Aime ton frère bien vivant (celui du XXIe siècle) !

Comment prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons ». Source image : Affiche du film « Interview avec Dieu » de Perry Lang (2018)

« L’empereur Constantin est une des figures les plus blâmées et maudites de l’histoire chrétienne, une de celles que l’on adore détester. On lui prête d’avoir joué au calife Uthman avec la Bible, d’avoir choisi le christianisme pour des raisons purement politiques, d’avoir corrompu l’Église, d’être un faux chrétien, etc ». Dans une série d’articles(1), mon ami et frère en Christ Etienne, contributeur au blog « par la foi », entreprend de « synthétiser différents chapitres du livre Peter J. Leithart Defending Constantine », lequel a pour objet de tenter de « dissiper la plupart de ces malentendus » et de « s’efforcer de rétablir une juste image de notre frère(sic) Flavius Valerius Aurelius Constantinus, fils de Constance Chlore et notre sœur Hélène ». Ce qui ne saurait étonner quand on sait qu’Etienne se revendique lui-même “constantinien” convaincu.

Ceci dit, l’apôtre Jean relevait que nous ne saurions prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons » (1 Jean 4v20). De fait, pouvons-nous prétendre appeler « notre frère » quelqu’un – une figure controversée de l’histoire (2) – qui a vécu (et qui est mort) il y a très, très, très, très longtemps, que nous n’avons donc jamais vu et que nous ne pourrons jamais vraiment bien connaître, quand nous construisons « dans le même temps » toutes sortes de barrières théologico-identitaires pour ne pas vivre de communion pratique (3) avec nos frères du XXIe siècle, bien vivants, plus proches de nous, et dont la foi en Christ est sans ambiguïté ?
« Quant à nous, nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier (…) Voici donc le commandement qu’il nous a donné : celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère ou sa sœur » (1 Jean 4v19, 21). Sachant qu' »aimer son frère ou sa soeur » implique d’être avec lui ou avec elle, de manger/prier/s’édifier/s’encourager/oeuvrer… ensemble, comme de se réjouir/de pleurer avec lui ou avec elle 

Aller plus loin : 
Sur ce sujet inépuisable, je vous recommande de visionner (à nouveau) les vidéos des temps forts (tables rondes seulement) du forum des Attestants du 06 février 2021, dont le thème était justement… « Communion, un défi ? » Ou quelle est la nature d’une communion fraternelle authentique ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ?


Introduction : Forum des Attestants 2021- introduction

Table ronde 1 : La communion fraternelle – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Table ronde 2 : Limites de la communion – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Pour une synthèse écrite de cette rencontre, voir également le regard du pasteur Martin Hoegger, de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud et membre du mouvement R3 (Rassemblement pour un renouveau réformé), dans cet article consultable ici.

 

 

 

Notes :

(1) Cette série d’articles peut se lire sur le site du blogue « Par la foi ».

(2) L’empereur Constantin reste pour les historiens une figure à la fois fascinante et énigmatique, pleine d’attrait et de mystère, qui n’a pas encore livré son dernier secret. Comment comprendre au juste son évolution religieuse, qu’en est-il exactement de sa « conversion » ? Il est tout d’abord attaché au paganisme classique, à la théorie de la Tétrarchie qui fait de lui un descendant d’Hercule, puis peu à peu il se met à pratiquer le culte du soleil ; à partir de 312 il manifeste une sympathie de plus en plus marquée pour l’Église, en 324, par sa victoire sur Licinius, il apparaît comme le champion de la cause chrétienne contre le paganisme ; en 325 il convoque le premier concile œcuménique de l’histoire et finalement il se fait baptiser sur son lit de mort. Comment relier entre eux tous ces faits pour en donner une explication satisfaisante ? Constantin s’est-il effectivement converti au christianisme ? S’il y a eu conversion, quand s’est-elle produite ? Quels en sont les motifs profonds ? Ou bien ne s’est-il converti que pour la forme, visant surtout à utiliser le christianisme à des fins politiques ? Ces questions ne sont pas nouvelles. Déjà Lenain de Tillemont les avait entrevues et discutées et depuis elles n’ont cessé de hanter les générations successives d’historiens sans que pourtant ceux-ci aient réussi à y apporter une solution définitive et satisfaisante. Si l’on voulait faire l’historique de la question, on constaterait que, parmi les chercheurs, il y a toujours eu nombre de conservateurs qui, fidèles à la tradition chrétienne, ont accepté sans plus la réalité d’une conversion de l’empereur…(Chapitre VIII. La « conversion » de Constantin, Marcel Simon, André Benoit Dans Le judaïsme et le christianisme antique (1998), pages 308 à 334)

Et aussi ce point de vue catholique sur « la conversion de Constantin ».

(3) (Re)lire également notre article : « communion : le défi inclusif de Jésus face à nos tentations exclusives ».

Communion : le défi inclusif de Jésus face à nos tentations exclusives

« Qu’ils soient un, comme nous sommes un » : Une prière prophétique de Jésus au Père, actuellement non encore véritablement réalisée. De quoi nous pousser à la repentance, surtout quand nous mobilisons toutes nos énergies à rebâtir les murs de séparation abattus par Jésus lui-même ! (Source image : Pixabay)

Samedi 06 février, j’ai eu la joie de participer au 5ème forum des Attestants(1), en tant que « sympathisant », voyant dans ce mouvement confessant, né au sein de l’EPUDF dans des circonstances particulières, l’illustration que l’action de l’Esprit Saint ne connaît pas de frontière dénominationnelle.

Cette nouvelle édition a eu lieu par zoom, nous proposant tables rondes et ateliers, avec des intervenants de qualité, autour du thème « la communion, un défi ? »(1). Un enjeu spirituel d’actualité, à l’heure des séparatismes et des crispations identitaires, tandis qu’un protocole sanitaire nous impose de respecter des « distances sociales », et sachant que les réseaux @sociaux favorisent un entre-soi plutôt inquiétant. J’ai hâte de voir publier les actes du forum sur le site des Attestants, permettant de revoir/entendre les diverses interventions, notamment celles de la matinée, que j’ai raté ! (1)

En vérité, il ressort de ce forum que la communion, à la fois un « être et un faire ensemble », n’est pas si évidente que cela chez les chrétiens, et même pas « naturelle » du tout. C’est pour cela qu’elle est un défi en tout temps, nous confrontant à la réalité.

Or, comme si « être » et « faire » communion n’était déjà pas un défi suffisant en soi, la veille du forum, l’équipe de jeunes rédacteurs du blogue Par La Foi, s’affichant « réformé », apportait une curieuse contribution à cet enjeu spirituel, sur fond de crispation identitaire, avec un certain formalisme cultuel, via un article qui m’a paru trop long et très académique(2), mais aussi particulièrement maladroit dans le contexte actuel et, surtout, injuste et prétentieux, en prétendant faire le (dépôt de) bilan négatif des Attestants après 5 ans d’existence [selon quels critères ? Quel « magistère » ?] pour expliquer pourquoi ils marchent « sur des chemins séparés »(3).

Cet article, qui accuse certains biais (« cessationnistes », « pédobaptistes »…), est-il utile pour la gloire de Dieu (c’est à dire contribuant à rendre Dieu visible, tel qu’il est en vérité) et l’édification de tous ? La question peut se poser, car, rappelons-le, le service véritable, qui est un mini-stère (et non un magi-stère), consiste à se positionner en-dessous des pieds de celui que l’on prétend servir. Une fois relevé, nous ne laissons pas par terre (ou plus bas que terre) celui que nous avons servi, mais contribuons humblement à l’élever, à le faire grandir.

Est-ce le cas de cet article ? Jugeons-en plutôt, à la lecture de sa conclusion, laquelle ferait froid dans le dos si elle n’était pas ridicule : « À l’heure actuelle, la croissance de l’Église protestante unie de France ne nous paraît pas une chose désirable pour l’Église universelle. La présence en son sein des Attestants est d’après nous un obstacle à la reconstitution d’une identité réformée (ou luthérienne) authentiquement confessante plutôt qu’un instrument à cette fin. À ce titre, nous ne jugeons pas non plus la communion possible entre nous…. ».

En clair, « Attestants, merci de ne pas (plus) exister » ?

Ceci dit, on se marre tout de même un peu quand on lit ce qui est écrit très sérieusement, soit (pour prendre un ou deux exemples au hasard) que les Attestants seraient des « libéraux moins extrémistes et moins cohérents que les autres » au sein de l’EPUDF. Rappelons que ce mouvement de chrétiens confessants est né en 2015 « du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ». De fait, les Attestants « partagent une même foi au Père créateur, au Christ Seigneur et sauveur [qu’ils confessent aussi comme étant pleinement Dieu et pleinement homme, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification], à l’Esprit Saint consolateur et puissant. « Courant de conviction parmi d’autres dans l’EPUdF », ils souhaitent « promouvoir une façon de vivre la foi, la vie de famille, la formation, à la lumière d’une lecture exigeante de l’Evangile ». Ils se veulent, notamment, « force de proposition en matière de prière, de lecture de la Bible, d’édification pour la foi, de formation, d’accueil des plus humbles ».

Et les Attestants sont tellement « libéraux » qu’ils confessent enraciner leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne (n’excluant) pas mais (impliquant) une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie »(4).

Les Attestants seraient aussi des « modernistes » et des « postmodernes », sous prétexte que certaines « traditions »(port de la robe pastorale, usage de la chaire, présence de l’orgue/harmonium….) seraient « systématiquement rejetées ».

Autant d’arguments pouvant d’ailleurs justifier un refus de communion…avec le Christ lui-même !

Imaginez en effet ce qui aurait pu se passer, pendant les 3 jours suivant la mise au tombeau de Jésus-Christ, après sa mort à la croix : « nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël, mais il est utile aujourd’hui de se poser la question s’il a réussi après 3 ans 1/2 de ministère ». Et un jeune docteur de la loi de se fendre d’un (trop) long article très académique, justifiant pourquoi lui et les siens « ne sont pas disciples de Celui que l’on appelle le Christ », concluant par ce qui ressemble à une condamnation sans appel, dans le style : « il n’est décidément pas possible d’être en communion avec ce jeune mouvement, lequel est un obstacle pour la conservation de l’identité judaïque », leur leader étant trop « libéral » (ou étant un « libéral » ne s’assumant pas) et « post-moderne », parce qu’il ne respecterait pas « la tradition des anciens »….Position tenue jusqu’à ce que le jeune docteur de la loi rencontre, confus, Jésus-Christ ressuscité….C’est ce que l’on peut se souhaiter de mieux.

Une chose est sûre : si vous souhaitez connaître les Attestants, ce n’est pas par cet article qu’il faut commencer, mais plutôt en cherchant à les fréquenter pour mieux les connaître, plutôt que de les enfermer dans des étiquettes disqualifiantes/restrictives : visitez leurs paroisses et participez (ou assistez) à leurs cultes, pour vous rendre compte si le Dieu véritable (Père, Fils, Saint-Esprit) est à sa place ; consultez leurs sites et participez à leurs formations/forums(5), non pas en cherchant « à obtenir confirmation » de ce que vous croyez savoir, mais plutôt avec la volonté humble et honnête de savoir vraiment.

Pour le reste, la sagesse sera celle de suivre le conseil d’un autre sage, un célèbre docteur de la loi, Maître du jeune docteur cité plus haut : « ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller. Si cette entreprise ou cette oeuvre vient des hommes, elle se détruira; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu ». (Actes 5v38-39). En attendant, apprenons à discerner des fruits évidents et significatifs, apprenons à dire merci à Dieu pour cela, et gardons confiance que l’approbation finale sera donnée (comme à nous tous) par le Maître lui-même.

Mais, comme le dit le vieil adage, « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt », il importe de ne pas s’arrêter « au doigt Attestant », pour fixer ses regards sur ce qu’il montre, à savoir le Christ.

Et ce, d’autant plus que nos réflexes exclusifs font plutôt tâche avec l’esprit inclusif du Christ et des Ecritures. Ainsi, quand certains justifient théologiquement d’exclure de leur cercle (déjà étroit) de « communion », nous lisons cette joyeuse invitation à la communion de l’apôtre Jean, au début de sa lettre [1 Jean 1v3-4] , rappelant les conditions de celle-ci : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous vous écrivons cela pour que notre joie soit complète ». Le même apôtre rappelle également que « si nous marchons dans la lumière comme (Dieu) lui-même est dans la lumière, nous sommes en communion……les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1v7)

Cet esprit inclusif se discerne encore dans le « faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » de Dieu, au commencement (Gen.1v26), le « nous » inclusif du Notre (et non pas « mon ») Père, enseigné par le Christ à ses disciples (Matt.6v9-13), et dans le « Qu’ils soient un, comme nous sommes un », le projet exprimé dans une prière dite par le Fils au Père en Jean 17, sur la façon dont l’un et l’autre souhaiteraient voir vivre ensemble ceux qui lui appartiennent. Une prière prophétique actuellement non encore véritablement réalisée. De quoi nous pousser à la repentance, surtout quand nous mobilisons toutes nos énergies à rebâtir les murs de séparation abattus par Jésus lui-même (Eph.2v14) ! L’enjeu spirituel de relever le défi de vivre la communion et l’unité est de taille, puisque c’est « afin que le monde croit »…. (v21). L’inverse est malheureusement vrai, puisque si pas de communion, il y a division, et l’absence de communion et d’unité empêche de croire.

Comme il a été rappelé lors du forum des Attestants du 06 février, en situation de crise, il n’est plus le temps de rompre des lances sur des sujets secondaires [lire à ce sujet Romains 14], mais le temps de revenir à l’essentiel. Et l’essentiel est Christ.

Rappelons que le Nom de Jésus est le seul Nom qui sauve, le seul Nom qui rassemble et le Nom qui est élevé au-dessus de tout nom, y compris les étiquettes dénominationnelles, rendant ainsi vaines toute crispation/repli/tentation ou prétention identitaire. En tant que chrétiens – « petits Christs » – nous n’acceptons pour seule « étiquette » que celle que Jésus nous a déjà donnée : « enfants de Dieu », « saints et fidèles en Jésus-Christ », « appartient à Jésus-Christ »…..

Rappelons également que le Nom de Jésus signifie aussi « Dieu sauve » mais aussi « Dieu élargit », lequel nous élargit de toute l’étroitesse de nos petits cercles restreints de (pseudo) « communion », « à l’exclusion de tous les autres ». De même, à la suite du Christ et en Son Nom, nous sommes envoyés pour élargir les horizons de nos frères et de notre prochain.

 

A l’heure où certains jouent encore à être « plus royalistes que le Roi », en mode « plus réformé que moi tu meurs », contribuons à une réelle édification, aidant à grandir : puisque nous sommes censés avoir « dépouillé le vieil homme » (avec ses prétentions identitaires restrictives), revêtons-nous du Seigneur Jésus-Christ – la seule identité valable qui nous a été donnée – et n’ayons pas soin de la chair [par exemple, l’orgueil intellectuel et/ou spirituel] pour en satisfaire les convoitises (Rom.13v14).

Renversons également nos façons de penser, pour en finir avec la pensée opposée à la pensée biblique et axée sur la « saisie », la classification, le déterminisme (soit le fait de coller une étiquette sur quelqu’un), la division, la conceptualisation…avec les logiques de la prise, les pensées rapaces qui griffent et qui déchirent.

Si ta théologie te rend incapable de discerner ce qu’est une pensée biblique, et si elle contribue à rebâtir les murs de séparation ce que Christ a abattu, alors change de théologie….

Le dernier mot sera au fameux jeune docteur de loi cité plus haut, qui n’a plus été le même après sa rencontre avec le Christ ressuscité :

C’est aussi « un devoir pour nous, les forts, de porter l’infirmité des faibles et de ne pas rechercher ce qui nous plaît. Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien, pour édifier. Le Christ, en effet, n’a pas recherché ce qui lui plaisait mais, comme il est écrit, les insultes de tes insulteurs sont tombées sur moi. Or, tout ce qui a été écrit jadis l’a été pour notre instruction, afin que, par la persévérance et la consolation apportées par les Ecritures, nous possédions l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et de la consolation vous donne d’être bien d’accord entre vous, comme le veut Jésus Christ, afin que, d’un même cœur et d’une seule voix, vous rendiez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu »(Rom.15v1-7)

« Si donc il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres.  Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».(Philip. 2v1-11).

Amen !

 

 

 

 

 

Notes :

(1)cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2021/01/30/forum-des-attestants-du-06-fevrier-communion-un-defi/

Il est possible de visionner les vidéos des temps forts (tables rondes seulement) du forum du 06 février. Le pasteur Martin Hoegger, de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud et membre du mouvement R3 (Rassemblement pour un renouveau réformé), nous partage également son regard sur cette rencontre dans cet article consultable ici.

(2) Cf https://parlafoi.fr/2021/02/04/pas-attestants/

(3) Pour rappel, « séparé », en hébreu et araméen, a donné le nom de « pharisiens », ce groupe de religieux souvent dénoncé par Jean le Baptiste et par Jésus, et qui a fini par intriguer bassement pour condamner et livrer ce dernier pour être crucifié. Par contraste, les Attestants ont choisi de rester au sein de l’EPUDF, plutôt que d’en partir pour rejoindre les Evangéliques ou fonder une nouvelle dénomination, illustrant un cheminement possible, alternatif aux replis identitaires.

(4) A ce sujet, je renvoie au forum des Attestants consacré au thème « qui parle ? Quand je lis la Bible… » https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/02/08/retour-sur-le-forum-2019-des-attestants-qui-parle-quand-nous-lisons-la-bible/

(5) Cf http://lesattestants.fr/ ; http://1001questions.fr/ ; http://tablesrondes.leglisequicroit.fr/ (avec ce compte rendu d’atelier https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/08/29/ce-que-leglise-communaute-chretienne-peut-apporter-a-la-generation-z-ou-digitals-natives/) ; http://www.liberer.fr/

Forum des Attestants du 06 février : communion, un défi ?

La communion, un défi ? Une invitation et un appel à le relever avec les Attestants, le 06 février !

L’édition 2021 du forum des Attestants aura lieu par zoom, le 06 février, nous proposant de « nous entretenir les uns les autres » du thème suivant : « communion, un défi ? »

 Pourquoi ce thème ?

« La crise du Covid qui traverse notre monde et notre société globalisée a agi comme un révélateur dans nos vies spirituelles. Elle a mis en évidence, non seulement l’importance, mais aussi l’impérieuse nécessité pour la vie de nos communautés et également pour notre vie personnelle et notre épanouissement d’une Communion Fraternelle authentique. Communion dont la nature spécifique est l’un des marqueurs de notre foi et de notre espérance.

Cette prise de conscience s’accompagne de celle d’un monde qui malgré sa globalisation est en fait de plus en plus fragmenté par les distanciations de toutes sortes : physique, sociale, culturelle, politique, religieuse, théologique… poussant à un « entre soi » identitaire, amplifié contre toute attente par la place que les réseaux sociaux y ont prise, comme l’actualité récente le montre.

On pense, on vit, on agit… de plus en plus avec ceux qui nous ressemblent.

Or l’Eglise est le contraire de cet « entre soi », nous qui sommes appelés par le Christ à le dépasser pour vivre la fraternité des enfants de Dieu.

La crise actuelle interpelle les chrétiens que nous sommes sur le sens réel de la Communion Fraternelle. Quelle est sa nature ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ? Et si elle en établie, où se situent ses bornes ? Notre foi dans le Christ ressuscité et l’action du Saint-Esprit nous portent et nous poussent dans un élan généreux qui devrait nous permettre de dépasser limites et barrières que notre nature humaine oppose à cet élan.

A contrario, la générosité de nos sentiments humains, notre volonté de bien faire, la conformité à la pensée dominante dans le monde…affadissent parfois jusque dans nos églises ce lien précieux, ce cadeau que nous recevons du Père, grâce au Fils par le Saint-Esprit » (source : plaquette de présentation du forum des Attestants du 06/02/21)

Au programme :

10h-12h30, table ronde : Qu’est-ce que la communion fraternelle, pourquoi est-elle cruciale pour la vie chrétienne ?  avec
David Bouillon, professeur de théologie pratique et spiritualité à la HET-PRO (Haute Ecole de Théologie en Suisse)
Frédéric de Coninck, sociologue chrétien (Ancien directeur de recherche au CNRS et à l’ école Nationale des Ponts et Chaussées)
•  Gilles Boucomont, pasteur EPUdF à Paris-Belleville
Animatrice : Caroline Bretones, pasteur EPUdF à Paris-Le Marais

14h30-17h table ronde : Comment faire vivre notre communion fraternelle, qu’est-ce qui peut la menacer, ses limites éventuelles et les risques de dérives ? avec
Guillaume de Clermont, pasteur EPUdF, ancien président de Conseil régional
Anne Faisandier, pasteur EPUdF à Marseille
Pierre Jova, journaliste à l’hebdomadaire La Vie
Animateur : Jean-Fred Berger, président du CP de l’EPU de Dreux

Chaque table ronde est suivie d’ateliers :

Approfondissements théologique avec David Bouillon, sociologique avec Frédéric de Coninck, et ecclésial avec Gilles Boucomont ;

« Dans le monde mais pas du monde ». Communion ou union, est-ce une porte étroite ou une large voie ? Comment Jésus lui-même assume la tension entre ouverture et exclusivité ?

« Le rôle du Saint Esprit dans la construction de la communion ». La communion est-elle donnée ou à construire ?

« Y a-t-il une bonne et une mauvaise communion ? » Quels sont les différents modèles de communion ? Quelles sont les dérives, les abus, les malentendus possibles ? Peut-on dire que : pas de confession de foi partagée, pas de communion ?

« La dimension sacramentelle de la communion. Au-delà de l’acte d’eucharistie, quelle communion au sens large ? »

 

Un événement organisé par les Attestants*.

Plus de détails 6 février 2021-Forum – Attester.fr

 Et inscription via le formulaire

 

*Les Attestants : Ce courant de l’Eglise Protestante Unie de France (EPUdF) s’est constitué suite au synode de Sète en 2015, qui a vu autoriser la bénédiction des couples homosexuels. L’idée du mouvement est « de mettre au centre des préoccupations le fait d’être une Eglise de témoins ». Il s’agit pour ces protestants confessants, non plus de « protester » mais « d’attester » d’une foi solide dans le Père, le Fils et le Saint Esprit, comme « d’attester » de l’autorité souveraine de la parole biblique pour la foi et la vie des croyants. Ils proposent des outils pour le réveil des églises de la Réforme et au service de l’Evangile de Jésus-Christ.

Découvrir leur site et mes articles sur ce mouvement.

 

L’Action du mois : la prière pour les oiseaux

Une prière pour tous les oiseaux du monde que nous sommes, sans oublier les moineaux et leur dignité (source image : public domain pictures)

Une prière originale d’Eric George (pasteur EPUDF Versailles), 17/03/13, découvert « par hasard » cet été via le bulletin d’une paroisse protestante.

 

Dieu notre père

Nous voulons te prier pour tous les oiseaux du monde

Et surtout pour tous ceux à qui nous donnons des noms d’oiseaux

 

Nous te prions bien sûr pour ceux que nous appelons

Mon poussin, mon canard, ma poulette

Tous ceux, qu’avec ou sans surnom, nous aimons

 

Nous te prions également pour ceux que nous appelons vautour

Et pour les faucons de guerre

Ceux-là qui croient pouvoir puiser leur force et leur vie

Dans la faiblesse et la mort et des autres

Donne-nous d’être face à eux des témoins vigilants

Donne-nous ton esprit de prophétie qui dénonce l’oppression

Et annonce la justice.

 

Nous te prions pour ceux que l’on appelle pigeons

Donne nous d’accepter de faire, aux yeux de ce monde, partie de ceux-là

Donne-nous de réaliser ta parole « Heureux les doux, heureux les simples »

 

Nous te prions pour les triples buses, les bécasses et les têtes de linottes

Donne-nous d’accueillir avec amour et patience les limites de nos frères et de nos sœurs

Donne-nous la lucidité et l’humour nécessaires pour reconnaître et assumer nos propres limites

 

Nous te prions pour ceux que nous voyons

Majestueux comme des aigles

Libère nous de l’aigreur et de l’idolâtrie

Et permets-nous de prendre notre place aux services des autres

 

Fais sortir leur tête du sable aux autruches

Fais atterrir un peu les albatros

Donne aux coqs l’humilité

Et rend aux moineaux la dignité

 

Nous te remercions pour les colombes

Annonciatrices de paix et d’espoir

Pour les alouettes, porteuses d’espérance

Et pour les pinsons qui nous communiquent leur joie

 

Seigneur,

Que ton Royaume germe sur la terre

Et qu’il rassemble dans son feuillage

Tous ces oiseaux que nous sommes

 

 

 

 

« Pour les chrétiens de dénomination youtubienne vient l’heure du retour à l’Eglise réelle »

« Pourquoi les Eglises vont être vraiment changées par le confinement et le déconfinement : quelle est la surprise qui nous attend ? » ( Source : Pixabay)

Une réflexion de Gilles Boucomont intitulée « COVID et relocalisation ». Ou pourquoi les Eglises vont être vraiment changées par le confinement et le déconfinement. Quelle est la surprise qui nous attend ?

 

Ce n’est pas tant le virus du COVID en lui-même mais plutôt les choix de la riposte gouvernementale qui auront créé, par le fait du confinement/déconfinement, un événement à la fois politique, économique, culturel, social, mais aussi certainement ecclésial.

Youtube, Facebook et Instagram sont devenus les principaux locaux d’Eglise fréquentés le dimanche et même la possibilité nouvelle de se retrouver en présentiel comme on le dit désormais avec cet horrible terme, cette possibilité retrouvée n’a pas permis aux assemblées chrétiennes de se retrouver à l’identique.

Un ami pasteur m’évoquait une statistique symbolique, fondée sur le seul ressenti, mais que je trouve intéressante de partager :
– 40% des paroissiens sont revenus au culte,
– 30% restent en contact avec l’Eglise par les vidéos et répondent aux mails et téléphones,
– 30% sont partis et ne donnent plus signe de vie,
– auxquels il faut rajouter, malgré les 100% déjà atteints, 30% de nouveaux, majoritairement jeunes (20-30 ans essentiellement) dont la moitié sont des gens qui ont été saisis par Dieu dans ce temps différents, et l’autre moitié sont des jeunes issus d’autres assemblées où ils ne peuvent ou ne veulent plus se réunir.

L’autre tendance, c’est la relocalisation. L’accès à une offre mondialisée, en français comme en anglais, a fait que les chrétiens ont pris l’habitude de vivre le culte de façon plus flottante, en pyjama, en différé, à la maison. L’idée d’un retour à la contrainte du temps et de l’espace est compliquée pour certains. C’est sans compter sur la belle diversité de théologies auxquelles ils ont été confrontés, jusqu’à en avoir les idées troublées. Pour ceux qui finissent par souffrir d’être des chrétiens de dénomination youtubienne vient l’heure du retour à l’Eglise réelle, c’est-à-dire l’Eglise en chair et en os et pas qu’en Esprit, puisqu’elle est le corps du Christ, lui même incarnation du Verbe de Dieu.

Ce retour à l’Eglise en communion dans le temps et physiquement pose des questions en région parisienne notamment.

La suite à lire ici, sur le blogue de Gilles Boucomont

Les vœux de PEP’S CAFE pour 2018 : « ne laissez pas repartir Jésus mais invitez-le à rester avec vous »

Laisserons-nous repartir Jésus ou Lui demanderons-nous de rester, et ce, alors qu’il vient juste de nous reprendre, nous reprochant nos « esprits sans intelligence » et nos « cœurs lents à croire » en Lui ? (Dessin de Coolus)

Chers lecteurs et chères lectrices, je souhaite que 2018 soit pour vous une nouvelle année pleine d’espérance, joyeuse et lumineuse en Celui qui est « la lumière du monde »(Jean 8v12). Et ce, en dépit des turbulences actuelles et à venir, à l’instar de ces dépressions – tempêtes, ouragans – frappant notre pays et constituant autant d’étonnantes et interpellantes « ouvertures » de cette nouvelle année.

Ceci dit, que vous souhaiter et vous partager d’autres, de quoi nous donner raison d’espérer en l’avenir ?
J’ai terminé lundi 01 janvier ma lecture de l’Evangile selon Luc, un Evangile notamment marqué par la joie, et me suis arrêté un temps sur la scène relatant la rencontre et l’accompagnement des disciples d’Emmaüs par Jésus (Luc 24v13-35).
Voici le texte : le jour de la résurrection du Christ, un dimanche, qui est le premier jour de la semaine, « deux d’entre (les disciples) se rendaient à un village du nom d’Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem. Ils parlaient entre eux de tous ces événements. Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ».
Jésus prend l’initiative de la discussion et leur demande ce que sont ces propos qu’ils échangent en marchant. « Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre. L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit qu’ils s’entretiennent au sujet de « Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple : comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié ; et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ce qu’ils ont trouvé était conforme à ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Jésus leur reproche leurs « esprits sans intelligence », leurs « cœurs lents à croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes », leur rappelant qu’il fallait « que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire. Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ».
C’est alors qu’« ils approchèrent du village où ils se rendaient, et [détail intéressant du récit] lui fit mine d’aller plus loin.
Imaginez alors le drame : Jésus fait mine d’aller plus loin, mais les disciples, « trop dans leur bulle », le laissent partir….

Imaginons alors un dialogue alternatif mais fictif :
Les disciples rentrent chez eux et leurs proches leur demandent de raconter leur journée. Eux parlent de leur rencontre avec un homme mystérieux.
– « Et alors ? » leur demande-t-on. « Où est-il ? »
– « Bah [haut] …. il a continué sa route, quoi… »
– « Quoi !! Vous l’avez laissé partir !! Vous ne l’avez même pas invité à rester ?!! »
– « Ben, il a pas demandé(sic)… »

Imaginons alors ce même drame, dans un contexte plus proche de nous :
« Nous allons à l’église » et « assistons » (à défaut de participer) au culte dominical. Mais étant trop « dans notre bulle », écrasés par nos soucis quotidiens, nous peinons à reconnaître Jésus ressuscité, censé être au centre de notre rassemblement. A la fin du culte, nous échangeons rapidement quelques nouvelles et parlons un peu les uns avec les autres de ce qui est le plus important pour nous. Puis chacun repart chez soi, chacun de son côté, sans penser inviter « l’Autre ». Et sans prendre le temps de s’interroger sur le sens véritable de ce qu’est « être ensemble au Nom de Jésus ». Il y a pourtant là une promesse : Jésus a dit qu’Il est présent « au milieu des deux ou trois se trouvant ensemble en Son Nom » (Matt.18v20).
Pour vivre cette promesse, il s’agit de souhaiter demeurer ensemble pour être solidaires et non solitaires. De façon concrète, cela se traduit par le fait de partager ensemble en toute simplicité et authenticité un même repas et un même pain. C’est ce qui s’appelle « casser la croûte » ensemble, soit briser ce qui a durci – nos certitudes ou nos habitudes – pour s’ouvrir à l’autre et découvrir l’autre.

Dans le cadre de notre récit de Luc 24, les disciples d’Emmaüs – heureusement ! – n’ont pas souhaité laisser repartir Jésus : au contraire, « ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. » Et il entra pour rester avec eux (v29). Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent… » (vv30-31).
C’est dans ces conditions que nous pourrons reconnaître, comme eux, que Jésus, présent au milieu de nous, est non seulement vivant, mais « le même », non seulement « hier » et « éternellement », mais « aujourd’hui »(Hébr.13v8), source de vie nouvelle restaurée.
C’est dans ces conditions que nous pourrons repartir ensemble pleins de joie, avec ces forces nouvelles, pour aller vers les autres leur partager ce que nous aurons alors (re)découvert : une personne – Jésus (« Dieu sauveur » et « Dieu élargit ») et son message d’espérance et de libération.

Sur ce, bon début d’année 2018 !

Au Nom de Jésus, crevons les bulles !

Lecture : « Ainsi, vous n’êtes plus des étrangers (…) vous êtes de la famille de Dieu » (Eph.2v19. TOB).

Vous vivez certainement cette phase où, dans votre église locale ou votre paroisse, le rush de la rentrée est en train de passer : les activités sont lancées, les formations diverses bien avancées et l’annonce de la Bonne Nouvelle (re)déployée dans toute son ampleur. Pour un peu, nous serions déjà dans la période de Noël, avant d’avoir pris le temps de vivre l’Automne !

C’est pourquoi nous serions bien plus inspirés de répondre « présent », en étant pleinement et vraiment là où Notre Dieu nous appelle ; et d’apprendre, pour l’avenir, à ne plus vivre dans l’agitation, sachant que, comme nous le rappelle ce bon vieux Soren Kierkegaard (1813-1855), « de tout ce qui est ridicule dans ce monde ridicule, rien n’est plus ridicule que de s’agiter »(1).
En effet, lorsque notre course est si intense que nos pensées sont constamment occupées par les problèmes passés ou futurs, nous prenons le risque de devenir des étrangers pour ceux qui vivent avec nous. Avez-vous remarqué que les préoccupations construisent une bulle qui nous isole même quand nous sommes avec ceux que nous aimons ? Elles forment en nous un brouillard qui parasite les communications et nous éloigne les uns des autres…

Bientôt, si nous n’y prenons pas garde, nous ne serons plus des frères et des sœurs dans nos maisons, ni des parents et des enfants, ni mari et femme, ni même des étrangers, mais des ennemis.
Ce phénomène est une réalité dans nos foyers mais aussi dans notre relation avec Dieu. Ephésiens 2v22 nous rappelle fort opportunément que « c’est dans l’union avec (Christ), que (nous faisons)partie (nous) aussi de la construction pour devenir avec tous les autres la maison où Dieu habite par son Esprit ». C’est donc ensemble que nous faisons partie d’une même maison. Mais habitons-nous réellement cette maison avec Dieu, Notre Père, ou bien sommes-nous là « sans être là », enfermés dans nos bulles de stress ?

Dieu nous donne, comme autant de cadeaux, des frères et des sœurs qui nous sont précieux : allons-nous partager avec eux nos vies et l’amour de Christ ? Allons-nous, avec Jésus, abattre les murs de séparation pour découvrir en l’autre qui est différent une pierre importante pour l’édifice que l’Esprit construit, un frère que je peux soutenir ?
Car Christ « est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Eph.2v14). En Lui, nous pouvons vivre la paix – c’est-à-dire, non pas l’absence de ce qui nous dérange, mais l’établissement de ce qui est bon et juste – mais aussi l’unité : d’abord avec Notre Père Céleste, mais aussi dans nos foyers et au sein de la grande famille qu’est l’Eglise, corps de Christ.

Ceci dit, par où commencer ? A ce sujet, les Evangiles considèrent que le premier jour de la semaine n’est pas le lundi mais le dimanche (Luc 24v1). Et si, finalement, la saison 2017-2018 de notre église ou paroisse locale, ne commençait pas en septembre mais en juillet, un mois marqué par les temps fraternels de nos fêtes d’église et le début du repos estival ? Et si cette nouvelle saison était marquée, au Nom de Jésus, par l’explosion des bulles, la dissipation des brouillards et l’abattement des murs ? C’est ainsi que nous pourrons vivre, non plus en étrangers, mais en frères et sœurs, membres d’une même famille s’aimant les uns les autres comme Jésus nous a aimés et aimant être ensemble.

 

[Texte adapté d’après Thomas Keller, pasteur. « Vous n’êtes plus des étrangers (…) vous êtes de la famille de Dieu » IN La Flamme, lettre de l’Eglise protestante unie du Marais, Automne-Hiver 2017]

 

Notes : 

(1) Citation tirée de « Ou bien, ou bien », de S. Kierkegaard. Gallimard (Tel), p22.

Aimez-vous les uns les autres

Ce passage de Jean 13v34-35 nous est tellement familier que l’on pourrait poursuivre notre parcours chrétien exactement comme Pierre dans cette conversation. Source : Rawpixel

Voici une contribution de notre « plume invitée » du jour. Merci à elle !

Jean 13v34-36 (Parole Vivante) : Je vous donne une directive nouvelle: aimez-vous les uns les autres. Oui, tel est mon commandement: comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. La marque par laquelle tous les hommes pourront reconnaître si vous êtes mes vrais disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. Simon Pierre lui demanda: Seigneur, où vas-tu?

Si nous avons choisi la transcription dynamique de ces paroles de Jésus données à ses disciples peu de temps avant d’être livré et crucifié, c’est pour attirer notre attention. En effet, ce passage nous est tellement familier que l’on pourrait poursuivre notre parcours chrétien exactement comme Pierre dans cette conversation : Il se croit prêt à « remuer ciel et terre » pour suivre Jésus mais ne prête pas vraiment attention à Ses paroles, ni à l’exemple qu’il vient de laisser en lavant les pieds de Ses disciples ! (voir aussi les v 12 à 17)
Ici, Jésus choisit de nous confier le moyen de Le suivre : l’amour fraternel. Si nous voulons Le suivre et « entrer dans notre destinée », alors la mise en pratique de ce commandement nouveau est la clef d’accès ainsi que l’oxygène indispensable pour cheminer en Christ. Le Premier Testament enseignait « d’aimer notre prochain comme nous-mêmes », ce qui semble difficile même pour le chrétien aguerri. Mais Jésus va plus loin en nous demandant d’aimer nos frères et sœurs en Christ comme lui-même nous a aimés. (Voir Jean 13v14 et 15 et Jean 15 v 8 à 10)

Alors devant cette impossibilité apparente, il se peut que nous inventions le chemin de « l’entre deux », nous imaginant que Dieu l’acceptera. Pourtant, il n’y a que deux chemins : l’étroit qui mène à la vie et l’autre qui mène à la mort. Peut-être nous mentons-nous à nous-mêmes, nous rassurant que nous faisons mieux que certains, pratiquant ainsi le péché d’orgueil spirituel ? Ou alors, nous donnons-nous des excuses en argumentant que tel frère ou telle sœur ne marche pas assez dans l’amour, ou la vérité, ou la sainteté ? Et qu’être dans sa proximité nous empêcherait de vivre une plénitude spirituelle, de trouver notre place ou de rentrer dans notre appel ? Quels mensonges! « Or si quelqu’un prétend aimer Dieu tout en détestant son frère, c’est un menteur. Car s’il ne peut aimer son frère qui est là sous ses yeux, il ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas »(1 Jean 4 v20.Voir aussi chap 3 et 4 de l’épître)

Justement, Dieu a placé dans Son Corps juste à côté de nous, des membres différents, qui peuvent sembler plus faibles ou pénibles à supporter. Cela nous donne l’occasion de crucifier notre chair qui, ELLE, nous empêchera toujours de saisir notre destinée individuelle et collective. Ainsi, puisque nous faisons tous partie du Corps de Christ, étant des membres interdépendants, il s’agit  donc de vivre concrètement cet amour aussi bien avec tous les chrétiens (sans exception volontaire) de notre assemblée locale, de nos églises sœurs mais aussi des églises d’une même ville ou région, en nous donnant nous-mêmes les uns aux autres.

Saisissons donc le don de repentance sur ce point, par lequel Dieu nous donnera le moyen de mettre en pratique d’un cœur entier ce commandement « de nous aimer les uns les autres », à l’instar de Jésus.

(La Pep’sette, « Plume invitée »)

 

La « Table du Seigneur » : « un bouleversement de l’ordre social » d’après Wilfred Monod

« Faites ceci en mémoire de moi », dit Jésus : Un des rares gestes que le Seigneur nous a explicitement demandé de reproduire.

« Quel rêveur, quel réformateur, quel anarchiste a jamais proposé d’inviter le patron et le manœuvre au même repas, pour les faire boire à la même coupe ? Et pourtant, la sainte cène opère ce miracle ; l’éboueur y porte la coupe à ses lèvres et la passe au député, qui boit après lui…(1)

Dans la simplicité de cet acte sans phrase, il y a quelque chose de surnaturel, et qui nous dépasse au point de nous troubler étrangement. L’Évangile y apparaît comme l’énergie égalitaire par excellence. Jusque là, seule la mort pouvait prétendre nous rendre tous égaux face à elle. Toutefois, la mort crée, brutalement, une égalité involontaire entre les personnes, tandis que l’Évangile suscite, harmonieusement, une égalité des vivants consciente et volontaire.
Cette communion que nous célébrons tous autour de cette table est un bouleversement de l’ordre social, un ferment de réformes sans limites, une image de l’humanité future, le germe de la “nouvelle terre où la justice habitera”.
Ce pain a une histoire. […]
Pour faire la bouchée de pain qui nous est offerte à la table sainte, il a fallu presque un an d’efforts et de collaboration obstinée avec la pluie et avec les rayons du soleil, et tout le travail des hommes, du grainetier à l’agriculteur, du semeur au moissonneur, du transporteur au distributeur, du grossiste au meunier, du meunier au boulanger, du boulanger à cette table.
Ce pain est la nourriture la plus noble qui existe ; c’est le sacrement de la communion avec la nature généreuse et c’est le sacrement de la solidarité humaine, solidarité avec l’humanité au travail, qui a permis que cette nourriture soit sur cette table. Mais ce pain est aussi le symbole d’une inégalité meurtrière. Qui possède le pain, est maître de celui qui ne le possède pas. Un pain, entre nos doigts, est un attribut de pouvoir ; il nous octroie la puissance de dicter nos conditions à un affamé. Si un petit morceau de ce pain tombait sur la place centrale d’un village du Soudan, on verrait des créatures déshumanisées se ruer avec frénésie vers ce trésor, et se piétiner sans merci dans la poussière.
Le morceau de pain est au centre du monde ; le jour où toute l’humanité sera pleinement assurée d’en manger, marquera l’avènement du genre humain à la dignité humaine ; c’est alors qu’il se dégagera, définitivement, de l’animalité.
Ce pain et cette coupe sont au centre du monde pour nous ce matin, comme pour beaucoup de chrétiens qui célèbrent ce même repas en ce même jour : par le fruit de la vigne, par les épis de blé et le travail des hommes, nous nous souvenons de Jésus-Christ, qui s’est présenté à nous comme le Pain vivant, et comme la vigne.
Il a vécu parmi nous, mais nous ne l’avons pas accueilli. Il a été trahi et mené jusqu’à l’abîme de la mort. Le soir, avant d’être livré, il a pris du pain, et, après avoir rendu grâces, l’a donné à ses disciples en disant : “Ceci est mon corps, livré pour vous”. De même, à la fin du repas, il a pris la coupe, et, après avoir rendu grâces, il la leur a donnée et a dit : “Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui est répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.”
Le Seigneur Jésus-Christ, le lendemain, a été livré, il a été élevé sur la croix. Il est mort. Le Pain vivant a été foulé au pied, et c’est un outrage pour l’humanité entière, l’humanité sous-alimentée, affamée et assoiffée.
Il est mort, mais Dieu l’a rendu à la vie. De même, Dieu nous conduit, à sa suite, de la mort vers la vie, dans l’attente de son Royaume« .

Texte utilisé pour la célébration de la cène, adapté d’extraits de l’ouvrage de Wilfred Monod (1867-1943, pasteur et théologien réformé français) sur la célébration de la Cène, et « piqué » sur blog.vraiment.net

 

 

Notes :

(1)Aujourd’hui, dans certaines églises, chacun a son godet et l’on prie « en petits groupes », pas automatiquement « mixtes » – le député ne se retrouvant pas forcément avec l’éboueur….

Quand le Seigneur reviendra sur la Terre, trouvera-t-il encore des « pasteurs » ?

L’Église d’aujourd’hui a besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger » leur a confié. Source : Rawpixel

Les églises d’aujourd’hui ne manquent pas de « ministères » !

En effet, il existe des ministères « de louange », centrés sur l’adoration ; des ministères dits « diaconaux », qui prennent soin des gens sur le plan matériel ; et il y a des ministères de « relation d’aide », très marqués par la vision du monde de la psychologie, parfois plus que par l’anthropologie biblique, et travaillant la plupart du temps hors des églises locales et communautés réelles, alors que c’est au cœur des relations que l’on guérit ses relations.

Mais ce qui semble être un atout cache une réalité plus problématique : si les églises ne manquent pas de ministères, on n’y trouve presque plus de « pasteurs » ou de « bergers » au sens biblique du terme, C’est-à-dire des personnes qui, sans être forcément des « clercs », passent l’essentiel de leur temps à prendre soin et à accompagner. Le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »] et tout accompagnement dit « pastoral » est avant tout « fraternel », de fait enraciné dans la vie communautaire. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain (de la Cène) qui révèle Christ ressuscité, comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs en Luc 24v28-35.

Or, dans certaines églises protestantes « historiques » et protestantes évangéliques, ceux que l’on appelle « pasteurs » sont en réalité des « docteurs » ou des enseignants : ils ont « BAC +++ », connaissent la philosophie antique et moderne, ainsi que l’hébreu et le grec anciens. Dans les églises évangéliques, les « pasteurs » sont en réalité des « évangélistes », avec parfois un charisme de guérison, appelant tous les dimanches à la conversion. Certains sont des « apôtres », préoccupés par le nombre d’implantations d’églises. D’autres encore sont des « prophètes », exhortant le troupeau à ne plus être perdu, alors que leur rôle serait justement de les faire paître.

L’Église d’aujourd’hui ne manque pas de « ministères » mais a grand besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger »(Hébr.13v20) leur a confié.

Quelle serait alors « la fiche de poste » pour un « vrai pasteur » ? A ce sujet, la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, peut nous éclairer.

Il est premièrement celui sur qui l’on peut compter. Il n’est pas le propriétaire du troupeau mais celui qui rend compte de chacune des brebis qu’on lui a confié – et qu’il ne choisit pas (1 Pie.5v2)- parfois au péril de sa vie (Jean 10v11)

Voici, en guise d’illustration, une scène saisissante en Amos 3v12 : le berger est celui qui ose lutter avec le lion qui a sauté sur son troupeau, pour lui arracher « deux pattes » et « un bout d’oreille » de la brebis attrapée. Il doit rapporter les restes de l’animal et du combat au propriétaire du troupeau, pour montrer que la brebis a été perdue malgré lui, dans un guet-apens et non pas égarée par sa faute.

Et si des brebis distraites se sont égarées « un jour de nuages et de brouillard » (Ez.34v12), il se doit de partir à leur recherche, jusqu’à ce qu’il les trouve, obéissant à l’appel de Dieu(cf Luc 15v4)   . Aucune ne doit manquer à l’appel.  Il est celui qui  compte et recompte les brebis, « les connaissant toutes par leur nom » (Jean 10v3), et qui les accompagne dans toutes les saisons de la vie, de leur naissance à leur mort.

Il est intéressant de noter qu’il est demandé au berger du troupeau de se préoccuper du nombre confié. Non pour l’augmenter- Ce sera le travail du « pécheur d’hommes »(Marc 1v17) – mais pour veiller à sa croissance, avant tout qualitative. Et ce, à l’instar de Dieu, qui se concentre sur un seul peuple, qu’Il a « choisi », « élu », « mis à part », et qu’Il appelle à être « saint », parce que Lui est « Saint » (Lévit.11v44).

Enfin, le berger n’est pas celui qui « envoie paître » mais celui qui « sort devant » le troupeau (Jean 10v4) et le fait aller là où il va et s’arrêter là où il s’arrête : « les verts pâturages » (Ps.23v2-3), propre à nourrir les brebis. Ce qui implique que le berger sache où il va, lire et suivre les instructions du ciel.

 

 

Sources/inspi :

Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première partie, 2010, pp 175-176

De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 9-27.

Voir aussi :

Marshall/Payne. L’essentiel dans l’Eglise : apprendre de la vigne et de son treillis. IBG/Clé, 2014 (pour redécouvrir ce qu’est le « sacerdoce universel, selon Eph.4v1-16)

Baxter, Richard. Le pasteur chrétien. Impact héritage, 2017 (ou la version électronique gratuite)

Kallemeyn, Harold. La visite pastorale IN La Revue réformée, N° 228 – 2004/3 – JUIN 2004 – TOME LV. L’auteur se propose d’étudier quelques fondements bibliques de la visite pastorale à partir des chapitres 2 et 3 de la Genèse. Dans cette présentation, un sens assez large est donné au mot « pastoral » pour inclure la tâche des anciens, des diacres et des aumôniers qui, avec le « pasteur titulaire », sont appelés à rendre visite au nom du Christ.