Voir comme Dieu voit

« Certaines personnes voient les choses comme elles sont et se demandent : pourquoi ? Moi, je vois les choses comme elles pourraient être et je me dis : pourquoi pas ? » (Robert Kennedy, 1968. Formule empruntée à Georges Bernard Shaw)

Les choses sont-elles ce qu’elles paraissent ?

De même qu’un morceau de papier peut être plus qu’un morceau de papier – pouvant devenir une fleur, un bateau ou un oiseau dans les mains de celui qui le plie, nous pouvons espérer de notre avenir (et devenir) placé dans les mains de Dieu.

En clair, nous sommes invités à croire et à voir comme Dieu voit : non pas ce qui a été ou ce qui est, mais ce qui sera.

« Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Apoc.21v5)

Mon top 10 de fiction littéraire

« En fin de compte, l’expérience du livre devient véritablement fructueuse, quand le lecteur parvient à trouver goût à la vie à travers le livre…..« 

En écho à David, de « Plumes chrétiennes », qui nous a partagé son « top 10 de fictions littéraires chrétiennes » et en guise de prolongement de mon article sur les bienfaits de la lecture de fiction littéraire tout court, je vous livre ici mon « top 10 » en la matière : du classique, bien entendu, mais aussi du contemporain – surtout étranger – avec des auteurs archi-connus (mais combien vraiment lus ?) mais aussi moins connus. De quoi vous inspirer quelques idées de lecture pour l’été ou le fameux jeu de l’île déserte !

 

Guerre et paix, de Léon Tolstoï (2 Tomes) : un roman poème écrit en 1865-69, dans lequel se mêlent psychologie, épopée, réalisme et philosophie de l’histoire. La plus grande œuvre de la littérature russe et l’un des plus beaux monuments de la civilisation européenne.

« Don Quichotte » de Cervantès (1547-1616), que tout le monde « connaît » sans l’avoir réellement lu. Parce qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre de la littérature mondiale – au même titre que le titre précédent, pour ne citer que celui-là  – grand succès d’édition à l’époque et considéré comme le premier roman moderne. Et parce qu’il est un remède à l’indifférence, mal moderne

La nature exposée, d’Erri de Luca : Dans un village au pied de la montagne, un sculpteur aide des clandestins à franchir la frontière. Bientôt, le soutien qu’il leur apporte attire l’attention des médias. Il décide alors de quitter le village et se voit proposer une tâche bien particulière : restaurer une croix de marbre, révéler la «nature» qui se cache sous le pagne du Christ. Réflexion sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés, et sur l’humanité du Christ.

Voir aussi, du même, Le Tour de l’oie : Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – lit « Pinocchio » à son fils, dans la pénombre. Le narrateur rêve cette scène et un fils qui n’a jamais existé et qu’il n’a jamais eu. Il imagine qu’il lui parle de sa vie, de son enfance napolitaine et, au fur et à mesure, la parole intime donne consistance à ce fils imaginaire qui se sent citoyen de « la nouvelle Europe ».

Une Histoire d’amour et de tènèbres, d’Amos Oz. Il y est question d’un petit garçon qui joue à inventer des histoires, à la demande de sa mère. Il devient par la suite un grand romancier. Sa mère n’est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre le récit de l’existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux, « une histoire d’amour et de ténèbres », qui est aussi celle d’un peuple [Voir aussi son recueil de nouvelles « Entre amis », dont l’action se déroule dans un kibboutz : il se lit comme un roman]

Le Rouge et le noir, de Stendhal : un roman de l’ambition et de l’énergie gaspillée, publié en 1830, dont la réalité a fourni le sujet de l’intrigue à l’auteur.

Le Scorpion ou la confession imaginaire, d’Albert Memmi : singulier roman, à la structure complexe, d’un écrivain tunisien naturalisé français (né en 1920 d’une mère berbère et d’un père juif d’origine italienne, l’un et l’autre arabophone), publié à Paris en 1969.

On y retrouve la quête existentielle de tous ses héros : « qui suis-je ? » et « qui suis-je pour les autres ? » Dans ce roman, Marcel, un ophtalmologue réputé dans un pays en voie de décolonisation, est chargé par l’éditeur de son frère Emile disparu – un écrivain particulièrement préoccupé de ses origines et de son identité – de remettre de l’ordre dans « la cave » de celui-ci, en réalité un « tiroir toujours entrouvert, en haut à droite de son bureau, où il jetait en vrac, au jour le jour, tous ses manuscrits et documents de travail », et qui contient le monde imaginaire de l’auteur. Ainsi, histoire, journal, chroniques, notes philosophiques, mythes, s’entrelacent, pour former « la confession imaginaire » d’Émile, lequel est « en même temps » musulman, italien, français…De là, le lecteur est conduit à une réflexion sur le réel et l’imaginaire : qui sommes-nous ? Comment arrivons-nous à vivre ? Quelle part de vérité pouvons-nous supporter ? Quelle part de rêve ou d’illusion ?

Depuis 2000 ans  de Mihail Sebastian : un roman autobiographique (version romancée de son « journal ») qui retrace les dix années de vie d’un jeune juif roumain, de 1923 à 1933. Confronté aux violences de l’antisémitisme-jusque dans les universités et dans les milieux intellectuels, il s’interroge sur les causes qui le nourrissent depuis 2000 ans.

La jeunesse d’Adrien Zagroffi [Codine, Mikhail, Mes départs, le pécheur d’éponges] de Panaït Istrati (1884-1935) : 4 titres réunis en un seul volume, de cet autre auteur roumain, d’expression française, lequel nous offre généreusement des pages fortes et émouvantes sur l’amitié, la justice et la liberté. Absolument à découvrir !

Le Tentateur d’Hermann Broch : roman posthume de l’auteur autrichien (1886-1951) qui raconte comment un personnage assoiffé de pouvoir mystifie la population d’un petit village autrichien. A découvrir, son œuvre polymorphe, comportant romans, essais, correspondances, mêlant philosophie, histoire, psychanalyse et littérature. Une diversité qui n’est pas synonyme de dispersion puisque tous les écrits revêtent des enjeux éthiques et politiques. Broch, auteur engagé, concentre sa pensée sur l’homme, sa situation dans le monde moderne. L’absence d’ « un » sens et le sentiment de solitude forment la toile de fond de ses romans et de sa pensée.

La Maison de Noé, de Marilynne Robinson (née en 1943) : Ou l’extravagance adulte vue par deux orphelines. Leur mère a déposé Ruth et Lucille chez une grand-mère juste avant de mettre fin à ses jours. Les deux petites ont ensuite été confiées à leur tante Sylvie, une femme qui tenait à sa liberté. Pour s’occuper de ses nièces, elle est venue s’installer dans ce trou invraisemblable, Fingerbone, petite ville coincée entre un vaste lac glacial et les montagnes du Far West, où un grand-père épris d’aventure a construit une maison puis trouvé la mort dans une catastrophe ferroviaire dont le souvenir hante encore toute la communauté.
Là, la nature semble imposer sa loi aux hommes, et les hommes s’imposer des règles les uns aux autres. Ainsi les femmes doivent-elles veiller à bien tenir leur maison, et à se conduire comme il faut. Mais Sylvie n’a pas ce genre de docilité, et c’est en dehors des sentiers battus qu’elle entend élever ses nièces.
Une profonde réflexion sur l’appartenance et la transmission, l’abandon et la liberté.

 

Ceci dit, tout lecteur se doit de connaître le message de Farenheit 451 de Ray Bradbury, ou les trois éléments dont les hommes ont besoin, particulièrement à notre époque d’information(ou de surinformation).

Ce roman décrit une société totalitaire qui brûle les livres, dans un futur indéterminé.

Ray Bradbury fait dire à un de ses personnages que les hommes ont besoin de trois éléments : la qualité de l’information, le loisir d’assimiler cette information, et la liberté d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction entre la qualité de l’information et le loisir de l’assimiler.  Voilà ce qui est fondamental pour l’homme.

Mais comme l’écrit Tatjana Barazon (1), Bradbury donne l’espoir d’une nouvelle société qui se souvient, mais aura-t-elle le courage de créer la possibilité d’un échange créateur de nouvelles idées ? (…)

L’isolement que constitue le livre et le rapport à lui reste cependant un danger quand la lecture devient enfermement. Dans Auto-da-fé d’Elias Canetti, [un autre roman du prix Nobel 1981, lu il y a plus de 20 ans et qui m’a fait aimer la littérature], c’est un savant sinologue, le professeur Kien, qui cherche à remplacer la vie par les livres. À la différence de Bradbury, Canetti n’imagine pas une société qui meurt par un manque de livre, mais plutôt un homme qui est anéanti par un « excès de littérature ». Le personnage de Kien démontre le danger d’un attachement total aux livres. Il finit aussi par se détruire parce qu’il ne cherche plus le contact de l’autre.

En fin de compte, l’expérience du livre devient véritablement fructueuse, quand le lecteur parvient à trouver goût à la vie à travers le livre…..C’est quand le livre nous révèle à nous-mêmes et devient dans le déploiement de la lecture un contenu créateur de la vie elle-même, que le rapport au livre change.

 

Note :

(1) « Des livres dans la tête : la bibliothèque imaginaire chez Bradbury, Canetti et Joyce », Conserveries mémorielles [En ligne], #5 | 2008, mis en ligne le 01 octobre 2008, consulté le 25 juin 2019. URL : http://journals.openedition.org/cm/129

 

Jean 8v1-11 : Mais qu’écrivait donc Jésus, avec ses doigts, sur le sable…?

Le Christ et la femme adultère, de Nicolas Poussin (1653). Huile sur toile, exposée au musée du Louvre.

« Et Jésus gagna le mont des Oliviers. 

Dès le point du jour, il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. « Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l’accuser.

Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. 

Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » 

Et s’inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol. 

Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l’un après l’autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle, 

Jésus se redressa et lui dit : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » 

Elle répondit : « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. » (Jean 8v1-11)

[D’après les notes prises par mon frère Pierre-Louis, lors d’une étude de ce passage de l’Evangile, dans le cadre de mon groupe biblique pour hommes. Qu’il en soit remercié !]

Contexte de l’action :

Où : Mont des Oliviers, puis dans le Temple de Jérusalem / Quand : dès le matin / Qui : Jésus, le peuple, scribes et pharisiens, la femme

Dans ce passage, nous retrouvons 4 principales interactions. En guise de jeu, nous allons les résumer comme si nous donnions un titre au passage :

· Jésus et le peuple.

· Jésus et les scribes/pharisiens.

· Jésus et la femme adultère.

· Le 4e titre apparaît tel un filigrane dans notre passage. Pour garder le suspens, il sera révélé aux persévérants qui liront la présente étude en entier.

1/ Jésus et le peuple

Après que tout le monde soit rentré de la fête des Tabernacles à sa maison, et que Jésus soit monté (pour la nuit ? en présence de ses disciples ?) au Mont des Oliviers, nous retrouvons Jésus (et ses disciples) de nouveau dans le Temple, « dès le matin » précise le verset 2.

Le peuple vient à Jésus, puis Jésus, assis, enseigne le peuple. Jésus semble prendre la même posture qu’au chapitre 6, lorsqu’il considère, ému de compassion, la foule qui vient à lui sur la montagne. Jésus connait le besoin de ce peuple, et il se positionne non du haut de sa chaire, mais à sa hauteur, assis dans le parvis du Temple.

2/ Jésus et les scribes/pharisiens

Sur ces faits, les scribes et pharisiens, connaisseurs de la loi mosaïque, amènent une femme devant Jésus. On peut éventuellement imaginer la manière dont ils l’amènent : molestée, insultée, raillée, traînée par les cheveux, « c’est une honte (& co) ».

Le motif invoqué par les scribes et pharisiens pour agir de telle manière est le suivant : cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or selon la loi (Deutéronome 22v23-24 / Lévitique 16), le châtiment de lapidation s’applique aux personnes (femmes… et hommes) qui agissent de cette sorte.

Au-delà de leur volonté d’appliquer la justice, la Parole nous précise que l’accusation tend également un piège à Jésus, pour lui faire perdre la face devant le peuple et peut-être pouvoir récupérer quelques chefs d’accusation pour le faire arrêter.

Leur vérité : « Moïse, dans la loi, dit de lapider de telles femmes. »

Leur question : « Toi donc que dis-tu ? »

Les scribes et pharisiens mettent Jésus face à une situation d’adultère, mais également et surtout face à la loi de Moïse.

Ce que dit Jésus, est-ce légitime ? Que dit donc précisément la loi de Moïse ? Deux choses :

Lévitique 18v20 : « Tu n’auras point commerce avec la femme de ton prochain, pour te souiller avec elle. »

Deutéronome 22v23-24 : « Si l’on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux, l’homme qui a couché avec la femme, et la femme aussi. Tu ôteras ainsi le mal du milieu d’Israël. Si une jeune fille vierge est fiancée, et qu’un homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les amènerez tous deux à la porte de la ville, vous les lapiderez, et ils mourront la jeune fille pour n’avoir pas crié dans la ville, et l’homme pour avoir déshonoré la femme de son prochain. TU ôteras ainsi le mal du milieu d’Israël. »

Notons deux détails, intéressants justes pour questionner la démarche des scribes et pharisiens :

– Comment prendre en flagrant péché d’adultère une femme ?

– Et si l’homme et la femme sont condamnés par la loi, où est l’homme ? La justice des scribes et pharisiens fait elle finalement une différence entre les genres (de mémoire un autre titre proposé était : « Où sont les hommes ? ») ?

Par ailleurs, ce n’est pas leur 1ère tentative, (Cf. Jean 7v45-52).

La réponse de Jésus vient en 3 temps : un 1er mouvement, une question, et un 2nd mouvement.

Tout d’abord, Jésus, alors sur l’assise, se baisse pour écrire du doigt dans la poussière du sol, quelque chose (dessin, écriture…) qui n’est pas décrit. Que pourrions-nous imaginer ? Peut-être que Jésus a inscrit du doigt dans le sol les versets de la loi de Moïse – par exemple : « tu ne commettras pas d’adultère », sachant qu’ « adultère » est synonyme de « pécheur »? (1)… Nous ne pouvons que le supposer. Par ailleurs, le seul à écrire avec le doigt, dans la Bible, c’est Dieu écrivant les Dix commandements sur les tables de pierre (Ex.31v18, Deut.9v10). Ce passage nous rappelle également la mention du doigt présent en Daniel 5v5, lors du festin donné par le roi Balthazar. Enfin, l’acte d’écrire sur la terre n’apparaît que dans Jérémie, où le prophète menace ceux qui se détournent de l’Eternel d’ « être écrits sur la terre » (Jer.17v3). Ce geste peut donc nous évoquer l’autorité de Jésus, en lien avec la question qu’il pose par la suite aux scribes et pharisiens.

Jésus répond à la question (et autres interrogations non-nommées, v.7) par cette parole : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre. »

Nous notons que l’attitude physique de Jésus a changée. Il a dit cette parole après s’être levé, prenant une posture d’action, et d’autorité. Jésus renvoie les scribes et pharisiens à un examen en eux-mêmes pour s’interroger sur leur légitimité à porter une accusation d’adultère.

Jésus ayant terminé de parler, se baisse de nouveau, et continue d’écrire sur le sol(2). Les scribes et pharisiens ont donc leur réponse par une question implicite : quel homme n’a pas commis de péché d’adultère pour être digne de jeter le premier une pierre contre cette femme ?

La réaction des hommes présents, accusés par leur conscience, est de prendre la fuite, discrètement, sans bruit, comme en cachette. L’attitude de ces hommes fait penser à Adam qui se cache pour fuir Dieu alors qu’il découvre son état de péché. On peut ressentir que les scribes et pharisiens n’ont pas un cœur de repentance par rapport au péché démasqué en eux. Ils sont couverts de honte, des plus âgés jusqu’aux derniers. Jésus, qui n’a pas péché d’adultère, reste donc seul avec la femme. Lui seul est digne de juger cette femme, lui seul est juste pour choisir de condamner ou de gracier.

3/ Jésus et la femme adultère

La première action de Jésus, une fois seul avec l’accusée, et de reprendre une position debout, signalant encore une fois un passage à l’action.

Puis Jésus pose deux questions à la femme : « Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il donc condamné ? »Par cette question, il redonne à la femme la liberté de s’exprimer, il lui redonne également la dignité d’un être humain doué de parole (ce qui ne semblait pas jusque-là être la conception des scribes et pharisiens).

Sa posture n’est donc pas de la condamner, alors qu’il est en mesure de le faire. Au lieu de cela, Jésus relève la femme en lui faisant constater qu’il l’a défendue de ses accusateurs, et qu’il lui donne la possibilité de lui parler et de s’avouer à lui.

La femme répond donc à Jésus : « Non, Seigneur », et reconnait par sa réponse que Jésus est bien celui qu’elle désire comme son Seigneur. Cette réponse donne également à Jésus l’autorité pour enlever la condamnation et la libérer tout en lui recommandant de ne plus pécher, c’est-à-dire de ne plus être esclave du péché. Il libère la femme, selon 3 étape :

  • Je ne te condamne pas : Jésus fait grâce.
  • Va : Jésus libère.
  • Et ne pèche plus :Jésus rend capable de ne plus être esclave du péché.

4/ Jésus et moi (le lecteur)

Entre les lignes de ce passage, nous observons plusieurs comportements face à Jésus, qui est Dieu. De la même manière que nous pouvons être une terre en bord du chemin, rocailleuse, couverte de ronces, ou au contraire une bonne terre fertile, bien retournée (cf. Matthieu 13, Marc 4, Luc 8), nous nous comportons également de plusieurs manières dans notre relation avec Jésus, notamment face à notre péché, et aux adultères que nous commettons envers Dieu lui-même (la notion d’adultère apparaît la première fois en Exode 20 et fait référence d’abord au fait de se faire « d’autres dieux » que notre Dieu).

Les scribes et pharisiens nous témoignent un comportement hypocrite (ils ne reconnaissent pas leur propre adultère), partial (il n’y en a que pour les femmes) et hautain (« notre classe/espèce/rang social » ne pèche pas, mais seulement ceux qui sont sans savoir).

La femme, elle, n’a rien fait que se tenir humblement devant Jésus, lui répondre, accepter la libération du joug, le pardon du péché. Cela lui permet d’être libre, d’aller, et de ne plus pécher, non pas parce que la loi l’interdit, mais par conscience de l’amour que Dieu a pour elle.

On peut se souvenir de Marie, qui était enceinte de Jésus hors-mariage. Selon la loi, Joseph aurait pu la condamner, mais parce qu’il a écouté l’ange, il lui a fait grâce et l’a prise pour femme.

Dans ce passage, le lecteur est finalement mis face à lui-même, et face à la Parole de Dieu pour évaluer sa position (est-il sans péché ?), décider de sa posture (humilité/orgueil) et finalement laisser Dieu opérer une libération du péché dans son cœur.

En appui de ce texte :

Galates 5v1 : « C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude ».

Proverbes 3v34 : « Il se moque des moqueurs, mais il fait grâce aux humbles ».

 

 

Notes :

(1) Erri de Luca estime que « l’assemblée du Sinaï, qui assiste à la scène, lit dans la poussière du sol : « tu ne tueras pas ». (Jésus) écrit sur la poussière du sol : pourquoi ? C’est peut-être samedi ? Les choses interdites du samedi comprennent aussi l’écriture, mais elle est autorisée sur la poussière ou le sable. L’étranger accomplit un geste permis un jour de fête. Mais ce ne peut être un samedi, on ne prononce aucun jugement et on n’exécute aucune condamnation le jour de shabbat. c’est précisément ce qu’il leur dit : quand il s’agit de condamnation à mort, tous les jours se transforment en shabbat. Il donne enfin le dernier dispositif du dénouement : que celui d’entre eux qui n’a jamais commis de faute jette la première pierre. Personne ne veut être le premier dans une lapidation. A plus forte raison, personne ne s’avancera devant sa communauté avec la pierre de celui qui est sans faute. » (Et il dit, pp71-72)

(2) Sur le site « 1001 questions », le Répondant souligne que « Jésus écrit deux fois (le verbe utilisé la première fois suggère une écriture multiple, le verbe utilisé la seconde fois suggère qu’il raye [ou qu’il efface] ».

Il n’y a pas de tabou dans la Bible

« Si nous pensons que tout est permis, c’est trop facile ! »

« C’est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage », écrit Paul aux Galates » (Gal.5v1) lesquels se sont « détournés avec rapidité de celui qui (les) a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un évangile différent » (Gal.1v6).

Dans « Le Dieu de liberté », Jacques Ellul souligne que dans l’épître aux Colossiens, il y a ce long passage [Col.2v8-23] où Paul dit (quelque chose comme) : « bien entendu, on vous parle de commandements qui sont très sages, très justes, très bons…En réalité, ce sont des commandements d’hommes qui ne viennent pas de Dieu. Ils expriment une sagesse humaine. Or, ce n’est absolument pas ce qui vous est demandé par Dieu de vivre. Dieu ne vous impose pas un certain mode de vie ; Dieu ne vous impose pas une contrainte. Par conséquent, ne vous remettez pas sous de fausses contraintes ». Paul parle alors des jeûnes, de l’observation des jours, etc… : tout cela, dit-il, ne tient pas debout ; ça n’existe pas.

« Ce qui existe, Paul le répète à deux reprises dans la première épître aux Corinthiens, aux chapitres 6 et 10 : tout est permis, mais tout n’est pas utile, et tout n’édifie pas [1 Cor.6v12 ; 10v23]. C’est fondamental : tout est permis. C’est-à-dire que nous pouvons choisir pleinement ce qui nous convient, ce qui nous importe. Rien ne vous est interdit ; il n’y a pas de tabou dans la Bible. Il n’y a pas de contrainte ; il n’y a pas de morale. Et Dieu nous donne une vraie liberté, c’est-à-dire : vous pouvez faire tout ; il n’y a pas de barrières.

Simplement, tout n’est pas utile. Paul répète deux fois cette formule, mais dans des contextes différents. Dans le chapitre 6 de [la première] épître aux Corinthiens, on voit, en suivant le développement, que ce qui est permis est utile….pour quoi ? C’est utile pour manifester la gloire de Dieu. Tout est permis, mais tout n’est pas utile pour manifester la gloire de Dieu. Or, la gloire de Dieu a été manifestée en Jésus-Christ [Jean 2v11], lequel a manifesté la liberté de Dieu et vous accorde cette liberté – vous pouvez tout faire….mais cette liberté a une orientation, une signification : c’est ce que vous accomplissiez quelque chose d’utile qui permette de manifester ce qu’est la gloire de Dieu, ce qu’est, en quelque sorte, l’amour de Dieu, ce qu’est la réalité de ce Dieu qui vous a libérés. Donc, il y a un choix à exercer, sans cesse : est-ce ce que je vais faire manifeste la gloire de Dieu, ou non ? Qu’est-ce qui est à la gloire de Dieu dans les choses que j’ai envie de faire ?

Et puis, dans le chapitre 10 de cette même épître : « tout est utile, mais tout n’édifie pas ».

Si l’on considère le contexte, tout n’édifie pas dans le sens très concret du terme, c’est-à-dire tout ne construit pas. Et il s’agit, dans le contexte, de la construction de l’autre, du prochain. C’est-à-dire que dans vos actes, tout n’aide pas le prochain à être « plus », à être construit, à être édifié. »

[1 Cor. 10v23-27 dit bien]  « Tout est permis », mais tout ne convient pas. « Tout est permis », mais tout n’édifie pas. Que nul ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui. Tout ce qu’on vend au marché [les éléments purs, impurs, interdits, etc…], mangez-le sans poser de question par motif de conscience [« est-ce que la viande est casher ? »] ; car la terre et tout ce qu’elle contient sont au Seigneur [Autrement dit : il vous la donne, vous pouvez en faire ce que vous voulez]. Si un non-croyant vous invite et que vous acceptiez d’y aller, mangez de tout ce qui vous est offert, sans poser de question par motif de conscience ». 

Ce dernier verset est très important, car un incroyant c’est quelqu’un qui croit aux idoles, et très souvent, dans un repas, on donnait des viandes qui avaient été sacrifiées aux idoles. Mais, dit Paul : « Mais si quelqu’un vous dit : « C’est de la viande sacrifiée », n’en mangez pas, à cause de celui qui vous a avertis et par motif de conscience ; je parle ici, non de votre conscience, mais de la sienne » (1 Cor.10v28-29a).

Autrement dit : vous, aucune importance, mangez n’importe quoi. Mais si cela choque l’autre, si ça le scandalise, alors ne le faites pas ; ça, c’est ce qui peut le construire. Si vous mangez, vous, chrétiens, une viande sacrifiée et que ça scandalise votre prochain, vous le détruisez.

« Car pourquoi ma liberté serait-elle jugée par une autre conscience ? Si je prends de la nourriture en rendant grâce, pourquoi serais-je blâmé pour ce dont je rends grâce ? Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Cor.10v29b-31).

Autrement dit : est-ce que nous pouvons manger et boire, faire n’importe quel geste, en nous posant la question : est-ce que je le fais à la gloire de Dieu ? Est-ce que cela scandalise les autres ?

Vous voyez tout de suite l’autolimitation que cela implique. Parce que je ne suis pas certain que quelqu’un boirait un litre de whisky puisse en même temps rendre gloire à Dieu et rendre grâce à Dieu.

« Ne soyez pour personne une occasion de chute, ni pour les Juifs, ni pour les Grecs, ni pour l’Eglise de Dieu. [Et essayez) de complaire à tous, cherchant (…) l’avantage du plus grand nombre » (1 Cor.10v32).

Voilà donc cette situation assez étonnante qui nous est faite où nous voyons que nous pouvons faire ce que nous voulons. Dieu nous donne tout. Mais, vais-je faire quelque chose qui aide mon prochain à vivre – ou non ? – qui manifeste l’amour de Dieu – ou non ?

Ainsi, la liberté est orientée par l’amour – l’amour de Dieu, l’amour du prochain. On est libre pour l’amour de Dieu et pour l’amour du prochain. Et tout ce qui nie, tout ce qui méprise Dieu, tout ce qui opprime, tout ce qui scandalise le prochain, ce n’est pas de la liberté [Comme tout ce qui me détruit ou m’asservit]

Une telle compréhension nous met dans la situation de quelqu’un qui est libre, et donc dans une situation difficile, car nous avons à exercer des choix constants (…). (L’exercice de la liberté) implique un choix en fonction de l’amour de Dieu et de l’autre.

Si alors, on pense que tout est permis, c’est trop facile. Si on pense que, dans ces conditions, on peut faire n’importe quoi, choisir n’importe quoi, cela veut dire (vous l’avez bien saisi) que l’on n’a absolument rien compris à ce tout est permis. Cela nous met dans une position de responsabilité constante, qui ne sera jamais une liberté du « n’importe quoi » (…). Cette liberté ne doit pas servir de paravent ou de prétexte à faire du mal. C’est dans la première épître de Pierre : « ne faites pas de votre liberté un voile qui couvre ce qui est mal » (1 Pie.2v16)….« et ne vous laissez dans l’exercice de cette liberté », dit Paul, « asservir par rien » (1 Cor.6v12).

 

(« Dieu de liberté », intervention retranscrite de Jacques Ellul du 07 juin 1990 dans une réunion de maison, à Mérignac IN Ellul, Jacques. Vivre et penser la liberté. Edition critique de Jean-Philippe Quadri. Labor et Fides, 2019, pp 279-284).

 

 

 

Le Livre nécessaire

Le Livre nécessaire, ni plus, ni moins….

Au hasard d’une de ses déambulations, un personnage d’écrivain du roman « le scorpion ou la confession imaginaire » d’Albert Memmi tombe sur « un livre relié en cuir doré, 1708, et par privilège du Roy », dont le titre lui donne un « coup au coeur : le livre nécessaire, ni plus ni moins ». Sans discuter, il paye « le prix demandé par le brocanteur, beaucoup trop élevé, sûrement un prix de marchandage, et (l’emporte) comme un voleur ». Et, raconte-t-il, « j’étais si troublé que je me refusai à l’ouvrir, pendant tout le trajet du retour, avant de me trouver entre les quatre murs de ma chambre : mon dépit fut à la hauteur de mon émotion :

C’était un livre de comptes ! Livre nécessaire pour les comptables, notaires, procureurs, négociants, trésoriers ou caissiers, et généralement à toute sorte de conditions, parce qu’en toute sorte de conditions, on est sujet à emprunter ou à prêter de l’argent à intérêt….. Il ne contenait rien d’autre que des colonnes de chiffres, tout le long de toute ses pages, que je vérifiai l’une après l’autre, jusqu’à ce que ma déception me l’eût fait rageusement jeter sur ma table.

Mais il y est encore, comme un rappel. Après tout, l’auteur n’avait pas tort : c’est peut-être le seul genre de livre indiscutablement nécessaire (…)

C’est vrai que j’avais cru découvrir ma solution dans la littérature, et c’est vrai que j’avais ainsi esquivé les questions les plus terrifiantes. Pourquoi suis-je ce que je suis ? Pourquoi ce monde ? Pourquoi vivre ?…C’était cela que vivait le jeune homme devant moi. C’étaient des réponses qu’il était venu chercher, malgré tout, dans une dernière tentative, parce que j’avais été son maître, et parce que je l’avais aidé (!) à formuler ces questions. Que lui répondre (…) ? Il aurait fallu que je réussisse mon LIVRE NECESSAIRE. »

 

(Le Scorpion ou la confession imaginaire, d’Albert Memmi. Gallimard, 1986. Folio, pp 237-238)

A qui est cet enfant ? Ou donner une éducation qui libère : une mission parentale

Les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

« Mais oui ! Des fils sont la part que donne le SEIGNEUR,
et la progéniture un salaire.
Telles des flèches aux mains d’un guerrier,
tels sont les fils de votre jeunesse.
Heureux l’homme qui en a rempli son carquois !
Il ne perdra pas la face s’il doit affronter
l’adversaire aux portes de la ville ».
(Ps.127v3-5)

 

Intro : l’enfant, un don de Dieu, un héritage, une récompense…

 

« A qui est cet enfant ? » demande-t-on aux parents.

« A moi ! », répond le père ou la mère avec fierté.

Avoir des enfants est en effet une très grande joie. Ne dit-on pas d’une naissance qu’elle est « un heureux événement » ?

«Voici que des enfants sont un héritage de l’Eternel », s’écrie le poète de la Bible, « le fruit du ventre maternel, une récompense » (Psaumes 127v3).

« La postérité du juste sera nombreuse », lit-on dans Job, « et ses descendants comme l’herbe de la terre » (Job 5v25). Et un autre psaume dit que « La femme de l’homme de bien est comme une vigne fertile dans l’intérieur de sa maison ; ses enfants comme des plants d’olivier autour de sa table » (Psaumes 118v3).

Aussi, la joie est grande quand l’enfant paraît, comme l’écrit Victor Hugo : « lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l’enfant paraître, Innocent et joyeux ».

A l’inverse, quand l’enfant fait des bêtises, l’un des parents peut dire à son conjoint « ton fils… », comme Dieu a dit à Moïse « ton peuple ! », au moment de l’épisode du veau d’or !

 

Des missions parentales

L’enfant est donc une joie, un don de Dieu, mais ce don est assorti d’une très grande mission : l’éduquer !

Mais Dieu est bien omnipotent, omniscient : il peut donc tout faire, y compris éduquer mon enfant lui-même ?

En réalité, la toute-puissance de Dieu ne veut pas dire qu’il fait tout : il peut tout faire, mais Sa Toute Puissance le rend libre de faire ou ne pas faire ce qu’il pourrait faire. Par exemple, il ne fait pas l’éducation de nos enfants, puisqu’il charge les parents, à qui il confie les enfants, de cette mission.

C’est une joie et une responsabilité. C’est un mandat parental [nous ne faisons pas que prier pour nos enfants], dont nous rendrons compte à Dieu, puisque nous rendons compte à Dieu de tout ce qu’il confie (nos dons, nos mines, nos talents…).

Cela signifie que l’enfant appartient, d’abord, à Dieu qui le confie à la famille : c’est pourquoi la famille est l’éducateur le plus important. «Chaque famille particulière doit être une petite Église particulière», écrivait Calvin à de jeunes églises françaises. « Le père et la mère sont les apôtres, les évêques et les prêtres de leurs enfants, il n’y a pas d’autorité plus grande et plus noble sur la terre que celle des parents sur leurs enfants », disait Luther.

Eduquer, c’est élever un enfant, l’aider à tirer de lui-même ce qui y est en germe, en sommeil. C’est l’aider à grandir, dans son corps et son âme, et spirituellement. C’est aussi un héritage d’expériences et de valeurs que l’on se transmet d’une génération à l’autre.

Les parents choisissent ensuite de déléguer en partie l’éducation et l’instruction de leur enfant.

Que révèlent nos choix éducatifs et scolaires sur la place que nous donnons à l’enfant ?  Est-il le prolongement de nous-même, ou bien un être à part entière et un futur citoyen de la société dans laquelle nous vivons ?

Vise-t-on l’émancipation, l’affranchissement, de l’enfant, ou le « développement », « l’épanouissement personnel » de l’enfant ?

D’ailleurs, pour éduquer notre enfant, y-a-t-il une méthode ? Laquelle choisir ? Y-a-t-il des « trucs » à connaître ?

L’on peut être tenté de suivre une méthode en vogue, selon la mode du moment, selon l’évolution de la société. Cela aboutira tôt ou tard à l’insécurisation de l’enfant. Or, un enfant insécurisé versera très probablement dans un système tout à fait différent de celui que voulaient les parents.

A partir du moment où l’éducation suit une mode, parce que la mode change, la société change, les valeurs anciennes dépassées, inéluctablement, les parents et les enseignants seront amenés à se contredire .La contradiction dans la famille et à l’école détruit tous les repères de l’enfant. N’ayant plus de repères, ne sachant  plus où se trouve la vérité, l’enfant inventera sa propre vérité à lui tout seul.

D’où la cohérence et la confiance entre parents, entre parents et enfants, entre parents et enseignants/éducateurs. D’où l’importance de bien déléguer, de bien choisir son aide, dans ce soucis de cohérence.

Eduquer : conduire sur un chemin de libération

Il n’y a donc pas de « trucs » mais un principe : L’éducation choisie, préférée, sera alors un chemin vers la libération continue.

Une chose dont les parents doivent se souvenir et le transmettre à leurs enfants, et ce dont les enfants ne doivent jamais oublier non plus :

Les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

Une éducation véritable consiste à se mettre au niveau de l’enfant pour lui enseigner à ne plus rester en Egypte, comme à ne plus retourner en Egypte. L’Egypte, c’est la maison de servitude.

Souvenons-nous : Pharaon avait dit au peuple : « Allez ! Servez le SEIGNEUR, votre Dieu. Mais qui va partir ? Moïse dit : « Nous irons avec nos enfants et nos vieillards, nous irons avec nos fils et nos filles, notre petit et notre gros bétail. Car c’est pour nous un pèlerinage [une fête] en l’honneur du SEIGNEUR. Il leur dit : « Que le SEIGNEUR soit avec vous si je vous laisse partir avec vos enfants ! (…) Ça ne se passera pas ainsi ! Allez donc, vous les hommes, et servez le SEIGNEUR puisque c’est ce que vous cherchez » [mais les enfants resteront ici] cf Exode 10v8-11.

Nous pouvons avoir la liberté de culte, la liberté d’exercer un grand ministère d’évangéliste….mais en laissant nos enfants en Egypte !

Or, les enfants sont sortis d’Egypte avec leurs parents (Ex.10v8-11). Ils ne devront plus y retourner.

L’Egypte, c’est la maison de servitude, c’est « Mitzraïm » ou le pays des étroitesses et des angoisses. La servitude, c’est toute limitation du champ d’actions. La liberté, à l’inverse, est la possibilité d’actions, « un champ ouvert », l’aptitude à vouloir, être et faire.

Les parents ont fait l’expérience de la servitude en Egypte. Dieu les préparait en réalité pour les rendre aptes à Le servir, pour un service intelligent et spirituel. En effet, celui qui est habitué à faire tout ce qu’il veut, « comme il aime » (et « s’il n’aime pas, il ne fait pas »), aura du mal à servir Dieu et à obéir à ses commandements.

Les parents ont également fait l’expérience de leur libération par Dieu. Mais le jour de leur sortie d’Egypte, le peuple n’était pas totalement libre. Ils pensaient avoir le temps de voir leur pâte fermenter, mais Pharaon les mit dehors. Pourquoi Dieu permit-il que Pharaon les chasse sans leur laisser le choix ? Parce qu’étant esclaves, ils n’avaient pas l’habitude de prendre des décisions par eux-mêmes. Si Pharaon leur avait donné le choix de partir ou de rester, beaucoup d’entre eux auraient eu du mal à se décider. Si Dieu n’avait pas fait sortir le peuple d’Egypte, ce dernier aurait été encore esclave, ainsi que les enfants et les petits-enfants, à Pharaon en Egypte.

Une éducation véritable consiste à enseigner à ne plus rester en Egypte, comme à ne plus retourner en Egypte.

Par la suite, le peuple a appris à vivre la vraie liberté.

Dieu leur a donné les 10 commandements, les 10 Paroles. Il est intéressant de constater que la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est justement le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Suivent ensuite les commandements de Dieu à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des « Paroles » de Dieu comme étant précédé par la libération : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, « tu n’auras pas d’autres dieux face à moi »…(Ex.20v1-3)

Les parents ont ainsi à donner un exemple d’une vie libérée, eux qui ont été libérés par Dieu, pour lui appartenir en propre et être libres de Le servir (= le culte spirituel).

L’Education = « loi et évangile » en ce qu’elle est exigence et promesse, recadrage et encouragement.

L’éducation est cet apprentissage, non pas tant de la liberté, mais de la libération, marche dynamique,  dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, dont le nom Yéshouah signifie « Dieu sauve, Dieu élargit » : élargissement des champs du possible, passage de la servitude amère de l’esclave au service d’amour du fils.

Servir Dieu n’a rien à voir avec le fait de suivre aveuglément les ordres de son propriétaire, qui décide de tout à sa place, comme pour un animal. Dieu donne la vraie liberté en apprenant à bien choisir : « voici devant toi la vie et le bien, la mort et le mal, et tu choisiras la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Deut.30v15-19).

La liberté véritable, on l’a vu avec Dieu, est de décider de ne pas faire tout ce que l’on peut faire.

Ainsi, l’éducation vise à conduire l’enfant à comprendre qu’il n’est pas tout puissant, qu’il n’est pas le centre du monde, et à renoncer de lui-même à l’illusion de la toute-puissance. Elle fait passer de l’égocentrisme à l’ouverture à l’autre, à l’amour : « tu aimeras l’Eternel ton Dieu et ton prochain, comme toi-même ».

L’enfant n’est pas le centre du monde, et pas le centre de la famille.

Celui qui est à la première place, pour le parent = Dieu

Celui qui a la seconde place = le mari/l’épouse

Celui qui a la troisième place = l’enfant, qui, d’ailleurs, devra « sortir » un jour.

Il est déjà « sorti » du ventre de sa mère, comme le peuple « est sorti » du ventre confortable de l’Egypte (où l’on décide de tout pour vous). La sortie fut une naissance, la naissance d’un peuple et d’une destinée, dans le but de « porter une annonce », c’est-à-dire, pour servir Dieu, être un peuple de témoins de Dieu, pour proclamer et affirmer la bonne nouvelle : « le règne de Dieu s’est approché ».  

De même, l’enfant devra sortir du giron familial pour entrer dans sa destinée : S’attacher à Jésus, Son Seigneur et le suivre, le servir ; être une lumière pour d’autres. Nous voulons tous cela pour nos enfants.

« Telles des flèches aux mains d’un guerrier, tels sont les fils de votre jeunesse. Heureux l’homme qui en a rempli son carquois ! », avons-nous lu dans le psaume 127.

Mais si les fils sont « des flèches », les parents sont « des arcs ». Les parents sont des arcs par qui leurs enfants, tels des flèches vivantes, sont projetés pour atteindre leur but, le but de Dieu pour leur vie.

Ayons la pensée de Dieu, pour discerner, avec joie, le but de Dieu pour leur vie.

 

 

 

Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu

« Le baptême de l’Esprit doit produire le fruit du Seigneur, sinon il est vanité ou illusion… » (Adèle Pélaz)

« Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi : je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ». (Matt.3v11).

 

« Si nous n’avons pas le feu de Dieu, notre travail auprès des âmes est sans puissance. Le feu de l’Esprit Saint permet une démonstration de puissance de la part du Seigneur Jésus. Il peut renverser les forteresses de Satan dans les coeurs, convaincre de péché, de justice et de jugement.

Quand l’Esprit de Dieu rayonne sur le front du maître, l’élève comprend, saisit, et met son zèle à appliquer la leçon. Quand l’Esprit illumine le regard du prédicateur, il transfigure celui à qui la vérité se révèle !

Sans l’Esprit, sans ce rayon enflammé, notre vie serait languissante et sans intérêt. Mais si notre travail est traversé par le feu du Seigneur, toutes nos facultés seront renouvelées : l’imagination, la créativité, la foi, la volonté, le zèle…

Le baptême de l’Esprit doit produire le fruit du Seigneur, sinon il est vanité ou illusion. L’Esprit doit couler dans notre coeur et dans nos oeuvres, et le centre en est l’amour des âmes ! »

(Méditation d’Adèle Pélaz – 1850-1940 – IN Fillatre, Louis-Michel. Une année de grâce. Editions diffusion du Cèdre, 2016, p 185)

Un livre écrit pour moi

« Je viens moi-même à toi, ô Dieu, pour faire ta volonté, selon ce qui est écrit à mon sujet dans le saint livre.” Je suis donc concerné par ce que j’y lis !

« Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande,– tu m’as creusé des oreilles pour entendre– tu n’as demandé ni holocauste ni expiation.

Alors j’ai dit : « Voici, je viens avec le rouleau d’un livre écrit pour moi.
Mon Dieu, je veux faire ce qui te plaît, et ta loi est tout au fond de moi. » (Ps.40v7-9)

Telle est ma « portion-harpon » pour la semaine, reçue samedi dernier.

Pourquoi à ce moment ? Le fait que nos amis Juifs s’apprêtent à fêter Chavouot (Célébrant le don de la Torah) du 08 au 10 juin et que nous, chrétiens, fêterons Pentecôte (Célébrant le don du Saint-Esprit) le 09 juin – l’une et l’autre tombant à la même période ! – n’y est sans doute pas étranger.

Dans ce passage du psaume, David s’adresse à Dieu, et nous communique au passage ce qui est important pour ce dernier : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande (….) tu n’as demandé ni holocauste ni expiation » (cfr. Lévitique 1-7),  l’un et l’autre ne pouvant « rendre parfait le cœur de quiconque pratique ce culte » (Hébr.9v9).

Ces sacrifices s’avèrent donc inappropriés (et détournés en fin plutôt que moyen), mais, comme le souligne David en parlant à (de) Dieu, « tu m’as creusé des oreilles pour entendre » (ce qui te plaît).

« Tu m’as creusé des oreilles ». « Creuser » est un verbe qui n’a ce sens qu’ici. Erri de Luca souligne que « ce verbe de David est le verbe avec lequel, dans l’Écriture Sainte, on creuse des puits » [cf Gen. 26:25; Nombres 21:18]. « David est tout simplement en train de dire que les oreilles sont des puits » où l’eau de la révélation [les paroles de Dieu] – se dépose et se garde, sans qu’il s’en perde une seule goutte(1). Une façon poétique de définir l’écoute (ou l’obéissance), laquelle « vaut mieux que les sacrifices » (1 Sam.15v22)

En fin de compte, vu que les sacrifices mentionnés plus haut s’avèrent inappropriés, Dieu ne nous demande donc « rien d’autre » pour « sacrifice » que de « venir » vers lui et de Lui manifester notre disponibilité et notre disposition de cœur (avec ce cœur nouveau) à « faire ce qui (Lui) plaît » (cf Rom.12v1). Une seule offrande. Pas plusieurs.

Dieu nous a « creusé des oreilles » pour l’écouter et Lui obéir, sans doute avec le même doigt qui a écrit les « 10 Paroles » sur les tables de pierre (Ex.31v18 et Deut.9v10)

Mais, selon le psaume 40 et l’alliance nouvelle annoncée en Jérémie 31v31-34 et Ezech.36v26-27, Dieu « dépose » en réalité « ses directives au fond (de nous-mêmes), les inscrivant dans (notre) être » (Jer.31v33 et cf 2 Cor.3v3)

Dans le Nouveau Testament, en Hébreux 10v5-7, nous apprenons que ce psaume 40 a été accompli par le Seigneur Jésus-Christ : « Car le sang des taureaux et des boucs ne pourra jamais enlever les péchés. C’est pourquoi, au moment où il allait entrer dans le monde, le Christ dit à Dieu : « Tu n’as voulu ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pris plaisir ni à des animaux brûlés sur l’autel, ni à des sacrifices pour le pardon des péchés. Alors j’ai dit : “Je viens moi-même à toi, ô Dieu, pour faire ta volonté, selon ce qui est écrit à mon sujet dans le saint livre.”  » Il déclare tout d’abord : « Tu n’as voulu ni sacrifices, ni offrandes, ni animaux brûlés sur l’autel, ni sacrifices pour le pardon des péchés, et tu n’y as pas pris plaisir. » Pourtant, ces sacrifices sont offerts conformément à la loi. Puis il ajoute : « Je viens moi-même pour faire ta volonté. » Il supprime donc les anciens sacrifices et les remplace par le sien. 

Jésus-Christ a fait la volonté de Dieu ; il s’est offert lui-même une fois pour toutes, et c’est ainsi que nous sommes purifiés du péché. Tout prêtre se tient chaque jour debout pour accomplir son service ; il offre souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent cependant jamais enlever les péchés. Le Christ, par contre, a offert un seul sacrifice pour les péchés, et cela pour toujours, puis il s’est assis à la droite de Dieu.  Maintenant, c’est là qu’il attend que Dieu contraigne ses ennemis à lui servir de marchepied. Ainsi, par une seule offrande il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il purifie du péché.

Le Saint-Esprit nous l’atteste également. En effet, il dit tout d’abord : « Voici en quoi consistera l’alliance que je conclurai avec eux après ces jours-là, déclare le Seigneur : J’inscrirai mes instructions dans leur cœur, je les graverai dans leur intelligence. » Puis il ajoute : « Je ne me souviendrai plus de leurs fautes et de leurs péchés. » Or, si les péchés sont pardonnés, il n’est plus nécessaire de présenter une offrande à cet effet ». (Hébr.10v4-18)

C’est là une grâce de Dieu, une faveur imméritée. Mais cette grâce est une « grâce qui coûte », puisqu’elle a coûté le sacrifice de Notre Seigneur à la croix, et parce qu’elle nous coûte notre obéissance.

Comme David et le Seigneur, nous venons nous-même à Dieu, « avec le rouleau d’un livre où il y a quelque chose d’écrit à notre sujet ». C’est ainsi que nous sommes aussi concernés par ce qui est écrit dans la Bible (2).

 

 

 

Notes :

(1)Cf https://www.la-croix.com/Archives/2009-08-13/Dossier.-Entretien-Erri-De-Luca-ecrivain-Je-reste-incapable-de-donner-le-tu-a-la-divinite-_NP_-2009-08-13-351360 et https://messaje-ouest.fr/article/document-temoignage-erri-de-luca

Du même Erri de Luca : « L’écoute est une citerne dans laquelle se déverse une eau de ciel de paroles scandées à gouttes de syllabes (…) l’écoute est un puits qui les garde entières, on peut en prendre là chaque fois sans qu’il en manque une ».Et Il dit. Gallimard. « Du monde entier », 2012, p45)

(2) Ainsi Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien allemand : se trouvant aux Etats-Unis en 1939, il a eu l’impression « d’être obligé de retourner en Europe pour être avec ses frères et sœurs en Allemagne, dans l’opposition contre le régime nazi. Juste avant son retour à l’Europe, il a lu le texte de 2 Timothée 4,21 : « Efforce-toi de venir avant l’hiver. » Dans son cahier personnel, il a noté que ce texte l’accompagnait pendant toute la journée, et il ajoutait : Ce n’est pas un abus de l’Ecriture si je laisse parler cette parole à moi-même ». cf http://lesattestants.fr/wp-content/uploads/2019/02/Lehmk-Attestants-Bible.pdf