Trois questions fondamentales que Dieu te pose aujourd’hui : épisode 2

Source image : public domain pictures. Quand « (la voix de Dieu) doit résonner plus fort que toute autre voix dans nos vies »

Une nouvelle série en 3 épisodes de Jo, notre plume invitée*, que je remercie, orientée « jeunes » (« et moins jeunes! ») et consacrée aux premières questions fondamentales que pose Dieu aux humains. Aujourd’hui, l’épisode 2 : « qui t’a appris… »

Résumé de l’épisode précédent:

Lors du billet précédent, nous nous sommes attardés sur la première question fondamentale que Dieu posait aux humains dans le livre de la Genèse, à savoir :

“Où es-tu?”

Cette question résonne encore aujourd’hui dans nos vies, à chaque fois que, tout honteux, nous avons envie de nous cacher de Dieu, conscients de nos errements ou mauvais choix et encore plus conscients de sa sainteté – du fait que Lui est “autre”, sans péché.

Je vous invite à retourner à ce premier épisode de notre série afin de “raccrocher les wagons”.

Aujourd’hui, nous continuons avec la deuxième question que Dieu pose à l’homme.

Nous sommes toujours dans ce jardin d’Eden, juste après la désobéissance de l’homme et la femme.

A la question “Où es tu?” la réponse de l’homme au verset 10 de Genèse 3 (NFC) est : L’homme répondit : « Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché ».

Dieu aurait pu répondre par une affirmation ou négation, mais il pose une nouvelle question au v11 (NFC) : “Qui t’a appris que tu étais nu ?”

A nouveau il semble que la préoccupation du Seigneur n’est pas d’enfoncer l’homme à cause de ce qu’il a fait. Il ne nie pas que l’homme soit nu, mais il veut savoir “qui” le lui a dit ou fait comprendre.

En effet, non seulement l’homme a pris conscience qu’il est nu mais, en plus, cela a généré chez lui la peur et l’envie de se cacher…une réaction en chaîne!

Avant cet instant là, ce type de peur menant à la fuite ou la cachette n’était pas présent dans le vécu de l’homme et de la femme.

Ils vivaient dans le jardin en pleine confiance, l’un en l’autre, avec la nature et avec Dieu.

Mais voilà que leur écart de la volonté de Dieu leur ouvre les yeux sur leur vulnérabilité et leur imperfection. Ils prennent donc peur de ce qui pourrait leur arriver dans ce jardin et face à Dieu.

Pourtant, rien n’a vraiment changé par rapport à avant: ils étaient déjà nus !

Leur nudité n’était pas l’essentiel ou du moins ce n’était pas le centre de leur attention.

Cet épisode me rappelle un épisode du Nouveau Testament, où Pierre, dans un élan de foi, commence à marcher sur l’eau en allant vers Jésus puis prend peur lorsque la tempête gronde… et commence à sombrer à partir de là.

Il a prêté plus attention à cette tempête plutôt qu’à la voix de Jésus qui l’appelait, quel dommage.

Dans le jardin, l’homme n’avait pas de tempête pour l’intimider mais quelque chose a détourné son attention de ce qui comptait vraiment : la confiance qu’il pouvait avoir en Dieu.

La question “qui t’a appris que tu étais nu?” avait peut-être pour rôle de signaler à l’homme qu’il avait écouté une autre voix que celle de son Créateur et ouvert ainsi la porte à la peur.

Et toi, quelles voix t’influencent-elles aujourd’hui et que produisent-elles en toi ? Arrives-tu à discerner la voix de Dieu dans tout le brouhaha de notre vie hyper connectée?

Si nous écoutons les messages autour de nous, on peut vite devenir anxieux ou inquiet voire apeuré comme l’homme et chercher à se réfugier dans notre coquille.

Le Seigneur, lui, nous invite à sortir de la coquille pour vivre une vie pleinement confiante en Lui, le Tout-puissant, celui qui nous aime parfaitement, veille sur nous et nous apporte la paix.

Pour cela, Sa voix doit résonner plus fort que toute autre voix dans nos vies.

Et si tu prenais le temps de faire le tri parmi toutes les voix qui veulent t’influencer, voire te contrôler?

Je te propose de prendre du temps au calme avec Dieu et te mettre à son écoute par la lecture de la Bible et par la prière : ose Lui demander comment Il te voit, ce qu’il pense de toi. C’est peut-être cela, que l’homme dans le jardin d’Eden aurait pu faire : retourner vers son Créateur pour connaître la vérité sur son identité plutôt que rester avec le gros malaise de se savoir nu et la peur.

Tu pourrais également te réunir avec d’autres croyants et partager tes questions : parfois, c’est par les autres que Dieu nous rappelle qui nous sommes en Lui et quels sont ses projets pour nous.

Une chose est sûre: c’est l’étendue de son amour que le Seigneur veut et va te révéler.

C’est de cet amour parfait qu’il veut t’entourer, de sorte que toutes tes craintes (la peur d’être puni par Lui, la peur de l’avenir, la peur d’être rejeté des autres…) s’éteignent et que tu sois en paix.

“Il n’y a pas de crainte dans l’amour ; l’amour parfait exclut la crainte” lit-on dans 1 Jean 4:18 (NFC)

*De notre plume invitée : Jo est ingénieure, amatrice de réflexion, de lecture et discussions pour refaire le monde (dont l’Eglise!) entre amis et en famille. 

Trois questions fondamentales que Dieu te pose aujourd’hui : épisode 1

(News lovers in the)Planet of the Apps (2013) Huile sur toile 36” x 36” de Patrick McGrath Muñiz

 « La métaphysique », c’est l’art de (se) poser les bonnes questions, écrivions-nous il y a quelques années sur ce blogue.  Ces « bonnes questions » sont des questions dites « fondamentales » (en rapport au sens de la vie, à la mort, au bien et au mal, ou à Dieu…) que chaque être humain peut (ou est censé) se poser.

En réalité, comme nous le montre le début du premier livre de la Bible, la Genèse, ce n’est pas l’homme qui se les pose ou les pose à Dieu, ces questions. Mais c’est Dieu qui pose les toutes premières « questions premières » à l’humain, à un moment particulier où celui-ci est en faillite devant le projet divin. Dieu nous pose ces questions, non « pour savoir » (comme s’il ne savait pas !), mais parce qu’il est bon que nous les entendions.

Voici donc la nouvelle série en 3 épisodes de Jo, notre plume invitée*, que je remercie, orientée « jeunes » (« et moins jeunes! ») et consacrée à ces fameuses premières questions fondamentales que pose Dieu aux humains.

Aujourd’hui, l’épisode 1 : « où es-tu ? »

Un épisode sombre de l’histoire de l’humanité a lieu en Genèse 3.

Par leur désobéissance au seul interdit posé par Dieu sur leur vie, nos ancêtres, l’Homme et la Femme, deviennent conscients de leur nudité et surtout conscients que quelque chose s’est détérioré dans leur relation avec Dieu.

Genèse 3v7 : « Alors ils se virent tous deux tels qu’ils étaient, ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent ensemble des feuilles de figuier, et ils s’en firent chacun une sorte de pagne ». (NFC)

Leur réaction : cacher leur nudité avec la première chose qu’ils trouvent ! Puis, lorsque qu’ils entendent Dieu le soir, dans le jardin, ils cherchent à se cacher de Lui.

Décidemment, se cacher ou cacher semble être un vrai sujet dans leur nouvel état.

T’es-tu déjà demandé pourquoi? Et surtout, si tu avais été à la place de Dieu, qu’aurais-tu fait ?

Pourquoi leur réflexe est-il de se cacher?

Pense à ton instinct lorsque tu fais ou faisais des bêtises et savais que cela arriverait aux oreilles de tes parents…Moi, j’aurais préféré être invisible.

Lorsque nous avons conscience que nous décevons des personnes qui nous ont fait confiance ou que nous avons désobéi à une consigne, nous avons tendance à culpabiliser ou même avoir honte. La culpabilité exprime notre conscience de notre mauvaise action, tandis que la honte a rapport plutôt à notre vision de nous-mêmes (“je suis mauvais.e”).

Ces deux sentiments sont parfois mélangés, et tous nous les avons expérimentés un jour (normalement!). L’Homme et la Femme, coupables et honteux, essayent de réparer ce qu’ils perçoivent comme une faute en se créant des pagnes en feuillage, puis ils essaient d’éviter la confrontation avec Dieu en se cachant car ils ont peut-être l’impression que Dieu ne les reconnaîtra plus comme ses créatures bien aimées.

Et toi, quelle est ta réaction lorsque tu sais que, devant Dieu, tu n’es pas tout à fait dans la cible ? Quelles pensées te traversent-elles? Et surtout, oses-tu en parler avec Lui?

Si j’étais Dieu (heureusement, je ne le suis pas) je les aurais cherchés pour les « engueuler un coup ». Après tout, ils avaient désobéi à la seule interdiction posée sur leurs vies !

La preuve que Dieu est loin de mes raisonnements humains, c’est qu’il s’approche de l’Homme et pose une question, comme si de rien n’était : “où es-tu?”.

Ceci m’interpelle car: Dieu ne les accuse pas, ne leur dit pas tout le mal qu’il pense d’eux, ne les rejette pas.

Au contraire, il cherche la relation: il veut savoir où se trouvent l’Homme et la Femme.

La relation semble être une priorité pour Dieu.

Il était surement bien au courant de ce qu’ils avaient fait, mais leur a donné l’occasion de venir à Lui, de rester connectés à Lui malgré leur erreur.

Y-a-t-il aujourd’hui une situation dans ta vie qui t’empêche de t’approcher de Dieu?

Sache qu’il est à ta recherche, et t’adresse cette même question “Où es-tu?”.

Dieu est au courant de ce qu’il s’est passé et veut un face à face avec toi : non pour ajouter à la honte et à la culpabilité mais pour t’aider à les évacuer définitivement.

A chaque fois que tu te sens loin de Dieu, ou indigne de t’approcher de Lui, souviens-toi que Lui te cherche. Il te précède dans les retrouvailles!

Prends le risque de répondre à son invitation, de lui dire “je suis là”. Peu importe la gravité de ta situation, ou l’intensité de ton combat contre la honte et la culpabilité.

Essaye.

* De notre plume invitée : Jo est ingénieure, amatrice de réflexion, de lecture et discussions pour refaire le monde (dont l’Eglise!) entre amis et en famille. 

« De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”, d’Olivier Abel

Le philosophe Olivier Abel parle « du poison de l’humiliation » lors de l’émission « 28′ », sur Arte (26/04/22)

« ….Nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation », constate Olivier Abel(1), professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier, dans « Arrêtons l’humiliation ! »(2).

Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ?

Une interrogation pressante qui lui inspire “De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”. Dans cet ouvrage (en cours) paru le 16 février 2022 aux éditions Les liens qui libèrent, Olivier Abel observe la dimension politique et sociale de l’humiliation : nous aurions d’un côté un discours humiliant, qui nous traite comme des “homo economicus”, avec l’injonction « consomme ! ». Et de l’autre des manipulations, de la peur ressentie par la population française.

L’humiliation joue également un rôle important dans l’histoire, vu que la Turquie et la Russie ont souvent été humiliées par l’Occident, et les Européens en paient le prix aujourd’hui.

Outre son intervention à ce sujet, lors de l’émission citée plus haut, le 26/04/22 sur Arte et que je vous recommande, Olivier Abel était également « l’invité du jour » de Paris direct, sur France 24 :

Bonne écoute !

Notes :

(1) Voir son site perso, qui présente ses travaux.

(2) Un article d’une troublante actualité, paru initialement dans la revue Projet le 17/11/16

Que choisir : Notre environnement ou notre économie ?

La pollution et la mort de l’homme : un « classique » qui garde toute sa pertinence et son actualité, 40 ans après…

 « Si vous pensez vraiment que notre environnement est moins important que notre économie, essayez juste d’arrêter de respirer le temps que vous comptiez votre argent ». Guy McPherson (1)

A lire : « la pollution et la mort de l’homme », notre recension du livre de Francis Schaeffer

Et « pourquoi je crains le réchauffement climatique », une analyse de Charles Eisenstein, philosophe américain et conférencier, dont les travaux couvrent un large éventail de sujets, de l’histoire de la civilisation humain à l’économie du don, en passant par l’écologie.

Initialement paru le 16/06/2021

Note :

(1) Guy Mc Pherson (né en 1960) est un ancien professeur d’université d’écologie. Il a quitté le monde de la recherche universitaire, et la vie dans la société américaine pour exploiter, conformément à ses valeurs,  une ferme écologique, changement  qu’il a décrit dans un livre, ‘Walk away from the Empire‘ et dans son blog.  Le livre ‘Going dark’ expose ses inquiétudes pour la Planète. Aujourd’hui, il expérimente personnellement un mode de vie écologique. Il élève des chèvres et  cultive son jardin. Ses recherches l’ont mené à prendre très au sérieux la vitesse à laquelle les espèces vivantes disparaissent aujourd’hui et le changement climatique (Source : Le Temps.ch)

L’action du mois : Face à la polarisation, phénomène de division et d’exclusion, retrouver en l’autre « un visage » et « un humain »

« Polarized politics », par Dan Wasserman, 07/04/2010

Le théologien anglican John Stott (1921-2011) l’écrivait déjà dans ce grand classique qu’est « une foi intelligente et équilibrée » (Excelsis, 2016) : l’une des plus grandes tragédies du christianisme contemporain est la polarisation, l’extrémisme.

C’est aussi une tragédie pour notre société d’aujourd’hui, comme l’analyse Simon Lessard dans son excellente chronique pour l’émission radio « On n’est pas du monde »(1). Je l’en remercie, comme je le remercie, ainsi que l’équipe du Verbe, pour m’avoir aimablement autorisé à la publier sur Pep’s café [les notes sont de mon cru]. Bonne lecture !

« Nationalistes » contre « mondialistes » (…), « wokistes » contre « trumpistes », jusqu’aux « pro » et « anti » mesures sanitaires, nos sociétés sont de plus en plus bipolaires. Plus qu’une simple divergence d’opinions, la polarisation est un phénomène de division et d’exclusion réciproque. Au-delà de la crise covid et de l’influence des réseaux sociaux qui l’amplifient, quels sont les facteurs culturels à l’origine de ce phénomène global qui fracture le corps social et intoxique les débats publics ?

Qu’est-ce que la polarisation ?

Du grec polos, signifiant « pivot » ou « axe », la polarisation désigne tout processus d’attraction et de concentration autour de deux « pôles » opposés, au sein d’une structure ou d’un phénomène physique ou social.

En optique, la polarisation décrit la propriété des ondes lumineuses liée à l’orientation qu’elles suivent dans un plan. On parle ainsi de verre polarisé qui filtre la lumière afin de protéger nos yeux d’éblouissements aveuglants, ou encore pour visionner des films 3D.

En géographie, on appelle polarisation l’influence exercée par un lieu central sur ses périphéries. L’impact d’une métropole, par exemple, sur ses banlieues et la campagne environnante.

En économie, à partir des années 80, le terme s’est mis à désigner l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, et la disparition graduelle de la classe moyenne.

De nos jours, il est le plus souvent utilisé en politique : il renvoie alors au processus par lequel l’opinion publique tend à se diviser radicalement en deux positions contraires.

Plus qu’une simple opposition

Il y a certes deux idées opposées dans tout processus de polarisation, mais il y a, en plus et surtout, une concentration en deux uniques positions et une force d’attraction et de répulsion réciproque entre elles.

Être polarisé, ce n’est pas seulement être en désaccord, c’est chercher à rapprocher les gens d’une thèse tout en travaillant à les éloigner de la thèse contraire.

Par exemple, par rapport à la religion, on peut être athée ou croyant, catholique ou protestant, juif ou musulman, sans être polarisé et polarisant. On l’est uniquement si l’on désire convaincre les autres d’adopter la même posture que nous, tout en les repoussant le plus possible de la position inverse.

C’est ainsi que le polarisé cherche à se définir par mode d’opposition à son adversaire : 

« Si tu n’es pas woke, tu es trumpiste. » 

« Si tu n’es pas antivax, tu es propasseport vaccinal. » 

« Si tu n’es pas féministe, tu es misogyne. »

C’est aussi pourquoi le dialogue est quasi impossible en contexte de polarisation(2). La logique cède souvent toute la place à la rhétorique et la raison, à l’émotion. Il n’y a plus de recherche commune de la vérité, il n’y a que des jeux de pouvoir, un combat à mort des opinions.

Aveuglé par ses lunettes « polarisantes » qui lui font tout voir de son seul point de vue, le polarisé opère une réduction de la réalité en deux uniques positions et tend à exclure toute position tierce ou intermédiaire. Tout noir ou blanc et sans nuances de gris, la complexité du réel est ainsi simplifiée à outrance. La polarisation est l’ennemi de la diversité et de la multiplicité, et ce, même quand elle s’en prétend la plus grande défenseure.

Cinq amplificateurs culturels

Si plusieurs associent ce phénomène mondial à la montée des réseaux sociaux, ceux-ci ne sont que des amplificateurs d’une tendance lourde de notre culture contemporaine.

1. Le relativisme culturel

À première vue, on pourrait penser que le relativisme ambiant (« Tout est relatif, il n’y a que des opinions ») est une force contraire à la polarisation. Si la vérité n’est jamais absolue et change selon les cultures, les époques, ou même les points de vue personnels, nulle raison de s’obstiner à défendre une position plus qu’une autre. 

Pourtant c’est tout le contraire. 

La relativisation de la connaissance humaine engendre l’impression que le pouvoir en place impose « sa » vérité, qui pousse à son tour les oppositions ou contrepouvoirs à vouloir dicter « leur » vérité. La connaissance n’étant plus affaire de savoir, mais de pouvoir, une guerre des opinions subjectives remplace une recherche des vérités objectives. On désire plus avoir raison que trouver la vérité. Il y a là un manque d’humilité et, pire encore, un détournement de la finalité de toute discussion.

2. Le pluralisme politique

Le penchant politique du relativisme est le pluralisme. Ce concept est à priori bon, entre autres lorsqu’il renvoie à un système d’organisation qui reconnait et accepte une saine diversité des idées et modes de vie, permettant la cohabitation de personnes d’origines culturelles variées. Mais le pluralisme frappe un mur quand il mute en idéologie.

Si la multiplicité est une bonne chose quand elle touche les moyens, elle devient vite problématique lorsqu’elle s’applique aux fins. Dans une entreprise, une armée ou un orchestre, les nombreuses spécialités enrichissent le groupe qui vise un même but : les profits, la victoire ou la beauté. Mais si les employés, militaires et musiciens ne s’entendent pas sur ce pour quoi ils sont réunis, alors il faut s’attendre à l’anarchie, la mutinerie et la cacophonie.

3. La marchandisation de l’information

Quand les nouvelles et les cours universitaires sont soumis aux dictats capitalistes, c’est souvent au prix de la vérité. La popularité et la rapidité prennent le dessus sur la sincérité pour obéir aux lois du marché. 

Les argumentations lentes et nuancées vendront toujours moins de copies et susciteront toujours moins de likes que les opinions tranchées en moins de 280 caractères. La précipitation des réflexions et de leur expression provoque des simplifications et des généralisations, qui nuisent à une saine et sereine recherche en commun de la vérité.

4. La démocratisation du savoir

Qu’un plus grand nombre ait accès à une éducation de qualité est sans conteste une avancée de nos sociétés démocratiques. Mais la démocratisation du savoir risque toujours d’avoir pour effet pervers de préférer ce qui est simple, voire simpliste, à ce qui est nuancé et complexe. Or, la vérité n’est pas déterminée par la majorité ni ce que tous peuvent aisément concevoir. N’en déplaise à Descartes, le bon sens n’est pas la chose du monde la mieux partagée. Quand l’accessibilité prime sur la vérité en matière de connaissance, une paresse intellectuelle s’installe. On veut tout savoir et tout exprimer sans effort. Du coup, on oppose plus qu’on ordonne, on confond plus qu’on distingue, car cela est bien plus facile et rapide, bien plus à la portée de tout un chacun.

5. La dépersonnalisation des échanges

La virtualité des débats et la médiatisation des discussions incitent à une abstraction et une dépersonnalisation de l’interlocuteur. L’autre ne devient dès lors qu’un adversaire. Il n’est plus une personne à part entière, capable de distinctions et de conversions, il n’est que mon ennemi sur un point précis. 

L’autre est rapidement psychiatrisé ou diabolisé : « Celui qui ne pense pas comme moi est nécessairement fou ou méchant. » Mais face à face, autour d’un café, l’autre retrouve un visage et quelque chose de son humanité. Les photos de profil et les émoticônes ne remplaceront jamais les croisements de regards et l’émotivité de la voix humaine(3).

Dépolariser par la synodalité

Comment dépolariser une société ? Repenser nos prises de parole et de décision à partir de la notion de synodalité est sans conteste une voie à emprunter.

Concept phare de l’Église catholique (4) pour exprimer sa nature et sa mission, la synodalité pourrait et devrait inspirer toute communauté, qu’elle soit familiale, politique, ou culturelle. 

Composée de sun, « avec », et de hodos, « chemin », la synodalité consiste à cheminer avec l’autre.

Marcher ensemble, c’est d’abord s’entendre sur une destination commune. C’est ensuite se parler face à face en avançant côte à côte. Cette familiarité empêche de caricaturer aussi bien la position adverse que celui qui la défend. C’est enfin vivre main dans la main le quotidien et affronter coude à coude les obstacles du chemin.

Ni tyrannie de la majorité ni égalitarisme, la synodalité se distingue de la démocratie et de la collégialité en articulant diversité, hiérarchie et unité. Elle est un remède pratique pour élever le gout de la vérité au-dessus de la soif de pouvoir.

Avec l’annonce de son synode sur la synodalité, l’Église catholique, jugée trop souvent comme dépassée, est pour une fois en avance sur le reste de la société. Rassemblant des millions de femmes et d’hommes d’une diversité inouïe, elle ose encore croire qu’il est possible de vivre, discuter et avancer ensemble, autrement que par des joutes oratoires et des jeux de pouvoir.

Notes :

(1) « Petit traité de la polarisation » de Simon Lessard, initialement paru sur Le Verbe.com.

« On n’est pas du monde » est une émission de radio hebdomadaire diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion. Chaque épisode fait place à des discussions conviviales où profondeur et humour s’allient pour faire réfléchir.

Rédacteur et responsable de l’innovation au Verbe, Simon Lessard est diplômé en philosophie et théologie. Il aime entrer en dialogue avec les chercheurs de vérité et tirer de la culture occidentale du neuf et de l’ancien afin d’interpréter les signes de notre temps.

Le Verbe.com a pour mission de témoigner de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. Outre « On n’est pas du monde », la joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste aux abonnés), ainsi qu’un site web animé par une quarantaine de collaborateurs réguliers.

(2) Ce qui me paraît être l’enjeu informationnel essentiel est de pouvoir encore consulter des médias sérieux, comme de pouvoir continuer à échanger avec les autres, en se gardant de toute isolation socioculturelle/de naviguer dans des environnements politiques et médiatiques clos, où chacun aurait ses chaînes et sites d’information. Aux Etats-Unis, sauf erreur de ma part, il est possible, pour un chrétien, un athée ou un musulman, de chercher les mêmes choses sur le web et de tomber sur des sites totalement différents, orientés selon le profil et la croyance du chercheur…qui ne tombent plus sur des sites « d’information », mais plutôt (et c’est le drame !) de « confirmation » ! Nous n’en sommes heureusement pas encore là en France, quoique le danger n’est pas à écarter (cf le phénomène de concentration des médias en France, qui touche même à l’édition et à la communication). D’où une vigilance constante, sans oublier que le chrétien, disciple de Jésus-Christ, est censé davantage se nourrir de la Parole de Dieu que d’info en continu, et se connecter « aux nouvelles du ciel » ! 

(3) Comme j’aime à le dire : « derrière les avatars se cachent des êtres humains ».

(4) Le concept chrétien, décrit dans le Nouveau Testament (livre des Actes, chapitre 6), est également connu des protestants, quoique certains, au sein du protestantisme, lui préfèrent le fonctionnement « prébytérien-synodal » et « conciliaire ».

Les 3 premières « questions premières » de Dieu à l’humain

Dieu nous parle et nous pose même les « bonnes questions » : les toutes premières « questions premières », fondamentales

« La métaphysique », c’est l’art de (se) poser les bonnes questions, écrivions-nous il y a quelques années sur ce blogue.  Ces « bonnes questions » sont des questions dites « fondamentales » (en rapport au sens de la vie, à la mort, au bien et au mal, ou à Dieu…) que chaque être humain peut (ou est censé) se poser.

Au début du premier livre de la Bible, la Genèse, ce n’est pas l’homme qui se les pose ou les pose à Dieu, ces questions, mais c’est Dieu qui pose les toutes premières « questions premières » à l’humain, à un moment particulier où celui-ci est en faillite devant le projet divin.

Dieu nous pose ces questions, non « pour savoir » (comme s’il ne savait pas !), mais parce qu’il est bon que nous les entendions.

Question 1 : Où es-tu ? (Gen.3v9)

Dieu pose cette question à Adam, parce que ce dernier s’est caché de lui… de honte, car il a réalisé qu’il était nu, après avoir désobéi à Dieu.

Dieu pose cette question pour qu’Adam puisse répondre et dire la vérité sur sa situation, sur ce qu’il a espéré cacher à Dieu.

Dire la vérité ouvre une porte de sortie, avec la possibilité de se repentir et d’être pardonné, pour la restauration de la relation (Cf 1 Jean 1v5-9)

Actualisation : « Où (en) suis-je » dans ma vie ? (rapport à moi-même, aux autres, à ma foi, à ma capacité d’espérer, à ce qui a le plus de valeur ou ce qui prend le plus de place dans ma vie…?)

Evaluer ma capacité à tout vivre sous le regard de Dieu, qui connaît et voit toute chose, pour vivre dans la paix, la sécurité, la confiance et l’espérance.

Question 2 : Qui t’a appris (que tu étais nu…) ? (Gen.3v11)

Une question d’actualité ! Ou, dit autrement : Qui as-tu écouté ? Sous l’autorité de quelle parole t’es-tu placé ? Qui a parlé ? A quelle source d’info as-tu porté du crédit ? D’où tiens-tu cette idée ? Quelles sont tes sources d’inspiration, de connaissance, de ce que tu sais, de ce que tu crois, de ce sur quoi tu fondes ta vie ?

A quelle source fiable revenir ? Qu’est-ce qu’une source fiable ? « La recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible ». Christ est la vérité. La Parole de Dieu est la vérité. Le Saint-Esprit est l’Esprit de vérité, lit-on dans l’Evangile selon Jean.

Actualisation : « Seigneur, que veux-tu que j’apprenne de telle situation ? Inspire-moi par ta Parole et ton Saint-Esprit ».

Question 3 : Où est ton frère ? (Gen.4v9)

Une question qui nous décentre de nous-même, nous ouvrant aux autres, laissant entendre que la réponse ne peut jamais être : « je ne sais pas ».

Que suis-je en train de faire de mon frère ? De mon prochain ?

Qui est, d’ailleurs le plus souvent au centre, dans ma vie ?

Significatives de l’intention de Dieu à notre égard, ces « questions premières » sont à garder, pour nous les poser quotidiennement, pour faire le point sur notre situation, et ce sur quoi nous espérons, afin de vivre une vie plus conforme au projet de Dieu. « Ouvertes », ces questions nous libèrent en….nous ouvrant un avenir et une espérance.

Pour aller plus loin : découvrir, dans les Evangiles, comment Jésus a vécu ces trois questions.  Ex : Luc 9v51 ; Jean 11v6 ; Jean 5v20, 30 ; Jean 8v38-40 ; Matt.9v36 …..

D’après une prédication du Pasteur Gilles Boucomont, le 29/08/21

« Voici maintenant » : 3 questions

Le temps favorable, c’est maintenant ! (Source image : convergence bolcho-catholiques)

« Voici maintenant », non pas une, mais trois questions existentielles :

Quel est le meilleur moment pour agir ?

Quelle est la personne la plus importante ? 

Quelle est la meilleure chose à faire ?

Réponse :

Il y a un seul moment important dans la vie, et ce moment c’est maintenant. La personne la plus importante est toujours celle avec laquelle tu es. Et la chose la plus importante est d’être bon avec la personne qui est à tes côtés.

(D’après 3 questions de Léon Tolstoï IN Dernières Paroles Traduction par J.-Wladimir Bienstock. Mercure de France, 1905)

ἰδοὺ νῦν

καιρὸς εὐπρόσδεκτος,

ἰδοὺ νῦν

ἡμέρα σωτηρίας.

[« Voici, maintenant, le temps favorable, Voici, maintenant, le temps du salut », lit-on dans la Bible dans 2 Corinthiens 6v2b]

Et « voici maintenant » l’occasion de savoir un peu de grec !

Lectures : Jean 4, Luc 19v1-10, Marc 1v40-45

Aller plus loin : lire notre article Arrête « d’éviter » mais commence « à inviter » (et à aimer) les « gens ennuyeux » dans ta vie….

Une vision chrétienne de l’éducation

Comment servir le Christ tout en faisant sa propre éducation ? Source image : public domain pictures

Parmi les clichés les plus répandus des discours de promotion, il en est un qui stipule que les études [et plus largement, l’éducation, l’école…] ne doit pas nous remplir de connaissance mais nous apprendre « comment penser », relève l’écrivain David Foster Wallace (1961-2008), dans ce discours mémorable(1) devant la promotion 2005 des étudiants de Kenyon College.

Mais l’on peut estimer suspect ou insultant d’entendre quelqu’un nous expliquer “comment penser” puisque, croyons-nous, nous savons déjà “comment penser”. En réalité, comme l’explique David Foster Wallace, l’on peut « postuler que ce cliché sur [les études] n’est pas du tout insultant parce que le vrai et significatif enseignement de la pensée que nous devons acquérir n’est pas tant celui de la capacité à penser mais plutôt le choix de ce à quoi nous devons penser ». Plus exactement, « apprendre comment penser signifie apprendre à contrôler comment et à quoi [nous pensons]. Cela signifie être suffisamment conscient et éveillé pour choisir ce à quoi [nous allons] prêter attention et comment [nous tirons] du sens de [notre] expérience ».

En ceci, soutient David Foster Wallace devant ses étudiants, « est la liberté de la vraie éducation », soit d' »apprendre à être bien ajusté”, en décidant « en conscience ce qui a du sens et ce qui n’en a pas ». 

A ce sujet, le chrétien – celui qui reconnaît Jésus-Christ comme (son) Seigneur – est censé avoir une véritable vision de l’éducation, et même savoir ce que signifie être « bien ajusté ». Et être « bien ajusté » pour un chrétien, c’est être positionné du côté de Jésus-Christ, vénérant Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » plutôt que les idoles (1 Thes.1v9). 

En guise d’exemple notable, et comme en écho à David Foster Wallace, voici un penseur chrétien, le philosophe danois Søren Kierkegaard, qui estime « avoir servi la cause du christianisme, tout en y faisant (sa) propre éducation ». Cet auteur protestant [dont nous avons déjà parlé sur Pep’s café! le blogue], considéré comme étant « le père de l’existentialisme », voulait nous expliquer ainsi comment le travail de toute sa vie fut essentiellement un travail d’éducation.

Le portrait de cet « éducateur existentiel », réalisé par Maxime Valcourt-Blouin dans le numéro d’automne 2019 du magazine Le Verbe (2), nous apprend que « l’un des questionnements fondamentaux de Kierkegaard dans son œuvre est : « Qu’est-ce que communiquer ? » Ou, plus précisément : « Comment communique-t-on la vérité éthique et religieuse ? » La question de la communication n’était donc pas pour lui une simple question de curiosité, elle était au principe de tout un projet éducatif. Sa réponse était que la communication véritable est une communication de pouvoir, la transmission d’une capacité, du pouvoir de faire quelque chose… et non pas simplement l’acte de remplir une tête d’idées toutes faites. Mais de quel pouvoir s’agit-il quand on parle de vérité éthique et religieuse ? « La vérité est la subjectivité », selon Kierkegaard. Je suis moi-même dans la vérité, je suis moi-même « vrai », si ma vie s’accorde avec la Vérité avec un grand V. La vérité n’est donc pas une simple idée, mais bien la norme qui mesure mon existence. Elle est un idéal éthique et religieux. Pour un croyant comme Kierkegaard, il n’y avait pas de plus grand pouvoir, de plus grande capacité humaine que d’exister en toute vérité selon la Vérité éternelle. « Communiquer la vérité éthico-religieuse », l’enseigner, cela signifiait donc pour lui aider autrui à vivre selon Dieu.

Parce que Kierkegaard voulait toujours transmettre le pouvoir de vivre selon la vérité – et non pas simplement véhiculer des idées nouvelles au plus grand nombre –, il avait en profonde aversion le « public ». Il ne voulait jamais parler à un public, mais toujours à « cet individu qu’avec joie et reconnaissance [il] appelle [son] lecteur ». En d’autres termes, sa communication était toujours de personne à personne, et elle préférait toujours suggérer quelque chose de neuf plutôt qu’imposer une idée.

Dans ses textes, Kierkegaard ne cherche jamais à imposer son point de vue. « Sans autorité », se disant toujours lui-même simple disciple et apprenant, il use sans cesse de stratagèmes pour brouiller les pistes et faire prendre conscience que ce qui importe, ce n’est pas son point de vue, mais ce que son lecteur fait lui-même de ce qui est écrit. Ce dernier est ainsi toujours pris pour engager sa propre responsabilité et sa propre opinion à l’égard du texte, il doit toujours prendre une décision sur le sens définitif que les textes de Kierkegaard vont avoir pour lui et pour sa vie (….).

Si, dans son œuvre, Kierkegaard défend la cause de l’individu, c’est d’abord parce que, pour lui, chaque être humain est aimé d’un amour inconditionnel par son Créateur. La réalité de l’amour de Dieu et la possibilité de l’aimer en retour confèrent à l’existence individuelle toute sa valeur et sa dignité ; elles font de chaque être humain un être apte, par sa compréhension et son amour, à atteindre un rapport plénier avec cet amour premier qui fonde toute existence. Cette conviction profonde qu’avait Kierkegaard était pour lui la signification décisive, ultime, de l’existence. Et elle signifiait à ses yeux que chacun avait la tâche individuelle de s’approprier cette vérité de manière à se réaliser pleinement lui-même devant Dieu. Aider chacun à réaliser cette tâche, telle était la finalité ultime de l’éducation à laquelle il voua sa vie »(2). 

Au final, si Jésus-Christ « règne » de façon effective dans ce domaine de nos pensées, nous pouvons espérer vivre une libération (et/ou guérison) et une paix authentiques à ce sujet, pour vivre la « vie abondante » promise par Jésus (Jean 10v10).

Sur le même sujet, lire aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/09/integration-biblique-dans-les-ecoles-chretiennes-quelles-finalites/

Notes :

(1) A lire sur https://umanz.fr/essentiels/30/08/2019/cest-de-leau

(2) D’après Maxime Valcourt-Blouin. « Soren Kirkegaard, l’éducateur existentiel » IN magazine Le Verbe, automne 2019, pp 44-47.

Le Verbe.com témoigne de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. La joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste aux abonnés), un site web animé par une quarantaine de collaborateurs réguliers et une émission de radio hebdomadaire, On n’est pas du monde (diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion).

La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ?

I Got a Way · Nicolas Jorelle. Bande originale de « La faute à Rousseau », série tv en 8 épisodes diffusée sur France 2 du 17 février au 10 mars 2021. Avec Charlie DUPONT (Benjamin Rousseau), Anny DUPEREY (Eva Rousseau), Samira LACHHAB (Stéphanie Garnier), Louis DUNETON (Théo Rousseau), Esther VALDING (Emma)….

« La philosophie m’a rapproché de Dieu ».

C’est le titre d’un article que l’on peut lire sur le blogue jeunesse « La Rebellution »(1). L’auteur nous explique que la philosophie lui a apporté « des réponses à (ses) doutes et à (ses) questions » ; elle lui a permis « de mieux connaître », « adorer » et « aimer Dieu encore plus ». Gloire à Dieu ?

En vérité, son argumentation en 3 points, que j’ai trouvée peu convaincante, m’incite à poser la question…philosophique du jour : 

« La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ? » Vous avez cinq heures pour plancher !

« Qu’est-ce que la philosophie ? » C’est une première question à poser.

La philosophie, c’est « l’amour de la sagesse », qu’elle ne promet jamais d’atteindre ; philosopher, c’est « déconstruire » : débutant par l’étonnement, cette discipline spéculative est l’art de questionner et de problématiser sans cesse sur le monde, la connaissance et l’existence humaine.

De fait, loin d’apporter « des réponses » ou « LA » réponse définitive à nos doutes et à nos questions, ou à nous enseigner « un art de vivre » comme les « gourous » du développement personnel, la démarche philosophique véritable est à mille lieux de l’usage dogmatique de la réflexion, ou elle n’est pas. C’est un libre exercice de la pensée. Et le principe philosophique consiste à ne jamais cesser de dialoguer, ce qui est d’une certaine manière « biblique », puisque Dieu souhaite que le dialogue entre Lui et les humains ne s’arrête jamais et reprenne là où il s’est arrêté.

De même, le « vrai philosophe » est celui qui innove, inventant et forgeant des concepts susceptibles de donner un sens nouveau aux choses.  On ne doit pas le confondre avec « le moraliste », « l’érudit » ou « l’essayiste » [ce que sont certains « philosophes » médiatiques d’aujourd’hui],  qui ne font que synthétiser des idées élaborées avant eux ou en dehors d’eux, ou prétendant apporter des « recettes » de vie éthique. 

La philosophie est donc utile, et peut être passionnante, à condition de l’utiliser à bon escient, en étant conscient de ses limites et de sa finalité réelle.

Un chrétien, qui souhaite s’adonner à cette démarche spéculative, de réflexion critique, a normalement pour repère cet avertissement de l’apôtre Jean dans sa deuxième lettre : « Quiconque va trop avant [ou plus loin] et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu » (v9)

L’on reconnaîtra alors « le sage » comme celui qui « connaît ses limites », à l’instar de Job, dans le livre biblique éponyme : celui-ci réplique à ses amis venus « le consoler », mais ne parvenant qu’à l’accabler, « tout cela, je l’ai vu de mes yeux, mes oreilles l’ont entendu, et j’ai compris. Tout ce que vous savez, je le sais aussi, je ne suis pas plus bête que vous ».(Job 13v1-2). Mais face à Dieu….qui ne lui apportera d’ailleurs aucune réponse à ses questions, il ne peut que reconnaître : « Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises (…) Eh oui ! j’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. « Ecoute-moi », disais-je, « à moi la parole, je vais t’interroger et tu m’instruiras. » Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t’ont vu. Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre » (Job 42v1-6).

Mais la leçon ne s’arrête pas là : A la fin du livre, souligne l’écrivain napolitain Erri de Luca(2), Dieu reproche aux amis de Job de ne pas avoir parlé de lui « correctement », comme son « serviteur Job » (Job 42v7). Eux qui, pourtant, ont développé une vaste théologie, avec des concepts élaborés sur Dieu ! Les amis de Job ont offensé Dieu, car ils ne se sont pas adressé à Lui en tant que croyants, ou pour intercéder en faveur de leur ami souffrant dans l’épreuve, mais ont parlé de Dieu à la troisième personne, comme des avocats défendant un de leurs clients, se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine « orthodoxie ».

En revanche, Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire, a parlé correctement, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Et le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres [par exemple, les philosophes]. Ceux qui ne croient pas peuvent certes parler de Dieu, mais gardent la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation(2).

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

Ce n’est donc pas lire « de la bonne philosophie » [parce que les auteurs seraient « chrétiens » – certains sont influencés par Platon ou Aristote] nous parlant de Dieu, qui nous ramènera « forcément » à Dieu, pas plus que nous ne saurions prétendre « connaître » Dieu en l’enfermant dans des concepts ou des définitions.

Le chrétien, lecteur de la Bible avant la (« bonne ») philosophie (chrétienne ou non), sait normalement qu’il convient d’être prudent, vu que pour cette « sagesse » qui prétend embrasser par l’intelligence et la raison la totalité du réel, « la croix (de Christ) est une folie », mais pour « ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.

Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.(…..) Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages (….)afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur ».(1 Cor.1v18-31), Lui qui « est la vérité » et en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance »

Voir aussi 1 Cor.2 v1-9

Voir aussi, sur le même sujet, cette réponse du « répondant » sur le site « 1001 questions ».

Notes :

(1) Voir https://www.larebellution.com/2021/03/24/la-philosophie-ma-rapproche-de-dieu/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/22/croire-se-conjugue-au-participe-present/

« Baise ton prochain » ou les origines occultées et refoulées du capitalisme

« Baise ton prochain » ou « le premier commandement » d’un système économique.
(Source image : première de couverture de l’ouvrage de Dany-Robert Dufour)

Et si l’esprit du capitalisme n’était pas le puritanisme, mais au contraire l’hédonisme ? C’est ce qu’estime le philosophe Dany-Robert Dufour, auteur de « Baise ton prochain : une histoire souterraine du capitalisme » (Actes sud, 2019), un titre cru et cash pour un essai(1) qui nous propose de lever le voile sur les fondements idéologiques (et le « premier commandement ») d’un système économique qui l’est tout autant.

Vous connaissez le « Da Vinci Code », thriller qui raconte l’histoire d’un secret censé être gardé, faute de quoi les fondements de la civilisation occidentale seraient ébranlés ? Voici le « Mandeville Code », ou les « Recherches sur l’origine de la vertu morale » (1714) de Bernard Mandeville(2), livre occulté et refoulé qui apparaît comme « le logiciel caché » du capitalisme, un régime qui domine aujourd’hui entièrement le monde. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’un texte fondateur qui a réellement existé et dont les idées ont infusé toute la pensée économique libérale moderne, d’Adam Smith à Friedrich Hayek, en passant par Ayn Rand.

Bernard Mandeville (1670-1733), héritier d’une famille de médecins d’origine française, est né à Rotterdam en 1670. Il a suivi ses études à Leyde et obtenu son doctorat en philosophie en 1689 et son diplôme de médecine en 1691. Il est ensuite parti s’installer à Londres où il s’est fait connaître comme “médecin de l’âme” (cad “psy”).

A l’aube de la première révolution industrielle, en 1714, Bernard Mandeville écrit à Londres un court libelle sulfureux de 24 000 caractères (soit une douzaine de pages) intitulé « Enquiry into the Origin of Moral Virtue » (« Recherches sur les origines de la vertu morale »), en complément de sa fameuse « Fable des abeilles »(2), « le ruche riche », dont la morale se résume à « les vices privés font les vertus publiques ».

Dany-Robert Dufour a déjà longuement commenté la fable, notamment lorsqu’il a édité cinq textes de Mandeville, en 2017, précédés d’une longue présentation consacrée à sa biographie, sa pensée et sa réception. C’est à l’occasion des recherches approfondies alors entreprises qu’il découvre « les Recherches sur les origines de la vertu morale », au contenu littéralement explosif.

De quoi s’agit-il ?

Le plus beau mensonge que le Mandevil(le) tente de nous faire avaler : l’élection des « pires d’entre nous » serait, en réalité, le véritable « plan de Dieu » pour atteindre le paradis sur Terre et « libérer les richesses de c’pays » !
(Montage publié en 2016 sur ifunny.co)

Le mot d’ordre de Mandeville dans ce libelle est : « Fini l’amour du prochain ! Il confier le destin du monde aux pervers. » Pourquoi ? Parce qu’ils veulent « toujours plus plus plus » et n’hésiteront pas à s’enrichir pour leur propre compte, par tous les moyens. En faisant valoir leur pulsion d’avidité, ils seront utiles à toute la société. Car cela finira bien par ruisseler sur le reste de la population. Les pervers, pour Mandeville, sortiront le monde de son état de rareté et le mèneront à l’abondance. De là l’annonce de ce nouvel – ou de cet autre – « évangile » selon Mandeville : l’élection des « pires d’entre tous » serait, en réalité, le véritable « plan de Dieu » [Lequel serait « au contrôle » ?] pour atteindre ce paradis sur Terre !

Une idée qui fonde la théorie du « ruissellement », le « trickle down theory » (« les riches doivent devenir plus riches pour que les pauvres bénéficient des miettes »), et qui me rappelle la théologie dite « de la prospérité »(3).

Ceci dit, en dépit de son message visionnaire, ce libelle, « Les Recherches sur les origines de la vertu morale », est aujourd’hui complètement (ou presque) oublié.

En témoigne une recherche de Dany-Robert Dufour via Google Books, qui permet en effet de savoir combien de livres anciens ou modernes contiennent au moins une fois, en titre ou dans le texte, une occurrence précise. La requête (traitée en 0,84 seconde) révèle donc que 753 livres contiennent l’occurrence « Recherches sur l’origine de la vertu morale », associée au nom de “Mandeville”, ce qui est très peu. En comparaison, un autre écrit du XVIIIe siècle appartenant au même champ de pensée, par exemple Du contrat social de Rousseau, se trouve mentionné dans 146000 ouvrages. En somme, pour deux cents ouvrages mentionnant le texte de Rousseau, il n’en existe qu’un évoquant celui de Mandeville ! Le texte de Mandeville a donc occupé les esprits savants “deux cent fois moins” que celui de Rousseau !

Texte enfoui, donc. Mais surtout “occulté”, et même “refoulé” plusieurs fois :

Une première fois, parce que ses livres étaient tellement sulfureux qu’ils finirent, dès la seconde édition de 1723, au bûcher. Ses écrits furent considérés comme pernicieux et diaboliques, et condamnés par le “Grand Jury du Middlesex” en 1723, puis, après leur traduction en français en 1740, mis à l’index et brûlés à Paris par le bourreau en 1745. Pour couronner le tout, Mandeville devint « Man Devil », « l’homme du Diable ». Ce fut le plus grand scandale philosophique de l’Europe des Lumières. 

Il est clair que cet ensemble de thèses ne devait surtout pas être dévoilé au grand public car il divulgue la manipulation dont devait être victime le plus grand nombre.

Il en résulta un deuxièmement refoulement hors de la pensée légitime des œuvres de Mandeville, parce que ces écrits énoncent ce qui a été considéré comme une horreur morale, une vérité sur l’homme que l’homme ne veut pas entendre. 

Et c’est bien l’accès à une vérité encore jamais dite, in―ouïe auparavant, que promet le texte de Mandeville. Sauf que, pour y accéder, il faut passer par-delà ce que nous ne sommes pas prêts à entendre. Cet enseignement est donc réservé à un petit nombre d’hommes affranchis des préjugés moraux du commun et appelés en conséquence à tisser ensemble un puissant réseau ésotérique.

Parmi les contributeurs de ce refoulement, citons Adam Smith (1723-1790) qui fera « du Mandeville sans Mandeville » pour rendre ses idées présentables, tout en dénonçant son oeuvre comme « licencieuse », et bannissant le mot « vice » pour le remplacer par celui de « self love », plus neutre. Dans « la Théorie des sentiments moraux » (1759), il privilégie la notion de sympathie sans jamais dire comment cela se combine avec l’égoïsme impliqué par le self love(4). 

Plus d’un siècle après Smith, cette occultation sera parachevée par Max Weber, dans son fameux « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » (1904-1905, puis 1920). Le sociologue voyait l’origine du capitalisme dans l’éthique protestante, puritaine et ascétique, dans la mesure où les protestants pouvaient accumuler et devaient ne pas dépenser. Cette accumulation aurait permis le lancement du capitalisme. Or, l’examen des nombreuses sources de l’analyse de Max Weber nous révèle que le sociologue avait complément occulté Mandeville lors de ses enquêtes sur les courants protestants à partir du XVIIe siècle (calvinisme, piétisme, méthodisme et baptisme). Mandeville, pourtant un auteur majeur qui affichait son calvinisme et qui permet de remettre totalement en question la thèse de Max Weber(5) : ce n’est pas la vertu, mais le vice qui se trouve à l’origine du capitalisme(6).

« La théorie du Ruissellement expliquée par les chiens ». Dessin de Nicolas de la Casinière. Paru dans CQFD n°159 (novembre 2017), rubrique « Chien méchant ».

Trois siècles plus tard, le plan de Mandeville a réussi : en 2000, le monde est globalement 100 fois plus riche que celui de 1700. À ceci près que « le ruissellement » aurait tendance à couler à l’envers : les 1 % d’individus les plus riches possèdent désormais autant que les 99 % restants. D’autre part, pour que le Marché marche, il faut que tout ce qui peut être exploité le soit sans aucune retenue, avec pour résultat manifeste : un monde, réduit à n’être plus qu’un immense complexe de ressources à exploiter de façon rationnelle et industrielle, peu à peu sali et détruit irrémédiablement. Tel est le prix à payer de ce pacte avec le « Man Devil(le) ! Et le mensonge que « le malin » veut nous faire avaler !

 « Baise ton prochain », ce « premier commandement » de cet « Evangile » contraste de manière frappante avec « Fratelli tutti » (« Tous Frères »), la dernière encyclique du Pape François (octobre 2020), invitant à transcender « un monde de partenaires » pour mettre la fraternité en tête de nos priorités. En effet, constate le Pape, « dans dans un monde où apparaissent et grandissent constamment des groupes sociaux qui s’accrochent à une identité qui les sépare des autres », « la possibilité de se faire prochain est exclue, sauf de celui par qui on est assuré d’obtenir des avantages personnels. Ainsi le terme ‘‘prochain’’ perd tout son sens, et seul le mot ‘‘partenaire’’, l’associé pour des intérêts déterminés, a du sens« (7).  Le Pontife y affirme encore que “le marché à lui seul ne résout pas tout, même si, une fois encore, l’on veut nous faire croire à ce dogme de foi néolibéral. Il s’agit là d’une pensée pauvre, répétitive, qui propose toujours les mêmes recettes face à tous les défis qui se présentent”,  ajoutant que “le prétendu ruissellement ne résorbe pas l’inégalité, qu’il est la source de nouvelles formes de violence qui menacent le tissu social” (& 86). Encyclique à lire dans son intégralité ici.

Les chrétiens Protestants-Evangéliques, du moins ceux qui sont « solidement bibliques », savent normalement que « la cupidité est une idolâtrie », que les passions provoquent les conflits, que « greed is not good »(8), et que « l’autre Evangile » selon le Mandevil(le) ne saurait être celui de Jésus-Christ. Et encore moins « le plan de Dieu » ! Les chrétiens Evangéliques seront-ils « les premiers dans les bonnes oeuvres » pour sortir de cette forme perverse de civilisation, et témoigner à quel point l’Eglise est une éthique sociale ?

 

Notes :

(1) Lire les 20 premières pages de « Baise ton prochain » de Dany-Robert et voir la présentation de l’ouvrage par l’auteur, le 11 février 2020 dans le cadre des mardis de l’IEA, cycle de conférences oganisé par l’Institut d’Etudes Avancées, se déroulant au Lieu Unique à  Nantes. A lire également, cette autre présentation du livre ici.

(2) Lire la Fable des abeilles, suivie de Recherche sur l’origine de la vertu morale, de Mandeville

(3) Voir notre présentation de ce documentaire sur le sujet.

(4) Il est édifiant d’apprendre que c’est la lecture d’Adam Smith en 1838 qui aurait profondément influencé Darwin, lequel aurait tiré les idées de base de sa théorie de l’évolution de l’économique (cf https://www.contrepoints.org/2019/10/22/356218-charles-darwin-chainon-manquant-de-leconomie-politique)

(5) Thèse de Max Weber par ailleurs remise en question par les théologiens, les historiens et les sociologues aujourd’hui.

(6) Lire Dany-Robert Dufour : “Le vice, et non la vertu, est à l’origine du capitalisme” IN Marianne Magazine, 15 Nov 2019. Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire.

(7) Dans un tel schéma de pensée, une certaine théologie de la prospérité dénoncée plus haut, basée sur un mauvais calvinisme”(ou un calvinisme mal compris), et revisitée à l’heure du capitalisme outrancier, devient un opportunisme pour les croyants, où Dieu devient un simple associé, un banquier, « un partenaire » qui doit faire prospérer mes affaires.

(8) Dans une scène d’anthologie du film « Wall Street » d’Oliver Stone (1987), Gordon Gekko (joué par Michael Douglas) affirmait sans ambages que « la voracité est utile, l’avidité est bonne, la faim est un moteur ». Greed is good et sauvera les États-Unis ! [Du Mandeville dans le texte !] Cette scène, on le sait, est devenue mythique dans les années qui ont suivi, dans les milieux bancaires et d’affaires et dans les salles de cours des business schools. Alors que le film se voulait une critique de cette « culture de la voracité » et de son affirmation décomplexée dans l’Amérique des années Reagan, il en est devenu le symbole même – un peu comme Le Parrain et Al Pacino ont été appropriés par la mafia et lui ont servi en retour de modèles.

Dans une prestation télévisuelle presque aussi mythique que celle de Michael Douglas, l’économiste Milton Friedman présentait, en 1979, l’avidité comme l’expression d’une loi naturelle, celle de la maximisation de l’intérêt personnel – qu’il définissait comme le moteur de l’histoire humaine.
Suite à la pensée d’Adam Smith, « l’École de Chicago » (en économie) propose alors un programme théorique à la trilogie simple mais efficace – la seule responsabilité légitime du manager est de servir la maximisation de la valeur pour ses actionnaires, les marchés s’autorégulent et la main invisible transforme la somme de tous les égoïsmes individuels en intérêt général.  Dans les années qui suivront, cette trilogie théorique en viendra à progressivement structurer le contenu de la formation dans les départements d’économie et dans les écoles de commerce (à travers la théorie de l’agence entre autres).
(Source : cet article publié sur The Conversation)