« Ils ont aimé leur prochain » de Nicolas Fouquet : ou comment 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité

« Ils ont aimé leur prochain » : 31 témoignages inspirants d’actions solidaires et autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu »

« A quoi ressemble l’amour ? » aurait-t-on demandé un jour à Saint-Augustin. Celui-ci aurait alors répondu :
Il a des mains pour aider les autres.
Il a des pieds pour se hâter vers les pauvres et les nécessiteux.
Il a des yeux pour voir la misère et le besoin.
Il a des oreilles pour entendre les soupirs et le chagrin des hommes(1).

Mais aussi, dirai-je encore, « des oreilles pour entendre le cri de ceux qui ploient sous le joug », cf Exode 2v23-25, et une bouche, pour l’ouvrir « pour les muets et prendre la cause de tous les délaissés » cf Prov.31v8-9]
Voilà ce à quoi ressemble l’amour.

Les 30 portraits – hommes et femmes – esquissés dans le livre de Nicolas Fouquet(2), en charge de l’éducation au développement pour le SEL(3), sont justement de ceux qui, du IVe siècle ap JC à nos jours, « ont aimé leur prochain » en actions et en vérité (cf 1 Jean 3v18). Certaines de ces figures et leurs œuvres inspirées et inspirantes nous sont peut-être plus connues (Martin de Tours et son manteau, Pierre Valdo et « les pauvres de Lyon », William Booth et l’Armée du Salut, Georges Müller et ses orphelinats, Henry Dunant et la Croix Rouge, Martin Luther King et sa lutte pour les droits civiques….) quand d’autres ont été oubliées (tels Caroline de Malvesin, la co-fondatrice des Diaconesses de Reuilly ; Pandita Ramabai, engagée en faveur des veuves et des orphelins et pour l’éducation des femmes en Inde ; ou encore Alexandre Lombard et son original combat – mais toujours actuel – pour « la sanctification du dimanche », pour des raisons « religieuses » mais aussi sociales).  Mais le point commun de toutes ces figures est qu’elles constituent autant de témoignages de vies qui ont trouvé du sens.

Une vie qui a du SENS est une vie UTILE, au service des autres. C’est la raison d’être d’un USTENSILE.

« Ustensiles » dans les mains de Dieu, en qui ils ont mis leur confiance, ces 30 sont aussi des témoignages d’une vie JUSTE. Mais aussi de foi, de fidélité, et d’humilité, soucieux, à l’instar de Caroline Malvesin, de travailler à la seule « gloire de Dieu et non pour la gloire qui vient des hommes », comme de rester d’ « humbles moyens choisis par sa grâce», de sorte que « l’instrument ne se substitue pas à la main qui le dirige »(4).

Aujourd’hui encore, à l’heure du vedettariat et de la recherche d’hommes ou de femmes « providentiel(e)s », notre époque a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes « ordinaires », comme ces chrétiens d’hier et d’aujourd’hui – qui acceptent de répondre à l’appel et aux projets de Dieu, pour accomplir avec « la force qu’Il donne » (1 Pie.4v11) des choses extraordinaires, qu’ils sont incapables de faire et ne sauraient faire autrement, dans le but de rendre visible le Dieu véritable et sauveur.

Les courts chapitres qui composent ce livre ne sauraient être lus de manière isolée et indépendante, mais plutôt de manière globale, comme autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu » (1 Pie.4v10). Il est tout à fait recommandable pour être mis dans toutes les mains. Ne manquons donc pas de découvrir ou redécouvrir ces 30 portraits, chacun étant suivi d’une pertinente réflexion ouverte, basée sur un passage biblique, sur ce que nous pourrions retenir de chaque exemple pour nos propres engagements.

Un élément original du livre à souligner : un dernier chapitre laissé « en blanc » reste encore à écrire. A la suite de ces 30, serais-je, moi lecteur, le 31ème ? Et d’ailleurs, ce 31ème portrait « laissé en blanc », doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». Le débat reste ouvert !

Pour finir, vous vous êtes certainement demandé, comme moi, comment et pourquoi l’auteur a-t-il choisi les 30 portraits de son livre ? Et pourquoi 30 et pas 50 ? Questionné à ce sujet par mes soins, Nicolas Fouquet a bien voulu me répondre :

« Dans toute liste, il y a une part de subjectivité. Mais j’ai essayé (avec l’aide de collègues du SEL et de spécialistes du sujet) d’être assez objectif dans mes choix. Certaines personnes se sont imposées à moi car incontournables (William Wilberforce, William Booth, Henry Dunant…). D’autres aussi moins connues semblaient inévitables à partir du moment où l’on creusait un peu le sujet (Joséphine Butler, Anthony Ashley Cooper, Louis-Lucien Rochat…). Ensuite, la présence de quelques-uns pourrait peut-être être débattue mais s’ils sont dans le livre c’est que nous trouvions intéressant de présenter leur parcours.

A l’origine, il s’agissait de chroniques radios. Nous n’avions pas de nombre prédéfini de portraits que nous souhaitions réaliser. Un chiffre de 25 nous semblait cohérent au vu des noms que l’on avait recensé dans notre liste et du fait que ça correspondait à une demi-année de chroniques hebdomadaires (janvier-juin).

En discutant avec Ruben de BLF, nous avons trouvé intéressant d’ajouter aussi des figures vivantes dans le livre (Denis Mukwege, Marthe Girard, Jackie Pullinger…) pour montrer que l’engagement solidaire continue encore aujourd’hui. Nous pouvions alors aller un peu au-delà de 25 portraits. 31 était pertinent mais aussi amusant car ça correspondait au nombre de jours dans un mois : « 1 portrait par jour pendant 1 mois ! ». Voilà l’explication ! »

Merci, Nicolas Fouquet !

 

 

 

Notes :

(1) Citation tirée de Exley, Richard. « Le Christianisme en bleu de travail ». Edition Vida, 1994, p15.

(2) Fouquet, Nicolas. Ils ont aimé leur prochain : 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité. BLF/SEL, 2017 (Préface de Denis Mukwege, Prix Sakharov, « L’homme qui répare les femmes »). Plus d’informations sur le livre sur ce site dédié et le site de l’éditeur. Retrouvez ces portraits sur le blogue du SEL.

(3) Association protestante de solidarité internationale.

(4) Malvesin, Caroline/ Vermeil, Antoine. Correspondance 1841 – La fondation de la Communauté des Diaconesses de Reuilly. Editions Olivétan, 2007, p41

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Retour sur la rencontre du 19/11/17 avec le Dr. Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », au CEIA.

Pour le Dr Mukwege, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour éduquer les petits garçons « au regard » sur les petites filles.

Denis Mukwege, pasteur et chirurgien congolais, est en première ligne contre la violence faite aux femmes. Quel rôle avons-nous à jouer pour soutenir ce combat pour la défense des droits des femmes en Afrique, mais aussi ailleurs ? Quel pourrait être la part de l’Église dans l’éducation au regard des hommes sur les femmes  (et inversement) ?

Dimanche 19/11, j’ai eu l’occasion de me rendre, avec mon épouse, au Centre Évangélique d’Information et d’Action (CEIA),  le rendez-vous annuel du protestantisme évangélique, à Dammarie-les-Lys, près de Melun. Le thème de cette édition était « Bible et guérison ».
J’ai pu y retrouver certaines connaissances – tenant des stands – et avoir la joie d’en faire de nouvelles, notamment Ruben Nussbaumer (directeur de BLF éditions) et Nicolas Fouquet (en charge de l’éducation au développement, au SEL), que je remercie pour m’avoir aimablement invité à participer à une rencontre exceptionnelle avec le Docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » victimes de violences sexuelles au Kivu (Congo). La présence de ces trois hommes n’était pas fortuite. En effet, les deux premiers sont respectivement co-éditeur et auteur du livre « ils ont aimé leur prochain » (1), par ailleurs préfacé par le troisième. Cet ouvrage, qui s’inscrit dans les 500 ans de la Réforme, retrace le parcours de 30 figures chrétiennes (dont le préfacier) qui se sont engagées dans différents domaines de la solidarité au cours de l’histoire de l’Église [un 31ème, laissé en blanc, reste à écrire par le lecteur].

Rencontre en deux temps avec le docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », préfacier du livre « Ils ont aimé leur prochain », dimanche 19/11

La rencontre s’est déroulée en deux temps : une conférence de presse de 30 minutes, au cours de laquelle le Docteur Mukewege et Nicolas Fouquet ont pu échanger avec plusieurs responsables de médias chrétiens/communication d’organismes/d’œuvres chrétiennes (Gospel mag, Croire et vivre, Christianisme aujourd’hui, La Gerbe, Fédération Protestante de France…), dont moi-même et ma moitié, pour Pep’s café ! . Le tout suivi d’une conférence publique devant 200 auditeurs, introduite par Patrick Guiborat, Directeur Général du SEL et initiateur du Défi Michée en France, et Étienne Lhermenault, président du CNEF et membre du conseil d’administration du CEIA.

Que retenir des différentes interventions du Docteur Mukwege ?

Deux choses entendues lors de la conférence de presse m’ont interpellé :

Premièrement, ce qui lui permet « d’espérer dans l’avenir », c’est « la force de résilience des femmes » qu’il soigne et accompagne. Car, dit-il, celles-ci « ne vivent pas pour elles-mêmes mais sont tournées vers les autres, la communauté » et « sont enclines au partage ». Ainsi, affirme-t-il, notre monde se porterait sans doute « beaucoup mieux » et pourrait changer, avec une meilleure répartition des ressources de notre planète généreuse, si plus de femmes étaient appelées à de hautes responsabilités, au sein du gouvernement des États. Mais est-il nécessaire de nous poser une telle question ? Avons-nous évolué depuis la pièce du comique grec Aristophane « l’Assemblée des femmes »(392 av JC, à une époque où seuls les hommes libres siégeaient à l’Assemblée du Peuple, « l’Ekklesia »), dont le message est simple : « …Je dis qu’il nous faut remettre le gouvernement aux mains des femmes », puisque « c’est à elles, en effet, que nous confions, dans nos maisons, la gestion et la dépense. » Toutefois, il est difficile de savoir, ne vivant plus à l’époque des Grecs anciens, si le but d’Aristophane était de se moquer des femmes, ou au contraire de les louer pour leur initiative.

Deuxièmement, le docteur nous invite à miser sur l’éducation de cette génération, notamment « l’éducation au regard » que nous, les hommes, pouvons porter sur les femmes. Ainsi, affirme-t-il, « lorsque nous enseignons aux garçons de ne pas pleurer », de refouler leurs sentiments, « nous nous faisons du mal sans nous en rendre compte ». Certes, il existe des lois, des forces de police et de justice contre les violences, mais il importe de prévenir celles-ci. Pour cela, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour enseigner aux enfants (notamment les garçons) la considération de l’autre sexe, pour ne pas le maltraiter une fois adulte.
Or, m’a souligné mon épouse, par ailleurs enseignante dans le privé et engagée dans la promotion de l’éducation chrétienne en France, « le respect mutuel des sexes, ainsi que le respect de la différence, sont une telle évidence pour nous en tant que chrétiens nés et éduqués dans un pays occidental et démocratique…que nous pourrions oublier de l’intégrer parmi les objectifs pédagogiques et éducatifs d’une école chrétienne.  »

Et aujourd’hui, combien encore, parmi les chrétiens, pensent que l’homme est supérieur à la femme et que celle-ci n’a pour seul droit que de se taire ou de s’occuper des enfants ?

Le Docteur Mukwege a tenu ensuite un discours durant la conférence publique qui a suivie, laquelle était adressée à tous ceux qui sont appelés à être « le sel de la terre » et à « transmettre un message de guérison » selon le mandat de Marc 16v15-18 et « le programme de guérison et de restauration de l’humanité blessée » en Luc 4v18-19 et en Genèse 3v15.

Dans son plaidoyer, le Docteur nous a expliqué la situation au Kivu, une zone en apparence « bénie » puisque riche en minerais. Mais ces minerais sont en réalité des « minerais de sang » (notamment le coltan, servant à fabriquer les smartphones et ordinateurs portables), et qui constituent l’enjeu de guerres entre milices. L’arme la plus utilisée pour le contrôle de ces zones minières est le viol de masse des femmes et des enfants : une stratégie de destruction planifiée et non le fait de pulsions sexuelles. Et une guerre « à moindre coût » qui détruit les communautés.
Lui-même dit avoir mis du temps à le réaliser : En 1999, après que la guerre au Rwanda a débordé au Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il découvre une patiente mutilée. Il a d’abord pensé à l’acte isolé d’un barbare mais quelques mois plus tard, dit-il, des dizaines de nouvelles victimes sont accueillies à l’hôpital de Panzi où il exerce. Depuis, près de 50.000 victimes de ces viols ont été prises en charge de manière « holistique »(soins médicaux, assistance psychologique mais aussi socio-économique, judiciaire et juridique). La plus jeune des victimes ayant 6 mois et la plus âgée 80 ans !

De ce discours, je retiendrai encore trois choses :

Premièrement, une autre « évidence » : le Royaume de Dieu (ou l’Eglise ?) est « un corps, composé de membres de toutes origines » et « la souffrance [d’un membre, qu’il soit en Syrie, en Irak, au Yémen ou en RDC…] affecte tout le corps ».

Deuxièmement, tout disciple de Jésus-Christ doit témoigner des trois attitudes indispensables : « compassion, engagement et proclamation » [soit d' »affirmer hautement quelque chose » cf Esaïe 52, et, c’est moi qui souligne, les chrétiens ne sauraient se taire]. La compassion, c’est « souffrir avec » ceux qui souffrent. Elle n’est pas une simple « sympathie » mais un amour profond chérissant toute l’humanité, qui nous pousse à aller plus loin pour remédier/mettre fin à la souffrance, ou du moins, la soulager, pour conduire à l’espérance. Et aucune guérison divine n’est possible sans compassion, qui est le moteur de notre engagement.

La compassion est même « une obligation ». D’ailleurs, moi-même, dans une situation analogue à celle que vit celui ou celle qui souffre, qu’aurai-je voulu voir dans le regard de l’autre ? »

Le Docteur Mukwege nous prévient : l’Église doit montrer le visage du Christ. Elle ne doit pas « fermer ses yeux et ses oreilles » et ne pas oublier qu’elle vit dans le monde réel. L’on peut ainsi « parler du ciel » en étant « déconnecté du réel ». Or, dit-il crûment, « l’Église qui a perdu la compassion a perdu son âme ». Elle n’est plus que « du sel qui a perdu sa saveur ».

Par ailleurs, l’engagement ne saurait se limiter à de l’aide « directe » et « locale » aux victimes, mais implique de prendre en compte une réalité plus large encore : la lutte contre la globalisation sauvage, sachant que nos modes de vie individuels et collectifs peuvent être sources d’injustices et de déstabilisation dans d’autres parties du monde.

Troisièmement, le Docteur Mukwege peut-il être une source d’inspiration pour notre génération ? Comme je l’ai rappelé plus haut, il fait partie « des 30 » qui « ont aimé leur prochain », dans le livre de Nicolas Fouquet. Et, détail intéressant, lorsqu’il lui est demandé qui est sa propre source d’inspiration, il nous parle d’un parfait inconnu (pour moi, en tout cas) : un pasteur/missionnaire norvégien en Afrique, dont les écrits ne sont actuellement pas traduits en français (mais sans doute accessibles en anglais). Ce qui a fait sourire la salle, personne ne se voyant lire du norvégien !

Enfin, le 31ème portrait « laissé en blanc », à la fin du livre précité, doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». La question reste ouverte, mais j’aime à croire que le Docteur Mukwege apprécierait d’y répondre.

 

Note : 

(1) Fouquet, Nicolas/Mukwege, Denis(Préf.). Ils ont aimé leur prochain. BLF/SEL, 2017.  Voir la présentation du livre sur les sites de BLF et du SEL.

 

Comment décourager/favoriser l’engagement bénévole des « laïcs » ?

Ma « culture »/mon « climat » d’église encouragent-ils tout nouveau arrivant dans l’église locale, non seulement à y rester mais aussi à y servir ? Source : Pixabay

Quel climat favorise l’implication des laïcs [comprendre : les chrétiens qui ne sont pas pasteurs], au sein d’une église locale ? Quelles attitudes vont au contraire décourager l’engagement bénévole ? Reprise adaptée de la mise au propre des notes du pasteur-« théologeek » suisse Olivier Keshavjee, agrémentée de ses réflexions – publiée sur son blogue – de la conférence d’une ancienne présidente du conseil presbytéral du Temple du Marais à Paris, en 2014.

 

Qu’est-ce qui va faire qu’une personne qui arrive dans une église ou assemblée locale aura le désir, non seulement d’y rester mais, surtout, d’y servir ? Chacun et chacune de ceux qui participent à la vie de l’église a sa petite idée de ce qu’est l’Église, comment elle fonctionne et à quoi elle sert. Le rôle des responsables [Anciens et Pasteurs] est de conduire la communauté à développer une vision qui nous semble biblique de la nature de l’Église. Ce qui implique une part de déconstruction (y compris parmi les responsables, évidement), et une part de reconstruction.

Sachant que :

Motiver les gens à se lever pour servir dans l’église locale est déjà une bonne chose, mais n’est pas le but ultime. Notre rôle, en tant qu’Église, est de rendre témoignage au Christ tout autour de nous. Celles et ceux parmi nous qui n’ont pas de ministère dans l’église se sont en réalité déjà levés, car ils en ont eu ou en ont en dehors : aimer et servir leur foyer, leurs voisins, leurs collègues….. Il n’y a pas de hiérarchie des services, et il y a même un danger d’égocentrisme ecclésial si l’église locale n’a pas la vision d’être tournée vers l’extérieur. Il est d’ailleurs souhaitable que la communauté soit suffisamment forte pour être témoin de l’Évangile (il importe donc que des gens s’y impliquent), mais il convient d’éviter à tout prix que tout le monde ne s’occupe que de la communauté !

L’attitude dans laquelle nous servons est fondamentale. Jésus ne nous appelle plus « serviteurs », mais « amis »(Jean 15v15). C’est en tant qu’amis que nous servons d’une manière désintéressée. Si une attitude de service révèle le caractère de Dieu (Jésus est venu « non pas pour être servi mais pour servir » cf Marc 10v45), une mentalité de serviteur est une négation de l’Évangile ! Dieu nous reçoit comme ses enfants (1 Jean 3v1 et ss), pas comme ses esclaves. Entre nous, c’est parce que nous voulons nous honorer réciproquement (comme filles et fils de Dieu) que nous avons de la considération les uns pour les autres, et une disposition au service.

Finalement, « ministère » ne signifie rien d’autre que « service » (via la traduction latine du grec diakonos — qui donne accessoirement le mot « diacre »), qu’il s’agisse du « ministère de la Parole » ou du « ministère des tables ». Indépendamment des théologies des ministères propres à chaque Église (et la question de leur reconnaissance publique, consécration, avec imposition des mains, etc….), il est essentiel de prendre conscience que le « mini-stère » n’est pas un « honneur » ou un « privilège » (auquel cas, on l’appellerait « magi-stère »), mais une position : ni au-dessus, ni derrière, mais en dessous des pieds de ceux que l’on sert, à l’instar du Seigneur Jésus qui a lavé les pieds de ses disciples et qui nous commande de « suivre son exemple » (Jean 13v14-15). Il est aussi important de partir du principe que chaque croyant·e est appelé·e à servir, et donc à exercer un ministère — quelque soit la forme et l’envergure dudit ministère, qui ne se limite à être « pasteur » ou « prédicateur ».

Ceci dit, voici,  selon Olivier Keshavjee, 6 attitudes qui n’encouragent pas le développement des charismes des individus, et qu’il s’agit de repérer et déconstruire dans l’église locale :

1.Une vision pyramidale

Le pasteur est le modèle, la référence, le moteur. Tout passe par lui. Rien de tel pour encourager les gens à ne pas s’impliquer, à ne pas se voir comme « des pierres vivantes fondamentales à l’édifice » (1 Pierre 2v5).

2.Une mentalité de mérite

Une idée répandue est que pour avoir un ministère, il faudrait le mériter (cad « être bon, être fidèle, être compétent », ou « être un contributeur important »…). Bien entendu, Dieu fait avec ce que nous sommes, mais la Bible ne manque pas d’exemples de gens incompétents que Dieu appelle à des tâches qui les dépassent (les 12 disciples, par exemple). Le ministère est un don, une grâce, et Dieu nous y équipe réellement.

Autre idée répandue : le ministère devrait correspondre à ce que nous faisons « dans la vie ». Sans doute, si untel est banquier, il aura peut-être les capacités de s’occuper des finances de l’église. Mais peut-être qu’il rêve d’autre chose et que sa place est ailleurs…

3.Une mentalité « d’homme-orchestre » (ou l’incapacité à déléguer)

Plutôt présente chez les responsables, c’est l’idée de la personne à tout faire. « Il faut quelqu’un pour s’occuper des enfants, ce n’est pas mon charisme, mais je vais le faire — je suis payé pour ça. » Et donc du coup je vais tout faire. Et du coup personne n’a la place pour s’engager.

Or, il est crucial d’apprendre à reconnaître, mais aussi à admettre et développer ses propres « « domaines d’incompétences ».

4.L’individualisme

« Forteresse » de notre époque, cette mentalité nous pousse à voir l’Église comme « un endroit avant tout pour moi, pour me faire du bien ». Je suis plus conscient de mes besoins et de ma relation à Dieu que des besoins qui m’entourent et de ma relation à la communauté. Et donc je vais plutôt avoir tendance à attendre d’être servi, qu’à servir.

5.L’activisme

L’idée que ma motivation, ma fidélité et donc ma valeur se mesurent à mon engagement. Pour être un meilleur chrétien, ou un meilleur être humain, je dois m’engager toujours « plus » et donner « toujours plus de moi » (pour « gagner plus » ?). Inutile de dire qu’une telle attitude est une négation propre en ordre de l’Évangile, puisque ma valeur ne dépend pas de moi, mais de ce que Jésus a fait pour moi, et du regard que Dieu me porte en Christ.

Un tabou à souligner : derrière la volonté de toujours (en) faire « plus », se cacherait-elle la peur de « s’arrêter », de « marquer une pause » souhaitée (une année sabbatique), par crainte de ne plus pouvoir reprendre (« son poste » étant pris par un autre) et donc de se voir « mis au placard » ?

6.Le « bouche-trous » 

En quelque sorte le pendant de « l’homme-orchestre ». Le laïc serait là pour trouver une place dans un système/planning existant, pour boucher les trous des besoins dans l’église locale. Le risque est présent quand on réfléchit en termes de besoins de l’église locale plutôt qu’en termes de charismes/appel des chrétien·ne·s : en gros, « je vois un besoin, je vais le faire, car il n’y a personne pour le faire » ou alors « on a un besoin ici, et un autre là. Et vous êtes disponible. Qu’est-ce qui vous conviendrait ? ». Cela fonctionnera un temps avant de vite rencontrer ses limites. Car il ne suffit pas de « venir travailler » : il importe d’avoir été appelé à ce service.

Quelles seraient les 5 caractéristiques d’une culture favorisant à l’engagement ?

Déconstruire, c’est bien. Mais que reconstruire à la place? Quelle atmosphère valoriser pour encourager l’engagement et le foisonnement des ministères de chacun·e ?

Il ne s’agit pas de recopier des modèles qui semblent fonctionner dans la société. Notre appel en tant qu’Eglise est de développer une culture différente, sous la souveraineté de l’Esprit qui vit parmi nous.

1.Regarder les gens en Christ

Les responsables (anciens/pasteurs) sont invités à poser un regard de discernement sur les membres de l’église locale, pour discerner ce que l’Esprit dit sur eux. Et non pas juste demander : « quelle est sa formation ? Que sait-il faire ? »

2.Libérer les gens pour entrer dans leur appel

Certaines églises -celles que je connais en Région parisienne, notamment – ont développé un accompagnement spirituel « maison » novateur, en réponse à l’égocentrisme de notre époque. Le but étant de prendre les gens là où ils (en) sont, de les accompagner dans un chemin de libération intérieure qui les détourne d’eux-mêmes, pour les faire avancer et s’engager dans la mission de Dieu.

Si le soin des individus (accompagnement, délivrance, libération, guérison…)doit toujours rester une priorité de l’Église, il importe de rappelle que si l’on peut tomber, il est fondamental de toujours se relever, et, avec la grâce de Dieu, de reprendre la route et avancer pour pouvoir se mettre à servir (et peut-être soigner) à son tour.

3.Une culture de la collectivité

En tant que chrétiens, nous sommes participatifs de quelque chose de plus grand que nous : l’œuvre du Dieu véritable – Père Créateur, Fils Sauveur et Seigneur, Saint-Esprit consolateur et puissant – dans le monde. Et c’est ce sentiment qui nous met en mouvement. Chaque église locale a un rôle spécifique à jouer dans cette œuvre.

Il s’agit donc d’avoir une vision claire, en église, et de la communiquer. Une vision qui passionne et motive (littéralement: met en mouvement) — sans quoi les gens n’ont pas de raison de s’engager.

Mais il ne s’agit pas d’utiliser les autres pour qu’ils servent notre vision. Au contraire, la vision n’est jamais définitivement figée : elle est bannière de ralliement, mais elle évolue en fonctions des gens qui s’y rallient.

4.Flexibilité: offrir la possibilité d’évoluer dans son ministère

On n’aime pas toujours changer une mécanique qui fonctionne. Mais forcer des gens à entrer (rester)dans des cases qui ne leur conviennent pas (ou plus) est une stratégie perdante (en plus d’être méprisante).

Offrir de la flexibilité implique d’être prêt à accepter de changer des programmes bien huilés. Et aussi d’oser arrêter certains ministères, si on n’a plus personne pour les alimenter.

5.Accentuer la dimension relationnelle

Notre Dieu étant un Dieu relationnel, Son Église est avant tout espace de relations (avec soi, Dieu, la famille chrétienne, l’ensemble de la société, etc.). Il s’agit donc de privilégier les relations sur les programmes. Les activités sont aux services des personnes, et pas l’inverse.

Cela implique de créer des espaces de relations, soit des lieux où des choses se passent, se mettent en place, sans qu’on les y pousse. Concrètement, cela peut être à travers des groupes de maisons/cellules de vie, des agapes (repas fraternels), ou même, pourquoi pas, des tournois de ping pong, de bowling ou de pétanque.

 

Et en complément, ce commentaire d’internaute proposant quelques «ingrédients» de base susceptibles de favoriser le développement, puis le maintien d’une communauté vivante :

Former sans formater. Dispenser des formations « sur le tas» permet d’asseoir les fondements de la communauté qui en profite, et affermit les liens interpersonnels. Les bénéficiaires sont ainsi «outillés» pour assumer des responsabilités de groupes tout en grandissant personnellement dans le domaine spirituel.

Encadrer sans étouffer. Il importe de doter les responsables de groupes d’une structure qui les sécurise et qui leur permet de prendre confiance en eux. Cela évite de les jeter prématurément «dans le bain» sans références, au risque de les «griller».

Déléguer sans «laisser aller». Une personne à qui une responsabilité est confiée ne doit pas être livrée à elle-même. La personne «délégante» est tenue d’assurer un suivi de la tâche et de ne pas «s’en laver les mains».

Créer ensemble. Le chemin (et la façon de le parcourir) est aussi important, si ce n’est plus, que le but que l’on cherche à atteindre. Il importe d’éviter la routine pour maintenir vivant le dynamisme inhérent à la création de projets, d’activités, etc. A noter que pour créer il faut de l’espace: à la fois espace physique (locaux) et espace de liberté (pouvoir initier des choses nouvelles)…

Se construire en construisant. Le travail en équipe profite à la réalisation personnelle. Le partage en lieu de vie en église développe corollairement la vie intérieure, «en individu».

S’hydrater à des sources multiples [à user avec discernement]. L’ouverture à des formes de spiritualités autres et la rencontre de communautés vivant leur foi de façons différentes génèrent enrichissements mutuels et réappropriation de ses fondements spirituels.

Se diversifier sans se perdre. Le protestantisme est constitué d’une multitude de sensibilités théologiques. Cette diversité doit non seulement être respectée, mais intégrée pour consolider la structure ecclesiale.

S’ouvrir et se recentrer. Chacun doit identifier et faire respecter son point d’équilibre personnel de manière à ne pas être broyé par la rigidité d’un cahier des charges emprisonnant. La découverte de cet équilibre est facilitée par une itération entre l’ouverture aux attentes communautaires et un centrement sur les nécessités vitales de la personne.

Dialoguer en vérité. L’église locale ne doit pas conforter le «théologiquement correct» mais offrir des espaces de dialogue permettant l’authenticité de la personne.

 

 

Foireux liens de juillet-août(22) : « mission/démission », « réformer/déformer »

Les « Foireux liens » de l’été 2017 : une actualité placée sous le signe de la « réforme », laquelle soulève des protestations !

Voici nos « foireux liens » de juillet-août : il y sera question, entre autres, de « génération Y », de « super-pouvoirs », de réformes autour du code du travail en France et de la santé aux USA, et de la meilleure façon de la théologie avec le hand-spinner ! A lire, bien entendu pas « d’un seule traite » mais à votre rythme, pendant l’été.

 

1) Pourquoi la génération Y est-elle en train de démissionner ?

« Née dans les années 80, elle est réputée difficile à manager, à rester concentrée, accusée d’être instable, paresseuse même parfois, elle fait l’objet de diverses études cherchant à comprendre pourquoi elle rencontre tant de difficultés à s’intégrer en entreprise. Ceux qui la composent disent rechercher une mission davantage qu’un travail, un mentor plutôt qu’un chef et veulent avant tout avoir de l’impact, de l’influence dans ce qu’ils font. Quitte à prendre le risque de tout abandonner s’ils ne l’obtiennent pas. (…) La génération Y continuera de démissionner tant que l’on sera incapable de faire le bon diagnostic et réorganiser le travail de façon à s’adapter aux modes de vies d’aujourd’hui ».

« Je vais sauver notre mariage », « Tu vas arrêter de boire, de me tromper, de me battre et tu vas consulter? », « Mon Dieu non ! Je vais voter pour interdire le mariage gay ! »

2) « Dieu est-il homophobe » ? Un rapport soumis au vote du Synode de l’Église anglicane en 2016 réaffirmait la vue traditionnelle du mariage entre un homme et une femme. Ce rapport valorisait toutefois certains aspects de l’homosexualité. Sam Allberry, chrétien et pasteur, et aussi attiré par les personnes du même sexe, s’est réjouit du maintien de cette vue traditionnelle. Il s’inquiète pourtant devant la forte pression qui est faite pour permettre à l’Église anglicane de bénir les couples homosexuels. Il est l’auteur du livre Dieu est-il homophobe ?, paru aux éditions BLF le 15 juin 2017.

Écouter sa prise de position, à cette occasion, ici, dans cette vidéo.

Et lire le témoignage de celui « qui a su replacer l’attirance pour les personnes du même sexe dans la perspective d’une vie de disciple. Loin de présenter une injuste spécificité des personnes attirées par le même sexe, en réalité », Sam relève que la vie de disciple a un coût, « qui est le même pour tous » : renoncer à « laisser libre-court à ses convoitises en matière de désirs charnels ».

3) Qu’est-ce qui constitue une approche pastorale ? Ou qu’est-ce que signifie « être pastoral » ? Par Kevin DeYoung. Selon nous, une «approche pastorale» implique la douceur, la patience et beaucoup d’écoute. Si quelqu’un est «pastoral», il est relationnel, sensible et a un effet calmant sur le autres. Le « soin pastoral », cela suppose de réconforter les malades, rendre visite aux veuves et prêter une épaule pour pleurer. Ce sont tous de bons exemples qui qualifient un bon pasteur. (…) ‪Mais ces exemples ne viennent pas à bout de ce que la Bible entend par le «ministère pastoral». Nous ne devons pas permettre aux vertus douces du soin pastoral d’en éclipser les vertus dures, de sorte qu’une «approche pastorale» devienne synonyme de ce qui est inoffensif, thérapeutique et réconfortant….

4) « Vaincre les idoles cachées » : une méditation de 2 Rois 17v9-19 proposée par Laurent Descos, pasteur et blogueur : C’est donc « en secret » que les Israélites s’étaient bâti des hauts lieux, qu’ils s’étaient fait des pierres levées et des poteaux cultuels sur toutes les collines. Étonnant, n’est-ce pas ? En secret de qui, si c’était à la vue de tous ? En secret d’eux-mêmes ! Combien de compromis en effet, cachés à nos propres yeux, faisons-nous avec l’ennemi dans nos vies ?

« Grand pouvoir….grandes responsabilités ! » (Source : blog du SEL)

5) Des pistes d’action contre la pauvreté en dessinVoici la 3ème série de dessins que le SEL publie sur le sujet de la pauvreté. Après une série sur le combat contre la pauvreté et une autre sur les causes de la pauvreté, cette série a pour but de nous amener à réfléchir sur certains passages de la Bible. Bien souvent on les connait bien, mais on les applique peu… Que le Seigneur nous change, au moyen de ces dessins, pour nous amener à vivre une vie d’amour et de service auprès des autres !

6) L’intox du « grand remplacement musulman »L’Europe a peur. Un des épouvantails agité aujourd’hui par les partis xénophobes et nationalistes qui prospèrent sur le Vieux Continent est le « grand remplacement ». Décryptage par le sociologue Sébastien Fath.

 7) Vivre en « chrétien engagé » est-il (in)compatible avec un engagement d’homme politique ? Bien entendu, un chrétien peut s’engager en politique, s’il perçoit un appel particulier à ce sujet, et même, pourquoi pas, faire partie des hautes instances dirigeantes d’un parti. Néanmoins, personne ne devrait douter que sa foi est plus importante, à ses yeux, que la politique. Et comme par un fait exprès, l’éternel débat de la compatibilité de la foi chrétienne avec l’engagement politique me paraît être relancé par la récente décision de l’ « évangélique » britannique Tim Farron, qui est aussi le chef du parti libéral-démocrate. « Déchiré » entre sa foi chrétienne et son rôle d’homme politique, Tim Farron a finalement choisi…..de démissionner de ses fonctions, le 14 juin, à la surprise générale. Deux journalistes chrétiens, l’évangélique Henrik Lindell, pour « La Vie », et le catholique Pierre Jova, pour « Famille chrétienne », analysent l’un et l’autre les raisons dans deux articles complémentaires. 

8) Le chiffre insolite au second tour des élections législatives françaises- surtout postprésidentielles : 57 % d’abstentions. Ailleurs en Europe, l’élection nationale aurait été invalidée faute de participants !

9) « Un incroyable talent », et bientôt « des superpouvoirs ». Pour quoi faire ? (Publié avant les résultats des législatives). Le président Emmanuel Macron va obtenir « des super-pouvoirs que de Gaulle n’avait pas eus. Sa victoire annoncée est énorme. Pratiquement pas d’opposition ; une vie parlementaire circonscrite à des centaines de députés macroniens, au garde-à-vous dans les débuts ; néanmoins, des ordonnances pour mener au pas de charge des réformes graves dont il aurait fallu débattre. Jusqu’à quel point peut-on déréguler ? Peut-on accepter que ce gouvernement exhume le faux dogme du « ruissellement », selon lequel enrichir les plus riches finit par profiter aux pauvres ? Peut-on laisser plafonner les dommages-intérêts dus aux salariés abusivement licenciés (ce qui encouragera les abus) ? Voilà le genre de questions qui ne seront posées à l’Assemblée que par une poignée de gens, dans l’indifférence de l’énorme majorité », représentant « les heureux de la mondialisation ».

10)  Non à une République qui marche «au pas»! Une note de blogue publiée le 15 juin de Barbara Romagnan, député sortante candidate à sa succession…avant d’être « sortie » le 18 juin face à une candidate LREM : « En République, c’est le Parlement qui contrôle le Gouvernement, et non l’inverse. En République, c’est aux citoyens qu’il appartient de décider si les représentants sont dignes de confiance. En République, un député élu par des citoyens libres doit être une voix libre – et non pas la voix du Président. En somme, une République qui « marche », ce n’est pas une République qui marche « au pas ».

 

11) Faut-il assouplir le code du travail ? Flexibiliser le code du travail, comme le gouvernement projette de le faire à la rentrée, est-il efficace pour lutter contre le chômage ? En réalité, 30 ans de dérégulation n’ont pas réussi à endiguer le phénomène… Mais le mauvais procès instruit contre le code du travail est tenace. Explications en vidéo. Trois minutes pour comprendre.

12) Loi travail bis : La France va-t-elle suivre le modèle allemand et transformer ses chômeurs en travailleurs pauvres ? Après les lois Macron, Rebsamen et El-Khomri(1) sous le précédent quinquennat, le gouvernement d’Edouard Philippe prépare une réforme encore plus profonde du droit du travail(2), précédant une remise à plat de l’assurance chômage. Ce big bang annoncé a un modèle : les réformes « Hartz »(3), engagées en Allemagne au début des années 2000, aujourd’hui parées de toutes les vertus par de nombreux commentateurs avec, en apparence, l’un des taux de chômage les plus bas d’Europe. La réalité des chiffres montrent au contraire que ces réformes du marché du travail n’ont pas radicalement réduit le chômage et la sous-activité et, surtout, ont provoqué une explosion des travailleurs pauvres, dont le nombre est l’un des plus élevés d’Europe.

13) La libéralisation du transport ferroviaire « en marche », en France ? Deux sénateurs ont mis en chantier une proposition de loi qui pourrait encadrer l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs. Une chose à ne pas faire, vu qu’au Royaume-Uni, « 20 ans après », « la privatisation des chemins de fer déraille » : Hausse incontrôlée du prix des billets, trains supprimés et réduction du personnel, conduisant près de deux Britanniques sur trois à souhaiter une renationalisation complète.

14) Pollution atmosphérique et hausse du prix des titres de transport en IDF :  Gel du tarif des tickets « origine-destination » et du ticket de métro, augmentation du Pass Navigo, ticket Mobilis « grande banlieue »… Voyager en illimité dans toute l’Île-de-France coûtera plus cher à partir du 1er août 2017. Le prix du Pass Navigo augmentera de 3% pour atteindre 75,20 euros contre 73 euros aujourd’hui, comme l’annoncera Valérie Pécresse, la présidente de la région d’IDF lors du conseil d’administration du Stif (Syndicat des Transports d’Île-de-France), le 28 juin prochain, dévoile Le Parisien mardi. Les usagers ne manqueront pas de s’interroger sur de telles hausses, alors que le service rendu ne s’est guère amélioré ces derniers mois. Et ce, alors que s’est déclenchée une nouvelle procédure d’information et de recommandation(4) par la préfecture de police, pour la journée du mardi 20 juin, en IDF, concernant la pollution atmosphérique, selon les données transmises par AIRPARIF.

 

« Jésus-Christ guidant Donald Trump dans son offensive contre l' »Obamacare » ? Un chromo délirant et inquiétant qui se propage sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 !

15)  USA : Comment Trump tente de défaire l’Obamacare…..

Les Etats-Unis détiennent deux tristes records. Celui des coûts de santé par habitant, qui s’élevaient à plus de 9 451 dollars en 2015, contre 3 612 dollars en France, selon l’OCDE. Et celui des inégalités de santé. C’est un pays riche en équipements de pointe pour soigner et réparer les corps. C’est en même temps un pays où des individus se retrouvent lourdement endettés après une opération chirurgicale dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars. Alors que le président Donald Trump lance une virulente offensive législative pour revenir sur l’Obamacare, l’emblématique réforme du système de santé de son prédécesseur, essayons de comprendre ce qui se joue outre-Atlantique. Que peut-il advenir de ce système d’assurance maladie particulièrement complexe, à l’issue des manœuvres en cours ?

….. et se retrouve dans le bourbier de la réforme de santé : Après avoir promis d’abroger l’assurance santé mise en place par Obama, Donald Trump est confronté à la division des sénateurs républicains, et à l’opposition de citoyens (dont des handicapés) attachés à l' »Obamacare ».

16) Insolite(bis) : le « Covfefe Act » : Le député démocrate Mike Quigley a introduit une proposition de loi baptisée Covfefe Act (abréviation de Communications Over Various Feeds Electronically for Engagement ) !! L’objectif de cette proposition de loi est de modifier le Presidential Records Act pour y inclure les publications du Président des Etats-Unis sur les réseaux sociaux. Cela inclurait notamment les tweets publiés par Donald Trump et ses successeurs sur leur compte Twitter personnel. Ces publications ne pourraient ainsi plus être effacées et devraient être obligatoirement archivées en tant que communications présidentielles officielles, au même titre que les communiqués de la Maison Blanche et autres documents écrits.

Et pour finir :

17) Insolite (ter) : Faire de la théologie avec le « hand spinner » ? C’est possible !

 C’est le gadget à la mode : un petit objet que l’on fait tourner entre ses doigts et aurait des effets positifs contre le stress et pour la concentration. Vertus auxquelles on pourrait donc ajouter… la théologie trinitaire.

 

 

 

Notes : 

(1) Code du travail 2017 – PDF en ligneLe texte intégral du Code du travail de 2017, à jour de la loi Macron, de la loi Rebsamen et de la loi travail parues en 2015 et 2016, est librement téléchargeable ici sous la forme d’un fichier PDF de 3040 pages. Ce document comprend tous les articles figurant dans les parties législative et réglementaire du Code du travail. Vous pourrez notamment y retrouver les règles applicables au licenciement, au paiement du salaire, aux congés payés, à la période d’essai, à la procédure de rupture conventionnelle ou à la démission.

Important : le Code du travail a été modifié en profondeur en 2016 avec la nouvelle loi travail promulguée en août dernier. Pour en savoir plus sur les changements intervenus, voir loi El Khomri (loi travail) – Ce qui a changé. Le contenu du Code devrait à nouveau être grandement modifié en 2017 avec l’entrée en vigueur de la réforme du Code du travail voulue par Macron.

(2) Code du travail, la réforme Macron : Le président Macron souhaite que la réforme du Code du travail soit mise en oeuvre dès cet été 2017. Le point sur le contenu de cette réforme qui modifiera en profondeur le droit du travail français.

(3) La loi dite Hartz, du nom de Peter Hartz, ancien DRH de Volkswagen qui a dirigé la commission ayant concocté ces réformes sous le gouvernement du social-démocrate Gerhard Schröder. Trois autres réformes ont suivi, lesquelles se sont attaquées à l’assurance chômage, en réduisant la durée d’allocation et en renforçant les contrôles et la surveillance des chômeurs, et ont ouvert grand la porte au développement des emplois à bas-salaire. A noter que pour le sociologue Sébastien Fath, ce que Gerhard Schröder a accompli en Allemagne  est comparable, en dépit de différences notables, avec les propositions  qu’il estime « assez proches et profondément respectables » – et qu’il range sous la « bannière réformiste du courage politique » – d’ Emmanuel Macron et François Fillon, deux hommes selon lui « pondérés et très déterminés ».

(4) Pour en savoir plus sur la procédure.

 

 

Un verset et une question pour retrouver et vivre un christianisme véritable

Si les fameuses pensées de Kierkegaard nous « attaquent par derrière »….c’est pour mieux nous édifier !

Voici une nouvelle série pour l’été : chaque mercredi, pendant sept semaines, d’après « les pensées qui attaquent dans le dos » du penseur chrétien Soren Kierkegaard(1), un verset et une question pour méditer sur une condition nécessaire pour retrouver et vivre un Christianisme véritable.

Ces questions ne brossent pas dans le sens du poil mais engage celui qui ose s’y plonger. Et si elles l’« attaquent par derrière »….c’est pour l’édifier !

Bonne route, car, comme le rappelle Kierkegaard, « là, c’est avec toi-même que tu (auras) affaire au sens le plus profond, et il s’agit d’une affaire de conscience ».

Note :

(1)Ed. Première partie, 2014.

 

 

Voilà, voilà….

Voilà, voilà

Voilà, voilà, que ça recommence

Partout, partout et sur la douce France

Voilà, voilà, que ça recommence

Partout, partout, ils avancent

La leçon n’a pas suffit

Faut dire qu’à la mémoire on a choisi l’oubli Partout, partout, les discours sont les mêmes

Etranger, tu es la cause de nos problèmes

Moi je croyais qu’c’était fini

Mais non, mais non, ce n’était qu’un répit

Voilà, voilà …
La leçon n’a pas suffit

Faut dire qu’à la mémoire on a choisi l’oubli

Dehors, dehors, les étrangers

C’est le remède des hommes civilisés

Prenons garde, ils prospèrent

Pendant que l’on regarde ailleurs

Prenons garde, ils prospèrent

Pendant que l’on regarde ailleurs

« Voilà, voilà …The lesson was not learned Remembers they choosed forget Everywhere I hear what they say Foreigners you are the cause of our problems Me I thought it was all over But in fact, it was only a pause Voilà, voilà, it starts again Everywhere and in la douce France Voilà, voilà, it starts again They are coming

Voilà, voilà ..Rachid Taha (1993. Album « Carte Blanche ». 1997)

« Je respecte infiniment la liberté de conscience, mais il n’y a pas d’indifférence chrétienne »

« L’indifférence tranquille n’est-il pas ventre trop fécond du fleurissement des extrêmes ? »

Le simple fait de constater un stupéfiant niveau de tensions et de confusions autour des propos de « chrétiens en campagne », dans le cadre de cette élection présidentielle, devrait être de nature à nous interpeller : l’une invite à « un vote révolutionnaire » en faveur de la candidate d’extrême-droite, se persuadant qu’il ne s’agit pas d’un « vote d’adhésion » ; d’autres mettent Macron et Le Pen sur le même plan (au risque de banaliser celle-ci), appelant à « voter blanc » ou à glisser un bulletin « Jésus » dans l’urne (mais « son royaume » est-il « de ce monde » ? Peut-on « voter » pour Christ, comme s’il n’était qu’un « candidat », une « option », parmi d’autres ? ), parce que voter l’un ou l’autre serait dans tous les cas « soutenir (un) projet politique estampillé par la marque de la Bête, quel que soit son visage » ou « sceller une alliance inique pour la France »….Comment a-t-on pu en arriver là ?

Au milieu de toute cette agitation, « Zabou the terrible », une jeune blogueuse catholique au nom étrange, nous interpelle et nous fait part de ses incompréhensions, dans ce très beau texte intitulé « Pas l’indifférence ». Mais qu’est-ce que l’indifférence ? C’est un trouble de la perception ou « l’incapacité de distinguer les différences ».

Et « Zabou » de s’interroger, au lendemain d’élection :

(…) Banalisation de la violence,

Banalisation de l’exclusion,

Banalisation d’une politique qui semble trop lointaine ?

Banalisation du drame d’une France divisée.

Je ne mets pas tout sur le même plan,

Mais je m’interroge.

En 2002, j’étais lycéenne,

La présence d’un extrême au 2nd tour avait été choc

… Et réaction !

Une France dans la rue : des craintes, des « plus jamais ça »…

C’était maladroit mais c’était heureux.

Et aujourd’hui ?

Indifférence.

 

Malgré son nombre croissant de voix,

Je ne peux faire du FN un parti comme un autre,

Je ne peux pas dire : on a juste à choisir entre l’extrême-droite, le centre gauche fan de gros sous, le vote blanc ou l’abstention,

Je ne peux pas le dire en oubliant que, dans un des possibles, il y a « extrême »,

Je ne veux pas de la banalisation de l’extrémisme,

Je refuse cette indifférence crasse face à l’inacceptable !

Qu’on se le dise : je ne juge pas ceux qui le font,

Mais je ne parviens pas à comprendre comment on peut être chrétien et voter FN.

 Je respecte infiniment la liberté de conscience

Mais il n’y a pas d’indifférence chrétienne :

Comment ne pas réagir ?

(….) L’indifférence tranquille n’est-il pas ventre trop fécond du fleurissement des extrêmes ?  

La suite ici.

 

Nos groupes de jeunes vivent-ils l’évangile de Jésus-Christ, en étant ouverts à « toutes les réalités » ?

Hier, les disciples de Jésus lui demandaient de leur apprendre à prier. Les disciples d’aujourd’hui lui oseront-ils lui demander de leur apprendre à Le suivre ?
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Nos groupes de jeunes sont-ils ouverts à toute la jeunesse en particulier et à « toutes les réalités » (1) en général ? Car c’est ainsi que se vit l’évangile et la vie chrétienne, selon l’esprit du corps de Christ.  Et sans oublier de « (construire) un pont avec le futur en parlant avec les anciens ! », selon les propos du pape François, lequel s’était adressé aux jeunes du Latium le 8/04/17 (veillée de prière à la basilique Sainte-Marie-Majeure, à Rome en vue des JMJ de Panama, prévu pour janvier 2019)

Extraits significatifs d’un discours (me paraissant) inspiré et inspirant(2), de nature à nous interpeller, nous, protestants évangéliques….

 

« Chers jeunes,

Merci d’être présents ici ! Cette soirée est un double commencement : le commencement du chemin vers le Synode, qui a un nom bien long : « Les jeunes, la foi et le discernement de la vocation », mais nous dirons : « le Synode des jeunes » [de tous les jeunes] Un Synode dont aucun jeune ne doit se sentir exclu ! (…) Oui ! C’est le Synode des jeunes : nous voulons tous vous écouter. Chaque jeune a quelque chose à dire aux autres(…), aux adultes, [ses frères et sœurs, y compris les pasteurs et responsables de jeunes] Nous avons tous besoin de vous écouter !

(…)Le monde d’aujourd’hui a besoin de jeunes qui vont « en hâte », qui ne se lassent pas d’aller en hâte ; des jeunes qui aient cette vocation de sentir que la vie leur offre une mission (…) Nous avons besoin de jeunes en marche. Le monde ne peut changer que si les jeunes sont en marche. Mais c’est le drame de ce monde : que les jeunes – et c’est le drame de la jeunesse d’aujourd’hui ! – que les jeunes sont souvent mis à l’écart. Ils n’ont pas de travail, ils n’ont pas d’idéal à suivre : manque l’éducation, manque l’intégration… Tant de jeunes doivent fuir, émigrer vers d’autres terres… C’est dur à dire, aujourd’hui souvent les jeunes sont des matériaux de rebut. Cela nous ne pouvons pas le tolérer ! Et nous, nous devons faire ce Synode pour dire : « Nous les jeunes, nous sommes là ! (…) nous sommes ici, en marche. Nous ne voulons pas être des matériaux de rebut ! Nous nous avons de la valeur à donner ! ».

(….) Vous les jeunes vous devez risquer. Aujourd’hui vous devez préparer le futur. Le futur est entre vos mains.

Pendant le Synode, toute l’Église veut écouter les jeunes : ce qu’ils pensent, ce qu’ils sentent, ce qu’ils veulent, ce qu’ils critiquent et de quoi ils se repentent. Tout. L’Église a besoin d’encore plus de printemps, et le printemps c’est la saison des jeunes.

Par ailleurs je voudrais vous inviter à faire cette marche (…) avec joie, à la faire avec vos inspirations, sans peur, sans honte, à la faire courageusement. Il faut du courage. Chercher à prendre la beauté dans les petites choses (…) : cette beauté de tous les jours, la prendre, ne pas perdre cela. Remercier pour ce que tu es : « Je suis ainsi : merci ! ». Bien souvent, dans la vie, nous perdons du temps à nous demander : « Que suis-je ? ». Mais tu peux te demander « qui » tu es » et passer toute ta vie en cherchant « qui » tu es… Demande-toi : « Pour qui suis-je ? ». (…) Pour qui suis-je, et non qui suis-je : cela vient après, si c’est une demande qu’on doit faire, mais avant tout pourquoi faire un travail, un travail de toute une vie, un travail qui te fait penser, qui te fait sentir, qui te met en action. Les trois langages : le langage de la pensée, le langage du cœur et le langage des mains. Aller toujours de l’avant.

Il y a une autre chose que je voudrais vous dire : le Synode ce n’est pas un parloir. Les JMJ ne seront pas un parloir ou quelque chose d’approchant, ou une belle chose, une fête et ensuite ciao j’oublie… Non, concrétisez ! La vie nous demande du concret. Dans cette culture « liquide » il faut du concret : le concret c’est votre vocation.

(…) Aux jeunes aujourd’hui, aux jeunes la vie demande une mission ; l’Église leur demande une mission et aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin, nous avons besoin du pont, du dialogue entre les grands parents et les jeunes, entre les vieux et les jeunes. Le prophète Joël, dans le chapitre 3, verset 1, nous dit ceci, comme une prophétie : « Vos anciens seront instruits par des songes et vos jeunes gens par des visions », c’est à dire qu’ils porteront en avant par des prophéties les choses concrètes. Ceci est un objectif que je vous donne aussi au nom de  l’Église : parler avec les anciens. « Mais c’est ennuyeux…  ils disent toujours les mêmes choses… » Non : écoute l’ancien. Parle. Demande des choses. Fais en sorte qu’ils songent et à partir de ces songes va de de l’avant, pour prophétiser et pour rendre concrète cette prophétie. Aujourd’hui c’est votre mission, c’est la mission que vous demande aujourd’hui l’Église.  Chers jeunes, soyez courageux ! « Mais, (…)j’ai péché, je tombe si souvent… » Il me vient à l’esprit une chanson alpine, très belle, que chantent les alpinistes : « Dans l’art de monter, l’important n’est pas de ne pas tomber, mais de ne pas rester à terre… » Avance ! Tu tombes ? Lève-toi et va de l’avant. Mais pense à ce qu’a songé le grand-père, ce qu’a songé le vieux ou la vieille. Fais-les parler, prends cela et fais le pont avec le futur. C’est l’objectif et la mission qu’aujourd’hui vous donne l’Église.  (…) Et [l’on] vous demandera : « Avez-vous parlé avec les vieux ? Avez-vous parlé avec les anciens ? Avez vous pris les songes de l’ancien et les avez vous transformés en prophéties concrètes ? » C’est votre objectif. Que le Seigneur vous bénisse ».

 

Notes :

(1)Voir notre article : « à qui appartiens-tu ? Ta vie chrétienne est-elle réelle ou virtuelle » ?

(2) Découvert via http://plunkett.hautetfort.com/archive/2017/04/11/nouvelle-evangelisation-sur-le-terrain-de-toutes-les-realites.html ; Voir aussi : https://fr.zenit.org/articles/le-pape-invite-les-jeunes-a-se-demander-pour-qui-suis-je-et-non-qui-suis-je/

Laisse la colère, « la » politique, mais n’oublie pas l’engagement…et « le » politique

« Pour voter d’une manière chrétienne, il faut donc faire cet effort d’amour pour tous les hommes, qui est celui de Dieu et s’élever au-dessus de notre intérêt particulier, ou communautaire, pour chercher le bien commun. »

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : « la fuite ou l’engagement ».(« Le chrétien et les défis de la vie moderne », vol.1. Sator, 1987, p 26). Autant d’attitudes nourries par nos visions du monde, de l’homme, mais aussi de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, de ce qui est « spirituel » et de ce qui « n’est pas spirituel », « biblique » ou « non biblique », comme du sens de la vie. Sachant que nous sommes « dans le monde », quoique « pas du monde », il importe d’en être conscient et de nous évaluer nous-mêmes : quelles sont nos convictions sur des sujets aussi divers que l’éducation, la culture, l’environnement, l’économie, ou la politique ?  Sont-elles fondées sur la Bible, Parole de Dieu, ou sont-elles le fruit d’autres influences diverses ?

La question de l’engagement, comme de la façon, pour les chrétiens et l’Eglise, de rendre témoignage, reste d’actualité. Ainsi, par exemple, la commission éthique de la Fédération Baptiste et des Eglises Libres avait-elle eu « raison » de publier, le vendredi 11 décembre 2015, une « Lettre ouverte à nos frères et sœurs évangéliques qui votent FN » intitulé « Laisse ta colère! » ?

A l’époque, plusieurs internautes avaient bondi sur les réseaux sociaux, affirmant que les Eglises, les pasteurs et les théologiens n’ont pas à se mêler de la politique : «Qu’ils s’occupent de leur Eglise, d’enseigner la Bible» !
Pour Franck Meyer, président du Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine (CPDH), «Les Eglises n’ont pas à “faire de la politique” au sens politicien du terme, mais elles doivent avoir une parole publique qui contribue à la réflexion sociale et sociétale commune». En clair, le maire de Sotteville-Le-Val (76) juge que la priorité des Eglises est de participer à la formation du chrétien, pour qu’il puisse exercer ses responsabilités civiques de façon avertie. Lui-même se refuse de parler politique lors d’un culte. «Mais il ne me semble pas choquant de parler politique à l’occasion d’un café théologique, d’un Forum Veritas, d’une formation, d’un séminaire sur l’engagement citoyen ou lors d’une réunion de jeunes». Ensuite, chaque évangélique reste libre de donner sa voix au candidat de son choix: «Le vote est un acte libre à entreprendre en “son âme et conscience”. L’isoloir en est à la fois le symbole et la garantie», rappelle l’élu.

A l’inverse, le pasteur Florent Varak, de Lyon, estime, quant à lui, dans « laisse ta colère…et la politique ? » (Un billet initialement paru sur le blogue TPSG il y a un an et republié le 17 avril 2017, actualité électorale oblige), qu’un tel positionnement est de nature « problématique ». Même s’il assure que sa réponse « ne parle pas du FN », il lui semble que « dénoncer ou favoriser un parti politique n’est pas le rôle d’un pasteur ni la mission de l’Église ». De sa perspective, « c’est une erreur d’inviter l’Église dans ce débat » (Une position sage, sachant que d’autres pasteurs-ne parlons pas de certains blogueurs-n’ont pas ce genre de scrupules, invitant du haut de la chaire à voter pour tel candidat-celui « des valeurs chrétiennes »). Et il donne « quelques raisons », certaines fort pertinentes et intéressantes, et d’autres me paraissant plus discutables(1) :

1) L’évaluation d’un parti suppose une norme politique biblique (du moins pour nous évangéliques). D’une part cette norme sera difficile à définir. Ensuite, elle ne sera jamais suivie parfaitement, nécessitant des prises de positions toujours plus fréquentes. L’Église sera de plus en plus connue pour « ses normes » sociétales. C’est d’ailleurs ce qu’on reproche aux évangéliques américains. Est-ce l’image que l’Église évangélique doit donner? Est-ce son message? Et comment dès lors évoquer la séparation de l’Église et de l’état ?

2) La caractérisation d’un mouvement politique selon le degré d’adhésion de ses membres à des idées païennes est troublante. Les cadres des autres partis politiques ne sont-ils pas également tenus par des spiritualités étrangères au christianisme ? Est-ce là un critère de vote du Chrétien ?

3) En prenant position contre un parti (cad, selon une opposition de principe, idéologique, et non de la désobéissance que nous devons tous opposer à un ordre injuste et contraire à la loi de Dieu), on se prive de l’opportunité d’accueillir les membres de ce parti à nos tables. Nous les privons du banquet de l’Evangile en créant une frontière qui ne se fonde pas sur l’Evangile ni sur la croix. Or pour nous, c’est l’Evangile qui change un cœur, qui apaise et réoriente le disciple. C’est l’Evangile notre matière, notre propos, en tant que pasteur, en tant qu’église. [Remarque : qu’est-ce que l’Evangile ? Qu’est-ce qu’être « cohérent » ?]

4) Enfin, si les évangéliques se battaient contre un parti, et que ce parti venait au pouvoir, ils seraient vus comme une opposition. Un opposant politique. Un tel positionnement est-il souhaitable ? [Remarque : la posture « je ménage la chèvre et le choux » pour avoir la paix est-il défendable ? Qu’on le veuille ou non, des positionnements courageux et cohérents, sur la base de notre foi, nous catalogueront « dans l’opposition »]

A l’inverse, voilà comment il perçoit le rôle des responsables et des représentants de l’Église :

1) Prêcher l’Évangile. A tous les hommes. Sans distinction(…)Il serait préférable que nos églises soient (éventuellement) haïes à cause de leur amour de Jésus, à cause de la prédication de la croix, plutôt que par une position politique.

2) Prier pour la liberté de conscience.

3) Vivre les valeurs de l’Évangile dans l’Église pour faire envie.

4) Avoir confiance que Dieu nomme les rois. Le programme de Dieu est étrange. Dieu a nommé Neboukadnetsar à son poste de dictateur pour accomplir une triste volonté: le jugement de son peuple par la captivité. Qui peut connaître les méandres de la providence de Dieu? Qui peut savoir ce que Dieu veut faire pour secouer notre monde immoral et insensible à sa propre mort humaine et spirituelle? Qui dira à Dieu quoi faire pour maximiser sa gloire et le nombre des âmes sauvées ?

[Certes, c’est toujours vrai, mais de là à dire que si Le Pen accède au pouvoir, ce serait « la volonté de Dieu pour accomplir une triste volonté »…. Et quid de Macron, Fillon, Hamon, Mélenchon ? De tels propos peuvent dériver en fatalisme de mauvais aloi, mais rappelons que dans nos sociétés démocratiques, les citoyens que nous sommes ont le privilège et la responsabilité de choisir nos dirigeants, en connaissance de cause-et certainement pas la peur, la haine, la colère, la cupidité, etc…. Et tout vote a des conséquences. A noter que Neboukadnetsar a été sévèrement jugé par Dieu, pour s’être élevé et avoir oublié d’où il tenait son pouvoir]

5) Encourager les membres engagés, qui « agissent selon leur conscience chrétienne, même s’ils ne peuvent se réclamer de l’Église ».

Néanmoins, l’angle choisi me semble réducteur, oubliant certains critères-présents dans la Bible. D’autre part, l’intervention de F. Varak pose le problème de la justice et de l’injustice, comme du mandat initial donné à l’homme et à l’Eglise : sachant que l’homme est créé à l’image de Dieu, et que l’Eglise est celle de Jésus-Christ, appelée à être « lumière et sel », peut-on envisager de rester silencieux face à l’injustice, sachant que Dieu est juste ? Il importe plutôt de clarifier les choses, à l’heure d’une certaine confusion sémantique/incohérence éthique(où il est possible de se dire « chrétien » ou de déclarer « prôner les valeurs chrétiennes » tout en professant la haine de l’étranger ou en stigmatisant le pauvre)

Ainsi, l’Eglise gagnerait à avoir une posture plus claire, notamment face à certaines interventions de la part de personnalités jugées abusivement représentatives « des valeurs chrétiennes », et ce, alors que beaucoup se réclament d’un FN décomplexé, notamment sur les réseaux sociaux/sites dits évangéliques.

A ce sujet, le pasteur et éthicien Luc Olekhnovitch, de la commission éthique de la Fédération Baptiste et des Eglises Libres, estime que si « les chrétiens n’ont pas de GPS électoral », « ils ont une boussole: c’est l’amour. Or l’amour chrétien «ne cherche pas son intérêt». Pour voter d’une manière chrétienne, il faut donc faire cet effort d’amour pour tous les hommes, qui est celui de Dieu et s’élever au-dessus de notre intérêt particulier, ou communautaire, pour chercher le bien commun [c’est ce que l’on appelle le politique, ou la conscience d’un « nous » qui « dépasse les particularités »  cf le Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France dans Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique]. Ce bien commun n’est pas l’idéal du Royaume de Dieu mais évite le pire du nationalisme haineux, qui crée un climat de guerre civile, ou d’un libéralisme qui détruit des vies au nom de l’argent roi.
Alors pourquoi voter, en dépit du fait que je ne suis qu’un résident temporaire et d’une offre politique décevante? Par reconnaissance pour cette paix dont je jouis dans cette terre d’accueil et qui manque à tant d’êtres humains. Le prophète Jérémie a invité ses compatriotes à rechercher la paix de la cité où ils étaient exilés. Un bulletin de vote est une expression parmi d’autres de cette recherche de paix ».

 

 

Note :

(1) Voir, parmi d’autres, ces deux commentaires à l’article de Florent Varak :
Nathan : Question complexe. Pour le coup je n’étais pas très à l’aise avec le document « laisse ta colère », mais pour des raisons différentes. Je ne l’ai pas devant moi mais j’ai le souvenir de l’avoir lu et de m’être dit qu’il n’attaquait pas le problème de fond ou que les arguments n’étaient pas bien solides.
Mais ayant dit cela, je ne suis pas contre le fait que des églises ou unions d’églises prennent explicitement position contre un parti qui a un historique de racisme assez effrayant, et qui se positionne dans une approche nationaliste et souverainiste. On peut débattre du bien fondé biblique de la démocratie, des valeurs de la république et même de la séparation de l’église et de l’état (invoquée dans cet article – et qui m’est personnellement chère aussi). Ce sont des points bibliquement défendables sans que ce soit nettement tranché ; des « moins pires » dans un monde déchu. Mais le supériorisme national invoqué par le FN ne trouve aucun écho possible et est donc indéfendable. Sachant, historiquement, le mal commis par les partis nationalistes en Europe au siècle dernier, je pense qu’il est judicieux pour les personnes qui ont un rôle de père au sein de leurs églises ou unions d’église de prévenir contre de telles lignes politiques (quitte à ce que cela nous coûte si ces partis venaient à être élus). Je ne pense pas que le parallèle entre le FN et les nazis soit tiré par les cheveux, et personnellement, je considère Bonhoeffer comme un défenseur de l’Evangile dans sa génération, en particulier à cause de son attaque ouverte de son gouvernement, et je considère ceux qui ne l’ont pas fait comme des aveugles ou des lâches (sans prétendre que, à leur place, j’aurais fait bien mieux).

Jacques Nussbaumer : Voici quelques remarques que m’inspire cette prise de position en contraste avec la « lettre » proposée par la commission d’éthique protestante évangélique:
– L’invitation à « laisser la colère » m’a paru très utile pour faire réfléchir les chrétiens qui sont appeler à voter. Je crois que les « mouvements de l’âme » qui animent le geste citoyen du croyant méritent d’être sondés. Je regrette simplement que le texte de la commission d’éthique ne mentionnait pas dans sa lettre que ce principe a un réel intérêt au-delà du cas particulier de cette élection, tant je le crois juste et pertinent (particulièrement quand l’exaspération devant une majorité donne envie de voter de l’autre côté par réaction). On aurait pu souligner davantage que, sur le fond, il y a dans le texte de la commission un message important pour nous chrétiens (en rappelant d’ailleurs qu’il leur était destiné!).
– J’adhère à la réaction proposée ici par F.Varak sur un point: l’Eglise en tant que telle n’est en général pas appelée à se prononcer sur un parti politique ou un autre… Néanmoins, sur ce cas particulier, la réaction proposée ici semble impliquer que le FN serait un parti « comme les autres », ni pire, ni meilleur. Si le système démocratique ne nous donne jamais le choix entre le « bon » et le « mauvais », si le vote implique toujours certains renoncements et se situe dans un « gris » (pas le « noir ou blanc »), on peut plaider légitimement que l’histoire du XXè siècle nous invite à discerner certains « passage de ligne rouge », dangereux pour tous… Autrement dit, le texte proposé par la commission éthique ne relève à mon avis pas du « cas général » de la vie démocratique (l’Eglise ne choisit pas un parti) auquel les arguments de F. Varak s’appliquent probablement en partie, mais bien du discernement d’un cas assez particulier. Cela ouvre le débat, que je perçois comme délicat mais nécessaire au sein des églises évangéliques, sur les valeurs tirées de l’Evangile et leur hiérarchie dans la vie chrétienne individuelle et collective (certains chrétiens pourraient estimer certaines idées défendues par le FN comme biblico-compatibles)… Quitte à admettre peut-être, avec humilité et lucidité, que les chrétiens/les églises ne tirent pas forcément les mêmes valeurs de l’Evangile…
– Les points proposés à la fin du texte sont difficilement contestables (« prêcher l’Evangile », « vivre », etc), mais je regrette simplement qu’ils soient opposés à l’invitation de la lettre de la commission comme s’ils étaient incompatibles… On peut proposer les deux! La prédication de l’Evangile, au nom de « l’amour de Jésus » doit permettre d’accueillir les personnes de tous horizons, j’en suis en effet convaincu… Mais certaines « grandes lignes » de l’éthique que propose l’Eglise sont bien connues, et doivent l’être, au-delà de nos murs! Un athée doit être bien accueilli dans l’Eglise, mais il saura bien (pour le coup, il le sait normalement d’avance!) que nous ne pouvons cautionner la vision athée du monde, et que nous la croyons fausse! Le message de l’Evangile s’incarne dans la Parole et les actes, en interne (les points auxquels F.Varak nous rend attentif) et en externe par des positions verbales et des actes des chrétiens dans le monde, et de l’Eglise (p;ex. ne devait-elle pas prendre position sur l’esclavage dans la lutte pour l’abolition? Certains chrétiens pouvaient se contenter d’être de « gentils maîtres »…). Et il est juste de rappeler qu’ils (paroles et actes) peuvent attirer l’attention d’un futur parti au pouvoir qui le verrait d’un mauvais oeil… Ne faut-il pas l’assumer? Il me semble que cette réaction met dans un même « pack », sous l’appellation générale « politique », des questions qu’il conviendrait, d’un point de vue chrétien, de différencier: il y a des choses qui relèvent de lignes de séparation qu’implique l’Evangile (dans un contexte particulier, ici, le respect de l’autre), et d’autre moins ou pas du tout…
Ce texte laisse finalement entendre bien plus que le refus de se positionner contre un parti politique en particulier. Il semble impliquer que l’Eglise ne doit pas s’impliquer ou se prononcer sur les grandes questions de sociétés, de peur soit de heurter de potentiels futurs membres, ou de faire sourciller un éventuel futur pouvoir (qui plus est, de tradition « autoritaire »)… Cela nous rappelle qu’il y a à ce niveau de vraies divergences, au sein du protestantisme évangélique, à propos de la position du chrétien et de l’église dans le monde, dans le cadre de la première création… Si Dieu est souverain, ce dont nous ne doutons pas, sa souveraineté n’exclue pas forcément notre engagement dans la vie en tant que chrétien, NI en tant qu’Eglise… Pas en faveur d’un parti , j’en conviens bien avec F. Varak! Mais avec cette précision: s’opposer, comme c’est le cas ici, à un parti (très) particulier, ne peut pas être traité dans la même catégorie que le choix de favoriser un parti (l’exemple américain cité par F. Varak). Le geste n’est pas du tout le même, et n’a pas le même sens!
– S’aventurer dans la question de l’implication citoyenne implique le risque, c’est vrai, d’erreurs, tant ce qui est en jeu ici est l’affaire de discernement, et d’une sagesse difficile à déployer dans le « gris » du réel… qui est aussi bien souvent, à une autre échelle et dans une autre mesure, la réalité de nos églises. Notre désir légitime de lignes claires, d’un témoignage percutant ne pourrait-il pas provoquer chez nous cette démesure (l’hubris grecque!) de vouloir faire croire que l’église pourrait s’abstraire de l’engagement avec la réalité de la première création, de ses débats, ses contradictions? Ne serait-ce pas dans la MANIERE d’y faire face lucidement que l’Eglise peut communiquer quelque chose de l’Evangile? Pourquoi pas dans la manière dont elle invite à glisser un bulletin dans une urne, en « laissant la colère »?

 

 

Élections 2017 : ce que les chrétiens ne doivent pas oublier

Quel est votre regard sur vos propres engagements sociaux et politiques ? (Et ceux de vos frères et soeurs en Christ ?) L’est-il à la lumière de la Bible.
(Première de couverture du roman « La Lucidité » de José Saramago)

Le premier tour de la présidentielle 2017 approche, et avec lui un risque de polarisation, soit tout ce qui peut risquer de diviser les chrétiens entre eux selon des lignes politiques plutôt que théologiques et bibliques. Chacun de nous est convaincu que tel parti, tel vote est le meilleur, le plus cohérent, le moins dangereux. C’est normal : c’est ce que le vote politique est. Mais les tensions politiques et sociales actuelles ne militent pas en faveur d’un dialogue sain, même dans nos Églises. Le deuxième tour en particulier promet d’être un défi pour nos Églises. Les quelques réflexions proposées ici par Yannick Imbert,  professeur d’apologétique à la faculté Jean Calvin à Aix-en-Provence, ne sont bien sûr que sa propre opinion. Elles ne sont faites que pour nous encourager à un regard critique sur nos engagements sociaux et politiques, et de toujours le faire à la lumière de la Bible.

La suite à découvrir sur le site TGC Evangile 21.