La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ?

I Got a Way · Nicolas Jorelle. Bande originale de « La faute à Rousseau », série tv en 8 épisodes diffusée sur France 2 du 17 février au 10 mars 2021. Avec Charlie DUPONT (Benjamin Rousseau), Anny DUPEREY (Eva Rousseau), Samira LACHHAB (Stéphanie Garnier), Louis DUNETON (Théo Rousseau), Esther VALDING (Emma)….

« La philosophie m’a rapproché de Dieu ».

C’est le titre d’un article que l’on peut lire sur le blogue jeunesse « La Rebellution »(1). L’auteur nous explique que la philosophie lui a apporté « des réponses à (ses) doutes et à (ses) questions » ; elle lui a permis « de mieux connaître », « adorer » et « aimer Dieu encore plus ». Gloire à Dieu ?

En vérité, son argumentation en 3 points, que j’ai trouvée peu convaincante, m’incite à poser la question…philosophique du jour : 

« La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ? » Vous avez cinq heures pour plancher !

« Qu’est-ce que la philosophie ? » C’est une première question à poser.

La philosophie, c’est « l’amour de la sagesse », qu’elle ne promet jamais d’atteindre ; philosopher, c’est « déconstruire » : débutant par l’étonnement, cette discipline spéculative est l’art de questionner et de problématiser sans cesse sur le monde, la connaissance et l’existence humaine.

De fait, loin d’apporter « des réponses » ou « LA » réponse définitive à nos doutes et à nos questions, ou à nous enseigner « un art de vivre » comme les « gourous » du développement personnel, la démarche philosophique véritable est à mille lieux de l’usage dogmatique de la réflexion, ou elle n’est pas. C’est un libre exercice de la pensée. Et le principe philosophique consiste à ne jamais cesser de dialoguer, ce qui est d’une certaine manière « biblique », puisque Dieu souhaite que le dialogue entre Lui et les humains ne s’arrête jamais et reprenne là où il s’est arrêté.

De même, le « vrai philosophe » est celui qui innove, inventant et forgeant des concepts susceptibles de donner un sens nouveau aux choses.  On ne doit pas le confondre avec « le moraliste », « l’érudit » ou « l’essayiste » [ce que sont certains « philosophes » médiatiques d’aujourd’hui],  qui ne font que synthétiser des idées élaborées avant eux ou en dehors d’eux, ou prétendant apporter des « recettes » de vie éthique. 

La philosophie est donc utile, et peut être passionnante, à condition de l’utiliser à bon escient, en étant conscient de ses limites et de sa finalité réelle.

Un chrétien, qui souhaite s’adonner à cette démarche spéculative, de réflexion critique, a normalement pour repère cet avertissement de l’apôtre Jean dans sa deuxième lettre : « Quiconque va trop avant [ou plus loin] et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu » (v9)

L’on reconnaîtra alors « le sage » comme celui qui « connaît ses limites », à l’instar de Job, dans le livre biblique éponyme : celui-ci réplique à ses amis venus « le consoler », mais ne parvenant qu’à l’accabler, « tout cela, je l’ai vu de mes yeux, mes oreilles l’ont entendu, et j’ai compris. Tout ce que vous savez, je le sais aussi, je ne suis pas plus bête que vous ».(Job 13v1-2). Mais face à Dieu….qui ne lui apportera d’ailleurs aucune réponse à ses questions, il ne peut que reconnaître : « Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises (…) Eh oui ! j’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. « Ecoute-moi », disais-je, « à moi la parole, je vais t’interroger et tu m’instruiras. » Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t’ont vu. Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre » (Job 42v1-6).

Mais la leçon ne s’arrête pas là : A la fin du livre, souligne l’écrivain napolitain Erri de Luca(2), Dieu reproche aux amis de Job de ne pas avoir parlé de lui « correctement », comme son « serviteur Job » (Job 42v7). Eux qui, pourtant, ont développé une vaste théologie, avec des concepts élaborés sur Dieu ! Les amis de Job ont offensé Dieu, car ils ne se sont pas adressé à Lui en tant que croyants, ou pour intercéder en faveur de leur ami souffrant dans l’épreuve, mais ont parlé de Dieu à la troisième personne, comme des avocats défendant un de leurs clients, se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine « orthodoxie ».

En revanche, Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire, a parlé correctement, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Et le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres [par exemple, les philosophes]. Ceux qui ne croient pas peuvent certes parler de Dieu, mais gardent la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation(2).

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

Ce n’est donc pas lire « de la bonne philosophie » [parce que les auteurs seraient « chrétiens » – certains sont influencés par Platon ou Aristote] nous parlant de Dieu, qui nous ramènera « forcément » à Dieu, pas plus que nous ne saurions prétendre « connaître » Dieu en l’enfermant dans des concepts ou des définitions.

Le chrétien, lecteur de la Bible avant la (« bonne ») philosophie (chrétienne ou non), sait normalement qu’il convient d’être prudent, vu que pour cette « sagesse » qui prétend embrasser par l’intelligence et la raison la totalité du réel, « la croix (de Christ) est une folie », mais pour « ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.

Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.(…..) Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages (….)afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur ».(1 Cor.1v18-31), Lui qui « est la vérité » et en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance »

Voir aussi 1 Cor.2 v1-9

Voir aussi, sur le même sujet, cette réponse du « répondant » sur le site « 1001 questions ».

Notes :

(1) Voir https://www.larebellution.com/2021/03/24/la-philosophie-ma-rapproche-de-dieu/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/22/croire-se-conjugue-au-participe-present/

« Baise ton prochain » ou les origines occultées et refoulées du capitalisme

« Baise ton prochain » ou « le premier commandement » d’un système économique.
(Source image : première de couverture de l’ouvrage de Dany-Robert Dufour)

Et si l’esprit du capitalisme n’était pas le puritanisme, mais au contraire l’hédonisme ? C’est ce qu’estime le philosophe Dany-Robert Dufour, auteur de « Baise ton prochain : une histoire souterraine du capitalisme » (Actes sud, 2019), un titre cru et cash pour un essai(1) qui nous propose de lever le voile sur les fondements idéologiques (et le « premier commandement ») d’un système économique qui l’est tout autant.

Vous connaissez le « Da Vinci Code », thriller qui raconte l’histoire d’un secret censé être gardé, faute de quoi les fondements de la civilisation occidentale seraient ébranlés ? Voici le « Mandeville Code », ou les « Recherches sur l’origine de la vertu morale » (1714) de Bernard Mandeville(2), livre occulté et refoulé qui apparaît comme « le logiciel caché » du capitalisme, un régime qui domine aujourd’hui entièrement le monde. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’un texte fondateur qui a réellement existé et dont les idées ont infusé toute la pensée économique libérale moderne, d’Adam Smith à Friedrich Hayek, en passant par Ayn Rand.

Bernard Mandeville (1670-1733), héritier d’une famille de médecins d’origine française, est né à Rotterdam en 1670. Il a suivi ses études à Leyde et obtenu son doctorat en philosophie en 1689 et son diplôme de médecine en 1691. Il est ensuite parti s’installer à Londres où il s’est fait connaître comme “médecin de l’âme” (cad “psy”).

A l’aube de la première révolution industrielle, en 1714, Bernard Mandeville écrit à Londres un court libelle sulfureux de 24 000 caractères (soit une douzaine de pages) intitulé « Enquiry into the Origin of Moral Virtue » (« Recherches sur les origines de la vertu morale »), en complément de sa fameuse « Fable des abeilles »(2), « le ruche riche », dont la morale se résume à « les vices privés font les vertus publiques ».

Dany-Robert Dufour a déjà longuement commenté la fable, notamment lorsqu’il a édité cinq textes de Mandeville, en 2017, précédés d’une longue présentation consacrée à sa biographie, sa pensée et sa réception. C’est à l’occasion des recherches approfondies alors entreprises qu’il découvre « les Recherches sur les origines de la vertu morale », au contenu littéralement explosif.

De quoi s’agit-il ?

Le plus beau mensonge que le Mandevil(le) tente de nous faire avaler : l’élection des « pires d’entre nous » serait, en réalité, le véritable « plan de Dieu » pour atteindre le paradis sur Terre et « libérer les richesses de c’pays » !
(Montage publié en 2016 sur ifunny.co)

Le mot d’ordre de Mandeville dans ce libelle est : « Fini l’amour du prochain ! Il confier le destin du monde aux pervers. » Pourquoi ? Parce qu’ils veulent « toujours plus plus plus » et n’hésiteront pas à s’enrichir pour leur propre compte, par tous les moyens. En faisant valoir leur pulsion d’avidité, ils seront utiles à toute la société. Car cela finira bien par ruisseler sur le reste de la population. Les pervers, pour Mandeville, sortiront le monde de son état de rareté et le mèneront à l’abondance. De là l’annonce de ce nouvel – ou de cet autre – « évangile » selon Mandeville : l’élection des « pires d’entre tous » serait, en réalité, le véritable « plan de Dieu » [Lequel serait « au contrôle » ?] pour atteindre ce paradis sur Terre !

Une idée qui fonde la théorie du « ruissellement », le « trickle down theory » (« les riches doivent devenir plus riches pour que les pauvres bénéficient des miettes »), et qui me rappelle la théologie dite « de la prospérité »(3).

Ceci dit, en dépit de son message visionnaire, ce libelle, « Les Recherches sur les origines de la vertu morale », est aujourd’hui complètement (ou presque) oublié.

En témoigne une recherche de Dany-Robert Dufour via Google Books, qui permet en effet de savoir combien de livres anciens ou modernes contiennent au moins une fois, en titre ou dans le texte, une occurrence précise. La requête (traitée en 0,84 seconde) révèle donc que 753 livres contiennent l’occurrence « Recherches sur l’origine de la vertu morale », associée au nom de “Mandeville”, ce qui est très peu. En comparaison, un autre écrit du XVIIIe siècle appartenant au même champ de pensée, par exemple Du contrat social de Rousseau, se trouve mentionné dans 146000 ouvrages. En somme, pour deux cents ouvrages mentionnant le texte de Rousseau, il n’en existe qu’un évoquant celui de Mandeville ! Le texte de Mandeville a donc occupé les esprits savants “deux cent fois moins” que celui de Rousseau !

Texte enfoui, donc. Mais surtout “occulté”, et même “refoulé” plusieurs fois :

Une première fois, parce que ses livres étaient tellement sulfureux qu’ils finirent, dès la seconde édition de 1723, au bûcher. Ses écrits furent considérés comme pernicieux et diaboliques, et condamnés par le “Grand Jury du Middlesex” en 1723, puis, après leur traduction en français en 1740, mis à l’index et brûlés à Paris par le bourreau en 1745. Pour couronner le tout, Mandeville devint « Man Devil », « l’homme du Diable ». Ce fut le plus grand scandale philosophique de l’Europe des Lumières. 

Il est clair que cet ensemble de thèses ne devait surtout pas être dévoilé au grand public car il divulgue la manipulation dont devait être victime le plus grand nombre.

Il en résulta un deuxièmement refoulement hors de la pensée légitime des œuvres de Mandeville, parce que ces écrits énoncent ce qui a été considéré comme une horreur morale, une vérité sur l’homme que l’homme ne veut pas entendre. 

Et c’est bien l’accès à une vérité encore jamais dite, in―ouïe auparavant, que promet le texte de Mandeville. Sauf que, pour y accéder, il faut passer par-delà ce que nous ne sommes pas prêts à entendre. Cet enseignement est donc réservé à un petit nombre d’hommes affranchis des préjugés moraux du commun et appelés en conséquence à tisser ensemble un puissant réseau ésotérique.

Parmi les contributeurs de ce refoulement, citons Adam Smith (1723-1790) qui fera « du Mandeville sans Mandeville » pour rendre ses idées présentables, tout en dénonçant son oeuvre comme « licencieuse », et bannissant le mot « vice » pour le remplacer par celui de « self love », plus neutre. Dans « la Théorie des sentiments moraux » (1759), il privilégie la notion de sympathie sans jamais dire comment cela se combine avec l’égoïsme impliqué par le self love(4). 

Plus d’un siècle après Smith, cette occultation sera parachevée par Max Weber, dans son fameux « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » (1904-1905, puis 1920). Le sociologue voyait l’origine du capitalisme dans l’éthique protestante, puritaine et ascétique, dans la mesure où les protestants pouvaient accumuler et devaient ne pas dépenser. Cette accumulation aurait permis le lancement du capitalisme. Or, l’examen des nombreuses sources de l’analyse de Max Weber nous révèle que le sociologue avait complément occulté Mandeville lors de ses enquêtes sur les courants protestants à partir du XVIIe siècle (calvinisme, piétisme, méthodisme et baptisme). Mandeville, pourtant un auteur majeur qui affichait son calvinisme et qui permet de remettre totalement en question la thèse de Max Weber(5) : ce n’est pas la vertu, mais le vice qui se trouve à l’origine du capitalisme(6).

« La théorie du Ruissellement expliquée par les chiens ». Dessin de Nicolas de la Casinière. Paru dans CQFD n°159 (novembre 2017), rubrique « Chien méchant ».

Trois siècles plus tard, le plan de Mandeville a réussi : en 2000, le monde est globalement 100 fois plus riche que celui de 1700. À ceci près que « le ruissellement » aurait tendance à couler à l’envers : les 1 % d’individus les plus riches possèdent désormais autant que les 99 % restants. D’autre part, pour que le Marché marche, il faut que tout ce qui peut être exploité le soit sans aucune retenue, avec pour résultat manifeste : un monde, réduit à n’être plus qu’un immense complexe de ressources à exploiter de façon rationnelle et industrielle, peu à peu sali et détruit irrémédiablement. Tel est le prix à payer de ce pacte avec le « Man Devil(le) ! Et le mensonge que « le malin » veut nous faire avaler !

 « Baise ton prochain », ce « premier commandement » de cet « Evangile » contraste de manière frappante avec « Fratelli tutti » (« Tous Frères »), la dernière encyclique du Pape François (octobre 2020), invitant à transcender « un monde de partenaires » pour mettre la fraternité en tête de nos priorités. En effet, constate le Pape, « dans dans un monde où apparaissent et grandissent constamment des groupes sociaux qui s’accrochent à une identité qui les sépare des autres », « la possibilité de se faire prochain est exclue, sauf de celui par qui on est assuré d’obtenir des avantages personnels. Ainsi le terme ‘‘prochain’’ perd tout son sens, et seul le mot ‘‘partenaire’’, l’associé pour des intérêts déterminés, a du sens« (7).  Le Pontife y affirme encore que “le marché à lui seul ne résout pas tout, même si, une fois encore, l’on veut nous faire croire à ce dogme de foi néolibéral. Il s’agit là d’une pensée pauvre, répétitive, qui propose toujours les mêmes recettes face à tous les défis qui se présentent”,  ajoutant que “le prétendu ruissellement ne résorbe pas l’inégalité, qu’il est la source de nouvelles formes de violence qui menacent le tissu social” (& 86). Encyclique à lire dans son intégralité ici.

Les chrétiens Protestants-Evangéliques, du moins ceux qui sont « solidement bibliques », savent normalement que « la cupidité est une idolâtrie », que les passions provoquent les conflits, que « greed is not good »(8), et que « l’autre Evangile » selon le Mandevil(le) ne saurait être celui de Jésus-Christ. Et encore moins « le plan de Dieu » ! Les chrétiens Evangéliques seront-ils « les premiers dans les bonnes oeuvres » pour sortir de cette forme perverse de civilisation, et témoigner à quel point l’Eglise est une éthique sociale ?

 

Notes :

(1) Lire les 20 premières pages de « Baise ton prochain » de Dany-Robert et voir la présentation de l’ouvrage par l’auteur, le 11 février 2020 dans le cadre des mardis de l’IEA, cycle de conférences oganisé par l’Institut d’Etudes Avancées, se déroulant au Lieu Unique à  Nantes. A lire également, cette autre présentation du livre ici.

(2) Lire la Fable des abeilles, suivie de Recherche sur l’origine de la vertu morale, de Mandeville

(3) Voir notre présentation de ce documentaire sur le sujet.

(4) Il est édifiant d’apprendre que c’est la lecture d’Adam Smith en 1838 qui aurait profondément influencé Darwin, lequel aurait tiré les idées de base de sa théorie de l’évolution de l’économique (cf https://www.contrepoints.org/2019/10/22/356218-charles-darwin-chainon-manquant-de-leconomie-politique)

(5) Thèse de Max Weber par ailleurs remise en question par les théologiens, les historiens et les sociologues aujourd’hui.

(6) Lire Dany-Robert Dufour : “Le vice, et non la vertu, est à l’origine du capitalisme” IN Marianne Magazine, 15 Nov 2019. Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire.

(7) Dans un tel schéma de pensée, une certaine théologie de la prospérité dénoncée plus haut, basée sur un mauvais calvinisme”(ou un calvinisme mal compris), et revisitée à l’heure du capitalisme outrancier, devient un opportunisme pour les croyants, où Dieu devient un simple associé, un banquier, « un partenaire » qui doit faire prospérer mes affaires.

(8) Dans une scène d’anthologie du film « Wall Street » d’Oliver Stone (1987), Gordon Gekko (joué par Michael Douglas) affirmait sans ambages que « la voracité est utile, l’avidité est bonne, la faim est un moteur ». Greed is good et sauvera les États-Unis ! [Du Mandeville dans le texte !] Cette scène, on le sait, est devenue mythique dans les années qui ont suivi, dans les milieux bancaires et d’affaires et dans les salles de cours des business schools. Alors que le film se voulait une critique de cette « culture de la voracité » et de son affirmation décomplexée dans l’Amérique des années Reagan, il en est devenu le symbole même – un peu comme Le Parrain et Al Pacino ont été appropriés par la mafia et lui ont servi en retour de modèles.

Dans une prestation télévisuelle presque aussi mythique que celle de Michael Douglas, l’économiste Milton Friedman présentait, en 1979, l’avidité comme l’expression d’une loi naturelle, celle de la maximisation de l’intérêt personnel – qu’il définissait comme le moteur de l’histoire humaine.
Suite à la pensée d’Adam Smith, « l’École de Chicago » (en économie) propose alors un programme théorique à la trilogie simple mais efficace – la seule responsabilité légitime du manager est de servir la maximisation de la valeur pour ses actionnaires, les marchés s’autorégulent et la main invisible transforme la somme de tous les égoïsmes individuels en intérêt général.  Dans les années qui suivront, cette trilogie théorique en viendra à progressivement structurer le contenu de la formation dans les départements d’économie et dans les écoles de commerce (à travers la théorie de l’agence entre autres).
(Source : cet article publié sur The Conversation)

 

Eduquer à l’image, c’est éduquer au discours

« Le film, on en discute (…)en général, le cinéma demande une élaboration après coup, donc un retour au discours, ne serait-ce qu’une brève discussion avec ses amis… »
Affiche du film de Ken Loach, (2014)

Quel regard chrétien sur le cinéma ?

Pour Vincent Miéville, dans un article sur le sujet publié sur Point Théo, il y a un impératif théologique et missiologique de dialoguer avec la culture*, et en particulier le cinéma.

*En particulier à la pop culture, souligne Vincent Miéville, dont le cinéma et les séries sont un aspect essentiel. « C’est elle qui imprègne le quotidien des gens, qui reflète les préoccupations et les mentalités de l’époque. Si nous voulons être pertinents dans notre annonce de l’Évangile, nous devons apprendre à lire la culture populaire ».

Pour qu’un tel dialogue soit fécond, il conviendrait alors « d’accueillir le film tel qu’il se présente à nous et non à partir de nos présupposés théologiques ou éthiques, au risque de les projeter artificiellement sur le film ».

Ainsi, « voir un film, c’est d’abord vivre une expérience, dans laquelle on s’identifie à tel ou tel personnage, on est touché par une scène ou une histoire qui entre en résonance avec notre expérience ou nos préoccupations. Il faut ensuite prendre du recul et réfléchir sur cette expérience, analyser le film. Mais d’abord en privilégiant une approche esthétique. Il s’agira, ensuite seulement, d’aller au-delà de l’expérience et de l’analyse, mais en les prenant tout de même en compte pour rendre justice au film lui-même et à l’expérience qu’il procure. On pourra alors chercher à nouer un dialogue entre le film et notre expérience chrétienne et/ou nos convictions de foi. Cela implique, bien-sûr, d’assumer qu’une œuvre d’art puisse être un vecteur de révélation de Dieu, en vertu de la révélation générale et de la grâce commune, et cela indépendamment même des intentions de l’artiste ».

Néanmoins, « dialoguer avec » le cinéma, n’est-ce pas courir le risque de « dialoguer avec le menteur », sachant qu’il n’y a pas plus menteur que le cinéma ?

Voici quelques citations d’experts sur le cinéma : 

« Un acteur est un menteur autorisé, mais c’est un menteur ». Sacha Guitry.

« Le cinéma est un hymne au mensonge fondé sur la croyance que les êtres humains sont réductibles à une projection sur deux dimensions ». Bernard Arcand

« Le cinéma ne dit pas autrement les choses, il dit autre chose ». Eric Rohmer

Et le documentaire n’est pas non « la vraie vie », sous prétexte qu’il ne s’agirait pas de fiction : c’est une construction, une mise en scène du réel.

Pour Kafka, qui fréquentait les salles obscures tous les après-midi, le cinéma est « un jouet magnifique. Mais je ne le supporte pas, peut-être parce que je suis trop visuel. Je suis un de ces êtres chez qui prime la vue. Or le cinéma perturbe la vision. La rapidité des mouvements et la succession précipitée des images vous condamnent à une vision superficielle de façon continue. Ce n’est pas le regard qui saisit les images, ce sont elles qui saisissent le regard. Elles submergent la conscience. Le cinéma contraint l’œil à endosser un uniforme, alors que jusqu’ici il était nu (…)Les films sont des volets de fer ». Puis apprenant qu’une salle de cinéma, à Prague, dans le quartier ouvrier de Zizkov, s’appelle « Cinéma des Aveugles » (la salle, une ancienne grange sommairement aménagée, restait propriété d’une Association d’aide aux aveugles), Kakfa eut un éclat de rire : « Cinéma des Aveugles ! Tous les cinémas devraient s’appeler comme ça. Ces bandes tressautantes ont pour seul effet de nous brouiller le monde réel » (1)

Enfin, il compare Charlie Chaplin à « un prothésiste dentaire (qui) fabrique de fausses dents (…)des prothèses de l’imagination. Ce sont ses films. C’est en général cela, le cinéma »(2).

S’interroger sur « notre regard chrétien » sur le cinéma est effectivement fondamental, d’autant plus que notre société (du spectacle ?) souffre terriblement de ce mal moderne qu’est l’indifférence, ou « l’incapacité de distinguer les différences », comme le définit Erri de Luca. Ce « trouble de la perception (empêche) de distinguer la différence entre réalité et mise en scène. On assiste, inerte, à un acte de violence, à un malheur, car on croit assister gratis à une représentation où l’on est tenu d’agir en spectateur. On n’a jamais vu personne dans le public sauter sur scène pour empêcher Othello de tuer Desdémone. Celui qui se croit spectateur profite du spectacle.

L’indifférence est un dérangement opposé à celui de Don Quichotte qui s’immisçait dans les affaires et les malheurs des autres. Lui aussi distinguait mal la réalité, souffrant pourtant d’interventionnisme extrême. Il fait même irruption dans un théâtre de marionnettes, saccageant les pantins qu’il prend pour ses ennemis. Il confond spectacle et réalité, il ne se contente jamais d’être spectateur. En écoutant les nouvelles télévisées, il faudrait se rincer les yeux avec le collyre fébrile de Don Quichotte. Se sentir un peu moins spectateur, un peu moins membre d’une « audience », un peu plus membre d’une chevalerie errante, erronée et irritable. » (3)

Et un peu moins captivé par le spectaculaire [de « spectare », « regarder »], comme en Eden, où le voir du serpent a primé sur le croire de Dieu ?

Ceci dit, il convient de ne pas se contenter d’une simple « éducation à l’image » pour privilégier « une éducation au discours« , comme nous y invite le philosophe Dany-Robert Dufour(4).

« L’éducation aux médias, c’est en fait arriver à parler de ce qu’on a vu. Comment on a été affecté par l’image. Comment ça fonctionne. Transmettre la capacité de voir des images, de sortir du « J’aime bien » ou « J’aime pas ». Parler du travail de l’image pour dépasser le ponctuel, l’expression du ressenti. Alors que dans toute l’histoire, les images étaient parlées. Même les images pour illettrés comme l’iconographie des églises. Ces images, ces scènes, les gens en connaissaient le texte, l’histoire, les prières qui les accompagnaient. Au cinéma l’image est élaborée. Elle pose un problème à celui qui la voit. Et à la sortie, il faut avoir élucidé ce problème. Il y a un après. Le film, on en discute. Sauf dans le cinéma sans auteur, où tout est prévisible, où il n’y a que des effets spéciaux qui redoublent les fantasmes de puissance du spectateur. Mais en général le cinéma demande une élaboration après coup, donc un retour au discours, ne serait-ce qu’une brève discussion avec ses amis, discussion qui oblige à justifier son point de vue, donc à entrer dans le discours »(5).

 

 

Notes :

(1) Gustav Janouch, Conversations avec Kafka (1951), trad. Bernard Lortholary, Paris, Maurice Nadeau, 1978, cité par Hanns Zichler, Kafka va au cinéma, Paris, Cahiers du cinéma, 1996, p. 10-11.

(2) Gustav Janouch, Conversations avec Kafka, p 159.

(3) Voir notre article « ce trouble de la perception appelé indifférence ».

(4) Voir son parcours

(5) Voir cette rencontre avec Dany-Robert Dufour sur le blogue de Michel Gheude à propos de « Télévision : il faut des mots pour apaiser l’image ».  Voir aussi Dufour Dany-Robert, « Télévision, école et fonction symbolique »Le Télémaque, 2002/2 (n° 22), p. 35-50.

 

La vraie jouissance

« Plaire à Dieu », c’est simple comme un verre d’eau ! (Source image : public domain pictures)

« Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes…. » (Ps.51v16)

« Discernez ce qui plaît au Seigneur » (Eph.5v10)

« La vraie jouissance n’est pas dans ce dont nous jouissons, mais dans l’idée que nous nous en faisons. Si j’avais pour me servir un esprit obséquieux qui m’apporte, quand je lui demande un verre d’eau, une coupe remplie d’un délicieux mélange de tous les vins les plus rares du monde, je le mettrais à la porte, jusqu’à ce qu’il apprenne que la vraie jouissance n’est pas dans ce dont je jouis, mais dans ma volonté exaucée. » (Kierkegaard. Ou bien…Ou bien…. Gallimard, 1943, p 27)

« Ma nourriture », dit Jésus, «  c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4v34)

Ma Quête, de Josef Ben-Eliezer

Un encouragement à chercher et à trouver « au bon endroit »

Ce petit livre est « à l’honneur » sur le site de la librairie Jean Calvin, de Paris. C’est ce qui m’a d’abord intrigué. Une discussion avec l’un des libraires – passionné par l’ouvrage – a fini par me convaincre de l’intérêt historique et existentiel de cette « quête » de Josef Ben-Eliezer (1929-2013).

Diogène cherchait un homme. Josef, lui, cherchait « la fraternité (…) une réponse à la souffrance de l’humanité ». Il la cherchait même « ardemment », prêt à donner sa vie pour une telle cause : « J’ai un grand désir d’éprouver une fois dans ma vie, dans mon cœur, la réponse à la souffrance la plus profond de l’humanité. Quand bien même je ne vivrais la réponse à cette question qu’un bref instant, cela me suffirait. » (Ma quête, p 108)

« Né en juillet 1929 à Francfort, en Allemagne,  de parents Juifs d’Europe orientale, arrivés quelques années plus tôt de Pologne » (op. cit., p 1), Josef grandit dans un environnement sécurisé. Bientôt, il fut le témoin de l’assaut de la Pologne par l’armée hitlérienne et chercha refuge en Union Soviétique pour être finalement exilé en Sibérie, avec sa famille. Echappant tout juste à la mort de famine et maladies, il fit son chemin en traversant l’Asie du Sud et arriva enfin dans l’Etat d’Israël.  Après l’horreur de l’Holocauste, il était absolument déterminé à se battre pour l’indépendance de sa nouvelle patrie. Mais en tant que soldat, l’inhumanité de la guerre continuait à le poursuivre ainsi que la question suivante : « Pourquoi est-ce que les hommes et les femmes ne peuvent pas vivre ensemble dans la paix ? » Sa soif de justice le conduit à fréquenter divers groupes marxistes. Il trouvera finalement les réponses à ses questions dans un contexte inattendu……

Un témoignage aux allures de roman d’aventure, sauf qu’il s’agit du récit authentique d’une quête de toute une vie : une quête de justice, (de fraternité) et de paix, toujours essentielle et encore d’actualité. Car sans justice, pas de paix.

Court et percutant, accessible dès l’adolescence, ce récit est un encouragement pour chacun à chercher et à persévérer dans sa propre « quête » existentielle, particulièrement à une époque où l’on ne va pas plus loin, si l’objet de notre recherche n’est pas à portée de main.

Ce récit est aussi un encouragement à chercher « au bon endroit », et surtout à trouver. Car « la quête (perpétuelle) pour la quête » n’est pas un moteur suffisant. Toute quête a un but, qui peut être atteint.

Dans le cas de Josef, cet athée rebelle à tout engagement dans la foi, a fait plus que vivre une expérience « de conversion religieuse ». Il a surtout découvert un nouveau centre de vie : « Jésus et son enseignement simple mais radical sur le Royaume de Dieu. Affranchi de la recherche désespérée qui le consumait, c’était désormais son enthousiasme pour une cause qui le dépassait qui le faisait avancer. » (op.cit., p 110),

 

En bref :

Ma Quête, de Josef Ben-Eliezer. Plough Publishing House, 2015.

Se le procurer chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

 

La philosophie pour les Nuls : « en éthique, une question, beaucoup de réponses »

[« Piqué » sur le compte twitter de Foi & vie, la revue protestante de culture, publié le 16/10/19. Né le 06 décembre 1980, Simon Butticaz est professeur ordinaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne. Il collabore à l’enseignement ainsi qu’à la recherche en Nouveau Testament et traditions chrétiennes anciennes au sein de l’Institut romand des sciences bibliques (IRSB), dont il est l’actuel Directeur]

Le Livre nécessaire

Le Livre nécessaire, ni plus, ni moins….

Au hasard d’une de ses déambulations, un personnage d’écrivain du roman « le scorpion ou la confession imaginaire » d’Albert Memmi tombe sur « un livre relié en cuir doré, 1708, et par privilège du Roy », dont le titre lui donne un « coup au coeur : le livre nécessaire, ni plus ni moins ». Sans discuter, il paye « le prix demandé par le brocanteur, beaucoup trop élevé, sûrement un prix de marchandage, et (l’emporte) comme un voleur ». Et, raconte-t-il, « j’étais si troublé que je me refusai à l’ouvrir, pendant tout le trajet du retour, avant de me trouver entre les quatre murs de ma chambre : mon dépit fut à la hauteur de mon émotion :

C’était un livre de comptes ! Livre nécessaire pour les comptables, notaires, procureurs, négociants, trésoriers ou caissiers, et généralement à toute sorte de conditions, parce qu’en toute sorte de conditions, on est sujet à emprunter ou à prêter de l’argent à intérêt….. Il ne contenait rien d’autre que des colonnes de chiffres, tout le long de toute ses pages, que je vérifiai l’une après l’autre, jusqu’à ce que ma déception me l’eût fait rageusement jeter sur ma table.

Mais il y est encore, comme un rappel. Après tout, l’auteur n’avait pas tort : c’est peut-être le seul genre de livre indiscutablement nécessaire (…)

C’est vrai que j’avais cru découvrir ma solution dans la littérature, et c’est vrai que j’avais ainsi esquivé les questions les plus terrifiantes. Pourquoi suis-je ce que je suis ? Pourquoi ce monde ? Pourquoi vivre ?…C’était cela que vivait le jeune homme devant moi. C’étaient des réponses qu’il était venu chercher, malgré tout, dans une dernière tentative, parce que j’avais été son maître, et parce que je l’avais aidé (!) à formuler ces questions. Que lui répondre (…) ? Il aurait fallu que je réussisse mon LIVRE NECESSAIRE. »

 

(Le Scorpion ou la confession imaginaire, d’Albert Memmi. Gallimard, 1986. Folio, pp 237-238)

Quand un « quand » a retourné la manière de penser d’un penseur (Kierkegaard)

Quand, « comme homme, notre penseur est (devenu) mûr pour la vie.. » (Kierkegaard)
Image : Auguste Rodin, le penseur (1881-1882). Sculpture (bronze). Source : Wikipedia

Toutes choses concourent à notre bien, « quand » nous aimons Dieu [d’après Rom.8v28] : telle est l’une des « pensées qui attaquent dans le dos » de Søren Kierkegaard (1813-1855).

Et ce dernier de nous inviter à imaginer « un homme aux dons intellectuels plus qu’extraordinaires, s’il se peut ». Ce penseur « a scruté la nature de Dieu et reconnu qu’il est amour ; il a étudié ce qui en découle et vu qu’ainsi, le monde doit être le meilleur possible et que toutes choses concourent au bien. Et il a déposé le résultat de ses recherches dans un livre dont on fait la propriété et l’orgueil de toute l’humanité ; il est traduit dans toutes les langues, cité à tout propos par les savants ; les professeurs en font la base de leur enseignement et les prêtres en tirent leurs preuves. Ce penseur a jusqu’alors vécu pour ainsi dire dans l’ignorance du monde, dans un calme favorable et d’ailleurs indispensable à la recherche scientifique.

Un beau jour, il doit prendre une décision, agir dans une circonstance difficile et à un moment critique et cette décision en entraîne une suite d’autres auxquelles il ne s’est pas le moins du monde attendu et qui le jettent avec d’autres dans la misère. Cette situation est le fruit de son action et pourtant, il est convaincu qu’il ne pouvait agir autrement, qu’il n’a agi qu’après le plus scrupuleux examen. Il n’est donc pas ici question d’un malheur, mais bien de sa faute, tout en se sachant innocent. Il est maintenant blessé ; un doute s’éveille en son âme ; il se demande si cette aventure peut également concourir à son bien et ce doute prend tout de suite en lui, qui est penseur, un sens intellectuel : il se demande si Dieu est aussi amour, car chez le croyant, le doute prend une autre direction, celle de la préoccupation de soi. Cependant, le souci prend sur lui un empire croissant ; à la fin, il ne sait plus où il en est. En cet état, il s’adresse à un prêtre qui ne le connaît pas personnellement. Il s’ouvre à lui, attend consolation. Le prêtre, qui est de son temps et quelque peu penseur, veut alors lui prouver que cette aventure doit aussi être la meilleure chose qui ait pu lui arriver et qu’elle doit concourir à son bien, puisque Dieu est amour ; mais il comprend vite qu’il n’est pas capable de soutenir la controverse avec cet inconnu. Et l’homme de Dieu, après quelques vaines tentatives, finit par conclure : vraiment, je ne vois plus qu’un moyen : il y a sur l’amour de Dieu un ouvrage écrit par un tel ; lisez-le, étudiez-le ; s’il ne peut vous tirer d’affaire, personne ne pourra vous aider. Mais l’inconnu lui répond : c’est moi qui suis l’auteur de cet ouvrage.

Ce que notre penseur avait écrit dans son livre était sans doute excellent ; qui oserait en douter et sans doute aussi, ce qu’il avait pensé de Dieu était vrai et profond. Mais il ne s’était pas compris lui-même ; jusqu’alors, il avait vécu dans l’illusion que, une fois prouvé que Dieu est amour, il va de soi que toi et moi le croyons. Comme penseur, il a peut-être eu la foi en très médiocre considération jusqu’à ce que, comme homme, il eût appris à avoir un peu moins de considération pour la pensée, surtout pour la pensée pure.

Il a retourné sa manière de voir [ce qui s’appelle « métanoïa », « conversion »), changé sa méthode. Il n’a pas dit ; Dieu est amour donc toutes choses doivent concourir au bien d’un homme, mais : quand je crois que Dieu est amour, toutes choses concourent à mon bien. Et ce qui a tout retourné à ses yeux, c’est ce quand. Comme homme, notre penseur est désormais mûr pour la vie ; car jusqu’à ce moment, il y avait bien eu en lui quelque chose d’inhumain.

On reçoit tout petit le nom que l’on gardera toute sa vie ; il en est de même de se heurter une fois dans sa vie de façon décisive, éternelle, à ce « quand » et d’en venir ainsi à aimer Dieu….. »

(Kierkegaard, Søren. Toutes choses concourent à notre bien quand nous aimons Dieu IN Pensées qui attaquent dans le dos. Editions Première Parties, 2014, pp 76-79. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, ici ou )

 

 

« L’Europe s’est formée et reformée sur des conflits fondateurs » : Entretien avec Olivier Abel, professeur de philosophie

« Europe peut d’un instant à l’autre découvrir qu’elle n’est accrochée à rien, et sombrer dans les flots« (Olivier Abel).

Aujourd’hui, nous recevons, pour la première fois sur Pep’s café, Olivier Abel, auteur du « Vertige de l’Europe », paru chez Labor et Fides en avril 2019. Qu’il soit remercié pour avoir joué le jeu des questions/réponses. C’est là l’occasion de s’intéresser au passé, au présent et au futur de l’Europe, notre Europe, d’autant plus que les Européens éliront leurs députés au Parlement, du 23 au 26 mai 2019. En France, ces élections aux enjeux majeurs auront lieu le dimanche 26 mai. Les électeurs nationaux se sentent généralement peu concernés (42,61% de taux de participation aux élections européennes de 2014). Pourtant, les politiques et les loi adoptées au niveau européen auront un effet direct sur les cadres légaux nationaux, notamment pour les politiques d’asile et de migration, l’emploi, l’environnement, le libre-échange, l’alimentation, la santé…Mais le scrutin peut aussi, sur fond de montée des extrêmes, avoir de grandes conséquences sur l’avenir de l’Europe et de ses valeurs.

 

Bonjour Olivier, peux-tu te présenter ?

Je suis professeur de philosophie éthique à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier, après avoir enseigné 30 ans à l’Institut Protestant de Théologie de Paris, et auparavant au Tchad et quelques années à Istanbul. Cela fait plus de 40 ans que j’enseigne.

1) Comment justifie-tu « le vertige de l’Europe », ton récent ouvrage (avril 2019) foisonnant d’idées, après « la justification de l’Europe » (ton « essai d’éthique européenne » de 1992) – l’un et l’autre paru chez Labor et Fides ?

Les deux ouvrages sont au fond des « Essais d’éthique européenne », et le second est un approfondissement du premier, mais dans une ambiance incontestablement plus sombre. En trente ans, ce que j’appelais La justification de l’Europe a bien changé. La construction européenne s’est réduite à un système de protections, hérissé d’identités simplistes et noyé par un scepticisme néolibéral qui met tout au format d’opinions équivalentes. L’Europe est sur la défensive, sur tous les fronts, et manque de confiance en elle. Il m’a paru urgent, derrière les émois politiques de surface, de ne pas abandonner la question de l’identité aux identitaires de tout poils, et de reprendre la question de fond : qui sommes nous ? D’où venons nous ? Impossible de lever les yeux vers là où nous voulons aller sans revenir, et nous interroger sur le pourquoi en sommes nous là, pourquoi rester ensemble.. Bref quelles sont nos affirmations, nos approbations, nos orientations profondes. Le vertige de l’Europe déplore une construction européenne qui a supposé une sorte d’union, sinon de communion, qui en fait ne sont l’objet d’aucune attention, d’aucun soin, d’aucun travail sur nos conflits, et qui ne sont finalement rien : elle s’est construite sur un vide. On marche mal sur le vide !

2) Comment et pourquoi s’est effectué ce choix du tableau de Félix Valloton (1908), lequel traduit un déséquilibre et un malaise certain, et dont la composition rappelle celle du Titien en 1562, en guise d’illustration de couverture de ton livre ? 

Tu as raison, chaque figure renvoie à une histoire des figurations semblables. Il y a d’abord que j’aime Felix Valloton, sa perception des choses et que cette figure de la jeune Europe accrochée aux cornes de son Zeus de taureau est belle, qu’elle donne à penser. D’abord Europe vient d’ailleurs, sa provenance n’est pas autochtone, c’est un point important pour l’identité — et le rejet de la culture biblique dans la culture européenne actuelle est comme un déni de cela. Ensuite elle est accrochée aux cornes d’une divinité, dont on ne sait pas si elle existe, elle peut d’un instant à l’autre découvrir qu’elle n’est accrochée à rien, et sombrer dans les flots. Enfin cela me fait penser aux jeunes africains qui volent vers l’Europe sur des embarcations qui existent à peine, accroché aux cornes d’un rêve auquel nous mêmes ne croyons plus.

3) Tu présentes ton livre comme « une interrogation sur l’Europe, une déconstruction de l’idée d’Europe, qu’il faut certes critiquer dans ses oeuvres comme dans ses intentions, mais que l’on ne saurait sans risque laisser orwelliser dans le rejet de l’Occident ». Que veux-tu dire par cette expression « orwelliser » l’Europe ? 

Il y a des époques où le présent a été écrasé par le poids du passé, des traditions, de l’héritage. Je crois qu’aujourd’hui c’est l’inverse : le passé est très faible, et jamais sans doute le « présent » de nos sociétés en guerre (guerre économique, guerre des imaginaires) n’a été aussi puissant, capable de rayer jusqu’aux traces du passé, capable de le reconstruire à volonté, de le refabriquer complètement. À propos du passé chrétien, il ne s’agit justement pas de l’idéaliser dans une sorte d’identité mystique toute heureuse ! Mais il ne s’agit pas non plus de l’ « orwelliser » : Milan Kundera reprochait à Orwell d’avoir une manière totalitaire de parler du monde totalitaire, et préférait Kafka, montrant au milieu de l’absurde procès, de sa révoltante injustice, des scènes quotidiennes, ordinaires, remplies de vie, de confiance, de promesses. Comment faire mutuellement place à la diversité, à la délicate complexité de nos héritages, de nos perceptions, de nos attentes ? Oui, nous avons laissé «orwelliser» certains passés, le passé colonial, le passé catholique, le passé chrétien, désormais à la fois occultés dans un amalgame totalitaire, dissimulés, défigurés, et je dirai enterrés vifs dans ce qu’ils avaient aussi de prometteur, et simplement de vécu : c’est historiquement faux, et politiquement décourageant, car on ne peut plus prendre appui sur rien dans le passé, sinon sur un imaginaire amnésique et plaqué, qui empêche d’ailleurs toute véritable critique.

Comment alors opérer ce droit d’inventaire ?

Le problème c’est l’effondrement d’un espace public commun dans lequel ce conflit des mémoires pourrait s’installer et trouver place, s’apaiser jusque dans la conversation ordinaire. La peur du conflit fait qu’on attend seulement de l’usure du temps la solution pour les mémoires blessées (qui sont à nouveau blessées par la représentation du passé qui en est donné). Ce qui fait que les mémoires qui constituent l’Europe, loin de faire ce travail partagé d’inventaire critique dans lequel on entend ce que les autres ont à dire et réciproquement, se murent et s’enferment dans une identité mémorielle muette et bloquée, ou se perdent dans la surenchère de la compétition mémorielle.

4) Tu t’attardes sur ce qui fait « l’ethos européen » et soulignes que le « noyau éthico-mythique » (pour reprendre une expression de Paul Ricoeur) de l’Europe « a été mis en mouvement » par un « pluralisme éthique (ou un désaccord) fondateur ». Que veux-tu dire par là ? N’est-ce pas paradoxal et contradictoire ? 

Oui, je tiens beaucoup à cette expression de « noyau éthico-mythique » proposée par Ricœur. Ce que je développais déjà dans La justification de l’Europe, et que j’avais repris dans divers débats, avec des intellectuels turcs notamment ou chinois, c’est que l’ethos européen est foncièrement un mixte. Un mixte gréco-biblique, par exemple, mais aussi gréco-romain (il ne faut pas confondre les deux !), un mixte judéo-chrétien (là aussi il y a un différend profond qu’il faut comprendre et honorer), un mixte catholique-protestant, etc. Mais loin de prendre soin de ces différends qui forment son moteur, l’Europe, épuisée peut-être par ses guerres intestines, n’a cessé d’évacuer, d’évider, d’énucléer, son « noyau », qui n’était pas purement évangélique, bien sûr, mais où les sources bibliques s’étaient mêlées à d’autres sources, antiques, médiévales, à la Renaissance, la Réforme et la Contre-Réforme, les Lumières, le Romantisme, etc. Et ces sources sont inachevées, d’autres flots viennent se joindre à cette identité inachevée. Oui, cela semble paradoxal, mais il me semble que l’Europe s’est formée et reformée dans une série de conflits fondateurs, où aucune des forces en présence ne l’a emporté complètement, ce qui a obligé l’Europe à faire cohabiter des orientations hétérogènes, et c’est son dynamisme.

4b) Dès lors, si je te comprends bien, il ne serait pas question de nous laisser enfermer dans l’alternative « pour ou contre » l’Europe, ou dans de fausses alternatives entre ce que tu qualifies de « rationalité normative, standardisante et technocratique » d’inspiration néo-libérale actuellement dominante et « l’irrationnel démagogique de la manipulation des peurs » ou replis identitaires et démagogies nationalistes : ce qui nous manque, selon toi, ce serait de confronter plusieurs visions et traditions de l’Europe, qui poursuivent chacune une cohérence désirable, et qui se corrigent mutuellement.  Ce type de débat est-il actuellement ouvert ? Comment le rendre productif et fécond ?

Oui, je trouve lamentable ce débat rituel pour ou contre l’Europe, sans qu’il y ait le moindre débat sur la question de savoir de quelle Europe on parle ! Ce qu’il nous faudrait, ce serait des visions différentes de l’Europe, portées par des partis d’échelle européenne, et non pas nationales. Je ne voudrais pas me substituer à ce qui pourrait émerger d’un espace public européen qui entrerait en discussion sur ce que nous voudrions. Mais il est certains que nous voulons des choses différentes, et même contradictoires, et c’est ce débat sur les visées et les priorités de l’Europe qu’il nous faut organiser.

4c) Il s’agit aussi, comme tu l’écris, de « remettre au centre le questionnement », car « c’est par ce geste interrogatif que l’Europe affrontera la crise identitaire » : l’identité européenne serait-elle donc « interrogative » ou ne serait pas ? Jusqu’à quand ?

Cela c’est mon côté philosophe : je pense que ce que la remise au centre, à équidistance de tous (et sans que nul n’en puisse garder le monopole), du droit de questionner, c’est ce que l’Europe garde du socratisme, c’est à dire du geste initial de la philosophie, geste lui-même d’origine non philosophique, car il est archaïque ce cercle des citoyens dans un espace lui-même circulaire, où chacun tour à tour s’avance pour donner son avis. Cela donne une configuration démocratique, au sens radical du terme, sans cesse à réformer, qui est pour moi celle figurée sur le drapeau européen !

Quelle place pour les certitudes, les absolus, dans « ce geste interrogatif » ?

Tu me demandes jusqu’à quand « ce geste interrogatif » ? N’y a-t-il aucun absolu, aucune limite à ce geste ? J’ai envie de dire que non, ce geste est proprement infini, incessant, sans limite, et c’est cet infini questionnement qui donne sa forme à l’esprit européen. Dans le même temps, je voudrais dire, non plus en philosophe mais en théologien, que le seul absolu c’est Dieu. Ce n’est pas contradictoire pour moi, car c’est par ce Dieu seul absolu que tout le reste est désabsolutisé : nous ne pouvons nous faire une idole ni de la technique, ni de la nature, ni de l’Etat, ni de la science, ni de l’Histoire, etc. bref de rien. La confiance en Dieu nous permet d’interroger librement le monde.

Ce qui serait bon pour l’Europe est-il bon pour le reste du monde ?

C’est une question très juste. Il y a un profond ethnocentrisme européen, qui s’est longtemps cru le centre du monde, et longtemps estimée seule porteuse d’une culture universelle. Cette posture est d’autant plus dangereuse qu’aujourd’hui elle peut s’inverser dans la figure inverse : la civilisation européenne et occidentale est vue comme l’origine de tous les maux : colonialisme et impérialisme, destruction des autres cultures, jadis, ravages écologiques et nihilisme, aujourd’hui. Autrefois on parlait de la question orientale, aujourd’hui de la question occidentale ! Le problème est précisément que la découverte de la pluralité des civilisations est justement contemporaine du deuil de la prétention à avoir le monopole de la civilisation, et que ce deuil peut déterminer soit un raidissement dogmatique ou fondamentaliste, par lequel on s’enferme dans la prétention à avoir seul la vérité, soit à l’inverse dans un scepticisme, un relativisme, ce que Ricœur appelle un nihilisme, qui vide le noyau, le cœur de nos cultures — mon idée est que le cœur de nos cultures est d’abord cultuel, mais que la diversité des manières de rendre grâce, des formes de cultes, est au cœur de la pluralité des humanités. Nous ne connaissons l’humanité qu’au travers d’humanités, de langues et de cultes divers.

5) La suite logique d’un tel débat serait-elle les « Etats pluriels » d’Europe (où placer la capitale ?), plutôt que les « Etats-Unis » d’Europe ? Comment, concrètement, aller au bout de cette logique plurielle et construire l’Europe sur ce « désaccord fondateur » ? A quelle fin ?

Là aussi c’est une question qui me dépasse, c’est à voir ensemble, et il y a une véritable imagination institutionnelle déjà à l’œuvre, qui doit être prolongée et amplifiée. Mais la formule « Etats pluriels d’Europe » me plaît beaucoup : nous pouvons et devons aller bien plus loin dans le pluralisme politique, et c’est la quadrature du cercle, en même temps créer un espace avec des droits libertés, mais aussi des droits sociaux communs, coordonnés, et un espace respectueux et même favorable à la diversité des formes de vie, qui sont transmises dans des milieux familiaux, communautaires, qui ne peuvent que se dissoudre dans un formatage libéral et hyper-individualiste. Cela suppose en effet de ne pas avoir peur de rouvrir nos traditions, et ce que j’appelle nos conflits fondateurs. En ce sens pour moi le « Canon » des Ecritures bibliques est une magnifique illustration de cette imagination instituante, qui a su canoniser ensemble des Livres, des genres littéraires, et même des théologies différentes, pour les amener à témoigner ensemble, à s’admonester fraternellement, dans leur diversité et leur cohérence.

6) Comment, étant « sel et lumière », les chrétiens peuvent-ils se positionner dans ce débat, sachant que certains peuvent être séduits par l’une ou l’autre des alternatives piégées soulignées plus haut ?

Les chrétiens ne peuvent certes pas laisser dire que le christianisme est la culture de l’Europe ! D’abord le christianisme est vivant, depuis toujours et aujourd’hui plus que jamais dans bien d’autres contrées et pays que l’Europe, et nous avons besoin de toutes ces formes de christianisme qui ont su parler à des cultures et des époques différentes, nous leur devons un immense respect. Ensuite le christianisme n’est pas une culture, n’est pas une civilisation : c’est une foi capable de transcender et de traverser, de bouleverser et de réorienter, n’importe quelle culture et civilisation… Cependant il y a une tradition de l’Europe chrétienne, ou plutôt une longue histoire tissée de plusieurs traditions à la fois successives et simultanées, qui ont aussi chacune leur styles de traditionalité. Pour parler à très gros traits, je pense qu’entre les protestantismes américain et européen, ou bien européens et africains, il y a, plus profondément que des divergences théologiques, ou politiques ou morales, des différences de styles, presque des différences d’esthétique qui font qu’ils ne se comprennent pas — et ne comprennent pas qu’ils sont amenés à témoigner dans des situations profondément différentes, devant des auditoires différents. Le pire des témoignages serait de croire que le nôtre est le seul, ou le meilleur ! et de mépriser les autres.

7) Comment vois-tu l’accueil de ton livre, notamment à l’approche des Européennes ?

Je n’en sais rien, c’est une goutte d’eau dans l’océan des paroles, mais je voudrais tenter de tenir ma voix dans ce chœur, car je pense que « nous » (je veux dire ici les protestants français, dans notre situation minoritaire et mixte à bien des égards) sommes placés d’une manière à voir des choses qui passent trop souvent inaperçues, et qui sont pourtant importantes à redire pour rouvrir des promesses fondatrices pour notre petit coin du monde, et en tenir le cap.

 

Ce sera le mot de la fin ! Merci à toi et puisse ta voix « porter dans ce choeur » !

 

 

« Rendre productifs les conflits : mission (im)possible ? » Olivier Abel au 8ème Salon de l’Education chrétienne

Comment tirer le meilleur du conflit ? Avec Olivier Abel, dans le cadre du 8ème Salon de l’Education chrétienne (13 avril 2019), consacré à l’éducation à la paix. Source : ADMUE

Comment tirer le meilleur du conflit ? Ne manquez pas la première plénière du 8e Salon de l’Education Chrétienne, animée par Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique et qui débutera samedi 13 avril, à 9h30 !

Vous êtes jeunes adultes, parents, grands-parents, acteurs de l’éducation ou de l’instruction, professionnels, les inscriptions des adultes sont individuelles, gratuites (libre participation aux frais) et obligatoires avant le 8 avril. Voir ici.

Pensez à inscrire aussi vos enfants de 3 à 12 ans aux animations prévues, si vous souhaitez qu’ils y participent !

Et, en ouverture du Salon, retrouvez le spectacle unique et original de « Madame la Pasteure » ! Destiné à tous les publics, dès 10 ans jusqu’à 90 ans, il met en scène des personnages et événements de l’Ancien et du Nouveau Testament, transposés dans le cadre des années 2010 ! Peut-on faire rire en parlant de Dieu? Venez voir par vous-même le vendredi soir 12 avril !

Informations et programme détaillé ici.