« L’immortalité de l’âme » est-elle biblique ?

La Bible enseigne-t-elle l’immortalité de l’âme ou la résurrection des morts ? Au-delà du débat théologique, l’un des plus graves malentendus sur le christianisme…

Posez à un chrétien, protestant ou catholique, intellectuel ou non, la question suivante : « qu’enseigne le Nouveau Testament sur le sort individuel de l’homme après la mort ? » Sauf exception, la réponse sera : « l’immortalité de l’âme », laquelle serait même, aux dires de certains, « rationnellement inévitable ».

Or, loin d’être biblique, cette opinion, quelque répandue qu’elle soit, qui vient en réalité de Platon et d’Aristote, est même l’un des plus graves malentendus concernant le christianisme, puisqu’il existe une différence radicale entre l’attente/l’espérance chrétienne de la résurrection des morts et la croyance grecque antique à l’immortalité de l’âme. Le fait que le christianisme ultérieur (Saint-Augustin, Saint-Thomas d’Aquin…) ait établi plus tard un lien entre les deux croyances illustre la grande influence de la pensée grecque antique – plus que celle de la pensée biblique – dans le processus de définition des dogmes et des croyances chrétiennes, à la fin de l’époque médiévale. Ce que les protestants et les évangéliques, dans leur majorité, refusent. Ainsi, influencés par les penseurs antiques (Platon, Aristote), des théologiens ont fini par faire adopter le dogme de l’immortalité de l’âme au concile de Latran en 1513, entraînant une étrange prise de distance avec les Ecritures bibliques. L’immortalité de l’âme est un concept grec antique venu tardivement faire fléchir la théologie chrétienne dans son enracinement biblique et sémitique.

Les chrétiens (protestants et évangéliques) qui affirment que l’immortalité de l’âme n’est pas biblique se basent 1) sur le fait que les Ecritures insistent sur la réalité de la mort, ainsi que 2) sur la conception tripartite de l’humain, telle qu’évoquée à la fin de la première épître aux Thessaloniciens : corps, âme et esprit. Jésus « rend l’esprit » [cette part du souffle de Dieu qui est en nous et qui n’appartient qu’à Dieu] quand il meurt. Etienne aussi. C’est ce que l’on appelle « expirer ». Ce n’est pas la même chose que notre âme, notre psyché en grec (nos pensées, nos volonté, nos émotions). Refuser la mortalité de l’âme, c’est une façon de réduire la résurrection des morts, qui sera, selon les principes de la théologie chrétienne, une résurrection de la chair, c’est-à-dire de l’âme et du corps [confessé dans le Crédo], et pas seulement une résurrection de l’esprit. C’est bien parce que le corps et l’âme meurent qu’il faut qu’ils ressuscitent.

Ainsi, il n’y a pas « d’immortalité de l’âme » dans la Bible. L’âme meurt. Comme le souligne l’Ecriture, « les morts se lèvent-ils pour te louer, Eternel ? » (Psaume 88v11). Les morts sont morts. Mais voilà, beaucoup encore confondent la migration de l’esprit humain dans le séjour des morts avec une forme d’immortalité de l’âme.

En résumé, quand on meurt :
– le corps meurt et repart à la terre, « car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. » (Genèse 3v19),
– l’âme (psychè, le psychisme) s’éteint, comme la flamme de la bougie s’éteint quand la cire (du corps) est épuisée,
– l’esprit de l’humain « retourne à Dieu qui l’a donné » (Eccl.12v7) et attend dans le séjour des morts la Résurrection finale, au Dernier jour, après le Jugement(1). Cette attente est appelée « sommeil » dans beaucoup de textes bibliques, dont des paroles de Jésus dans les Evangiles.

Prétendre que l’âme serait immortelle n’est donc pas biblique, mais aussi très dangereux parce que cela induit dans la croyance des chrétiens que les morts ne seraient pas vraiment morts, et donc qu’ils seraient déjà ressuscités, ce qui est contredit par de nombreux textes bibliques, dont 2 Tim.2v16-18. Et si les morts ne sont pas vraiment morts, c’est qu’ils sont un peu vivants, et donc, qu’il serait possible de communiquer avec eux, malgré les interdits majeurs dans le Pentateuque. Le Seigneur Jésus-Christ insiste, quant à lui, sur une séparation radicale entre les morts et les vivants en Matt.8v22. Le mort est vraiment mort et n’est donc pas « noctambule » ou « vagabond ». Il n’est pas non plus « sous hypnose » et ne parle pas, s’il est « questionné ». Il attend.

Pour bien marquer l’opposition entre la notion grecque de l’immortalité de l’âme et la croyance chrétienne à la résurrection des morts, la seule qui soit enseignée par le Nouveau Testament, Oscar Cullmann présente, dans le premier chapitre de son livre « Immortalité de l’âme ou résurrection des morts ? » (Delachaux-Niestlé, 1956 – si vous avez « la chance » d’en trouver un exemplaire !), en un contraste violent, la mort de Jésus et celle de Socrate : « D’un côté, Socrate qui, avec sérénité, parle de l’immortalité de l’âme ; de l’autre, Jésus qui crie et qui pleure » (op. cit., p. 30). Ainsi apparaît la distance qui sépare la conception grecque de la mort, « la grande amie de l’âme », puisqu’elle la délivre « de la prison du corps », et la conception biblique de la mort, « le salaire du péché » et le « dernier ennemi qui sera détruit ». « C’est seulement en éprouvant avec les premiers chrétiens toute l’horreur de la mort, prenant ainsi la mort au sérieux, que nous pouvons comprendre l’allégresse de la communauté primitive au jour de Pâques… Quiconque n’a pas éprouvé toute l’horreur de la mort ne peut pas chanter avec Paul l’hymne de la victoire : La mort a été engloutie. Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (p. 34-36).

Le fondement de notre espérance, c’est Pâques : Jésus-Christ est en effet « réellement ressuscité », « premier-né d’entre les morts ». Si Christ n’était pas vraiment mort, il ne serait pas ressuscité. Il en va donc de même pour nous.

Désormais « l’ère de la résurrection est déjà inaugurée  (op. cit. p. 55)…..« la bataille décisive » a déjà eu lieu ; la mort est vaincue ; l’Esprit-Saint est à l’œuvre dans tous les chrétiens, arrhes de la résurrection future.

Enfin, croire à l’immortalité de l’âme (« libérée », « délivrée » du corps) conduit à séparer totalement le destin du corps de celui de l’âme, donnant ainsi « une valeur négative au premier et positive à la seconde. Une telle conception implique des conséquences catastrophiques », explique le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps(2). « Elle signifie que la vie spirituelle se réfugie dans l’intériorité, que le salut ne dépend que d’une relation intime avec Dieu, et que tout ce qui touche au corps, c’est-à-dire la relation à autrui et l’engagement dans le monde, devient néfaste ou indifférent. Comme chrétien, je crois que ma foi, pour rester vraie, doit s’investir dans le monde face au besoin d’autrui. Chaque fois que le corps est séparé de l’âme, on aboutit à un christianisme méprisant à l’égard d’autrui. La résurrection des corps veut dire que c’est tout ce qui a fait la vie de l’individu – ses gestes concrets, son tissu de relations – qui sera accueilli par Dieu »(2).

 

 

Notes :

(1)Selon le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps, « le Jugement dernier est le moment où Dieu dit la vérité de chacun » et « la foi dans le Jugement dernier est nécessaire et structurante. Elle signifie que le dernier mot sur le monde n’appartient pas aux politiciens cyniques, à l’injustice, au nettoyage ethnique, à la souffrance humaine, mais à Dieu. C’est aussi une proclamation qui m’interdit de me poser en juge des autres; elle me retient de condamner autrui. Cette croyance n’est donc pas là pour m’infantiliser dans la terreur; elle m’installe au contraire dans ma responsabilité d’adulte, appelé à rendre compte de ce que j’ai fait. Le Jugement dernier n’est finalement pas une parole qui cherche à nous donner des informations sur la fin de l’histoire, il est une parole qui nous amène à un plus grand respect d’autrui ».

(2) Cf https://www.letemps.ch/societe/croire-resurrection-une-lutte-contre-mourir.

A lire, également,  « Surpris par l’espérance » de NT Wright (Excelsis, 2019).

 

« Car Dieu a fait le serment…. » : le crois-tu ?

« Car Dieu a fait le serment de nous délivrer du pouvoir de tous nos ennemis », nous rappelle ce chant, d’après Luc 1v73-74.

Il est aussi utile de rappeler que nos ennemis ne sont pas « de chair et de sang », ce ne sont pas d’autres êtres humains, comme le précise l’Ecriture, mais plutôt « les dominations, les autorités, les princes de ce monde de ténèbres, les esprits méchants dans les lieux célestes » (Eph.6v12, Hébr.2v14-15, Luc 11v21-22), la puissance du péché (2 Cor.5v15-17, Rom.5-6, 8)….

Et la même Ecriture ajoute que « le dernier » d’entre ces ennemis, la mort, sera détruit (1 Cor.15v26). La mort n’aura donc pas le dernier mot : c’est Jésus-Christ, Celui qui est « la résurrection et la vie », qui aura le dernier mot.

Celui qui est « Dieu sauveur » et « Dieu élargit » nous délivre de tout ce qui nous fait peur, et même de l’angoisse, la peur de la peur.

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur », dit Jésus (Matthieu 14v27). D’ailleurs, saviez-vous que cette parole « ne crains pas » se trouve 365 fois dans la Bible, soit une fois pour chaque jour de l’année ?

« Oui, j’en suis sûr, rien ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu nous a montré dans le Christ Jésus, notre Seigneur. Ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les esprits, ni le présent, ni l’avenir, ni tous ceux qui ont un pouvoir, ni les forces d’en haut, ni les forces d’en bas, ni toutes les choses créées, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu ! » (Rom.8v38-39)

« Et maintenant, Israël, qu’est-ce que le SEIGNEUR ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements du SEIGNEUR et les lois que je te donne aujourd’hui, pour ton bonheur.

Oui, au SEIGNEUR ton Dieu appartient les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve.

Or c’est à tes pères seulement que le SEIGNEUR s’est attaché pour les aimer ; et après eux, c’est leur descendance, c’est-à-dire vous, qu’il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd’hui.

Vous circoncirez donc votre cœur, vous ne raidirez plus votre nuque, car c’est le SEIGNEUR votre Dieu qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés.

C’est le SEIGNEUR ton Dieu que tu craindras et que tu serviras, c’est à lui que tu t’attacheras, c’est par son nom que tu prêteras serment. Il est ta louange, il est ton Dieu, lui qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tu as vues de tes yeux ». (Deut.10v12-21)

 

Parlons mieux ! Ou 13 expressions évangéliques décryptées à la lumière de la Bible

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

Nous n’échappons pas au virus. Au virus verbal, j’entends.

Du coup, vous connaissez certainement cette expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal, pour l’avoir déjà entendue et même déjà prononcée. La phrase que vous venez de lire était un test, et si vous n’avez rien remarqué de particulier, c’est que vous êtes, du coup, sans doute déjà « contaminé ».

Mais peut-être êtes-vous aussi déjà « contaminé » par ces autres expressions, elles aussi déjà entendues ou même déjà prononcées, lesquelles résonnent comme des slogans et/ou des vérités d’évangile ? Ces expressions « canada dry » ont certes la « couleur biblique », « le goût biblique »…mais le sont-elles, bibliques ?

Le livre collectif « Parlons mieux ! »(1), coordonné par Nicolas Fouquet (2), co-édité par BLF/WET et dont la sortie internationale est prévue mercredi 24/02/21, en a recensé 13, typiques d’un certain « patois de canaan », décryptées à la lumière de la Bible par 2 théologiennes et 11 théologiens francophones d’horizons évangéliques divers.

Ainsi, est-il juste et biblique de dire à quelqu’un « tu dois accepter Jésus dans ton cœur » ou « Aide-toi et le ciel t’aidera » ? Ou que « Dieu aime le pécheur, mais pas le péché » ? De souhaiter « la bienvenue dans la maison du Seigneur » ? De « faire passer la collecte », de prier le Seigneur de « bénir ces aliments » ? D’appeler le Saint-Esprit à « descendre sur nous » ? Ou encore de prétendre que « La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation », que « Dieu seul peut me juger », que « tous les péchés sont égaux », que « je me suis baptisé(e) » ? De vouloir « rester pur pour le mariage » ou d’espérer « aller au ciel » après la mort ?

D’autres expressions auraient pu trouver leur place dans ce livre à l’angle original, telles : « Dieu est au contrôle » ; « plus, plus, plus de toi, Seigneur ! » ou « Prends toute la place, Seigneur ! »

A ce stade, plusieurs d’entre nous (si ce n’est tous !) se diront peut-être : « Je suis atteint par l’un ou l’autre de ces virus verbaux ! Est-ce grave, docteur ? » Car, « du coup », quels enseignements implicites véhiculent ces façons de dire et penser l’Évangile et la foi chrétienne ?

Et « Du coup », que faire, une fois ma lecture du livre terminée ?

Se livrer à une forme d’introspection maladive, ou traquer le moindre virus verbal chez les autres, ce serait passer complétement à côté de l’objectif et de l’esprit du livre, comme de ce qui fait l’essence de la vie chrétienne, la liberté en Christ. Au final, plus qu’une préoccupation de (rendre) justice à la vérité du vocabulaire chrétien évangélique ou d’être « certifié conforme », notre préoccupation devrait être davantage une préoccupation pour la justesse de nos propos. L’enjeu étant de vivre une vie de mieux en mieux ajustée à l’ambition et au projet de Dieu pour nous, mais aussi au cœur de Dieu, que nous apprenons à connaître comme un Père aimant. Nous apprenons à l’aimer, parce que Lui nous a aimé le premier.

En cela, les auteurs du livre collectif « Parlons mieux ! » contribuent utilement à cette pédagogie de l’ajustement (ou du réajustement) au service du plus grand nombre. En effet, ils nous exhortent et nous exercent, non à juger, mais bien à jauger et évaluer, dans l’humilité et l’amour (sans exclure l’humour), avec précision et vérité, la pertinence de nos manières de penser et de dire notre foi. Mais aussi, au-delà de la question de la gravité de nos « virus verbaux », de jauger et évaluer ce qui est notre véritable centre de gravité. Se corriger ainsi fraternellement est une bénédiction, conduisant à une guérison réciproque.

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

 

Merci à Nicolas Fouquet d’avoir attiré mon attention sur ce livre, et merci à BLF de me l’avoir envoyé en service presse !(3)

Il est possible de se le procurer chez l’éditeur ou dans toute bonne librairie.

 

 

 

Notes :

(1) Table des matières

Préface (Etienne LHERMENAULT)
Introduction (Nicolas FOUQUET)

  1. Tu dois accepter Jésus dans ton coeur (Matthieu SANDERS)
  2. Dieu aime le pécheur mais pas le péché (Guillaume BOURIN)
  3. Aide-toi et le ciel t’aidera (Luigi DAVI)
  4. Descends sur nous Saint-Esprit (Dominique ANGERS)
  5. Bienvenue dans la maison du Seigneur (Timothée MINARD)
  6. Je me suis baptisé(e) (Lydia LEHMANN)
  7. Faisons passer la collecte (Matthieu GANGLOFF)
  8. La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation avec Jésus (Cédric EUGENE)
  9. Tous les péchés sont égaux (Robin REEVE)
  10. Dieu seul peut me juger (Jean-René MORET)
  11. Bénis ces aliments (Florence VANCOILLIE)
  12. Je veux rester pur pour le mariage (Matthieu FREYDER)
  13. Lorsqu’on sera au ciel (Thomas POËTTE)

(2) Nicolas Fouquet travaille au sein du SEL où il a pour mission d’encourager la réflexion sur les questions de pauvreté et de développement. En parallèle, il est membre du comité d’organisation des WET, ou week-ends de formation à la théologie chrétienne destinés aux jeunes adultes.

(3) Merci aussi à l’éditeur pour l’invitation à une première e-conférence, en collaboration avec le WET, sur le thème: »Faut-il vraiment inviter Jésus dans son cœur? », premier chapitre du livre « parlons mieux ! », dont c’était la soirée de lancement avant sa sortie internationale. Animée par Stéphane Kapitaniuk de BLF, avec Matthieu Sanders (l’un des auteurs) et Nicolas Fouquet (coordinateur du livre). La voir ou la revoir ici.

Histoire du boulanger chrétien

Ce qui est attendu d’un boulanger, chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain….(source image : public domain pictures)

Il était une fois, un boulanger chrétien, qui décida d’ouvrir une boulangerie. Et pas n’importe quelle boulangerie : une boulangerie chrétienne.

Chaque fois que des personnes franchissaient le seuil de sa boulangerie, le boulanger chrétien les accueillait de la sorte : « bonjour ! Je vais prier pour toi » ou « attends, j’ai une parole du Seigneur pour toi… »

Au bout de quelques semaines, notre boulanger chrétien dut malheureusement fermer sa boulangerie. La raison ? Il ne faisait jamais de pain…*

Or, ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du pain. Du bon pain.

De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

C’est ainsi que l’un et l’autre, à leur manière, rendent visible le Christ, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bons témoins fidèles et véritables.

 

 

*On connaît aussi l’histoire du coiffeur chrétien, lequel interpella un jour de la sorte l’un de ses clients, en lui agitant son rasoir sous le nez : « êtes-vous prêt à passer l’éternité, monsieur ? »

« Je suis », dit Jésus. « Tu suis » ?

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

« Je suis », dit Jésus, lequel te dit aussi « suis-moi ! » Tu suis ?

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« Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matt.5v48)

La perfection selon Jésus ne nous parle pas d’une perfection où tout est beau, bien rangé, séduisant, complet et le reste. Ce mot veut dire qui est parvenu à ses fins, qui a atteint un certain accomplissement.
Affiche du film « a perfect day » de Fernando León de Aranoa

Matthieu 5:43-48 : « Vous avez appris qu’on a dit : « Tu dois aimer ton prochain et détester ton ennemi. » Mais moi, je vous dis: aimez vos ennemis. Priez pour ceux qui vous font souffrir. Alors vous serez vraiment les enfants de votre Père qui est dans les cieux. En effet, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Il fait tomber la pluie sur ceux qui se conduisent bien et sur ceux qui se conduisent mal. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quelle récompense est-ce que Dieu va vous donner? Même les employés des impôts font la même chose que vous ! Et si vous saluez seulement vos frères et vos soeurs, qu’est-ce que vous faites d’extraordinaire? Même les gens qui ne connaissent pas Dieu font la même chose que vous ! Soyez donc parfaits, comme votre Père des cieux est parfait ! »

Philippiens 3:4-16 : « ……Je ne veux pas dire que j’ai déjà atteint le but, ou que je suis déjà parfait! Mais je continue à courir pour saisir le prix, parce que le Christ Jésus m’a déjà saisi. Non, frères et soeurs, je ne pense pas que j’ai déjà obtenu le prix. Mais j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. Dieu nous appelle d’en haut à le recevoir par le Christ Jésus. Nous qui sommes parfaits, nous devons penser de cette façon…..»

 « Moralement coupable, mais politiquement innocenté ». L’ancien président des États-Unis Donald Trump a finalement été acquitté samedi 13/02 lors de son deuxième procès en destitution. 57 sénateurs sur 100 ont voté pour sa destitution, dont sept Républicains, soit 10 voix de moins que les deux tiers requis pour aboutir à une condamnation. Ce qui ne signifie pas que l’ex-président en aurait fini avec les poursuites et d’éventuels blâmes dans les mois à venir. Le responsable principal de la mise en accusation de la Chambre, Jamie Raskin, démocrate du Maryland, s’est toutefois réjoui de ce résultat, le plus élevé pour la condamnation d’un président depuis Andrew Johnson en 1868 (ce président avait évité la destitution par une voix à peine). Dimanche, en entrevue sur les ondes de NBC, M. Raskin a dit « ne rien regretter ». « Chaque sénateur savait exactement ce qui s’est passé. Mais il est impossible d’amener à la raison des personnes qui agissent comme les membres d’une secte religieuse. » (1)

Pour Peter Wehner, ancien membre de plusieurs exécutifs américains républicains et chroniqueur au New York Times, les Républicains ont manqué l’occasion de rompre avec Donald Trump, soulignant à quel point l’emprise de ce dernier reste forte sur ce parti : « Pendant près d’une demi-décennie, les Républicains ont pris l’habitude de dire une chose et d’en penser une autre. Le vote de destitution était la dernière, la meilleure chance de rompre de manière décisive avec M. Trump. Pourtant, une fois de plus, la plupart des parlementaires républicains n’ont pas pu se résoudre à le faire. M. Trump semble encore les hanter, instiller de la peur chez eux. Plus encore, il est devenu eux, se faufilant dans leurs esprits et leurs communautés si facilement qu’ils ne sont plus capables de distinguer leurs propres sensibilités et limites morales des siennes, comme ils auraient pu le faire autrefois. Après ce vote de destitution honteux, la tâche pour les Républicains espérant se défaire des années Trump, qui était déjà difficile, sinon impossible, est devenue plus difficile encore. » (2)

Et ce, d’autant plus que, paradoxalement, même s’ils l’ont acquitté, plusieurs républicains ont reconnu dans les minutes suivant le vote l’implication de Donald Trump dans les émeutes du Capitole, comme l’a fait Mitch McConnell, leader de la minorité républicaine au Sénat et défenseur de l’ex-président durant ses quatre années de règne : « Il ne fait aucun doute que le président Trump est dans les faits et moralement responsable d’avoir provoqué les événements de cette journée [du 06 janvier] », a-t-il dit. « Les personnes qui ont pris d’assaut le bâtiment pensaient suivre la volonté et les instructions de leur président. » Selon lui, cette attaque a été induite par « un crescendo de fausses déclarations, de théories du complot et d’hyperbole imprudente que le président vaincu n’arrêtait pas de proférer »(3).

Ce type de décalage entre ce que l’on dit, pense et fait, illustre le fameux proverbe aux allures de « vérité d’évangile », à savoir que « la perfection n’est pas de ce monde ». Et c’est là que le bât blesse, lorsque nous lisons les Écritures : ainsi, pourquoi « la perfection ne serait pas de ce monde » si Jésus nous invite et nous incite dans le passage cité plus haut à être parfaits comme le père céleste est parfait ?

Peut-être parce que le mot « parfait » ne veut pas dire la même chose dans notre bouche que dans celle de Jésus ? Effectivement, le Seigneur a bien une autre conception de la perfection, puisque le mot qu’il emploie, dans le grec du Nouveau Testament, est un mot (teleios) qui ne nous parle pas d’une perfection où tout est beau, bien rangé, séduisant, complet et le reste. Ce mot veut dire qui est parvenu à ses fins, qui a atteint un certain accomplissement. L’idée de la perfection dont nous parle Jésus, c’est simplement qu’on ait atteint certains buts que le Seigneur a fixés. Et nous avons à être parfaits comme le Père céleste est parfait, dans la mesure où, pour Dieu, il n’y a pas de décalage entre ce qu’il ambitionne de faire et ce qu’il fait vraiment. Il y a pour lui une parfaite conformité entre ses projets, ses paroles et ses actes. Nous sommes plus approximatifs, dans ce registre…
Il nous arrive de bien comprendre ce que Dieu désire pour nous, mais c’est comme si nous étions en incapacité complète d’y parvenir. Les plus optimistes se disent qu’à force, on va bien y arriver. Certains sont enclins à la culpabilité en disant qu’ils ne sont bons à rien car ils savent fort bien quelle est la cible que le Seigneur leur a demandé de viser, et qu’ils n’y arrivent pas. D’autres encore essayent de se disculper en accusant l’adversaire, Satan, ou encore la société, qui est (par définition…) méchante, les parents qui nous ont laissé différentes ardoises dans l’existence, etc. Il y a des tas de bonnes raisons pour que nous vivions un pareil décalage entre les buts que Dieu nous donne, et le réel de ce que nous parvenons à vivre. Et il y a aussi des tas de mauvaises raisons que nous invoquons pour fuir nos responsabilités dans la foi. Nous sommes prêts à accuser tout le monde pour le fait que nous ne soyons pas des êtres accomplis. Et, ultimement, nous sommes même prêts à accuser Dieu, ce qui est assez présomptueux de notre part… Car, qui sommes-nous, pour juger Dieu et lui reprocher de ne pas faire son travail ?

Curieusement, alors que notre expérience nous fait croire que cette perfection est inaccessible, et alors que sévit dans nos têtes le fameux « proverbe » sur la perfection « qui ne serait pas de ce monde », Paul dit aux Philippiens : « Nous qui sommes parfaits, … ». Ce qui veut dire que Paul pense que les chrétiens de la ville de Philippes ainsi que lui-même sont des gens parfaits selon la définition du Seigneur. Quel orgueil, allons-nous penser ? Oui, quel orgueil, si nous gardons nos définition de la perfection, si nous nous appuyons sur nos sagesses humaines. Mais selon la définition de la perfection qui était dans l’esprit de Jésus, cette perfection est tout à fait de ce monde. Car ce n’est pas nous qui l’accomplissons, mais c’est Dieu qui l’accomplit en nous.

Cela, Paul l’argumente parfaitement en montrant combien il se croyait parfait autrefois, dans la mesure où il répondait à tous les critères de son groupe d’appartenance – il était un bon pharisien, qui obéissait en tout point à la loi, etc. Mais il a vu tout l’orgueil et toute la vanité de cette perfection qui ne tient qu’à des critères de conservatisme et de conventions sociales. La rencontre avec Christ a été radicale. C’est fini, maintenant ; tous ces critères sont invalides. Ils ne fonctionnent plus. La mode et les références du monde, de notre monde, il faut les abandonner à tout prix. Car en Jésus, Paul a réalisé que c’est Dieu qui s’est approché de lui. Il a été choqué de voir que Dieu, dans sa perfection céleste, avait pour projet de le rejoindre. Et donc tout ce qui faisait son orgueil, sa réputation, sa bonne conscience, sa morale, sa notoriété et sa gloire, tout est devenu caduc. Il le considère même comme une chute, comme quelque chose qui peut le perdre. Quand nous croyons que nous sommes bons par nous-mêmes, nous nous précipitons dans les bras du malin, qui adore que nous pensions que nous sommes bons, alors que Dieu seul est bon.
Tout ce qui faisait la gloire de Paul, sa perfection aux yeux de ses contemporains, c’est devenu au contraire quelque chose de répugnant dans sa tête. Ce qui faisait qu’il était somptueux est devenu pour lui quelque chose de hideux.

Racheté par le Christ, Paul découvre que désormais il est « parfait » dans le sens du Seigneur, c’est-à-dire qu’il a reconnu que ses objectifs dans la vie étaient complètement nuls, vaniteux et hautains. C’est donc dans le recadrage de ses objectifs de vie que Paul est parfait, au sens biblique. (…..) C’est ça, la perfection selon Dieu. C’est se soumettre aux projets de Dieu en toute humilité, et alors Dieu décide de ce qu’il fera pour nous, il nous donne des moyens que notre intelligence et notre force ne nous auraient jamais donnés. Le Paul « ancienne version », persécuteur de chrétiens, parfait selon la loi, aurait peut-être acquis une petite célébrité. Au mieux, on en parlerait dans un des livres sur l’histoire des Juifs du romain Flavius Josèphe, mais pas plus. Parce qu’il a abandonné son désir de se hisser par sa propre force sur l’échelle de la réussite, mais qu’il s’est mis humblement à l’écoute de la voix de Dieu, Paul est le chrétien le plus célèbre du monde, vraisemblablement. Il n’avait que faire de cette réputation. C’est Dieu qui lui a permis de transmettre la liberté de Jésus à des millions de personnes, des milliards même à cette heure. Qui aurait pensé à une pareille destinée ?
Paul a donc renoncé aux perfections du monde pour recevoir la force de la part de Dieu de mettre en conformité ses désirs, ses paroles, ses actes avec le projet de Dieu pour lui.

« Dans le même temps » et dans le même passage de sa lettre aux Philippiens, Paul dit qu’il n’est pas parfait et qu’il est parfait. Nous devons entendre derrière cette apparente contradiction du discours qu’il y a plusieurs phases dans la vie chrétienne et qu’il est bon de savoir les vivre en conformité avec le souffle de Dieu.
Paul est parfait en ce sens que Dieu est venu le faire naître de nouveau, qu’il l’a conduit à une révision complète de ses ambitions. Ses buts sont bien calés, il est parfait selon Dieu. Et pourtant, au-delà de cette grande révision qui intervient à notre conversion ou encore à notre baptême, il faut reprendre chaque jour le projet qui consiste à ajuster nos espérances sur le programme de Dieu.

A ce stade, ce n’est plus le temps de la conversion, mais plutôt celui de la libération et du perfectionnement. Dieu veut toujours aller plus loin avec nous, car il n’a pas les mêmes limites que nous. Une fois que nous avons été saisis par le Seigneur, nous devons nous saisir de ses plans pour les accomplir, et vivre la perfection dans ce sens que nos ambitions seront toujours en harmonie avec les ambitions de notre Seigneur. Certains appellent « sanctification » cette tâche importante et, ô combien, indispensable, à savoir que nous devenons saints, des gens spéciaux, des gens à part.
Paul est donc parfait car Dieu a opéré les révisions fondamentales de ses ambitions, mais il est aussi dans un chemin de perfectionnement parce que Dieu ne l’invite pas à s’endormir passivement sur le lieu de sa conversion (….) Il est donc à la fois parfait et appelé chaque jour à devenir parfait.

Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous. Que Dieu nous inspire de tels ajustements de chaque jour, afin que, nous aussi, puissions être « parfaits comme notre Père céleste est parfait » (4).

 

 

Notes :

(1) https://www.liberation.fr/international/amerique/acquittement-de-donald-trump-un-nouveau-coup-de-farce-20210214_GRRLTEYVYRCEBPTA4G63SI3WYM/ ;  https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/595250/trump-garde-son-emprise-sur-le-parti-republicain

(2) https://www.nytimes.com/2021/02/14/opinion/trump-impeachment-trial-republicans.html

(3) https://www.liberation.fr/international/amerique/acquittement-de-donald-trump-un-nouveau-coup-de-farce-20210214_GRRLTEYVYRCEBPTA4G63SI3WYM/ ;  https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/595250/trump-garde-son-emprise-sur-le-parti-republicain

(4) D’après une prédication du pasteur Gilles Boucomont (2011) http://1001questions.fr/aunomdejesus/etre-ou-devenir-parfaits/

 

 

Communion : le défi inclusif de Jésus face à nos tentations exclusives

« Qu’ils soient un, comme nous sommes un » : Une prière prophétique de Jésus au Père, actuellement non encore véritablement réalisée. De quoi nous pousser à la repentance, surtout quand nous mobilisons toutes nos énergies à rebâtir les murs de séparation abattus par Jésus lui-même ! (Source image : Pixabay)

Samedi 06 février, j’ai eu la joie de participer au 5ème forum des Attestants(1), en tant que « sympathisant », voyant dans ce mouvement confessant, né au sein de l’EPUDF dans des circonstances particulières, l’illustration que l’action de l’Esprit Saint ne connaît pas de frontière dénominationnelle.

Cette nouvelle édition a eu lieu par zoom, nous proposant tables rondes et ateliers, avec des intervenants de qualité, autour du thème « la communion, un défi ? »(1). Un enjeu spirituel d’actualité, à l’heure des séparatismes et des crispations identitaires, tandis qu’un protocole sanitaire nous impose de respecter des « distances sociales », et sachant que les réseaux @sociaux favorisent un entre-soi plutôt inquiétant. J’ai hâte de voir publier les actes du forum sur le site des Attestants, permettant de revoir/entendre les diverses interventions, notamment celles de la matinée, que j’ai raté ! (1)

En vérité, il ressort de ce forum que la communion, à la fois un « être et un faire ensemble », n’est pas si évidente que cela chez les chrétiens, et même pas « naturelle » du tout. C’est pour cela qu’elle est un défi en tout temps, nous confrontant à la réalité.

Or, comme si « être » et « faire » communion n’était déjà pas un défi suffisant en soi, la veille du forum, l’équipe de jeunes rédacteurs du blogue Par La Foi, s’affichant « réformé », apportait une curieuse contribution à cet enjeu spirituel, sur fond de crispation identitaire, avec un certain formalisme cultuel, via un article qui m’a paru trop long et très académique(2), mais aussi particulièrement maladroit dans le contexte actuel et, surtout, injuste et prétentieux, en prétendant faire le (dépôt de) bilan négatif des Attestants après 5 ans d’existence [selon quels critères ? Quel « magistère » ?] pour expliquer pourquoi ils marchent « sur des chemins séparés »(3).

Cet article, qui accuse certains biais (« cessationnistes », « pédobaptistes »…), est-il utile pour la gloire de Dieu (c’est à dire contribuant à rendre Dieu visible, tel qu’il est en vérité) et l’édification de tous ? La question peut se poser, car, rappelons-le, le service véritable, qui est un mini-stère (et non un magi-stère), consiste à se positionner en-dessous des pieds de celui que l’on prétend servir. Une fois relevé, nous ne laissons pas par terre (ou plus bas que terre) celui que nous avons servi, mais contribuons humblement à l’élever, à le faire grandir.

Est-ce le cas de cet article ? Jugeons-en plutôt, à la lecture de sa conclusion, laquelle ferait froid dans le dos si elle n’était pas ridicule : « À l’heure actuelle, la croissance de l’Église protestante unie de France ne nous paraît pas une chose désirable pour l’Église universelle. La présence en son sein des Attestants est d’après nous un obstacle à la reconstitution d’une identité réformée (ou luthérienne) authentiquement confessante plutôt qu’un instrument à cette fin. À ce titre, nous ne jugeons pas non plus la communion possible entre nous…. ».

En clair, « Attestants, merci de ne pas (plus) exister » ?

Ceci dit, on se marre tout de même un peu quand on lit ce qui est écrit très sérieusement, soit (pour prendre un ou deux exemples au hasard) que les Attestants seraient des « libéraux moins extrémistes et moins cohérents que les autres » au sein de l’EPUDF. Rappelons que ce mouvement de chrétiens confessants est né en 2015 « du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ». De fait, les Attestants « partagent une même foi au Père créateur, au Christ Seigneur et sauveur [qu’ils confessent aussi comme étant pleinement Dieu et pleinement homme, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification], à l’Esprit Saint consolateur et puissant. « Courant de conviction parmi d’autres dans l’EPUdF », ils souhaitent « promouvoir une façon de vivre la foi, la vie de famille, la formation, à la lumière d’une lecture exigeante de l’Evangile ». Ils se veulent, notamment, « force de proposition en matière de prière, de lecture de la Bible, d’édification pour la foi, de formation, d’accueil des plus humbles ».

Et les Attestants sont tellement « libéraux » qu’ils confessent enraciner leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne (n’excluant) pas mais (impliquant) une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie »(4).

Les Attestants seraient aussi des « modernistes » et des « postmodernes », sous prétexte que certaines « traditions »(port de la robe pastorale, usage de la chaire, présence de l’orgue/harmonium….) seraient « systématiquement rejetées ».

Autant d’arguments pouvant d’ailleurs justifier un refus de communion…avec le Christ lui-même !

Imaginez en effet ce qui aurait pu se passer, pendant les 3 jours suivant la mise au tombeau de Jésus-Christ, après sa mort à la croix : « nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël, mais il est utile aujourd’hui de se poser la question s’il a réussi après 3 ans 1/2 de ministère ». Et un jeune docteur de la loi de se fendre d’un (trop) long article très académique, justifiant pourquoi lui et les siens « ne sont pas disciples de Celui que l’on appelle le Christ », concluant par ce qui ressemble à une condamnation sans appel, dans le style : « il n’est décidément pas possible d’être en communion avec ce jeune mouvement, lequel est un obstacle pour la conservation de l’identité judaïque », leur leader étant trop « libéral » (ou étant un « libéral » ne s’assumant pas) et « post-moderne », parce qu’il ne respecterait pas « la tradition des anciens »….Position tenue jusqu’à ce que le jeune docteur de la loi rencontre, confus, Jésus-Christ ressuscité….C’est ce que l’on peut se souhaiter de mieux.

Une chose est sûre : si vous souhaitez connaître les Attestants, ce n’est pas par cet article qu’il faut commencer, mais plutôt en cherchant à les fréquenter pour mieux les connaître, plutôt que de les enfermer dans des étiquettes disqualifiantes/restrictives : visitez leurs paroisses et participez (ou assistez) à leurs cultes, pour vous rendre compte si le Dieu véritable (Père, Fils, Saint-Esprit) est à sa place ; consultez leurs sites et participez à leurs formations/forums(5), non pas en cherchant « à obtenir confirmation » de ce que vous croyez savoir, mais plutôt avec la volonté humble et honnête de savoir vraiment.

Pour le reste, la sagesse sera celle de suivre le conseil d’un autre sage, un célèbre docteur de la loi, Maître du jeune docteur cité plus haut : « ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller. Si cette entreprise ou cette oeuvre vient des hommes, elle se détruira; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu ». (Actes 5v38-39). En attendant, apprenons à discerner des fruits évidents et significatifs, apprenons à dire merci à Dieu pour cela, et gardons confiance que l’approbation finale sera donnée (comme à nous tous) par le Maître lui-même.

Mais, comme le dit le vieil adage, « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt », il importe de ne pas s’arrêter « au doigt Attestant », pour fixer ses regards sur ce qu’il montre, à savoir le Christ.

Et ce, d’autant plus que nos réflexes exclusifs font plutôt tâche avec l’esprit inclusif du Christ et des Ecritures. Ainsi, quand certains justifient théologiquement d’exclure de leur cercle (déjà étroit) de « communion », nous lisons cette joyeuse invitation à la communion de l’apôtre Jean, au début de sa lettre [1 Jean 1v3-4] , rappelant les conditions de celle-ci : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous vous écrivons cela pour que notre joie soit complète ». Le même apôtre rappelle également que « si nous marchons dans la lumière comme (Dieu) lui-même est dans la lumière, nous sommes en communion……les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1v7)

Cet esprit inclusif se discerne encore dans le « faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » de Dieu, au commencement (Gen.1v26), le « nous » inclusif du Notre (et non pas « mon ») Père, enseigné par le Christ à ses disciples (Matt.6v9-13), et dans le « Qu’ils soient un, comme nous sommes un », le projet exprimé dans une prière dite par le Fils au Père en Jean 17, sur la façon dont l’un et l’autre souhaiteraient voir vivre ensemble ceux qui lui appartiennent. Une prière prophétique actuellement non encore véritablement réalisée. De quoi nous pousser à la repentance, surtout quand nous mobilisons toutes nos énergies à rebâtir les murs de séparation abattus par Jésus lui-même (Eph.2v14) ! L’enjeu spirituel de relever le défi de vivre la communion et l’unité est de taille, puisque c’est « afin que le monde croit »…. (v21). L’inverse est malheureusement vrai, puisque si pas de communion, il y a division, et l’absence de communion et d’unité empêche de croire.

Comme il a été rappelé lors du forum des Attestants du 06 février, en situation de crise, il n’est plus le temps de rompre des lances sur des sujets secondaires [lire à ce sujet Romains 14], mais le temps de revenir à l’essentiel. Et l’essentiel est Christ.

Rappelons que le Nom de Jésus est le seul Nom qui sauve, le seul Nom qui rassemble et le Nom qui est élevé au-dessus de tout nom, y compris les étiquettes dénominationnelles, rendant ainsi vaines toute crispation/repli/tentation ou prétention identitaire. En tant que chrétiens – « petits Christs » – nous n’acceptons pour seule « étiquette » que celle que Jésus nous a déjà donnée : « enfants de Dieu », « saints et fidèles en Jésus-Christ », « appartient à Jésus-Christ »…..

Rappelons également que le Nom de Jésus signifie aussi « Dieu sauve » mais aussi « Dieu élargit », lequel nous élargit de toute l’étroitesse de nos petits cercles restreints de (pseudo) « communion », « à l’exclusion de tous les autres ». De même, à la suite du Christ et en Son Nom, nous sommes envoyés pour élargir les horizons de nos frères et de notre prochain.

 

A l’heure où certains jouent encore à être « plus royalistes que le Roi », en mode « plus réformé que moi tu meurs », contribuons à une réelle édification, aidant à grandir : puisque nous sommes censés avoir « dépouillé le vieil homme » (avec ses prétentions identitaires restrictives), revêtons-nous du Seigneur Jésus-Christ – la seule identité valable qui nous a été donnée – et n’ayons pas soin de la chair [par exemple, l’orgueil intellectuel et/ou spirituel] pour en satisfaire les convoitises (Rom.13v14).

Renversons également nos façons de penser, pour en finir avec la pensée opposée à la pensée biblique et axée sur la « saisie », la classification, le déterminisme (soit le fait de coller une étiquette sur quelqu’un), la division, la conceptualisation…avec les logiques de la prise, les pensées rapaces qui griffent et qui déchirent.

Si ta théologie te rend incapable de discerner ce qu’est une pensée biblique, et si elle contribue à rebâtir les murs de séparation ce que Christ a abattu, alors change de théologie….

Le dernier mot sera au fameux jeune docteur de loi cité plus haut, qui n’a plus été le même après sa rencontre avec le Christ ressuscité :

C’est aussi « un devoir pour nous, les forts, de porter l’infirmité des faibles et de ne pas rechercher ce qui nous plaît. Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien, pour édifier. Le Christ, en effet, n’a pas recherché ce qui lui plaisait mais, comme il est écrit, les insultes de tes insulteurs sont tombées sur moi. Or, tout ce qui a été écrit jadis l’a été pour notre instruction, afin que, par la persévérance et la consolation apportées par les Ecritures, nous possédions l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et de la consolation vous donne d’être bien d’accord entre vous, comme le veut Jésus Christ, afin que, d’un même cœur et d’une seule voix, vous rendiez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu »(Rom.15v1-7)

« Si donc il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres.  Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».(Philip. 2v1-11).

Amen !

 

 

 

 

 

Notes :

(1)cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2021/01/30/forum-des-attestants-du-06-fevrier-communion-un-defi/

Il est possible de visionner les vidéos des temps forts (tables rondes seulement) du forum du 06 février. Le pasteur Martin Hoegger, de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud et membre du mouvement R3 (Rassemblement pour un renouveau réformé), nous partage également son regard sur cette rencontre dans cet article consultable ici.

(2) Cf https://parlafoi.fr/2021/02/04/pas-attestants/

(3) Pour rappel, « séparé », en hébreu et araméen, a donné le nom de « pharisiens », ce groupe de religieux souvent dénoncé par Jean le Baptiste et par Jésus, et qui a fini par intriguer bassement pour condamner et livrer ce dernier pour être crucifié. Par contraste, les Attestants ont choisi de rester au sein de l’EPUDF, plutôt que d’en partir pour rejoindre les Evangéliques ou fonder une nouvelle dénomination, illustrant un cheminement possible, alternatif aux replis identitaires.

(4) A ce sujet, je renvoie au forum des Attestants consacré au thème « qui parle ? Quand je lis la Bible… » https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/02/08/retour-sur-le-forum-2019-des-attestants-qui-parle-quand-nous-lisons-la-bible/

(5) Cf http://lesattestants.fr/ ; http://1001questions.fr/ ; http://tablesrondes.leglisequicroit.fr/ (avec ce compte rendu d’atelier https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/08/29/ce-que-leglise-communaute-chretienne-peut-apporter-a-la-generation-z-ou-digitals-natives/) ; http://www.liberer.fr/

« Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité »

Vivons-nous à la hauteur de nos idéaux ? Une question pour aujourd’hui…

Un « plaidoyer », ou « prêter sa voix à celui qui n’en a pas », c’est :

1/ manifester notre amour du prochain en montrant notre souci et notre respect des autorités en les rappelant à leur devoir ;

2/ témoigner de notre compassion pour les plus faibles en faisant entendre notre voix en leur faveur.

« Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité » de Edouard Nelson (BLF, 2020) est un livre(1) dans l’esprit de cette exhortation à intercéder pour nos autorités, comme nous y invite ce texte de 1 Timothée 2.1-4 : « J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »

Chaudement recommandé par un conseiller de la ville de Paris, un haut fonctionnaire, un maire, un adjoint de direction de l’enseignement catholique de Paris, un doyen de faculté, un responsable du CNEF (Conseil National des Evangéliques de France) auprès des parlementaires et un évêque, préfacé par une ancienne ministre de la République française, l’ouvrage présente une certaine crédibilité, de nature à rassurer nos gouvernants sur la volonté des chrétiens (notamment protestants évangéliques) d’honorer les autorités et d’être des citoyens fidèles oeuvrant pour le bien de la République.

Fourmillant de références (culturelles, philosophiques, ou historiques) communes à ses lecteurs, le livre a été pensé pour être offert à des proches voisins, mais aussi à un élu, qu’il soit maire ou député, un agent public ou un enseignant du primaire et du secondaire, ou encore à un ministre(2).

Son point de départ est particulièrement « gonflé », puisque, comme l’explique très bien l’auteur, seul l’Evangile de Jésus-Christ nous permet de vivre une véritable « liberté, égalité et fraternité », notre devise nationale française inscrite sur les documents officiels et sur les frontons des bâtiments publics, dont les mairies et les écoles.

En effet, le chrétien confesse que Jésus-Christ seul est Seigneur et qu’il est le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre. Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs » (Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, y compris la crainte de l’ennemi ultime, la mort (Hébr.2v15), et la restauration des relations rompues.

Il est en effet celui « qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Eph.2v14-16), nous recommandant par ailleurs de ne pas nous faire appeler « Maître », car nous n’avons qu’un seul Maître et nous sommes tous frères (Matt.23v8).

Le défi est de taille, surtout quand l’auteur affirme que « le Royaume de Dieu passe avant la République », et ce, à l’heure où le projet de loi « principes républicains » est actuellement débattu à l’assemblée nationale depuis début février 2021, dans un contexte de crispations identitaires. Que fera alors la République de ceux qui placent la loi de Dieu au-dessus de ses lois, s’ils ne troublent pas l’ordre publique, alors que la grandeur de la République est de proclamer et défendre la liberté de conscience et de religion ?

L’ambition de ce petit livre est d’être utile à ce sujet, en montrant, humblement et respectueusement, et avec pédagogie, que la discussion est toujours possible.

 

Reçu gracieusement en service presse par l’éditeur(3), que je remercie.

 

 

 Notes : 

(1) Fait touchant, l’ouvrage a été publié à titre posthume, son auteur étant décédé en août 2020 suite à un accident d’escalade cf https://www.lecnef.org/articles/59336-deces-dedouard-nelson-pasteur-et-vice-president-du-cnef

(2) https://www.christianismeaujourdhui.info/2021/01/30/connaitre-et-faire-connaitre-christ-c-est-le-fondement-quand-tout-s-ecroule/

(3) Informations sur https://www.blfstore.com/A-18493-plaidoyer-pour-la-veritable-liberte-egalite-fraternite.aspx

 

Qu’est-ce qui fait autorité dans ta vie : Les Ecritures ou les commentaires ?

« Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète… »

« Et ainsi vous avez annulé la Parole de Dieu au nom de votre tradition. »(Le Seigneur Jésus. Matt.15v6)

Une question révélatrice tient à ce qui fait autorité dans ma vie.

Ainsi, les chrétiens protestants évangéliques sont censés connaître (et vivre) ce principe scripturaire des protestants – « sola scriptura » (L’Ecriture seule) – qui marque la réflexion et les écrits protestants. Ainsi, par exemple, l’introduction de la « Formule de Concorde » (1577, publiée dans le « Livre de Concorde » en 1580) affirme la confession suivante : « Nous croyons, enseignons et confessons que les livres prophétiques et apostoliques de l’Ancien et du Nouveau Testament constituent la seule règle ou norme selon laquelle toutes les doctrines et tous les docteurs doivent être appréciés et jugés. »

A ce stade, le lecteur sera peut-être surpris d’apprendre que certains, au sein du protestantisme évangélique, formulent l’objection suivante : « la Loi Ecrite, d’accord. Et la loi orale ? »

Objection sous-entendant la question suivante, à la manière de nos amis Juifs : « Dieu a-t-il aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite ? »

Dit autrement encore : « est-il impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi (écrite) de Dieu sans les traditions orales – ou les commentaires, « les écrits de nos illustres devanciers » ?

A ce sujet, dans le cadre d’une édifiante discussion sur un forum de discussion juif messianique, une internaute relève que « le Judaïsme Rabbinique croit que Dieu a donné à Moïse une Loi Ecrite (trouvée dans la Torah, les cinq livres de Moïse). Mais il est aussi affirmé que la plupart des commandements sont exprimés succinctement, qu’il s’agit de déclarations générales, un peu comme les titres de chapitre dans un livre. On doit les interpréter. Il faut les développer et les expliquer. Donc, selon la croyance traditionnelle, Dieu a aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite. Moïse l’a ensuite transmise à Josué, qui à son tour, l’a transmise ensuite aux 70 anciens qui dirigeaient dans sa génération, qui l’ont transmise aux prophètes des générations suivantes.

Et ainsi de suite, mais avec un grand nombre d’ajouts. C’est pourquoi les rabbins enseignent que la Loi Orale ne cesse de s’accroître, puisqu’à chaque génération, de nouvelles traditions se sont développées et de nouvelles situations se sont présentées qui nécessitaient de nouvelles applications de la Loi.

Deux siècles après l’ère de Jésus-Christ, la Loi Orale était si volumineuse et complexe qu’il fallut l’écrire pour qu’elle ne se perde pas. Ceci devint la Mishnah, qui fut étendue en ce qui est maintenant connu comme le Talmud dans les siècles suivants. Après cela, selon les croyances rabbiniques, ceux qui étudiaient le Talmud continuèrent à développer et transmettre la Loi Orale à chaque génération suivante.

Tout juif religieux croit de tout son coeur qu’il est impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi de Dieu sans les traditions orales.

Le problème est que : 

– Le Talmud s’arrogent une autorité que les Ecritures ne leur ont jamais donnée.
– Le Talmud place la voix du raisonnement terrestre sur un niveau supérieur à la voix prophétique du Ciel.
– Le Talmud contredit la signification évidente des Ecritures.
– Le Talmud à certains moments contredit même la Voix de Dieu.
– Il n’y a pas d’évidence biblique d’une chaîne ininterrompue de traditions et de nombreuses évidences qui l’a contredise.

La question que chaque juif honnête [mais aussi tout chrétien] doit se poser est : « et si la Bible dit une chose et mes traditions une autre ? Suivrai-je Dieu, ou suivrai-je les hommes ? »

Néanmoins, faut-il cesser d’interpréter ?

Un premier danger serait de prendre l’interprétation biblique comme une fin en soi et d’oublier que « nous ne sommes pas là d’abord pour faire des interprétations » mais « avant tout (pour) approfondir notre relation au Dieu vivant révélé en Jésus-Christ ». De fait, « si les interprétations que je lis ne me semblent pas renvoyer à un approfondissement de ma relation au Christ mais que, par exemple, elles cherchent à défendre une idéologie ou à faire admirer l’intelligence de l’interprète », mieux vaut alors prier, reprendre le texte et alors, proposer une interprétation plus personnelle, par laquelle je peux mieux connaître le Seigneur et son amour.

Un autre danger, selon Bob Utley, professeur d’herméneutique, serait d’abandonner la tâche de l’interprétation Biblique « aux experts privilégiés, hautement qualifiés », en mettant une grande confiance dans nos techniques, principes herméneutiques et procédures d’exégèse, aussi excellents soient-ils, alors que « la foi n’offre pas de raccourcis à une lecture responsable de la Bible » : « Ce que nous avons fait avec les principes de l’interprétation ressemble à (1) ce que les Juifs ont fait avec leurs experts de la Loi, les scribes; (2) ce que les Gnostiques ont fait avec leur insistance intellectuelle et leur savoir secret, dont ils étaient les seuls à dispenser; et (3) ce que l’Église Catholique du Moyen-Âge a fait avec la dichotomie clergé-laïcs, laquelle continue jusqu’à aujourd’hui. »

Or, rappelle-t-il, « aucun de nous ne peut éviter le travail d’interprétation. Chaque fois que nous écoutons quelqu’un parler, ou lorsque nous lisons ce que quelqu’un d’autre a écrit, nous interprétons ce qui est dit. Cela n’est pas différent de quand nous ouvrons personnellement la Bible. La question n’est pas de savoir si nous devons interpréter, mais plutôt si nous le faisons bien ou mal (…)L’humilité doit toujours accompagner nos interprétations. Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète. Bien que la tâche de l’interprète nécessite étude et jugement, sa tâche ultime consiste à laisser la Parole qu’il étudie lui confronter et l’amener à l’obéissance….. »

Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique, ne le dit pas autrement : « Avant d’être un objet de connaissance et de recherche, la Parole est un sujet agissant. Elle examine avant d’être examinée, elle nous interprète avant d’être interprétée. Cette perspective inclut le caractère du don : la parole est avant tout une grâce, un don qui ne demande point d’œuvres de notre part. Cette efficience ne saurait dépendre de nos œuvres, … pas même de nos œuvres herméneutiques. La Bible est avant tout un sujet agissant qui nous interroge, interpelle, console ; c’est par elle que Dieu nous fait découvrir nos limites, donne naissance à la foi et nous oriente dans nos choix de vie ».

 

Initialement paru le 20/02/19 sur Pep’s café! et republié pour l’occasion.

Quand Jésus nous invite à « renverser nos manières de penser » (Luc 13v3)

« Chien blanc » de Romain Gary ou l’histoire d’une tentative de conversion….

«C’était un chien gris avec une verrue comme un grain de beauté sur le côté droit du museau et du poil roussi autour de la truffe, ce qui le faisait ressembler au fumeur invétéré sur l’enseigne du Chien-qui-fume, un bar-tabac à Nice, non loin du lycée de mon enfance. Il m’observait, la tête légèrement penchée de côté, d’un regard intense et fixe, ce regard des chiens de fourrière qui vous guettent au passage avec un espoir angoissé et insupportable. Il entra dans mon existence le 17 février 1968 à Beverly Hills, où je venais de rejoindre ma femme Jean Seberg, pendant le tournage d’un film. »

Ainsi débute « chien blanc », un livre de Romain Gary (1970) que je viens de terminer. C’est mon second de cet auteur après « la promesse de l’aube ».

« Chien blanc » n’est ni un roman, ni un reportage sur les États-Unis des années soixante, après l’assassinat de Martin Luther King, ni un texte autobiographique, mais tout cela à la fois et bien plus encore.

C’est l’histoire d’un chien qui a appris par son maître à être raciste. Et l’histoire d’une tentative de conversion.

Romain Gary et son épouse, l’actrice Jean Seberg, qui résidaient alors à Los Angeles, recueillent un berger allemand. Romain Gary lui donne le petit nom affectueux de « Batka », qui signifie « petit père » ou « pépère » en russe.

L’animal trouve rapidement sa place dans la maison, auprès de l’autre chien et des chats du couple, et se montre très attachant, appréciant tous les visiteurs. Jusqu’au jour où Batka se déchaîne, devenu subitement féroce et dangereux, contre un ouvrier d’entretien et un employé de la poste…tous deux noirs. Batka se révèle être un Chien blanc c’est-à-dire un chien élevé et dressé par des blancs à attaquer spécifiquement les Noirs. Ne pouvant se résoudre à le faire piquer et à s’en séparer, Romain Gary décide avec l’aide d’un Noir, Keys, un employé d’un zoo spécialisé dans l’extraction des venins de serpents, de rééduquer le chien. Au final, « la conversion » réussit, puisque Batka ne sera plus un chien blanc, mais un chien noir, qui n’attaquera plus les militants des droits civiques dans le sud des États-Unis, mais tous les Blancs, enfants inclus. Voir ce chien passer d’un extrême à l’autre est, pour Romain Gary, une catastrophe et un échec pour les humains qui se sont occupés de lui.

Ici, l’animal symbolise ce qu’il peut y avoir de pire : la haine fabriquée. Le chien n’est pas raciste de nature. C’est son maître qui lui a appris à l’être. Un tel maître est un idéologue « daltonien » qui ne distingue pas les couleurs et leurs nuances, voyant tout en « tout blanc » ou « tout noir ».

Or, une « conversion », ce n’est pas passer d’un extrême à un autre. C’est « renverser ses manières de penser » ou « penser à rebours », ce qui s’appelle une « métanoia ».

En Luc 13v2-5, Jésus interpelle de la sorte ceux qui l’interrogent sur le sort de Galiléens massacrés par Pilate : « Pensez-vous qu’ils étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens pour avoir subi un tel sort ? » (v. 2), ajoutant : « Et ces dix huit personnes sur lesquelles est tombée la tour à Siloé, et qu’elle a tuées, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » (v. 4). Non, répond Jésus : ni les Galiléens massacrés ni les victimes de l’effondrement de la tour ne sont plus coupables que les autres à qui nul assassinat ou nulle catastrophe ne sont arrivés. Mais, ponctue-t-il à deux reprises : « Si vous ne vous métanoête pas, vous périrez tous également. » (v. 3 et 5).

Les traductions habituelles donnent au verbe metanoein une connotation, soit religieuse (TOB : « se convertir » ; Colombe : « se repentir »), soit éthique (NBS : « changer radicalement ») voire comportementaliste (BFC : « changer de comportement »). Or, composé de la préposition méta (qui marque un changement de direction et que l’on peut rendre par « à rebours ») et du verbe noeô (« penser »), metanoein peut se traduire littéralement : « penser à rebours ». L’interpellation de Jésus s’entend alors : « Si vous ne pensez pas à rebours vous périrez tous également. » 

La métanoia désigne non pas d’abord un comportement religieux ou éthique mais une façon singulière de penser. Or, penser nécessite du temps. Un temps que nous prenons de plus en plus rarement dans notre société de « l’info en continu », de la réactivité, de l’instantané. Ce temps de la pensée, nous le prenons encore moins quand une tragédie ou une crise nous frappe : il faut alors réagir vite. Chacun à son niveau est sommé de se prononcer, de commenter, d’affirmer, voire d’agir. Or, rappelons-le, penser nécessite du temps. Le temps de la réflexion, de l’organisation des idées, de l’élaboration intellectuelle. Il n’est pas certain qu’une réaction immédiate, instantanée voire pulsionnelle, permette d’interroger l’événement en profondeur, et de se laisser interroger par lui.

Mais penser ne suffit pas. C’est de « penser à rebours » qu’il est question ici. À rebours de quoi ? De tout ce que nous pensons habituellement. « Penser à rebours » ou « renverser nos manières de penser » ne signifie pas abandonner une pensée pour en choisir une qui serait l’inverse de la précédente, son double en miroir en quelque sorte. Exemples : « Avant, j’étais pro-vaccin, maintenant je suis anti-vaccin » ; « Je croyais qu’il y a un réchauffement climatique, désormais je suis davantage climato-sceptique », « j’étais très never [tel démagogue populiste], maintenant je suis très pro [le même démagogue populiste] » ; « j’étais trop patriarcal, maintenant je vise le féminisme »…(et vice-versa). Cela, c’est encore penser dans le même sens, c’est-à-dire selon la même logique : celle d’un choix binaire et idéologique – qu’il soit politique ou religieux.

Il s’agit de « penser à rebours », c’est-à-dire, pour utiliser une image, de changer le logiciel de notre pensée. Par exemple, ne plus penser en opposition frontale, binaire et manichéenne, mais penser ce qui se dit dans l’écart, la différence entre les positions antagonistes. Penser l’espace qui s’ouvre entre les extrêmes et ainsi imaginer autre chose que nous n’avions jusque-là justement pas pensé. Non pas passer d’une pensée à l’autre mais « penser à rebours » à l’intérieur de toutes les façons habituelles de penser. Interroger la pensée de l’intérieur, en sonder les impasses, les impossibilités de s’ouvrir à autre chose.

Par exemple encore, penser qu’il y a possibilité de se poser et de réfléchir quand tout invite à l’action immédiate, c’est-à-dire à l’arrêt de la pensée.

Par exemple aussi, penser qu’il y a autre chose que ce qu’on nous présente comme clôturé, définitif, plein, saturé, décidé.

Par exemple enfin, « penser à rebours » en faisant notre le « comme non » paulinien (1 Co 7,29-31) qui invite chacun à ne pas réduire l’existence à ses choix mais à penser l’excès de l’être par rapport au faire ou à l’identité sociale.

Penser à rebours d’un monde où, malheureusement, « je suis ce que je fais ».

Voilà quelques pistes, non limitatives, d’une « pensée à rebours ».

« Penser à rebours », conclut Jésus, ou « périr ». Il faut peut-être ici entendre le terme non pas au sens de la mort physique mais comme désignant une autre mort que la mort (comme le « mourir tu mourras » de Gn 2,17), un pouvoir mortifère qui entrave en l’homme la possibilité d’être du côté de ce qui porte vers la vie. « Penser à rebours » pour ne pas mourir d’une atrophie de la pensée. Mourir de ne plus pouvoir penser autrement que selon des modèles fermés. Car penser dans le sens habituel de nos pensées, c’est assurément une forme de mort par défaut d’ouverture à ce qui pourrait advenir de neuf, par incapacité d’imaginer autre chose que ce qu’il y a. « Penser à rebours » pour laisser advenir ce qu’il n’y a pas et que nos façons habituelles de penser ne peuvent envisager(1).

Peut-être est-il urgent de suggérer qu’une façon de vivre une nouvelle année, de façon résolument « nouvelle », consiste à « penser à rebours » des formes de pensées qui sont habituellement les nôtres ? Pour cela, il s’agit de se mettre humblement à l’écoute des paroles du Christ, lesquelles sont « esprit et vie » (Jean 6v63). Cette Parole, agissante et efficace, nous interroge, nous interpelle, et nous console ; « c’est par elle que Dieu nous fait découvrir nos limites, donne naissance à la foi et nous oriente dans nos choix de vie »(2).

 

A méditer :

« Ce n’est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu. Il nous a aussi rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’esprit; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie » (2 Cor.3v5-6).

« ….la (vraie) circoncision, c’est celle du coeur, selon l’esprit et non selon la lettre ».(Rom.2v29)

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rom.12v2)

 

 

 

Notes :

(1)D’après Elian Cuvillier. Réforme, 07/01/16.

(2) http://lesattestants.fr/wp-content/uploads/2019/02/Lehmk-Attestants-Bible.pdf