A Noël, Dieu est « sur la paille »

Ne passons pas à côté de l’essentiel, à Noël (Source : Bolligan)

« Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui était riche, il s’est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Corinthiens 8v9).

Dans un monde du « tout-marchand », comment accueillir un Dieu désargenté ? 

A Noël, Dieu est sur la paille, non pas qu’il ait trop dépensé pour ses courses, pour fêter « dignement », comme on dit, ce temps de ripailles de fin d’année, mais il est sur la paille car le monde dans lequel il arrive est trop plein.

Pleine, l’auberge de Bethléem.

Pleins les estomacs et pleins les cœurs.

Plus de place pour accueillir du sens : on est dans l’écœurement du trop-plein, saouls de nous-mêmes et remplis du non-sens que le monde propose comme mode de vie.

A Noël, Dieu est sur la paille parce qu’il n’y avait plus que les moutons et les ânes pour lui laisser un peu de place dans la précarité de leur manque. Il est sur la paille non pas pour avoir trop dépensé, mais pour avoir trop donné, pour avoir tout donné. Dieu donne ce qu’il a de plus précieux, son fils. Un cadeau utile !

Puisse le Seigneur nous inspirer des façons de vivre Noël qui témoignent plus de la simplicité de l’étable que des profusions de l’auberge.

Puissions-nous aussi faire un peu de place dans les trop-pleins de nos agendas et de nos préoccupations.

Qu’il n’ait pas la portion congrue dans une festivité qui est sensée lui être offerte et faire mémoire de sa venue.

Quand Dieu est sur la paille, nous, où sommes-nous ?

« Dieu sur la paille » : Texte de Gilles Boucomont initialement publié sur sa page Facebook, et que l’auteur m’autorise aimablement à republier sur Pep’s café. Qu’il en soit remercié !

Gilles est Pasteur à l’église protestante unie de Belleville (Paris) et Président de la Mission Evangélique parmi les Sans-Logis.

« Read it (again) » : « Aller simple », d’Erri de Luca

Un recueil de poèmes d’Erri de Luca, pour ne pas oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple »

« La petite phrase », prononcée dans l’hémicycle le 03 novembre 2022 par le député RN (ex FN) Grégoire de Fournas, et (quasi) unanimement condamnée, pourrait presque nous faire oublier le fond du problème abordé ce jour-là par le député La France insoumise (LFI) Carlos Martens Bilongo. Celui-ci, en effet, interrogeait le gouvernement sur une requête de l’ONG SOS Méditerranée, qui demande l’aide de Paris afin de trouver un port d’accueil pour 234 migrants secourus en mer. C’est alors que le député Grégoire de Fournas a interrompu son collègue en criant “qu’il(s) retourne (ent) en Afrique !”. Le compte-rendu de la séance publié sur le site de l’Assemblée nationale transcrit le commentaire au singulier, “qu’il retourne en Afrique !”(1). Ce coup d’éclat a provoqué un tollé et la colère des députés a été amplifiée par le fait qu’on ne savait pas clairement si la phrase ciblait M. Bilongo lui-même, les migrants évoqués dans son intervention, ou le navire qui les a recueillis. 

Croyant bien faire pour défendre le député issu de son parti, Marine Le Pen a rapidement publié sur Twitter un message affirmant qu’il parlait “évidemment” (sic) des migrants transportés en bateaux par les ONG, espérant balayer une polémique qu’elle qualifie de “grossière”, et croyant savoir qu’elle “ne trompera pas les Français”.

Un événement tristement médiatisé, qui nous ferait oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ». 

« Aller simple » (Solo andata ), c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes d’Erri de Luca, sorti en avril 2005 chez Feltrinelli et ayant fait l’objet d’une édition bilingue chez Gallimard(du monde entier) en 2012 (également en poche), qui garde toute son actualité. Nous le disions déjà sur ce  blogue en 2013. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui et ce sera toujours vrai demain. 

« Aller Simple, des lignes qui vont trop souvent à la ligne , marquées par le point final, le point fatal quelque part entre les deux rives méditerranéennes, cette grande bleue qui sépare le Sud, sa misère, ses tragédies, d’un Nord porteur de rêve, d’opulence et de liberté ».

Des chants homériques modernes à plusieurs voix :   

– celles des « invisibles » anonymes réduits à des statistiques ou à une idée-force(ou un prétexte) d’un programme politique. 

– celles des errants et des perpétuels voyageurs en quête d’un doux rivage. Des chants homériques modernes à plusieurs voix, qui narrent et donnent à entendre(si on veut bien s’éloigner de tous les bruits médiatiques et démagogiques) leur odyssée infernale, à pied, de l’Afrique(« hauts plateaux incendiés par les guerres et non par le soleil ») vers l’Europe, à travers les déserts et les rivages de la Libye, puis sur des embarcations précaires vers l’île de Lampedusa, au sud de la Sicile. Des chants tragiques et funèbres, qui font entendre la voix de ceux partis pour un « aller simple » et marqués par l’errance, le déracinement, le désespoir (et l’espoir), l’exploitation, les menaces et la mort(au bout du chemin). 

Le même jour de la parution du recueil en italien, en 2005, les ministres européens de l’Intérieur traitaient à Luxembourg de la coopération en matière migratoire avec la Libye. Ils ont parlé de patrouilles maritimes communes, de vedettes rapides, de sauvetage en mer, de formation policière, de documents falsifiés, de droit d’asile et de rapatriement. Ils se sont divisés sur le respect des droits de l’homme en regard des politiques de rapatriement. Leurs conclusions sont publiques.  

A l’approche de noël, c’est aussi l’occasion de se rappeler que Jésus, à sa naissance, a été le plus jeune réfugié du monde. Et qu’à l’occasion de sa naissance, lire « Joyeux Noël : simple formule ou message d’espérance », un ouvrage collectif édité par Bibli’O, nous fait prendre conscience que « c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles.» Parcourir ces pages, « c’est faire une expérience bouleversante au contact des récits bibliques de Noël », au-delà d’une simple formule….ou d’une « petite phrase » prononcée dans l’hémicycle.

Notes :

(1) Extrait du compte rendu de séance de l’Assemblée Nationale [voir tout en bas de la page] : 

M. Carlos Martens Bilongo. 

Depuis onze jours, les 234 rescapés secourus par l’ Ocean Viking sont bloqués sur le pont du bateau. Depuis onze jours, ils attendent de pouvoir débarquer dans un port sûr. À ces rescapés s’ajoutent les 79 personnes secourues à bord du Humanity 1 de l’ONG allemande SOS Humanity, ainsi que les 572 personnes secourues à bord du Geo Barents de l’ONG Médecins sans frontières, soit un total de 952 personnes rescapées. 

M. Grégoire de Fournas. Ce sont des passeurs ! 

M. Carlos Martens Bilongo. 

J’aimerais dire à la collègue du Rassemblement national qui, du haut du perchoir de l’Assemblée nationale, croit pouvoir organiser les opérations de sauvetage en Méditerranée, avec la plus grande désinvolture et sans autre mérite que d’être née dans un pays en paix : ne vous en déplaise, leurs vies comptent ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également.) L’ Ocean Viking a adressé aujourd’hui sa septième demande d’assistance aux autorités maritimes italiennes. L’île de Malte, tout aussi proche, n’a tout simplement pas répondu aux trois demandes qui lui ont été adressées. Le blocage de ces personnes est une violation grave du droit de la mer. L’évaluation du statut et de la nationalité des personnes secourues ne doit pas retarder le débarquement des survivants. (Mêmes mouvements.) Je ne peux que partager l’inquiétude de ces migrants, à l’heure où la nouvelle première ministre italienne s’est engagée à bloquer l’arrivée des immigrants en provenance d’Afrique. Quelle sera l’action du gouvernement français sur le sujet ? Quelle forme la coopération avec l’Italie prendra-t-elle ? Allez-vous vous saisir, avec les autres pays européens, de la question de la répartition des migrants ? Malte ne répond plus aux demandes de coordination de sauvetage. Les personnes secourues se trouvent dans une situation d’urgence absolue et les prévisions météo indiquent une détérioration significative du climat… 

M. Grégoire de Fournas.

Qu’il retourne en Afrique ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, ÉCOLO-NUPES et GDR-NUPES, puis sur les bancs des groupes RE, DEM, HOR et LIOT)

Voir aussi : https://www.courrierinternational.com/video/vu-de-l-etranger-en-france-les-infames-propos-racistes-d-un-depute-rn-sement-la-zizanie-a-l-assemblee et https://www.francetvinfo.fr/politique/parlement-francais/assemblee-nationale/qu-il-s-retourne-nt-en-afrique-que-s-est-il-vraiment-dit-lors-des-echanges-a-l-assemblee-impliquant-le-depute-rn-gregoire-de-fournas_5457319.html 

De l’intérêt de la monarchie britannique : une limitation saine du pouvoir politique

Le discours d’un roi, film britannique de Tom Hooper(2010), avec Colin Firth et Geoffrey Rush

Vous n’y avez pas échappé, mais voici un « point de vue » édifiant, découvert via l’édition du 12/09/22 de Brief Me : Charles III a été officiellement proclamé roi du Royaume-Uni samedi 10/09, à Londres, deux jours après le décès de sa mère, Elizabeth II. Si le rôle des monarques britanniques s’est réduit avec le temps, celui-ci reste essentiel au bon fonctionnement de la vie politique, estime Juliet Samuel, éditorialiste pour le quotidien britannique The Daily Telegraph, dans une chronique publiée vendredi :

« La couronne remplit une fonction primordiale, celle d’empêcher nos responsables politiques d’accéder au statut convoité de monarque ou de chef d’État. Il n’y a guère de choses plus saines que de mettre un frein à l’ambition du pouvoir politique. En permettant au Parlement et au gouvernement de contrôler la politique, mais en leur refusant le droit d’être vénérés ou célébrés en tant que symboles nationaux, le monarque protège l’identité du pays tout en soumettant nos dirigeants politiques à un examen minutieux. Une monarchie constitutionnelle maintient le véritable pouvoir politique à sa place en limitant son prestige et en le soumettant à une autorité morale. Qu’un responsable politique respecte ou non la Couronne, il est certainement intimidé par la considération que lui porte le pays ».

Cette réflexion en appelle une autre : Proclamant qu’ils ne réclament pas le pouvoir suprême, les chrétiens « en politique », gagneraient ainsi en crédibilité. « Venus, non pour être servis, mais pour servir » – à l’image de Celui qu’ils reconnaissent comme « le seul Seigneur » – et « craignant Dieu », ils se seraient alors plus inspirés de se concentrer sur le champ de la réalité quotidienne, au niveau local, départemental et régional. Et ce, pour montrer sur le terrain comment et pourquoi leurs solutions changent la vie et contribuent à améliorer les quotidiens des citoyens. 

Comment étudier l’Economie sous un angle chrétien (au risque de se faire traiter de « socialiste »)

« Ce qui ne va pas avec le conservatisme », selon Christopher Lasch : Non seulement (les conservateurs) n’expliquent pas suffisamment la destruction des « valeurs traditionnelles », mais ils se rangent involontairement du côté des forces sociales qui ont contribué à leur destruction (Source image : public domain pictures)

Vous avez certainement lu ce texte – actuellement viral sur les réseaux @sociaux depuis mai 2022 – et attribué à un certain pasteur méthodiste Dave Barnhart : 

« Les enfants à naître » sont un groupe bien pratique à défendre. Ils ne vous demandent jamais rien. Ils sont moralement simples, au contraire des prisonniers, des victimes d’addictions, ou des pauvres chroniques ; ils ne ressentent pas la condescendance et ne se plaignent pas que vous ne soyez pas politiquement correct ; contrairement aux veuves, ils ne vous demandent pas de questionner le patriarcat ; contrairement aux orphelins, ils ne demandent ni argent, ni éducation, ni soin ; contrairement aux étrangers, ils n’apportent pas le bagage racial, culturel et religieux que vous n’aimez pas ; ils vous permettent de vous sentir bien quant à vous même sans avoir besoin de créer ou maintenir des relations ; et quand ils sont nés, vous pouvez les oublier, parce qu’ils cessent d’être à naître. C’est comme si en naissant ils mouraient pour vous. Vous pouvez aimer les enfants à naître sans avoir à changer sérieusement votre propre richesse, pouvoir ou privilège, sans ré-imaginer les structures sociales, vous excuser ou faire des réparations à quiconque. Ils sont, en fin de compte, les gens parfaits à aimer si vous aimez dire que vous aimez Jésus mais n’aimez pas en fait tout ce qui respire. Les prisonniers ? Les immigrants ? Les malades ? Les pauvres ? Les veuves ? Les orphelins ? Tous les groupes spécifiquement mentionnés dans la Bible ? Ils sont tous jetés au diable au profit des enfants à naître« .

Précisons-le : Ce texte a vraiment été écrit par le pasteur Barnhart. Ce dernier, qui est pasteur à l’église méthodiste unie Saint Junia à Birmingham, en Alabama(1), a publié ce message pour la première fois sur sa page Facebook en 2018. À l’époque, les élus de l’Alabama étaient en train d’adopter un amendement à la constitution de l’État qui « reconnaîtrait les droits de l’enfant à naître » afin de garantir que « les fonds de l’État [n’iraient] pas au financement des soins d’avortement », selon AL .com .

Une prise de position qui lui a valu récemment cette « réponse courte » sur la toile : « Cause toujours, anabaptiste »(2) (sic – comme si c’était une insulte ! C’est le signe que le pasteur Barnhart a touché juste), et cette « réponse longue » : « Ce genre d’attaque [comprendre : ce genre de prise de position du pasteur Barnhart] présuppose que la seule façon de militer pour une cause sociale est la façon socialiste(sic), avec ses conceptions et ses stratégies ». Accusation classique, mais plutôt réductrice et de nature à noyer le poisson pour ne pas traiter le sujet dans le fond. 

Car tout lecteur de la Bible sait que le Seigneur est bien « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), que celui « qui opprime le faible outrage son Créateur, mais qui a pitié du pauvre l’honore » (Prov.14v31), et que nous n’avons pas à mêler « des cas de partialité à (notre) foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ« , par exemple, en déroulant le tapis rouge au riche, tout en accordant la place du déshonneur au pauvre. (Jacq.2v1-9)

Comme l’écrivait Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur, dans « Si j’étais président…  – Le sel du scrutin présidentiel » (16/02/2012) : « Faut-il insister davantage sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 65 millions de citoyens vivants ? Quid de la justice, de l’équité, de l’honnêteté en affaires, de la santé, de l’emploi, de l’éducation, de la morale publique, du droit d’opinion et de religion ? » 

Ce constat en appelle un autre, tel celui formulé par Etienne Omnès dans un excellent article intitulé « comment étudier l’économie sous un angle chrétien », paru sur son blogue en 2019 : d’après lui, la question du Travail et de l’Economie « est peut-être ce qui est le moins abordé dans l’église évangélique », et le sujet « dont on se désintéresse le plus, au point où l’on est persuadé que le christianisme et la Bible n’ont rien à dire sur notre modèle économique. Si jamais la Bible a quelque chose à en dire, c’est pour condamner le méchant socialisme et soutenir le « capitalisme » (mais allez savoir quelle définition…). En comparaison, les catholiques romains ont le mérite d’avoir une doctrine sociale EUX ».

De son propre aveu, Etienne savait « que c’était probablement un sujet important(3) », mais il n’en avait « pas fait une priorité » avant de lire Christopher Lasch sur « ce qui ne va pas avec le conservatisme ». L’une de ces critiques en particulier lui parlait : Les conservateurs partent du principe que la déréglementation et le retour au marché libre résoudront tout, favorisant une renaissance de l’éthique du travail et une résurgence des « valeurs traditionnelles ». Non seulement ils n’expliquent pas suffisamment la destruction de ces valeurs, mais ils se rangent involontairement du côté des forces sociales qui ont contribué à leur destruction, par exemple dans leur plaidoyer pour une croissance illimitée.

« Pour moi qui ai toujours grandi dans un milieu où l’on tempêtait sans cesse contre les « attaques contre la famille », c’était une révélation », explique Etienne : « le plus grand des ennemis de la Famille, ce n’était pas l’Etat, mais le Marché. Cela est confirmé par cette autre citation, sur l’effet des banales pubs que vous consommez à la télé : Le fait n’est pas que la publicité manipule le consommateur ou influence directement ses choix. Le fait est que cela fait du consommateur un toxicomane, incapable de vivre sans des pertes de plus en plus importantes de stimulation et d’excitation d’origine externe (…). Pour Lasch – et il a raison- la publicité qu’ingurgite mes fils est bien plus destructrice que les délires(sic) de Marlène Schiappa »  [laquelle vient de faire son retour dans le gouvernement Borne, en tant que secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative ].

Et « à partir de ce moment-là », poursuit Etienne, « j’étais convaincu qu’étudier le Marché était une des tâches les plus urgentes et fondamentales que je pouvais faire.

Mais comment ?

Et surtout, comment en sortir une vision chrétienne ? »  

L’article courageux d’Etienne, qui lui vaudrait certainement aujourd’hui de se faire traiter de « socialiste » par les laudateurs du « capatalism », se propose premièrement de pointer « les erreurs courantes dans les traitements évangéliques de l’Economie » :

(….)

1.    [Les Evangéliques] n’étudient que ce que la Bible dit du Travail, sans jamais chercher à l’appliquer. On aboutit à des platitudes inutiles du genre : « le travail c’est nécessaire pour l’homme, la pénibilité n’est qu’une punition temporaire ». Pendant ce temps, une usine ferme, créant 10 suicides et 20 divorces et là-dessus pas un mot

2.    Ils essaient de l’appliquer mais sont extrêmement superficiel en économie: (…..)

3.    Ils étudient correctement ce que dit la Bible, ils sont sérieux dans leur application à l’économie, mais ils interagissent avec une idée et non le réel. [C’est ainsi que le chrétien qui parlera des relations contractuelles entre patrons et employés] devra parler des forces de négociations inégales, et même de l’utilité des syndicats, voire même de [ce que les dernières « lois sociales » changent] sur la façon dont les « petits » sont traités….

Puis, il nous propose quelques pistes et principes sur ce qu’il convient de faire pour une économie sous un angle chrétien :

1.    Commencez par bien connaître votre théologie 

2.    Commencez par des traités chrétiens sur l’économie 

3.    Lisez les livres d’économistes, en vous concentrant sur ceux qui sont le plus cités. 

4.    Etudiez des sujets concrets, évitez les sujets abstraits. 

5.    Faites le tri. (…..) apprenez à distinguer les faits et les commentaires, l’évènement et son explication. Soyez tolérants dans les explications données, (….) Profitez-en pour élargir votre horizon intellectuel.

6.    Partez du réel et non de la Bible. (…..)

Une quête passionnante à poursuivre !

Lire l’intégralité de son article ici.

Notes : 

(1) Barnhart exploite un réseau d’églises de maison appelé l’Église méthodiste unie Saint Junia. L’Église Méthodiste Unie Saint Junia se décrit sur sa page Facebook et sur ce blogue comme « une communauté diversifiée de pécheurs, de saints et de sceptiques qui se joignent à Dieu dans le renouvellement de toutes choses ».

(2)Un Michel de l’Hospital (1504-1573), chancelier de France (ministre de la justice et premier ministre) aurait sans doute eu les mêmes mots, prononcés lors de son Discours de tolérance devant les états généraux d’Orléans, le 13 décembre 1560, dans l’espoir de rapprocher les Français : « Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, ne changeons le nom de chrétiens ! » https://www.herodote.net/L_apologie_de_la_tolerance-synthese-428.php

(3) C’est un sujet d’autant plus important que le journaliste américain Michael Goodwin part lui aussi d’un constat simple dans « Economix : la première histoire de l’économie en BD », réalisé avec Dan E. Burr (Ed. Les Arènes, 2013. Mise à jour en 2019) : « Tout le monde se pose des questions sur l’économie. Et si les spécialistes sont perplexes[voire même n’y comprennent plus rien du tout ou ne maîtrisent plus rien du tout], comment pouvons-nous comprendre ce qui se passe ? (op. cit., p 8).  Or, l’économie régit une part importante de notre vie quotidienne. L’étudier, c’est comprendre et expliquer comment les êtres humains s’organisent pour produire, échanger, consommer…des biens et des services dans le cadre d’une société. Il existe différents concepts, que nous avons du mal à maîtriser, ainsi que différentes théories économiques, qui sont parfois contredites par les faits. D’autre part, ajoute l’auteur, « nous sommes citoyens d’une démocratie. La plupart des sujets à propos desquels nous votons relèvent de l’économie. C’est de notre responsabilité de comprendre ce pour quoi nous votons ».  

Et Mammon est le seul dieu que Jésus appelle de son nom dans l’Evangile, tout en soulignant qu’il est impossible de « servir Dieu et Mammon » (Mt 6.24). Une déclaration radicale par ailleurs prophétique, soulignant ce sur quoi l’Eglise doit se positionner, et ce, d’autant plus que « Mammon » est omniprésent dans l’espace public. Voir aussi, sur cet éternel sujet, cet article et cet autre.

Robin Reeve (HET PRO) : « interdire l’avortement est absurde et criminel, tant que ses causes ne sont pas traitées »

Avortement : comment traiter les causes plutôt que ses effets ultimes (Source image : public domain pictures)

La très conservatrice Cour suprême des États-Unis a enterré vendredi 24 juin un arrêt qui, depuis près d’un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter mais n’avait jamais été accepté par la droite religieuse. Dans la foulée de la décision, plusieurs États américains ont déjà annoncé prendre des mesures pour interdire les interruptions volontaires de grossesse sur leur territoire.

En France, la décision a fait réagir de nombreux responsables politiques, de la gauche à la droite. Emmanuel Macron a regretté la « remise en cause » des libertés des femmes, soulignant que « l’avortement est un droit fondamental pour toutes les femmes ».

Le groupe Renaissance (majorité) à l’Assemblée nationale déposera une proposition de loi constitutionnelle visant à sanctuariser le droit à l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), a annoncé samedi 25 juin sa cheffe de file à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. La cheffe des députés LFI a fait une déclaration dans le même sens dès vendredi soir.

Une initiative qui répond à une question qui ne se pose pas en France, selon le juriste Bertrand Mathieu, constitutionnaliste et professeur à l’École de droit de la Sorbonne Paris 1, vu que la possibilité pour une femme de recourir à l’avortement est déjà garantie par les juges.

Dans ce contexte, il me paraît utile d’inviter à la lecture de l’intervention sur ce sujet de Robin Reeve, professeur en Ancien Testament à la HET PRO, Haute Ecole de Théologie, publiée le 25 juin sur son compte twitter :
« De l’interdiction de l’IVG… Je crains que, tant les intégristes que les progressistes vont me lancer des pierres, mais je prends le risque de dire l’état de mes réflexions. En bref : interdire l’avortement est absurde et criminel, tant que ses causes ne sont pas traitées.
Voici mes prémisses :
– une IVG ôte la vie à un être humain (il n’y a aucun moyen scientifique de déterminer quand un embryon « devient » humain).
– une IVG n’est pas un acte banal
– une IVG n’est pas une « bonne » solution et ne règle pas la problématique d’une grossesse non désirée
– une IVG est l’effet d’une chaîne de causes : contraception défaillante, chantage du père, détresse financière, …
– les femmes ont été opprimées par une domination masculine leur ôtant leur liberté de choix : refuser de voir l’horreur de cette domination est coupable
– un enfant à naître n’est pas le « corps » de la femme qui le porte ; mais une IVG concerne évidemment le corps de la femme qui y recourt
– le père de l’enfant devrait pouvoir participer à la réflexion au sujet d’une grossesse non désirée – mais dans des conditions de respect
– l’interdiction de l’IVG entraîne inévitablement une discrimination entre femmes riches – qui peuvent avorter ailleurs – et pauvres – qui vont recourir à des IVG clandestines
– les IVG clandestines génèrent une forte mortalité (500 femmes par an en France avant la loi Veil)

Tous ces éléments m’amènent aux conclusions suivantes :
– Interdire l’IVG, c’est hypocritement vouloir invisibiliser un effet, sans s’attaquer ses causes
– Promouvoir l’IVG sans restriction, comme la bonne solution, est aussi très problématique sur le plan éthique

Donc, bien que je pense que l’IVG ne soit pas une bonne solution, je crois qu’il faut d’abord traiter les causes plutôt que leur effet ultime :
1) promouvoir les diverses formes de contraception, les rendre gratuites et accessibles à toutes et à tous
2) développer des mesures sociales efficaces pour que les motifs financiers soient éliminés
3) éduquer l’ensemble de la société, contre l’oppression envers les femmes et pour la responsabilisation des géniteurs
4) en attendant que ces mesures (qui n’ont jamais été sérieusement mises en place) portent leur fruit, autoriser l’IVG comme un mal nécessaire (et donc la rendre accessible à toutes)
5) garder à l’esprit qu’une IVG n’est pas la réponse définitive à un problème complexe
6) ne pas croire qu’interdire l’IVG soit une réponse valable à un problème complexe
7) ne jamais déshumaniser l’enfant à naître, car c’est un premier pas – que certains franchissent – vers des formes d’élimination de personnes nées (handicapés, vieux, grands malades, etc.).

Vu que mes attaches spirituelles sont plutôt du côté des « pro-life », je propose ici une auto-critique. Il est formidablement hypocrite d’inverser les priorités : interdire d’abord, puis se proposer vaguement de mettre en place un accompagnement des femmes tentées par l’IVG.
C’est une tartufferie (« Cachez-moi ce sein que je ne saurais voir »), qui veut mettre la poussière sur le tapis. Ça fait des décennies que la société aurait pu mettre en place des mesures qui réduiraient significativement le recours à l’IVG.
Les pro-life ont en majorité décidé de culpabiliser les femmes et de juger de leurs situations sous un angle purement moraliste, sans compassion. Les pro-choix, de leur côté, considèrent que la légalisation de l’IVG a tout réglé.
Bon, je pense avoir donné aux deux bords du débat les armes pour me flinguer. Mais j’espère « contre toute espérance » que les gens raisonnables pourront me rejoindre sur certains points, en s’extirpant de la sclérose d’une polémique mortelle (pour les femmes, pour les enfants) ».

[En clair, le piège d’opposer la mère et l’enfant]

Robin Reeve se dit « rester en tension » et être « prêt à revoir certains des aspects de (sa) compréhension de la problématique ».

Voir aussi une proposition de réponse à cette question : « suffit-il pour un chrétien – se voulant « biblique » – que l’avortement soit interdit pour s’en réjouir ?

Enfin, le saviez-vous ?  Dans son livre Bad Faith : Race and the Rise of the Religious Right (« Mauvaise foi : race et émergence de la droite religieuse »), l’historien Randall Balmer repousse l’idée que l’arrêt Roe v. Wade concernant l’avortement soit à l’origine de l’engagement des évangéliques dans l’action politique, la décrivant comme un mythe. Balmer affirme que le facteur déterminant était, en fait, la réaction des conservateurs religieux aux initiatives de l’administration visant à supprimer les exonérations fiscales accordées à des écoles privées perpétuant la ségrégation raciale et gérées par des groupes religieux. 

Parmi ces écoles, la Lynchburg Christian Academy de Jerry Falwell et l’université Bob Jones de Greenville. Voir l’arrêt Green versus Connally de 1971, dans lequel la Cour suprême des États-Unis décida de refuser l’exonération fiscale à toutes les écoles privées de l’État du Massachusetts pratiquant la ségrégation raciale, et ordonna, par la même occasion, au fisc (Internal Revenue Service) d’appliquer cette mesure à tous les établissements privés ségrégationnistes du pays. C’est ainsi que je comprends mieux les raisons de certaines diatribes anti-impôts et anti-Etat du haut de la chaire.

 Balmer n’est pas le seul à défendre cette thèse. Il y a près de 30 ans, l’historien Godfrey Hodgson citait le pasteur Ed Dobson, un fidèle collaborateur du chef de file évangélique Jerry Falwell père, affirmant : « La nouvelle droite religieuse n’est pas née d’une préoccupation pour l’avortement. J’étais assis dans l’arrière-salle sans fumée de la Majorité morale, et je ne me souviens franchement pas que l’avortement ait jamais été mentionné comme une raison pour laquelle nous devrions faire quelque chose. »  

Etre chrétiens et « prêtres de l’Eternel » après les élections : comment prier pour nous, corps de Christ, et pour le Président réélu

« Retrouver la joie de prier », notamment pour les autorités, n’est pas seulement le titre d’un excellent ouvrage : C’est notre grand privilège, en tant que « prêtres de l’Eternel »

Emmanuel Macron a été réélu Président de la République Française avec 58,5 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen qui a obtenu 41,5 % des voix(1). Ce n’est peut-être pas votre choix, et vous avez certainement les meilleures raisons du monde de lui en vouloir, mais notre responsabilité en tant que chrétiens est désormais de prier positivement pour lui, comme nous l’avons certainement tous fait pour ses prédécesseurs – et comme d’autres l’auraient certainement fait si leur candidat(e)avait été élu(e) – et pour notre pays. Reste à savoir comment, dans quel but, et avec quel secours. 

Comme déjà souligné dans un autre article, être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion », est un véritable défi et un engagement spirituel, pour être en mesure de porter une véritable voix prophétique dans ce monde, plutôt que d’être réduits à l’état des « prophètes professionnels » du roi Achab, dans la Bible (1 Rois 22v1-28).

Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection. C’est donc prendre conscience que « le réveil de la France » n’est pas lié à l’élection d’un tel ou d’une telle.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités cf Ex 22.28 et l Tim 2.1-2, mais aussi avant tout, pour soi-même, pour l’Eglise – le corps de Christ – dans un esprit d’humilité et de repentance.

Comme une internaute l’a très bien exprimé sur la toile, en réponse à cet article encourageant à prier pour le Président réélu, « nous chrétiens, au-delà de nos devoirs de citoyens, avons aussi des devoirs spirituels dont celui d’intercéder pour le « roi » [ici, le chef de l’Etat]. Ce devoir émane du Seigneur, nous devons donc l’appliquer que nous épousions ou non les sensibilités de nos dirigeants. Ma prière pour nous chrétiens est que nous arrivions à prendre de la hauteur et à vaquer à cette responsabilité. Nous ne pouvons pas toujours changer les choses par le moyen des urnes mais avec les genoux au sol nous pouvons faire en sorte que des montagnes soient transportées. Le cœur du roi est dans la main d’Elohim et il l’incline où il veut nous dit les proverbes. Nous devons être la différence dans une société en crise et dans un monde en totale confusion. Fléchissons donc nos genoux vers le Roi des rois qui sait toute chose mieux que nous ».

Souvenons que nous nous disons « sacrificateurs » ou « prêtres de l’Eternel », et que nous sommes effectivement « rois et sacrificateurs » pour Dieu, selon Apoc. 1v6 et 1 Chron.23v13. Comme tels, nous sommes « mis à part pour être (sanctifiés) comme (très saints), pour offrir les parfums devant l’Eternel, pour faire son service, et pour bénir à toujours en son nom ». Notre service consiste en la prière et l’intercession « dans le temple », à approcher le Dieu saint dans le lieu saint et « pour bénir (dire le bien de Dieu et non « mal dire ») à jamais en son nom ».  Pour cela, il nous faut être saint. C’est pour une vie de prière devant Dieu que les prêtres sont sanctifiés (par contraste, le rôle du diable consiste à accuser continuellement les saints). Jésus, en tant que souverain sacrificateur, prie et intercède pour nous, pour toi et ton frère. Que prie-t-il ? (« Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait… »)

« Si alors mon peuple, le peuple qui porte mon nom, fait preuve d’humilité et prie, (s’ils) me recherchent en renonçant à leur mauvaise conduite, moi, dans les cieux, je serai attentif, je pardonnerai leur péché et je guérirai leur pays » ( 2 Chron.7v14).

Avant de prier pour le Président réélu, prions pour que, de même que l’autorité de Jésus-Christ ne jette aucun discrédit sur les pouvoirs humains, sachant que son Royaume « n’est pas de ce monde », nous, chrétiens, exercions « la culture de l’honneur » envers les structures d’autorités, et prenions tous au sérieux l’autorité de Dieu. 

Prions pour que nous grandissions dans la foi en Dieu le Père, dans le respect des figures de la paternité.

Prions pour que Dieu soit bien le Père dans nos églises, et non quelqu’un d’autre qui se serait mis à la place du Père.

Prions pour que nous poursuivions la paix et contribuons à la paix, pour être en mesure d’ annoncer une parole sur la Paix qui vient du Dieu véritable.

Prions pour la cohérence de notre témoignage

Jésus-Christ, Notre seul Seigneur, qui est entré à Jérusalem, est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau, nous appelle aujourd’hui à laisser tomber « l’agitation de nos rameaux » pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et de respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes.

Rendons aussi grâce pour notre pays, et apprenons, dans la dépendance de l’Esprit Saint, à cultiver une attitude de reconnaissance, à l’instar de cette exhortation de Phil.4v6, rappelée par Timothée Minard sur son blogueEn cette période électorale, la tendance est à la colère, au rejet, à l’inquiétude. On focalise nos regards vers ce qui ne va pas, vers les difficultés de notre pays, vers le péché des uns et des autres. On nous montre le malaise ambiant, le chômage, les injustices, la corruption, l’immoralité… Et cela nous pousse notamment, en tant que chrétiens, à l’intercession. A juste titre. Toutefois, ce que ce verset de Philippiens nous rappelle, c’est que nous sommes appelés à prier « dans une attitude de reconnaissance ».

C’est alors que nous pourrons prier positivement pour le Président de la république réélu, de sorte qu’il reçoive humilité, conseil et sagesse, sachant que sa réélection « l’engage » effectivement.

Note :

(1) En savoir plus sur le vote des électorats dits confessionnels – protestants, catholiques, musulmans…- au second tour de l’élection présidentielle 2022.

Face à ceux qui (se) disent « pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « pas Le Pen » (bis repetitas)

Voter Le Pen en particulier et extrême-droite en général : c’est toujours « non ! » Et même « non, non et non ! »
(Source image : public domain pictures)

Ou comment rappeler des évidences et dire des banalités qu’on oublie parfois.

Le présent article n’a pas pour but de « stigmatiser » les électeurs de Marine Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins, collègues de travail, amis, frères et sœurs en Christ…) mais de tenter de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours) et ce vote de la peur.

Lorsque j’étais lycéen, il était évident que Le Pen, c’était « non ! ». En 2002, lorsque Le Pen se trouve qualifié au second tour de la Présidentielle, c’était encore « non ! » et même « non, non, et non ! » pour la plupart. Aujourd’hui, cela ne semble plus évident. Je suis même interpellé par une chose, à l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle française du 10 avril 2022, comme au premier tour d’il y a 5 ans : Marine Le Pen est à nouveau au second tour, mais, plus encore qu’en 2017, nous sommes désormais bien loin du choc ou de la dramatisation du 21 avril 2002. 

Le RN (ex-FN), banalisé, ne fait plus du tout peur. C’est inquiétant.

Surtout quand des chrétiens (ou supposés tels) manifestent ouvertement leur vote pour ce parti, et ce, de manière décomplexée, notamment sur les réseaux @sociaux. Il est aussi sidérant de constater que d’autres, dans le milieu chrétien, aient pris la responsabilité de mettre les pieds dans le plat, appelant à l’abstention ou à voter blanc, « contre Macron », ou appelant indirectement à voter pour la candidate d’un parti xénophobe et raciste, sous prétexte de voter pour le candidat supposé être « clairement celui de la vie » ou « des valeurs chrétiennes »(sic).

Autres évidences :

NOUS SOMMES TOUS DES IMMIGRÉS : Certes, en cherchant bien, on doit pouvoir trouver parmi nous quelques citoyens à l’arbre généalogique purement mérovingien. Mais les autres ? Oui, nous sommes tous des Français enfants d’immigrés : à une, deux, trois générations derrière, que des Italiens, des Algériens, des Polonais, des Turcs, des Portugais, des Gabonais, des Vietnamiens et même des Belges… Ils sont partout : nous sommes partout. NON, il n’y a pas d’opposition entre une bonne et une mauvaise immigration : aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient chrétiens, mais il y a quelques siècles, les chrétiens se déchiraient entre eux ; aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient les Européens, mais dans les années 1920, les Italiens étaient victimes des chasses à l’homme ; il paraît que les bons immigrants n’auraient jamais commis aucun délit, mais quand ne pas avoir de papiers est un délit, comment faire ?

CHOISI ? “Les Français ont choisi de placer Marine Le Pen au second tour ”. Cette expression est tout simplement fausse. Au moment du vote pour le premier tour, on ne choisit pas forcément la personne qu’on souhaite voir au second tour : on exprime quelque chose. Marine Le Pen est en effet au second tour : ce n’est pas un choix conscient des Français mais la résultante de chiffres (abstention + faiblesse du vote PS et LR + dispersion des candidats de gauche). La candidate du Rassemblement national est même sortie en tête au premier tour dans plusieurs territoires ruraux qui ne sont pourtant pas particulièrement touchés par les questions d’insécurité et d’immigration.

A Bissert, village du nord-ouest du Bas-Rhin, juste à côté de la Moselle voisine, 49 des 92 bulletins de vote exprimés (52.13 %) portaient le nom de Marine Le Pen. Loin devant Emmanuel Macron (9,57 %), Eric Zemmour (8,51 %) ou Jean-Luc Mélenchon (8,51 %). Etonnant ? « A chaque élection c’est pareil (….) Quand on discute ici, certains ont parfois des propos durs sur l’immigration. Juste des mots car il y avait une famille étrangère ici et ça se passait très bien. Je pense que c’est surtout une peur de l’inconnu. » (…)« On se parle beaucoup entre nous et il n’y a pas de souci. Les gens vont peu en vacances » (…)« On est comme dans un désert médical. Pour la moindre opération, c’est minimum trente minutes (Sarreguemines), et encore, il n’y a pas tout  (…) On est de la classe moyenne mais on descend toujours plus. Les courses sont de plus en plus chères, le carburant aussi… On n’a pas trop à se plaindre car on a nos maisons mais on doit faire des choix : on ne part plus trop et on limite les restaurants », détaille (une) sexagénaire, qui cumule les emplois.

« C’est le pouvoir d’achat. Les gens votent en fonction de leur porte-monnaie. Et la hausse du carburant n’a pas arrangé les choses », tranche Marie-Pierre Guérin, maire de La Meilleraye-de-Bretagne et vice-présidente de l’association de maires ruraux de Loire-Atlantique. Pour Philippe Dugravot, conseiller départemental et maire de Villepôt – 675 habitants et 31,51 % pour Marine Le Pen –, le vote RN « traduit une difficulté de la ruralité ». Les ruraux sont confrontés à « des difficultés dans leur mode de vie, de mobilité, d’accès à l’emploi », analyse l’ancien haut fonctionnaire. « Malgré la complémentarité d’actions, à tous les échelons territoriaux, des électeurs peuvent avoir un ressentiment, l’impression que leurs besoins ne sont pas assez pris en compte. »

Alors NON, il ne faut pas dire du vote Le Pen qu’il est autre chose, en grande majorité, qu’un vote protestataire, à l’instar du vote des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui reflète, aux dires de ce dernier au soir du premier tour, « un état d’exaspération » et « le sentiment d’être entrés dans un état d’urgence écologique, sociale ».

NE PAS DEBATTRE : L’erreur est de tenter de répondre au RN, comme le font certains politiques, économistes, éditorialistes ou même certaines associations intersyndicales, en l’attaquant sur son programme économique pour en conclure que celui-ci « est irrationnel ». Ce qui signifie que les programmes des autres grands partis, dont « La République En Marche », ne méritant pas une telle vigilance, ne le seraient donc pas, « irrationnels » ? Or – et c’est sans doute une nouvelle erreur de M. Macron, qui, comme en 2017, a à nouveau accepté de débattre avec Marine Le Pen mercredi soir 20 avril  – on ne débat pas avec l’irrationnel. Les électeurs de Le Pen n’ont pas voté pour un programme — quel programme ? On ne répond pas à quelqu’un qui vous insulte parce que votre voiture ne redémarre pas au feu vert : il n’y a pas à argumenter. Le programme du RN (ex-FN), c’est : « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Qui peut argumenter contre cela ? Tenter de démonter le programme du RN, c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable (1). 

La seule chose que l’on peut faire contre l’irrationnel, c’est de rappeler [à l’instar d’un ancien président de la république française] que chaque fois que l’extrême-droite a eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé ». Et d’ailleurs, qui voudrait d’un « ordre nouveau » basé sur l’active mise au ban de la société d’un groupe qui ne met pas en danger la santé ou la paix publique ?

BANALITÉ DU MAL
“Mais ce n’est pas pareil, mais ce n’est pas si grave, « elle n’est pas comme son père », « elle n’est pas vraiment dangereuse…” Or, c’est exactement pareil. 

Ne nous laissons pas tromper par la candidature radicale d’Eric Zemmour qui a fait apparaître Marine Le Pen, par contraste, comme « recentrée », tandis qu’elle a « lissé » son image, laissant tomber toute agressivité, privilégiant le pouvoir d’achat, ce qui fait passer au second plan ses propositions, pourtant inchangées, contre l’immigration et l’islamisme. Ne nous laissons pas non plus tromper par le tour de passe passe qui consiste, pour Marine Le Pen, à effacer son nom et même son prénom de ses affiches électorales, comme pour mieux se débarrasser de son héritage politique estimé encombrant, qui avait fait de son prénom une marque aussi célèbre que « frigidaire ».

Sinon, qu’est-ce que vous croyez ? Que Hitler a dit “je veux être dictateur et tuer des millions de personnes”, et que 37% des Allemands ont voté pour lui ? NON. Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ». 

En 2011, quand Mme Le Pen affirmait que « nos compatriotes juifs n’ont rien à craindre du Front national, bien au contraire”, à l’instar d’un dirigeant FN qui se voulait rassurant en 2002, en déclarant que  “Zidane n’a rien à craindre”, l’un et l’autre sous-entendent clairement que d’autres personnes ont quelque chose à craindre. Et aujourd’hui quand le chef de l’opposition RN d’un conseil municipal dit « Non, nous, on ne veut pas emmerder les musulmans », il sous-entend que d’autres seront « emmerdés ».

Et il est aisé de comprendre « que créer une différence de droit, donner des droits supplémentaires en fonction de la nationalité », comme le veut Mme Le Pen, est une façon de dire que certains seraient « plus égaux que d’autres ». Mais où commence « la différence de droit » et où s’arrête-t-elle ? La « priorité nationale », au coeur du programme RN, est-elle « christiano », « biblico », ou « évangélico-compatible », si l’on relit Jacques 2v1, qui exhorte ceux qui croient en Jésus-Christ de « ne pas faire de différences entre les gens », vu que Dieu Lui-même n’en fait pas (Deut.10v17-19) ?

D’autres disent : « Le RN, on n’a jamais essayé ».  En réalité, il est possible de voir ce que cela donne dans les municipalités RN et affiliées. 

Quant à ceux qui disent que l’on risque “d’avoir Le Pen pour cinq ans”, quelle belle naïveté ! Il n’y a pas la moindre raison pour qu’un parti autoritaire s’arrête en si bon chemin, surtout quand la réalité de son projet politique est connue.

En fin de compte, quoi faire ? Pour ma part, pour des raisons bibliques, je reste convaincu qu’il est impossible pour un chrétien de voter RN et Marine Le Pen, parce que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Ainsi, par exemple, comme le souligne ce commentaire d’Erri de Lucca de la généalogie de Jésus-Christ en Matt.1« le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore notamment Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison ». (Voir notre article à ce sujet).  

Alors oui, Macron est objectivement (et explicitement) le candidat de «Mammon», ce qui a le mérite d’être clair [n’oublions toutefois pas son « quoiqu’il en coûte » du confinement 1.0 et sa reconnaissance de ce qui est « une folie »], tandis que Le Pen avance masquée, tout en séduction, alors que la réalité est autre. Mais plus largement, la vraie question est celle-ci : quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ? Souhaitons-nous les voir grandir dans une société fermée, marquée par la peur et la haine de l’autre ? Une société marquée par un « ordre social satanique et diabolique », fondé sur l’accusation, la division et le mensonge ?

Que vaut-il mieux ? 

Pouvoir combattre certaines idées d’Emmanuel Macron ou subir l’idéologie frontiste ?

N’oublions pas que si vous estimez qu’il y a du rédhibitoire – et même du « gravement rédhibitoire », pour reprendre la formule d’un catholique naturaliste blogueur – dans chacun des deux candidats finalistes, n’oubliez pas d’inclure, parmi lesdits candidats, « monsieur Blanc » et « madame Abstention ».

Nous seuls pouvons répondre. Le mieux qui nous reste à faire, sachant que le vote est une question de choix personnel et responsable, est de 1) refuser la polarisation, les discours partisans et clivants, pour nous encourager à veiller à l’unité en Jésus-Christ 2) « lever le nez » des discours et des unes haineuses de certains périodiques brandissant la peur de « l’invasion migratoire » et du « grand remplacement » pour mieux se replonger dans les Ecritures, Parole de Dieu, 3) prier et 4) chercher à exercer notre discernement, le tout dans l’humilité.

D’après http://rdereel.free.fr/NON.pdf

Lire une réponse alternative ici.

Notes :

(1) Banaliser les discours de l’extrême droite est la meilleure façon de faire gagner Marine Le Pen. La recherche en psychologie sociale suggère que, pour la contrer, il faut cesser de reprendre ses thèmes. Lorsque nous voyons un(e) responsable politique donner de l’importance aux idées de Marine Le Pen, cela nous renseigne inconsciemment sur ce qu’il est légitime de faire. À long terme, la reprise des idées de Marine Le Pen ne sert pas celui/celle qui les reprend, mais favorise la prolifération de ces idées… et, au final, Marine Le Pen.  En donnant de l’importance à Marine Le Pen, en dialoguant avec elle, on la pose comme un interlocuteur respectable. Ce faisant, on légitime ses idées. Ce comportement, le fait simplement d’être en face d’elle dans une émission télévisée, est beaucoup plus parlant que n’importe quel discours. Parler à Marine Le Pen pour attaquer ses idées, c’est d’abord reconnaître que c’est un adversaire valable. Le Président Chirac l’avait bien compris, lui qui avait refusé un débat télévisé entre les deux tours de l’élection de 2002.

Quand il faut un scandale et une crise pour comprendre enfin « ce qui est une folie »

Quand il faut attendre une crise pour comprendre enfin qu' »il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché » (Source image : public domain pictures)

« J’écoute ce que dit Dieu, le SEIGNEUR ; il dit : « Paix », pour son peuple et pour ses fidèles, mais qu’ils ne reviennent pas à leur folie ». (Psaume 85v9)

« Incroyable mais vrai » : il faut des grèves pour rendre visibles celles et ceux qui sont indispensables à la société, ceux-là même qui sont accusés de bien des maux : « de paralyser le pays », « de défendre égoïstement leurs acquis », et même, selon un certain magazine, « de haïr le travail » (1). 

Il faut aussi un scandale pour envisager une remise en cause du modèle lucratif des EHPAD (2)…. Et une crise sanitaire pour prendre enfin conscience « qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché », et que « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie« .

Aussi inouï que cela puisse paraître, celui qui a fait un tel constat devant tous à la télévision (3) le 12 mars 2020, avant l’annonce du confinement 1.0, est le Président Macron lui-même en personne, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes »(4) sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »).

Relisons donc cette fameuse allocution télévisée, laquelle est tout un programme : 

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.

Mais le temps, aujourd’hui, est à la protection de nos concitoyens et à la cohésion de la Nation. Le temps est à cette union sacrée qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à ne céder à aucune panique, aucune peur, aucune facilité, mais à retrouver cette force d’âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l’histoire.

La France unie, c’est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons. Nous tiendrons tous ensemble »(5). [Ce qui exclue donc tous les pseudo-programmes se résumant à « vous avez peur ? Vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires », et contre lequel il est vain de tenter d’argumenter. Tenter de démonter un tel « programme », c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable. La seule chose qu’on peut faire contre l’irrationnel, c’est rappeler que chaque fois que les promoteurs d’un tel « programme » ont eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé ».]

Ce qui est ici « inédit et potentiellement historique », avec cette pandémie, « c’est que la plupart des gouvernements ont choisi d’arrêter l’économie pour sauver des vies », souligne l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz dans un entretien pour Bastamag (6). « C’est une excellente nouvelle. Le Covid-19 crée ainsi un précédent : si on a pu arrêter l’économie pour sauver 200 000 personnes en France, pourquoi ne ferait-on pas demain le nécessaire pour prévenir les cancers et les 40 000 morts prématurés par an dues à la pollution ? ». Et même plus encore ?

Prions ensemble pour que ce qui est reconnu « comme une folie » le soit encore – et de façon manifeste pour tous – de sorte que le Seigneur fasse don de repentance, pour agir en toute sagesse et intelligence, pour le bien de tous, sans regret.

Les chrétiens, « petits Christs », appelés « à intercéder pour la nation », particulièrement « en cette période de campagne présidentielle », croient normalement que « Jésus est le frère de tous les hommes, et spécialement des pauvres. C’est lui que nous voyons avoir faim, être nu, étranger, prisonnier ou malade »[cf Matt.25v35-36].

Ils croient donc « que celui qui juge, humilie ou calomnie, juge, humilie, calomnie Jésus-Christ, car tout homme a le visage du Christ ».

Ils croient donc « que Jésus-Christ, par sa vie et ses paroles, nous dit qui est l’homme » et que « nous avons à faire nôtres les choix qu’il a faits : faire passer les personnes avant les richesses, la liberté avant la tranquillité, la vérité avant la propre opinion, le respect des autres avant l’efficacité, l’amour avant la loi ».

Plus encore, ils croient que « Jésus-Christ ressuscité nous donne l’Esprit de Dieu (…) que l’Esprit est esprit de liberté, esprit de tolérance, esprit de justice, esprit de paix. Il accueille au lieu de d’exclure. Il respecte au lieu de condamner. Il ouvre les portes et ne les ferme jamais »Ils croient « que son espérance est plus forte que tous les désespoirs. AMEN » (Extrait de la confession de foi de Barmen, d’après la Déclaration du Synode Confessant de Barmen, 31 mai 1934). 

Notes :

(1) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/12/20/quand-la-greve-rend-visibles-celles-et-ceux-qui-sont-indispensables-a-la-societe/

(2) https://www.latribune.fr/economie/france/le-modele-lucratif-des-ehpad-sur-la-sellette-903493.html et https://www.lemonde.fr/scandale-orpea/article/2022/02/10/apres-l-affaire-orpea-le-modele-des-ehpad-prives-lucratifs-remis-en-cause_6113073_6113065.html

(3) https://www.vie-publique.fr/discours/273869-emmanuel-macron-12032020-coronavirus

(4) https://pepscafeleblogue.files.wordpress.com/2018/05/no-alternative.jpg

(5) https://www.vie-publique.fr/discours/273869-emmanuel-macron-12032020-coronavirus

(6) https://www.bastamag.net/mondialisation-covid19-effondrement-virus-collapse-transition-relocalisation

« Car la loi résiste au désir » (piqûre de rappel)

Et pourtant, « se mouiller un peu » ne fait pas de mal, dans le cadre d’un débat. La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

« La question vaccinale et plus encore celle de l’obligation vaccinale, du passe sanitaire et autres contraintes gouvernementales divisent la société. Les chrétiens n’échappent pas à ces questions et la polarisation n’est pas moins forte dans l’Église ». C’est le moins que l’on puisse dire, et c’est dit par Maxime, dans un article(1) paru le 03 janvier 2022 sur le blogue théologique Par la Foi. 

Comme l’a écrit le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett(2), « il est dommage de débuter ainsi l’année en parlant une fois de plus de l’épidémie, sujet qui nous rend claustrophobes depuis deux ans alors que le bout du tunnel n’est pas encore en vue ». Cependant, nous assure Maxime, « le but de cet article est d’expliquer pourquoi le vaccin peut poser des problèmes de conscience à certains chrétiens et pourquoi aimer son prochain et son frère, c’est aussi ne pas violer sa conscience mais la considérer. Mon objectif est que l’unité de l’Église soit préservée, non pas en taisant ce sujet en public pour murmurer dans les foyers mais en abordant avec réflexion et de front le problème ». Et l’auteur de se justifier, en croyant bon de préciser que son article « n’est pas un argumentaire contre la licéité du vaccin. Il n’a pas pour but de convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique. Ainsi, il est inutile d’y répondre entre défendant la licéité du vaccin : j’admets tout-à-fait que quelqu’un puisse considérer les problèmes relevés et conclure qu’ils n’impliquent pas que prendre ce vaccin serait immoral ».

Dans ce cas, quel est l’intérêt d’un tel article ?  

« Dans cet article », explique encore Maxime, « je vise simplement 1) à expliquer quels sont les problématiques éthiques que ce vaccin pose, 2) pourquoi certains chrétiens ne peuvent pas prendre ce vaccin en bonne conscience en raison de ces problématiques… »  

Donc quand même un peu [convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique] ! 😉

« Du reste, vaccinez-vous ou pas, c’est pas le propos de cet article. Ce n’est pas que je n’ai pas d’avis sur ce qu’il serait préférable de faire, c’est simplement que ça n’est pas le propos de mon article ».  

Pourtant, se mouiller un peu ne fait pas de mal

C’est ainsi que « les contestataires anti-pass sanitaire, puis vaccinal, n’avouent pas souvent le fond de leur pensée », analyse encore le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett, qui se demande aussi pourquoi, dans une note de blogue(2) : « avec les (récentes) annonces gouvernementales (et les débats aussitôt redéclenchés), une fois de plus il faut aborder la question.  Quelle question ? Eh bien justement : celle du bien-fondé de ces débats sur le sanitaire [qui me paraissent ressembler à un débat entre « pro-vie » et « pro-choice » – sauf que l’un et l’autre ne sont pas là où on les attendait !], débats qui donnent l’impression de tourner en rond. Pourquoi cette impression ? Parce qu’une partie des débatteurs ne disent pas ce qu’ils pensent vraiment, au fond. Aujourd’hui ils en sont à protester contre le futur “passe vaccinal” qu’il faudra montrer en janvier ; pour entrer dans les cinémas ou les centres sportifs, on devra désormais prouver que l’on est complètement vacciné. Beaucoup attaquent ce nouveau passe en tant qu’obligation vaccinale déguisée… Or la plupart de ceux qui s’y opposent n’en critiquent que l’aspect “obligation” : ils reconnaissent par ailleurs l’utilité des vaccins contre le Covid, suivant ainsi l’avis quasi-unanime du monde médical. Mais puisque ces opposants admettent que le vaccin est la seule arme dont on dispose actuellement face à une épidémie mondiale ; puisque une course de vitesse est engagée aujourd’hui entre le virus et la vaccination ; puisque l’intérêt national est de gagner au vaccin la petite minorité des antivax obstinés… alors que pèse l’argument de la “liberté menacée”, invoqué ces jours-ci par la gauche mélenchonniste et la droite lepéniste [y compris par certains chrétiens] ?  

A ceux qui estiment, à l’instar de Maxime dans son point N°3, que « nous ne devrions pas, en tant que chrétiens, participer à un système de contraintes/incitations tendant à faire plier les consciences de ces gens »(3), il est utile de rappeler, comme le fait d’ailleurs Patrice de Plunkett, que « réserver l’accès des stades ou des cinémas aux gens vaccinés, représente, oui, une certaine restriction de nos libertés. Mais ce n’est pas la seule : conduire une voiture est réservé aux titulaires du permis. Se dire citoyen français est réservé aux titulaires du passeport…  Vous me direz que justement, depuis peu, des voix s’élèvent contre le passeport ou le permis de conduire, jugés “discriminatoires”. C’est le point commun entre le passeport, le permis et le passe vaccinal ! Dans les trois cas c’est le ressort hyper-individualiste qui joue [l’influence de la philosophe et romancière Ayn Rand ? Laquelle considérait l’égoïsme comme une vertu, et l’altruisme comme une forme d’autodestruction. Cette pensée entraîne la suprématie de l’individu sur le groupe] : le refus, de plus en plus répandu, de laisser l’Etat faire son travail de gardien du vivre-ensemble [il le fait mal ? Mais il est le seul à pouvoir le faire. Ferions-nous mieux à sa place ? Prions plutôt pour lui, pour qu’il le fasse le mieux possible, ce qui sera toujours mieux de râler ou de cultiver un esprit de victime]. Le refus d’admettre que le passeport d’un citoyen de la République française montre qu’il n’est pas tout à fait la même chose qu’un citoyen d’ailleurs… Ou le refus d’admettre que l’existence du permis de conduire, papier réservant les routes à ceux qui savent piloter un véhicule, soit une sécurité pour les autres usagers de la voie publique : et c’est un peu la même chose pour le vaccin. Pensons aux autres !

Ce type de restriction, dans le cadre des mesures sanitaires, « n’est (en effet) pas la seule », d’autant plus que, comme le souligne l’internaute « Xavier » en commentaire (02/01/22) à l’article de Patrice de Plunkett, « si on comprend le mot « liberticide » dans un sens très large, chaque loi est liberticide… on peut même dire que chaque règle de vie en commun restreint nos libertés ». Car la loi résiste au désir et au fantasme de toute puissance, comme le seul interdit au milieu d’une foule de possibilités en Eden, et le rappel des « 10 Paroles ». Nous acceptons ainsi de « restreindre nos libertés » en laissant notre place à une femme enceinte dans le métro, le train ou le bus, ce qui s’appelle « morale », fruit d’un pacte social plus ou moins explicite, qui nous permet de désengorger les tribunaux.

« Nous sommes une espèce qui canalise les instincts », écrit Erri de Luca, dans son roman « Impossible » [Gallimard, 2020, pp 159-160], apprenant à l’enfant, comme tel sujet à la démesure, désirant « tout, tout de suite », à rentrer dans la mesure et la limite. C’est ce qui s’appelle « éducation », quand l’enfant cherche ses limites, le cadre de ce qui lui est permis. Puis il lâche brusquement la main qui le tient et court par instinct de liberté – ou fantasme de toute puissance – mais on le retient avant qu’il ne se fasse renverser par une voiture. Quand par instinct, l’enfant vide son intestin dans son lit, l’adulte responsable lui apprend à ne pas le faire. 

Et n’oublions pas le port de la ceinture de sécurité devenu obligatoire le 28 juin 1973 ! L’an précédente, en 1972, 18 034 personnes sont tuées sur les routes en France – la plus forte mortalité jamais atteinte dans notre pays (en comparaison, 3 464 personnes en 2015. Source : gouvernement.fr). Lors du débat qui a eu lieu à chaque fois qu’il a fallu l’imposer, d’abord aux conducteurs, puis au passager à l’avant du véhicule et enfin à ceux qui sont à l’arrière, à chaque fois, on convoquait la liberté individuelle comme argument imparable face à cette loi « liberticide ». Du style : « C’est mon choix, ma liberté, de ne pas me protéger » ;  « L’obligation de port systématique est ridicule. Dans certains cas, ça ne sert à rien » ; « C’est une décision purement politique, pour remplir les caisses de l’État… »(sic).

Décidemment, un vrai débat « pro-vie »/ »pro-choice » !

Notes :

(1) Lire son article ici.

(2) Lire la note de blogue ici.

(3) Veillons à ne pas confondre « liberté de conscience » et « liberté individuelle » :   comme le disait madame Georgina Dufoix, ancienne ministre en 2017, lors d’une conférence publique, « Liberté de conscience: cent pour cent oui. Mais attention! Si la liberté de conscience s’exerce sans foi et qu’elle disparaisse, comme c’est le cas aujourd’hui, chez des individus comme vous et moi, individualistes – car l’air du temps l’est -, attention! La liberté de penser pour laquelle je suis sans aucune réserve peut conduire à des impasses: à un individualisme excessif et à une arrogance démesurée, parce que «moi», «moi», «moi». Finalement, si on pousse cela, on en arrive à l’égoïsme et à l’égotisme. C’est ce que j’ai fait, du moins en ce qui concerne l’humanisme. Or, si l’humanisme s’installe et se marie avec une liberté de pensée métabolique, on en arrive à se croire «Dieu». C’est tout simple. L’air du temps peut nous conduire là. Si l’homme est «Dieu», Dieu n’est plus Dieu. Si ma vie est mon «Dieu», je n’ai pas besoin de Dieu. Et Dieu, petit à petit, de génération en génération, disparaît de ma vision du monde. (…) Pour moi, la responsabilité était le corollaire de la liberté de conscience (…)Cette liberté de conscience avait comme corollaire la responsabilité; pour moi, dire que j’étais responsable, cela voulait dire que je voulais bien répondre de, répondre à, que je sentais que c’était la grandeur de ce métier: répondre de…, répondre à… »

Voir aussi « Luther et la question de la conscience. Problématisation et esquisse d’enjeux contemporains », par Jean-Daniel Causse Dans Revue d’éthique et de théologie morale 2017/1 (n° 293), pages 43 à 52  : « La conscience au sens où Luther l’interprète (…) n’a rien à voir avec cette idée un peu journalistique d’une liberté de conscience comme l’exercice d’un libre examen, faisant du chrétien protestant celui qui se dresse dans la superbe et glorieuse souveraineté de son être et qui ne rend de compte qu’à lui-même. La conscience n’est pas une instance d’auto-décision ; elle est plutôt le lieu de l’Autre. (…)Dans la pensée de Luther la conscience n’est pas « une voix intérieure autonome qui rend l’homme indépendant et qui constitue le fondement de son autonomie ».   

(4) Cf https://www.ouest-france.fr/economie/automobile/dangereuse-ridicule-genante-quand-la-ceinture-de-securite-faisait-debat-b8236d6e-ef98-11eb-8f8e-fe71c11b7838

La carte de l’Inconnu (celle que vous n’avez pas)

« Vous l’avez, la carte de l’inconnu ? » (Montage original par Jacques B.)

Un jour de soleil, j’arrivai avec mon neveu de 10 ans pour son cours de foot-bol.
A peine arrivé au terrain, il courut de l’autre côté du champ pour rejoindre une petite foule d’enfants réunis en cercle. Ces derniers criaient des noms que je ne pouvais pas comprendre. Au fur et à mesure que je m´approchais, l’un des noms est parvenu à mes oreilles : « Seigneur de la mort ! Ouais, trop bien ! Wesh, c’est la tête de la mort qui gagne ! »
J’ai été frappé ! Le coup de sifflet de l’entraineur a réveillé tout le monde, et les enfants se lancent et pendant 30 minutes ils courent avec un sourire aussi grand que leur sueur ! Fini le match, les enfants se réunissent rapidement au-dessous du toit. Ils s’installent par terre et de leurs sacs sortent des paquets de cartes ! « La pieuvre ! Lord Magus ! Soldat du trident ! Sorcière de Baal ! Zombie ! Troll vertigo ! L’aveugle tordu ! Angelo Furioso ! » Et j’ai crié : « LA CARTE DE L´INCONNU ! »
Les enfants se tournent vers moi avec les yeux grands comme des œufs ! Je leur dis : « vous l’avez, la carte de l’Inconnu ? »
-(L’un des enfants avec un T-shirt blanc) : il est comment, l’Inconnu ?
(silence)
– (Moi) Vous ne connaissez pas celui « qui a les yeux de feu ? (1) Par sa bouche sort une épée à double tranchant » (2) ?!
– (Enfant avec les yeux noirs) Quoi ?
-(Moi) L’Inconnu est celui qui vit au-dehors du temps et de l’espace, Il traverse le ciel et le centre de la terre jusqu’à l’extrémité de l’univers, il « monte sur un cheval blanc » indestructible et « derrière lui une armée de millions d’anges » (3) qui lui obéit, rien ne peut l’arrêter, rien ne peut le vaincre. IL est le tout-puissant ! (4) Quand il n’y avait rien de créé, Il était déjà là ! (5)
Leur regard était fixé et leur bouche ouverte…
-(Moi) Vous voulez connaitre le mystère de l’Inconnu ?
-Oui ! continue s’il te plaît (dit un jeune de cheveux frisés) et j’ai continué :
– (Moi) la carte de l’Inconnu a « un Nom qui est au-dessus de tous les autres noms » des autres cartes créées ! « IL est le Roi » sur toutes les cartes ; tous les démons, les zombies, les dragons et les géants « fléchissent leurs genoux devant Lui » et le reconnaissent comme Le Héros imbattable ! (6) Le prince de l’obscurité et le seigneur de la mort tremblent de peur et s’enfuient devant Lui ! (7) Il est la vraie lumière et son visage brille mille fois plus fort et plus puissant que le soleil ! (8) Son feu purifie et détruit tout ! Quand il avance, le ciel et la terre font silence !
(Silence)
– (Moi) Je vais vous dire son nom… c’est un secret qui vient du ciel…vous êtes choisis aujourd’hui pour connaitre le nom de l’inconnu… Approchez-vous !
(Ils s’approchent avec une soif curieuse et retiennent leur respiration)
– (Moi, je leur murmure) …Yeshoua
– Trop bien ! ça veut dire quoi ?
– Oui ! ça veut dire quoi ?
– (Moi) Sauveur… ça veut dire Yeshoua Le sauveur.
– Trop cool ! Et il a sauvé qui ? (a répondu le plus petit d’entre eux, placé à ma droite.)
– Wesh, il les gagne comment ses ennemis ? (enfant à chemise bleu)
– (Moi) Vous avez tous écouté le mystère de la carte de l’inconnu et son Nom révélé est Yeshoua, parce qu’il a sauvé ses amis et sa famille avec son sang ! (9) Car ses ennemis l’ont tué ! Il est mort pendant trois jours et trois nuits (10) …
– Quoi ? Wesh ! pour l’Inconnu !
– Pas vrai ! Je savais que quelque chose était pas bien dans ce truc…
-(Moi) Écoutez la suite ! L’histoire continue… Il a vaincu la mort ! (11) Il s’est réveillé avec toute la force et la puissance de la vie en Lui ! Il a pris la tête de la mort et il l’a écrasé ! (Geste avec mon pied) CRASH !!!
(Encore les yeux comme des œufs)
Si ça vous dit, je vous la raconterai le prochain samedi.
Et j’ai pris mon neveu, qui en me regardant, me demande :
– Tonton, tu en as une ?
– (Moi) une quoi ?
– (Neveu) …et bien une carte de Yeshoua pour gagner tout le monde !
J´l´a trouve comment ?
(Et je souriais).

« La carte de l’Inconnu » (celle que vous n’avez pas). Initialement parue sur Pep’s café le 20/12/17. Anecdote inédite et véridique racontée par Jacques Broquet, notre plume invitée que je remercie chaleureusement. Jacques est artiste chorégraphe, danseur, metteur en scène, père de 3 filles – Gabriela, Clara et Camila. Plus de 37 ans marié et heureux avec Adriana. Le nom inconnu du sauveur s’est révélé à lui et maintenant il vit dans le royaume de Yeshoua en France avec toute sa famille.

Notes :

(1) Apoc.1v14, 2v18 
(2) Apoc.1v16 
(3) Apoc.19v11, v14 
(4) Apoc. 1v8 
(5) Prov.8v23 et ss, Jean 1v1-2
(6) Philip.2v9-11, Apoc. 17v14, 19v16 
(7) Cf Col.2v15, 1 Jean 3v8, Jacq.2v19 
(8) Apoc. 1v16, Jean 8v12 
(9) Apoc.1v5 
(10) Marc 9v31 
(11) 1 Cor.15v4, 1 Cor.15v24-26, Hébr.2v14 , Apoc.1v18