Des primaires américaines 2016 vraiment « primaires » ou une campagne en « Trump-l’oeil »

Des primaires "primaires" ? Par Andy Singer

Des primaires « primaires » ? Par Andy Singer

Et si nous appelions  « chaque chose par son vrai nom. Par son vrai nom » ?

 

« Into the Wild », le magnifique film de Sean Penn(2007) vu dernièrement, est l’adaptation du récit Voyage au bout de la solitude, écrit par Jon Krakauer en 1996, et qui relate l’histoire authentique de Christopher McCandless, un jeune homme doué et sportif qui décide de laisser tomber un avenir prometteur, après de brillantes études, pour partir seul vers le Nord, en Alaska, afin de vivre et survivre « into the wild », « en pleine nature » sauvage et hostile. Il abandonne sans prévenir une famille qui présente les apparences d’un « rêve américain » réalisé, en réalité déchirée par la mésentente des parents et rongée bien plus sournoisement par le matérialisme. Parmi les livres qui l’accompagnent dans sa quête intérieure, il y a le Docteur Jivago de Boris Pasternak, où Chris lit à haute voix cette phrase : « appeler chaque chose par son vrai nom ».  Il s’agit là non d’un luxe, mais d’une question de vie ou de mort, liée à une recherche d’identité, comme à un impératif de connaître le vrai nom des plantes, pour distinguer les comestibles des toxiques. D’aucuns penseront peut-être à la scène des « coloquintes sauvages » venues « semer la mort » dans la marmite, relatée dans 2 Rois 4v38-41, et prêteront attention à ce qui a assaini le potage empoisonné….

Appeler « chaque chose par son vrai nom », c’est la question fondamentale que m’inspirent les primaires américaines 2016(1), particulièrement violentes et tendues, où le pragmatisme et la démagogie semblent l’emporter sur « les valeurs ». Justement, de quelles « valeurs » parle-t-on ? Que met-on derrière les termes ou expressions « conservateurs », « valeurs chrétiennes » ou « candidat des valeurs chrétiennes » ?

« Focus caucus » : Pour bien comprendre les enjeux

D’autre part, cette nouvelle course présidentielle me paraît aussi être le cadre idéal pour confronter certains contenus des discours et programmes des prétendants démocrates et républicains avec les principes bibliques, via une série d’articles : Par exemple, la politique étrangère, les propositions sociales et celles liées aux valeurs familiales, à l’éthique, dans les domaines de la santé, de la science (incluant les positions de chacun sur l’écologie, le transhumanisme, ou les nanotechnologies), de la biologie ou du planning familial, sans oublier l’éducation et la culture.

Il s’agit aussi d’inviter à une réflexion sur ce que pourrait être l’implication ou la posture « souhaitable » des chrétiens(Evangéliques ou même catholiques) dans cette campagne en particulier et en politique de façon générale, pour sortir des « packaging identitaires » ou « idéologiques »(2) dans lesquels ces derniers semblent enfermés irrémédiablement, et avoir une action réellement positive en politique. D’autre part, des candidats, sortant de ces « packaging » et opérant une synthèse « réussie », sortant des habituels libéralismes culturels et économiques, existent-ils ? Faut-il rechercher à tout prix LE  « candidat des valeurs chrétiennes », et attendre « un messie politique » ?

Pour une première approche, j’ai sollicité Chady Hage-Ali, chercheur en relations internationales et animateur du blogue « Stratpolitix » que je suis depuis quelques temps. Ses travaux s’orientent principalement sur la politique étrangère américaine-« critère d’évaluation » peut-être « secondaire », mais « non négligeable » selon l’intéressé – et sur les faits religieux. Entretien exclusif (février 2016) :

Pep’s café : A chaque élection – notamment l’élection présidentielle – les chrétiens sont généralement invités à voter pour « le candidat des valeurs chrétiennes ». Un choix qui ne semble toutefois pas si évident que cela, vu l’esprit de la campagne, particulièrement violente et tendue, et vu le profil de certains candidats. Côté Républicains, censé être le parti ayant « toujours défendu les valeurs chrétiennes », émerge Donald Trump, milliardaire, trois fois marié et propriétaire de casinos, aux propos outranciers et extravagants, « parsemés de remarques racistes, de ripostes profanes et vulgaires, de propos misogynes et de revendications arrogantes concernant ses adultères. Délibérément provocateur, (incitant) à la haine »(3), niant « connaître le KKK tout en refusant de se prononcer au sujet de ce genre de groupes »(4), il a déclaré vouloir « être le sauveur des chrétiens »(5). Qu’en pensez-vous ? Etonnant choix, surtout sur des critères « moraux » ou de « valeurs », de la part de ceux que l’on appelle « les chrétiens conservateurs »(6) que celui d’un candidat tel que Donald Trump,…même si d’autres, parmi les évangéliques, ne sont pas dupes(7).

Chady Hage-Ali (« Stratpolitix ») : Trump, malgré ses outrances, peut attirer une frange de l’électorat chrétien conservateur (notamment les durs du Tea Party (8) qui ne votent pas en fonction de la finesse et de la culture générale du candidat, mais surtout s’il montre l’image d’une Amérique forte, autoritaire, conservatrice sur le plan des valeurs). Trump ne fait pas partie de l’establishment et ça joue en sa faveur. Il s’inscrit dans une tradition jacksonienne très populiste.

C’est d’ailleurs pourquoi Jerry Falwell Jr. (fils du télévangéliste Jerry Falwell) considère qu’il ferait un bon candidat. Pour lui, nul besoin d’être un Bible man animant des sunday schools pour être un chrétien honorable et un bon président. Falwell Jr a cité récemment l’exemple de Jimmy Carter, un très bon pasteur mais qui, selon lui, s’est avéré être un mauvais président.

Beaucoup d’électeurs évangéliques voient Trump comme un homme honnête, indépendant (qui n’a besoin de personne pour financer sa campagne). Son côté “outsider” et le fait qu’il n’ait plus rien à gagner, ni argent ni popularité, leur procure le sentiment rassurant que ce dernier souhaite uniquement devenir président par amour de son pays et pour le servir. Mais les leaders évangéliques, notamment baptistes et méthodistes, sont perplexes, à juste titre, puisque son nom est associé à ses nombreux casinos et clubs de Strip tease et à des déclarations incendiaires et racistes sur les minorités ethniques (et qui semblent inquiéter bien plus d’ailleurs que ses attaques islamophobes de toute évidence).

Je n’imaginais vraiment pas cet homme être élu lors les primaires, mais je révise désormais un peu mon jugement (et mes prévisions) car force est de constater que sa popularité n’est pas retombée malgré ses propos outranciers (et parfois à la limite de l’ordurier). Il se maintient. Son franc-parler a visiblement l’air de plaire contre toute attente même si l’élite républicaine semble bien moins emballée que son électorat à son sujet. Ils pressentent que Trump peut être une machine à perdre face à une Hillary Clinton pas forcément aimée, mais expérimentée et mesurée dans ses propos. Si les républicains veulent être pragmatiques, ils choisiront Ted Cruz ou un Marc Rubio (je ne pense pas que le nom “Jeb Bush” leur porterait chance, en tout état de cause).

Pep’s café : je peux comprendre que ceux que vous appelez « les durs du Tea Party »(8), mouvement qui me paraît plus fiscal que réellement « chrétien », puissent soutenir Donald Trump. Mais comment, de façon plus précise encore, ce que vous qualifiez de « frange de l’électorat chrétien conservateur » (et donc censée être attachée aux « valeurs morales » et éthiques) peut-il considérer que ce dernier serait « un bon candidat » : celui des « valeurs chrétiennes » ? Ted Cruz ou Marco Rubio, ses concurrents républicains à l’investiture, ne seraient-ils « pas assez à droite » pour eux ? Que leur apporte fondamentalement un tel candidat ? D’autre part, certes, dans l’absolu, nul besoin « d’être un Bible man animant des sunday schools pour être un chrétien honorable[reste à se mettre d’accord sur le sens de ce terme] et un bon président », mais qu’en est-il de la crédibilité de Donald Trump sur les questions économiques et sociales, ou de politique étrangère ?

Stratpolitix : D. Trump n’est pas un “candidat chrétien”, bien sûr, d’ailleurs, dans l’absolu, il n’y en a aucun. Mais la vision qu’il promeut est ostensiblement celle d’une Amérique plus centrée sur elle-même. Son discours anti-islam peut plaire aux évangéliques les plus conservateurs voire aux fondamentalistes. Sur le plan des relations internationales, il n’est pas le plus interventionniste des candidats républicains (il fustige la guerre en Irak, le renversement des dictateurs – le fameux régime change – qui a, à ses yeux, aggravé la situation en Irak et en Libye). Trump aurait préféré que l’Amérique se focalise sur l’Afghanistan. En revanche, il partage avec ses rivaux républicains et néoconservateurs interventionnistes le même avis/aversion – qui est aussi le marqueur le plus commun – concernant l’Iran, les ennemis d’Israël et l’accord sur le nucléaire iranien (il y est foncièrement opposé). À cet égard, il reste dans la ligne traditionnelle qui plaît à la frange irréductible des sionistes, des chrétiens restaurationnistes et dispensationalistes (qui ne sont pas tous proprement – et doctrinalement – “sionistes” mais voient la restauration et la défense politico-militaire d’Israël comme un prérequis à la parousie). D. Trump n’est pas fondamentalement « moins ou plus à droite » que M. Rubio ou T. Cruz. En somme, D. Trump brasse large : l’Amérique profonde (qui est aussi la base du tea party), les libertaires, anti-étatiques et isolationnistes (qui constituent également la tendance dominante du Tea Party), les déçus d’Obama (qui ont l’impression d’une Amérique faible, molle, dont l’hégémonie est sur le déclin) et les chrétiens les plus droitistes et orientés vers la prophétie.

Mais en lisant son programme(9), on s’aperçoit que Trump est beaucoup plus intransigeant en ce qui concerne la sécurité intérieure qu’en ce qui concerne l’extérieur. Il serait plutôt favorable à ce que les Européens soient plus investis dans la crise ukrainienne, que la Chine gère le cas de la Corée du Nord.  En bref, l’Amérique doit pouvoir compter et se reposer sur ses alliés et sur d’autres puissances régionales.

Quant à la Russie, D. Trump en a une image assez positive. Vladimir Poutine et lui ne manquent jamais une occasion de dire à titre personnel, par médias interposés, tout le bien qu’ils pensent l’un de l’autre. Vladimir Poutine veut D. Trump à la présidence et il le fait savoir, car il entrevoit dans le discours de Trump l’opportunité un grand partenariat (qu’il espère depuis plus d’une décennie et qu’il n’a pas obtenu avec B. Obama malgré ses promesses de “redémarrage des relations” enterrées en 2013. V. Poutine a toujours cherché à faire jeu égal, à être une sorte de partenaire-rival indispensable à Washington.

Trump sait pertinemment que ses annonces tonitruantes sur les mesures préventives (voire répressives) contre l’islam et les musulmans sont anticonstitutionnelles et ont très peu de chance d’être validées s’il devient président, mais en montrant qu’il est volontaire pour accentuer le contrôle des frontières, des réfugiés et des citoyens musulmans (présentés comme une “cinquième colonne”) et qu’il ne s’inscrit pas dans le “politiquement correct”, il se démarque des autres candidats. Il occupe toute la scène médiatique et dès qu’il sent que la machine s’essouffle, il créé un scandale et c’est reparti pour un tour. Son programme n’est pas détaillé, mais il s’en moque car il sait que l’Américain moyen ne va pas non plus trop creuser et le magnat ne compte pas sur son programme(9) pour accroître sa popularité.

Les chrétiens évangéliques conservateurs (je ne parle pas des évangéliques de gauche), choisiront tout sauf un candidat de gauche progressiste/libérale, relativiste et internationaliste comme Obama. Je pense qu’ils seront prêts à accepter en dernier ressort un “clown” dès lors qu’il se montre patriote, s’aligne personnellement, inconditionnellement sur la politique coloniale et sécuritaire d’Israël (les relations personnelles exécrables entre B. Obama et B. Netanyahou ont, dans une certaine mesure, un peu écorné l’image d’une “relation sans nuages” même si structurellement, les liens entre les deux pays demeurent solides). Le vocable “valeurs chrétiennes” est, sous ce rapport, très élastique. Il y a les valeurs mais il y a aussi les intérêts. Et les intérêts chrétiens et étatiques bien compris et bien défendus (à l’intérieur et à l’extérieur) se mélangent entre eux, et peuvent aussi contribuer à préserver ces mêmes valeurs. En définitive, les évangéliques, en majorité à droite, reviendront toujours à l’essentiel qui est, politiquement et religieusement : la fiscalité, l’état minimal, le soutien indéfectible à Israël, la lutte antiterroriste et l’endiguement de l’islam. Ils ne sont pas tous forcément partisans de l’interventionnisme (l’aventure irakienne les a douchés). Si les promesses de Trump leur semblent crédibles sur ces cinq points, leurs voix lui seront acquises.

Pep’s café : Une victoire de Marco Rubio ou de Ted Cruz(10) serait-elle plus réjouissante ? Dans une analyse des résultats du caucus de l’Iowa du 1er février, le journaliste catholique Patrice de Plunkett brosse leurs portraits respectifs « Cruz, c’est l’extrême droite religieuse baptiste du Sud : celle qui nie le réchauffement climatique et maudit le « pape socialiste ». Rubio (ex-mormon, ex-baptiste, actuellement catholique) vient plutôt de la droite circonspecte : celle qui déteste tout autant le pape et l’écologie, mais le dit avec moins d’excitation. Cruz et Rubio ne sont pas moins ultralibéraux que Trump : mais ils le sont sous camouflage de vertus d’autrefois. Trump, au contraire, exhibe sans fard – et revendique – l’amoralisme du capital. C’est en quoi il irrite la droite classique : car ces choses que tout le monde connaît, nul ne doit en parler, surtout si c’est pour s’en réclamer de façon obscène ». Côté démocrates, « le septuagénaire Bernie Sanders – socialiste et simple sénateur – tacle en permanence la milliardaire Hillary Clinton en l’accusant d’être l’outil de Wall Street (…) Bien entendu, Sanders est moins révolutionnaire que le pape François, mais il propose un « New Deal social » dont la simple idée donne un ulcère aux républicains : études supérieures pour tous, hausse du salaire minimum, généralisation du congé maternité… Bernie Sanders (n’aurait) aucune chance de l’emporter à la convention démocrate (plutôt centriste) ; mais le simple fait qu’il dérange la campagne Clinton, et l’appui militant que lui apportent les jeunes démocrates, donnent la mesure du malaise américain ».

Que pensez-vous de cette analyse ?

Stratpolitix : Je suis dans l’ensemble d’accord avec les idées qui y sont développées.

En fin de compte, le caucus de l’Iowa a consacré un candidat dont le conservatisme a fait mouche [Ted Cruz] et qui dispose d’un vivier d’électeurs évangéliques important dans cet État. Trump n’est définitivement pas un conservateur, qu’on se le dise. C’est un libéral (aussi sur le plan des valeurs), un bon vivant, un businessman qui a fait fortune dans l’immobilier et dans les lieux de débauche et de cupidité diront ses détracteurs religieux. À une époque, il faisait les choux gras de la presse people. Ce n’est pas un fervent chrétien même s’il tente risiblement de draguer l’électorat chrétien en prononçant piteusement “Deux Corinthiens” au lieu de “Deuxième épître aux Corinthiens”. Il n’est, en outre, pas opposé à l’avortement. Par conséquent, hormis ses positions sur la fiscalité, l’immigration et l’islam, il n’est pas le mieux placé pour séduire massivement l’électorat chrétien conservateur.

Ted Cruz est un  conservateur plus typique, décrit comme arrogant et intransigeant par ses ennemis du GOP(« Grand Old Party » ou le parti Républicain). Il est peu apte au compromis. A contrario, Trump malgré ses excès, est capable de mettre de l’eau dans son vin, de s’adapter. C’est un caméléon (certains diront une “girouette”). Je ne m’émeus pas vraiment de ses déclarations, même si je conçois qu’elles inquiètent, car cela fait partie d’une “politique-spectacle” (de très mauvais goût) dont il connaît les codes, même si à force d’en abuser, il est susceptible de lasser l’électorat républicain. La plupart des mesures qu’il prétend vouloir appliquer pour identifier/ficher les musulmans ont très peu de chance de passer un jour. Par ailleurs, je ne suis pas sûr qu’un Ted Cruz au pouvoir soit nécessairement une perspective plus réjouissante pour le monde qu’une victoire de Trump…Mais à ce stade, les électeurs US votent pour une personnalité et moins pour un programme (les positions défendues par les candidats républicains sont peu ou prou similaires).

Finalement, les deux candidats “secondaires” [Ted Cruz et Marco Rubio] ont damé le pion à tous ceux qui étaient donné favoris il y a un an : Trump, Jeb Bush, Carson, Rand Paul. Les résultats de l’Iowa peuvent pousser les électeurs de Caroline du Nord et du New Hampshire à reconsidérer leur jugement antérieur sur Cruz et sur Marco Rubio – surtout sur Rubio qui est en quelque sorte “l’atout charme” du GOP, son “Obama” si l’on peut dire : jeune, fringant, issu de la diversité, apte au compromis tout en respectant les fondamentaux de son parti. Il est moins détesté que Cruz et Trump. Une victoire surprise de Rubio pourrait mettre Hillary Clinton en grande difficulté. Elle aurait nettement plus de mal à démonter le discours d’un jeune homme réfléchi, que l’on dit brillant et qui ne représente pas la tendance la plus dure du parti républicain, que le discours outrancier et parfois absurde d’un personnage comme Trump. En clair, D. Trump m’inquiète beaucoup moins que M. Rubio(11). Mieux vaut que D. Trump remporte la primaire(12) plutôt que M. Rubio ou T. Cruz. Car les chances de le voir « neutralisé » par son adversaire démocrate lors des élections générales seront alors plus grandes, selon moi. Même si H. Clinton ne me rassure pas à cause de son bellicisme, elle reste, et de loin, préférable à un Rubio ou Cruz.

Ceci dit, il est étonnant que certains candidats puissent attirer des électeurs chrétiens alors que certaines de leurs positions sont clairement anti-chrétiennes (dans le sens où elles vont à l’encontre des enseignements les plus essentiels du Christ). Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion (ou le temps) de me pencher sur les raisons qui expliquent précisément la confiance que fondent de nombreux évangéliques en Ted Cruz (ni approfondi la relation entre les intérêts chrétiens et les enjeux des présidentielles de cette année). J’en déduis, pour avoir lu son programme, que celui-ci s’adresse principalement à une classe moyenne blanche chrétienne, relativement instruite et aisée, attachée aux valeurs familiales. Il est un ultraconservateur et un isolationniste issu du courant Tea Party. Il est particulièrement pro-Israël (cette question arrive en tête dans son programme juste après les questions sociales en Amérique). A contrario, je doute que Trump s’attire massivement le soutien des chrétiens (même si une partie d’entre eux vote certainement pour lui, certainement séduite par le volet immigration et anti-islam). Il cible surtout une catégorie de Blancs relativement âgés, peu instruits, qui ont peur du déclin, peur de l’immigration et de la disparition de l’Amérique qu’ils ont connue.

Je crois que la perception d’une “lutte des classes” explique le succès d’un populiste de droite comme Trump et un “populiste de gauche” comme Sanders (je mets des guillemets car je le vois surtout comme un socialiste authentique et convaincu). Le succès de Trump signe en quelque sorte la fin du rêve américain, celui d’une Amérique méritocratique où tout le monde peut avoir sa chance, même en partant de loin. C’est une Amérique désormais divisée entre la base et les élites (politiques, financières, économiques). Quant à Marco Rubio, c’est le seul néoconservateur, au sens classique du terme. Un interventionniste nostalgique de la période Bush et qui rêverait d’y revenir. Un scénario cauchemardesque. Et je ne sais pas si les évangéliques voudraient vraiment revivre la période de G.W. Bush. La “croisade” en Irak a d’ailleurs jeté un discrédit durable sur ce courant chrétien et l’image des évangéliques en a aussi pâti, victimes de nombreux amalgames.  Je crois que des leçons amères ont été tirées de cette tragique aventure.

Mais aucun des candidats républicains que j’ai cités ne me semble donner une belle image du christianisme qui est, encore une fois, utilisé comme un artifice pour rassurer et convaincre le grand public de la moralité et de la foi du candidat. Je doute qu’il y ait vraiment beaucoup de convictions là dedans. Un candidat sans religion ou dépourvu de tout sentiment religieux ou spirituel n’a aucune chance d’être élu, dit-on souvent.

 

Pour aller plus loin :

Voir l’article de Chady Hage-Ali publié sur son blogue : « politique étrangère : qu’attendre des candidats en lice pour la présidentielle américaine ? » (première partie) ;

Ainsi que les ressources suggérées par le chercheur sur la question : Foreign Policy, Council on Foreign Relations, Brookings – qui consacre et met quotidiennement à jour un dossier sur ce thème, le Chicago Council for Global Affairs, The Atlantic, CNN, Washington Post, NY Times… un certain nombre de blogs, dont certains en français, sur la liste/“blogroll”de son blogue Stratpolitix. Concernant le thème précis des élections présidentielles américaines, les ouvrages d’une spécialiste de la question, Elisabeth Vallet, dont “Comprendre les élections américaines : la course à la Maison-Blanche”,(Septentrion, 2012, 186 p.).

J’y rajouterai le blogue d’Henrik Lindell, journaliste à La vie et renverrai aux travaux de Romain Huret, historien des Etats-Unis au XXe siècle à l’Université Lyon 2 et auteur notamment de « l’Amérique pauvre ».

(A suivre, avec d’autres thèmatiques)

 

Notes :

(1)  Le 8 novembre prochain, un nouveau président (le 45ème des Etats-Unis d’Amérique) succédera à Barack Obama, qui ne peut plus se représenter après ses deux mandats. Mais contrairement à nous, Français, les Américains n’élisent pas directement  leur Président, mais suite à un processus qui nous paraît tout à la fois plutôt compliqué, semé d’embûches et folklorique, qui a débuté le 1er février dans l’Iowa : ils doivent en effet d’abord désigner les candidats démocrate et républicain. Un républicain ou un démocrate, pour être investi candidat à la présidentielle, doit remporter une majorité de délégués, des militants engagés et des responsables de chaque parti. Au total, ils seront 4 764 à être désignés chez les démocrates au cours du processus, 2 472 chez les républicains. « Le mode d’emploi »En partenariat avec l’AFP, Courrier international publie une infographie constamment mise à jour sur l’état de la course à l’investiture, côté républicain et côté démocrate.

(2) « Packaging identitaires » : vous défendez « les valeurs chrétiennes »– comprendre : « les principes bibliques de la famille et du mariage » – tout en étant opposé à l’avortement et l’euthanasie ? Vous êtes classés dans le camp « conservateur », mais devez prendre l’ensemble du « paquet » incluant le soutien au libéralisme économique, la libre circulation des armes à feu, un certain« climatoscepticisme » et une « hostilité à l’Obamacare ». A l’inverse, vous refusez la domination du « divin marché » et du libéralisme économique, défendant « la justice sociale », « le pauvre », « l’étranger », le précaire, et respectant l’environnement : vous vous retrouvez dans le camp « progressiste » et « relativiste » sur certains sujets de société, même si vous êtes favorable au mariage biblique. Une synthèse (être « conservateur » sur les sujets de société tout en étant sensible aux sujets plus sociaux et environnementaux) en accord avec la pensée biblique, ne serait donc « pas possible ». Pourtant, rechercher une position biblique équilibrée(les points « non négociables » ne sauraient se réduire à trois) ne devrait pas nous exposer à une récupération politique quelle qu’elle soit…A noter que Russell Moore a déclaré ne plus se qualifier « d’évangélique », mais de « chrétien centré sur l’Evangile », tant ce terme « d’évangélique » a perdu de son sens.

(3) Mike Evans, sur TGC – Evangile 21  : « ne vous trumpez pas ».

(4) Patrice de Plunkett, sur son blogue : « Trump ne connaît pas le KKK ».

(5) Lequel sauveur est pourtant censé être Jésus-Christ…Voir sur le site de Geopolis.francetvinfos.

(6)  Il importe de comprendre, comme l’explique très bien le journaliste évangélique Henrik Lindell, qu’« aux Etats-Unis, le terme « conservateur » peut signifier plein de choses, mais il faut y entendre le respect absolu de ce qui est perçu comme une tradition américaine et particulièrement la Constitution de 1787 et la Déclaration des droits de 1791 censées donner un caractère « exceptionnel » au pays. D’où, par exemple, l’attachement extrême à la liberté religieuse et au « droit du peuple de détenir et de porter des armes » (premier et deuxième amendements de la Déclaration des droits). D’où, aussi, une façon particulière de prôner des valeurs judéo-chrétiennes – les libertés décrites dans la constitution proviendraient de Dieu lui-même, expliquent souvent les conservateurs américains – et de s’opposer au relativisme culturel et au « socialisme ». Les conservateurs promeuvent par ailleurs le libéralisme économique, s’opposent aux impôts élevés et détestent le concept d’un Etat centralisateur et omnipotent (comme dans certains pays européens). Depuis quelques décennies, les courants conservateurs sont traversés par différents débats, notamment en économie. Certains ont une vision quasi libertairienne et promeuvent un Etat minimal. C’est le cas du mouvement populaire Tea Party qui a profondément marqué le Parti républicain ces dernières années. Des candidats comme Ted Cruz tirent leur légitimité de ce mouvement (comme le faisait aussi Sarah Palin avant lui). En face, les autres conservateurs défendent le principe de régulation et des idées de justice sociale, n’hésitant pas à se référer à la doctrine sociale de l’Eglise catholique, par exemple. Ces autres conservateurs s’intéressent aussi à l’évolution sociétale. On les appelle les conservateurs sociaux. Ils militent généralement pour des causes précises et symboliquement chargées. On les trouve dans le mouvement pro-life, mais aussi parfois dans des associations de défense pour les immigrés. Ils sont massivement croyants et s’opposent généralement au mariage gay et à la légalisation du cannabis ».

(7) Parmi les leaders évangéliques et personnalités politiques soutenant Donald Trump : Jerry Falwell Jr, Kenneth et Gloria Copeland, David Jeremiah, ainsi que Paula White ; Sarah Palin, candidate malheureuse à la vice-présidence des Etats-Unis de  2008 et, plus surprenant, le neurochirurgien Ben Carson, qui s’est retiré depuis le 4 mars de la course à l’investiture républicaine. Néanmoins, il existe des leaders évangéliques « perplexes », quand ils ne sont pas franchement hostiles à Donald Trump : ainsi Matthieu Sanders, pasteur baptiste franco-américain à Paris, Max Lucado, auteur et pasteur d’une importante Eglise dans le conservateur Etat du Texas, ainsi que Russell Moore, président de la Commission d’éthique et de liberté religieuse des baptistes du Sud, tout comme « l’évangélique de gauche » Jim Wallis.

(8) Selon un article du Monde, « Tea party » : mouvement contestataire de droite américain, anti-impôt et anti-état né en 2009. Le terme « Tea party » est à la fois une référence à la révolte des colons américains en 1773 contre l’impôt sur le thé prélevé par les Britanniques et un acronyme de « Taxed Enough Already » (« Déjà suffisamment imposés »).

(9) D’autant plus que son programme économique (plus pragmatique qu’idéologique) est jugé « socialiste » par le Parti républicain : il se caractérise par un « moins d’impôts pour les plus modestes » et « faire payer les riches »,  un slogan inhabituel au sein du Grand Old Party, mais qui plait aux classes moyennes, alors que les inégalités sont au plus haut depuis 30 ans aux Etats-Unis. Il tient également un discours protectionniste (« ramener les emplois à la maison »), quitte à dénoncer la mondialisation dont il a profité dans ses affaires, et se montre hostile au traité de libre-échange transpacifique, signé le 4 février dernier, prenant à revers l’un des fondements de la politique d’ouverture économique des républicains. Sur le plan des mœurs, il est aujourd’hui hostile à l’avortement, mais a pris la défense du planning familial, cible d’une féroce attaque des autres candidats républicains. Non pour défendre le droit de choisir, mais pour les services médicaux que cet organisme offre aux femmes les plus modestes.  Le milliardaire, qui se dit favorable au mariage traditionnel, est accusé par les durs du parti de ne pas exprimer assez clairement son opposition au mariage gay : « Nous sommes dans un Etat de droit », a commenté Donald Trump à propos d’une employée municipale qui a préféré être condamnée à une peine de prison plutôt que délivrer elle-même des certificats de mariage à des personnes de même sexe. « La décision a été rendue (par un arrêt de la Cour suprême en juin) et c’est la loi de notre pays ».

(10) L’excès d’attention accordée à Trump nous empêcherait-elle de décrypter les propositions(et le caractère) du sénateur texan, qui, il y a un peu plus d’un an, était encore rejeté à droite de la droite après sa tentative vaine de bloquer les institutions afin d’empêcher la mise en œuvre de l’Obamacar.

(11) A cette date, voici « l’état des courses » : Battu lors du « super tuesday », Marco Rubio a annoncé qu’il suspendait sa campagne présidentielle. Des dix-sept candidats républicains initiaux, il n’en reste plus que trois : Donald Trump(738 délégués), Ted Cruz(463), et John Kasich(143). Désormais, le seul espoir des républicains pour bloquer Trump(en position de force) n’est pas de le battre mais de le maintenir sous la barre des 50 % des délégués (1.237, exactement) afin de forcer une convention ouverte, fin juillet. Dans ce cas, les délégués pourraient, après un premier tour, voter pour n’importe qui, y compris pour un candidat alternatif de dernière minute, comme le patron de la Chambre, Paul Ryan.

Côté démocrates, Hillary Clinton dispose de 1 722 délégués contre 1 004 à Bernie Sanders et se rapproche de la majorité absolue nécessaire (2.382). Il faudrait désormais que Bernie Sanders remporte 70 % des délégués restants pour la coiffer au poteau : mission impossible ?

(12) Avec le risque de voir un candidat incontrôlable, malgré tout, face à une candidate représentant « l’establishment » ? A creuser…Je suis preneur pour toutes analyses sérieuses à ce sujet.

 

 

 

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Foireux liens de mars (14): « choix de société, de vision du monde »

La question reste celle "des valeurs". Mais quelles "valeurs" ?

La question reste celle « des valeurs ». Mais quelles « valeurs » ?

De nouveaux « foireux liens », marqués par les attentats de Bruxelles et la fête de la Pâque, sans oublier une réflexion nécessaire sur nos visions du monde, face aux diverses crises actuelles :

1)Les Attentats de Bruxelles : paroles de chrétiens.

Revendiquées par l’État islamique, les attaques ravivent la douleur et la peur, quatre mois à peine après les attentats de Paris et après ceux de Turquie, du Mali, de Côte d’Ivoire. La rédaction de Réforme a donné la parole à des intellectuels protestants.

Voir notamment celle de F. Rognon, philosophe des religions : « il nous reste l’espérance chrétienne : non pas l’adaptation servile à une condition nouvelle de menaces permanentes, mais la traversée du danger, assurés que depuis les premières Pâques, le Christ nous précède, nous accompagne, nous porte ».

La première réaction du chrétien sera sans doute de prier, outre de manifester la compassion pour les victimes. Voici justement 10 sujets de prière à découvrir.

Mais « assez pleuré », réplique le blogueur Koztoujours, lequel en a « soupé des larmes(…) du pathos. Du compassionnel dans lequel on excelle. Assez de fournir aux terroristes et à leurs sympathisants le spectacle qu’ils espèrent, le tableau qu’ils attendent. Privons-les de la jouissance de ces scènes, même si cela suppose de faire violence à l’inclination sirupeuse de nos sociétés et de nos médias, de nous priver de l’auto-contemplation de notre statut de victimes – ultime collier d’immunité de notre époque. Aujourd’hui, c’est la colère qui prend la place. La colère, pas la haine. Mais la détermination(…) Il faut à tout cela une réponse policière, et si nous voulons bien dépasser les débats parlementaires insignifiants dans lesquels nous sommes englués, nous pourrions en débattre davantage. Mais il faut aussi une réponse politique, culturelle, intellectuelle, spirituelle, civilisationnelle ».

Et surtout, ne soyons pas dupes de « la stratégie de Daech pour miner l’Occident de l’intérieur » :  cet article publié dans « La Vie » a le mérite de rappeler que « la stratégie vis-à-vis des Occidentaux est la provocation : il s’agit de pousser leurs armées à intervenir sur le terrain. Le journaliste et ancien otage de Daech Nicolas Hénin raconte ainsi dans son livre Jihad Academy (Fayard) que la plupart des djihadistes de l’EI ont accueilli la nouvelle des bombardements occidentaux avec joie : pour eux, cela prouvait que la prophétie était en train de s’accomplir. Que faire alors pour contrer cette stratégie ? »

Dans le même esprit, Patrice de Plunkett analyse qu’avec les attentats de Bruxelles, « Daech fait encore un pas en avant…pour dresser les « communautés » les unes contre les autres » :

« De la part de Daech ce but fait partie d’une stratégie, celle de tous les terrorismes insurrectionnels : forcer deux populations à se séparer et s’affronter, en commençant par faire couler entre elles une rivière de sang. Atroce mais rationnel. Ce qui n’est pas rationnel, c’est de croire combattre Daech en appliquant la même logique de séparation et d’affrontement. Le vrai contreterrorisme n’est pas un « terrorisme contraire » mais le contraire du terrorisme. C’est ce que veut faire comprendre le général Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre (CEMAT en jargon militaire) dans sa tribune du 21 mars au Figaro : appelant à la « cohésion nationale », il constate que l’ennemi progresse auprès de jeunes Français par une « offre de valeurs » que l’on ne peut combattre que par « une offre supérieure » ; la juste riposte au mythe djihadiste serait de « prendre l’ascendant dans le champ immatériel » en « rassemblant autour de nos valeurs », écrit le CEMAT ». Reste à savoir ce que sont « nos valeurs » ?

Quel impact ont les attentats sur les enfants ? pense à questionner « La Croix », se souciant des « dégâts collatéraux » ou des « éclats de grenade » susceptibles de toucher les plus jeunes.

Puisque l’on parle des enfants, demandons-nous

2) Qui veut la peau des petites écoles et des pédagogies innovantes ? Rares mais indispensables, des écoles élémentaires à une, deux ou trois classes, mêlant des enfants de plusieurs niveaux et de tous âges, existent encore. Ces petites écoles constituent le dernier service public, le dernier lieu de vie et d’attractivité des villages où elles sont implantées. Elles affichent souvent de bons résultats scolaires. Là où les pédagogies y sont innovantes, les enfants apprennent solidarité et démocratie. Pourtant, l’Éducation nationale veut en réduire le nombre. Reportage sur Bastamag.

 

3) Quel avenir pour les classes médias au collège ?

Les « classes médias » sont proposées par le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information) dans l’académie de Paris, depuis 2012, au collège (en 6e, 5e ou 4e), au lycée et au lycée professionnel ainsi qu’en UP2A (unité pédagogique pour élèves allophones arrivants). Ces cours optionnels s’inscrivent dans le temps scolaire, au rythme de 2h par semaine et sont pris en charge par deux enseignants volontaires (dont un documentaliste), avec le parrainage d’un journaliste professionnel. L’objectif est de donner aux élèves des outils pour analyser et comprendre le fonctionnement médias, mais aussi de leur permettre de maîtriser l’expression médiatique à travers la création d’un journal scolaire, d’un blog, d’une Web radio, d’une Web TV ou encore d’un profil sur un réseau social.

« Il est indispensable d’avoir un temps identifié pour éduquer aux médias, sinon cette éducation ne se fait pas, ou dans l’urgence, comme on a pu le voir après les attentats, explique Étienne Récamier, coordonnateur du CLEMI de l’académie de Paris. Pourtant, ces classes sont aujourd’hui menacées par la réforme du collège[en porte à faux avec la volonté ministérielle de « créer au moins un média par collège et par lycée »]qui entrera en vigueur en septembre 2016. À ce jour, on ne sait pas si elles seront maintenues. »

 

4)Accord Canopé-Amazon pour initier les profs à l’auto-édition : les éditeurs scolaires inquiets. A lire ici :

En effet, il n’y a pas que les librairies de quartier qui sont menacées par le géant, dont le crédo est de supprimer tout (corps) intermédiaire entre l’auteur(« producteur » ?) et le lecteur(« consommateur » ?) : En apparence Amazon prétend « démocratiser » l’édition en permettant à n’importe quel auteur de proposer son ebook à la vente sur sa plateforme. Mais avec pour conséquence de se substituer à l’édition traditionnelle, Amazon devenant alors tout à la fois éditeur, producteur, diffuseur et vendeur. Avec, au final, une position de monopole au sein de l’industrie culturelle ?

Pour l’anecdote, rapportée dans Le Monde Diplomatique (1), le journaliste allemand Günter Wallraff (auteur de « tête de turc ») raconte avoir lui-même tenté un bras de fer avec le mastodonte du commerce en ligne : « Quand j’ai découvert les conditions de travail de ses ouvriers, j’ai immédiatement appelé au boycott et demandé à mon éditeur de retirer mes livres du site. Cela lui a posé problème : Amazon représente 15 % de ses ventes. Après avoir débattu de l’idée, la maison d’édition s’est néanmoins alignée sur mon exigence. Mais, désormais, Amazon se fournit chez des grossistes pour continuer de vendre mes livres ! Et cela, je ne peux malheureusement pas l’empêcher. Je suis donc critiqué par des gens qui me disent : “Tu fais de beaux discours, mais tes livres continuent d’être vendus sur Amazon”… En réalité, on ne peut pas combattre cette entreprise individuellement. C’est une multinationale organisée selon une idéologie bien définie. Son système ne nous pose pas la simple question, neutre, de savoir si nous voulons ou non consommer sur son site Internet ; il nous pose des questions politiques : celles de notre choix de société. » Et celui de notre vision du monde.

 

5) « Le protestantisme interrogé par la décroissance » : c’est à lire dans « L’âge de faire », une publication écologiste.

Martin Kopp est l’un des artisans de la mobilisation des religions autour de la justice climatique. Il prépare une thèse intitulée « Croire et décroître ? La théologie protestante interrogée par la décroissance selon Serge Latouche ». Entretien. Propos recueillis par Lisa Giachino pour le journal L’âge de faire.

Extrait : Pourquoi lier un auteur athée, Serge Latouche, et la théologie protestante ?

Martin Kopp : Je pense qu’il y a deux portes d’entrée dans la critique de la société de croissance. La critique écologiste rationnelle est un jugement de fait : la croissance n’est pas soutenable. Serge Latouche, lui, a une approche culturaliste et philosophique. Il porte un jugement de valeur : la croissance n’est pas souhaitable. Pour lui, la critique écologiste ne vient qu’ajouter un caractère d’urgence. Il estime que notre imaginaire social est colonisé par l’économie et qu’il n’y aura pas de transition écologique tant que l’imaginaire ne sera pas le bon. Cette porte d’entrée peut être reprise par les religions : quelle est notre vision de l’être humain, notre représentation du monde, notre hiérarchie de valeurs ? Est-ce que nous ne devrions pas, en tant que chrétiens, être dans une critique décroissante ?

 

6) Pourquoi la réforme du code du travail met en péril la santé et la sécurité des salariés ? Une pertinente mise en garde dans « Bastamag » contre d’autres « dégats collatéraux », de nature à redonner du sens à « la culture d’honneur », qui consiste, selon Dieu, à donner plus à ceux qui ont moins, cf 1 Cor.12v24 :

Chaque jour, trois personnes meurent de leur travail en France : plus d’un millier de décès chaque année dont les trois quarts à cause d’un accident du travail souvent évitable ou d’une maladie professionnelle. Si la prise en compte de la santé et de la sécurité des salariés a progressé depuis trois décennies, et permis de sauver des vies, le projet de loi de la ministre du Travail Myriam El Khomri risque de réduire ces avancées sociales à néant. Les organisations du travail et les cadences pourront être durcies, le suivi médical affaibli, et les salariés fragilisés seront remerciés par un licenciement. Quand le gouvernement prône l’insécurité au travail…

« La vie d’un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d’un salarié. Il ne faut jamais l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties », expliquait le ministre de l’Économie Emmanuel Macron en janvier. Comme si les salariés, assurés d’un revenu en fin de mois et d’horaires de travail fixes, ne prenaient jamais de risques. Une petite phrase qui révèle une fois de plus l’ignorance totale du monde du travail et de ce qui s’y joue par une partie des dirigeants politiques, alors que le projet de réforme du Code du travail fait peser une menace sur la santé et la sécurité des salariés.

L’enquête à lire ici.

 

7) Nous voici en plein week-end de (la ) Pâque. Etes-vous prêts à « passer le cap » ?

L’occasion de nous souvenir que « Tout (a été) accompli » : à lire, sur TGC – Evangile 21, la sixième partie de la série « Les Derniers Jours de Jésus », publié par Desiring God pour la Semaine Sainte de 2014. Cette série est inspirée par le nouveau livre « The Final Days of Jesus » (« Les Derniers Jours de Jésus ») de Justin Taylor et Andreas Kostenberger.

Vendredi 3 avril 33. Le jour le plus sombre de l’histoire humaine – mais la plupart des humains n’en ont aucune idée. À Rome, Tibère s’occupe des nombreuses tâches qui incombent à un empereur. Partout, dans le monde habité, des enfants naissent, des gens mangent et boivent, se marient et sont donnés en mariage, font des affaires au marché, pilotent des navires marchands, sont engagés dans des batailles. Des enfants jouent, des vieilles femmes se livrent au commérage, des jeunes hommes à la convoitise, et des gens meurent. Mais aujourd’hui, une mort en particulier, brutale, horrible, la pire et la meilleure de toutes les morts humaines….

Mais cette fête est moins l’occasion de « fêter la mort du Seigneur » que Sa Résurrection. A ce sujet, « comment peut-on affirmer que Jésus est ressuscité? Jésus est ressuscité ! À l’approche de Pâques, il est bon de réaffirmer nos raisons de croire. Matthieu Giralt a résumé un article de Matt Perman, qui met en avant les preuves historiques de la résurrection de Jésus. Extrait :   « Si nous nions la résurrection, nous sommes devant 3 mystères inexplicables et nous devons alors donner une explication pour ces 3 faits. Mais si Christ est ressuscité, alors tous ces faits s’éclairent ».

 

Pour finir, un sujet dont il convient de dépasser le caractère polémique, pour aller plus loin dans la réflexion :

8) 400 entreprises menacent de boycotter l’État de Georgie, lit-on depuis le 29 février sur « 8ème étage », le site qui se fait fort de « différencier l’information de l’actualité ».
Une coalition de plus de 400 entreprises s’oppose ouvertement à un projet de « loi sur la liberté religieuse », aussi connu sous le nom de « First Amendment Defense Act » (FADA), que l’État de Géorgie pourrait très prochainement adopter d’ici le 3 mai.. Elles considèrent en effet qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une forme déguisée de discrimination envers les couples de personnes de même sexe. En réaction, plus de 400 entreprises opérant sur le territoire de Géorgie ont décidé de s’opposer ouvertement à cette « loi sur la liberté religieuse » et de s’engager en faveur d’un « traitement équitable de tous les Géorgiens et de leurs visiteurs ». Dans les rangs de la coalition, baptisée Georgia Prospers, un certain nombre de géants américains comme Coca-Cola, Delta ou encore Home Depot.
Les conséquences économiques de l’adoption d’une telle loi pourraient être catastrophiques pour la Géorgie. La chambre de commerce et l’office de tourisme de la ville d’Atlanta ont réalisé deux études indépendantes à ce sujet et estiment que les pertes potentielles pourraient s’élever à un voire deux milliards de dollars. Il existe déjà un précédent en la matière aux États-Unis. En Indiana, un projet de loi similaire a coûté plus de 60 millions de dollars à l’État (environ 55 millions d’euros), et ce avant même son adoption, rapporte l’agence AP.
Récemment, j’apprends encore que Disney et Marvel menacent de ne plus tourner dans cet état, pour les mêmes raisons(2).
Qui l’emportera ? Le souci des « valeurs »…ou celui des « valeurs » ? Les Evangéliques boycotteront-ils à leur tour Disney et Marvel ? (Ce qui leur permettrait de proposer d’autres films d’autres origines et non exclusivement anglophones à leurs enfants…)
Mais au-delà du débat sur ce sujet épineux(reste à décrypter dans le détail le contenu et les conséquences d’une telle loi, même si l’on croit au modèle biblique du mariage), il est aussi intéressant de s’interroger sur le poids économique des entreprises privées, lesquelles sont susceptibles de « peser » sur les décisions politiques, influençant le processus législatif – l’intérêt privé et financier l’emportant sur « le bien commun ». Nous avons ici un cas de « liberté de conscience », de nature à télescoper une question de « discrimination ». Ailleurs, « le chantage économique » peut concerner un refus de normes d’hygiène/santé publique ou environnementales….

 

Sur ce, bon WE !

 

 

Notes : 

(1) Le même « Monde diplomatique » rappelle que « pour la seule année 2012, l’Association des libraires américains (American Booksellers Association, ABA) évaluait à quarante-deux mille le nombre d’emplois anéantis par Amazon dans le secteur : 10 millions de dollars de chiffre d’affaires pour la multinationale représenteraient trente-trois suppressions d’emplois dans la librairie de proximité ».

(2) Voir sur http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Disney-Marvel-et-AMC-boycottent-la-Georgie-a-cause-d-une-loi-anti-LGBT ; http://www.theguardian.com/film/2016/mar/23/disney-marvel-georgia-religious-liberty-bill-boycott

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Psaume 126 et sa « rime secrète »

Jésus est venu pour libérer les captifs et pour réveiller ceux qui dorment... (Image du blog "Ze Bible")

Jésus est venu pour libérer les captifs et pour réveiller ceux qui dorment…
(Image du blog « Ze Bible »)

En ce moment, j’entends pas mal parler de « coma »(dans le, sortir du), autour de moi. De « coma » au sens propre, comme au sens figuré.

Et comme par « un fait exprès », lundi matin, je me sens poussé à relire « Alzaia »(1) d’Erri de Luca, un recueil dont j’ai déjà parlé. Et je tombe sur ce texte intitulé « rime secrète ». Commenté par l’auteur napolitain, cela donne :

« Le premier vers du psaume 126, un des quinze dits « des montées »(ou « des degrés »), est en hébreu un soufflet pulmonaire. Les pèlerins montent à Jérusalem rythmant leur respiration sur ces mots[pardon par avance pour la prononciation] : « Beshùv Adonài et shivàt Tsion »(quand Adonài ramena les captifs de Sion), « hayinu keholemim » (« nous étions comme ceux qui songent » ou « qui rêvent »).

Adonaï est un des noms de Dieu, Sion est Jérusalem. « Keholemim » (comme ceux qui rêvent) est une expression unique dans les Saintes Ecritures. on sait qu’en hébreu les mots ont aussi une valeur numérique, car chaque lettre est aussi un chiffre. Le chiffre de « comme ceux qui rêvent » est le même que « Pessah », Pâque. L’identité entre les deux mots est une rime secrète, une coïncidence voulue. Elle enseigne que le retour des prisonniers à Sion est élevé au même rang de solennité que la Pâque et chaque Pâque est une libération. Celui qui, le jour de cette commémoration (prochaine), récite, lit ou seulement effleure ce psaume(2), se trouve parmi ceux qui montent à Jérusalem ». Il est « comme ceux qui rêvent »[à moins qu’il ne soit comme ceux qui sortent d’un « long sommeil »…ou d’un coma prolongé], qui n’arrivent pas à croire qu’ils sont à nouveau sur le chemin de la maison », comme certains émigrants « de retour d’une longue déportation économique à l’étranger ».

Et Erri de Luca de noter que le Seigneur Jésus-Christ s’est « immolé » à « cet anniversaire de libération »(1 Cor.5v7), Lui (je précise) »l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde »(Jean 1v29), et qui a accompli « cette parole de l’Ecriture » : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé ; pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, Pour publier une année de grâce du Seigneur. »(Luc 4v18-19). Lui qui a également réveillé les morts, comme ceux qui dorment(Luc 7v11-16, 8v52-55 ; Jean 11v43), et dont on s’apprête à célébrer, non pas tant sa mort, « pour nos péchés », mais sa résurrection, « pour nous rendre justes »(Rom.4v25).

 

 

Notes : 

(1) De Luca, Erri. « Rime secrète », IN « Alzaia ». Bibliothèque Rivages, 1998, pp 163-164.

(2) Chanté, cela peut donner :

(« Shir Ha’amalot ». Music by Sheli Myers & Yochai Bar-David
Lyrics based on Psalm 126. From the album « Yigdal Adonai » from Shemen Sasson feat. Sheli Myers)

« Donner et recevoir une véritable éducation : une question de Vie ou de Mort »

Le 7ème Salon de l'Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de "l'éducation véritable" du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

Le 7ème Salon de l’Education Chrétienne vous invite à réfléchir et à échanger autour de « l’éducation véritable » du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016

Il s’agit d’une question, non pas (de) « morale », mais « de Vie ou de Mort ». L’enjeu est de taille, puisqu’il a trait aux conditions nécessaires pour « donner » et « recevoir », non pas une « bonne éducation », mais une « éducation véritable » – laquelle reste à définir.

A ce sujet, selon un vieil adage juif, « éduquer un enfant, c’est changer le monde ». Et une « éducation véritable », au-delà des matières académiques, c’est une transmission de vie. C’est conduire sur un chemin de vie, qui élève l’enfant et l’aide à grandir. Ce chemin de vie, c’est « marcher » (ou « rouler » !) dans la voie où Jésus-Christ Lui-même a marché »(1 Jean 2v6). C’est aussi enseigner et apprendre à « connaître » le « Dieu véritable »(1 Jean 5v21, Jean 17v3), qui est « le chemin, la vérité et la vie »(Jean 14v6).

« Donner et recevoir une éducation : une question de vie ou de mort », on en parle au 7ème SALON DE L’EDUCATION CHRETIENNE(1), du vendredi 15 avril au dimanche 17 avril 2016.

Un évènement interdénominationnel, organisé par l’association « Dessine-moi une école »(1), Pour tous  ceux et celles qui ont, ou auront, une responsabilité éducative et instructive au sein de la famille, l’école ou l’église. C’est-à-dire, vous-même !

 Plénières, table ronde, Ateliers, Animations/concours gratuit « Plein d’idées en BD ! » Enfants(5-12 ans), Soirée Artistique …

Au programme : Le salon est ouvert au public le vendredi 15 avril 2016, à 19h00, avec une soirée artistique (nous aurons notamment le privilège d’y recevoir Déborah Koutsios). Le week-end se poursuit avec la journée du samedi 16/04, riche en enseignements (avec Francis Mouhot, Frédéric Travier, Robert Mewton…), sans oublier des animations/concours BD pour les enfants. A noter que le dimanche 17/04 sera consacré à un culte « spécial éducation ».

Lieu : 215 av du Pdt Wilson à La Plaine-St-Denis(93) – RER B Stade de France.

Dates : du 15 au 17 avril 2016.

Voir la vidéo :

Inscriptions nécessaires /infos: www.Salon-EducationChretienne.fr

 

Au plaisir de vous (re)voir tous aussi nombreux ! Invitez vos amis !

 

 

Notes :

(1)Le Salon de l’Education chrétienne est un événement éducatif interdénominationnel, organisé depuis 2008 par l’association « Dessine-moi une école »(Je suis l’un des responsables), membre de la Fédération Protestante de France(FPF), de la Fédération des Œuvres Horizon(FOH) et du Réseau Nouvelles Connexions(RNC). Sa passion est de soutenir la Famille et l’Eglise, en faisant la promotion de l’éducation chrétienne, y compris scolaire. Plus d’infos ici : http://www.salon-educationchretienne.fr/accueil/qui-sommes-nous/

A noter que le précédent Salon de l’Education Chrétienne(mai 2014) avait abordé la question de « la transmission, d’une génération à l’autre ».

 

Comment je suis devenu stupide

Quand devenir "un peu stupide" serait "intelligent", puisqu'"essayer d'être intelligent est stupide" ! (Première de couverture du roman de Martin Page)

Quand devenir « un peu stupide » serait « intelligent », puisqu' »essayer d’être intelligent est stupide » !
(Première de couverture du roman de Martin Page)

Enfin, pas moi….il s’agit du titre d’un roman de Martin Page(1), au éditions J’ai Lu (2002), découvert via le stand de l’ACSI, lors du dernier séminaire Mathurin Cordier, qui a eu lieu du 26 au 28 février 2016, en Alsace(2).

Une proposition particulièrement audacieuse, mais ô combien pertinente !

De quoi s’agit-il ?

 

« J’ai eu à cœur de connaître la sagesse et de connaître la folie et la sottise… » (Eccl.1v17)

L’intelligence fait-elle le bonheur ? Pour Antoine, 25 ans, diplômé d’araméen, de biologie et de cinéma, c’est non. Car selon lui, ce sont précisément son intelligence et sa lucidité qui lui gâchent l’existence. Aussi décide-t-il de renoncer à penser. Il envisage d’abord de devenir alcoolique, c’est-à-dire, « quelqu’un qui a une maladie socialement reconnue ». Car une fois « ivre », il n’aurait plus besoin de penser, il ne le pourrait plus ». Mais, dès le premier verre, il sombre dans un coma éthylique. Il s’intéresse ensuite au suicide, mais la mort ne l’attire décidément pas. Considérant qu’il a été « stupide d’essayer d’être si intelligent », il décide de devenir « un peu stupide » – ce qui serait, selon lui, « intelligent », et de nature à l’aider à mieux s’intégrer dans la société : il se fait prescrire de l’ « heurozac », remplace les parties d’échecs par le jeu du Monopoly, renonce à être un consommateur responsable, se rend au Mc Donald’s, s’achète des vêtements de marque, vide son appartement de tout ce qui peut stimuler son esprit et se procure une télévision. Puis, il devient trader….Jusqu’où ira l’expérience ?

 Ce petit roman malin et curieux (avec peut-être une pointe d’autobiographie) nous offre une critique lucide des travers notre société actuelle, à la manière de l’Ecclésiaste (mais sans la clé finale du chapitre 12), tout en « banalisant » ou « normalisant » certaines évolutions sociétales. Le livre est bien écrit, souvent drôle et facile à lire, mais pas simpliste pour autant. Il invite au recul et à la réflexion sur l’intelligence, les normes et standards de réussite et de bonheur, ou encore sur la place de celui qui est « hors-norme ». Il ne devrait pas non plus manquer d’ interpeller tout enseignant et pédagogue sur sa propre philosophie de l’éducation : quelle place donner à toutes les formes d’intelligence ? L’école doit-t- elle « préparer à la vie en société » ? Et si oui, à quelle société ? Comment découvrir qui l’on est vraiment et cultiver son individualité, en étant réellement heureux, libre et ouvert à l’autre, à mille lieux des impasses de l’égoïste aux comportements grégaires et suivant ses propres désirs? Face à l’utilitarisme pour qui toute vérité est « utile », et face au pragmatisme de la réussite personnelle qui choisit de sacrifier au passage la morale publique, le rôle de l’école ne serait-il pas, justement, d’apprendre à penser véritablement ?

A lire, en guise de prolongement : les livres de la Genèse, Job, des Proverbes, l’Ecclesiaste, et les Evangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean… Autant d’invitations à revenir de façon permanente à la source, pour se retrouver soi-même : soit par un retour et une réconciliation avec son créateur, « le Dieu véritable et la vie éternelle », « le Cep », le Dieu trinitaire, le Père Céleste et « la source des eaux vives ». Un préalable nécessaire à une réconciliation avec soi-même, les autres et toute création. L’individu saura qui il est s’il sait à qui il appartient véritablement, et s’il sait tisser du lien et (re)découvrir le sens de l’altérité.

 

Notes :

(1) Né en 1975, Martin Page passe sa jeunesse en banlieue sud de Paris. Étudiant dilettante, il ne fait que des premières années : il étudie le droit, la sociologie, la linguistique,  la psychologie, la philosophie, l’histoire de l’art et l’anthropologie. « Comment je suis devenu stupide » est son premier roman, paru en 2001.

(2) Le séminaire « Mathurin Cordier », organisé par l’AESPEF(Association des Etablissements Scolaires Protestants Evangéliques Francophones), rassemble les différents acteurs des écoles protestantes évangéliques en francophonie, mais aussi les éducateurs les parents, les enseignants chrétiens dans le public.

L’ACSI est l’Association Internationales des Ecoles Chrétiennes. Elle est la plus grande organisation protestante-évangélique d’écoles chrétiennes dans le monde. Elle propose une assistance sans ingérence et offre des services sans obligation de la part des écoles membres. Son but est de fortifier les écoles chrétiennes et d’équiper les éducateurs chrétiens.

 

 

 

Ensemble, les Pères, Priez pour l’Education et l’Ecole

L'éducation, cela concerne aussi les hommes, et les pères.

L’éducation, cela concerne aussi les hommes, et les pères.

Vous les pères, et de manière générale, nous les hommes. Et ce, au nom de « l’Eternel des Armées », ce « Héros qui sauve » ! Ce Père, qui nous aime et nous éduque !(Deut.8) Et au nom du Seigneur Jésus-Christ, le Maître qui enseigne.

– Parce que nous, les « mâles »(« Zakhar »), sommes ceux « qui se souviennent » et « qui transmettent » à la génération suivante ce qui leur a été confié.

– Parce que l’homme, époux et père, est un sacrificateur dans sa maison.

– Parce qu’il y a un enjeu de vie ou de mort, liant l’enfant et l’éducation.

– Parce que l’enfant connaît trois lieux d’influences : l’Ecole, la Famille, l’Eglise….plus un quatrième et un cinquième. Où et avec qui passe-t-il le plus de temps ? Et quand vous vous retrouvez tous « en famille », à la maison, l’enfant est-il vraiment « là », avec vous ? « Il y a plusieurs demeures(ou plusieurs pièces) dans la maison (du) Père », dit Jésus (Jean 14v2). Et aucune ne devrait être étanche. Peut-on circuler de l’une à l’autre, de manière interdépendante ? La famille vit-elle vraiment « ensemble » ?
A moins que les uns et les autres ne soient chacun dans son coin ou sur son écran ?

Parce que si ce n’est pas le père qui enseigne et éduque l’enfant, ce seront ses paires. Lesquels se « ressourcent » via les jeux vidéo, la télévision, internet…

Ensemble, les Pères, les hommes ! Prions et intercédons pour l’Education et l’Ecole, ce week-end ! Main dans la main avec nos épouses et les sœurs de notre église. Car nous sommes concernés. Nous sommes tous concernés.