« Monsieur Romain Gary » ou le récit d’une transformation

« Je pense qu’il faut aimer la vie avant toute chose »

— Aimer la vie plutôt que le sens de la vie?

— Absolument. Aimer avant de réfléchir, sans logique, comme tu dis, et, quant au sens, ne s’en occuper qu’ensuite ».

C’est sur cette citation, un extrait de dialogue entre Alioscha et Ivan – deux des « frères Karamasov », personnages du célèbre roman éponyme de Fiodor Dostoïevski (1) – que s’ouvre « Monsieur Romain Gary », un récent et passionnant récit de Kerwin Spire, qui retrace les quatre années passées par l’écrivain diplomate comme consul général de France à Los Angeles, de 1956 à 1960, et que je viens de terminer.

Une lecture idéale en cette saison d’été, censée être de repos et propice pour les remises en question et autant de réflexions sur ce qui serait « la vision pour notre vie ». Dédié « à Romain Gary », et au-delà de « la fresque d’une époque intense sur laquelle souffle un grand vent de liberté », ce récit, nous annonce son auteur en introduction, est celui « de la transformation d’un homme [de 46 ans] qui, par-delà ses multiples vies, cherche toujours à se réinventer ». Le récit d’un homme qui recommence sa vie « encore une fois » pour retrouver la liberté d’être, décidant « de vivre » et d’ « aimer la vie, avant d’en saisir le sens ».

L’ouvrage ne manque pas d’intérêt sur les plans historique, politique, culturel et existentiel.

Il est particulièrement original dans le choix du traitement et de l’angle : le livre a en effet la forme d’un récit historique, pourtant paru dans la catégorie « romans et fictions » de la collection Blanche de Gallimard. « Si tous les faits que ce récit décrit, tous les personnages qu’il convoque [des diplomates aux stars de Hollywood, en passant par les écrivains et les chefs d’état…], tous les dialogues qu’il met en scène sont inspirés de faits réels, ce récit n’en demeure pas moins une fiction. C’est-à-dire une vision imaginaire d’un quotidien distant de plus de soixante ans », nous précise encore Kerwin Spire en introduction du livre.

Ce dernier justifie ce choix, susceptible d’être déroutant pour le lecteur, lors d’un entretien disponible sur le site de La Sorbonne Nouvelle(2) : l’auteur, qui a pu accéder à des correspondances et enregistrements inédits de l’écrivain, n’a « pas souhaité donner à son projet d’ouvrage [qui a longuement mûri] la forme d’un essai, mais plutôt se détacher de la forme de la thèse pour s’intéresser véritablement à [ces] quatre années absolument charnières », dans la vie et le parcours de celui qui a qui été tout à la fois diplomate sur la brèche – défendant les intérêts de la France – fin observateur de la société américaine [« conditionnée depuis plusieurs générations par les slogans publicitaires » et « que l’on force à changer de voiture chaque année », résistant « très difficilement à la vue d’un article bien emballé »(3)]et des mirages hollywoodiens, mais aussi écrivain animé par une profonde soif de reconnaissance.

Compagnon de la libération, « Romain Gary a 41 ans et vient d’être nommé Consul général de France [à Los Angeles] après une dizaine d’années de carrière diplomatique », un poste protocolaire où « il représente la France » comme il l’écrira plus tard dans son ouvrage « La promesse de l’aube » en citant l’injonction maternelle.
Ces années sont absolument charnières, car il arrive à Los Angeles avec un roman dans sa besace « Les racines du ciel », qui aura prochainement le Prix Goncourt ». Non encore achevé et sans titre définitif.
« Lorsqu’il quittera cette ville, l’écrivain aura un immense succès et sera auréolé du prestige de l’uniforme militaire et diplomatique ainsi que du prestige littéraire : Prix Goncourt de l’année 1956, succès critique et succès auprès des lecteurs pour « La promesse de l’aube ». Il sera également un écrivain adapté au cinéma car John Houston réalisera l’adaptation cinématographique de son oeuvre « Les racines du ciel » pour la 20th Century Fox » (2)

Ces années charnières sont d’autant plus intéressantes pour Kerwin Spire, qui, à travers l’itinéraire d’un homme, a pu aborder « des années fondamentales, celles de la Guerre Froide, de l’Amérique des années 1950 mais aussi des années de transition où le diplomate représente la France de la IVe République avec un gouvernement qui change tous les six mois. Le diplomate est donc la permanence de l’Etat, sa voix porte dans toute l’Amérique ». Et « deux ans après sa nomination sur ce poste, tout bascule à la faveur d’une crise de régime sur fond d’événements en Algérie française…. » (2)

Enfin, concernant la construction du livre, « l’approche est chrono-thématique avec des petits chapitres qui s’articulent autour d’événements politiques ou intimes, ce qui permet d’avoir une écriture extrêmement vivante, dynamique et très rythmée »(2), explique Kerwin Spire, qui n’oublie pas de « penser au plaisir et à l’intérêt du lecteur ».

C’est effectivement le cas, à la lecture de ce « Monsieur Romain Gary », que je recommande chaudement pour l’été.

En bref : « Monsieur Romain Gary. Consul général de France – 1919 Outpost Drive – Los Angeles 28, California », de Kerwin Spire, Gallimard, 2021, 20 €

Disponible dans toutes les bonnes librairies ou chez l’éditeur.

En parallèle, ne manquez pas de découvrir l’oeuvre de Romain Gary, une œuvre puisant ses racines dans des traditions peu connues en France, à savoir l’humour juif et les conteurs russes. Ancrée dans la résistance au totalitarisme et le souvenir de la Shoah, cette oeuvre prône un humanisme généreux, ouvert à la diversité culturelle, tout en dénonçant inlassablement toutes les exclusions. Une œuvre où l’homme apparaît comme un « aventurier héroïque » (un « picaro », dit Romain Gary), dont le mobile décisif est la quête de son droit à l’existence personnelle.  Et qui plus est, portée par une grande créativité formelle et un humour ravageur.

Pour commencer, rien ne mieux que « la promesse de l’aube », en partie autobiographique et l’un de ses livres les plus réussis. Sans oublier, bien entendu, « Les Racines du ciel », prix Goncourt et considéré comme étant l’un des premiers romans écologistes, où, au-delà de la problématique du sort des éléphants d’Afrique, se déroule une lutte à la fois tragique et héroïque au service de la beauté de la vie et de la dignité de l’homme.

Notes :

(1)Les « Frères Karamasov » de Fiodor Dostoïevski. Ldp, 1996, p 264 – deuxième partie, livre cinquième, chap. III « les frères font connaissance »]

(2)Présentation de Kerwin Spire et de la genèse de son ouvrage sur le site web de La Sorbonne Nouvelle.

Sur ce site, l’auteur présente son livre comme le premier volet d’une trilogie. « Un deuxième texte suivra avec, comme arrière-plan, la France des années 1960, où l’on suivra les aventures de Romain Gary aux côtés [ l’actrice] Jean Seberg [devenue son épouse]dans l’exploration du cinéma ». Un troisième texte « sera centré sur l’affaire Émile Ajar et sur le dédoublement, l’ultime tentative de réinvention de soi à laquelle Romain Gary donne corps à la fin de sa vie dans les années 1970 ».

(3) « Monsieur Romain Gary », p 268

Christianisme : les privilèges politiques nuisent gravement à sa santé

Le favoritisme : un piège pour la vitalité chrétienne ! (Source image : public domain pictures)

Qui l’eut cru ?  La plus grande menace à la vitalité chrétienne n’est pas la persécution, la richesse, le niveau d’éducation ou le pluralisme. C’est le soutien de l’État. 

De quoi battre en brèche l’espoir illusoire en un « défenseur de la chrétienté » pour « des questions de survie ».

Espoir d’autant plus illusoire – et dangereux – s’il se donne une caution théologique.

Une analyse de 166 nations à ce sujet à lire, dans la langue de Molière, sur Christianity Today, laquelle analyse relève trois paradoxes ayant trait à la vitalité du christianisme : le paradoxe du pluralisme, le paradoxe des privilèges et le paradoxe de la persécution.

« Quand l’extrémisme n’est plus rentable, soudainement, les gens changent »

Inquiétude de se voir « frappé au portefeuille » (Source image : dessin de Mathieu Colloghan

Les « sleeping Giants », vous connaissez ? Non ? « Grâce » à Valeurs actuelles et CNews, c’est désormais chose faite ! Les deux médias ont en effet annoncé déposer plainte contre ce collectif(1), au mode d’action original : frapper au portefeuille en alertant les annonceurs dont les spots publicitaires sont diffusés sur des médias susceptibles de véhiculer des contenus haineux [lesquels ne sont pas des « opinions », mais des délits], amoindrissent leurs revenus publicitaires.
Le 4 juin 2021, la société Valmonde et Cie, à laquelle appartient Valeurs actuelles, dépose une plainte à l’encontre de Sleeping Giants, visant à dénoncer « des faits de discrimination, à raison des opinions politiques, et de nature à entraver l’exercice normal d’une activité économique ». Le directeur adjoint de la rédaction, Tugdual Denis, reconnaît qu’ils leur font « perdre beaucoup d’argent ». De même, l’entreprise de publicité en ligne Taboola, en rompant son contrat en début d’année avec le magazine à la suite de la publication du feuilleton donnant à voir la députée Danièle Obono représentée en esclave, avait privé le magazine d’un revenu de « trois millions d’euros sur trois ans »(2). 

Selon Valeurs actuelles, CNews pourrait, de son côté, déposer trois plaintes : deux pour diffamation, et une pour discrimination et entrave à la liberté d’expression. La chaîne d’information confirme l’existence d’une seule plainte, après qu’elle aurait, elle aussi, perdu de nombreux annonceurs à la suite des alertes des Sleeping Giants. La saison 2020-2021 aura effectivement été chiche en spots publicitaires accompagnant « Face à l’info », l’émission dans laquelle officie Eric Zemmour. Ce dernier, bien que multi-condamné pour injures et provocations à la haine, peut, chaque soir, qualifier des réfugiés « d’envahisseurs », des femmes musulmanes de « mosquées ambulantes » et des mineurs de « délinquants et de violeurs »(3). Tantôt la chaîne n’en a diffusé aucun, tantôt quelques spots « de petits annonceurs qui ne paient pas cher du tout les écrans mais servent de chair à canon », comme l’explique « Rachel »co-fondatrice de Sleeping Giants France.
Interrogée par Le Monde, par téléphone, la même « Rachel »ne semble pas spécialement affolée. Elle a appris l’existence de la plainte, à la lecture de Valeurs actuelles« Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer quoi que ce soit puisque nous n’avons rien reçu », explique-t-elle(4).

Les plaintes de CNews et Valeurs actuelles ont-elles des chances d’aboutir ? « Ces procès baillons sont d’abord faits pour nous intimider », commente Rachel. Mais pour atteindre les bénévoles du collectif, souligne-t-elle, « il faudrait d’abord qu’on nous identifie »(4). Et c’est sans doute là le but recherché de cette plainte – comme d’un hypothétique procès, même inutile : voir les identités des activistes des Sleeping Giants France révélées et donc exposées.

Et ce, d’autant plus que les Sleeping Giants ne risquent, à priori, rien : ils se contentent d’informer des annonceurs publiquement connus sur ce qu’ils financent, sans appel au boycott desdits annonceurs. La question parlementaire [d’un député LREM] annonciatrice de la plainte est à cet égard symptomatique, le rédacteur s’étant rendu compte de l’absence de tout fondement juridique bien qu’il cite le code pénal et la jurisprudence suggère in fine de faire changer la loi (5).

« Nous ne travaillons que sur les publicités programmatiques(6), gérées par des régies, et dont les placements de pubs qui ne sont pas consentis par l’annonceur – il n’en a même pas connaissance« , explique Rachel lors d’un entretien avec Loïc Leclerc, pour Regards(7). Le but est d’alerter l’annonceur quand il est présent sur un média qui a déjà été condamné, afin qu’il se demande si ces contenus sont en lien avec les valeurs de ses annonces. L’annonceur peut alors ajouter tel ou tel site à une liste d’exclusion (…)Notre démarche est d’informer ceux qui ne savent pas qu’ils font de la pub dans ces médias » (7).

« Nous faisons surtout un travail d’information. Ça n’a rien à voir avec du ‘Name & Shame’ [« nommer et couvrir de honte »] où on fouille dans les tiroirs et on met à jour quelque chose que quelqu’un aurait essayé de cacher. N’importe qui, qui va sur un site ou sur une chaîne de télévision, peut voir la pub qui passe avant monsieur Zemmour. Donc on ne révèle pas de secret. Par contre, souvent, pour l’annonceur, c’est un secret effectivement. Il y a un genre de ‘package deal’, et il y a des annonceurs qui reviennent vers nous totalement choqués, en disant : ‘On a appris ça. On ne savait pas du tout sur quelle chaîne ils allaient placer notre publicité »(8).

A ceux qui les accusent de censure et d’atteinte au pluralisme de l’expression en France, les Sleeping Giants répondent qu’ils ne censurent rien : « Valeurs actuelles peut écrire ce qu’ils veulent. Le financement par le consommateur, via la publicité, n’est pas un droit. Il n’y a pas un droit absolu d’être financé par la publicité. Si les entreprises n’ont pas envie d’être associées [parce que lesdits sites iraient à l’encontre de leurs propres valeurs, des chartes de responsabilité sociale, éthique, écologique – un peu comme un boucher qui ferait de la pub sur un site végan ou inversement. Cela va aussi plus loin parce que ce ne sont pas que les marques, c’est le consommateur qui finance la publicité, donc notre argent via l’annonceur qui l’ignore], elles, elles ont ce droit-là. Ce n’est pas une question de censure. Le financement de Valeurs actuelles [ou de CNews…] n’est pas notre problème. Tout ce qui nous importe, c’est la liberté des entreprises à s’associer ou non avec ces médias (et donc de les financer) ».
Une telle action et de telles réactions en disent long de l’état de la presse et de la fragilité de son système économique. En effet, comme l’explique Rachel, « il y a un problème concernant l’indépendance des médias. Puis il y a un cercle vicieux : plus les contenus sont extrémistes et racoleurs, plus ils seront vus, lus et partagés et plus vous aurez droit à des publicités et à des publicités qui valent plus. Quand on interrompt ce cercle, que l’extrémisme n’est plus rentable, soudainement, les gens changent. Nous en sommes convaincus, tout est une question d’argent. Il n’y a pas que l’idéologie. Et ça dépasse leur entendement que nous faisions tout ça bénévolement ! Ça leur pose un problème que des personnes puissent s’engager sans chercher à faire du profit »(9).

« Moralité » selon les Sleeping Giants :« Si on veut garder ses annonceurs, on a intérêt à présenter effectivement de l’information. Et peu importe de gauche, du centre, de droite. Mais si on dépasse ça, on n’est plus un média d’information ou on n’a jamais été un média d’information, mais un blog d’opinion »(10) [Certains sites ne sont d’ailleurs que des conglomérats d’éditos/billets d’humeur]. Ce qui est une façon d’inviter chacun (médias, annonceurs et consommateurs) à prendre ses responsabilités.

Visiter  le compte twitter et le site web des Sleeping Giants France.

Notes : 
(1) Né aux Etats-Unis en 2016, après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle, et actif en France depuis février 2017, au moment où le site américain Breitbart était sur le point de s’installer dans notre pays – ce qui ne s’est pas fait finalement. Le collectif a alors commencé à travailler sur des sites français, les premiers étant Boulevard Voltaire – condamné pour provocation à la haine contre les musulmans en 2014 – et Breizh Atao, puis CNews, Valeurs Actuelles, « le nouveau » France Soir [un site complotiste qui n’a plus rien à voir avec l’ancien quotidien aujourd’hui disparu]…En 2021, Breiz Atao, géré par Boris Le Lay, est un site interdit en France par une décision de justice, du fait de son contenu profondément antisémite, xénophobe, raciste, homophobe, et par ailleurs servi par AdSense par Google   C’est-à-dire que d’un côté, la justice interdit des sites. De l’autre côté, Google continue de les fournir en publicité…jusqu’à ce que les Sleeping Giants fasse la démarche d’avertir les annonceurs qui se sont tous retirés en quelques mois. Mais aussi d’alerter Google AdSense de ce partenariat jugé « absolument ahurissant ».

Sources : http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses et  https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(2) Cf Publicité : CNews et « Valeurs actuelles » déposent plainte contre le collectif Sleeping Giants

(3) A noter enfin que les propos d’Eric Zemmour, chroniqueur sur CNews (et l’absence de réaction/modération de l’animatrice) ont valu à la chaîne 2 amendes par le  Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). La première (10 000€) vient d’être confirmé mercredi 16 juin par le Conseil d’État qui rejette le recours de la chaîne pour faire annuler une mise en demeure prononcée le 27 novembre 2019 par le CSA à son encontre. A l’époque de la décision du CSA, l’émission Face à l’info n’avait que quelques jours d’existence. Le 14 octobre 2019, au terme d’un débat avec l’ancien socialiste François Pupponi, portant notamment sur l’immigration, le polémiste Eric Zemmour s’était exprimé au sujet de la colonisation française en Algérie en ces termes : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Eh bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français ». De quoi s’attirer les foudres du CSA, qui avait estimé que la chaîne avait contrevenu à ses obligations en matière d’« incitation à la haine ou à la violence pour des raisons de race, de sexe, de mœurs ou de nationalité ».

Source : Le Monde.

(4) Cf Publicité : CNews et « Valeurs actuelles » déposent plainte contre le collectif Sleeping Giants

(5) Cf https://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-39220QE.htm

(6) « Il y a 20 ou 30 ans », explique Rachel lors d’un entretien sur France inter, avec Sonia Devillers, le 18 février 2019, « vous choisissiez votre emplacement publicitaire par rapport à vos besoins. Vous le financiez directement ou en passant par une agence. Avec les contenus de plus en plus présents sur Internet, il y a eu la création de la publicité programmatique ou pour un prix relativement raisonnable, vous pouviez figurer sur un grand nombre de supports, ce qui, évidemment, a entraîné aussi que vous ne saviez plus où était affichée votre publicité ». Donc tout cela est devenu à travers les années, « un système très opaque », entièrement géré par des logiciels et des algorithmes. Sauf que « l’on programme ces algorithmes pour que certains annonceurs ne se retrouvent jamais associés à des contenus pornographiques, sur des sites pédophiles ou même, par exemple, sur des sites qui promeuvent les jeux d’argent ». D’où l’aberration que des sites qui promeuvent du contenu haineux ou complotiste ne soient pas éliminés de cette distribution publicitaire. Source : https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(7) Cf http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses


(8) Cf https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

(9) Cf http://www.regards.fr/politique/societe/article/si-valeurs-actuelles-n-a-quasiment-plus-aucune-publicite-c-est-a-cause-de-ses

(10) Cf https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-18-fevrier-2021

« Régionales » et « départementales » : indices de discernement pour « bien voter »

[Source image : public domain pictures]

Vous les avez peut-être oubliées : les élections régionales et départementales auront finalement lieu en France les 20 et 27 juin 2021. Initialement prévues en mars 2021, elles ont été reportées de plusieurs mois en raison de la pandémie de Covid-19 en France, à la suite des préconisations de la mission Debré rendu le 13 novembre 2020.

Ces élections permettront de renouveler les conseils régionaux de 12 régions métropolitaines, de la Guadeloupe et de La Réunion, ainsi que les 95 conseils départementaux.

Disposant d’un statut différent de celui des régions, la Corse, la Martinique et la Guyane organiseront dans le même temps des élections territoriales destinées à renouveler leurs assemblées. 

Pour savoir « comment bien voter », il importe de bien comprendre de quelles élections il s’agit, et quelles sont les compétences des régions et des départements. Ainsi, si un candidat ou une candidate émet des promesses qui n’entrent dans aucun de ces domaines, il y a de fortes chances pour qu’il ne puisse pas les tenir s’il/elle est d’aventure élu(e).

C’est le cas, par exemple, des déclarations de certains candidats concernant « la sécurité » et la lutte contre la délinquance pendant la campagne des régionales, alors que la sécurité n’est pas une compétence du conseil régional. C’est même le seul échelon qui n’a quasiment aucune prérogative sur la question. La protection de la population sur le territoire dépend principalement de l’État. Mais le maire, qui est aussi officier de police judiciaire, a la possibilité de créer une police municipale. Les départements doivent, eux, gérer la police de circulation et la sécurité incendie(1). 

Ce sujet en appelant un autre : une autre candidate, à sa succession à la tête d’une des régions, entend créer « une agence des travaux d’intérêt général »…sauf que celle-ci existe déjà !

Il serait donc temps de savoir enfin à quoi « servent » votre région et votre département.

Ainsi les départements sont compétents dans trois grands domaines: la solidarité et la cohésion territoriale, l’éducation, l’aménagement et les transports, auxquels s’ajoutent certaines actions partagées (culturelles, sportives, tourisme, langues régionales, éducation populaire) avec les autres collectivités territoriales. 

L’action sociale de solidarité représente souvent plus de la moitié du budget de fonctionnement du département et porte sur différents pôles, dont premièrement celui de l’enfance: aide sociale à l’enfance (ASE), protection maternelle et infantile (PMI), adoption, soutien aux familles en difficulté financière. Il y a aussi le pôle des solidarités personnes handicapées: politiques d’hébergement et d’insertion sociale, prestation de compensation du handicap (PCH), maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). A cela s’ajoute le pôle lié aux personnes âgées: création et gestion de maisons de retraite, politique de maintien des personnes âgées à domicile (allocation personnalisée d’autonomie). Enfin, il y a le pôle des prestations légales d’aide sociale, dont la gestion du revenu de solidarité active (RSA) au montant fixé par l’État.

En coordination avec l’État, le département élabore un schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services aux publics, dont l’objet est de réduire les zones marquées par un déficit d’accessibilité.

S’il est question d’éducation lors de ces « départementales », seuls les collèges sont concernés.

Les départements sont compétents pour la construction, l’entretien et l’équipement des collèges (Code de l’éducation, art. L. 213-1 et s.). Ils sont également responsables du recrutement et de la gestion des agents techniciens, ouvriers et de service (TOSpour les collèges. Ces agents ont pour mission d’entretenir et nettoyer les locaux, d’assurer la maintenance des installations et l’entretien des matériels de nettoyage. Ils s’occupent également de la restauration, du magasinage et des fonctions d’accueil.

Enfin, le département partage certaines compétences avec les communes, les régions et les collectivités à statut particulier. C’est notamment le cas des compétences culturelles (financement de manifestations culturelles et artistiques; bibliothèques; musées; services d’archives; conservation du patrimoine), sportives (animations sportives; accessibilité pour tous; financement et promotion du sport amateur et à haut niveau), de tourisme (comité départemental du tourisme; élaboration, promotion et commercialisation de produits touristiques), de promotion des langues régionales (signalétique et documents touristiques bilingues; apprentissage dans les écoles primaires, collèges, lycées et instituts d’études) et d’éducation populaire (aides à la formation d’animateurs; Contrats territorialisés de jeunesse et d’éducation populaire; aides aux associations locales et fédérations d’éducation populaire).

Autant de secteurs sinistrés par la crise sanitaire, et sur lesquels on attend beaucoup des départements comme des autres collectivités territoriales(2).

La région, quant à elle, est un rouage essentiel du “développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la région, le soutien à l’accès au logement et à l’amélioration de l’habitat, le soutien à la politique de la ville et à la rénovation urbaine et le soutien aux politiques d’éducation et l’aménagement et l’égalité de ses territoires, ainsi que pour assurer la préservation de son identité et la promotion des langues régionales” selon le Code général des collectivités territoriales (art. L 4221-1). L’économie régionale passe donc par le soutien aux entreprises et les infrastructures de transport régionaux, l’aménagement numérique, ou encore le “soutien à l’internationalisation”, les “aides à l’investissement immobilier et à l’innovation des entreprises, ainsi que les orientations relatives à l’attractivité du territoire régional” (art. L 4251-13).

Promulguée le 7 août 2015, la loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe) confie de nouvelles compétences aux Régions et redéfinit les compétences attribuées à chaque collectivité territoriale.  

Moins nombreuses mais plus fortes, les Régions sont en charge de la coordination sur leur territoire de toutes les actions en faveur de l’économie et de l’animation des pôles de compétitivité. Elles sont seules compétentes pour définir les aides et les régimes d’aides générales (subventions, prêts, avances remboursables, etc.) en faveur de la création ou de l’extension d’activités économiques ou des entreprises en difficulté.

L’aménagement du territoire et environnement compte encore parmi leurs compétences exclusives. Elles pilotent toutes les politiques en matière de transport par trains express régionaux (TER), ainsi que les transports inter-urbains.

Elles disposent de l’autorité de gestion des fonds européens depuis 2014. Elles sont pleinement responsables en matière de formation professionnelle, apprentissage et alternance depuis le 1er janvier 2015.

Depuis les premières lois de décentralisation, la Région s’occupe de la construction, de l’entretien et du fonctionnement des lycées d’enseignement général, des lycées professionnels et des établissements d’enseignement agricole. Depuis 2004, elles sont chargées des formations sanitaires et sociales (infirmier, aide-soignant, ambulancier, sage-femme, masseur-kinésithérapeute, assistant de service social, éducateur spécialisé, etc.).

 Enfin, les régions partagent les compétences suivantes avec les autres collectivités : Sport et Culture, tourisme, logement, éducation populaire, lutte contre la fracture numérique, et santé(3).

Ceci dit, en quoi ces élections très « terre à terre », et bien « peu fun » de prime abord, peuvent-elles intéresser le citoyen lambda – ou même le chrétien (qui est aussi citoyen) « engagé en politique » ?

Vous l’avez compris, savoir qui sera élu au sein des exécutifs départementaux et régionaux a une très grande importance, puisque le champ de compétence de ces derniers est en rapport avec notre réalité (très) quotidienne. 

Les chrétiens, quant à eux, ne doivent pas réduire leur participation citoyenne à la seule « présidentielle » (ou même aux seules législatives). Engagés « en politique », dans l’esprit de leur Seigneur, qui a dit être venu, « non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs », ils doivent témoigner qu’ils ne réclament pas le pouvoir suprême – la Présidence de la République – mais plutôt se concentrer à viser les exécutifs départementaux et régionaux (comme locaux), pour être en mesure de montrer sur le terrain comment et pourquoi leurs solutions dans l’esprit de l’Evangile changent la vie et contribuent à améliorer (et non à rendre plus compliqués) les quotidiens des citoyens. Ils gagneront ainsi en crédibilité et en efficacité avec un tel programme et/ou en soutenant de tels candidats qui ne se tromperont pas d’élection ! (4)

Mise à jour le 18/06 : Andreï VAITOVICH, journaliste franco-bélarusse, annonce, quant à lui, que le 20 juin, il votera pour la 1ère fois en France. « J’entends souvent « ça sert à rien » ou encore « on est dans une dictature ». J’ai connu la vraie dictature au Bélarus, où les élections sont volées et le désaccord avec le pouvoir mène en prison. Voter renforce la démocratie », explique-t-il sur son compte twitter.

Notes :

(1) « La sécurité au coeur de la campagne mais quelles sont réellement les compétences des régions ? » (sur France 3) et « quelles promesses les candidats pourront-ils tenir aux départementales ? » (« Les Surligneurs »). Voir aussi les professions de foi des candidats aux régionales et aux départementales 2021.

(2) Voir « quelles promesses les candidats pourront-ils tenir aux départementales ? » (« Les Surligneurs »)

(3) Sur les compétences des régions, voir ici et ou .

(4) D’après cet article de Claude-Marie Vadrot publié dans « Politis », initialement en rapport avec les écologistes, mais qui m’a paru aisément transposable du côté des chrétiens engagés « en politique ».

Aime ton frère bien vivant (celui du XXIe siècle) !

Comment prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons ». Source image : Affiche du film « Interview avec Dieu » de Perry Lang (2018)

« L’empereur Constantin est une des figures les plus blâmées et maudites de l’histoire chrétienne, une de celles que l’on adore détester. On lui prête d’avoir joué au calife Uthman avec la Bible, d’avoir choisi le christianisme pour des raisons purement politiques, d’avoir corrompu l’Église, d’être un faux chrétien, etc ». Dans une série d’articles(1), mon ami et frère en Christ Etienne, contributeur au blog « par la foi », entreprend de « synthétiser différents chapitres du livre Peter J. Leithart Defending Constantine », lequel a pour objet de tenter de « dissiper la plupart de ces malentendus » et de « s’efforcer de rétablir une juste image de notre frère(sic) Flavius Valerius Aurelius Constantinus, fils de Constance Chlore et notre sœur Hélène ». Ce qui ne saurait étonner quand on sait qu’Etienne se revendique lui-même “constantinien” convaincu.

Ceci dit, l’apôtre Jean relevait que nous ne saurions prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons » (1 Jean 4v20). De fait, pouvons-nous prétendre appeler « notre frère » quelqu’un – une figure controversée de l’histoire (2) – qui a vécu (et qui est mort) il y a très, très, très, très longtemps, que nous n’avons donc jamais vu et que nous ne pourrons jamais vraiment bien connaître, quand nous construisons « dans le même temps » toutes sortes de barrières théologico-identitaires pour ne pas vivre de communion pratique (3) avec nos frères du XXIe siècle, bien vivants, plus proches de nous, et dont la foi en Christ est sans ambiguïté ?
« Quant à nous, nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier (…) Voici donc le commandement qu’il nous a donné : celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère ou sa sœur » (1 Jean 4v19, 21). Sachant qu' »aimer son frère ou sa soeur » implique d’être avec lui ou avec elle, de manger/prier/s’édifier/s’encourager/oeuvrer… ensemble, comme de se réjouir/de pleurer avec lui ou avec elle 

Aller plus loin : 
Sur ce sujet inépuisable, je vous recommande de visionner (à nouveau) les vidéos des temps forts (tables rondes seulement) du forum des Attestants du 06 février 2021, dont le thème était justement… « Communion, un défi ? » Ou quelle est la nature d’une communion fraternelle authentique ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ?


Introduction : Forum des Attestants 2021- introduction

Table ronde 1 : La communion fraternelle – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Table ronde 2 : Limites de la communion – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Pour une synthèse écrite de cette rencontre, voir également le regard du pasteur Martin Hoegger, de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud et membre du mouvement R3 (Rassemblement pour un renouveau réformé), dans cet article consultable ici.

 

 

 

Notes :

(1) Cette série d’articles peut se lire sur le site du blogue « Par la foi ».

(2) L’empereur Constantin reste pour les historiens une figure à la fois fascinante et énigmatique, pleine d’attrait et de mystère, qui n’a pas encore livré son dernier secret. Comment comprendre au juste son évolution religieuse, qu’en est-il exactement de sa « conversion » ? Il est tout d’abord attaché au paganisme classique, à la théorie de la Tétrarchie qui fait de lui un descendant d’Hercule, puis peu à peu il se met à pratiquer le culte du soleil ; à partir de 312 il manifeste une sympathie de plus en plus marquée pour l’Église, en 324, par sa victoire sur Licinius, il apparaît comme le champion de la cause chrétienne contre le paganisme ; en 325 il convoque le premier concile œcuménique de l’histoire et finalement il se fait baptiser sur son lit de mort. Comment relier entre eux tous ces faits pour en donner une explication satisfaisante ? Constantin s’est-il effectivement converti au christianisme ? S’il y a eu conversion, quand s’est-elle produite ? Quels en sont les motifs profonds ? Ou bien ne s’est-il converti que pour la forme, visant surtout à utiliser le christianisme à des fins politiques ? Ces questions ne sont pas nouvelles. Déjà Lenain de Tillemont les avait entrevues et discutées et depuis elles n’ont cessé de hanter les générations successives d’historiens sans que pourtant ceux-ci aient réussi à y apporter une solution définitive et satisfaisante. Si l’on voulait faire l’historique de la question, on constaterait que, parmi les chercheurs, il y a toujours eu nombre de conservateurs qui, fidèles à la tradition chrétienne, ont accepté sans plus la réalité d’une conversion de l’empereur…(Chapitre VIII. La « conversion » de Constantin, Marcel Simon, André Benoit Dans Le judaïsme et le christianisme antique (1998), pages 308 à 334)

Et aussi ce point de vue catholique sur « la conversion de Constantin ».

(3) (Re)lire également notre article : « communion : le défi inclusif de Jésus face à nos tentations exclusives ».

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Une vision chrétienne de l’éducation

Comment servir le Christ tout en faisant sa propre éducation ? Source image : public domain pictures

Parmi les clichés les plus répandus des discours de promotion, il en est un qui stipule que les études [et plus largement, l’éducation, l’école…] ne doit pas nous remplir de connaissance mais nous apprendre « comment penser », relève l’écrivain David Foster Wallace (1961-2008), dans ce discours mémorable(1) devant la promotion 2005 des étudiants de Kenyon College.

Mais l’on peut estimer suspect ou insultant d’entendre quelqu’un nous expliquer “comment penser” puisque, croyons-nous, nous savons déjà “comment penser”. En réalité, comme l’explique David Foster Wallace, l’on peut « postuler que ce cliché sur [les études] n’est pas du tout insultant parce que le vrai et significatif enseignement de la pensée que nous devons acquérir n’est pas tant celui de la capacité à penser mais plutôt le choix de ce à quoi nous devons penser ». Plus exactement, « apprendre comment penser signifie apprendre à contrôler comment et à quoi [nous pensons]. Cela signifie être suffisamment conscient et éveillé pour choisir ce à quoi [nous allons] prêter attention et comment [nous tirons] du sens de [notre] expérience ».

En ceci, soutient David Foster Wallace devant ses étudiants, « est la liberté de la vraie éducation », soit d' »apprendre à être bien ajusté”, en décidant « en conscience ce qui a du sens et ce qui n’en a pas ». 

A ce sujet, le chrétien – celui qui reconnaît Jésus-Christ comme (son) Seigneur – est censé avoir une véritable vision de l’éducation, et même savoir ce que signifie être « bien ajusté ». Et être « bien ajusté » pour un chrétien, c’est être positionné du côté de Jésus-Christ, vénérant Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » plutôt que les idoles (1 Thes.1v9). 

En guise d’exemple notable, et comme en écho à David Foster Wallace, voici un penseur chrétien, le philosophe danois Søren Kierkegaard, qui estime « avoir servi la cause du christianisme, tout en y faisant (sa) propre éducation ». Cet auteur protestant [dont nous avons déjà parlé sur Pep’s café! le blogue], considéré comme étant « le père de l’existentialisme », voulait nous expliquer ainsi comment le travail de toute sa vie fut essentiellement un travail d’éducation.

Le portrait de cet « éducateur existentiel », réalisé par Maxime Valcourt-Blouin dans le numéro d’automne 2019 du magazine Le Verbe (2), nous apprend que « l’un des questionnements fondamentaux de Kierkegaard dans son œuvre est : « Qu’est-ce que communiquer ? » Ou, plus précisément : « Comment communique-t-on la vérité éthique et religieuse ? » La question de la communication n’était donc pas pour lui une simple question de curiosité, elle était au principe de tout un projet éducatif. Sa réponse était que la communication véritable est une communication de pouvoir, la transmission d’une capacité, du pouvoir de faire quelque chose… et non pas simplement l’acte de remplir une tête d’idées toutes faites. Mais de quel pouvoir s’agit-il quand on parle de vérité éthique et religieuse ? « La vérité est la subjectivité », selon Kierkegaard. Je suis moi-même dans la vérité, je suis moi-même « vrai », si ma vie s’accorde avec la Vérité avec un grand V. La vérité n’est donc pas une simple idée, mais bien la norme qui mesure mon existence. Elle est un idéal éthique et religieux. Pour un croyant comme Kierkegaard, il n’y avait pas de plus grand pouvoir, de plus grande capacité humaine que d’exister en toute vérité selon la Vérité éternelle. « Communiquer la vérité éthico-religieuse », l’enseigner, cela signifiait donc pour lui aider autrui à vivre selon Dieu.

Parce que Kierkegaard voulait toujours transmettre le pouvoir de vivre selon la vérité – et non pas simplement véhiculer des idées nouvelles au plus grand nombre –, il avait en profonde aversion le « public ». Il ne voulait jamais parler à un public, mais toujours à « cet individu qu’avec joie et reconnaissance [il] appelle [son] lecteur ». En d’autres termes, sa communication était toujours de personne à personne, et elle préférait toujours suggérer quelque chose de neuf plutôt qu’imposer une idée.

Dans ses textes, Kierkegaard ne cherche jamais à imposer son point de vue. « Sans autorité », se disant toujours lui-même simple disciple et apprenant, il use sans cesse de stratagèmes pour brouiller les pistes et faire prendre conscience que ce qui importe, ce n’est pas son point de vue, mais ce que son lecteur fait lui-même de ce qui est écrit. Ce dernier est ainsi toujours pris pour engager sa propre responsabilité et sa propre opinion à l’égard du texte, il doit toujours prendre une décision sur le sens définitif que les textes de Kierkegaard vont avoir pour lui et pour sa vie (….).

Si, dans son œuvre, Kierkegaard défend la cause de l’individu, c’est d’abord parce que, pour lui, chaque être humain est aimé d’un amour inconditionnel par son Créateur. La réalité de l’amour de Dieu et la possibilité de l’aimer en retour confèrent à l’existence individuelle toute sa valeur et sa dignité ; elles font de chaque être humain un être apte, par sa compréhension et son amour, à atteindre un rapport plénier avec cet amour premier qui fonde toute existence. Cette conviction profonde qu’avait Kierkegaard était pour lui la signification décisive, ultime, de l’existence. Et elle signifiait à ses yeux que chacun avait la tâche individuelle de s’approprier cette vérité de manière à se réaliser pleinement lui-même devant Dieu. Aider chacun à réaliser cette tâche, telle était la finalité ultime de l’éducation à laquelle il voua sa vie »(2). 

Au final, si Jésus-Christ « règne » de façon effective dans ce domaine de nos pensées, nous pouvons espérer vivre une libération (et/ou guérison) et une paix authentiques à ce sujet, pour vivre la « vie abondante » promise par Jésus (Jean 10v10).

Sur le même sujet, lire aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/09/integration-biblique-dans-les-ecoles-chretiennes-quelles-finalites/

Notes :

(1) A lire sur https://umanz.fr/essentiels/30/08/2019/cest-de-leau

(2) D’après Maxime Valcourt-Blouin. « Soren Kirkegaard, l’éducateur existentiel » IN magazine Le Verbe, automne 2019, pp 44-47.

Le Verbe.com témoigne de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. La joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste aux abonnés), un site web animé par une quarantaine de collaborateurs réguliers et une émission de radio hebdomadaire, On n’est pas du monde (diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion).

« Ne vous conformez pas au monde présent » : lisez Pep’s café! le blogue

Eau turbulente par Daniele Pellati : Suivre le courant, au risque de se laisser emporter…ou vivre à contre-courant ?

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rom.12v2).

Et puisque vous ne suivez pas « le train (médiatique) de ce monde »(Eph.2v1-5), lisez Pep’s café! le blogue, pour prendre un bain quotidien de ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal. En effet, Christ « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15). Christ règne. Et son règne commence dans ce domaine de ta vie où il ne règne pas encore.

Libé1 et Libé2 bientôt et partout !

« Libérer! C’est possible bientôt et partout ! »

Pâque(s), ou la fête d’une libération et de la naissance d’un peuple, comme de la résurrection et de la victoire du Seigneur Jésus-Christ sur notre ennemi ultime, la mort, qui sera détruit, semble derrière nous.

En réalité, Jésus-Christ est le même, non seulement hier, mais surtout aujourd’hui, comme il le sera éternellement (Hébr.13v8). Et pas seulement le seul jour de Pâque(s).

Sinon, le saviez-vous ? Faire une formation Libérer! 1 et une formation Libérer! 2, presque partout, sans que ce soit uniquement face à son écran, c’est également bientôt, et, surtout, possible aujourd’hui !

L’équipe a en effet franchi le pas de faire cette formation à l’accompagnement spirituel en mode hybride, c’est-à-dire en partie par écran interposé et en partie sur site, en respectant les normes sanitaires de chaque pays. Oui, vous lisez bien de chaque pays car les prochains Libé 1 et 2 auront lieu en même temps en France, en Suisse, à l’île Maurice, en Angleterre, etc…

Pour s’inscrire (depuis la mi-mars), il faudra donc pouvoir choisir un lieu pour vivre la partie « en présence ». Dans certains pays il y aura des sessions sur Zoom à la maison, et dans d’autres pays où il n’y a pas de couvre-feu, ces mêmes sessions auront lieu dans les lieux de cultes qui accueilleront la formation (près de 20 lieux dans le monde).

Retenez les dates :

Libérer! 1 — week-end de l’Ascension, 13-15 mai 2021
> 2 sessions le jeudi 13 mai 2021 : l’après-midi sur site, et le soir à la maison sur Zoom
> 1 session le vendredi 14 mai 2021 : le soir à la maison sur Zoom
> 3 sessions le samedi 15 mai 2021 : le matin sur site, l’après-midi sur site, et le soir à la maison sur Zoom.

Libérer! 2 — week-end du 28-30 mai 2021
> 1 session le vendredi 28 mai 2021 : le soir à la maison sur Zoom
> 3 sessions le samedi 29 mai 2021 : le matin sur site, l’après-midi sur site, et le soir à la maison sur Zoom
> Dimanche 30 mai : le soir à la maison sur Zoom

Plus d’infos et pour suivre l’actualité de la formation ici.

Découvrir notre présentation de cette excellente formation, que je recommande chaudement.

Initialement paru le 24/03/21 et republié, avec une mise à jour, pour l’occasion.

« En exil à Babylone », les chrétiens protestent sans crainte face au projet de loi « contre le séparatisme »

« Etrangers », mais pas « victimes », dans la cité (Source image : première de couverture de « Etrangers dans la cité » de Hauerwas/Willimon)

Voici un très intéressant et très encourageant article à lire en français sur Christianity Today (20 avril 2021), avec, en bonus, un « flash prière » du CNEF et bien d’autres choses encore.

Les protestants français sont en profond désaccord avec un projet de loi sur le séparatisme, mais n’adoptent pas pour autant une mentalité de victime dans leur défense de la liberté religieuse.

Alors que la forme finale du projet de loi pour le « respect des principes républicains », désormais appelé « Loi pour l’affirmation des principes républicains et la lutte contre les séparatismes » (1) [actuellement débattue en commission mixte paritaire, après que le Sénat a adopté une version durcie du texte de loi le 12 avril 2021] reste en suspens et que des organismes chrétiens tels que la Fédération Protestante de France (FPF) et le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) poursuivent leurs efforts afin de faire mieux prendre en compte leurs positions et font pression pour que l’impact de la loi soit moins contraignant, les Églises françaises commencent à se préparer à ce que pourraient être les nouvelles règles.

Cependant, malgré l’évolution du projet de loi qui s’éloigne de la laïcité intelligente telle qu’ils la conçoivent, la stratégie des dirigeants protestants français – tant à l’égard du gouvernement que des fidèles – a été remarquablement exempte d’alarmisme. Au lieu de cela, ils ont demandé à leurs sœurs et frères d’éviter d’adopter une posture de victimisation, même s’ils reconnaissent la gravité du moment (…).

« Faut-il avoir peur ? Non », déclare C. Diedrichs, du CNEF. « Dans Jérémie, il est dit que nous devons rechercher le bien de la ville dans laquelle nous nous trouvons. Cette ville n’est pas Jérusalem, c’est Babylone. Beaucoup d’évangéliques préféreraient que nous soyons à Jérusalem plutôt qu’à Babylone. Beaucoup d’évangéliques aimeraient bien être encore dans une société chrétienne qui les protège ». Mais puisqu’ils ne sont plus dans une société chrétienne, dit-il encore, les évangéliques français doivent être des témoins de l’Évangile comme l’étaient les premiers chrétiens dans leur société non chrétienne.(…)

L’ article à lire en français

En bonus, voir aussi le FLASH PRIÈRE du CNEF (sur sa page FB) ou quelques sujets de prière à partager largement afin qu’ensemble nous restions mobilisés pour favoriser l’annonce et la pratique de l’Évangile en France :

🙏 Prions pour que les membres de la commission mixte paritaire en passe d’être nommés le soient pour de bonnes raisons [Composition inconnue à cette date]

🙏 Prions que notre Dieu incline le cœur des membres de la commission mixte paritaire pour qu’ils prennent conscience de leur responsabilité vis-à-vis de la liberté de conscience, de religion et d’éducation.

🙏 Prions que cette commission puisse parvenir à un équilibre du texte et plus particulièrement qu’elle évite l’accumulation de mesures restrictives envers les cultes.

🙏 Prions que les deux hautes juridictions (Conseil constitutionnel et Conseil d’État) aient une juste appréciation du texte et de ses effets sur la vie des cultes en France.

[Le Conseil d’État a ainsi admis en premier dans son avis : « Les mesures du projet de loi concernent pratiquement tous les droits et libertés publiques ». Le Conseil a également souligné, tout comme le Défenseur des droits, que [le contrat d’engagement républicain] comporte des « notions sujettes à interprétations antagonistes » et des « incertitudes » qui ne manqueraient pas d’introduire de sérieux risques d’arbitraire. Par ailleurs, le Défenseur des droits s’inquiète de ce que ce projet participe d’un « renforcement global du contrôle de l’ordre social »]

🙏 Prions que face à cette inflexion de la politique religieuse du gouvernement, majoritairement soutenue par les parlementaires, les Églises protestantes évangéliques ne se découragent pas mais au contraire prient, comme les fils d’Issacar autrefois, pour discerner les temps. [1 Chroniques 12.32]

En savoir plus sur le site du CNEF.

 

Aller plus loin :

Notre recension de « Etrangers dans la cité » de Hauerwas/Willimon ou quand l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise ;

Notre recension de « Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité » d’Edouard Nelson ;

Notre analyse : « Doit-on espérer en un « défenseur de la chrétienté » pour des questions de « survie » ?

Un article d’Olivier Keshvajee, le « théologeek », publié sur son blogue : « Évangéliser dans le contexte de la sécularisation »

 

 

 

 

 

Note :

(1) Mesure phare du projet de loi, le contrat d’engagement républicain (Chapitre II – Dispositions relatives aux associations. Article 6 : « Art. 10‑1 ») prévoit que « toute association qui sollicite l’octroi d’une subvention au sens de l’article 9‑1 de la présente loi auprès d’une autorité administrative ou d’un organisme chargé de la gestion d’un service public industriel et commercial s’engage, par un contrat d’engagement républicain, à respecter les principes de liberté, d’égalité, notamment entre les femmes et les hommes, de fraternité, de respect de la dignité de la personne humaine et de sauvegarde de l’ordre public ». A noter que les associations disposant d’un agrément sont également concernées. Le projet de loi prévoit que la délivrance de ces agréments soit désormais soumise au respect de ce contrat.