Etre chrétiens et « prêtres de l’Eternel » après les élections : comment prier pour nous, corps de Christ, et pour le Président réélu

« Retrouver la joie de prier », notamment pour les autorités, n’est pas seulement le titre d’un excellent ouvrage : C’est notre grand privilège, en tant que « prêtres de l’Eternel »

Emmanuel Macron a été réélu Président de la République Française avec 58,5 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen qui a obtenu 41,5 % des voix(1). Ce n’est peut-être pas votre choix, et vous avez certainement les meilleures raisons du monde de lui en vouloir, mais notre responsabilité en tant que chrétiens est désormais de prier positivement pour lui, comme nous l’avons certainement tous fait pour ses prédécesseurs – et comme d’autres l’auraient certainement fait si leur candidat(e)avait été élu(e) – et pour notre pays. Reste à savoir comment, dans quel but, et avec quel secours. 

Comme déjà souligné dans un autre article, être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion », est un véritable défi et un engagement spirituel, pour être en mesure de porter une véritable voix prophétique dans ce monde, plutôt que d’être réduits à l’état des « prophètes professionnels » du roi Achab, dans la Bible (1 Rois 22v1-28).

Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection. C’est donc prendre conscience que « le réveil de la France » n’est pas lié à l’élection d’un tel ou d’une telle.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités cf Ex 22.28 et l Tim 2.1-2, mais aussi avant tout, pour soi-même, pour l’Eglise – le corps de Christ – dans un esprit d’humilité et de repentance.

Comme une internaute l’a très bien exprimé sur la toile, en réponse à cet article encourageant à prier pour le Président réélu, « nous chrétiens, au-delà de nos devoirs de citoyens, avons aussi des devoirs spirituels dont celui d’intercéder pour le « roi » [ici, le chef de l’Etat]. Ce devoir émane du Seigneur, nous devons donc l’appliquer que nous épousions ou non les sensibilités de nos dirigeants. Ma prière pour nous chrétiens est que nous arrivions à prendre de la hauteur et à vaquer à cette responsabilité. Nous ne pouvons pas toujours changer les choses par le moyen des urnes mais avec les genoux au sol nous pouvons faire en sorte que des montagnes soient transportées. Le cœur du roi est dans la main d’Elohim et il l’incline où il veut nous dit les proverbes. Nous devons être la différence dans une société en crise et dans un monde en totale confusion. Fléchissons donc nos genoux vers le Roi des rois qui sait toute chose mieux que nous ».

Souvenons que nous nous disons « sacrificateurs » ou « prêtres de l’Eternel », et que nous sommes effectivement « rois et sacrificateurs » pour Dieu, selon Apoc. 1v6 et 1 Chron.23v13. Comme tels, nous sommes « mis à part pour être (sanctifiés) comme (très saints), pour offrir les parfums devant l’Eternel, pour faire son service, et pour bénir à toujours en son nom ». Notre service consiste en la prière et l’intercession « dans le temple », à approcher le Dieu saint dans le lieu saint et « pour bénir (dire le bien de Dieu et non « mal dire ») à jamais en son nom ».  Pour cela, il nous faut être saint. C’est pour une vie de prière devant Dieu que les prêtres sont sanctifiés (par contraste, le rôle du diable consiste à accuser continuellement les saints). Jésus, en tant que souverain sacrificateur, prie et intercède pour nous, pour toi et ton frère. Que prie-t-il ? (« Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait… »)

« Si alors mon peuple, le peuple qui porte mon nom, fait preuve d’humilité et prie, (s’ils) me recherchent en renonçant à leur mauvaise conduite, moi, dans les cieux, je serai attentif, je pardonnerai leur péché et je guérirai leur pays » ( 2 Chron.7v14).

Avant de prier pour le Président réélu, prions pour que, de même que l’autorité de Jésus-Christ ne jette aucun discrédit sur les pouvoirs humains, sachant que son Royaume « n’est pas de ce monde », nous, chrétiens, exercions « la culture de l’honneur » envers les structures d’autorités, et prenions tous au sérieux l’autorité de Dieu. 

Prions pour que nous grandissions dans la foi en Dieu le Père, dans le respect des figures de la paternité.

Prions pour que Dieu soit bien le Père dans nos églises, et non quelqu’un d’autre qui se serait mis à la place du Père.

Prions pour que nous poursuivions la paix et contribuons à la paix, pour être en mesure d’ annoncer une parole sur la Paix qui vient du Dieu véritable.

Prions pour la cohérence de notre témoignage

Jésus-Christ, Notre seul Seigneur, qui est entré à Jérusalem, est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau, nous appelle aujourd’hui à laisser tomber « l’agitation de nos rameaux » pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et de respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes.

Rendons aussi grâce pour notre pays, et apprenons, dans la dépendance de l’Esprit Saint, à cultiver une attitude de reconnaissance, à l’instar de cette exhortation de Phil.4v6, rappelée par Timothée Minard sur son blogueEn cette période électorale, la tendance est à la colère, au rejet, à l’inquiétude. On focalise nos regards vers ce qui ne va pas, vers les difficultés de notre pays, vers le péché des uns et des autres. On nous montre le malaise ambiant, le chômage, les injustices, la corruption, l’immoralité… Et cela nous pousse notamment, en tant que chrétiens, à l’intercession. A juste titre. Toutefois, ce que ce verset de Philippiens nous rappelle, c’est que nous sommes appelés à prier « dans une attitude de reconnaissance ».

C’est alors que nous pourrons prier positivement pour le Président de la république réélu, de sorte qu’il reçoive humilité, conseil et sagesse, sachant que sa réélection « l’engage » effectivement.

Note :

(1) En savoir plus sur le vote des électorats dits confessionnels – protestants, catholiques, musulmans…- au second tour de l’élection présidentielle 2022.

« La paix soit avec vous : comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20v21)

« La Semaine sainte » (« Piqué » sur le compte twitter du « webpasteur » Gilles Boucomont, 29/03/21)

« Le SEIGNEUR est roi.
Que la terre exulte,
que tous les rivages se réjouissent ! »
(Psaume 97v1)

Parole du jour

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité » (Luc 24v5-6).

Méditation

« C’est bien vrai ! Le Seigneur est Ressuscité ! » (Luc 24v34) Il est réellement ressuscité ! Alléluia ! C’est la grande salutation pascale de l’Eglise chrétienne qui résonne tout au long de l’histoire. Ce que la mort pouvait faire de pire a été fait. La destruction la plus totale qu’elle pouvait imaginer a été accomplie. Et maintenant Dieu a répondu dans l’obscurité de nos peurs, au silence de nos attentes. Dieu a parlé et la Parole faite chair a été relevée de la mort. Nous ne comprenons pas comment, mais « Christ est ressuscité, Alléluia ! Il est vraiment ressuscité, Alléluia ! »

Prière

Fais entendre ta parole de résurrection à ceux dont les espoirs sont morts, ceux dont l’avenir a été dérobé, ceux dont les vies sont vides. Rassemble le peuple de Pâques, et envoie-nous dehors, dans ton monde, comme tu as envoyé le Christ. Envoie ton Esprit de mission sur l’Eglise, et particulièrement sur ceux qui reçoivent le baptême aujourd’hui. Que la Parole que tu as prononcée le jour de Pâques résonne aujourd’hui et mène ta création vers une vie nouvelle et vers l’unité en toi, par Jésus le Christ, notre Seigneur ressuscité.

(D’après Sheppy, Paul. Chaque matin, chaque soir : un compagnon pour la prière quotidienne. Editions Olivétan, 2011, p 88)

A tous les abandonnés

« Quand je suis abandonné, quand je vois que d’autres sont rejetés, ma seule espérance est de me tourner vers Jésus, l’abandonné »
(Source image : public domain pictures)

« Comment rendrai-je au SEIGNEUR tous ses bienfaits envers moi ? Je lèverai la coupe du salut et j’invoquerai le nom du SEIGNEUR » (Psaume 116v12-13)

Parole du jour : 

« Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? » ce qui signifie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15v34)

Méditation

Voici ce qu’a coûté le salut du monde. La grâce est gratuite, mais elle n’est pas bon marché. Jésus, qui durant toute sa vie a vécu dans la présence de Dieu, meurt avec le sentiment que Dieu s’est éloigné. La mort de Jésus est la mort de tous ceux qui se sent trahis, abasourdis, perdus sans aucun espoir. Quand je suis abandonné, quand je vois que d’autres sont rejetés, ma seule espérance est de me tourner vers Jésus, l’abandonné.

Prends la décision aujourd’hui d’abandonner quelque chose de valeur et qui compte pour toi. Donne à cette oeuvre de bienfaisance plus que tu n’avais envisagé. Donne le temps qu’il faudra à cette personne qui va prendre de ton précieux temps plus que tu n’aurais souhaité. Laisse à quelqu’un la place que tu voulais, la priorité que tu voulais, et que tu méritais.

Prière

Dieu souffrant, garde-moi attentif aujourd’hui aux besoins de ceux qui se sentent dupés et perdus. Préserve-moi des paroles bon marché et des gestes vains. Donne-moi le courage d’aller au-delà de mes certitudes confortables et ainsi de m’abandonner à toi afin de pouvoir apporter réconfort et confiance à ceux qui sont délaissés, et sans ressources, par Jésus le Christ, notre Seigneur crucifié.

(D’après Sheppy, Paul. Chaque matin, chaque soir. Un compagnon pour la prière quotidienne. Editions Olivetan, 2011, p 84)

Etre chrétien en saison électorale : prier pour les autorités

« Etre chrétien en saison électorale » se manifeste aussi et premièrement dans notre façon de prier pour les autorités (Source image : rawpixel)

S’il devait y avoir « un 11ème commandement », ce serait celui-ci : « tu ne copieras pas sur le voisin », soit le commandement, pour le peuple de Dieu, de se distinguer des autres peuples.

De là cet enjeu et ce défi : comment être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion » ? Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection ou d’un sondage. 

C’est pourquoi, comme me l’a récemment rappelé un ami, les femmes et les hommes du Christ savent et se doivent de s’exhorter à ce sujet – particulièrement quand nous sommes tentés de nous mettre « en campagne » -, à savoir que la saison électorale n’est pas celle de l’ouverture de la chasse, « où l’on se tire dessus à vue ». 

En effet, nous avons beaucoup mieux à faire. Par exemple, prier pour les autorités, une exhortation biblique (selon 1 Timothée 2v1-4) toujours vraie, et encore plus vraie aujourd’hui.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités.

A ce propos, je me permets de citer et renvoyer à une « ancienne » méditation du pasteur Gilles Boucomont sur le sujet(1), datant de 2020, introduite par la fable des arbres de Yotam. Celle-ci, relatée dans Juges 9v7-15, est très édifiante en ce qu’elle nous dit « comment on fait les rois », et parce que « le rapport avec les élections n’est en aucun cas fortuit ou indépendant de (la) volonté (du prédicateur) » !

En effet, « Jésus savait bien que la gloire d’un jour allait le mener à la croix. C’est pour cela qu’il n’arrive pas sur un char doré, mais bien sur un ânon, pour signifier qu’on ne l’aura pas au jeu de la gloriole. Sa gloire, il ne la tire pas de l’acclamation des humains mais de l’approbation de Dieu lui-même. Il n’est pas le roi que les humains veulent, de toute façon ». Dans la parabole de Yotam, les arbres « plébiscitent » un candidat-roi supposé « pour ses qualités ». Et « ils en plébiscitent tout une série, les uns après les autres. Mais le besoin d’avoir un roi n’a d’égal que le dénigrement permanent que les arbres ont pour le pouvoir en place.  Voyez leur dédain : Ces politiques sont tous pourris ! (ce qui est parfaitement faux) et c’est nous qui les avons élus. Voyez la contradiction méprisante. Les arbres crient pour avoir un chef et en même temps quand c’est leur tour de prendre des responsabilités, on voit le mépris réel qu’ils ont pour les structures d’autorité, puisqu’ils qualifient le pouvoir qu’on leur demande d’exercer « d’agitation ». ‘Est-ce que je vais abandonner… pour aller m’agiter au-dessus des autres arbres ?’ 

Et le résultat est là [dans la fable], c’est le buisson d’épine qui va gouverner. C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques [mais aussi médiatiques, religieuses…], car sans cette considération et se respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes. Nous nous comportons comme cette foule qui s’enthousiasme aux portes de Jérusalem au jour des Rameaux, et pour le coup, nous devenons des rameaux qui s’agitent, qui s’agitent pour rien car ils ont été taillés sur les arbres alentours et dans trois jours ils seront complètement secs. 

(…..) Jésus n’a pas voulu de ces royautés temporaires et temporelles. Et pourtant il a habité cette figure du roi, il s’est prêté au jeu de l’entrée à Jérusalem, avec le prix qu’il devra payer pour cette audace… Son autorité est d’un autre genre. Elle ne jette aucun discrédit, au contraire, sur les pouvoirs humains, mais le Royaume dont il est roi n’est pas de ce monde.  

Comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structuré dans la contestation de l’autorité de l’Etat ? Comment grandirons-nous dans la foi en Dieu le Père, si les figures de la paternité sont toutes détruites, dans une vague d’extermination massive, et que trop peu de nos enfants ne savent vraiment ce qu’est un père ? Comment pourrons-nous annoncer une parole sur la Paix qui vient de Dieu si les uns et les autres n’ont pas goûté à la paix même imparfaite d’une société apaisée ? 

Celui qui est entré à Jérusalem, qui est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau [comme nous allons le célébrer à Pâques] appelle aujourd’hui des personnes à laisser tomber l’agitation de leurs rameaux pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives que nous avons à vivre ».

Note :

(1) A lire sur http://1001questions.fr/aunomdejesus/pourquoi-prier-pour-les-autorites/

Pour chaque jour de carême, « une discipline, un programme d’entraînement », pour aller à la rencontre du Christ ressuscité

« Bientôt pâques ! » Comment te préparer à la rencontre du Christ ressuscité ? Source image : première de couverture de l’ouvrage édité chez BLF)

« Cherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez. Et ainsi le Seigneur, le Dieu des puissances sera avec vous » (Amos 5v14)

L’un des articles les plus visités de ce blogue est celui intitulé Un protestant-évangélique peut-il « faire le carême » ? Comment jeûner de façon « non religieuse » mais « biblique » ? Article rédigé le 1er mars 2017, suite à la question d’une connaissance. Merci à vous tous, pour l’avoir lu et partagé !

Le temps de carême m’est offert en vue de me préparer pour Pâques. Comme un athlète, je laisse derrière moi tout ce qui m’environne dans ma course vers le Christ ressuscité. L’Evangile nous rapporte qu’au désert, Jésus a décidé qu’il n’y avait pas de raccourci pour accomplir la volonté de Dieu : les gestes spectaculaires auraient attiré l’attention sur lui, mais dans leur émerveillement, les spectateurs auraient manqué Dieu. La sainteté commence par l’obéissance quotidienne.

Etablis pour chaque jour une discipline, un programme d’entraînement, pour aller à la rencontre du Christ ressuscité. Chaque jour, cherche le bien de ceux qui font surtout l’expérience du mal. Donne du courage à ceux qui ne rencontrent que déceptions. Donne de l’espoir à ceux qui l’ont perdu. Abandonne un peu de ton temps, de ta sympathie, de toi-même, afin que, de ton dépouillement, d’autres puissent être enrichis.

Prière

Alors que je prends le chemin solitaire qui mène vers le Christ ressuscité, apprends-moi à nourrir les autres comme tu me nourris. Apprends-moi à un être un lieu de rafraîchissement tout comme tu es une oasis pour moi. Apprends-moi à ne pas m’accrocher à ce que je possède, puisque tu m’appelles à me vider de moi-même devant toi. Garde-moi tout près de toi, de sorte que je puisse te rencontrer dans ceux qui ont besoin de moi, comme moi j’ai besoin de toi, par Jésus le Christ, Notre Seigneur.

(D’après Sheppy, Paul. Chaque matin, chaque soir. Un compagnon pour la prière quotidienne. Editions Olivetan, 2011, p 80)

Un défi spirituel : « Rester calme aujourd’hui »

« Lâchez les armes ! Reconnaissez que je suis Dieu !
Je triomphe des nations, je triomphe de la terre ».
(Psaume 46v11. TOB)

« Dis plutôt : ils sont heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui lui obéissent » (Luc 11v28. PDV)

Parole du jour

Comme il est facile de lire ou d’entendre les mots de l’Ecriture et de les oublier ! Jésus dit à un auditeur enthousiaste que la véritable bénédiction vient de la persévérance. Les paroles de Jésus peuvent nous émouvoir par leur beauté ou leur idéal élevé ; mais la charge émotionnel ne conduit pas à l’action, son effet est semblable à celui d’une cartouche à blanc : un éclair, du bruit, un peu de fumée, et rien de plus.

Méditation

Rester calme aujourd’hui va demander de la concentration. Avant d’être agités par le stress de la journée, nous avons besoin de trouver le silence intérieur et de savoir que Dieu est Dieu. Devant tout ce qui réclame dans l‘urgence notre temps, notre attention et nos engagements, nous devons discerner ce qui est d’une importance centrale. Pour cela, nous avons besoin de tranquillité, la tranquillité du centre autour duquel tournent les événements, la tranquillité de Dieu qui agit selon son dessein, et non pas selon celui qui crie le dernier ou le plus fort.

Prière

Quand tu as parlé, Ô Dieu créateur, tu as fait sortir l’ordre du chaos. Mets de l’ordre dans ma vie, afin que je puisse ne pas être distrait par le bruit et la confusion de ce qui est urgent, en perdant de vue ce qui a une véritable importance. Dans toute cette clameur, aide-moi à entendre ta voix, et lorsque je l’entends, donne-moi la grâce de lui obéir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Notre Père

« Notre Père qui es aux cieux,
fais connaître à tous qui tu es,
fais venir ton Règne,
fais se réaliser ta volonté
sur la terre à l’image du ciel.
Donne-nous aujourd’hui le pain dont nous avons besoin,
pardonne-nous nos torts envers toi,
comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous,
et ne nous conduis pas dans la tentation,
mais délivre-nous du Tentateur ».

(Matt.6v9-13. TOB)

(Source : d’après « Chaque matin, chaque soir : un compagnon pour la prière quotidienne », de Paul Sheppy. Editions Olivétan, 2011, p32)

L’action du mois : (re)découvrir qu’après « Mozart, que l’on assassine », c’est « le Christ que l’on refoule aux frontières »

Comment la Bible inspire les artistes…mais aussi nous rend créatifs pour aider Notre prochain ? (Source image : ABF)

Voici Mars, et nous sommes en plein mois de la Bible !

A l’initiative de l’Alliance Biblique Française (ABF), et en collaboration avec le syndicat des libraires de littérature religieuse, cet événement annuel vise à faire connaître la Bible, mais aussi ses différentes traductions et éditions, dans le but de susciter l’intérêt de tous envers Le Livre des livres.

Cette édition est aussi l’occasion de découvrir l’influence de la Bible sur notre culture et notre société – vous parlez en effet « Bible » sans le savoir ! (1)– et à quel point elle inspire « en bien et en beau », dans divers domaines de l’art, ou, tout simplement, la vie des artistes, écrivains, cinéastes, peintres, musiciens ou chanteurs !

Visitez le site dédié pour découvrir les libraires participantes proches de chez vous, ainsi que les médias partenaires et les kits d’animations, qu’il s’agisse d’un magazine gratuit, d’un ciné – ou d’un livre – débat, d’une activité de création artistique destinée aux enfants et faisant le lien entre l’écologie et Dieu, ou d’une activité réflective autour d’un tableau de Rembrandt….et bien d’autres choses encore sur la Bible !

Se (re)plonger dans la Bible nous permet aussi de (re)découvrir ce qu’elle dit exactement à propos de l’accueil et de l’amour de l’étranger, en guise d’antidote à toute instrumentalisation, et à l’heure de l’exode de centaines de milliers d’Ukrainiens qui fuient la guerre, suite à l’invasion de leur pays par la Russie, le 24/02/22, selon le dernier recensement de l’ONU. L’Alliance Biblique Française nous explique comment il est possible de soutenir la Société biblique ukrainienne, dans son aide aux civils.

Erri de Luca – lequel compte parmi les auteurs tirant leur inspiration de la Bible à découvrir sur le site du Mois de la Bible, relève dans « Comme une langue au palais » (2) que « Le début du Nouveau Testament ne part pas de zéro, à partir de Jésus, mais ressent le besoin de nommer les générations qui l’ont précédé. Ces dernières croisent David, ancêtre obligatoire du Messie, pour les juifs et les chrétiens (…)Trois douzaines et demie de générations se succèdent dans l’espace des seize premiers vers de Matthieu, des noms d’hommes devenus des stations d’une ligne aboutissant au terminus du monde, au Messie. Au milieu de la liste, exceptionnellement et par contraste, se détachent trois femmes [étrangères] ». Une est Rahab, la prostituée de Jéricho qui sauva les espions envoyés par Josué. Les deux autres étrangères au peuple du livre sont Tamar, la cananéenne, et Ruth, la moabite. Elles épousent des juifs, restent veuves sans enfants. Elles se dépensent sans compter pour rester dans la maison et dans la foi rencontrée. Puissantes de fertilité réprimée et inexaucée, elles donneront des fils à la terre et aux gens de Judas, quatrième fils de Jacob. Elles donneront des fils à la descendance du Messie.

Tamar et Ruth : deux femmes d’autres peuples entrent dans la lignée la plus sacrée et ont le très pur privilège d’être les premiers noms féminins du Nouveau Testament, avant même celui de Marie. La vie de Ruth se passe au temps des Juges (….), la période qui suit la conquête de la Terre promise mais non offerte en cadeau (….) Quand disparaît la génération du désert, témoin des colossales interventions de Dieu, manne comprise, les Hébreux se dispersent. Ils subissent les offensives des autres peuples(…).

Parmi les différents peuples qui arrivaient à l’emporter alors sur Israël, il y eut les Moabites, qui vivaient à l’est du Jourdain. Leur domination sera brisée par un téméraire attentat. Ehud, un gaucher de la descendance de Benjamin, réussira à plonger sa courte épée jusqu’à la garde dans le surabondant embonpoint d’Eglon, roi de Moab. Et il parviendra aussi à s’échapper et à appeler à l’insurrection. Pendant la révolte, dix mille Moabites tombent (…) aux gués du Jourdain [Juges 3v15-30]. Quand on lit, en ouverture du livre de Ruth, qu’une famille juive émigre en terre de Moab au temps des Juges, il faut savoir que les relations entre les deux peuples n’étaient pas cordiales. Et pourtant, la famille d’Elimélekh, une femme et deux fils, fuyant la famine de la terre de Judée, est accueillie avec générosité. Les habitants de Moab les hébergent, donnent une épouse aux deux fils. Ce peuple, malgré les deuils de la guerre, a accueilli les émigrants de la nécessité (…). C’est une des histoires que les générations apprennent et se transmettent. Tout lecteur a le droit de se sentir héritier du tout, d’en souligner un verset, une figure. Ici, on célèbre Ruth, femme de conjonction des deux alliances, les testaments réunis pour nous dans le format Bible » (2).

Ainsi, Antoine Nouis souligne que le commandement stipulant, en Exode 22v19-23, que « Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’au SEIGNEUR (YHWH) seul sera frappé d’anathème » précède cet autre qui dit : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas : vous avez été des immigrés en Egypte. Vous n’affligerez jamais la veuve ni l’orphelin. Si tu les affliges et qu’ils crient vers moi, j’entendrai leurs cris ; je me mettrai en colère, et je vous tuerai par l’épée : vos femmes seront veuves, et vos enfants orphelins » (3).

Les commentateurs en déduisent que la fidélité au Seigneur induit les instructions sur les prochains. Autant il faut rejeter les dieux étrangers, autant il faut être bienveillant avec les étrangers eux-mêmes. Les devoirs envers les étrangers sont évoqués à 36 reprises dans la Torah (les 5 premiers livres de l’Ancien Testament, la première partie de la Bible), soit plus souvent que les commandements relatifs à l’amour de Dieu, à la circoncision et à l’interdiction du mensonge et du vol. Les étrangers sont associés aux veuves et aux orphelins, car ce sont les catégories les plus fragiles de la population qui ont besoin d’être protégées par la loi. En associant la veuve, l’orphelin et l’étranger, la Bible nous invite à avoir le même regard d’accueil pour l’étranger que pour les précaires de notre pays. Si le thème de la protection de l’étranger est répété si souvent, c’est que notre réaction première consiste à nous méfier de l’étranger, à redouter qu’il ne soit une menace pour notre confort et notre sécurité. C’est pourquoi la Bible appelle à la mémoire du temps où le peuple était en esclavage en Egypte cf Deutéronome 26v5-9 (3).

Les chrétiens doivent s’en souvenir aussi, sachant qu’ils sont eux-mêmes « étrangers et voyageurs sur la terre » et « vivant dans la dispersion » cf 1 Pie.1v1 et Hébr.11v13.

Certains sages sont allés jusqu’à dire que l’asservissement en Egypte n’avait d’autre but que d’enseigner l’amour de l’étranger (cf Matt.7v12). Ceux qui ont été étrangers savent ce que cela signifie de vivre au milieu d’un peuple différent(3), et se souviennent de la décision de Pharaon, inspirée par la peur d’un supposé et fantasmatique « grand remplacement », en Exode 1v9-10 : « Voici que le peuple des fils d’Israël est trop nombreux et trop puissant pour nous. Prenons donc de sages mesures contre lui, pour qu’il cesse de se multiplier. En cas de guerre, il se joindrait lui aussi à nos ennemis, il se battrait contre nous et il sortirait du pays ». Initiative sans doute louée à l’époque par certains comme étant « une décision courageuse » et « de bon sens »….

Une société qui ne prête pas attention à l’étranger, la veuve et à l’orphelin est une société du chacun pour soi, ce qui finit par dégénérer dans la violence entre ses membres (3) : Rappelons également, en attendant la fête de Pourim, l’intrigue d’Haman (motivée par la haine pour un seul au départ) auprès du roi Xerxès, en Esther 3v8 et ss, pour se débarrasser d’un peuple jugé « à part. Ils sont partout, infiltrés parmi tous les peuples, dans toutes les provinces de ton royaume ; leurs lois les distinguent de tout peuple, et ils n’agissent pas selon les lois du roi : il n’est pas dans ton intérêt de les laisser en repos… ».

Après « Mozart », que « l’on assassine »(4), voici comment le Christ Lui-même, par ailleurs l’un des plus jeunes refugiés de l’histoire, pourrait être refoulé aux frontières par une politique migratoire restrictive, martelée – ô ironie du sort – par de prétendus « défenseurs de la chrétienté » sans le Christ. Car, dit le Christ aux nations, qui seront notamment jugées sur leur accueil ou leur non-accueil, rendant vaines toutes les justifications (théologiques ou non) possibles : « … j’étais étranger et vous m’avez recueilli (….) Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela pour l’un de ces plus petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. (….) J’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli (….) Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous n’avez pas fait cela pour l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » (Matt.25v35,40, 43, 45).

Notes :

(1) « Travailler à la sueur de son front », « baisser les bras », « rien de nouveau sous le soleil », « récolter ce que l’on sème », « s’en laver les mains »…autant d’expressions de la Bible !

(2) A lire dans le recueil éponyme d’Erri de Luca. Arcades Gallimard, 2006, pp 85-91. Du même, l’on retrouve ce commentaire de la généalogie du Messie : « Les Saintes du scandale ». Folio, 2014.

(3) D’après Nouis, Antoine.  La Bible. Commentaire intégral verset par verset/1. Le pentateuque. Olivetan/Salvator, 2021, pp 329-330. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

(4) Expression de Saint-Exupéry, dans « Terre des hommes » (1939) – reprise par Gilbert Cesbron pour le titre de l’un de ses romans (1966) : « Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. » (Saint-Exupéry, op. cit., Folio, p 182)

L’Evangile renversant : pour une lecture libératrice de la Bible, de Bob Ekblad

« Malheur à vous, pauvres, car vous n’êtes que des assistés ! » (Luc 6v24 et Jacques 5v1)

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a choisi pour son service afin d’apporter la bonne nouvelle aux riches » (Luc 4v18)

« Heureux celui qui s’intéresse au riche ! Au jour du malheur l’Éternel le délivre… » (Psaume 41v1)

« Opprimer le riche, c’est outrager celui qui l’a fait; Mais avoir pitié de lopulent, c’est l’honorer (Prov.14v31).

Si c’est là ce que vous lisez dans votre Bible, changez de Bible.

Pourtant, c’est ce qui est parfois dit du haut de la chaire, ou ailleurs, donnant à penser que les affirmations ci-dessus se trouveraient réellement dans la Bible, et que Jésus serait venu apporter « une (bien) mauvaise nouvelle aux pauvres ».

C’est ainsi que « dans l’expérience de nombreuses personnes, la Bible a été utilisée comme une arme contre elles par des gens en position d’autorité », qu’il s’agisse des parents, des enseignants, des évangélistes, des pasteurs, des prêtres ou des missionnaires », souligne Bob Ekblad dans « L’Evangile renversant : pour une lecture libératrice de la Bible » (p33), paru aux éditions Scriptura en février 2022.

« Un pasteur dit à une jeune femme séropositive qu’elle ne doit pas toucher la Bible parce qu’elle est impure ». Un autre « pasteur conseille à une femme victime d’abus répétés de la part de son mari de continuer à se soumettre à lui ». Ou encore, « une famille chrétienne dit à l’un des siens sans emploi que son chômage est une punition de Dieu pour son péché », quand une autre « laisse son enfant handicapé à la maison pour aller à l’église, parce que son échec à être guéri fait honte à la famille (….). A chaque fois, la Bible est utilisée pour proclamer cette mauvaise nouvelle » (op. cit., p 10)

Alors que « le mois de la Bible » approche, événement organisé par l’Alliance Biblique Française, en collaboration avec le syndicat des libraires de littérature religieuse, quoi de mieux que cet ouvrage de Bob Ekblad que j’attendais (et l’un des meilleurs lus à ce jour), pour (re)découvrir en quoi l’Evangile est le message libérateur et renversant qui se trouve dans l’Écriture [une bonne nouvelle « proclamée premièrement aux pauvres » cf Luc 4v18-19] et le plus clairement énoncé dans la vie et l’enseignement de Jésus de Nazareth ?

Ecrit 12 ans après « Lire la Bible avec les exclus »(Olivetan, 2008), qui décrit une première tentative de communiquer une lecture libératrice de la Bible avec les personnes « aux marges », « ce livre donne un aperçu de cet Évangile de la résistance » et « inclut des perspectives et des suggestions sur la façon de recevoir et de préparer des études de la Bible qui engendrent une transformation holistique. Le point central de ce livre est de proposer des manières pratiques d’animer des conversations autour de la Bible dans des situations de marginalité, avec des personnes qui n’ont pas l’habitude d’être appelées par Dieu » (op. cit., p 16).

Mais, « bonne nouvelle » : cette bonne nouvelle découverte parmi les détenus, les toxicomanes et les membres de gangs peut aussi « enflammer les cœurs des personnes participant à des cercles plus ordinaires ou du courant majoritaire, qui trouvent la Bible terne, sans lien avec leurs vies, ou bien étrangère et problématique ». Bob Ekblad est ainsi « convaincu que lire la Bible peut nourrir notre foi et inspirer des actions de libération qui apporteront des transformations personnelles et sociales » (op. cit., p 17).

 « L’Évangile renversant : pour une lecture libératrice de la Bible » est un manuel de « formation » attendu et bienvenu, qui cherche à aider ses lecteurs à oser « envisager l’étendue de la révolution de Jésus pour que nous puissions y participer plus pleinement » (op. cit, p 18).

La partie 1 du livre nous invite à nous « préparer à des rencontres libératrices » :

Dans le chapitre 1, il s’agit de suivre le « commandant Jésus », né dans un monde marqué par l’oppression et l’injustice pour annoncer et incarner ce que Bob Ekblad appelle « le mouvement de libération globale de Dieu », et de découvrir sa stratégie « d’infiltration derrière les lignes ennemies de façon clandestine ».

Le chapitre 2 identifie les postulats essentiels sous-jacents à des lectures libératrices de l’Ecriture (« Jésus est la révélation de Dieu » et « incarne l’amour acharné de Dieu » ; Jésus inaugure une nouvelle façon de combattre le mal qui fait la différence entre les ennemis « en chair et en os » et les ennemis spirituels ; « le péché ne nous sépare pas de Dieu » ou si notre péché nous fait nous détourner de Dieu, Dieu n’est pas « empêché » de nous chercher activement…) , ainsi que les pièges à éviter : s’attendre à de mauvaises nouvelles en lisant la Bible, domestiquer l’Ecriture, les lectures « moralistes » et « héroïques » (en cherchant des modèles « exemplaires » à imiter), la passivité, le fatalisme, l’incroyance et le cynisme….

Le chapitre 3 décrit la mission plus large de Dieu à travers l’Ecriture, avec un excellent et pertinent « survol » de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui vaut le détour.

Le chapitre 4 nous propose une étude de cas avec la rencontre entre Jésus et la femme samaritaine, sans oublier sa communauté.

La partie 2 se concentre sur les manières d’animer des études bibliques interactives ou « rencontres libératrices » :

Comment nous caler sur la vision de Jésus (chapitre 5)

Comment pouvons-nous entendre et percevoir des révélations prophétiques (chapitre 6)

Comment préparer des messages libérateurs (chapitre 7)

Comment animer des études bibliques dans différents contextes (chapitre 8)

Comment employer les dons de l’Esprit décrits en 1 Corinthiens 12 et en Romains 12 comme « des tactiques de guérilla » ou « de résistance », pour la gloire de Dieu, en « bons intendants de la grâce si diverse de Dieu » (1 Pierre 4v10-11), que l’on conduise des études bibliques, que l’on prêche ou que l’on enseigne(chapitre 9).

Au final, une approche audacieuse – qui pourra rebuter – et salutaire, privilégiant une saine déconstruction/reconstruction dans une perspective libératrice, dont nous avons le plus grand besoin. Stimulant, dense et éclairant, « L’Evangile renversant » m’a beaucoup apporté sur le plan personnel, et encouragé à poursuivre et transmettre une pratique d’enseignement et d’animation biblique dans cet esprit.

Manuel pratique solidement étayé sur le plan biblique, à mi-chemin entre la théologie et le témoignage, le livre est aussi particulièrement recommandable en ce qu’il invite à nous attacher et à nous laisser conduire par le « Dieu véritable » –Père, Fils et Saint-Esprit (lequel ne connaît pas de frontière dénominationnelle). Car si Jésus-Christ peut nous être familier, il ne saurait être domestiqué, puisqu’Il ne cesse d’être Seigneur quand il parle.

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En bref : « L’Evangile renversant : pour une lecture libératrice de la Bible », de Bob Ekblad*. Editions Scriptura, 2022. Reçu gracieusement en service presse de la part de Laurène de La Chapelle, chargée de communication à l’Alliance Biblique Française, que je remercie, ainsi que les éditions Scriptura.

Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies, notamment ici.

*Par l’auteur de « Lire la Bible avec les exclus » (Olivetan, 2008) et « accueillir l’exclu » (Scriptura, 2019).

Pasteur de l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis, docteur en théologie en Ancien Testament, aumônier à la prison de Skagit, Bob Ekblad est directeur exécutif de Tierra Nueva et du séminaire du peuple à Burlington, Etat de Washington. Il enseigne et anime de nombreux groupes de lecture de la Bible à travers le monde. Avec sa femme Gracie, ils vivent près de Seattle sur la côte Ouest des Etats-Unis mais se rendent régulièrement en France pour donner des formations.

En savoir plus sur l’auteur : écouter son témoignage et découvrir l’origine de son appel et de sa vocation

En savoir plus sur son ministère.

Un enjeu spirituel : vivre en « enfants de lumière » dans le siècle présent

« Christ », Notre Seigneur, « est la lumière » : quelle conséquence pratique pour nous, qui prétendons le suivre, aujourd’hui ?

« Tu t’abstiendras de toute parole mensongère », nous commande Exode 23v7 [TOB : « de toute cause mensongère »]. Mot à mot : « tiens-toi loin ». Il ne s’agit pas seulement de ne pas mentir, mais de se tenir éloigné du mensonge, de prendre ses distances pour ne pas laisser le moindre espace au mensonge.

Le psaume 34v14 ne dit pas autre chose : « préserve ta langue du mal, tes lèvres des paroles trompeuses ».

Dans la Bible, la première fois où il est question de mensonge et de menteur se trouve dans la Genèse. Dès Genèse 3v1, plus exactement, où nous voyons apparaître en Eden le maître du mensonge (« le big boss des fake news », dirait-on aujourd’hui en bon « franglais »), le serpent, lequel « était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le Seigneur Dieu avait faites ». Il est celui qui médit sur Dieu, qui insinue et qui ment, « enduisant d’erreur » et instillant le soupçon dans l’esprit de l’humain, en disant à la femme : « Dieu ne vous veut aucun bien, il vous craint, il a peur que vous deveniez comme lui ». Aujourd’hui, ce serait : « on vous ment, on vous cache des choses, vous êtes trop malins pour ça… ».

Gober le mensonge du menteur a conduit l’humain à la rébellion – laquelle « vaut le péché de divination » (1 Sam.15v23): l’humain porte alors un regard différent sur le seul arbre interdit (face à une multitude de possibilités offertes par Dieu), puis en mange…et le fruit une fois consommé, le mensonge du serpent se trouve dévoilé : au lieu d’être « comme des dieux », les humains découvrent qu’ils sont nus (Gen.3v4-7).

Le mensonge a toujours été l’arme de ceux qui voulaient détourner les autres du droit chemin. Martin Luther écrit, dans ses « propos de table » (Aubier, 1992, p 342), que « le mensonge est toujours tordu et se recourbe comme un serpent qui n’est jamais droit, soit il rampe, soit il se dresse. Ce n’est que lorsqu’ils sont tués que serpent et mensonge sont droits et sans nocivité ».

En hébreu, le verbe mentir a la même racine que les mots « figer », « geler » et « lier », « enchaîner ». Le mensonge est une façon de se figer, de ne pouvoir ni parler selon son cœur, ni bouger. Quand la vérité n’est plus respectée, plus rien ne circule, comme si, dans un corps vivant [y compris dans un corps social ou même le corps de Christ ?], tout se coagulait. Le mensonge a tendance à se multiplier, entraînant d’autres mensonges qui nous enferment progressivement dans leurs filets. Le menteur est ainsi pris dans une sorte d’engrenage, « condamné » à enchaîner sans fin ses contrevérités pour que le mensonge soit maintenu. De là notre responsabilité de refuser de relayer ce qui se dit notamment sur les réseaux @sociaux [par exemple, le mensonge d’une « élection volée », qui a conduit à une émeute un certain 6 janvier]. Or, si la chaîne du mensonge casse, la vérité refait surface et tout se dévoile.

En plus d’être menteur, le serpent est aussi séducteur en faisant croire à l’homme qu’il lui est possible de faire ce que ce son désir veut (« No limit », « la liberté sans entrave », « dire tout et n’importe quoi »), sans craindre les conséquences. Nous savons que c’est un gros mensonge, mais nous avons tellement envie de le croire. Ainsi depuis la chute, l’homme et la femme ne sont pas devenus des adultes assumant leurs actes, mais plutôt des enfants ou « des ados » accusant cesse les autres pour se chercher des excuses, entretenant un esprit de victime.

Il n’est ainsi pas possible de justifier le mensonge ou la tromperie au nom de la défense « des valeurs », comme si « la fin justifiait les moyens », vu que Dieu interdit d’invoquer Son Nom pour tromper (Exode 20v7), comme pour faire du tort à son prochain ou défendre ses propres opinions. Dans l’Ancien Testament, ceux qui invoquent le nom de Dieu pour tromper sont les faux prophètes qui ne disent pas la Parole de Dieu, mais ce que les gens – et particulièrement les puissants – veulent bien entendre.

« Etre en vérité » n’est pas qu’une vertu morale : c’est aussi une façon de se tenir droit face au monde, c’est le choix d’être en vérité, en parfaite honnêteté devant son prochain.

Le contraire du faux témoignage est la lumière : Au commencement, Dieu a créé la lumière. Jésus est lumière, « Dieu est lumière et il n’y a en lui aucune ténèbre », nous disent l’Evangile et la première lettre de Jean. Celui qui est « le véritable et la vie éternelle » nous appelle à vivre dans la lumière, laquelle se mesure en vérité, en simplicité et en transparence. En tant qu’ « enfants de lumière », nous avons à manifester le fruit de la lumière : bonté, justice et vérité (Eph.5v8-9).

Enfin, il est vital de « se tenir loin » du mensonge, parce que le mensonge est dangereux : le commandement de s’abstenir de toute parole mensongère est liée à celui de ne pas tuer, comme le souligne le verset 7 d’Exode 23, lequel fait le lien entre le mensonge et la violence. Dans son discours de réception du prix Nobel, Alexandre Soljenitsyne a dit : « la violence ne trouve son refuge que dans le mensonge et le mensonge ne trouve son appui que dans la violence. Tout homme qui a opté pour la violence doit inexorablement choisir le mensonge comme son principe ». Comme le mensonge finit toujours en impasse, le menteur ne peut s’en sortir que par la violence. Utiliser le mensonge pour justifier ou camoufler un méfait est l’essence du totalitarisme.

D’après NOUIS, Antoine.  La Bible. Commentaire intégral verset par verset/1. Le pentateuque. Olivetan/Salvator, 2021, P 32-33, 317, 333. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

« N’empêchons pas les enfants d’aller à l’école, même pas pour aider à la construction du temple »

Ne pas empêcher les enfants d’aller à l’école : un enjeu vital, une question de vie ou de mort. Source photo : Dominique Faget/AFP

 « Voici le commandement, les lois et les coutumes que le SEIGNEUR votre Dieu a ordonné de vous apprendre à mettre en pratique dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession,  afin que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu, toi, ton fils et ton petit-fils, en gardant tous les jours de ta vie toutes ses lois et ses commandements que je te donne, pour que tes jours se prolongent. 

Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à les mettre en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. ÉCOUTE, Israël ! Le SEIGNEUR notre Dieu est le SEIGNEUR UN. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. 

Les paroles des commandements que je te donne aujourd’hui seront présentes à ton cœur ;  tu les répéteras à tes fils ; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras couché et quand tu seras debout ;  tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux ;  tu les inscriras sur les montants de porte de ta maison et à l’entrée de ta ville ». (Deut.6v1-9)

« Tu diras à tes fils » (v7) est le commandement qui revient le plus souvent dans l’Ancien Testament.

Ce commandement de transmission concerne même plusieurs générations : non seulement « tes fils », mais aussi « les fils de tes fils » cf Deut.4v9.

La transmission est si importante qu’elle est la raison d’être du peuple. Dieu a même distingué Abraham, « le père des croyants », «  afin qu’il ordonne à ses fils et à toute sa maison, après lui, de garder la voie du Seigneur en agissant selon la justice et l’équité » (Gen.18v19), ou selon « la miséricorde et la justice ». Un peuple qui vit selon la justice est un peuple libre et heureux qui suscite l’admiration des autres. De fait, la plus grande menace qui pèse sur les Israélites est l’oubli de la loi de Dieu, qui les ferait devenir un peuple comme les autres, le condamnant à disparaître dans l’assimilation de l’histoire. De là ce commandement de transmettre, pour ne pas oublier, et pour ne pas copier la façon de vivre de ses voisins. Pratiquer ce qu’on veut transmettre est également une garantie contre l’oubli. C’est pourquoi ce commandement (« tu diras à tes fils ») signifie aussi : « tu méditeras ces paroles quand tu seras chez toi et quand tu seras en chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras » (Deut.6v7).

La transmission est si importante qu’une sentence du Talmud déclare : « n’empêchons pas les enfants d’aller à l’école, même pas pour aider à la construction du temple ». Une autre sentence dit que « Jérusalem a été détruite seulement parce que les enfants ne sont pas allés à l’école et ont erré dans les rues ». Ces mêmes enfants sont décrits dans Lamentations comme « (défaillant) sur les places de la Cité.  A leurs mères, ils disent : « Où sont le blé et le vin ? » [une éducation source de vie et de joie] quand ils défaillent comme des blessés sur les places de la Ville, quand leur vie s’échappe au giron de leurs mères » (Lam.2v11-12).

Une légende raconte que des antisémites sont allés prendre conseil auprès de Balaam : « y a-t-il pour nous un quelconque moyen de vaincre un jour les Juifs à jamais ? » Le sage a alors répondu : « allez donc voir leurs écoles et leurs centres d’étude : aussi longtemps que vous entendrez la voix des enfants qui étudient, vous ne pourrez rien faire contre eux ».

C’est ainsi que la transmission d’une éducation véritable, comme le choix d’une bonne école pour nos enfants, là où le Seigneur règne, est un sujet de prière – de nos prières – et une préoccupation constante, une question de vie ou de mort, de la même façon que nous veillons avec soin à l’habillement et à la nourriture de nos enfants.

Pour aller plus loin, lire notre méditation sur le sujet.

Sources : d’après Nouis, Antoine. La Bible. Commentaire intégral verset par verset/1. Le Pentateuque. Olivetan/Salvator, 2021, pp 91, 632-633, 645-646.