Quand l’esprit prophétique n’est pas celui de « madame soleil »

Les dessous de ces « prédictions » de presse souvent nébuleuses. Source image : public domain pictures

Le saviez-vous ? En 2020, comme chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) – aux accents de « madame Soleil » – pour la nouvelle année, lesquels sont toujours identiques, à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères ». Ce qui ne manque pas de sel vu la pandémie mondiale qui a suivi et que ces « prophètes » n’ont apparemment pas vu venir. On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties américaines est l’argent, l’économie ou le succès du président [mais pas Obama ou Biden !].

Et puisque l’on parle de « madame Soleil », savez-vous, en cette période de « bonnes résolutions pour 2023 », comment sont faits les horoscopes « qui clignotent en kiosques et trustent les ventes des magazines entre décembre et janvier ? » Ils se trouvent en effet toujours des personnes empressées d’y trouver des « prédictions » pourtant souvent vagues et génériques sur leur semaine à venir. Qui écrit ces fameux horoscopes et comment sont-ils conçus ? Un édifiant et passionnant article à lire sur le site de « La revue des médias ».

Par contraste, la parole prophétique authentique, à mille lieux de « la prédiction de madame Soleil » annonçant fatalement un événement inéluctable (ou même « l’oracle » en mode « développement personnel »), est celle qui nous conduit à la repentance. C’est ainsi qu’elle nous édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Et c’est parce qu’il sera authentiquement repentant au préalable que le prophète – qui écoute vraiment la Parole de Dieu et la met en pratique (Luc 11v28) – pourra être….authentiquement prophétique !

 A l’inverse, quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons.

Soyons donc plutôt de ceux qui « se régalent » du plat préféré de Jésus (Jean 4v34), lequel est « de faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé et d’accomplir son oeuvre » ; faisons également nôtre la prière du petit Samuel (« parle Seigneur, car ton serviteur écoute » cf 1 Samuel 3v9) et surtout celle de Jésus : « non pas ma volonté [Seigneur], mais la tienne ! » (Luc 22v42)

Du témoignage chrétien (y compris en sciences)

Science et la technologie par Petr Kratochvil

Président Josiah Bartlet : Je suis désolé, vous êtes le Docteur Jenna Jacobs n’est-ce pas ?

Docteur Jenna Jacobs : Oui Monsieur

Président Josiah Bartlet : Bienvenue à cette soirée

Docteur Jenna Jacobs : Merci 

Président Josiah Bartlet : (…) Excusez-moi Docteur Jacobs, vous êtes docteur en Médecine ?

Docteur Jenna Jacobs : J’ai un doctorat.

Président Josiah Bartlet : En psychologie ?

Docteur Jenna Jacobs : Non Monsieur.

Président Josiah Bartlet : En théologie ?

Docteur Jenna Jacobs : Non.

Président Josiah Bartlet : En sciences sociales ?

Docteur Jenna Jacobs : J’ai un doctorat en littérature anglaise.

Président Josiah Bartlet : Je vous demande ça parce qu’à la radio, on vous appelle pour avoir des conseils et comme dans votre émission, on vous appelle « Docteur Jacobs », j’étais en train de me demander si vos auditeurs s’y retrouvent et s’ils ne croient pas que vous avez fait des études supérieures en psychologie, en théologie ou en médecine.

Ce dialogue, tiré de l’épisode 3 de la saison 2 de l’excellente série « A la Maison Blanche »(2000), avec Martin Sheen dans le rôle du « Président Josiah Bartlet », nous fait prendre conscience que, nous aussi, à l’instar des « auditeurs » de l’émission du « Docteur Jacobs », nous devons « nous y retrouver » face à ce qui nous est affirmé « d’autorité » et sur ce que l’on entend par « faire autorité » en la matière.

Par exemple, lors du dernier congrès « Bible et Science Mulhouse 2022 », qui s’est déroulé à l’église de la Porte Ouverte le 30 octobre. C’est dans ce cadre qu’un certain Etienne Vernaz a tenu une conférence dont le titre était « une réflexion au-delà des données scientifiques », suivie d’une interview dans laquelle il a mis en doute les travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

C’est là qu’il convient de faire preuve de discernement, soit de faire confiance à notre capacité à juger clairement et sainement les choses. Ce discernement, pour être efficace, ne doit pas se limiter au message, mais concerner aussi le messager, ou l’émetteur du message, la source. Or, dans le domaine de l’information, tous les messages ne se valent pas et tous les émetteurs n’ont pas le même statut.

Ainsi le conférencier mentionné plus haut : Pour ceux qui ne le connaissent pas, Etienne Vernaz est ancien directeur de Recherche au CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives) en France, spécialiste de la vitrification des déchets nucléaires, et pasteur d’une église de la famille Destinée-Francophonie. Il fait partie du comité francophone Bible et Science, laquelle (dixit Etienne Vernaz) « rassemble des scientifiques chrétiens de tout bord qui croient qu’il n’y a pas d’opposition entre la Bible et une science honnête.  Des gens qui n’ont pas peur de questionner le narratif officiel car nous croyons que la science qui ne peut pas être remise en question n’est pas la vraie science, mais de la propagande »

Dans son avis « Communication scientifique en situation de crise sanitaire : profusion, richesse et dérives  » (n°2021-42), approuvé le 25 juin 2021, le COMETS – comité d’éthique du CNRS – compte notamment parmi ses recommandations le rappel des droits et devoirs suivants des chercheurs intervenant dans l’espace public (op. cit., p 20): « En s’exprimant dans l’espace public, le chercheur engage sa responsabilité de scientifique. S’il fait état de sa qualité, il doit préciser à quel titre il prend la parole : en spécialiste apportant son expertise sur le sujet débattu, en tant que représentant de l’organisme de recherche ou d’une institution, ou bien à titre de citoyen engagé voire de militant. Le chercheur doit faire la distinction entre ce qui relève de connaissances validées par des méthodes scientifiques de ce qui relève d’hypothèses de travail ou fait l’objet de débats. Il convient par ailleurs de signaler les marges d’incertitude des résultats de la recherche ». 

Par ailleurs, le COMETS souligne que les expressions de « grand professeur », « scientifique prestigieux » ou encore « chercheur éminent », « utilisées à l’excès ont pu donner le sentiment au public que, du fait de leur statut, des individus singuliers étaient porteurs de la « vérité scientifique »Le COMETS l’a affirmé à plusieurs reprises dans ses avis, et la communauté scientifique le reconnaît dans son ensemble : la vérité s’exprime collectivement et non par la voix d’un seul, fut-il couronné de prix prestigieux, ou signataire d’un grand nombre de publications ».(p 16)

 Et le COMETS – qui s’est penché à plusieurs reprises sur la question de l’expertise scientifique – de rappeler « que la mission de l’expert est d’assurer, en toute indépendance, objectivité et transparence, le rôle d’intermédiaire entre les « producteurs de savoir » et les commanditaires à qui il apporte un éclairage scientifique. On attend donc de l’expert qu’il maîtrise un savoir au plus haut niveau dans un domaine de compétence et qu’il le transmette en précisant s’il s’agit de faits établis et avec quelle marge d’incertitude, ou bien s’il s’agit d’hypothèses encore en débat ». (pp 16-17)

Est-ce le cas d’Etienne Vernaz, sur ce sujet du réchauffement climatique et dont le domaine initial d’expertise est bien éloigné du climat et des travaux du GIEC ? Il est permis d’en douter.

Comme l’analyse le blogue Le Sarment, d’où je tiens cette information, « cette contribution [d’Etienne Vernaz] assez claire à la défiance contre la Science « officielle » s’inscrit (probablement involontairement) dans le grand mouvement post-moderne de notre société, qui consiste à remettre en question toute vérité établie, communément admise. C’est ce même mouvement qui est à la fois la source et la dynamique de la déchristianisation, et ses effets n’épargnent aucune forme d’autorité établie. Il ne s’agit pas ici de dire que la science a raison dans tout ce qu’elle dit, mais de rappeler les effets désastreux d’une remise en question de principe, qui va alimenter une défiance qui n’est pas étrangère au fait que 16% des jeunes interrogés (16-24) pensent que la terre est plate — et donc que la Science leur ment. 

On aura noté au passage la nature de la phraséologie d’Etienne Vernaz : il s’agit de « questionner le narratif officiel » et de remettre en cause le consensus scientifique mondial (par exemple sur le réchauffement climatique), taxé « de propagande », donc de manipulation — donc de mensonge. En reprenant les codes sémantiques complotistes, Etienne Vernaz se place en position de nous donner des infos « sûres », « vraies », parce qu’elles sont à la fois « scientifiques et chrétiennes ».   

Or, face à un certain nombre d’inexactitudes et d’erreurs décelées dans le propos du conférencier et susceptibles de poser de graves questions, plusieurs scientifiques chrétiens(1) – notamment ceux du réseau de l’association chrétienne de protection de l’environnement A Rocha, ont choisi d’apporter une réponse courte et une réponse longue plus argumentée, coordonnée par Jean-François Mouhot, directeur d’A Rocha France. 

D’une manière générale, dénoncent-ils, « Etienne Vernaz mélange des choses vraies, des choses partiellement fausses et des choses entièrement erronées. Beaucoup des arguments utilisés par le conférencier sont en quelque sorte un “pot pourri” d’arguments utilisés depuis de nombreuses années par des climato-sceptiques, et qui ont déjà été réfutés maintes fois; beaucoup sont aussi tirés des réseaux sociaux où les infox  (fausses informations ou canulars) climato-sceptiques pullulent ».

Et contrairement à ce que laisse entendre le conférencier, soulignent-ils dans leur argumentaire, « il y a de nombreux chrétiens qui sont aussi scientifiques, y compris de nombreux climatologues comme Katharine Hayhoe, une évangélique américaineou l’un des premiers coprésidents de la COP, John Houghton, qui affichait clairement sa foi évangélique (le rapport du GIEC de 2021 lui est d’ailleurs dédié, comme le rappelle un article de Christianity Today).

Ces chrétiens, dont fait partie le collectif de scientifiques d’A Rocha, ne partagent pas du tout les opinions d’Etienne Vernaz : « Nous ne sommes pas athées et c’est justement parce que nous sommes chrétiens que nous travaillons à la sensibilisation au réchauffement climatique et au changement de nos modes de vie« , expliquent-ils, en précisant être « mobilisés par amour pour nos prochains de nos enfants et de nos petits enfants et de nous-mêmes ; et par obéissance et amour pour Dieu. De nombreux livres offrent des témoignages venant de scientifiques chrétiens contemporains sur le lien entre la science et leur foi, cf. par exemple J. Berry et al., Real Science, Real Faith (Monarch Books, 1991) ou encore D. Haarsma, Delight in Creation : Scientists Share Their Work with the Church (Center for Excellence in Preaching, 2012).

Ces témoignages révèlent une harmonie entre la pratique scientifique et celle d’une foi vivante. La science y apparaît comme un outil qui leur permet d’explorer le monde, de déceler les lois qui le gouvernent, et d’y reconnaître la puissance de la main créatrice de Dieu. Nous ne sommes donc point dans le conflit ou la confrontation, et encore moins dans une “pensée anti-Dieu”. Nous sommes au contraire dans le registre de l’harmonie et de la (re)connaissance.

Ce qui est problématique dans le discours d’Etienne Vernaz est précisément cette insistance sur l’opposition entre la science, synonyme de mal, et la volonté de Dieu. Cette vision clivante empêche toute réflexion plus profonde telle que celle prônée par l’historien et sociologue protestant Jacques Ellul [J. Ellul, Le bluff technologique, Fayard, 2012], qui a su mettre en évidence la nature ambivalente du progrès scientifique et la science : ni bonne, ni mauvaise, et encore moins neutre. Si les applications de la science se retournent contre le Créateur, c’est d’abord parce que nous vivons dans un monde déchu, et sommes sous la coupe du péché ».

Au final, l’opposition entre la science et la foi (ou la Bible) : faux débat ?

Oui, si l’on considère que la science moderne se pose la question du « Comment » (Comment dater l’apparition de l’univers ? Comment la vie s’est-elle développée sur la terre ?) et que la Bible s’intéresse à la question du « Pourquoi » (Pourquoi suis-je sur cette Terre ? Pourquoi le Bien et le Mal existent-ils ?)

« Aujourd’hui », conclut Jérôme Prekel sur Le Sarment, « on pourrait se demander si Jésus, Paul, ou Pierre feraient de conférences sur le créationnisme, sur l’âge de la terre ou sur le déluge … et si nous trouvons une tel espace pour ça dans notre culture chrétienne contemporaine, c’est parce que nous avons un vide à combler » ! 

Or, suivre et annoncer Jésus, c’est suivre et annoncer Celui qui est « Dieu sauveur » et « Dieu élargit », nous appelant « à sortir hors de » l’angoisse et de l’étroitesse, notamment celles de nos oppositions stériles et de nos postures identitaires restrictives, pour une expression moins caricaturale de nos témoignages à la gloire de Dieu.

PS : Pour ceux qui en « ont marre » de « la guerre entre créationnistes et évolutionnistes », et qui se demandent « comment se positionner », voir cette réponse sur 1001 questions. 

Note :

(1)Signataires de la réponse d’A Rocha : 

Professeur Antoine Bret, Université de Castille-La Mancha, auteur de 119 articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, fréquemment Professeur Invité à l’Université de Harvard, enseignant universitaire sur le thème énergie climat depuis 2004 et auteur d’un livre de cours sur le sujet (The Energy-Climate Continuum: Lessons from Basic Science and History, Springer 2014), et ambassadeur d’A Rocha.

Professeur Thierry Dudok de Wit, Université d’Orléans et International Space Science Institute (Berne), auteur de plus de 150 articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, dont 6 en lien avec le forçage radiatif solaire et son rôle dans le réchauffement climatique. Co-éditeur du livre Earth’s climate response to a changing Sun (EDP Sciences, 2015) et ambassadeur d’A Rocha.

Dr. Joël White, vice-président d’A Rocha France, maître de conférences à l’Université Toulouse III (EDB UT3-CNRS-IRD). Chercheur en écologie, auteur de 30 articles scientifiques dans des revues internationales à comité de lecture dont Nature Ecology & Evolution, Proceedings of the National Academy of Science USA, Proceedings of the Royal Society, etc. 

Rachel Calvert, Présidente d’A Rocha France, engagée depuis une vingtaine d’années dans un travail d’implantation d’Églises et d’accompagnement pastoral au sein d’une union d’Églises protestantes évangéliques ; diplômée en histoire (Université d’Oxford), Études bibliques et interculturelles (All Nations Christian College) et titulaire d’un master professionnel en missiologie et implantation d’Eglises (FLTE).

Dr. Jean-François Mouhot, directeur d’A Rocha France, ancien enseignant et chargé de recherche aux Universités de Georgetown, Birmingham et Lille, auteur de « Des Esclaves énergétiques », réflexions sur le changement climatique et co-éditeur de « Evangile et changement climatique » et de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture sur le changement climatique.

A l’exception d’une des signataires (qui signe en tant que présidente d’A Rocha), les auteurs de la mise au point sont universitaires et ont publié des articles et/ou ouvrages sur le réchauffement climatique et la crise écologique.

Voir aussi le thread, publié en août 2022 sur son compte twitter, par le physicien climatologue François-Marie Bréon, en réponse aux affirmations d’Etienne Vernaz.

En attendant les états généraux du droit à l’information, une « mission flash » sur l’éducation aux médias confiée à des députés RN et RE

Pour une éducation critique aux médias : oui, mais laquelle ?

En lisant la Croix de lundi 16/01/23, je découvre l’existence d’une « mission flash » sur l’éducation critique aux médias, lancée le 09 novembre 2022 par la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, et dont les co-rapporteurs sont Philippe Balard, député Rassemblement National (ex-Front National, le parti de Marine Le Pen) et Violette Spillebout, député « Renaissance » (ex-« En Marche » et « La République En Marche », le parti du Président Emmanuel Macron).

L’objet de cette mission flash est d’étudier les dispositifs d’éducation critique aux médias proposés aux Français et aux jeunes en particulier : comment développer l’esprit critique face aux médias traditionnels et sur les réseaux sociaux ? Comment cette politique publique contribue-t-elle à la formation de la jeunesse à la citoyenneté ? Pour répondre à de telles questions, les co-rapporteurs organisent des auditions à l’Assemblée nationale et en circonscription pour recenser les initiatives sur le sujet. Leurs conclusions alimenteront ainsi les fameux états généraux du droit à l’information, lesquels, d’abord annoncés en juillet « pour novembre » (2022) par la Ministre de la Culture Rima Abdul-Malak(1), devraient « bientôt » avoir lieu « au début de l’année 2023 ». Au coeur de ces Etats généraux, les enjeux de lutte contre la désinformation, de concentration des médias ou encore de la liberté de la presse.

Ceci dit, curieux choix de co-rapporteurs pour une telle « mission flash », quand on se souvient que le programme de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2022 n’évoquait presque pas la question des médias(2), prévoyant même une privatisation de l’audiovisuel public susceptible de déboucher sur une situation de concentration dans le secteur.

Quant à Emmanuel Macron, son programme de 2022 n’évoquait pas mieux la question des médias et de leur indépendance(3). Le candidat, réélu depuis, a certes évoqué le lancement d’États Généraux de l’information (que l’on attend encore) sans en préciser les objectifs concrets et son gouvernement a déclaré se satisfaire de la législation actuelle en matière de lutte contre la concentration des médias. Sa proposition de supprimer la contribution à l’audiovisuel public (CAP), la fameuse redevance télé (votée par le Parlement en juillet et appliquée en septembre 2022), qui rapportait 3,7 milliards d’euros à l’Etat, d’après le site service public – a même été perçue comme une menace pour l’indépendance de l’audiovisuel public.

Ce choix de l’Assemblée nationale d’un député du Rassemblement national (RN) au poste de co-rapporteur d’une « mission flash sur l’éducation critique aux médias », aux côtés d’une députée Renaissance, a même ému les syndicats de journalistes (SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes), comme nous pouvons le lire dans leur communiqué du 06 décembre 2022  : « Quel est donc le sens que souhaite donner la représentation nationale à l’éducation aux médias, en confiant le co-pilotage d’une mission d’étude à un membre d’un parti politique qui pratique le dénigrement et la défiance envers les médias régulièrement, et accorde du crédit à la diffusion des rumeurs, quand il n’en est pas lui-même le diffuseur ? » 

De fait, refusant de participer aux travaux de cette mission flash, les trois syndicats de journalistes suggèrent d’ailleurs au gouvernement de profiter des Etats généraux du droit à l’information (quand ils auront lieu !) pour réfléchir aux atteintes à la mission des journalistes.

C’est pourquoi il est vital de faire vivre l’écosystème des médias indépendants (4), non pas « d’opinion » ou véhiculant la vision du monde de tel magnat à la tête d’un empire médiatique, mais traitant sérieusement d’une information d’intérêt général pour contrer la saturation du débat public et proposer d’autres sujets que les obsessions identitaires et anti-immigrés.  Soutenir de tels médias indépendants qui reposent sur un modèle économique participatif, sans pub, sans subvention et sans actionnaires, c’est un outil de démocratie, et un bon moyen de s’informer et de débattre.

Réajustons-nous donc dans notre rapport avec la vérité et le réel, sachant que les faits résistent à l’interprétation, le réel résiste à l’imaginaire, et la loi résiste au désir. En tant que chrétiens, soyons de ceux qui aiment la vérité (2 Thes.2v10). Réapproprions-nous 1 Jean 1v8 et ss qui concerne le rapport à la vérité, et la façon dont nous pouvons nous replacer dans la justice de Dieu pour être en mesure d’être ces témoins « fidèles et véritables » dans ce monde.

Pour aller plus loin, une réflexion chrétienne sur les enjeux de l’information, et comment une éducation aux médias ainsi (mal) faite) peut être contre-productive et dangereuse ?

Notes :

(1) Ecouter à 0h23 min et 2h29mn13s au sujet des Etats généraux du droit à l’information

(2) Que propose Marine Le Pen pour les médias ? Aucune proposition sur la transparence de l’actionnariat des médias ; aucune garantie d’investissement dans la production d’une information de qualité ; aucune proposition pour établir une gouvernance démocratique des entreprises de médias.

(3) Que proposent les candidats pour les médias ?

(4) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2021/04/21/laction-du-mois-soutenir-des-medias-independants-sans-pub/

L’action du mois : suivre la formation Libérer !

« Libérer ! » Le temps d’une formation pour vivre une transformation et expérimenter, sur un fondement de vérité, que Jésus « est le même » : certes « hier » mais aussi « aujourd’hui » et « éternellement ».

Libérer ! est une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, proposée par les Eglises protestante unies du Marais et de Belleville (Paris).

Pour qui ?

Libérer ! est avant tout destiné aux chrétiens de toutes dénominations (pasteurs/anciens, prêtres, et tout responsable « laïc » engagé dans un ministère) qui ont la volonté de s’engager en Eglise et/ou d’être renouvelés pour des ministères d’accompagnement spirituel, de relation d’aide et de conseil pastoral, incluant notamment les dimensions de la guérison spirituelle et de la délivrance.

Enracinée dans les Écritures Bibliques, elle s’appuie sur plus de 10 ans d’expérience-« maison » novatrice de l’Église Protestante Unie du Marais en matière d’accompagnement spirituel (50 personnes formées à l’accompagnement, soit un peu plus de 80 heures de formation).

Une formation équilibrée

J’ai déjà suivi les modules 1 et 2 en 2015, et le module 3 en juillet 2019 et peut attester que la formation est très équilibrée sur les plans théologiques et pratiques.

Libérer ! ne propose pas « de truc » ou de « technique », mais nous invite à nous exercer à l’écoute de la Parole de Dieu – plutôt que d’agir de manière systématique et stéréotypée – et à mettre cette Parole en pratique. Il ne s’agit pas de souhaiter d’être « plus » ou « mieux » informés, mais de nous laisser transformer pour expérimenter, sur un fondement de vérité, que Jésus « est le même » : certes « hier » mais aussi « aujourd’hui » et « éternellement »(Hébr.13v8). Cette formation se veut donc tout à la fois « un lieu d’enseignement et de témoignage de l’action du Saint-Esprit », toujours actuel, « dans la vie des chrétiens ». L’on peut venir aussi « pour soi », pour vivre une guérison et une libération personnelle, dans la perspective de le retransmettre à d’autres. Personnellement, j’y ai beaucoup appris quant aux enjeux pratiques liés à l’autorité et au mandat libérateur du chrétien (délivrance, combat spirituel, guérison).

Enfin, la vision tripartite de l’homme (Dieu nous a fait corps, âme, esprit) de Libérer! nous permet de résoudre certaines difficultés, liées aux limites des approches exclusivement « spirituelles »/ « spiritualisantes » ou exclusivement « psychiques » (celle de la « relation d’aide », avec une vision anthropologique et intellectuelle inspirée de la psychanalyse/la psychologie). Elle nous permet ainsi de discerner si nous avons à affaire à du somatique, du psychique ou du spirituel, et d’apporter un « traitement holistique » adapté, sachant qu’aucun de ces domaines n’est véritablement étanche. Elle nous permet enfin de sortir de l’impasse due à l’opposition entre « délivrance » et « accompagnement » (pastoral), alors que les deux sont liés. En effet, apprend-t-on dans cette formation, selon les situations, certaines personnes auront d’abord besoin d’être libérées, avant de pouvoir être accompagnées. Et dans les deux cas, la repentance joue un rôle majeur. Elle est même une clé de la vie chrétienne.

C’est où ? C’est quand ? Comment s’inscrire ? Ne manquez pas les Libé! à venir : 

Sur le plan pratique, le cycle de formation, qui forme un tout, se compose de trois modules, chacun comportant des séquences d’enseignements, de travail en groupes et des temps de prière.

Libérer! 1 : Libérer le corps, l’âme et l’esprit : Pour redécouvrir le ministère de la cure d’âme, mais actualisé au XXIème siècle, nous allons partir à la (re)découverte de l’anthropologie biblique, c’est-à-dire la façon dont la Bible vient défier nos représentations de ce qu’est l’être humain, dans le regard de Dieu, le père de Jésus-Christ. une formation multisites du vendredi 27 janvier 2023 au soir, jusqu’au dimanche 29 janvier au soir. Accessible en France, Suisse, et Île Maurice.

Libérer! 2 : Libérer, délier, délivrer
Nous ne luttons pas contre la chair et le sang, nous ne nous battons pas contre les personnes, mais en Christ nous obtenons la victoire sur des puissances spirituelles qui agissent. Forts de l’expérience de Jésus, des apôtres, d’une part, et de l’anthropologie moderne (psychologique notamment), comment marcher vers la liberté ? Le formulaire sera ouvert fin janvier pour une formation multisites du vendredi 14 avril au soir au dimanche 16 avril au soir. Cette formation permet d’aller beaucoup plus loin dans la pratique de l’accompagnement spirituel en Eglise, à la croisée des pratiques de relation d’aide, d’écoute pastorale, ou de délivrance.

Sinon, le saviez-vous ? Libérer!, c’est aussi pour les parents !

Une formation spécifique pour eux aura lieu sur zoom le vendredi 10 février, de 20h30 à 22 heures par Zoom, et au temple du Marais, 17 Rue Saint-Antoine, 75004 Paris (Métro Bastille), et de 9h30 heures à 12h30, le samedi 11 février.

Cette formation abordera les thèmes de la famille selon les Écritures, de l’autorité et du pardon.

Seules les personnes ayant participé à la rencontre sur zoom pourront participer à la rencontre du samedi.
Attention : il n’y aura pas d’accueil/garderie pour les enfants le samedi matin. Les couples seront bienvenus, merci de vous inscrire conjointement sur le formulaire dédié.

Un Libé 2 est également prévu à Londres les 24 et 26 février, ainsi qu’un Libé 3 à la Toussaint : Ce troisième niveau implique d’avoir fait les niveaux 1 et 2, et d’avoir une pratique de l’accompagnement en binôme. Il permet de se perfectionner après un temps de pratique de l’accompagnement et de faire le bilan de ses connaissances.

La formation est gratuite mais il est possible de faire une offrande pour soutenir ce ministère. Note : coût réel estimé au minimum à 200 euros/personne, sachant que les questions financières ne doivent pas être un frein à l’inscription).

Vous avez déjà participé à une formation Libérer! et vous connaissez certainement des personnes à qui elle ferait du bien : relayez l’information !

En savoir plus et pour suivre l’actualité des formations : http://www.liberer.fr/

Consultez la chaîne youtube Libérer ! 

Une première vidéo nous permet de découvrir une présentation « en bref » des formations Libérer! par la Pasteure Caroline Bretones, du temple du Marais (Paris) :

Une deuxième vidéo pour comprendre « en quelques mots » ce qu’est le ministère Libérer! Par le Pasteur Gilles Boucomont, du temple de Belleville (Paris) :

Cette autre vidéo sur l’articulation du « psy » et du « spi », par la Pasteure Caroline Bretones :

En s’abonnant à la chaîne Youtube, il est possible de visionner un nouveau contenu tous les 10 jours, avec trois formats d’une durée approximative :

EN BREF : 2 minutes
EN QUELQUES MOTS : 10 minutes
EN LARGE ET EN TRAVERS : 45 minutes

[Article mis à jour le 21/01/23]

Un peuple libre est un peuple qui honore la justice (Deutéronome 1v9-18)

Le Jugement de Salomon, par Nicolas Poussin (1649). Musée du Louvre. Richelieu, 2ème étage, salle 14.

 « Je ne peux pas vous porter à moi tout seul [rappelle Moïse au peuple] : le SEIGNEUR votre Dieu vous a rendus nombreux, et voici que vous êtes aujourd’hui aussi nombreux que les étoiles du ciel. Que le SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, vous multiplie encore mille fois plus, et qu’il vous bénisse comme il vous l’a promis : comment, à moi tout seul, porterais-je vos rancœurs, vos réclamations et vos contestations ? Amenez ici, pour vos tribus, des hommes sages, intelligents et éprouvés ; je les mettrai à votre tête. » Et vous m’avez répondu : « Cette chose que tu nous dis de faire est bonne. » J’ai donc pris vos chefs de tribu, des hommes sages et éprouvés, et j’en ai fait vos chefs : des chefs de millier, de centaine, de cinquantaine, de dizaine, et des scribes, pour vos tribus. Alors j’ai donné des ordres à vos juges : « Vous entendrez les causes de vos frères, et vous trancherez avec justice les affaires de chacun avec son frère, ou avec l’émigré qu’il a chez lui. Vous n’aurez pas de partialité dans le jugement : entendez donc le petit comme le grand, n’ayez peur de personne, car le jugement appartient à Dieu. Si une affaire vous paraît trop difficile, soumettez-la-moi, et je l’entendrai. » Et alors, je vous ai donné des ordres sur tout ce que vous aviez à faire. (Deut.1v9-18)

« Un pays où les juges sortent dans la rue pour manifester est un pays où toutes les lignes ont été franchies ».

Ce pays est Israël au XXIe siècle et la personne qui tient ces propos connaît bien la question puisqu’il s’agit d’Ayala Procaccia, ancien juge de la cour suprême.

Ce dernier était présent parmi les 80 000 personnes rassemblées sur la place Habima, à Tel Aviv, samedi soir dernier, pour manifester contre le controversé projet de réforme de la justice voulu par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Un événement que vous avez peut-être « vu passer », à moins qu’il ne vous ait complètement échappé.

En effet, depuis son investiture il y a deux semaines, le gouvernement de coalition très marqué à (l’extrême-)droite de Netanyahou (il rassemble son parti, le Likoud, et ses alliés suprémacistes juifs et ultraorthodoxes) “s’est embarqué dans une série d’initiatives législatives”, note le Washington Post cité dans Courrier international(1). « Le camp au pouvoir parle de corriger des déséquilibres dans les trois branches du gouvernement »(sic). Mais, précise le quotidien américain, « les critiques disent que ces mesures s’apparentent à un coup d’État qui détruira le système de séparation des pouvoirs, sauvera Netanyahou de l’inculpation dans trois cas de corruption et encouragera ses partenaires extrémistes religieux à mettre en avant des législations soutenant l’expansion de colonies juives en Cisjordanie ».

La réforme comprend entre autres, indique le quotidien israélien Haaretz, autre source de Courrier international(1), l’introduction d’une clause « dérogatoire » permettant au Parlement, de passer outre une décision de la Cour suprême avec un vote à la majorité simple, et la modification du processus de nomination des juges, qui devront entre autres être désignés par des responsables politiques. D’où les manifestations pour dénoncer ce projet, car, en l’absence de Constitution, la Cour suprême, plus haute juridiction israélienne, fait office de garde-fou du pouvoir politique et se pose en garant des libertés individuelles. Son rôle est d’autant plus important lorsqu’un bloc politique détient une majorité nette au Parlement, comme c’est le cas à la suite des dernières élections(1).

A ce sujet, qu’en dit la Bible ?

Le premier chapitre du livre du Deutéronome, cité en en-tête de cet article, nous révèle que la première instruction, de ce qui peut être considéré comme le testament de Moïse, concerne l’instauration d’un système judiciaire.  La condition la plus importante d’une vie en société est que les différends puissent être réglés, non pas selon « la loi du plus fort », mais selon les critères de la justice.

Pour rendre une justice équitable, prévoit Moïse, ces juges doivent être « sages, intelligents et éprouvés (ou « connus ») cf le v15.

« Etre sage », c’est savoir que l’on ne sait pas et reconnaître lorsqu’une affaire est hors de sa compétence (à l’instar de Moïse lui-même en Nombres 27v5); c’est aussi ne pas se laisser guider par la passion et toujours rechercher l’intérêt général.

« Etre intelligent », c’est être capable de lire entre les lignes (d’un discours ou d’un événement).

« Etre éprouvé » (ou « connu »), c’est avoir bonne réputation auprès de ses proches et de ses voisins, témoigner de son intégrité et de sa fiabilité.

Autre exigence : Les juges ne doivent pas faire preuve « de partialité dans le jugement » (à l’instar de Dieu lui-même en Deutéronome 10v17. Comp. avec Jacques 2), entendant « le petit comme le grand » (cf Lévitique 19v15) et sans avoir « peur de personne, car le jugement appartient à Dieu ». Au moment de juger et à mille lieux du « juge inique » de la parabole des Evangiles, le juge doit avoir conscience qu’il se tient devant le Dieu de la justice. Et qui craint Dieu ne peut craindre autre chose.

Au final, nommer de tels juges est tout « ce qui reste à faire » au peuple (Deut.1v18).

La nomination des juges (voir aussi Exode 18v13-27), ainsi que des prêtres (Exode 29 et Lévitique 8) et des anciens (Nombres 11v16), correspond à une première séparation des pouvoirs entre le judiciaire, le religieux, et le politique. 

C’est ainsi qu’un peuple libre est un peuple qui honore la justice et dont les institutions reposent sur cette claire séparation (et distinction) des pouvoirs.

Pour Montesquieu « le bon régime » n’est pas nécessairement républicain ni monarchique, il est nécessairement modéré, c’est-à-dire qu’il est partagé, à la différence du tyran qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ce n’est pas un hasard si la démocratie au sens moderne du terme s’est d’abord développée dans les pays de tradition judéo-chrétienne(2).

Notes :

(1) Voir https://www.courrierinternational.com/article/israel-80-000-personnes-contre-la-reforme-de-la-justice-en-israel-un-pays-ou-meme-les-juges-manifestent et Israël: une réforme de la justice à venir qui bouscule l’équilibre des pouvoirs

(2) D’après La Bible. Le Pentateuque/1. Commentaire intégral verset par verset, par Antoine Nouis. Olivétan/Salvator, 2021, pp 527, 618-620.

Voir aussi :

Réforme des retraites : derrière le projet, un choix de société et un enjeu d’éthique

Derrière le projet de réforme des retraites, un enjeu d’éthique : car ce qui est digne ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité.

Mardi 10 janvier, le gouvernement a annoncé les grandes lignes de son projet pour réformer les retraites : report de l’âge légal de départ à 64 ans dès 2030, contre 62 ans aujourd’hui, et allongement de la durée de cotisation à 43 ans pour une retraite à taux plein. La Première ministre souhaite également la suppression des principaux régimes spéciaux de retraites, comme celui de la RATP.

L’exécutif justifie sa réforme par les prévisions de déficit du système de retraites formulées par le Conseil d’orientation des retraites, un organisme placé auprès du Premier ministre, et explique que cette réforme vise à garantir l’équilibre du système des retraites en 2030.

La réforme des retraites est-elle un enjeu d’éthique ? Pour le Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine, la réponse est oui : bien que la participation aux débats entre les partenaires sociaux et le gouvernement sur ce sujet n’entre pas dans ses objectifs, le CPDH estime que cela touche à la dignité humaine dès lors qu’il s’agit de trouver un juste équilibre entre travail, santé et repos.

C’est là rappeler pertinemment que la défense de la dignité humaine ne saurait se limiter aux deux extrémités de la vie, puisqu’elle intègre tout ce qu’il y a entre les deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, plus de 67 millions de personnes.

C’est aussi garder à l’esprit, plutôt que de s’enfermer dans un débat technique, qu’il s’agit de choix de société et qu’une société se juge à la façon dont elle traite les personnes âgées.

Au fait, qu’en dit la Bible ? Si elle en dit quelque chose !

Si la Bible ne mentionne pas d’âge de départ à la retraite (sauf erreur de ma part), elle nous rappelle de nous lever « devant les cheveux blancs » et d’honorer « la personne du vieillard » (Lévitique 19v32). Elle nous donne aussi l’exemple des Lévites, lesquels, chargés du service dans le tabernacle, prenaient leur retraite du service régulier à partir de 50 ans et cessaient de travailler tout en continuant à « aide[r leur]s frères » (Nombres 8v23-25). Ce chiffre ne devrait sans doute pas être pris littéralement comme une base devant inspirer nécessairement le gouvernement, mais, comme nous y invite le CPDH, « ne manquons pas de prier pour notre pays afin que des solutions respectueuses des citoyens soient trouvées ».

D’ailleurs, le saviez-vous ? Outre le report de l’âge de départ à la retraite défendu par le gouvernement, il existe d’autres alternatives pour générer des économies sur le système des retraites et atteindre l’équilibre.

À rebours du projet du gouvernement de décaler l’âge légal de départ à la retraite à 64, et soutenant que le système des retraites n’est pas véritablement menacé financièrement, les syndicats proposent plutôt d’augmenter les salaires, les cotisations salariales et patronales, et de lutter contre les inégalités.

Face aux déclarations chocs des Ministres et des membres de la majorité, pour tenter de convaincre de la nécessité d’une nouvelle réforme des retraites, le pure player Basta! se propose de faire le tri entre les arguments jugés sérieux et ceux qui lui paraissent de mauvaise foi. Ainsi, par exemple, en partant du postulat que le recul de l’âge légal de départ à la retraite serait la seule possibilité pour financer les retraites, le gouvernement exclut d’emblée les solutions alternatives. Sauf qu’il s’agit là d’un « choix politique » selon l’économiste Michaël Zemmour, alors que « tout est possible », assure le chercheur. « On pourrait choisir différents moyens pour maintenir le financement à son niveau actuel ».

Note :

(1) Quelles sont les prochaines étapes ? Le projet de loi de réforme des retraites sera présenté en Conseil des ministres le 23 janvier, puis au Parlement au premier trimestre en vue d’« une adoption en mars », précise le gouvernement dans le dossier de presse du projet de réforme. L’exécutif table sur une entrée en vigueur des principales mesures au 1er septembre. La réforme passera par un projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale (PLFRSS). En l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, la Première ministre, Élisabeth Borne, aura la possibilité de recourir au fameux article 49.3 de la Constitution, permettant de faire adopter sans vote un projet de loi de financement de la Sécurité sociale, un projet de loi de finances et un autre projet ou proposition de loi par session parlementaire. De plus, la Constitution limite le délai d’examen du PLFRSS par le Parlement à 50 jours.

Crainte de Dieu

« La crainte de Dieu dans les Écritures (…)libère plutôt une grande force car celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose… » (Source : rawpixel)

« Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR : esprit (…) de crainte du SEIGNEUR – et il lui inspirera la crainte du SEIGNEUR ». (Esaïe 11v2-3)

« Les Saintes Ecritures reviennent souvent sur le sentiment de la crainte de Dieu. De toutes les émotions religieuses, c’est celle qui s’est le plus affaiblie au cours des temps modernes », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca. Car, estime-t-il, « ceux qui ont la foi préfèrent alléguer d’autres manifestations de leur attachement. La crainte semble un sentiment inconvenant, irrationnel, antique. Et pourtant l’immense qui nous domine ne peut absolument pas être apaisé, apprivoisé par l’amour. La crainte de Dieu dans les Ecritures est une panique céleste, la réponse des nerfs à un ordre central lointain et abyssal (…). Et elle ne décourage pas, n’affaiblit pas, elle libère plutôt une grande force car celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose, craindre par exemple l’Adàm fait de terre et sa descendance humaine.

Le quatrième vers du psaume 130 enseigne aussi : « puisque près de toi est le pardon, pour que tu puisses être craint. Il y a aussi un autre aspect de la crainte que l’on doit à Dieu : non parce qu’Il est le Seigneur de l’immense, dispensateur de vie et de mort, mais aussi parce que de lui dépend le pardon, seliha. Crains le juge, non parce qu’il peut te condamner, mais parce que de son pouvoir dépend la remise de tes fautes. Il dit à Jérémie : car je pardonnerai à ceux que j’aurai fait demeurer de reste (50v20) : celui qui est pardonné a d’abord été gracié, laissé en vie, mis de côté comme un reste sauvé.

Cette puissance gigantesque du pardon pèse bien plus que l’immense et renforce, en celui qui croit, la crainte de Dieu. »

(Erri de Luca. Crainte IN Alzaia. Rivages, 1998. Bibliothèque Rivages, pp 211-212)

Initialement publié le 06 mars 2019

Pep’s café a 10 ans !

« Bon anniversaire, Pep’s café! » (Source image : public domain pictures)

Et de 10 !

Chères lectrices et chers lecteurs, chers frères et sœurs, chers amis, chers proches et fidèles abonnés,

Pep’s café! a franchi un cap, puisqu’il a fêté ses 10 ans le 09 janvier, date anniversaire de création du blogue – le 11 janvier étant la date anniversaire du premier article publié.

Depuis 10 ans maintenant, ce blogue chrétien vous invite, à l’heure du café (pour d’autres, ce sera du thé) du matin ou de l’après-midi, à la lecture, la méditation, l’étude et au partage de la Bible, dans un but d’encouragement et d’édification ; et plus largement, à écouter, discerner, réfléchir, comprendre, croire, recevoir, s’ouvrir, discuter, se laisser surprendre…  La vision du blogue est de casser les cloisonnements habituels entre les sujets, en donnant au lecteur un aperçu de choses qu’il ne soupçonne pas. Et surtout, en l’invitant à découvrir que Dieu est concerné par toutes les réalités de la vie et qu’il n’y a pas de domaine où Jésus-Christ ne règne pas. 

« 10 », c’est le nombre de la Loi, de la double responsabilité – envers Dieu et envers l’homme. C’est dire à quel point ce blogue m’oblige et c’est aussi dire à quel point je suis reconnaissant et redevable envers beaucoup.

A ce sujet, « les remerciements et les citations sont affaires de justice distributive ; ils sont la monnaie dans laquelle nous payons nos dettes intellectuelles », écrit Michaël Walzer dans ses « Sphères de justice » (Seuil, 2013). Et, ajoute-t-il, « le paiement est important » au point où « le Talmud dit que [celui qui] reconnaît toutes ses sources se rapproche un tout petit peu du jour de la Rédemption » (op. cit., p 21). Mais nous manquons souvent dans ce domaine, incapables de reconnaître toutes nos sources et inconscients de toutes nos dettes. C’est pourquoi la Bible rappelle que nous sommes « gratuitement justifiés » par la grâce de Dieu, « en vertu de la délivrance (ou de la rédemption) accomplie en Jésus-Christ » (Romains 3v24)

Aussi, ce blogue ne serait pas ce qu’il est sans le Seigneur. Aussi, ma première reconnaissance lui revient : à Lui seul la gloire ! 

De même, ce blogue ne serait pas ce qu’il est sans ses lectrices et lecteurs : merci à vous (amis, proches, connaissances ou « illustres inconnus ») pour vos lectures attentives et bienveillantes, vos « likes », vos paroles bénissantes et encourageantes, comme pour vos relais de nos articles estimés être les plus édifiants ! Et merci à chaque nouvel abonné !

Ce blogue ne serait pas non plus ce qu’il est sans ses contributrices et contributeurs réguliers ou occasionnels : merci à toutes celles et ceux qui ont donné du temps pour ce blogue, et merci en particulier, pour 2022, à mes chers et fidèles Louis-Michel (Pasteur, église protestante de Bobigny), Yannick (professeur d’apologétique, faculté Jean Calvin, Aix-en-Provence), et Pierre-Louis, ainsi qu’aux nouveaux : Josiane, Mialy, les Pasteurs Caroline Bretones (Temple du Marais, Paris), Thomas Keller (dito), Gilles Boucomont (Temple de Belleville, Paris), Gilles Geiser (église évangélique de Châble-Croix, Aigle, Suisse) et Raphaël Anzenberger (Union des Eglises Baptistes du Canada).

Merci donc à :

Josiane, pour ses articles sur le racisme et le régime médiatique, ainsi que pour sa contribution à la mini-série en trois épisodes « trois questions fondamentales que Dieu te pose aujourd’hui ».

Louis-Michel, Mialy et Yannick, pour leur joyeuse contribution à notre série de l’été – « Dans Evangélique, il y a évangile » (ça ne peut pas faire de mal). Une série en 7 épisodes pour découvrir ce que peuvent nous enseigner les interpellations et encouragements de Jésus-Christ aux 7 églises de l’Apocalypse.

Louis-Michel et Yannick (encore !), mais aussi Caroline, Josiane et Gilles B, pour leur non moins joyeuse contribution à notre série de novembre-décembre « Quand Jésus prêche l’Evangile de Dieu ». En bonus, et pour la première fois sur Pep’s café, sur une chaleureuse proposition des Pasteurs Caroline et Thomas : certains épisodes ont donné lieu à des prédications, lors de cultes au Temple du Marais (Paris) par, outre Caroline et Thomas, Josiane et Raphaël A, le dimanche suivant la publication de l’article. Qu’ils en soient également remerciés !

Mon ami et frère Pierre-Louis, pour sa belle recension de « Parents centrés sur l’Evangile » (BLF éditions) pour Pep’s café!

Merci encore à Gilles Boucomont, notamment pour m’avoir aimablement autorisé à publier son texte « A Noël, Dieu est sur la paille ».

Merci à Romain Choisnet, Directeur de la communication du CNEF, pour ses relais de certains de nos articles, et notamment celui-ci.

Et merci à David, du blogue « Plumes chrétiennes », pour ses « likes » fraternels !

Sans oublier des rencontres édifiantes et fraternelles, avec :

Raphaël Anzenberger sur « la transition ecclésiologique », dans le cadre d’un week-end « discipleshift », qui a eu lieu à Paris en novembre dernier (sur une info de Caroline Bretones) ;

Gilles Geiser, pasteur, auteur et stand-upeur engagé ;

Des ouvrages passionnants et édifiants (et un jeu de cartes !) reçus gracieusement en service presse de la part des éditeurs : Merci particulièrement pour cela, à Laurène de la Chapelle (chargée de communication à l’Alliance Biblique Française – dont le cœur de mission est de mettre la Bible à la portée de tous et la transmettre aux futures générations), et Coraline Fouquet (éditrice aux éditions Bibli’O et Scriptura) ; et merci aux éditions BLF –dont la mission est d’aider les chrétiens à nourrir une passion pour Dieu via la lecture de bons livres.

Enfin, ce blogue ne serait pas ce qu’il est sans le soutien de « La Pep’sette », ma chère moitié, qui reste ma meilleure source d’encouragement et d’inspiration, après le Seigneur – à Lui Seul la Gloire !  

Au terme de ce rappel du « top » de l’an dernier, le dernier mot est pour vous, chers lectrices et lecteurs, pour bénir ce blogue et lui dire au pied de cet article votre reconnaissance pour ce qu’il vous apporte régulièrement, au point d’y être fidèle, et en quoi il a pu vous encourager et vous édifier en 2022.  A vous de jouer ! Et dans la joie de vous lire !

« Sois fort et très courageux »….pour mettre en pratique toute la loi de Dieu !

Josué lit les Paroles de la Loi (La Bible. Teriade 1956). Épreuve signée. Gravure originale de Marc Chagall pour illustrer La Bible éditée par Teriade en 1956. Planche n° 47 de la série des 105 gravures tirées sur Montval filigrané.

Dès le début du livre qui porte son nom, Josué reçoit du Seigneur « le top départ » – la mort de Moïse – pour se préparer à franchir le Jourdain et ainsi entrer en Terre promise aux pères. Une terre qui va de l’Euphrate à la mer méditerranée (Josué 1v1-4). Le Seigneur demande alors à Josué d’être « fort et très courageux » (v6) : un appel répété à trois autres reprises dans les versets suivants (vv7, 9 et 18), vu la difficulté de la mission confiée à Josué et les dangers qui l’attendent.

Pourquoi Josué doit-il être « fort et très courageux » ? Pour « mettre en pratique toute la loi (de Dieu) » et ne pas s’en écarter « ni à droite, ni à gauche »(v7). C’est ainsi que l’entrée en terre promise est plus le fruit d’une fidélité à la Parole de Dieu que d’une conquête militaire. Elle ne dépend pas de la valeur guerrière du peuple mais de son intégrité.

Les sages du judaïsme le disent bien : la force du peuple ne tient pas à son organisation militaire mais à la façon dont il reste accroché à l’étude de la Torah (la loi).

Nous pensons alors à cette recommandation faite à chaque futur roi d’Israël en Deutéronome17v18-20 : « Et quand (le roi) sera monté sur son trône royal, il écrira pour lui-même dans un livre une copie de cette Loi, que lui transmettront les prêtres lévites. Elle restera auprès de lui, et il la lira tous les jours de sa vie, pour apprendre à craindre le SEIGNEUR son Dieu en gardant, pour les mettre en pratique, toutes les paroles de cette Loi, et toutes ses prescriptions, sans devenir orgueilleux devant ses frères ni s’écarter à droite ou à gauche du commandement, afin de prolonger, pour lui et ses fils, les jours de sa royauté au milieu d’Israël ».

Car la loi résiste au désir et au fantasme de toute puissance, comme le seul interdit au milieu d’une foule de possibilités en Eden.

Cela nous enseigne aussi que plus on a de responsabilités, plus il est important de prendre des temps de recul pour éviter de se laisser noyer dans l’urgence. J’ai souvent entendu dire qu’il est bon, « en temps normal », de prendre une demi-heure par jour pour la méditation des Ecritures bibliques et la prière….et de prendre une heure quand on est surchargé de travail !

Cette recommandation de rester accroché à la Parole de Dieu sonne juste aux oreilles des chrétiens. La « sola scriptura » [« l’Ecriture seule »] n’est pas un slogan mais une exhortation.

Lorsque l’Eglise n’est plus accrochée à la Parole de Dieu, elle est une institution qui se conforme au monde dans lequel elle vit. Le théologien Karl Barth (1886-1968) a écrit : « toutes les fois que l’Eglise a été sérieusement éprouvée au cours de l’histoire, c’est parce qu’elle était trop peu soumise à la Parole de l’Ecriture. En revanche, toutes les fois qu’elle était forte, consciente de sa mission et sans peur devant le monde, toutes les fois qu’elle a su produire des héros et des saints, toutes les fois qu’elle a su apporter la consolation, susciter l’espérance et s’imposer ainsi au respect des hommes, c’est parce qu’elle a osé avoir l’humble courage de se soumettre à l’Ecriture au lieu de la considérer comme un simple à-côté »(1).

Quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie » (sic) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat », il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame.

Note : 

(1) D’après Antoine Nouis. La Bible : Commentaire intégral verset par verset. Les livres historiques/2. Olivetan/Salvator, 2022, pp 17-18 [disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, ici ou ]

Les voeux de Dieu pour 2023 : être « plein de sagesse pour faire le bien et toujours attentif à éviter le mal »

Des voeux pour la nouvelle année : être « plein de sagesse pour faire le bien » et « pur (ou sans mélange) pour éviter le mal » (Source image : public domain pictures)

« Frères et sœurs, voici ce que je vous demande : méfiez-vous des gens qui divisent la communauté. Ils risquent de faire tomber dans le péché les croyants en parlant contre l’enseignement que vous avez reçu. 

N’allez plus avec eux ! En effet, ces gens-là ne servent pas le Christ notre Seigneur, ils servent leur ventre ! 

Avec leurs paroles mielleuses et leurs beaux discours, ils trompent les gens simples. 

Oui, votre obéissance, tout le monde la connaît. Alors, à cause de vous, je suis dans la joie. 

Mais je veux que vous soyez pleins de sagesse pour faire le bien et toujours attentifs à éviter le mal. 

Le Dieu de la paix va bientôt écraser Satan sous vos pieds. Que notre Seigneur Jésus vous bénisse ! » (Romains 16v17-20. PDV)