« L’immortalité de l’âme » est-elle biblique ?

La Bible enseigne-t-elle l’immortalité de l’âme ou la résurrection des morts ? Au-delà du débat théologique, l’un des plus graves malentendus sur le christianisme…

Posez à un chrétien, protestant ou catholique, intellectuel ou non, la question suivante : « qu’enseigne le Nouveau Testament sur le sort individuel de l’homme après la mort ? » Sauf exception, la réponse sera : « l’immortalité de l’âme », laquelle serait même, aux dires de certains, « rationnellement inévitable ».

Or, loin d’être biblique, cette opinion, quelque répandue qu’elle soit, qui vient en réalité de Platon et d’Aristote, est même l’un des plus graves malentendus concernant le christianisme, puisqu’il existe une différence radicale entre l’attente/l’espérance chrétienne de la résurrection des morts et la croyance grecque antique à l’immortalité de l’âme. Le fait que le christianisme ultérieur (Saint-Augustin, Saint-Thomas d’Aquin…) ait établi plus tard un lien entre les deux croyances illustre la grande influence de la pensée grecque antique – plus que celle de la pensée biblique – dans le processus de définition des dogmes et des croyances chrétiennes, à la fin de l’époque médiévale. Ce que les protestants et les évangéliques, dans leur majorité, refusent. Ainsi, influencés par les penseurs antiques (Platon, Aristote), des théologiens ont fini par faire adopter le dogme de l’immortalité de l’âme au concile de Latran en 1513, entraînant une étrange prise de distance avec les Ecritures bibliques. L’immortalité de l’âme est un concept grec antique venu tardivement faire fléchir la théologie chrétienne dans son enracinement biblique et sémitique.

Les chrétiens (protestants et évangéliques) qui affirment que l’immortalité de l’âme n’est pas biblique se basent 1) sur le fait que les Ecritures insistent sur la réalité de la mort, ainsi que 2) sur la conception tripartite de l’humain, telle qu’évoquée à la fin de la première épître aux Thessaloniciens : corps, âme et esprit. Jésus « rend l’esprit » [cette part du souffle de Dieu qui est en nous et qui n’appartient qu’à Dieu] quand il meurt. Etienne aussi. C’est ce que l’on appelle « expirer ». Ce n’est pas la même chose que notre âme, notre psyché en grec (nos pensées, nos volonté, nos émotions). Refuser la mortalité de l’âme, c’est une façon de réduire la résurrection des morts, qui sera, selon les principes de la théologie chrétienne, une résurrection de la chair, c’est-à-dire de l’âme et du corps [confessé dans le Crédo], et pas seulement une résurrection de l’esprit. C’est bien parce que le corps et l’âme meurent qu’il faut qu’ils ressuscitent.

Ainsi, il n’y a pas « d’immortalité de l’âme » dans la Bible. L’âme meurt. Comme le souligne l’Ecriture, « les morts se lèvent-ils pour te louer, Eternel ? » (Psaume 88v11). Les morts sont morts. Mais voilà, beaucoup encore confondent la migration de l’esprit humain dans le séjour des morts avec une forme d’immortalité de l’âme.

En résumé, quand on meurt :
– le corps meurt et repart à la terre, « car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. » (Genèse 3v19),
– l’âme (psychè, le psychisme) s’éteint, comme la flamme de la bougie s’éteint quand la cire (du corps) est épuisée,
– l’esprit de l’humain « retourne à Dieu qui l’a donné » (Eccl.12v7) et attend dans le séjour des morts la Résurrection finale, au Dernier jour, après le Jugement(1). Cette attente est appelée « sommeil » dans beaucoup de textes bibliques, dont des paroles de Jésus dans les Evangiles.

Prétendre que l’âme serait immortelle n’est donc pas biblique, mais aussi très dangereux parce que cela induit dans la croyance des chrétiens que les morts ne seraient pas vraiment morts, et donc qu’ils seraient déjà ressuscités, ce qui est contredit par de nombreux textes bibliques, dont 2 Tim.2v16-18. Et si les morts ne sont pas vraiment morts, c’est qu’ils sont un peu vivants, et donc, qu’il serait possible de communiquer avec eux, malgré les interdits majeurs dans le Pentateuque. Le Seigneur Jésus-Christ insiste, quant à lui, sur une séparation radicale entre les morts et les vivants en Matt.8v22. Le mort est vraiment mort et n’est donc pas « noctambule » ou « vagabond ». Il n’est pas non plus « sous hypnose » et ne parle pas, s’il est « questionné ». Il attend.

Pour bien marquer l’opposition entre la notion grecque de l’immortalité de l’âme et la croyance chrétienne à la résurrection des morts, la seule qui soit enseignée par le Nouveau Testament, Oscar Cullmann présente, dans le premier chapitre de son livre « Immortalité de l’âme ou résurrection des morts ? » (Delachaux-Niestlé, 1956 – si vous avez « la chance » d’en trouver un exemplaire !), en un contraste violent, la mort de Jésus et celle de Socrate : « D’un côté, Socrate qui, avec sérénité, parle de l’immortalité de l’âme ; de l’autre, Jésus qui crie et qui pleure » (op. cit., p. 30). Ainsi apparaît la distance qui sépare la conception grecque de la mort, « la grande amie de l’âme », puisqu’elle la délivre « de la prison du corps », et la conception biblique de la mort, « le salaire du péché » et le « dernier ennemi qui sera détruit ». « C’est seulement en éprouvant avec les premiers chrétiens toute l’horreur de la mort, prenant ainsi la mort au sérieux, que nous pouvons comprendre l’allégresse de la communauté primitive au jour de Pâques… Quiconque n’a pas éprouvé toute l’horreur de la mort ne peut pas chanter avec Paul l’hymne de la victoire : La mort a été engloutie. Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (p. 34-36).

Le fondement de notre espérance, c’est Pâques : Jésus-Christ est en effet « réellement ressuscité », « premier-né d’entre les morts ». Si Christ n’était pas vraiment mort, il ne serait pas ressuscité. Il en va donc de même pour nous.

Désormais « l’ère de la résurrection est déjà inaugurée  (op. cit. p. 55)…..« la bataille décisive » a déjà eu lieu ; la mort est vaincue ; l’Esprit-Saint est à l’œuvre dans tous les chrétiens, arrhes de la résurrection future.

Enfin, croire à l’immortalité de l’âme (« libérée », « délivrée » du corps) conduit à séparer totalement le destin du corps de celui de l’âme, donnant ainsi « une valeur négative au premier et positive à la seconde. Une telle conception implique des conséquences catastrophiques », explique le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps(2). « Elle signifie que la vie spirituelle se réfugie dans l’intériorité, que le salut ne dépend que d’une relation intime avec Dieu, et que tout ce qui touche au corps, c’est-à-dire la relation à autrui et l’engagement dans le monde, devient néfaste ou indifférent. Comme chrétien, je crois que ma foi, pour rester vraie, doit s’investir dans le monde face au besoin d’autrui. Chaque fois que le corps est séparé de l’âme, on aboutit à un christianisme méprisant à l’égard d’autrui. La résurrection des corps veut dire que c’est tout ce qui a fait la vie de l’individu – ses gestes concrets, son tissu de relations – qui sera accueilli par Dieu »(2).

 

 

Notes :

(1)Selon le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps, « le Jugement dernier est le moment où Dieu dit la vérité de chacun » et « la foi dans le Jugement dernier est nécessaire et structurante. Elle signifie que le dernier mot sur le monde n’appartient pas aux politiciens cyniques, à l’injustice, au nettoyage ethnique, à la souffrance humaine, mais à Dieu. C’est aussi une proclamation qui m’interdit de me poser en juge des autres; elle me retient de condamner autrui. Cette croyance n’est donc pas là pour m’infantiliser dans la terreur; elle m’installe au contraire dans ma responsabilité d’adulte, appelé à rendre compte de ce que j’ai fait. Le Jugement dernier n’est finalement pas une parole qui cherche à nous donner des informations sur la fin de l’histoire, il est une parole qui nous amène à un plus grand respect d’autrui ».

(2) Cf https://www.letemps.ch/societe/croire-resurrection-une-lutte-contre-mourir.

A lire, également,  « Surpris par l’espérance » de NT Wright (Excelsis, 2019).

 

« Car Dieu a fait le serment…. » : le crois-tu ?

« Car Dieu a fait le serment de nous délivrer du pouvoir de tous nos ennemis », nous rappelle ce chant, d’après Luc 1v73-74.

Il est aussi utile de rappeler que nos ennemis ne sont pas « de chair et de sang », ce ne sont pas d’autres êtres humains, comme le précise l’Ecriture, mais plutôt « les dominations, les autorités, les princes de ce monde de ténèbres, les esprits méchants dans les lieux célestes » (Eph.6v12, Hébr.2v14-15, Luc 11v21-22), la puissance du péché (2 Cor.5v15-17, Rom.5-6, 8)….

Et la même Ecriture ajoute que « le dernier » d’entre ces ennemis, la mort, sera détruit (1 Cor.15v26). La mort n’aura donc pas le dernier mot : c’est Jésus-Christ, Celui qui est « la résurrection et la vie », qui aura le dernier mot.

Celui qui est « Dieu sauveur » et « Dieu élargit » nous délivre de tout ce qui nous fait peur, et même de l’angoisse, la peur de la peur.

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur », dit Jésus (Matthieu 14v27). D’ailleurs, saviez-vous que cette parole « ne crains pas » se trouve 365 fois dans la Bible, soit une fois pour chaque jour de l’année ?

« Oui, j’en suis sûr, rien ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu nous a montré dans le Christ Jésus, notre Seigneur. Ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les esprits, ni le présent, ni l’avenir, ni tous ceux qui ont un pouvoir, ni les forces d’en haut, ni les forces d’en bas, ni toutes les choses créées, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu ! » (Rom.8v38-39)

« Et maintenant, Israël, qu’est-ce que le SEIGNEUR ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements du SEIGNEUR et les lois que je te donne aujourd’hui, pour ton bonheur.

Oui, au SEIGNEUR ton Dieu appartient les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve.

Or c’est à tes pères seulement que le SEIGNEUR s’est attaché pour les aimer ; et après eux, c’est leur descendance, c’est-à-dire vous, qu’il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd’hui.

Vous circoncirez donc votre cœur, vous ne raidirez plus votre nuque, car c’est le SEIGNEUR votre Dieu qui est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés.

C’est le SEIGNEUR ton Dieu que tu craindras et que tu serviras, c’est à lui que tu t’attacheras, c’est par son nom que tu prêteras serment. Il est ta louange, il est ton Dieu, lui qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tu as vues de tes yeux ». (Deut.10v12-21)

 

Hannouka : la lumière de la résistance et de l’espérance

[Un clip amusant et sympathique sur ce temps de célébration de Hannouka]

 

Le mois de décembre est rempli de célébrations autour de la lumière. Alors que les chrétiens se préparent à fêter Noël [Dieu entrant dans l’histoire comme « une petite chose », un petit bébé], Hannouka – la fête de lumières ou de la dédicace, tombe le 25 du mois hébraïque de Kislev, aux alentours du solstice d’hiver. Cette année, elle a débuté le jeudi 10 décembre au soir et durera jusqu’au vendredi 18 décembre au soir. Les Juifs allument chaque jour une bougie sur leur  » Hanoukkia » ou chandelier à 9 branches. Ils utilisent pour cela la branche centrale (appelée le Shamash c’est-à-dire le  » serviteur ») qui sert à allumer les 8 autres, soit au total 9 bougies.

Ce chandelier est généralement posé sur le rebord d’une fenêtre et, comme les lumières de l’avent, égayent l’obscurité de la saison même si leur origine diffère l’une de l’autre.

Dans un article publié sur Le Verbe.com, Sonia Sarah Lipsyc(1) nous parle de cette fête, laquelle commémore un fait historique, à l’instar de Pourim et de Pessah (= la Pâque). Ce fait historique, qui a eu lieu au 2e siècle avant l’Ère chrétienne et qui a servi de base à la décision rabbinique d’instituer la fête de Hannouka, est relaté dans les Maccabées – livres qui n’ont pas été retenus dans le canon de la Bible hébraïque (et absents de la plupart des éditions protestantes de la Bible). Sinon, cette fête est mentionnée pour la première fois dans la Bible…dans l’Evangile selon Jean, chapitre 10, verset 22, dans le Nouveau Testament !

« Cette fête célèbre à la fois la révolte victorieuse des Juifs sur la terre d’Israël contre l’emprise gréco-syrienne de la dynastie des Séleucides et le miracle d’une fiole d’huile retrouvée intacte et, selon les normes du rituel, dans l’enceinte du second Temple de Jérusalem ». Pour le peuple Juif, c’est aussi un symbole de la lumière de la création. »Que s’était-il passé à cette époque qui justifierait que les Juifs s’en souviennent et le fassent savoir au travers de leurs rites depuis des millénaires ? »

Sonia Sarah Lipsyc nous explique que les Juifs « avaient perdu leur souveraineté nationale et devaient subir, pour user d’un terme contemporain, l’impérialisme culturel et religieux d’un empire païen. Pire encore, ils étaient victimes de persécutions religieuses tant à l’encontre de leur personne que de la tradition juive monothéiste qu’ils incarnaient. On leur interdisait ainsi sous peine de mort, l’étude de la Torah, la pratique du jour consacré du shabbat, la circoncision et le respect d’autres commandements. On les obligeait aussi, sinon ils risquaient la mort, de transgresser les injonctions et l’éthique de la Torah en voulant leur faire manger publiquement, par exemple, des bêtes interdites à la consommation (porc) selon les règles exposées dans le livre du Lévitique et explicitées par la tradition orale juive. Le Temple et son sanctuaire avaient étés profanés par l’introduction d’idoles ou par d’autres humiliations.

Alors se leva un vieil homme de la tribu des Lévis, celle qui était dédiée au service du Temple, le prêtre Mathitiyaou de la famille des Hasmonéens. Il s’insurgea contre cette occupation et ce pouvoir coercitif qui menaçaient la pérennité nationale et spirituelle du peuple juif. Lui et ses fils, dont Judah Maccabée, qui prit sa succession, ont lutté alors qu’ils étaient peu nombreux. Contre toute attente, ils ont vaincu les oppresseurs. Maccabée est le sigle de leur étendard à partir des mots hébreux : « Qui est comme Toi parmi les dieux, Dieu » (Ex 15v11).

Ils ont nettoyé le Temple mais n’ont trouvé, pour allumer comme il se doit le candélabre du sanctuaire, qu’une fiole d’huile pure qui, au lieu de brûler une journée, brûla huit jours, le temps d’en produire d’autre conforme aux prescriptions bibliques.

C’est pourquoi avant d’allumer ces lumières, les Juifs rappellent dans leurs bénédictions : « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’allumer les lumières de Hanouka (…) qui a fait des miracles pour ceux qui nous ont précédés en ces jours-là, en ce temps-ci (…) qui nous a fait vivre, exister et parvenir jusqu’à ce moment ».

 Ils rappellent également dans leurs prières au cours de cette période : « Tu as livré les puissants aux mains des faibles, les nombreux aux mains du petit nombre (…) Alors vinrent Tes ouailles (…) qui allumèrent des lumières dans les cours de Ton sanctuaire et instituèrent ces huit jours de Hanouka, pour remercier et louer Ton grand Nom ».

De là l’essentiel de cette fête pour les Juifs, laquelle célèbre « une persévérance non seulement identitaire, mais aussi dans la foi, et la capacité d’une résilience ».

Toutefois, précise Sonia Sarah Lipsyc, « si la défense de ces valeurs passe parfois par les armes, elle ne doit pas occulter la force de l’esprit. Et c’est le sens de ce passage du livre du prophète Zacharie (Za 4v6) que l’on récite durant cette fête : « Ni par la puissance, ni par la force, si ce n’est par mon esprit ».

Hanouka est l’occasion de raconter des histoires de martyrs (= témoins), comme celle de Hanna et de ses sept fils qui ont accepté d’être assassinés plutôt que de transgresser en public l’un des commandements de la Torah (2 Macc.7). Cette martyrologie illustre ce choix, dans la tradition judéo-chrétienne, de mourir pour sa foi (cad plutôt que d’abandonner sa foi), à mille lieux de celui de mourir au nom de sa foi, en assassinant d’autres personnes.

Tout ceci n’est très joyeux, me direz-vous. Au contraire, ce qui prédomine dans la célébration de Hanouka, ce sont la joie et le côté festif !

« Après l’allumage des bougies que l’on met bien en évidence pour donner de l’écho à ces miracles, on mange des mets frits, en rappel de la fiole d’huile, comme des latkes (galettes de pommes de terre) ou des soufganyot (des beignets). De l’argent ou des cadeaux sont offerts aux enfants qui jouent avec des toupies portant les initiales hébraïques de « un grand miracle s’est produit là-bas ». Là-bas, c’est ici chaque fois que l’on met un peu plus de lumière dans l’obscurité ».

Ce miracle nous rappelle un plus grand miracle encore : celui de Jésus-Christ, « Emmanuel » ou « Dieu avec nous » (Matt.1v23), qui est venu dans ce monde comme « une petite chose » aussi insignifiante que la petite fiole d’huile, et qui est entré dans le Temple en proclamant : « je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera plus dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8v12). En Lui en effet se trouve la véritable lumière.

Jésus est aussi le « Shamash », « le parfait serviteur », puisqu’il est venu, « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie (une fois pour toute) en rançon pour plusieurs » (Marc 10v45, cf Jean 13 et Hébr. 9v28)

Demandons-lui d’allumer chaque jour sur le « Hanoukkia de notre cœur » une bougie supplémentaire, pour que sa lumière nous illumine davantage, et disons-lui avec foi : « Seigneur, je veux t’aimer aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain » avec le secours de ta grâce. Aide-moi, je t’en prie, à t’aimer vraiment en esprit mais aussi en vérité, en gardant et pratiquant ta Parole. Ainsi, je veux aussi aimer mon prochain « plus qu’hier et bien moins que demain », de sorte que de plus en plus de personnes que je rencontre reçoivent Ta lumière ! »

Malgré la sécularisation et le sentiment matérialiste qui prévaut aujourd’hui, et alors que les enseignes lumineuses des villes nous souhaitent « de bonnes fêtes de fin d’année », sans la mention de Noël, ayons ou gardons confiance en l’irrésistible et extraordinaire nature du message d’espérance de la naissance du Messie et Sauveur Jésus, la raison d’être de cette fête de la lumière. Aucune action qui tente de supprimer, ignorer ou étouffer l’histoire de la puissance salvatrice divine n’aboutira et ne pourra diminuer cette grande espérance en Jésus annoncée au monde. Cette espérance enracinée en Dieu « venu en chair » (Jean 1v14) est une profonde réalité qui donne aux croyants la force de résister aux attaques du doute et de surmonter le désespoir du monde, déçu par les faux messies politiques, religieux ou scientifiques.

Appuyons-nous alors sur cette espérance pour parler de la puissance qu’elle contient à ceux qui ne la connaissent pas encore, tout spécialement en ce temps inédit de célébrations. Des vies seront changées. Peut-être la vôtre, vous qui nous lisez ?

« Que le Dieu d’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi pour que vous abondiez en espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rom.15v13).

Hag Sameah Hannouka ! [Bonne fête d’Hannouka !], en attendant de se souhaiter prochainement un « Joyeux Noël » !

 

En bonus : Chaque soir de cette semaine, retrouvez Juifs pour Jésus [qui attestent que Yeshouah est le Messie attendu] sur leur chaîne youtube autour de l’allumage des bougies de Hannouka, pour découvrir les sens profonds de cette fête des lumières, porteuse d’Espérance.

 

 

Notes :

(1) Cf https://le-verbe.com/culture/hanouka-la-fete-juive-des-lumieres/

Sociologue, rédacteure en chef pour La Voix Sépharade, auteure et dramaturge, Sonia Sarah Lipsyc est également chercheuse associée à l’Institut d’études juives de l’Université Concordia.

 

« Dépêche-toi d’écrire avant l’hiver »

Nous, chrétiens, croyons que le Messie – Jésus Christ – est déjà venu. Comment alors en attendre un autre ?

Mon article « Doit-on espérer en un défenseur de la chrétienté »…était à peine paru le mercredi matin 25/11, que le jour même, mon ami Etienne Omnès travaillait déjà à un contre-argumentaire, avec pour résultat un nouvel article intitulé « qui dit Evangile dit chrétienté », paru le lendemain matin, jeudi 26/11, sur le blogue Par la Foi(1). Décidément, me suis-je premièrement dit : « je le fais pas mal bosser », en le conduisant à écrire deux articles, en réponse à deux des miens [l’inverse est aussi vrai], dont la finalité, rappelons-le, est d’affirmer que Jésus-Christ seul est Sauveur et Seigneur.

J’ai même été impressionné que mon ami ait pu rédiger un texte de cette teneur en si peu temps, comme s’il y avait « urgence signalée », un peu comme s’il se disait à lui-même : « dépêche-toi d’écrire avant l’hiver »…pour défendre….pour défendre, quoi au juste ?

Dans un précédent article d’Etienne, il s’agissait de « défendre le vote des chrétiens (dits) déplorables »(2). Ici, il s’agit de défendre « la chrétienté », laquelle, selon Etienne, serait « une partie de l’Evangile ». Nous devrions même « attendre l’arrivée d’une chrétienté »…..Aïe, aïe, aïe ! Comme nous attendrions l’arrivée d’un « messie » ?

« L’espérance d’une chrétienté », après l’espérance en un messie politique, « défenseur de la chrétienté » ?

Curieuse attente, particulièrement en cette période de l’Avent, où nous nous préparons à célébrer Celui qui est déjà venu et qui a accepté de nous rejoindre, même au plus bas de notre réalité, en naissant dans « une mangeoire » pour animaux.

En effet, nous, chrétiens, croyons que le Messie est déjà venu et qu’il reviendra à la fin des temps. Et ce Messie s’appelle Jésus-Christ.

Etienne et moi le confessons comme seul Seigneur et Sauveur. Nous avons cela en commun, comme nous avons en commun un même Père créateur et un même Esprit consolateur. Nous croyons au même Evangile, lequel est « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croît » (Rom.1v16)(3).

Dans les temps difficiles, les hommes sont tentés de se regrouper avec ceux qui leur ressemblent(4), comme de chercher et de se trouver « un sauveur ». Sauf que c’est Dieu qui sauve. Il n’envoie pas de « nouveaux Jésus ». Il n’y a donc pas d’autres « messies » ou de « sous-messies », hommes ou femmes, à attendre.

De là le danger d’absolutiser autre chose que Dieu, ce qui conduit à l’idolâtrie. Le problème n’étant pas « la chrétienté » ou le soutien à tel ou tel homme politique, mais le sacré conféré à l’un ou l’autre, au point de susciter des réactions épidermiques, voire irrationnelles – à un point que cela devient inquiétant – dès que l’on aborde certains sujets (ou certains noms) sur la toile ou les réseaux @sociaux. Osons alors « le sacrilège » pour en revenir au seul vrai culte du seul vrai Dieu, et au seul Nom qui, loin de cliver, sauve et rassemble. Ce Nom est celui de Jésus-Christ.

Enfin, je reconnais également, à défaut de le louer, que mon ami Etienne a eu l’habilité d’éviter « les sujets qui fâchent », mais c’est malheureusement reculer pour mieux sauter. En effet, lesdits « sujets qui fâchent » invitent pourtant à un sérieux droit d’inventaire et à une remise en question salutaire. Ainsi, non traités par Etienne dans ses argumentaires et contre-argumentaires, les legs de compromissions passées a)de la réforme luthérienne, avec notamment le massacre des paysans et des « schwärmer », ainsi que la négociation permanente et la soumission des églises aux princes des länders allemands ;  b)des protestants allemands à l’époque des IIe et IIIe Reich – une époque où les chrétiens se croyaient tenus à un programme national chrétien – et face à Hitler, qui se présentait comme « chrétien », avec « le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice »…une période rêvée pour les protestants qui ont su bénéficier comme jamais auparavant d’un « ordre social chrétien », et des libertés désirées pour annoncer l’Evangile. Avec les conséquences que l’on connaît(5). Autant de compromissions complexes à assumer pour les générations futures, et particulièrement ravageuses si elles sont assumées en tant que telles par la génération actuelle. Or, regarder en face (plutôt que fuir ou nier) ces compromissions, pour s’en repentir et y renoncer, sera source de libération et de guérison.

Par conséquent, choisir de soutenir politiquement en connaissance de cause des candidats qui se présentent en « sauveurs » (ou « messies »), affichant « la forme de la piété tout en en reniant la puissance », et baignant dans le fantasme de la toute-puissance et le déni du réel, n’est pas sensé, mais insensé de la part des chrétiens.

Pour rappel, ce qu’Etienne appelle « un ordre social satanique », censé être instauré par un gouvernement de telle couleur politique, ne se limite pas à encourager l’avortement. Mais inclut aussi, par exemple, la promotion de (ou l’encouragement de) « la haine, la discorde, la jalousie, les emportements, les rivalités, les dissensions, les factions (….) et autres choses semblables ; leurs auteurs (nous prévient Paul), n’hériteront pas du Royaume de Dieu » (Gal.5v19-21). Ou encore à cultiver le mensonge : « (le diable) ne s’est pas tenu dans la vérité parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Lorsqu’il profère le mensonge, il puise dans son propre bien parce qu’il est menteur et père du mensonge » (Jean 8v44).

Etienne le sait bien, vu que, dans son excellent article « comment étudier l’économie sous un angle chrétien » (dont je vous recommande la lecture), il nous partageait « une révélation », lui qui avait grandi « dans un milieu où l’on tempêtait sans cesse contre les attaques contre la famille : le plus grand des ennemis de la famille, ce n’était pas l’Etat, mais le marché »(6). Ce qui nous permet de sortir des platitudes du genre « le travail est nécessaire pour l’homme, la pénibilité n’est qu’une punition temporaire », alors que pendant ce temps, des usines ferment, créant X suicides et y divorces, dans le silence général des chrétiens.

En guise de prise de position « politique », déclarons alors espérer plus dans le retour du Christ que dans les prochaines élections ou dans un résultat électoral. En attendant, soyons ses témoins fidèles et véritables, avec le secours du Saint-Esprit et la grâce de Dieu, en étant conscients que le but de l’Eglise n’est pas de se réduire à être la cliente d’un pouvoir, ou de croire « qu’elle permettrait à Dieu d’être Dieu », ou « d’empêcher César d’être César »(7).

La période de Noël qui s’annonce est généralement une période favorable pour « les enfants de lumière » que nous sommes, pour manifester « le fruit de la lumière, lequel consiste en toutes sortes de Bonté, justice et vérité » (Eph.5v8-9) et pour annoncer Celui qui est « la lumière du monde » (Jean 8v12), comme à rappeler/attester que « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas trace en lui » (1 Jean 1v5).

 

 

 

 

Notes : 

(1) https://parlafoi.fr/2020/11/26/qui-dit-evangile-dit-chretiente/, en réponse à mon article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/25/doit-on-esperer-en-un-defenseur-de-la-chretiente-pour-des-questions-de-survie/

(2) https://parlafoi.fr/2020/11/13/une-defense-du-vote-des-chretiens-deplorables/, en réponse à mon article https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/11/comment-gerer-une-gueule-de-bois-post-electorale-ou-quand-mieux-vaut-perdre-un-vote-que-son-ame/

(3) »Ce ne sont pas des individus seulement qui se convertissent à Dieu, mais aussi des nations ; L’Évangile ne s’adresse pas à des individus seulement : il s’adresse aussi à des nations, c’est-à-dire des groupes d’humains organisés politiquement », affirme Etienne dans son article https://parlafoi.fr/2020/11/26/qui-dit-evangile-dit-chretiente/

Une affirmation qui témoigne de la difficulté du passage du texte biblique de l’hébreu > grec > français. A noter que c’est depuis le 16ème siècle que le mot « nation » est devenu un référentiel politique. Or, les « nations » en hébreu et en grec ne sont pas les Etats nationaux ou « les pays », mais plutôt les peuples non-Juifs, les goyim ou « ta ethnè » (« ethnies »).  Le mandat missionnaire du Seigneur consiste donc bien à « faire des disciples » des personnes.

(4) J’en parle ici, dans mon analyse du film « X-men : le commencement » https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/07/play-it-again-x-men-le-commencement-ou-les-enjeux-de-la-communaute/

(5) cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/25/doit-on-esperer-en-un-defenseur-de-la-chretiente-pour-des-questions-de-survie/   ; https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1965_num_12_4_2886 et https://lafree.info/info/les-eglises-evangeliques-sous-le-ille-reich-par-andreas-schneider

(6) Lire https://phileosophiablog.wordpress.com/2019/09/06/comment-etudier-leconomie-sous-un-angle-chretien/

(7) Pour reprendre une formule du Pasteur Gilles Boucomont, publiée sur son compte twitter, 29/11/20.

 

 

Deux albums (sinon rien) pour parler du deuil et du pardon

Peut-on espérer une nouvelle vie quand tout est brisé ?

Voici deux albums récents, reçus en service presse de la part de BLF éditions, que je remercie, pour nous parler de deux sujets sensibles et essentiels : « Plus jamais d’au-revoir » de Lauren Chandler (l’épreuve face à la maladie et le deuil suite au « départ » d’un proche) et « l’ami qui pardonne » de Dan Dewitt (le pardon de ce qui semble impardonnable et la restauration de relations brisées) – mon préféré. Tous deux superbement illustrés par Catalina Echeverri, dont j’ai aussi apprécié les partis pris graphiques.

« Plus jamais d’au revoir » ou l’espérance d’une vie où l’on dira « au revoir » à tous les « au revoir »….

Le premier album raconte « la vraie histoire », tirée de l’évangile selon Jean, de ce que n’a pas fait et a fait Jésus, lorsqu’il a appris que son ami Lazare est mort des suites d’une maladie.
Le second album raconte une autre « histoire vraie », également tirée des évangiles (Notamment Marc 14, Jean 18 et 21). « L’ami qui pardonne », c’est Jésus. Celui qui a eu besoin de son pardon est Simon Pierre, qui a fait semblant, par trois fois, de ne pas le connaître. Pourtant, il s’était déclaré ami de Jésus, prêt à mourir pour lui et jurant de ne jamais le laisser tomber.

Mais, par-delà ces sujets éternels, ces lectures sont autant d’occasions d’apprendre aux plus jeunes que ces « histoires vraies » ne sont pas uniquement des « histoires » (même « vraies »). Ce qui nous est raconté est toujours actuel. Il nous est ainsi possible d’espérer en une nouvelle vie et un avenir, surtout quand nous pensons que « tout est fini », et d’avoir toute confiance en Celui qui est la source de notre espérance.

Jésus est cet ami fidèle et fiable, qui nous pardonne.

Jésus est en effet ici présenté comme un ami, compatissant et consolateur, lorsque nous sommes dans le deuil, suite au « départ » d’un proche. Il est aussi celui qui nous aime, toujours fidèle et digne de confiance – alors que nous sommes pas du tout fiables et dignes de confiance – nous relevant (plutôt que de nous ‘ »enfoncer ») « encore, encore et encore » quand nous tombons « encore, encore et encore ».

Deux beaux albums touchants et parfois drôles, d’une grande portée théologique, et facilitant l’échange sur des sujets difficiles pour des enfants, comme pour des adultes. A découvrir et à faire découvrir, en guise de témoignage que Celui en qui nous mettons notre confiance fait « toutes choses nouvelles » (Apoc.21v5) !

 

En bref : 

« Plus jamais d’au revoir. Jésus, Lazare et la tombe vide : la vraie histoire », de Lauren Chandler. Illustrations de Catalina Echeverri. Blf éditions, 2019.

« L’Ami qui pardonne. Pierre a mal agi et Jésus lui a pardonné : la vraie histoire », de Dan Dewitt. Illustrations de Catalina Echeverri. Blf éditions, 2019.

 

« Aime, ma fille, aime ! » Résilience, amour et liberté

Un livre qui célèbre la résilience, l’amour et la beauté de la vie…

« Aime, ma fille, aime ! » est avant tout un cri. Le cri de celle qui ne peut plus taire la tragédie qu’elle a personnellement vécue sept ans auparavant au Cameroun.

En juillet 2012, son époux, Eric de Putter, un jeune théologien français, était assassiné au couteau à son domicile, sur le campus de l’Université protestante de Yaoundé, dans des circonstances mystérieuses, la veille de son retour pour la France. Un crime non élucidé à ce jour, les meurtriers et les commanditaires courant toujours. Homme bon et intègre, face au favoritisme et à la corruption ambiante (au sein même de l’Université !), Eric de Putter enseignait la théologie protestante. Marie-Alix, son épouse qu’il venait d’épouser, était enceinte de quatre mois de sa fille Rachel, quand il a expiré dans ses bras.

Sept ans plus tard, elle revient sur ce drame et sur la façon dont elle a pu rebondir, dans un récit et un témoignage autobiographique publié fin septembre 2019 aux éditions Ampelos.

« Aime, ma fille, aime ! » est aussi – et surtout – une « explosion de vie » – invitant sa fille Rachel, aujourd’hui âgée de sept ans, à emprunter « le chemin par excellence ». Face à la corruption, la bêtise et le racisme – lequel n’a pas de couleur – et en réponse au mystère et au scandale du mal, elle-même a choisi le mystère de l’amour et la beauté de la vie – « option courageuse et téméraire ».

Une leçon d’espérance pour toutes les filles et les femmes, notamment les mères seules « qui subliment le quotidien même dans l’adversité » (op. cit., p 196).

 

En bref : 

Aime, ma fille, aime ! Résilience, amour et liberté, de Marie-Alix de Putter. Ed. Ampelos, 2019

Un ouvrage que m’a offert gracieusement la librairie Jean Calvin de Paris « en service presse ». Qu’elle en soit remerciée !

Extrait : 

« Chère Rachel, tu auras bientôt sept ans. Cela fait longtemps que je voulais te raconter cette histoire et, je pense que le moment est venu. Je sais que tu aimes les histoires. Celle-ci est un peu spéciale. C’est celle d’une femme qui était censée être forte, imperméable aux malheurs. Cette histoire qui est la mienne, est aussi un peu la tienne et celle de tous ceux qui ont connu l’amputation de ce à quoi ils tenaient le plus. Et pourtant, à la fin, tu verras, elle parle aussi de détermination, de l’amour et de la beauté de la vie.

La mort est inéluctable. Les tragédies, elles, ne surviennent que dans la vie de quelques-uns. Ton papa a été tué à Yaoundé, au Cameroun, dans ce pays où j’ai passé mon enfance et mon adolescence, dans ce pays où j’ai vécu avec lui, où tu as été conçue, où nous avons famille et amis. Qui a fait ça ? Pourquoi ? Comment ça s’est passé ? Jusqu’à présent, je n’avais rien dit. Il fallait être forte et avancer. 

Vois-tu, être forte ne veut rien dire quand tout va bien. Les épreuves de vérité, ce sont les tourments. En lisant ces lignes écrites pour toi, tu comprendras d’où viennent ces principes que je te répète sans cesse, afin que tu les fasses tiens si tu les veux » (op. cit., pp1-2)

Interview de Marie-Alix de Putter sur Campus Protestant

Comment bien terminer l’année : avec espérance !

« Soyons plein d’espérance ! »

« Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide… » (Hébr.6v19)

 

Chers lecteurs, je vous remercie pour votre fidélité et vous souhaite de passer une belle fin d’année 2018 pleine d’espérance. Je vous donne rendez-vous le 09 janvier 2019, pour les 6 ans du blogue…si le Seigneur n’est pas revenu d’ici là !

Profitez notamment de cette pause pour lire – ou relire – les textes suivants, en vous posant les questions essentielles :

Suis-je un « croyant » ? https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/03/02/en-ce-moment-jecoute-mon-ancre-et-ma-voile-de-david-durham/

Quel est mon regard sur la justice ?  https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2015/06/03/notre-regard-sur-la-justice-ou-le-conte-des-balances/

Est-ce que j’obéis immédiatement lorsque Dieu me demande quelque chose ? Est-ce que je mets tout mon zèle pour faire exactement ce qu’il demande ? Pour mieux y répondre, voir « Mission impossible pour Jonas », une étude biblique en deux temps, trois mouvements, qui nous parle du caractère universel de l’Evangile

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/20/mission-impossible-pour-jonas-lecture-suivie-1/

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/22/mission-impossible-pour-jonas-lecture-suivie-2/

Et pour finir,

Une histoire connue, où il se passe des choses invraisemblables https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/04/04/peps-cafe-a-lu-une-tete-de-nuage-et-vu-son-auteur-erri-de-luca/

Une histoire vécue, aux allures de parabole moderne https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/12/20/la-carte-de-linconnu-celle-que-vous-navez-pas/

Un article disponible jusqu’au 07 janvier, à consulter (avec d’autres) sur le site de la revue Projet : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/12/12/lhumiliation-un-sentiment-trop-souvent-ignore/

 

Gilets jaunes : 3 clés pour comprendre les raisons de leur colère

Face aux « Gilets jaunes », la sagesse serait d’apaiser la colère plutôt que de l’exacerber – et c’est là la responsabilité de celui qui a le plus de pouvoir, en l’occurrence le Président et le gouvernementDessin de « Tom », paru dans Courrier International (04/12/18)

Comment parler pertinemment du mouvement des « Gilets Jaunes », surtout après Ies nombreux « commentaires, contre-commentaires, super-commentaires, et méta-commentaires » déjà publiés sur le sujet (1) ?

De fait, « plutôt que de se précipiter pour mettre des mots d’allure savante sur des choses mal connues, ou pour fournir des interprétations toutes faites informant davantage sur les représentations de leurs auteurs que sur la réalité qu’ils prétendent éclairer »prenons du recul, comme nous y invite le chercheur Laurent Mucchielli dans « The Conversation »(2) et cherchons ensemble quels seraient « les verrous » à faire sauter, lesquels « verrous » nous empêchent de penser et de comprendre les raisons de la colère des Gilets Jaunes.

1) Premier « verrou » à faire sauter : le discours « sur » la violence

Avant tout, soyons conscients que « la violence n’est pas une catégorie d’analyse, ni un ensemble homogène de comportements. C’est une catégorie morale. La violence, c’est ce qui n’est pas bien. Dès lors, on comprend que le spectacle de la violence produise des effets de sidération-fascination-répulsion qui empêchent de penser [et délégitime globalement les manifestants]. De fait, les analyses que l’on développe généralement à partir de là sont, en réalité, triviales, donc sans intérêt. Qu’une partie des gens soient capables de comportements violents est trivial. Nous en sommes tous capables dans certaines circonstances. Et en l’occurrence, des circonstances sont réunies. Ce sont donc ces circonstances et non ces violences qu’il faut analyser.(2) 

Dit autrement par le journaliste catholique Patrice de Plunkett, si « toute violence est déplorable, déplorables aussi sont les causes de la violence ! »  Nous ne devrions alors pas être surpris par « lintervention de casseurs de tout poil, et la radicalisation” de gilets-jaunes », lesquels « sont inévitables puisque la vague de manifestations perdure. Et elle perdure parce que la rage des manifestants vient de loin ; que leurs griefs sont multiples … » et parce que le gouvernement leur répétait jusqu’à présent « qu’il n’y a rien à négocier. Ce qui équivaut à dire qu’il n’y a pas d’issue… » (3)

Or, « sans issue » ou « qu’il n’y a pas d’avenir, sinon terrible », tel est « le message débité en boucle aux Français depuis un quart de siècle », souligne encore le blogueur naturaliste « Phylloscopus » (4).

2) Deuxième « verrou » : la surpolitisation ou les tentatives de récupération politique du mouvement

Toutes les tentatives pour récupérer politiquement la colère spontanée d’un mouvement volontairement désorganisé et à la base non politisé, « sont aisément repérables et doivent être écartées. De même qu’il convient d’écarter les discours de ceux qui profitent de ces tentatives de récupération politique pour déconsidérer le mouvement »(5). 

3) Troisième « verrou » : la dépolitisation du mouvement

Il est aussi essentiel de ne pas se laisser prendre par certains discours de certains commentateurs, selon lesquels les gilets jaunes n’auraient « aucune conscience politique et rien d’autre à dire que l’essence est devenue trop chère » ou encore « qu’ils ne comprennent rien à l’économie ». Or, « les enquêtes d’opinion indiquent régulièrement que le problème n’est pas l’absence d’idées politiques de nos concitoyens mais le décalage grandissant – pour ne pas dire le gouffre béant – qui sépare ces idées de la compétition électorale et de la gouvernance politique qui en résulte, donnant ainsi l’impression à la majorité de ces mêmes citoyens que les responsables politiques se moquent d’eux et que la démocratie ne fonctionne pas ».(5)

Ces « verrous » une fois sautés, il importe de prendre au sérieux (et ne pas nous laisser surprendre par) la colère des gilets jaunes, sous laquelle se cache une très grande souffrance. Et leur manifestation est une manifestation pour la dignité, soit le droit de ne pas dire oui à tout et à n’importe quoi.

La colère des Gilets jaunes s’inscrit en effet « dans une évolution à la fois économique (le recul ou la stagnation du pouvoir d’achat), sociale (le creusement des inégalités, les difficultés du logement, de l’accès à l’université, la disparition des services publics de proximité…), territoriale (avec le déclassement réel ou ressenti des habitants des périphéries, des périurbains et des ruraux) et politique » (5)(6).

L’évolution politique implique à la fois le discrédit croissant des élites (politiques et journalistes ) et la crise de l’offre politique, avec une crise du système économique néolibéral, dans lequel les français n’ont plus confiance. Ces derniers commencent à comprendre que l’équation libérale « croissance = prospérité » est fausse et que le « trickle down » (ou dogme du « ruissellement », selon lequel l’enrichissement des riches profiterait mécaniquement aux pauvres) est un mensonge qui leur est demandé d’avaler. 

Derrière leur apparente hétéroclicité, l’on constate une certaine cohérence dans les revendications (7) : « Et si », constate le blogueur Phylloscopus, « protester à la fois contre les taxes et la perte des services publics, pour le climat et pour le droit d’utiliser sa voiture, n’avait plus rien de contradictoire ? S’il s’agissait au fond d’une revendication unique : défendre tout ce qui, jusque-là, nous a fait vivre ? »(8) Au-delà des revendications, l’exigence de justice sociale et la volonté de vivre dans l’espérance, et non plus seulement de « survivre ».

« En effet, il est écrit dans la loi de Moïse : Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain. Dieu s’inquiète-t-il des bœufs ? N’est-ce pas pour nous seuls qu’il parle ? Oui, c’est pour nous que cela a été écrit ; car il faut de l’espoir chez celui qui laboure, et celui qui foule le grain doit avoir l’espoir d’en recevoir sa part ». (1 Cor.9v9-10)

« La balle est dans le camp » du gouvernement : Apaiser la colère plutôt que l’exacerber

Dans un tel contexte, la sagesse serait d’apaiser la colère plutôt que de l’exacerber – et c’est là la responsabilité de celui qui a le plus de pouvoir, en l’occurrence le Président de la République et le gouvernement. Ce dernier « ne devrait pas attendre (espérer ?) un pourrissement de la situation pour faire la seule chose qui ramènera le calme et lui permettra de reprendre par la suite la main pour préparer plus sereinement l’indispensable transition écologique  : donner clairement raison aux gilets jaunes sur leurs revendications immédiates relatives au pouvoir d’achat (…) Emmanuel Macron a sciemment personnalisé son pouvoir, il est peut-être temps pour lui de l’assumer jusqu’au bout en faisant un vrai mea culpa sur sa politique économique et sociale »(9).

Emmanuel Macron devra aussi choisir entre ce à quoi il tient le plus ou ce qui le porte…..

[Ce à quoi il tient le plus : sa croyance en un dogme économique. Ce qui le porte : sa conviction que le respect de la dignité humaine est un non-négociable].

…..Sans oublier de méditer et de mettre en pratique cette exhortation que l’on peut lire en Esaïe 58v9-10, et que l’on croirait écrite pour notre temps ?

« Si tu éloignes du milieu de toi le joug, les gestes menaçants et les discours de rien du tout, Si tu offres à l’affamé  ce que tu désires toi-même, si tu rassasies l’appétit de l’indigent, ta lumière se lèvera sur les ténèbres, et ton obscurité sera comme le midi ».

Quant aux chrétiens, certains pourront sans doute reconnaître avec humilité, à l’instar d’Etienne Omnès dans « Phileo-sophia »(10), « qu’ils n’ont pas de réponses », et qu’ils leur restent à exercer leur ministère de « prêtre de l’Eternel » : soit la grâce (et non le mérite) de pouvoir se tenir constamment devant le Dieu « trois fois Saint », en se gardant de « tout feu (ou passion) étranger(e) », pour bénir et intercéder « dans les larmes chaque matin » : « Seigneur, aie pitié de ma nation, préserve mon pays. Donne nous la paix et l’union, la justice et la prospérité. Je ne sais pas comment ces choses doivent s’articuler Seigneur. Je te fais confiance pour trouver l’articulation parfaite. Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite » (10). Et les « prêtres de l’Eternel » de se souvenir constamment que « la justice et la droit » constituent « la base du trône » de l’Eternel et que « marchent devant Lui l’amour/la fidélité et la vérité » (Ps.89v15)

 

 

Notes :

(1)Voir aussi cet « essai de vision chrétienne sur les gilets jaunes » par Etienne Omnès, sur son blogue « Phileo-sophia ».

(2) « Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des Gilets jaunes ». Par Laurent MucchielliDirecteur de recherche au CNRS (Laboratoire méditerranéen de sociologie), Aix-Marseille Université, lequel nous partage « quelques enseignements tirés d’une expérience de sociologue ayant, dans un passé récent, travaillé sur diverses formes de violences sociales et politiques (notamment les émeutes), ainsi que sur les stratégies sécuritaires (notamment le maintien de l’ordre) déployées à leur encontre par les pouvoirs publics ».

(3) « Ca tourne mal. Quelles en sont les causes ? » Note de blogue de Patrice de Plunkett.  

(4) « Moratoire sur le désespoir ? » Note de blogue de « Phylloscopus » 

(5) « Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des Gilets jaunes »Laurent Mucchielli [Voir aussi « Gilets jaunes et niveau de vie, les dix graphiques de la colère », à lire sur Le Monde ]

(6) Concernant l’évolution territoriale, notons que « parmi les départements les plus mobilisés, on trouve la Haute-Loire et la Haute-Marne, territoires on ne peut plus ruraux et quasi sans ville, en tout cas sans agglomération dynamique » cf « Moratoire sur le désespoir ? » par « Phylloscopus ».

(7) Augmentation du Smic, salaire maximum, impôt sur la fortune et forte progressivité de l’impôt, Sécurité sociale pour tous, protection de l’activité économique nationale…Soit tout le contraire des « réformes » ultralibérales [toujours plus « moins d’Etat »] entreprises par le Président et sur lesquelles ce dernier ne veut pas céder, espérant le retour de la croissance sur le long terme. Sauf que, souligne Le Monde éco & entreprise du 6/12, « le désarroi du gouvernement Philippe devant la complexité contradictoire de la crise sociale actuelle pose une question de fond à laquelle personne jusqu’à présent n’a trouvé de réponse : comment concilier plus de croissance et plus de justice sociale. Dès que la croissance repart un peu, les inégalités – et leur perception par la population – se creusent au lieu de se réduire. Elle favorise les urbains et les plus qualifiés, au détriment des territoires et des chômeurs » [Cité dans « Ca tourne mal. Quelles en sont les causes ? » par Patrice de Plunkett] 

(8) « Moratoire sur le désespoir ? » par « Phylloscopus »

(9) « Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des Gilets jaunes » par Laurent Mucchielli

(10) « Essai de vision chrétienne sur les gilets jaunes ». Note de blogue d’Etienne Omnès

 

 

 

Nous n’espérons pas « seulement » mais « aussi »….

Jésus est le même aujourd’hui : c’est pourquoi nous pouvons espérer.

« Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Cor.15v19).

Or, nous n’espérons « pas seulement » mais « aussi » dans cette vie, Jésus-Christ ressuscité étant « le même » aujourd’hui (Hébr.13v8).