Etre chrétiens et « prêtres de l’Eternel » après les élections : comment prier pour nous, corps de Christ, et pour le Président réélu

« Retrouver la joie de prier », notamment pour les autorités, n’est pas seulement le titre d’un excellent ouvrage : C’est notre grand privilège, en tant que « prêtres de l’Eternel »

Emmanuel Macron a été réélu Président de la République Française avec 58,5 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen qui a obtenu 41,5 % des voix(1). Ce n’est peut-être pas votre choix, et vous avez certainement les meilleures raisons du monde de lui en vouloir, mais notre responsabilité en tant que chrétiens est désormais de prier positivement pour lui, comme nous l’avons certainement tous fait pour ses prédécesseurs – et comme d’autres l’auraient certainement fait si leur candidat(e)avait été élu(e) – et pour notre pays. Reste à savoir comment, dans quel but, et avec quel secours. 

Comme déjà souligné dans un autre article, être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion », est un véritable défi et un engagement spirituel, pour être en mesure de porter une véritable voix prophétique dans ce monde, plutôt que d’être réduits à l’état des « prophètes professionnels » du roi Achab, dans la Bible (1 Rois 22v1-28).

Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection. C’est donc prendre conscience que « le réveil de la France » n’est pas lié à l’élection d’un tel ou d’une telle.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités cf Ex 22.28 et l Tim 2.1-2, mais aussi avant tout, pour soi-même, pour l’Eglise – le corps de Christ – dans un esprit d’humilité et de repentance.

Comme une internaute l’a très bien exprimé sur la toile, en réponse à cet article encourageant à prier pour le Président réélu, « nous chrétiens, au-delà de nos devoirs de citoyens, avons aussi des devoirs spirituels dont celui d’intercéder pour le « roi » [ici, le chef de l’Etat]. Ce devoir émane du Seigneur, nous devons donc l’appliquer que nous épousions ou non les sensibilités de nos dirigeants. Ma prière pour nous chrétiens est que nous arrivions à prendre de la hauteur et à vaquer à cette responsabilité. Nous ne pouvons pas toujours changer les choses par le moyen des urnes mais avec les genoux au sol nous pouvons faire en sorte que des montagnes soient transportées. Le cœur du roi est dans la main d’Elohim et il l’incline où il veut nous dit les proverbes. Nous devons être la différence dans une société en crise et dans un monde en totale confusion. Fléchissons donc nos genoux vers le Roi des rois qui sait toute chose mieux que nous ».

Souvenons que nous nous disons « sacrificateurs » ou « prêtres de l’Eternel », et que nous sommes effectivement « rois et sacrificateurs » pour Dieu, selon Apoc. 1v6 et 1 Chron.23v13. Comme tels, nous sommes « mis à part pour être (sanctifiés) comme (très saints), pour offrir les parfums devant l’Eternel, pour faire son service, et pour bénir à toujours en son nom ». Notre service consiste en la prière et l’intercession « dans le temple », à approcher le Dieu saint dans le lieu saint et « pour bénir (dire le bien de Dieu et non « mal dire ») à jamais en son nom ».  Pour cela, il nous faut être saint. C’est pour une vie de prière devant Dieu que les prêtres sont sanctifiés (par contraste, le rôle du diable consiste à accuser continuellement les saints). Jésus, en tant que souverain sacrificateur, prie et intercède pour nous, pour toi et ton frère. Que prie-t-il ? (« Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait… »)

« Si alors mon peuple, le peuple qui porte mon nom, fait preuve d’humilité et prie, (s’ils) me recherchent en renonçant à leur mauvaise conduite, moi, dans les cieux, je serai attentif, je pardonnerai leur péché et je guérirai leur pays » ( 2 Chron.7v14).

Avant de prier pour le Président réélu, prions pour que, de même que l’autorité de Jésus-Christ ne jette aucun discrédit sur les pouvoirs humains, sachant que son Royaume « n’est pas de ce monde », nous, chrétiens, exercions « la culture de l’honneur » envers les structures d’autorités, et prenions tous au sérieux l’autorité de Dieu. 

Prions pour que nous grandissions dans la foi en Dieu le Père, dans le respect des figures de la paternité.

Prions pour que Dieu soit bien le Père dans nos églises, et non quelqu’un d’autre qui se serait mis à la place du Père.

Prions pour que nous poursuivions la paix et contribuons à la paix, pour être en mesure d’ annoncer une parole sur la Paix qui vient du Dieu véritable.

Prions pour la cohérence de notre témoignage

Jésus-Christ, Notre seul Seigneur, qui est entré à Jérusalem, est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau, nous appelle aujourd’hui à laisser tomber « l’agitation de nos rameaux » pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et de respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes.

Rendons aussi grâce pour notre pays, et apprenons, dans la dépendance de l’Esprit Saint, à cultiver une attitude de reconnaissance, à l’instar de cette exhortation de Phil.4v6, rappelée par Timothée Minard sur son blogueEn cette période électorale, la tendance est à la colère, au rejet, à l’inquiétude. On focalise nos regards vers ce qui ne va pas, vers les difficultés de notre pays, vers le péché des uns et des autres. On nous montre le malaise ambiant, le chômage, les injustices, la corruption, l’immoralité… Et cela nous pousse notamment, en tant que chrétiens, à l’intercession. A juste titre. Toutefois, ce que ce verset de Philippiens nous rappelle, c’est que nous sommes appelés à prier « dans une attitude de reconnaissance ».

C’est alors que nous pourrons prier positivement pour le Président de la république réélu, de sorte qu’il reçoive humilité, conseil et sagesse, sachant que sa réélection « l’engage » effectivement.

Note :

(1) En savoir plus sur le vote des électorats dits confessionnels – protestants, catholiques, musulmans…- au second tour de l’élection présidentielle 2022.

Face à ceux qui (se) disent « pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « pas Le Pen » (bis repetitas)

Voter Le Pen en particulier et extrême-droite en général : c’est toujours « non ! » Et même « non, non et non ! »
(Source image : public domain pictures)

Ou comment rappeler des évidences et dire des banalités qu’on oublie parfois.

Le présent article n’a pas pour but de « stigmatiser » les électeurs de Marine Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins, collègues de travail, amis, frères et sœurs en Christ…) mais de tenter de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours) et ce vote de la peur.

Lorsque j’étais lycéen, il était évident que Le Pen, c’était « non ! ». En 2002, lorsque Le Pen se trouve qualifié au second tour de la Présidentielle, c’était encore « non ! » et même « non, non, et non ! » pour la plupart. Aujourd’hui, cela ne semble plus évident. Je suis même interpellé par une chose, à l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle française du 10 avril 2022, comme au premier tour d’il y a 5 ans : Marine Le Pen est à nouveau au second tour, mais, plus encore qu’en 2017, nous sommes désormais bien loin du choc ou de la dramatisation du 21 avril 2002. 

Le RN (ex-FN), banalisé, ne fait plus du tout peur. C’est inquiétant.

Surtout quand des chrétiens (ou supposés tels) manifestent ouvertement leur vote pour ce parti, et ce, de manière décomplexée, notamment sur les réseaux @sociaux. Il est aussi sidérant de constater que d’autres, dans le milieu chrétien, aient pris la responsabilité de mettre les pieds dans le plat, appelant à l’abstention ou à voter blanc, « contre Macron », ou appelant indirectement à voter pour la candidate d’un parti xénophobe et raciste, sous prétexte de voter pour le candidat supposé être « clairement celui de la vie » ou « des valeurs chrétiennes »(sic).

Autres évidences :

NOUS SOMMES TOUS DES IMMIGRÉS : Certes, en cherchant bien, on doit pouvoir trouver parmi nous quelques citoyens à l’arbre généalogique purement mérovingien. Mais les autres ? Oui, nous sommes tous des Français enfants d’immigrés : à une, deux, trois générations derrière, que des Italiens, des Algériens, des Polonais, des Turcs, des Portugais, des Gabonais, des Vietnamiens et même des Belges… Ils sont partout : nous sommes partout. NON, il n’y a pas d’opposition entre une bonne et une mauvaise immigration : aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient chrétiens, mais il y a quelques siècles, les chrétiens se déchiraient entre eux ; aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient les Européens, mais dans les années 1920, les Italiens étaient victimes des chasses à l’homme ; il paraît que les bons immigrants n’auraient jamais commis aucun délit, mais quand ne pas avoir de papiers est un délit, comment faire ?

CHOISI ? “Les Français ont choisi de placer Marine Le Pen au second tour ”. Cette expression est tout simplement fausse. Au moment du vote pour le premier tour, on ne choisit pas forcément la personne qu’on souhaite voir au second tour : on exprime quelque chose. Marine Le Pen est en effet au second tour : ce n’est pas un choix conscient des Français mais la résultante de chiffres (abstention + faiblesse du vote PS et LR + dispersion des candidats de gauche). La candidate du Rassemblement national est même sortie en tête au premier tour dans plusieurs territoires ruraux qui ne sont pourtant pas particulièrement touchés par les questions d’insécurité et d’immigration.

A Bissert, village du nord-ouest du Bas-Rhin, juste à côté de la Moselle voisine, 49 des 92 bulletins de vote exprimés (52.13 %) portaient le nom de Marine Le Pen. Loin devant Emmanuel Macron (9,57 %), Eric Zemmour (8,51 %) ou Jean-Luc Mélenchon (8,51 %). Etonnant ? « A chaque élection c’est pareil (….) Quand on discute ici, certains ont parfois des propos durs sur l’immigration. Juste des mots car il y avait une famille étrangère ici et ça se passait très bien. Je pense que c’est surtout une peur de l’inconnu. » (…)« On se parle beaucoup entre nous et il n’y a pas de souci. Les gens vont peu en vacances » (…)« On est comme dans un désert médical. Pour la moindre opération, c’est minimum trente minutes (Sarreguemines), et encore, il n’y a pas tout  (…) On est de la classe moyenne mais on descend toujours plus. Les courses sont de plus en plus chères, le carburant aussi… On n’a pas trop à se plaindre car on a nos maisons mais on doit faire des choix : on ne part plus trop et on limite les restaurants », détaille (une) sexagénaire, qui cumule les emplois.

« C’est le pouvoir d’achat. Les gens votent en fonction de leur porte-monnaie. Et la hausse du carburant n’a pas arrangé les choses », tranche Marie-Pierre Guérin, maire de La Meilleraye-de-Bretagne et vice-présidente de l’association de maires ruraux de Loire-Atlantique. Pour Philippe Dugravot, conseiller départemental et maire de Villepôt – 675 habitants et 31,51 % pour Marine Le Pen –, le vote RN « traduit une difficulté de la ruralité ». Les ruraux sont confrontés à « des difficultés dans leur mode de vie, de mobilité, d’accès à l’emploi », analyse l’ancien haut fonctionnaire. « Malgré la complémentarité d’actions, à tous les échelons territoriaux, des électeurs peuvent avoir un ressentiment, l’impression que leurs besoins ne sont pas assez pris en compte. »

Alors NON, il ne faut pas dire du vote Le Pen qu’il est autre chose, en grande majorité, qu’un vote protestataire, à l’instar du vote des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui reflète, aux dires de ce dernier au soir du premier tour, « un état d’exaspération » et « le sentiment d’être entrés dans un état d’urgence écologique, sociale ».

NE PAS DEBATTRE : L’erreur est de tenter de répondre au RN, comme le font certains politiques, économistes, éditorialistes ou même certaines associations intersyndicales, en l’attaquant sur son programme économique pour en conclure que celui-ci « est irrationnel ». Ce qui signifie que les programmes des autres grands partis, dont « La République En Marche », ne méritant pas une telle vigilance, ne le seraient donc pas, « irrationnels » ? Or – et c’est sans doute une nouvelle erreur de M. Macron, qui, comme en 2017, a à nouveau accepté de débattre avec Marine Le Pen mercredi soir 20 avril  – on ne débat pas avec l’irrationnel. Les électeurs de Le Pen n’ont pas voté pour un programme — quel programme ? On ne répond pas à quelqu’un qui vous insulte parce que votre voiture ne redémarre pas au feu vert : il n’y a pas à argumenter. Le programme du RN (ex-FN), c’est : « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Qui peut argumenter contre cela ? Tenter de démonter le programme du RN, c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable (1). 

La seule chose que l’on peut faire contre l’irrationnel, c’est de rappeler [à l’instar d’un ancien président de la république française] que chaque fois que l’extrême-droite a eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé ». Et d’ailleurs, qui voudrait d’un « ordre nouveau » basé sur l’active mise au ban de la société d’un groupe qui ne met pas en danger la santé ou la paix publique ?

BANALITÉ DU MAL
“Mais ce n’est pas pareil, mais ce n’est pas si grave, « elle n’est pas comme son père », « elle n’est pas vraiment dangereuse…” Or, c’est exactement pareil. 

Ne nous laissons pas tromper par la candidature radicale d’Eric Zemmour qui a fait apparaître Marine Le Pen, par contraste, comme « recentrée », tandis qu’elle a « lissé » son image, laissant tomber toute agressivité, privilégiant le pouvoir d’achat, ce qui fait passer au second plan ses propositions, pourtant inchangées, contre l’immigration et l’islamisme. Ne nous laissons pas non plus tromper par le tour de passe passe qui consiste, pour Marine Le Pen, à effacer son nom et même son prénom de ses affiches électorales, comme pour mieux se débarrasser de son héritage politique estimé encombrant, qui avait fait de son prénom une marque aussi célèbre que « frigidaire ».

Sinon, qu’est-ce que vous croyez ? Que Hitler a dit “je veux être dictateur et tuer des millions de personnes”, et que 37% des Allemands ont voté pour lui ? NON. Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ». 

En 2011, quand Mme Le Pen affirmait que « nos compatriotes juifs n’ont rien à craindre du Front national, bien au contraire”, à l’instar d’un dirigeant FN qui se voulait rassurant en 2002, en déclarant que  “Zidane n’a rien à craindre”, l’un et l’autre sous-entendent clairement que d’autres personnes ont quelque chose à craindre. Et aujourd’hui quand le chef de l’opposition RN d’un conseil municipal dit « Non, nous, on ne veut pas emmerder les musulmans », il sous-entend que d’autres seront « emmerdés ».

Et il est aisé de comprendre « que créer une différence de droit, donner des droits supplémentaires en fonction de la nationalité », comme le veut Mme Le Pen, est une façon de dire que certains seraient « plus égaux que d’autres ». Mais où commence « la différence de droit » et où s’arrête-t-elle ? La « priorité nationale », au coeur du programme RN, est-elle « christiano », « biblico », ou « évangélico-compatible », si l’on relit Jacques 2v1, qui exhorte ceux qui croient en Jésus-Christ de « ne pas faire de différences entre les gens », vu que Dieu Lui-même n’en fait pas (Deut.10v17-19) ?

D’autres disent : « Le RN, on n’a jamais essayé ».  En réalité, il est possible de voir ce que cela donne dans les municipalités RN et affiliées. 

Quant à ceux qui disent que l’on risque “d’avoir Le Pen pour cinq ans”, quelle belle naïveté ! Il n’y a pas la moindre raison pour qu’un parti autoritaire s’arrête en si bon chemin, surtout quand la réalité de son projet politique est connue.

En fin de compte, quoi faire ? Pour ma part, pour des raisons bibliques, je reste convaincu qu’il est impossible pour un chrétien de voter RN et Marine Le Pen, parce que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Ainsi, par exemple, comme le souligne ce commentaire d’Erri de Lucca de la généalogie de Jésus-Christ en Matt.1« le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore notamment Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison ». (Voir notre article à ce sujet).  

Alors oui, Macron est objectivement (et explicitement) le candidat de «Mammon», ce qui a le mérite d’être clair [n’oublions toutefois pas son « quoiqu’il en coûte » du confinement 1.0 et sa reconnaissance de ce qui est « une folie »], tandis que Le Pen avance masquée, tout en séduction, alors que la réalité est autre. Mais plus largement, la vraie question est celle-ci : quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ? Souhaitons-nous les voir grandir dans une société fermée, marquée par la peur et la haine de l’autre ? Une société marquée par un « ordre social satanique et diabolique », fondé sur l’accusation, la division et le mensonge ?

Que vaut-il mieux ? 

Pouvoir combattre certaines idées d’Emmanuel Macron ou subir l’idéologie frontiste ?

N’oublions pas que si vous estimez qu’il y a du rédhibitoire – et même du « gravement rédhibitoire », pour reprendre la formule d’un catholique naturaliste blogueur – dans chacun des deux candidats finalistes, n’oubliez pas d’inclure, parmi lesdits candidats, « monsieur Blanc » et « madame Abstention ».

Nous seuls pouvons répondre. Le mieux qui nous reste à faire, sachant que le vote est une question de choix personnel et responsable, est de 1) refuser la polarisation, les discours partisans et clivants, pour nous encourager à veiller à l’unité en Jésus-Christ 2) « lever le nez » des discours et des unes haineuses de certains périodiques brandissant la peur de « l’invasion migratoire » et du « grand remplacement » pour mieux se replonger dans les Ecritures, Parole de Dieu, 3) prier et 4) chercher à exercer notre discernement, le tout dans l’humilité.

D’après http://rdereel.free.fr/NON.pdf

Lire une réponse alternative ici.

Notes :

(1) Banaliser les discours de l’extrême droite est la meilleure façon de faire gagner Marine Le Pen. La recherche en psychologie sociale suggère que, pour la contrer, il faut cesser de reprendre ses thèmes. Lorsque nous voyons un(e) responsable politique donner de l’importance aux idées de Marine Le Pen, cela nous renseigne inconsciemment sur ce qu’il est légitime de faire. À long terme, la reprise des idées de Marine Le Pen ne sert pas celui/celle qui les reprend, mais favorise la prolifération de ces idées… et, au final, Marine Le Pen.  En donnant de l’importance à Marine Le Pen, en dialoguant avec elle, on la pose comme un interlocuteur respectable. Ce faisant, on légitime ses idées. Ce comportement, le fait simplement d’être en face d’elle dans une émission télévisée, est beaucoup plus parlant que n’importe quel discours. Parler à Marine Le Pen pour attaquer ses idées, c’est d’abord reconnaître que c’est un adversaire valable. Le Président Chirac l’avait bien compris, lui qui avait refusé un débat télévisé entre les deux tours de l’élection de 2002.

Quand il faut un scandale et une crise pour comprendre enfin « ce qui est une folie »

Quand il faut attendre une crise pour comprendre enfin qu' »il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché » (Source image : public domain pictures)

« J’écoute ce que dit Dieu, le SEIGNEUR ; il dit : « Paix », pour son peuple et pour ses fidèles, mais qu’ils ne reviennent pas à leur folie ». (Psaume 85v9)

« Incroyable mais vrai » : il faut des grèves pour rendre visibles celles et ceux qui sont indispensables à la société, ceux-là même qui sont accusés de bien des maux : « de paralyser le pays », « de défendre égoïstement leurs acquis », et même, selon un certain magazine, « de haïr le travail » (1). 

Il faut aussi un scandale pour envisager une remise en cause du modèle lucratif des EHPAD (2)…. Et une crise sanitaire pour prendre enfin conscience « qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché », et que « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie« .

Aussi inouï que cela puisse paraître, celui qui a fait un tel constat devant tous à la télévision (3) le 12 mars 2020, avant l’annonce du confinement 1.0, est le Président Macron lui-même en personne, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes »(4) sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »).

Relisons donc cette fameuse allocution télévisée, laquelle est tout un programme : 

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.

Mais le temps, aujourd’hui, est à la protection de nos concitoyens et à la cohésion de la Nation. Le temps est à cette union sacrée qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à ne céder à aucune panique, aucune peur, aucune facilité, mais à retrouver cette force d’âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l’histoire.

La France unie, c’est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons. Nous tiendrons tous ensemble »(5). [Ce qui exclue donc tous les pseudo-programmes se résumant à « vous avez peur ? Vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires », et contre lequel il est vain de tenter d’argumenter. Tenter de démonter un tel « programme », c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable. La seule chose qu’on peut faire contre l’irrationnel, c’est rappeler que chaque fois que les promoteurs d’un tel « programme » ont eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé ».]

Ce qui est ici « inédit et potentiellement historique », avec cette pandémie, « c’est que la plupart des gouvernements ont choisi d’arrêter l’économie pour sauver des vies », souligne l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz dans un entretien pour Bastamag (6). « C’est une excellente nouvelle. Le Covid-19 crée ainsi un précédent : si on a pu arrêter l’économie pour sauver 200 000 personnes en France, pourquoi ne ferait-on pas demain le nécessaire pour prévenir les cancers et les 40 000 morts prématurés par an dues à la pollution ? ». Et même plus encore ?

Prions ensemble pour que ce qui est reconnu « comme une folie » le soit encore – et de façon manifeste pour tous – de sorte que le Seigneur fasse don de repentance, pour agir en toute sagesse et intelligence, pour le bien de tous, sans regret.

Les chrétiens, « petits Christs », appelés « à intercéder pour la nation », particulièrement « en cette période de campagne présidentielle », croient normalement que « Jésus est le frère de tous les hommes, et spécialement des pauvres. C’est lui que nous voyons avoir faim, être nu, étranger, prisonnier ou malade »[cf Matt.25v35-36].

Ils croient donc « que celui qui juge, humilie ou calomnie, juge, humilie, calomnie Jésus-Christ, car tout homme a le visage du Christ ».

Ils croient donc « que Jésus-Christ, par sa vie et ses paroles, nous dit qui est l’homme » et que « nous avons à faire nôtres les choix qu’il a faits : faire passer les personnes avant les richesses, la liberté avant la tranquillité, la vérité avant la propre opinion, le respect des autres avant l’efficacité, l’amour avant la loi ».

Plus encore, ils croient que « Jésus-Christ ressuscité nous donne l’Esprit de Dieu (…) que l’Esprit est esprit de liberté, esprit de tolérance, esprit de justice, esprit de paix. Il accueille au lieu de d’exclure. Il respecte au lieu de condamner. Il ouvre les portes et ne les ferme jamais »Ils croient « que son espérance est plus forte que tous les désespoirs. AMEN » (Extrait de la confession de foi de Barmen, d’après la Déclaration du Synode Confessant de Barmen, 31 mai 1934). 

Notes :

(1) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/12/20/quand-la-greve-rend-visibles-celles-et-ceux-qui-sont-indispensables-a-la-societe/

(2) https://www.latribune.fr/economie/france/le-modele-lucratif-des-ehpad-sur-la-sellette-903493.html et https://www.lemonde.fr/scandale-orpea/article/2022/02/10/apres-l-affaire-orpea-le-modele-des-ehpad-prives-lucratifs-remis-en-cause_6113073_6113065.html

(3) https://www.vie-publique.fr/discours/273869-emmanuel-macron-12032020-coronavirus

(4) https://pepscafeleblogue.files.wordpress.com/2018/05/no-alternative.jpg

(5) https://www.vie-publique.fr/discours/273869-emmanuel-macron-12032020-coronavirus

(6) https://www.bastamag.net/mondialisation-covid19-effondrement-virus-collapse-transition-relocalisation

« Car la loi résiste au désir » (piqûre de rappel)

Et pourtant, « se mouiller un peu » ne fait pas de mal, dans le cadre d’un débat. La pluie sur la fenêtre 2 par Mikaela Dunn

« La question vaccinale et plus encore celle de l’obligation vaccinale, du passe sanitaire et autres contraintes gouvernementales divisent la société. Les chrétiens n’échappent pas à ces questions et la polarisation n’est pas moins forte dans l’Église ». C’est le moins que l’on puisse dire, et c’est dit par Maxime, dans un article(1) paru le 03 janvier 2022 sur le blogue théologique Par la Foi. 

Comme l’a écrit le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett(2), « il est dommage de débuter ainsi l’année en parlant une fois de plus de l’épidémie, sujet qui nous rend claustrophobes depuis deux ans alors que le bout du tunnel n’est pas encore en vue ». Cependant, nous assure Maxime, « le but de cet article est d’expliquer pourquoi le vaccin peut poser des problèmes de conscience à certains chrétiens et pourquoi aimer son prochain et son frère, c’est aussi ne pas violer sa conscience mais la considérer. Mon objectif est que l’unité de l’Église soit préservée, non pas en taisant ce sujet en public pour murmurer dans les foyers mais en abordant avec réflexion et de front le problème ». Et l’auteur de se justifier, en croyant bon de préciser que son article « n’est pas un argumentaire contre la licéité du vaccin. Il n’a pas pour but de convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique. Ainsi, il est inutile d’y répondre entre défendant la licéité du vaccin : j’admets tout-à-fait que quelqu’un puisse considérer les problèmes relevés et conclure qu’ils n’impliquent pas que prendre ce vaccin serait immoral ».

Dans ce cas, quel est l’intérêt d’un tel article ?  

« Dans cet article », explique encore Maxime, « je vise simplement 1) à expliquer quels sont les problématiques éthiques que ce vaccin pose, 2) pourquoi certains chrétiens ne peuvent pas prendre ce vaccin en bonne conscience en raison de ces problématiques… »  

Donc quand même un peu [convaincre les chrétiens que le vaccin n’est pas éthique] ! 😉

« Du reste, vaccinez-vous ou pas, c’est pas le propos de cet article. Ce n’est pas que je n’ai pas d’avis sur ce qu’il serait préférable de faire, c’est simplement que ça n’est pas le propos de mon article ».  

Pourtant, se mouiller un peu ne fait pas de mal

C’est ainsi que « les contestataires anti-pass sanitaire, puis vaccinal, n’avouent pas souvent le fond de leur pensée », analyse encore le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett, qui se demande aussi pourquoi, dans une note de blogue(2) : « avec les (récentes) annonces gouvernementales (et les débats aussitôt redéclenchés), une fois de plus il faut aborder la question.  Quelle question ? Eh bien justement : celle du bien-fondé de ces débats sur le sanitaire [qui me paraissent ressembler à un débat entre « pro-vie » et « pro-choice » – sauf que l’un et l’autre ne sont pas là où on les attendait !], débats qui donnent l’impression de tourner en rond. Pourquoi cette impression ? Parce qu’une partie des débatteurs ne disent pas ce qu’ils pensent vraiment, au fond. Aujourd’hui ils en sont à protester contre le futur “passe vaccinal” qu’il faudra montrer en janvier ; pour entrer dans les cinémas ou les centres sportifs, on devra désormais prouver que l’on est complètement vacciné. Beaucoup attaquent ce nouveau passe en tant qu’obligation vaccinale déguisée… Or la plupart de ceux qui s’y opposent n’en critiquent que l’aspect “obligation” : ils reconnaissent par ailleurs l’utilité des vaccins contre le Covid, suivant ainsi l’avis quasi-unanime du monde médical. Mais puisque ces opposants admettent que le vaccin est la seule arme dont on dispose actuellement face à une épidémie mondiale ; puisque une course de vitesse est engagée aujourd’hui entre le virus et la vaccination ; puisque l’intérêt national est de gagner au vaccin la petite minorité des antivax obstinés… alors que pèse l’argument de la “liberté menacée”, invoqué ces jours-ci par la gauche mélenchonniste et la droite lepéniste [y compris par certains chrétiens] ?  

A ceux qui estiment, à l’instar de Maxime dans son point N°3, que « nous ne devrions pas, en tant que chrétiens, participer à un système de contraintes/incitations tendant à faire plier les consciences de ces gens »(3), il est utile de rappeler, comme le fait d’ailleurs Patrice de Plunkett, que « réserver l’accès des stades ou des cinémas aux gens vaccinés, représente, oui, une certaine restriction de nos libertés. Mais ce n’est pas la seule : conduire une voiture est réservé aux titulaires du permis. Se dire citoyen français est réservé aux titulaires du passeport…  Vous me direz que justement, depuis peu, des voix s’élèvent contre le passeport ou le permis de conduire, jugés “discriminatoires”. C’est le point commun entre le passeport, le permis et le passe vaccinal ! Dans les trois cas c’est le ressort hyper-individualiste qui joue [l’influence de la philosophe et romancière Ayn Rand ? Laquelle considérait l’égoïsme comme une vertu, et l’altruisme comme une forme d’autodestruction. Cette pensée entraîne la suprématie de l’individu sur le groupe] : le refus, de plus en plus répandu, de laisser l’Etat faire son travail de gardien du vivre-ensemble [il le fait mal ? Mais il est le seul à pouvoir le faire. Ferions-nous mieux à sa place ? Prions plutôt pour lui, pour qu’il le fasse le mieux possible, ce qui sera toujours mieux de râler ou de cultiver un esprit de victime]. Le refus d’admettre que le passeport d’un citoyen de la République française montre qu’il n’est pas tout à fait la même chose qu’un citoyen d’ailleurs… Ou le refus d’admettre que l’existence du permis de conduire, papier réservant les routes à ceux qui savent piloter un véhicule, soit une sécurité pour les autres usagers de la voie publique : et c’est un peu la même chose pour le vaccin. Pensons aux autres !

Ce type de restriction, dans le cadre des mesures sanitaires, « n’est (en effet) pas la seule », d’autant plus que, comme le souligne l’internaute « Xavier » en commentaire (02/01/22) à l’article de Patrice de Plunkett, « si on comprend le mot « liberticide » dans un sens très large, chaque loi est liberticide… on peut même dire que chaque règle de vie en commun restreint nos libertés ». Car la loi résiste au désir et au fantasme de toute puissance, comme le seul interdit au milieu d’une foule de possibilités en Eden, et le rappel des « 10 Paroles ». Nous acceptons ainsi de « restreindre nos libertés » en laissant notre place à une femme enceinte dans le métro, le train ou le bus, ce qui s’appelle « morale », fruit d’un pacte social plus ou moins explicite, qui nous permet de désengorger les tribunaux.

« Nous sommes une espèce qui canalise les instincts », écrit Erri de Luca, dans son roman « Impossible » [Gallimard, 2020, pp 159-160], apprenant à l’enfant, comme tel sujet à la démesure, désirant « tout, tout de suite », à rentrer dans la mesure et la limite. C’est ce qui s’appelle « éducation », quand l’enfant cherche ses limites, le cadre de ce qui lui est permis. Puis il lâche brusquement la main qui le tient et court par instinct de liberté – ou fantasme de toute puissance – mais on le retient avant qu’il ne se fasse renverser par une voiture. Quand par instinct, l’enfant vide son intestin dans son lit, l’adulte responsable lui apprend à ne pas le faire. 

Et n’oublions pas le port de la ceinture de sécurité devenu obligatoire le 28 juin 1973 ! L’an précédente, en 1972, 18 034 personnes sont tuées sur les routes en France – la plus forte mortalité jamais atteinte dans notre pays (en comparaison, 3 464 personnes en 2015. Source : gouvernement.fr). Lors du débat qui a eu lieu à chaque fois qu’il a fallu l’imposer, d’abord aux conducteurs, puis au passager à l’avant du véhicule et enfin à ceux qui sont à l’arrière, à chaque fois, on convoquait la liberté individuelle comme argument imparable face à cette loi « liberticide ». Du style : « C’est mon choix, ma liberté, de ne pas me protéger » ;  « L’obligation de port systématique est ridicule. Dans certains cas, ça ne sert à rien » ; « C’est une décision purement politique, pour remplir les caisses de l’État… »(sic).

Décidemment, un vrai débat « pro-vie »/ »pro-choice » !

Notes :

(1) Lire son article ici.

(2) Lire la note de blogue ici.

(3) Veillons à ne pas confondre « liberté de conscience » et « liberté individuelle » :   comme le disait madame Georgina Dufoix, ancienne ministre en 2017, lors d’une conférence publique, « Liberté de conscience: cent pour cent oui. Mais attention! Si la liberté de conscience s’exerce sans foi et qu’elle disparaisse, comme c’est le cas aujourd’hui, chez des individus comme vous et moi, individualistes – car l’air du temps l’est -, attention! La liberté de penser pour laquelle je suis sans aucune réserve peut conduire à des impasses: à un individualisme excessif et à une arrogance démesurée, parce que «moi», «moi», «moi». Finalement, si on pousse cela, on en arrive à l’égoïsme et à l’égotisme. C’est ce que j’ai fait, du moins en ce qui concerne l’humanisme. Or, si l’humanisme s’installe et se marie avec une liberté de pensée métabolique, on en arrive à se croire «Dieu». C’est tout simple. L’air du temps peut nous conduire là. Si l’homme est «Dieu», Dieu n’est plus Dieu. Si ma vie est mon «Dieu», je n’ai pas besoin de Dieu. Et Dieu, petit à petit, de génération en génération, disparaît de ma vision du monde. (…) Pour moi, la responsabilité était le corollaire de la liberté de conscience (…)Cette liberté de conscience avait comme corollaire la responsabilité; pour moi, dire que j’étais responsable, cela voulait dire que je voulais bien répondre de, répondre à, que je sentais que c’était la grandeur de ce métier: répondre de…, répondre à… »

Voir aussi « Luther et la question de la conscience. Problématisation et esquisse d’enjeux contemporains », par Jean-Daniel Causse Dans Revue d’éthique et de théologie morale 2017/1 (n° 293), pages 43 à 52  : « La conscience au sens où Luther l’interprète (…) n’a rien à voir avec cette idée un peu journalistique d’une liberté de conscience comme l’exercice d’un libre examen, faisant du chrétien protestant celui qui se dresse dans la superbe et glorieuse souveraineté de son être et qui ne rend de compte qu’à lui-même. La conscience n’est pas une instance d’auto-décision ; elle est plutôt le lieu de l’Autre. (…)Dans la pensée de Luther la conscience n’est pas « une voix intérieure autonome qui rend l’homme indépendant et qui constitue le fondement de son autonomie ».   

(4) Cf https://www.ouest-france.fr/economie/automobile/dangereuse-ridicule-genante-quand-la-ceinture-de-securite-faisait-debat-b8236d6e-ef98-11eb-8f8e-fe71c11b7838

La carte de l’Inconnu (celle que vous n’avez pas)

« Vous l’avez, la carte de l’inconnu ? » (Montage original par Jacques B.)

Un jour de soleil, j’arrivai avec mon neveu de 10 ans pour son cours de foot-bol.
A peine arrivé au terrain, il courut de l’autre côté du champ pour rejoindre une petite foule d’enfants réunis en cercle. Ces derniers criaient des noms que je ne pouvais pas comprendre. Au fur et à mesure que je m´approchais, l’un des noms est parvenu à mes oreilles : « Seigneur de la mort ! Ouais, trop bien ! Wesh, c’est la tête de la mort qui gagne ! »
J’ai été frappé ! Le coup de sifflet de l’entraineur a réveillé tout le monde, et les enfants se lancent et pendant 30 minutes ils courent avec un sourire aussi grand que leur sueur ! Fini le match, les enfants se réunissent rapidement au-dessous du toit. Ils s’installent par terre et de leurs sacs sortent des paquets de cartes ! « La pieuvre ! Lord Magus ! Soldat du trident ! Sorcière de Baal ! Zombie ! Troll vertigo ! L’aveugle tordu ! Angelo Furioso ! » Et j’ai crié : « LA CARTE DE L´INCONNU ! »
Les enfants se tournent vers moi avec les yeux grands comme des œufs ! Je leur dis : « vous l’avez, la carte de l’Inconnu ? »
-(L’un des enfants avec un T-shirt blanc) : il est comment, l’Inconnu ?
(silence)
– (Moi) Vous ne connaissez pas celui « qui a les yeux de feu ? (1) Par sa bouche sort une épée à double tranchant » (2) ?!
– (Enfant avec les yeux noirs) Quoi ?
-(Moi) L’Inconnu est celui qui vit au-dehors du temps et de l’espace, Il traverse le ciel et le centre de la terre jusqu’à l’extrémité de l’univers, il « monte sur un cheval blanc » indestructible et « derrière lui une armée de millions d’anges » (3) qui lui obéit, rien ne peut l’arrêter, rien ne peut le vaincre. IL est le tout-puissant ! (4) Quand il n’y avait rien de créé, Il était déjà là ! (5)
Leur regard était fixé et leur bouche ouverte…
-(Moi) Vous voulez connaitre le mystère de l’Inconnu ?
-Oui ! continue s’il te plaît (dit un jeune de cheveux frisés) et j’ai continué :
– (Moi) la carte de l’Inconnu a « un Nom qui est au-dessus de tous les autres noms » des autres cartes créées ! « IL est le Roi » sur toutes les cartes ; tous les démons, les zombies, les dragons et les géants « fléchissent leurs genoux devant Lui » et le reconnaissent comme Le Héros imbattable ! (6) Le prince de l’obscurité et le seigneur de la mort tremblent de peur et s’enfuient devant Lui ! (7) Il est la vraie lumière et son visage brille mille fois plus fort et plus puissant que le soleil ! (8) Son feu purifie et détruit tout ! Quand il avance, le ciel et la terre font silence !
(Silence)
– (Moi) Je vais vous dire son nom… c’est un secret qui vient du ciel…vous êtes choisis aujourd’hui pour connaitre le nom de l’inconnu… Approchez-vous !
(Ils s’approchent avec une soif curieuse et retiennent leur respiration)
– (Moi, je leur murmure) …Yeshoua
– Trop bien ! ça veut dire quoi ?
– Oui ! ça veut dire quoi ?
– (Moi) Sauveur… ça veut dire Yeshoua Le sauveur.
– Trop cool ! Et il a sauvé qui ? (a répondu le plus petit d’entre eux, placé à ma droite.)
– Wesh, il les gagne comment ses ennemis ? (enfant à chemise bleu)
– (Moi) Vous avez tous écouté le mystère de la carte de l’inconnu et son Nom révélé est Yeshoua, parce qu’il a sauvé ses amis et sa famille avec son sang ! (9) Car ses ennemis l’ont tué ! Il est mort pendant trois jours et trois nuits (10) …
– Quoi ? Wesh ! pour l’Inconnu !
– Pas vrai ! Je savais que quelque chose était pas bien dans ce truc…
-(Moi) Écoutez la suite ! L’histoire continue… Il a vaincu la mort ! (11) Il s’est réveillé avec toute la force et la puissance de la vie en Lui ! Il a pris la tête de la mort et il l’a écrasé ! (Geste avec mon pied) CRASH !!!
(Encore les yeux comme des œufs)
Si ça vous dit, je vous la raconterai le prochain samedi.
Et j’ai pris mon neveu, qui en me regardant, me demande :
– Tonton, tu en as une ?
– (Moi) une quoi ?
– (Neveu) …et bien une carte de Yeshoua pour gagner tout le monde !
J´l´a trouve comment ?
(Et je souriais).

« La carte de l’Inconnu » (celle que vous n’avez pas). Initialement parue sur Pep’s café le 20/12/17. Anecdote inédite et véridique racontée par Jacques Broquet, notre plume invitée que je remercie chaleureusement. Jacques est artiste chorégraphe, danseur, metteur en scène, père de 3 filles – Gabriela, Clara et Camila. Plus de 37 ans marié et heureux avec Adriana. Le nom inconnu du sauveur s’est révélé à lui et maintenant il vit dans le royaume de Yeshoua en France avec toute sa famille.

Notes :

(1) Apoc.1v14, 2v18 
(2) Apoc.1v16 
(3) Apoc.19v11, v14 
(4) Apoc. 1v8 
(5) Prov.8v23 et ss, Jean 1v1-2
(6) Philip.2v9-11, Apoc. 17v14, 19v16 
(7) Cf Col.2v15, 1 Jean 3v8, Jacq.2v19 
(8) Apoc. 1v16, Jean 8v12 
(9) Apoc.1v5 
(10) Marc 9v31 
(11) 1 Cor.15v4, 1 Cor.15v24-26, Hébr.2v14 , Apoc.1v18

« Chrétien, majeur et vacciné » : les raisons qui éclairent une décision, au-delà du « mon choix, ma liberté »

Le « c’est mon choix, ma liberté » parodié par BROUTE, sur Canal +

« C’est mon choix » était le titre d’une émission controversée, connue pour ses sujets racoleurs, diffusée sur France 3 de 1999 à 2004, puis dans une nouvelle version sur Chérie 25 de 2015 à 2017.

« C’est mon choix, ma liberté » est la revendication de ce qui est considéré comme étant une valeur fondamentale, du moins dans le monde – mais aussi parmi certains chrétiens se disant attachés à « la liberté individuelle » – particulièrement pour justifier la décision de ne pas se faire vacciner.

Sur ce qui est fondamental, qu’en dit la Bible ? A la question de « ce qui est le plus important », le Seigneur Jésus-Christ, citant les Ecritures, n’a pas répondu : « tu respecteras le c’est mon choix, ma liberté! de ton prochain », mais « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important. Et voici le second commandement, qui est d’une importance semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements. » (Matt.22v37-40)

Certes, Dieu se déclare comme le Dieu libérateur, dans la première des « 10 Paroles » (Exode 20v2), et Paul rappelle que nous avons été « appelés à la liberté » (Gal.5v13)….tout en précisant qu’il convient de nous auto-limiter à ce sujet, au nom de l’amour (v13-15) : 

Mais vous, frères et sœurs, vous avez été appelés à la liberté. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon les penchants humains. Au contraire, laissez-vous guider par l’amour pour vous mettre au service les uns des autres. Car toute la Loi se résume dans cette seule parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Mais si vous agissez comme des bêtes sauvages, en vous mordant et en vous dévorant les uns les autres, alors prenez garde : vous finirez par vous détruire les uns les autres.(Gal.5v13-15) [Lire aussi 1 Cor.6v12 et 1 Cor.10v23].

Le « c’est mon choix, ma liberté » n’est donc pas un absolu. L’amour, si.

Et c’est « l’amour du Christ » qui « nous étreint », qui « nous presse » (2 Cor.5v14), de ce poids de la gloire de Dieu.

D’autre part, si certains considèrent que « le plus grand pouvoir de l’homme » serait « le (libre) choix », un célèbre superhéros a rappelé qu’un « grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».

Justement, face à l’épidémie de Covid-19, nous sommes tous responsables : non pas de l’apparition du virus, bien sûr, mais plutôt d’empêcher ou de freiner sa propagation [ceux qui ne veulent absolument pas se faire vacciner doivent alors nous expliquer comment ils comptent le faire, à moins qu’ils considèrent sans gravité la pandémie], comme nous sommes tous responsables de soutenir ceux qui soignent ou assistent les malades, cherchent et trouvent des vaccins, ou encore se battent pour que nous puissions continuer à nous nourrir, à communiquer….Nous sommes aussi responsables de notre prochain, notamment plus faible, isolé et fragilisé par l’épidémie(1), en respectant les gestes barrières et les consignes sanitaires, sans attendre les mesures du gouvernement ou du préfet. Le respect des gestes barrières implique aussi de ne pas se faire le relais de tout et n’importe quoi, comme de prendre la décision d’en finir avec le réflexe de repartager des idées/informations toxiques (surtout celles non fiables, non vérifiées et/ou lues « en diagonales »), et de pas (plus) s’y exposer.

C’est en prenant ainsi nos responsabilités (et dans la prière), que nous glorifierons notre Dieu et contribuerons à l’édification et à l’encouragement de tous.

Une de nos responsabilités devant les hommes est donc de les bénir, à l’instar des sacrificateurs de l’Ancien Testament devant le peuple, soit d’énoncer et de se mobiliser pour rendre possible ce que Dieu a déclaré comme étant « bien », « bon » ou « très bon », « très bien ». Et notre responsabilité devant Dieu est de lui exprimer notre reconnaissance. Et les sujets ne manquent pas : 

Ainsi, l’an dernier, nous avons beaucoup prié pour les vaccins. Voici aujourd’hui, non pas un, mais plusieurs vaccins disponibles. Merci donc pour ces vaccins aujourd’hui disponibles et produits à des centaines de millions d’exemplaires contre un virus en à peine dix huit mois ; merci pour les tests pcr gratuits, les vaccins gratuits, les soins gratuits, les salariés payés, les entreprises aidées et les aides pour les plus modestes ; merci parce que nous ne sommes pas à la place de nos gouvernants en charge de gérer cette crise (personnellement, j’en serai bien incapable)….

A-t-on rendu grâce à Dieu, notamment sur les blogues ou les réseaux @sociaux occupés par des chrétiens, pour tout cela ?

Quelqu’un pourrait-il me signaler les sites, blogues ou comptes FB/twitter chrétiens (ou non) exprimant de tels sujets de reconnaissances pour tout ce dont nous avons bénéficié en cette période de crise pandémique/sanitaire ? Merci par avance.

J’en connais au moins deux ou trois (ce qui me paraît insuffisant), tels le blogue d’Antoine Nouis, les comptes twitter et FB du pasteur Gilles Boucomont, et aussi cet article de Myriam Widmer, publié dans le mensuel mennonite « Christ Seul » : cette professionnelle de santé nous explique simplement et clairement que « se faire vacciner est une des multiples façons de choisir la Vie. La vie est un don de Dieu et je fais [non pas « ce que je veux », mais] ce que je peux pour la préserver : la mienne et celle des autres ». 

Lire cet article dans son intégralité pour découvrir la déclinaison de cette vérité biblique, concernant la vie comme un don de Dieu.

Extraits :  

Une information fiable

À titre personnel, je me suis posé la question en début d’année : vaccin ou pas ? On ne savait pas trop… C’est la lecture de la revue Prescrire qui m’a décidée. Prescrire est une revue médicale fiable, très sérieuse, indépendante des laboratoires car financée exclusivement par ses abonnés. Ses rédacteurs étudient toujours en détail les résultats des essais cliniques avant de donner leur avis sur un nouveau médicament. (Par exemple, ils ont toujours déconseillé de prescrire le Mediator® en raison de sa dangerosité). Leur analyse des études sur les vaccins était tout à fait favorable. Ils ont coté les vaccins contre le Covid « Intéressants ! », et une telle cotation de leur part est plutôt rare. L’efficacité des vaccins sur le variant Alpha était estimée à 95 % environ (Pfizer, Moderna) ou 70-80 % (Astra Zeneca). Les vaccins restent efficaces sur le variant Delta (2).

Solidaire

En me faisant vacciner, je suis solidaire des autres car je ne suis pas un ermite qui vit en autarcie sur une île déserte. En réduisant la contagiosité, je contribue à la protection des personnes à risque de forme grave (…) je suis aussi solidaire des enfants et des jeunes (….) des étudiants privés de cours en présentiel (…) En me faisant vacciner, je suis solidaire des soignants (…) en particulier aux personnels qui travaillent dans les services d’urgence et de réanimation et qui ont beaucoup donné ces derniers mois. J’ai discuté début août avec une infirmière de réanimation. Elle m’a confirmé qu’à cette période-là, tous les patients Covid présents dans son service étaient des non-vaccinés. On sentait une grosse lassitude de sa part… À l’échelle nationale, on estime que les non-vaccinés représentent 85 % des patients Covid en soins critiques. Alors si nous avons applaudi les soignants l’an dernier, soyons cohérents et encourageons-les aujourd’hui en nous faisant vacciner.(….)

Devant Dieu     

Certains chrétiens affirment : « Dieu me protège ! J’ai confiance en lui et je n’ai pas besoin du vaccin ! » Dieu me protège… et pourtant une Église sœur a été durement touchée par l’épidémie. Nos frères et sœurs ont droit à tout notre amour et notre compassion. L’épreuve qu’ils ont subie (eux et d’autres chrétiens) prouve qu’on peut être un enfant de Dieu et tomber malade quand même.

Il est écrit : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu » (Dt 6.16 ; Mt 4.7). S’il existe un moyen de protection contre cette maladie contagieuse, et que je le néglige, qu’en pense Dieu ? » (…..)

Lire la suite de l’article ici.

Et « en bonus », une campagne pro-vaccination plutôt osée :

“Ne vous faites pas vacciner.” Signé: Pompes funèbres Wilmore. Photo « piquée » sur twitter

Une pub-choc au message simple pour se protéger contre le Covid, véhiculé par un camion noir des pompes funèbres Wilmore qui a sillonné les rues de la ville de Charlotte (Caroline du Nord) à la mi-septembre. Mission accomplie pour ce camion, au message retransmis par de nombreux médias locaux et nationaux et me paraissant illustrer ce verset biblique : « ….avertissez-les comme des frères » (Cf 2 Thes.3v15) !

Notes :

(1) D’après cette réponse à une question publiée sur 1001 questions.

(2) En complément, lire des réponses d’épidémiologistes à certaines objections sur les vaccins anti-covid, comme à certaines hésitations à se faire vacciner ici et . Sur ce qu’est un ARN Messager, lire ici et .

Pique-nique géant au lac de Tibériade

La scène de la multiplication des pains dans « l’Evangile de Jean »(2014), de la série « 4 Evangiles – les films », de David Batty.

Voici une étonnante prédication, à l’angle original, sur le thème de l’accueil.

Passages bibliques : 2 Rois 4, 42-44 ;   Rm 15, 1-7 ; Jean 6, 1-15            

Contexte : Lors d’un culte protestant, Dimanche 25 juillet 2021

Texte original : Pasteur Didier Crouzet, que je remercie chaleureusement pour m’avoir aimablement autorisé à publier son message sur Pep’s café! le blogue.

Tout récemment, lors de fouilles au nord d’Israël, des archéologues ont découvert les archives d’un journal de l’époque de Jésus, « Galilée-Soir ». A la date du 6 mars de l’an 33, on peut lire à la Une : « Pique-nique géant au bord du lac de Tibériade. Plus de 5000 personnes se gavent de pain et de poisson ». (Suite de notre enquête exclusive en pages intérieures).

En pages intérieures, l’article poursuit : « D’après les témoins, une foule énorme était massée sur les pentes de la colline qui surplombe le lac. La raison ? Un homme, un certain Jésus, originaire de Nazareth, dont nos colonnes ont déjà relaté les exploits : d’après plusieurs témoins, il aurait changé de l’eau en vin lors d’un mariage dans le village de Cana; il aurait guéri un paralysé à Jérusalem. Au dire des nombreuses personnes qui l’ont rencontré, il émane de sa personne une sorte de magnétisme assez extraordinaire. Il parle avec une telle conviction que ceux qui l’écoutent sont subjugués. Tout laisse à penser qu’une belle carrière politique s’ouvre devant ce Jésus. L’avenir nous le dira.

Mais revenons à ce pique-nique géant. Une foule estimée à 5000 personnes avait donc suivi Jésus, espérant sans doute assister à un miracle ou au moins entendre quelques belles paroles. Ils n’ont pas été déçus ! Selon les témoins qui ont assisté à la scène (!), Jésus se retrouve en haut de la colline avec cinq pains et deux poissons. Il prononce quelques mots et il commence à distribuer pain et poisson. Pas seulement des miettes, mais des dizaines, des centaines de morceaux de pain et de poissons, tant et tant qu’il en est resté douze énormes paniers ».

Alerté par le bouche à oreille sur l’événement, notre correspondant en poste à Tibériade, s’est précipité sur les lieux et a pu retrouver plusieurs témoins de ce piquenique géant.

Madame Benbassa est encore sous le coup de l’émotion. « Je me trouvais là au pied de la colline avec mon mari et mes enfants. Mon mari est pécheur et comme ça ne mordait pas beaucoup, il nous avait emmenés dans sa barque voir ce Jésus. Dans notre petit village de Galilée, ce n’est pas tous les jours qu’on a de la distraction ! Donc on arrive sur la plage, on amarre le bateau et on commence à monter vers le haut de la colline où se trouvait Jésus. Mais à un moment, on ne pouvait plus avancer tellement il y avait de monde. Donc, on se pose sur l’herbe un peu n’importe comment et on attend. Rien ne se passe. Tout à coup, on voit Jésus se lever, prendre des pains et des poissons qu’il avait trouvé je ne sais où, et dire quelques mots, qu’on n’a pas bien entendus, parce qu’on était loin. Mais ceux qui étaient devant nous ont rapporté qu’il avait dit « Merci », comme un père de famille qui fait la prière avant le repas…

Et puis du pain a commencé à circuler. Je me suis dit : « il n’y en aura jamais assez pour tout le monde. Je sais bien les quantités qu’il faut pour nourrir une famille, et ce n’est pas avec ces cinq pains et ces deux poissons qu’il va pouvoir donner à manger à tous ces gens. ». Je me disais aussi que seuls les premiers rangs auraient la chance de recevoir une miette et que ça allait être la foire d’empoigne pour s’approcher de Jésus. Et alors, il s’est passé une chose incroyable. Les amis de Jésus, ses douze plus proches, nous ont fait mettre en rang, ils nous ont demandé de nous asseoir on nous disant que tout le monde allait être servi. Franchement, on n’y croyait pas. Et puis les paniers sont arrivés, on a pris un morceau, puis deux, puis trois puis autant qu’on en voulait. Plus on mangeait, plus y’en avait. On s’est gavés comme des malades. On n’avait pourtant rien réclamé mais c’est comme si Jésus avait deviné qu’on avait faim.

Vous vous rendez compte ! On était arrivés comme des curieux pour voir une vedette, on n’espérait même pas l’approcher, trop de monde, et c’est lui qui s’est approché de nous, c’est lui qui a pris soin de moi en me donnant à manger plus que je ne pouvais en recevoir. Moi, une anonyme, qui trime toute la journée, qui doit préparer les repas et donner à manger à toute la famille, voilà qu’il m’invite et me nourrit. Quelle bonté ! Quelle générosité ! Quel sens de l’accueil ! Un homme capable de distribuer autant, jamais je n’ai vu ça. Une telle abondance, c’est extraordinaire. Et puis inviter autant d’inconnus gratuitement sans faire de différence entre les gens, sans rien demander, c’est quand même super sympa ! Je dis « inconnus », mais en fait, en le regardant, en ayant entendu par le bouche à oreille qu’il avait parlé comme un  père de famille, on se sentait un peu ses enfants, comme si on était de la même famille, une seule et grande famille ». Madame Benbassa poursuit.

« Après coup, je me demande pourquoi il a fait ça, Jésus. Il n’était pas obligé. Il aurait pu simplement faire un discours ou guérir quelques malades. En tout cas, on dirait vraiment un prophète, comme ceux dont les anciens nous parlaient, comme Elisée qui avait aussi nourri cent personnes avec vingt pains. Mais alors si c’est un prophète, il parle et agit au nom de Dieu. Et s’il m’accueille moi et les autres comme un père, ça veut dire que je fais partie de la famille de Dieu, que Dieu m’accueille comme je suis, moi, la mère de famille qui n’ai jamais voix au chapitre, moi qui suis cantonnée à la maison et à la cuisine. Ça veut dire que pour Dieu et pour Jésus, je vaux autant qu’un homme. Ça, c’est un vrai miracle ! »

Après le témoignage très touchant de Madame Benbassa, notre correspondant a voulu retrouver celui sans qui rien ne serait arrivé, le petit garçon ! Grâce à une enquête minutieuse, il a fini par le localiser. Interview.

« Comment t’appelles-tu ? » – Gabriel.  « Gabriel, tu as quel âge ? » – 13 ans. « Que faisais-tu au bord du lac ? » – Ma mère m’avait mis cinq pains et deux poissons dans un panier que je devais apporter à mon père qui travaillait dans les champs. C’était son casse-croûte de la journée. « Et qu’est-ce qui s’est passé ? » – Je marchais sur la crête au-dessus du lac quand j’ai vu plein de gens qui arrivaient. J’ai accéléré pour passer avant qu’ils arrivent en haut et à un moment, un gars m’a arrêté et m’a pris par le bras. Il était avec une bande de copains dont un semblait être le chef. Il a pris mon panier, il l’a montré au chef et lui a dit quelque chose comme « Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse avec cinq pains et deux poissons ? Il n’y en aura jamais assez ».

Je m’apprêtais à repartir, parce que mon  père attendait son casse-croûte. Et puis le chef a pris mon panier. Là, j’ai commencé à paniquer. Qu’est-ce que j’allais dire à mon père et à ma mère ? Mais, qu’est-ce que je pouvais faire ? Le chef a sorti les pains et les poisons, il a dit quelques mots et comme par magie, il a fait sortir du pain de partout et aussi du poisson. Et ça n’arrêtait pas. Comment c’est possible, je ne sais pas. Mais finalement, je suis reparti avec mon panier encore plus rempli qu’au départ. Quand j’ai raconté cette histoire à mes parents, ils m’ont pris pour un fou. Mais je leur ai dit que ce serait dans le journal. Quand même, heureusement que je passais par-là ! »

Merci Gabriel. Oui, sans toi, sans le peu que tu avais apporté, il n’y aurait pas eu de miracle. Comme dit, le proverbe, « on a toujours besoin d’un plus petit que soi ». Et Jésus avait besoin de toi à ce moment-là. Mais dis-moi, tu saurais reconnaître le gars qui t’a pris par le bras, le copain de Jésus ? – Oui, je crois.

Notre correspondant s’étant renseigné, il retrouve Jésus et sa bande à Capharnaüm, et avec l’aide du jeune Gabriel, il réussit à identifier celui qu’il cherchait, André. « André, vous faisiez partie du groupe qui était avec Jésus lorsqu’il a multiplié les pains et les poissons. Comment avez-vous vécu cet événement ? – Assez mal, je dois dire. Avec les copains, on se dit souvent que ce n’est pas facile de vivre avec Jésus. Il nous aime bien, mais il nous prend souvent pour des benêts. Remarquez, il n’a pas tort.

C’est vrai que parfois, il est difficile à suivre, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, ce qu’il veut, ce qu’il attend de nous. Mais là, c’était le bouquet. Avec le recul, je l’ai un peu en travers de la gorge. On était sur la colline, au-dessus du lac pour prendre un peu de repos. Et puis la foule arrive. On a vite compris que la sieste était terminée ! Ensuite, Jésus nous demande comment on va nourrir la foule qui arrive. Comme si on le savait ! Philippe, qui sait bien compter, fait un rapide calcul : même avec 200 pièces d’argent, on n’aurait pas assez pour donner du pain à tout le monde. 200 pièces, c’est énorme ! C’est 200 jours de travail d’un ouvrier ! Et puis va trouver une boulangerie en pleine campagne capable de cuire du pain pour 5000 personnes ! Enfin bref, Jésus, il nous mettait vraiment dans l’embarras en nous faisant sentir nos limites. Alors qu’en fait, il savait très bien ce qu’il faisait !

On était là à se gratter la tête quand j’ai vu le garçon avec son panier. J’ai dit à voix haute ce que je pensais tout bas : « cinq pains et deux poissons, c’est rien du tout pour autant de gens ». Et là, Jésus nous a tous scotché : il nous a demandé de faire asseoir les gens en bon ordre, il a pris le pain et puis les poissons, il a fait une prière et paf, ce fut l’abondance. Il avait déjà fait le coup à Cana, avec l’eau changée en vin. Après il a fallu ranger, ramasser les restes et les mettre dans des paniers. Avec les copains, on n’a pas tout compris, mais au moins, en faisant le ménage, on a servi à quelque chose. »

Merci André pour ces informations. Je voudrais vous demander un service : est-ce que vous pensez que je pourrais avoir en exclusivité un entretien avec Jésus ? André alla trouver Jésus qui accepta bien volontiers, car il était toujours prêt à partager non seulement le pain et le vin, mais aussi la parole. Voici ce qu’il nous a confié.

« Oui, c’est vrai, j’y suis allé un peu fort avec mes compagnons, mais je voudrais tellement qu’eux et ceux qui nous liront, comprennent deux choses.

La première, c’est que j’accueille tout le monde sans exception. J’accueille chacun comme un membre de ma famille, sans conditions et je donne à chacun de quoi nourrir sa vie. Peu importe s’ils sont pratiquants, s’ils sont pauvres ou riches. Peu importe la couleur de leur peau. Peu importe avec qui ils passent leur nuit. Ce que je veux, c’est qu’ils se sachent accueillis et aimés par Dieu mon père et leur père.

Peut-être que dans 2000 ans, mes successeurs mettront des conditions pour participer à la Sainte Cène. Peut-être enfermeront-ils mes paroles dans des formulations dogmatiques, des abstractions intellectuelles, des consignes morales qui feront fuir les gens loin de moi. Moi, je voudrais que tous comprennent que c’est l’accueil inconditionnel qui constitue l’attitude fondamentale du chrétien. Et si je parlais dans 2000 ans, je dirais à tous mes disciples que nous n’accueillons pas parce que c’est poli, parce que ça se fait en société, mais parce que nous avons été nous-mêmes accueillis par Dieu qui appelle chacun par son nom. C’est fort de cette expérience que nous sommes à notre tour capables d’accueillir : sans jugement, sans a priori, sans condescendance. Que nous réservons les mêmes honneurs au nouveau venu et à celui qui est au Conseil presbytéral depuis 20 ans. Que nous avons la même considération pour celui qui fait un don généreux chaque année et pour celui qui ne donne que quelques sous à la collecte.

La deuxième chose que j’aimerais qu’ils comprennent, c’est que le pain, c’est-à-dire ce qui fait vivre, ce qui donne sens à la vie, c’est un don. Ce n’est pas une question d’argent. Je savais bien que nous n’aurions jamais assez d’argent pour acheter du pain à 5000 personnes. C’est pourquoi j’ai misé sur le partage et sur le don. Le pain-sens de la vie n’est pas plus lié à un combat politique. Je sais bien que la foule aurait voulu que je la mène à Jérusalem et que je prenne le pouvoir. Mais ce n’est pas comme ça qu’on donne un sens à sa vie. Le sens de la vie, le pain qui nourrit en profondeur, ce n’est ni l’argent, ni le pouvoir. C’est quelque chose qui se reçoit, c’est un don qui vient de Dieu votre père : un amour qui accueille sans conditions. Avec le Dieu de Jésus-Christ, c’est le règne de l’amour, quoi qu’on fasse, quoiqu’il arrive».

Voilà comment  « Galilée-soir », le grand quotidien du Nord de la Palestine, rendit compte du miracle que Jean raconta plus tard dans son Evangile.  Amen.         

« En exil à Babylone », les chrétiens protestent sans crainte face au projet de loi « contre le séparatisme »

« Etrangers », mais pas « victimes », dans la cité (Source image : première de couverture de « Etrangers dans la cité » de Hauerwas/Willimon)

Voici un très intéressant et très encourageant article à lire en français sur Christianity Today (20 avril 2021), avec, en bonus, un « flash prière » du CNEF et bien d’autres choses encore.

Les protestants français sont en profond désaccord avec un projet de loi sur le séparatisme, mais n’adoptent pas pour autant une mentalité de victime dans leur défense de la liberté religieuse.

Alors que la forme finale du projet de loi pour le « respect des principes républicains », désormais appelé « Loi pour l’affirmation des principes républicains et la lutte contre les séparatismes » (1) [actuellement débattue en commission mixte paritaire, après que le Sénat a adopté une version durcie du texte de loi le 12 avril 2021] reste en suspens et que des organismes chrétiens tels que la Fédération Protestante de France (FPF) et le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) poursuivent leurs efforts afin de faire mieux prendre en compte leurs positions et font pression pour que l’impact de la loi soit moins contraignant, les Églises françaises commencent à se préparer à ce que pourraient être les nouvelles règles.

Cependant, malgré l’évolution du projet de loi qui s’éloigne de la laïcité intelligente telle qu’ils la conçoivent, la stratégie des dirigeants protestants français – tant à l’égard du gouvernement que des fidèles – a été remarquablement exempte d’alarmisme. Au lieu de cela, ils ont demandé à leurs sœurs et frères d’éviter d’adopter une posture de victimisation, même s’ils reconnaissent la gravité du moment (…).

« Faut-il avoir peur ? Non », déclare C. Diedrichs, du CNEF. « Dans Jérémie, il est dit que nous devons rechercher le bien de la ville dans laquelle nous nous trouvons. Cette ville n’est pas Jérusalem, c’est Babylone. Beaucoup d’évangéliques préféreraient que nous soyons à Jérusalem plutôt qu’à Babylone. Beaucoup d’évangéliques aimeraient bien être encore dans une société chrétienne qui les protège ». Mais puisqu’ils ne sont plus dans une société chrétienne, dit-il encore, les évangéliques français doivent être des témoins de l’Évangile comme l’étaient les premiers chrétiens dans leur société non chrétienne.(…)

L’ article à lire en français

En bonus, voir aussi le FLASH PRIÈRE du CNEF (sur sa page FB) ou quelques sujets de prière à partager largement afin qu’ensemble nous restions mobilisés pour favoriser l’annonce et la pratique de l’Évangile en France :

🙏 Prions pour que les membres de la commission mixte paritaire en passe d’être nommés le soient pour de bonnes raisons [Composition inconnue à cette date]

🙏 Prions que notre Dieu incline le cœur des membres de la commission mixte paritaire pour qu’ils prennent conscience de leur responsabilité vis-à-vis de la liberté de conscience, de religion et d’éducation.

🙏 Prions que cette commission puisse parvenir à un équilibre du texte et plus particulièrement qu’elle évite l’accumulation de mesures restrictives envers les cultes.

🙏 Prions que les deux hautes juridictions (Conseil constitutionnel et Conseil d’État) aient une juste appréciation du texte et de ses effets sur la vie des cultes en France.

[Le Conseil d’État a ainsi admis en premier dans son avis : « Les mesures du projet de loi concernent pratiquement tous les droits et libertés publiques ». Le Conseil a également souligné, tout comme le Défenseur des droits, que [le contrat d’engagement républicain] comporte des « notions sujettes à interprétations antagonistes » et des « incertitudes » qui ne manqueraient pas d’introduire de sérieux risques d’arbitraire. Par ailleurs, le Défenseur des droits s’inquiète de ce que ce projet participe d’un « renforcement global du contrôle de l’ordre social »]

🙏 Prions que face à cette inflexion de la politique religieuse du gouvernement, majoritairement soutenue par les parlementaires, les Églises protestantes évangéliques ne se découragent pas mais au contraire prient, comme les fils d’Issacar autrefois, pour discerner les temps. [1 Chroniques 12.32]

En savoir plus sur le site du CNEF.

 

Aller plus loin :

Notre recension de « Etrangers dans la cité » de Hauerwas/Willimon ou quand l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise ;

Notre recension de « Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité » d’Edouard Nelson ;

Notre analyse : « Doit-on espérer en un « défenseur de la chrétienté » pour des questions de « survie » ?

Un article d’Olivier Keshvajee, le « théologeek », publié sur son blogue : « Évangéliser dans le contexte de la sécularisation »

 

 

 

 

 

Note :

(1) Mesure phare du projet de loi, le contrat d’engagement républicain (Chapitre II – Dispositions relatives aux associations. Article 6 : « Art. 10‑1 ») prévoit que « toute association qui sollicite l’octroi d’une subvention au sens de l’article 9‑1 de la présente loi auprès d’une autorité administrative ou d’un organisme chargé de la gestion d’un service public industriel et commercial s’engage, par un contrat d’engagement républicain, à respecter les principes de liberté, d’égalité, notamment entre les femmes et les hommes, de fraternité, de respect de la dignité de la personne humaine et de sauvegarde de l’ordre public ». A noter que les associations disposant d’un agrément sont également concernées. Le projet de loi prévoit que la délivrance de ces agréments soit désormais soumise au respect de ce contrat.

La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ?

I Got a Way · Nicolas Jorelle. Bande originale de « La faute à Rousseau », série tv en 8 épisodes diffusée sur France 2 du 17 février au 10 mars 2021. Avec Charlie DUPONT (Benjamin Rousseau), Anny DUPEREY (Eva Rousseau), Samira LACHHAB (Stéphanie Garnier), Louis DUNETON (Théo Rousseau), Esther VALDING (Emma)….

« La philosophie m’a rapproché de Dieu ».

C’est le titre d’un article que l’on peut lire sur le blogue jeunesse « La Rebellution »(1). L’auteur nous explique que la philosophie lui a apporté « des réponses à (ses) doutes et à (ses) questions » ; elle lui a permis « de mieux connaître », « adorer » et « aimer Dieu encore plus ». Gloire à Dieu ?

En vérité, son argumentation en 3 points, que j’ai trouvée peu convaincante, m’incite à poser la question…philosophique du jour : 

« La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ? » Vous avez cinq heures pour plancher !

« Qu’est-ce que la philosophie ? » C’est une première question à poser.

La philosophie, c’est « l’amour de la sagesse », qu’elle ne promet jamais d’atteindre ; philosopher, c’est « déconstruire » : débutant par l’étonnement, cette discipline spéculative est l’art de questionner et de problématiser sans cesse sur le monde, la connaissance et l’existence humaine.

De fait, loin d’apporter « des réponses » ou « LA » réponse définitive à nos doutes et à nos questions, ou à nous enseigner « un art de vivre » comme les « gourous » du développement personnel, la démarche philosophique véritable est à mille lieux de l’usage dogmatique de la réflexion, ou elle n’est pas. C’est un libre exercice de la pensée. Et le principe philosophique consiste à ne jamais cesser de dialoguer, ce qui est d’une certaine manière « biblique », puisque Dieu souhaite que le dialogue entre Lui et les humains ne s’arrête jamais et reprenne là où il s’est arrêté.

De même, le « vrai philosophe » est celui qui innove, inventant et forgeant des concepts susceptibles de donner un sens nouveau aux choses.  On ne doit pas le confondre avec « le moraliste », « l’érudit » ou « l’essayiste » [ce que sont certains « philosophes » médiatiques d’aujourd’hui],  qui ne font que synthétiser des idées élaborées avant eux ou en dehors d’eux, ou prétendant apporter des « recettes » de vie éthique. 

La philosophie est donc utile, et peut être passionnante, à condition de l’utiliser à bon escient, en étant conscient de ses limites et de sa finalité réelle.

Un chrétien, qui souhaite s’adonner à cette démarche spéculative, de réflexion critique, a normalement pour repère cet avertissement de l’apôtre Jean dans sa deuxième lettre : « Quiconque va trop avant [ou plus loin] et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu » (v9)

L’on reconnaîtra alors « le sage » comme celui qui « connaît ses limites », à l’instar de Job, dans le livre biblique éponyme : celui-ci réplique à ses amis venus « le consoler », mais ne parvenant qu’à l’accabler, « tout cela, je l’ai vu de mes yeux, mes oreilles l’ont entendu, et j’ai compris. Tout ce que vous savez, je le sais aussi, je ne suis pas plus bête que vous ».(Job 13v1-2). Mais face à Dieu….qui ne lui apportera d’ailleurs aucune réponse à ses questions, il ne peut que reconnaître : « Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises (…) Eh oui ! j’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. « Ecoute-moi », disais-je, « à moi la parole, je vais t’interroger et tu m’instruiras. » Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t’ont vu. Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre » (Job 42v1-6).

Mais la leçon ne s’arrête pas là : A la fin du livre, souligne l’écrivain napolitain Erri de Luca(2), Dieu reproche aux amis de Job de ne pas avoir parlé de lui « correctement », comme son « serviteur Job » (Job 42v7). Eux qui, pourtant, ont développé une vaste théologie, avec des concepts élaborés sur Dieu ! Les amis de Job ont offensé Dieu, car ils ne se sont pas adressé à Lui en tant que croyants, ou pour intercéder en faveur de leur ami souffrant dans l’épreuve, mais ont parlé de Dieu à la troisième personne, comme des avocats défendant un de leurs clients, se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine « orthodoxie ».

En revanche, Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire, a parlé correctement, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Et le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres [par exemple, les philosophes]. Ceux qui ne croient pas peuvent certes parler de Dieu, mais gardent la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation(2).

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

Ce n’est donc pas lire « de la bonne philosophie » [parce que les auteurs seraient « chrétiens » – certains sont influencés par Platon ou Aristote] nous parlant de Dieu, qui nous ramènera « forcément » à Dieu, pas plus que nous ne saurions prétendre « connaître » Dieu en l’enfermant dans des concepts ou des définitions.

Le chrétien, lecteur de la Bible avant la (« bonne ») philosophie (chrétienne ou non), sait normalement qu’il convient d’être prudent, vu que pour cette « sagesse » qui prétend embrasser par l’intelligence et la raison la totalité du réel, « la croix (de Christ) est une folie », mais pour « ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.

Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.(…..) Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages (….)afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur ».(1 Cor.1v18-31), Lui qui « est la vérité » et en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance »

Voir aussi 1 Cor.2 v1-9

Voir aussi, sur le même sujet, cette réponse du « répondant » sur le site « 1001 questions ».

Notes :

(1) Voir https://www.larebellution.com/2021/03/24/la-philosophie-ma-rapproche-de-dieu/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/22/croire-se-conjugue-au-participe-present/

Ce qui intéresse Dieu n’est pas pour qui tu votes ou comment ton groupe est appelé

Qu’est-ce qui fait ta réputation ? Ta loyauté à un leader politique ou ton appartenance à un groupe ? Ou d’être connu comme quelqu’un qui connaît Jésus et, surtout, est connu de Lui ?

Suite à la publication par le CNEF sur sa page Facebook (03/03/21) de cette Lettre ouverte de représentants d’Églises évangéliques américaines, condamnant la « radicalisation » de certains chrétiens (1), j’ai trouvé interpellant, pour ne pas dire inquiétant, certaines réactions d’internautes plutôt curieuses.

Parmi ces réactions [notamment de la part de théologiens/jeunes étudiants en théologie], nous lisons certaines revendications identitaires « d’étiquettes », protestations/indignations/reproches au CNEF pour avoir « osé » publier un tel sujet, justifications de certains votes, ou même déni de réalité [en gros, « il ne s’est rien passé » au Capitole le 06/01/21] (2).

En réalité, nous nous fichons « royalement » [pour parler comme ceux qui déclarent qu’ils ne sont pas « républicains »] de ces revendications et justifications d’internautes publiées en réaction sur la page FB du CNEF. Ce qui devrait nous intéresser, à l’instar de Bonnie Kristian dans un excellent article de Christianity Today traduit en français(3), « ce n’est pas de savoir qui obtient nos votes ou comment nous sommes appelés [voire, nos prétentions à certaines postures identitaires restrictives et exclusives], mais plutôt comment se fait-il qu’un groupe de chrétiens puisse si facilement – et si rapidement – devenir aussi fortement associé à une autre personne [ou à tout autre nom ou « isme » et « iste »] que le Christ », au point où il serait « tabou » d’oser une simple remise en question ou une dénonciation.

En témoignent les curieuses réactions sur la page FB du CNEF citée plus haut, révélatrices d’une sacralisation de certains noms (ou idée/idéologie), élevant ces derniers plus haut que Dieu, au point où en parler serait les « profaner » [quand ce ne serait pas « blasphématoire »], ce qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter.

« Qu’est-ce que cela dit de nous si le premier nom qui vient à l’esprit de nos voisins lorsqu’ils entendent « évangélique » [ou « chrétien »] n’est pas « Jésus » ?  Certes, s’inquiéter de notre réputation peut sembler frivole. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5.29). Le verdict de Dieu à notre égard passe avant les moqueries ou les éloges des autres.

Mais la Bible se préoccupe aussi de la réputation. « Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie » (1 P 2.12). Le proverbe dit : « Bon renom vaut mieux que grandes richesses » (Pr 22.1). Et la volonté de Jésus à cet égard est évidente quand il dit que c’est par notre amour les uns pour les autres que « tous connaîtront » qui nous sommes (Jn 13.35).  Le fait que des chrétiens aient acquis une mauvaise réputation n’est pas nécessairement un signe de désobéissance à ces commandements. On se rappellera que l’église primitive a été accusée d’athéisme (pour avoir refusé d’adorer des idoles), de cannibalisme (pour avoir pris la Cène) et d’inceste (pour avoir appelé leur conjoint « frère » ou « sœur » en Christ). Une critique, rapportée par un écrivain chrétien du troisième siècle nommé Minucius Felix, qualifiait l’église de « faction infâme et désespérée » issue de « la lie du peuple » et « s’attaqu[ant] impunément aux dieux ».

Mais il y a tout de même un fossé béant entre la mauvaise réputation acquise par des chrétiens s’efforçant simplement d’obéir aux ordonnances de leur foi (c.-à-d. l’adoration, la sainte cène et la communion fraternelle) et la mauvaise réputation acquise par un groupe pour son allégeance manifeste à un politicien [ou une politicienne, ou à une idéologie érigeant la nation en absolue, adorée comme une idole, se traduisant par la haine des autres peuples. Car tout ce qui prétend prendre la place qui revient à Dieu seul conduit au rejet de l’autre, « pas assez pur » ou « menaçant » pour moi].  Notre problème de réputation [soit d’être considéré comme « un problème »] n’a rien à voir avec le leur. L’Empire des Césars soupçonnait que l’insistance des adeptes de cette étrange secte à affirmer que Jésus est Seigneur les rendait incapables d’être de bons citoyens. Ceux qui considèrent les évangéliques comme un bloc pro-[mettre ici le nom d’un politicien], ou comme un bloc de « istes »/ »identitaires », ne sont pas en train de se demander si ceux-ci ne sont pas un peu trop centrés sur Christ.

Malgré cette différence, le remède est le même dans chaque cas. L’Église primitive réfutait ces fausses accusations sur la place publique, et elle a connu une croissance exponentielle parce que les chrétiens avaient « une bonne conduite au milieu des païens » et partageaient cette Bonne Nouvelle si extraordinaire et porteuse d’espérance : Dieu aime toute l’humanité. Notre tâche ne diffère en rien. Peu importe que cela rehausse notre crédibilité ou pas, que cela sauve l’étiquette « évangélique » ou non, nous devrions nous aussi vivre si fidèlement et intégralement que notre allégeance ne fasse plus aucun doute ». Car « le fait de revendiquer une appellation ne signifie pas automatiquement que l’on correspond à ce qu’elle signifie », souligne Bonnie Kristian, et il n’y a pas de place pour deux loyautés.

 

 

Pour aller plus loin sur ce sujet du nationalisme/populisme/Evangéliques : 

Voir cette mise au point du CNEF.

Voir aussi « Les Catholiques sont-ils devenus identitaires ? »  Dans le cadre d’un entretien donné à Marianne (06/05/19), le journaliste Pierre Jova et le politologue Yann Raison du Cleuziou analysent l’évolution des catholiques conservateurs. Le premier est journaliste à La Vie et rédacteur en chef politique de la revue d’écologie intégrale Limite. Il vient de publier « Les chrétiens face aux migrants » (Tallandier), une enquête passionnante auprès des migrants et des chrétiens, autant qu’un témoignage personnel. Le second est maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux et chercheur au Centre Émile-Durkheim (CNRS). Connu pour sa typologie des catholiques pratiquants (« observants », « charismatiques », « émancipés » et « conciliaires »), il vient de publier « Une contre-révolution catholique : Aux origines de la Manif pour tous » (Seuil).

Extraits :

Yann Raison du Cleuziou : « Il y a aujourd’hui un paradoxe en France, qui se retrouve dans beaucoup de sociétés européennes. Des partis populistes ou de droite mobilisent de plus en plus la référence aux « racines chrétiennes » dans leur discours. Elles sont utilisées comme une frontière culturelle afin d’essentialiser l’appartenance à la nation. Cette instrumentalisation permet d’affirmer que les musulmans ne seront jamais des Français ou des Européens comme les autres. Ce recours aux racines chrétiennes n’est pas un retour du religieux. Au contraire, il manifeste une étape supplémentaire dans la sécularisation. La symbolique religieuse devient un pur instrument identitaire et est donc totalement subordonnée à une rationalité politique. Mettre une crèche dans une mairie ce n’est pas religieux ».

Pierre Jova : « ….dans la question des migrants, je dirais qu’il y a un facteur supplémentaire qui apparaît : le racialisme. Ce n’est pas seulement la défense du catholicisme comme religion civile de la France. Sinon, ils se féliciteraient de voir que certains migrants permettent de renouveler les paroisses. Mais nous assistons à la progression d’un vrai discours racialiste porté par les identitaires – au sens du courant politique et de Génération identitaire –, les reliquats de la Nouvelle droite comme Jean-Yves Le Gallou, et les phénomènes Internet comme Renaud Camus, Boris Le Lay, etc. Ils ont une forte audience sur les réseaux sociaux, où se nourrissent beaucoup de jeunes sortis des structures de pensée ou religieuses.  C’est là qu’il y a une contradiction avec la réalité du christianisme français. Comme je l’ai énormément dit, celui-ci est aujourd’hui métissé, des catholiques aux protestants en passant par les orthodoxes. Cela nuit également à l’espérance des chrétiens d’évangéliser les musulmans et les non-croyants. S’ils veulent vraiment une France chrétienne, ils doivent reconnaître que cette France est déjà métissée. Cependant, l’Église ne doit pas condamner en bloc les gens qui ont peur, doutent ou se sentent menacés. Il existe un discours politico-médiatique de grande condescendance et de mépris social, qui ne fait que radicaliser les craintes et les positions. L’Église doit par contre tracer une ligne rouge entre ce qui s’oppose à l’universalisme chrétien et à l’anthropologie chrétienne. »

 

 

 

Notes :

(1) »Nous reconnaissons que l’évangélisme, et en particulier l’évangélisme blanc, a été exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien à cause d’une longue tradition de directeurs de la foi s’accommodant de la thèse de la suprématie blanche » et « Nous appelons les pasteurs à dire clairement que l’engagement pour Jésus-Christ est incompatible avec les appels à la violence, le soutien d’un nationalisme chrétien blanc, des théories de la conspiration et toutes les discriminations raciales et religieuses » cf https://www.infochretienne.com/etats-unis-plus-de-100-leaders-evangeliques-condamnent-le-nationalisme-chretien/  et https://saynotochristiannationalism.org/#signers

(2) Florilège :

« L’évangélisme blanc » exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien en France et à la « suprématie blanche ». C’est franchement une rhétorique choquante pour moi. Adopter le vocabulaire du gouvernement pour stigmatiser un sous-groupe imaginaire (pouvez-vous seulement nommer un théologien ou un pasteur d’influence français qui ait soutenu pareille chose ?!) et ensuite s’en dissocier par un « c’est pas nous », je pense qu’on peut faire mieux ! »

« Autant directement demander à ce cher ministre des cultes de diligenter une enquête sur le dangereux phénomène de « l’evangelisme blanc » et « l’hérésie du nationalisme chrétien » qui menace la France, non ? »

« Les « nationalistes blancs » ne sont pas une menace en France, mais plutôt une victime de la « cancel culture », autre produit américain d’importation. Publier cela le jour de la dissolution de Génération identitaire est fort mal à propos » [j’avoue ne pas comprendre ce qui chagrine vraiment cet internaute].

« Pourquoi le CNEF relaie ces informations puisque cela n’a rien à voir avec le milieu évangélique en France. En dehors des églises ethniques, avez vous constaté du racisme chez nous? »

Le CNEF explique ainsi cette publication sur sa page Facebook :  « Les raccourcis récents de Mr DARMANIN et Mme SCHIAPPA entre les évangéliques français et certains évangéliques US méritent justement ces 2 éclaircissements :

1 – Tous les évangéliques US ne sont pas blancs, ni nationalistes ou racistes.

2 – La sociologie et les convictions éthiques des évangéliques de France ne sont pas 100% identiques à celles des évangéliques américains, même si notre foi est partagée sur l’essentiel.  Nos politiques sont capable d’entendre ces arguments, c’est pourquoi nous relayons cette lettre ouverte (qui n’est ni écrite ni signée par le CNEF) ».

(3) 81% des évangéliques ont-ils vraiment voté pour Trump ?