Mission (im)possible pour Jonas : lecture suivie (1)

« La colombe n’est pas le symbole de la paix, mais le signe de la présence de Dieu Esprit Saint ». Première de couverture de « Noyau d’olive », d’Erri de Luca

« Il devait y avoir quelque chose de spécial dans le timbre de voix de Iona pour que Dieu aille le choisir lui précisément, le plus récalcitrant, le plus rebelle de tous les prophètes de l’Histoire sainte. » Erri de Luca. Quatre pas avec Iona/ Jonas IN Noyau d’olive. Gallimard, 2012 (Folio), pp 97-98.

Le message de ce prophète est le plus court de toute la section des « Prophètes », dans l’Ancien Testament, puisqu’il se résume à un demi-verset. L’essentiel de son message est donc ailleurs, plus particulièrement dans sa personne et son comportement. 

Voici une LECTURE SUIVIE DU LIVRE DU PROPHÈTE JONAS (2018), proposée par Louis-Michel, un ami et un frère pasteur qui me l’a aimablement transmise et autorisé à la publier ici, pour l’édification de chacun. Qu’il en soit remercié !

Base de l’étude : Thompson 21 / BS 21 (archéologie) / Bible McArthur / La Bible en BD (LLB) / Le Christ dans toutes les Écritures (Hodgkin) / Bible du Semeur / L’Ancien Testament Bridel 1872 / Les prophètes de l’A-T (P. de Benoit) / Jonah and Micah (J. Vernon McGee) / Old Testament Survey (P. Hammond) / Introduction à l’AT (G.L Archer) / Commentaire Biblique d’Emmaüs (CB) …

 

Première Remarque : La BS 21 propose une lecture à deux entrées, l’une qui serait historique, l’autre fictive (une légende avec une leçon spirituelle). Comme McGee et P. Hammond, je n’arrive pas à lire ce récit comme étant fictif … Ce texte annonce clairement, par avance, le rôle rédempteur de Jésus-Christ (ch.2), il se situe dans un contexte historique précis qui est la décadence de l’Empire dont Ninive était le flambeau. Même l’histoire du « grand poisson » est plausible, selon BS21 et d’autres spécialistes … Aucun doute chez GL Archer, H. Blocher, J-M Nicole, etc.

Seconde remarque : Le Livre de Jonas est de la plus haute importance puisqu’il a été mentionné par Jésus lui-même lorsque les religieux lui demandaient un signe. Jésus explique que CE SIGNE DE JONAS annonçait la mort et la résurrection du Messie (Matthieu 12 : 38-42). Il précise même que le SIGNE du « Fils de l’homme » pour cette génération était semblable à celui de Jonas pour sa génération (Luc 11 : 30) – (Y. I-Bing Cheng, entretienschrétiens.com).

Troisième remarque : Qu’est-ce qu’un SIGNE ? C’est la chose qui permet de comprendre le contenu d’un message. Quand nous voyons le signe « L’Eléphant Bleu », nous savons tous qu’il s’agit d’une station de lavage de voitures. Quand nous considérons Jonas, nous savons tous qu’il s’agit de la mort de Jésus et de sa résurrection.

JONAS 1 : 1-2

–    La parole de l’Éternel fut adressée à Jonas, fils d’Amitthaï : On date ce récit dans la première moitié du 8ème siècle avant J-C (793-753 av.J-C). Le nom de Jonas signifie colombe(1). Celui de son père signifie fidèle. La colombe n’est pas le symbole de la paix(2), mais elle est le signe de la présence de Dieu Esprit Saint. Nous avons ici un père fidèle qui a engendré un fils vivant de l’Esprit de Dieu. N’est-ce pas une belle image de la transmission divine entre le Père céleste et Jésus le Fils, et entre les aînés et la jeune génération ? Dieu parle à Jonas car il a une mission à lui donner. Cette mission, on le verra, sera une bénédiction pour Ninive et pour Jonas lui-même.

–    Lève-toi, va à Ninive … : Ninive a été la capitale de l’Empire assyrien dans les années 700 av. J-C, basée sur la rive est du Tigre à plus de 400 km de Babylone. Nahum l’a qualifiée de « ville sanguinaire » (3:1). Dans la ville, il y avait deux tertres  dont un nommé « Prophète Jonas » (un tertre est un mémorial). La découverte du palais de Sanchérib a révélé la grandeur et le luxe de Ninive. C’est pour cela que Dieu la nomme « grande ville » (découverte de H. Layard en 1845). Pour parler à cette extraordinaire cité, le Seigneur a choisi Jonas. Il lui demande de SE LEVER pour se rendre à Ninive. Jonas devait être « assis », dans une position de stabilité, de confort, de routine. Tout allait bien. Sa vision concernait son peuple. D’un seul coup, l’Eternel lui demande l’impossible … aller chez les païens, les ennemis … (v.2a).

–    … la grande ville, et crie contre elle, car sa méchanceté est montée jusqu’à moi » : L’auteur du récit (on ne le connait pas) révèle tout d’abord la méthode voulue par Dieu pour toucher le coeur des habitants de « la grande ville » : Jonas devra CRIER. Ensuite, on découvre le contenu qui sera de DÉNONCER LA MÉCHANCETÉ de Ninive. Lorsqu’on sert le Seigneur, il est important de comprendre ce qu’il attend de nous, dans la forme comme dans le contenu. L’expression « montée à moi » signifie que Dieu a vu, entendu, senti, et ressenti ce qu’il se passait à cet endroit parmi ses habitants. Dieu n’ignore rien de nos vies ! (v.2b).

JONAS 1 : 3-16

–    Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis loin de la présence de l’Eternel : Il prend le bateau à Jaffa (nom signifiant « beauté », vers l’ouest, donc dans le sens opposé de Ninive). On ne sait pas de quelle Tarsis le livre de Jonas fait mention : Tarsis en Espagne (ce qui justifie le mot « loin », Tarsis en Sardaigne (selon un écrit phénicien), Tarsis au nord de l’Afrique (selon la version latine ce serait Carthage ou dans sa proximité), Tarsis en Anatolie (l’actuelle Turquie) ou tout simplement « en haute mer » (selon Saint Jérôme, père de l’Église). En fait, le lieu a peu d’importance, c’est le fait de s’enfuir loin de Dieu qui met Jonas en danger. Lorsque nous sortons de la présence de Dieu, nous prenons de gros risques ! (v.3).

–    L’Eternel fit souffler sur la mer un vent impétueux : Ce vent se transforme en « grande tempête », le bateau part à la dérive et risque de « faire naufrage ». C’est Dieu qui dirige le vent. Il en est le créateur et l’utilise pour que sa volonté soit faite. Jonas pense fuir Dieu, mais Dieu le poursuit jusque sur la mer Méditerranée ! (v.4).

–    Les marins eurent peur ; ils implorèrent chacun leur Dieu : C’est intéressant de voir comment ces marins sont terrorisés par la tempête. Comme ils sont religieux, ils prient. Aujourd’hui, des païens, des moqueurs, des blasphémateurs se mettent à prier Dieu quand les choses tournent mal … le coeur de l’homme est étonnant ! Les marins allègent leur navire pour essayer de le maintenir à flots. Pendant ce temps, Jonas « dormait profondément » au fond du bateau. Le capitaine le lui reproche car il veut que Jonas prie aussi son Dieu … qui sait ? L’homme en danger est prêt à essayer n’importe quelle religion ou superstition pour sauver sa propre vie ! (v.5-6).

–    Puis ils se dirent l’un à l’autre : « Venez, tirons au sort … » : Le sort tomba sur Jonas ! Incroyable ! Dieu répond à la détresse des marins au sein de leur idolâtrie.

–    Alors, ils lui dirent : « Dis-nous qui nous attire ce malheur » : On a du mal à imaginer ce dialogue au milieu d’une tempête, mais il est crucial pour les marins, ils jouent leur vie ! Le dialogue peut faire ressortir des choses intéressantes et peut permettre une guérison morale ou sociale. Le capitaine demande des comptes à Jonas sur son identité … (v.7-8).

–    Il leur répondit … La réponse de Jonas est à peine croyable. Il est hébreu. Et il déclare « craindre l’Éternel ». En passant, il désigne son Dieu comme étant le Créateur, donc au-dessus des dieux des marins. Cette expression CRAINDRE signifiait qu’il rendait un culte à une divinité. Un repère social à cette époque (v.9). Puis, il leur explique qu’il est en train de fuir son Dieu … Ce que ses interlocuteurs ne comprennent pas. On ne défie pas une divinité … La peur saisit leur âme (v.10).

–    Ils lui dirent : « Que te ferons-nous ? » … L’idée est d’éloigner la tempête et la mort, le jugement de ce Dieu de Jonas. Ils lui posent la question car Jonas s’est désigné lui-même coupable. La mer est en furie, il faut trouver une solution ! D’ailleurs, le prophète en propose une : de le jeter à la mer. Il est conscient de sa faute et accepte la mort comme châtiment (v.11-12).

–    Ces hommes ramèrent pour gagner la terre ferme, mais ils ne purent pas y arriver : La mer est puissante lorsqu’elle est déchainée ! Les voiles ? Plus rien ! Les rames ? Comment quelques marins peuvent triompher d’une tempête meurtrière ? Impossible ! Alors, quelque chose d’extraordinaire se passe : l’équipage se met à prier le Dieu de Jonas ! Chacun le reconnait comme souverain (v.13-14).

–    Puis ils prirent Jonas et le jetèrent dans la mer : Lorsque Jonas a reconnu sa faute, les marins auraient pu le jeter hors du navire, mais ils ont pardonné la faute. Seulement, là, ça ne suffisait pas. C’est pourquoi ils appliquent la parole de Jonas.Ils le condamnent à mort … Mais cela les chargeait terriblement. Dès que la mer est calmée, ils offrent un sacrifice, non pas à leurs dieux, mais à l’Éternel (v.15-16). Je me dis que Dieu est bon, il utilise la désobéissance de son prophète pour amener ces hommes à une rencontre avec Lui ! Le comble de Son amour ! Bien sûr, il n’est pas question de se laisser aller à faire n’importe quoi dans notre société, en pensant que Dieu va l’utiliser pour sauver les gens dans notre entourage !!! Il y a une autre leçon à apprendre pour Jonas et pour nous. En effet, le prophète rencontre des non-juifs, et à travers la tempête, Dieu l’humilie face à eux. Il se croit plus grand qu’eux, et cela ne peut pas être. On retrouvera cet état de coeur un peu plus tard lorsque Jonas reprochera à Dieu sa compassion à l’égard des Ninivites.

JONAS 2 : 1-11

–    L’Éternel fit venir un grand poisson … La Bible Archéo dit qu’il s’agit, non d’une baleine (qui n’avale que des petits animaux marins), mais d’une GRANDE CRÉATURE MARINE. Le débat au sujet du poisson est bien animé par Satan qui voudrait bien nous faire oublier que c’est Dieu qui commande aux éléments naturels, et qui oriente les animaux selon Sa volonté. Il ne faut jamais oublier que les animaux, les végétaux, et les humains sont au service de Dieu.

–    … pour avaler Jonas : Donc Jonas est resté entier, protégé de la noyade dans le « ventre » du poisson (Le texte ne parle pas de l’estomac – Le mot « ventre » est un terme employé au sens général).

–    Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson : Selon McArthur, il faut compter trois jours. C’est la culture hébraïque. Il s’agit d’un laps de temps d’environ trois jours. La connaissance de cette tradition permet d’effacer toutes les interprétations concernant les fameux trois jours entre la mort et la résurrection de Jésus. En tout cas, pour Jonas, ce fut certainement un temps bien difficile à vivre, un profond désespoir ! (v.1).

–    Jonas, dans le ventre du poisson, pria l’Éternel son Dieu : Que fait-on quand tout va bien ? On oublie le Seigneur ! Et quand tout va mal ? On le prie ! Que nous sommes méchants !!! Mais ce qui est beau ici, c’est que Dieu a entendu Jonas. Il l’avait conduit dans le ventre de ce poisson, attendant un élan de son coeur d’homme perdu, une repentance … (v.2).

–    Dans ma détresse, j’ai fait appel à l’Éternel, et il m’a répondu … On a l’impression de lire l’histoire de la relation entre Israël et son Dieu. Déjà, le prophète récalcitrant reconnait qu’il est en situation de détresse. Ensuite, il demande le secours à Dieu. Enfin, Dieu répond (pas seulement des mots, mais des actes !). Avec ce début de prière nous avons un texte digne du Livre des Psaumes.

–    Du milieu du séjour des morts … Cette expression est à rapprocher des mots « Dans ma détresse ». En fait, Jonas fait face à la mort, elle est imminente.

–    Tu as entendu ma voix : Répétition de « Il m’a répondu ». La première partie de ce verset fait partie du récit, la seconde est la prière à Dieu (v.3).

–    Tu m’as jeté dans l’abîme, dans les profondeurs de la mer, et les courants m’ont environné ; toutes tes vagues et tes flots sont passés sur moi : Jonas reconnait la main de Dieu dans le jugement à son encontre (v.4).

–    Je disais : « Je suis chassé loin de ton regard, mais je verrai encore ton Saint Temple » : Jonas se voit perdu, mais l’espérance de Dieu est toujours dans son coeur. Paul déclare que l’amour, la foi et l’espérance demeureront (1 Cor. 13) … Je crois qu’il y avait ces trois choses dans le coeur de Jonas, au-delà de son péché (v.5).

–    L’eau m’a couvert … Jonas décrit la terreur que représentaient l’élément marin dans lequel il s’enfonçait, vers la mort … (v.6-7).

–    Quand mon âme était abattue en moi … « Ô mon âme, pourquoi es-tu abattue en dedans de moi ? ». On reconnait l’Esprit des psaumes. N’avons-nous jamais vécu cette détresse de l’âme ? C’est ce ressenti profond qui pousse Jonas vers Dieu. C’est pourquoi, si nous sommes dans la dépression, ou dans le découragement, nous avons une grâce, nous sommes prêts à chercher l’Éternel ! (v.8).

–    Ceux qui s’attachent à des idoles sans consistance : Il dit cela pour montrer la consistance de Dieu. En même temps, l’idolâtre peut comprendre son péché l’éloigne de Dieu (v.9).

–    Quant à moi, je t’offrirai des sacrifices : Dans sa détresse, Jonas pense à ce qu’il donnera à Dieu lorsqu’il sera libéré. Ces sacrifices seront remplis de reconnaissance … Il faudra se rappeler de cet engagement quand nous lirons le dernier chapitre du Livre (v.10). La prière est courte mais puissante, violente, remplie d’espoir !

–    L’Éternel parla au poisson : Dieu continue à diriger sa créature au bénéfice de son prophète. Le poisson vomit Jonas sur un rivage de la mer. On peut imaginer dans quel pitoyable état devait se trouver Jonas, mais sauvé (v.11) ! En effet, avec lui, nous pouvons proclamer « Le salut vient de l’Éternel » (v.10b) !

A suivre vendredi….

 

Notes : 

(1) [Jonas = Iona, en hébreu]. C’est la même Iona qui a été envoyée par Noé depuis l’arche après le déluge, mais aussi le participe présent du verbe iana, opprimer.

(2) La colombe tenant un rameau d’olivier a été rendue célèbre en tant que symbole de la paix au XXe siècle à travers « la Colombe de la paix », dessinée par Picasso en 1949, à la demande du Parti Communiste dont il était membre. En même temps, l’Union soviétique préparait son premier essai nucléaire le 29 août 1949… Et puisque l’on parle de symbole, les LGBT, quant à eux, ont repris l’arc-en-ciel qui représente l’alliance avec Dieu.

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Ne faites pas d’impair : Dieu est « Père » et pas « mère »

Lectures bibliques

Papa propose un nouveau jeu……

Deutéronome 4:32-40

(….)
Reconnaissez donc aujourd’hui et gardez dans votre coeur cette vérité :
c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel et en bas sur la terre.
Il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Respectez ses lois et ses commandements que je vous donne aujourd’hui.
Alors vous et vos enfants, vous serez heureux.
Et vous vivrez longtemps dans le pays
que le Seigneur votre Dieu vous donnera pour toujours.

Romains 8:14-17
Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu. Et l’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves qui ont encore peur, mais il fait de vous des enfants de Dieu. Et par cet Esprit, nous crions vers Dieu en lui disant : « Abba! Père ! ». L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage :
nous sommes enfants de Dieu. Alors, si nous sommes enfants de Dieu, nous recevrons en partage les biens promis par Dieu à son peuple, et ces biens, nous les recevrons avec le Christ. Oui, si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à sa gloire.

………..Affronter la réalité ! Par Jim Benton [Piquée » sur le compte twitter de Laurent Descos, 09/05/18]

Message :

Nous découvrons dans ces passages des Écritures qu’il n’est pas du tout insignifiant d’appeler Dieu par un nom ou par un autre. Nous savons qu’il y a des tas de noms pour nommer Dieu, et chacun de ses noms s’appuie sur une identité particulière que nous voulons donner à celui à qui nous nous adressons.
Quand nous prions Dieu comme Tout-Puissant, nous ne prions pas du tout de la même façon que quand nous nous adressons au Christ, qui est passé par l’expérience de la croix. Prier le Dieu Tout-Puissant, c’est reconnaître que tous les possibles appartiennent à Dieu, qu’il est le Dieu de l’impossible qu’il est le Dieu qui peut tout (ce qui ne veut pas dire qu’il fait tout et en particulier qu’il ferait tout ce qu’on lui dit de faire…).
S’adresser à Dieu par un nom ou par un autre, c’est donc qualifier Dieu, de la même façon que l’on ne s’adresse pas sur le même ton à une même personne suivant les contextes. De temps en temps, un journaliste laisse échapper un « tu » à la place d’un « vous » qui dévoile qu’il connaît la personne au-delà de son rôle de journaliste, plutôt dans le registre de l’amitié.
Les protestants ont été appelés très tôt « les tutoyeurs de Dieu ». Non pas qu’il soit mieux de tutoyer Dieu que de le vouvoyer, mais simplement parce qu’en tutoyant Dieu on fait un choix. Et ce choix consiste à dire que la proximité, la confiance et l’intimité d’un « tu » sont plus importantes encore que la déférence et le respect d’un « vous ». Dieu n’a pas voulu être lointain mais bien proche, ce que nous reconnaissons et valorisons par l’usage du « tu »(1).
En qualifiant Dieu de « Père, Fils et Saint-Esprit », nos prédécesseurs dans la foi ont fait des choix très particuliers. Ils ont voulu mettre l’accent sur des facettes de Dieu bien particulières (…)
En choisissant d’appeler Dieu par le nom de Père principalement, les premiers chrétiens ont pris un risque. Il est souvent rappelé que cela a exaspéré nos frères aînés Juifs qu’on puisse appeler Dieu Père. A la rigueur qu’on dise « Dieu est comme un père pour nous », c’était recevable, et le Psaume 103 ne s’en prive pas. Mais l’appeler, le héler, le prier en l’appelant Père, c’était choquant. Car non seulement quand on nomme quelqu’un le nom qu’on lui donne dit des choses sur ce qu’il est, mais en plus, le nom qu’on lui donne décrit aussi comment nous nous positionnons par rapport à cette personne. Si nous nommons Dieu Père, alors cela signifie que nous nous reconnaissons comme enfants. Et c’est très compliqué de dire cela car alors, comment fonctionne cette paternité et cette filiation ? (….)

Paul, à la suite de Jésus-Christ tient fermement sur cette appellation de Dieu comme Père. C’est au cœur de sa foi.
Pourquoi Dieu a-t-il été appelé Père et non pas Mère ? Après tout on pourrait l’envisager ? Eh bien tout simplement parce que c’est bien comme Père que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse et de Jésus-Christ, se comporte. Laissez tomber d’office l’argument ethnologique comme quoi Dieu serait père parce qu’il serait décrit comme tel dans une société patriarcale. Ce n’est pas là la vraie raison. Il est nommé Père tout simplement parce que le type de relation qu’il a avec l’humain est de l’ordre de la paternité beaucoup plus que de la maternité. Et ce n’est pas une histoire de féminisme ou de machisme. C’est simplement un type relationnel. On est toujours sûr de sa mère, tandis qu’on n’est jamais vraiment sûr de son père. Même avec les analyses ADN. L’être humain est complexe et si la maternité est un lien qu’il faut couper, la paternité est un lien qu’il faut construire. En tant que lien de personne à personne la paternité est beaucoup plus fragile que la maternité parce qu’elle naît d’une parole. Oui, la paternité ne tient qu’à la parole de la mère. On devient père dès que la mère d’un enfant dit à son enfant « C’est lui ton père ». Dès qu’elle le dit par des mots, par des gestes, par des attitudes et par une pratique. Un père est toujours adoptif. Alors bien sûr on souhaite à chacun que son géniteur naisse comme père assez rapidement après la naissance, mais c’est toujours conditionnel.
Dieu n’est pas en relation avec nous dans un mode relationnel où il faut couper un cordon. Il est devant nous comme cette relation paternelle qu’il faut au contraire tisser, construire et faire naître par une parole.
Si vous tenez à tout prix à chercher du maternel dans ce qui fait notre foi, n’allez – de grâce – pas chercher du côté de Marie. Non, la figure féminine qui construit notre foi, c’est tout simplement l’Église, la communauté. Elle est cette matrice, elle est cette mère où nous nous trouvons dès le début, elle exerce cette maternité qui nomme, qui essaye de dire à ses enfants, depuis le plus jeune âge : « Tu sais, tu peux avoir confiance en Dieu car c’est bien lui ton Père ». Quand nous accompagnons des enfants dans leur formation biblique, quand nous prenons soin des uns et des autres au moment où ils essayent de revivifier un lien avec Dieu dont ils sentent bien qu’il ne tient pas très bien, nous exerçons, à notre tour cette fonction maternelle qui essaye de nommer la paternité de celui qui est Père parce qu’il veut adopter tous ceux qui accepteront son amour.
L’enjeu est de taille pour la vie de nos communautés (….)C’est à l’Église que revient la tâche de contredire les mensonges qui courent autour de nous, [à propos de Dieu et à propos du père]……

Lire la suite de la prédication initialement donnée à l’Église réformée du Marais par le Pasteur Gilles Boucomont, le dimanche 11 juin 2006, et disponible sur un blog vraiment net.

 

Note : 

(1) C’est ainsi que l’on peut définir un croyant : celui qui dit « tu » à Dieu.

« Watch it (again) » : « La leçon » de Ionesco

Un professeur timide et bégayant domine peu à peu (jusqu’à commettre l’irréparable) son élève, une jeune fille à l’innocence pleine d’assurance et de sottise, qu’il préparait au « doctorat total ».

Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion de voir « La Leçon » d’Eugène Ionesco(1), avec mon épouse, au théâtre de La Huchette, à Paris. Cette pièce en un seul acte, représentée pour la première fois en 1951, et jouée sans interruption dans ce même théâtre depuis 1957, est un « drame comique », appellation qui est déjà en soi un non-sens.  Cela n’est guère étonnant puisque cette pièce est représentative de ce que l’on appelle « le théâtre de l’absurde », qui apparaît dans le contexte de l’après-guerre (1939-1945). A l’issue de ce conflit mondial, l’homme découvre avec ivresse son plein potentiel en matière de « destruction massive ». Mais ce qu’il a « gagné » en pouvoir – semble-t-il illimité- se paye au prix lourd de la perte de son humanité, suite à la découverte des camps de la mort et aux bombardements nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki. Cette déshumanisation se perçoit, comme Ionesco veut le démontrer dans son théâtre, dans cette incapacité à communiquer, à user de la parole – d’une parole dont les mots fassent sens –alors même que « le langage est le propre de l’homme », « animal pas comme les autres ». S’inscrivant dans cette réflexion, cette « leçon », paradoxalement, ne nous enseigne « rien » : elle veut nous montrer à quel point le langage, censé servir à communiquer – et donc à créer du lien – se retrouve détourné en instrument du pouvoir et d’asservissement. Témoignages du langage comme instrument du pouvoir, les règles de prise de parole à l’Assemblée Nationale ou au Sénat ; ou encore la situation classique du dîner ou de la réunion, où les présents n’ont pas « droit à la parole », sauf celui d’acquiescer au monologue du maître de céans/président de réunion.

Ici, le professeur, censé exercer une profession vouée à la transmission du savoir, s’empare peu à peu de la parole et la leçon devient cours magistral délirant et incohérent, noyant et subjuguant l’élève. Nous sommes bien loin du projet initial de Dieu, lequel est un Dieu qui ne se laisse pas voir mais qui parle. Et ce Dieu de la Parole aurait pu garder celle-ci exclusivement pour Lui. Sauf qu’Il a choisit de la partager à l’Homme exclusivement, Lui faisant même don de Celui qui est « la Parole faite chair »(Jean 1v1 et ss), soucieux de restaurer et d’entretenir une relation durable pour l’éternité avec nous.

 

Où voir « La Leçon » ? Par exemple à Paris, au théâtre de la Huchette, où elle est jouée sans interruption depuis 1957, avec « la Cancatrice chauve » ! A moins qu’elle ne soit jouée près de chez vous.

Sinon, le texte est disponible chez Gallimard, collection folio.

Extrait :

LE PROFESSEUR

(…) Arithmétisons donc un peu

L’ÉLÈVE
Oui, très volontiers, Monsieur.

LE PROFESSEUR
Cela ne vous ennuierait pas de me dire…

L’ÉLÈVE
Du tout, Monsieur, allez-y.

LE PROFESSEUR
Combien font un et un?

L’ÉLÈVE
Un et un font deux.

LE PROFESSEUR, émerveillé par le savoir de l’ÉIève.
Oh, mais c’est très bien. Vous me paraissez très avancée dans vos études. Vous aurez facilement votre doctorat total, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Je suis bien contente. D’autant plus que c’est vous qui le dites.

LE PROFESSEUR
Poussons plus loin: combien font deux et un?

L’ÉLÈVE
Trois.

LE PROFESSEUR
Trois et un?

L’ÉLÈVE
Quatre.

LE PROFESSEUR
Quatre et un?

L’ÉLÈVE
Cinq.

LE PROFESSEUR
Cinq et un?

L’ÉLÈVE
six.

LE PROFESSEUR
Six et un?

L’ÉLÈVE
Sept

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit.

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit… bis.

LE PROFESSEUR
Très bonne réponse. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit ter.

LE PROFESSEUR
Parfait Excellent. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit quater. Et parfois neuf.

LE PROFESSEUR
Magnifique Vous êtes magnifique. Vous êtes exquise Je vous félicite chaleureusement, Mademoiselle Ce n’est pas la peine de continuer. Pour l’addition vous êtes magistrale. Voyons la soustraction. Dites-moi, seulement, si vous n’êtes pas épuisée, combien font quatre moins trois?

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois?… Quatre moins trois?

LE PROFESSEUR
Oui. Je veux dire: retirez trois de quatre.

L’ÉLÈVE
Ça fait… sept?

LE PROFESSEUR
Je m’excuse d’être obligé de vous contredire. Quatre moins trois ne font pas sept. Vous confondez : quatre plus trois font sept, quatre moins trois ne font pas sept… Il ne s’agit plus d’additionner, il faut soustraire maintenant.

L’ÉLÈVE
s’efforce de comprendre. Oui… oui…

LE PROFESSEUR
Quatre moins trois font… Combien?… Combien?

L’ÉLÈVE
Quatre ?

LE PROFESSEUR
Non, Mademoiselle, ce n’est pas ça.

L’ÉLÈVE
Trois, alors.

LE PROFESSEUR
Non plus, Mademoiselle… Pardon, je dois le dire… ça ne fait pas ça… mes excuses.

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois… Quatre moins trois… Quatre moins trois?… ça ne fait tout de même pas dix?

LE PROFESSEUR
Oh, certainement pas, Mademoiselle. Mais il ne s’agit pas de deviner, il faut raisonner. Tâchons de le déduire ensemble. Voulez-vous compter?

L’ÉLÈVE
Oui, Monsieur. Un…, deux… euh

LE PROFESSEUR
Vous savez bien compter? Jusqu’à combien savez vous compter?

L’ÉLÈVE
Je puis compter… à l’infini.

LE PROFESSEUR
Cela n’est pas possible, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Alors, mettons jusqu’à seize.

LE PROFESSEUR
Cela suffit. Il faut savoir se limiter. Comptez donc, s’il vous plaît, je vous en prie.

L’ÉLÈVE
Un, deux…, et puis après deux, il y a trois… quatre…

LE PROFESSEUR
Arrêtez-vous, Mademoiselle. Quel nombre est plus grand? Trois ou quatre?

L’ÉLÈVE
Euh… trois ou quatre? Quel est le plus grand? Le plus grand de trois ou quatre? Dans quel sens le plus grand?

LE PROFESSEUR
Il y a des nombres plus petits et d’autres plus grands. Dans les nombres plus grands il y a plus d’unités que dans les petits…

L’ÉLÈVE
… Que dans les petits nombres?

LE PROFESSEUR
A moins que les petits aient des unités plus petites. Si elles sont toutes petites, il se peut qu’il y ait plus d’unités dans les petits nombres que dans les grands… s’il s’agit d’autres unités…

L’ÉLÈVE
Dans ce cas, les petits nombres peuvent être plus grands que les grands nombres?

LE PROFESSEUR
Laissons cela. ça nous mènerait beaucoup trop loin: sachez seulement qu’il n’y a pas que des nombres. il y a aussi des grandeurs, des sommes, il y a des groupes, il y a des tas, des tas de choses.telles que les prunes, les wagons, les oies, les pépins, etc. Supposons simplement, pour faciliter notre travail, que nous n’avons que des nombres égaux, les plus grands seront ceux qui auront le plus d’unités égales.

L’ÉLÈVE
Celui qui en aura le plus sera le plus grand? Ah, je comprends, Monsieur, vous identifez la qualité à la quantité.

LE PROFESSEUR
Cela est trop théorique, Mademoiselle, trop théorique. Vous n’avez pas à vous inquiéter de cela. Prenons notre exemple et raisonnons sur ce cas précis. Laissons pour plus tard les conclusions générales. Nous avons le nombre quatre et le nombre trois, avec chacun un nombre toujours égal d’unités; quel nombre sera le plus grand, le nombre plus petit ou le nombre plus grand?

L’ÉLÈVE
Excusez-moi, Monsieur… Qu’entendez-vous par le nombre le plus grand? Est-ce celui qui est moins petit que l’autre?

LE PROFESSEUR
C’est ça, Mademoiselle, parfait. Vous m’avez très bien compris.

L’ÉLÈVE
Alors, c’est quatre.

LE PROFESSEUR
Qu’est-ce qu’il est, le quatre? Plus grand ou plus petit que trois?

L’ÉLÈVE
Plus petit… non, plus grand.

LE PROFESSEUR
Excellente réponse. Combien d’unités avez-vous de trois à quatre?… ou de quatre à trois, si vous préférez?

L’ÉLÈVE
Il n’y a pas d’unités, Monsieur, entre trois et quatre. Quatre vient tout de suite après trois; il n’y a rien du tout entre trois et quatre!

LE PROFESSEUR
Je me suis mal fait comprendre. C’est sans doute ma faute. Je n’ai pas été assez clair.

L’ÉLÈVE
Non, Monsieur, la faute est mienne.

LE PROFESSEUR
Tenez. Voici trois allumettes. En voici encore une ça fait quatre. Regardez bien, vous en avez quatre j’en retire une, combien vous en reste-t-il? On ne voit pas les allumettes, ni aucun des objets, d’ailleurs, dont il est question; le professeur se lèvera de table, écrira sur un tableau inexistant avec une craie inexistante, etc.

L’ÉLÈVE
Cinq. Si trois et un font quatre, quatre et un font cinq.

LE PROFESSEUR
Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ça du tout. Vous avez toujours tendance à additionner. Mais il faut aussi soustraire. Il ne faut pas uniquement intégrer. Il faut aussi désintégrer. C’est ça la vie. C’est ça la philosophie. C’est ça la science. C’est ça le progrès, la civilisation.

 

Note :

(1) Dramaturge d’origine roumaine, d’expression française (1912-1994). Père roumain et mère française. Il passe son enfance en France et son adolescence en Roumanie. Inquiet de la montée du fascisme et du nazisme dans son pays, où il voit tous ses amis y succomber, il regagne la France où il s’installe définitivement en 1942.

Quand l’homme dépasse les bornes…

« L’homme s’est affranchi au fil de son histoire, de son jardin, de ce modèle social dans lequel il est né pour aller conquérir tour à tour la matière et fonder la ville ». (Eric Lemaître)
Source image : Rawpixel

Quand l’homme « dépasse les bornes », il se retrouve déconnecté de ce qui lui est naturel, avec les conséquences suivantes décrites dans « Vision urbaine, sociale et économique dans une perspective biblique », une intéressante analyse d’Eric Lemaître, parue dans « La Déconstruction de l’homme ».  Ce nouveau blogue, par ailleurs partenaire de PEP’S CAFE, est consacré à la critique du système technicien, dans l’esprit de Jacques Ellul.

Dans son article, Eric nous rappelle que la ville est « devenue une création de l’homme à l’envers du jardin où l’homme avait été pourtant placé ». Or, un tel « projet d’urbanisme préfigure l’éloignement de l’homme de tout projet en contact avec la création (et) de tout projet en relation avec son créateur », bien présent dans les Ecritures bibliques. D’ailleurs, saviez-vous que nous pouvons y lire cette recommandation divine….de borner la ville d’une « ceinture verte » ?

Bonne découverte et bonne lecture !

 

Quand un chef d’état prétend avoir « le droit absolu » de « se gracier lui-même » : éclairage biblique et conséquences spirituelles

Trump « se graciant lui-même », de « droit absolu » (de droit divin, obtenu de Dieu ) au-delà de la constitution ? Chromo délirant et inquiétant se propageant sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 : « Jésus-Christ guidant Donald Trump pour signer ses décrets »

« Le roi agira à sa guise ; il s’exaltera et se grandira au-dessus de tout dieu, et contre le Dieu des dieux il dira des choses étonnantes. Il réussira, jusqu’à ce que soit consommée la colère, car ce qui est décrété sera exécuté » (Dan.11v36)

Un chef d’état a récemment prétendu avoir « le droit absolu de « se gracier lui-même ». Serait-ce là la définition du totalitarisme ?

La réponse du « répondant » à une question sur cette déclaration, posée sur le site « 1001 questions », rappelle que « ce chef d’Etat a aussi prétendu être chrétien mais n’avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit…(1)
Un droit absolu serait un droit divin, obtenu de Dieu au-delà de la constitution. La constitution américaine ne permet pas à un président de se gracier lui-même. Il s’agit donc d’un fantasme de toute-puissance.

Ultimement, c’est bien Dieu qui pardonne et qui gracie. Nous pouvons être amenés à nous pardonner nous-mêmes pour des choses dont nous nous accuserions sans cesse, mais se gracier de ce que la justice des hommes aurait condamné en nous, quand on sait que toute autorité vient de Dieu, c’est une façon de… se mettre à la place de Dieu.

Conséquence spirituelle : quand on craint si peu Dieu qu’on se met à sa place, on risque de le rencontrer. A savoir comment. Dans la conversion ? Alléluia. Dans le jugement ? Ça peut être plus chaud… »

 

Note :

(1) Le 18 juillet 2015, lors du Family Leadership Summit, à Ames (Iowa), Frank Lutz, politologue et spécialiste des sondages, demandait à Donald Trump s’il lui était déjà arrivé de demander pardon à Dieu. Trump répondit alors : « Je ne crois pas. J’essaie juste de mieux faire. Si je fais quelque chose de mal, je crois que j’essaie juste de réparer. Je ne mêle pas Dieu à tout ça. Je ne le fais pas….»

 

Comment, pour danah boyd, l’éducation aux médias ainsi (mal) faite peut être dangereuse et contre-productive

La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie…

L’éducation aux médias, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est-elle LA (bonne) solution pour lutter contre la désinformation ?

danah boyd [Prénom et Nom en minuscules], anthropologue et chercheuse chez Microsoft, fondatrice et présidente de Data & Society(1), est intervenue en mars 2018 lors de SWSX EDU à Austin (Texas), où elle y jouait un rôle « provocateur » et de « stimulant du débat ».

Dans sa présentation, elle a invité l’auditoire et les éducateurs en général à « remettre en questions leurs hypothèses sur l’éducation aux médias ». Elle a examiné « l’instabilité de notre écosystème médiatique » aujourd’hui en réseau pour ensuite aborder la question suivante : « vers quel type d’éducation aux médias devrions nous travailler ? »

Sans remettre en cause l’éducation aux médias et le travail des enseignants, qui font ce qu’ils peuvent dans ce domaine, boyd estime que dans le contexte actuel, et ainsi (mal) faite, celle-ci peut être dangereuse et contre-productive. La chercheuse souligne que « l’éducation aux médias est régulièrement proposée comme solution au problème des fausses nouvelles », alors que les enjeux sociaux et politiques sont bien plus vastes et complexes.

Toutefois, elle a admis « ne pas savoir » quel serait « le rôle des éducateurs dans le paysage médiatique contemporain » ou « quel genre d’éducation aux médias a du sens ». Elle a aussi reconnu que certaines de ses approches sont limitées.

Mais comme il lui paraît « injuste de mettre fin à un tel discours sans offrir une voie à suivre », elle nous fait « une supposition éclairée », tout en admettant que « c’est vraiment délicat parce que la plupart des gens aiment suivre leur instinct plus que leur esprit. Personne ne veut entendre qu’ils se font avoir ».

Parmi les pistes préconisées, elle estime « utile d’aider les gens à comprendre leur propre psychologie » en les sensibilisant aux biais cognitifs et à la façon dont ils sont sensibles aux informations (celles acceptées et celles rejetées) ; elle souligne combien il est « important d’aider les étudiants à vraiment apprécier les différences épistémologiques. En d’autres termes, pourquoi les gens de différentes visions du monde interprètent-ils différemment le même contenu ? (….) D’un point de vue éducatif, cela signifie renforcer la capacité d’entendre et d’embrasser véritablement le point de vue de quelqu’un d’autre et d’enseigner aux gens à comprendre le point de vue d’autrui tout en maintenant fermement leur point de vue ». (….)

L’objectif est donc « de comprendre les multiples façons de donner du sens au monde et de s’en servir pour interpréter les médias ». Mais la méthode préconisée a ses limites, de l’aveu de la chercheuse, puisqu’ « apprécier le point de vue de quelqu’un qui est profondément toxique(sic) n’est pas toujours psychologiquement stabilisant » ; et « ce n’est pas parce que vous savez que vous êtes manipulé que vous pouvez y résister ».

Bref, pour danah boyd, dans un paysage médiatique qui va devenir de plus en plus complexe, les éducateurs ont un rôle essentiel à jouer pour aider les individus et les sociétés à (y) naviguer. « Mais la voie à suivre ne consiste pas à croiser les informations ou à apprendre aux gens à évaluer les sources. (…) Nous vivons aujourd’hui dans un monde de réseaux. Nous devons comprendre comment ces réseaux sont entrelacés (….)Par-dessus tout, nous devons reconnaître que l’information peut être, est, et sera, transformée en arme de nouvelles manières ».

Et « tant que nous ne commencerons pas à comprendre (la) réponse (de certains jeunes) à notre société des médias, nous ne serons pas en mesure de produire des interventions responsables (…) Nous devons commencer à élaborer une réponse en réseau à ce paysage en réseau. Et cela commence par la compréhension des différentes façons de construire la connaissance. »

Le défi est de taille pour tous ceux qui ont ou auront une responsabilité éducative, parmi la jeunesse, au sein de la famille, l’école ou l’église, surtout quand les chrétiens ne sont pas toujours « les premiers dans les bonnes oeuvres » dans ce domaine ! Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre approche de l’éducation aux médias ?

Pour découvrir l’intégralité du discours de danah boyd, lire une traduction libre de Lucas Gruez, Doctorant en Sciences de l’information et de la communication,

 

Extraits de l’intervention de danah boyd :

« La désinformation est contextuelle. La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie. Le sentiment général est que nous pouvons vérifier les faits et modérer notre façon de sortir de ce casse-tête. Cela échouera. N’oubliez pas que pour beaucoup de gens dans ce pays, l’éducation et les médias sont considérés comme l’ennemi – deux institutions qui essaient d’avoir du pouvoir sur la façon dont les gens pensent. Deux institutions qui tentent d’affirmer leur autorité sur l’épistémologie ». (p 5)

« La majorité des Américains ne font pas confiance aux médias. Il y a beaucoup d’explications à cela -perte des informations locales, stimuli financiers, difficulté à faire la distinction entre opinion et reportage, etc. Mais que signifie encourager les gens à critiquer les récits des médias alors qu’ils sont déjà prédisposés contre les médias d’information ? »

 « Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas essayer d’éduquer les gens. Ou que produire des penseurs critiques est intrinsèquement une mauvaise chose. Je ne veux pas d’un monde plein de moutons. Mais je ne veux pas non plus supposer naïvement ce que l’éducation aux médias pourrait faire en réponse à une guerre culturelle déjà en cours. Je veux que nous nous attaquions à la réalité… » (p 7)

 

 

Notes : 

(1) Pour en savoir plus sur cette chercheuse iconoclaste, voir aussi « danah boyd, anthropologue de la génération numérique », sur Le Monde (20/08/14) et « Rencontre avec danah boyd » sur Owni (30/08/10)

Mariages alternatifs

A facetime wedding and a conceptual wedding are explained as possible alternatives to a traditional wedding
(Par Andy Singer : « le mariage numérique » : personne. Juste des ordinateurs portables, des ipads et smartphones. Et plein de superbes photos !
« Mariage conceptuel » : concept de mariage imaginaire, avec des schémas, envoyé aux participants)

La citation du mois : Il y a toujours une alternative

« There’s no other choice » (Emmanuel Macron. Interview exclusive pour « Forbes », 01/05/18). Vraiment ?

« Il n’y a pas d’alternative » [ou « il n’y a pas d’autre choix »/ « there’s no other choice »(1)] n’est jamais qu’un énoncé conditionnel à l’état de ses structures. Faire autrement est impossible puisque la nécessité installée par les structures s’oppose à ce qu’on fasse autrement ? [Note : Par exemple, l’impossibilité de maintenir une formation de responsables, laquelle se trouve interrompue et reportée « à plus tard », ne trouvant pas sa place dans un programme d’activités prioritaires] Très bien, nous savons maintenant où se situe l’enjeu : dans la reconstruction des structures. Voilà le discours manquant, celui qui laisse une chance de respirer à nouveau au sortir d’une [situation] étouffant[e] : le discours des structures comme objet de la politique. Car, elles peuvent toujours être refaites – autrement. Ce « toujours », c’est le nom même de la politique. Dès lors qu’on s’élève au niveau des structures, il y a toujours une alternative.

Extrait (adapté) de « En guerre – pour la préemption salariale ! » Article de l’économiste et chercheur en philosophie Frédéric Lordon, paru le 21 mai 2018 sur son blog « La Pompe à Phynance » et relatif à « En guerre », film récent (15 mai 2018) de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon, sélection officielle à Cannes et actuellement en salles(2).

A noter, dans le prolongement de ce qui précède, que lorsque Jésus libère, il ne se limite pas à un seul individu et à son réseau. Comme nous le montre l’épisode de l’homme possédé par l’esprit de « légion », à Gédara, en Marc 5 et Luc 8, Jésus y opère une délivrance à tous les niveaux, y compris structurelle. Pour toutes ces raisons et parce qu’ils sont porteurs d’un message d’espérance (l’Évangile, « une puissance pour le salut de quiconque croit » cf Rom.1v16), ses disciples, appelés « chrétiens » (ou « petits Christs »), devraient être de ceux qui bannissent de leur vocabulaire le fameux « TINA » (« There Is No Alternative »).

 

Notes :

(1) Voir http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/03/macron-insolemment-ultraliberal-there-s-no-other-choice-6048335.html et http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/08/non-m-macron-il-y-a-beaucoup-d-autres-choix-6049768.html

(2) Sur « En guerre », le film de Stéphane Brizé :

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/21/en-guerre-un-film-splendide-6053254.html#more

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/En-guerre-brasier-revolte-ouvriere-2018-05-15-1200939182

https://www.reforme.net/actualite/societe/cannes-2018-5-en-guerre-un-film-tres-emouvant/

https://pharefm.com/2018/05/16/chronique-cinema-du-16-mai-en-guerre/

https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2018/en-guerre/

 

David : berger-musicien-guerrier « jusqu’au bout des doigts »

David, garçon de solitudes apprivoisées, devient dans les steppes un tireur d’élite (Georges Hilton, dans une scène de « western spaghetti ».

Le plus grand de tous les auteurs compositeurs, inventeurs de musique et de mots, doit forcément être un berger dans l’Ecriture sainte. David, musicien et parolier de psaumes, a appris seul la mélodie en l’inventant dans les solitudes des pâturages, dans l’immensité des nuits où le feu et la voix tenaient en respect les prédateurs.

David : l’Eternel ne lui demande pas qu’une seule fois de lui chanter un nouveau chant, et lui s’empresse de le composer et de le jouer sur sa harpe à dix cordes(Psaume 144v9). Shir hadàsh, chant nouveau, parce que l’Eternel aime les improvisations, les inventions de la créature homme. Plus que les rites, que les sacrifices offerts, que les prêches de mémoire, il apprécie la fougue d’un cœur pressé qui déborde, fût-ce même de douleur.

Il s’est exercé à la belle étoile, parfois pour remplir le silence d’une neige soudaine, parfois pour interrompre la monotonie du vent qui module sur une seule note. David, dernier des frères, n’est pas du tout gâté. Aujourd’hui, c’est une position avantageuse, alors non, c’était la queue de la descendance. C’est pourquoi on l’envoie garder le troupeau avec la sévère responsabilité de son nombre à rapporter entier.

David, garçon de solitudes apprivoisées, devient dans les steppes un tireur d’élite. Avec sa fronde, il apprend à atteindre une cible avec une précision jamais vue jusque-là. Il chasse le lion et l’ours avec l’arme la plus légère qui ait jamais existé(…) : un bout de tissu. Le caillou qui mouline dans l’ample tour du lancer n’est lâché par lui qu’au point exact et fulgurant de la fuite directe sur la cible.

David est infaillible au point de ne plus utiliser de grosses pierres avec des aspérités, pour blesser, mais des cailloux tout petits, effilés, lisses. En avance de deux mille ans, il a trouvé la forme des projectiles. L’un d’eux, le premier suffit, atteint le front de Goliath, le transperce et s’enfonce dans son cerveau. C’est un silex de calibre 45. Vattitbà est le verbe – et le bruit qu’il fait – du caillou meurtrier qui abat le monumental guerrier philistin.

Seul David, parmi tous les militaires de l’histoire sacrée, peut se permettre de remercier l’Eternel d’avoir entraîné ses doigts à la guerre (Psaume 144v1). Au temps où la force pure des corps décidait du combat, lui possédait la suprématie délicate de la visée, la sensibilité musicale de la cible atteinte du bout des doigts. Ces doigts qui pinçaient des cordes sans rater une note lâchaient la fronde dans le millimètre focal du lancer.

Doigts inexorables, voilà le prodige musical du berger guerrier qui s’est entraîné dans les prairies contre les plus dangereux animaux de proie(…)

De la souche de David, Jésus [le Messie ou Meshiah], de Nazareth et de Bethléem, deviendra menuisier, il devra épaissir ses paumes dans un métier de force et de précision. Les vagabonds de l’Ecriture sainte ne grandissent pas avec des mains lisses. Avec leurs doigts, ils savaient traire, raboter, jouer de la musique et blesser, prendre par la peau du cou les marchands dans un temple, guérir des blessures. Les mains crucifiées étaient calleuses.

(De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 18-21)