« Croire » se conjugue au participe présent

« Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur ».

Un athée, de « theos » (Dieu) et « a » (alpha, dite privative), est celui qui « se prive de Dieu, de l’énorme possibilité de l’admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s’exclut de l’expérience de vie de bien des hommes. Dieu n’est pas une expérience, il n’est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience [cf Actes 2v42-47 et 4v32-35]. L’athée la croit affectée d’illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l’humanité », écrit l’écrivain napolitain Erri de Lucca dans « Participe présent » (IN Première heure, Folio, 2012, pp 16). Lui-même ne se définit pas comme « athée » mais comme « un homme qui ne croit pas ».

Par contraste, poursuit-il, « le croyant n’est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l’équilibre et l’équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie ».

Erri de Luca est donc « un homme qui ne croit pas ». Mais « chaque jour », il se « lève très tôt » et « feuillette pour (son) usage personnel l’hébreu de l’Ancien Testament qui est (son) obstination et (son) intimité ». Mais « dans tout cela », il « reste non croyant », « quelqu’un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée », se disant incapable de « s’adresser », de « tutoyer le livre et son auteur ».

En parlant du pronom « tu », il nous parle alors de Job, « car dans son livre le tu est le point le plus haut de sa relation avec Dieu. On lit à la fin du livre un long monologue de Dieu qui s’adresse à son Job. A la fin, il dit à un de ses amis qui se sont efforcés de consoler l’affligé : ma colère s’est enflammée en toi et tes deux compagnons car tu n’as pas parlé de moi correctement comme mon serviteur Job (Job 42v7). En quoi les trois amis de Job ont-ils commis une faute, en parlant de Dieu à leur compagnon ? Parce qu’ils n’ont pas parlé neconà, correctement ? Et pourtant, ils ont développé une vaste théologie, ils ont tenté de faire entrer le malheur survenu à leur ami dans un dessein divin de récompenses et de justice [ce que l’on appelle « une théologie de la rétribution »]. Ils ont réprouvé les réclamations de leur compagnon et lui ont même reproché sa protestation contre Dieu. Ils ont ainsi au contraire, et carrément, provoqué sa colère.

Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire (au v20 du chapitre 7, il l’appelle notzer Adàm, sbire d’Adam, en faisant la caricature sarcastique de Iotzer Adàm, celui forme Adam), lui, en revanche, a parlé neconà, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Il s’adresse à lui avec le pronom de proximité, de l’urgence. Il ne le fait pas tout de suite, mais brusquement en plein chapitre 7 par une invocation directe, qui tranche avec ses lamentations précédentes et qui se traduit par un tu impératif, enfiévré et insolent : souviens-toi que ma vie est vent. Ici commence le tu pressant envers Dieu, le tu frontal qui le réconfortera et le justifiera. Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Ils restent dans leur retranchement, parlant de Dieu à la troisième personne, ne parlant jamais avec Dieu. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Au verset qui suit celui de son reproche aux trois amis, Dieu leur ordonne, à ceux qui n’ont pas parlé neconà, correctement (il le répète), un sacrifice d’animaux qu’lls offriront par l’intermédiaire de Job, qui devient pour eux comme un prêtre [ce que Job était déjà pour ses enfants, au chapitre 1. Sauf que, contrairement à ce qui se fait d’habitude, Job le prêtre n’offrait jamais de sacrifice pour lui-même !]. Eux qui n’ont pas adopté le tu avec Dieu, qui ont parlé de lui à la troisième personne, devront s’adresser à une troisième personne, à Job, pour transmettre à Dieu l’offrande expiatoire ».

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres. Celui qui croit tutoie Dieu, s’adresse à lui en parvenant à trouver en lui le sens, le hurlement ou le murmure, le lieu, église ou maison, ou air libre, l’heure, pour se détourner de lui-même et se placer vers son propre orient. A la lettre, l’orient est le lieu où reconnaître sa propre origine, où éprouver une appartenance et un lien avec le reste du monde créé ». Ceux qui ne croient pas peuvent certes en parler, car ils le lisent dans les Saintes Ecritures, le rencontrent autour de lui dans la vie des autres, des croyants, mais gardent « la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation ».

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

« Les trois amis, et aussi le quatrième, Elihou, venu s’ajouter à la fin de leur entretien et du livre [quoiqu’aucun reproche de Dieu n’ait été signalé à son sujet], offensent Dieu, car ils ne s’adressent pas à lui en tant que croyants, mais parlent de lui comme des avocats défendant un de leurs clients [se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine orthodoxie]. Il est vrai que toute la théologie parle de Dieu à la troisième personne, mais elle possède et pratique, tout en spéculant à son sujet, le tu de la prière, alors que les amis de Job face à sa douleur ne s’adressent jamais à Dieu pour qu’il le secoure, mais défendent toujours la peine et la torture infligées à leur ami, au nom d’une justice infaillible qui ne frappe pas au hasard, encore moins à tort.

Pour Dieu, au contraire [au regard de ce que nous enseigne le livre de Job], même le blasphème est un tu et il (ne semble) pas considéré comme une faute quand il jaillit en pleine douleur ». Il le sait bien, puisqu’il est notre père. Nous sommes l’argile, c’est lui qui nous façonnes, tous nous sommes l’ouvrage de sa main cf Esaïe 64v7.

« Quand cette matière se trouve sous la pression de la douleur », retentit alors « ce tu de Job » : « Rappelle-toi : tu m’as façonné comme une argile, et c’est à la poussière que tu me ramènes » (Job 10v9).

Mais, rajouterai-je, le croyant sait qu’il a « un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu ». C’est pourquoi il tient ferme la confession de foi. « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour un secours en temps voulu ».(Hébr.4v14-16)

 

 

La vraie jouissance

« Plaire à Dieu », c’est simple comme un verre d’eau ! (Source image : public domain pictures)

« Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes…. » (Ps.51v16)

« Discernez ce qui plaît au Seigneur » (Eph.5v10)

« La vraie jouissance n’est pas dans ce dont nous jouissons, mais dans l’idée que nous nous en faisons. Si j’avais pour me servir un esprit obséquieux qui m’apporte, quand je lui demande un verre d’eau, une coupe remplie d’un délicieux mélange de tous les vins les plus rares du monde, je le mettrais à la porte, jusqu’à ce qu’il apprenne que la vraie jouissance n’est pas dans ce dont je jouis, mais dans ma volonté exaucée. » (Kierkegaard. Ou bien…Ou bien…. Gallimard, 1943, p 27)

« Ma nourriture », dit Jésus, «  c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4v34)

Dites : « nous sommes des serviteurs inutiles » Ou quand Jésus n’est (décidément pas) un « coach en développement personnel »

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

« Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: ‘Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire.» (Luc 17v7-10)

« Comment vous sentez-vous après l’écoute d’une telle phrase ? » nous interpelle Michel Block, dans sa prédication pour le forum des Attestants (1) du 02 février 2019. « Pour commencer la journée, on pourrait imaginer quelque chose de plus dynamisant ! En voilà une punchline pour se sentir en forme dans les 24 prochaines heures ! Je ne sais pas si ce verset est souvent utilisé sur les applications qui vous donnent un verset par jour : « Commence bien la journée avec Jésus ! »

Cela nous permet de nous rappeler que contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent de nos jours, Jésus n’est pas « un coach en développement personnel ». Dieu n’a pas envoyé son fils pour que nous puissions exprimer à travers la mise en pratique de ses enseignements tout le potentiel que nous avons au fond de nous et qui ne fait que sommeiller…(1)

Il est effectivement fondamental, pour un chrétien, de se souvenir à quel point Jésus-Christ n’est pas « un coach en développement personnel ». Mais qu’est-ce que le développement personnel ?

Egalement appelé « épanouissement personnel » ou « croissance personnelle », le développement personnel est un ensemble de pratiques ayant pour finalité la redécouverte de soi pour mieux vivre, s’épanouir dans les différents domaines de l’existence, réaliser son potentiel, etc. Il n’existe pas une méthode unique de développement personnel, mais une multitude d’approches et de pratiques, telles que la caractériologie, la programmation neuro-linguistique (PNL), l’ennéagramme, qui se veut être un modèle de description des différents types de personnalités humaines.

Mais comme son nom l’indique, « le développement personnel n’inclut pas la dimension spirituelle de l’individu, puisqu’il s’intéresse uniquement à sa dimension psychologique. Or la Bible nous dit que l’humain existe et trouve le sens de sa vie aussi par la relation qu’il entretient (ou pas) avec son Père qui est dans les cieux (Dieu), et pas seulement au travers de la relation qu’il entretient avec lui-même ou avec les autres. [Le développement personnel] n’aborde pas cette question, ce n’est pas son problème. Mais si sa pratique revient à faire penser à l’individu qu’il peut tout résoudre seul, sans avoir [vraiment] besoin de Dieu [puisqu’il a tout en sommeil en lui], alors en tant que croyants c’est là qu’il peut y avoir un souci pour nous… »(3).

A ce stade, je pense à cette parabole du rabbin Abraham Twerski sur le véritable amour, rapportée par Joseph Gotte sur son blogue(4) : « Jeune homme, pourquoi manges-tu ce poisson? demande un rabbin. Parce que j’aime le poisson ! répond le jeune homme. — Oh, rétorque le rabbin. Tu aimes le poisson. C’est pour cela que tu l’as sorti de l’eau, que tu l’as tué et que tu l’as bouilli ? Ne me dis pas que tu aimes le poisson. Tu t’aimes toi-même, et parce que tu apprécies le goût du poisson, tu l’as sorti de l’eau, tu l’as tué et tu l’as bouilli (…) Tant de ce que nous appelons “amour” est en réalité de “l’amour du poisson”. […] Chacun regarde à ses propres besoins. Ce n’est pas de l’amour pour l’autre. L’autre devient juste un prétexte pour sa propre satisfaction. […] Le véritable amour n’est pas à propos de ce que tu obtiens, mais à propos de ce que tu donnes. »

C’est ainsi que la prière ou notre « temps d’intimité avec Dieu » ne saurait être détourné de sa raison d’être et réduit en prétexte pour notre seule satisfaction personnelle : en effet, le but de la prière n’est pas, mais alors vraiment pas, que « cela nous apporte quelque chose » ! Moment d’intimité avec Dieu, la prière est portée par le Saint-Esprit et centrée vers Dieu. Mais lorsque la prière est tellement centrée sur celui qui prie que le partenaire (Dieu) ne compte plus, alors ce n’est plus une prière, mais du narcissisme ou « l’amour du poisson » ! Ce n’est plus tellement différent d’un temps de méditation personnelle destinée « à se faire du bien ».

Bref, en lieu et place de « développement personnel », Jésus est plutôt venu pour nous sauver : de l’esclavage, de la mort, des ruptures et même…de nous-même ! (5)

 

Inspi lecture : les miettes philosophiques, de Søren Kierkegaard (1813-1855). Editions du Seuil, 1967. Préface de Paul Petit.

Une méditation profonde (mais pas toujours aisée) du penseur danois sur la question du « devenir chrétien », à travers une étonnante réflexion sur le rapport maître-disciple qui devrait intéresser n’importe quel enseignant ou pédagogue.

L’idée centrale de cet ouvrage paru en 1844 est de montrer la différence de nature entre la vérité selon les Grecs et la vérité chrétienne.

Dans la première conception, celle des Grecs (Socrate), tout l’art et l’effort du Maître consistent à faire découvrir une vérité déjà là, préexistante. Il joue un rôle d’accoucheur, en aidant le disciple à prendre conscience, à se ressouvenir de ce qui est déjà en lui.

Dans la tradition chrétienne de la vérité, au contraire, le Maître fait entrer la vérité dans le cœur du disciple. Cette vérité reçue et accueillie confère le salut, et l’homme devient une « nouvelle créature ». Le Maître est un père qui enseigne et transmet la vérité à des fils. Et ceux-ci ont avec lui un lien personnel de reconnaissance et d’amour.

 

Notes :

(1) La suite ici. Mon article sur cet événement auquel j’avais participé à l’époque.

(2) Le 09 janvier 2015, je publiais à ce sujet La parabole du « serviteur inutile » : une réponse « révolutionnaire » à l’esprit « utilitariste et comptable », avec le concours de plusieurs contributeurs : qu’ils en soient à nouveau remerciés !

(3) Voir cette réponse à une question sur « 1001 questions ».

(4) A lire ici.

(5) « Dieu nous sauve de nous-mêmes », 4ème épisode de la série d’articles « Dieu nous sauve… » de Gilles Boucomont. A lire sur son blogue « Au Nom de Jésus ».

 

 

 

 

 

831 pour Pep’s café le blogue

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Chers lecteurs, ce billet est le 831ème de Pep’s café! le blogue.

Anecdotique, me diriez-vous ? Pas si sûr ! Surtout lorsque mon frère Pierre-Louis me fait fort pertinemment remarquer que « 831 » lui fait penser à Jean 8.31, lequel verset dit ceci : « Jésus dit donc à (ceux) qui avaient cru en lui : si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ».

Une coïncidence avec un « grand D », certainement !

La source vitale

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive », dit Jésus. « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture ».(Jean 7v37-38)

« La source vitale doit toujours être la vie elle-même, non une autre personne. Beaucoup de gens (…) puisent leurs forces chez un autre être, c’est lui leur source vitale, non la vie elle-même. Situation fausse, défi à la nature », écrit Etty Hillesum (1914-1943) dans son journal, le mercredi 18 juin 1941 (Une vie bouleversée : journal 1941-1943, Seuil 1995. Points, p 41)

C’est ce que l’Ecriture appelle « abandonner la source des eaux vives » pour « se creuser des citernes fissurées, qui ne retiennent pas l’eau » (Jer.2v13). Or, « la vie éternelle » et « abondante », c’est connaître Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle », laquelle est une vie relationnelle (Jean 17v3, 1 Jean 5v20).

L’on comprend alors à quel point est vain « ce défi » de se déconnecter d’une telle source : « Je suis la vigne », dit encore le Véritable, « vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». (Jean 15v5)

Le shabbat de la Terre

A défaut du samedi, « le dimanche, au moins on s’arrête » ?
Une de « La Décroissance, février 2008, numéro 46

« Le samedi de la Terre » est un très court texte (5 pages) inédit d’Erri de Luca (19/03/20) – faisant partie d’une série de « tracts de crise » mis gratuitement à disposition en format numérique par les éditions Gallimard, le temps du confinement – et découvert via un entretien accordé par l’auteur à La Croix. Chargé de sens et de lucidité sur la situation que nous vivons, il est une vraie bouffée d’oxygène.

Il y est question du « samedi », ou plutôt, du « shabbat » de la Terre. Ce qui n’est guère étonnant de la part d’Erri de Luca, grand lecteur des Écritures Saintes, qu’il lit « dans le texte », en hébreu, et auteur de méditations bibliques. L’auteur napolitain a choisi « Samedi » plutôt que « Shabbat » pour le titre de son message à portée universelle. Initialement, les versets bibliques sont cités dans le texte, sans références. Entre crochets, mes remarques.

Extraits : « …..Et soudain une épidémie de pneumonies interrompt l’intensité de l’activité humaine. Les gouvernements instaurent des restrictions et des ralentissements. L’effet de pause produit des signes de réanimation du milieu ambiant, des cieux aux eaux. Un temps d’arrêt relativement bref montre qu’une pression productive moins forte redonne des couleurs à la face décolorée des éléments.

La pneumonie meurtrière qui étouffe la respiration est un effet miroir de l’expansion humaine qui étouffe le milieu ambiant. Le malade demande de l’air et de l’aide en son nom et au nom de la planète tout entière.

Celui qui lit beaucoup reconnaît, ou croit reconnaître, des symboles et des paradigmes dans les événements. [Dieu] a institué le Samedi qui littéralement n’est pas un jour de fête mais de cessation ».

[Selon Deut.5v12-15, le Shabbat a été institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais. Bien collectif, le Shabbat est la propriété commune de tous ceux qui partagent la vie commune. La « cessation » s’étend donc à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi].

Dieu « a prescrit l’interruption de toute sorte de travail, écriture comprise. Et [Il] a imposé des limites aux distances qui pouvaient être parcourues à pied ce jour-là. Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre [Lévitique 25v2,5] ». Sauf que « cette injonction à la laisser respirer en s’imposant un arrêt a été ignorée »

[Il y a là un indice pour celui qui ne sait pas/plus s’arrêter : si c’est le cas, c’est qu’il est certainement « resté » ou « retourné » en Egypte !(1)

Doit-on alors s’attendre à un nombre de jours de confinement équivalents aux jours de shabbat non respectés cf Lévit.26v31-33 ; 2 Chron.36v21 ; et Jérémie 25v11-12 ] ?

Erri de Luca ne croit pas « que la terre puisse récupérer ses Samedis dont elle a été privée », mais reste « en revanche » convaincu, « que piétiner les Samedis produit les brutales suspensions de notre occupation de la planète. C’est une trêve pour la terre ».

« Pour la première fois de (notre) vie », à l’instar de l’auteur, nous assistons « à ce renversement : l’économie, l’obsession de sa croissance, a sauté  de son piédestal, elle n’est plus la mesure des rapports ni  l’autorité suprême. Brusquement, la santé publique, la sécurité des citoyens, un droit égal pour tous, est l’unique et impératif mot d’ordre (2). (…..)

Tel est le brusque retournement de situation, l’économie tombée de cheval et soumise à une nouvelle priorité : la vie pure et simple. Les médecins et non les économistes sont les plus hautes autorités. C’est une conversion. Elle améliore le rapport entre citoyens et État, les gouvernements passent de garants du PIB en vaillants défenseurs de la communauté (3).

Certes, il s’agit d’un état d’exception et on a hâte d’arrêter l’épidémie et de revenir au plein régime précédent. Mais le Samedi de la terre sème en même temps que les deuils une lueur de vie différente pour les survivants. Car, dorénavant, chacun est un rescapé provisoire. C’est un sentiment qui me rapproche le plus de tous ceux auxquels je ne peux serrer la main »……

Marquez une pause et téléchargez gratuitement la suite.

En bref :

De Luca, Erri. Le Samedi de la Terre. Gallimard, Tracts de crise –19 MARS 2020 / 10H / N° 2. Offert en période confinement.

 

Notes :

(1) D’où l’appel à « sortir d’Egypte », toujours pertinent et actuel…

(2) Ce qui est ici effectivement « inédit et potentiellement historique, c’est que la plupart des gouvernements ont choisi d’arrêter l’économie pour sauver des vies », souligne l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz dans un entretien pour Bastamag. « C’est une excellente nouvelle. Le Covid-19 crée ainsi un précédent : si on a pu arrêter l’économie pour sauver 200 000 personnes en France, pourquoi ne ferait-on pas demain le nécessaire pour prévenir les cancers et les 40 000 morts prématurés par an dues à la pollution ? »

(3) Aussi inouï que cela puisse paraître, le Président Macron, pourtant « leader of the free markets » (et donc du « moins d’Etat » possible), pour lequel « There’s no other choice », et qui confiait encore à « Forbes » sa volonté de voir la France ouverte à « la disruption et aux nouveaux modèles » (« I want my country to be open to disruption and to these new models ». Disruption : de « disrupter », « casser ce qui existe et faire un saut dans le vide »), est le même qui a reconnu devant tous à la télévision que « ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai…” Louant les femmes et les hommes « capables de placer l’intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité », il a également assuré que « tout sera mis en oeuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu’il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en oeuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L’Etat prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux….. »

Le savon de Dieu

Quand Dieu nous passe un savon…. (source image : public domain pictures)

« Nettoyez vos mains, pécheurs » (Jacques 4v8)

Un « savon de Dieu » sans nuance, et une injonction ô combien paradoxale, puisque le verset suivant décourage d’emblée toutes nos tentatives d’y répondre :

« Tu aurais beau te lessiver à la soude, y rajouter quantité de potasse, devant moi, ta faute reste incrustée. » (Jérémie 2v22)

Un tel constat ne peut que susciter l’angoisse et le désespoir, celle de la culpabilité (ou de la conscience de sa faute) sans remède. Cependant, pour Kierkegaard, penseur chrétien, c’est le fait d’être « passible du désespoir » qui fait la supériorité de l’homme sur l’animal.

Toujours selon Kierkegaard, la forme la plus aboutie du désespoir est le scandale, lié au fait que le Christianisme ne s’adresse pas à la foule et mais à l’individu, lui offrant cette alternative et injonction : « scandalise-toi ou crois ! » 

De son côté, le psalmiste choisit la foi, ou plutôt, dans une variante de l’alternative précédente, il choisit « la crainte de Dieu » à « l’effroi ».

Les versets 3-4 du psaume 130 nous l’enseignent :  « si tu gardais le souvenir des iniquités, Eternel, Seigneur, qui pourrait subsister ? Mais le pardon se trouve auprès de toi, afin qu’on te craigne».

Craindre Dieu dans les Ecritures, loin de décourager, est en réalité libérateur, puisque celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose, souligne Erri de Luca. Et le même d’ajouter que « celui qui craint Dieu le craint parce que de lui seul dépend le pardon, seliha. Crains le juge, non parce qu’il peut te condamner, mais parce que de son pouvoir dépend la remise de tes fautes ».

« Venez et plaidons ! dit l’Eternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine ». (Es.1v18)

 

 

Comment rendre féconde et victorieuse sa « quarantaine dans le désert » ?

« La quarantaine » ou « la tentation au désert »…Jésus nous montre comment en sortir vainqueur dans Matt.4v1-11

Il suffit d’un (simple ?) virus contagieux, venant ébranler la « toute-puissance » de l’humanité et du savoir de la médecine sur la nature pour que nous remettions tout d’un coup l’entièreté de notre mode de vie hyperactif et simultanément trop sédentaire et trop nomade en question (1) et que toute la société appuie sur le bouton : PAUSE. Stop ! On arrête tout….. ! …….Allez, allez ! 40 jours de congé ! (2)

Et nous voilà « en quarantaine » – situation qui coïncide avec le carême (3) – subitement isolés et privés de tout, sauf peut-être de l’essentiel…une situation où nous pouvons être avec Dieu, mais aussi connaître la tentation….

Dans ces conditions, quelle posture spirituelle prendre ? Comment rendre féconde sa « quarantaine dans le désert » ? Le meilleur exemple reste toujours celui de Jésus-Christ, qui a connu lui-même cette situation de « quarantaine » et de tentation.

Une prédication sur Matt.4v1-11 à suivre (à partir de 44’48 »).

Et à lire, notre article sur ce même passage, dans un contexte d’étude sur le jeûne, à (re)découvrir ici.

 

 

Notes :

(1) Une remise en question, sans doute forcée, de nos modes de vie mais aussi de nos structures….A condition qu’une telle remise en question ait réellement lieu.

(2) ) A lire, sur « le Verbe », l’article « Coronavirus, crise de la quarantaine ».

(3) Voir notre article : « un protestant évangélique peut-il faire le carême ? »

 

 

Notre Sauveur, le Christ Jésus (2 Tim.2v10)

« En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes,
et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise » (Jean 1v4-5)

« Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort et fait briller la vie et l’immortalité par l’Evangile » (2 Tim.1v10)

La Voix du Seigneur

« Le SEIGNEUR domine les grandes eaux » (Source image : public domain pictures)

Psaume. De David.

Donnez au SEIGNEUR, vous les dieux,
donnez au SEIGNEUR gloire et force !

Donnez au SEIGNEUR la gloire de son nom !
Prosternez-vous devant le SEIGNEUR, quand éclate sa sainteté !

La voix du SEIGNEUR domine les eaux
– le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre –
le SEIGNEUR domine les grandes eaux.

La voix puissante du SEIGNEUR,
la voix éclatante du SEIGNEUR,

La voix du SEIGNEUR casse les cèdres,
le SEIGNEUR fracasse les cèdres du Liban.

Il fait bondir le Liban comme un veau,
et le Siryôn comme un jeune buffle.

La voix du SEIGNEUR taille des lames de feu.

La voix du SEIGNEUR fait trembler le désert,
le SEIGNEUR fait trembler le désert de Qadesh.

La voix du SEIGNEUR fait trembler les biches en travail ;
elle dénude les forêts.

Et dans son temple, tout dit : « Gloire ! »

Le SEIGNEUR trône sur le déluge,
le SEIGNEUR trône comme roi éternel.

Le SEIGNEUR donnera de la force à son peuple,
le SEIGNEUR bénira son peuple par la prospérité.

(Ps.29v1-11)