Education sexuelle à l’école : le gouvernement choisit la prudence (ou le recul stratégique)

« C’est à ce prix que nos enfants seront protégés, pour le moment… » (Dr Maurice Berger) Mais à quel prix ? (Source : Public domain pictures)

Si vous l’aviez raté, voici une lecture de rattrapage de notre article « Vers une éducation sexuelle précoce à l’école ? Comment s’y retrouver ? », lequel a été bien relayé, notamment par notre partenaire « Déconstruction de l’homme »(1), et recommandé par le CPDH (2) et le CNEF(3). Merci à eux et merci à tous ceux qui ont apprécié l’article comme étant propre à répondre à un besoin d’information fiable et pertinente sur le sujet.

Depuis, qu’en est-il ?

La fameuse circulaire de rentrée, annoncée pendant l’été, est finalement parue au BO le jeudi 13/09(4), annulant et remplaçant la circulaire n° 2003-027 du 17 février 2003 relative à l’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées. Elle rappelle que trois séances par an doivent être consacrées à l’éducation sexuelle pour les élèves de l’école primaire au lycée. Sur le site du ministère de l’Education nationale, il est précisé que « cette éducation vise à la connaissance, au respect de soi, de son corps et au respect d’autrui, sans dimension sexuelle stricto sensu à l’école élémentaire. Elle est complétée, à l’adolescence, par une compréhension de la sexualité et des comportements sexuels dans le respect de l’autre et de son corps. L’enfance et l’intimité sont pleinement respectées »(4). Visant à « favoriser l’estime de soi, le respect de soi et d’autrui et l’acception des différences », il s’agira « d’apporter aux élèves des informations objectives et des connaissances scientifiques, et de développer leur réflexion et leur esprit critique », en abordant des thèmes tels que : la prévention des violences sexuelles et sexistes, l’égalité filles-garçons, la contraception, les maladies sexuellement transmissibles, le cyberharcèlement, les risques d’une exposition aux images pornographiques…

Ceci dit, cette annonce invalide-t-elle les alertes précédentes, relatives aux risques d’une éducation sexuelle précoce à l’école ?

Plus précisément, le travail de veille intelligente a plutôt eu un double effet, positif et paradoxal tout à la fois :

Notons premièrement le soin extrême, avec lequel le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer répète sa volonté d’appliquer la seule loi de 2001 [comme pour nous dire « il n’y a pas de nouvelle loi », contrairement aux rumeurs], appelant les enseignants et intervenants extérieurs amenés à dispenser ces enseignements à « faire preuve d’une grande vigilance«  pour qu’ils soient « pleinement adaptés à l’âge des enfants » et à « agir, en la matière, dans le plus grand respect des consciences« (4). Avec pour probable conséquence des contenus de programmes plus « softs », lestés de tout support susceptible d’être choquant…pour cette année, du moins.

Une telle prudence (que d’aucun pourront interpréter comme un recul) constitue déjà en soi un premier point positif, doublé du paradoxe suivant : du fait de cette prudence (ou de ce recul) du gouvernement en la matière, les alertes intelligentes concernant « les Standards européens », et par là même les dangers d’une éducation sexuelle précoce dès la maternelle, deviennent donc des fake news ! « Mais c’est à ce prix que les enfants seront protégés, pour le moment », souligne dans un communiqué récent le Dr Maurice Berger, lui-même accusé indirectement de diffuser des rumeurs (5).

Notons que les Ecritures bibliques nous donnent trois exemples de prophéties qui ne se sont pas réalisées : la prophétie de Jonas contre Ninive (Jonas 1-4), l’annonce du jugement contre le roi Achab par Elie (1 Rois 21v17-29), et l’annonce de la mort du roi Ezéchias par Esaïe (2 Rois 20v1-11). Non pas parce que ces trois véritables prophètes de l’Eternel aient commis des erreurs ou que leurs prophéties aient été délibérément fausses, mais parce que les destinataires respectifs des jugements prononcés se sont repentis. Or, dans le cas du gouvernement, point, ni même « assez de repentance », puisque relève encore le Dr Berger, « seule la loi de 2001 est citée, comme insuffisamment appliquée », et que se trouve complètement occulté « le fait que le dernier plan Stratégie de santé sexuelle du Ministère de la Santé du 30 mars 2017 avait pour objectif de « déployer l’éducation à la sexualité de la maternelle au lycée »(p 14) ! »(5). Néanmoins, relevons ce geste symbolique important (de sagesse ou…de prudence) du ministre : le retrait discret mais non moins effectif, il y a peu, de la référence aux « Standards européens d’éducation à la sexualité » de l’OMS de la plateforme de référence de l’Education Nationale CANOPE(6).

Ceci dit, l’action de veille intelligente a eu cet autre effet positif, puisque « des parents qui se sentaient isolés jusque-là peuvent se regrouper s’ils le souhaitent, et/ou demander à faire partie des délégués des parents d’élèves. Ils se sentent une légitimité à être informés précisément et à l’avance, et une vigilance s’est donc instaurée »(5). En clair, un parent averti en vaut deux…

To be continued….

 

Voir aussi :

Alors que vient d’être publiée, jeudi 13 septembre, la circulaire pour relancer l’éducation à la sexualité, le psychanalyste Jacques Arènes met en garde l’école contre tout discours « normatif », susceptible d’invalider la transmission familiale. « L’école se veut un lieu d’émancipation mais elle doit aussi respecter les opinions et attitudes des parents, à condition bien sûr que celles-ci restent dans les limites de la loi. Les positions peuvent varier grandement d’un parent à l’autre. Elles peuvent même évoluer chez un même parent, en fonction des profils et des besoins des différents membres de la fratrie. L’école doit aider les jeunes à faire leurs choix, tout en veillant à ne pas invalider leurs parents, au motif par exemple qu’ils auraient des attitudes rétrogrades(…)Il faut à la fois dédramatiser et indiquer qu’il n’y a aucune obligation d’avoir des relations sexuelles à quelque âge que ce soit. Montrer sans jugement de valeur que l’on peut avoir sur le sujet des opinions personnelles, des options religieuses ou philosophiques, des modèles familiaux très différents » (https://www.la-croix.com/Famille/Education/Education-sexualite-lecole-doit-tenir-discours-ouvert-2018-09-10-1200967647 )

 

Notes : 

(1) « Déconstruction de l’homme », ou « critique du système technicien », est un blogue inspiré par la pensée de Jacques Ellul. Son fondateur et animateur est Eric Lemaître, socio-économiste spécialisé sur les questions éthique, qui s’est employé depuis bientôt trois ans à nous sensibiliser sur les questions touchant le transhumanisme, l’économie numérique et la prétention de la technoscience à satisfaire les besoins de l’homme aspirant à être l’égal de Dieu.

(2) Depuis 1999, Le Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine (CPDH) « regroupe des chrétiens issus de tout le protestantisme en France et en Europe et a pour objet de promouvoir le respect de la dignité humaine, la défense et la protection des droits de l’enfant, de la femme, et de l’homme d’une manière générale, la protection du droit à la vie de tout être humain, de sa conception jusqu’à sa mort naturelle ». Néanmoins, ses champs d’action vont bien au-delà de la seule « bioéthique ». Voir aussi sa charte.

(3) Le CNEF est le Conseil National des Evangéliques de France. Né en 2010, Il regroupe 30 dénominations protestantes évangéliques en France.« Parce qu’il croit que l’Évangile de Jésus-Christ répond au besoin essentiel de l’homme d’aujourd’hui, le CNEF souhaite rendre plus perceptible la présence des évangéliques dans la société. Il souhaite être la voix des protestants évangéliques pour faire entendre, lorsque cela est nécessaire, une parole appropriée. Ses objectifs principaux sont : Améliorer la visibilité du protestantisme évangélique ; Favoriser la concertation et la collaboration entre ses membres de façon à développer leur action ; Encourager l’évangélisation, la formation, l’entraide et le témoignage chrétien ; Stimuler la vision de l’implantation de nouvelles Églises locales pour qu’il y en ait au moins une pour 10 000 habitants en moyenne, afin que le message de l’Évangile s’incarne en tout lieu ».

Consulter la revue de presse de septembre du CNEF, laquelle comprend une sélection d’articles sur des sujets concernant directement ou indirectement les chrétiens évangéliques de France.

(4) Voir http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=133890 et http://www.education.gouv.fr/cid133963/au-bo-du-13-septembre-2018-education-a-la-sexualite-et-partenariats.html

(5) Lire le droit de réponse du Dr Berger contre les accusations de fake news sur le site des « Professionnels contre l’éducation sexuelle et les droits sexuels » 

(6) Voir ici. De fait, seul le Planning familial, association habilitée à intervenir en milieu scolaire, fait encore référence à ces Standards, dans une récente publication début septembre 2018 « le planning sort un référentiel sur l’éducation à la sexualité »(cf p 18).

 

 

Dans les coulisses de « Promesses », revue de réflexion biblique

La revue « Promesses » : le résultat d’un travail d’équipe, dans le but d’être « une référence biblique solide dans un monde en perte de repères ». (Source : rawpixel)

Joël et Anne Prohin, que j’ai le plaisir de connaître, ont bien voulu « jouer le jeu » des questions-réponses par mail, pour PEP’S CAFE, afin de nous parler de « Promesses »(1) et de leur engagement au sein d’une revue édifiante et pratique, à la longévité étonnante (elle paraît depuis 1967 !) et dont la mission est « d’être une référence biblique solide dans un monde en perte de repères ».

Merci à eux pour le soin extrême avec lequel ils ont bien voulu nous éclairer !

 

Présentez-vous (en quelques mots) !

Nous sommes mariés depuis bientôt 25 ans. Nous avons deux filles adultes et, en parallèle avec nos activités professionnelles (dans la finance pour Joël, dans l’aide bénévole aux étrangers pour Anne), nous sommes impliqués dans notre église locale et dans l’enseignement biblique.

Comment vous êtes-vous engagés au sein de cette revue ? Est-ce là votre première collaboration de ce type ?

Le co-fondateur de la revue, Henri Lüscher, a pris contact avec nous par le moyen d’un ami commun au début des années 2000. Nous avons sympathisé et comme il souhaitait élargir le comité de rédaction de la revue pour préparer le passage de témoin à de plus jeunes, nous nous y sommes engagés… et nous y sommes encore.

Nous avions déjà eu l’occasion de collaborer à des travaux de rédaction : pour la série de commentaires bibliques « Sondez les Ecritures » dans les années 1990 et pour la revue d’édification quotidienne « Plaire au Seigneur ».

Comment définissez-vous votre travail au sein de « Promesses » ?

Notre rôle est principalement dans la rédaction : nous sommes responsables ou co-responsables de 1 ou 2 des 4 numéros annuels. Nous recherchons des articles, contactons les auteurs, réécrivons parfois des textes ou les mettons en forme, rédigeons nous-mêmes des articles. Ensuite nous les soumettons au comité de rédaction, intégrons les modifications proposées en coordination avec les auteurs et assurons la relation avec le graphiste et l’imprimeur pour la finalisation du numéro. Pour les numéros dont nous ne sommes pas directement responsables, nous relisons tous les articles et participons au comité de rédaction. Parfois s’ajoute un travail de correspondance avec les lecteurs qui posent des questions ou font des remarques.

Enfin, nous contribuons aux différentes réflexions autour de la revue (site internet, diffusion, etc.).

Et n’oublions pas la publicité ! Nous avons à coeur de faire connaître autour de nous la revue, en particulier lorsque nous sommes invités dans une nouvelle église ou que nous sommes en contact avec des chrétiens qui ne la connaissent pas.

1)Comment et pourquoi est né « Promesses « ? Comment définiriez-vous cette revue en une phrase ?

« Promesses » est né à l’initiative de deux chrétiens évangéliques suisses [RH. Guignard et H. Lüscher] qui souhaitaient mettre à disposition du public francophone (européen et africain) une revue de réflexion biblique.

En une phrase : « Promesses » est une revue évangélique interconfessionnelle qui vise à proposer une réflexion biblique à la fois accessible et approfondie, à destination des pasteurs, des responsables d’églises et de tout chrétien qui souhaite approfondir ses connaissances de l’Écriture et réfléchir aux enjeux actuels à la lumière de la Bible.

Comment s’est faite l’évolution de ce que l’on appelait au départ « un cahier d’études bibliques » à une « revue de réflexion biblique » ? (Cf l’intention affichée par les fondateurs dans l’édito du premier numéro de 1967)

Depuis que nous collaborons à « Promesses », la ligne n’a pas beaucoup changé. L’objectif est un peu plus large que simplement des « études bibliques » : il vise également à proposer des pistes de réflexion basées sur l’Écriture sur des thèmes théologiques, pratiques ou d’actualité. C’est pourquoi chaque année, nous consacrons un numéro à un livre biblique, un autre à un sujet théologique, un autre à un sujet pratique et enfin un autre à un sujet d’actualité.

2)« Passer le témoin » (« Promesses » de Jan-Mar 2009, N°167) est mon premier numéro d’abonné : comment cette transmission s’est-elle opérée, au sein de « Promesses », sachant la longévité remarquable de la revue (née en 1967) ? Qui est le plus ancien encore en activité et le plus « jeune » (dernier arrivé) dans l’équipe ?

Le plus ancien est le co-fondateur, Henri Lüscher, qui, à plus de 85 ans, est encore présent et impliqué dans la revue. Le plus jeune, Nathanaël Bourgeois, a une quarantaine d’années.

3)Qui lit « Promesses » et pourquoi ?

Le lectorat se répartit essentiellement entre les pays européens francophones ainsi que le Canada, et l’Afrique. Il se compose de pasteurs, enseignants de faculté de théologie, responsables d’églises, anciens, et aussi d’un bon nombre de chrétiens intéressés par une réflexion biblique. Il a tendance à vieillir et un de nos enjeux, comme pour d’autres revues, est de toucher les plus jeunes, moins enclins à s’abonner à une revue papier.

4) »Promesses » se qualifie-t-elle comme une revue indépendante ? Quel est son modèle économique ?

Les abonnements à prix plein couvrent les frais de mise en page, d’impression et d’envoi pour la personne abonnée et laissent une marge permettant de subventionner les revues qui sont expédiées en Afrique. Les dons et le surplus des abonnements dits « de soutien » permettent également de contribuer à ce fort subventionnement envers l’Afrique. La générosité des donateurs a permis d’accumuler « un petit matelas », mais qui s’amenuise chaque année. A terme, il faudra soit relever le prix des abonnements pour l’Afrique, soit diminuer le nombre d’envois. Ajoutons que les auteurs sont tous bénévoles et qu’il n’y a aucun droit d’auteur perçu.

Comment la revue se positionne-t-elle théologiquement et doctrinalement ? Quels sont vos liens avec les différentes dénominations évangéliques et même avec le protestantisme en général ?

La revue dispose d’une confession de foi disponible sur le site. Elle est protestante, évangélique, « fondamentaliste » dans le bon sens du terme c’est-à-dire attachée aux fondements bibliques de la foi chrétienne, en particulier à l’inerrance et à l’inspiration de la Bible. Elle accueille des signatures qui ne sont pas forcément en accord avec tous les points de cette confession de foi, mais qui sont en accord avec le point traité dans l’article.

Il n’y a aucun lien institutionnel avec une dénomination particulière, même s’il se trouve que le comité de rédaction est formé en majorité de chrétiens issus de l’Action biblique et des Assemblées de frères. La revue est ouverte aux diverses « plumes » évangéliques, quelles que soient leur rattachement ecclésiastique.

5)Comment réussissez-vous cette harmonie – des articles longs et profonds mais accessibles au non spécialiste ?  Comment vous démarquez-vous de ces autres publications, telles « La Revue réformée » ou « les cahiers de l’école pastorale » ?

La revue est moins ambitieuse sur le plan théologique que La Revue réformée ou Théologie évangélique mais propose aussi une réflexion plus biblique et moins axée sur l’actualité que Christianisme aujourd’hui. Les articles font en général entre 3 et 6 pages, ce qui laisse une place suffisante à un développement construit, sans pour autant tomber dans la dissertation pour spécialiste. Cet équilibre entre profondeur et accessibilité est toujours délicat à maintenir et c’est un exercice constant pour chaque numéro.

6) En témoigne votre façon de traiter certains sujets d’actualité/de société (Ex : la crise financière en 2008, la différence homme/femme, l’écologie, la justice sociale, le regard sur l’autre, la laïcité, le travail et le chômage – avec ces articles parmi d’autres : « un chrétien peut-il faire grève », « Dieu l’inventeur des congés payés »….), diriez-vous que « Promesses » est une revue « engagée », plutôt à « contre-courant » de certaines tendances dites « conservatrices » ou « libérales », sur ces sujets ? 

Promesses ne se veut pas « engagée » mais elle cherche à appliquer l’immuable Parole de Dieu au contexte actuel, dans toute sa complexité. Nous ne pouvons donc pas faire l’économie d’une approche mesurée, sensible à la complexité des enjeux contemporains. En même temps, nous ne cherchons à faire aucune compromission avec l’air du temps et nous visons avant tout à rester dans l’esprit du texte biblique.

7) Le numéro sur « en attendant le mariage »(183) a vite été épuisé : comment expliquez-vous ce succès ? Une réimpression est-elle à l’ordre du jour ?

Les relations entre garçons et filles — hommes et femmes, pourrions-nous dire — sont de plus en plus compliquées, alors même qu’elles paraissent extérieurement plus simples et plus directes. Voilà pourquoi, peut-être, ce numéro a-t-il rencontré un tel succès. Nous aborderons à nouveau ce thème dans un prochain numéro, car il est très important et les lecteurs y sont sensibles.

8) Les coulisses de « Promesses » : Comment se réalisent les numéros de « Promesses » ? Comment travaillez-vous ? Comment sélectionnez-vous les articles à paraître ? 

Les thèmes sont sélectionnés lors de l’assemblée générale annuelle. Chacun des 4 numéros annuels est attribué à un membre de l’équipe (parfois en duo) qui est alors responsable de rechercher les articles. La composition d’un numéro est toujours un exercice délicat : il faut équilibrer les styles, les approches, les divers aspects du thème retenu… Tous les membres du comité de rédaction contribuent à la recherche d’articles, mais c’est bien sûr le responsable du numéro qui a la part la plus lourde. Les articles sont soit des rédactions originales pour la revue, soit des reprises d’articles antérieurs de revues diverses, soit des transcriptions de messages bibliques donnés ici ou là, soit des extraits de livres épuisés. Certains sont traduits de l’anglais. Nous essayons de diversifier les origines des articles, mais il y a forcément un biais lié au cercle de connaissances du responsable de numéro.

Quelle est l’ambiance-type d’une conférence de rédaction de « Promesses » ? Est-il facile de « défendre »/d’être d’accord sur le choix de certains articles/sujets ? Comment les sensibilités évangéliques s’harmonisent-elles au sein de l’équipe ?

L’harmonie est toujours à rechercher… mais c’est un objectif qui n’est pas facile à atteindre ! Les sensibilités au sein du comité sont parfois diverses, certains étant par exemple plus attentifs à des dérives que d’autres. Certains détails d’interprétation peuvent parfois nourrir de vifs débats. Mais nous sommes unis dans un même objectif et notre convergence de vues sur les grandes doctrines nous aide à progresser vers un consensus à chaque numéro.

Quel est le rôle du « comité de soutien » ? Comment s’est-il constitué ?

Le comité de soutien regroupe des figures connues du monde évangélique ou des anciens membres du comité de rédaction qui, sans s’impliquer directement dans la confection des numéros, souhaitent contribuer au rayonnement de la revue et à sa crédibilité.

« Promesses », « une affaire d’hommes » ? Vous a-t-on déjà dit que la revue manquait peut-être d’un point de vue plus féminin ? (cf numéro sur le travail)

Nous essayons de diversifier les genres… (Anne a d’ailleurs ouvert la voie en étant la première femme à intégrer le groupe des collaborateurs de Promesses) mais les plumes féminines ne sont pas légion parmi les évangéliques. Si certaines lectrices de ce blog sont intéressées pour contribuer, ce sera volontiers. A bonne entendeuse salut !

Aujourd’hui, il est presque banal de dire que la presse papier traditionnelle serait en voie d’extinction : Pourquoi continuer à choisir le papier ? Quel est le rôle du site ? Le considérez-vous comme un complément de la revue, à moins que cela ne puisse – prochainement – être l’inverse ?

Le site se veut en complément de la revue papier. Nous y mettons les numéros avec un an de retard pour ne pas phagocyter la publication papier. Nous sommes encouragés par la fréquentation du site qui est orientée à la hausse. Mais le modèle économique repose quand même sur la revue papier. Cela étant, dans l’avenir, peut-être nous faudra-t-il reconsidérer les choses.

« Promesses » est-elle suffisamment connue, notamment en France, en Europe et ailleurs, selon vous ? Qu’est-ce qui contribue à faire connaître la revue ? Comment assurez-vous sa promotion ? 

Non, nous aimerions que la revue soit davantage connue ! La promotion se fait par le bouche à oreille et repose surtout sur les membres du comité de rédaction : lorsque nous allons dans une église locale, à l’occasion de forums chrétiens, lors de contacts avec des responsables chrétiens, nous en laissons quelques exemplaires. Nous avons également procédé à des publicités via la Maison de la Bible ou la CLC, en annexant un flyer à leurs publicités.

Comment soutenir la revue ? Comment pouvons-nous contribuer à la faire connaître ?

Par plusieurs moyens :
– en proposant des articles, de votre cru ou de personnes que vous connaissez,
– en prenant un abonnement « de soutien » pour aider à financer sa diffusion en Afrique,
– en donnant un numéro à un(e) ami(e) en lui suggérant de s’abonner,
– en priant pour qu’elle soit utile à l’édification des lecteurs.

 Comment voyez-vous « Promesses » dans 5 ans ?

Nous souhaitons qu’elle continue à remplir son rôle d’édification du peuple de Dieu, en particulier évangélique, en offrant un point de vue non doctrinaire mais fermement ancré dans la Bible. Nous prions pour que l’équipe de rédaction puisse se renforcer, en particulier de plus jeunes. Et peut-être le mode de diffusion sera-t-il prioritairement par internet, comme vous le suggériez plus haut !

Le « mot de la fin » est pour vous !

Un grand merci pour l’intérêt que vous portez à cette revue !

 

[Tout le plaisir est pour moi ! Merci à vous ! Remarque : la question sur le site web était quelque peu provocatrice. Mais je constate qu’elle a été prise très au sérieux. En réalité, j’espère que l’équipe de « Promesses » maintiendra le format papier, vu que l’objet revue, que l’on peut feuilleter et se passer de main en main, est de nature à créer du lien !] 

 

 

Note : 

(1)Nous avons en déjà parlé sur notre blogue ici ou là : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/07/27/quelles-spiritualites-le-dossier-inspire-de-promesses/ , https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/02/07/loccultisme-demasque-dans-promesses/ , https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/08/29/levangelisation-personnelle-le-prochain-dossier-de-promesses/ , https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/04/05/la-revue-promesses-edification-reflexion-et-application/

Bien (s’)informer : voir l’intention avant l’action (Josué 22)

Dès que les internautes apprennent ce qui se chuchote sur la toile, ils sont prompts à le relayer immédiatement. Mais, est-ce que c’est B.I.E.N. ? Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont (3 mai 2017)

Un cas d’école, illustré en Josué 22  – un épisode biblique qui aurait pu mal tourner – et parfaitement applicable de nos jours, en ce qu’il nous donne une démarche de sagesse et de discernement dans le traitement informationnel et médiatique.

Il paraît simple d’informer. En réalité, il importe de prendre conscience que « la fabrique de l’info » parcourt un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Ici, « le fait brut » particulièrement « frappant » est cet autel monumental élevé par les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé, installés de l’autre côté du Jourdain, à l’écart des autres tribus (v10)(1).

« Les fils d’Israël apprirent qu’on disait : « Les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé ont bâti un autel face au pays de Canaan, à Gueliloth du Jourdain, du côté des fils d’Israël. » Dès que les fils d’Israël l’apprirent, ils assemblèrent toute la communauté des fils d’Israël à Silo afin de lancer contre eux une attaque », pour ce qui est considéré comme « une infidélité » et un acte d’idolâtrie (v11-12) : l’élévation d’un autel concurrent de celui de Silo.

Aujourd’hui, rien n’a changé : dès que les internautes apprennent ce qui se chuchote sur la toile, ils sont prompts à le relayer immédiatement.

Heureusement, dans notre passage, les fils d’Israël ont le meilleur réflexe d’aller voir directement à la source. Ils envoient « auprès des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé, au pays du Galaad », une commission d’enquête composée de « Pinhas, fils du prêtre Eléazar, ainsi que dix responsables avec lui, un responsable par tribu pour toutes les tribus d’Israël, chacun d’eux étant chef de sa famille patriarcale, selon les milliers d’Israël. Ils vinrent auprès des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé au pays du Galaad et leur parlèrent en ces termes : « Ainsi parle toute la communauté du SEIGNEUR : Qu’est-ce que cette infidélité que vous commettez envers le Dieu d’Israël, que vous vous écartiez aujourd’hui du SEIGNEUR en vous bâtissant un autel et que vous vous révoltiez aujourd’hui contre le SEIGNEUR ? » (v13-16)

Une démarche bien inspirée, puisque les envoyés ont ainsi pu apprendre directement de la part des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé la réalité de leur intention, soit que l’autel bâti n’en était pas un et que l’infidélité supposée n’en était pas une ! (Lire vv21-30) Une fois bien informés, « les fils d’Israël se tinrent pour satisfaits et ils bénirent Dieu, ils renoncèrent à lancer contre eux une attaque et à ravager le pays qu’habitaient les fils de Ruben et les fils de Gad » (v33)

Que pouvons-nous retenir de ce passage ?

Premièrement, qu’une information ou l’acte d’informer est ce qui me renseigne avec exactitude sur ce que j’ignore et qui répond aux questions « (de) qui, (de) quoi, quand, où, comment, pourquoi ». Ou plus précisément encore : qui me parle de quoi, avec quelle légitimité, dans quel contexte et avec quelles intentions réelles ?

Il est en effet fondamental de discerner l’intention avant l’action pour ne pas commettre d’erreur d’interprétation, erreur pouvant coûter très cher et s’avérer irréparable.

Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant, tandis que s’informer consiste à se donner les moyens de comprendre ce que l’on nous transmet :

Ainsi, en Josué 22v11-12, 16-19, s’agit-il d’un fait ou d’une opinion ?  D’un fait raconté ou expliqué ? L’information, comme quoi « les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé (auraient) bâti un autel (concurrent) face au pays de Canaan, à Gueliloth du Jourdain, du côté des fils d’Israël » et commis une infidélité envers Dieu, est-elle communiquée « à chaud » ou avec un certain recul, au reste du peuple ?

Cette information, d’après la façon dont elle est premièrement communiquée, rend-elle compte de tous les aspects importants du sujet ou d’une partie seulement de la réalité qu’elle prétend décrire ?
Ceux qui sont ainsi « informés » en savent-ils assez pour se faire leur propre opinion et bien agir ?

Enfin, il reste à aborder la question de l’objectivité de celui qui (s’)informe : L’objectivité est la qualité de celui qui décrit des faits avec exactitude et juge (dans le bon sens du terme) sans parti pris. Certes, vous me direz sans doute qu’il est difficile de l’être « à 100 % », surtout lorsque nous sommes concernés et impliqués émotionnellement par le fait, mais celui qui (s’) informe se doit avant tout d’être honnête (envers lui-même), équitable (envers les personnes), prudent (dans le jugement), tout en prenant en compte la diversité des points de vue.

Comme nous venons de le lire en Josué 22, l’objectivité d’une information est possible, à condition : de prendre la peine de vérifier l’information sur le terrain, auprès des personnes concernées ; de privilégier la diversité des perceptions et des opinions, même contradictoires ; de ne pas porter de jugement moral ; d’expliquer sa démarche d’information ; de préciser les limites et le cadre de l’enquête ; de permettre à celui que l’on informe de discuter/enrichir le contenu et d’apporter une contradiction/réfutation/ rectification de ce qu’il voit/lit/entend.

Aller plus loin :

Comment aurai-je agi, à la place des Israélites, hier, dans la même situation ? Et aujourd’hui ?

Maintenant, à vous de jouer !

 

Note : 

(1) Pour comprendre la situation de ces tribus, lire Nombres 32.

 

 

Lagaan : l’esprit d’équipe « made in India »

L’esprit d’équipe selon « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), un film indien réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

Lagaan : Once Upon a Time in India est un film indien, produit et réalisé par Ashutosh Gowariker (2001), revu cet été sur dvd avec beaucoup de plaisir.

De l’aveu de son auteur dans une interview pour Critikat, il s’agit d’ « une production familiale » avec « un héros, un méchant, un trio amoureux »(1), qui a été un succès commercial. En effet, « si l’on veut un film qui marche au box-office, il faut faire un film d’amour », explique encore Ashutosh Gowariker(1).

De quoi ça parle ?

 En 1893, au centre de l’Inde, les villageois de Champaner attendent en vain la mousson. Pour humilier ce peuple au bord de la famine, le capitaine Russel, chef de la garnison britannique, veut doubler le « lagaan », l’impôt sur les céréales. Le jeune Bhuvan, qui dirige la protestation contre cette injustice, se voit proposer par l’officier un terrible pari : si les Indiens battent les Anglais au cours d’un match de cricket, ils seront exemptés de « lagaan » pendant trois ans ; s’ils perdent, ils devront payer un triple impôt. Bhuvan accepte le pari mais n’a que trois mois pour former son équipe…et apprendre à jouer ! 

A l’instar des sept samouraïs, Lagaan a tout du « film parfait » : tout public, patriotique (mais non nationaliste), et épique, généreux et rafraichissant, avec plusieurs scènes de chansons et de danses, il relate sous un angle original (une compétition sportive au centre de tous les enjeux) comment des paysans opprimés doivent oublier leurs différences (de religion, de caste, d’ethnie ou de condition physique, sans oublier les conditions d’âge) et s’unir dans un but commun, pour une question de vie ou de mort. Ainsi, il est possible qu’un « fou », un muet, un handicapé de la main (mais à la façon unique de faire vriller une balle) et un jeune garçon se retrouvent dans une même équipe ; que des ennemis traditionnels – un hindou et un musulman –  combattent (pacifiquement) ensemble, et qu’un brahmin et un dalit (« intouchable » ou « paria » et « maudit ») se touchent. Ainsi, «  ce qui est folie, faible, vil ou méprisé dans le monde peut être choisi pour confondre les sages, les forts et les prétentieux » (cf 1 Cor.1v27-28). Certes, la cause paraît dérisoire ou perdue d’avance, mais, porteuse de sens, elle dépasse les challengers indiens, impliquant toute la communauté de Champaner : les villageois, qui jouent pour leur survie, quand les anglais (les dominateurs) jouent pour se distraire, feront preuve d’un véritable esprit d’équipe « made in India », et en ressortiront grandis individuellement et soudés collectivement à la suite de diverses épreuves.

A noter enfin, bien présente dans le film et comme déjà souligné plus haut, une dénonciation particulièrement culottée du système des castes, un sujet qui tient le réalisateur à cœur. Ce dernier pense-t-il que le cinéma en Inde, parce que très populaire, pourrait contribuer à changer les mentalités ? « Si vous voulez que le cinéma change les mentalités et les attitudes, vous devez faire vingt films sur le même sujet et les diffuser à la suite les uns des autres pendant au moins cinq ans », répond-t-il. « Je ne dis pas que le système des castes doit être éradiqué. C’est impossible. Avec beaucoup d’efforts, il est possible d’éradiquer la pauvreté. Mais le système des castes ne bougera pas. Ce qu’on peut changer, c’est une attitude, la tolérance entre castes…. » (1)

 

En bref : « Laagan » (« Once Upon a Time in India »). Réalisé par Ashutosh Gowariker (Inde, 2001). Produit par Aamir Khan Productions. Musique de A.R. Rahman.
Avec Aamir Khan (Bhuvan), Gracy Singh(Gauri), Rachel Shelley (Elisabeth Russel), Paul Blackthorne (Capitaine Russel), Yashpal Sharma (Lakha, le rival de Bhuvan), Amin Hajee (Bagha, l' »Hercule » muet et son tambour), Shri Vallabh Vyas (Ishwar, le médecin du village et père de Gauri), Rajesh Vivek (Guran, « l’astrologue fou »),  Aditya Lakhia (Kachra, l’intouchable), Amin Gazi (Tipu, le neveu de Bhuvan)…..

Durée : 3h40.

Nominé aux Oscars en 2002 dans la catégorie du « Meilleur film étranger », et plusieurs fois primé dans des festivals européens (dont celui de Locarno).

Une chanson : 

« Chale chalo » (une séance d’entraînement très rythmée)

 

 

 

Note : 

(1) https://www.critikat.com/actualite-cine/entretien/ashutosh-gowariker/

Vers une éducation sexuelle précoce à l’école ? Comment s’y retrouver ?

« Éduquer », c’est « prendre soin ». Et donc respecter le rythme de développement affectif de l’enfant et de l’adolescent…
Enfant par Alejandro Lizardo

A quelques jours de la rentrée scolaire, et ce, depuis l’été 2018, la polémique enfle autour des déclarations récentes de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Cette dernière avait annoncé, le 18 juillet sur RMC (1), l’envoi à la rentrée (en collaboration avec le ministre de l’Education nationale) d’une nouvelle circulaire à tous les recteurs d’académie afin d’appliquer la « loi [de 2001] qui existe déjà et qui n’est pas mise en œuvre », dans le but, notamment, de lutter contre le sexisme, le harcèlement de rue et la culture du viol. Cette loi dispose qu’« une information et une éducation à la sexualité (soient) dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène »(1). Celle-ci, ayant déjà fait l’objet d’une circulaire en 2003, est effectivement peu appliqué actuellement (2).

La secrétaire d’Etat avait également précisé, lors de son intervention à la radio, « que ces interventions seront dispensées par des associations ayant des agréments IMS d’intervention en milieu scolaire » [sur le site de l’Éducation nationale il y est, à l’inverse, mentionné que les séances sont « organisées par une équipe de personnels volontaires et formés – professeurs, conseillers principaux d’éducation, infirmiers, etc.- le cas échéant en lien avec des partenaires extérieurs ayant un agrément national ou académique »] et que dans ces séances seront abordées les questions  du « consentement, du respect d’autrui, des rapports entre les femmes et les hommes et de la manière dont effectivement ce n’est pas faire la fête que d’aller mettre une main aux fesses à une femme ! ». Seront également évoqués, en fonction de l’âge des élèves concernés, des thèmes tels que la contraception ou la protection contre les infections sexuellement transmissibles(3).

Cette information a, depuis, provoqué une levée de boucliers sur les réseaux sociaux où sont dénoncés que de tels cours représenteraient une banalisation de la pédophilie et une incitation à la débauche « dès 4 ans », avec « des séances obligatoires dès la maternelle », bien que cela ait été démenti par le gouvernement.

Un bruit de la toile avait même affirmé que cette disposition ait été gravée dans le marbre de la loi Schiappa (4) sur les violences sexistes et sexuelles, qui s’intéresse en réalité à la « sensibilisation des personnels enseignants aux violences sexistes et sexuelles et à la formation au respect du non-consentement ».

Dernier en date de ces « bruits », « Roubaix news » prétend dévoiler, sur sa page facebook, dimanche 26/08/18, «  des cours d’éducation sexuelle qui seront appliqués à la rentrée  » (en France), une annonce qui se répand comme une traînée de poudre et partagée plus de dix mille fois, notamment dans la région Nord(5).  Sauf que le document publié est hors contexte. Le texte d’origine, retrouvé par « Les décodeurs du Monde », est en fait issu d’un dossier de plus de cinquante pages, datant de 2008, à destination d’enseignants suisses. Mardi 28/08, Roubaix news dément et retire sa publication, confessant avoir « manqué de vigilance en diffusant des documents qui ne proviennent pas de l’éducation nationale mais manifestement de Suisse », et s’en excusant « sincèrement » auprès de ses lecteurs.

[Fin de « l’épisode 1 ». Voici maintenant « l’épisode 2 »]

« Les Standards européens d’éducation à la sexualité » (2010) ? De quoi s’agit-il ?

En parallèle des déclarations de Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat à l’égalité, sur RMC, les projecteurs sont braqués sur les « Standards européens d’éducation à la sexualité »(2010). Ce rapport émane de l’OMS, que vous pouvez découvrir ici dans son intégralité, et dans sa version française, avant de poursuivre votre lecture. Publié en 2010, il a été traduit en français en 2013 par Santé sexuelle Suisse, une organisation suisse indépendante. Depuis, ledit rapport fait couler beaucoup d’encre, jusqu’à cet été 2018.

De quoi s’agit-il ? Son but affiché est de « constituer un cadre de référence [pour les décideurs politiques, les autorités compétentes en matière d’éducation et de santé et les spécialistes] pour l’instauration d’une éducation sexuelle holistique » et de promouvoir la santé sexuelle dans chacun des pays européens, « pour l’instauration d’une éducation sexuelle holistique et pour l’élaboration de programmes appropriés ». Ces standards « peuvent également être utilisés comme argumentaire pour un plaidoyer en faveur de l’introduction d’une éducation sexuelle holistique dans chaque pays ».

Dans un article paru dans le Nouvel Obs, le 19 janvier 2014(6), Pierrick Tillet qualifiait de « bouffée d’air frais » le fait que « l’OMS traite de sexualité enfantine », saluant le fait que « l’équipe de rédaction du rapport » ait privilégié « une approche globale fondée sur la compréhension et non concentrée sur les risques potentiels liés à la sexualité ». Soit « une éducation sexuelle « obligatoire » fondée sur l’épanouissement plutôt que sur la trouille et la culpabilité. Non limitée aux vertus de l’abstinence et aux techniques de reproduction, mais étendue à « l’aspect important du plaisir ».

D’autres articles publiés dans des médias « mainstreams » se veulent rassurants, en affirmant notamment que lesdits standards, « nullement une loi », ne sont « pas utilisés par l’Education nationale », « ne peuvent pas être obligatoires en France », et n’ont « aucune valeur contraignante » (7).

Mais la question qui se pose maintenant, et qu’a déjà posé l’internaute « Lothaire » sur le forum du site « Hoaxbuster » (8) le 29/01/14, est « comment interpréter ce texte en dehors de toute manipulation » ?

« La seule manipulation qui (lui saute) aux yeux est à (son) sens la négation pure et simple de la volonté des signataires du projet d’imposer collectivement ce genre « d’enseignement »(8).

A ce sujet, voici un prolongement bienvenu et édifiant de ce type de questionnement, à découvrir sur un site de professionnels de la psychologie et de la psychiatrie, du psychotraumatisme et de l’enfance(9), lequel site me paraît bien informé, mesuré et argumenté sous cet angle.

Ces derniers (dont le docteur Maurice Berger, ancien chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne, ex-professeur associé de psychologie à l’Université Lyon 2 , et psychanalyste ) ne sont pas opposés « à une information sur la prévention des risques sexuels, sur le recours possible à la contraception et à l’IVG, sur savoir dire non, sur l’égalité homme-femme », mais dénoncent « les risques de l’éducation sexuelle et des droits sexuels » (9) et « demandent que cette information ait lieu sous une forme respectueuse du rythme de développement affectif de l’enfant et de l’adolescent », ce qui ne leur semble pas le cas actuellement.

Ces professionnels nous invitent à prendre connaissance de leurs analyses de documents jugés « préoccupants » (10) et portés par l’ONU, l’IPPF (Fédération Internationale des Plannings Familiaux),, l’OMS, les Institutions françaises (ministère de l’Education nationale et ministère de la Santé). « Ces textes officiels et documents présentés ci-dessous comprennent chacun des éléments valables concernant la prévention des risques liés à la sexualité et des violences sexuelles sur les mineurs » que les auteurs « (défendent) indéniablement ». Mais, précisent-ils, « il n’en demeure pas moins qu’ils contiennent aussi des parties nocives et dangereuses pour le développement psycho-affectifs des enfants… ».

Parmi ces textes jugés « préoccupants » se trouvent les fameux « Standards européens d’éducation à la sexualité de l’OMS (11). A ce sujet, relève le Dr Maurice Berger en réponse à un article du « 20 minutes » le mettant en cause(12), si « ce document n’est pas utilisé par l’Education nationale, pourquoi se trouve-t-il référencé sur le site Canopé (13) de cette même Education Nationale ? » Et s’il est « mensonger qu’il puisse être prévu que dans le futur, l’éducation à la sexualité débute à la maternelle en référence aux Standards européens », comme l’affirme le « 20 minutes », « pourquoi lors du congrès national des enseignants des écoles maternelles à Albi en juillet 2017 a été programmé un atelier intitulé « Education sexualisée(sic), les petits aussi ! » ? « Pourquoi dans le programme officiel de la Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030, (est-il) indiqué page 14 : «déployer l’éducation à la sexualité à tous les niveaux scolaires, de la maternelle au lycée» ? (12)

Dénonçant « l’astuce » de ce texte ainsi mise à nu : « mélanger des propositions cohérentes avec des suggestions dangereuses », le Dr Berger nous invite à prendre connaissance des tableaux de la « Matrice » de ces « Standards européens » qui figurent à partir de la page 40 et concernant les enfants âgés de 4 à 6 ans, « suite à 39 pages de bonnes intentions »,

Ainsi ces standards prévoient qu’entre 0 et 4 ans, en matière de sexualité, les enfants seront informés [directement ? Hors contrôle parental ?] sur « le plaisir et la satisfaction liés au toucher de son propre corps, la masturbation enfantine précoce, la découverte de son propre corps et de ses parties génitales, le fait que le plaisir lié au contact physique est un aspect normal de la vie de chacun, la tendresse et le contact physique comme une expression de l’amour et de l’affection» (op. cit., p38). « Entre 4 et 6 ans », cette période de l’enfance serait propice pour « parler de sujets sexuels », explorer les « relations du même sexe » (op. cit., p 41)

Notons encore, comme nous y invite l’internaute « Lothaire » sur le forum de Hoaxbuster, « qu’il n’y a vraisemblablement jamais eu aucune condamnation formelle et explicite de ce projet dans aucune institution éducative d’un seul état européen », et « qu’aucun état européen n’a jamais explicitement déclaré qu’il écartait ce document de manière définitive à cause de son ambiguïté »(8).

Qu’en est-il aujourd’hui ? Dans quelles mesures ce document est-il accepté comme base de travail par l’une ou l’autre de ces institutions éducatives en Europe (dans quels pays ?) ou même comme source d’inspiration pour des associations susceptibles d’intervenir dans les écoles publiques ?

Au final, vu cette levée de boucliers et l’attitude habituelle de l’Éducation nationale face à ces sujets – laquelle institution est « très fermée » et « dans le déni » en la matière, selon le Pr Israël Nisand, le 30 juin 2018 (14) – qu’en sera-t-il des chances d’application réelle (et des modalités) de cette nouvelle circulaire, si elle a lieu, à la rentrée 2018 ? Ceci dit, le seul moyen,  semble-t-il, pour le gouvernement français, de calmer le jeu et de garantir l’abandon pur et simple de toute éducation sexuelle précoce, en réponse aux diverses inquiétudes, serait de renoncer officiellement à toute référence aux « standards européens d’éducation à la sexualité ». Et quand bien même il n’y aurait aucune éducation à la sexualité en maternelle, il est essentiel de rester attentif à ce qui est effectivement prévu d’aborder en primaire et au collège.

Affaire à suivre….

Aller plus loin :

Dans son « Fahrenheit 451″(Denoël, 1993, « Présence du futur », pp 98,101), Ray Bradbury souligne que « trois choses nous manquent », à nous les humains : la première est « la qualité de la connaissance » ; la seconde est « le loisir de l’assimiler », ; la troisième et dernière est « le droit d’entreprendre des actes basés sur ce que nous aura appris l’interaction des deux premiers éléments ». Aujourd’hui, plus que jamais, à l’heure où nous sommes submergés d’informations via nos téléphones/mails et réseaux (a)sociaux, il importe d’être exigeant sur ces trois choses fondamentales, qui nous manquent le plus.

Prendre le temps d’une telle démarche peut paraître un luxe ou utopique, mais a l’avantage de nous permettre d’adopter la même attitude que le Christ, qui, quoiqu’il ait « vu rouge » en entrant dans le temple de Jérusalem, a su prendre le temps de tresser un fouet de cordes avant de chasser les marchands illégitimement installés (Jean 2v14-15).

 

 

 

Notes :

(1) https://www.dailymotion.com/video/x6p9ppq [les 9 premières minutes] et http://discours.vie-publique.fr/notices/183001634.html

(2)  http://www.education.gouv.fr/cid115029/education-a-la-sexualite.html.

(3) https://www.la-croix.com/Famille/Education/Leducation-sexuelle-affective-relancee-rentree-2018-08-17-1200962425 et http://www.vousnousils.fr/2018/07/20/education-a-la-vie-sexuelle-et-affective-trois-seances-par-an-en-secondaire-des-la-rentree-615873 

(4) Découvrir « la loi Schiappa » 2018-703 du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes (NOR: JUSD1805895L) : http://www.assemblee-nationale.fr/15/projets/pl0778.asp.

(5) Cf https://www.facebook.com/RoubaixNews/?hc_ref=ARTMNsei64S77398Mm00gIPYmmJutikWOsW480f8QioFsXBze8GWnf89prxXtPDiJek&fref=nf (Le message en question est accompagné d’une capture d’écran d’un article de BFM TV et d’un document surligné de rouge avec trois colonnes : «  âge  », «  étapes du développement  » et enfin « comportement et vécu  ». Et les passages soulignés -faisant notamment correspondre «  4 ans  » à «  premières questions sur la sexualité  » ou «  5 ans  », «  faire l’expérience des premières amitiés sincères et relations amoureuses avec des êtres du même sexe ou de l’autre sexe  »). Voir l’analyse des « Décodeurs du Monde ».

(6) https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-yeti-voyageur-a-domicile/20140119.RUE9436/l-oms-traite-de-sexualite-enfantine-quelle-bouffee-d-air-frais.html

(7) http://www.liberation.fr/checknews/2018/08/30/est-il-vrai-que-l-oms-impose-des-cours-d-education-sexuelle-avant-4-ans_1675450 ou https://www.20minutes.fr/societe/2144063-20180828-education-sexuelle-rumeur-cours-ecole-refait-surface-internet

(8) http://www.hoaxbuster.com/comment/13374

(9) Voir https://proscontreeducsex.wordpress.com et https://proscontreeducsex.wordpress.com/a-propos/

(10) https://proscontreeducsex.wordpress.com/les-textes-preoccupants/

(11) Cf https://proscontreeducsex.wordpress.com/les-standards-europeens-deducation-a-la-sexualite-de-loms/

Ainsi que « la stratégie    nationale de santé sexuelle – mars 2017, pour la France, laquelle, selon le Dr Berger, « fait en réalité référence, par ricochets successifs et sans les nommer, aux Standards pour l’éducation sexuelle en Europe ». https://proscontreeducsex.wordpress.com/2017/08/03/la-strategie-nationale-de-sante-sexuelle-de-mars-2017/ )

(12) https://proscontreeducsex.wordpress.com/reponse-envoyee-au-journal-20-mn/

(13) https://www.reseau-canope.fr/outils-egalite-filles-garcons/pour-aborder-leducation-a-la-sante-et-a-la-sexualite.html

(14) Voir « Ados et porno : un nouveau problème de santé publique ? » Interview(30/06/18), sur le JIM.fr (Journal International de Médecine, du Pr Israël Nisand, gynécologue-obstétricien, CHU de Strasbourg, président du CNGOF (Collège nationale des gynécologues et obstétriciens Français), qui a lancé un appel aux pouvoirs publics afin qu’ils adoptent différentes mesures pour limiter l’accès des mineurs à la pornographie. Voir la partie « Comment jugez-vous l’action de l’Education nationale en la matière ? » – 10:22

« Ils avaient oublié le but » : construire la tour

« La grande Tour de Babel » de Brueghel l’Ancien (1563)

« Au début, quand on commença à bâtir la Tour de Babel, tout se passa assez bien. Il y avait même trop d’ordre : on parlait trop poteaux indicateurs, interprètes, logements ouvriers et voies de communication. Il semblait qu’on eût des siècles devant soi pour travailler à son idée. Bien mieux, l’opinion générale était qu’on ne saurait jamais être assez lent. Il eût fallu la pousser bien peu pour avoir peur de creuser les fondations.

Voici comment on raisonnait : l’essentiel de l’entreprise est de bâtir une tour qui touche aux cieux. Tout le reste, auprès, est secondaire. Une fois saisie dans sa grandeur, l’idée ne peut plus disparaître : tant qu’il y aura des hommes, il y aura le désir, le désir ardent, d’achever la construction de la tour. Or, à cet égard, l’avenir ne doit préoccuper personne. Bien au contraire, la science humaine s’accroît, l’architecture a fait et fera des progrès, un travail qui demande un an à notre époque pourra peut-être, dans un siècle, être exécuté en six mois, et mieux, et plus durablement. Pourquoi donc donner aujourd’hui jusqu’à la limite de ses forces? Cela n’aurait de sens que si l’on pouvait espérer bâtir la tour dans le temps d’une génération.

Il ne fallait pas compter là-dessus. Il était beaucoup plus logique d’imaginer, tout au contraire, que la génération suivante, en possession d’un savoir plus complet, jugerait mal le travail fait, abattrait l’ouvrage des devanciers et recommencerait sur de nouveaux frais.

De telles idées paralysaient les forces et, plus que la tour, on s’inquiétait de bâtir la cité ouvrière. Chaque nation voulait le plus beau quartier, il en naissait des querelles qui finissaient dans le sang.

Ces combats ne cessaient plus. Ils fournirent au chef un nouvel argument pour prouver que, faute d’union, la tour ne pouvait être bâtie que très lentement et même, de préférence, une fois la paix conclue. Mais on n’employait pas tout le temps à se battre. Entre deux guerres, on travaillait à l’embellissement de la cité, ce qui provoquait d’ailleurs de nouvelles jalousies d’où sortaient de nouveaux combats. Ce fut ainsi que passa l’époque de la première génération, et nulle, depuis, ne différa. Seul le savoir-faire augmentait, et avec lui l’envie de se battre. Ajoutez-y qu’à la deuxième ou troisième génération on reconnut l’inanité de bâtir une tour qui touchât le ciel, mais trop de liens s’étaient créés à ce moment pour qu’on abandonnât la ville.

Tout ce qu’il y est né de chants et de légendes est plein de la nostalgie d’un jour prophétisé où elle sera pulvérisée par les cinq coups d’un gigantesque poing. Cinq coups qui se suivront de près. Et c’est pourquoi la ville a un poing dans ses armes ».

Kafka. Les Armes de la ville IN La muraille de Chine. Gallimard, 1989 (Folio), pp 120-121

 

Dans « Comment définir l’évangile : une étude du texte de 1 Corinthiens 15v1-19″(pp 21-29), paru dans le numéro(186) de « Promesses »(Revue de réflexion biblique) d’octobre-décembre 2013 et consacré à « l’évangélisation personnelle », Don Carson nous prévient que « Si nous acceptons l’Evangile sans conviction, alors que des sujets périphériques enflamment notre passion, nous formerons une génération qui minimisera l’Evangile et manifestera du zèle pour ce qui est périphérique(…)Si on réfléchit sérieusement à l’Evangile et si celui-ci reste au centre de notre préoccupation et de notre vie, nous constatons qu’il aborde aussi de façon pertinente toutes les autres questions. »(op. cit. p22)

Dans le même esprit, le dramaturge franco-roumain Eugène Ionesco (1909-1994) estime, lors d’un entretien rapporté dans ses « Notes et contre-notes » lues cet été, que « tout théâtre qui s’attache à des problèmes secondaires (sociaux, histoires des autres, adultères) est un théâtre de diversion »(1). En guise d’illustration, il fait référence à ce récit de Kafka intitulé « Les Armes de la ville », dans lequel l’auteur se réapproprie, « de façon aussi brève que pénétrante »(2), le sens de l’épisode biblique de la tour de Babel, « en faisant du mythe de l’échec d’une fondation le récit d’une fondation déficiente »(3). En effet, analyse Ionesco, « (ceux) qui voulaient édifier la Tour de Babel se sont arrêtés au deuxième étage parce que la solution des problèmes liés à l’édification de la Tour [des préoccupations d’embellissements de la ville et du confort, sources de conflits] était devenu l’objectif principal. Ils avaient oublié qu’ils devaient construire la Tour. Ils avaient oublié le but (4) », le But principal, masqué par des buts secondaires. Or, « sans but et sans fil conducteur, l’humanité s’embourbe et s’égare dans un labyrinthe ».

En réalité, souligne Ionesco, « si l’homme n’a pas de fil conducteur, c’est que lui-même ne veut plus en avoir »…Et en fin de compte, l’échec vient, dans la version de Kafka, non pas « parce que les hommes ont voulu construire la Tour mais, bien au contraire, parce qu’ils ne veulent plus la construire », les hommes se désintéressant du but qu’ils s’étaient, pourtant, eux-mêmes proposé. (5)

 

Notes :

(1)Ionesco. Notes et contre-notes. Gallimard, 2010 (Folio essais). Un recueil qui comprend l’essentiel de la pensée de l’auteur sur le théâtre et sa fonction, sa critique des critiques, l’artiste et l’art en général. Passionnant.

(2) op. cit., p 337

(3)http://www.academia.edu/16551230/Kafka_architecte_du_politique_dans_Les_Armes_de_la_ville

(4) Ionesco.Op.cit., pp 186-187

(5) Ionesco. Op. cit., pp 337-338

 

 

 

 

 

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Source : Rawpixel

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Chers (notamment nouveaux) abonnés à ce blogue, pour manifester ainsi votre confiance en ce blogue et son auteur-animateur ;

Fidèles lecteurs – de prendre le temps nécessaire d’apprécier les articles publiés sur Pep’s café – commentateurs, dont j’apprécie la justesse et la pertinence de vos interventions – et relayeurs (notamment notre partenaire, le blogue « Déconstruction de l’Homme » d’Eric Lemaître, mais aussi « Phileo-sophia » d’Etienne Omnès, le SEL France….), pour votre contribution à la visibilité de certains articles ;

– Et enfin, merci à vous, chers contributeurs ou « plumes invitées », pour m’avoir offert vos super articles inédits :

« Aimez-vous les uns les autres » de « La Pep’sette », ma chère moitié :

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/09/29/aimez-vous-les-uns-les-autres/

« La carte de l’Inconnu », une anecdote authentiquement vécue de Jacques Broquet, mon frère en Christ à qui je dis « Shalut » !

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/12/20/la-carte-de-linconnu-celle-que-vous-navez-pas/

« Mission (im)possible pour Jonas », une étude suivie en deux parties de Louis-Michel, ami et frère pasteur, au coeur de père :

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/20/mission-impossible-pour-jonas-lecture-suivie-1/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/22/mission-impossible-pour-jonas-lecture-suivie-2/

« Les 7 samouraïs : réflexion, action ! », une chronique cinéphile de Pierre-Louis, mon autre frère en Christ et fidèle « pep’s man » !

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/07/04/les-7-samourais-reflexion-action/

 

Ne manquez pas de les (re)découvrir et de les partager, voire de les commenter !

Sur ce, ce blogue prend quelque repos pour reprendre son activité fin août-courant septembre. Profitez de cette pause pour l’explorer.

Bon été !

Quelle(s) spiritualité(s) ? Le dossier inspiré de « Promesses »

« Le matérialisme, même en plein essor, ne suffit pas à combler les aspirations humaines. Il faut donc autre chose ! Mais quoi ? »
Affiche du film « Super Size me » de Morgan Spurlock (2004)

L’été est généralement propice aux lectures dites « spirituelles », mais l’offre disponible dans ce type de marché rime souvent avec « superficiel ». Il suffit d’aller dans les librairies ou de prendre le temps d’examiner les sélections de livres proposées par certains médias, où le meilleur côtoie le pire, pour s’en rendre compte.

Loin de surfer sur cette mode, « Promesses », revue de réflexion biblique, nous propose un édifiant dossier, curieusement intitulé « quelle(s) spiritualité(s) ? » dans son numéro de juillet-septembre, que j’ai reçu lundi.

Notre siècle sera-t-il « spirituel » ou « ne sera pas », selon ce que l’on attribue à André Malraux (1901 – 1976), à moins qu’il ne soit « religieux » ou « mystique » ? Telle est la première interrogation que nous pouvons lire dans l’édito de Jean Lacombe, en guise d’introduction.

Cette déclaration célèbre (sans doute apocryphe) du XXe siècle exprime une évidence : le matérialisme, même en plein essor, ne suffit pas à combler les aspirations humaines. Il faut donc autre chose ! Mais quoi ? « Le religieux » ? Il « fait toujours référence à une autorité supérieure ». « Le mystique » ? Trop irrationnel. Le « spirituel » est mieux accepté, mais le définir est peu aisé : il est généralement compris comme une recherche personnelle de « sa » vérité du sens et du but de son existence. Il n’y aurait donc pas « une » mais « des » spiritualités, chacun étant invité à trouver et à vivre « la sienne ». Justement : comment s’y retrouver ?

A ce sujet, « Promesses » nous propose quelques pistes, non exhaustive, mais suffisantes pour nous inciter à nous mettre en route vers la source d’une spiritualité authentique, marquée par l’amour et la vérité parfaits. Au menu, plusieurs articles divers et variés (études, méditations, recensions d’ouvrages) : « nouvelles spiritualités » (Florent Varak et Patrick Lüthert), « diverses formes de la spiritualité chrétienne » (Joël Prohin), « chrétien spirituel, chrétien charnel » (Bob Deffinbaugh) ; « dangers possibles des « disciplines spirituelles » (Don Carson), sans oublier le « remède contre le découragement spirituel » (Raphaël Charrier) et ces deux piliers de la spiritualité : « la prière personnelle » (Pierre Conod) et « méditer la Bible » (Bernard Sautel). Enfin, l’on trouvera la recension de « Homme de Dieu, exerce-toi à la piété » de Ken Hughes, initialement parue le 26/01/18 sur Pep’s café, le blogue.

 

La revue n’est disponible que sur abonnement et le numéro ne figure pas encore sur le site. Si vous souhaitez vous le procurer et/ou si vous vous intéressez à « Promesses », ne manquez pas d’aller voir ici.

Vivez l’expérience « Sola Scriptura » : lectures publiques intégrales de livres de la Bible

Lecture publique des livres de la bible dans leur intégralité, sans commentaire, chaque lundi soir, par le comédien Thierry Kazazian, avec aérations musicales et entracte, dans les locaux de l’Alliance Biblique Française, à Paris

Lundi dernier, j’ai eu l’occasion de vivre une singulière expérience à Paris, avec mon épouse : l’expérience « Sola Scriptura » (« l’Ecriture seule »).

« Sola Scriptura » est le premier pilier(1) de la Réforme(1517). Cela ne signifie pas que le chrétien ne peut pas lire autre chose que la Bible, mais plutôt que les Ecritures Bibliques « seules » constituent l’unique et ultime autorité du chrétien en matière de foi et de vie, autorité à ne pas mettre sur le même plan que la tradition et l’interprétation de l’Eglise. « Sola scriptura » signifie aussi : le sens historique ou littéral « seul », sans le sens allégorique, lequel est estimé peu sérieux par les Réformateurs car autorisant des interprétations très (trop) fantaisistes(2).

Dans le même esprit, « Sola Scriptura » est aussi cette opportunité offerte tous les lundis soirs, depuis le 08 janvier 2018, par l’Alliance biblique française, dans ses locaux à Paris, de venir écouter les textes bibliques récités dans leur intégralité par le comédien Thierry Kazazian, sans commentaire(3). Le livre lu lundi dernier était 2 Rois et nous étions en petit comité (7 personnes en tout – certains étant des habitués) Le son est bon et la voix du comédien agréable. On relève des « aérations musicales » bien choisies entrecoupant les lectures et un entracte convivial bienvenu, permettant d’échanger avec les présents. Cette lecture, qui s’inscrit dans une tradition orale qui fut la norme pendant des milliers d’années, nous permet de nous retrouver en immersion totale au cœur du texte biblique, pour une meilleure vue d’ensemble de ce dernier.

Excellente idée que de proposer une telle rencontre dans un lieu ouvert à tous, distinct d’une église, où chacun est libre d’entrer, de rester, de sortir et de revenir. Une parenthèse à s’accorder dans son agenda, pour vivre un moment privilégié pour entendre, comprendre et réfléchir personnellement et ensemble à toute la Parole de Dieu, accessible à tous ! Bien entendu, certains livres bibliques sont moins évidents que d’autres à lire et à écouter. Mais à choisir entre une série télé, une soirée fast food ou bowling entre amis, un cinoche ou deux heures d’écoute de la Parole de Dieu, il vaut la peine de tenter au moins une fois l’expérience «  Sola Scriptura », si vous êtes sur Paris à ce moment !

 

En bref :

Lecture publique des livres de la bible dans leur intégralité, sans commentaire, par le comédien Thierry Kazazian, avec aérations musicales et entracte. Entrée gratuite. Participation libre.

Alliance biblique française. 3 rue Sainte Lucie, 75015 PARIS (Métro Charles Michel ou Félix Faure)
Entrée libre

Prochain rendez-vous : lundi 03 septembre 2018 (2 Chroniques), jusqu’au 17 décembre

 

Notes : 

(1) Les Réformateurs ont exprimé leurs convictions en cinq formules significatives commençant par Sola ou solus (seul). La première d’entre elles, Sola Scriptura (l’Ecriture seule), commandait les autres : Solus Christus (Christ seul), Sola Gratia (la grâce seule), Sola Fide (la foi seule), Soli Deo Gloria (à Dieu seul la gloire),

(2) Voir https://www.museeprotestant.org/notice/la-reforme-et-la-bible-la-sola-scriptura/

(3) Voir https://lire.la-bible.net/118/fiche/actualites/fiche/10942

Programme des lectures : https://issuu.com/alliancebibliquefrancaise/docs/affiche_lecture_bibliques

Page facebook : https://www.facebook.com/Sola-Scriptura-1538229722939562/

 

Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce

Un livre rare, qui ne vient pas vers nous avec ses réponses toutes faites, mais parce qu’il a plein de questions à nous poser.

« Une Eglise rayonnante »(1), de  Jonathan Hanley(2), est un livre rare. Il commence par soulever un paradoxe : les chrétiens savent, par la Bible, qu’ils sont tous sur pied d’égalité, étant des pécheurs graciés, au bénéfice du pardon divin. Pourtant, nombre d’entre eux établissent une hiérarchie entre les différents péchés et réagissent comme si ces derniers étaient « extérieurs » à l’Eglise. Certains péchés sont plus condamnés que d’autres. En tête, ceux associés au SIDA, qui sont autant de défis et de révélateurs des richesses comme des lacunes de l’Eglise dans l’accueil de l’autre : la pratique de l’homosexualité, les relations sexuelles hors mariage et la toxicomanie. En clair, constate son auteur, qui a passé 13 ans de sa vie dans la lutte contre ce fléau du SIDA, il nous manque, à nous chrétiens, « une conscience de la grâce que Dieu répand sur tous ses enfants pour les sauver et les affermir dans son amour » (op. cit., p 11)

Sur ce plan, nous avons tous manqué le but : c’est pourquoi Jonathan Hanley, sortant des sentiers battus, à contre-courant d’une vision « conservatrice » ou « libérale » sur ce sujet sensible, nous invite individuellement et collectivement à nous remettre au diapason de la grâce, pour redécouvrir Dieu tel qu’il est vraiment, et non une caricature légaliste ou laxiste.

L’ouvrage, empreint d’un certain « réalisme pastoral », est écrit avec humilité, compassion et lucidité. Percutant, il n’hésite jamais à appeler les choses par leur nom, mais sans pour autant sombrer dans le cynisme, le fatalisme ou la diatribe. Des pages pleines d’espérance nous rappellent ce que les Ecritures appellent la grâce et comment le vivre individuellement et communautairement, de façon créative et féconde. C’est ainsi que nous serons en mesure de mieux accueillir, écouter et discerner les véritables questions et soifs spirituelles de nos contemporains, pour mieux leur répondre, en équilibrant « affirmation » et « proclamation » de l’Evangile.

Cependant, comme l’auteur tient à le préciser dans un autre cadre, il n’a « pas écrit Une Église Rayonnante parce (qu’il avait) plein de réponses à donner, mais plutôt parce (qu’il avait) plein de questions à poser ». Il n’écrit donc pas en tant que « donneur de leçons », mais en tant que « compagnon de route spirituel », nous invitant à marcher avec lui sur le chemin de la redécouverte d’une vision et d’un projet de Dieu : l’idéal de l’Eglise de Jésus-Christ, appelée à s’incarner dans le monde.

Le livre pourra paraître « daté » aux « digitals natives » des générations Y-Z, témoignant d’une époque où l’internet, déjà présent, n’était pas encore aussi développé qu’aujourd’hui. Néanmoins, il reste toujours aussi actuel, abordant un sujet essentiel, à l’heure où, plus que jamais, l’on s’interroge, même parmi les chrétiens, sur l’Eglise et sa pertinence pour aujourd’hui.

 

Notes : 

(1) Hanley, Jonathan. Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce. Editions Farel, 2003. Disponible ici ou .

(2) Jonathan Hanley habite près de Dinan en Bretagne. Après avoir œuvré au Pakistan parmi les réfugiés afghans, il a travaillé avec les Groupes Bibliques Universitaires puis exercé en tant que pasteur en Provence. Il a poursuivi pendant une quinzaine d’années un engagement auprès des malades du Sida avec l’association Signe de Vie-Sida. Il anime le comité de sélection des Éditions-LLB (Ligue pour la Lecture de la Bible) et contribue régulièrement à plusieurs périodiques francophones. Écrivain et traducteur apprécié, il est l’auteur de plusieurs livres publiés aux Éditions Farel.

« Depuis que mon premier livre a été publié en 2003, je suis toujours en train d’en écrire. Dans l’écriture, je trouve un outil qui me permet de mettre un peu d’ordre dans mes interrogations, mes découvertes et mes réflexions », explique-t-il sur le blogue artspiin.