marine Le Pen et François Fillon, en comparaison avec ceux consacrés à Emmanuel Macron, par exemple : https://www.infochretienne.com/trumpette-a-sonne-lete-proche/ ; https://chretien.news/macron-vs-le-pen/ ; https://chretien.news/presidentielles-et-erreur-canadienne/ ; https://www.infochretienne.com/le-choix-de-la-france-vu-damerique-le-pen-ou-la-charia/https://www.infochretienne.com/jestime-quil-urgent-de-prier-francois-fillon-reste-lice/ ; https://chretien.news/la-france-a-elu-le-peche-sexuel-comme-president/ [Article supprimé et modifié] ; https://actualitechretienne.wordpress.com/2017/05/02/bishop-claudio-je-voyais-marine-le-pen-avec-une-couronne-et-emmanuel-macron-avec-des-cornes/ ; https://actualitechretienne.wordpress.com/?s=Donald+Trump ; https://actualitechretienne.wordpress.com/?s=Marine+Le+Pen

(8) Un effort à noter dans ce domaine, par exemple pour « Journal chrétien », qui invite son lecteur à vérifier l’origine de l’information et sa première date de parution… Une simple vérification permettant d’éviter « de s’indigner sans raison » !

(9) A ce sujet, certains médias choisissent de fermer la possibilité de commenter, tandis que d’autres (« Actus chrétiennes ») revendiquent d’être « l’espace libre du débat ». Mais l’on a de quoi rester perplexe face à des commentaires qui prennent des allures de « café du commerce » à l’échelle d’Internet, où n’importe qui vient discuter de n’importe quoi, sans sens ni raison. Il ne s’agit évidemment pas de critiquer cette forme de discussion, qui en tant que telle a une évidente utilité, mais de montrer l’hypocrisie flagrante de médias dits « chrétiens » prompts à dénoncer les ragots, rumeurs voire mensonges qui circulent sur Internet, en leur opposant leur sérieux, leur rigueur, leur sens de l’analyse — tout en laissant n’importe qui dire n’importe quoi au pied de leurs articles. Ainsi, on cherche encore l’utilité d’ouvrir un débat de ce type, qui a eu pour effet de libérer sans contrôle une parole décomplexée en faveur des idées d’un parti d’extrême-droite….

A l’inverse, voici ce qui me paraît être les conditions d’un bon débat : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/05/09/debat-sur-le-debat-les-questions-que-jaimerai-voir-posees/

(10) Cf http://www.lexpress.fr/actualite/medias/oui-il-y-a-une-ideologie-cachee-le-mea-culpa-de-david-pujadas-sur-son-20h_1858994.html (comparer avec ce que le documentariste Pierre Carles disait de David Pujadas en 2010, sur Acrimed : « Plein de gens pensent qu’il fait correctement et honnêtement son boulot. Le pouvoir qu’il exerce ne consiste pas à dire aux téléspectateurs ce qu’ils doivent penser, mais à orienter leur perception du monde, par exemple en minimisant l’existence des conflits sociaux par une importance excessive accordée aux informations institutionnelles, aux résultats sportifs, aux faits divers, au « people »… Il ne cire pas ouvertement les pompes des dominants, mais écarte ou minore les informations susceptibles de les mettre dans l’embarras, comme la hausse des inégalités entre riches et pauvres, ou la misère économique, relationnelle et intellectuelle à laquelle le pouvoir condamne les sans-grades. C’est en ce sens qu’il détient une lourde responsabilité : non pas en télécommandant les gens, mais en occupant le terrain par des sujets futiles et en nous imposant un vocabulaire partisan »)

(11) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/04/11/leglise-vers-le-monde-ou-le-monde-dans-leglise-ou-blogueurs-culture-du-debat-et-eglise/

Dieu est-il « omniscient », « omnipotent », « omni –un tas de choses » ?

Le fait de présenter Dieu comme descendant sur terre est vraiment une façon de dire un Dieu en relation avec l’humain, qui va au contact.
(BD de Marc-Antoine Mathieu. Edition Delcourt, 2009)

Telle est la question qui me paraît ressortir d’une autre question initialement posée à l’équipe de « 1001 questions » et dont la réponse a été publiée hier sur le site :

En fait, le concept d’omniscience ne vient pas de la culture biblique mais plutôt de la culture grecque. C’est une façon de parler de Dieu à partir de l’humain, ce que la théologie appelle « anthropomorphisme », c’est-à-dire que l’on fait prendre une forme humaine à Dieu. Dans ce cas, quand on dit que Dieu est omniscient, c’est juste une façon de définir Dieu comme un humain amélioré : l’humain peut savoir vraiment beaucoup, donc Dieu sait tout.

Or, le Dieu que présente la Bible est plutôt un Dieu relationnel.

C’est typiquement ce qu’exprime, par exemple, un passage comme Genèse 18v21. C’est vrai qu’on peut s’imaginer que Dieu aurait les informations sans descendre sur terre. Le fait de le présenter comme descendant sur terre, c’est vraiment une façon de dire un Dieu en relation avec l’humain, qui va au contact. Un peu comme quand il demande à Adam : « Où es-tu ? » — comme s’il ne savait pas… — juste pour qu’ils discutent à nouveau.

Bref, c’est plus le concept d’omniscience (tout savoir) qu’il faut questionner comme une sorte d’aspiration humaine trop humaine. Dans le même registre, nous savons que la toute-puissance de Dieu ne veut pas dire qu’il fait tout : il peut tout faire, mais choisit ce qu’il fait ou ne fait pas. Et c’est surtout son amour qui est tout-puissant, car… relationnel !

 

« Chrétien » ou « crétin » ? Le pragmatisme : une « nouvelle (fausse) doctrine » ?

Avec cet autre enjeu : Face à une « urgence signalée » ou supposée, comment ne pas céder à la panique, à la désinformation et à la manipulation ?

« C’est vrai ! Quand vous parlez, la justice est muette. Fils des hommes, jugez-vous avec droiture ? »(Ps.58v2. TOB)

« De l’abondance du coeur, la bouche parle » (Matt.12v34)

Voici ce qui m’a été communiqué en début de semaine et qui m’a été présenté comme « une analyse claire, pragmatique et…spirituelle » ! Si « je suis d’accord », je suis « encouragé » à faire ce que l’auteur « préconise » et, bien sûr….. « à partager cet article à (tous) mes contacts ». Ce qui suit a été très difficile à écrire, d’autant plus que la personne qui m’a transmis cet article est une connaissance que j’estime.

De quoi s’agit-il exactement ? Voici un petit exercice de décryptage, sur la forme et le fond, avec une série de questions à vous poser pour affiner votre esprit critique. Prendre le temps de « jouer le jeu » vous permettra de « lever la tête » et de « respirer un peu » :

 Quel est ce texte que l’on communique ? D’où vient-il ? Qui en est l’auteur ? Est-il fiable, digne de confiance ? Pourquoi a-t-il été publié ? Pourquoi me le communique-t-on ?

Qui écrit et pourquoi ? Nicolas Ciarapica, ancien responsable du site Blogdei, nous explique, dans un article publié le 3 mars 2017 sur le site « Infochrétienne », « Pourquoi (il) estime qu’il est URGENT de prier pour que François Fillon reste en lice »(1).

Mais en vertu de quelle légitimité et de quelle autorité écrit-il ? Question importante, d’autant plus que l’auteur ne se contente pas d’exprimer une simple opinion (c’est son droit le plus strict) : il nous engage à le suivre dans son initiative, « un appel solennel aux chrétiens de France, ainsi qu’aux amis de la France », invitant à prier, non pas pour que la justice et la vérité éclatent, mais « pour que le candidat François Fillon reste en lice [coûte que coûte] – quelles que soient nos opinions politiques – et pour qu’il puisse poursuivre sa campagne en vue du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain ». Est-il « un leader spirituel » ayant autorité sur des millions de croyants ? A-t-il vocation à « rassembler » ainsi ?

Le texte est-il fiable, digne de confiance ? Puis-je le croire ? Faire ce qu’il m’est demandé de faire ? Pour le savoir, il convient de se questionner sur la nature de ce qui est publié et sur son contenu :

Ainsi, concernant l’article de Nicolas Ciarapica, il s’agit plus exactement, non d’une analyse(Étude minutieuse et précise, faite pour dégager les éléments qui constituent un ensemble, pour l’expliquer, l’éclairer et faisant appel à la raison), mais d’une tribune d’opinionexprimant une vision personnelle sur l’actualité. Il s’agit aussi d’un jugement : soit un énoncé persuasif, interprétatif, passionnel, s’adressant aux sens, aux émotions ou aux bas instincts (peur, désir, colère…) – et la Bible rappelle que « le cœur de l’homme est trompeur par dessus-tout » (Jer.17v9).

Le texte se veut « pragmatique ». Et même « pragmatique chrétien », de l’aveu même de l’auteur, mais ce n’est pas flatteur, comme nous le verrons plus loin.

Mais est-il « spirituel » ? Cela reste à voir, mais tout ce qui est « spirituel » ne vient pas que de Dieu. C’est pourquoi la première lettre de Jean nous invite à user de discernement et à éprouver les esprits(1 Jean 4v1). Quel est l’esprit de ce texte ? A qui invite-t-il d’aller ? Qui glorifie-t-il ? A noter que si l’auteur se base sur des médias tels que « Causeur », « Valeurs actuelles » ou « Dreuz », pour appuyer ses dires, son texte ne comprend pas une seule citation/référence biblique pour justifier si son action est « spirituelle » ou non.

Maintenant, passons au contenu de l’article en lui-même, lequel me pose plusieurs problèmes au regard de l’éthique biblique et même de l’éthique tout court.

D’abord, le mot « urgence » me fait tiquer, puisqu’il me pousse, avec une note alarmiste, à agir « vite », sans prendre le temps du discernement. Évidemment, nous sommes invités à « prier », de façon « urgente », certes, mais à prier. Où est le mal ? Or, si inviter à prier « c’est bien », encore faut-il savoir pour qui, pour quoi, et si c’est juste ou pertinent, et pour de bonnes raisons. « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions », nous prévient l’apôtre Jacques (4v3). Ce genre de questionnements est légitime, me semble-t-il. Parfois, quand nous n’ « obtenons pas » ce que nous demandons, il est plus sage et plus spirituel de ne pas s’obstiner, mais de chercher à (ré) ajuster notre demande, pour qu’elle soit conforme à la pensée de Dieu. Mais proclamer l’(état d’) urgence ne permet pas ce recul nécessaire.

Ensuite, l’article me paraît « pécher » par excès d’arguments et par diabolisation – tout serait « tout blanc, tout noir » – ou par exagération : il mêle les propos apologétiques, flatteurs (sur François Fillon, principalement : « le seul à… » ; sa femme Pénélope « l’émeut »), discriminants (« rêveurs gauchistes »). Il fait des rapprochements fallacieux ou tirés par les cheveux, des amalgames illicites  (il déclare ne pas « pouvoir non plus donner sa voix à Mme Le Pen », parce que son projet serait « socialiste. National socialiste plus exactement » ; ailleurs, il classe parmi « toutes les idées progressistes qui rongent la France depuis des années » « l’accueil de l’étranger », censé se « muer en invasion Islamique ») ; il use et abuse de généralisation/banalisation.

Il brandit l’argument dit « d’autorité », censé faire taire « toute critique » : le fait que « Sens commun » soit l’un des soutiens de François Fillon rendrait le soutien quasi-sacré, telle « une parole d’évangile », ou le fait que François Fillon se soit revendiqué des « valeurs chrétiennes », limitées à la lutte contre l’avortement(2).

De façon particulière, l’article pose problème, parce qu’il se permet de discréditer et de décrédibiliser de façon calomnieuse, et la justice, et les médias, en remettant en cause le travail et l’indépendance de l’un et l’autre. Jugeons plutôt :

« ….le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche et que François Fillon fait l’objet d’une « chasse aux sorcières » disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche (avoir comme de nombreux élus fait travailler des membres de sa famille) »….

 « …il est plus que douteux que la totalité des médias (l’immense majorité des journalistes est de Gauche) et des sondeurs se liguent contre un homme et mettent en avant un poulain (Emmanuel Macron) qui ne touchera pas aux ignobles lois mises en place par le Socialisme durant les 5 années terribles que nous venons de vivre »…..

Ceci dit avec des accents « apocalyptiques »…..

Plus sérieusement, l’auteur pêche sur deux autres points, en particulier :

Il met en doute la probité et l’indépendance de la justice, l’accusant d’être « manifestement au service (ou d’être « vendue à…?) de l’idéologie de gauche » ; il minore la gravité de l’accusation(forcément fausse), en la déformant, comme s’il savait de quoi il retourne, sans attendre les résultats de l’enquête en cours.

Infographie sur les médias : plutôt que de se demander s’ils sont « de gauche » ou « de droite », demandons-nous plutôt à qui ils appartiennent et pourquoi. Source : Le Monde Diplomatique/ACRIMED, janvier 2017

D’autre part, s’il convient de ne pas être naïf, en croyant que « tout serait vrai » sur internet ou dans les médias, il est un autre extrême à éviter : croire ou faire croire que « tout serait faux » et qu’il ne faudrait croire personne…sauf celui qui énonce cette « vérité », une croyance de nature à nourrir tous les fantasmes et autres délires complotistes.

Ensuite, l’auteur relaye des rumeurs, des « intox », sans prendre la peine de les vérifier : « J’ai appris », écrit-il, « que (Pénélope Fillon) aurait été hospitalisée en début de semaine », et de plaider pour « que M. Fillon et sa famille soient protégés des pressions publiques énormes qui poussent au divorce, au suicide, etc »…Or, ces histoires de « divorce », de « suicide », n’étaient que des rumeurs(3).

Plus grave encore : « parce que si les deux seuls candidats de Droite ou d’Extrême-droite sont accablés d’affaires judiciaires, les risques de frustration populaire et de troubles à l’ordre public sont considérables ». Si je comprends bien l’auteur de ces lignes, il serait donc légitime de faire pression sur la justice et de remettre en question son indépendance, en faisant entrave au bon déroulement d’une enquête, par peur de la foule ? Il conviendrait donc d’accepter ou de subir toutes les compromissions et d’agir…par pure « pragmatisme » ?

Or, que dit la Parole de Dieu ?

« Tu ne répandras point de faux bruit. Tu ne te joindras point au méchant pour faire un faux témoignage. Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice(…) Tu ne prononceras point de sentence inique, et tu ne feras point mourir l’innocent et le juste; car je n’absoudrai point le coupable » (Exode 23v1-2, 7 )

« Tu établiras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l’Eternel, ton Dieu, te donne, selon tes tribus; et ils jugeront le peuple avec justice. Tu ne porteras atteinte à aucun droit, tu n’auras point égard à l’apparence des personnes, et tu ne recevras point de présent, car les présents aveuglent les yeux des sages et corrompent les paroles des justes. Tu suivras ponctuellement la justice, afin que tu vives et que tu possèdes le pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne » (Deut.16v18-20).

« Mes frères, que votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus-Christ soit exempte de toute acception de personnes. Supposez, en effet, qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu; si, tournant vos regards vers celui qui porte l’habit magnifique, vous lui dites: Toi, assieds-toi ici à cette place d’honneur! et si vous dites au pauvre: Toi, tiens-toi là debout! ou bien: Assieds-toi au-dessous de mon marchepied! ne faites-vous pas en vous-mêmes une distinction, et ne jugez-vous pas sous l’inspiration de pensées mauvaises? Ecoutez, mes frères bien-aimés: Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment? Et vous, vous avilissez le pauvre! Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment, et qui vous traînent devant les tribunaux? Ne sont-ce pas eux qui outragent le beau nom que vous portez? Si vous accomplissez la loi royale, selon l’Ecriture: Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. Mais si vous faites acception de personnes, vous commettez un péché, vous êtes condamnés par la loi comme des transgresseurs. » (Jacq.2v1-9)

« L’amour ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt (…) il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité » (1 Cor.13v5-6)

 

Un mot maintenant sur « le pragmatisme » et plus précisément « le pragmatisme » dit « chrétien », qui est au cœur du sujetSerait-ce une nouvelle « doctrine » en vogue, dans les milieux évangéliques ? En réalité, le « pragmatisme », ce n’est pas « chrétien », c’est même « crétin ». C’est un sophisme postmoderne.

« Sophisme », du latin et du grec ancien « sophisma », signifie « habileté », « invention ingénieuse », « raisonnement trompeur ». Il se donne toutes les apparences de la « sagesse », d’autant plus qu’il est dérivé de « sophia », « sagesse », « savoir ».

Mais c’est là une « fausse sagesse », d’autant plus que « sophisme » rime avec « sottise ». Car les sophistes ne se soucient nullement de la vérité, contrairement aux véritables « amoureux de la sagesse ». Ils ne cherchent qu’à persuader leur auditoire quelle que soit la proposition à soutenir. Pour obtenir ce résultat, ils profitent donc des ambiguïtés du langage afin de produire des raisonnements en apparence solides, ayant l’apparence de la rigueur démonstrative, mais contenant en réalité un vice, volontaire ou non, permettant de provoquer l’adhésion de l’auditeur ». Avec cet esprit sophistique, le mal devient bien, le faux le vrai, le mensonge la vérité, l’esclavage la liberté, [la guerre la paix], le vice privé [ou l’égoïsme] la vertu, la corruption intégrité….

Il importe de les démasquer impérativement, car si la première bêtise n’est pas tout de suite réfutée et dénoncée pour ce qu’elle est – une bêtise – la porte est ouverte à toutes les autres qui peuvent alors s’agencer en autant de vrais systèmes bêtes qui paraissent très intelligents.

Et le pragmatisme est ce sophisme postmoderne qui dit « adieu à la vérité ». Il voit son avènement avec William James, à la fin du XIXe siècle. Pour ce dernier, « le vrai », qui « n’existe tout simplement pas », est « ce qui marche ». Cette attitude pragmatique (et relativiste) implique « qu’il n’y ait plus de « théorie », mais seulement de la « praxis », de l’action. Je ne peux donc voir ou concevoir aucune idée, mais seulement faire des expériences, des expériences infiniment multiples et variées. A noter que cette notion d’expérience, propre au pragmatisme, est au centre de la pensée de David Hume, ami d’Adam Smith et figure décisive du libéralisme anglais.

Or, l’on ne saurait avoir une bonne « orthopraxie » sans une bonne « orthodoxie »(4).

L’enjeu véritable n’est donc pas une question d’opinion (politique ou non) mais une question de justice et de vérité. Tient-on à la vérité et à la justice ? Ou à nos opinions ? A nos intérêts ?

Venons-en, maintenant, à ce qu’il me semble être les raisons fondamentales qui ont poussé Nicolas Ciarapica à écrire et publier cette tribune : Si j’ai bien lu et bien compris, par crainte de voir son candidat favori disqualifié et empêché de se présenter au premier tour de l’élection présidentielle, pour des raisons judiciaires, l’auteur nous explique, de façon plutôt maladroite, qu’il n’a pas pris le temps de consulter tous les programmes des candidats (pourtant connus depuis longtemps et librement consultables), en vue d’une élection présidentielle prochaine annoncée longtemps à l’avance. « Ils ont chacun un programme que je dois lire et sur lequel je dois me prononcer. On ne me demande rien d’autre [ce n’est déjà pas mal !] et ce n’est pas le moment de rêver à un autre candidat, fut-il chrétien : C’EST TROP TARD ! [ou trop dur de tout lire ?] Je peux y travailler, mais pour dans 5 ans ». Pourtant, « aujourd’hui », est le mot de Dieu…pourquoi attendre encore 5 ans, pour dire à nouveau « je peux y travailler, mais pour dans 5 ans », et ainsi de suite….? Et puisque l’on invoque souvent « l’excuse » de « l’imprévoyance » supposée des pauvres, pour expliquer la pauvreté et la précarité, l’imprévoyance manifeste de l’auteur explique la pauvreté de son raisonnement….Pourtant, il ne convient pas d’attendre « que les médias en parlent », pour s’intéresser à une élection (pas seulement présidentielle) et aux programmes des candidats. C’est le devoir de tout citoyen de s’informer.

Et, pressé par l’urgence (médiatique ?), le chantre « de la liberté » (de choix) se permet de réduire notre choix en nous disant clairement qui soutenir, à l’exclusion de tout autre (lequel « autre » est de toute façon ridiculisé ou diabolisé) : le « moins pire » des programmes (Ailleurs, dans la tribune, c’était « un programme cohérent ») et des candidats. Donc, pour lui, aujourd’hui c’est « Fillon ou rien ». Encore une fois, c’est son droit.

Mais cela devient problématique quand l’auteur de cette tribune nous pousse à brader nos convictions et à brader la justice et la vérité pour la compromission, sous prétexte de nous inviter « à prier ». Mais à prier pour quoi ? En espérant obtenir quoi ? Une « intervention providentielle » pour « sauver » son candidat, au mépris d’une procédure judiciaire en cours ? Peut-on imaginer une seconde que nous pouvons instrumentaliser Dieu, pour satisfaire nos ambitions personnelles ou nos plans les plus délirants ? Peut-on imaginer une seconde que Dieu cautionnerait l’injustice, l’iniquité et le mensonge ? Prier, ce n’est pas modifier le réel et le naturel, de façon surnaturelle, pour en tirer un bénéfice, au mépris de la justice et de la vérité. Rien n’est plus éloigné de cela que le surnaturel divin et les miracles du Christ.

« Dis à tout le peuple du pays et aux sacrificateurs: Quand vous avez jeûné et pleuré au cinquième et au septième mois, et cela depuis soixante-dix ans, est-ce pour moi que vous avez jeûné?(…)Ainsi parlait l’Eternel des armées: Rendez véritablement la justice, Et ayez l’un pour l’autre de la bonté et de la miséricorde. N’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, Et ne méditez pas l’un contre l’autre le mal dans vos cœurs »(Zach.7v5,9)

« Voici ce que vous devez faire: dites la vérité chacun à son prochain; jugez dans vos portes selon la vérité et en vue de la paix; que nul en son coeur ne pense le mal contre son prochain, et n’aimez pas le faux serment, car ce sont là toutes choses que je hais, dit l’Eternel ».(Zach.8v16-17)

Et peut-on instrumentaliser le peuple de Dieu, en le divisant en « peuple de droite », lequel s’opposerait à un « peuple de gauche » ? En nous demandant d’être dans un camp (le « bon » : celui des « amis de la France ») ou dans un autre ? (« Le camp du mal » ?) Il n’y a qu’un seul peuple de Dieu et Il se rassemble autour d’un seul nom, le seul nom qui sauve et qui unit : Jésus-Christ.

De qui se moque-t-on ? Ne nous laissons pas séduire.

Personnellement, pour paraphraser l’auteur, « je sens très clairement qu’on cherche à m’imposer un choix (même si l’on prétend le contraire) en faisant porter le débat sur des réactions émotionnelles », dans le style : « le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche »,  « c’est un complot socialo-communiste », « c’est truqué », « François Fillon fait l’objet d’une chasse aux sorcières disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche », « la majorité des journalistes sont de gauches(sic) », « cette élection va ENGAGER LE DESTIN DE NOTRE PAYS pendant les 5 prochaines années »[pas faux !], donc il n’y a personne d’autre comme messie politique pour sauver notre pays….etc…

C’est là une technique classique pour nous pousser dans les bras de démagogues ou d’ « hommes forts », dits « providentiels », de nouveaux « messies politiques »(5).

Voici, d’après ce que je comprends de l’Ecriture, ce qui doit animer le chrétien et ce qui doit le pousser à agir : Ephésiens 5v8-9 ; Ps.40v9 ; Prov.31v8-9  ; 1 Jean 1v7  ; 1 Jean 2v6 , sont autant de passages qui nous invitent, en tant que chrétiens, à « marcher dans la vérité, la lumière », « dire la justice », et à « produire le fruit de la lumière », soit marcher comme Jésus a marché lui-même.

Alors, « prions », oui. Pour que se manifestent la vérité, la sagesse et la justice, condition pour une paix véritable. La paix n’est pas la compromission. La paix est l’établissement de ce qui est bon.

Et l’Évangile ne saurait être annoncé, affirmé, « en toute tranquillité », sur la base de la compromission, au mépris de la justice et la vérité.

Soyons exigeants : prions pour de bons candidats à l’élection présidentielle (ou à toute autre élection nationale, locale, municipale) véritablement « honnêtes et droits, ne cédant pas aux idéologies politiques et religieuses mais soutiennent la liberté, la justice et vise uniquement le bien public ». Sachant que le Président de la République n’est pas celui « qui siffle la justice » avec mépris comme on sifflerait « La Marseillaise » dans un stade, mais qui est le garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire (art. 64 de la constitution française). Prions pour de bons candidats, qui ne remettront en question, ni l’intégrité/indépendance de la justice, ni celle de la presse à des fins démagogiques. Car personne ne nous fera confondre « information » avec « communication » ou « publicité »….

 

 

Notes : 

1)Les faits, le contexte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Penelope_Fillon ;  http://www.voxe.org/emploi-fictif-detournement-fonds-recel/ 

2) A la question « François Fillon est-il vraiment chrétien ? » le site « 1001questions.fr » animé par des pasteurs et théologiens protestants, du courant des « Attestants » répond ceci : « Il est toujours très difficile et délicat de se prononcer sur la foi de quelqu’un. Cependant les écritures nous donnent certains critères de jugement;  j’en retiens deux: la confession de la bouche (Matthieu 10: 32). Mais ce critère n’est pas suffisant, s’il ne s’accompagne pas des actes (Matthieu 7: 21).

Sinon, sur ses positions et votes, sur le plan de « l’éthique privée », le candidat Fillon a fait en réalité peu de concessions à « Sens commun » : s’il s’est déclaré personnellement hostile à l’IVG, il a assuré ne pas vouloir remettre en cause ce droit ; et s’il a toujours assumé son opposition au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe, il ne souhaite pas non plus remettre en cause la légalisation du « mariage pour tous ». Sur le plan économique et social, d’inspiration « Thatchérienne », comme me l’a expliqué un abonné à notre blogue, chercheur en géopolitique, « Fillon est un libéral qui veut mener une politique axée sur l’offre qui dégonfle le poids de l’État dans l’économie, diminue la pression fiscale sur le patronat et les grandes entreprises qu’il compense avec la taxation indirecte (TVA) et la flexibilité du travail, lesquelles n’améliorent pas le pouvoir d’achat des ménages, consacrent la précarisation de l’emploi (en visant moins de chômeurs mais plus de travailleurs pauvres) ni ne protègent assez les travailleurs des catégories populaires contre les licenciements abusifs. Sa base électorale est restreinte puisqu’il a visé durant les primaires de la droite et du centre les seniors de la bourgeoisie d’affaire et les CSP+ ». D’autre part, le même internaute précise que, « en rupture avec le gaullisme social », Fillon est aussi « un européiste qui prend opportunément une posture gaullienne et défend des idées chrétiennes conservatrices (“la marche pour tous”) ». Sauf qu’ « il a négligé pour l’instant le volet social, pourtant décisif pour espérer l’emporter en 2017, et qu’une partie de son électorat catholique, en théorie attaché aux valeurs de partage et de justice, a, semble-t-il, curieusement – et l’on peut espérer momentanément – perdu de vue ». Signalons enfin que le candidat Fillon souhaite « supprimer de notre Constitution » le principe de précaution (pourtant intégré en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement) estimé « dévoyé et arbitraire », pour mieux, selon lui « emprunter les voies de l’innovation et du progrès scientifique, ne pas renoncer aux projets d’avenir au nom du principe de précaution, qui sert aujourd’hui de prétexte à l’inaction ».

3) Révéler le faux suicide d’une personne est certes une faute très grave pour un média, sauf que si l’on prend la peine de vérifier, aucune télévision n’a fait de telles déclarations : http://www.lci.fr/elections/penelope-fillon-francoi-parle-enfin-jdd-pour-mettre-un-terme-aux-folles-rumeurs-et-a-demande-a-son-mari-d-aller-jusqu-au-bout-2028118.html ; http://www.lci.fr/elections/suicide-penelope-fillon-chaines-tele-mais-de-quoi-parle-francois-fillon-2028212.html

4) Voir notre article : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/07/01/dans-quelles-mesures-avez-vous-adopte-ces-sophismes-postmodernes/

5)  La “fascination pour l’homme fort” se perçoit dans les choix actuels des peuples (le Brexit, l’élection de Donald Trump, la victoire aux primaires de F. Fillon). Et chez Nicolas Ciarapica ? En 2012, il appelait à voter Nicolas Sarkozy, « le candidat des valeurs chrétiennes », sur son site « Blogdei ». Plus récemment, à l’annonce de l’élection de Donald Trump, il se fend d’un billet délirant, aux accents « messianiques », sur infochrétienne.

 

 

 

« Inculture au poing » : « rompre le pain »

"Faites ceci en mémoire de moi", dit Jésus

« Faites ceci en mémoire de moi », dit Jésus

Le Talmud de Babylone raconte cette anecdote(1) où le grand rabbin Rav Achi jugeait de la question des rois d’Israël (pour savoir lesquels n’auront pas part au monde futur) et dit à ses collègues : « demain nous nous occuperons de notre « ami » Menaché (Ou : Manassé, un roi corrompu et idolâtre cf 2 Rois 21 et 2 Chron.33) ». La nuit, Menaché lui apparait en rêve et lui demande : « tu te permets de m’appeler ton « ami » ! (comment prétends-tu te mettre au même niveau que le mien). Alors je vais te poser une question : je voudrais savoir lorsqu’on rompt le pain(2) de quel côté doit-on le rompre ? » Rav Achi lui répondit qu’il n’en sait rien. Il lui dit : « tu ne sais même pas comment rompre le pain et tu m’appelles ton « ami » ! Je vais te l’apprendre et demain tu l’enseigneras, tu dois le rompre à l’endroit où il est le plus cuit », c’est-à-dire la croûte (sous-entendu : « et pas la mie ! »).

Que signifie ce geste de « rompre le pain » ?

« Avant de pouvoir manger, il faut, selon la tradition talmudique », et comme l’explique notammnt Marc-Alain Ouaknin (3), « premièrement s’assurer que les animaux domestiques ont reçu de quoi se nourrir, et deuxièmement rompre le pain même si l’on mange seul. Un symbole d’une « éthique au quotidien » : « je ne peux jamais commencer à manger sans avoir fait ce geste qui signifie que je suis prêt à partager le pain avec autrui. » C’est aussi dans ce geste que culmine le sens de la soirée pascale (le seder), par exemple inaugurée par l’invitation faite à l’autre homme de venir partager le pain.

L’invité est en hébreu un « oréah », mot dont la racine signifie aussi « chemin ». Nous pouvons également y lire les mots « or » et « réah », « lumière » et « parfum ». Toute personne avec qui nous partageons le pain et même ses proches sont considérés comme des invités. C’est pour cela que le mot « repas » se dit « arouha » en hébreu, de la même racine qu’ « oréah »/ « invité ». De fait, c’est le geste du partage qui confère à l’autre homme le statut d’invité. Ainsi, « partager le pain », c’est « ouvrir sa maison à la lumière et au parfum de la vie ». C’est en accueillant l’autre qu’on est soi-même accueilli par l’autre, accueilli par la lumière et le parfum. L’ambiguïté du « qui accueille qui » est bien soulignée par la langue française, qui utilise le même mot pour « l’invité » et « l’invitant » : l’hôte !

Le geste du partage du pain est l’un des plus essentiels du judaïsme : il est le signe que l’homme est toujours engagé dans une relation avec un autre homme. Etre, c’est « être avec ». La relation n’est pas un « en-plus-de-l’humanité-de-l’homme », mais le constitue ontologiquement.

Pourquoi alors « (casser) la croûte » ?

Parce que la croûte, c’est ce qui a durci, ce sont les habitudes ! Une vieille expression française parle d’ailleurs fort justement du risque de « s’encroûter ». Et manger, c’est partager, c’est « casser la croûte », c’est-à-dire refuser l’encrassement, l’engluement, la lourdeur des habitudes(3). C’est aussi inviter l’autre à « sortir de sa zone de confort ».

Dans le Nouveau Testament, la pratique de « rompre le pain » (ou du partage du pain) est  l’une des caractéristiques de la vie de la communauté chrétienne. Ce que l’on appelle « la Sainte Cène » (« Cène » = « repas du soir ») ou « le repas du Seigneur », évoque le geste même de Jésus rompant le pain lors de son dernier repas avec ses apôtres (cf Matt. 26v26-28 ; Marc 14v22 ; Luc 22v14). C’est même l’un des rares gestes que Jésus nous a explicitement commandé de reproduire : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22v 19). Il s’agit, pour nous qui suivons Jésus, d’annoncer « la mort du Seigneur », condition de nos rassemblements « en Eglise », « jusqu’à ce qu’Il vienne » (1 Cor.11v26).

« La fraction du pain » fait aussi partie de ces 4 choses dans lesquelles les premiers chrétiens persévéraient, avec «  l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle et les prières » : « Ils persévéraient …dans la fraction du pain (Actes 2v42) Chaque jour, avec persévérance… ils rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur » (Actes 2v46).  Dans les premières assemblées chrétiennes, les repas étaient collectifs et étaient l’occasion du partage du pain et du vin avec le rappel de son institution par Jésus(cf 1 Cor.11, le plus ancien document à ce sujet). Dans Actes 2, le verbe «persévérer» a le même sens que «tenir fermement attaché à» (Rom 12v12 ; Col 4v2). La persévérance exige une discipline personnelle et collective (nous y reviendront plus loin). « Ils persévéraient », « ils se réunissaient pour » et ils ne comptaient pas le temps. Ils le faisaient « avec joie et simplicité de cœur ».

Le « pain rompu » est aussi (le rappel de) « la communion au corps de Christ » : « puisqu’il y a un seul pain », ceux qui « sont plusieurs » ne sont pas une somme d’individus mais « forment un seul corps », dont les membres sont interdépendants, « participant tous à un même pain ». (1Cor. 10v16).

Il est édifiant d’apprendre, comme nous le rappelle le pasteur Gilles Boucomont (4) que le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »]. L’accompagnement est un accompagnement fraternel. Il est donc enraciné dans la vie communautaire et le partage du pain ou de la cène, qui nous fait devenir tous enfants d’un même Père [céleste]. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain qui révèle la présence du Christ ressuscité »(4), comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs, lesquels reconnaissent Jésus ressuscité lors « de la fraction du pain » en Luc 24v28-35.

« Rompre le pain » rendrait-il donc « clairvoyant » ? Il est possible de faire un rapprochement édifiant avec le premier repas de communion de l’histoire : du pain et du vin, apporté par « le roi de justice et de paix » à Abraham, ce qui a rendu ce dernier « clairvoyant » sur un important enjeu spirituel (une tentation) cf Gen.14v18.

Pour Gilles Boucomont encore, « le partage de la Cène est [également] agent de guérison parce qu’il nous manifeste ce qu’est l’humanité concrètement réconciliée(…) Sont ainsi rendues visibles le fait qu’il n’y ait plus de distinctions entre les personnes, une puissance égalitaire que jusque-là seule la mort pouvait prétendre offrir aux humains. Le fait même d’utiliser deux aliments simples pour dire le corps et le sang de Jésus est une réconciliation. Ce sont des produits transformés, fruits du travail de la nature, de la création de Dieu, et du travail des hommes. La Cène est une vraie guérison des relations interpersonnelles, car elle brise tous les jeux d’autorité qui ne sont pas en Christ ou de Christ. Elle est aussi une guérison de la mémoire, car en mettant fin à la nécessité de répéter un sacrifice (Hébr.7v26-27 et 10v18), mais en le symbolisant, elle nous fait sortir de la tension entre l’oubli et la répétition qui hante nos histoires. Enfin, elle est une guérison fondamentale de toutes les tentations religieuses : c’est Dieu[ou Christ] qui invite à sa table, ce n’est pas un lieu de pouvoir religieux (cf 1 Cor.11v17-34 et cf 1 Cor.12), elle met fin à la logique sacrificielle…Autant de guérisons d’une humanité en manque de repères… »(5)

 

Enfin, quand prendre la Cène ? « Quelle fréquence sans tomber dans l’idolâtrie » (ou la routine) ? (6)

Doit-on craindre « une routine » ou « une lassitude », si nous prenons la Cène une fois par semaine ? Le danger n’est pas plus grand que de se réunir tous les dimanches pour le culte.

Néanmoins, l’on peut remarquer que, « dès le début, ce repas a été un point de vérification de la santé de la communauté : un problème dans la forme pouvait révéler un problème spirituel de fond ! (voir par exemple 1 corinthiens 11v17-23) »(6). D’autre part, prendre la Cène régulièrement implique ma responsabilité de suivre Jésus, de ne pas laisser un différend avec mon frère avec qui je partage ce repas et de ne pas vivre dans le péché. Le repas du Seigneur ne se prend pas à la légère. Le péché y est confessé et jugé. La Cène ne devient donc pas une simple habitude, car chaque fois « chacun s’éprouve », chacun se juge pour discerner s’il y a quelque chose qui le sépare de son Seigneur et de son frère (1 Cor 11v27-32). Cela signifie qu’il y a une discipline à la fois individuelle mais aussi collective, à la table du Seigneur. « Que chacun donc s’éprouve soi-même », pour ne pas s’abstenir de prendre la cène, mais pour « ainsi (manger) du pain et (boire) de la coupe… » (1Co 11v28)

Concernant la fréquence de la Sainte Cène, il n’y a pas « de règle » dans le Nouveau Testament, mais la mention d’une fréquence, d’une régularité (et non d’un caractère occasionnel ou exceptionnel).

Il est aussi mentionné, en Actes 20v7, que l’Eglise primitive a célébré la Cène lors d’un rassemblement « le premier jour de la semaine » (le dimanche).

La Didaché (un document de l’Eglise primitive datant de la fin du premier siècle) recommande : «Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces après avoir confessé d’abord vos péchés» (paragr. XIV).

Jésus Lui-même est apparu à ses disciples, après sa résurrection (cf. Jean 20v19,26 ; 21v1 ; Luc 24v36 ; I Cor. 16v2) « le premier jour de la semaine ».

Pour terminer, « l’idolâtrie [ou la routine] peut se cacher dans une célébration hyper fréquente de la cène, comme dans une trop grande rareté de celle-ci. Et une foi authentique peut être manifestée dans des pratiques parfois surprenantes, mais réfléchies spirituellement. Bref, une Eglise saine aime la cène » (6)

 

 

Notes :

(1) Traité Yebamot Chapitre 4 Page 49b. Anecdote rapportée, avec quelques modifications, par Marc-Alain Ouaknin, dans « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains. Seuil, 2013(points), p 223. Voir aussi pp 226-228.

(2) Geste fondamental dans la tradition juive, repris ensuite par Jésus, qui consiste à rompre et partager le pain entre ceux qui participent à un repas, geste qui inaugure, en général, tout repas.

(3) Voir son « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains ». Seuil, 2013(points), p 223. Voir aussi pp 226-228.

(4) Boucomont, Gilles. « Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit » Première partie, 2010, p.176

(5) Boucomont, Gilles. « Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit ». Première partie, 2010, p.223.

(6) Question « classique » notamment posée ici : http://1001questions.fr/comment-comprendre-la-sainte-cene-quelle-frequence-sans-tomber-dans-lidolatrie-stephane/ ; http://1001questions.fr/doit-on-prendre-la-sainte-cene-tous-les-dimanches/

 

 

« Tout est fini…. »

Dans l'original, en un seul mot, ce dernier cri de Jésus à la croix : "Tetelestai" ! "Tout est accompli !"

Dans l’original, en un seul mot, ce dernier cri de Jésus à la croix : « Tetelestai » ! « Tout est accompli ! »

Les mots “tout est fini” correspondent à un seul mot en grec : « tetelestai ». Il signifie que “tout est fini et définitivement accompli”. Ce mot était souvent employé par les éleveurs. Lorsqu’un animal naissait dans le troupeau et que celui-ci était parfait, sans aucun défaut, l’éleveur s’écriait : “Tetelestai ! Tetelestai !”

Les artistes ou les ouvriers employaient la même expression, lorsqu’ils étaient venu à bout de leur œuvre : “Tetelestai ! Tetelestai !”

Et « Tetelestai » était aussi employé couramment par les Grecs Anciens dans le commerce, pour signifier qu’une dette était payée (cela ne s’invente pas !).

C’est ce mot que Jésus emploie en Jean 19v30 pour signifier que ce qu’il était venu accomplir était achevé. Aux yeux des hommes le regardant mourir à la croix, Jésus « a raté sa vie ». Mais si Jésus n’a pas « réussi dans la vie », selon les critères de ce monde ou d’un certain publiciste, Il a véritablement « réussi sa vie », puisqu’il a pu dire : « Tetelestai, tetelestai », « l’œuvre que le Père m’a donné est achevée »(Jean 17v4) ; « Tetelestai, tetelestai », « l’agneau parfait a été trouvé » (Gen.22v7-8, Jean 1v29) et « la dette a été payée »(cf Luc 7v36-50).

« Tetelestai, tetelestai », « tout est fini et définitivement accompli », c’est aussi un beau chant de Jimmy Needham (« It is finished »), tiré de l’album « The Hymns Sessions », Vol.1, et que je vous invite à écouter pour le Week-end.

Bonne écoute et bonne méditation autour de ce que Jésus a fait pour vous : “Tetelestai ! Tetelestai !”
 

Pour qui te lèves-tu, le matin ?

"Pratiquer", c'est avant tout appliquer la parole qui nous intime de faire de la prière notre première activité ["Dieu, le premier servi"], bien avant le travail. Nous avons malheureusement inversé les valeurs ; nous avons fait du travail notre valeur suprême, la source de notre vie". Source : rawpixel

« Pratiquer », c’est avant tout appliquer la parole qui nous intime de faire de la prière notre première activité [« Dieu, le premier servi »], bien avant le travail. Nous avons malheureusement inversé les valeurs….. »
Source : rawpixel

Êtes-vous un « pratiquant » ? Un « chrétien pratiquant » ? Qu’entendez-vous par là ?

Voici ce que Jésus peut nous apprendre à ce sujet :  Tandis que les foules se rassemblaient pour écouter son message, (Il) « se tenait retiré dans les déserts et priait » (Luc 5v16). La prière était sa priorité, même quand ses journées étaient chargées. Même dans les moments de grande occupation, il se levait « bien avant le jour » et s’en allait prier « dans les lieux déserts » (Marc 1v35). Lui qui portait pourtant les franges rituelles juives n’allait pas prier dans les synagogues : quand il s’y rendait, c’était pour prêcher (1).

Alors, « pratiquer » ? « Pratiquer », c’est avant tout appliquer la parole qui nous intime de faire de la prière notre première activité [de sorte que Dieu « soit le premier servi », à notre réveil], bien avant le travail. Nous avons malheureusement inversé les valeurs ; nous avons fait du travail notre valeur suprême, la source de notre vie. Le « chrétien pratiquant » est-il celui qui glisse, entre ses occupations, une petite demi-heure[une heure, deux heures, tout au plus, et encore, s’il ne regarde pas tout le temps son smartphone pendant le service !]pour assister à une messe [ou à un culte] et s’estime ensuite « quitte » de ses « devoirs religieux » ?(1) Une drôle façon de considérer « la pratique », non ?

Et vous ? Comment considérez-vous « la pratique »(religieuse)  ? « Qui est le premier servi », au commencement de votre journée ?

 

Note :

(1) Delpech, Michel. J’ai osé Dieu. Points seuil, 2015, pp 94-95.

Dans quelle mesure avez-vous adopté ces « sophismes » postmodernes ?

"L'individu" serait encore à venir, selon Dany-Robert Dufour, puisque nous ne serions pas des "individualistes", mais des égoïstes grégaires", pour qui "les vices privés font les vertus publiques" !

« L’individu » serait encore « à venir », selon Dany-Robert Dufour, puisque nous ne serions pas des « individualistes », mais des « égoïstes grégaires », pour qui « les vices privés font la vertu publique » !

« Veillez à ce que nul ne vous prenne au piège de la philosophie, cette creuse duperie à l’enseigne de la tradition des hommes, des forces qui régissent l’univers et non plus du Christ » (Col.2v9. TOB)

« Mais si vous ne pensez à rebours, vous périrez tous également »(Luc 13v3)

« Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait ». (Rom.12v2)

Le postmodernisme, vous connaissez sans doute, surtout après avoir lu « les défis de la postmodernité » d’Alfred Kuen. Mais connaissez-vous les deux courants de pensée qui en sont au cœur et que la plupart semble avoir adopté aujourd’hui ?

Ces courants, Dany-Robert Dufour les appelle des « sophismes », dans son ouvrage sur le postmodernisme : « L’individu qui vient… » (Denoël, 2015. Folio Essais).

Qu’est-ce qu’un « sophisme » ? Et qu’est-ce qu’un « sophiste » ?

« Sophisme » vient du latin « sophisma », « sophisme », venant du grec ancien « sophisma », « habileté », « invention ingénieuse », « raisonnement trompeur ». Il se donne toutes les apparences de la « sagesse », d’autant plus qu’il n’aura échappé à personne qu’il est dérivé de « sophia », « sagesse », « savoir ». (Source : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/sophisme )

Mais c’est là une « fausse sagesse », d’autant plus que « sophisme » rime avec « sottise ».

Les « sophistes », quant à eux, rappelle Dany-Robert Dufour, « ne se soucient nullement de la vérité », contrairement aux véritables « amoureux de la sagesse ». « Ils ne cherchent qu’à persuader leur auditoire quelle que soit la proposition à soutenir. Pour obtenir ce résultat, ils profitent donc des ambiguïtés du langage afin de produire des raisonnements en apparence solides, ayant l’apparence de la rigueur démonstrative, mais contenant en réalité un vice, volontaire ou non, permettant de provoquer l’adhésion de l’auditeur ».(op. cit., pp110-111). Avec cet esprit sophistique, le mal devient bien (ou « progrès »), le faux le vrai, l’esclavage la liberté, [la guerre la paix], le vice privé [ou l’égoïsme] la vertu…. (op. cit., p 114)

Il importe de les démasquer impérativement, « car si la première bêtise n’est pas tout de suite réfutée et dénoncée pour ce qu’elle est – une bêtise – la porte est ouverte à toutes les autres qui peuvent alors s’agencer en autant de vrais systèmes bêtes qui paraissent très intelligents ».

Pour Dany-Robert Dufour, ces deux sophismes sont l’utilitarisme et le pragmatisme (op. cit. pp 113-121).

1) L’utilitarisme(1), ou « l’adieu aux idéaux » (qualifiés de « discours »), incite à croire « qu’on n’a plus du tout à se soucier de savoir si une action est vertueuse au départ ; la seule chose qui importe est qu’elle soit vertueuse à l’arrivée ». Il « se caractérise par un oubli volontaire des causes et une valorisation exclusive des conséquences. C’est là ce qu’on appelle depuis la fin des années 1950 un « conséquentialisme ». Peu importe donc au nom de quoi on entreprend une action, ce qui importe, c’est qu’elle soit censée engendrer le plus de bonheur pour l’ensemble de tous les agents – le bonheur étant défini comme la maximisation des plaisirs et la minimisation des peines [ou des désagréments, des embêtements] ». Ainsi, par exemple, ajouterai-je, l’utilitarisme me paraît privilégier « le consommateur » (l’essentiel étant qu’il soit « content/satisfait » d’un service rendu le plus efficacement possible « ou remboursé »), au détriment du citoyen.

En « conséquence », cette nouvelle « morale conséquentialiste » permet le plus grand cynisme de la part des décideurs de l’action qui pourront alors dire à leurs administrés ou à leurs salariés quelque chose qui ressemble à Jean 11v50. En gros, « ne voyez-vous pas que nous faisons cette action [vous licencier, détruire des emplois, par exemple] pour le bien futur du plus grand nombre ? Ne seriez-vous pas un peu égoïste », à toujours vous préoccuper que de vos seuls droits ? Dans ces conditions, la dignité humaine (ne pas dire « oui » à tout) ne pèse pas bien lourd….

D’autre part, le conséquentialisme est également « im-prudent, puisqu’il incite à agir en fonction d’un futur (toujours hypothétique) en refoulant (ou ignorant) l’examen du présent (toujours certain). Et il rend « désuète la morale (ce qui vaut pour tous), au profit de l’éthique (ce que j’ose faire, y compris contre tous) ».

2) Le pragmatisme (terme que l’on emploi souvent à tort et à travers) ou « l’adieu à la vérité », voit son avènement avec William James, à la fin du XIXe siècle. Pour ce dernier, « le vrai », qui « n’existe tout simplement pas », est « ce qui marche ». Cette attitude pragmatique implique « qu’il n’y ait plus de « théorie », mais seulement de la « praxis », de l’action. Je ne peux donc voir ou concevoir aucune idée, mais seulement faire des expériences, des expériences infiniment multiples et variées »(2). Une philosophie qui se retrouve d’ailleurs au cœur d’une certaine théorie de l’éducation de John Dewey.

Or, l’on ne saurait avoir une bonne « orthopraxie » sans une bonne « orthodoxie ».

Evaluez-vous maintenant : lequel de ces sophismes avez-vous adopté, « avalé », même inconsciemment ? Comment ? Pourquoi ? Lequel est le plus dominant autour de vous ?

A méditer :

« Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres. Car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais, si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Ecoutez-moi : marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire »(Gal.5v13-16. TOB)

Voir aussi : Ephésiens 5v8-9 ; Ps.40v9 ; Prov.31v8-9  ; 1 Jean 1v7  ; 1 Jean 2v6. L’un et l’autre des passages suivants nous invitent, en tant que chrétiens, à « marcher dans la vérité, la lumière », « dire la justice », et « produire le fruit de la lumière », marcher comme Jésus a marché lui-même.

 

Aller plus loin :

Un article parmi d’autres, sous forme de parabole, sur la justice : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2015/06/03/notre-regard-sur-la-justice-ou-le-conte-des-balances/

Qui comprend le test suivant : lisez attentivement cet article : « Amazon, l’envers de l’écran » de Jean-Baptiste Malet, paru en novembre 2013 dans « Le Monde diplomatique » : ou les dessous de la célèbre multinationale organisée selon une idéologie bien définie. Comme le relève le célèbre journaliste Günter Wallraff, son système ne nous pose pas la simple question, « neutre », « de savoir si nous voulons ou non consommer sur son site Internet », ou s’il est « moral ou non » d’acheter sur internet  ; « il nous pose des questions politiques : celles de notre choix de société. »

Puis réagissez. Pourquoi réagissez-vous comme vous réagissez à cet article ? De quel côté vous positionnez-vous ? Pourquoi ?

Et ces deux autres articles sur la vérité : http://www.ethiquechretienne.com/relativisme-et-verite-a2143759 ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/01/31/dire-la-verite-toute-la-verite-rien-que-la-verite-dire-betement-la-verite-bete-ennuyeusement-la-verite-ennuyeuse-tristement-la-verite-triste/

 

 

Notes :

(1) Lequel utilitarisme (Bentham, puis John Stuart Mill) vient du libéralisme anglais.

(2) A noter que cette notion d’expérience, propre au pragmatisme, est au centre de la pensée de David Hume, ami d’Adam Smith et figure décisive du libéralisme anglais.

« Car nous sommes ouvriers avec Dieu », pas « prolétaires »

"Prolétaire à la chaîne". Par Colloghan.

« Prolétaire à la chaîne ». Par Colloghan.

« Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu. » (1 Cor.3v9. Colombe)

 

Lu récemment, ce qui n’a pas manqué de m’interpeller : « L’ouvrier, comme son nom ancien d’ « oeuvrier » l’indique assez, est celui qui porte une œuvre en lui et qui la réalise. Le prolétaire – à ne pas confondre avec ouvrier – est celui à qui l’on a confisqué l’œuvre. Pour obtenir un prolétaire à partir d’un ouvrier, il faut commencer par ne pas appliquer ce que Hobbes appelait « la loi de l’égalité naturelle » entre les êtres, ce qui crée une situation où certains ont plus [que leur part], cependant que d’autres ont moins. Pour réaliser ce tour, il faut et il suffit de vider la tête de l’ouvrier afin de le délester de l’œuvre qu’il porte en lui. On obtient alors un être spolié de l’œuvre dont il était porteur puisque le dessin, la forme de cette œuvre, a été transféré de sa tête à celle de l’ingénieur. Elle est alors devenue hors de portée et, lorsqu’elle revient, c’est sous une forme parcellarisée en tâches fonctionnelles, vidée du sens qu’elle portait. Le résultat, c’est que cet ouvrier, devenu prolétaire, n’utilise plus des outils en se servant d’eux pour fabriquer son œuvre mais est transformé en un servant de la machine en charge d’une tâche parcellaire auxquelles tous les prolétaires, dans leur ensemble, se trouvent assujettis »( Dany-Robert Dufour. « L’individu qui vient… ». Folio, 2015, pp 203-204)

Réflexion, transposable dans un contexte d’Eglise :

Ce que nous faisons a-t-il du sens ?

Dans quelles mesures les conditions sont-elles réunies, au sein de nos églises locales, pour que chacun soit en mesure d’être pleinement « ouvrier avec Dieu », réalisant « l’œuvre en lui », qu’il est appelé à accomplir ? Nos pratiques « créent-elles du prolétariat », plus qu’elles n’encouragent véritablement des ouvriers dignes de ce nom ?

Dans notre travail en équipe, donnons-nous à voir le sens global d’une oeuvre collective en train de se faire, ou nous bornons-nous  à confier des « micro-tâches » à nos collaborateurs ?

Et par associations d’idées, dans quelles mesures l’industriel (celui qui produit en série) a-t-il remplacé l’artisan ? Dans quelles mesures avons-nous substitué la rentabilité et l’efficacité à la qualité et à l’authenticité ?

Qu’est-ce que « faire sa part » ? Faire sa « juste part » ?

Inspi cinéma : voir la scène du travail à la chaîne, dans « Le Roi et l’oiseau » de Paul Grimault (1980) ; « la classe ouvrière va au paradis » d’Elio Pétri (1971).

Passages à lire et à étudier ensemble :

« Pendant qu’il fait jour, nous devons accomplir les œuvres de celui qui m’a envoyé. La nuit s’approche, où personne ne peut travailler ».(Jean 9v4. BFC)

« Dès avant ma naissance, le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore au ventre de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma parole une épée tranchante et il me cache à l’abri de sa main. Il a fait de mon message une flèche pointue, dissimulée dans son carquois. Il m’a dit : « C’est toi qui es mon serviteur, l’Israël dont je me sers pour manifester ma gloire. » Quant à moi, je pensais m’être donné du mal pour rien, avoir usé mes forces sans résultat, pour du vent. Or le Seigneur garantit mon droit, mon Dieu détient ma récompense ».(Es.49v1-4)

« Car c’est lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus Christ pour les œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous nous y engagions » (Eph.2v10. TOB)

« Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jean 15v15-16. TOB)

« Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût ».(Jean 17v4-5)

 

 

« Au nom de Dieu »

Et si les croyants refusaient de se laisser instrumentaliser ?

 

Pour Erri de Luca – dont les propos prennent une nouvelle actualité, « aucune guerre récente de notre Méditerranée n’a tenu le nom de Dieu à l’écart de ses prétextes. Il est invoqué par celui qui se fait exploser dans un autobus en Israël, par les égorgeurs de femmes en Algérie, par les trois parties de la Bosnie en guerre, en Tchétchénie, en Irlande… »(1). Plus récemment, par l’Etat islamique en Syrie, en France ou aux Etats-Unis (2).

« La modernité consiste précisément dans ce besoin d’une justification de Dieu », remarque encore Erri de Luca. « A la fin d’un siècle de guerres athées qui ont montré la suprématie des démocraties sur les tyrannies, de nouvelles guerres veulent prouver la suprématie d’un autel sur un autre. Plutôt que de croire en Dieu, les nouveaux guerriers au nom de la foi pensent que c’est à lui de croire en eux, en leur confiant certaines de ses missions expéditives ».

A ce sujet, les chrétiens, témoins de Christ, et censés être « lumière du monde » et « sel de la terre »(Matt.5v13-14), devraient être ceux qui rappellent les Paroles et commandements de Dieu. Notamment ce qui est écrit « sur le premier volet des deux tables » de la loi : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture »(3).

Erri de Luca explique que « le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce, et qu’on en porte tout le poids(4). Celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ». C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité. Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. Comme dans toutes les guerres faites au nom de cette divinité(5).

Témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique »(6), et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » de Dieu, à l’instar de Job (de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8) qui a su dire « tu » à Dieu, de ce « tu » effronté et familier, de ce « tu » pronom de la révélation et donc de la relation entre créatures et créateur. Nous devrions être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes(7). Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » (tel Erri de Luca)saura répondre par le verset 12 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Nous habitons en effet cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété »(7). Refusons donc cet esprit « du propriétaire », qui se donnerait des droits sur la vie d’autrui, mais cultivons plutôt « l’esprit d’appartenance ». Soit la conscience d’appartenir à quelqu’un d’autre de plus grand, qui nous a créé à son image. Ce « plus grand », le seul véritable propriétaire de toutes choses, nous met à disposition ce qu’il a créé et nous en confie la bonne(juste et sage) gestion, dont nous aurons à rendre compte devant Lui, sachant que ces biens ne sont pas inépuisables et que nous ne sommes que « de passage » et « locataires », sur la terre.

 

Notes :

(1) « Au nom de Dieu » IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 99-100.

(2) Sur l’Etat islamique, voir : http://www.thegospelcoalition.org/evangile21/article/9-infos-au-sujet-de-letat-islamique-que-tout-chretien-devrait-savoir . Sur les derniers attentats revendiqués cette semaine par ce groupe : un couple de policiers assassiné à coups de couteau par un dihadiste à leur domicile, dans les Yvelines ; l’attaque meurtrière d’une boîte de nuit LGBT à Orlando(USA) par un autre jihadiste, se réclamant de Daech.

(3)Ou pour « trumper », dirait-on aujourd’hui. Comme le souligne très bien Erri de Luca dans un autre ouvrage, « Et Il dit » : « rien à voir avec la version où on lit : tu ne nommeras pas en vain »(op. cit., p63).

(4) « Tu ne soulèveras pas le nom » : il s’agit d’appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations…. ». Or, l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…)car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue], pour l’imposture, dit l’hébreu, rien à voir avec en vain. On le comprend bien grâce à une autre ligne : tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture(Lashàue) contre ton prochain » cf Deutéronome/Devarim 5v20 (Erri de Luca. Et Il dit. Gallimard, 2012, pp63-65)

(5) Erri de Luca. Et Il dit. Gallimard, 2012, p64.

(6) Sur ces types d’instrumentalisation, voir la note de blogue de Patrice de Plunkett : « Un jihadiste fait un carnage dans un night-club ? Des médias incriminent la religion catholique. Un  jihadiste poignarde un officier de police et sa femme ?  La droite et gauche incriminent la CGT (parce qu’elle a diffamé la police lors des manifestations sociales) ! Voilà le chaos mental. Il sévit aussi dans d’autres domaines… Dans son discours du 8 juin, M. Sarkozy vitupère le « communautarisme » dont il donne trois exemples en vrac : »cette poignée d’islamistes qui prennent en otage un quartier », « ces gens du voyage qui bloquent scandaleusement une autoroute », et… « ces casseurs qui bloquent une loi de réforme du marché du travail ». Pour compléter l’amalgame, M. Sarkozy entonne le refrain de la France-fille-aînée-de-l’Eglise (formule ne datant que du XIXe siècle), et proclame : »ici c’est un pays chrétien ». Slogan creux, puisque 95% des Français de 2016 ignorent le contenu de la foi chrétienne ! Faire référence à Jehanne et aux Rogations pour orner un discours antisocial, mêler la religiosité et les manoeuvres politiciennes, prétendre faire du catholicisme l’annexe d’un parti, c’est donner des armes aux cathophobes… Qu’on ne s’étonne pas de lire ensuite des tweets qui exhalent un désir de violence contre le chrétien croyant. Ceux qui haïssent le christianisme et ceux qui veulent s’en servir sont jumeaux (alors qu’ils prétendent se combattre) »

Et celle du sociologie Sébastien Fath, appelant à « un devoir de clarté. Directe et pédagogique », face à « l’effroyable tuerie d’Orlando », pour « faire barrage aussi bien à ceux qui « noient le poisson » (confusion) qu’à ceux qui « jettent de l’huile sur le feu » (surenchère) ». Ainsi, « quand Trump veut interdire aux musulmans l’accès au sol américain, et que Sarkozy exalte en France les « moeurs chrétiennes » (sic), ils entrent tous deux dans un piège, font exactement ce que Daech veut qu’ils fassent. Ils font des distinctions selon les citoyens en fonction de leur passé ou de leur religion, encouragent la catégorisation et la relégation des minoritaires. Ils nourrissent, sans même s’en rendre compte (?), le jeu des ennemis de la liberté, entrent dans le « piège Daech »(…) et alimentent des ferments de guerre civile ».

Dans un autre billet – remarquable –#JeSuis #JeSuis … tout seul,  le naturaliste catholique « Phylloscopus » commente ainsi : « Deux attaques en deux jours ; qu’importe qu’elles aient touché deux pays distincts, qu’importe qu’il y ait derrière une initiative solitaire vite récupérée ou la force d’un réseau ; les réponses sont les mêmes : gesticulations, peur et recherche de coupable idéal ». En attendant, « le problème avec ces « Je suis Untel » qui, désormais, ne signifient plus que « Je suis en larmes pour Untel ». « Je suis » surtout planté tout seul sur ma chaise, dans le noir, et j’ai peur. Et nous avons beau arborer chacun sur notre profil le même filtre hâtivement programmé par Facebook, chacun de nous est enfoncé seul dans sa peur ».

Sinon, un bel exemple d’instrumentalisation de la foi par le politique est donné par le roi Jéroboam en 1 Rois 12v26-33, 1 Rois 13v33 et ss (Lequel Jéroboam « consacrait prêtre des hauts lieux…quiconque en avait le désir »)

(7)Erri de Luca. « Au nom de Dieu » IN « Alzaia », op. cit., p 100.