Bien (s’)informer : voir l’intention avant l’action (Josué 22)

Dès que les internautes apprennent ce qui se chuchote sur la toile, ils sont prompts à le relayer immédiatement. Mais, est-ce que c’est B.I.E.N. ? Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont (3 mai 2017)

Un cas d’école, illustré en Josué 22  – un épisode biblique qui aurait pu mal tourner – et parfaitement applicable de nos jours, en ce qu’il nous donne une démarche de sagesse et de discernement dans le traitement informationnel et médiatique.

Il paraît simple d’informer. En réalité, il importe de prendre conscience que « la fabrique de l’info » parcourt un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Ici, « le fait brut » particulièrement « frappant » est cet autel monumental élevé par les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé, installés de l’autre côté du Jourdain, à l’écart des autres tribus (v10)(1).

« Les fils d’Israël apprirent qu’on disait : « Les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé ont bâti un autel face au pays de Canaan, à Gueliloth du Jourdain, du côté des fils d’Israël. » Dès que les fils d’Israël l’apprirent, ils assemblèrent toute la communauté des fils d’Israël à Silo afin de lancer contre eux une attaque », pour ce qui est considéré comme « une infidélité » et un acte d’idolâtrie (v11-12) : l’élévation d’un autel concurrent de celui de Silo.

Aujourd’hui, rien n’a changé : dès que les internautes apprennent ce qui se chuchote sur la toile, ils sont prompts à le relayer immédiatement.

Heureusement, dans notre passage, les fils d’Israël ont le meilleur réflexe d’aller voir directement à la source. Ils envoient « auprès des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé, au pays du Galaad », une commission d’enquête composée de « Pinhas, fils du prêtre Eléazar, ainsi que dix responsables avec lui, un responsable par tribu pour toutes les tribus d’Israël, chacun d’eux étant chef de sa famille patriarcale, selon les milliers d’Israël. Ils vinrent auprès des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé au pays du Galaad et leur parlèrent en ces termes : « Ainsi parle toute la communauté du SEIGNEUR : Qu’est-ce que cette infidélité que vous commettez envers le Dieu d’Israël, que vous vous écartiez aujourd’hui du SEIGNEUR en vous bâtissant un autel et que vous vous révoltiez aujourd’hui contre le SEIGNEUR ? » (v13-16)

Une démarche bien inspirée, puisque les envoyés ont ainsi pu apprendre directement de la part des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé la réalité de leur intention, soit que l’autel bâti n’en était pas un et que l’infidélité supposée n’en était pas une ! (Lire vv21-30) Une fois bien informés, « les fils d’Israël se tinrent pour satisfaits et ils bénirent Dieu, ils renoncèrent à lancer contre eux une attaque et à ravager le pays qu’habitaient les fils de Ruben et les fils de Gad » (v33)

Que pouvons-nous retenir de ce passage ?

Premièrement, qu’une information ou l’acte d’informer est ce qui me renseigne avec exactitude sur ce que j’ignore et qui répond aux questions « (de) qui, (de) quoi, quand, où, comment, pourquoi ». Ou plus précisément encore : qui me parle de quoi, avec quelle légitimité, dans quel contexte et avec quelles intentions réelles ?

Il est en effet fondamental de discerner l’intention avant l’action pour ne pas commettre d’erreur d’interprétation, erreur pouvant coûter très cher et s’avérer irréparable.

Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant, tandis que s’informer consiste à se donner les moyens de comprendre ce que l’on nous transmet :

Ainsi, en Josué 22v11-12, 16-19, s’agit-il d’un fait ou d’une opinion ?  D’un fait raconté ou expliqué ? L’information, comme quoi « les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé (auraient) bâti un autel (concurrent) face au pays de Canaan, à Gueliloth du Jourdain, du côté des fils d’Israël » et commis une infidélité envers Dieu, est-elle communiquée « à chaud » ou avec un certain recul, au reste du peuple ?

Cette information, d’après la façon dont elle est premièrement communiquée, rend-elle compte de tous les aspects importants du sujet ou d’une partie seulement de la réalité qu’elle prétend décrire ?
Ceux qui sont ainsi « informés » en savent-ils assez pour se faire leur propre opinion et bien agir ?

Enfin, il reste à aborder la question de l’objectivité de celui qui (s’)informe : L’objectivité est la qualité de celui qui décrit des faits avec exactitude et juge (dans le bon sens du terme) sans parti pris. Certes, vous me direz sans doute qu’il est difficile de l’être « à 100 % », surtout lorsque nous sommes concernés et impliqués émotionnellement par le fait, mais celui qui (s’) informe se doit avant tout d’être honnête (envers lui-même), équitable (envers les personnes), prudent (dans le jugement), tout en prenant en compte la diversité des points de vue.

Comme nous venons de le lire en Josué 22, l’objectivité d’une information est possible, à condition : de prendre la peine de vérifier l’information sur le terrain, auprès des personnes concernées ; de privilégier la diversité des perceptions et des opinions, même contradictoires ; de ne pas porter de jugement moral ; d’expliquer sa démarche d’information ; de préciser les limites et le cadre de l’enquête ; de permettre à celui que l’on informe de discuter/enrichir le contenu et d’apporter une contradiction/réfutation/ rectification de ce qu’il voit/lit/entend.

Aller plus loin :

Comment aurai-je agi, à la place des Israélites, hier, dans la même situation ? Et aujourd’hui ?

Maintenant, à vous de jouer !

 

Note : 

(1) Pour comprendre la situation de ces tribus, lire Nombres 32.

 

 

Vivez l’expérience « Sola Scriptura » : lectures publiques intégrales de livres de la Bible

Lecture publique des livres de la bible dans leur intégralité, sans commentaire, chaque lundi soir, par le comédien Thierry Kazazian, avec aérations musicales et entracte, dans les locaux de l’Alliance Biblique Française, à Paris

Lundi dernier, j’ai eu l’occasion de vivre une singulière expérience à Paris, avec mon épouse : l’expérience « Sola Scriptura » (« l’Ecriture seule »).

« Sola Scriptura » est le premier pilier(1) de la Réforme(1517). Cela ne signifie pas que le chrétien ne peut pas lire autre chose que la Bible, mais plutôt que les Ecritures Bibliques « seules » constituent l’unique et ultime autorité du chrétien en matière de foi et de vie, autorité à ne pas mettre sur le même plan que la tradition et l’interprétation de l’Eglise. « Sola scriptura » signifie aussi : le sens historique ou littéral « seul », sans le sens allégorique, lequel est estimé peu sérieux par les Réformateurs car autorisant des interprétations très (trop) fantaisistes(2).

Dans le même esprit, « Sola Scriptura » est aussi cette opportunité offerte tous les lundis soirs, depuis le 08 janvier 2018, par l’Alliance biblique française, dans ses locaux à Paris, de venir écouter les textes bibliques récités dans leur intégralité par le comédien Thierry Kazazian, sans commentaire(3). Le livre lu lundi dernier était 2 Rois et nous étions en petit comité (7 personnes en tout – certains étant des habitués) Le son est bon et la voix du comédien agréable. On relève des « aérations musicales » bien choisies entrecoupant les lectures et un entracte convivial bienvenu, permettant d’échanger avec les présents. Cette lecture, qui s’inscrit dans une tradition orale qui fut la norme pendant des milliers d’années, nous permet de nous retrouver en immersion totale au cœur du texte biblique, pour une meilleure vue d’ensemble de ce dernier.

Excellente idée que de proposer une telle rencontre dans un lieu ouvert à tous, distinct d’une église, où chacun est libre d’entrer, de rester, de sortir et de revenir. Une parenthèse à s’accorder dans son agenda, pour vivre un moment privilégié pour entendre, comprendre et réfléchir personnellement et ensemble à toute la Parole de Dieu, accessible à tous ! Bien entendu, certains livres bibliques sont moins évidents que d’autres à lire et à écouter. Mais à choisir entre une série télé, une soirée fast food ou bowling entre amis, un cinoche ou deux heures d’écoute de la Parole de Dieu, il vaut la peine de tenter au moins une fois l’expérience «  Sola Scriptura », si vous êtes sur Paris à ce moment !

 

En bref :

Lecture publique des livres de la bible dans leur intégralité, sans commentaire, par le comédien Thierry Kazazian, avec aérations musicales et entracte. Entrée gratuite. Participation libre.

Alliance biblique française. 3 rue Sainte Lucie, 75015 PARIS (Métro Charles Michel ou Félix Faure)
Entrée libre

Prochain rendez-vous : lundi 03 septembre 2018 (2 Chroniques), jusqu’au 17 décembre

 

Notes : 

(1) Les Réformateurs ont exprimé leurs convictions en cinq formules significatives commençant par Sola ou solus (seul). La première d’entre elles, Sola Scriptura (l’Ecriture seule), commandait les autres : Solus Christus (Christ seul), Sola Gratia (la grâce seule), Sola Fide (la foi seule), Soli Deo Gloria (à Dieu seul la gloire),

(2) Voir https://www.museeprotestant.org/notice/la-reforme-et-la-bible-la-sola-scriptura/

(3) Voir https://lire.la-bible.net/118/fiche/actualites/fiche/10942

Programme des lectures : https://issuu.com/alliancebibliquefrancaise/docs/affiche_lecture_bibliques

Page facebook : https://www.facebook.com/Sola-Scriptura-1538229722939562/

 

David : berger-musicien-guerrier « jusqu’au bout des doigts »

David, garçon de solitudes apprivoisées, devient dans les steppes un tireur d’élite (Georges Hilton, dans une scène de « western spaghetti ».

Le plus grand de tous les auteurs compositeurs, inventeurs de musique et de mots, doit forcément être un berger dans l’Ecriture sainte. David, musicien et parolier de psaumes, a appris seul la mélodie en l’inventant dans les solitudes des pâturages, dans l’immensité des nuits où le feu et la voix tenaient en respect les prédateurs.

David : l’Eternel ne lui demande pas qu’une seule fois de lui chanter un nouveau chant, et lui s’empresse de le composer et de le jouer sur sa harpe à dix cordes(Psaume 144v9). Shir hadàsh, chant nouveau, parce que l’Eternel aime les improvisations, les inventions de la créature homme. Plus que les rites, que les sacrifices offerts, que les prêches de mémoire, il apprécie la fougue d’un cœur pressé qui déborde, fût-ce même de douleur.

Il s’est exercé à la belle étoile, parfois pour remplir le silence d’une neige soudaine, parfois pour interrompre la monotonie du vent qui module sur une seule note. David, dernier des frères, n’est pas du tout gâté. Aujourd’hui, c’est une position avantageuse, alors non, c’était la queue de la descendance. C’est pourquoi on l’envoie garder le troupeau avec la sévère responsabilité de son nombre à rapporter entier.

David, garçon de solitudes apprivoisées, devient dans les steppes un tireur d’élite. Avec sa fronde, il apprend à atteindre une cible avec une précision jamais vue jusque-là. Il chasse le lion et l’ours avec l’arme la plus légère qui ait jamais existé(…) : un bout de tissu. Le caillou qui mouline dans l’ample tour du lancer n’est lâché par lui qu’au point exact et fulgurant de la fuite directe sur la cible.

David est infaillible au point de ne plus utiliser de grosses pierres avec des aspérités, pour blesser, mais des cailloux tout petits, effilés, lisses. En avance de deux mille ans, il a trouvé la forme des projectiles. L’un d’eux, le premier suffit, atteint le front de Goliath, le transperce et s’enfonce dans son cerveau. C’est un silex de calibre 45. Vattitbà est le verbe – et le bruit qu’il fait – du caillou meurtrier qui abat le monumental guerrier philistin.

Seul David, parmi tous les militaires de l’histoire sacrée, peut se permettre de remercier l’Eternel d’avoir entraîné ses doigts à la guerre (Psaume 144v1). Au temps où la force pure des corps décidait du combat, lui possédait la suprématie délicate de la visée, la sensibilité musicale de la cible atteinte du bout des doigts. Ces doigts qui pinçaient des cordes sans rater une note lâchaient la fronde dans le millimètre focal du lancer.

Doigts inexorables, voilà le prodige musical du berger guerrier qui s’est entraîné dans les prairies contre les plus dangereux animaux de proie(…)

De la souche de David, Jésus [le Messie ou Meshiah], de Nazareth et de Bethléem, deviendra menuisier, il devra épaissir ses paumes dans un métier de force et de précision. Les vagabonds de l’Ecriture sainte ne grandissent pas avec des mains lisses. Avec leurs doigts, ils savaient traire, raboter, jouer de la musique et blesser, prendre par la peau du cou les marchands dans un temple, guérir des blessures. Les mains crucifiées étaient calleuses.

(De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 18-21)

Un message pour Pâque : « sortez maintenant de vos Egyptes et de vos servitudes », crie Dieu

Démarque-toi ! Sors de tes « Egyptes » et de tes servitude !
(Source : une du numéro 12, sept.2002 de « La Décroissance »)

Lecture : Esaïe 58v6-12

Dieu, dans son souci d’être compréhensible et proche de nous, se présente exactement comme nous :
— Je suis… et je fais ça…
Quand vous vous adressez à lui, quand vous priez, en somme, cela se passe de la façon suivante : [c’est vous qui commencez]
— Bonjour, à qui ai-je l’honneur ? dites-vous.
— Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude, dit Dieu.

Les présentations sont faites, on peut commencer à bavarder.
L’être de Dieu se joue donc dans un « Je suis » qui n’est pas qu’un prénom (son prénom à lui : l’Éternel) ou une fonction (Dieu), mais tout cela à la fois et même un petit peu plus :
— Je suis l’Éternel ton Dieu.
— Et dans la vie, ça fait quoi un Dieu ?
— Eh bien ça libère son peuple du pays d’Égypte, de la maison de servitude.
— Et, vous faites ça souvent ? Une fois que le travail est fait, vous devez être tranquille ?
— Figurez-vous, répond Dieu, que le problème, c’est qu’il faut sans cesse sortir d’Égypte : Jacob a dû sortir d’Égypte, Joseph le patriarche a dû sortir d’Égypte, Moïse a dû sortir d’Égypte, Jésus même a dû sortir d’Égypte. Mon peuple a un éternel besoin de sortir d’Égypte.
N’est-ce pas étonnant ce schéma transversal, valable pour tous : sortir d’Égypte ! (…..) Mais comme vous le savez, Dieu ne se contente pas seulement de l’Égypte géographique, mais plutôt de ce que certains ont appelé l’Égypte intérieure. Il nous faut sortir de tous les esclavages, de toutes les servitudes (…) des panthéons de tous les temps. Il y a une urgence à être sauvé du polythéisme pratique. Et la trajectoire du Dieu d’Israël, c’est de nous libérer de toutes les pyramides, celles que l’on doit construire sous un soleil de plomb ou ces pyramides, futiles et subtiles, de nos sociétés hiérarchiques et hiératiques.

Le Dieu de Moïse, le Dieu d’Israël et le Dieu de Jésus Christ est bien le même Dieu, il n’est pas un quarteron de divinités naturelles, instrumentalisées par les pouvoirs humains pour que règnent les régnants, pour que triomphent les forts, pour que s’élèvent des Khéops et Kephren qui sont les tombeaux des idoles, les tombeaux des impérialismes, et les tombeaux de la liberté.

— Sortez d’Égypte ! crie Dieu depuis la création du peuple.
— Sortez d’Égypte ! de toutes vos Égyptes et de toutes vos servitudes.
— Sortez maintenant, ne pensez pas que la pâte ait le temps de lever et de cuire avant de partir, partez maintenant.
Désormais s’ouvre le temps du salut, le temps de la sortie, de la course devant tous les Ramsès de tous les temps. Et cette libération, c’est maintenant. C’est toujours maintenant. C’est maintenant depuis trois mille deux cents ans. Car Dieu ne supporte plus de voir son peuple esclave, esclave des petits tyrans locaux, esclaves des prêtres de toutes religions, esclaves des bonnes consciences de tous les temps, esclaves des projets pharaoniques d’hommes qui se mettent à la place de Dieu.
— Sortez d’Égypte ! C’est moi qui vous libère de l’esclavage.

Libérer les esclaves est désormais la tâche première des croyants. C’est une tâche hautement politique et franchement spirituelle. C’est une tâche extrêmement pratique et totalement urgente puisque c’est maintenant, maintenant, et toujours maintenant, depuis l’Exode.

Voilà le vrai culte, voilà ce qui plaît à Dieu :
— Détache les chaînes de la méchanceté, 
Dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, Et que l’on rompe toute espèce de joug, [et tant d’autres choses encore].

Le culte qui plaît à Dieu n’est pas de lui élever des pyramides ou de le nommer avec des superlatifs comme en attendent les pontifes. Le culte qui plaît à Dieu se trouve dans l’abaissement de ceux qui rejoignent les esclaves pour contribuer à rompre leurs chaînes. Parce qu’on ne peut pas les regarder de haut et les appeler à la liberté, puisque Dieu lui-même est descendu des hauteurs célestes où l’humanité voulait le confiner, afin de libérer ses enfants enchaînés.
En tant que chrétiens, nous avons reçus l’assurance d’être accueillis comme enfants de Dieu. « Voici mon Fils bien-aimé en qui je mets toute mon affection » (Matthieu 3:17). Vous êtes enfants d’un Dieu qui hurle chaque jour à son peuple : « Sortez d’Égypte ! maintenant ! Traversez ! ». Vous êtes les traversants, ceux qui viennent de l’autre côté, ceux qui passent sur l’autre rive : et en hébreu, ça se dit hibry, les hébreux, hibry, ceux qui vont passer leur temps à traverser de l’esclavage à la liberté, de la servitude au service. Vous êtes ceux qui ont leur esclavage derrière eux car ils ont changé de bord. Oui, nous tous, nous sommes les enfants de la libération, nous sommes le peuple qui a été expulsé de la matrice totalitaire qui veut tout régenter à toutes les époques. Nous sommes les enfants qui sont nés d’une expulsion hors du ventre confortable de l’Égypte, de cette Égypte où rien n’est à désirer, rien n’est à vouloir, puisqu’on décide de tout pour vous. Nous sommes les enfants du Dieu de Moïse, de ceux qui traversent miraculeusement pour naître à leur destinée, un peuple qui ose sortir quand la Mer(e) Rouge a perdu les eaux. Nous sommes enfin le peuple de ceux qui sont passés par les eaux vivifiantes du baptême qui nous a fait naître.
Le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus, votre Dieu, mon Dieu, est celui qui tient les clefs de toutes nos libertés, de toutes nos libérations. Et à des français, à ce peuple occidental qui a été le plus marqué par l’égyptomanie, celle de Louis XIV, celle de Napoléon ou des loges maçonniques, Dieu continue à dire :
— Sortez d’Égypte, même quand elle ne s’appelle plus Égypte !
A nous qui sommes sur l’axe de l’obélisque, de la pyramide transparente et des sarcophages sous la colonne de juillet, Dieu dit :
— Continuez à sortir d’Égypte, surtout si elle s’est donné un autre nom. Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir, qui t’ai libéré de la maison de la servitude.
Au peuple qui a pensé pouvoir sortir d’Égypte en coupant lui-même la tête de ses rois, Dieu dit : « Sortez d’Égypte, mais comme je l’ai voulu, selon mes façons de faire, mes procédés, dans le refus de la violence. C’est moi qui tiens la clef de votre libération et de votre liberté ».

En hébreu, Égypte se dit Mitzraïm, et ce mot veut aussi dire « les angoisses, la dépression » (….) c’est au peuple qui consomme le plus d’antidépresseurs au monde que le Dieu de Moïse et de Jésus rappelle que c’est lui qui détient la posologie de notre libération : « Je suis l’Éternel ton Dieu qui te fais sortir du pays des angoisses, je suis l’Éternel ton Dieu qui te libère du pays de la dépression ; et c’est moi qui le fais ».

Oui, Dieu nous sauve de tous les esclavages, et c’est tellement dans son projet pour nous qu’il a même décidé de l’inscrire jusque dans le nom de son fils, afin que nul ne puisse oublier que son plaisir, sa délectation n’est pas dans nos pieux épanchements ou dans nos bâtons d’encens, mais dans notre capacité à nous inscrire dans son projet de libération. C’est pour cela que le Fils de Dieu s’appelle du beau nom de Jésus. Yéshouah, Dieu sauve, Dieu élargit. Dieu sauve et élargit comme on le fait pour un esclave qu’on sauve et qu’on élargit quand on le libère. Ce projet n’est pas pour un peuple lointain du nôtre dans le temps ou dans l’espace. Ce projet de Dieu est pour nous qui sommes ici maintenant. Alors sortons d’Égypte ! Maintenant !
Amen !

 

(D’après la prédication donnée par le pasteur Gilles Boucomont l’été 2005 au Temple du Marais, à Paris. Dispo sur un « blog vraiment net »)

 

 

Charles Spurgeon : « Celui qui croit en son âme que l’homme se tourne vers Dieu de par son libre arbitre ne peut avoir été instruit de Dieu »

Scène de la série « Le Prisonnier » de et avec Patrick Mac Goohan (1967)

Cet article d’Anthony Ramaheriso, publié sur Le Bon Combat, est une traduction du célèbre sermon de Charles Spurgeon sur le libre arbitre, « Free Will: A Slave » , prêché le 2 décembre 1855 à New Park Street Chapel, Southwark.

« Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! » (Jean 5v40)

« Ce verset est l’un des plus puissants qu’utilise la religion centrée sur l’homme (…) On découpe habituellement ce texte de la manière suivante :

1. L’homme a une volonté ; 2. Il est entièrement libre ; 3. Il doit se pousser lui-même à vouloir aller à Christ, sans quoi il ne peut être sauvé.

Mais je m’oppose farouchement à un tel dépeçage, et je m’efforcerai pour ma part de considérer le texte d’une manière plus calme. Je ne conclurai pas automatiquement, parce qu’il parle de « vouloir » ou de « ne pas vouloir », que le texte enseigne la doctrine du libre arbitre.

Il a déjà été démontré au-delà de toute controverse que le libre arbitre est une absurdité (…) Nous pouvons croire au pouvoir de choisir, mais une liberté de choix est tout simplement ridicule. Tout le monde sait bien que la volonté est dirigée par l’intelligence, poussée par les motivations, guidée par d’autres parties de l’être, et qu’elle n’est qu’une chose de second degré [C’est ainsi que « les hommes agissent par émotion, spéculation et pulsion, ne pouvant fonctionner sur la logique seule(1)].

La philosophie et la religion réfutent d’emblée la pensée même du libre arbitre. Et j’irai aussi loin que la grande assertion de Martin Luther :

« Si quelqu’un attribue quoi que ce soit du salut, même la plus petite part, au libre arbitre de l’homme, cette personne ne connaît rien de la grâce et n’a pas connu ma vérité sur Jésus-Christ ».

Cela peut sembler un sentiment dur, mais celui qui croit en son âme que l’homme se tourne vers Dieu de par son libre arbitre ne peut avoir été instruit de Dieu. En effet, l’un des premiers principes que celui-ci enseigne en commençant son œuvre en nous est que nous n’avons ni volonté ni puissance, mais qu’il nous donne les deux. Il est « l’alpha et l’omega » dans le salut de l’homme. Loin d’affirmer que l’homme vient à Christ de sa propre volonté, le texte le renie avec vigueur et force. Il déclare : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! »

Voilà un exposé magistral de Spurgeon, prouvant l’absence de libre-arbitre, n’en déplaise aux adeptes du « libre choix » et de « la liberté individuelle » !

En commentaire au texte qui précède, une internaute nous propose de reprendre la parole de Jésus : Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! et souligne que « bien que le point d’exclamation n’existât pas du temps de la rédaction de ce texte, les traducteurs l’ont très pertinemment marqué : il traduit un reproche et un déplaisir de la part de Jésus. Les pharisiens à qui il s’adresse, sondaient les Écritures, ils auraient donc dû reconnaître en Jésus le Messie, c’est là la signification poignante du verset, qui en lui-même ne se préoccupe pas de la question philosophique du libre-arbitre. La cause de l’aveuglement des conducteurs d’Israël, provient, non d’une déficience de l’intellect, mais d’une corruption de cœur : ils aimaient plus la gloire qui vient des hommes que celle qui vient de Dieu.

Or Spurgeon se sert du cas, non pour rendre compte du sentiment de Jésus : ils auraient dû venir à lui…, mais pour établir un autre point : ils ne pouvaient pas venir à lui…, parce qu’ils n’avaient pas de libre-arbitre.

Bref, Spurgeon a raison, son libre-arbitre n’est qu’une illusion, elle est esclave, esclave de la gloire qui vient des hommes ».

 

Pour aller plus loin : voir aussi cette étude en deux parties sur la liberté, publié sur Pep’s café ! : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/01/27/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/02/03/la-liberte-de-choix-une-illusion-une-malediction-heritee-de-la-chute-2/

 

Note :

(1) « Ceux qui ne peuvent pas ressentir de plaisir ou de préférence sont paralysés par les décisions les plus simples que nous prenons sans effort au quotidien : stylo bleu ou stylo noir ? Mary ou Sue ? Pour n’importe quel choix – qu’il s’agisse d’un partenaire ou de céréales pour le petit déjeuner -, ils s’enlisent dans les sables mouvants du pour et du contre ». D’après Gladstone, Brooke/Neufeld, Josh. La Machine à influencer : une histoire des médias. Ca et là, 2014, p 128.

Nous n’espérons pas « seulement » mais « aussi »….

Jésus est le même aujourd’hui : c’est pourquoi nous pouvons espérer.

« Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Cor.15v19).

Or, nous n’espérons « pas seulement » mais « aussi » dans cette vie, Jésus-Christ ressuscité étant « le même » aujourd’hui (Hébr.13v8).

En ce moment, j’écoute : « Mon ancre et ma voile » de David Durham

« Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide… » (Hébr.6v19)

En ce moment, j’écoute « Mon ancre et ma voile », ce chant de David Durham(1).

Il y est question de Dieu et celui qui chante est un croyant, parce qu’il parle directement avec Lui en Lui disant « tu »(2) : « Dieu, tu es ma force, ma consolation ». Je suis donc un croyant, parce que je peux dire « tu » à Dieu !

Je suis un croyant parce que je peux m’adresser librement à Lui, crier à Lui, l’appeler, avec l’espérance et la certitude que Dieu est bien là, qu’Il m’entend et qu’Il me répond (3).

Le croyant n’est pas un croyant (uniquement) des œuvres passées de Dieu : « Ta voix a triomphé de l’ouragan, remporté le combat ». Il témoigne d’un acte de foi sans cesse renouvelé, sinon tous les jours, envers Dieu : « Tu m’offres chaque jour ton infaillible amour. Toi qui as fixé le cours des étoiles, Sois mon ancre, sois ma voile ! »

Le croyant, celui qui dit « tu » à Dieu, est aussi celui qui se sait (et accepte d’être) pardonné et sait pardonner(4) : « Ta grâce m’appelle à lever les yeux et suivre ton chemin. Ta miséricorde coule de la croix, Ton sang m’a racheté. Tout ce que je suis me vient de toi. Sans fin je te louerai ».

Alors ? Es-tu un croyant ?

Pour ma part, je retiens aujourd’hui de ce chant cette expression « Ta voix a triomphé de l’ouragan… », laquelle me rappelle ces psaumes :

« Rendez à l’Eternel gloire pour son nom! Prosternez-vous devant l’Eternel avec des ornements sacrés!  La voix de l’Eternel retentit sur les eaux, Le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre; L’Eternel est sur les grandes eaux.  La voix de l’Eternel est puissante, La voix de l’Eternel est majestueuse.… » (Ps.29v1-4)

« Les fleuves élèvent, ô Eternel! Les fleuves élèvent leur voix, Les fleuves élèvent leurs ondes retentissantes.  Plus que la voix des grandes, des puissantes eaux, Des flots impétueux de la mer, L’Eternel est puissant dans les lieux célestes.… » (Ps.93v3-4)

 

 

 

Notes : 

(1) Mon ancre et ma voile. Paroles : David Durham. Musique : David Durham et Rolf Schneider (2003). JEM 3-792.

Ecouter cette autre version chantée ; et cette version instrumentale

(2) Comme dirait l’écrivain napolitain Erri de Luca.

(3) A noter qu’un « silence » est une réponse, qui ne signifie pas nécessairement « une absence » ou « une distance » de Dieu, mais plutôt Sa disponibilité.

(4) Voir notre article sur Erri de Luca et le pardon.

 

Lire toute la Bible en un an pour 2018

« La lecture de la Bible est à la fois facile et difficile. Une clé de compréhension est de se montrer disponible et disposé, plutôt que de se préoccuper de ce que nous ne comprenons pas sur le moment ».

Chères lectrices et chers lecteurs de la Bible, voici, pour l’année 2018, une proposition de plan de lecture quotidienne et régulière de la Bible pour tous, élaboré par le pasteur Thierry Keiflin et découvert en 2017.

Ce plan me paraît bénéficier de plusieurs atouts :
Tout d’abord, il a l’intérêt, dans un souci d’équilibre d’une lecture sur l’année, d’alterner, pour l’Ancien Testament, « la loi, les prophètes et les autres écrits (de sagesse) », avec une meilleure répartition des psaumes et des proverbes ; il permet aussi, pour le Nouveau Testament, de relire plus souvent et plus régulièrement les 4 Evangiles.
Ensuite, il privilégie un découpage par verset plutôt que par chapitre. Ainsi, lire chaque jour environ 60 versets pour l’AT et 20 versets pour le NT permet de lire toute la Bible en un an.
Enfin, chaque jour est proposé une lecture dans les deux testaments.
Variante : si vous débutez, commencez plutôt par une lecture quotidienne de 60 versets, en alternant un livre du NT puis de l’AT.

Ainsi, pour débuter une lecture, dès janvier 2018 :
Jour 1 : Genèse 1/Proverbes 1/ Luc 1v1-25 (ou Jean 1v1-18)

Jour 2 : Genèse 2-3/Psaume 1/Luc 1v26-45

Jour 3 : Genèse 4-5/Psaume 2/Luc 1v46-66

Jour 4 : Genèse 6-8/Luc 1v67-80

Jour 5 : Genèse 9-10/Luc 2v1-32

Jour 6 : Genèse 11-12/Psaume 3/Luc 2v33-52

Jour 7 : Genèse 13-15/Luc 3v1-20

etc…

Ces modalités pratiques mises à part, un élément fondamental est à garder à l’esprit, que vous débutiez ou non dans la lecture de la Bible : il est essentiel, si l’on veut comprendre toute la Bible dans sa globalité, de l’aborder à la lumière de la personne et de l’œuvre de Jésus-Christ pour tous les hommes.

Le Nouveau Testament (NT) est explicitement centré sur l’œuvre et la personne de Jésus-Christ : c’est pourquoi il est bon de débuter par un Évangile, « la Bonne Nouvelle », qui est un récit de la vie de Jésus.
Pour ceux qui seraient encore peu familiers de la Bible, on trouve quatre Évangiles, désignés par le nom de leurs auteurs : les Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Marc est sans doute l’idéal, car plutôt court, avec beaucoup d’action et peu de discours. Mais il pourra paraître trop court pour certains. Jean est souvent conseillé en première lecture, car son auteur est l’un des douze disciples et considéré comme l’un des amis proches de Jésus. Il raconte donc ce qu’il a vu d’une manière unique, en s’attachant à nous en donner le sens. Cependant, il peut paraître parfois déroutant au début. Mieux vaut finalement commencer par Luc, un Évangile complet et bien construit qui parle souvent de joie ; ou par Matthieu, qui contient beaucoup de paraboles, des histoires racontées par Jésus, présenté dans cet Évangile comme le Messie promis.
Ensuite, si vous souhaitez découvrir comment les premiers chrétiens ont donné suite au message de Jésus-Christ, poursuivez votre lecture avec les Actes, qui est la suite directe de l’Evangile selon Luc. Les textes suivants du NT sont les épîtres (ou lettres) du Nouveau Testament, lesquelles exposent le contenu de la foi des premiers chrétiens(Ex : celles de Paul – Galates, Philippiens, 1-2 Corinthiens, Philémon – de Jacques, de Pierre ou les trois petites épîtres de Jean, à la fin du NT). Ils se trouvent entre les Actes et l’Apocalypse et peuvent vous aider à comprendre en quoi la vie, la mort et la résurrection de Jésus peuvent changer votre vie, aujourd’hui. L’Apocalypse n’est pas un « récit catastrophe » mais plutôt la « révélation de Jésus-Christ » (Apoc. 1v1).
« En clair », souligne notamment Timothée Minard(1) : « il nous apparaît impossible de lire un passage du Nouveau Testament en le déconnectant de l’œuvre du Christ ».

L’Ancien Testament (AT) raconte les relations entre Dieu et les hommes avant la venue du Christ. Sa lecture – moins évidente de prime abord car celui-ci ne parle pas explicitement de Jésus, et pouvant parfois nous paraître choquante – reste importante à entreprendre pour tout chrétien. Les livres situés dans cette première partie de la Bible nous racontent ce que Dieu a fait pour appeler et sauver son peuple (Voir le livre de l’Exode, qui a notamment inspiré un très beau gospel). Ils nous parlent aussi de la condition de l’homme qui rejette Dieu (Genèse 1-11) et à quel point le problème du péché semble insoluble, l’obéissance à la Loi impossible et combien une solution est nécessaire. Toutefois, les prophètes (Esaïe, par exemple) ou les Psaumes annoncent notamment une alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et les Hommes qui permettrait de régler ce problème, avec la venue d’un messie (Le Christ) et sauveur. Le Nouveau Testament va alors expliquer que cette attente s’accomplit en Jésus-Christ.
« Concrètement », relève encore Timothée Minard – et c’est une autre des clés principales pour l’interprétation de l’Écriture- « cela signifie qu’il n’est pas possible de prendre un passage de l’Ancien Testament et de l’appliquer sans tenir compte de la manière dont la venue du Christ pourrait en modifier la portée »(1).

Enfin, la lecture de la Bible est à la fois facile et difficile. Une autre clé de compréhension est de se montrer disponible et disposé, plutôt que de se préoccuper de ce que nous ne comprenons pas sur le moment : disponible pour écouter Dieu vous parler à travers Sa Parole, les Ecritures bibliques, et disposé à accueillir et à vivre avec joie ce qui se sera éclairé pour vous. Ne manquez donc pas de demander avec confiance à l’auteur de la Bible (Dieu) de vous éclairer par son Esprit, et croyez qu’il vous donnera de comprendre bien des choses sur Lui-même et y compris sur vous-mêmes !

Et surtout, ne la lisez pas exclusivement seul, mais avec d’autres croyants et disciples de Jésus-Christ. Les livres de la Bible ont d’abord été écrits pour des groupes, plutôt qu’à des individus isolés. N’hésitez donc pas à rejoindre une communauté chrétienne pour bénéficier des lumières de vos frères et sœurs dans la foi. De bonnes adresses se trouvent ici ou . Et si vous n’avez pas encore de Bible, vous pouvez commencer de la lire en ligne ou l’écouter en audio, en vous rendant sur l’un ou l’autre des liens ad-hoc figurant sur ma blogroll (colonne de gauche de ce blogue).

Sur ce, bonne lecture !

 

Notes :

(1)Lire cet article de Timothée Minard sur l’interprétation de la Bible. Autre inspi, ces éléments de réponse à une question posée sur « 1001 questions ».

Les vœux de PEP’S CAFE pour 2018 : « ne laissez pas repartir Jésus mais invitez-le à rester avec vous »

Laisserons-nous repartir Jésus ou Lui demanderons-nous de rester, et ce, alors qu’il vient juste de nous reprendre, nous reprochant nos « esprits sans intelligence » et nos « cœurs lents à croire » en Lui ? (Dessin de Coolus)

Chers lecteurs et chères lectrices, je souhaite que 2018 soit pour vous une nouvelle année pleine d’espérance, joyeuse et lumineuse en Celui qui est « la lumière du monde »(Jean 8v12). Et ce, en dépit des turbulences actuelles et à venir, à l’instar de ces dépressions – tempêtes, ouragans – frappant notre pays et constituant autant d’étonnantes et interpellantes « ouvertures » de cette nouvelle année.

Ceci dit, que vous souhaiter et vous partager d’autres, de quoi nous donner raison d’espérer en l’avenir ?
J’ai terminé lundi 01 janvier ma lecture de l’Evangile selon Luc, un Evangile notamment marqué par la joie, et me suis arrêté un temps sur la scène relatant la rencontre et l’accompagnement des disciples d’Emmaüs par Jésus (Luc 24v13-35).
Voici le texte : le jour de la résurrection du Christ, un dimanche, qui est le premier jour de la semaine, « deux d’entre (les disciples) se rendaient à un village du nom d’Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem. Ils parlaient entre eux de tous ces événements. Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ».
Jésus prend l’initiative de la discussion et leur demande ce que sont ces propos qu’ils échangent en marchant. « Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre. L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit qu’ils s’entretiennent au sujet de « Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple : comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié ; et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ce qu’ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Jésus leur reproche leurs « esprits sans intelligence », leurs « cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes », leur rappelant qu’il fallait « que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire. Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ».
C’est alors qu’« ils approchèrent du village où ils se rendaient, et [détail intéressant du récit] lui fit mine d’aller plus loin.
Imaginez alors le drame : Jésus fait mine d’aller plus loin, mais les disciples, « trop dans leur bulle », le laissent partir….

Imaginons alors un dialogue alternatif mais fictif :
Les disciples rentrent chez eux et leurs proches leur demandent de raconter leur journée. Eux parlent de leur rencontre avec un homme mystérieux.
– « Et alors ? » leur demande-t-on. « Où est-il ? »
– « Bah [haut] …. il a continué sa route, quoi… »
– « Quoi !! Vous l’avez laissé partir !! Vous ne l’avez même pas invité à rester ?!! »
– « Ben, il a pas demandé(sic)… »

Imaginons alors ce même drame, dans un contexte plus proche de nous :
« Nous allons à l’église » et « assistons » (à défaut de participer) au culte dominical. Mais étant trop « dans notre bulle », écrasés par nos soucis quotidiens, nous peinons à reconnaître Jésus ressuscité, censé être au centre de notre rassemblement. A la fin du culte, nous échangeons rapidement quelques nouvelles et parlons un peu les uns avec les autres de ce qui est le plus important pour nous. Puis chacun repart chez soi, chacun de son côté, sans penser inviter « l’Autre ». Et sans prendre le temps de s’interroger sur le sens véritable de ce qu’est « être ensemble au Nom de Jésus ». Il y a pourtant là une promesse : Jésus a dit qu’Il est présent « au milieu des deux ou trois se trouvant ensemble en Son Nom » (Matt.18v20).
Pour vivre cette promesse, il s’agit de souhaiter demeurer ensemble pour être solidaires et non solitaires. De façon concrète, cela se traduit par le fait de partager ensemble en toute simplicité et authenticité un même repas et un même pain. C’est ce qui s’appelle « casser la croûte » ensemble, soit briser ce qui a durci – nos certitudes ou nos habitudes – pour s’ouvrir à l’autre et découvrir l’autre.

Dans le cadre de notre récit de Luc 24, les disciples d’Emmaüs – heureusement ! – n’ont pas souhaité laisser repartir Jésus : au contraire, « ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. » Et il entra pour rester avec eux (v29). Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent… » (vv30-31).
C’est dans ces conditions que nous pourrons reconnaître, comme eux, que Jésus, présent au milieu de nous, est non seulement vivant, mais « le même », non seulement « hier » et « éternellement », mais « aujourd’hui »(Hébr.13v8), source de vie nouvelle restaurée.
C’est dans ces conditions que nous pourrons repartir ensemble pleins de joie, avec ces forces nouvelles, pour aller vers les autres leur partager ce que nous aurons alors (re)découvert : une personne – Jésus (« Dieu sauveur » et « Dieu élargit ») et son message d’espérance et de libération.

Sur ce, bon début d’année 2018 !