Comment gérer une « gueule de bois » post-électorale ou quand mieux vaut perdre un vote que son âme

« Impossible » : jusqu’à ce que cela produit…(Source image : première de couverture du récit « Impossible » d’Erri de Luca, paru en 2020 chez Gallimard, « du Monde entier »)

Certains chrétiens (y compris en France) ont affiché leur déception et leur incompréhension suite à la défaite de leur candidat favori à l’élection présidentielle américaine du 3 novembre : « Et pourtant il y a eu plusieurs prophéties prédisant sa victoire » ; « et pourtant Dieu nous l’avait révélé » ; « et pourtant c’était le candidat qui défendait le mieux les valeurs chrétiennes »(sic) ; « je ne comprends pas le Seigneur dans ce résultat, mais c’est lui qui sait, c’est lui qui sait… ».

Soyons clairs : nous, français, comme les citoyens d’autres nations, ne sommes pas concernés par cette élection, à laquelle nous n’avons pas voté. Le Président des Etats-Unis n’est pas notre suzerain. Néanmoins, il y a là autant de questions interpellantes et édifiantes, susceptibles d’inspirer autant de remises en question salutaires, espérons-le.

Déjà, premièrement, quid du sérieux des fameuses « prophéties » ? La Bible, rappelons-le, définit un prophète authentique lorsque ce que ce dernier annonce se réalise. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’une parole du Seigneur. C’est par présomption que le « prophète » a dit cette « parole du Seigneur ». Nous ne devons pas nous laisser impressionner cf Deut.18v22(1).

Ensuite, quid de nos façons d’écouter Dieu ou de demander, en priant ? Demandons-nous pour savoir la vérité ou demandons-nous pour obtenir [voir arracher] confirmation de ce que nous croyons savoir ? Prendrions-nous nos désirs pour la réalité et notre volonté pour celle de Dieu ? Et si notre candidat battu n’était pas, en fin de compte, « le candidat des valeurs chrétiennes » (sic) ou « le champion de Dieu » ?

Autant de questions qu’il est essentiel de ne pas censurer.

Paul, dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens ch.2v2, nous demande de ne pas nous laisser facilement ébranler dans notre bon sens. Dans certains cas, nous avons besoin de discernement spirituel et dans d’autres cas, quand la situation est tellement évidente, énorme même, nous n’en avons pas besoin : il suffit d’exercer notre « sobre bon sens » ou « bon sens équilibré ».

Et la question que peut se poser toute personne de bon sens est celle-ci : comment un chrétien peut-il soutenir un candidat dont la personnalité et le discours sont à ce point diamétralement opposés, en paroles et en actes, aux valeurs chrétiennes ? Comment peut-on considérer comme étant le candidat de ces mêmes « valeurs chrétiennes » quelqu’un d’aussi clivant que Donald Trump, lequel joue avec la vérité et les faits, au point de nier une pandémie (mettant en danger ses concitoyens, avec pour résultats + de 230.000 morts aux USA et + 9,968000 de cas, dont Trump lui-même) et de nier/chercher d’interrompre un processus électoral [au point d’inquiéter fortement Israël(2)], quand Christ est le « prince de paix », « la vie » et « la vérité » ?

Autres questions soulevant l’incompréhension : comment un mouvement censé être basé sur des principes chrétiens et fortement influencé par des préoccupations sur le comportement et la personnalité des candidats a-t-il pu contribuer à la victoire de Donald Trump [en 2016 et failli récidiver en 2020] ? Et comment d’un parti censé être le parti ayant « toujours défendu les valeurs chrétiennes », a pu émerger Donald Trump, milliardaire, trois fois marié et propriétaire de casinos et clubs de strip tease, aux propos outranciers, racistes [sur les « minorités ethniques »], extravagants, misogynes et marqués par des revendications arrogantes concernant ses adultères, niant « connaître le KKK tout en refusant de se prononcer au sujet de ce genre de groupes », comme de dénoncer le mouvement suprémaciste blanc…?

Lequel Trump a encore prétendu être « chrétien » mais sans avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit…mais avec « le droit absolu » [donc divin] de « se gracier lui-même ». Comment excuser un tel fantasme de toute puissance et une telle absence de crainte de Dieu ? (3)

Comment peut-on être évangélique et soutenir Donald Trump ?(4) Ce soutien sans faille apporté par les évangéliques américains à Donald Trump, lors de l’élection présidentielle du 03 novembre, pose question, à l’intérieur même des Etats-Unis, comme le souligne le mennonite Frédéric de Coninck dans une analyse publiée sur son blogue(5). Des chercheurs, dont Mokhtar Ben Barka de l’université de Valencienne(6), ou encore André Gagné, professeur titulaire au Département d’études théologiques de l’université Concordia, à Montréal(7), cherchent à comprendre le vote évangélique pour Donald Trump.

Mais, quel que soit le résultat du vote, les chrétiens américains sortent déjà perdants de cette élection, estiment plusieurs observateurs chrétiens, catholiques et protestants, avec un avertissement pour nous, chrétiens francophones.

Constater cela et le déplorer n’est pas “contraire à l’amour” : l’amour n’est pas une complicité avec les fautes objectives. Tirer au clair un problème est au contraire le moyen de le résoudre, et le don de repentance – après la conviction de péché, de justice, de jugement – accorde le pardon et la libération au pécheur. Il s’agit là de l’application difficile mais nécessaire de l’amour fraternel, comme nous y exhortent le Christ dans les Evangiles ou Paul, en 1 Corinthiens 13 par exemple. Notre Christianisme ne saurait être un « christianisme sentimental »(8), déconnecté du réel.

Dans « Perdre son vote ou perdre son âme ? »(9), une pertinente analyse (dont je vous recommande la lecture) publiée sur Le Verbe, excellent média catholique québecquois, Alex Deschênes relève que la façon dont cette élection s’est jouée outre-atlantique est édifiante à plus d’un titre, parce que nous, chrétiens, par ailleurs citoyens, « sommes aussi appelés régulièrement à participer à l’exercice démocratique. Et la façon dont, en tant que chrétiens, nous exerçons ce devoir civique est un enjeu plus grand que le nom du candidat qui l’emporte » [ou ne l’emporte pas].

Alex Deschênes confesse par ailleurs regarder depuis 2016, « avec beaucoup d’inquiétude la manière dont les catholiques américains participent à la démocratie ». Ce qui le préoccupe n’est pas tant pour qui ses frères et sœurs dans la foi votent, mais comment ils votent. « Le danger est, d’un côté, pour l’Église, de perdre son identité et sa vocation de prophète des nations et d’être ainsi divisée à cause d’allégeances politiques. De l’autre, de mettre son âme au ballot en même temps que son vote.  Il y a toujours une grande tentation de chercher inconsciemment le salut à travers la politique », comme dans un messie politique, ce qui nous conduit à l’idolâtrie. « Mais comme l’exprime le théologien Brett Salkeld : « reconnaitre que le Christ est Roi devrait relativiser les prétentions des politiciens sur nos vies.

Le psaume 146 nous exhorte ainsi : « Ne mettez pas votre foi dans les princes : ce ne sont que des êtres humains, ils sont impuissants à sauver. » Et lorsque Jésus nous dit de donner à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, il ne s’agit pas seulement d’une invitation à payer nos dus à la société civile, mais plus radicalement de reconnaitre que César n’est pas Dieu. (…)Le danger ultimement est l’idolâtrie : transformer des politiciens en idoles. Quand un influenceur catholique prête allégeance à un candidat ou à un parti sans aucune retenue critique, quand un prêtre se fait photographier bien en vue avec son col romain dans un rassemblement partisan ou prêche en chaire en faveur d’un candidat, ou lorsqu’une religieuse délivre un discours dans un congrès officiel de parti, l’Église sacrifie sa voix de prophète et devient le valet d’un parti politique. Et les partis aiment ces blocs d’électeurs faciles à gagner et qui viennent à eux sans trop d’engagements de leur part.

Or, le prix à payer n’est pas le moindre, il s’agit de la crédibilité même de l’Église, de son autorité morale et de sa vocation prophétique [sinon, elle ne sera plus qu’un instrument à des fins idéologiques et partisanes]. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la loi canonique interdit aux prêtres de faire de l’activisme politique ».

Dans l’Eglise protestante, concernant le vote, il n’y a pas d’autre autorité que la Parole de Dieu telle qu’elle se donne à entendre dans la Bible. Il n’y a pas de magistère qui dirait du haut de la chaire comment être un « bon » chrétien, que ce soit au niveau de la foi, de la piété, de la morale, de la politique, etc. Car aussi Dieu peut s’adresser à chacun de manière différente. On parlera alors plus volontiers d’une « éthique de la responsabilité » : chacun est responsable devant Dieu des choix qu’il pense être les meilleurs, les plus fidèles à l’Évangile. Tout discours ou décision qui irait contre la seule autorité des Ecritures bibliques, la Parole de Dieu (sola scriptura), serait nul et non avenu .

Un « chrétien d’étiquette » : ça n’emballe pas ! (Source image : public domain pictures)

Donner son vote à un candidat qui fait état de sa foi chrétienne et se présenterait comme « le candidat des valeurs chrétiennes » supposerait: 1) qu’il dit vrai ! Et qu’il ne cherche pas simplement à gagner la confiance d’une partie de l’électorat (cela s’est vu en bien des lieux du monde et certains chrétiens ont refusé d’être instrumentalisé à cette fin). 2) qu’il existe un parti exclusivement « chrétien », une politique « chrétienne », autrement dit une façon « chrétienne » de gouverner, des choix « chrétiens » en matière économique, sociale, écologique, éthique…

S’il n’y a pas de « politique chrétienne », il y a, en revanche, une manière chrétienne de faire de la politique : par exemple, le refus d’exercer le pouvoir à son profit (ou de s’accrocher au pouvoir), le respect des règles [par exemple, un processus électoral] et de la vérité [et non « vérité alternative »], le sens du service et du bien commun, le souci des plus faibles…

D’autre part, on trouve des chrétiens engagés dans des formations politiques aux options presque diamétralement opposées. Et ceux qui proclament que l’Evangile serait « de gauche » ou « de droite » me paraissent bien téméraires.

Au cours de la campagne Donald Trump avait souvent accusé son adversaire d’être “opposé à Dieu”. Or, Joe Biden et Kamala Harris, respectivement nouveaux président et vice-président américains, sont des chrétiens [catholique pour le premier et évangélique baptiste pour la seconde] qui affichent leur foi.

Lors de son discours samedi soir, le président élu, qui descendrait aussi de huguenots français, a évoqué à de multiples reprises sa foi personnelle, citant même un hymne religieux “On Eagle’s wings”, un chant important pour sa famille et pour son fils Beau, décédé d’une tumeur au cerveau en 2015. Samedi, Joe Biden a conclu son discours en racontant que son grand-père lui disait toujours de “garder la foi”, tandis que sa grand-mère l’encourageait, elle, à la “propager”. Il a cité la Bible (Ecc.3v1-3) : « il y a un temps pour détruire et un temps pour reconstruire. Un temps pour guérir. Ce moment est venu. » Une citation pertinente dans le contexte d’une Amérique profondément polarisée et divisée. Selon Richard Mouw, ancien président du Fuller Theological Seminary, membre du Pro-Life Evangelicals pour Biden, cité par Christianity Today, le nouveau président Biden  est considéré comme ayant une foi authentique. «Il n’est peut-être pas le catholique conservateur que beaucoup d’évangéliques voudraient qu’il soit, mais quand il parle de sa foi, cela sonne vrai. », témoigne-t-il à CT(10).

Alors que l’insistance dangereuse de Donald Trump pour l’arrêt du dépouillement et ses accusations sans preuves de fraude provoquent des inquiétudes et font écho à Jérusalem(11), Joe Biden est considéré comme un véritable ami de l’État juif, comme les amis et même les adversaires politiques du nouveau président élu en conviennent.  Particulièrement pro-sioniste, Biden a été élevé par des parents catholiques qui soutenaient fermement Israël et lui ont inculqué un grand respect pour l’État juif.

Quant à Kamala Harris, elle a épousé un Américain de confession juive, très attaché à Israël(12). Pour celle-ci, évangélique baptiste, «la foi doit s’incarner en actes» : comme nous le rapporte le site Réformés.ch, elle a accepté de répondre à différentes questions relatives à sa foi personnelle, notamment les liens profonds entre ses croyances et son engagement politique(13).

Il est donc faux de penser qu’un parti aurait le monopole de la foi chrétienne.

Alors, certes, parmi les catholiques américains, les positions de Joe Biden en faveur de l’avortement et du mariage entre personnes de même sexe cristallisent de très nombreuses critiques. Aux États-Unis, l’épineuse question du droit à l’avortement reste extrêmement polarisante, et oriente pratiquement à elle seule le vote des chrétiens(14).

« Sauf que [comme déjà souligné plus haut] le vote est une affaire de jugement prudentiel et un tel jugement ne consiste pas uniquement en une hiérarchie de valeurs. Si le vote était un référendum sur un bien moral, le choix s’imposerait à toute conscience bien formée. Mais il n’en est pas ainsi », constate encore Alex Deschênes(15).

« Il ne s’agit même pas de décider quelle valeur prime sur toutes les autres. Puisque, même en défendant les mêmes valeurs (celle notamment de la dignité de la vie intra-utérine) deux personnes peuvent arriver à des positions différentes, tout en étant tous les deux « pro-vie » et convaincus des bonnes raisons philosophiques (et pas seulement religieuses) pour rendre l’avortement illégal ».

Ainsi, un chrétien pourrait arriver à la conclusion que la meilleure façon de mettre fin à l’avortement serait de mettre en place des juges à la Cour suprême ou de légiférer à ce sujet, alors qu’un autre pourrait penser qu’avec une nouvelle majorité de juges conservateurs à la Cour suprême, nul besoin de Donald Trump [un candidat « bien peu catholique » en paroles et en actes] pour faire avancer la cause pro-vie et que le moyen le plus efficace pour réduire le nombre d’avortements serait d’alléger la pauvreté et d’offrir plus de soutien aux femmes enceintes, ou encore de miser sur l’éducation, la prévention, d’assurer l’accès égal des soins à tous (ce qui implique de ne pas s’opposer à toute réforme de couverture santé publique)….

« Je vais sauver notre mariage », « Tu vas arrêter de boire, de me tromper, de me battre et tu vas consulter? », « Mon Dieu non ! Je vais voter pour interdire le mariage gay ! »

Alors, Il est vrai que les questions liées à l’avortement, au mariage et à l’euthanasie, engagent, et pour longtemps, des choix de société dont la facture se paiera dans une ou deux générations. Une discussion autour de l’avortement est absolument essentielle et elle ne doit pas cesser. Faut-il pour autant faire de ces sujets l’alpha et l’oméga du choix à faire devant l’urne ? Faut-il insister davantage sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des dizaines de millions de citoyens vivants ?

Il ne serait donc pas pertinent, pour les chrétiens, de sacrifier toutes leurs autres valeurs pour ce seul enjeu, car il y a d’autres moyens d’être pro-vie : dans une vision éthique pro-vie globale(16), « la culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Être pro-vie c’est reconnaitre la dignité de tous les êtres humains, dans tous les domaines et à toutes les étapes de la vie. Ainsi, être « pro-vie », c’est aussi lutter contre le racisme et la xénophobie ou l’exploitation des salariés, défendre les droits du migrant (et ne pas réduire celui-ci à un voyage qu’il a fait), promouvoir l’écologie/le respect de la création, l’impartialité et l’indépendance de la justice, la santé, l’éducation….

En 2100, la Terre privée d’ours polaires*
Dessin de Kal. Courrier international, 15/11/04
L’Arctique fond à grande vitesse ! Les pôles dégoulinent ! Un désastre écologique menace !
« Les mecs… je l’sens pas. Personne ne fait attention à nous, les ours polaires !
— Non !
— Tu rigoles !
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Faut trouver quelque chose qui attire l’attention des gens…
— Quelque chose d’irrésistible ! »
Crise morale en Arctique ! Droit au mariage pour les ours polaires gay ! Un Esquimau antiavortement avalé par un épaulard gauchiste !

Se déclarer « pro-vie » implique aussi une certaine cohérence.

Car si nous ne pouvons pas supporter la vie dans toutes ses étapes, cela n’a aucun sens de se concentrer sur le seul avortement. Et comment se déclarer « pro-vie », tout en défendant le « business » et l’industrie de la mort » soutenu par le lobby pro-armes, vu le nombre de morts par fusillades, notamment dans les écoles, les collèges et les lycées ? Tuer un homme n’est pas seulement tuer un homme, c’est tuer le genre humain. Et tuer des enfants, des jeunes, par balles, c’est aussi tuer des nations.

C’est là effectivement « ouvrir des portes » sur un plan spirituel. Banaliser le racisme, la xénophobie et exalter le nationalisme [la nation placée en absolu, plus haut que Dieu], comme banaliser le mensonge en sacrifiant la vérité ou bénir le déni du réel, aussi.

« L’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité » est celui qui s’est débarrassé du mensonge et qui vit cette exhortation de l’apôtre Paul : « que chacun dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres » (Eph 4v24-25).

Il sait que « l’amour ne ne se réjouit pas de l’injustice mais trouve sa joie dans la vérité » (1 Cor.13v6), que « nous avons purifié nos âmes en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie » (1 Pie.1v22), que « Dieu est lumière » et qu’ « il n’y en a en lui aucune ténèbres » (1 Jean 1v5-7) et que « le SEIGNEUR (notre) Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés. C’est le SEIGNEUR ton Dieu que tu craindras et que tu serviras, c’est à lui que tu t’attacheras, c’est par son nom que tu prêteras serment » (Deut.10v17-20), sachant que l’on ne saurait soulever le nom de l’Eternel (notre) Dieu [l’invoquant comme garant de témoignage ou d’affirmation ou de soutien à une cause] pour l’imposture, car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture » (Deut. 5v11).

Existe-t-il un « vote chrétien » ? Jésus serait-il le « président d’honneur » d’un parti quelconque ?
(Source : « Mockingbird »)

Pour un témoignage fidèle, véritable et audible, les chrétiens ont ce devoir d’intégrité, d’impartialité et d’indépendance, sans oublier la crainte de l’Eternel, pour être véritablement cette voix prophétique dans le monde« Mes frères, ne mêlez pas des cas de partialité à votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ » (Jacq.2v1). De même que ce qu’annonce le prophète véritable arrive vraiment, le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6).

Il est essentiel de garder à l’esprit, qu’en tant que chrétiens, nous n’adorons que Dieu, et nous refusons d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, religieux, politiques (« Messie politique »), économiques (Mammôn)… « Nous pouvons avoir nos propres convictions politiques, mais notre foi ne se résumera jamais à ces options, lesquelles nous met, d’ailleurs, toujours en porte à faux avec un mouvement politique quel qu’il soit. Ce n’est pas forcément confortable, mais le chrétien est toujours un peu ailleurs », ajoute encore Frédéric de Conninck(17).  A l’image de Jésus-Christ qui a refusé le pouvoir qui lui était offert par les hommes (et le Diable!), et a choisi de régner dans l’abaissement de la croix, les chrétiens ont un rôle essentiel à jouer : rester vigilants à l’égard de toutes les dérives auxquelles le pouvoir peut conduire, plutôt que de cautionner ou d’excuser sans cesse de telles dérives, comme si la fin justifiait les moyens.

C’est ainsi que notre fidélité à Jésus-Christ [et non à un messie politique], Notre seul Seigneur, peut nous exposer à être marginalisés, voire persécutés dans certains pays, quand nous refusons les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner. Mais nous n’avons rien à craindre, puisque le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, proclame la victoire du Christ crucifié et ressuscité, à laquelle nous sommes associés. C’est en cela que nous devons mettre notre confiance et notre espérance, et non dans le résultat d’une élection, que celui-ci annonce la victoire ou la défaite d’un candidat. Mieux vaut perdre un vote que perdre son âme.

 

En guise de conclusion :

Un nouveau président a été élu : les partisans du sortant battu doivent en faire leur deuil, et comprendre qu’il convient de prier pour le nouveau chef de l’Etat, ainsi que pour l’unité, la paix civile et la guérison de leur pays.

« C’est aussi », comme nous invite le pasteur Gilles Boucomont, « au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et ce respect, rien ne peut fonctionner (…) Jésus n’a pas voulu de ces royautés temporaires et temporelles. Et pourtant il a habité cette figure du roi, il s’est prêté au jeu de l’entrée à Jérusalem, avec le prix qu’il devra payer pour cette audace… Son autorité est d’un autre genre. Elle ne jette aucun discrédit, au contraire, sur les pouvoirs humains, mais le Royaume dont il est roi n’est pas de ce monde.  Comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structurés dans la contestation de l’autorité de l’Etat ? Comment grandirons-nous dans la foi en Dieu le Père, si les figures de la paternité sont toutes détruites, dans une vague d’extermination massive, et que trop peu de nos enfants ne savent vraiment ce qu’est un père ? Comment pourrons-nous annoncer une parole sur la Paix qui vient de Dieu si les uns et les autres n’ont pas goûté à la paix même imparfaite d’une société apaisée ? Celui qui est entré à Jérusalem, qui est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau appelle aujourd’hui des personnes à laisser tomber l’agitation de leurs rameaux [cf la parabole des arbres en quête d’un roi en Juges 9v7-15] pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées. Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives que nous avons à vivre » (18)

« Nous pouvons réellement participer au changement que nous espérons pour notre monde, si nous laissons Dieu changer d’abord notre cœur » : une très belle conclusion aux accents évangéliques, de la part du catholique Alex Deschênes ! (19)

 

 

 

Notes :

(1) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/ [Depuis début janvier 2021, nous assistons à une cascade de repentances de « prophètes » ayant « prophétisé à tort » la réélection de Donald Trump, balayant ainsi les rumeurs de « fraudes « électorales », et s’estimant coupables d’avoir placé cet homme « sur un piédestal ».  A noter que les « faux prophètes du Covid-19 ne se sont pas encore manifestés…]

(2) « L’insistance dangereuse de Donald Trump pour l’arrêt du dépouillement et ses accusations sans preuves de fraude provoquent des inquiétudes et font écho à Jérusalem, sachant que l’engagement de l’Amérique en tant que force de stabilité et de liberté, dans le respect des institutions et du processus démocratique, est un élément essentiel de la défense stratégique d’Israël » cf https://fr.timesofisrael.com/attaque-intolerable-de-trump-contre-la-democratie-et-ses-repercussions-en-israel/

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/08/quand-un-chef-detat-pretend-avoir-le-droit-absolu-de-se-gracier-lui-meme-eclairage-biblique-et-consequences-spirituelles/

Donald Trump se présente également comme « un croyant »….en la « positive theology » (« la théologie positive ») du révérend Norman Vincent Peale, qui « enseigne que : Dieu est facile à connaître, la Bible se résume facilement, le Christ donne le pouvoir de réussir. « Je suis un succès », faut-il se rappeler sans cesse ». Une foi qui ressemble plus à une « absolue confiance en soi » (ou en l’homme) qu’en une véritable confiance dans le Dieu véritable.

(4) http://blog.lesoir.be/lalibertesinonrien/2018/02/04/comment-peut-on-etre-un-evangelique-sous-donald-trump/

(5) https://societeesperance.home.blog/2020/11/09/la-droite-religieuse-americaine-histoire-dun-naufrage/

(6) http://journals.openedition.org/rrca/940

(7) https://www.reformes.ch/politique/2020/08/le-hold-politique-des-evangeliques-charismatiques-religion-etats-unis

(8) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/02/22/ton-christianisme-est-il-sentimental/

(9) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

(10) https://www.la-croix.com/Religion/Joe-Biden-deuxieme-president-catholique-lAmerique-2020-11-07-1201123493 ; https://www.reforme.net/gratuit/2020/11/08/elu-president-joe-biden-appelle-a-restaurer-lame-de-lamerique/ ; https://www.evangeliques.info/2020/11/09/usa-joe-biden-46eme-president-des-etats-unis-appelle-a-la-paix-et-a-lunite/

(11) https://fr.timesofisrael.com/attaque-intolerable-de-trump-contre-la-democratie-et-ses-repercussions-en-israel/

(12) https://fr.timesofisrael.com/biden-lami-disrael-contre-les-implantations-serait-en-desaccord-sur-liran/

(13) https://www.xn--rforms-bvae.ch/politique/2020/10/kamala-harris-la-foi-doit-sincarner-en-actes-etats-unis-presidence-elections-foi

(14) https://www.la-croix.com/Religion/Joe-Biden-deuxieme-president-catholique-lAmerique-2020-11-07-1201123493

(15) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

(16) (https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/17/appel-a-la-repentance-et-a-defendre-une-ethique-pro-vie-globale-il-serait-temps/)

(17) https://societeesperance.home.blog/2020/11/09/la-droite-religieuse-americaine-histoire-dun-naufrage/

(18) http://1001questions.fr/aunomdejesus/pourquoi-prier-pour-les-autorites/

(19) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

 

 

 

 

 

 

« Hiérarchie des luttes » ou « la question des migrants » concerne-t-elle « davantage le citoyen que le chrétien », « le magistrat plutôt que le pasteur » ?

Accueillir le réfugié, c’est « chrétien » ? (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

Intéressante discussion sur la page Facebook de l’excellent site réformé « Par la foi » : l’internaute Pierre-Antoine R. témoigne que, « sans être en accord ou désaccord avec le post » [sur l’école à la maison publié sur le site le 05/10], ce dernier « éveille en (lui) une autre question : quelle doit être notre hiérarchie des luttes ? Dans quoi devons-nous investir notre énergie ? (qui est humaine et limitée) Si je regarde le paysage évangélique, un certain nombre de sujets surgissent : migrants, justice sociale, racisme, avortement, GPA, théorie des genres, enseignement à la maison, politique au Moyen-Orient pour n’en citer que quelques-uns.

Par exemple, vous [l’équipe de « Par la Foi »] proposez un long article sur l’enseignement à la maison, plusieurs sur l’avortement, aucun sur les migrants. Si l’on s’en réfère aux USA, la place de l’avortement est proéminente (comparée à la France), tout comme le traitement d’Israël (idem). Pour ma part, j’eusse aimé que les chrétiens se lèvent comme un seul homme pour montrer de l’amour aux migrants. Le mariage pour tous a mobilisé, mais pas les migrants. Au final, notre témoignage en tant qu’église sera celui de ce que nous défendons ardemment (et de comment nous le défendons). Loin de moi l’idée de dire qu’il nous faut choisir des sujets consensuels à défendre, mais je reviens à ma question d’origine : parmi les nombreux sujets éthiques, politiques, sociaux, comment défendre ensemble en tant qu’église tous les sujets avec une intensité proprement calibrée ? »

Etienne, l’un des contributeurs du site, lui répond : « Je ne suis pas l’auteur de cet article, et je ne pense pas être capable de répondre d’un coup à toute la question. Mais je ferais simplement remarquer que la question de l’avortement est une attaque directe contre l’anthropologie et le système éthique chrétien. La question touche un point névralgique de l’application des doctrines évangéliques à la vie chrétienne. La question de la liberté d’éducation touche à la liberté de transmission des parents à l’enfant, évangile compris. Je ne suis donc pas choqué que ces questions-là soient massivement traitées par l’Eglise. C’est même plutôt sain. En sens inverse, les migrants concernent davantage le citoyen que le chrétien. Le magistrat plutôt que le pasteur(1). Il faut rajouter des étages de doctrine avant que ça ne devienne un sujet propre à l’Eglise. Cette distance explique probablement pourquoi les migrants ne mobilisent pas les passions chrétiennes(sic) de la même façon que l’avortement ».

Les migrants, « un sujet » qui concernerait davantage le citoyen que le chrétien, le magistrat plutôt que le pasteur ? »(1) Cela me paraît concerner autant le chrétien que le citoyen, bien au contraire, et même premièrement le chrétien, lecteur et méditant des Saintes Ecritures. Voici ma contribution à ce débat. N’ayant pas FB, j’espère qu’elle sera communiquée aux intéressés, « et premièrement » à Pierre-Antoine R. qui a lancé le sujet.

Ainsi, à mille lieux d’un système de hiérarchie des sujets, il serait bon de rappeler que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament (cf Luc 9v51-56, 10v25-37 ; Eph.2v11-18…..)

Cela concerne donc le chrétien et devrait être « un sujet d’église », parce que biblique. La question touche même un point névralgique de l’application des doctrines évangéliques à la vie chrétienne, pour reprendre une expression d’Etienne.

Ainsi, la Bible nous rappelle notamment que « Dieu est un refuge pour les réfugiés »(Psaume 61v3 et 143v9), qu’Il « est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point de favoritisme et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’étranger et lui donne la nourriture et des vêtements ». (Deut.10v17-18 et ss) ; et qu’Il « veut que son peuple offre refuge aux réfugiés » (Deut.24v18-20). Voir encore Ps.146v9, Lévit.25v23, Ex.22v21, Deut.27v19….
La même Bible nous rappelle que « nous serons jugés selon notre hospitalité », selon les paroles du Seigneur Jésus-Christ en Matt.25v31-46 : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car (…) j’étais étranger, et vous m’avez recueilli(…) Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites ».
De quoi nous interpeller, quand on sait que Jésus a été lui-même en position d’étranger et de (très jeune) réfugié, dans ce monde (Jean 1v10-11 et Matthieu 2v13-15)
Que se serait-il passé, lors de la fuite en Egypte, si ce pays avait « fermé ses frontières » au nom d’une certaine idéologie [qui aurait été peut-être jugée « de bon sens » et « courageuse » par certains ?] ou selon certains critères statistiques ? Le Fils de Dieu, qui a failli naître dehors, « parce qu’il n’y avait pas de place pour lui dans l’hôtellerie » (Luc 2v7), aurait-il pu être « refoulé » alors qu’il « demandait asile » ?

Et puisque l’on parle plus haut de « transmission », voici encore une autre des histoires que les générations devraient apprendre et se transmettre.

En 2100, la Terre privée d’ours polaires*
Dessin de Kal. Courrier international, 15/11/04

Et pendant qu’on y est, l’on peut ajouter à la liste des sujets l’écologie, autre thème transversal par excellence. Voir, parmi d’autres articles publiés sur ce blogue, notre recension de « La Pollution et la mort de l’homme » de Francis Schaeffer , et en image, pour comprendre qu’il n’y a pas à « hiérarchiser » les questions « d’éthique » et l’écologie. En espérant que les ours polaires du cartoon ci-contre* ne seront pas les seuls à se sentir concernés !

*(Ce que disent les ours polaires en français) L’Arctique fond à grande vitesse ! Les pôles dégoulinent ! Un désastre écologique menace !
« Les mecs… je l’sens pas. Personne ne fait attention à nous, les ours polaires !
— Non !
— Tu rigoles !
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Faut trouver quelque chose qui attire l’attention des gens…
— Quelque chose d’irrésistible ! »
Crise morale en Arctique ! Droit au mariage pour les ours polaires gay ! Un Esquimau antiavortement avalé par un épaulard gauchiste !

 

Note :

(1) Dans la discussion qui a suivi cette note de blogue, Etienne fait la distinction suivante, qu’il justifie par la volonté de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui à Dieu » : A l’Etat « la mission d’assurer la stabilité et la prospérité de la nation » ; à l’Eglise celle « de s’occuper seule des migrants ». Sauf qu’il y a là une ambiguïté dans la formulation d’une telle affirmation : en quoi la stabilité et la prospérité d’une nation seraient-elles menacées par une politique généreuse d’accueil et d’intégration ? Nous y reviendrons ultérieurement.

Voir également cet article publié sur The Conversation, analysant la contradiction suivante : « peut-on être contre l’immigration et pour l’héritage chrétienne ? »

Appel à la repentance et à défendre « une éthique pro-vie globale » (il serait temps !)

Un appel à décoller nos yeux des programmes politiques pour mieux se (re)plonger dans les Ecritures bibliques (Source : public domain pictures)

Il s’agit certainement d’une coïncidence, mais suite aux fêtes d’automne de Yom Kippour et Yom Teruah, et suite à la publication le 03/10 de « Fratelli Tutti » [« Tous frères »], l’encyclique du Pape François sur la fraternité et l’amitié sociale, et alors que l’Amérique est plus polarisée que jamais, l’Association nationale des évangéliques (NAE : National Association of Evangelicals) et World Relief, sa branche humanitaire, ont publié mardi 6 octobre dans Christianity Today et sur le site de la NAE une déclaration de repentance [« Evangelical Witness Is Compromised. We Need Repentance and Renewal »], appelant les chrétiens – quels que soient leurs opinions politiques – à rechercher ensemble « la santé de la nation pour le bien de tous ».

Les chrétiens américains, étant eux-mêmes « appelés par Jésus à aimer Dieu et à aimer notre prochain », et en tant que citoyens qui suivent cet appel », sont invités à s’engager « avec humilité, civilité, rigueur intellectuelle et honnêteté dans les problèmes sociaux complexes et litigieux auxquels (leur) nation est confrontée. »

Cet appel à remettre le message biblique au centre de la vie des chrétiens, au-delà de leur appartenance politique, par ailleurs relayé par le Washington Post le 07/10, compte, à l’heure où j’écris cet article, près de 1690 signatures, notamment des président(e)s d’unions d’Eglises, d’organisations, de lieux de formations théologiques ou des auteurs, pasteurs ou conférenciers.

Cette déclaration s’appuie sur les principes énoncés dans le document « Pour la santé de la nation», un guide sur le thème de la politique déjà proposé en 2004 par l’Association nationale des évangéliques,  laquelle fédère 45’000 Eglises aux Etats-Unis, de quarante dénominations différentes.

La déclaration invite à la repentance et au renouveau, comme à prendre certaines résolutions en toute cohérence.

A se repentir : d’abord envers Dieu puis envers notre prochain.

«Malgré l’exemple de Jésus et l’enseignement des Écritures, beaucoup d’entre nous ne se sont pas suffisamment opposés aux systèmes injustes qui laissent tomber les personnes de couleur, les femmes, les enfants et les enfants à naître. Nous n’avons pas toujours rempli les commandements de Dieu pour protéger les immigrants, les réfugiés et les pauvres».

Au renouveau, avec ces huit piliers : la protection de la liberté religieuse et de conscience, la sauvegarde du caractère sacré de la vie, la protection de la cellule familiale, la recherche de la justice pour les pauvres et les plus vulnérables, la préservation des droits de l’homme, la poursuite de la justice raciale, la maîtrise de la violence, et la protection/ le soin de la Création de Dieu.

A prendre des résolutions : soit à rechercher la Justice raciale, défendre une éthique pro-vie globale protégeant à la fois les enfants à naître et les personnes vulnérables de tous âges, comme à résister aux agendas/programmes politiques. Sans oublier de prier pour tous ceux qui sont en position de responsabilité/d’autorité.

Cette déclaration, curieusement peu ou pas commentée sur la toile chrétienne en général et protestante évangélique française en particulier – mis à part trois articles factuels d’infochrétienne (07/10), d’Evangéliques info (09/10) et de La Croix (09/10) – est tout à la fois stupéfiante, bienfaisante et édifiante à plus d’un titre.

 

Stupéfiante d’abord, en ce qu’il ne devrait pas être nécessaire d’attendre un contexte de polarisation extrême pour rappeler aux chrétiens leur propre mandat, lequel est un mandat….de réconciliation (2 Cor.5v17-20).

Il est aussi stupéfiant d’avoir à rappeler une telle évidence aux chrétiens, à savoir que le coeur du message évangélique, à mille lieux de toute tentation de repli identitaire et d’égoïsme grégaire, est l’amour. L’amour de Dieu et de notre prochain, comme nous-mêmes. Cela ne devrait pas être un scoop, comme il n’est pas un scoop de rappeler aux mêmes chrétiens que Jésus-Christ n’a pas refusé de payer pour ceux qui font un mauvais choix de vie. 

Les chrétiens, et particulièrement « les chrétiens solidement bibliques », ayant « plus de discernement que les autres », sont également censés savoir « ce qui est bien » et « ce que l’Eternel attend d’eux » selon Michée 6v8, et ce à quoi Il prend plaisir (Osée 6v6, Jer.9v23-24, Deut.10v17-19).

Bienfaisante ensuite, quand certains, sur la toile, nous incitent à « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie »(1) ou libèrent de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat »(2), il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame….

Edifiante enfin, dans son appel à la repentance, lequel suit une prise de conscience de péché. Et le péché touche à la compromission du témoignage chrétien – en clair, dans le fait d’empêcher de voir Dieu tel qu’il est en vérité et en réalité.

Cette prise de conscience d’avoir « manqué le but » de Dieu conduira à reconnaître (pour y renoncer et s’en repentir) toutes les idolâtries (des absolus autres que Dieu) auxquelles on sacrifie la dignité humaine, la vie et la création.

Or, le chrétien est celui qui confesse et atteste que Jésus-Christ seul est Seigneur, et qui n’adore que Dieu, refusant d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, politiques, économiques… sans oublier le nationalisme, soit la nation érigée en absolu, adorée comme une idole, qui se traduit par la haine des autres peuples. L’amour du prochain étant indissociable de l’amour de Dieu, tout ce qui prétend prendre la place qui revient à Dieu seul conduit au rejet de l’autre

Plutôt que de rechercher le pouvoir et la domination (ce qu’a refusé Jésus-Christ), le chrétien sait que sa fidélité à Jésus-Christ peut l’exposer à être marginalisé, voire persécuté dans certains pays, quand il refuse les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner.

L’appel à défendre « une éthique pro-vie globale »(3) invite à comprendre enfin que la « culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Et qu’être « pro-vie » n’est pas insister davantage et seulement sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des millions de citoyens vivants. Se déclarer « pro-vie » implique une certaine cohérence (4).

De fait, la déclaration de la NAE nous invite à un positionnement, non pas « moral » ou « moraliste », mais dans le même registre que celui de Jésus : celui-ci, en effet, n’est pas venu pour « faire la morale aux gens », ou « pour accuser, condamner, faire chuter ». Mais « pour relever les personnes » ; « les faire passer de la mort à la vie ». Si la posture de Jésus était « morale », il aurait été le premier à lapider la femme adultère, en Jean 8v11. Or, Jésus donne pour consigne à cette dernière, après le refus de condamner, « d’avancer ». Mais « pas de rechuter ».

Plus édifiant encore, la reconnaissance, dans cette déclaration, qu’il existe des causes structurelles (5) à l’injustice, aux inégalités et à la pauvreté, ce qui nous change des discours culpabilisants et humiliants habituels sur la seule responsabilité individuelle [du style « vous êtes responsables de ce qui vous arrive », « arrêtez de vous plaindre, et bougez-vous, espèces d’assistés »], discours écrasant pour ceux qui sont déjà écrasés. Questionnement risqué, puisque nous sommes des « saints » quand nous donnons à manger aux pauvres, mais sommes traités de « communistes » quand nous demandons pourquoi les pauvres sont pauvres…

De fait, ceux qui sont à l’initiative de cet appel à la repentance ont également compris d’emblée quel est le vrai problème : il n’est pas impossible en soi de changer les choses, sauf que certaines forces empêchent toute réforme en ce sens. Et nous pouvons justifier de manière complice ces oppositions par un « c’est culturel, on n’y peut rien », sonnant comme une malédiction aux relents (pourris) de fatalisme. C’est aussi un aveu d’impuissance et un aveu (et un témoignage) que l’Eglise et par là même le Christ, fléchit les genoux devant une culture et un culte, des puissants et des puissances. Car les cultures sont des cultes et qui dit cultes dit religions. En réalité, rien n’est simplement culturel dans la mesure où une culture est ce qui relie plusieurs personnes, ce qui est l’exacte définition d’une religion.

« Il n’y a pas d’alternative » [ou « il n’y a pas d’autre choix »/ « there’s no other choice »] n’est jamais qu’un énoncé conditionnel à l’état de ses structures. Faire autrement est impossible puisque la nécessité installée par les structures s’oppose à ce qu’on fasse autrement ? Très bien, nous savons maintenant où se situe l’enjeu : dans la reconstruction des structures. Voilà le discours manquant, celui qui laisse une chance de respirer à nouveau au sortir d’une [situation] étouffant[e] : le discours des structures comme objet de la politique. Car, elles peuvent toujours être refaites – autrement. Ce « toujours », c’est le nom même de la politique. Dès lors qu’on s’élève au niveau des structures, il y a toujours une alternative.

L’Evangile nous l’enseigne, puisque lorsque Jésus libère, il ne se limite pas à un seul individu et à son réseau. Comme nous le montre l’épisode de l’homme possédé par l’esprit de « légion », à Gédara, en Marc 5 et Luc 8, Jésus y opère une délivrance à tous les niveaux, y compris structurelle. Pour toutes ces raisons et parce qu’ils sont porteurs d’un message d’espérance (l’Évangile, « une puissance pour le salut de quiconque croit » cf Rom.1v16), ses disciples, appelés « chrétiens » (ou « petits Christs »), devraient être de ceux qui bannissent de leur vocabulaire le fameux « TINA » (« There Is No Alternative »).

La repentance nous concerne tous. Mais elle concerne premièrement le plus responsable et celui qui se revendique « chrétien solidement biblique » et ayant « plus de discernement que les autres ».

Prions donc pour une réelle repentance à tous les niveaux, mais premièrement pour la repentance des responsables d’églises (notamment) évangéliques inactifs/compromis, ainsi que pour celle des dirigeants et des élus, pour que ceux-ci soient à même de légiférer avec courage, sans compromission et sans craindre la pression des lobbies. En effet, la repentance des plus hauts responsables est de nature à briser des verrous et à libérer une nation.

 

Notes : 

(1) Dit par l’animateur d’un site dit d’ »actus chrétiennes » (19 février 2012), en réponse aux commentaires sur ce sujet jugé « essentiel » pour la présidentielle de 2012… : Marine Le Pen et le hallal…

(2) « Débat » du 12 avril 2012 sur le même site, pour savoir s’il est « concevable » qu’il y ait des « évangéliques d’extrême droite »…

(3) Nous en parlions notamment ici, lors des premiers mois d’existence de Pep’s café! Voir aussi le blogue « Construire une éthique sociale chrétienne » de mon ami Alain Ledain.

A noter encore les textes du Papes François, exhortant à prendre en compte cette vision holistique et globale des « valeurs » : le dernier en date est « Fratelli Tutti » cité plus haut (cf les commentaires du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett, lequel souligne notamment l’accueil qui en est fait de la part de ceux qui se disent catholiques) sans oublier « Evangelium Gaudium » – disponible ici ou sous forme d’epub là, et « Laudato Si », rappelant que « tout est lié »…

(4) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/04/11/des-jeunes-pro-vie-contre-la-culture-et-le-supermarche-de-la-mort/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/05/16/un-maire-pro-vie-denonce-la-culture-de-mort-simple-question-de-bon-sens/ 

(5) Voir http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2014/october/documents/papa-francesco_20141002_pont-consiglio-giustizia-e-pace.html et https://www.cath.ch/newsf/eveques-europeens-sattaquer-aux-causes-structurelles-de-la-pauvrete/

Pourquoi Christianity Today ne doit pas oublier que « le Créateur s’est sali les mains »

Voici l’Affaire.

Pour la première fois, « Christianity Today », dans un édito de Marc Galli, son rédacteur en chef, paru le 19 décembre 2019 dans le magazine évangélique américain de référence, affirme que Donald Trump, actuellement sous le coup d’une procédure d’impeachment (2) devrait « être démis de ses fonctions » et appelle ses lecteurs évangéliques, « après plusieurs années de retenue », à cesser de le soutenir. Une telle prise de position « politique » résonne comme un véritable « coup de tonnerre » dans le ciel évangélique, commente-t-on dans la presse dite chrétienne et séculière.

En effet, pour CT, dont « la mission ordinaire » est de « rester au-dessus de la mêlée », « il (serait) temps d’appeler un chat un chat », car Trump est « un président moralement perdu et confus », coupable « d’abus d’autorité à des fins personnelles ». Prendre position à ce sujet serait d’une « question de loyauté au créateur des Dix commandements ».

En réalité, il y a plutôt de quoi être « consterné » à la lecture de cet édito. Non pas à la façon d’un Jerry Falwell Junior ou d’un Franklin Graham (fils ainé de Billy Graham), qui l’ont condamné ou désavoué (3), mais plutôt à la manière de Joëlle SutterRazanajohary, pasteur de l’église Baptiste d’Annecy.

Dans une note de blogue (4) dont je vous recommande la lecture, celle-ci salue ironiquement l’initiative de « Christianity Today », qui « ose enfin appeler un chat un chat ! », vu qu’il n’y a, en réalité, « rien de nouveau sous le soleil américain motivant cette sortie de retenue ».

En effet, analyse-t-elle, l’on « reconnait (pourtant) un arbre à ses fruits » et « cela fait bien longtemps déjà que Mr Trump s’est emmêlé les pinceaux dans cette histoire de chat sans que (le magazine évangélique) n’espère sa destitution ! » Dans une « vidéo qui tournait sur le Web quelques mois avant les élections », Trump se vantait de pouvoir, grâce à sa position, faire violence à n’importe quelle femme (…) Et pourtant les évangéliques qui le soutenaient n’ont pas vu à ce moment-là un candidat « moralement perdu et confus » ! Ils n’ont pas compris qu’il s’agissait déjà là d’un « abus d’autorité à des fins personnelles ». Ils n’ont pas appelé ce chat un chat, ce qui (…) était pourtant déjà clairement un signe d’absence de loyauté au créateur des dix commandements, aussi bien de la part du candidat en question que des électeurs. La mention de ce que le magazine éditait pour Bill Clinton en 1998 aurait donc dû s’appliquer immédiatement pour le candidat Trump » (4).

Voilà pourquoi, à l’instar de Joëlle Sutter-Razanajohary, l’on ne peut que saluer timidement (à défaut ironiquement) cet édito, et « espérer qu’à l’avenir, tant qu’à réagir, Christianity Today hésite moins longtemps à descendre dans la mêlée ». Quitte à « oser » courageusement prendre position « pour dire qu’un candidat à la présidentielle de l’un des plus grands pays du monde qui se permet de maltraiter les femmes n’est pas digne d’être président », autant « le dire tout de suite, quelle que soit la manière dont il traite ensuite les dignitaires étrangers ou ses opposants politiques », sans craindre de « se salir les mains ». Après tout, « le Dieu de la Bible » n’a pas hésité à le faire, lorsqu’il a « formé l’humain » (cf Gen.2v7) (4). De là sa mise en garde cinglante contre toute diabolisation (« Tout démocrate n’est pas ‘antichrétien’ et tout républicain n’est pas ‘chrétien’ non plus ») et contre tout clivage, ce qui permettrait « d’exprimer d’infinies nuances, sous peine de prendre conscience un jour que l’on a gobé des couleuvres et d’être obligé de ‘retourner’ sa veste » (4).

Et puisque nous parlons de clivage, il nous est par ailleurs annoncé régulièrement que la procédure de destitution du président Trump, votée par la majorité démocrate à la Chambre des représentants (5), n’aurait que « peu de chance d’aboutir », du fait du positionnement partisan des élus républicains au Sénat, chargés du procès. Une telle posture partisane me paraît inquiétante dans son mépris de la vérité et de la justice, et de nature à interpeller le chrétien, lequel est censé vouloir penser et agir comme Christ. Et, en tant que tel, ayant à cœur de « faire ce qui plaît » à son Seigneur, il « annonce (la) justice (de Dieu) », sans retenue et « sans la dissimuler », « dans la grande assemblée » (Ps.40v9-11).

Le chrétien sait que « Dieu est amour » (1 Jean 4v8) et « l’amour ne se réjouit pas de l’injustice, mais trouve sa joie dans la vérité » (1 Cor.13v6). Et non dans une quelconque posture partisane.

Le Christ qu’il sert a d’ailleurs averti les siens de « (prendre) garde que personne ne vous égare. Car beaucoup viendront en prenant mon nom ; ils diront : “C’est moi, le Messie”, et ils égareront bien des gens (…) Par suite de l’iniquité croissante, l’amour du grand nombre se refroidira ; mais celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Matt.24v4-5, 12-13).

Et tout lecteur de la Bible se doit de prendre au sérieux les avertissements de 2 Thes.2v3-12 : « Que personne ne vous séduise d’aucune manière; car il faut que l’apostasie soit arrivée auparavant, et qu’on ait vu paraître l’homme du péché, le fils de la perdition, ‘adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ou de ce qu’on adore, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j’étais encore chez vous? Et maintenant vous savez ce qui le retient, afin qu’il ne paraisse qu’en son temps. Car le mystère de l’iniquité agit déjà; il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraîtra l’impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il anéantira par l’éclat de son avènement. L’apparition de cet impie se fera, par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l’iniquité pour ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Aussi Dieu leur envoie une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Et comme « notre foi en notre glorieux Seigneur Jésus-Christ » ne serait être polluée par le sentimentalisme (6) ou la partialité (cf Jacq.2v1), les « hommes faits » ou matures sont invités au discernement pur (Hébr.5v14). Leur responsabilité est de « jauger » ou d’évaluer le réel – particulièrement la façon de vivre de ceux qui se prétendent chrétiens – en toute humilité – et non à fuir/dénier le réel.

Face à ceux qui affirment « que le président ait fait quelque chose de mal ou non, même s’il l’a fait et que c’est immoral, cela exige le pardon et demande un coup de main, si vous êtes chrétien », aimant rappeler « que Jésus, quand il était sur la terre, n’a pas jugé les gens » (7), les mêmes « hommes faits » (se) rappelleront que cela ne sert à rien de nous justifier ou de minimiser notre péché. D’ailleurs, Dieu ne nous demande pas « pourquoi » mais « quoi », quand nous péchons (Gen.4v9). Il ne demande pas au pécheur de se justifier, mais l’invite à reconnaître la vérité de la rupture. Tout pécheur ainsi repentant (et non « excusé ») est pardonné, réconcilié et restauré, selon les principes bibliques (Luc 5v32, 15v7 et 1 Jean 1v9).

 

 

 

Notes :

(1) L’original ici et la traduction française .

(2) Comprendre le processus et les raisons

(3) Voir https://theweek.com/speedreads/885611/christianity-todays-editorial-sparked-family-fight-about-billy-graham-trump et http://www.evangeliques.info/articles/2019/12/23/etats-unis-180-leaders-evangeliques-reagissent-a-l-edito-du-christianity-today-appelant-a-la-destitution-de-donald-trump-20791.html ).

(4) Cf https://www.actus-mots.com/post/christianity-today-ose-enfin-appeler-un-chat-un-chat

(5) Cf https://americanballotbox.com/2019/12/19/breaking-news-donald-trump-is-impeached/

(6) Cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/02/22/ton-christianisme-est-il-sentimental/

(7) http://www.evangeliques.info/articles/2019/12/23/etats-unis-180-leaders-evangeliques-reagissent-a-l-edito-du-christianity-today-appelant-a-la-destitution-de-donald-trump-20791.html

 

« Foireux liens » de mars (32) : « retour à la source »

Les « Foireux liens » de Mars : une actualité à temps et à contre-temps….

Bonjour ! Voici notre 32ème édition des « Foireux liens ». Au menu, des sujets économiques et sociaux, sociologiques, médiatiques et théologiques classés par ordre alphabétique : Attentats, Babel, contrôle médiatique, Dieu et nous, engagement et témoignage de l’Eglise, immigration, impôts, la Poste, les jeunes et l’information, santé et sécurité au travail, Trinité….

Bonne lecture !

 

Babel : plaidoyer pour la diversité culturelle

Et s’il fallait lire autrement la fameuse histoire de la tour de Babel ? À la suite des récits de Caïn et Abel et du Déluge, l’histoire de Babel (c’est-à-dire Babylone) a une portée théologique, présentant les suites de la rupture en Éden. Au-delà de l’événement, elle dénonce un phénomène récurrent au travers des âges. Ésaïe et l’Apocalypse, dans la suite des Écritures, évoqueront ainsi Babylone comme l’archétype de la cité orgueilleuse des hommes, en contraste avec Jérusalem, cité et montagne de Dieu. Le récit de Babel, bien compris, nous interroge sur notre rapport au monde et à la diversité culturelle.

Cinq mythes au sujet de la Trinité

Réfutations de 5 affirmations – qui sont autant de mythes – sur la Trinité : « c’est réservé aux experts en théologie », « une invention de l’église primitive », « ça sert à rien pour la vie spirituelle »

Comment La Poste tente de constituer une base de données géantes sur « tous les Français »

Une entreprise française sait beaucoup de choses sur vous : où vous habitez, quand vous déménagez, de combien de membres se compose votre famille, quel type de colis vous recevez et de qui… Cette entreprise, c’est La Poste, déjà connue pour revendre des fichiers d’adresses à des entreprises pour leurs prospections commerciales. Un nouveau cap pourrait être franchi : La Poste a racheté une start-up grenobloise spécialisée dans l’intelligence artificielle, qui permet de collecter et d’organiser des milliards de données personnelles.

Le Postillon, journal local isérois partenaire de Basta !, a enquêté sur ces pratiques. Ou comment l’ex-établissement public utilise sa position pour s’approprier un gigantesque patrimoine de données privées.

Comment les jeunes s’informent-ils ?

Une question à laquelle répond le Cnesco* (Conseil national d’évaluation du système scolaire) dans une enquête dévoilée fin février.

La plupart des jeunes s’informent (54% en 3e, 68% en Terminale), surtout par le biais de la télévision (à 80%). Viennent ensuite l’entourage, les réseaux sociaux, les vidéos en ligne. Qu’on ne s’y trompe pas « les élèves sont perspicaces », souligne l’enquête : ils ne font que très peu confiance aux réseaux sociaux et s’en remettent plutôt aux médias traditionnels. L’enquête pointe que les élèves issus de milieux défavorisés s’informent moins que les autres (46% contre 67% en 3e, 59% contre 78% en Terminale). Ils font aussi davantage confiance aux réseaux sociaux que les autres élèves. De manière générale « les enfants dont les parents ne s’intéressent pas à l’actualité sont moins nombreux à s’informer eux-mêmes ».

* supprimé et remplacé par un « Conseil d’évaluation de l’Ecole » sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, dans le projet de loi « pour une école de la confiance », actuellement en débat et adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 19 février. Le projet de loi sera examinée au Sénat dans un calendrier qui n’est pas encore connu, mais peut-être pas avant avril-mai, avant passage en commission mixte paritaire.(https://www.vousnousils.fr/2019/02/19/que-retenir-de-la-loi-pour-une-ecole-de-la-confiance-621003 ). Intégré en partie dans « les attributions actuelles du Conseil national d’évaluation du système scolaire »(CNESCO), ce conseil « permettra l’existence, pour la première fois, d’un système d’évaluation de toutes [les] écoles et [des] établissements ».

 

Comment une nouvelle « loi travail » pourrait bientôt s’attaquer à la santé et à la sécurité des salariés

Le gouvernement s’apprête-il à faire voler en éclat la législation sur les risques professionnels, censée protéger les salariés des atteintes à leur santé ? La ministre du Travail Muriel Pénicaud pourrait bientôt s’inspirer du récent rapport Lecocq pour modifier les lois actuelles. Ce dernier recommande d’assouplir plusieurs règles, notamment en renvoyant leur négociation à l’entreprise et non plus à la loi, dans la droite ligne des précédentes réformes. Et d’exonérer le plus possible la responsabilité de l’employeur en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Syndicats, experts et associations de victimes craignent un grand retour en arrière. Explications.

Dieu a-t-il besoin de nous ?

Nous n’oserions jamais dire que Dieu a besoin de quelque chose, comme s’il avait un manque. Nous savons qu’il est Dieu, et qu’il se suffit donc à lui-même. Pourtant, je crains que souvent, dans notre manière de parler de Dieu ou dans certains de nos chants, nous laissons penser que Dieu a besoin de nous. (Au risque) de faire le rabat joie, mais voici des exemples qui me semblent ne pas refléter la manière dont la Bible parle de Dieu.

Dieu est-il contre les impôts ?

Une question qui implique des enjeux politiques forts si Celui qui gouverne l’univers doit servir de référence. Quelle est la position de Jésus : conservateur, ou libéral ? Et s’il y avait une troisième voie ?

Voir aussi « Que dit la Bible des impôts ? » 

Emmanuel Macron, le journalisme de cour et le contrôle des médias

Quand le Président de la république « réfléchit à voix haute » : son inquiétant projet de contrôle des médias.

Lors d’un échange avec quelques journalistes triés sur le volet, comme dans «l’ancien monde», le président a confié ses projets de mise au pas de la presse…

L’ensauvagement du web

À l’heure où plusieurs rédactions sont en ébullition suite aux révélations sur les agissements de la « Ligue du LOL », The conversation republie l’analyse d’Arnaud Mercier sur la propagation de l’agressivité en ligne.

L’ordre et les regrets

Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, élu début janvier 2019, affiche ouvertement sa foi chrétienne. Les Églises – catholiques comme protestantes – ont eu un rôle déterminant dans cette élection. Mais peut-on se dire « pro-vie » tout en affichant autant de sympathie pour un candidat ouvertement pro-armes et anti-paysans ?

La (bonne) fiction stimule le cerveau

88% des Français sont lecteurs. Pourtant, peu d’études ont été réalisées sur le cerveau durant cette activité. L’une d’elles a montré que lire de la fiction littéraire améliore notre compréhension du comportement des autres, plus que la lecture de fiction dite populaire. Deux zones du cerveau sont stimulées et interagissent davantage. De quoi nous aider à choisir nos prochaines lectures

La méditation : le nouvel « esprit » du capitalisme ?

Comment cette pratique, qui fut longtemps associée (en Occident) à des conduites jugées « exotiques » voir excentriques, a-t-elle pu se retrouver légitimée par la science, l’économie et le politique ? Pourquoi un tel engouement et surtout qu’est-ce que ce succès peut-il nous dire en retour sur nos sociétés ? Trois éléments pouvant expliquer – bien que partiellement – les raisons de la diffusion de la méditation aujourd’hui.

La théologie face à l’amélioration de l’homme

La discussion théologique à propos de l’homme augmenté oscille entre deux arguments : d’un côté, le human enhancement est considérée comme un essai de playing God ou comme une conséquence de l’hybrisdes humains ; de l’autre, il passe comme une réalisation positive de la vocation de l’homme et de sa capacité d’intervenir sur la création, en la modifiant et en créant une culture. L’appréciation théologique d’un projet concret d’enhancement se fera cas par cas ; elle dépendra de plusieurs critères qui s’inspirent de l’anthropologie biblique, comme notamment le souci pour le corps et ses besoins, la lutte contre les maladies et les souffrances, le respect pour autrui qui ne doit jamais devenir une création ou une fabrication d’autrui, la protection des plus faibles, la justice et la prudence par rapport à des projets à risque.

Une passionnante contribution du théologien Karsten Lehmkühler dans la Revue d’éthique et de théologie morale 2015/4 (n° 286)

La Trinité est-elle une notion juive ?

Toutes les idées sur le Christ [=le Messie] sont anciennes : la nouveauté, c’est Jésus » : la Trinité chrétienne, « plus juive que grecque ».

La Trinité est-elle juive ? Cette question peut paraître iconoclaste. Le dogme de la Trinité et l’affirmation que Jésus est Dieu ne sont-ils pas précisément ce qui distingue le christianisme du judaïsme ? Pourtant, l’étude du judaïsme antique conduit à nuancer cette opposition confessionnelle : les idées théologiques ayant abouti à la formulation de la doctrine de la Trinité, comme la nature divine du Messie, sont acceptées par certains courants juifs de l’Antiquité avant même la naissance du christianisme.

Le débat du mois, sur la revue « Projet » : L’éducation a-t-elle un genre ?

Parler du genre permet de révéler les inégalités entre hommes et femmes. C’est aussi l’occasion de se confronter à ce qui nous est le plus intime : le rapport de chacun à son corps et les représentations transmises d’une génération à l’autre. Comment le fait d’être un garçon ou une fille influe-t-il sur l’éducation reçue à l’école ou en famille ? Ils et elles sont sociologues, historiens, éducateurs, chercheurs, philosophes, intervenants en milieu scolaire, parfois militants … et ont accepté de confronter leurs opinions…

Les Attestants ont quatre ans

Près de quatre ans après la naissance des Attestants, où en est le mouvement ? Quelle est sa place dans l’EPUdF ? Sa naissance a permis de limiter du moins en partie le départ de pasteurs et de fidèles après le synode de 2015. Mais en vue de quoi ? Pour vivre quoi dans notre Église qui, pour une large part ne comprend pas ce que représente ce mouvement. Sur cette question Pascal Geoffroy propose quelques réflexions à l’usage des Attestants dont il est membre, élu au conseil d’administration comme à usage de l’EPUdF dont il est un ministre.

“Les chrétiens face aux migrants”

Une enquête de Pierre Jova, co-fondateur de Limite et journaliste au Pélerin, sur un sujet qui déboussole tant de catholiques français…..

Nietzsche a-t-il tué Dieu ?

« Dieu est mort ! » : c’est sans nul doute l’expression la plus connue de Nietzsche, tirée du Gai savoir . Ainsi, Nietzsche est devenu le père des déicides libérés de l’esclavage du divin. Vous entendrez dire que grâce à Nietzsche, la science et l’homme ont échappé à l’emprise du divin. « Hommes, femmes, vivons pleinement, car Dieu est mort ! » Des blogs athées aux livres de Michel Onfray, tous, y compris les chrétiens, prennent cette affirmation pour argent comptant, comme si elle résumait une revendication anti-chrétienne de Nietzsche. Ce serait tout d’abord oublier le reste de cette fameuse citation….

Pour une approche réaliste de l’immigration

François Héran, sociologue, anthropologue et démographe français, directeur de recherche à l’INED et professeur au Collège de France sur la chaire « Migrations et sociétés », règle leur compte aux polémiques et aux discours irréalistes sur l’immigration.

Pourquoi l’Eglise ferait bien de ne « prendre position » sur rien
Parce qu’ il est contre-productif, voire dangereux de s’engager dans ces dénonciations, prises de positions et déclarations officielles que l’on demande de partout à l’Eglise.

Pourquoi notre relation avec Dieu est unique et précieuse

La défaite des israélites lors d’un bataille nous rappelle ce qui est vraiment important dans notre relation avec Dieu, à quel point elle est unique et précieuse. Mais comme les israélites nous pouvons passer complètement à côté de l’essentiel…Une méditation de 1 Samuel 4v1-11.

Pourquoi regarde-t-on la vidéo d’un homme qui en massacre d’autres ?

La vidéo du massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande, commis dans deux mosquées par un suprémaciste blanc, se revendiquant ouvertement identitaire et fasciste, s’est produite le 15 mars. Elle était encore en ligne le 16 mars au matin à 8h30 sur Twitter. Le lendemain de l’attentat. Elle était même la première qui ressortait lorsque l’on cliquait sur le hashtag #Christchurch dans l’onglet vidéo.

« Ce que nous tolérons indique ce que nous sommes vraiment ». Ce que nous tolérons à l’échelle d’une société dont nous ne cesserons jamais d’être acteurs même si nous avons l’impression de n’en être que spectateurs, ce que nous tolérons indique ce que notre société est vraiment. Le 15 Mars 2019 nous avons toléré qu’un homme se filme en direct en train de répandre froidement la mort sur une plateforme réunissant plus de deux milliards et demi d’utilisateurs.

Voir aussi les 4 réflexions du sociologue Sébastien Fath sur ces Attentats terroristes islamophobes

Qu’est-ce qu’une communauté inspirante ?

Parmi les communautés qui inspirent, questionnent et encouragent le pasteur Philippe Golaz dans son ministère, en voici une qui se définit et se distingue dans le fait que « laïc » est « un mot interdit », « honorer » « un mot-clé », « diversité » est « une réalité à vivre »…..

Quelles pédagogies pour quelles finalités ?

La notion de « pédagogies alternatives » recouvre des réalités hétérogènes et conduit à se poser des questions sur la finalité des pédagogies et de la mission de l’éducation.

Trop occupés pour aimer : vaincre l’indifférence et le consumérisme dans l’Église

A l’heure où les chrétiens sont pointés du doigt pour leur soutien dans la montée au pouvoir du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, ou encore dans l’affirmation de la mandature de Donald Trump à l’occasion des midterms, la perception du christianisme dans le monde semble en crise.

Aux yeux de beaucoup, l’amour du prochain et la défense des plus vulnérables paraissent s’éclipser pour laisser place au populisme, à l’homophobie ou encore au sectarisme. Une réaction naturelle et intuitive serait de critiquer un traitement médiatique défavorable, clairement caricatural (….) Mais ne passons-nous pas ainsi devant l’opportunité d’adresser un mea-culpa (« ma faute » en latin) ou de nous mettre aux bénéfices d’une remise en question ? Car si les fléaux évoqués précédemment ne sont pas les caractéristiques de la plupart des chrétiens qui (nous) entourent, un peu d’honnêteté (nous) pousse à affirmer qu’ils restent une réalité. Il apparaît plus que jamais nécessaire pour les chrétiens de renouer avec l’ADN de l’Église « primitive » !

Une réflexion de Joseph Gotte, à lire sur son blog, lequel encourage à « Vivre sa jeunesse autrement », pour livrer un nouveau regard sur le monde et présenter ce qu’être jeune chrétien signifie réellement aujourd’hui.

 

 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en mai.

 

 

 

 

 

 

Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce

Un livre rare, qui ne vient pas vers nous avec ses réponses toutes faites, mais parce qu’il a plein de questions à nous poser.

« Une Eglise rayonnante »(1), de  Jonathan Hanley(2), est un livre rare. Il commence par soulever un paradoxe : les chrétiens savent, par la Bible, qu’ils sont tous sur pied d’égalité, étant des pécheurs graciés, au bénéfice du pardon divin. Pourtant, nombre d’entre eux établissent une hiérarchie entre les différents péchés et réagissent comme si ces derniers étaient « extérieurs » à l’Eglise. Certains péchés sont plus condamnés que d’autres. En tête, ceux associés au SIDA, qui sont autant de défis et de révélateurs des richesses comme des lacunes de l’Eglise dans l’accueil de l’autre : la pratique de l’homosexualité, les relations sexuelles hors mariage et la toxicomanie. En clair, constate son auteur, qui a passé 13 ans de sa vie dans la lutte contre ce fléau du SIDA, il nous manque, à nous chrétiens, « une conscience de la grâce que Dieu répand sur tous ses enfants pour les sauver et les affermir dans son amour » (op. cit., p 11)

Sur ce plan, nous avons tous manqué le but : c’est pourquoi Jonathan Hanley, sortant des sentiers battus, à contre-courant d’une vision « conservatrice » ou « libérale » sur ce sujet sensible, nous invite individuellement et collectivement à nous remettre au diapason de la grâce, pour redécouvrir Dieu tel qu’il est vraiment, et non une caricature légaliste ou laxiste.

L’ouvrage, empreint d’un certain « réalisme pastoral », est écrit avec humilité, compassion et lucidité. Percutant, il n’hésite jamais à appeler les choses par leur nom, mais sans pour autant sombrer dans le cynisme, le fatalisme ou la diatribe. Des pages pleines d’espérance nous rappellent ce que les Ecritures appellent la grâce et comment le vivre individuellement et communautairement, de façon créative et féconde. C’est ainsi que nous serons en mesure de mieux accueillir, écouter et discerner les véritables questions et soifs spirituelles de nos contemporains, pour mieux leur répondre, en équilibrant « affirmation » et « proclamation » de l’Evangile.

Cependant, comme l’auteur tient à le préciser dans un autre cadre, il n’a « pas écrit Une Église Rayonnante parce (qu’il avait) plein de réponses à donner, mais plutôt parce (qu’il avait) plein de questions à poser ». Il n’écrit donc pas en tant que « donneur de leçons », mais en tant que « compagnon de route spirituel », nous invitant à marcher avec lui sur le chemin de la redécouverte d’une vision et d’un projet de Dieu : l’idéal de l’Eglise de Jésus-Christ, appelée à s’incarner dans le monde.

Le livre pourra paraître « daté » aux « digitals natives » des générations Y-Z, témoignant d’une époque où l’internet, déjà présent, n’était pas encore aussi développé qu’aujourd’hui. Néanmoins, il reste toujours aussi actuel, abordant un sujet essentiel, à l’heure où, plus que jamais, l’on s’interroge, même parmi les chrétiens, sur l’Eglise et sa pertinence pour aujourd’hui.

 

Notes : 

(1) Hanley, Jonathan. Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce. Editions Farel, 2003. Disponible ici ou .

(2) Jonathan Hanley habite près de Dinan en Bretagne. Après avoir œuvré au Pakistan parmi les réfugiés afghans, il a travaillé avec les Groupes Bibliques Universitaires puis exercé en tant que pasteur en Provence. Il a poursuivi pendant une quinzaine d’années un engagement auprès des malades du Sida avec l’association Signe de Vie-Sida. Il anime le comité de sélection des Éditions-LLB (Ligue pour la Lecture de la Bible) et contribue régulièrement à plusieurs périodiques francophones. Écrivain et traducteur apprécié, il est l’auteur de plusieurs livres publiés aux Éditions Farel.

« Depuis que mon premier livre a été publié en 2003, je suis toujours en train d’en écrire. Dans l’écriture, je trouve un outil qui me permet de mettre un peu d’ordre dans mes interrogations, mes découvertes et mes réflexions », explique-t-il sur le blogue artspiin.

 

Emmanuel Macron aux Bernardins : Discours « très brillant » ou « drôle de discours » ?

« Drôle de discours » ou « discours très brillant », « séduisant » ?

Invité par la Conférence des Évêques de France (CEF) à une soirée inédite au Collège des Bernardins, lundi 9 avril, le Président de la République a tenu, pour les uns, un « très brillant discours », ou pour les autres, « un drôle de discours » aux catholiques de France.

Ainsi, dans une récente note de blogue, le sociologue et historien du protestantisme Sébastien Fath nous partage son ressenti sur le fameux discours d’Emmanuel Macron, discours qu’il qualifie de « très brillant sur la laïcité et les relations entre l’Etat et les religions »(1). Une façon de le percevoir, bien sûr, car « Phylloscopus », un autre blogueur, catholique et naturaliste, le qualifie à l’inverse de « drôle de discours », dans lequel il perçoit la volonté manifeste du Président de « réparer le lien abîmé entre l’Église et l’État ». Mais, (se) questionne-t-il, s’agit-il vraiment d’un problème de lien entre l’Église et l’appareil d’État ? A moins qu’il ne s’agisse d’un problème de lien entre l’Église et la société ? Là est la nuance.

Voici, en complément de l’opinion de Sébastien Fath sur la question, cette intéressante analyse du blogueur, dont la pensée peut se résumer ainsi :

« Emmanuel Macron n’a pas cherché à dialoguer avec l’Église. Il lui a transmis une offre d’emploi, sans cacher le moins du monde le rapport de subordination qui s’ensuit. Il attend une Église En Marche, adhérente et soumise à la discipline de son parti. Il a proposé [le 09/04] à l’Église un poste de Chief Humanisation Officer dans la startup France. Ce poste, c’est un job, ou plutôt un stage non rémunéré, sous l’autorité du Président de la République, consistant à lubrifier sa politique en lui assurant un vernis d’humanisme qui servirait à faire taire les râleurs d’un côté et de l’autre. Le service d’humanisme-washing dont sa politique a besoin ».

En clair, ce discours serait celui d’un « commercial » ou d’un « manager », seule réalité connue par Emmanuel Macron. Je pense alors à « Huguenau », personnage du roman « Les Somnambules » d’Hermann Broch : dans ce roman, les hommes y sont établis dans des systèmes de valeurs différents, aucune entente n’est finalement possible entre eux. Certes, le personnage d’ Huguenau converse encore avec autrui, mais il y a cette lettre qu’il envoie, à la fin du livre, à un autre personnage, la veuve Esch, où il s’exprime entièrement dans son langage propre : le langage de l’individu entièrement commercial.

Voir aussi l’analyse du journaliste-blogueur Patrice de Plunkett, à consulter sur son blogue. Et lequel Patrice de Plunkett nous invite à lire le discours, qu’il qualifie de « long, riche en références érudites dans sa forme », mais « réduit au fond à trois signaux :

Je connais la maison Eglise, son histoire et son langage ;

Je saurai vous écouter ; 

Ça ne m’influencera en rien. 

Les deux premiers signaux sont là pour enrober le troisième, qui perce en plusieurs passages du discours ».

Enfin, les plus pressés se contenteront d’un résumé du discours.

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

 

Note :

(1) Normalement, ce ne sont pas les relations entre « les Eglises et l’Etat » ?

 

L’action du mois : soyons « des hommes de la Parole et de parole »

Relevons ensemble le défi d’être des « hommes de la Parole et de parole » ! Photo du film indien « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

« 1, 2, 3… STOP ! » [Et non pas « Go ! »]

Le début de l’année 2018 est déjà entamé, et chacun se fait fort de donner suite à ses bonnes résolutions, avec des résultats plus ou moins heureux. Nous avons marqué une pause durant les fêtes et nous nous retrouvons dans une dynamique de « reprise ».

Néanmoins, nous, chrétiens, nous nous souvenons que nous sommes « en chemin » à la suite du Christ, Notre Seigneur, (plus qu’ « en marche ») vers notre destination finale : Lui ressembler.

Nous sommes « en chemin », mais non pas « en marche », puisque, comme le souligne le répondant du site 1001 questions, la véritable dynamique du croyant ne vient pas de l’homme « en marche » mais de Dieu Lui-même. La vie chrétienne n’est pas un do it yourself, qui nous ferait sortir d’une théologie de la promesse et de la grâce, conforme à l’enseignement de Jésus, pour passer à une sorte de théologie des œuvres.

Ceci dit, et par rapport à ce qui va suivre, je voudrais ajouter que si des hommes et des femmes me lisent – et je les en remercie – je voudrais aujourd’hui m’adresser plus spécifiquement aux hommes. J’espère que mes lectrices ne m’en voudront pas. Mais peut-être pourront-elles s’approprier ce qui suit d’une manière qui leur sera propre. Et ce qui suit n’est pas « un prêche ». En l’écrivant et en vous le partageant, je « me le prêche à moi-même ».

Ainsi, au sein de mon groupe d’étude et de partage de la Bible pour hommes, dans le cadre de mon église locale, nous avons pris ensemble le temps d’une pause pour penser « à vérifier notre équipement, (re)nouer nos lacets, faire un topo, lire la carte »(1), et à considérer cette action du mois, qui nous lance un défi individuel et collectif : être « des hommes de la Parole et de parole ».

1)« Des hommes de parole » : soit des hommes d’engagement

Comme déjà souligné par ailleurs sur ce blogue, il est édifiant de noter qu’alors que notre époque tend à nier ou effacer les différences sexuelles, l’hébreu se permet le luxe de distinguer le masculin du féminin à l’intérieur du verbe et du pronom. Ainsi, les 10 commandements ont été donnés initialement en hébreu, au genre masculin. Ainsi, par exemple, le « tu ne tueras pas » (« lo tirtzàh ») s’adresse d’abord à un homme. D’autre part, le « mâle » se dit « zakar » en hébreu, qui signifie « celui qui se souvient ». Mâle et souvenir ont la même racine. Dieu a employé le masculin pour lui confier la charge « du souvenir », afin d’être « l’arbre de transmission » de sa loi pour les générations.

Comme l’écrit mon ami Alain Ledain (2), nous ne sommes peut-être pas tous appelés à être « des hommes (publics), nous exprimant face à la nation, mais nous sommes tous appelés à nous exprimer – en paroles et/ou en actes – dans notre entourage, dans nos activités, dans nos engagements (associatif, humanitaire, politique, social, économique, syndical, culturel, artistique…), dans nos sphères d’autorité (c’est-à-dire dans l’espace où s’exercent nos responsabilités) ». Et, ajoute-t-il, « pour pouvoir nous exprimer, il est nécessaire de connaître, et donc de rechercher, les valeurs du royaume des cieux là où Dieu nous a placés »(2). Dit autrement encore, pour que l’homme soit en mesure « de se souvenir » et « de transmettre » fidèlement la Parole de Dieu dans toutes ses sphères d’influence et d’autorité mentionnées plus haut, il lui est donc nécessaire de bien connaître cette Parole.

Ce qui implique donc d’être :

2)« Des hommes de la Parole » : C’est-à-dire, des hommes qui ont soif de la Parole de Dieu et qui veulent être formés pour comprendre et partager la Parole.

« Toutefois », souligne encore Alain Ledain, « nous ne sommes pas appelés à rechercher seuls la justice du Royaume mais à nous réunir ensemble pour prier, réfléchir et partager nos expériences, pour contextualiser et incarner cette Parole ». Et « ne pas rester silencieux suppose de décloisonner notre vie spirituelle du dimanche matin »(2).

D’autre part, seuls, nous nous heurtons à des limites : Dieu nous a offert des dons complémentaires. C’est pourquoi, intégrer un groupe d’étude biblique pour hommes, au sein de l’église locale, est un bon cadre pour nous permettre d’apprendre ensemble et de connaître toute la Parole, en nous soutenant les uns les autres.

Nous ne sommes pas appelés à être chrétien « tout seul », mais à nous aimer sans hypocrisie (sans masque, sans jouer un rôle), en nous laissant sonder, travailler, encourager par les autres (1 Pierre 1v 22-23 nous commande de nous « aimer les uns les autres d’un cœur pur, avec ardeur (ou encore avec constance) ». Si nous sommes appelés à « aimer notre prochain comme nous-mêmes », nous devons « aimer notre frère comme Jésus nous a aimés ».

Ensuite, des hommes de la Parole et de parole sont des chrétiens qui sont et restent « rocheux » et non « sableux »(cf Matt.7v24 et ss) : nous devons écouter et mettre en pratique les enseignements de la Bible, et non seulement les écouter seulement, en « auditeur oublieux » (cf Jacq.1v22-25).

Des hommes de la Parole et de parole sont également des hommes « inflammables » : c’est-à-dire, non pas animés d’un « feu étranger », que Dieu ne saurait agréer(Lévit.10v1-2), mais animés d’une passion plus pure. 1 Pierre 1v22 nous rappelle encore que ce n’est pas la vérité mais l’obéissance à la vérité qui purifie. Nous devrons aller au contact du feu de l’esprit et brûler pour éprouver notre consistance véritable. Serons-nous alors « un feu de paille » « ou un feu de braise », contagieux ?

 Enfin, des hommes de la Parole et de parole veillent à leur croissance qualitative : ils veulent croître « en conviction, en caractère (notre Parole doit prendre du poids cf. Psaumes 33) et en compétence »(3).

Nos réunions d’étude et de partage de la Bible se basent sur de bons principes : elle vise à notre humilité – celle du pécheur – à exalter le Seigneur Jésus et à promouvoir la sainteté (la nôtre)(4).

Chacun est enfin invité à s’engager dans un mini-stère au service de ses frères, dans le cadre des réunions, qu’il s’agisse d’envoyer « les piqûres de rappel » informant des dates des rencontres, d’accueillir le jour J, de préparer/ranger la salle, de s’occuper de l’intendance, de « tenir la montre », de co-animer les temps d’étude, de rédiger les comptes-rendus ou de tenir la bibliothèque tournante du groupe.

Prions ensemble pour :

  • Un contenu qualitatif des enseignements de cette année.
  • L’engagement de chacun au sein de nos groupes d’études et de partages pour hommes, dans le cadre de nos communautés respectives.
  • La Parole est intarissable : que chaque homme ait une soif à la hauteur.
  • Contrer les imprévus qui empêchent régulièrement les hommes de s’engager  et notamment de venir aux réunions : il n’y a toutefois pas de fatalité, puisque « gouverner c’est prévoir » et qu’ « en Christ, nous sommes une nouvelle création » (2 Cor.5v17)

 

Notes :

(1) Selon les propos de mon frère Pierre-Louis, qui rédige avec fidélité et fiabilité les comptes-rendus de nos réunions mensuelles. L’essentiel du présent article reprend d’ailleurs les éléments de ce qu’il a retenu d’une de nos réunions d’hommes de septembre 2017.

(2) Cf Son article « Un regard chrétien sur notre société » (III) : « où sont les hommes… ». Alain Ledain est enseignant dans le secondaire et Président de l’association Actes 6, au service des églises. Il fait également un remarquable travail de transmission et de sensibilisation autour de la question de l’éthique sociale chrétienne. A ce sujet, ne manquez pas de visiter son blogue dédié à ce sujet http://www.ethiquechretienne.com/alain-ledain-qui-suis-je-a629449  et de le saluer de ma part : cela lui fera plaisir !

(3) Voir Marshall/Payne. L’essentiel dans l’église : apprendre de la vigne et du treillis. Clé/IBG, 2014.

(4) Helm, David. La Prédication textuelle : comment bien communiquer la Parole de Dieu aujourd’hui. BLF éditions, 2017.

« Ils ont aimé leur prochain » de Nicolas Fouquet : ou comment 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité

« Ils ont aimé leur prochain » : 31 témoignages inspirants d’actions solidaires et autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu »

« A quoi ressemble l’amour ? » aurait-t-on demandé un jour à Saint-Augustin. Celui-ci aurait alors répondu :
Il a des mains pour aider les autres.
Il a des pieds pour se hâter vers les pauvres et les nécessiteux.
Il a des yeux pour voir la misère et le besoin.
Il a des oreilles pour entendre les soupirs et le chagrin des hommes(1).

Mais aussi, dirai-je encore, « des oreilles pour entendre le cri de ceux qui ploient sous le joug », cf Exode 2v23-25, et une bouche, pour l’ouvrir « pour les muets et prendre la cause de tous les délaissés » cf Prov.31v8-9]
Voilà ce à quoi ressemble l’amour.

Les 30 portraits – hommes et femmes – esquissés dans le livre de Nicolas Fouquet(2), en charge de l’éducation au développement pour le SEL(3), sont justement de ceux qui, du IVe siècle ap JC à nos jours, « ont aimé leur prochain » en actions et en vérité (cf 1 Jean 3v18). Certaines de ces figures et leurs œuvres inspirées et inspirantes nous sont peut-être plus connues (Martin de Tours et son manteau, Pierre Valdo et « les pauvres de Lyon », William Booth et l’Armée du Salut, Georges Müller et ses orphelinats, Henry Dunant et la Croix Rouge, Martin Luther King et sa lutte pour les droits civiques….) quand d’autres ont été oubliées (tels Caroline de Malvesin, la co-fondatrice des Diaconesses de Reuilly ; Pandita Ramabai, engagée en faveur des veuves et des orphelins et pour l’éducation des femmes en Inde ; ou encore Alexandre Lombard et son original combat – mais toujours actuel – pour « la sanctification du dimanche », pour des raisons « religieuses » mais aussi sociales).  Mais le point commun de toutes ces figures est qu’elles constituent autant de témoignages de vies qui ont trouvé du sens.

Une vie qui a du SENS est une vie UTILE, au service des autres. C’est la raison d’être d’un USTENSILE.

« Ustensiles » dans les mains de Dieu, en qui ils ont mis leur confiance, ces 30 sont aussi des témoignages d’une vie JUSTE. Mais aussi de foi, de fidélité, et d’humilité, soucieux, à l’instar de Caroline Malvesin, de travailler à la seule « gloire de Dieu et non pour la gloire qui vient des hommes », comme de rester d’ « humbles moyens choisis par sa grâce», de sorte que « l’instrument ne se substitue pas à la main qui le dirige »(4).

Aujourd’hui encore, à l’heure du vedettariat et de la recherche d’hommes ou de femmes « providentiel(e)s », notre époque a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes « ordinaires », comme ces chrétiens d’hier et d’aujourd’hui – qui acceptent de répondre à l’appel et aux projets de Dieu, pour accomplir avec « la force qu’Il donne » (1 Pie.4v11) des choses extraordinaires, qu’ils sont incapables de faire et ne sauraient faire autrement, dans le but de rendre visible le Dieu véritable et sauveur.

Les courts chapitres qui composent ce livre ne sauraient être lus de manière isolée et indépendante, mais plutôt de manière globale, comme autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu » (1 Pie.4v10). Il est tout à fait recommandable pour être mis dans toutes les mains. Ne manquons donc pas de découvrir ou redécouvrir ces 30 portraits, chacun étant suivi d’une pertinente réflexion ouverte, basée sur un passage biblique, sur ce que nous pourrions retenir de chaque exemple pour nos propres engagements.

Un élément original du livre à souligner : un dernier chapitre laissé « en blanc » reste encore à écrire. A la suite de ces 30, serais-je, moi lecteur, le 31ème ? Et d’ailleurs, ce 31ème portrait « laissé en blanc », doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». Le débat reste ouvert !

Pour finir, vous vous êtes certainement demandé, comme moi, comment et pourquoi l’auteur a-t-il choisi les 30 portraits de son livre ? Et pourquoi 30 et pas 50 ? Questionné à ce sujet par mes soins, Nicolas Fouquet a bien voulu me répondre :

« Dans toute liste, il y a une part de subjectivité. Mais j’ai essayé (avec l’aide de collègues du SEL et de spécialistes du sujet) d’être assez objectif dans mes choix. Certaines personnes se sont imposées à moi car incontournables (William Wilberforce, William Booth, Henry Dunant…). D’autres aussi moins connues semblaient inévitables à partir du moment où l’on creusait un peu le sujet (Joséphine Butler, Anthony Ashley Cooper, Louis-Lucien Rochat…). Ensuite, la présence de quelques-uns pourrait peut-être être débattue mais s’ils sont dans le livre c’est que nous trouvions intéressant de présenter leur parcours.

A l’origine, il s’agissait de chroniques radios. Nous n’avions pas de nombre prédéfini de portraits que nous souhaitions réaliser. Un chiffre de 25 nous semblait cohérent au vu des noms que l’on avait recensé dans notre liste et du fait que ça correspondait à une demi-année de chroniques hebdomadaires (janvier-juin).

En discutant avec Ruben de BLF, nous avons trouvé intéressant d’ajouter aussi des figures vivantes dans le livre (Denis Mukwege, Marthe Girard, Jackie Pullinger…) pour montrer que l’engagement solidaire continue encore aujourd’hui. Nous pouvions alors aller un peu au-delà de 25 portraits. 31 était pertinent mais aussi amusant car ça correspondait au nombre de jours dans un mois : « 1 portrait par jour pendant 1 mois ! ». Voilà l’explication ! »

Merci, Nicolas Fouquet !

 

 

 

Notes :

(1) Citation tirée de Exley, Richard. « Le Christianisme en bleu de travail ». Edition Vida, 1994, p15.

(2) Fouquet, Nicolas. Ils ont aimé leur prochain : 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité. BLF/SEL, 2017 (Préface de Denis Mukwege, Prix Sakharov, « L’homme qui répare les femmes »). Plus d’informations sur le livre sur ce site dédié et le site de l’éditeur. Retrouvez ces portraits sur le blogue du SEL.

(3) Association protestante de solidarité internationale.

(4) Malvesin, Caroline/ Vermeil, Antoine. Correspondance 1841 – La fondation de la Communauté des Diaconesses de Reuilly. Editions Olivétan, 2007, p41

Retour sur la rencontre du 19/11/17 avec le Dr. Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », au CEIA.

Pour le Dr Mukwege, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour éduquer les petits garçons « au regard » sur les petites filles.

Denis Mukwege, pasteur et chirurgien congolais, est en première ligne contre la violence faite aux femmes. Quel rôle avons-nous à jouer pour soutenir ce combat pour la défense des droits des femmes en Afrique, mais aussi ailleurs ? Quel pourrait être la part de l’Église dans l’éducation au regard des hommes sur les femmes  (et inversement) ?

Dimanche 19/11, j’ai eu l’occasion de me rendre, avec mon épouse, au Centre Évangélique d’Information et d’Action (CEIA),  le rendez-vous annuel du protestantisme évangélique, à Dammarie-les-Lys, près de Melun. Le thème de cette édition était « Bible et guérison ».
J’ai pu y retrouver certaines connaissances – tenant des stands – et avoir la joie d’en faire de nouvelles, notamment Ruben Nussbaumer (directeur de BLF éditions) et Nicolas Fouquet (en charge de l’éducation au développement, au SEL), que je remercie pour m’avoir aimablement invité à participer à une rencontre exceptionnelle avec le Docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » victimes de violences sexuelles au Kivu (Congo). La présence de ces trois hommes n’était pas fortuite. En effet, les deux premiers sont respectivement co-éditeur et auteur du livre « ils ont aimé leur prochain » (1), par ailleurs préfacé par le troisième. Cet ouvrage, qui s’inscrit dans les 500 ans de la Réforme, retrace le parcours de 30 figures chrétiennes (dont le préfacier) qui se sont engagées dans différents domaines de la solidarité au cours de l’histoire de l’Église [un 31ème, laissé en blanc, reste à écrire par le lecteur].

Rencontre en deux temps avec le docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », préfacier du livre « Ils ont aimé leur prochain », dimanche 19/11

La rencontre s’est déroulée en deux temps : une conférence de presse de 30 minutes, au cours de laquelle le Docteur Mukewege et Nicolas Fouquet ont pu échanger avec plusieurs responsables de médias chrétiens/communication d’organismes/d’œuvres chrétiennes (Gospel mag, Croire et vivre, Christianisme aujourd’hui, La Gerbe, Fédération Protestante de France…), dont moi-même et ma moitié, pour Pep’s café ! . Le tout suivi d’une conférence publique devant 200 auditeurs, introduite par Patrick Guiborat, Directeur Général du SEL et initiateur du Défi Michée en France, et Étienne Lhermenault, président du CNEF et membre du conseil d’administration du CEIA.

Que retenir des différentes interventions du Docteur Mukwege ?

Deux choses entendues lors de la conférence de presse m’ont interpellé :

Premièrement, ce qui lui permet « d’espérer dans l’avenir », c’est « la force de résilience des femmes » qu’il soigne et accompagne. Car, dit-il, celles-ci « ne vivent pas pour elles-mêmes mais sont tournées vers les autres, la communauté » et « sont enclines au partage ». Ainsi, affirme-t-il, notre monde se porterait sans doute « beaucoup mieux » et pourrait changer, avec une meilleure répartition des ressources de notre planète généreuse, si plus de femmes étaient appelées à de hautes responsabilités, au sein du gouvernement des États. Mais est-il nécessaire de nous poser une telle question ? Avons-nous évolué depuis la pièce du comique grec Aristophane « l’Assemblée des femmes »(392 av JC, à une époque où seuls les hommes libres siégeaient à l’Assemblée du Peuple, « l’Ekklesia »), dont le message est simple : « …Je dis qu’il nous faut remettre le gouvernement aux mains des femmes », puisque « c’est à elles, en effet, que nous confions, dans nos maisons, la gestion et la dépense. » Toutefois, il est difficile de savoir, ne vivant plus à l’époque des Grecs anciens, si le but d’Aristophane était de se moquer des femmes, ou au contraire de les louer pour leur initiative.

Deuxièmement, le docteur nous invite à miser sur l’éducation de cette génération, notamment « l’éducation au regard » que nous, les hommes, pouvons porter sur les femmes. Ainsi, affirme-t-il, « lorsque nous enseignons aux garçons de ne pas pleurer », de refouler leurs sentiments, « nous nous faisons du mal sans nous en rendre compte ». Certes, il existe des lois, des forces de police et de justice contre les violences, mais il importe de prévenir celles-ci. Pour cela, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour enseigner aux enfants (notamment les garçons) la considération de l’autre sexe, pour ne pas le maltraiter une fois adulte.
Or, m’a souligné mon épouse, par ailleurs enseignante dans le privé et engagée dans la promotion de l’éducation chrétienne en France, « le respect mutuel des sexes, ainsi que le respect de la différence, sont une telle évidence pour nous en tant que chrétiens nés et éduqués dans un pays occidental et démocratique…que nous pourrions oublier de l’intégrer parmi les objectifs pédagogiques et éducatifs d’une école chrétienne.  »

Et aujourd’hui, combien encore, parmi les chrétiens, pensent que l’homme est supérieur à la femme et que celle-ci n’a pour seul droit que de se taire ou de s’occuper des enfants ?

Le Docteur Mukwege a tenu ensuite un discours durant la conférence publique qui a suivie, laquelle était adressée à tous ceux qui sont appelés à être « le sel de la terre » et à « transmettre un message de guérison » selon le mandat de Marc 16v15-18 et « le programme de guérison et de restauration de l’humanité blessée » en Luc 4v18-19 et en Genèse 3v15.

Dans son plaidoyer, le Docteur nous a expliqué la situation au Kivu, une zone en apparence « bénie » puisque riche en minerais. Mais ces minerais sont en réalité des « minerais de sang » (notamment le coltan, servant à fabriquer les smartphones et ordinateurs portables), et qui constituent l’enjeu de guerres entre milices. L’arme la plus utilisée pour le contrôle de ces zones minières est le viol de masse des femmes et des enfants : une stratégie de destruction planifiée et non le fait de pulsions sexuelles. Et une guerre « à moindre coût » qui détruit les communautés.
Lui-même dit avoir mis du temps à le réaliser : En 1999, après que la guerre au Rwanda a débordé au Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il découvre une patiente mutilée. Il a d’abord pensé à l’acte isolé d’un barbare mais quelques mois plus tard, dit-il, des dizaines de nouvelles victimes sont accueillies à l’hôpital de Panzi où il exerce. Depuis, près de 50.000 victimes de ces viols ont été prises en charge de manière « holistique »(soins médicaux, assistance psychologique mais aussi socio-économique, judiciaire et juridique). La plus jeune des victimes ayant 6 mois et la plus âgée 80 ans !

De ce discours, je retiendrai encore trois choses :

Premièrement, une autre « évidence » : le Royaume de Dieu (ou l’Eglise ?) est « un corps, composé de membres de toutes origines » et « la souffrance [d’un membre, qu’il soit en Syrie, en Irak, au Yémen ou en RDC…] affecte tout le corps ».

Deuxièmement, tout disciple de Jésus-Christ doit témoigner des trois attitudes indispensables : « compassion, engagement et proclamation » [soit d' »affirmer hautement quelque chose » cf Esaïe 52, et, c’est moi qui souligne, les chrétiens ne sauraient se taire]. La compassion, c’est « souffrir avec » ceux qui souffrent. Elle n’est pas une simple « sympathie » mais un amour profond chérissant toute l’humanité, qui nous pousse à aller plus loin pour remédier/mettre fin à la souffrance, ou du moins, la soulager, pour conduire à l’espérance. Et aucune guérison divine n’est possible sans compassion, qui est le moteur de notre engagement.

La compassion est même « une obligation ». D’ailleurs, moi-même, dans une situation analogue à celle que vit celui ou celle qui souffre, qu’aurai-je voulu voir dans le regard de l’autre ? »

Le Docteur Mukwege nous prévient : l’Église doit montrer le visage du Christ. Elle ne doit pas « fermer ses yeux et ses oreilles » et ne pas oublier qu’elle vit dans le monde réel. L’on peut ainsi « parler du ciel » en étant « déconnecté du réel ». Or, dit-il crûment, « l’Église qui a perdu la compassion a perdu son âme ». Elle n’est plus que « du sel qui a perdu sa saveur ».

Par ailleurs, l’engagement ne saurait se limiter à de l’aide « directe » et « locale » aux victimes, mais implique de prendre en compte une réalité plus large encore : la lutte contre la globalisation sauvage, sachant que nos modes de vie individuels et collectifs peuvent être sources d’injustices et de déstabilisation dans d’autres parties du monde.

Troisièmement, le Docteur Mukwege peut-il être une source d’inspiration pour notre génération ? Comme je l’ai rappelé plus haut, il fait partie « des 30 » qui « ont aimé leur prochain », dans le livre de Nicolas Fouquet. Et, détail intéressant, lorsqu’il lui est demandé qui est sa propre source d’inspiration, il nous parle d’un parfait inconnu (pour moi, en tout cas) : un pasteur/missionnaire norvégien en Afrique, dont les écrits ne sont actuellement pas traduits en français (mais sans doute accessibles en anglais). Ce qui a fait sourire la salle, personne ne se voyant lire du norvégien !

Enfin, le 31ème portrait « laissé en blanc », à la fin du livre précité, doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». La question reste ouverte, mais j’aime à croire que le Docteur Mukwege apprécierait d’y répondre.

 

Note : 

(1) Fouquet, Nicolas/Mukwege, Denis(Préf.). Ils ont aimé leur prochain. BLF/SEL, 2017.  Voir la présentation du livre sur les sites de BLF et du SEL.