La « Table du Seigneur » : « un bouleversement de l’ordre social » d’après Wilfred Monod

« Faites ceci en mémoire de moi », dit Jésus : Un des rares gestes que le Seigneur nous a explicitement demandé de reproduire.

« Quel rêveur, quel réformateur, quel anarchiste a jamais proposé d’inviter le patron et le manœuvre au même repas, pour les faire boire à la même coupe ? Et pourtant, la sainte cène opère ce miracle ; l’éboueur y porte la coupe à ses lèvres et la passe au député, qui boit après lui…(1)

Dans la simplicité de cet acte sans phrase, il y a quelque chose de surnaturel, et qui nous dépasse au point de nous troubler étrangement. L’Évangile y apparaît comme l’énergie égalitaire par excellence. Jusque là, seule la mort pouvait prétendre nous rendre tous égaux face à elle. Toutefois, la mort crée, brutalement, une égalité involontaire entre les personnes, tandis que l’Évangile suscite, harmonieusement, une égalité des vivants consciente et volontaire.
Cette communion que nous célébrons tous autour de cette table est un bouleversement de l’ordre social, un ferment de réformes sans limites, une image de l’humanité future, le germe de la “nouvelle terre où la justice habitera”.
Ce pain a une histoire. […]
Pour faire la bouchée de pain qui nous est offerte à la table sainte, il a fallu presque un an d’efforts et de collaboration obstinée avec la pluie et avec les rayons du soleil, et tout le travail des hommes, du grainetier à l’agriculteur, du semeur au moissonneur, du transporteur au distributeur, du grossiste au meunier, du meunier au boulanger, du boulanger à cette table.
Ce pain est la nourriture la plus noble qui existe ; c’est le sacrement de la communion avec la nature généreuse et c’est le sacrement de la solidarité humaine, solidarité avec l’humanité au travail, qui a permis que cette nourriture soit sur cette table. Mais ce pain est aussi le symbole d’une inégalité meurtrière. Qui possède le pain, est maître de celui qui ne le possède pas. Un pain, entre nos doigts, est un attribut de pouvoir ; il nous octroie la puissance de dicter nos conditions à un affamé. Si un petit morceau de ce pain tombait sur la place centrale d’un village du Soudan, on verrait des créatures déshumanisées se ruer avec frénésie vers ce trésor, et se piétiner sans merci dans la poussière.
Le morceau de pain est au centre du monde ; le jour où toute l’humanité sera pleinement assurée d’en manger, marquera l’avènement du genre humain à la dignité humaine ; c’est alors qu’il se dégagera, définitivement, de l’animalité.
Ce pain et cette coupe sont au centre du monde pour nous ce matin, comme pour beaucoup de chrétiens qui célèbrent ce même repas en ce même jour : par le fruit de la vigne, par les épis de blé et le travail des hommes, nous nous souvenons de Jésus-Christ, qui s’est présenté à nous comme le Pain vivant, et comme la vigne.
Il a vécu parmi nous, mais nous ne l’avons pas accueilli. Il a été trahi et mené jusqu’à l’abîme de la mort. Le soir, avant d’être livré, il a pris du pain, et, après avoir rendu grâces, l’a donné à ses disciples en disant : “Ceci est mon corps, livré pour vous”. De même, à la fin du repas, il a pris la coupe, et, après avoir rendu grâces, il la leur a donnée et a dit : “Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui est répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.”
Le Seigneur Jésus-Christ, le lendemain, a été livré, il a été élevé sur la croix. Il est mort. Le Pain vivant a été foulé au pied, et c’est un outrage pour l’humanité entière, l’humanité sous-alimentée, affamée et assoiffée.
Il est mort, mais Dieu l’a rendu à la vie. De même, Dieu nous conduit, à sa suite, de la mort vers la vie, dans l’attente de son Royaume« .

Texte utilisé pour la célébration de la cène, adapté d’extraits de l’ouvrage de Wilfred Monod (1867-1943, pasteur et théologien réformé français) sur la célébration de la Cène, et « piqué » sur blog.vraiment.net

 

 

Notes :

(1)Aujourd’hui, dans certaines églises, chacun a son godet et l’on prie « en petits groupes », pas automatiquement « mixtes » – le député ne se retrouvant pas forcément avec l’éboueur….

Quand le Seigneur reviendra sur la Terre, trouvera-t-il encore des « pasteurs » ?

L’Église d’aujourd’hui a besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger » leur a confié. Source : Rawpixel

Les églises d’aujourd’hui ne manquent pas de « ministères » !

En effet, il existe des ministères « de louange », centrés sur l’adoration ; des ministères dits « diaconaux », qui prennent soin des gens sur le plan matériel ; et il y a des ministères de « relation d’aide », très marqués par la vision du monde de la psychologie, parfois plus que par l’anthropologie biblique, et travaillant la plupart du temps hors des églises locales et communautés réelles, alors que c’est au cœur des relations que l’on guérit ses relations.

Mais ce qui semble être un atout cache une réalité plus problématique : si les églises ne manquent pas de ministères, on n’y trouve presque plus de « pasteurs » ou de « bergers » au sens biblique du terme, C’est-à-dire des personnes qui, sans être forcément des « clercs », passent l’essentiel de leur temps à prendre soin et à accompagner. Le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »] et tout accompagnement dit « pastoral » est avant tout « fraternel », de fait enraciné dans la vie communautaire. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain (de la Cène) qui révèle Christ ressuscité, comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs en Luc 24v28-35.

Or, dans certaines églises protestantes « historiques » et protestantes évangéliques, ceux que l’on appelle « pasteurs » sont en réalité des « docteurs » ou des enseignants : ils ont « BAC +++ », connaissent la philosophie antique et moderne, ainsi que l’hébreu et le grec anciens. Dans les églises évangéliques, les « pasteurs » sont en réalité des « évangélistes », avec parfois un charisme de guérison, appelant tous les dimanches à la conversion. Certains sont des « apôtres », préoccupés par le nombre d’implantations d’églises. D’autres encore sont des « prophètes », exhortant le troupeau à ne plus être perdu, alors que leur rôle serait justement de les faire paître.

L’Église d’aujourd’hui ne manque pas de « ministères » mais a grand besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger »(Hébr.13v20) leur a confié.

Quelle serait alors « la fiche de poste » pour un « vrai pasteur » ? A ce sujet, la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, peut nous éclairer.

Il est premièrement celui sur qui l’on peut compter. Il n’est pas le propriétaire du troupeau mais celui qui rend compte de chacune des brebis qu’on lui a confié – et qu’il ne choisit pas (1 Pie.5v2)- parfois au péril de sa vie (Jean 10v11)

Voici, en guise d’illustration, une scène saisissante en Amos 3v12 : le berger est celui qui ose lutter avec le lion qui a sauté sur son troupeau, pour lui arracher « deux pattes » et « un bout d’oreille » de la brebis attrapée. Il doit rapporter les restes de l’animal et du combat au propriétaire du troupeau, pour montrer que la brebis a été perdue malgré lui, dans un guet-apens et non pas égarée par sa faute.

Et si des brebis distraites se sont égarées « un jour de nuages et de brouillard » (Ez.34v12), il se doit de partir à leur recherche, jusqu’à ce qu’il les trouve, obéissant à l’appel de Dieu(cf Luc 15v4)   . Aucune ne doit manquer à l’appel.  Il est celui qui  compte et recompte les brebis, « les connaissant toutes par leur nom » (Jean 10v3), et qui les accompagne dans toutes les saisons de la vie, de leur naissance à leur mort.

Il est intéressant de noter qu’il est demandé au berger du troupeau de se préoccuper du nombre confié. Non pour l’augmenter- Ce sera le travail du « pécheur d’hommes »(Marc 1v17) – mais pour veiller à sa croissance, avant tout qualitative. Et ce, à l’instar de Dieu, qui se concentre sur un seul peuple, qu’Il a « choisi », « élu », « mis à part », et qu’Il appelle à être « saint », parce que Lui est « Saint » (Lévit.11v44).

Enfin, le berger n’est pas celui qui « envoie paître » mais celui qui « sort devant » le troupeau (Jean 10v4) et le fait aller là où il va et s’arrêter là où il s’arrête : « les verts pâturages » (Ps.23v2-3), propre à nourrir les brebis. Ce qui implique que le berger sache où il va, lire et suivre les instructions du ciel.

 

 

Sources/inspi :

Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première partie, 2010, pp 175-176

De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 9-27.

Voir aussi :

Marshall/Payne. L’essentiel dans l’Eglise : apprendre de la vigne et de son treillis. IBG/Clé, 2014 (pour redécouvrir ce qu’est le « sacerdoce universel, selon Eph.4v1-16)

Baxter, Richard. Le pasteur chrétien. Impact héritage, 2017 (ou la version électronique gratuite)

Kallemeyn, Harold. La visite pastorale IN La Revue réformée, N° 228 – 2004/3 – JUIN 2004 – TOME LV. L’auteur se propose d’étudier quelques fondements bibliques de la visite pastorale à partir des chapitres 2 et 3 de la Genèse. Dans cette présentation, un sens assez large est donné au mot « pastoral » pour inclure la tâche des anciens, des diacres et des aumôniers qui, avec le « pasteur titulaire », sont appelés à rendre visite au nom du Christ.

 

Je suis un nouveau chrétien et je n’ai pas d’église proche de chez moi : que faire ?

Dans le choix d’une église, il est important de « prier pour que le Seigneur vous conduise, en vous ouvrant au fait qu’il peut vous mener dans une communauté un peu différente de celle que vous désireriez, à priori, fréquenter ». Source : Pixabay

Une nouvelle question parmi d’autres, et une proposition de réponse courte, à découvrir sur le site « 1001 questions » :

La Bible nous dit que le croyant est appelé à rejoindre une communauté, pour être enseigné, partager avec des frères et sœurs, prier et vivre la Sainte-Cène (Actes 2/42-43). Elle dit aussi, un peu plus loin, que c’est le Seigneur lui-même, qui ajoute ceux qui se convertissent à l’Eglise, communauté des croyant appelée à se vivre dans le concret de la rencontre d’autres croyants (Actes 2/47). Si vous vous êtes converti, si vous avez mis votre confiance en Jésus et vous êtes engagés à sa suite, il n’est nul doute que vous êtes appelés à le servir dans une communauté chrétienne, selon vos dons (1 Corinthiens 12).
Que faire si vous habitez loin d’une communauté chrétienne ? Prier pour que le Seigneur vous conduise, en vous ouvrant au fait qu’il peut vous mener dans une communauté un peu différente de celle que vous désireriez, à priori, fréquenter.

La suite à découvrir ici.

Des outils pour trouver une église véritablement « locale », c’est-à-dire géographiquement proche de chez vous :

https://eglisedansmaville.com/ 

(Un site internet géré par l’association « Eglise Dans ma Ville » et qui s’adresse d’abord aux personnes en recherche et qui se questionnent sur l’existence de Dieu et leur identité. Le site permet de trouver une église protestante en fonction de sa proximité géographique et non en fonction de sa dénomination)

http://www.eglises.org/

(La liste des Églises évangéliques compilée par le CNEF pour l’Annuaire Évangélique. L’on peut y trouver les Églises de la France métropolitaine, ses DOM-TOM et du Luxembourg)

 

 

« Autrefois et maintenant » : Éphésiens 4v17-5v1-9

« Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Vivez en enfants de lumière… »

Voici donc ce que je dis et atteste dans le Seigneur : ne vivez plus comme vivent les païens que leur intelligence conduit au néant. Leur pensée est la proie des ténèbres, et ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qu’entraîne chez eux l’endurcissement de leur cœur. Dans leur inconscience, ils se sont livrés à la débauche, au point de s’adonner à une impureté effrénée.

Pour vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si du moins c’est bien de lui que vous avez entendu parler, si c’est lui qui vous a été enseigné, conformément à la vérité qui est en Jésus : il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses ; il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité.

Vous voilà donc débarrassés du mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres.

Êtes-vous en colère ? ne péchez pas ; que le soleil ne se couche pas sur votre ressentiment. Ne donnez aucune prise au diable.

Celui qui volait, qu’il cesse de voler ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler honnêtement de ses mains, afin d’avoir de quoi partager avec celui qui est dans le besoin.

Aucune parole pernicieuse ne doit sortir de vos lèvres, mais, s’il en est besoin, quelque parole bonne, capable d’édifier et d’apporter une grâce à ceux qui l’entendent.

N’attristez pas le Saint Esprit, dont Dieu vous a marqués comme d’un sceau pour le jour de la délivrance.

Amertume, irritation, colère, éclats de voix, injures, tout cela doit disparaître de chez vous, comme toute espèce de méchanceté.

Soyez bons les uns pour les autres, ayez du cœur ; pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. (Eph.4v17-32)

Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu’il aime ; vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu pour nous, en offrande et victime, comme un parfum d’agréable odeur. De débauche, d’impureté, quelle qu’elle soit, de cupidité, il ne doit même pas être question parmi vous ; cela va de soi pour des saints. Pas de propos grossiers, stupides ou scabreux : c’est inconvenant ; adonnez-vous plutôt à l’action de grâce. Car, sachez-le bien, le débauché, l’impur, l’accapareur – cet idolâtre – sont exclus de l’héritage dans le Royaume du Christ et de Dieu.

Que personne ne vous dupe par de spécieuses raisons : c’est bien tout cela qui attire la colère de Dieu sur les rebelles.

Ne soyez donc pas leurs complices.

Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Vivez en enfants de lumière. Et le fruit de la lumière s’appelle : bonté, justice, vérité. (Eph.5v1-9. TOB)

 

Après votre lecture et méditation personnelle de ce texte, vous pouvez aussi écouter cette prédication : « vivre l’esprit de la communauté » (Eph.4v25-5v2)

Arrête « d’éviter » mais commence « à inviter » (et à aimer) les « gens ennuyeux » dans ta vie….

Décidons-nous qui est « digne d’amour » ou d’attention ?

« Si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, que faites-vous d’extraordinaire ?… »(Matt.5v46)

« Alors que nous n’étions pas aimables, et alors que nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous »(Rom.5v7-8.Version perso).

« Les gens ennuyeux », c’est-à-dire ceux que tu juges « ennuyeux ».

Notre pensée est-elle véritablement « biblique », ou est-elle, en réalité, plutôt influencée par la vision du monde et les concepts de la psychologie moderne ?
Ainsi, « faire le tri », en décidant « qui entrera ou non » dans notre vie (qu’il s’agisse d’un chrétien ou d’un  « non chrétien ») est-il biblique ?

Comme par un fait exprès, je suis tombé sur cet article, traduit de l’anglais et publié le 12/03/17 sur « La Rebellution », que j’ai trouvé plutôt à contre-courant : « Arrête d’éviter (et commence à aimer) les gens ennuyeux de ta vie », par Haley Davidson(1).

« Il y a quelques semaines », l’auteure [une jeune américaine] faisait « défiler (son) fil d’actualité sur Facebook », lorsqu’elle est tombé sur un article intitulé « Les dix types de personnes toxiques que les gens mentalement forts évitent. »
« Curieuse », elle a « cliqué dessus », pour lire l’article, lequel « recommandait d’éliminer les interactions avec les « gens toxiques », dans le but ultime d’améliorer sa qualité de vie ».
Ce n’était pas là « un scoop » ou « une nouveauté », puisque ce message est en réalité particulièrement et « profondément enraciné dans notre culture. On nous dit de faire le nécessaire pour assurer notre propre bonheur.
Mais un problème imprévu vient avec cet état d’esprit : parce que personne n’est parfait, tout le monde va finir par t’ennuyer à un moment donné. Par conséquent, nous commençons à haïr tout le monde, devenant plus grincheux et solitaires qu’avant. Et nous grandissons éloignés des êtres humains mêmes pour lesquels Dieu nous a mis sur terre pour les servir ». Ou alors l’on ne fréquente plus que des « gens parfaits », ou « plus que parfaits » (2)….
« On nous dit que si mon voisin dégrade ma qualité de vie (que je sois irritable ou qu’il soit réellement ennuyeux), j’ai toutes les raisons d’éviter complètement la personne, de mettre fin à ma relation avec elle.
Leur valeur dans ma vie (dépendrait) du bonheur que je peux ou ne peux pas ressentir lorsque je suis avec eux.
On nous dit que nous devrions recevoir quelque chose pour qu’une relation mérite notre temps. Nous devons être remplis.

Or, la Bible raconte une histoire totalement différente ».

La suite à découvrir sur La Rebellution.

En complément, Rebecca Pippert écrivait, dans La Saveur partagée (Ed. Farel) : « si notre conception de la spiritualité nous isole de nos semblables, il est à craindre que nous ressemblions aux pharisiens [qui, par ailleurs, ont rejeté et condamné Jésus]. Et Si nous avions la notion de sainteté qu’avait Jésus, alors nous ne nous isolerions pas des autres, mais en même temps nous ne serions pas confondus avec eux. »(op. ci., p 96)

Dans Marc 7v14-23, Jésus donne un enseignement « théorique » sur « ce qui nous souille », avant de donner l’exemple d’une étonnante mise en pratique aux vv 24-30.
En Colossiens 3v1-17 (not.v12), nous voyons comment les chrétiens, ceux qui connaissent Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur, doivent vivre entre eux. Et pourquoi.

Et en Jacques 2v1-8(PDV), il nous expliqué pourquoi nous, qui croyons en Jésus-Christ, ne devons pas faire de différence entre les gens……

 

 

Notes : 

(2) Quoique de telles personnes pourront être estimées particulièrement « ennuyeuses », elles aussi…. 😉

Un protestant-évangélique peut-il « faire le carême » ? Comment jeûner de façon « non religieuse » mais « biblique » ?

« J’aimerai savoir pourquoi les chrétiens ne font pas le carême ? Seulement les catholiques ? Est-ce religieux ? Non biblique ? » (Christopher)

Excellente question, liée à la vie de foi personnelle du chrétien, et particulièrement d’actualité, vu que certains, parmi les chrétiens, s’apprêtent à « faire carême » à compter de ce mercredi 1er mars. Merci, Christopher, de l’avoir posée !

Il serait plus juste de demander : « pourquoi certains chrétiens (protestants-évangéliques) ne font pas le carême ? Seulement les catholiques ? ». Ensuite, est-ce une pratique « religieuse », « non biblique » ? Mais la vraie question est sans doute : « pourquoi jeûner » et « comment » ? Qu’est-ce qu’un « jeûne religieux » et qu’est-ce qu’un « jeûne biblique », pour le tourner à la positive ?

Pour mieux répondre, intéressons-nous d’abord à ce qu’est le carême, d’où il vient et par qui, et pour quoi, il est encore aujourd’hui pratiqué :

Sur le site de la Fédération Protestante de France, nous apprenons que ce terme est étymologiquement affilié au mot Quadragésime (quadragésima en latin) qui signifie littéralement « quarantième ». Ainsi, le Carême désigne la période de quarante jours précédant Pâques durant laquelle le croyant est invité à méditer sur sa propre vie en ayant à l’esprit le cheminement du Christ jusqu’à la Croix. Cette démarche spirituelle a notamment pour but de raviver la foi et de sortir le Chrétien de son inertie, de son endormissement en le poussant à abandonner sa routine quotidienne.

D’un point de vue historique, l’Eglise primitive organisait ce temps autour de la préparation au baptême des catéchumènes qui était célébré la nuit de Pâques.
A partir du IVe siècle le temps de Carême devient de plus en plus consacré à la pénitence et au renouvellement de toute la communauté croyante par la pratique du jeûne et de l’abstinence de certaines viandes.

L’Eglise orthodoxe a opté pour une application radicale de la pratique pénitentielle qui est encore aujourd’hui très stricte. Le catholicisme a à l’inverse peu à peu assoupli ses exigences en ne recommandant plus que le jeûne le mercredi des Cendres (premier jour de Carême) et le Vendredi Saint, ainsi que l’abstinence de viande tous les vendredi.
La Réforme n’a en rien contesté l’importance du Carême pour la spiritualité, mais elle n’impose pas la pratique de la pénitence. Il faut cependant relever que le luthéranisme a continué d’insister sur l’importance de la remise en question et du recueillement de sorte qu’une maigre forme de pratique pénitentielle a été maintenue (abstention de viande le Vendredi Saint et pendant longtemps interdiction de célébrer des mariages qui sont propices à la fête et au repas copieux).
Mais d’une manière générale le protestantisme est beaucoup moins directif que les autres confessions. Il part du principe que chacun est libre de vivre ce temps de préparation de Pâques selon ses convictions car aucune consigne particulière n’a été laissée par les Apôtres.
Actuellement, les Eglises de la Réforme ont malgré tout la volonté de marquer ce temps de Carême par l’organisation de nombreuses actions incitant le croyant à aller vers les autres (sous formes de don ou d’action humanitaire par exemple).

Ceci dit,  « vivre le carême », ce serait quoi, pour un protestant (et un évangélique), pour ne pas jeûner « de façon religieuse » mais « biblique » ?

Le jeûne fait partie de la discipline offerte par le Seigneur Jésus-Christ pour nous rendre un peu plus disponible, sur le plan spirituel. Le principe du jeûne est de se priver de quelque chose (pas que de nourriture, d’ailleurs !) pendant un certain temps, pour laisser la place à autre chose. Jésus insiste d’ailleurs sur le fait qu’il ne s’agit là que d’une pratique personnelle, qui doit rester discrète jusqu’au fait que les autres ne doivent pas le voir ou le savoir. Il rejoint, en les prolongeant ainsi, les aspirations des prophètes qui, avant lui, critiquaient justement les jeûnes proclamés, lesquels étaient en réalité l’occasion d’étaler une piété ostentatoire, plus préoccupée par les apparences :

« Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (dit Jésus en Matthieu 6v16-18)

D’autre part, le jeûne biblique n’amène pas « de puissance ». Il offre simplement du temps et de l’espace (ou de la disponibilité) intérieur-e, comme nous l’avons écrit plus haut. Ce sont les sorciers –et non les chrétiens, disciples de Jésus-Christ – qui jeûnent « pour la puissance ».

Le prophète Esaïe a rappelé, de la part de Dieu, ce que doit être l’objectif du jeûne : un temps de consécration  ou de reconsécration, afin de permettre à la justice de Dieu de se manifester.

« Voici le jeûne auquel je prends plaisir : détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, et que l’on rompe toute espèce de joug ; partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. Alors ta lumière poindra comme l’aurore, et ta guérison germera promptement ; ta justice marchera devant toi, et la gloire de l’Éternel t’accompagnera. » (Esaïe 58,6-8)

Certains, en effet, voient dans le jeûne une façon de « négocier avec Dieu », de lui soutirer des grâces. C’est là « une conception marchande de Dieu », dans le but de l’instrumentaliser pour nos projets les plus autocentrés (et non Christocentrés !) ou….les plus religieux !

Voir aussi : http://1001questions.fr/jaimerais-savoir-a-quoi-ca-sert-de-jeuner-autrement-dit-pourquoi-dans-certains-cas-la-priere-ne-serait-pas-a-elle-seule-suffisante-yemi/

Une autre réponse, plus « longue » et plus détaillée sur le jeûne, avec cet article de John Stott, publié dans « Promesses », revue de réflexion biblique (N° 176, avril-juin 2011, pp 10-14) : Les pharisiens jeûnaient « deux fois par semaine » (Luc 18.12), le lundi et le mercredi. Jean-Baptiste et ses disciples jeûnaient assez régulièrement, et même « souvent », mais les disciples de Jésus ne jeûnaient pas (Mat 9.14) ; aussi est-il surprenant que Jésus attende de ses disciples qu’ils jeûnent et consacre une partie de son enseignement sur la colline aux détails de cette pratique. Nous-mêmes, nous vivons souvent comme si ce passage n’existait pas dans la Bible. La plupart des chrétiens insistent sur l’importance de la prière quotidienne et de la libéralité, mais peu nombreux sont ceux qui attachent de l’importance au jeûne. Les chrétiens des courants évangéliques qui insistent sur le caractère intérieur de la vie chrétienne, laissant une large place au cœur et à l’esprit, ne parviennent pas toujours à s’accommoder de cette discipline extérieure, corporelle qu’est le jeûne. Ne serait-ce pas une pratique de l’Ancienne Alliance ordonnée par Moïse le Jour des Propitiations, pratique exigée plusieurs fois l’an après le retour de Babylone, mais que le Christ serait venu abroger ? Les contemporains de Jésus ne sont-ils pas venus lui demander : « Pourquoi les disciples de Jean et les disciples des pharisiens jeûnent-ils et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Le jeûne n’est-il pas une pratique propre à certaines Églises ou un reste de l’Église médiévale qui a élaboré un calendrier détaillé des jours de fête et des jours de jeûne ? N’est-il pas lié à une conception du culte rendu à Dieu qui attacherait beaucoup d’importance aux rites ?

En utilisant tantôt les Écritures, tantôt l’histoire de l’Église, on pourrait probablement répondre positivement à toutes ces questions. Mais quelques faits permettent de rétablir une vue plus globale de cette pratique.

 

Et encore, sur cet inépuisable sujet : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/02/10/jeuner-pour-avoir-faim-de-dieu-soyons-des-champions-de-jeune/

Ton christianisme est-il « sentimental » ?

Grande et grave question, qui revient régulièrement, dès qu’il s’agit de parler des relations dites « fraternelles », dans un contexte d’église, ou dès qu’il s’agit de se prononcer, par exemple, sur les actions (estimées « controversées ») de telle personnalité politique (chef d’état, candidat à une élection, élu national ou local…) :

En gros, puis-je dire à mon frère qu’il a péché ? Et « si mon frère a péché », suis-je légitime pour le reprendre ? (Matt.18v15). N’est-ce pas se mêler des affaires d’autrui ? Ne serait-ce pas faire preuve d’orgueil spirituel que de vouloir jouer les « redresseurs de tort » ? Qui suis-je, pour juger les autres ? Et d’ailleurs, pourquoi juger quelqu’un, par exemple, tel homme politique mis en cause pour ses actions publiques ?

Comme je l’ai lu ailleurs sur la toile, sous prétexte « que nous ne les connaissons pas et nous connaissons encore moins ce qu’il y a dans leur cœur », nous devrions, d’après la Bible, « aimer tous les hommes et de ne (surtout) pas les juger ».

Alors, certes, concernant le refus du jugement, je rejoins à 100 %  toute préoccupation de ne pas tomber dans un (pseudo)christianisme de condamnation et d’exclusion. Évidemment, un seul est juge (Dieu), comme un seul est sauveur (Christ) et un seul convainc(le Saint-Esprit). Je comprends aussi que lorsque Jésus nous demande « de ne pas juger » et « de ne pas condamner »(Matt.7v1-5, Luc 6v37) il nous met en garde contre une tendance à condamner les autres du haut de notre (supposée) perfection, dans le style « plus saint que moi tu meurs ».
Cependant, dans un autre passage, en Jean 7v24, si Jésus nous invite à « ne pas juger selon l’apparence », il nous invite aussi à « juger justement », « selon la justice ». Il nous demande donc bien de « juger » ! Plus exactement, de « jauger » ou « d’évaluer » le réel de ce que nos frères/soeurs vivent (et non à fuir le réel).

Je serai donc « la sentinelle de mon frère », « le gardien de mon frère » ? Bien sûr. Jacques 5v19-20 dit encore que « si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

Et voici encore ce passage d’Ezéchiel 33v7-8, qui ne manque jamais de nous faire frémir : « Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant : Méchant, tu mourras ! si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang ».

Ailleurs, la Bible nous exhorte également au discernement et nous donnent des exemples d’interpellations des puissants (ainsi « responsabilisés »), surtout quand ils se montrent injustes : voir les exemples des prophètes dans l’Ancien Testament (Amos ; Malachie 3v5, Jérémie, Esaïe, Dan.4v27…), du livre des Proverbes (Prov.31v8-9) ou de l’apôtre Jacques, dans le Nouveau Testament, et même l’évangile selon Luc. Le rôle de tout responsable n’est-il pas de proclamer (et non pas de « chuchoter »)la justice de Dieu, au sein de la grande assemblée ? (Ps.40v9-10) Dieu cautionne-t-il l’injustice ? Voici ce qu’il déteste et ce qui l’indigne : Zacharie 7v8-12, 8v16-18.

Ceci dit, « sans prétention » et « sans fausse humilité », nous n’avons certes pas à nous comparer mais simplement à réaliser ce qui risque de nous arriver indirectement, car nous sommes un corps (le corps de Christ – nous pensons aussi au « corps social ») et pas une somme d’individus isolés. Comme nous le savons, dans tout corps physique, un organe en amont du système circulatoire perçoit les toxines qu’un autre organe malade produit et qui sont déversés dans le sang. Il se sent concerné et se prépare donc à lutter, car la maladie de l’organe en aval peut devenir la sienne. De même, au sein du corps de Christ, l’Eglise, nous devons « jauger », avec compassion mais aussi précision et vérité ce qui se passe chez nos frères/soeurs, afin de pouvoir être nous-mêmes guéris par leur guérison.

Se « corriger fraternellement », selon Matt.18v15 et ss, est donc une bénédiction, à condition d’être très au clair sur ce qui vient « gangréner » le corps de Christ, sans faire une classification des péchés, qui irait du « plus abominable » au « plus anodin »(selon nous et non selon Dieu, cf Deut.18v9-12, 17v1-4, 7v26….et 1 Cor.6v9-10, Eph.5v4-5….), ou sans faire de distinction entre les hommes (« arrangeants » ou « bienveillants » envers les puissants, « impitoyables » envers les plus  faibles/les plus pauvres).

Bref, nous avons à rejeter tout autant le pseudo christianisme légaliste de condamnation/d’exclusion et le pseudo christianisme dit « sentimental », pour affirmer le véritable christianisme biblique centré sur la compassion, la vérité, la guérison et la libération.
Au sujet du « christianisme sentimental », celui-ci, loin de toute lucidité et vérité, promeut un amour douçâtre, « rose bonbon », en prenant les gens dans le sens du poil. Il est une fuite, en refusant de voir et de nommer le « problème », alors que la situation est en réalité « problématique », et maintient le pécheur dans son péché. Prov.17v15 est pourtant très clair à ce sujet, et la problématique peut être étendue à d’autres domaines « non ecclesiaux », comme ceux, par exemple, relatifs à notre société dite démocratique.
Certes, nous avons à fuir certaines choses, selon la Parole : l’idolâtrie, la fornication(ou la débauche), les discussions vaines….mais pas le réel ! Et nous avons à rechercher « la justice, la foi, l’amour, la paix »(1 Tim.1v5, 14), caractéristiques du Dieu trinitaire auquel nous sommes censés appartenir. Et puisque « Dieu est lumière »(1 Jean 1v5), ses enfants (1 Jean3v1) produisent normalement « le fruit de la lumière » : « bonté, justice et vérité » (Eph.5v8-9)

Ne craignons donc pas de reconnaître et de dire notre propre péché et celui des autres, pour vivre sur un fondement de vérité. Mais à la condition de le dire avec amour, sans juger. Et certainement pas pour condamner en se plaçant plus du côté de ceux qui sont prompts à « jeter la pierre » (cf Jean 8v1-11) que du côté de Jésus, ou en se plaçant du côté du « moraliste » par un « va et ne pêche plus », oubliant ce qui précède : « je ne te condamne pas non plus »(v11).

 

 

 

Inspi : Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : mener le bon combat(T.2). Ed. Première Partie, 2011.

[Prochain billet : mercredi prochain]

Où en es-tu, dans ton parcours de foi ?

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d'aujourd'hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ? (Source : convergence bolcho-catholiques)

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Tu es chrétien. C’est à dire que tu confesses Jésus-Christ comme ton Sauveur et ton Seigneur. Repentant, tu te sais pardonné, justifié et tu souhaites changer de vie, appartenir et suivre Jésus-Christ.

Mais où en es-tu, dans ton parcours de foi ?

Au début, tu es préoccupé par les péchés et redoute d’être un pécheur ou un injuste. Puis, prenant de la distance, tu deviens préoccupé d’être le plus ajusté possible à la Loi de Dieu, dans son ensemble, et non plus par rapport à des listes de péchés [ou certains péchés] dans lesquels tu constatais autrefois être embourbé.

Tu passes donc d’une préoccupation pour les péchés à une préoccupation pour le péché en toi. Puis vient le temps où tu peux passer d’une préoccupation pour l’iniquité(1) globale de ta vie à un souci plus dense encore d’harmonie et de cohérence avec le coeur de Dieu. Tu es passé d’une préoccupation pour la justice à une préoccupation pour la justesse. Tu es passé d’une représentation d’un Dieu juge, à un Dieu « maître d’école », puis à un Dieu Père aimant(2).

« En effet, le péché n’aura plus de pouvoir sur vous, puisque vous n’êtes pas soumis à la loi mais à la grâce de Dieu. Mais quoi ? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes pas soumis à la loi mais à la grâce de Dieu ? Certainement pas ! Vous le savez bien : si vous vous mettez au service de quelqu’un pour lui obéir, vous devenez les esclaves du maître auquel vous obéissez ; il s’agit soit du péché qui conduit à la mort, soit de l’obéissance à Dieu qui conduit à une vie juste ». (Rom.6v14-16. BFC) (3)

 

 

Notes : 

(1) « Iniquité » : condition de celui qui est sans loi, sans frein.

(2) D’après Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : mener le bon combat. Ed. Première Partie, 2011, p 81

(3) Dans la version « Parole de Vie (PDV), cela donne :

« Ce n’est plus la loi qui vous commande, mais c’est l’amour de Dieu pour vous. Le péché ne peut donc plus avoir de pouvoir sur vous. Ce n’est plus la loi qui nous commande, mais c’est l’amour de Dieu pour nous. Alors, est-ce une raison pour faire le mal ? Sûrement pas ! Vous ne savez pas ceci ? Quand vous vous mettez au service de quelqu’un comme esclaves, vous êtes les esclaves du maître à qui vous obéissez. Alors, ou bien vous êtes esclaves du péché, et le péché vous conduit à la mort, ou bien vous êtes serviteurs de Dieu, et Dieu vous rend justes parce que vous lui obéissez » (Rom.6v14-16).

« Inculture au poing » : « rompre le pain »

"Faites ceci en mémoire de moi", dit Jésus

« Faites ceci en mémoire de moi », dit Jésus

Le Talmud de Babylone raconte cette anecdote(1) où le grand rabbin Rav Achi jugeait de la question des rois d’Israël (pour savoir lesquels n’auront pas part au monde futur) et dit à ses collègues : « demain nous nous occuperons de notre « ami » Menaché (Ou : Manassé, un roi corrompu et idolâtre cf 2 Rois 21 et 2 Chron.33) ». La nuit, Menaché lui apparait en rêve et lui demande : « tu te permets de m’appeler ton « ami » ! (comment prétends-tu te mettre au même niveau que le mien). Alors je vais te poser une question : je voudrais savoir lorsqu’on rompt le pain(2) de quel côté doit-on le rompre ? » Rav Achi lui répondit qu’il n’en sait rien. Il lui dit : « tu ne sais même pas comment rompre le pain et tu m’appelles ton « ami » ! Je vais te l’apprendre et demain tu l’enseigneras, tu dois le rompre à l’endroit où il est le plus cuit », c’est-à-dire la croûte (sous-entendu : « et pas la mie ! »).

Que signifie ce geste de « rompre le pain » ?

« Avant de pouvoir manger, il faut, selon la tradition talmudique », et comme l’explique notammnt Marc-Alain Ouaknin (3), « premièrement s’assurer que les animaux domestiques ont reçu de quoi se nourrir, et deuxièmement rompre le pain même si l’on mange seul. Un symbole d’une « éthique au quotidien » : « je ne peux jamais commencer à manger sans avoir fait ce geste qui signifie que je suis prêt à partager le pain avec autrui. » C’est aussi dans ce geste que culmine le sens de la soirée pascale (le seder), par exemple inaugurée par l’invitation faite à l’autre homme de venir partager le pain.

L’invité est en hébreu un « oréah », mot dont la racine signifie aussi « chemin ». Nous pouvons également y lire les mots « or » et « réah », « lumière » et « parfum ». Toute personne avec qui nous partageons le pain et même ses proches sont considérés comme des invités. C’est pour cela que le mot « repas » se dit « arouha » en hébreu, de la même racine qu’ « oréah »/ « invité ». De fait, c’est le geste du partage qui confère à l’autre homme le statut d’invité. Ainsi, « partager le pain », c’est « ouvrir sa maison à la lumière et au parfum de la vie ». C’est en accueillant l’autre qu’on est soi-même accueilli par l’autre, accueilli par la lumière et le parfum. L’ambiguïté du « qui accueille qui » est bien soulignée par la langue française, qui utilise le même mot pour « l’invité » et « l’invitant » : l’hôte !

Le geste du partage du pain est l’un des plus essentiels du judaïsme : il est le signe que l’homme est toujours engagé dans une relation avec un autre homme. Etre, c’est « être avec ». La relation n’est pas un « en-plus-de-l’humanité-de-l’homme », mais le constitue ontologiquement.

Pourquoi alors « (casser) la croûte » ?

Parce que la croûte, c’est ce qui a durci, ce sont les habitudes ! Une vieille expression française parle d’ailleurs fort justement du risque de « s’encroûter ». Et manger, c’est partager, c’est « casser la croûte », c’est-à-dire refuser l’encrassement, l’engluement, la lourdeur des habitudes(3). C’est aussi inviter l’autre à « sortir de sa zone de confort ».

Dans le Nouveau Testament, la pratique de « rompre le pain » (ou du partage du pain) est  l’une des caractéristiques de la vie de la communauté chrétienne. Ce que l’on appelle « la Sainte Cène » (« Cène » = « repas du soir ») ou « le repas du Seigneur », évoque le geste même de Jésus rompant le pain lors de son dernier repas avec ses apôtres (cf Matt. 26v26-28 ; Marc 14v22 ; Luc 22v14). C’est même l’un des rares gestes que Jésus nous a explicitement commandé de reproduire : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22v 19). Il s’agit, pour nous qui suivons Jésus, d’annoncer « la mort du Seigneur », condition de nos rassemblements « en Eglise », « jusqu’à ce qu’Il vienne » (1 Cor.11v26).

« La fraction du pain » fait aussi partie de ces 4 choses dans lesquelles les premiers chrétiens persévéraient, avec «  l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle et les prières » : « Ils persévéraient …dans la fraction du pain (Actes 2v42) Chaque jour, avec persévérance… ils rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur » (Actes 2v46).  Dans les premières assemblées chrétiennes, les repas étaient collectifs et étaient l’occasion du partage du pain et du vin avec le rappel de son institution par Jésus(cf 1 Cor.11, le plus ancien document à ce sujet). Dans Actes 2, le verbe «persévérer» a le même sens que «tenir fermement attaché à» (Rom 12v12 ; Col 4v2). La persévérance exige une discipline personnelle et collective (nous y reviendront plus loin). « Ils persévéraient », « ils se réunissaient pour » et ils ne comptaient pas le temps. Ils le faisaient « avec joie et simplicité de cœur ».

Le « pain rompu » est aussi (le rappel de) « la communion au corps de Christ » : « puisqu’il y a un seul pain », ceux qui « sont plusieurs » ne sont pas une somme d’individus mais « forment un seul corps », dont les membres sont interdépendants, « participant tous à un même pain ». (1Cor. 10v16).

Il est édifiant d’apprendre, comme nous le rappelle le pasteur Gilles Boucomont (4) que le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »]. L’accompagnement est un accompagnement fraternel. Il est donc enraciné dans la vie communautaire et le partage du pain ou de la cène, qui nous fait devenir tous enfants d’un même Père [céleste]. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain qui révèle la présence du Christ ressuscité »(4), comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs, lesquels reconnaissent Jésus ressuscité lors « de la fraction du pain » en Luc 24v28-35.

« Rompre le pain » rendrait-il donc « clairvoyant » ? Il est possible de faire un rapprochement édifiant avec le premier repas de communion de l’histoire : du pain et du vin, apporté par « le roi de justice et de paix » à Abraham, ce qui a rendu ce dernier « clairvoyant » sur un important enjeu spirituel (une tentation) cf Gen.14v18.

Pour Gilles Boucomont encore, « le partage de la Cène est [également] agent de guérison parce qu’il nous manifeste ce qu’est l’humanité concrètement réconciliée(…) Sont ainsi rendues visibles le fait qu’il n’y ait plus de distinctions entre les personnes, une puissance égalitaire que jusque-là seule la mort pouvait prétendre offrir aux humains. Le fait même d’utiliser deux aliments simples pour dire le corps et le sang de Jésus est une réconciliation. Ce sont des produits transformés, fruits du travail de la nature, de la création de Dieu, et du travail des hommes. La Cène est une vraie guérison des relations interpersonnelles, car elle brise tous les jeux d’autorité qui ne sont pas en Christ ou de Christ. Elle est aussi une guérison de la mémoire, car en mettant fin à la nécessité de répéter un sacrifice (Hébr.7v26-27 et 10v18), mais en le symbolisant, elle nous fait sortir de la tension entre l’oubli et la répétition qui hante nos histoires. Enfin, elle est une guérison fondamentale de toutes les tentations religieuses : c’est Dieu[ou Christ] qui invite à sa table, ce n’est pas un lieu de pouvoir religieux (cf 1 Cor.11v17-34 et cf 1 Cor.12), elle met fin à la logique sacrificielle…Autant de guérisons d’une humanité en manque de repères… »(5)

 

Enfin, quand prendre la Cène ? « Quelle fréquence sans tomber dans l’idolâtrie » (ou la routine) ? (6)

Doit-on craindre « une routine » ou « une lassitude », si nous prenons la Cène une fois par semaine ? Le danger n’est pas plus grand que de se réunir tous les dimanches pour le culte.

Néanmoins, l’on peut remarquer que, « dès le début, ce repas a été un point de vérification de la santé de la communauté : un problème dans la forme pouvait révéler un problème spirituel de fond ! (voir par exemple 1 corinthiens 11v17-23) »(6). D’autre part, prendre la Cène régulièrement implique ma responsabilité de suivre Jésus, de ne pas laisser un différend avec mon frère avec qui je partage ce repas et de ne pas vivre dans le péché. Le repas du Seigneur ne se prend pas à la légère. Le péché y est confessé et jugé. La Cène ne devient donc pas une simple habitude, car chaque fois « chacun s’éprouve », chacun se juge pour discerner s’il y a quelque chose qui le sépare de son Seigneur et de son frère (1 Cor 11v27-32). Cela signifie qu’il y a une discipline à la fois individuelle mais aussi collective, à la table du Seigneur. « Que chacun donc s’éprouve soi-même », pour ne pas s’abstenir de prendre la cène, mais pour « ainsi (manger) du pain et (boire) de la coupe… » (1Co 11v28)

Concernant la fréquence de la Sainte Cène, il n’y a pas « de règle » dans le Nouveau Testament, mais la mention d’une fréquence, d’une régularité (et non d’un caractère occasionnel ou exceptionnel).

Il est aussi mentionné, en Actes 20v7, que l’Eglise primitive a célébré la Cène lors d’un rassemblement « le premier jour de la semaine » (le dimanche).

La Didaché (un document de l’Eglise primitive datant de la fin du premier siècle) recommande : «Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces après avoir confessé d’abord vos péchés» (paragr. XIV).

Jésus Lui-même est apparu à ses disciples, après sa résurrection (cf. Jean 20v19,26 ; 21v1 ; Luc 24v36 ; I Cor. 16v2) « le premier jour de la semaine ».

Pour terminer, « l’idolâtrie [ou la routine] peut se cacher dans une célébration hyper fréquente de la cène, comme dans une trop grande rareté de celle-ci. Et une foi authentique peut être manifestée dans des pratiques parfois surprenantes, mais réfléchies spirituellement. Bref, une Eglise saine aime la cène » (6)

 

 

Notes :

(1) Traité Yebamot Chapitre 4 Page 49b. Anecdote rapportée, avec quelques modifications, par Marc-Alain Ouaknin, dans « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains. Seuil, 2013(points), p 223. Voir aussi pp 226-228.

(2) Geste fondamental dans la tradition juive, repris ensuite par Jésus, qui consiste à rompre et partager le pain entre ceux qui participent à un repas, geste qui inaugure, en général, tout repas.

(3) Voir son « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains ». Seuil, 2013(points), p 223. Voir aussi pp 226-228.

(4) Boucomont, Gilles. « Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit » Première partie, 2010, p.176

(5) Boucomont, Gilles. « Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit ». Première partie, 2010, p.223.

(6) Question « classique » notamment posée ici : http://1001questions.fr/comment-comprendre-la-sainte-cene-quelle-frequence-sans-tomber-dans-lidolatrie-stephane/ ; http://1001questions.fr/doit-on-prendre-la-sainte-cene-tous-les-dimanches/

 

 

« Le changement, c’est maintenant ! »….dit la Bible

"Le changement" ? " Yes, we can", dit la Bible ! Et "c'est maintenant !"

« Le changement » ?  » Yes, we can », dit la Bible ! Et « c’est maintenant ! »

Est-il possible de changer ?

Vaste question ! Mais la Bible répond sans hésiter : « oui ». « Yes, we can », en Jésus-Christ. « Le changement, c’est (même) maintenant » !

Mais qu’est-ce qui change ? Qu’est-ce qui a changé pour vous, qui êtes peut-être chrétien et connaissez le Christ comme votre Sauveur et Seigneur personnel ?

En quoi Dieu nous transforme-t-il ? Qu’est-ce que « devenir chrétien » ?

Le changement s’opère-t-il au niveau de nos pensées ? Pour « penser juste » ?

Est-ce au niveau de nos émotions ? Pour « ressentir juste » ?

Est-ce au niveau de nos actions, de notre éthique ? Pour « agir juste » ?

Aucun des trois !

La réponse, dans cette prédication d’Olivier Keshavjee, « animateur paroissial » suisse, sur Ephésiens 4v17-24 : « vivre une vie nouvelle ».

Bonne écoute et bon week-end !