Le Livre nécessaire

Le Livre nécessaire, ni plus, ni moins….

Au hasard d’une de ses déambulations, un personnage d’écrivain du roman « le scorpion ou la confession imaginaire » d’Albert Memmi tombe sur « un livre relié en cuir doré, 1708, et par privilège du Roy », dont le titre lui donne un « coup au coeur : le livre nécessaire, ni plus ni moins ». Sans discuter, il paye « le prix demandé par le brocanteur, beaucoup trop élevé, sûrement un prix de marchandage, et (l’emporte) comme un voleur ». Et, raconte-t-il, « j’étais si troublé que je me refusai à l’ouvrir, pendant tout le trajet du retour, avant de me trouver entre les quatre murs de ma chambre : mon dépit fut à la hauteur de mon émotion :

C’était un livre de comptes ! Livre nécessaire pour les comptables, notaires, procureurs, négociants, trésoriers ou caissiers, et généralement à toute sorte de conditions, parce qu’en toute sorte de conditions, on est sujet à emprunter ou à prêter de l’argent à intérêt….. Il ne contenait rien d’autre que des colonnes de chiffres, tout le long de toute ses pages, que je vérifiai l’une après l’autre, jusqu’à ce que ma déception me l’eût fait rageusement jeter sur ma table.

Mais il y est encore, comme un rappel. Après tout, l’auteur n’avait pas tort : c’est peut-être le seul genre de livre indiscutablement nécessaire (…)

C’est vrai que j’avais cru découvrir ma solution dans la littérature, et c’est vrai que j’avais ainsi esquivé les questions les plus terrifiantes. Pourquoi suis-je ce que je suis ? Pourquoi ce monde ? Pourquoi vivre ?…C’était cela que vivait le jeune homme devant moi. C’étaient des réponses qu’il était venu chercher, malgré tout, dans une dernière tentative, parce que j’avais été son maître, et parce que je l’avais aidé (!) à formuler ces questions. Que lui répondre (…) ? Il aurait fallu que je réussisse mon LIVRE NECESSAIRE. »

 

(Le Scorpion ou la confession imaginaire, d’Albert Memmi. Gallimard, 1986. Folio, pp 237-238)

Quand un « quand » a retourné la manière de penser d’un penseur (Kierkegaard)

Quand, « comme homme, notre penseur est (devenu) mûr pour la vie.. » (Kierkegaard)
Image : Auguste Rodin, le penseur (1881-1882). Sculpture (bronze). Source : Wikipedia

Toutes choses concourent à notre bien, « quand » nous aimons Dieu [d’après Rom.8v28] : telle est l’une des « pensées qui attaquent dans le dos » de Søren Kierkegaard (1813-1855).

Et ce dernier de nous inviter à imaginer « un homme aux dons intellectuels plus qu’extraordinaires, s’il se peut ». Ce penseur « a scruté la nature de Dieu et reconnu qu’il est amour ; il a étudié ce qui en découle et vu qu’ainsi, le monde doit être le meilleur possible et que toutes choses concourent au bien. Et il a déposé le résultat de ses recherches dans un livre dont on fait la propriété et l’orgueil de toute l’humanité ; il est traduit dans toutes les langues, cité à tout propos par les savants ; les professeurs en font la base de leur enseignement et les prêtres en tirent leurs preuves. Ce penseur a jusqu’alors vécu pour ainsi dire dans l’ignorance du monde, dans un calme favorable et d’ailleurs indispensable à la recherche scientifique.

Un beau jour, il doit prendre une décision, agir dans une circonstance difficile et à un moment critique et cette décision en entraîne une suite d’autres auxquelles il ne s’est pas le moins du monde attendu et qui le jettent avec d’autres dans la misère. Cette situation est le fruit de son action et pourtant, il est convaincu qu’il ne pouvait agir autrement, qu’il n’a agi qu’après le plus scrupuleux examen. Il n’est donc pas ici question d’un malheur, mais bien de sa faute, tout en se sachant innocent. Il est maintenant blessé ; un doute s’éveille en son âme ; il se demande si cette aventure peut également concourir à son bien et ce doute prend tout de suite en lui, qui est penseur, un sens intellectuel : il se demande si Dieu est aussi amour, car chez le croyant, le doute prend une autre direction, celle de la préoccupation de soi. Cependant, le souci prend sur lui un empire croissant ; à la fin, il ne sait plus où il en est. En cet état, il s’adresse à un prêtre qui ne le connaît pas personnellement. Il s’ouvre à lui, attend consolation. Le prêtre, qui est de son temps et quelque peu penseur, veut alors lui prouver que cette aventure doit aussi être la meilleure chose qui ait pu lui arriver et qu’elle doit concourir à son bien, puisque Dieu est amour ; mais il comprend vite qu’il n’est pas capable de soutenir la controverse avec cet inconnu. Et l’homme de Dieu, après quelques vaines tentatives, finit par conclure : vraiment, je ne vois plus qu’un moyen : il y a sur l’amour de Dieu un ouvrage écrit par un tel ; lisez-le, étudiez-le ; s’il ne peut vous tirer d’affaire, personne ne pourra vous aider. Mais l’inconnu lui répond : c’est moi qui suis l’auteur de cet ouvrage.

Ce que notre penseur avait écrit dans son livre était sans doute excellent ; qui oserait en douter et sans doute aussi, ce qu’il avait pensé de Dieu était vrai et profond. Mais il ne s’était pas compris lui-même ; jusqu’alors, il avait vécu dans l’illusion que, une fois prouvé que Dieu est amour, il va de soi que toi et moi le croyons. Comme penseur, il a peut-être eu la foi en très médiocre considération jusqu’à ce que, comme homme, il eût appris à avoir un peu moins de considération pour la pensée, surtout pour la pensée pure.

Il a retourné sa manière de voir [ce qui s’appelle « métanoïa », « conversion »), changé sa méthode. Il n’a pas dit ; Dieu est amour donc toutes choses doivent concourir au bien d’un homme, mais : quand je crois que Dieu est amour, toutes choses concourent à mon bien. Et ce qui a tout retourné à ses yeux, c’est ce quand. Comme homme, notre penseur est désormais mûr pour la vie ; car jusqu’à ce moment, il y avait bien eu en lui quelque chose d’inhumain.

On reçoit tout petit le nom que l’on gardera toute sa vie ; il en est de même de se heurter une fois dans sa vie de façon décisive, éternelle, à ce « quand » et d’en venir ainsi à aimer Dieu….. »

(Kierkegaard, Søren. Toutes choses concourent à notre bien quand nous aimons Dieu IN Pensées qui attaquent dans le dos. Editions Première Parties, 2014, pp 76-79. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, ici ou )

 

 

« L’Europe s’est formée et reformée sur des conflits fondateurs » : Entretien avec Olivier Abel, professeur de philosophie

« Europe peut d’un instant à l’autre découvrir qu’elle n’est accrochée à rien, et sombrer dans les flots« (Olivier Abel).

Aujourd’hui, nous recevons, pour la première fois sur Pep’s café, Olivier Abel, auteur du « Vertige de l’Europe », paru chez Labor et Fides en avril 2019. Qu’il soit remercié pour avoir joué le jeu des questions/réponses. C’est là l’occasion de s’intéresser au passé, au présent et au futur de l’Europe, notre Europe, d’autant plus que les Européens éliront leurs députés au Parlement, du 23 au 26 mai 2019. En France, ces élections aux enjeux majeurs auront lieu le dimanche 26 mai. Les électeurs nationaux se sentent généralement peu concernés (42,61% de taux de participation aux élections européennes de 2014). Pourtant, les politiques et les loi adoptées au niveau européen auront un effet direct sur les cadres légaux nationaux, notamment pour les politiques d’asile et de migration, l’emploi, l’environnement, le libre-échange, l’alimentation, la santé…Mais le scrutin peut aussi, sur fond de montée des extrêmes, avoir de grandes conséquences sur l’avenir de l’Europe et de ses valeurs.

 

Bonjour Olivier, peux-tu te présenter ?

Je suis professeur de philosophie éthique à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier, après avoir enseigné 30 ans à l’Institut Protestant de Théologie de Paris, et auparavant au Tchad et quelques années à Istanbul. Cela fait plus de 40 ans que j’enseigne.

1) Comment justifie-tu « le vertige de l’Europe », ton récent ouvrage (avril 2019) foisonnant d’idées, après « la justification de l’Europe » (ton « essai d’éthique européenne » de 1992) – l’un et l’autre paru chez Labor et Fides ?

Les deux ouvrages sont au fond des « Essais d’éthique européenne », et le second est un approfondissement du premier, mais dans une ambiance incontestablement plus sombre. En trente ans, ce que j’appelais La justification de l’Europe a bien changé. La construction européenne s’est réduite à un système de protections, hérissé d’identités simplistes et noyé par un scepticisme néolibéral qui met tout au format d’opinions équivalentes. L’Europe est sur la défensive, sur tous les fronts, et manque de confiance en elle. Il m’a paru urgent, derrière les émois politiques de surface, de ne pas abandonner la question de l’identité aux identitaires de tout poils, et de reprendre la question de fond : qui sommes nous ? D’où venons nous ? Impossible de lever les yeux vers là où nous voulons aller sans revenir, et nous interroger sur le pourquoi en sommes nous là, pourquoi rester ensemble.. Bref quelles sont nos affirmations, nos approbations, nos orientations profondes. Le vertige de l’Europe déplore une construction européenne qui a supposé une sorte d’union, sinon de communion, qui en fait ne sont l’objet d’aucune attention, d’aucun soin, d’aucun travail sur nos conflits, et qui ne sont finalement rien : elle s’est construite sur un vide. On marche mal sur le vide !

2) Comment et pourquoi s’est effectué ce choix du tableau de Félix Valloton (1908), lequel traduit un déséquilibre et un malaise certain, et dont la composition rappelle celle du Titien en 1562, en guise d’illustration de couverture de ton livre ? 

Tu as raison, chaque figure renvoie à une histoire des figurations semblables. Il y a d’abord que j’aime Felix Valloton, sa perception des choses et que cette figure de la jeune Europe accrochée aux cornes de son Zeus de taureau est belle, qu’elle donne à penser. D’abord Europe vient d’ailleurs, sa provenance n’est pas autochtone, c’est un point important pour l’identité — et le rejet de la culture biblique dans la culture européenne actuelle est comme un déni de cela. Ensuite elle est accrochée aux cornes d’une divinité, dont on ne sait pas si elle existe, elle peut d’un instant à l’autre découvrir qu’elle n’est accrochée à rien, et sombrer dans les flots. Enfin cela me fait penser aux jeunes africains qui volent vers l’Europe sur des embarcations qui existent à peine, accroché aux cornes d’un rêve auquel nous mêmes ne croyons plus.

3) Tu présentes ton livre comme « une interrogation sur l’Europe, une déconstruction de l’idée d’Europe, qu’il faut certes critiquer dans ses oeuvres comme dans ses intentions, mais que l’on ne saurait sans risque laisser orwelliser dans le rejet de l’Occident ». Que veux-tu dire par cette expression « orwelliser » l’Europe ? 

Il y a des époques où le présent a été écrasé par le poids du passé, des traditions, de l’héritage. Je crois qu’aujourd’hui c’est l’inverse : le passé est très faible, et jamais sans doute le « présent » de nos sociétés en guerre (guerre économique, guerre des imaginaires) n’a été aussi puissant, capable de rayer jusqu’aux traces du passé, capable de le reconstruire à volonté, de le refabriquer complètement. À propos du passé chrétien, il ne s’agit justement pas de l’idéaliser dans une sorte d’identité mystique toute heureuse ! Mais il ne s’agit pas non plus de l’ « orwelliser » : Milan Kundera reprochait à Orwell d’avoir une manière totalitaire de parler du monde totalitaire, et préférait Kafka, montrant au milieu de l’absurde procès, de sa révoltante injustice, des scènes quotidiennes, ordinaires, remplies de vie, de confiance, de promesses. Comment faire mutuellement place à la diversité, à la délicate complexité de nos héritages, de nos perceptions, de nos attentes ? Oui, nous avons laissé «orwelliser» certains passés, le passé colonial, le passé catholique, le passé chrétien, désormais à la fois occultés dans un amalgame totalitaire, dissimulés, défigurés, et je dirai enterrés vifs dans ce qu’ils avaient aussi de prometteur, et simplement de vécu : c’est historiquement faux, et politiquement décourageant, car on ne peut plus prendre appui sur rien dans le passé, sinon sur un imaginaire amnésique et plaqué, qui empêche d’ailleurs toute véritable critique.

Comment alors opérer ce droit d’inventaire ?

Le problème c’est l’effondrement d’un espace public commun dans lequel ce conflit des mémoires pourrait s’installer et trouver place, s’apaiser jusque dans la conversation ordinaire. La peur du conflit fait qu’on attend seulement de l’usure du temps la solution pour les mémoires blessées (qui sont à nouveau blessées par la représentation du passé qui en est donné). Ce qui fait que les mémoires qui constituent l’Europe, loin de faire ce travail partagé d’inventaire critique dans lequel on entend ce que les autres ont à dire et réciproquement, se murent et s’enferment dans une identité mémorielle muette et bloquée, ou se perdent dans la surenchère de la compétition mémorielle.

4) Tu t’attardes sur ce qui fait « l’ethos européen » et soulignes que le « noyau éthico-mythique » (pour reprendre une expression de Paul Ricoeur) de l’Europe « a été mis en mouvement » par un « pluralisme éthique (ou un désaccord) fondateur ». Que veux-tu dire par là ? N’est-ce pas paradoxal et contradictoire ? 

Oui, je tiens beaucoup à cette expression de « noyau éthico-mythique » proposée par Ricœur. Ce que je développais déjà dans La justification de l’Europe, et que j’avais repris dans divers débats, avec des intellectuels turcs notamment ou chinois, c’est que l’ethos européen est foncièrement un mixte. Un mixte gréco-biblique, par exemple, mais aussi gréco-romain (il ne faut pas confondre les deux !), un mixte judéo-chrétien (là aussi il y a un différend profond qu’il faut comprendre et honorer), un mixte catholique-protestant, etc. Mais loin de prendre soin de ces différends qui forment son moteur, l’Europe, épuisée peut-être par ses guerres intestines, n’a cessé d’évacuer, d’évider, d’énucléer, son « noyau », qui n’était pas purement évangélique, bien sûr, mais où les sources bibliques s’étaient mêlées à d’autres sources, antiques, médiévales, à la Renaissance, la Réforme et la Contre-Réforme, les Lumières, le Romantisme, etc. Et ces sources sont inachevées, d’autres flots viennent se joindre à cette identité inachevée. Oui, cela semble paradoxal, mais il me semble que l’Europe s’est formée et reformée dans une série de conflits fondateurs, où aucune des forces en présence ne l’a emporté complètement, ce qui a obligé l’Europe à faire cohabiter des orientations hétérogènes, et c’est son dynamisme.

4b) Dès lors, si je te comprends bien, il ne serait pas question de nous laisser enfermer dans l’alternative « pour ou contre » l’Europe, ou dans de fausses alternatives entre ce que tu qualifies de « rationalité normative, standardisante et technocratique » d’inspiration néo-libérale actuellement dominante et « l’irrationnel démagogique de la manipulation des peurs » ou replis identitaires et démagogies nationalistes : ce qui nous manque, selon toi, ce serait de confronter plusieurs visions et traditions de l’Europe, qui poursuivent chacune une cohérence désirable, et qui se corrigent mutuellement.  Ce type de débat est-il actuellement ouvert ? Comment le rendre productif et fécond ?

Oui, je trouve lamentable ce débat rituel pour ou contre l’Europe, sans qu’il y ait le moindre débat sur la question de savoir de quelle Europe on parle ! Ce qu’il nous faudrait, ce serait des visions différentes de l’Europe, portées par des partis d’échelle européenne, et non pas nationales. Je ne voudrais pas me substituer à ce qui pourrait émerger d’un espace public européen qui entrerait en discussion sur ce que nous voudrions. Mais il est certains que nous voulons des choses différentes, et même contradictoires, et c’est ce débat sur les visées et les priorités de l’Europe qu’il nous faut organiser.

4c) Il s’agit aussi, comme tu l’écris, de « remettre au centre le questionnement », car « c’est par ce geste interrogatif que l’Europe affrontera la crise identitaire » : l’identité européenne serait-elle donc « interrogative » ou ne serait pas ? Jusqu’à quand ?

Cela c’est mon côté philosophe : je pense que ce que la remise au centre, à équidistance de tous (et sans que nul n’en puisse garder le monopole), du droit de questionner, c’est ce que l’Europe garde du socratisme, c’est à dire du geste initial de la philosophie, geste lui-même d’origine non philosophique, car il est archaïque ce cercle des citoyens dans un espace lui-même circulaire, où chacun tour à tour s’avance pour donner son avis. Cela donne une configuration démocratique, au sens radical du terme, sans cesse à réformer, qui est pour moi celle figurée sur le drapeau européen !

Quelle place pour les certitudes, les absolus, dans « ce geste interrogatif » ?

Tu me demandes jusqu’à quand « ce geste interrogatif » ? N’y a-t-il aucun absolu, aucune limite à ce geste ? J’ai envie de dire que non, ce geste est proprement infini, incessant, sans limite, et c’est cet infini questionnement qui donne sa forme à l’esprit européen. Dans le même temps, je voudrais dire, non plus en philosophe mais en théologien, que le seul absolu c’est Dieu. Ce n’est pas contradictoire pour moi, car c’est par ce Dieu seul absolu que tout le reste est désabsolutisé : nous ne pouvons nous faire une idole ni de la technique, ni de la nature, ni de l’Etat, ni de la science, ni de l’Histoire, etc. bref de rien. La confiance en Dieu nous permet d’interroger librement le monde.

Ce qui serait bon pour l’Europe est-il bon pour le reste du monde ?

C’est une question très juste. Il y a un profond ethnocentrisme européen, qui s’est longtemps cru le centre du monde, et longtemps estimée seule porteuse d’une culture universelle. Cette posture est d’autant plus dangereuse qu’aujourd’hui elle peut s’inverser dans la figure inverse : la civilisation européenne et occidentale est vue comme l’origine de tous les maux : colonialisme et impérialisme, destruction des autres cultures, jadis, ravages écologiques et nihilisme, aujourd’hui. Autrefois on parlait de la question orientale, aujourd’hui de la question occidentale ! Le problème est précisément que la découverte de la pluralité des civilisations est justement contemporaine du deuil de la prétention à avoir le monopole de la civilisation, et que ce deuil peut déterminer soit un raidissement dogmatique ou fondamentaliste, par lequel on s’enferme dans la prétention à avoir seul la vérité, soit à l’inverse dans un scepticisme, un relativisme, ce que Ricœur appelle un nihilisme, qui vide le noyau, le cœur de nos cultures — mon idée est que le cœur de nos cultures est d’abord cultuel, mais que la diversité des manières de rendre grâce, des formes de cultes, est au cœur de la pluralité des humanités. Nous ne connaissons l’humanité qu’au travers d’humanités, de langues et de cultes divers.

5) La suite logique d’un tel débat serait-elle les « Etats pluriels » d’Europe (où placer la capitale ?), plutôt que les « Etats-Unis » d’Europe ? Comment, concrètement, aller au bout de cette logique plurielle et construire l’Europe sur ce « désaccord fondateur » ? A quelle fin ?

Là aussi c’est une question qui me dépasse, c’est à voir ensemble, et il y a une véritable imagination institutionnelle déjà à l’œuvre, qui doit être prolongée et amplifiée. Mais la formule « Etats pluriels d’Europe » me plaît beaucoup : nous pouvons et devons aller bien plus loin dans le pluralisme politique, et c’est la quadrature du cercle, en même temps créer un espace avec des droits libertés, mais aussi des droits sociaux communs, coordonnés, et un espace respectueux et même favorable à la diversité des formes de vie, qui sont transmises dans des milieux familiaux, communautaires, qui ne peuvent que se dissoudre dans un formatage libéral et hyper-individualiste. Cela suppose en effet de ne pas avoir peur de rouvrir nos traditions, et ce que j’appelle nos conflits fondateurs. En ce sens pour moi le « Canon » des Ecritures bibliques est une magnifique illustration de cette imagination instituante, qui a su canoniser ensemble des Livres, des genres littéraires, et même des théologies différentes, pour les amener à témoigner ensemble, à s’admonester fraternellement, dans leur diversité et leur cohérence.

6) Comment, étant « sel et lumière », les chrétiens peuvent-ils se positionner dans ce débat, sachant que certains peuvent être séduits par l’une ou l’autre des alternatives piégées soulignées plus haut ?

Les chrétiens ne peuvent certes pas laisser dire que le christianisme est la culture de l’Europe ! D’abord le christianisme est vivant, depuis toujours et aujourd’hui plus que jamais dans bien d’autres contrées et pays que l’Europe, et nous avons besoin de toutes ces formes de christianisme qui ont su parler à des cultures et des époques différentes, nous leur devons un immense respect. Ensuite le christianisme n’est pas une culture, n’est pas une civilisation : c’est une foi capable de transcender et de traverser, de bouleverser et de réorienter, n’importe quelle culture et civilisation… Cependant il y a une tradition de l’Europe chrétienne, ou plutôt une longue histoire tissée de plusieurs traditions à la fois successives et simultanées, qui ont aussi chacune leur styles de traditionalité. Pour parler à très gros traits, je pense qu’entre les protestantismes américain et européen, ou bien européens et africains, il y a, plus profondément que des divergences théologiques, ou politiques ou morales, des différences de styles, presque des différences d’esthétique qui font qu’ils ne se comprennent pas — et ne comprennent pas qu’ils sont amenés à témoigner dans des situations profondément différentes, devant des auditoires différents. Le pire des témoignages serait de croire que le nôtre est le seul, ou le meilleur ! et de mépriser les autres.

7) Comment vois-tu l’accueil de ton livre, notamment à l’approche des Européennes ?

Je n’en sais rien, c’est une goutte d’eau dans l’océan des paroles, mais je voudrais tenter de tenir ma voix dans ce chœur, car je pense que « nous » (je veux dire ici les protestants français, dans notre situation minoritaire et mixte à bien des égards) sommes placés d’une manière à voir des choses qui passent trop souvent inaperçues, et qui sont pourtant importantes à redire pour rouvrir des promesses fondatrices pour notre petit coin du monde, et en tenir le cap.

 

Ce sera le mot de la fin ! Merci à toi et puisse ta voix « porter dans ce choeur » !

 

 

« Rendre productifs les conflits : mission (im)possible ? » Olivier Abel au 8ème Salon de l’Education chrétienne

Comment tirer le meilleur du conflit ? Avec Olivier Abel, dans le cadre du 8ème Salon de l’Education chrétienne (13 avril 2019), consacré à l’éducation à la paix. Source : ADMUE

Comment tirer le meilleur du conflit ? Ne manquez pas la première plénière du 8e Salon de l’Education Chrétienne, animée par Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique et qui débutera samedi 13 avril, à 9h30 !

Vous êtes jeunes adultes, parents, grands-parents, acteurs de l’éducation ou de l’instruction, professionnels, les inscriptions des adultes sont individuelles, gratuites (libre participation aux frais) et obligatoires avant le 8 avril. Voir ici.

Pensez à inscrire aussi vos enfants de 3 à 12 ans aux animations prévues, si vous souhaitez qu’ils y participent !

Et, en ouverture du Salon, retrouvez le spectacle unique et original de « Madame la Pasteure » ! Destiné à tous les publics, dès 10 ans jusqu’à 90 ans, il met en scène des personnages et événements de l’Ancien et du Nouveau Testament, transposés dans le cadre des années 2010 ! Peut-on faire rire en parlant de Dieu? Venez voir par vous-même le vendredi soir 12 avril !

Informations et programme détaillé ici.

« Foireux liens » de janvier (31) : couvertures médiatiques

Les « Foireux liens » de janvier 2019 : des débats, des interrogations métaphysiques, philosophiques et éthiques…

Janvier se termine avec une nouvelle édition de nos « Foireux liens ». Au menu, des débats, des interrogations métaphysiques, philosophiques et éthiques….Bonnes lectures et bonnes réflexions pour de bonnes actions !

1)En quête avec les mages

 Alors que nous entrons dans une nouvelle année, Philippe Golaz nous invite à faire ensemble un bilan de santé spirituelle. En nous appuyant sur le récit des mages (Mt 2:1-12), voici 4 questions pour commencer la nouvelle année.

2) Pour 2019, acceptons d’être fragiles

Pour le philosophe Olivier Abel, il nous faut sortie de la triple ornière sécuritaire, consumériste et identitaire.

3) 2019, quelle réforme sur la loi de 1905 ?

La loi de 1905 est une loi en 44 articles. Ce sont les articles 18 à 44 qui spécifient le régime des cultes, et qui devraient changer. Au cœur de la réforme proposée par l’exécutif : l’argent. Au final, quels avantages pour une nouvelle forme de contrôle ?

Voir aussi : https://www.lejdd.fr/Politique/laicite-macron-veut-modifier-la-loi-de-1905-et-voici-comment-3793988

4) La question métaphysique du mois : Peut on encore décider et avons nous le libre arbitre ?

« ….puisque l’intelligence artificielle et nos applications qui nous mesurent prennent une importance dans nos choix de vie, peut on encore décider et avons nous le libre arbitre ? Le sujet est subtil car en tant qu’être humain nous pensons maîtriser les choses ».

5)La question métaphysique du mois (bis) : « qui suis-je , » et « qui est Dieu ? »

Ou si dans un mot fléché, on vous demande « Crise d’identité en 5 lettres », essayez « Moïse » !

6) La question philosophique du mois : Que penser de la « violence institutionnelle »? Ou nous faut-il condamner les violences – qu’elles soient « jaunes » ou « bleues » ? Salutaire, quand un supposé « philosophe médiatique »  donne son sentiment sur les émeutes de Gilets jaunes sur Radio classique, le 07/01/19, de la façon sidérante suivante : « que (les policiers) se servent de leurs armes une bonne fois, écoutez, ça suffit ! » et « on a, je crois, la quatrième armée du monde : elle est capable de mettre fin à ces saloperies, faut dire les choses comme elles sont ! »

7) « La République des RIC » ou « Gilets jaunes » et Référendum d’Initiatives Citoyenne

Partie d’une opposition à la taxation des carburants, la protestation des « gilets jaunes » a débouché sur la revendication de référendum d’initiative citoyenne (RIC). Les médias y ont trouvé un nouveau sujet pour nourrir les antennes. Les partis politiques ont approuvé ou réservé leur réponse. Qui oserait dire tout haut qu’il s’oppose à la participation la plus directe, la plus étroite des citoyens à la chose politique ? Nul élu ne s’y aventurerait alors qu’il dépend des électeurs. Ni même les médias, qui voient les citoyens sous l’espèce de consommateurs. On voudrait bien qu’il s’agisse de propositions sincères, reposant sur des conceptions rigoureuses d’un progrès démocratique. On craint qu’il ne s’agisse souvent que d’opportunisme, de concessions pour calmer la protestation, comme autrefois les commissions d’enquête parlementaire. Il ne faudrait pas cependant oublier l’hostilité traditionnelle des républicains français à la procédure référendaire.

8) Grand débat national

La violence constatée en France depuis plusieurs semaines pousse le gouvernement à organiser un grand débat national (le tout premier dans notre pays), dont il a choisi d’imposer les sujets : fiscalités et dépenses publiques, organisation de l’Etat et des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté. Il se tient du 15 janvier au 15 mars 2019. Cela servira-t-il à quelque chose, vu, comme le précise le porte-parole du gouvernement, qu’il ne s’agira pas « de revenir sur des avancées dans notre droit, que ce soit l’IVG, la peine de mort, le mariage pour tous » ? Et quand, par exemple, le gouvernement « réduit la question environnementale à des choix binaires »A quoi peut bien ressembler « cette liberté d’expression sans expression libre ? » se questionne le CPDH. 

9) Impact sur l’environnement d’un Internet quotidien : des chiffres aux gestes

Depuis une dizaine d’années, les études relatives à l’impact environnemental des technologies numériques de l’information et de la communication se multiplient. Les effets bénéfiques de ces technologies sur l’environnement sont mis en avant, certes, mais plus globalement c’est l’impact négatif qui revient, les effets bénéfiques apparaissant comme particulièrement maigres.

10) Arrêt sur images interpelle la direction de BFMTV

Arrêt sur Images s’est procuré le compte-rendu d’une réunion entre des représentants des journalistes et la direction de BFMTV qui remonte à fin novembre. Les tensions sur la couverture des Gilets jaunes étaient déjà vives, mais les attentes de la rédaction sont restées quasiment lettre morte.

11) Des patients et des soignants furieux de la couverture médiatique de leur journée d’action 

Le 22 janvier, des centaines de soignants de la psychiatrie et des membres d’associations de patients manifestaient à Paris pour demander des moyens et du personnel pour le soin psychiatrique. Cela fait des mois qu’un mouvement social d’ampleur secoue le secteur. Les initiateurs de ce mouvement se disent « furieux du traitement médiatique qui a été réservé à la manifestation nationale » du 22 janvier. Ils regrettent la mise en avant dans les médias de psychiatres partisans d’une psychiatrie centrée sur le médical, les médicaments et les neurosciences alors même que les participants au mouvement privilégient une idée du soin basé sur le lien social. Basta ! publie ici leur tribune.

12) Italie : le techno-populisme au pouvoir

Le Mouvement 5 étoiles, aujourd’hui au pouvoir en Italie, a fait du numérique le cœur de son projet politique, avec la promesse d’émanciper le plus grand nombre grâce aux technologies numériques. Quels sont les ressorts et les limites de ce « digitalisme politique » ?

13) Brésil : la vague réactionnaire. Entretien avec João Sette Whitaker Ferreira ou « Bolsonaro n’est pas un président d’extrême droite », mais….

Absence de culture politique, faiblesse des institutions, poids des inégalités et de la corruption : l’urbaniste João Whitaker expose dans cet entretien les causes de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite au Brésil.« (Bolsonaro) n’a pas de vision politique cohérente. Il porte un projet ultra libéral, car le principal artisan de sa campagne a été Paulo Guedes, un Chicago boy qui est devenu son « super ministre » de l’Économie. Il porte un projet ultra légaliste, car il a nommé Sérgio Moro, le juge responsable de l’opération anti-corruption Lava Jato et de l’emprisonnement de Lula, « super ministre » de la Justice. Et il porte le projet nationaliste et développementaliste des militaires. Ces trois groupes poursuivent des intérêts distincts et en partie contradictoires. Bolsonaro, lui, n’est rien. Il est parvenu au pouvoir grâce à un concours de circonstances et une grande habilité à manipuler. Sans compter la fraude électorale, avec l’achat d’envois massifs de messages sur le réseau social WhatsApp par des entreprises privées ».

14) « Quand Trump débite des âneries pendant le shutdown, ne croyez pas qu’il ne sait pas ce qu’il fait »

Le plus long shutdown* de l’histoire des USA (qui a débuté le 22/12/18) est terminé, au moins pour les trois prochaines semaines. Mais ne nous en méfions pas moins « des contes de fées racontés par de vieux bonhommes », lesquels appellent de leurs voeux une Amérique où tout le monde se débrouillerait avec l’aide du voisin (et où « il n’y aurait qu’à » collaborer avec « son épicier affable » et les banques), mais sûrement pas avec celle du gouvernement fédéral ; des contes de fées illustrant une vision d’un monde « divisé en deux catégories » : d’un côté de l’élite, les «personnes qui font», c’est-à-dire qui travaillent et gagnent bien leur vie, et de l’autre des «personnes qui prennent», comprendre « ces assistés » qui dépendent de l’aide publique pour vivre. 

* « shutdown » ou « fermeture » : mesure prévue par la Constitution américaine lorsque le Congrès ne parvient pas à voter le Budget. Le gouvernement américain est alors en incapacité de payer son administration. Les fonctionnaires « qui ne sont pas essentiels » sont mis au chômage technique et les agences fédérales sont paralysées. Avec des conséquences bien réelles pour de nombreux Américains. Environ 800,000 employés fédéraux se sont retrouvés au chômage technique ou, pour ceux dont le travail est considéré comme essentiel, sont obligés de travailler sans être payés. les principales agences concernées étaient : Département de la Sécurité Intérieure, Département d’Etat, Département de la Justice, Département du Trésor, Département du Commerce, Département du Logement, Département de l’Intérieur, Département des Transports, Département de l’Agriculture, Agence de protection de l’environnement, Food and Drug Administration et NASA. Le président Trump avait réclamé auprès du Congrès (qui a refusé) 5,7 milliards de dollars pour financer sa promesse de mur. 

15) Le Bon combat : Justifications suite à la polémique sur la photo de Marcello Tunasi

Mardi 08 janvier, paraît sur Le Bon Combat un épisode de Coram Deo, intitulé « Le pasteur superstar en question », portant sur « les défis du pasteur qui expérimente succès et célébrité, et sur les défis de celui qui n’expérimente pas ». Cependant,  fallait-il “dépersonnaliser” l’article en y mettant une photo neutre, ou choisir de l’ »incarner” en y plaçant la photo « d’un pasteur objectivement célèbre, puisque le thème du podcast s’étend largement sur la notion de célebrité pastorale » ? Guillaume a « choisi la deuxième option, un procédé courant sur Le Bon Combat (et ailleurs) qui rend les articles “tangibles” pour de nombreux auditeurs », ce qui a fait couler beaucoup d’encre numérique et suscité un certain nombre de réactions que ce le pasteur-théologien blogueur a estimé « disproportionnées ». Ce dernier revient sur cet incident pas si étrange dans un billet aux allures de justification. Car, quoiqu’il en dise (« non, ce n’est pas du clickbait -« piège à clics » ou « appât à clics »- mais de la personnalisation »), ce procédé soulève tout de même un problème éthique de taille, pourtant absent de l’argumentaire de G.B. : Le droit pour chacun au respect de son image, avec la possibilité de s’opposer à être photographié ou à voir sa photo postée sur Internet.

Aux lecteurs de juger…

Aller plus loin : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/09/20/le-pseudonymat-nest-pas-un-anonymat/

Voir aussi l’émission « le Pasteur superstar en question »laquelle m’inspire la réflexion suivante : Sans parler de la remise en question du modèle « pasteur célébrité » (vs « pasteur ordinaire »), ne conviendrait-il pas de s’interroger plutôt sur la tendance des Eglises protestantes et évangéliques à se polariser sur le pasteur comme centre du ministère, contrairement aux idées de bases de la Réforme sur le sacerdoce universel et la diversité des ministères ?

16) La Commission pour la paix des Eglises mennonites de France a préparé un Dossier pour animer un culte « Du bon usage des nouvelles technologies de communication dans la vie de l’Eglise locale ».

17) Cartographie des formes de spiritualités chrétiennes

Olivier Keshvajee, « le théologeek », fait son grand retour dans la blogosphère. Il nous partage notamment une cartographie de formes de spiritualités chrétienne, nous expliquant pourquoi il cherche à la développer, et dans quel état d’esprit il compte l’utiliser. 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en mars.

 

La Déconstruction de l’homme : un ouvrage collectif sur les enjeux du transhumanisme

« La Déconstruction de l’homme » : un livre écrit par des chrétiens, qui n’est pas destiné aux seuls chrétiens, mais « aux hommes et femmes de bonne volonté »…

Alors que nous venons de fêter l’incarnation de Dieu, lequel s’est exposé et abaissé en se faisant homme et en demeurant parmi nous, à l’occasion de Noël, « La Déconstruction de l’homme » est un livre événement réjouissant.

Il s’agit d’un ouvrage collectif sur les enjeux du transhumanisme (l’homme voulant « s’augmenter » par la technologie et « se faire Dieu », avec une seule loi : « No limit » ), réalisé – c’est une première – à l’initiative et sous la direction d’un évangélique, Eric Lemaître(1), socio-économiste et auteur principal associé à d’autres contributeurs. Commencé en 2016 et achevé en 2017, il est paru aux Editions La Lumière le 12 octobre 2018. 

Eric, avec lequel je suis entré en contact l’an dernier, grâce à Alain Ledain, un ami commun, me l’a gracieusement offert : qu’il en soit remercié !

Ce livre, écrit par des chrétiens, n’est pas destiné aux seuls chrétiens, notamment ceux fascinés par la technologie, mais « aux hommes et femmes de bonne volonté », interpellés par des enjeux contemporains non pas « moraux » mais d’une question de vie ou de mort : la nature et l’avenir de l’homme, créé à l’image de Dieu !

L’ouvrage traite premièrement des « fondements philosophiques de la Déconstruction », avant d’aborder « les révolutions de la Déconstruction » (révolutions anthropologique, sociétale, économique, technologique, écologique), pour terminer par des « conclusions et perspectives »(2).

Le livre « La Déconstruction de l’homme », stimulant par la réflexion qu’il suscite, « n’est pas original en soi » (de l’aveu d’Eric Lemaître) quant à la thématique traitée, puisque des dizaines d’ouvrages ont déjà été publiés sur le sujet. La dimension inédite du livre tient à cette lecture collective et plurielle (pluridisciplinaire) du phénomène, impliquant plusieurs auteurs chrétiens issus des mathématiques, de la physique, de la génétique, de la socio-économie et de la philosophie. Il apporte aussi une réflexion théologique particulièrement poussée, soulignant à quel point les Écritures bibliques nous éclairent sur la condition de l’homme (post)moderne. 

« La Déconstruction de l’homme » nous donne une vision globale d’un phénomène totalisant (puisque « colonisant » l’être humain et son quotidien), montrant en quoi « tout est lié », et pourquoi il n’est pas pertinent de séparer/cloisonner certaines thématiques faisant habituellement l’objet de luttes isolées, qu’il s’agisse de la bioéthique, de la famille et du mariage, du numérique, de l’économie, de la consommation et de l’écologie. 

Ce livre bienvenu, d’un auteur « éveilleur des consciences », nous invite également à questionner la notion même de « progrès » et de ce qui est souhaitable et juste, à l’heure où il semble possible à l’homme « de tout faire » pour dépasser sa finitude. En cela, il dénonce fort à propos toute tentative et illusion de manipuler et de fuir le réel. A ce sujet, ne manquez surtout pas le magnifique texte d’Alain Ledain contenu dans l’ouvrage et intitulé « Renoncer à la toute-puissance et plaider pour la fragilité ». 

Toutes ces « révolutions de la Déconstruction » de l’homme sont bien inquiétantes, vu qu’il s’agit là, non d’une perspective pour demain, mais bien la réalité d’aujourd’hui. Mais comme l’explique Eric Lemaître, lors d’un entretien exclusif paru sur ce blogue, il nous est encore permis d’espérer. Son « livre n’est pas pessimiste », puisqu’« il offre au contraire une feuille de route pour ne pas subir le diktat imposé par la domestication engagée par les idéologies et les objets numériques, qui redéfinissent et remodèlent l’homme, conditionnent aujourd’hui notre existence ».

A noter ce curieux procédé, à savoir les interventions de l’éditeur sous forme de « Notes de l’éditeur » en bas de pages, exprimant « des nuances » et « (modulant) les convictions de l’auteur ». Certes, lesdites « nuances » ont été prises en compte par Eric, lequel tient à favoriser un débat constructif. Néanmoins, ces commentaires critiques – certains utiles, pertinents et éclairants – nous ont paru être de nature à rationaliser et à relativiser les propos d’Eric Lemaître, principalement sur les questions du réchauffement climatique. Une situation paradoxale, vu que « l’éditant » (ou l’éditeur) devrait normalement s’effacer derrière l’(auteur) édité !

Ceci dit, ce constat n’enlève en rien à la qualité de l’ouvrage, particulièrement recommandable. L’important étant avant tout le texte, sans la glose de l’éditeur, il appartient au lecteur de se laisser interpeller et de se forger sa propre opinion. L’important aussi, de l’aveu d’Eric, est de faire vivre un livre sans cesse « en mouvement »(3), en nourrissant des rencontres – du lecteur à l’auteur et inversement – « pour témoigner, interagir et incarner une véritable relation de face à face ».

Bref, prenez le temps de lire ce livre, qu’il est possible de se procurer à cette adresseSans oublier l’essentiel : prendre le temps de discuter ensemble des enjeux soulevés et d’agir de manière concrète et cohérente, selon de ce que nous aurons compris.

 

 

Notes :

(1) Eric est auteur de plusieurs autres ouvrages co-écrits avec Alain Ledain et d’autres auteurs : « Masculin et/ou Féminin : Peut-on choisir » publié en 2014 par la maison d’Editions FAREL et « Vers une société d’Uniformisation » publié par Ethique Chrétienne en 2015 qui préfigurait la sortie de l’essai « La Déconstruction de l’homme ». Il a contribué à plusieurs blogues (« Ethique sociale chrétienne », « Phileo-sophia »…) et anime actuellement son propre blogue « la déconstruction de l’homme » (partenaire avec Pep’s café) depuis juin 2018

(2) Plan du livre :

Première partie :

Les fondements philosophiques de la déconstruction 

1 – Un monde en mutation
2 – Critique du progressisme
3 – L’apparition du transhumanisme !
4 – Racines philosophiques et théologiques du transhumanisme
5 – Les humus du transhumanisme
6 – Les enjeux de la civilisation transhumaniste
7 – Le transhumanisme, une entreprise de déconstruction spirituelle
8 – Le transhumanisme, une vision et un système totalisants
9 – Le transhumanisme et la doctrine de la création
10 – Le transhumanisme, l’inversion théologique de l’anthropologie chrétienne

Deuxième partie :

Les révolutions de la déconstruction 

La révolution anthropologique 

11 – La révolution anthropologique : le concept de genre et ses conséquences bioéthiques
12 – La France in Vitro ou les États généraux de la bioéthique
13 – La révolution génétique, le nouvel eugénisme
14 – L’Europe a-t-elle enterré ses démons ?
15 – Le transhumanisme ou la fin de la femme ?
16 – La famille, le changement de paradigme

La révolution sociétale 

17 – Transhumanisme et révolution sociale
18 – Vers une nouvelle organisation sociale
19 – Transhumanisme et vision politique, la fin du modèle institutionnel
20 – La société iconoclaste, la nouvelle culture numérique
21 – Les mondes numériques et virtuels deviendront-ils demain des univers occultes ?

La révolution économique 

22 – La nouvelle vision économique du monde numérisé
23 – La dématérialisation de la monnaie, une quadruple menace géopolitique, économique, écologique et sociale
24 – Le culte de la consommation
25 – Babylone, la civilisation du nombre
26 – Serons-nous demain «biopucés» ?

La révolution technologique 

27 – L’avènement de la « singularité » technologique
28 – L’intelligence artificielle et le transhumanisme
29 – L’intelligence artificielle, fascination et déshumanisation
30 – Le fantasme de l’intelligence artificielle consciente
31 – Le « despotisme éclairé » de la technique

La révolution écologique 

32 – Ecologie et transhumanisme

33 – Renoncer à la toute-puissance et plaider pour la fragilité

34 – Vision sociale et économique dans une perspective biblique

 Conclusion et perspectives 

 

(3) A noter qu’une deuxième édition est en cours incluant de nouveaux chapitres, notamment une troisième partie qui s’intitulera « Alternatives » avec toute une réflexion sur l’économie de proximité et l’écologie repensée. La deuxième édition intégrera également une note de lecture pour présenter la nouvelle édition et permettre la digestion de l’essai, la bonne compréhension touchant à l’articulation de l’ouvrage en trois parties (Les fondements philosophiques du transhumanisme, les quatre révolutions transhumanistes et enfin une dernière partie consacrée aux solutions et à la nécessité de faire résilience face au monde des objets numériques). Le livre sera à nouveau préfacé par le philosophe Bertrand Vergely, lui même spécialiste du transhumanisme… Plus d’informations ici.

L’humiliation : un sentiment trop souvent ignoré

« L’Humiliation » : ce n’est pas une simple « question-philo », mais un sentiment trop souvent ignoré…

Puisqu’il est de la responsabilité de chacun de bâtir un monde plus juste, soutenable et solidaire, la revue « Projet »(1) nous partage une sélection d’articles et d’entretiens « pour éclairer l’avenir » et prendre du recul sur le mouvement des « Gilets jaunes », lequel « nous interroge sur le lien entre justice sociale et exigences environnementales ». Tous ces articles sont proposés en accès libre pendant un mois, jusqu’au 07 janvier 2019.

Voici, pour commencer, « Arrêtons l’humiliation ! », un article d’Olivier Abel, professeur de philosophie à l’Institut protestant de théologie de Montpellier (2), d’une troublante actualité, quoique…publié initialement le 17/11/16 : « ….nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation… ». Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ? Une interrogation pressante, à lire ici.

Bonne lecture !

[Sommaire de l’article : « Humilié, j’humilie », « les mécanismes de l’humiliation », « sortir de l’humiliation », « le défi du quotidien »]

 

Notes : 

(1) Laquelle revue propose des alternatives à « Notre projeeet ! »

(2) Voir son site perso, qui présente ses travaux.

« La Forme première de l’immigration illégale »

Fond d’argent par George Hodan

« La forme première de l’immigration illégale » ? L’argent !

Puisqu’il « parvient à passer toutes les frontières ».

Et « savoir où l’on doit essayer de l’arrêter est une question pratique autant que de principe ».

(Walzer, Michaël. Sphères de justice : une défense du pluralisme et de l’égalité. Seuil, 2013. La Couleur des idées, p 49)

Interview d’Éric Lemaître, auteur de « La Déconstruction de l’homme » : « ce livre exprime une urgence »

« Vous serez comme des dieux… »
Un slogan transhumaniste « vieux comme le monde », dénoncé dans « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître

Eric Lemaître est un passionné que j’apprends à connaître et avec qui j’ai eu l’honneur d’échanger à de nombreuses reprises, sachant que nous avons une connaissance en commun.  Il est aussi l’animateur de « La Déconstruction de l’homme », un blogue partenaire avec « Pep’s café! » et auteur d’un livre, dont il m’a récemment annoncé la publication. Il s’agit d’un essai interpellant, qui, de son aveu, « est aussi un hommage à  des figures familiales témoins déjà à leur époque de bouleversements techniques et dont il pressentait la nécessité de filmer les scènes de village (Réunions familiales….) afin que la mémoire de ces événements se perpétue et que l’on se souvienne que la dimension relationnelle et incarnée devrait prévaloir afin que l’homme ne se laisse jamais écraser par la technique ».

Rencontre avec cet « éveilleur » (des consciences) de Reims, lequel a bien voulu jouer le jeu des questions-réponses pour Pep’s café, afin de nous parler de lui et de son livre.

Bonjour Éric, peux-tu te présenter ?

Oui Volontiers. Je suis marié à Sabine depuis 27 ans ; nous avons deux enfants. Professionnellement, j’exerce une activité de consultant socio-économiste depuis bientôt 30 ans. Je suis, avec mon épouse, très engagé dans notre vie d’église où nous considérons que la relation incarnée à notre prochain constitue l’essentiel de notre vie.

Quels sont tes engagements actuels ? Depuis quand et pourquoi ?

Comme socio-économiste, j’ai travaillé pour le compte de l’Etat sur des évaluations de politiques publiques pour comprendre les mutations industrielles et les enjeux pour l’entreprise. Ce travail d’analyse de l’environnement industriel m’a également conduit à œuvrer pour d’autres clients sur des champs qui concernent la vie sociale dans les quartiers dits sensibles. Mon activité m’a fait réaliser à quel point le monde qui nous environne se transforme radicalement. Cette transformation de la vie sociale est selon moi frappante, en raison d’un monde qui se désincarne sous nos yeux, où la relation à l’autre se délite. Nous sommes confrontés de plus en plus à la technique. Je te donne un seul exemple vécu récemment et symptomatique d’un monde en mutation. Je veux suivre l’expédition d’un colis qui a connu un incident d’acheminement. M’en inquiétant, j’ai souhaité avoir un interlocuteur. Au lieu de cela, mon opérateur fut une machine numérique qui m’a fourni des renseignements mais non satisfaisants. Désespéré et perdant beaucoup de temps, je suis finalement tombé sur un être humain qui a fini par me donner la procédure à suivre. Mais cet être humain ne va-t-il pas finir par disparaitre, remplacé demain par un robot ?

Quels sont tes fondements ? Tes sources d’inspiration ?  Comment te positionnes-tu, idéologiquement, théologiquement, doctrinalement …. ?

Je suis un chrétien évangélique, bien que je n’aime pas être enfermé par une étiquette. Cependant, ta question nécessiterait un long développement mais pour faire court, ma vie a changé le jour où l’évangile eût une résonnance déterminante sur mon parcours et ma trajectoire de vie. Au-delà de ce changement apporté par cette dimension de la foi, ma pensée chrétienne a été largement influencée par un auteur chrétien, Ivan Illich [1926-2002], qui fut avec Jacques Ellul [1912-1994]- mais plus tardivement – mon autre mentor. Ivan Illich m’a fait réaliser que la vie chrétienne peut se traduire en actes, non seulement en actes qui touchent à ta propre personne et à l’attitude que tu manifestes envers les autres, mais également à l’engagement social que nous pouvons avoir au sein même de notre environnement pour nous emmener à une société plus conviviale. Ce cheminement-là me conduit par exemple à m’engager, à accompagner un projet de quartier, « L’ilot Saint Gilles » à Reims, un jardin partagé avec des habitants. Mais mes engagements au sein de mon assemblée aujourd’hui m’ont conduit à secourir ceux qui sont dans le besoin, des familles pauvres à des amis migrants. Je reste cependant un membre de l’association qui s’est construite autour de la vie sociale de cet Ilot.

Avec quels autres auteurs/blogueurs te sens-tu particulièrement proche et pourquoi ?

Un blogueur m’a lancé dans l’écriture : il s’agit d’Alain Ledain(1). Le premier article que je lui ai produit concernait l’approche économique dans une conception Biblique. La lecture de ce premier article avait été très apprécié par Alain, qui m’a encouragé à produire d’autres articles pour le blog Ethique Chrétienne(1). Par la suite, j’ai publié de nombreux articles pour Info Chrétienne. Mais je ne recherchais pas nécessairement l’audience, je souhaitais donner cours à la nécessité de penser sa foi et d’offrir à mes lecteurs une méditation réfléchie. Etienne Omnès(2) autre blogueur, m’a invité à écrire puis me fit l’honneur d’être publié sur son excellent blog Philéo Sophia(2). Mais un autre blog attira mon attention. J’avais maintes fois et à plusieurs reprises entendu parler de ce blog : Pep’s café. J’ai découvert des articles réfléchis, attachés à défendre une dimension d’éthique chrétienne sans légèreté. Alain m’avait indiqué tes coordonnées, et nous avons échangé pour mutualiser nos regards, nos lectures et offrir de nouveaux relais à nos articles.

Tu nous annonces la sortie de ton livre « La Déconstruction de l’homme » : en quoi cet ouvrage est-il un événement ?

« La déconstruction de l’homme » est un livre qui aborde la question du transhumanisme. Aujourd’hui, ce sont des dizaines d’ouvrages qui ont été publiés sur le sujet. Mon livre de fait n’est pas original quant à la thématique qui est traitée, mais son contenu en revanche est différent de tous les livres qui ont abordé le monde numérique et celui de la technique. La dimension inédite du livre tient à cette lecture que nous avons croisée avec d’autres auteurs chrétiens issus des sciences dures, des sciences sociales et de la philosophie, avec notamment une préface du Philosophe Charles-Éric de Saint Germain(3).

En réalité la Bible a beaucoup à nous apprendre sur ce monde, qualifié par de nombreux penseurs comme « post humain ». Il est extrêmement intéressant de découvrir que les Ecritures nous parlent de l’image, de la relation désincarnée et de la technique, aussi incroyable que cela puisse être ! La Bible aborde, certes de façon plus indirecte, toutes les idéologiques qui culturellement redéfinissent et façonnent l’homme, le détournent de toute transcendance.  Le livre est de fait un événement car il nous fait découvrir que la Parole divine est éclairante sur la condition de l’homme moderne. Mon livre n’est pas pessimiste, il offre au contraire une feuille de route pour ne pas subir le diktat imposé par la domestication engagée par les idéologies et les objets numériques, qui redéfinissent et remodèlent l’homme, conditionnent aujourd’hui notre existence.

Est-ce là ton premier livre ? Sinon, qu’as-tu publié d’autre ?

Ce n’est pas mon premier livre. Deux autres ont été co-écrits avec Alain Ledain et d’autres auteurs. Je recommande d’ailleurs la lecture de « Masculin et/ou Féminin : Peut-on choisir »(4) publié [en 2014] par la maison d’Editions FAREL. Mais également l’excellent ouvrage « Vers une société d’Uniformisation »(4) publié par Ethique Chrétienne [en 2015] qui préfigurait la sortie de l’essai « La Déconstruction de l’homme ».

Depuis quand est-il sorti et comment se le procurer ?

La Livre a été officiellement publié le 12 octobre [2018]. Les lecteurs de Pep’s café peuvent se le procurer à cette adresse http://www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/eric-lema%C3%AEtre/la-d%C3%A9construction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

Quand le trouvera-t-on bientôt dans les librairies ?

Une librairie de notre région a souhaité référencer le livre à la demande express d’un ami Philosophe, mais il n’est hélas pas actuellement enregistré dans les réseaux de libraires. Selon les conditions offertes, une demande de référencement sera probablement faite par mes soins auprès du réseau Electre, réseau qui indexe tous les auteurs retenus et les fait connaître auprès de tous les libraires.

Tu nous annonces une sortie du livre sur « Amazon » : n’est-ce pas contradictoire, vu ce que tu dénonces dans « La Déconstruction de l’Homme » ? 😉

Oui, la question n’est pas sans pertinence. Je dénonce la numérisation du monde, l’espionnage, le traçage de nos données personnelles. D’une certaine manière je conduis une forme de réquisitoire contre les GAFA et de fait Amazon qui référencera mon livre. Je prends de fait conscience d’une incohérence en tant qu’auteur du livre « La Déconstruction de l’homme », mais une incohérence assumée, une incohérence que j’assume volontiers ! Je m’explique : de nombreuses librairies ont hélas disparu, sauf celles hyper spécialisées. Ce livre « La Déconstruction de l’homme » exprime une urgence, et en tant qu’auteur, je ne vise cependant ni à faire le buzz ni même à faire du business avec la vente de ce livre. Je ressens cependant l’urgence de diffuser la pensée chrétienne concernant cette thématique du « transhumanisme ». Or, j’ai lu de nombreux livres sur le sujet, aucuns d’entre eux, n’abordent la dimension spirituelle, les Ecritures, la Bible… Ce sera le premier ouvrage écrit par un auteur évangélique associé à d’autres contributeurs qui en fera référence et c’est de fait la dimension inédite que j’entends ici souligner. Pourtant, ce livre n’est pas destiné à être lu par des chrétiens seulement mais il se propose à tous les types de publics. C’est également cette raison qui me conduit aujourd’hui de choisir un canal de diffusion numérique qui nous et t’interroge légitimement mais je l’assume, je souhaite ainsi atteindre toutes les catégories de lecteurs.

Quel rapport ton livre entretient-il avec ton blogue du même nom [créé en juin 2018] ? Pourquoi un livre et un blogue de ce (même) nom ?

Le blog est le moyen aujourd’hui d’accompagner la promotion du livre… Lancer un livre nécessite une certaine légitimité, bloguer c’est également apprendre à écrire afin de rencontrer ses lecteurs et de les sensibiliser. Ceux qui me suivent auront envie de me lire au-delà d’un écran plat et se saisir du papier imprimé. Le papier au fond nous amène à un autre contact, plus charnel si j’osais l’expression. Ressentir l’écriture en ouvrant les pages d’un livre imprime sans doute beaucoup mieux l’esprit. Le but est également de faire vivre le livre, d’aller à la rencontre de ses lecteurs pour témoigner, pour se laisser interpeller, pour interagir et pour incarner une véritable relation de face à face.

D’où viennent l’idée et le projet de ton livre ?

Le projet est né de mes veilles successives sur la place royale de Reims, de lire puis de méditer des auteurs afin d’enraciner sa conscience dans le réel de la vie. Les auteurs lus, semaine après semaine au cours de ces veilles, m’ont ouvert une fenêtre de conscience, m’ont de fait interpellé sur l’urgence d’une résilience nécessaire concernant l’être humain, d’une résistance à cet environnement qui aurait tendance à lobotomiser les consciences et la sienne en premier lieu… Penser c’est être conscient pour soi et pour les autres, pour interagir avec la réalité de mon semblable.

Quel est son message fondamental en une phrase ?

Ne devenons pas les sujets des objets numériques, aussi retrouvons le sens du prochain et de l’écoute afin d’interagir avec lui et de l’aimer. La vie ne s’apprécie que parce que nous savons que nous sommes éphémères et qu’il nous appartient d’aller dans ces sentiers pour rencontrer l’autre. Alors fuyons ces autoroutes du WEB qui fatiguent l’âme.  Désolé je ne pourrais pas faire plus court !

Comment s’est construit ce livre ? Qui a participé avec toi à l’aventure ?

Le livre a été nourri par mon expérience d’un monde numérique qui est venu considérablement modifier mon propre métier. Ce qui m’a troublé, c’est lorsqu’un de mes fournisseurs de logiciels m’avait proposé un logiciel d’analyse de données, capable de produire des commentaires. L’idée que la machine remplace l’intelligence humaine m’avait alors profondément choqué et ce choc remonte précisément dans les débuts des années 2000. On ne parlait pas encore d’intelligence artificielle(5). Puis plus tard avec les progrès fulgurants du monde technique, c’est bien l’idéologie progressiste qui commença à m’interpeller. Je me suis de fait intéressé à la philosophie des lumières. Dans ma jeunesse j’appréciais les écrits des « lumières », mais j’ai pris conscience avec davantage de recul que ces philosophes préfiguraient le nouveau monde qui se dessine, d’un nouveau monde aspirant à se débarrasser puis d’achever l’idée même qu’un Dieu créateur puisse même exister !  C’est pourquoi ce monde rentre dans une dimension d’immanence spirituelle, d’horizontalité en quelque sorte d’une pensée plus liquide que jamais et non d’une pensée qui s’appuie sur un rapport à la transcendance et sur la création, résultat d’un dessein intelligent. C’est d’ailleurs étrange que notre monde dénie l’existence d’un Dieu créateur alors que l’homme est sur le point d’enfanter sa propre création faite à son image.

A qui ce livre est-il destiné ?

Ce livre est destiné à tous, en tout cas à tous ceux qui aiment lire autre chose que des textos, des assertions publiées sur les réseaux sociaux, des commentaires à l’emporte-pièce, non nourris par la volonté de penser.  Ce livre vise la volonté de fournir des clés de lectures pour comprendre où va aujourd’hui notre monde, ce que sont les ressorts de la pensée moderne rejetant tout ce qui touche à la pensée judéo-chrétienne.

Quels sont les sujets traités et leurs enjeux ? Qu’apportes-tu de nouveau (et sous quel angle/perspective) sur ces sujets ?

La dimension de l’anthropologie est une question importante du livre. Je te renvoie au texte du Psalmiste, qui déclara « qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui, …que tu prennes gardes à lui … ? » [Ps.8v5] Cette question du Psalmiste est d’une très grande profondeur. Nous nous sommes attachés à l’explorer et à dévoiler les réponses qu’apporte la Bible à cette question « qu’est-ce que l’homme ?! »

J’invite ici tous les lecteurs à découvrir la profondeur de cette thématique où nous n’avons pas fait l’impasse des questions qui tracassent nos concitoyens et qui touchent notamment à celle de la mort, de notre finitude, de notre fragilité !

Les sujets que tu abordes dans ce livre sont-ils des sujets habituellement prisés par les chrétiens, notamment Evangéliques ? Quel écho rencontres-tu habituellement, sur la toile mais aussi « IRL » ?

Non, je ne crois pas que le monde évangélique et le monde chrétien d’une manière générale soient sensibilisés à ces questions autour du post humanisme, du transhumanisme. Pourtant les objets du monde numérique les familiarisent, peu à peu et subrepticement les domestiquent, docilement les conditionnent à l’avènement d’une vaste emprise d’une communauté numérique qui les enfermera peu à peu, un peu finalement comme la grenouille qui s’est habituée à son environnement, une eau douce. Ainsi à notre insu, une société des individus connectés au monde et non reliés à leur prochain se forme et nous pourrions ainsi enjamber avec notre smart phone le sans domicile, le migrant, sans comprendre que nous franchissons un pas qui nous conduit vers Auschwitz comme le proclamait Alexandre Jardin, fondateur du mouvement « Les zèbres », « un pas vers Auschwitz » du fait même d’une barbarie de l’indifférence. En ce sens le monde numérique concerne bien les Chrétiens qui pourraient être attachés à ce qui constitue en réalité une forme de laisse.

Comment espères-tu toucher des lecteurs potentiels ?

Mes futurs lecteurs, je vais les rencontrer à commencer par mon quartier, ma rue, les cafés philo. Je vais participer à des rencontres auxquelles j’ai déjà été invité, notamment dans les milieux de l’écologie intégrale et humaine. Tu vois, je ne crois pas qu’Amazon ait finalement un grand impact.   Et bien entendu je pense aux librairies qui accepteront de référencer le livre pour échanger et aborder le contenu de ce livre. Ton blog, j’en suis sûr, donnera l’envie de lire ce livre.

Pourquoi et comment te lire pour en tirer profit ? Qu’attends-tu de tes lecteurs ?

Je crois qu’il sera nécessaire d’inter échanger avec ces lecteurs, de les écouter. Le livre est une voix mais celle de mes lecteurs comptera autant, pour nourrir ensemble notre pensée et étayer la feuille de route proposée dans ce livre, pour ne pas nous laisser consommer par le monde virtuel, nous laissant ainsi absorber par la technique vorace, ce monstre technologique à l’apparence douce et qui dévore en réalité la vie humaine.

Comment contribuer au succès durable de ton livre ?

Le bouche à oreille sera beaucoup plus efficace que le réseau social ou n’importe quel support, mais il ne faut pas négliger le blog, les médias, ce sont des caisses de résonnance et je ne peux pas faire l’impasse de ces moyens ; mais leur usage n’a aucune efficacité, si le lecteur n’est pas rencontré dans la dimension du relationnel !

Qu’espères-tu (Comment vois-tu tes engagements) d’ici 5 ans ?

Il faut être sage et comme chrétien, il me faut réellement dépendre de celui qui est la lampe à mes pieds et dirige mes pas… Ma vie sera belle dans cette dimension de l’éphémère, que si je considère l’importance des petits sentiers qui me conduiront vers l’autre dans le monde réel où s’exprime le geste d’une main déconnectée de tout lien avec ce qui est virtuel. Mon programme pour ces cinq années sera donc d’être en cohérence avec ma volonté de privilégier par-dessus tout le relationnel, d’éviter l’étouffement d’un monde rationnel sans réel intelligence qui prendrait le pas sur ma vie. Je préfère donc la navigation avec Dieu plutôt que d’être conduit par les objets tel le GPS…

Le mot de la fin est pour toi !

Pour revenir au livre « la Déconstruction de l’homme », le livre écrit et pensé avec Gérald Pech notamment, ne s’enferme pas dans un tableau noir. Le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité…

Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre « La Déconstruction de l’homme » ! N’hésitez pas à en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….

Merci à toi Eric, pour ta disponibilité et la profondeur de tes réponses à mes questions ! Je souhaite un bel avenir pour ton livre, ainsi que des échanges profonds et fructueux avec tes lecteurs.

 

En bref :

Découvrir et explorer le blogue d’Eric Lemaître : https://deconstructionhomme.com

Se procurer le livre « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître. Editions La Lumière, 2018 : http://www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/eric-lemaître/la-déconstruction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

 

 

Notes : 

(1) Un ami enseignant, blogueur, auteur et président d’ACTES 6, au service des associations : voir son site web « Construire une éthique sociale chrétienne ».

(2) Voir son blogue et notamment son article consacré à la sortie du livre d’Eric Lemaître.

(3) Par ailleurs auteur de « La Défaite de la raison »(2015), à découvrir ici.

(4) A découvrir ici, parmi cette liste d’autres ouvrages écrits par les auteurs contribuant au site « Construire une éthique sociale chrétienne ».

(5) Quoique…les IA (ainsi que « la matrice », « le réseau »…) apparaissaient déjà dans les romans de SF de William Gibson. Voir, par exemple, son « Neuromancien », un classique du « cyberpunk » paru en 1984. NDLR.