« Régionales » et « départementales » : indices de discernement pour « bien voter »

[Source image : public domain pictures]

Vous les avez peut-être oubliées : les élections régionales et départementales auront finalement lieu en France les 20 et 27 juin 2021. Initialement prévues en mars 2021, elles ont été reportées de plusieurs mois en raison de la pandémie de Covid-19 en France, à la suite des préconisations de la mission Debré rendu le 13 novembre 2020.

Ces élections permettront de renouveler les conseils régionaux de 12 régions métropolitaines, de la Guadeloupe et de La Réunion, ainsi que les 95 conseils départementaux.

Disposant d’un statut différent de celui des régions, la Corse, la Martinique et la Guyane organiseront dans le même temps des élections territoriales destinées à renouveler leurs assemblées. 

Pour savoir « comment bien voter », il importe de bien comprendre de quelles élections il s’agit, et quelles sont les compétences des régions et des départements. Ainsi, si un candidat ou une candidate émet des promesses qui n’entrent dans aucun de ces domaines, il y a de fortes chances pour qu’il ne puisse pas les tenir s’il/elle est d’aventure élu(e).

C’est le cas, par exemple, des déclarations de certains candidats concernant « la sécurité » et la lutte contre la délinquance pendant la campagne des régionales, alors que la sécurité n’est pas une compétence du conseil régional. C’est même le seul échelon qui n’a quasiment aucune prérogative sur la question. La protection de la population sur le territoire dépend principalement de l’État. Mais le maire, qui est aussi officier de police judiciaire, a la possibilité de créer une police municipale. Les départements doivent, eux, gérer la police de circulation et la sécurité incendie(1). 

Ce sujet en appelant un autre : une autre candidate, à sa succession à la tête d’une des régions, entend créer « une agence des travaux d’intérêt général »…sauf que celle-ci existe déjà !

Il serait donc temps de savoir enfin à quoi « servent » votre région et votre département.

Ainsi les départements sont compétents dans trois grands domaines: la solidarité et la cohésion territoriale, l’éducation, l’aménagement et les transports, auxquels s’ajoutent certaines actions partagées (culturelles, sportives, tourisme, langues régionales, éducation populaire) avec les autres collectivités territoriales. 

L’action sociale de solidarité représente souvent plus de la moitié du budget de fonctionnement du département et porte sur différents pôles, dont premièrement celui de l’enfance: aide sociale à l’enfance (ASE), protection maternelle et infantile (PMI), adoption, soutien aux familles en difficulté financière. Il y a aussi le pôle des solidarités personnes handicapées: politiques d’hébergement et d’insertion sociale, prestation de compensation du handicap (PCH), maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). A cela s’ajoute le pôle lié aux personnes âgées: création et gestion de maisons de retraite, politique de maintien des personnes âgées à domicile (allocation personnalisée d’autonomie). Enfin, il y a le pôle des prestations légales d’aide sociale, dont la gestion du revenu de solidarité active (RSA) au montant fixé par l’État.

En coordination avec l’État, le département élabore un schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services aux publics, dont l’objet est de réduire les zones marquées par un déficit d’accessibilité.

S’il est question d’éducation lors de ces « départementales », seuls les collèges sont concernés.

Les départements sont compétents pour la construction, l’entretien et l’équipement des collèges (Code de l’éducation, art. L. 213-1 et s.). Ils sont également responsables du recrutement et de la gestion des agents techniciens, ouvriers et de service (TOSpour les collèges. Ces agents ont pour mission d’entretenir et nettoyer les locaux, d’assurer la maintenance des installations et l’entretien des matériels de nettoyage. Ils s’occupent également de la restauration, du magasinage et des fonctions d’accueil.

Enfin, le département partage certaines compétences avec les communes, les régions et les collectivités à statut particulier. C’est notamment le cas des compétences culturelles (financement de manifestations culturelles et artistiques; bibliothèques; musées; services d’archives; conservation du patrimoine), sportives (animations sportives; accessibilité pour tous; financement et promotion du sport amateur et à haut niveau), de tourisme (comité départemental du tourisme; élaboration, promotion et commercialisation de produits touristiques), de promotion des langues régionales (signalétique et documents touristiques bilingues; apprentissage dans les écoles primaires, collèges, lycées et instituts d’études) et d’éducation populaire (aides à la formation d’animateurs; Contrats territorialisés de jeunesse et d’éducation populaire; aides aux associations locales et fédérations d’éducation populaire).

Autant de secteurs sinistrés par la crise sanitaire, et sur lesquels on attend beaucoup des départements comme des autres collectivités territoriales(2).

La région, quant à elle, est un rouage essentiel du “développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la région, le soutien à l’accès au logement et à l’amélioration de l’habitat, le soutien à la politique de la ville et à la rénovation urbaine et le soutien aux politiques d’éducation et l’aménagement et l’égalité de ses territoires, ainsi que pour assurer la préservation de son identité et la promotion des langues régionales” selon le Code général des collectivités territoriales (art. L 4221-1). L’économie régionale passe donc par le soutien aux entreprises et les infrastructures de transport régionaux, l’aménagement numérique, ou encore le “soutien à l’internationalisation”, les “aides à l’investissement immobilier et à l’innovation des entreprises, ainsi que les orientations relatives à l’attractivité du territoire régional” (art. L 4251-13).

Promulguée le 7 août 2015, la loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe) confie de nouvelles compétences aux Régions et redéfinit les compétences attribuées à chaque collectivité territoriale.  

Moins nombreuses mais plus fortes, les Régions sont en charge de la coordination sur leur territoire de toutes les actions en faveur de l’économie et de l’animation des pôles de compétitivité. Elles sont seules compétentes pour définir les aides et les régimes d’aides générales (subventions, prêts, avances remboursables, etc.) en faveur de la création ou de l’extension d’activités économiques ou des entreprises en difficulté.

L’aménagement du territoire et environnement compte encore parmi leurs compétences exclusives. Elles pilotent toutes les politiques en matière de transport par trains express régionaux (TER), ainsi que les transports inter-urbains.

Elles disposent de l’autorité de gestion des fonds européens depuis 2014. Elles sont pleinement responsables en matière de formation professionnelle, apprentissage et alternance depuis le 1er janvier 2015.

Depuis les premières lois de décentralisation, la Région s’occupe de la construction, de l’entretien et du fonctionnement des lycées d’enseignement général, des lycées professionnels et des établissements d’enseignement agricole. Depuis 2004, elles sont chargées des formations sanitaires et sociales (infirmier, aide-soignant, ambulancier, sage-femme, masseur-kinésithérapeute, assistant de service social, éducateur spécialisé, etc.).

 Enfin, les régions partagent les compétences suivantes avec les autres collectivités : Sport et Culture, tourisme, logement, éducation populaire, lutte contre la fracture numérique, et santé(3).

Ceci dit, en quoi ces élections très « terre à terre », et bien « peu fun » de prime abord, peuvent-elles intéresser le citoyen lambda – ou même le chrétien (qui est aussi citoyen) « engagé en politique » ?

Vous l’avez compris, savoir qui sera élu au sein des exécutifs départementaux et régionaux a une très grande importance, puisque le champ de compétence de ces derniers est en rapport avec notre réalité (très) quotidienne. 

Les chrétiens, quant à eux, ne doivent pas réduire leur participation citoyenne à la seule « présidentielle » (ou même aux seules législatives). Engagés « en politique », dans l’esprit de leur Seigneur, qui a dit être venu, « non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs », ils doivent témoigner qu’ils ne réclament pas le pouvoir suprême – la Présidence de la République – mais plutôt se concentrer à viser les exécutifs départementaux et régionaux (comme locaux), pour être en mesure de montrer sur le terrain comment et pourquoi leurs solutions dans l’esprit de l’Evangile changent la vie et contribuent à améliorer (et non à rendre plus compliqués) les quotidiens des citoyens. Ils gagneront ainsi en crédibilité et en efficacité avec un tel programme et/ou en soutenant de tels candidats qui ne se tromperont pas d’élection ! (4)

Notes :

(1) « La sécurité au coeur de la campagne mais quelles sont réellement les compétences des régions ? » (sur France 3) et « quelles promesses les candidats pourront-ils tenir aux départementales ? » (« Les Surligneurs »). Voir aussi les professions de foi des candidats aux régionales et aux départementales 2021.

(2) Voir « quelles promesses les candidats pourront-ils tenir aux départementales ? » (« Les Surligneurs »)

(3) Sur les compétences des régions, voir ici et ou .

(4) D’après cet article de Claude-Marie Vadrot publié dans « Politis », initialement en rapport avec les écologistes, mais qui m’a paru aisément transposable du côté des chrétiens engagés « en politique ».

La liberté d’opinion est-elle « une espèce en voie de disparition » ?

« Quand vous pouvez poser cette question publiquement sans ressentir la moindre crainte pour vous ou vos proches, c’est que la liberté d’expression ne subit aucune menace ».

Sinon, pour répondre à la question ci-dessous…….

…………« Parce que la vérité l’emporte sur les opinions ». Autre question ?

[Source photos : Christine Kelly. Texte « piqué » au juriste-blogueur « Maître Eolas », lequel publiait, le 03/06/21 sur son compte twitter, une réflexion en réaction à la grande campagne nationale d’affichage orchestrée en pleine période électorale par la chaîne TV Cnews, du groupe Canal+, entre le 31 mai et le 8 juin, et déployée sur 7.900 panneaux de 2 mètres carrés et de 8 mètres carrés, soit une couverture de près de 300 millions de contacts….Une campagne qui ne manque pas de sel, surtout quand un simple sketch – parodique de l’émission « l’heure des pros » de cette chaîne – a conduit au licenciement d’un humoriste de Canal, en novembre 2020, après 25 ans de maison – et ce, alors que les chroniqueurs condamnés pour injures et provocations xénophobes ne sont pas sanctionnés. Un licenciement aux conséquences durables sur les conditions de travail au sein de la chaîne…]

Et en bonus, à méditer : « Je ne tiens pas à mes opinions. Je tiens au réel et au vrai. Je m’efforce de les chercher, « en Eglise », sur le terrain. Si la vérité et la réalité contredisent une opinion, il faut changer cette opinion. C’est ce que je crois… Chacun ses choix » (Patrice de Plunkett, catholique et « laïc de base qui se trouve être journaliste », comme il le dit lui-même sur son blog ouvert depuis 2005)

Aime ton frère bien vivant (celui du XXIe siècle) !

Comment prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons ». Source image : Affiche du film « Interview avec Dieu » de Perry Lang (2018)

« L’empereur Constantin est une des figures les plus blâmées et maudites de l’histoire chrétienne, une de celles que l’on adore détester. On lui prête d’avoir joué au calife Uthman avec la Bible, d’avoir choisi le christianisme pour des raisons purement politiques, d’avoir corrompu l’Église, d’être un faux chrétien, etc ». Dans une série d’articles(1), mon ami et frère en Christ Etienne, contributeur au blog « par la foi », entreprend de « synthétiser différents chapitres du livre Peter J. Leithart Defending Constantine », lequel a pour objet de tenter de « dissiper la plupart de ces malentendus » et de « s’efforcer de rétablir une juste image de notre frère(sic) Flavius Valerius Aurelius Constantinus, fils de Constance Chlore et notre sœur Hélène ». Ce qui ne saurait étonner quand on sait qu’Etienne se revendique lui-même “constantinien” convaincu.

Ceci dit, l’apôtre Jean relevait que nous ne saurions prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons » (1 Jean 4v20). De fait, pouvons-nous prétendre appeler « notre frère » quelqu’un – une figure controversée de l’histoire (2) – qui a vécu (et qui est mort) il y a très, très, très, très longtemps, que nous n’avons donc jamais vu et que nous ne pourrons jamais vraiment bien connaître, quand nous construisons « dans le même temps » toutes sortes de barrières théologico-identitaires pour ne pas vivre de communion pratique (3) avec nos frères du XXIe siècle, bien vivants, plus proches de nous, et dont la foi en Christ est sans ambiguïté ?
« Quant à nous, nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier (…) Voici donc le commandement qu’il nous a donné : celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère ou sa sœur » (1 Jean 4v19, 21). Sachant qu' »aimer son frère ou sa soeur » implique d’être avec lui ou avec elle, de manger/prier/s’édifier/s’encourager/oeuvrer… ensemble, comme de se réjouir/de pleurer avec lui ou avec elle 

Aller plus loin : 
Sur ce sujet inépuisable, je vous recommande de visionner (à nouveau) les vidéos des temps forts (tables rondes seulement) du forum des Attestants du 06 février 2021, dont le thème était justement… « Communion, un défi ? » Ou quelle est la nature d’une communion fraternelle authentique ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ?


Introduction : Forum des Attestants 2021- introduction

Table ronde 1 : La communion fraternelle – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Table ronde 2 : Limites de la communion – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Pour une synthèse écrite de cette rencontre, voir également le regard du pasteur Martin Hoegger, de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud et membre du mouvement R3 (Rassemblement pour un renouveau réformé), dans cet article consultable ici.

 

 

 

Notes :

(1) Cette série d’articles peut se lire sur le site du blogue « Par la foi ».

(2) L’empereur Constantin reste pour les historiens une figure à la fois fascinante et énigmatique, pleine d’attrait et de mystère, qui n’a pas encore livré son dernier secret. Comment comprendre au juste son évolution religieuse, qu’en est-il exactement de sa « conversion » ? Il est tout d’abord attaché au paganisme classique, à la théorie de la Tétrarchie qui fait de lui un descendant d’Hercule, puis peu à peu il se met à pratiquer le culte du soleil ; à partir de 312 il manifeste une sympathie de plus en plus marquée pour l’Église, en 324, par sa victoire sur Licinius, il apparaît comme le champion de la cause chrétienne contre le paganisme ; en 325 il convoque le premier concile œcuménique de l’histoire et finalement il se fait baptiser sur son lit de mort. Comment relier entre eux tous ces faits pour en donner une explication satisfaisante ? Constantin s’est-il effectivement converti au christianisme ? S’il y a eu conversion, quand s’est-elle produite ? Quels en sont les motifs profonds ? Ou bien ne s’est-il converti que pour la forme, visant surtout à utiliser le christianisme à des fins politiques ? Ces questions ne sont pas nouvelles. Déjà Lenain de Tillemont les avait entrevues et discutées et depuis elles n’ont cessé de hanter les générations successives d’historiens sans que pourtant ceux-ci aient réussi à y apporter une solution définitive et satisfaisante. Si l’on voulait faire l’historique de la question, on constaterait que, parmi les chercheurs, il y a toujours eu nombre de conservateurs qui, fidèles à la tradition chrétienne, ont accepté sans plus la réalité d’une conversion de l’empereur…(Chapitre VIII. La « conversion » de Constantin, Marcel Simon, André Benoit Dans Le judaïsme et le christianisme antique (1998), pages 308 à 334)

Et aussi ce point de vue catholique sur « la conversion de Constantin ».

(3) (Re)lire également notre article : « communion : le défi inclusif de Jésus face à nos tentations exclusives ».

Une vision chrétienne du journalisme : « Laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ! »

« On t’a fait connaître », ô média chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

La fête de Pentecôte est derrière nous, mais « de Babel à la Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui doit nous guider sur ce chemin de restauration d’une communication libre, vraie et charitable ». Tel est le dernier conseil donné par le pape François aux communicateurs catholiques, pour éviter tous les dangers, lors d’une rencontre avec des journalistes au début de son pontificat en 2014 : « Laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ! »

Le même pape François affirmait de manière percutante lors de la rencontre que « la communication authentique n’a pas pour vocation de frapper ». Selon lui, le monde des médias vit une grave crise éthique, alors que : « la communication est souvent pilotée par la propagande, les idéologies, les objectifs politiques, économiques ou techniques ».

Retour sur une leçon qui gagne en actualité, susceptible d’intéresser aussi les protestants évangéliques, comme toute personne « de bonne volonté », dans cet article de Simon Lessard, initialement publié dans le numéro spécial Journalisme de la revue Le Verbe(1), et également disponible sur le site web éponyme(1)

L’information authentique s’effondre sous les coups de l’alarmisme, du catastrophisme et du désengagement social. Nous sommes en train d’ériger une nouvelle tour de Babel qui succombe de mille manières à la désinformation. Souhaitant réveiller la lourde responsabilité des journalistes, le Saint-Père nous livre une brève mais profonde leçon de communication en trois points : liberté, vérité et charité.

1. La liberté de celui qui parle

La première qualité du journaliste est d’être libre. Libre pour dire la vérité, la liberté servant toujours la vérité. Pas libre de mentir, de manipuler et de provoquer, mais libre de s’exprimer avec franchise même contre les pouvoirs économiques et politiques qui cherchent à contrôler l’information. Et pour que sa liberté serve réellement la vérité, le journaliste doit lui-même affranchir sa pensée des idéologies, modes, lieux communs et formules toutes faites qui annulent la véritable capacité de communiquer en la noyant dans les opinions dominantes.

Pour que sa liberté serve réellement la vérité, le journaliste doit lui-même affranchir sa pensée des idéologies, modes, lieux communs et formules toutes faites.

Le droit de tous à une culture humaine et civile, martèle l’Église, implique « la liberté d’accès aux moyens de communication sociale, pour laquelle toute forme de monopole et de contrôle idéologique doit être évitée, ainsi que la liberté de recherche, de divulgation de la pensée, de débat et de confrontation » (Compendium de la doctrine sociale de l’Église [CDSE], no 557). 

2. Dire toute la vérité 

Il ne suffit pas de dire vrai, il faut dire toute la vérité, même si cela est plus exigeant. Répondre à l’exigence de la vérité implique donc que le journaliste travaille à livrer une information complète et profonde « afin que les gens parviennent à voir au-delà de l’immédiat, d’un présent qui risque d’être oublieux du passé et craintif par rapport à l’avenir », affirme le pape.

Pour y arriver, il recommande d’éviter la multiplication des slogans faciles qui bloquent la réflexion en livrant du prêt-à-penser. Le journaliste catholique, au contraire, préfèrera la lenteur à la vitesse, la profondeur à la superficialité, la complexité de la réalité à une simplification facile et abstraite. Pour tous ceux qui travaillent dans le domaine des communications sociales, l’avertissement de saint Paul résonne encore fortement et clairement : « Dès lors, plus de mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain ; ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? » (Ép 4,25)

3. La charité pour celui qui écoute

Enfin, le journaliste chrétien ne peut pas se préoccuper seulement de lui-même et de son message, il doit toujours avoir à l’esprit celui à qui il s’adresse. La charité oriente toutes les actions des chrétiens, et les journalistes n’y font pas exception. C’est probablement le point le plus négligé aujourd’hui. La liberté et la vérité ne justifient pas tout. Amour et vérité doivent se rencontrer pour que justice et paix s’embrassent ! Le journaliste est donc appelé à demeurer conscient qu’il s’adresse à des personnes tout entières et que la manière de livrer son message est capitale pour que l’information soit reçue en vérité et porte le fruit espéré.

La communication est au service des personnes, et non l’inverse. « Le service à la personne par l’édification d’une communauté́ humaine basée sur la solidarité, sur la justice et sur l’amour, et la diffusion de la vérité sur la vie humaine et sur son accomplissement final en Dieu sont les exigences éthiques essentielles des moyens de communication sociale » (CDSE, no 562).

Les trois péchés des médias 

Le pape François nous met aussi en garde contre trois péchés très répandus dans les médias et contraires à ces trois vertus. Premièrement, la désinformation, contraire à la vérité, qui porte entre autres à dire les choses à moitié pour en manipuler la compréhension. Deuxièmement, la diffamation ou la médisance, contraire à la charité, qui porte inutilement atteinte à l’honneur des personnes. Troisièmement, la calomnie, qui est le plus grave des trois péchés en ce qu’elle s’oppose à la fois à la vérité et à la charité, blessant profondément l’unité du corps social. 

En aucun cas, la liberté du journaliste et la vérité de son message ne peuvent être des prétextes pour attaquer ceux dont on parle ou ceux à qui l’on parle. « De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent » (Ép 4,29). Le communicateur authentique n’a pas pour vocation de frapper, comme l’affirme le Saint-Père ; il faut au contraire qu’il touche les esprits et les cœurs.

« La question essentielle à propos du système d’information actuel est de savoir s’il contribue à rendre la personne humaine vraiment meilleure, c’est-à-dire spirituellement plus mure, plus consciente de la dignité de son humanité, plus responsable et plus ouverte aux autres, en particulier aux plus nécessiteux et aux plus faibles » (CDSE, no 415). 

De Babel à la Pentecôte 

Liberté, vérité et charité résument bien l’enseignement de l’Église, qui affirme que « l’information médiatique est au service du bien commun. La société a droit à une information fondée sur la vérité, la liberté, la justice et la solidarité » (Catéchisme de l’Église catholique, no 2494). Devant le désordre actuel et « à la lumière de la foi, la communication humaine doit se considérer comme un parcours de Babel à la Pentecôte, c’est-à-dire comme l’engagement, personnel et social, à surmonter l’effondrement de la communication en s’ouvrant au don des langues, à la communication rétablie par la force de l’Esprit, envoyé par le Fils » (CDSE, no 562).

De Babel à la Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui doit nous guider sur ce chemin de restauration d’une communication libre, vraie et charitable. C’est le dernier conseil que le Saint-Père donne aux communicateurs catholiques pour éviter tous les dangers : « Laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ! »

Merci à Simon Lessard et à l’équipe du Verbe, pour m’avoir aimablement autorisé à publier cet article sur Pep’s café !

Le Verbe.com témoigne de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. La joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste aux abonnés), un site web animé par une quarantaine de collaborateurs réguliers et une émission de radio hebdomadaire, On n’est pas du monde (diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion).

Notes :

(1) https://www.le-verbe.com/wp-content/uploads/2015/03/Le-Verbe-complet.pdf#page=36 et https://le-verbe.com/idees/le-journalisme-selon-le-pape-francois/

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« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? » de NT Wright

Une invitation à poser « un regard neuf » sur « une question ancienne » : « l’autorité de l’Écriture »…

« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », tel est le titre d’un livre de NT Wright, dont nous saluons aujourd’hui la récente parution en français aux éditions Scriptura, en avril 2021, sachant que son édition originale anglaise date de….2005 ! (1)

Ce titre ne manque pas de nous interpeller : nous lisons « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », plutôt que « l’autorité de l’Ecriture » (ou de « la Parole de Dieu »), vu l’importance de la Bible, en matière de foi et de vie, pour les Eglises protestantes et Évangéliques, sans oublier la place qu’elle a pu retrouver dans l’Eglise catholique, après Vatican II.

Son sous-titre – « comment lire la Bible aujourd’hui ? » – suggère que nous la lisons sans doute « mal » ou, du moins, de façon problématique.

Pire, souligne NT Wright dans la préface à la seconde édition de l’ouvrage, « dans la génération passée, la Bible a été utilisée de manière abusive, mise en débat, abandonnée, vilipendée, justifiée », ou encore « déchiquetée » par les savants, quand d’autres ont tenté de « recoller ses morceaux ». La Bible « a été prêchée et on a prêché contre elle, on l’a placée sur un piédestal et on l’a foulée aux pieds. La plupart du temps, elle a été traitée comme des joueurs de tennis traitent la balle. Plus vous voulez remporter le point, plus vous frappez fort sur la pauvre chose. Pris dans son ensemble, l’Eglise ne peut clairement pas vivre sans la Bible, mais elle ne semble pas vraiment savoir comment vivre avec non plus. » (op. cit., p 8)

« Tout scribe instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux. », dit Jésus dans l’Ecriture (Matt.13v52).

NT Wright, « un scribe » d’aujourd’hui, nous invite à poser « un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir :

« Comment l’Ecriture peut-elle faire autorité », quand l’Ecriture elle-même déclare que toute autorité appartient au seul vrai Dieu et « que toute autorité » a été donnée à Jésus-Christ « dans le ciel et sur la terre » (Matt.28v18) ?

Quel est le rapport entre « l’Ecriture » et « l’autorité de Dieu » ?

De quelle manière la Bible fait-elle autorité ? Comment son autorité peut-elle s’appliquer à l’Eglise, si ce n’est au monde entier ?

Comment la Bible peut-elle être correctement comprise et interprétée, en évitant les écueils du rationalisme critique asséchant et le littéralisme fondamentaliste ?

Après un prologue dans lequel NT Wright se penche sur « le rôle de l’Ecriture dans l’Eglise chrétienne historique, puis sur la façon dont la compréhension actuelle de ce rôle est influencée par la culture contemporaine », il envisage ensuite ce que nous avons coutume d’appeler « l’autorité de l’Ecriture » comme faisant partie « d’une autorité divine plus large ».

Dans un style alerte et de façon stimulante, employant des métaphores significatives et saisissantes, NT Wright défend l’argument comme quoi l’expression « l’autorité de l’Ecriture » n’a de sens d’un point de vue chrétien que s’il s’agit d’un « raccourci » pour désigner « l’autorité du Dieu trinitaire (Père, Fils, Saint-Esprit) exercée à travers l’Ecriture » (op. cit., p 37). Il explique alors que « les raccourcis sont aussi utiles que les valises », nous permettant de « rassembler beaucoup de choses complexes et de les transporter ensemble », à condition de « déballer ce qui a été emballé pour l’utiliser dans un nouveau lieu. Certaines affaires, restées de longues années dans une valise, ont peut-être moisi. Un coup d’air frais et peut-être même un coup de fer à repasser leur seraient bénéfiques » (op. cit, pp 38-39) !

Ainsi, « le raccourci de l’autorité de l’Ecriture », une fois « déballé », nous révèle une vision plus holistique de celle-ci, comme de la nature de « l’autorité de Dieu » : il s’agit du « plan de Dieu souverain et salvateur pour le cosmos entier, inauguré de façon radicale par Jésus lui-même, et désormais mis en œuvre par la vie conduite par l’Esprit de l’Eglise », celle-ci définie comme étant « la communauté qui lit l’Ecriture »   (op. cit., pp 139-140).

Employant une autre métaphore, NT Wright défend également l’argument que le récit biblique est « une pièce de théâtre en cinq actes, dans laquelle nous sommes appelés à improviser l’acte final » (op. cit., p 9). Ces cinq actes sont : 1) la création ; 2)“la chute” ; 3)Israël ; 4)Jésus et 5)l’Eglise. Selon NT Wright, il est essentiel de savoir que nous vivons au cinquième acte, le temps de l’Eglise, qui commence à Pâques et à la Pentecôte, en continuité directe avec les actes précédents, et que vivre au cinquième acte, c’est être conscient de vivre « comme un peuple à travers lequel le récit biblique se dirige maintenant vers la destination finale” (p.91).

Comprendre cette mission pour l’Eglise, c’est donc considérer le grand projet de Dieu pour le monde entier, et comment l’Eglise est appelée à y prendre part. Cela implique de comprendre que la Bible est bien plus qu’un simple « manuel de dévotion » et/ou « d’instruction », mais un moyen de l’action de Dieu en nous et à travers nous.

De là, une fois démontées les lectures jugées erronées de l’Ecriture (de « droite » ou « conservatrices », comme de « gauche » ou « libérales »), des perspectives enrichissantes et rafraichissantes nous sont offertes pour une lecture personnelle et communautaire renouvelées, en réexaminant la place de la tradition (« vivre en dialogue avec des lectures plus anciennes ») et celle de la raison (« prendre en compte le contexte, le sens et toute forme de savoir plus global »).

Selon NT Wright, nous honorerons « l’autorité de l’Ecriture », en lisant celle-ci de manière totalement contextualisée (« chaque mot doit être compris au sein de son propre verset, chaque verset au sein de son propre chapitre, chaque chapitre au sein de son propre livre et chaque livre au sein de son contexte historique, culturel et canonique »), ancrée liturgiquement (en lui redonnant toute sa place lors du culte – et pas seulement via quelques versets lus en illustration ou en introduction d’une prédication), en l’étudiant en privé, en renouvelant cette lecture par une connaissance appropriée, et quand elle est enseignée par les dirigeants accrédités de l’Eglise.

Enfin, en annexes de cette édition, figurent deux « études de cas » (le shabbat et la monogamie) pour illustrer comment cette redéfinition de « l’autorité de l’Ecriture » peut fonctionner.

Au final, il s’agit d’un livre rafraichissant et bienvenu, au point de vue très riche – mêlant aussi bien connaissances historiques et théologiques que philosophiques – de la part d’un éminent professeur-chercheur du Nouveau Testament et du Christianisme primitif. Il invite tous les Chrétiens de toute dénomination à « poser un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », pour comprendre à quel point la Bible parle du grand projet de Dieu et pour mieux s’engager dans une telle dynamique. Une perspective bien plus réjouissante que les simples « débats » ou « batailles » autour de la Bible ! L’aventure n’attend que nous…

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En bref : « l’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », de NT Wright. Editions Scriptura, 2021. Disponible chez l’éditeur et/ou dans toutes les bonnes librairies, par exemple ici ou .

Ouvrage reçu gracieusement « en service presse » de la part de Laurène de la Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française (ABF), que je remercie chaleureusement, ainsi que les éditions Scriptura.

La vision de l’ABF est de mettre la Bible à la portée de tous. Ne manquez pas de visiter son site.

Note :

(1) Plus précisément, comme me l’a expliqué Coraline Fouquet, éditrice aux éditions Bibli’O et Scriptura, que je remercie, il s’agit d’une réponse de l’éditeur à la demande d’un certain nombre de lecteurs de faire traduire et publier un livre qui leur semblait pertinent et manquer en français.

Dieu et le débat transgenre : que dit vraiment la Bible sur l’identité de genre ?

Attention : Ceci n’est pas un débat !

« Attention, ceci n’est pas un débat ! », nous prévient d’emblée Andrew Walker, l’auteur d’un ouvrage publié en 2021 chez BLF éditions.

Et c’est ce que j’ai apprécié de sa part, à la lecture de ce livre : nous sommes en effet invités à aller au-delà des termes piégés « débat » et « transgenre » du titre, pour garder ainsi en permanence à l’esprit qu’il s’agit avant tout d’êtres humains.

Je ne sais si Andrew Walker est le premier (chrétien, évangélique, du moins) à aborder ce sujet délicat. Mais l’intérêt (mais aussi les limites, de l’aveu même de l’auteur) du livre est de poser les bases pour une réflexion et une réponse compatissante de la part (et au sein) de l’Eglise, à la suite (et dans l’esprit) de Jésus-Christ et de l’Evangile, à un défi d’aujourd’hui. En effet, « Jésus savait affronter les questions qui font débat. Mais avant tout, il aimait les gens », rappelle Andrew Walker en ouverture de son livre.

C’est dans cet esprit que nous refléterons le plus fidèlement possible qui est Dieu, en évitant les écueils de la condamnation, de la fuite, du conformisme et du relativisme, autant de postures à mille lieux de l’amour, de la grâce, de la vérité et de la justice.

Dans le même esprit, nous chercherons alors ensemble des réponses aux questions et enjeux suivants : Qu’est-ce que la Bible dit réellement à propos de l’identité de genre ? Qu’est-ce qu’être un humain créé à l’image de Dieu ? Qu’est-ce qu’être un homme et une femme ? Que faire concrètement le jour où nous serons confrontés à cette question d’identité ? Pas seulement en étant interpellés par des personnes « extérieures », mais en étant directement concernés, touchés dans notre intimité, confrontés à nos propres luttes et questionnements ou celles de nos proches, mes enfants… ?

Comme l’explique Andrew Walker, « ce livre est un début » et « pas une fin ». Il pose les bases et un cadre, nous invitant à aller plus loin.  A nous d’aller ensemble de l’avant, avec compassion, à la suite de Jésus-Christ, qui lui-même nous envoie deux par deux, pour annoncer que le règne de justice et de paix de Dieu – Dieu qui « fait toutes choses nouvelles » – est proche.

Le champ nous est donc ouvert pour des actions appropriées et significatives, voire même pour d’autres ouvrages complémentaires – plus approfondis encore sur d’autres pistes qui n’ont pu être développées dans le livre, mais aussi pratiques, dans une perspective plus « pastorale » et éducative sur la question.

A nous de jouer !

En bref :

« Dieu et le débat transgenre : que dit vraiment la Bible sur l’identité de genre ? » d’Andrew Walker. BLF éditions, 2021. Préface de Sam Allberry, auteur de « Dieu est-il homophobe ? ». Reçu gracieusement en service presse de la part de BLF éditions, que je remercie chaleureusement. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Table des matières

Préface de Sam Allberry

1. Il était plein de compassion

2. Comment en sommes-nous arrivés là ?

3. Le vocabulaire

4. Ce qui motive nos décisions

5. Une conception parfaite

6. Beaux, mais abîmés

7. Un avenir meilleur

8. Aime ton prochain

9. Le chemin n’est pas facile

10. Le défi de l’Église

11. En parler aux enfants

12. Des questions épineuses

13. Des mains ouvertes

Remerciements

Glossaire

Index

Pentecôte, « l’anti-Babel » ou « la bonne idée » de Dieu

« La grande Tour de Babel » de Brueghel l’Ancien (1563)

Cette année, nos amis Juifs ont célébré Chavouot (« pentecôte ») du 16 mai au 18 mai.

En hébreu, Chavouot est la fête des semaines, célébrée sept semaines après la Pâque. Sept est un chiffre évoquant dans la Bible l’achèvement et la perfection.

Cette fête très importante rappelle le don des Dix Paroles (la Torah) par Dieu à son peuple, après l’avoir sorti « à main forte et à bras étendu » d’Egypte, « la maison de servitude ». Elle est aussi l’anniversaire de la naissance du peuple d’Israël, peuple du Dieu qui se révèle et offre alliance, et dont on remémore l’action dans l’histoire d’Israël. « Chavouot » vient ainsi conclure le processus de libération initié à Pessah, la Pâque, avec le don de la Torah qui donne un sens à cette liberté. La période entre les deux fêtes peut être vue comme une sorte de préparation spirituelle pour recevoir la loi de Dieu. Et « Il n’y a d’homme libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Torah », selon le chapitre 6v2 du traité Avot (« Éthique de nos Pères »).

En Actes 2v1-11, la Pentecôte [du grec pentékosté, « cinquantième »] est devenue pour les disciples de Jésus-Christ, qui la fêtent cette année le dimanche 23 mai, l’événement fondateur de l’Eglise chrétienne, avec le don de l’Esprit Saint. En effet, l’Esprit du Christ crucifié et ressuscité est offert ce jour-là aux Apôtres, et avec eux, les foules de Juifs pieux originaires « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes 2v5), rassemblées pour le temps de la fête à Jérusalem [les non-Juifs recevront ce même Esprit plus tard, en Actes 10]. Les multitudes peuvent désormais connaître « les merveilles de Dieu » (Actes 2v11) et comprendre quelque chose du Royaume de Dieu annoncé par Jésus et les Apôtres, malgré la barrière de la langue, abattue en ce jour par l’effusion de l’Esprit.

Pentecôte, c’est « l’anti-Babel ».

Peut-être connaissez-vous ce récit des plus célèbres et des plus habiles maçons de l’histoire, qui se mirent à construire une tour capable d’atteindre le ciel ? Une petite histoire racontée au chapitre 11 du premier livre de la Bible, que nous appelons « Genèse », mais que les Juifs intitulent « Bereshit ». L’histoire se passe dans la vallée de Chinéar, sans doute en Mésopotamie. Une entreprise gigantesque, totalisante et particulièrement visionnaire, de rassemblement : après le déluge, construire un lieu qui ne serait plus jamais englouti et une hauteur qui fonderait une alliance avec le ciel(1).

Ceux qui ont lu (ou entendu) l’histoire savent que cette entreprise échoua d’une manière retentissante. Non du fait d’une lassitude des constructeurs ou du constat de limites techniques, mais à la suite d’une confusion : ils cessèrent brusquement de se comprendre, de parler la même langue. Dieu les détourna ainsi de cette impasse de croire qu’il était possible d’atteindre le ciel avec des pierres et de la chaux.

L’Ecriture biblique nous dit que cette humanité du début employait des mots uniques (« devarim ahadim »). En réalité, ce ne fut pas vraiment une privation, mais un don venant de Dieu, celui des langues multiples, de l’infinie variété des façons de désigner le même pain, la même vague, le même soleil. Sur le moment, les hommes ne l’apprécièrent pas, et ce fut Dieu qui les dispersa sur toute la surface de la terre, nous dit l’Ecriture (Gen.11v1-9).

Voici qu’avec les multiplications des langues se multiplient les horizons.

Par la suite, les hommes n’ont plus tenté de « fabriquer le ciel », mais ont érigé d’autres constructions monumentales servant, non plus à rassembler, mais à séparer : de « vrais » murs autour des villes ou des frontières, ou encore des murs – ou des systèmes d’idées – « identitaires »….(1)

La « Pentecôte chrétienne » est un anti-Babel, en ce qu’elle inaugure une nouvelle alliance de Dieu, lequel fait une unité de ce qui était alors divisé, renversant les barrières de langues et les murs de séparation.

Mosaïque de la Pentecôte. Basilique Constantin de Trêves, Allemagne ( (Holger Schué / Pixabay).

Le « souffle du violent coup de vent » (Actes 2v2) est venu mettre de l’ordre dans le désordre et la cacophonie des nations, mais pas selon un projet à la Babel, par une réunification de l’humanité où tout le monde parlerait une même langue, utilisant les mêmes mots. Dieu invente un projet inédit et visionnaire où chacun comprend une même vérité dans sa propre langue, dans son environnement culturel, dans ses représentations, et dans sa réalité (Actes 2v7-11).

Aucun humain n’aurait pu ne serait-ce qu’imaginer un tel projet : Dieu créé l’Eglise chrétienne en ordonnançant le chaos de la diversité des religions et des langues, par la puissance de son Souffle, comme « au commencement » décrit au premier chapitre de la Genèse, où le Souffle de Dieu a ordonnancé un monde qui était un chaos, informe et vide(Gen.1v2). Et par là même, Dieu marque l’humanité du sceau de la réconciliation.

Alors, préparons-nous à célébrer « la bonne idée » de Dieu !

Note :

(1) D’après Erri de Luca. Maçons IN Première heure. Folio, 2012, pp 17-19 ; et (du même auteur) Babel IN Noyau d’olive. Folio, 2012, pp 56-58

Une vision chrétienne de l’éducation

Comment servir le Christ tout en faisant sa propre éducation ? Source image : public domain pictures

Parmi les clichés les plus répandus des discours de promotion, il en est un qui stipule que les études [et plus largement, l’éducation, l’école…] ne doit pas nous remplir de connaissance mais nous apprendre « comment penser », relève l’écrivain David Foster Wallace (1961-2008), dans ce discours mémorable(1) devant la promotion 2005 des étudiants de Kenyon College.

Mais l’on peut estimer suspect ou insultant d’entendre quelqu’un nous expliquer “comment penser” puisque, croyons-nous, nous savons déjà “comment penser”. En réalité, comme l’explique David Foster Wallace, l’on peut « postuler que ce cliché sur [les études] n’est pas du tout insultant parce que le vrai et significatif enseignement de la pensée que nous devons acquérir n’est pas tant celui de la capacité à penser mais plutôt le choix de ce à quoi nous devons penser ». Plus exactement, « apprendre comment penser signifie apprendre à contrôler comment et à quoi [nous pensons]. Cela signifie être suffisamment conscient et éveillé pour choisir ce à quoi [nous allons] prêter attention et comment [nous tirons] du sens de [notre] expérience ».

En ceci, soutient David Foster Wallace devant ses étudiants, « est la liberté de la vraie éducation », soit d' »apprendre à être bien ajusté”, en décidant « en conscience ce qui a du sens et ce qui n’en a pas ». 

A ce sujet, le chrétien – celui qui reconnaît Jésus-Christ comme (son) Seigneur – est censé avoir une véritable vision de l’éducation, et même savoir ce que signifie être « bien ajusté ». Et être « bien ajusté » pour un chrétien, c’est être positionné du côté de Jésus-Christ, vénérant Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » plutôt que les idoles (1 Thes.1v9). 

En guise d’exemple notable, et comme en écho à David Foster Wallace, voici un penseur chrétien, le philosophe danois Søren Kierkegaard, qui estime « avoir servi la cause du christianisme, tout en y faisant (sa) propre éducation ». Cet auteur protestant [dont nous avons déjà parlé sur Pep’s café! le blogue], considéré comme étant « le père de l’existentialisme », voulait nous expliquer ainsi comment le travail de toute sa vie fut essentiellement un travail d’éducation.

Le portrait de cet « éducateur existentiel », réalisé par Maxime Valcourt-Blouin dans le numéro d’automne 2019 du magazine Le Verbe (2), nous apprend que « l’un des questionnements fondamentaux de Kierkegaard dans son œuvre est : « Qu’est-ce que communiquer ? » Ou, plus précisément : « Comment communique-t-on la vérité éthique et religieuse ? » La question de la communication n’était donc pas pour lui une simple question de curiosité, elle était au principe de tout un projet éducatif. Sa réponse était que la communication véritable est une communication de pouvoir, la transmission d’une capacité, du pouvoir de faire quelque chose… et non pas simplement l’acte de remplir une tête d’idées toutes faites. Mais de quel pouvoir s’agit-il quand on parle de vérité éthique et religieuse ? « La vérité est la subjectivité », selon Kierkegaard. Je suis moi-même dans la vérité, je suis moi-même « vrai », si ma vie s’accorde avec la Vérité avec un grand V. La vérité n’est donc pas une simple idée, mais bien la norme qui mesure mon existence. Elle est un idéal éthique et religieux. Pour un croyant comme Kierkegaard, il n’y avait pas de plus grand pouvoir, de plus grande capacité humaine que d’exister en toute vérité selon la Vérité éternelle. « Communiquer la vérité éthico-religieuse », l’enseigner, cela signifiait donc pour lui aider autrui à vivre selon Dieu.

Parce que Kierkegaard voulait toujours transmettre le pouvoir de vivre selon la vérité – et non pas simplement véhiculer des idées nouvelles au plus grand nombre –, il avait en profonde aversion le « public ». Il ne voulait jamais parler à un public, mais toujours à « cet individu qu’avec joie et reconnaissance [il] appelle [son] lecteur ». En d’autres termes, sa communication était toujours de personne à personne, et elle préférait toujours suggérer quelque chose de neuf plutôt qu’imposer une idée.

Dans ses textes, Kierkegaard ne cherche jamais à imposer son point de vue. « Sans autorité », se disant toujours lui-même simple disciple et apprenant, il use sans cesse de stratagèmes pour brouiller les pistes et faire prendre conscience que ce qui importe, ce n’est pas son point de vue, mais ce que son lecteur fait lui-même de ce qui est écrit. Ce dernier est ainsi toujours pris pour engager sa propre responsabilité et sa propre opinion à l’égard du texte, il doit toujours prendre une décision sur le sens définitif que les textes de Kierkegaard vont avoir pour lui et pour sa vie (….).

Si, dans son œuvre, Kierkegaard défend la cause de l’individu, c’est d’abord parce que, pour lui, chaque être humain est aimé d’un amour inconditionnel par son Créateur. La réalité de l’amour de Dieu et la possibilité de l’aimer en retour confèrent à l’existence individuelle toute sa valeur et sa dignité ; elles font de chaque être humain un être apte, par sa compréhension et son amour, à atteindre un rapport plénier avec cet amour premier qui fonde toute existence. Cette conviction profonde qu’avait Kierkegaard était pour lui la signification décisive, ultime, de l’existence. Et elle signifiait à ses yeux que chacun avait la tâche individuelle de s’approprier cette vérité de manière à se réaliser pleinement lui-même devant Dieu. Aider chacun à réaliser cette tâche, telle était la finalité ultime de l’éducation à laquelle il voua sa vie »(2). 

Au final, si Jésus-Christ « règne » de façon effective dans ce domaine de nos pensées, nous pouvons espérer vivre une libération (et/ou guérison) et une paix authentiques à ce sujet, pour vivre la « vie abondante » promise par Jésus (Jean 10v10).

Sur le même sujet, lire aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/09/integration-biblique-dans-les-ecoles-chretiennes-quelles-finalites/

Notes :

(1) A lire sur https://umanz.fr/essentiels/30/08/2019/cest-de-leau

(2) D’après Maxime Valcourt-Blouin. « Soren Kirkegaard, l’éducateur existentiel » IN magazine Le Verbe, automne 2019, pp 44-47.

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