Prendre ses désirs pour la réalité

Il est essentiel, notamment pour un chrétien, de ne pas prendre « ses vessies pour des lanternes » ou de prendre ses désirs pour la réalité » (Source image : public domain pictures)

Ce soir, vendredi 6 novembre 2020, à 20h : formation « Libé! confinés » par zoom, proposée par l’équipe Libérer! sur le thème (toujours d’actualité !) Autorité vs. Toute-puissance ou « Comment restaurer et déployer notre autorité en Jésus-Christ, notamment dans la prière ou le combat spirituel, sans pour autant basculer dans la pensée toute-puissante où nous finirions par croire que notre volonté est forcément celle de Dieu ? »

Plus d’infos sur le cycle de formations « Libé! confinés » ici.
Attention : Fermeture des inscriptions à 14h. Réouverture samedi soir pour les vendredis suivants. Vous n’avez pas besoin de vous réinscrire si vous l’êtes déjà.
Si vous les avez raté, lire nos articles : « deux façons de demander : savoir ou obtenir » (pouvant être associé à nos façons de prier) et ce qu’est un « blasphème sans rémission » pour Dieu.

La Parole de Dieu sur une radio publique

Le « Service protestant » : la Parole de Dieu accessible à tous sur une radio publique (Source image : public domain pictures)

Le saviez-vous ?  Chaque dimanche, il est possible d’entendre la Parole de Dieu sur une radio publique, en l’occurrence France Culture

Il s’agit du Service protestant, proposé par la Fédération Protestante de France (FPF).

Le dimanche à 8h30, et à 9h30 à la Toussaint, Noël et l’Ascension, des pasteurs (réformés, luthériens ou évangéliques) se succèdent pour partager leur compréhension des textes bibliques et leur confiance en la vie et en Dieu. L’un des objectifs de ce service est de rendre l’émission cultuelle accessible et compréhensible par tous, croyants ou non, pratiquants ou non. Il veut laisser un message d’espérance, mais aussi interpeller et surprendre en laissant s’exprimer la créativité, la sensibilité des pasteurs, prédicateurs et intervenants.

Depuis le 16 juin 2020, son nouveau responsable éditorial est le pasteur baptiste Jean-Luc Gadreau.

 

« Libé ! confinés » : formation par zoom ouverte à tous

Pas de formation Libérer! possible en présentiel, du fait du « confinement 2.0 » ? Heureusement, il y a « Libé!confinés » par zoom !
Affiche du film « Jimmy’s Hall » de Ken Loach, (2014)

Bonne nouvelle !

En lieu et place du séminaire prévu à Paris du 06/11 au 08/11, qui ne pouvait avoir lieu « en présentiel » vu le confinement « 2.0 », l’équipe Libérer!* propose sur Zoom une formation ouverte à toustous les vendredis de 20h à 21h30, du 06 novembre au 27 novembre, que l’on ait déjà suivi ou non des séminaires Libérer!*.

Le contenu de cette formation sera adapté à la saison que nous vivons, déployant les thèmes fondamentaux de Libérer! en contexte.

Au programme : 

Vendredi 6 novembre 2020, à 20h
Autorité vs. Toute-puissance
Comment restaurer et déployer notre autorité en Jésus-Christ, notamment dans la prière ou le combat spirituel, sans pour autant basculer dans la pensée toute-puissante où nous finirions par croire que notre volonté est forcément celle de Dieu ?

Vendredi 13 novembre 2020, à 20h
Grâce vs. Sentimentalisme
Au nom de l’Amour que n’a-t-on pas fait ? De l’Amour de Dieu en particulier. Le meilleur et le pire. Comment la grâce inconditionnelle de Dieu reste une « grâce qui coûte » conformément à la formule du théologien Dietrich Bonhoeffer ? Et non pas une excuse bon marché pour cautionner nos défaillances.

Vendredi 20 novembre 2020, à 20h
Loi vs. Légalisme
La Loi a été donnée par Dieu ; juste et nécessaire. Quand l’amour pour la Loi devient plus fort que l’amour pour Dieu, des systèmes d’oppression se mettent en place, en nous ou entre les personnes. Comment articuler un juste rapport à la Loi après la venue de Christ ?

Vendredi 27 novembre 2020, à 20h
Dans le monde vs. Du monde
Dans la prière sacerdotale (Jean 17), Jésus rappelle à ses disciples qu’ils sont présents dans le monde mais pas issus du monde. Qu’est-ce que cela change dans nos vies et notre posture face à la société ?

Si jamais le confinement venait à être prolongé, des soirées supplémentaires seront proposées.

Pour les personnes n’ayant jamais participé à un séminaire Libérer!, est proposé en plus de chaque soirée du vendredi (sauf exception annoncée) un atelier de reprise et de partage sur le thème de la veille, le lendemain, samedi, de 10h à 11h30 sur Zoom.

La formation est gratuite mais il est possible de bénir ce ministère.

Infos et inscriptions sur Libé! confiné – Libérer!

Note : Libé+ zoom [pour ceux qui ont fait les 3 sessions de Libérer!] reporté en janvier 2021.

*Libérer! est une excellente formation certifiante à l’accompagnement spirituel, proposée par les églises protestantes unies du Marais et de Belleville. Plus d’infos sur le séminaire Libérer!

 

 

L’Action du mois : partager la Bible, ce best-seller indétrônable

Avant d’ouvrir la Bible, il convient d’abord d’être « ouvert » soi-même….(Source image : public domain picture)

Le saviez-vous ? C’est l’année de la Bible !

C’est un événement mondial, créé sous l’impulsion de l’Alliance Evangélique Mondiale et rassemblant les sociétés bibliques de chaque pays, dans le but de célébrer et de partager ce trésor impérissable et best-seller indétrônable, qui a profondément modelé l’histoire de l’humanité et qui ne cesse d’être lu aujourd’hui encore, dans près de 2700 langues !

En France et en Suisse, l’ALEPEF et l’AELE invitent tous les chrétiens et toutes les Eglises à prendre part à cette célébration et à être des témoins du message d’espoir de la Bible au cœur des villes.

Retrouvez par exemple des versets bibliques chantés par des artistes contemporains. Ici le Notre Père par Matt et Sarah Marvane :

Et découvrez comment 25 chrétiennes et chrétiens d’horizons variés ont accepté de relever joyeusement un ou plusieurs défi(s) biblique(s), contribuant ainsi à une belle oeuvre collective, pour notre encouragement et notre édification.

Ce défi consistait à choisir un (maxi deux) livre(s) de la Bible et le présenter en 300 mots environ pour le non-spécialiste. Au final, tout en témoignant de leur rapport à la Bible, ils se sont livrés eux-mêmes en nous livrant des textes inspirés et inspirants, sincères, touchants, décapants ou drôles.

Ne manquez pas de nous partager ici vos propres témoignages au pied de cet article sur ce que vous aura apporté cette série. En vous souhaitant d’être autant bénis que l’ont été les contributeurs en relevant ce défi !

 

Appel à la repentance et à défendre « une éthique pro-vie globale » (il serait temps !)

Un appel à décoller nos yeux des programmes politiques pour mieux se (re)plonger dans les Ecritures bibliques (Source : public domain pictures)

Il s’agit certainement d’une coïncidence, mais suite aux fêtes d’automne de Yom Kippour et Yom Teruah, et suite à la publication le 03/10 de « Fratelli Tutti » [« Tous frères »], l’encyclique du Pape François sur la fraternité et l’amitié sociale, et alors que l’Amérique est plus polarisée que jamais, l’Association nationale des évangéliques (NAE : National Association of Evangelicals) et World Relief, sa branche humanitaire, ont publié mardi 6 octobre dans Christianity Today et sur le site de la NAE une déclaration de repentance [« Evangelical Witness Is Compromised. We Need Repentance and Renewal »], appelant les chrétiens – quels que soient leurs opinions politiques – à rechercher ensemble « la santé de la nation pour le bien de tous ».

Les chrétiens américains, étant eux-mêmes « appelés par Jésus à aimer Dieu et à aimer notre prochain », et en tant que citoyens qui suivent cet appel », sont invités à s’engager « avec humilité, civilité, rigueur intellectuelle et honnêteté dans les problèmes sociaux complexes et litigieux auxquels (leur) nation est confrontée. »

Cet appel à remettre le message biblique au centre de la vie des chrétiens, au-delà de leur appartenance politique, par ailleurs relayé par le Washington Post le 07/10, compte, à l’heure où j’écris cet article, près de 1690 signatures, notamment des président(e)s d’unions d’Eglises, d’organisations, de lieux de formations théologiques ou des auteurs, pasteurs ou conférenciers.

Cette déclaration s’appuie sur les principes énoncés dans le document « Pour la santé de la nation», un guide sur le thème de la politique déjà proposé en 2004 par l’Association nationale des évangéliques,  laquelle fédère 45’000 Eglises aux Etats-Unis, de quarante dénominations différentes.

La déclaration invite à la repentance et au renouveau, comme à prendre certaines résolutions en toute cohérence.

A se repentir : d’abord envers Dieu puis envers notre prochain.

«Malgré l’exemple de Jésus et l’enseignement des Écritures, beaucoup d’entre nous ne se sont pas suffisamment opposés aux systèmes injustes qui laissent tomber les personnes de couleur, les femmes, les enfants et les enfants à naître. Nous n’avons pas toujours rempli les commandements de Dieu pour protéger les immigrants, les réfugiés et les pauvres».

Au renouveau, avec ces huit piliers : la protection de la liberté religieuse et de conscience, la sauvegarde du caractère sacré de la vie, la protection de la cellule familiale, la recherche de la justice pour les pauvres et les plus vulnérables, la préservation des droits de l’homme, la poursuite de la justice raciale, la maîtrise de la violence, et la protection/ le soin de la Création de Dieu.

A prendre des résolutions : soit à rechercher la Justice raciale, défendre une éthique pro-vie globale protégeant à la fois les enfants à naître et les personnes vulnérables de tous âges, comme à résister aux agendas/programmes politiques. Sans oublier de prier pour tous ceux qui sont en position de responsabilité/d’autorité.

Cette déclaration, curieusement peu ou pas commentée sur la toile chrétienne en général et protestante évangélique française en particulier – mis à part trois articles factuels d’infochrétienne (07/10), d’Evangéliques info (09/10) et de La Croix (09/10) – est tout à la fois stupéfiante, bienfaisante et édifiante à plus d’un titre.

 

Stupéfiante d’abord, en ce qu’il ne devrait pas être nécessaire d’attendre un contexte de polarisation extrême pour rappeler aux chrétiens leur propre mandat, lequel est un mandat….de réconciliation (2 Cor.5v17-20).

Il est aussi stupéfiant d’avoir à rappeler une telle évidence aux chrétiens, à savoir que le coeur du message évangélique, à mille lieux de toute tentation de repli identitaire et d’égoïsme grégaire, est l’amour. L’amour de Dieu et de notre prochain, comme nous-mêmes. Cela ne devrait pas être un scoop, comme il n’est pas un scoop de rappeler aux mêmes chrétiens que Jésus-Christ n’a pas refusé de payer pour ceux qui font un mauvais choix de vie. 

Les chrétiens, et particulièrement « les chrétiens solidement bibliques », ayant « plus de discernement que les autres », sont également censés savoir « ce qui est bien » et « ce que l’Eternel attend d’eux » selon Michée 6v8, et ce à quoi Il prend plaisir (Osée 6v6, Jer.9v23-24, Deut.10v17-19).

Bienfaisante ensuite, quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie »(1) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat »(2), il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame….

Edifiante enfin, dans son appel à la repentance, lequel suit une prise de conscience de péché. Et le péché touche à la compromission du témoignage chrétien – en clair, dans le fait d’empêcher de voir Dieu tel qu’il est en vérité et en réalité.

Cette prise de conscience d’avoir « manqué le but » de Dieu conduira à reconnaître (pour y renoncer et s’en repentir) toutes les idolâtries (des absolus autres que Dieu) auxquelles on sacrifie la dignité humaine, la vie et la création.

Or, le chrétien est celui qui confesse et atteste que Jésus-Christ seul est Seigneur, et qui n’adore que Dieu, refusant d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, politiques, économiques… sans oublier le nationalisme, soit la nation érigée en absolu, adorée comme une idole, qui se traduit par la haine des autres peuples. L’amour du prochain étant indissociable de l’amour de Dieu, tout ce qui prétend prendre la place qui revient à Dieu seul conduit au rejet de l’autre

Plutôt que de rechercher le pouvoir et la domination (ce qu’a refusé Jésus-Christ), le chrétien sait que sa fidélité à Jésus-Christ peut l’exposer à être marginalisé, voire persécuté dans certains pays, quand il refuse les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner.

L’appel à défendre « une éthique pro-vie globale »(3) invite à comprendre enfin que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Et qu’être « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants. Se déclarer « pro-vie » implique une certaine cohérence (4).

De fait, la déclaration de la NAE nous invite à un positionnement, non pas « moral » ou « moraliste », mais dans le même registre que celui de Jésus : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou « pour accuser, condamner, faire chuter ». Mais « pour relever les personnes » ; « les faire passer de la mort à la vie ». Si la posture de Jésus était « morale », il aurait été le premier à lapider la femme adultère, en Jean 8v11. Or, Jésus donne pour consigne à cette dernière, après le refus de condamner, « d’avancer ». Mais « pas de rechuter ».

Plus édifiant encore, la reconnaissance, dans cette déclaration, qu’il existe des causes structurelles (5) à l’injustice, aux inégalités et à la pauvreté, ce qui nous change des discours culpabilisants et humiliants habituels sur la seule responsabilité individuelle [du style « vous êtes responsables de ce qui vous arrive », « arrêtez de vous plaindre, et bougez-vous, espèces d’assistés »], discours écrasant pour ceux qui sont déjà écrasés. Questionnement risqué, puisque nous sommes des « saints » quand nous donnons à manger aux pauvres, mais sommes traités de « communistes » quand nous demandons pourquoi les pauvres sont pauvres…

De fait, ceux qui sont à l’initiative de cet appel à la repentance ont également compris d’emblée quel est le vrai problème : il n’est pas impossible en soi de changer les choses, sauf que certaines forces empêchent toute réforme en ce sens. Et nous pouvons justifier de manière complice ces oppositions par un « c’est culturel, on n’y peut rien », sonnant comme une malédiction aux relents (pourris) de fatalisme. C’est aussi un aveu d’impuissance et un aveu (et un témoignage) que l’Eglise et par là même le Christ, fléchit les genoux devant une culture et un culte, des puissants et des puissances. Car les cultures sont des cultes et qui dit cultes dit religions. En réalité, rien n’est simplement culturel dans la mesure où une culture est ce qui relie plusieurs personnes, ce qui est l’exacte définition d’une religion.

« Il n’y a pas d’alternative » [ou « il n’y a pas d’autre choix »/ « there’s no other choice »] n’est jamais qu’un énoncé conditionnel à l’état de ses structures. Faire autrement est impossible puisque la nécessité installée par les structures s’oppose à ce qu’on fasse autrement ? Très bien, nous savons maintenant où se situe l’enjeu : dans la reconstruction des structures. Voilà le discours manquant, celui qui laisse une chance de respirer à nouveau au sortir d’une [situation] étouffant[e] : le discours des structures comme objet de la politique. Car, elles peuvent toujours être refaites – autrement. Ce « toujours », c’est le nom même de la politique. Dès lors qu’on s’élève au niveau des structures, il y a toujours une alternative.

L’Evangile nous l’enseigne, puisque lorsque Jésus libère, il ne se limite pas à un seul individu et à son réseau. Comme nous le montre l’épisode de l’homme possédé par l’esprit de « légion », à Gédara, en Marc 5 et Luc 8, Jésus y opère une délivrance à tous les niveaux, y compris structurelle. Pour toutes ces raisons et parce qu’ils sont porteurs d’un message d’espérance (l’Évangile, « une puissance pour le salut de quiconque croit » cf Rom.1v16), ses disciples, appelés « chrétiens » (ou « petits Christs »), devraient être de ceux qui bannissent de leur vocabulaire le fameux « TINA » (« There Is No Alternative »).

La repentance nous concerne tous. Mais elle concerne premièrement le plus responsable et celui qui se revendique « chrétien solidement biblique » et ayant « plus de discernement que les autres ».

Prions donc pour une réelle repentance à tous les niveaux, mais premièrement pour la repentance des responsables d’églises (notamment) évangéliques inactifs/compromis, ainsi que pour celle des dirigeants et des élus, pour que ceux-ci soient à même de légiférer avec courage, sans compromission et sans craindre la pression des lobbies. En effet, la repentance des plus hauts responsables est de nature à briser des verrous et à libérer une nation.

 

Notes : 

(1) Dit par l’animateur d’un site dit d’ »actus chrétiennes » (19 février 2012), en réponse aux commentaires sur ce sujet jugé « essentiel » pour la présidentielle de 2012… : Marine Le Pen et le hallal…

(2) « Débat » du 12 avril 2012 sur le même site, pour savoir s’il est « concevable » qu’il y ait des « évangéliques d’extrême droite »…

(3) Nous en parlions notamment ici, lors des premiers mois d’existence de Pep’s café! Voir aussi le blogue « Construire une éthique sociale chrétienne » de mon ami Alain Ledain.

A noter encore les textes du Papes François, exhortant à prendre en compte cette vision holistique et globale des « valeurs » : le dernier en date est « Fratelli Tutti » cité plus haut (cf les commentaires du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett, lequel souligne notamment l’accueil qui en est fait de la part de ceux qui se disent catholiques) sans oublier « Evangelium Gaudium » – disponible ici ou sous forme d’epub là, et « Laudato Si », rappelant que « tout est lié »…

(4) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/04/11/des-jeunes-pro-vie-contre-la-culture-et-le-supermarche-de-la-mort/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/05/16/un-maire-pro-vie-denonce-la-culture-de-mort-simple-question-de-bon-sens/ 

(5) Voir http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2014/october/documents/papa-francesco_20141002_pont-consiglio-giustizia-e-pace.html et https://www.cath.ch/newsf/eveques-europeens-sattaquer-aux-causes-structurelles-de-la-pauvrete/

« Tricho » ou « dicho » : « bullshit débat » ?

Dans une perspective pastorale, l’approche « trichotomiste » permet un traitement holistique, ainsi qu’un vrai discernement de ce qui est l’ordre du « psy » et du « spi »….

A l’instar des « bullshits jobs », mis en lumière par l’anthropologue David Graeber (1961-2020) dans son célèbre ouvrage éponyme(1), il existe des « bullshits débats » (ou « débats vains »). La définition est à peu près la même : un débat à ce point inutile, absurde, stérile, voire néfaste, qu’il n’est pas possible d’en justifier l’existence, et dont l’absence ne nous priverait pas, bien au contraire !

Ainsi, « à titre d’exemple », ce type de questionnement – « L’être humain est-il « corps, âme et esprit » ou « corps et âme/esprit » ? Faut-il privilégier les représentations « Tricho » ou « dicho » tomistes de l’homme ? » – serait-il typique de ces nouveaux débats stériles, qui n’auraient aucune conséquence sur notre relation à Dieu ?, comme se le demande Michaël Demange, pasteur baptiste, en introduction à son article consacré sur ce sujet et publié sur Point théo(2).

Effectivement, il s’agit bien là d’un nouveau « débat stérile » ou de « débat vain ». Et Michaël, pour qui l’approche « dichotomiste » répondrait mieux aux données bibliques, aurait pu s’en tenir là.

Malheureusement, il ne s’en tient pas là, souhaitant évoquer dans son argumentaire « quelques incidences » lui paraissant « loin d’être anodines sur la spiritualité chrétienne et sur la pratique de l’accompagnement pastoral ».

« Penser l’être humain en trois parties (le corps matériel, l’âme et l’esprit immatériels) est considéré comme assez naturel », constate-t-il. Avant d’opposer une anthropologie trichotomiste dite « irrationnaliste » [parce que cette anthropologie, « dans sa version contemporaine »(sic), réserve à l’âme les activités psychiques (intelligence, émotions, volonté…) et à l’esprit la dimension spirituelle, la relation avec Dieu] à une trichotomie dite « rationaliste » (« représentée par quelques Pères de l’Église »), parce qu’elle place « l’intelligence dans l’esprit, au cœur donc de la relation au divin ».

D’autre part, persuadé que l’approche « trichotomiste » impliquerait « un rapport dualiste au monde »(sic)(3), et que « la trichotomie irrationaliste » entraînerait une rupture de l’unité en l’être humain », il cite « à titre d’exemple » de cette trichotomie irrationnaliste la pratique d’accompagnement spirituel mise en place par le Pasteur Gilles Boucomont au sein de l’Eglise réformée du Marais à Paris[mais aussi à Belleville, où il exerce actuellement], et relatée dans son ouvrage « au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit » (Editions Première Partie). Cette pratique d’accompagnement, d’abord « maison », est aujourd’hui enseignée via le ministère Libérer!, dont nous avons déjà parlé sur ce blogue (4).

Au final, pour avoir lu et relu les ouvrages de Gilles Boucomont depuis 2014 et pour avoir suivi les trois modules de la formation Libérer depuis 2016 [Je bénéficie actuellement depuis juillet 2020 de la formation continue « Libé + zoom »], je peux dire que nous avons là un article plutôt réducteur des propos de Gilles Boucomont [Michaël a certainement dû lire en diagonal « Au Nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit »], manifestant une incompréhension totale de la représentation trichotomiste (ou tripartite) défendue dans le ministère Libérer! Par ailleurs, le type de classification, telle qu’effectuée par Michaël, dénote d’une méconnaissance flagrante de l’existence d’une vision trichotomiste ou tripartite judéo-hellénistique (notamment présente dans les écrits de l’apôtre Paul).

Quoiqu’en dise Michaël, la vision tripartite de l’être humain (corps, âme, esprit), finalement assez répandue en Occident depuis 2000 ans [et non purement « contemporaine »], a tout de même eu la faveur des courants majoritaires du judéo-christianisme [les 5 derniers siècles av JC et le Christianisme naissant jusque dans les années 1200’s]. D’autre part, l’approche de Michaël passe sous silence que, dans la Bible, certains textes sont manifestement plutôt « bipartites », considérant que l’homme est corps et souffle (âme et/ou esprit), quand d’autres sont « tripartites » (corps, âme, esprit : par ex, « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! » dans 1 Thessaloniciens 5v23).

Ensuite, il conviendra de discerner si les termes que nous utilisons pour « âme » et « esprit » sont tirés des représentations gréco-romaines ou de la représentation sémitique et hébraïque, et si notre français rend bien justice au bon sens des termes « âme » et « esprit ». Mais l’important reste la représentation qui avait cours à l’époque de Jésus-Christ, laquelle est à la charnière entre nos deux racines hébraïque et grecque.

Enfin, si l’on se place dans une perspective pastorale,  l’approche trichotomiste ou tripartite – qui considère que Dieu nous a fait corps, âme, esprit – me paraît pertinente, en ce qu’elle nous aide à discerner si nous avons à faire à du somatique, du psychique ou du spirituel, comme à un « traitement holistique », et permet un vrai discernement/distinction de ce qui est l’ordre du « psy » et du « spi », sachant qu’aucun de ces domaines n’est véritablement étanche. Confondre l’un et l’autre me paraît compliquer la tâche d’accompagnement pastoral et de libération.

Au final, si le ministère Libérer! privilégie l’anthropologie tripartite à partir d’une pratique de délivrance, c’est parce qu’elle correspond parfaitement à ce que ce qui est expérimenté dans ce cadre. Des milliers de gens libérés sur cette base peuvent en témoigner. Il serait donc plus sage de ne pas se tromper de combat et de ne pas renverser leur expérience, par ailleurs bibliquement fondée, au risque de décrédibiliser une œuvre de Dieu(5).

 

« Jean lui dit: Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus, car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous.… »(Marc 9v38-40)

 

Notes :

(1)Voir https://phileosophiablog.wordpress.com/2019/09/10/de-vacivae-industriae-des-jobs-vains/

(2) Voir https://point-theo.com/letre-humain-corps-et-ame-un-debat-sterile/

(3) Face à une logique d’affrontement d’un monde « binaire » (« bon/mauvais »), la vision biblique me paraît privilégier une approche « ternaire ». L’on constate que, dès qu’un tiers intervient, la parole peut circuler, de sorte qu’il y a dialogue et échange. Et n’y-a-t-il pas « circulation » entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit ? L’Eglise (un minimum de « deux ou trois » réunis au nom de Jésus) n’est-elle pas une sorte de « pile » (composée d’un minimum de trois éléments reliés et chargés), où le Saint-Esprit peut circuler ?

(4) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/11/24/laction-du-mois-suivre-la-formation-liberer/

(5) Voir cette vidéo introductive au module 1 de la formation Libérer!

« Elle a fêté ses 75 ans » : l’occasion de manifester notre reconnaissance et « la culture d’honneur »

« Les Jours heureux », le programme du Conseil National de la Résistance : qu’en avons-nous fait ?

Cette vieille dame a eu 75 ans le 04 octobre. Qui donc ? La Sécurité sociale !

Si cela vous a échappé, vous pouvez lui souhaiter un « bon anniversaire » en différé.

L’occasion de manifester notre reconnaissance…ainsi que la « culture d’honneur ».

 

Le savais-tu ?

En 1943, la philosophe Simone Weil a rejoint la France Libre, sur recommandation de son ami Maurice Schumann, où elle est devenue rédactrice. Elle y rédigea un rapport ayant pour titre L’Enracinement, publié par la suite par Albert Camus chez Gallimard. Ses propositions ont été, pour la plupart, reprises dans le programme du Conseil National de la résistance (CNR), organe qui, dès 1943, fédérait l’ensemble des mouvements de résistance hostile au gouvernement de Vichy, des gaullistes aux communistes.

La décision, à l’unanimité, de la publication de ce programme intitulé Les Jours Heureux, se prend dans la clandestinité, en 1944. Avec, pour enjeu, cette question essentielle : comment refonder un monde sur le principe de dignité ? C’est un programme qui fut fondé, non sur l’égoïsme de l’ultra-libéralisme des années vingt aux Etats-Unis – qui a conduit à la crise de 1929, laquelle a entrainé l’émergence du nazisme en Allemagne, où les foules se sont mises en recherche de l’homme providentiel désignant des boucs émissaires.

La préoccupation des résistants est celle de la reconstruction d’un monde sur le principe de dignité, inspirant toute une série de mesures politiques mises en place dès l’après-guerre, dont le droit de vote accordé aux femmes, mais aussi des principes économiques, l’intérêt collectif primant sur les intérêts individuels dans la grande industrie, dans la banque, la finance. C’est aussi la liberté de conscience, la liberté de presse, ainsi que le droit à l’éducation, à la santé, au travail, et à une protection sociale, avec la création de la sécurité sociale obligatoire et universelle par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945.

Face à cette conquête sociale, deux attitudes possibles.

L’une étant la reconnaissance pure et simple, à l’instar de ce réfugié qui a loué Dieu 5 heures pour la Sécurité sociale, sans laquelle il serait mort, et la manifestation de « la culture d’honneur » envers un précieux héritage transmis par la Résistance.

L’autre étant le dénigrement et l’attaque pure et simple, et systématique, des propositions et recommandations mises en place hier, accusées « d’empêcher la compétitivité de la France » et « de libérer les richesses de c’pays ».

Depuis plusieurs décennies, le programme du CNR est en effet désigné comme étant ce dont il faut se débarrasser, dans le but de détruire tout ce qui a été édifié à cette époque-là par cette alliance entre les résistants de tous bords.

En témoigne cette déclaration franche et cynique de Denis Kessler, numéro 2 du MEDEF de 1994 à 1998, exprimant une certaine vision du monde dans la revue Challenge du 4 octobre 2007 : « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie. […..] il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance… »

Les chrétiens, qui savent que « la culture d’honneur » est premièrement pour « ceux que nous tenons pour les moins honorables » et que « Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres » (1 Cor.12v22-25), peuvent-ils applaudir, sur fond « d’amen » et « d’alléluia », un tel contre-programme ?  Se souvenir d’où vient la Sécurité sociale – ainsi que de l’ensemble du legs de la Résistance – permet de prendre conscience de ce qu’elle est devenue et ce qu’elle pourrait devenir, et nourrir ces autres questions :

Quelle protection voulons-nous offrir à celles et ceux qui sont touchés par la maladie, un accident, un handicap ou le chômage ? Comment notre société est-elle prête à organiser la solidarité vis-à-vis des jeunes, des personnes âgées, handicapées, malades et invalides ? Quelles contributions sommes-nous prêts à apporter aux soins ? Quelle sécurité d’existence voulons-nous assurer aux personnes âgées ? Comment garantir effectivement l’égalité entre les hommes et les femmes ? Où voulons-nous mettre la frontière entre une réponse collective et solidaire et une réponse individuelle et marchande ? Dans quelle société voulons-nous vivre ?

Malmenée, alors qu’on attendrait la manifestation « de la culture d’honneur » envers une vieille dame âgée, la Sécurité sociale s’avère pourtant toujours aussi vitale et indispensable, particulièrement face aux crises financières et sanitaires. Face à la réalité, les dogmes ne résistent pas.

Ainsi, aussi inouï que cela puisse paraître, le Président Macron, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes » sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »), est le même qui a reconnu devant tous à la télévision le 12 mars 2020 que « ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marchéDéléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai…” Louant les femmes et les hommes « capables de placer l’intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité », il a également assuré que « tout sera mis en oeuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en oeuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L’Etat prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux….. »

Et récemment encore : « il y a énormément de raisons d’espérer si on est lucides, collectifs, unis », a affirmé le Président de la République, se voulant rassurant après les annonces faites lors de son interview à la télévision, mercredi soir 14/10. « J’ai besoin de chacun d’entre vous, nous avons besoin les uns des autres », a-t-il encore ajouté. Et, en guise de conclusion : « On s’en sortira plus forts, car on sera plus unis. On s’en sortira ensemble. Nous y arriverons ».  

Alors, imaginez que vous installiez cette « vieille dame » sur un fauteuil, à l’occasion de ses 75 ans..quelles paroles de bénédiction et de reconnaissance à Dieu diriez-vous à son sujet aujourd’hui ?

 A lire pour méditer :

1 Cor.12v12-27 :

« En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps : il en est de même du Christ.

Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Le corps, en effet, ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs. Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps », cesserait-il pour autant d’appartenir au corps ? Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un œil, je ne fais pas partie du corps », cesserait-elle pour autant d’appartenir au corps ? Si le corps entier était œil, où serait l’ouïe ? Si tout était oreille, où serait l’odorat ?

Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté.

Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps.

L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. » Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie.

Or vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part ».

 

A voir sur le sujet, ces documentaires de Gilles Perret :

Walter, retour en résistance – Questembert, créative & solidaire

Pédagogie | Les jours heureux

Et Le film | La sociale – Un film de Gilles Perret

« Baise ton prochain » ou les origines occultées et refoulées du capitalisme

« Baise ton prochain » ou « le premier commandement » d’un système économique.
(Source image : première de couverture de l’ouvrage de Dany-Robert Dufour)

Et si l’esprit du capitalisme n’était pas le puritanisme, mais au contraire l’hédonisme ? C’est ce qu’estime le philosophe Dany-Robert Dufour, auteur de « Baise ton prochain : une histoire souterraine du capitalisme » (Actes sud, 2019), un titre cru et cash pour un essai(1) qui nous propose de lever le voile sur les fondements idéologiques (et le « premier commandement ») d’un système économique qui l’est tout autant.

Vous connaissez le « Da Vinci Code », thriller qui raconte l’histoire d’un secret censé être gardé, faute de quoi les fondements de la civilisation occidentale seraient ébranlés ? Voici le « Mandeville Code », ou les « Recherches sur l’origine de la vertu morale » (1714) de Bernard Mandeville(2), livre occulté et refoulé qui apparaît comme « le logiciel caché » du capitalisme, un régime qui domine aujourd’hui entièrement le monde. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’un texte fondateur qui a réellement existé et dont les idées ont infusé toute la pensée économique libérale moderne, d’Adam Smith à Friedrich Hayek, en passant par Ayn Rand.

Bernard Mandeville (1670-1733), héritier d’une famille de médecins d’origine française, est né à Rotterdam en 1670. Il a suivi ses études à Leyde et obtenu son doctorat en philosophie en 1689 et son diplôme de médecine en 1691. Il est ensuite parti s’installer à Londres où il s’est fait connaître comme “médecin de l’âme” (cad “psy”).

A l’aube de la première révolution industrielle, en 1714, Bernard Mandeville écrit à Londres un court libelle sulfureux de 24 000 caractères (soit une douzaine de pages) intitulé « Enquiry into the Origin of Moral Virtue » (« Recherches sur les origines de la vertu morale »), en complément de sa fameuse « Fable des abeilles »(2), « le ruche riche », dont la morale se résume à « les vices privés font les vertus publiques ».

Dany-Robert Dufour a déjà longuement commenté la fable, notamment lorsqu’il a édité cinq textes de Mandeville, en 2017, précédés d’une longue présentation consacrée à sa biographie, sa pensée et sa réception. C’est à l’occasion des recherches approfondies alors entreprises qu’il découvre « les Recherches sur les origines de la vertu morale », au contenu littéralement explosif.

De quoi s’agit-il ?

Le plus beau mensonge que le Mandevil(le) tente de nous faire avaler : l’élection des « pires d’entre nous » serait, en réalité, le véritable « plan de Dieu » pour atteindre le paradis sur Terre et « libérer les richesses de c’pays » !
(Montage publié en 2016 sur ifunny.co)

Le mot d’ordre de Mandeville dans ce libelle est : « Fini l’amour du prochain ! Il confier le destin du monde aux pervers. » Pourquoi ? Parce qu’ils veulent « toujours plus plus plus » et n’hésiteront pas à s’enrichir pour leur propre compte, par tous les moyens. En faisant valoir leur pulsion d’avidité, ils seront utiles à toute la société. Car cela finira bien par ruisseler sur le reste de la population. Les pervers, pour Mandeville, sortiront le monde de son état de rareté et le mèneront à l’abondance. De là l’annonce de ce nouvel – ou de cet autre – « évangile » selon Mandeville : l’élection des « pires d’entre tous » serait, en réalité, le véritable « plan de Dieu » [Lequel serait « au contrôle » ?] pour atteindre ce paradis sur Terre !

Une idée qui fonde la théorie du « ruissellement », le « trickle down theory » (« les riches doivent devenir plus riches pour que les pauvres bénéficient des miettes »), et qui me rappelle la théologie dite « de la prospérité »(3).

Ceci dit, en dépit de son message visionnaire, ce libelle, « Les Recherches sur les origines de la vertu morale », est aujourd’hui complètement (ou presque) oublié.

En témoigne une recherche de Dany-Robert Dufour via Google Books, qui permet en effet de savoir combien de livres anciens ou modernes contiennent au moins une fois, en titre ou dans le texte, une occurrence précise. La requête (traitée en 0,84 seconde) révèle donc que 753 livres contiennent l’occurrence « Recherches sur l’origine de la vertu morale », associée au nom de “Mandeville”, ce qui est très peu. En comparaison, un autre écrit du XVIIIe siècle appartenant au même champ de pensée, par exemple Du contrat social de Rousseau, se trouve mentionné dans 146000 ouvrages. En somme, pour deux cents ouvrages mentionnant le texte de Rousseau, il n’en existe qu’un évoquant celui de Mandeville ! Le texte de Mandeville a donc occupé les esprits savants “deux cent fois moins” que celui de Rousseau !

Texte enfoui, donc. Mais surtout “occulté”, et même “refoulé” plusieurs fois :

Une première fois, parce que ses livres étaient tellement sulfureux qu’ils finirent, dès la seconde édition de 1723, au bûcher. Ses écrits furent considérés comme pernicieux et diaboliques, et condamnés par le “Grand Jury du Middlesex” en 1723, puis, après leur traduction en français en 1740, mis à l’index et brûlés à Paris par le bourreau en 1745. Pour couronner le tout, Mandeville devint « Man Devil », « l’homme du Diable ». Ce fut le plus grand scandale philosophique de l’Europe des Lumières. 

Il est clair que cet ensemble de thèses ne devait surtout pas être dévoilé au grand public car il divulgue la manipulation dont devait être victime le plus grand nombre.

Il en résulta un deuxièmement refoulement hors de la pensée légitime des œuvres de Mandeville, parce que ces écrits énoncent ce qui a été considéré comme une horreur morale, une vérité sur l’homme que l’homme ne veut pas entendre. 

Et c’est bien l’accès à une vérité encore jamais dite, in―ouïe auparavant, que promet le texte de Mandeville. Sauf que, pour y accéder, il faut passer par-delà ce que nous ne sommes pas prêts à entendre. Cet enseignement est donc réservé à un petit nombre d’hommes affranchis des préjugés moraux du commun et appelés en conséquence à tisser ensemble un puissant réseau ésotérique.

Parmi les contributeurs de ce refoulement, citons Adam Smith (1723-1790) qui fera « du Mandeville sans Mandeville » pour rendre ses idées présentables, tout en dénonçant son oeuvre comme « licencieuse », et bannissant le mot « vice » pour le remplacer par celui de « self love », plus neutre. Dans « la Théorie des sentiments moraux » (1759), il privilégie la notion de sympathie sans jamais dire comment cela se combine avec l’égoïsme impliqué par le self love(4). 

Plus d’un siècle après Smith, cette occultation sera parachevée par Max Weber, dans son fameux « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » (1904-1905, puis 1920). Le sociologue voyait l’origine du capitalisme dans l’éthique protestante, puritaine et ascétique, dans la mesure où les protestants pouvaient accumuler et devaient ne pas dépenser. Cette accumulation aurait permis le lancement du capitalisme. Or, l’examen des nombreuses sources de l’analyse de Max Weber nous révèle que le sociologue avait complément occulté Mandeville lors de ses enquêtes sur les courants protestants à partir du XVIIe siècle (calvinisme, piétisme, méthodisme et baptisme). Mandeville, pourtant un auteur majeur qui affichait son calvinisme et qui permet de remettre totalement en question la thèse de Max Weber(5) : ce n’est pas la vertu, mais le vice qui se trouve à l’origine du capitalisme(6).

« La théorie du Ruissellement expliquée par les chiens ». Dessin de Nicolas de la Casinière. Paru dans CQFD n°159 (novembre 2017), rubrique « Chien méchant ».

Trois siècles plus tard, le plan de Mandeville a réussi : en 2000, le monde est globalement 100 fois plus riche que celui de 1700. À ceci près que « le ruissellement » aurait tendance à couler à l’envers : les 1 % d’individus les plus riches possèdent désormais autant que les 99 % restants. D’autre part, pour que le Marché marche, il faut que tout ce qui peut être exploité le soit sans aucune retenue, avec pour résultat manifeste : un monde, réduit à n’être plus qu’un immense complexe de ressources à exploiter de façon rationnelle et industrielle, peu à peu sali et détruit irrémédiablement. Tel est le prix à payer de ce pacte avec le « Man Devil(le) ! Et le mensonge que « le malin » veut nous faire avaler !

 « Baise ton prochain », ce « premier commandement » de cet « Evangile » contraste de manière frappante avec « Fratelli tutti » (« Tous Frères »), la dernière encyclique du Pape François (octobre 2020), invitant à transcender « un monde de partenaires » pour mettre la fraternité en tête de nos priorités. En effet, constate le Pape, « dans dans un monde où apparaissent et grandissent constamment des groupes sociaux qui s’accrochent à une identité qui les sépare des autres », « la possibilité de se faire prochain est exclue, sauf de celui par qui on est assuré d’obtenir des avantages personnels. Ainsi le terme ‘‘prochain’’ perd tout son sens, et seul le mot ‘‘partenaire’’, l’associé pour des intérêts déterminés, a du sens« (7).  Le Pontife y affirme encore que “le marché à lui seul ne résout pas tout, même si, une fois encore, l’on veut nous faire croire à ce dogme de foi néolibéral. Il s’agit là d’une pensée pauvre, répétitive, qui propose toujours les mêmes recettes face à tous les défis qui se présentent”,  ajoutant que “le prétendu ruissellement ne résorbe pas l’inégalité, qu’il est la source de nouvelles formes de violence qui menacent le tissu social” (& 86). Encyclique à lire dans son intégralité ici.

Les chrétiens Protestants-Evangéliques, du moins ceux qui sont « solidement bibliques », savent normalement que « la cupidité est une idolâtrie », que les passions provoquent les conflits, que « greed is not good »(8), et que « l’autre Evangile » selon le Mandevil(le) ne saurait être celui de Jésus-Christ. Et encore moins « le plan de Dieu » ! Les chrétiens Evangéliques seront-ils « les premiers dans les bonnes oeuvres » pour sortir de cette forme perverse de civilisation, et témoigner à quel point l’Eglise est une éthique sociale ?

 

Notes :

(1) Lire les 20 premières pages de « Baise ton prochain » de Dany-Robert et voir la présentation de l’ouvrage par l’auteur, le 11 février 2020 dans le cadre des mardis de l’IEA, cycle de conférences oganisé par l’Institut d’Etudes Avancées, se déroulant au Lieu Unique à  Nantes. A lire également, cette autre présentation du livre ici.

(2) Lire la Fable des abeilles, suivie de Recherche sur l’origine de la vertu morale, de Mandeville

(3) Voir notre présentation de ce documentaire sur le sujet.

(4) Il est édifiant d’apprendre que c’est la lecture d’Adam Smith en 1838 qui aurait profondément influencé Darwin, lequel aurait tiré les idées de base de sa théorie de l’évolution de l’économique (cf https://www.contrepoints.org/2019/10/22/356218-charles-darwin-chainon-manquant-de-leconomie-politique)

(5) Thèse de Max Weber par ailleurs remise en question par les théologiens, les historiens et les sociologues aujourd’hui.

(6) Lire Dany-Robert Dufour : “Le vice, et non la vertu, est à l’origine du capitalisme” IN Marianne Magazine, 15 Nov 2019. Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire.

(7) Dans un tel schéma de pensée, une certaine théologie de la prospérité dénoncée plus haut, basée sur un mauvais calvinisme”(ou un calvinisme mal compris), et revisitée à l’heure du capitalisme outrancier, devient un opportunisme pour les croyants, où Dieu devient un simple associé, un banquier, « un partenaire » qui doit faire prospérer mes affaires.

(8) Dans une scène d’anthologie du film « Wall Street » d’Oliver Stone (1987), Gordon Gekko (joué par Michael Douglas) affirmait sans ambages que « la voracité est utile, l’avidité est bonne, la faim est un moteur ». Greed is good et sauvera les États-Unis ! [Du Mandeville dans le texte !] Cette scène, on le sait, est devenue mythique dans les années qui ont suivi, dans les milieux bancaires et d’affaires et dans les salles de cours des business schools. Alors que le film se voulait une critique de cette « culture de la voracité » et de son affirmation décomplexée dans l’Amérique des années Reagan, il en est devenu le symbole même – un peu comme Le Parrain et Al Pacino ont été appropriés par la mafia et lui ont servi en retour de modèles.

Dans une prestation télévisuelle presque aussi mythique que celle de Michael Douglas, l’économiste Milton Friedman présentait, en 1979, l’avidité comme l’expression d’une loi naturelle, celle de la maximisation de l’intérêt personnel – qu’il définissait comme le moteur de l’histoire humaine.
Suite à la pensée d’Adam Smith, « l’École de Chicago » (en économie) propose alors un programme théorique à la trilogie simple mais efficace – la seule responsabilité légitime du manager est de servir la maximisation de la valeur pour ses actionnaires, les marchés s’autorégulent et la main invisible transforme la somme de tous les égoïsmes individuels en intérêt général.  Dans les années qui suivront, cette trilogie théorique en viendra à progressivement structurer le contenu de la formation dans les départements d’économie et dans les écoles de commerce (à travers la théorie de l’agence entre autres).
(Source : cet article publié sur The Conversation)

 

Le Défi biblique de l’été n’est pas terminé : il se poursuit avec vous !

 

Encore merci aux 25 contributeurs, qui ont répondu « présents » pour relever joyeusement un ou plusieurs défis bibliques ! (Source image : pixabay)

Le défi biblique de l’été, lancé le 1er juillet, a eu sa belle conclusion le 19/09 avec cette présentation de 1-2 Thessaloniciens, des lettres écrites en équipe !

Et maintenant, diriez-vous ?

C’est le temps de regarder dans le rétroviseur, et premièrement, de remercier à nouveau les 25 chrétien(e)s qui ont accepté de relever joyeusement un ou plusieurs défi(s) biblique(s), contribuant ainsi à une belle oeuvre collective, pour notre encouragement et notre édification.

Ce défi consistait à choisir un (maxi deux*) livre(s) de la Bible et le présenter en 300 mots environ pour le non-spécialiste.

Au final, tout en témoignant de leur rapport à la Bible, ils se sont livrés eux-mêmes en nous livrant des textes inspirés et inspirants, sincères, touchants, décapants ou drôles.

C’est aussi le temps pour vous de (re)découvrir ces 66 textes (soit 1 par livre biblique) et, si vous le souhaitez, de nous partager vos propres témoignages au pied de cet article sur ce que vous aura apporté cette série.

Avez-vous été autant bénis que l’ont été les contributeurs en relevant ce défi ?

Dans la joie de vous lire prochainement !

 

 

 

*Record battu pour l’un des contributeurs (que je vous laisse découvrir), qui totalise à lui seul 21 livres sur 66 ! Deux autres contributeurs ont respectivement relevé 11 et 7 défis !