Education sexuelle à l’école : le gouvernement choisit la prudence (ou le recul stratégique)

« C’est à ce prix que nos enfants seront protégés, pour le moment… » (Dr Maurice Berger) Mais à quel prix ? (Source : Public domain pictures)

Si vous l’aviez raté, voici une lecture de rattrapage de notre article « Vers une éducation sexuelle précoce à l’école ? Comment s’y retrouver ? », lequel a été bien relayé, notamment par notre partenaire « Déconstruction de l’homme »(1), et recommandé par le CPDH (2) et le CNEF(3). Merci à eux et merci à tous ceux qui ont apprécié l’article comme étant propre à répondre à un besoin d’information fiable et pertinente sur le sujet.

Depuis, qu’en est-il ?

La fameuse circulaire de rentrée, annoncée pendant l’été, est finalement parue au BO le jeudi 13/09(4), annulant et remplaçant la circulaire n° 2003-027 du 17 février 2003 relative à l’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées. Elle rappelle que trois séances par an doivent être consacrées à l’éducation sexuelle pour les élèves de l’école primaire au lycée. Sur le site du ministère de l’Education nationale, il est précisé que « cette éducation vise à la connaissance, au respect de soi, de son corps et au respect d’autrui, sans dimension sexuelle stricto sensu à l’école élémentaire. Elle est complétée, à l’adolescence, par une compréhension de la sexualité et des comportements sexuels dans le respect de l’autre et de son corps. L’enfance et l’intimité sont pleinement respectées »(4). Visant à « favoriser l’estime de soi, le respect de soi et d’autrui et l’acception des différences », il s’agira « d’apporter aux élèves des informations objectives et des connaissances scientifiques, et de développer leur réflexion et leur esprit critique », en abordant des thèmes tels que : la prévention des violences sexuelles et sexistes, l’égalité filles-garçons, la contraception, les maladies sexuellement transmissibles, le cyberharcèlement, les risques d’une exposition aux images pornographiques…

Ceci dit, cette annonce invalide-t-elle les alertes précédentes, relatives aux risques d’une éducation sexuelle précoce à l’école ?

Plus précisément, le travail de veille intelligente a plutôt eu un double effet, positif et paradoxal tout à la fois :

Notons premièrement le soin extrême, avec lequel le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer répète sa volonté d’appliquer la seule loi de 2001 [comme pour nous dire « il n’y a pas de nouvelle loi », contrairement aux rumeurs], appelant les enseignants et intervenants extérieurs amenés à dispenser ces enseignements à « faire preuve d’une grande vigilance«  pour qu’ils soient « pleinement adaptés à l’âge des enfants » et à « agir, en la matière, dans le plus grand respect des consciences« (4). Avec pour probable conséquence des contenus de programmes plus « softs », lestés de tout support susceptible d’être choquant…pour cette année, du moins.

Une telle prudence (que d’aucun pourront interpréter comme un recul) constitue déjà en soi un premier point positif, doublé du paradoxe suivant : du fait de cette prudence (ou de ce recul) du gouvernement en la matière, les alertes intelligentes concernant « les Standards européens », et par là même les dangers d’une éducation sexuelle précoce dès la maternelle, deviennent donc des fake news ! « Mais c’est à ce prix que les enfants seront protégés, pour le moment », souligne dans un communiqué récent le Dr Maurice Berger, lui-même accusé indirectement de diffuser des rumeurs (5).

Notons que les Ecritures bibliques nous donnent trois exemples de prophéties qui ne se sont pas réalisées : la prophétie de Jonas contre Ninive (Jonas 1-4), l’annonce du jugement contre le roi Achab par Elie (1 Rois 21v17-29), et l’annonce de la mort du roi Ezéchias par Esaïe (2 Rois 20v1-11). Non pas parce que ces trois véritables prophètes de l’Eternel aient commis des erreurs ou que leurs prophéties aient été délibérément fausses, mais parce que les destinataires respectifs des jugements prononcés se sont repentis. Or, dans le cas du gouvernement, point, ni même « assez de repentance », puisque relève encore le Dr Berger, « seule la loi de 2001 est citée, comme insuffisamment appliquée », et que se trouve complètement occulté « le fait que le dernier plan Stratégie de santé sexuelle du Ministère de la Santé du 30 mars 2017 avait pour objectif de « déployer l’éducation à la sexualité de la maternelle au lycée »(p 14) ! »(5). Néanmoins, relevons ce geste symbolique important (de sagesse ou…de prudence) du ministre : le retrait discret mais non moins effectif, il y a peu, de la référence aux « Standards européens d’éducation à la sexualité » de l’OMS de la plateforme de référence de l’Education Nationale CANOPE(6).

Ceci dit, l’action de veille intelligente a eu cet autre effet positif, puisque « des parents qui se sentaient isolés jusque-là peuvent se regrouper s’ils le souhaitent, et/ou demander à faire partie des délégués des parents d’élèves. Ils se sentent une légitimité à être informés précisément et à l’avance, et une vigilance s’est donc instaurée »(5). En clair, un parent averti en vaut deux…

To be continued….

 

Voir aussi :

Alors que vient d’être publiée, jeudi 13 septembre, la circulaire pour relancer l’éducation à la sexualité, le psychanalyste Jacques Arènes met en garde l’école contre tout discours « normatif », susceptible d’invalider la transmission familiale. « L’école se veut un lieu d’émancipation mais elle doit aussi respecter les opinions et attitudes des parents, à condition bien sûr que celles-ci restent dans les limites de la loi. Les positions peuvent varier grandement d’un parent à l’autre. Elles peuvent même évoluer chez un même parent, en fonction des profils et des besoins des différents membres de la fratrie. L’école doit aider les jeunes à faire leurs choix, tout en veillant à ne pas invalider leurs parents, au motif par exemple qu’ils auraient des attitudes rétrogrades(…)Il faut à la fois dédramatiser et indiquer qu’il n’y a aucune obligation d’avoir des relations sexuelles à quelque âge que ce soit. Montrer sans jugement de valeur que l’on peut avoir sur le sujet des opinions personnelles, des options religieuses ou philosophiques, des modèles familiaux très différents » (https://www.la-croix.com/Famille/Education/Education-sexualite-lecole-doit-tenir-discours-ouvert-2018-09-10-1200967647 )

 

Notes : 

(1) « Déconstruction de l’homme », ou « critique du système technicien », est un blogue inspiré par la pensée de Jacques Ellul. Son fondateur et animateur est Eric Lemaître, socio-économiste spécialisé sur les questions éthique, qui s’est employé depuis bientôt trois ans à nous sensibiliser sur les questions touchant le transhumanisme, l’économie numérique et la prétention de la technoscience à satisfaire les besoins de l’homme aspirant à être l’égal de Dieu.

(2) Depuis 1999, Le Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine (CPDH) « regroupe des chrétiens issus de tout le protestantisme en France et en Europe et a pour objet de promouvoir le respect de la dignité humaine, la défense et la protection des droits de l’enfant, de la femme, et de l’homme d’une manière générale, la protection du droit à la vie de tout être humain, de sa conception jusqu’à sa mort naturelle ». Néanmoins, ses champs d’action vont bien au-delà de la seule « bioéthique ». Voir aussi sa charte.

(3) Le CNEF est le Conseil National des Evangéliques de France. Né en 2010, Il regroupe 30 dénominations protestantes évangéliques en France.« Parce qu’il croit que l’Évangile de Jésus-Christ répond au besoin essentiel de l’homme d’aujourd’hui, le CNEF souhaite rendre plus perceptible la présence des évangéliques dans la société. Il souhaite être la voix des protestants évangéliques pour faire entendre, lorsque cela est nécessaire, une parole appropriée. Ses objectifs principaux sont : Améliorer la visibilité du protestantisme évangélique ; Favoriser la concertation et la collaboration entre ses membres de façon à développer leur action ; Encourager l’évangélisation, la formation, l’entraide et le témoignage chrétien ; Stimuler la vision de l’implantation de nouvelles Églises locales pour qu’il y en ait au moins une pour 10 000 habitants en moyenne, afin que le message de l’Évangile s’incarne en tout lieu ».

Consulter la revue de presse de septembre du CNEF, laquelle comprend une sélection d’articles sur des sujets concernant directement ou indirectement les chrétiens évangéliques de France.

(4) Voir http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=133890 et http://www.education.gouv.fr/cid133963/au-bo-du-13-septembre-2018-education-a-la-sexualite-et-partenariats.html

(5) Lire le droit de réponse du Dr Berger contre les accusations de fake news sur le site des « Professionnels contre l’éducation sexuelle et les droits sexuels » 

(6) Voir ici. De fait, seul le Planning familial, association habilitée à intervenir en milieu scolaire, fait encore référence à ces Standards, dans une récente publication début septembre 2018 « le planning sort un référentiel sur l’éducation à la sexualité »(cf p 18).

 

 

Comment, pour danah boyd, l’éducation aux médias ainsi (mal) faite peut être dangereuse et contre-productive

La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie…

L’éducation aux médias, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est-elle LA (bonne) solution pour lutter contre la désinformation ?

danah boyd [Prénom et Nom en minuscules], anthropologue et chercheuse chez Microsoft, fondatrice et présidente de Data & Society(1), est intervenue en mars 2018 lors de SWSX EDU à Austin (Texas), où elle y jouait un rôle « provocateur » et de « stimulant du débat ».

Dans sa présentation, elle a invité l’auditoire et les éducateurs en général à « remettre en questions leurs hypothèses sur l’éducation aux médias ». Elle a examiné « l’instabilité de notre écosystème médiatique » aujourd’hui en réseau pour ensuite aborder la question suivante : « vers quel type d’éducation aux médias devrions nous travailler ? »

Sans remettre en cause l’éducation aux médias et le travail des enseignants, qui font ce qu’ils peuvent dans ce domaine, boyd estime que dans le contexte actuel, et ainsi (mal) faite, celle-ci peut être dangereuse et contre-productive. La chercheuse souligne que « l’éducation aux médias est régulièrement proposée comme solution au problème des fausses nouvelles », alors que les enjeux sociaux et politiques sont bien plus vastes et complexes.

Toutefois, elle a admis « ne pas savoir » quel serait « le rôle des éducateurs dans le paysage médiatique contemporain » ou « quel genre d’éducation aux médias a du sens ». Elle a aussi reconnu que certaines de ses approches sont limitées.

Mais comme il lui paraît « injuste de mettre fin à un tel discours sans offrir une voie à suivre », elle nous fait « une supposition éclairée », tout en admettant que « c’est vraiment délicat parce que la plupart des gens aiment suivre leur instinct plus que leur esprit. Personne ne veut entendre qu’ils se font avoir ».

Parmi les pistes préconisées, elle estime « utile d’aider les gens à comprendre leur propre psychologie » en les sensibilisant aux biais cognitifs et à la façon dont ils sont sensibles aux informations (celles acceptées et celles rejetées) ; elle souligne combien il est « important d’aider les étudiants à vraiment apprécier les différences épistémologiques. En d’autres termes, pourquoi les gens de différentes visions du monde interprètent-ils différemment le même contenu ? (….) D’un point de vue éducatif, cela signifie renforcer la capacité d’entendre et d’embrasser véritablement le point de vue de quelqu’un d’autre et d’enseigner aux gens à comprendre le point de vue d’autrui tout en maintenant fermement leur point de vue ». (….)

L’objectif est donc « de comprendre les multiples façons de donner du sens au monde et de s’en servir pour interpréter les médias ». Mais la méthode préconisée a ses limites, de l’aveu de la chercheuse, puisqu’ « apprécier le point de vue de quelqu’un qui est profondément toxique(sic) n’est pas toujours psychologiquement stabilisant » ; et « ce n’est pas parce que vous savez que vous êtes manipulé que vous pouvez y résister ».

Bref, pour danah boyd, dans un paysage médiatique qui va devenir de plus en plus complexe, les éducateurs ont un rôle essentiel à jouer pour aider les individus et les sociétés à (y) naviguer. « Mais la voie à suivre ne consiste pas à croiser les informations ou à apprendre aux gens à évaluer les sources. (…) Nous vivons aujourd’hui dans un monde de réseaux. Nous devons comprendre comment ces réseaux sont entrelacés (….)Par-dessus tout, nous devons reconnaître que l’information peut être, est, et sera, transformée en arme de nouvelles manières ».

Et « tant que nous ne commencerons pas à comprendre (la) réponse (de certains jeunes) à notre société des médias, nous ne serons pas en mesure de produire des interventions responsables (…) Nous devons commencer à élaborer une réponse en réseau à ce paysage en réseau. Et cela commence par la compréhension des différentes façons de construire la connaissance. »

Le défi est de taille pour tous ceux qui ont ou auront une responsabilité éducative, parmi la jeunesse, au sein de la famille, l’école ou l’église, surtout quand les chrétiens ne sont pas toujours « les premiers dans les bonnes oeuvres » dans ce domaine ! Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Quelle est votre approche de l’éducation aux médias ?

Pour découvrir l’intégralité du discours de danah boyd, lire une traduction libre de Lucas Gruez, Doctorant en Sciences de l’information et de la communication,

 

Extraits de l’intervention de danah boyd :

« La désinformation est contextuelle. La plupart des gens croient que les gens qu’ils connaissent sont crédules face à de fausses informations, mais qu’ils sont eux-mêmes équipés pour séparer le blé de l’ivraie. Le sentiment général est que nous pouvons vérifier les faits et modérer notre façon de sortir de ce casse-tête. Cela échouera. N’oubliez pas que pour beaucoup de gens dans ce pays, l’éducation et les médias sont considérés comme l’ennemi – deux institutions qui essaient d’avoir du pouvoir sur la façon dont les gens pensent. Deux institutions qui tentent d’affirmer leur autorité sur l’épistémologie ». (p 5)

« La majorité des Américains ne font pas confiance aux médias. Il y a beaucoup d’explications à cela -perte des informations locales, stimuli financiers, difficulté à faire la distinction entre opinion et reportage, etc. Mais que signifie encourager les gens à critiquer les récits des médias alors qu’ils sont déjà prédisposés contre les médias d’information ? »

 « Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas essayer d’éduquer les gens. Ou que produire des penseurs critiques est intrinsèquement une mauvaise chose. Je ne veux pas d’un monde plein de moutons. Mais je ne veux pas non plus supposer naïvement ce que l’éducation aux médias pourrait faire en réponse à une guerre culturelle déjà en cours. Je veux que nous nous attaquions à la réalité… » (p 7)

 

 

Notes : 

(1) Pour en savoir plus sur cette chercheuse iconoclaste, voir aussi « danah boyd, anthropologue de la génération numérique », sur Le Monde (20/08/14) et « Rencontre avec danah boyd » sur Owni (30/08/10)

Foireux liens de mai (27) : comment ne plus être privé de « vie privée »

Mark Zuckerberg, sous les feux des projecteurs, lui qui est bien peu friand des caméras. Durant près de quatre heures, le patron de Facebook a dû répondre aux questions des parlementaires américains le 10/04/18 (Source : France 24)

Nos « foireux liens » sont de retour, avec une nouvelle sélection de ce qui a marqué l’actualité depuis ces deux derniers mois. Cette édition de mai a, cette fois-ci, la couleur et le goût de la « culture de l’internet et du numérique », avec des enjeux touchant au respect de notre vie privée dont nous parlons régulièrement sur ce blogue. Nous le voyons d’autant plus « nettement » aujourd’hui : la nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui promet, de façon illusoire, un monde sans vie privée est peut-être l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques décrits dans l’excellent « Zeugma : mémoire biblique et déluges contemporains »(Seuil, 2008 et en édition de poche chez « Points seuil », 2013) de Marc-Alain Ouaknin.

1) Facebook – Cambridge Analytica : un scandale en quatre temps

Le 17 mars 2018 dernier, des médias anglo-saxons ont révélé qu’une entreprise de collecte et traitement de données, Cambridge Analytica, était au cœur d’un vaste scandale de manipulations de data collectées via Facebook. Celles-ci qui auraient influencé la campagne présidentielle de Donald Trump, mais aussi le vote sur le Brexit. Explications sur La Croix.

Voir aussi : Cambridge Analytica et Facebook : « Le respect de votre vie privée nous tient à cœur. » #OuPas

Alors que la société est dans la tourmente, l’affaire Cambridge Analytica en lien avec l’élection de Donald Trump révèle comment le premier réseau social du monde utilise les données des utilisateurs de son service gratuit. Savoir quelles sont les données collectées (et surtout comment) peut permettre de limiter l’immixtion dans sa vie privée, mais l’ampleur de la collecte rend la poursuite de cet objectif bien illusoire, car c’est bien connu : « si c’est gratuit, c’est toi le produit ! »  Analyse sur The Conversation.

2) Le site internet des impôts offre à Google des données de millions de Français, qui ne disent pas « Bercy » 

On est certes loin du scandale « Facebook-Cambridge Analytica, mais cela fait tout de même « un peu tâche ». Next Inpact relève qu’en obligeant à regarder une vidéo informative hébergée sur YouTube, Bercy a permis au géant américain de récupérer des informations sur les internautes.

Ce n’est pas la première fois qu’un site gouvernemental utilise trop librement les services de Google. Next INpact rappelle également que l’Élysée multiplie les mauvaises habitudes sur son site. Et l’utilisation de Google peut aller encore plus loin, au ministère des Armées par exemple, où des services manipulant des données sensibles (mais non classifiées) utilisent à titre professionnel des messageries Gmail, y compris en opérations extérieures.

Un modèle plébiscité par les utilisateurs. Source : Reflets.info

3) Face au pillage de nos données personnelles, la guerre est ouverte entre le Parlement européen et les géants du Net

Données partagées sur Facebook, pistage via des cookies ou grâce à la géolocalisation de votre smartphone… les informations que nous laissons sur Internet sont de plus en plus nombreuses et sensibles. Pendant qu’en France, certains députés veulent faire des données personnelles un patrimoine à monétiser, le Parlement européen souhaite au contraire mieux les protéger. Un nouveau texte sur la protection de ces données intimes est en discussion à Bruxelles et soumis à un intense lobbying des géants du Net. Un règlement européen doit entrer en vigueur en mai. Quel sont les enjeux ? Ces règlements peuvent-ils mieux nous protéger ? Le point sur Bastamag.

4) La fin de la Neutralité du net : quelles conséquences ?

A la fin de 2017, les États Unis, par Donald Trump, ont décidé d’abroger une décision d’Obama sur la neutralité d’internet. Un vrai séisme pour vous tous internautes. « zeboute » nous explique pourquoi.

5) « Apocalypse (now)de l’information » :  Aviv Ovadya, responsable des nouvelles technologies au Center for Social Media Responsability de l’Université du Michigan, avait prédit la crise des Fake News de 2016, sans être entendu. Aujourd’hui il nous annonce une apocalypse de l’information : en clair, que se passe-t-il quand n’importe qui peut faire croire que n’importe quoi est arrivé, que ce soit vrai ou pas ? La réponse ici.

6) Cyberviolence : certains clics sont pires que des claques !

Qu’il est loin le temps du discours utopique sur l’Internet ! Loin le temps où des esprits enthousiastes pensaient que la technologie du world wide web avait vocation à servir les idéaux démocratiques, participatifs et autogestionnaires. On a vu, durant la décennie écoulée, combien les logiques mercantiles s’en étaient emparées ; combien certains opérateurs agissaient en prédateurs pour s’assurer un monopole ; combien les groupuscules extrémistes l’utilisaient pour répandre leur haine ; combien les terroristes l’instrumentalisaient pour attirer à eux de nouveaux adeptes ; combien les États avaient eux aussi appris à s’en servir pour en faire un support d’influence ou de déstabilisation ; combien des enfants pouvaient en faire un moyen de cyberharcèlement. Et si des usages démocratiques et participatifs ont pu éclore çà ou là, force est de constater que le côté obscur de la force est bien représenté dans le cyberespace. La suite de l’analyse sur The Conversation.

7) LaïCités, la lettre d’information française sur la laïcité et les religions

Tout observateur du terrain français sait l’importance qu’y occupe le thème de la laïcité. Le débat public autour de ces thèmes témoigne parallèlement de raidissements laïcistes et d’interprétations de la laïcité comme cadre de gestion ouverte d’un pluralisme religieux et culturel. Cela engendre aussi des attentes en matière d’information sur les religions dans une société sécularisée. Après les interruptions du site Fait religieux en 2015, et de la lettre professionnelle Laïcité & Religions du Monde des Religions, en juin 2016, est paru en octobre 2016 le premier numéro de LaïCités, un mensuel de 12 pages  diffusé sur abonnement sous forme électronique (format PDF), dont le sous-titre affiche clairement le projet : Lettre pédagogique des faits religieux et de la laïcité. Elle s’adresse d’abord aux enseignants, premiers concernés par les questions et réactions d’élèves, mais aussi à tous les curieux qui souhaitent mieux appréhender ces sujets sensibles. En savoir plus sur Religioscope, un site indépendant qui propose des informations et des analyses sur les religions dans le monde contemporain.

8) États-Unis : quelques tendances sociales et religieuses selon les enquêtes d’un groupe de recherche évangélique

Centre de recherche d’orientation évangélique, le Barna Group mène de nombreuses enquêtes statistiques, principalement sur la société et la religion aux États-Unis. Si beaucoup de résultats présentent avant tout un intérêt pastoral pour des milieux chrétiens, Religioscope a lu le dernier volume annuel publié par Barna pour en tirer quelques observations.

9) Ecoles privées : après le vote du Sénat, celui de l’Assemblée Nationale

Une proposition de loi centriste du Sénat, « visant à simplifier et mieux encadrer le régime d’ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat « , a été adoptée, le 29/03 à l’Assemblée nationale, pour mieux contrôler dès la rentrée 2019 ces écoles et s’opposer plus facilement aux ouvertures suspectes de nouveaux établissements. La loi a été promulguée le 13 avril 2018 et a été publiée au Journal officiel du 14 avril 2018. Les précisions sur LCP, la chaîne parlementaire.

Pour ceux qui souhaitent approfondir la question, voir ici le processus législatif.

10) Zoom sur….les Librairies chrétiennes, à la croisée de la foi et de la culture

Via l’interview de Jean-Baptiste Passé, 36 ans, directeur général de la libraire La Procure depuis octobre 2016, coup de projecteur sur la pratique de la lecture religieuse et l’industrie du livre.

« La théorie du Ruissellement expliquée par les chiens ». Dessin de Nicolas de la Casinière. Paru dans CQFD n°159 (novembre 2017), rubrique « Chien méchant ».

11) Emmanuel Macron a déclaré dimanche 15/04 ne « pas croire à la théorie du ruissellement », (ou « trickle down »), selon laquelle l’enrichissement des riches profiterait mécaniquement aux pauvres… Plus qu’une théorie, c’est un véritable dogme libéral, d’ailleurs rejeté par les français. Or, relève Patrice de Plunkett sur son blogue, ni Jean-Jacques Bourdin(RMC), ni Edwy Plenel (Médiapart) qui l’ont interrogé ne l’ont amené à dire si un dispositif légal allait obliger les français les plus riches à investir dans l’économie réelle les cadeaux fiscaux macroniens (dont l’exemption d’isf pour les biens spéculatifs). Sauf que rien n’est prévu dans ce sens. Si Emmanuel Macron ne croit pas au ruissellement, tout se passe comme si ce dogme (« gravé dans le marbre » ?) inspirait son action…Pour (re)voir l’intégralité de l’interview, c’est ici.

12) Dans quelle stratégie générale s’inscrit la « réforme » de la SNCF ? Une analyse de Patrice de Plunkett sur son blogue pour ne pas être dupe « de la version officielle…. »

« L’hôpital public gère des flux de patients selon le budget de la Sécurité sociale, quitte à renvoyer chez eux des malades incapables de se débrouiller seuls, plutôt que de produire des soins en fonction des besoins de la population. L’université, créée pour former des esprits critiques et les pousser vers les plus hauts accomplissements, travaille désormais à l’équilibre des comptes et aligne ses exigences sur celles du marché du travail. La Poste, fondée pour rendre un service universel de communication, se transforme en prestataire pour Amazon. France Télécom, séparée de la Poste puis privatisée, n’a plus vocation à équiper le pays en infrastructures ni à servir ses usagers, mais à vendre des produits, à conquérir des parts de marché, à satisfaire des actionnaires. Installée sur le marché international de l’énergie, EDF rachète des entreprises privatisées au Royaume-Uni. Quant à la SNCF, son obsession des lignes rentables à grande vitesse l’a conduite à sacrifier le transport de marchandises au profit de la route et à négliger les lignes conventionnelles… »

Voir aussi, sur The Conversation : « Réforme de la SNCF : en finir avec les données fausses sur les chemins de fer ».

Pendant ce temps, l’Assemblée a approuvé le principe du changement de statut de la SNCF.  Sur quoi porteront alors les négociations ?

13) Grâce aux grèves…..

Par Babouse

 

14) « Incroyable mais vrai » : la direction #Carrefour a proposé 150€ de bon d’achat aux salariés afin d’apaiser la colère des grévistes suite à la baisse de leur participation de 610 à 57€….

15) Biodiversité : des réserves ? Il n’y en a pas !

Pour en finir avec ce dernier classique, à s’arracher les cheveux par poignée : « Il y a toujours eu des espèces qui disparaissent et d’autres qui apparaissent ! Où est le problème ? Pourquoi parler de crise ? » Transposons : « Il y a toujours eu des gens qui meurent et des gens qui naissent. Pourquoi parler d’attentat, d’épidémie, de guerre mondiale ? Qu’est-ce qui fait la différence ? » Vous avez compris. Fichus scientifiques. Saletés d’indicateurs, foutue réalité liberticide…L’intégralité de l’analyse à lire sur le blogue de Phylloscopus, naturaliste catholique blogueur.

16) La Cimade s’insurge contre la loi Asile et Immigration adoptée dans la nuit du 22 au 23 avril 2018 par la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale. La France n’est pas submergée par des demandes d’asile, comme prétendent certains. Le pays des droits de l’homme n’a accepté que 81 950 demandes d’asile depuis 2015, soit 0,12 % de la population française, 10 fois moins que la Suède, 8 fois moins que l’Allemagne, 3 fois moins que le Danemark et la Belgique…

La Cimade continue donc de défendre une autre vision de l’asile et des migrations et réclame au Sénat la fin de l’enfermement des enfants en rétention, l’abrogation du délit de solidarité et la suppression du doublement de la durée de rétention. L’occasion de découvrir cette association loi de 1901, fondée par des mouvements protestants dont certains liés au scoutisme(Éclaireuses Éclaireurs de France) et membre de la Fédération protestante de France.

17) Ce qu’est et ce que n’est pas un engagement chrétien « équilibré »

Le « point théo » : La Déclaration de la NAE (National Association of Evangelicals) sur la responsabilité civique affirme : « La Bible fait bien comprendre que Dieu se préoccupe beaucoup du bien-être du mariage, de la famille, du caractère sacré de la vie humaine, de la justice pour les pauvres, du soin de la création, de la paix, de la liberté et de la justice raciale. » La conclusion que le texte en tire est que la communauté évangélique dans son ensemble devrait avoir une feuille de route équilibrée bibliquement : elle ne peut s’identifier à un combat qui ne porterait que sur un seul de ces sujets.

18) Les deux sous de la veuve : intéressante analyse de la scène de la veuve et de son offrande, à lire sur Point théo. Faut-il y lire un modèle individuel de générosité ou la dénonciation d’une injustice structurelle ?

19) Une nouvelle série prometteuse de Timothée Minard, à découvrir sur son blogue : La prophétie chrétienne d’après le Nouveau Testament

Tout chrétien qui veut réfléchir sérieusement sur l’ecclésiologie ou la pneumatologie biblique ne peut passer à côté de cet aspect exprimé dans l’Écriture : premièrement, l’Église est présentée comme un peuple-prophète inspiré par le Saint-Esprit et, deuxièmement, la pratique de la prophétie doit avoir une place de choix au sein des rencontres de l’église locale. Malgré cela, pour certains chrétiens, la pratique de la vraie prophétie, comme des autres dons miraculeux, n’est plus d’actualité.

20) Prophètes itinérants à l’heure d’internet

À l’heure d’Internet, les prophètes itinérants et les prédicateurs de passage s’invitent… sur nos écrans et dans nos salons. Pratiquons- nous un discernement éclairé ? Ils pourraient être « déguisés en moutons » (Mt 7.15). Comment les recevons-nous ? Ils pourraient être envoyés par le Grand Patron, nous interpelle le mensuel mennonite Christ Seul.

21) Arnaud Beltrame : ce que sa mort nous apprend sur notre nation : une chronique d’Etienne Omnès, dans le cadre « des Fils d’Issacar ». « Les Fils d’Issacar » sont connus, dans la Bible (1 Chr.12v32), pour « savoir discerner les temps ». C’est aussi le titre d’une analyse audio hebdomadaire d’événements et nouvelles depuis une vision du monde chrétienne, tenue par Étienne Omnès et Timothée Davi, disponible sur le blogue « Phileo-sophia ». Ne ratez pas son générique inimitable ! 😉

22) Un sujet presque passé inaperçu : Pendant que le monde entier a les yeux rivés sur la Syrie, la Chine de Xi Jinping met un nouveau tour de vis sur l’opposition, en visant cette fois les rappeurs et les religieux. Après les bouddhistes persécutés au Tibet, les musulmans ouïghours, c’est aujourd’hui au tour des catholiques chinois de faire les frais de la censure gouvernementale. Il est impossible de se procurer une Bible en Chine, dans les librairies depuis longtemps, mais depuis deux jours [08/04] cette interdiction touche aussi les ventes de Bibles en ligne. Et « en même temps », le Bureau des Affaires religieuses fait part de son projet de promotion d’un « christianisme chinois », avec à la clé une retraduction et une réinterprétation de la Bible.

23) « Secret des affaires » : La proposition de loi « sur le secret des affaires », adoptée en toute discrétion par les députés le 27/03, dans le cadre d’une procédure accélérée, a été adoptée mercredi 18/4 par le Sénat. Ce texte, durci par la Chambre haute, vise à renforcer la protection des informations au sein des entreprises. Mais il inquiète journalistes, lanceurs d’alerte et ONG. Une pétition contre ce texte a d’ailleurs recueilli plus de 350 000 signatures

 

Bonne lecture ! Prochain rendez-vous avec de nouveaux « Foireux liens » début juillet.

 

#30 secondes avant d’y croire : une formation pour lutter contre la désinformation

30 secondes de réflexion sur l’information pour l’analyser avant d’y croire, de l’aimer, de la partager ou de la commenter. Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

Comment éveiller l’esprit critique des 13-17 ans et décrypter les « fake news » ? Le site 30secondes.org, créé et lancé depuis le 15 février 2018 par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) propose une formation spéciale destinée au public scolaire [mais pouvant intéresser tous les citoyens adultes, jeunes et moins jeunes], avec une méthodologie facile à transmettre : 30 secondes de réflexion sur l’information pour l’analyser avant d’y croire, de l’aimer, de la partager ou de la commenter.  

En bref :

30 sec pour lire

Vérifier la Source

Réveiller son Esprit critique

Comprendre le but du message

30 secondes, cela peut paraître peu, à moins qu’il ne s’agisse d’un minimum…Mais la plupart des conseils prodigués sont de « sobre bon sens », comme celui de revenir sur les émotions provoquées par la lecture, vérifier les URL, regarder la page « à propos » du site, ou de comprendre si l’on essaie de me faire peur, de me fâcher, de me manipuler ou de me vendre quelque chose ? Ou bien —ce qui est souhaitable— si l’on essaie vraiment de m’apprendre quelque chose, de m’aider à mieux comprendre le monde qui m’entoure ?

On peut également y apprendre ce qu’est réellement une « fausse nouvelle », pourquoi on les partage et quel est leur impact ; et être sensibilisé au rôle d’une presse responsable.

Les journalistes, enseignants et écoles intéressés à participer à ce projet peuvent s’inscrire sur le site.

Alors, testez-vous ! En « 30 secs » chrono !

Par exemple, voici une photo postée sur une page facebook :

Que voyez-vous ? Qu’en pensez-vous ?

A vous de jouer !

 

« Foireux liens » de novembre (24) : « Big Bang »

« La suppression des emplois aidés… »
Dessin de Baptiste Alchourroun, paru dans CQFD n°158 (octobre 2017)

Bonjour ! Les « Foireux liens » sont de retour ! Cette édition de Novembre témoigne d’une actualité dense et diversifiée. Il y est notamment question de « Big Bang » (territorial et institutionnel, social), de Glyphosate, du procès Merah, de terrorisme et d’Halloween, d’avortement, d’hyperconnexion et de droit à la déconnexion, des 500 ans de la Réforme protestante abordés sous certains angles, et de « Fake niouze ». Bonne lecture  (bien entendu, pas d’une traite) !

1) « Big bang » institutionnel et territorial : Comment Macron veut remodeler l’Ile-de-France
Cela vous a peut-être échappé, mais le chef de l’Etat souhaite fusionner les trois départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis) avec la Métropole du Grand Paris. Un projet de réforme qui suscite l’inquiétude des sept départements franciliens. Le département de Seine-Saint-Denis a décidé d’en appeler à ses citoyens pour interpeller Emmanuel Macron et le gouvernement via une pétition intitulée « comment ferons-nous demain ? », laquelle réclame « le maintien des services publics de proximité » et demande « plus de démocratie ».

Mais ledit « Big Bang » institutionnel annoncé par nos gouvernants « pour faire des économies », au-delà de la question de sa pertinence, est-il possible ? Gilbert Meyer, Maire de Colmar, Président de la Communauté d’Agglomération de Colmar et Député honoraire, répond « non » et explique pourquoi, dans un article daté…de 2014.

« ….ne pose strictement aucun problème ».
Dessin de Baptiste Alchourroun, paru dans CQFD n°158 (octobre 2017)

2) « Big Bang » social : « Des contrats vraiment pas aidés »
Emmanuel Macron a raison, les CUI-CAE, c’est bidon. Mais ce qui vient est bien pire. À commencer par la brutalité du méga-plan social que suppose la suppression de dizaines de milliers de ces emplois « aidés ». Enquête par CQFD, mensuel indépendant de critique et d’expérimentation sociales – par ailleurs mis en difficulté, du fait notamment de la suppression de leurs deux contrats aidés.

3) « Pôle emploi, c’est vraiment devenu une machine de guerre »
Ils sont près de 40 000 conseillers à suivre, au quotidien, les six millions de chômeurs inscrits au Pôle emploi. Mais ces agents, dont le métier évolue sans cesse au gré des décisions politiques, ne savent plus trop où ils en sont. Sommés de faire du chiffre sans en avoir les moyens, souvent au détriment du respect des droits des usagers, beaucoup s’interrogent sur le sens de leur travail, quand ils ne sont pas purement et simplement en grande souffrance. Bastamag les a rencontrés.

4) Glyphosate : l’ombre de Monsanto plane sur l’Europe
Les Etats membres de l’Union européenne doivent se prononcer le 9 novembre sur la réautorisation du glyphosate. Ce pesticide est le principe actif du Roundup, le désherbant le plus vendu au monde, commercialisé par la firme américaine Monsanto, rachetée en 2016 par le géant allemand de la chimie Bayer. Produit depuis les années 1970, il a été classé en 2015 comme un cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une évaluation qui a dû peser sur la position du gouvernement français, lequel a déclaré le 30 août qu’il voterait contre le renouvellement pour dix ans de l’autorisation de cette substance. Réautorisation, proposée par la Commission européenne.

Voir aussi :
Pourquoi la FNSEA est-elle accro au glyphosate ?
Alors que de plus en plus d’agriculteurs français dénoncent une « hécatombe » provoquée par les cancers liés aux pesticides, le principal syndicat agricole, la FNSEA, met tout en œuvre pour défendre l’usage du glyphosate, le plus longtemps possible, quitte à s’allier avec l’industrie des pesticides. Basta ! s’est penché sur les raisons d’une telle détermination, entre business et conflits d’intérêts.

5) Beurre : une « pénurie » liée aux pratiques des multinationales
Le beurre manque dans les linéaires de certains magasins. Une absence qui ne relève pas d’une pénurie de lait chez les producteurs, mais d’ « un problème de négociations commerciales entre industriels laitiers et distributeurs », selon la Fédération Nationale des Producteurs Laitiers. Ces derniers jours, plusieurs actions ont été organisées par des agriculteurs dans des grandes surfaces précisant dans des tracts : « Ce magasin manque de beurre parce qu’il ne veut pas le payer à son juste prix ! ».

 

« La théorie du Ruissellement expliquée par les chiens ». Dessin de Nicolas de la Casinière. Paru dans CQFD n°159 (novembre 2017), rubrique « Chien méchant ».

6) Le “ruissellement“ coule-t-il de source ?
Peut-on vaincre la pauvreté en passant les riches à l’écumoire ? L’idée est alléchante. Mais assécher et empaler un riche bien dodu comme un lièvre à la broche est du gâchis : c’est quand il ruisselle et dégouline du portefeuille que le riche est le plus utile, car il irrigue l’économie. Il ne s’agit pas d’un secret de cuisine, mais d’une théorie économique : la « théorie du ruissellement ». Coule-t-elle de source ? Décryptage dans La Vie.

7) La robe en lambeaux
« Au procès Merah, l’opinion publique a eu beau tirer sur la manche du juge, elle n’a rien obtenu ; alors pleine de colère et de dépit elle s’en est allée déchiqueter la robe de l’avocat. EDM [Eric Dupond-Moretti] a dit à l’antenne que le procès de Nuremberg, souvent cité par les parties civiles lors du procès Merah, était plus digne notamment parce que nul n’avait songé à contester la présence des avocats. Il a précisé plus tard dans une interview qu’à Nuremberg on n’avait pas non plus traité les accusés d’animaux. Quel constat terrifiant », analyse la juriste-blogueuse « Aliocha ».

8) New York – « Contre la terreur » : Halloween !!!
L’Ouzbek de Manhattan a bien choisi son jour. Tuer huit personnes au moment de Halloween, c’était attirer l’inéluctable « réponse » occidentale : « Tout ça est pour nous empêcher de faire la fête mais nous la faisons quand même. » Réponse imbécile, puisque les djihadistes (commandos organisés ou lumpenterroristes comme dit Bauer) ont bien d’autres objectifs que de nous empêcher de faire la fête… Mais réponse terriblement éloquente quand la « fête » en question est celle de… Halloween, où l’on défile déguisés en vampires et en zombies. Se grimer en cadavres de cinéma pour effacer les cadavres réels….L’analyse de Patrice de Plunkett sur son blogue.

9) Ne faites pas (la) peur
Comme chaque année, pendant la période fin octobre-début novembre, « le bon goût » a été de « jouer » à (se) faire peur. Certes, les festivités macabres sont derrière nous, mais le thème me paraît toujours d’actualité, d’autant plus que l’on connaît cette sorte de « fascination » pour la peur, de la part de notre prochain, dont les plus jeunes (du moins, ce qu’ils en disent)-illustré par exemple, via un certain goût pour les « films d’horreur ». Mais qu’est-ce que la peur ? D’où vient cette fascination pour la peur ? Est-elle saine ? Comment la gérer ? Est-on « moins » un « homme » parce que l’on a peur ou parce que l’on a avoue avoir (eu) peur ?…L’un de nos anciens articles, qui garde toute son actualité, à redécouvrir sur Pep’s café !

10) Avortement : la question qui tue
Le test du mois à découvrir sur « Visiomundus », un blogue d’apologétique culturelle : Dans une série de tweets récents, Patrick Tomlinson, auteur de science-fiction et humoriste, affirme ceci : « Depuis maintenant une dizaine d’années, à chaque fois que les partisans de l’idée que « La vie commence dès la conception » se mettent à parler de l’avortement, il y a une question que je leur pose. En dix ans, JAMAIS aucun d’entre eux n’y a répondu honnêtement ». Après cette introduction accrocheuse, il poursuit en évoquant un scénario imaginaire, proposé avant lui par Michael Sandel (philosophe américain, professeur à Harvard) lors d’une réunion du Conseil Présidentiel de Bioéthique, et encore avant eux, par George Annas (professeur de droit à Harvard et spécialiste en droit médical, bioéthique et droits de l’homme)……

11) Hyperconnection
Alors que neuf français sur dix possèdent un téléphone portable, le gouvernement veut étendre l’accès au haut débit. Voilà l’occasion de lire ou relire l’ensemble de la chronique de La Croix, parue en août, autour de l’hyperconnexion grandissante – qui modèle notre société – et des pistes esquissées pour prendre du recul. En guide d’introduction, Dominique Boullier, sociologue du numérique, fait le point sur les effets de la généralisation du smartphone sur nos comportements : « Le téléphone portable est une façon de vivre ensemble séparé (…) la question de l’hyper connexion pose la question de la présence, à l’Autre, à une œuvre d’art, à Dieu, à une relation amoureuse… On pense être présent à tout le monde grâce à la connexion. Mais en réalité, on finit par ne plus jamais être présent à rien ni à personne, on est sans arrêt ailleurs. Pendant ce temps-là, les concepteurs des applications dans la Silicon valley font des cours de méditation et envoient leurs enfants dans des écoles sans écran… »

Notre sélection pour les 500 ans de la Réforme protestante :

12) La liberté chrétienne selon Martin Luther
Le Traité de la Liberté Chrétienne rédigé par le Réformateur allemand Martin Luther en 1520 et dédié au pape Léon X (un an avant sa rupture définitive avec la papauté) est l’un des plus grands et plus beaux écrits de son auteur, mais aussi de la littérature chrétienne en général. Bien qu’écrit il y a bientôt cinq siècles, son contenu reste d’une actualité et d’une profondeur sans pareille. Le thème de la liberté chrétienne y est développé en relation avec la foi (…), une liberté (qui) s’exprime dans une relation du croyant avec le monde, dans le combat propre de la foi qui lie le chrétien à ses semblables par une relation fondamentale de service.

13) Etre sauvé(e) et reconnaissan(e) – 500 ans de la réforme protestante : ou comment ne pas tomber dans « la routine » de savoir que nous sommes sauvées par grâce. A lire sur le blogue chrétien féminin « elle croit ».

14) Petit plaidoyer pour la liberté de conscience, par le pasteur Matthieu Sanders, qui reste « frappé ces derniers temps par l’évolution, plus ou moins assumée, d’une petite partie du milieu évangélique français vers un positionnement qu’on pourrait qualifier d’identitaire ».Or, ajoute-t-il, « si nous maintenons- comme nous l’avons toujours fait – que la foi est affaire de conscience et non de naissance ou de contrainte ; si nous nous croyons enjoints à aimer notre prochain, quel qu’il soit, comme nous-mêmes ; si, enfin, nous faisons confiance à Dieu pour que l’Evangile prévale sur toute autre vision du monde, comment pouvons-nous refuser à l’autre la liberté d’expression et de culte que nous revendiquons pour nous-mêmes ? »
A découvrir sur le tout nouveau site d’Évangile 21.

15) Les projets de Marlène Schiappa sur la laïcité inquiètent
Des voix s’inquiètent d’un risque de dérive après l’annonce de la secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes de soumettre une charte de la laïcité aux associations subventionnées.

16) « Une religion trop libérale aura du mal à survivre » : Jörg Stolz, sociologue des religions à l’université de Lausanne, analyse la désaffection des églises – protestantes ou catholiques – et le succès de l’évangélisme protestant : les Evangéliques « ont plus d’enfants que la moyenne et ils se défendent davantage contre les alternatives séculières », par exemple en mettant l’accent « sur la socialisation religieuse de leurs enfants », en faisant en sorte « qu’ils aient des contacts avec d’autres familles évangéliques » et « régulent l’accès à Internet, à la télévision, aux médias, pour les éloigner des alternatives qui pourraient entrer en concurrence. Les protestants traditionnels, eux, sont plus libéraux et ouverts sur le monde extérieur. Leurs enfants sont plus exposés à la concurrence d’autres influences, ils vont donc se séculariser plus facilement ».

17) « Fake news » : si vous l’avez manqué, voici le rappel d’un nouvel épisode de la guerre de la désinformation : « la prière musulmane (supposée) imposée en Angleterre ». En à peine 24 heures, une vidéo datée du 09 août dernier montrant, à première vue, un imam récitant une prière lors du conseil municipal d’Oldham, une ville dans le nord de l’Angleterre, est devenue virale sur Facebook et sur Twitter. Elle a été visionnée près de 355.000 fois sur Facebook et retweetée plus de 1.500 fois sur Twitter.
L’idée partagée de cette « info scandaleuse » émanant des réseaux d’extrême-droite français, et trouvant (hélas) écho dans certains réseaux chrétiens évangéliques, consiste à dire «Voici ce qui nous attend en France ». Décryptage proposé par Le Sarment, pour une « désintox » salutaire.

18) Quand vous priez, dites : « Notre Père ». Une saynète écrite pour un culte famille et construite principalement autour du texte de Luc 11v1-13.

« Chrétien » ou « crétin » ? Le pragmatisme : une « nouvelle (fausse) doctrine » ?

Avec cet autre enjeu : Face à une « urgence signalée » ou supposée, comment ne pas céder à la panique, à la désinformation et à la manipulation ?

« C’est vrai ! Quand vous parlez, la justice est muette. Fils des hommes, jugez-vous avec droiture ? »(Ps.58v2. TOB)

« De l’abondance du coeur, la bouche parle » (Matt.12v34)

Voici ce qui m’a été communiqué en début de semaine et qui m’a été présenté comme « une analyse claire, pragmatique et…spirituelle » ! Si « je suis d’accord », je suis « encouragé » à faire ce que l’auteur « préconise » et, bien sûr….. « à partager cet article à (tous) mes contacts ». Ce qui suit a été très difficile à écrire, d’autant plus que la personne qui m’a transmis cet article est une connaissance que j’estime.

De quoi s’agit-il exactement ? Voici un petit exercice de décryptage, sur la forme et le fond, avec une série de questions à vous poser pour affiner votre esprit critique. Prendre le temps de « jouer le jeu » vous permettra de « lever la tête » et de « respirer un peu » :

 Quel est ce texte que l’on communique ? D’où vient-il ? Qui en est l’auteur ? Est-il fiable, digne de confiance ? Pourquoi a-t-il été publié ? Pourquoi me le communique-t-on ?

Qui écrit et pourquoi ? Nicolas Ciarapica, ancien responsable du site Blogdei, nous explique, dans un article publié le 3 mars 2017 sur le site « Infochrétienne », « Pourquoi (il) estime qu’il est URGENT de prier pour que François Fillon reste en lice »(1).

Mais en vertu de quelle légitimité et de quelle autorité écrit-il ? Question importante, d’autant plus que l’auteur ne se contente pas d’exprimer une simple opinion (c’est son droit le plus strict) : il nous engage à le suivre dans son initiative, « un appel solennel aux chrétiens de France, ainsi qu’aux amis de la France », invitant à prier, non pas pour que la justice et la vérité éclatent, mais « pour que le candidat François Fillon reste en lice [coûte que coûte] – quelles que soient nos opinions politiques – et pour qu’il puisse poursuivre sa campagne en vue du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril prochain ». Est-il « un leader spirituel » ayant autorité sur des millions de croyants ? A-t-il vocation à « rassembler » ainsi ?

Le texte est-il fiable, digne de confiance ? Puis-je le croire ? Faire ce qu’il m’est demandé de faire ? Pour le savoir, il convient de se questionner sur la nature de ce qui est publié et sur son contenu :

Ainsi, concernant l’article de Nicolas Ciarapica, il s’agit plus exactement, non d’une analyse(Étude minutieuse et précise, faite pour dégager les éléments qui constituent un ensemble, pour l’expliquer, l’éclairer et faisant appel à la raison), mais d’une tribune d’opinionexprimant une vision personnelle sur l’actualité. Il s’agit aussi d’un jugement : soit un énoncé persuasif, interprétatif, passionnel, s’adressant aux sens, aux émotions ou aux bas instincts (peur, désir, colère…) – et la Bible rappelle que « le cœur de l’homme est trompeur par dessus-tout » (Jer.17v9).

Le texte se veut « pragmatique ». Et même « pragmatique chrétien », de l’aveu même de l’auteur, mais ce n’est pas flatteur, comme nous le verrons plus loin.

Mais est-il « spirituel » ? Cela reste à voir, mais tout ce qui est « spirituel » ne vient pas que de Dieu. C’est pourquoi la première lettre de Jean nous invite à user de discernement et à éprouver les esprits(1 Jean 4v1). Quel est l’esprit de ce texte ? A qui invite-t-il d’aller ? Qui glorifie-t-il ? A noter que si l’auteur se base sur des médias tels que « Causeur », « Valeurs actuelles » ou « Dreuz », pour appuyer ses dires, son texte ne comprend pas une seule citation/référence biblique pour justifier si son action est « spirituelle » ou non.

Maintenant, passons au contenu de l’article en lui-même, lequel me pose plusieurs problèmes au regard de l’éthique biblique et même de l’éthique tout court.

D’abord, le mot « urgence » me fait tiquer, puisqu’il me pousse, avec une note alarmiste, à agir « vite », sans prendre le temps du discernement. Évidemment, nous sommes invités à « prier », de façon « urgente », certes, mais à prier. Où est le mal ? Or, si inviter à prier « c’est bien », encore faut-il savoir pour qui, pour quoi, et si c’est juste ou pertinent, et pour de bonnes raisons. « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions », nous prévient l’apôtre Jacques (4v3). Ce genre de questionnements est légitime, me semble-t-il. Parfois, quand nous n’ « obtenons pas » ce que nous demandons, il est plus sage et plus spirituel de ne pas s’obstiner, mais de chercher à (ré) ajuster notre demande, pour qu’elle soit conforme à la pensée de Dieu. Mais proclamer l’(état d’) urgence ne permet pas ce recul nécessaire.

Ensuite, l’article me paraît « pécher » par excès d’arguments et par diabolisation – tout serait « tout blanc, tout noir » – ou par exagération : il mêle les propos apologétiques, flatteurs (sur François Fillon, principalement : « le seul à… » ; sa femme Pénélope « l’émeut »), discriminants (« rêveurs gauchistes »). Il fait des rapprochements fallacieux ou tirés par les cheveux, des amalgames illicites  (il déclare ne pas « pouvoir non plus donner sa voix à Mme Le Pen », parce que son projet serait « socialiste. National socialiste plus exactement » ; ailleurs, il classe parmi « toutes les idées progressistes qui rongent la France depuis des années » « l’accueil de l’étranger », censé se « muer en invasion Islamique ») ; il use et abuse de généralisation/banalisation.

Il brandit l’argument dit « d’autorité », censé faire taire « toute critique » : le fait que « Sens commun » soit l’un des soutiens de François Fillon rendrait le soutien quasi-sacré, telle « une parole d’évangile », ou le fait que François Fillon se soit revendiqué des « valeurs chrétiennes », limitées à la lutte contre l’avortement(2).

De façon particulière, l’article pose problème, parce qu’il se permet de discréditer et de décrédibiliser de façon calomnieuse, et la justice, et les médias, en remettant en cause le travail et l’indépendance de l’un et l’autre. Jugeons plutôt :

« ….le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche et que François Fillon fait l’objet d’une « chasse aux sorcières » disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche (avoir comme de nombreux élus fait travailler des membres de sa famille) »….

 « …il est plus que douteux que la totalité des médias (l’immense majorité des journalistes est de Gauche) et des sondeurs se liguent contre un homme et mettent en avant un poulain (Emmanuel Macron) qui ne touchera pas aux ignobles lois mises en place par le Socialisme durant les 5 années terribles que nous venons de vivre »…..

Ceci dit avec des accents « apocalyptiques »…..

Plus sérieusement, l’auteur pêche sur deux autres points, en particulier :

Il met en doute la probité et l’indépendance de la justice, l’accusant d’être « manifestement au service (ou d’être « vendue à…?) de l’idéologie de gauche » ; il minore la gravité de l’accusation(forcément fausse), en la déformant, comme s’il savait de quoi il retourne, sans attendre les résultats de l’enquête en cours.

Infographie sur les médias : plutôt que de se demander s’ils sont « de gauche » ou « de droite », demandons-nous plutôt à qui ils appartiennent et pourquoi. Source : Le Monde Diplomatique/ACRIMED, janvier 2017

D’autre part, s’il convient de ne pas être naïf, en croyant que « tout serait vrai » sur internet ou dans les médias, il est un autre extrême à éviter : croire ou faire croire que « tout serait faux » et qu’il ne faudrait croire personne…sauf celui qui énonce cette « vérité », une croyance de nature à nourrir tous les fantasmes et autres délires complotistes.

Ensuite, l’auteur relaye des rumeurs, des « intox », sans prendre la peine de les vérifier : « J’ai appris », écrit-il, « que (Pénélope Fillon) aurait été hospitalisée en début de semaine », et de plaider pour « que M. Fillon et sa famille soient protégés des pressions publiques énormes qui poussent au divorce, au suicide, etc »…Or, ces histoires de « divorce », de « suicide », n’étaient que des rumeurs(3).

Plus grave encore : « parce que si les deux seuls candidats de Droite ou d’Extrême-droite sont accablés d’affaires judiciaires, les risques de frustration populaire et de troubles à l’ordre public sont considérables ». Si je comprends bien l’auteur de ces lignes, il serait donc légitime de faire pression sur la justice et de remettre en question son indépendance, en faisant entrave au bon déroulement d’une enquête, par peur de la foule ? Il conviendrait donc d’accepter ou de subir toutes les compromissions et d’agir…par pure « pragmatisme » ?

Or, que dit la Parole de Dieu ?

« Tu ne répandras point de faux bruit. Tu ne te joindras point au méchant pour faire un faux témoignage. Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice(…) Tu ne prononceras point de sentence inique, et tu ne feras point mourir l’innocent et le juste; car je n’absoudrai point le coupable » (Exode 23v1-2, 7 )

« Tu établiras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l’Eternel, ton Dieu, te donne, selon tes tribus; et ils jugeront le peuple avec justice. Tu ne porteras atteinte à aucun droit, tu n’auras point égard à l’apparence des personnes, et tu ne recevras point de présent, car les présents aveuglent les yeux des sages et corrompent les paroles des justes. Tu suivras ponctuellement la justice, afin que tu vives et que tu possèdes le pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne » (Deut.16v18-20).

« Mes frères, que votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus-Christ soit exempte de toute acception de personnes. Supposez, en effet, qu’il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d’or et un habit magnifique, et qu’il y entre aussi un pauvre misérablement vêtu; si, tournant vos regards vers celui qui porte l’habit magnifique, vous lui dites: Toi, assieds-toi ici à cette place d’honneur! et si vous dites au pauvre: Toi, tiens-toi là debout! ou bien: Assieds-toi au-dessous de mon marchepied! ne faites-vous pas en vous-mêmes une distinction, et ne jugez-vous pas sous l’inspiration de pensées mauvaises? Ecoutez, mes frères bien-aimés: Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment? Et vous, vous avilissez le pauvre! Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment, et qui vous traînent devant les tribunaux? Ne sont-ce pas eux qui outragent le beau nom que vous portez? Si vous accomplissez la loi royale, selon l’Ecriture: Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. Mais si vous faites acception de personnes, vous commettez un péché, vous êtes condamnés par la loi comme des transgresseurs. » (Jacq.2v1-9)

« L’amour ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt (…) il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité » (1 Cor.13v5-6)

 

Un mot maintenant sur « le pragmatisme » et plus précisément « le pragmatisme » dit « chrétien », qui est au cœur du sujetSerait-ce une nouvelle « doctrine » en vogue, dans les milieux évangéliques ? En réalité, le « pragmatisme », ce n’est pas « chrétien », c’est même « crétin ». C’est un sophisme postmoderne.

« Sophisme », du latin et du grec ancien « sophisma », signifie « habileté », « invention ingénieuse », « raisonnement trompeur ». Il se donne toutes les apparences de la « sagesse », d’autant plus qu’il est dérivé de « sophia », « sagesse », « savoir ».

Mais c’est là une « fausse sagesse », d’autant plus que « sophisme » rime avec « sottise ». Car les sophistes ne se soucient nullement de la vérité, contrairement aux véritables « amoureux de la sagesse ». Ils ne cherchent qu’à persuader leur auditoire quelle que soit la proposition à soutenir. Pour obtenir ce résultat, ils profitent donc des ambiguïtés du langage afin de produire des raisonnements en apparence solides, ayant l’apparence de la rigueur démonstrative, mais contenant en réalité un vice, volontaire ou non, permettant de provoquer l’adhésion de l’auditeur ». Avec cet esprit sophistique, le mal devient bien, le faux le vrai, le mensonge la vérité, l’esclavage la liberté, [la guerre la paix], le vice privé [ou l’égoïsme] la vertu, la corruption intégrité….

Il importe de les démasquer impérativement, car si la première bêtise n’est pas tout de suite réfutée et dénoncée pour ce qu’elle est – une bêtise – la porte est ouverte à toutes les autres qui peuvent alors s’agencer en autant de vrais systèmes bêtes qui paraissent très intelligents.

Et le pragmatisme est ce sophisme postmoderne qui dit « adieu à la vérité ». Il voit son avènement avec William James, à la fin du XIXe siècle. Pour ce dernier, « le vrai », qui « n’existe tout simplement pas », est « ce qui marche ». Cette attitude pragmatique (et relativiste) implique « qu’il n’y ait plus de « théorie », mais seulement de la « praxis », de l’action. Je ne peux donc voir ou concevoir aucune idée, mais seulement faire des expériences, des expériences infiniment multiples et variées. A noter que cette notion d’expérience, propre au pragmatisme, est au centre de la pensée de David Hume, ami d’Adam Smith et figure décisive du libéralisme anglais.

Or, l’on ne saurait avoir une bonne « orthopraxie » sans une bonne « orthodoxie »(4).

L’enjeu véritable n’est donc pas une question d’opinion (politique ou non) mais une question de justice et de vérité. Tient-on à la vérité et à la justice ? Ou à nos opinions ? A nos intérêts ?

Venons-en, maintenant, à ce qu’il me semble être les raisons fondamentales qui ont poussé Nicolas Ciarapica à écrire et publier cette tribune : Si j’ai bien lu et bien compris, par crainte de voir son candidat favori disqualifié et empêché de se présenter au premier tour de l’élection présidentielle, pour des raisons judiciaires, l’auteur nous explique, de façon plutôt maladroite, qu’il n’a pas pris le temps de consulter tous les programmes des candidats (pourtant connus depuis longtemps et librement consultables), en vue d’une élection présidentielle prochaine annoncée longtemps à l’avance. « Ils ont chacun un programme que je dois lire et sur lequel je dois me prononcer. On ne me demande rien d’autre [ce n’est déjà pas mal !] et ce n’est pas le moment de rêver à un autre candidat, fut-il chrétien : C’EST TROP TARD ! [ou trop dur de tout lire ?] Je peux y travailler, mais pour dans 5 ans ». Pourtant, « aujourd’hui », est le mot de Dieu…pourquoi attendre encore 5 ans, pour dire à nouveau « je peux y travailler, mais pour dans 5 ans », et ainsi de suite….? Et puisque l’on invoque souvent « l’excuse » de « l’imprévoyance » supposée des pauvres, pour expliquer la pauvreté et la précarité, l’imprévoyance manifeste de l’auteur explique la pauvreté de son raisonnement….Pourtant, il ne convient pas d’attendre « que les médias en parlent », pour s’intéresser à une élection (pas seulement présidentielle) et aux programmes des candidats. C’est le devoir de tout citoyen de s’informer.

Et, pressé par l’urgence (médiatique ?), le chantre « de la liberté » (de choix) se permet de réduire notre choix en nous disant clairement qui soutenir, à l’exclusion de tout autre (lequel « autre » est de toute façon ridiculisé ou diabolisé) : le « moins pire » des programmes (Ailleurs, dans la tribune, c’était « un programme cohérent ») et des candidats. Donc, pour lui, aujourd’hui c’est « Fillon ou rien ». Encore une fois, c’est son droit.

Mais cela devient problématique quand l’auteur de cette tribune nous pousse à brader nos convictions et à brader la justice et la vérité pour la compromission, sous prétexte de nous inviter « à prier ». Mais à prier pour quoi ? En espérant obtenir quoi ? Une « intervention providentielle » pour « sauver » son candidat, au mépris d’une procédure judiciaire en cours ? Peut-on imaginer une seconde que nous pouvons instrumentaliser Dieu, pour satisfaire nos ambitions personnelles ou nos plans les plus délirants ? Peut-on imaginer une seconde que Dieu cautionnerait l’injustice, l’iniquité et le mensonge ? Prier, ce n’est pas modifier le réel et le naturel, de façon surnaturelle, pour en tirer un bénéfice, au mépris de la justice et de la vérité. Rien n’est plus éloigné de cela que le surnaturel divin et les miracles du Christ.

« Dis à tout le peuple du pays et aux sacrificateurs: Quand vous avez jeûné et pleuré au cinquième et au septième mois, et cela depuis soixante-dix ans, est-ce pour moi que vous avez jeûné?(…)Ainsi parlait l’Eternel des armées: Rendez véritablement la justice, Et ayez l’un pour l’autre de la bonté et de la miséricorde. N’opprimez pas la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, Et ne méditez pas l’un contre l’autre le mal dans vos cœurs »(Zach.7v5,9)

« Voici ce que vous devez faire: dites la vérité chacun à son prochain; jugez dans vos portes selon la vérité et en vue de la paix; que nul en son coeur ne pense le mal contre son prochain, et n’aimez pas le faux serment, car ce sont là toutes choses que je hais, dit l’Eternel ».(Zach.8v16-17)

Et peut-on instrumentaliser le peuple de Dieu, en le divisant en « peuple de droite », lequel s’opposerait à un « peuple de gauche » ? En nous demandant d’être dans un camp (le « bon » : celui des « amis de la France ») ou dans un autre ? (« Le camp du mal » ?) Il n’y a qu’un seul peuple de Dieu et Il se rassemble autour d’un seul nom, le seul nom qui sauve et qui unit : Jésus-Christ.

De qui se moque-t-on ? Ne nous laissons pas séduire.

Personnellement, pour paraphraser l’auteur, « je sens très clairement qu’on cherche à m’imposer un choix (même si l’on prétend le contraire) en faisant porter le débat sur des réactions émotionnelles », dans le style : « le Syndicat de la Magistrature qui le harcèle pile au moment de l’élection est manifestement au service de l’idéologie de Gauche »,  « c’est un complot socialo-communiste », « c’est truqué », « François Fillon fait l’objet d’une chasse aux sorcières disproportionnée par rapport au « crime » qu’on lui reproche », « la majorité des journalistes sont de gauches(sic) », « cette élection va ENGAGER LE DESTIN DE NOTRE PAYS pendant les 5 prochaines années »[pas faux !], donc il n’y a personne d’autre comme messie politique pour sauver notre pays….etc…

C’est là une technique classique pour nous pousser dans les bras de démagogues ou d’ « hommes forts », dits « providentiels », de nouveaux « messies politiques »(5).

Voici, d’après ce que je comprends de l’Ecriture, ce qui doit animer le chrétien et ce qui doit le pousser à agir : Ephésiens 5v8-9 ; Ps.40v9 ; Prov.31v8-9  ; 1 Jean 1v7  ; 1 Jean 2v6 , sont autant de passages qui nous invitent, en tant que chrétiens, à « marcher dans la vérité, la lumière », « dire la justice », et à « produire le fruit de la lumière », soit marcher comme Jésus a marché lui-même.

Alors, « prions », oui. Pour que se manifestent la vérité, la sagesse et la justice, condition pour une paix véritable. La paix n’est pas la compromission. La paix est l’établissement de ce qui est bon.

Et l’Évangile ne saurait être annoncé, affirmé, « en toute tranquillité », sur la base de la compromission, au mépris de la justice et la vérité.

Soyons exigeants : prions pour de bons candidats à l’élection présidentielle (ou à toute autre élection nationale, locale, municipale) véritablement « honnêtes et droits, ne cédant pas aux idéologies politiques et religieuses mais soutiennent la liberté, la justice et vise uniquement le bien public ». Sachant que le Président de la République n’est pas celui « qui siffle la justice » avec mépris comme on sifflerait « La Marseillaise » dans un stade, mais qui est le garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire (art. 64 de la constitution française). Prions pour de bons candidats, qui ne remettront en question, ni l’intégrité/indépendance de la justice, ni celle de la presse à des fins démagogiques. Car personne ne nous fera confondre « information » avec « communication » ou « publicité »….

 

 

Notes : 

1)Les faits, le contexte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Penelope_Fillon ;  http://www.voxe.org/emploi-fictif-detournement-fonds-recel/ 

2) A la question « François Fillon est-il vraiment chrétien ? » le site « 1001questions.fr » animé par des pasteurs et théologiens protestants, du courant des « Attestants » répond ceci : « Il est toujours très difficile et délicat de se prononcer sur la foi de quelqu’un. Cependant les écritures nous donnent certains critères de jugement;  j’en retiens deux: la confession de la bouche (Matthieu 10: 32). Mais ce critère n’est pas suffisant, s’il ne s’accompagne pas des actes (Matthieu 7: 21).

Sinon, sur ses positions et votes, sur le plan de « l’éthique privée », le candidat Fillon a fait en réalité peu de concessions à « Sens commun » : s’il s’est déclaré personnellement hostile à l’IVG, il a assuré ne pas vouloir remettre en cause ce droit ; et s’il a toujours assumé son opposition au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe, il ne souhaite pas non plus remettre en cause la légalisation du « mariage pour tous ». Sur le plan économique et social, d’inspiration « Thatchérienne », comme me l’a expliqué un abonné à notre blogue, chercheur en géopolitique, « Fillon est un libéral qui veut mener une politique axée sur l’offre qui dégonfle le poids de l’État dans l’économie, diminue la pression fiscale sur le patronat et les grandes entreprises qu’il compense avec la taxation indirecte (TVA) et la flexibilité du travail, lesquelles n’améliorent pas le pouvoir d’achat des ménages, consacrent la précarisation de l’emploi (en visant moins de chômeurs mais plus de travailleurs pauvres) ni ne protègent assez les travailleurs des catégories populaires contre les licenciements abusifs. Sa base électorale est restreinte puisqu’il a visé durant les primaires de la droite et du centre les seniors de la bourgeoisie d’affaire et les CSP+ ». D’autre part, le même internaute précise que, « en rupture avec le gaullisme social », Fillon est aussi « un européiste qui prend opportunément une posture gaullienne et défend des idées chrétiennes conservatrices (“la marche pour tous”) ». Sauf qu’ « il a négligé pour l’instant le volet social, pourtant décisif pour espérer l’emporter en 2017, et qu’une partie de son électorat catholique, en théorie attaché aux valeurs de partage et de justice, a, semble-t-il, curieusement – et l’on peut espérer momentanément – perdu de vue ». Signalons enfin que le candidat Fillon souhaite « supprimer de notre Constitution » le principe de précaution (pourtant intégré en 2005, par Jacques Chirac alors que la droite était majoritaire au Parlement) estimé « dévoyé et arbitraire », pour mieux, selon lui « emprunter les voies de l’innovation et du progrès scientifique, ne pas renoncer aux projets d’avenir au nom du principe de précaution, qui sert aujourd’hui de prétexte à l’inaction ».

3) Révéler le faux suicide d’une personne est certes une faute très grave pour un média, sauf que si l’on prend la peine de vérifier, aucune télévision n’a fait de telles déclarations : http://www.lci.fr/elections/penelope-fillon-francoi-parle-enfin-jdd-pour-mettre-un-terme-aux-folles-rumeurs-et-a-demande-a-son-mari-d-aller-jusqu-au-bout-2028118.html ; http://www.lci.fr/elections/suicide-penelope-fillon-chaines-tele-mais-de-quoi-parle-francois-fillon-2028212.html

4) Voir notre article : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/07/01/dans-quelles-mesures-avez-vous-adopte-ces-sophismes-postmodernes/

5)  La “fascination pour l’homme fort” se perçoit dans les choix actuels des peuples (le Brexit, l’élection de Donald Trump, la victoire aux primaires de F. Fillon). Et chez Nicolas Ciarapica ? En 2012, il appelait à voter Nicolas Sarkozy, « le candidat des valeurs chrétiennes », sur son site « Blogdei ». Plus récemment, à l’annonce de l’élection de Donald Trump, il se fend d’un billet délirant, aux accents « messianiques », sur infochrétienne.