Le Défi biblique de l’été : un livre et un témoin

Des hommes et des femmes vous témoignent à quel point la Bible est un livre vivant, susceptible d’impacter notre réalité (Source image : public domain picture)

Chers abonnés, chers lecteurs,

Pep’s café! le blogue vous présente sa nouvelle série de l’été, qui débutera à partir du 1er juillet : une série de présentations des 66 livres bibliques pour le non spécialiste, à raison de quatre présentations par semaine. Les textes paraîtront par ordre de réponse des contributeurs.

Pour cela, un « défi »* a été lancé à plusieurs hommes et femmes d’horizons différents et ayant tous en commun de confesser un même Seigneur : Jésus-Christ.
Ce défi consiste à choisir un (maxi deux) livre(s) de la Bible et le présenter en 300 mots maxi de la façon suivante (2-3 phrases par item) :

Quel est ce livre ?

Pourquoi sa lecture représente-t-elle un défi pour moi ?

Qu’est-ce qui m’a bousculé/interpellé/impressionné dans cette lecture ?

Le verset du livre qui m’inspire

Autant de questions qui ont impliqué chaque rédacteur et rédactrice, l’un et l’autre témoignant par là même de leur rapport au texte biblique.

Parmi « les appelés », 19 hommes et 7 femmes, dont vous ne connaîtrez que le prénom, ont accepté de relever joyeusement le défi pour notre encouragement et notre édification. Au final, ils se livrent eux-mêmes en nous livrant des textes inspirés et inspirants, sincères, touchants, décapants ou drôles.

Qu’ils en soient remerciés pour leur participation et leur implication !
Avec un grand merci spécial : pour mon ami et frère Louis-Michel qui totalise à lui seul 21 contributions, ainsi que pour Joël (11 contributions) et Yannick (7 contributions) !

Sur ce, je vous souhaite un bon été, ainsi que de bonnes lectures et de bonnes découvertes, comme d’être autant bénis que l’ont été les contributeurs et contributrices !

 

 

*Principe découvert sur le blogue du Temple du Marais à Paris.

La désinformation nuit à la santé

L’enjeu ici n’a rien à voir avec la polémique. Il s’agit simplement de prendre le temps de réfléchir à ce que signifie croire que « Jésus-Christ est la vérité »(Source image : « Piquée » sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont, 19/12/18)

L’esprit du conspirationnisme s’est-il infiltré de façon virale dans le christianisme actuel ?

Est-il acceptable de voir des « dealers » diffuser des doses quotidiennes de désinformations quotidiennes, tout en déclarant ne pas y toucher eux-mêmes…?

Depuis le début de la crise du covid, je reçois régulièrement des niouzeletteurs de la part d’une connaissance – un chrétien évangélique – dont je tairai le nom, colportant des opinions sur les vaccins, Bill Gates, le coronavirus, Didier Raoult et l’hydroxychloroquine…..

Les 02/06 et le 11/06, ladite connaissance me relaye les deux messages suivants :

Le premier message relayé émane d’un certain Xavier Bazin, « journaliste scientifique, éditeur, écrivain », et… « passionné de médecine naturelle », de « Santé-corps-esprit », message intitulé « Dangers du paracétamol : le Pr Raoult aggrave son cas ! », laissant entendre que l’étude du Lancet sur les dangers de l’hydroxychloroquine aurait été « manipulée »/ »fabriquée » « pour faire croire aux gens que l’hydroxychloroquine est un médicament qui tue ! » et pour discréditer « un médicament ancien et peu coûteux » susceptible de « concurrencer les nouveaux vaccins ou anti-viraux hors de prix. Si la chloroquine s’avérait être efficace, ce serait dramatique pour le système, car ce serait la preuve qu’il y a beaucoup de molécules anciennes ou naturelles, non brevetables, qui sont intéressantes…et qu’il faudrait donc arrêter de tout miser sur des nouvelles molécules ou de nouveaux vaccins et s’ouvrir aux médecines alternatives, traditionnelles et naturelles ». Message se concluant par une offre de formation….sur « les médecines alternatives, traditionnelles et naturelles », dont « le premier mois est gratuit ».

Le second message relayé est un mail [intitulé « Des américains défendent Didier Raoult »] du webmestre du site évangélique canadien samizdat, lequel communique la traduction française d’un article de L’American Spectator intitulé « LancetGate: Pulling a Fast One on Proponents of Hydroxychloroquine and Chloroquine », lequel s’ajoute aux remises en cause de l’étude du Lancet. A noter que le même webmestre, se revendiquant « complotiste rationnel », introduit son dossier « revue de presse » sur le covid 19 en lâchant qu’en fin de compte, « le Covid19 n’entraîne(rait) PAS une mortalité plus élevée que la grippe d’hiver normale », et qu’il serait « rationnel et raisonnable (sic) d’avoir de gros doutes sur la mortalité extraordinaire du Covid19 ». Et « bien que toutes sortes de questions se posent sur l’origine du Covid19 (arme ou naturel, accidentel ou provoqué), c’est une question (qu’il a) décidé d’écarter » dans la constitution de ladite revue de presse. Ce qui s’appelle un biais cognitif. De là à dire que les mesures sanitaires seraient exagérées et donc suspectes, il n’y a qu’un pas…(1)

Suite à ces deux mails, je décide de poser cette simple question à mon expéditeur : « si je te comprends bien [d’après les messages que tu relaye], tu prendrais toi-même de l’Hydroxychloroquine, si besoin ? Recommandes-tu personnellement – et sans réserve – l’Hydroxychloroquine aux chrétiens ? Dans le cas contraire, quel est l’intérêt de relayer de tels messages de nature à le faire croire ? »

Ce à quoi mon interlocuteur me répond : « Je ne suis pas un gourou ni un maître à penser [comprendre : pour avertir les gens ou les inviter à la prudence ?]. Je transmets des informations qui me paraissent pertinentes sans pour autant adhérer à tout ce que j’envoie. Chacun se fait son opinion. Par ailleurs, je n’ai ni le temps ni la volonté de polémiquer ».

Cette posture en mode irresponsable m’a parue plutôt légère. En effet, il me paraît inconcevable et même improbable qu’un chrétien se contente de transmettre des opinions sans en assumer les conséquences : à savoir transmettre des opinions que l’on ne partagerait pas, dont on sait pertinemment la toxicité virale mais en présentant lesdites opinions de manière à minorer leur toxicité, d’autant plus que le diffuseur, tel un dealer, n’y toucherait pas lui-même.

Par honnêteté intellectuelle, il serait plus juste et plus pertinent d’assumer sa propre position : si (pour reprendre ma question initiale) ce traitement (l’hydroxychloroquine) est dangereux, et auquel cas l’on ne se risquera pas de le prendre soi-même, il convient alors, par soucis d’intégrité, d’inviter les destinataires de nos mails à une prudence responsable, soulignant qu’un tel traitement n’est pas recommandable sans risque (2).

Ceci dit, je constate que « ces informations jugées pertinentes » (et donc partagées) par mon interlocuteur sont toujours traitées sous le même angle, sous leur angle le plus trouble – il y en a toujours un – et que ces « infos » sont triées de façon à ne conserver que ce qui est suspect, ou en ne retenant que les erreurs – ce qui n’est pas la vérité car un tel traitement est partiel et partial.

D’ailleurs, en quoi est-ce pertinent et utile pour la gloire de Dieu (refléter Dieu tel qu’Il est en vérité) et l’édification du corps de Christ de transmettre des opinions systématiquement marquées par le complotisme, le scepticisme, le cynisme ou le négationnisme écologique, quand il ne s’agit pas d’un billet d’humeur injurieux, diffamatoire et partisan en faveur de tel chef d’état sous le coup d’une procédure de destitution, ou de polariser autour de Didier Raoult et des vaccins, etc… ? Dit autrement : en quoi cela contribue-t-il à rendre les gens vraiment meilleurs, c’est-à-dire spirituellement plus murs, plus conscients de la dignité de leur humanité, plus responsables et plus ouverts aux autres ? En quoi cela contribue-t-il à les rapprocher de Christ et des uns des autres ?

A ce jour, je n’ai toujours pas eu de réponse claire et convaincante. Mon expéditeur n’a sans doute « pas le temps, ni la volonté de polémiquer », mais il fallait y penser avant de relayer des prises de position polémiques et clivantes.  Or, l’enjeu ici n’a rien à voir avec la polémique. Il s’agit simplement de prendre le temps de réfléchir à ce que signifie croire que « Jésus-Christ est la vérité », que « Dieu est amour » et « lumière », soit donc qu' »il n’y a pas trace de ténèbres en lui ». A moins que ce type de réflexions ne pose trop de problèmes ? C’est là un enjeu de santé publique, un enjeu spirituel.

Certes, celui qui choisit d’informer – et plus encore s’il est aussi chrétien – doit être conscient d’exercer « un mini-stère » (un service et un même service public) et non « un magi-stère ». En clair, celui qui exerce le service d’informer aura l’ambition de faire réfléchir ses lecteurs, et non de leur dire ce qu’il faut penser.

Une information, ou l’acte d’informer, est ce qui renseigne avec exactitude sur ce que l’on ignore et qui répond aux questions « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ». L’information n’est pas une opinion mais un élément de connaissance vérifiable, qui ne concerne pas que moi mais qui s’adresse/s’impose à tous. Et la condition d’une information digne de ce nom, crédible, est la recherche de la vérité. Sur ce point, le chrétien qui informe est censé avoir un avantage : il croit en la vérité absolue ou qu’il existe une vérité. Il sait que Jésus-Christ est la Vérité ou que « la Vérité est en Jésus ». A l’inverse, celui qui estime que la vérité n’est pas atteignable a renoncé à la chercher. Il ne lui reste alors plus que son honnêteté (ou sa mauvaise foi) par rapport à ses croyances (ce à quoi il tient) ou ses convictions (ce qui le porte) et non plus par rapport à la réalité. Or, nous réduisons trop souvent l’information à la seule expression d’une vision sur l’actualité, survalorisant l’opinion, le « coup de gueule », « l’édito » ou le commentaire.

Ensuite, informer, ce n’est pas simplement balancer des « faits bruts » en se donnant bonne conscience (« au lecteur de se faire son opinion ») : c’est aussi et surtout donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Informer, c’est (toujours) choisir : de parler d’un fait et pas d’un autre ; de choisir un aspect d’une question – un « angle » – dans le traitement de ladite information.

Informer n’est pas communiquer. Informer implique de donner à voir la réalité dans toute sa complexité, tandis que communiquer ne vise qu’à montrer le meilleur [ou le pire, selon son objectif de départ cf plus haut]

Un témoin est celui qui rend compte de ce qu’il a vu/entendu/rencontré personnellement. Il n’est pas un simple « relais » d’une information lue/entendue quelque part, à partir de sources de seconde, voire de troisième main.

Le rôle de celui qui informe devrait être de rassurer[ou d’inviter à prendre du recul], d’expliquer, d’engager les gens à agir », ainsi que de « démonter les discours de la peur et non d’alimenter cette dernière à coup de reportages [ou ici, de niouzeletteurs]

Enfin, informer n’a pas pour vocation de frapper, mais de toucher les esprits et les cœurs (3)

 

 

Notes :

(1) L’esprit du conspirationnisme s’est-il infiltré de façon virale dans le christianisme actuel ?

(2) « Les données recueillies au début de la pandémie surestimaient la mortalité du virus, puis les analyses ultérieures l’ont sous-estimée. Aujourd’hui, de nombreuses études – fondées sur des méthodologies différentes et complémentaires – estiment que, dans la plupart des pays, la mortalité du Covid-19 se situe entre 0,5 et 1 % ». (https://www.pourlascience.fr/sr/covid-19/quel-est-le-vrai-taux-de-mortalite-du-covid-19-19633.php ; https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/05/05/coronavirus-age-mortalite-departements-pays-suivez-l-evolution-de-l-epidemie-en-cartes-et-graphiques_6038751_4355770.html )

Actuellement : plus de 11 millions de contaminés, plus de 517.000 décès au niveau mondial, selon le bilan établi le 03/07/20 par l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU.  L’Europe est le continent le plus touché, avec 2,6 millions de cas. Les pays qui comptent quotidiennement le plus de morts sont le Brésil, le Mexique, les États-Unis et l’Inde.

Concernant l’hydroxuchloroquine, le point sur les études, recommandations nationales et prises de position, Mises en garde 

https://www.hug.ch/sites/interhug/files/structures/coronavirus/documents/hydroxy-chloroquine_et_covid-19.pdf

https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/COVID-19/Chloroquine_final.pdf

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/05/covid-19-l-hydroxychloroquine-n-a-pas-d-effet-benefique-selon-l-essai-clinique-recovery_6041923_3244.html [Les résultats préliminaires du plus grand essai clinique à ce jour incluant des patients hospitalisés pour un Covid-19 sont tombés le 04 juin : « Nous avons conclu que l’hydroxychloroquine n’a aucun effet bénéfique sur les patients hospitalisés avec Covid-19 », ont annoncé, vendredi 5 juin, les professeurs Peter Horby et Martin Landray (université d’Oxford), chercheurs en chef de l’essai britannique Recovery. Celui-ci a recruté depuis le mois de mars plus de 11 000 patients dans 175 hôpitaux du National Health Service (NHS) du Royaume-Uni]

Voir aussi : https://www.lci.fr/sante/coronavirus-le-covid-19-peu-dangereux-avec-une-mortalite-de-0-04-attention-aux-publications-trompeuses-2154431.htmlhttps://www.liberation.fr/checknews/2020/06/02/pourquoi-l-etude-du-lancet-sur-l-hydroxychloroquine-est-elle-sous-le-feu-des-critiques_1789844 ; https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/06/08/l-hydroxychloroquine-therapie-la-plus-efficace-un-sondage-obsolete-qui-circule-encore_6042157_4355770.html

(3) « De Babel à la Pentecôte, une leçon de communication du Pape François », article de Simon Lessard IN Le Verbe d’Avril-mai 2015, pp 36-36. A lire tout l’excellent dossier sur le journalisme chrétien (pp 12-46, paru dans cette édition du magazine https://www.le-verbe.com/wp-content/uploads/2015/03/Le-Verbe-complet.pdf

Retrouver la joie de prier

Une invitation décomplexante et stimulante

Voici un petit livre décomplexant, en ce qu’il ne s’adresse pas à ceux qui savent prier, les experts « es prière », ou à ceux qui, décomplexés, pratiquent ce qu’ils appellent « prière, mais qui n’est en réalité qu’un monologue sans fin.

Bonne nouvelle : il s’adresse à tous ceux qui, comme moi, ne savent pas prier ou ayant longtemps fui la prière. En effet, constate Michael Reeves, son auteur, qui se met dans le lot, « nous ne sommes pas doués pour la prière. C’est malheureusement vrai pour la plupart d’entre nous, et cela ne devrait pas nous étonner », car « nous sommes tous pécheurs » (1). Et nous connaissons « l’ami des pécheurs », Jésus-Christ (1), et qui, du pharisien et du publicain venus au temple pour prier, est reparti justifié.

Il ne s’agit pas non plus d’un manuel sur la prière.

Il s’agit d’une invitation stimulante et bienfaisante à « retrouver la joie de prier », joie que l’on a pu perdre, en étant trop centré sur la prière perçue comme « une chose que le chrétien doit faire » ou comme un domaine dans lequel nous devons progresser….A ce stade, lorsque la prière est tellement centrée sur elle-même ou sur celui qui prie, au point que celui avec qui je suis censé être en relation ne compte plus, alors ce n’est déjà plus une prière….

Au contraire, rappelle Michael Reeves, citant une expression de Jean Calvin, « la prière est le principal moyen d’expression de la vraie foi », que nous accueillons avec reconnaissance, et le principal moyen de la confiance authentique dans le Dieu vivant et vrai, lequel est un Dieu relationnel parce que « Trine », Père, Fils, Saint-Esprit.

« Prier, c’est encore respirer »(2). Pas plus qu’on ne respire l’oxygène ou l’azote isolés, pas davantage le souffle de la prière ne s’alimente isolément de Dieu.

La prière consiste donc à s’en remettre à un Père bon et puissant « au lieu d’être livré à une effrayante solitude où tout dépend de nous. La prière, c’est l’antithèse de l’autonomie. Elle est notre non à l’indépendance (et à) l’ambition personnelle » (3)

Le livre est très court (61 pages). Sans doute pour mieux nous inviter, non à « causer » sans fin de la prière, mais à vite rejoindre Dieu, lequel nous attend déjà, pour « causer » avec Lui en toute assurance et confiance, dans la liberté d’un enfant de Dieu devant Son Père, qui ne cherche plus à obtenir ou à arracher quelque chose, mais qui apprend à recevoir.

 

En bref : « Retrouver la joie de prier », de Michael Reeves. Editions Cruciforme, 2020. Reçu gracieusement de la part de BLF éditions, que je remercie. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

 

Notes :

(1) « Retrouver la joie de prier », de Michael Reeves, p 1, 17

(2) Comme l’écrivait Kierkegaard dans son « Traité du désespoir » (pp 105-106)

(3) Michael Reeves, op., cit., p 43

La théologie pour les nuls : comment, pour le chrétien, jouer (et pas qu’aux jeux vidéo !) « pour la gloire de Dieu » ?

« Trop souvent, nous prêtons attention au jeu vidéo, mais pas du tout au jeu lui-même ». Et jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même joueur. Source : Pexels

Le jeu vidéo peut-il être « à la gloire de Dieu » ?

Sous ce titre faussement provocateur – car après tout, l’apôtre Paul ne nous dit-il pas que tout ce qu’on fait doit être pour la gloire de Dieu (1 Co 10.31) ? Pascal et Guillaume discutent avec Benjamin, ancien accro aux JV, de cet éternel sujet dans cette émission « Coram Deo » : « est-il possible de jouer à des jeux vidéo pour la gloire de Dieu? »

Voici les questions explorées lors de cette émission:

  1. La Bible a-t-elle quelque chose à dire sur un sujet aussi « moderne » ?
  2. D’emblée, un jeu vidéo peut-il être perçu positivement au regard des données bibliques ?
  3. Quels sont les bénéfices et les dangers avec ce divertissement?
  4. Quels principes peuvent nous guider dans l’analyse des jeux vidéo que nous pouvons ou non tolérer ?
  5. Quels conseils peut-on offrir aux parents chrétiens quant à l’usage de jeux vidéo par leurs enfants?
  6. Quels sont vos jeux vidéo favoris?

Ceci dit, pour ne pas paraphraser l’un des animateurs [« la question est mal posée »], cette obsession du « jeu vidéo à la gloire de Dieu » semble occulter un enjeu autrement plus fondamental encore.

Etienne [marié et jeune papa, blogueur – « Phileo-sophia » et « Par la foi »], à qui j’ai demandé son point de vue sur la question, estime que « ce qui est vraiment critiquable chez les jeux vidéo en fin de compte, ce sont les écrans et leur consommation, leur omniprésence. C’est là le vrai locus ». Et il va plus loin en soulignant que « trop souvent on prête attention au jeu vidéo, mais, curieusement, pas du tout au jeu lui-même. Or, le principe d’un jeu, c’est de mettre en place un espace et un temps où l’on peut faire et être tout ce qu’on veut. Personne ne s’est jamais offusqué que l’on devienne généralissime universel mégalomane dans le jeu de Risk, ni que je sacrifie des millions de troupes et de civils. On ne se scandalise pas non plus qu’une reine soit égorgée par un cavalier dans le jeu d’échec [pas plus de ruiner tout ou partie de ses adversaires, le temps d’un Monopoly]… C’est la nature même du jeu que de se projeter/construire une réalité alternative, parfois éthiquement douteuse, comme le jeu du gendarme et du voleur, ou du loup, [le Monopoly] ou le Risk.  Ce n’est pas illégal de jeter quelqu’un par terre au rugby ou de frapper avec une barre de 1 kg à l’escrime. Je ne sais pas exactement pourquoi il n’y a pas de mal à jouer le mal, mais cela doit être liée à la nature du Jeu.

Or, jouer est très naturel à l’être humain, puisque Dieu est lui-même « joueur » [Il a ainsi créé « les baleines et les dauphins » pour « jouer avec eux » cf Ps.104v26]. Mais le plus bel exemple de jeu dans toute l’Ecriture Sainte se trouve dans le livre des Proverbes, au chant de la sagesse, où la sagesse elle-même dit avoir été aux côtés de Dieu pendant la création : « Je fus maître d’œuvre à son côté, objet de ses délices chaque jour, jouant en sa présence en tout temps, jouant dans son univers terrestre ; et je trouve mes délices parmi les hommes » (Prov.8v30-31) ».

En somme, la fabrication fondamentale de l’univers s’est accompagnée d’une sagesse souriante. Le renfrogné, le savant qui ne rit pas [et qui ne joue pas], ne peut découvrir, ni imaginer le monde.

Joseph [23 ans, qui invite à « vivre sa jeunesse autrement »] également sollicité, n’a pas « un avis tranché » sur les jeux vidéo, bien qu’il en a été « un ancien adepte. A l’instar d’Etienne, il nous invite à nous « interroger plus globalement sur le divertissement », au-delà des problèmes liés la violence, l’addiction…

« Blaise Pascal l’a fait avant nous », explique-t-il. « Il ne faut pas que ce divertissement devienne une échappatoire de la réalité. On parle des jeux vidéo, mais aussi des séries TV, films qui peuvent facilement manger du temps…Après si on peut souligner les aspects positifs du divertissement, je pense que c’est un besoin humain, nous ne sommes pas que bons pour travailler. Puis, quand nous sommes adolescents, notamment, c’est un moyen de se socialiser à une culture / un univers. Ces protagonistes deviennent des « compagnons » du quotidien, on en parle avec nos amis, ça devient des références partagées. Encore récemment, j’ai été ému de la fin d’une série (12 saisons) que je suis depuis que je suis au collège. J’ai l’impression d’avoir grandi avec eux ! L’enjeu, il me semble, c’est d’avoir le discernement pour choisir nos divertissements : ce qui va nous édifier et non nous souiller, ce qui va nous stimuler et non nous léthargiser. D’où l’importance pour les chrétiens d’amener la culture du Royaume dans la culture séculière, d’investir les industries culturelles. 

Avec mes nièces et neveux, au-delà de les protéger de contenus inappropriés (ce qu’il faut faire), j’essaye de stimuler leur autonomie, leur habilité à discerner par eux-mêmes. On ne pourra pas les protéger à 100%. Ils doivent être armés 🙂 Et en même temps, ma démarche, c’est de ne pas les empêcher de connaitre les références culturelles partagées par leurs pairs, mais de les accompagner – visionner avec eux, écouter avec eux… – pour avoir la vigilance nécessaire, et réajuster si besoin »(1).

Etienne et Joseph, merci à vous deux !

En résumé, et sous l’éclairage des réflexions précédentes, l’enjeu du jeu me paraît être de savoir :

1) Si cette pratique est vraiment utile, et utile pour « la gloire de Dieu ». La gloire de Dieu, c’est Dieu tel qu’il est en vérité. Glorifier Dieu, c’est montrer/donner à voir Dieu dans sa vérité et dans sa réalité. Aussi curieux que cela puisse paraître, nous pouvons donc donner à voir Dieu en jouant ! En d’autre terme, notre façon de jouer contribue-t-elle à l’accomplissement du dessein de Dieu en Jésus-Christ dans ce monde ? Ce n’est pas un privilège mais un pouvoir assorti d’une très grande responsabilité.

Notons encore que Dieu ne glorifie jamais l’homme et qu’il « ne donne » d’ailleurs « pas sa gloire à un autre » (que lui). Cependant, quand il glorifie Jésus, il ne fait que manifester qui est Jésus en vérité (cf Hébr.2Jean 12v28 et Jean 17v1)

Il n’y a pas de règle unique, mais une vocation exceptionnelle pour chacun, pour reprendre une expression de Jacques Ellul : dans certains cas, ce sera jouer qui sera à la gloire de Dieu ; dans d’autres situations, ce sera ne pas jouer qui sera à la gloire de Dieu. Il nous faut faire preuve de discernement à ce sujet.

Voici encore cet autre enjeu (« qui lui est semblable » ?) :

2) « que tout se fasse pour l’édification » : ma propre édification ou l’édification mutuelle, soit privilégier, avant mon propre plaisir, ce qui me construit ou construit l’autre, ce qui m’aide ou aide l’autre à grandir…

Un autre élément à garder à l’esprit : ne pas redevenir esclave ou ne pas (se) replacer sous un joug d’esclavage cf 1 Cor 6v12, 7v23, et Gal.5v1, ce qui exclue les rapports de domination et d’infantilisation dans un jeu [Ex : l’on peut dire : « on se marre bien avec X ». Sauf si « X » ne rigole pas, lui…]

L’en-jeu est de taille ! Alors, au-delà de la théologie du jeu, à quand une véritable théologie de la liberté en Christ, face à la société de la dépendance, celle qui nous rend accro à des jouets superflus pour mieux nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes ?

Et vous ? Qu’en dites-vous ?

 

 

Note :

(1) Concernant l’accompagnement des enfants à l’autonomie (notamment sur le plan qui nous occupe), il retient cette idée « d’encapacitation spirituelle », soit de donner aux enfants l’habileté de discerner par eux-mêmes. Ce qui implique 1) de les considérer comme des personnes à part entière, capables de jouir d’une vie animée par l’Esprit (cf. Matthieu 18:3) 2) de prendre du temps avec eux pour expliquer, regarder, faire et discerner ensemble 3) de considérer l’adolescence comme un passage d’une socialisation familiale à une socialisation des pairs, et donc de favoriser un entourage de pairs positifs (vie d’église, événements, camps et séjours chrétiens, séries TV / films / jeux avec représentations positives…).

En finir avec le racisme

Quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie »(1) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat »(2), il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame : c’est ainsi qu’il convient d’attaquer de front le racisme, lequel n’est même pas une option, puisque bibliquement impossible, inversant les projets de Dieu.

Plus subtil encore, le racisme peut même avoir des racines bibliques. La (re)découverte d’un texte connu nous permettra de prendre conscience des dégâts provoqués par les paroles maudissantes d’un des plus célèbres ivrognes. Et ce texte est Genèse 9v18-28.

 

 

Notes :

(1) Dit par l’animateur d’un site dit d' »actus chrétiennes » (19 février 2012), en réponse aux commentaires sur ce sujet jugé « essentiel » pour la présidentielle de 2012… : Marine Le Pen et le hallal…

(2) « Débat » du 12 avril 2012 sur le même site, pour savoir s’il est « concevable » qu’il y ait des « évangéliques d’extrême droite »…

« Un chrétien ne jette pas de pierres »

Pour diaboliser, il suffit de traiter la question sous son angle le plus trouble (il y en a toujours un), en triant les infos pour ne conserver que ce qui est suspect, ou ne retenir que les erreurs. Une sorte de définition du faux témoignage. Source image : compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

« Un projet de vaccin pour les pays en voie de développement prévoit « de joindre aux injections quelques gouttes d’un produit photosensibilisant, qui va pénétrer dans l’épiderme au moyen de petites pointes (comme un patch en velcro) et y demeurer quelques temps, pour qu’on puisse détecter si la personne a déjà été vaccinée ou pas », explique Jérôme Prekel en introduction à son article intitulé « une marque en forme de croix », publié sur son blogue Le Sarment(1).

« Ultérieurement, si on expose la peau à une certaine lumière, le dépôt apparaîtra, sinon il ne sera pas visible. Ce sera une marque en forme de croix (ou de rond). Cette idée, au stade expérimental, a été mise au point par des ingénieurs du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour une raison simple : en Afrique, par exemple, où existent de grands bassins de populations qui n’ont pas accès aux soins (soit parce qu’elles sont trop pauvres, soit parce qu’elles résident dans des régions reculées) vous pouvez rencontrer un grand nombre de personnes qui ne possèdent pas de papiers d’identité et encore moins de carnet de vaccination. Et s’ils en avaient un, il n’est pas certain qu’ils réussiraient à le garder en état plusieurs années. Un casse-tête pour les soignants ».

Or, « sur les réseaux sociaux, cette info a été l’occasion d’agiter le chiffon rouge de la conspiration et de la manipulation de masse. Elle est devenue virale après avoir été traitée sous un angle alarmiste par des collectifs appelés « antivax ». Beaucoup d’antivax sont conspirationnistes : globalement, ils estiment que les vaccins servent à enrichir le « big pharma » (au mieux), et qu’ils font partie d’une stratégie mondiale pour réduire l’humanité (au pire). Toutes les personnes opposées aux vaccinations ne sont pas conspirationnistes, mais avec la perspective possible d’une vaccination à grande échelle contre le coronavirus, leurs rangs vont sans doute grossir conséquemment.

Nous vivons à l’époque où il suffit d’un seul message posté sur les réseaux sociaux, par n’importe qui, pour former une vague qui fera le tour de la terre. Certaines rumeurs (hoax, fakenews) ont la vie dure et survivent plusieurs années, même après que la vérité ait été rétablie. Le mensonge revient, encore et encore, pour se nourrir de la crédulité, qui est une forme de foi.

Le mensonge a toujours existé, mais son rayonnement a pris de la force et de l’ampleur grâce à internet, qui peut produire des « effets de foule » électroniques. Des pics de mensonge auxquels un grand nombre de personnes croient, de manière irrationnelle. Comme dans les effets de foule, l’individu perd ses inhibitions et diminue son sentiment de responsabilité pouvant l’amener à adopter des comportements antisociaux à cause d’une désindividuation.

Au mois d’avril 2020, facebook a déclaré avoir signalé 50 millions de contenus classés comme de la désinformation. Ce qui signifie 1) qu’il en existe bien davantage en circulation et 2) que même étiquetés « suspects », voire faux, ils vont continuer d’exister. Parce que le mensonge est plus vendeur que la vérité.

Le présent article a peu de chance d’être partagé [parce qu’il ne fait pas peur], alors qu’une accusation absurde va enregistrer 10 000 vues en peu de temps. Et plus la ficelle sera grosse, et plus on la croira. Ainsi, une pandémie mondiale, avec l’anxiété qui l’accompagne, est l’occasion de faire des millions de victimes de la peur, du mensonge, qui va fonctionner exactement comme un virus, avec un taux de contamination extraordinaire.

Dans l’exemple de cet article, certains journalistes ont parlé d’un « carnet de vaccination implanté sous la peau », provoquant des pétitions de personnes probablement bien intentionnées, mais qui viennent alimenter la rumeur.

D’autres ont (évidemment) relié cette annonce à l’implantation d’une puce, pensant avoir découvert la preuve d’un complot caché pour détruire l’humaniténotamment parce que ces recherches sont financées par la fondation Bill et Melinda Gates ».

Notamment – incroyable mais vrai – ce « scoop » intitulé « prêt à être pucé ? », publié sur son site par un certain docteur Schmitz [lequel n’est pas virologue mais « pionnier de la santé naturelle »], que certains chrétiens évangéliques ont estimé « utile » de transmettre à des responsables d’églises et d’œuvres, ainsi qu’à « des chrétiens » jugés suffisamment « affermis ». Des « révélations » d’autant plus acceptées qu’elles font écho à certaines préoccupations de longue date….

C’est là que l’article de Jérôme Prekel se montre édifiant, en ce qu’il nous décortique la recette de la diabolisation, laquelle est simple : il suffit de traiter « la question sous son angle le plus trouble (il y en a toujours un) et en triant les infos pour ne conserver que ce qui est suspect, ou ne retenir que les erreurs. Une sorte de définition du faux témoignage (….)

Encore une fois, on ne s’étonne pas de trouver cette mentalité parmi les hommes sans Dieu, mais il est particulièrement affligeant de la trouver chez les chrétiens. Aux États-Unis, près de 40% de l’électorat Républicain  pense que le futur vaccin de Bill Gates contre le coronavirus, contiendra une puce de traçage, et on connaît la proportion de chrétiens évangéliques dans cet électorat ».

Or, « dans le monde de l’hystérie, nous ne sommes pas appelés à crier avec les loups et à jeter des pierres. Ni aux innocents, ni aux coupables… »

La suite ici.

 

Note :

(1) « Une marque en forme de croix », par Jérôme Prekel, publié le 27/05/20 sur Le Sarment

Ceux qui refuseront « la marque de la bête » auront-ils de quoi manger et vivre ?

 » En tant que chrétiens, nous n’adorons que Dieu, et nous refusons d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, politiques, économiques (Mammôn)… ». Source : Reflets.info

« Quand on refusera la marque de la bête, aura-t-on de quoi manger et vivre ? Pourrons-nous prendre soin de nos familles ? Ou devrons-nous attendre notre mort sur cette terre ? »

Cette question de l’internaute Anna, posée sur le site « 1001 questions », fait allusion au texte d’Apocalypse 13 v16-18, où il est question de « la marque » et du « chiffre de la bête » que chacun doit porter pour « pouvoir acheter ou vendre ». Rappelons pour commencer que le genre littéraire apocalyptique est fait d’images et de symboles, le tout constituant un code parfois difficile à déchiffrer et en tout cas à ne pas prendre à la lettre.

La plupart des commentateurs s’accordent à penser que tout comme dans le livre de Daniel, la « bête » représente le pouvoir impérial Romain, qui exigeait de tous les citoyens qu’ils lui rendent un culte. Les chrétiens des premiers siècles, ne reconnaissant que le Christ comme Seigneur, se sont exposés à des persécutions, se sont vus souvent exclure de la vie sociale et économique.

Le chiffre indiqué, 666, a donné lieu à bien des pseudo-actualisations farfelues (par exemple, certains y ont vu le code-barre étiqueté sur les produits commercialisables…). Mais le texte de l’Apocalypse le désigne simplement comme « un chiffre d’homme » : Six, répété trois fois comme pour évoquer cette parodie de la trinité, cette « anti-trinité » que constituent le Dragon du ch.12, la bête et l’autre bête du ch.13, appelé le « faux-prophète en 16v13. Le chiffre Six, c’est sept (chiffre évoquant dans la Bible l’achèvement, la perfection) moins un. Autrement dit C’est le chiffre de l’humanité qui cherche à se faire Dieu mais ne peut atteindre Dieu.

Comment interpréter tout cela ? En tant que chrétiens, nous n’adorons que Dieu, et nous refusons d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, politiques, économiques (Mammôn)… Et notre fidélité à Jésus-Christ peut nous exposer à être marginalisés, voire persécutés dans certains pays, quand nous refusons les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner.

Mais nous n’avons rien à craindre ! L’Apocalypse proclame la victoire du Christ crucifié et ressuscité (voir les chapitres 4,5 et 12 entre autres), à laquelle nous sommes associés (dans le langage symbolique de l’Apocalypse : notre nom est inscrit dans le livre de vie, 13,8).

Contrairement à ce que le mot « apocalypse » désigne dans le langage courant (catastrophe, effondrement du monde), il signifie « révélation » (de Jésus-Christ) et constitue un message d’espérance, une bonne nouvelle adressée à ceux qui souffrent pour leur foi.

Source : http://1001questions.fr/quand-on-refusera-la-marque-de-la-bete-est-ce-quon-aura-de-quoi-manger-et-vivre-pourrons-nous-prendre-soin-de-nos-familles-ou-devrons-nous-attendre-notre-mort-sur-cette-terre-anna/

 

 

 

Face au blasphème, deux confessions (de foi), sinon rien….

Trump, un « nouveau Cyrus » ? Ou « fanatisme sacrilège » ? Un chromo délirant et inquiétant se propage sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 : « Jésus-Christ guidant Donald Trump pour signer ses décrets » (pour « garantir la sécurité du « plus grand pays du monde » ?)

« Quand le roi aura pris place sur le trône, on lui écrira dans un livre un double de cet enseignement sous le contrôle des prêtres-lévites. Il le gardera auprès de lui et le lira tous les jours de sa vie, afin d’apprendre à reconnaître l’autorité du Seigneur son Dieu en veillant à toujours mettre en pratique les exigences et les obligations qu’il contient. Cela lui évitera de se croire supérieur à ses frères et de désobéir aux commandements. Alors lui-même et ses descendants auront un long règne en Israël ». (Deut.17v18-20)

« Ozias fut si admirablement aidé par Dieu qu’il devint de plus en plus puissant et que sa renommée s’étendit au loin. Mais sa puissance le rendit orgueilleux, ce qui causa sa perte, et il cessa d’être fidèle au Seigneur son Dieu : un jour, il pénétra à l’intérieur même du temple pour faire brûler de l’encens sur l’autel du parfum. Le grand-prêtre Azaria, accompagné de quatre-vingts prêtres du Seigneur, tous très courageux, y pénétra derrière lui. Ils se placèrent en face du roi Ozias et lui dirent : « Le roi n’a pas le droit de présenter lui-même les offrandes de parfum au Seigneur. C’est le privilège des prêtres, les descendants d’Aaron, qui ont été mis à part pour ce service. Sors de ce sanctuaire, car tu es en train de te rendre coupable d’une faute grave, qui ne sera pas un acte de gloire pour toi devant le Seigneur Dieu. » Ozias, qui s’apprêtait à faire brûler l’encens, se mit en colère contre les prêtres. Aussitôt la lèpre apparut sur son front, là, dans la maison du Seigneur, près de l’autel du parfum et en présence des prêtres. Le grand-prêtre Azaria et tous les autres prêtres, qui le regardaient, virent la lèpre apparaître sur son front ; ils l’expulsèrent immédiatement, et lui-même, se sentant frappé par le Seigneur, se hâta de sortir de la maison du Seigneur ».(2 Chron.26v16-20)

« Alors, je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, sur ses cornes dix diadèmes et sur ses têtes un nom blasphématoire (…)Il lui fut donné une bouche pour proférer arrogances et blasphèmes… » (Apoc.13v1,5 )

« Jésus répondit : « Mon règne n’appartient pas à ce monde ; si mon règne appartenait à ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne sois pas livré aux autorités juives. Mais non, mon règne n’est pas d’ici. » (Jean 18v36)

« Et nous avons vu et nous témoignons que le Père a envoyé son Fils pour être le sauveur du monde ».(1 Jean 4v14)

 

Pourquoi tous ces passages bibliques en introduction ? Vous le comprendrez à la lecture de ce billet où il est notamment question de l’usage (et du non usage) de la Bible, de blasphème et de confessions de foi.

La vidéo de la mort de George Floyd, afro américain de 46 ans à Minneapolis le 25 mai, a choqué le monde entier. Aux États-Unis, elle a suscité une profonde indignation et des manifestations de protestation véhémentes(1).

Pour sa première prise de parole publique, en direct depuis la Maison Blanche, Donald Trump a fait plusieurs annonces martiales : déploiement de milliers de militaires à Washington, demande aux gouverneurs de « dominer les rues » de leurs États… Déstabilisé par la révolte qui embrase les villes américaines, Donald Trump sait qu’il joue sa réélection, sur fond de double crise sanitaire et économique.

Alors que l’autopsie officielle de la mort de George Floyd par asphyxie et arrêt cardiaque lors de son interpellation par la police de Minneapolis, il y a une semaine, confirme l’homicide [un genou du policier sur son cou lui ayant fatalement couper la respiration], et que les manifestations s’étendent à travers le pays, une photo surréaliste s’affiche à la Une des journaux américains mais aussi européens. Celle de Donald Trump, qui pose une Bible à la main devant l’église Saint-John (« l’église des présidents ») endommagée la veille par un incendie lors de manifestations pour dénoncer la mort de George Floyd. Les manifestants avaient été évacués par les forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène.

Donald Trump a brandit sa Bible sans l’ouvrir. Il n’a pas non plus prié, ou cité [ou glorifié] Christ le Seigneur, ni même offert de message spirituel. Il a simplement exalté la nation avec force superlatifs, en disant « Notre pays est grand. C’est ce que je pense. C’est le plus grand pays du monde. Nous allons le rendre encore plus grand et cela ne prendra pas longtemps… »

Sur CNN, Mgr Mariann Edgar Budde, du diocèse épiscopal de Washington, qui n’était pas au courant de cette visite, s’est indignée : « Le président vient d’utiliser une Bible… et l’une des églises de mon diocèse, sans autorisation, comme décor pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent… Je ne peux pas croire ce que mes yeux ont vu […] Je suis scandalisée », ajoutant « Et je veux juste que le monde sache que nous, dans le diocèse de Washington, conformément à Jésus et sa voie d’amour… nous nous éloignons du langage incendiaire de ce président. Nous suivons quelqu’un qui a vécu une vie de non-violence et d’amour sacrificiel […] Nous sommes du côté de ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd et d’innombrables autres. » Un prêtre épiscopalien a de son côté dénoncé un blasphème(1).

Les chrétiens qui soutiennent ce chef d’état seraient « des chrétiens solidement bibliques » et ayant « nettement plus de discernement spirituel que les autres », nous assure, non pas Le Gorafi, mais un internaute en commentaire sur un blog théologique

Or, ledit chef d’état a prétendu être chrétien mais sans avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit… Le même a aussi prétendu avoir « le droit absolu de « se gracier lui-même ». Un droit absolu serait un droit divin, obtenu de Dieu au-delà de la constitution. Sauf que la constitution américaine ne permet pas à un président de se gracier lui-même. Il s’agit donc d’un fantasme de toute-puissance. Ultimement, c’est bien Dieu qui pardonne et qui gracie. Nous pouvons être amenés à nous pardonner nous-mêmes pour des choses dont nous nous accuserions sans cesse, mais se gracier de ce que la justice des hommes aurait condamné en nous, quand on sait que toute autorité vient de Dieu, c’est une façon de… se mettre à la place de Dieu. Conséquence spirituelle : quand on craint si peu Dieu qu’on se met à sa place, on risque de le rencontrer. A savoir comment. Dans la conversion ? Alléluia. Dans le jugement ? Ça peut être plus chaud… » (2)

« Tu ne twitteras pas pour trumper » (Source image : compte twitter de Gilles Boucomont, le 28/05/20)

C’est ainsi que l’on ne saurait brandir la Bible, laquelle est Parole de Dieu et non parole des hommes, à la légère. D’autant plus que ces mêmes Ecritures commandent, entre autre : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture [pour tromper ou pour « trumper », dirait-on aujourd’hui]. Car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture » (Ex.20v7) « Tu ne soulèveras pas le nom » : il s’agit d’appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations…. », explique Erri de Luca, en soulignant que l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture « car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue] ….Le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce, et qu’on en porte tout le poids. Celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ». C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité. Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. Comme dans toutes les guerres faites au nom de cette divinité.(3)

A ce stade, il est bon, pour les chrétiens, soucieux de ne pas se laisser instrumentaliser, de prendre le temps d’une pause pour considérer ce en quoi ils croient, de quel règne et de quelle seigneurie ils se revendiquent. De là l’utilité de certaines confessions de foi.  En voici deux, qui me paraissent emblématiques :

1) La déclaration de Barmen

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours autoritaire, outrancier et raciste, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique et biblique, il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, deux pasteurs et théologiens méthodistes américains dans Étrangers dans la cité. Publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934, laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » (op. cit., p 92).

Notons, comme nous y invitent en guise de commentaire Stanley Hauerwas et William H. Willimon, « la nature exclusive et non inclusive de cette déclaration, sa détermination non pas d’abord à faire ce qui est juste, mais à entendre ce qui est juste et à faire valoir la dimension impériale de la Seigneurie du Christ. La déclaration de Barmen tranche avec une Eglise toujours prête à altérer sa proclamation en fonction des désirs de César » (op. Cit., p 92).

Déclaration de Barmen à consulter ici dans son intégralité. Ce texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adoptée à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Eglises luthériennes, réformées et unies.

Autres extraits :

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ, mais à d’autres seigneur et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification ».

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants des convictions idéologiques et politiques ».

(…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

Et voici cette autre confession de foi, plus contemporaine et particulièrement originale :

2) « Double citoyenneté »

Je crois que j’ai reçu du Seigneur la double nationalité.
Je suis citoyen d’un autre pays
où l’on ne me demande jamais mes papiers,
où l’on m’accueille en tant que frère ou sœur,
et où la couleur de mon vêtement,
de ma peau ou de mon argent n’ont aucune importance.
Je suis citoyen d’un autre pays où les lois sont respectées
parce qu’elles sont écrites dans les cœurs
et pas seulement dans la pierre ou sur papier,
et où personne ne perd son temps à réclamer ses droits
parce que chacun préfère s’appliquer à être fidèle à ses devoirs.
Je suis citoyen d’un autre pays où Celui qui règne
n’a pas besoin de consacrer la moitié de ses mandats à sa réélection,
parce que sa légitimité est acquise et n’est pas à conquérir.
Je suis citoyen d’un autre pays où la fin est plus importante que les moyens,
où la relation est plus considérée que la domination,
où la parole et la confiance ne sont pas de vains mots.
Et parce que je suis citoyen de cet autre pays,
ma façon de penser, d’être et de vivre sur cette terre
a changé irrémédiablement.
Je vis, je me lève et je parle à mes contemporains
en tant qu’ambassadeur d’un autre monde où tout est possible
et je crois que ce possible est ouvert aux hommes et aux femmes de notre pays.
Amen

Gilles Boucomont, octobre 2006 (4)

 

 

 

Notes :

(1) https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Pourquoi-Donald-Trump-utilise-Bible-2020-06-02-1201097143 ; https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Affaire-Floyd-Donald-Trump-menace-deployer-larmee-dactive-2020-06-02-1201097056 ; https://www.france24.com/fr/20200602-mort-de-george-floyd-donald-trump-menace-d-envoyer-l-arm%C3%A9e-pour-dominer-les-rues ; https://www.reformes.ch/politique/2020/06/pour-poser-avec-la-bible-trump-fait-evacuer-le-parvis-de-saint-john-etats-unis ; https://theconversation.com/ce-que-la-mort-de-george-floyd-et-ses-consequences-disent-de-lamerique-139776 ; https://www.nytimes.com/aponline/2020/06/01/us/ap-us-america-protests-trump-church.html  ; https://edition.cnn.com/2020/06/01/politics/cnntv-bishop-trump-photo-op/index.html ; https://www.christianitytoday.com/edstetzer/2020/june/bible-is-not-prop.html

(2) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/08/quand-un-chef-detat-pretend-avoir-le-droit-absolu-de-se-gracier-lui-meme-eclairage-biblique-et-consequences-spirituelles/

(3) Voir notre article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/06/15/au-nom-de-dieu/

(4) Initialement parue sur http://1001questions.fr/aunomdejesus/double-nationalite/ puis sur https://temple.dumarais.fr/double-citoyennete-confession-de-foi/

Exercices spirituels

« Seuls ensemble » ou quand, dans un nouveau régime connecté, une gare, un café, un parc (ou une église ?) n’est plus un espace commun, mais un endroit où les gens sont rassemblés mais s’ignorent….

« Quand je me réveille, avant toute chose je consulte mes mails. avant de dormir, je les lis une dernière fois. J’ai fini par me rendre compte que prendre connaissance de nouveaux problèmes et impératifs professionnels n’était pas la meilleure façon de commencer la journée, ni d’ailleurs de la finir. Mais je n’ai pas changé mes habitudes pour autant, même si celles-ci ne me conviennent pas », nous partage l’anthropologue Sherry Turkle dans « Seuls ensemble » (1)

Cette dernière « fait (alors) part de (son) irritation grandissante à une amie, une femme de soixante-dix qui médite chaque matin sur un passage de la Bible, une habitude prise lorsqu’elle était adolescente.  Cette amie m’avoua qu’il lui était de plus en plus difficile de commencer ses exercices spirituels avant d’avoir regardé ses mails. Pour elle, le fait de repousser le moment de consulter sa boîte de réception faisait désormais partie intégrante de son acte de piété (2). et comme moi, elle perdait le sommeil en lisant ses mails chaque soir avant de se coucher »

Un peu plus loin, dans le même ouvrage, Sherry Turkle souligne que « nous avons l’impression d’être des versions améliorées de nous-mêmes lorsque nous sommes en ligne. Ceci fait écho aux moments où quelque chose de plus se passe avec les robots [dits « sociaux »]. Mais dans les deux cas, ces moments superlatifs peuvent nous laisser avec des vies appauvries. Les robots et la connectivité (…)représentent deux chemins possibles vers une forme de retrait relationnel. Avec les robots sociaux, nous sommes seuls, mais nous recevons des signaux qui nous disent que nous sommes avec autrui. En réseau, nous sommes avec autrui, mais nous attendons si peu des autres que nous pouvons finir par nous sentir complètement seuls. Et nous courons le risque de considérer à terme autrui comme un simple objet auquel on accède, juste pour y trouver ce qui semble utile ; du réconfort ou du divertissement »(3).

Aïe ! C’est ce qui me motiverait dans mes « temps d’intimité avec Dieu » ?

 

 

Notes :

(1) Turkle, Sherry. « Seuls ensemble : de plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines ». Editions L’Echappée, 2015, pp 243-244. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes (et vraies) librairies.

(2) A noter qu’il est aussi prévu, dans la Bible, un jour de cessation en fin de semaine, le Shabbat. Institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais, le Shabbat est un bien collectif et la propriété commune de tous ceux qui partagent la vie commune. La « cessation » s’étend donc à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale – – aujourd’hui, l’on pourrait intégrer nos ordinateurs et téléphones portables, en les éteignant –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi.

(3) Turkle, Sherry. op. cit., p 244.