Crainte de Dieu

« La crainte de Dieu dans les Écritures (…)libère plutôt une grande force car celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose… » (Source : rawpixel)

« Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR : esprit (…) de crainte du SEIGNEUR – et il lui inspirera la crainte du SEIGNEUR ». (Esaïe 11v2-3)

 

« Les Saintes Ecritures reviennent souvent sur le sentiment de la crainte de Dieu. De toutes les émotions religieuses, c’est celle qui s’est le plus affaiblie au cours des temps modernes », constate l’écrivain napolitain Erri de Luca. Car, estime-t-il, « ceux qui ont la foi préfèrent alléguer d’autres manifestations de leur attachement. La crainte semble un sentiment inconvenant, irrationnel, antique. Et pourtant l’immense qui nous domine ne peut absolument pas être apaisé, apprivoisé par l’amour. La crainte de Dieu dans les Ecritures est une panique céleste, la réponse des nerfs à un ordre central lointain et abyssal (…). Et elle ne décourage pas, n’affaiblit pas, elle libère plutôt une grande force car celui qui craint Dieu ne peut craindre autre chose, craindre par exemple l’Adàm fait de terre et sa descendance humaine.

Le quatrième vers du psaume 130 enseigne aussi : « puisque près de toi est le pardon, pour que tu puisses être craint. Il y a aussi un autre aspect de la crainte que l’on doit à Dieu : non parce qu’Il est le Seigneur de l’immense, dispensateur de vie et de mort, mais aussi parce que de lui dépend le pardon, seliha. Crains le juge, non parce qu’il peut te condamner, mais parce que de son pouvoir dépend la remise de tes fautes. Il dit à Jérémie : car je pardonnerai à ceux que j’aurai fait demeurer de reste (50v20) : celui qui est pardonné a d’abord été gracié, laissé en vie, mis de côté comme un reste sauvé.

Cette puissance gigantesque du pardon pèse bien plus que l’immense et renforce, en celui qui croit, la crainte de Dieu. »

 

(Erri de Luca. Crainte IN Alzaia. Rivages, 1998. Bibliothèque Rivages, pp 211-212)

 

« Madame la Pasteure, un prêche humoristique » : bientôt au Salon de l’Education chrétienne

« Peut-on faire rire en parlant de Dieu, de la vie et de la mort ? »

Madame la Pasteure se retrouve seule à un service funèbre. Et si Eve revenait sur terre voir ce que nous sommes devenus ? Et si Marie était enceinte aujourd’hui ? Quel épisode de l’Ancien Testament se prêterait le mieux pour une télé-réalité ? Découvrez le dialogue émanant de la rencontre avec un jeune, croyant aux extra-terrestres. Et si une conseillère en marketing athée allait au paradis rencontrer Dieu pour lui proposer de rendre son message….plus attractif et lucratif ?

A l’occasion du 8e Salon de l’Education Chrétienne, qui aura lieu prochainement en région parisienne, retrouvez le spectacle unique et original de « Madame la Pasteure », un prêche humoristique et « one woman show » de Françoise Dorier, laquelle – ce n’est pas un gag – est vraiment pasteure « dans la vraie vie » ! (1)

Destiné à tous les publics, croyants ou non, dès 10 ans jusqu’à 90 ans, il met en scène des personnages et événements de l’Ancien et du Nouveau Testament, transposés dans le cadre des années 2010 ! Peut-on faire rire en parlant de Dieu, de la vie et de la mort ? Venez voir par vous-même le vendredi soir 12 avril !

 

Plus d’infos ici.

Inscription gratuite (libre PAF) et obligatoire avant le 08 avril.

 

 

Note : 

(1) https://regardsprotestants.com/culture/francoise-dorier-du-stand-up-pastoral et https://www.la-croix.com/Religion/Protestantisme/Francoise-Dorier-profession-pasteure-humoriste-2018-03-28-1200927377

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui fait autorité dans ta vie : Les Ecritures ou les commentaires ?

« Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète… »

« Et ainsi vous avez annulé la Parole de Dieu au nom de votre tradition. »(Le Seigneur Jésus. Matt.15v6)

Une question révélatrice tient à ce qui fait autorité dans ma vie.

Ainsi, les chrétiens protestants évangéliques sont censés connaître (et vivre) ce principe scripturaire des protestants – « sola scriptura » (L’Ecriture seule) – qui marque la réflexion et les écrits protestants. Ainsi, par exemple, l’introduction de la « Formule de Concorde » (1577, publiée dans le « Livre de Concorde » en 1580) affirme la confession suivante : « Nous croyons, enseignons et confessons que les livres prophétiques et apostoliques de l’Ancien et du Nouveau Testament constituent la seule règle ou norme selon laquelle toutes les doctrines et tous les docteurs doivent être appréciés et jugés. »

A ce stade, le lecteur sera peut-être surpris d’apprendre que certains, au sein du protestantisme évangélique, formulent l’objection suivante : « la Loi Ecrite, d’accord. Et la loi orale ? »

Objection sous-entendant la question suivante, à la manière de nos amis Juifs : « Dieu a-t-il aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite ? »

Dit autrement encore : « est-il impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi (écrite) de Dieu sans les traditions orales – ou les commentaires, « les écrits de nos illustres devanciers » ?

A ce sujet, dans le cadre d’une édifiante discussion sur un forum de discussion juif messianique, une internaute relève que « le Judaïsme Rabbinique croit que Dieu a donné à Moïse une Loi Ecrite (trouvée dans la Torah, les cinq livres de Moïse). Mais il est aussi affirmé que la plupart des commandements sont exprimés succinctement, qu’il s’agit de déclarations générales, un peu comme les titres de chapitre dans un livre. On doit les interpréter. Il faut les développer et les expliquer. Donc, selon la croyance traditionnelle, Dieu a aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite. Moïse l’a ensuite transmise à Josué, qui à son tour, l’a transmise ensuite aux 70 anciens qui dirigeaient dans sa génération, qui l’ont transmise aux prophètes des générations suivantes.

Et ainsi de suite, mais avec un grand nombre d’ajouts. C’est pourquoi les rabbins enseignent que la Loi Orale ne cesse de s’accroître, puisqu’à chaque génération, de nouvelles traditions se sont développées et de nouvelles situations se sont présentées qui nécessitaient de nouvelles applications de la Loi.

Deux siècles après l’ère de Jésus-Christ, la Loi Orale était si volumineuse et complexe qu’il fallut l’écrire pour qu’elle ne se perde pas. Ceci devint la Mishnah, qui fut étendue en ce qui est maintenant connu comme le Talmud dans les siècles suivants. Après cela, selon les croyances rabbiniques, ceux qui étudiaient le Talmud continuèrent à développer et transmettre la Loi Orale à chaque génération suivante.

Tout juif religieux croit de tout son coeur qu’il est impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi de Dieu sans les traditions orales.

Le problème est que : 

– Le Talmud s’arrogent une autorité que les Ecritures ne leur ont jamais donnée.
– Le Talmud place la voix du raisonnement terrestre sur un niveau supérieur à la voix prophétique du Ciel.
– Le Talmud contredit la signification évidente des Ecritures.
– Le Talmud à certains moments contredit même la Voix de Dieu.
– Il n’y a pas d’évidence biblique d’une chaîne ininterrompue de traditions et de nombreuses évidences qui l’a contredise.

La question que chaque juif honnête [mais aussi tout chrétien] doit se poser est : « et si la Bible dit une chose et mes traditions une autre ? Suivrai-je Dieu, ou suivrai-je les hommes ? »

Néanmoins, faut-il cesser d’interpréter ?

Un premier danger serait de prendre l’interprétation biblique comme une fin en soi et d’oublier que « nous ne sommes pas là d’abord pour faire des interprétations » mais « avant tout (pour) approfondir notre relation au Dieu vivant révélé en Jésus-Christ ». De fait, « si les interprétations que je lis ne me semblent pas renvoyer à un approfondissement de ma relation au Christ mais que, par exemple, elles cherchent à défendre une idéologie ou à faire admirer l’intelligence de l’interprète », mieux vaut alors prier, reprendre le texte et alors, proposer une interprétation plus personnelle, par laquelle je peux mieux connaître le Seigneur et son amour.

Un autre danger, selon Bob Utley, professeur d’herméneutique, serait d’abandonner la tâche de l’interprétation Biblique « aux experts privilégiés, hautement qualifiés », en mettant une grande confiance dans nos techniques, principes herméneutiques et procédures d’exégèse, aussi excellents soient-ils, alors que « la foi n’offre pas de raccourcis à une lecture responsable de la Bible » : « Ce que nous avons fait avec les principes de l’interprétation ressemble à (1) ce que les Juifs ont fait avec leurs experts de la Loi, les scribes; (2) ce que les Gnostiques ont fait avec leur insistance intellectuelle et leur savoir secret, dont ils étaient les seuls à dispenser; et (3) ce que l’Église Catholique du Moyen-Âge a fait avec la dichotomie clergé-laïcs, laquelle continue jusqu’à aujourd’hui. »

Or, rappelle-t-il, « aucun de nous ne peut éviter le travail d’interprétation. Chaque fois que nous écoutons quelqu’un parler, ou lorsque nous lisons ce que quelqu’un d’autre a écrit, nous interprétons ce qui est dit. Cela n’est pas différent de quand nous ouvrons personnellement la Bible. La question n’est pas de savoir si nous devons interpréter, mais plutôt si nous le faisons bien ou mal (…)L’humilité doit toujours accompagner nos interprétations. Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète. Bien que la tâche de l’interprète nécessite étude et jugement, sa tâche ultime consiste à laisser la Parole qu’il étudie lui confronter et l’amener à l’obéissance….. »

Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique, ne le dit pas autrement : « Avant d’être un objet de connaissance et de recherche, la Parole est un sujet agissant. Elle examine avant d’être examinée, elle nous interprète avant d’être interprétée. Cette perspective inclut le caractère du don : la parole est avant tout une grâce, un don qui ne demande point d’œuvres de notre part. Cette efficience ne saurait dépendre de nos œuvres, … pas même de nos œuvres herméneutiques. La Bible est avant tout un sujet agissant qui nous interroge, interpelle, console ; c’est par elle que Dieu nous fait découvrir nos limites, donne naissance à la foi et nous oriente dans nos choix de vie ».

 

 

« Inculture au poing » : Qu’est-ce que la Bible ? Un moyen de grâce

La Bible est « un moyen de grâce », « dans la logique de l’incarnation ; « un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit » (Source : Rawpixel)

« Qu’est-ce que la Bible, et comment comprendre sa nature spécifique qui, selon les confessions chrétiennes, lui donne un rôle unique parmi tous les autres livres ? » questionne Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique à la Faculté de théologie protestante (Strasbourg), lors du 4ème Forum annuel des Attestants qui s’est déroulé à Paris, le 2 février 2018, sur le thème : Qui parle ? Quand nous lisons la Bible… « Pour (nous permettre d’)avancer », il nous pose « une autre question, plus facile peut-être : dans une dogmatique chrétienne, où placer notre question, à savoir celle de la Parole de Dieu ? Dans les « prolégomènes » ? dans la pneumatologie ?

Les prolégomènes traitent des méthodes de la dogmatique. Ils présentent l’Écriture Sainte comme critère de la dogmatique, étudient la relation Parole-Écriture et proposent une réflexion herméneutique.

La pneumatologie parle de l’Esprit Saint comme un sujet agissant qui opère ses œuvres dans le croyant.

Si nous plaçons la réflexion sur la Bible dans le cadre de la pneumatologie, nous indiquons toute de suite que la Bible est un moyen par lequel l’Esprit de Dieu s’exprime. Les anciens dogmaticiens parlaient à cet endroit de certains moyens de l’Esprit : les moyens de grâce »

Une telle expression ne se trouve pas dans la Bible mais, précise Jean-Philippe Bru, professeur-coordinateur de théologie pratique à la Faculté Jean Calvin (Aix-en-Provence), « elle est utilisée pour désigner les moyens extérieurs (« humainement perceptible ») que Dieu a choisis pour communiquer sa grâce à son peuple ». Et « bien qu’une définition large puisse inclure des moyens comme l’Église, la prière ou la communion fraternelle, la définition traditionnelle en limite le nombre à trois : la Parole et les sacrements (c’est-à-dire le baptême et la cène). Cette définition stricte fait une distinction entre « moyen » de grâce et « fruit » de la grâce ». En effet, « bien que Dieu puisse se servir de la prière et de la communion fraternelle pour nous fortifier, elles sont d’abord des fruits de la grâce, alors que la Parole et les sacrements sont d’abord des moyens par lesquels Dieu fortifie son peuple ». Une distinction pertinente, vu que, selon Jean-Philippe Bru,« chez les évangéliques, ce n’est pas le sacramentalisme qui menace la suffisance des moyens de grâce, mais une certaine confusion entre les moyens de grâce et les fruits de la grâce »

D’autre part, souligne Karsten Lehmkühler, ces « moyens de grâce que sont la Parole et les sacrements peuvent même devenir les notions clé dans la définition de l’Église, laquelle Eglise, selon l’article 7 de la Confession d’Augsbourg « est l’assemblée des saints, dans laquelle l’Évangile est enseigné dans sa pureté et les sacrements sont administrés dans les règles.» 

Un tel « moyen de grâce » est toujours une donnée de ce monde, accessible pour nos sens, comme l’eau du baptême ou le pain et le vin de la Sainte cène. Ainsi, les théologies luthérienne et calvinienne soulignent (toutes deux !) que dans le sacrement, une réalité corporelle devient véhicule d’une réalité spirituelle, à savoir porteuse de salut offert par Dieu. Les données de la création sont ainsi valorisées : la matière physique est nécessaire pour pouvoir célébrer le sacrement, puisque ce sont la matière (elementum) et une parole divine (verbum) qui se marient et qui constituent le sacrement : « Sacramentum est invisibilis gratiae visibilis forma », le sacrement est la forme visible d’une grâce invisible. Il en va de même pour la Bible comme Parole de Dieu : il s’agit d’un moyen de notre monde ici-bas, relevant du concret (un texte, un livre, et surtout une voix humaine qui lit ce texte ou qui fait une prédication sur ce texte : « viva vox »). C’est donc un moyen terrestre, de notre réalité ici-bas par lequel Dieu lui-même agit.

Ainsi la Parole de Dieu peut être comparée à l’incarnation et aussi aux sacrements. On pourrait parler ici d’une logique de l’incarnation : Dieu assume la concrétude du monde créé ; il s’en sert pour entrer en relation avec nous ».

Question subsidiaire : si la Bible est « un moyen de grâce, dans la logique de l’incarnation », est-il cohérent et pertinent de la lire sur téléphone/en ligne, pratique dématérialisée et désincarnée s’il en est ? 😉

A vous la parole !

 

Quand la Toute-Puissance de Dieu le rend libre de répondre « non »

Une compréhension de la souveraineté et de l’omnipotence suppose que « si je peux faire quelque chose, je dois le faire »…..Or, nous pouvons aussi répondre « non » à la question : « suis-je obligé de faire ce que je peux faire ? »

Deux questions, parmi d’autres, exhumées sur le site « 1001 questions », mais ayant un rapport avec les priorités et les impératifs de Dieu, et sur ce que signifient « souveraineté » et « omnipotence ».

Ainsi, « Jésus exhortait ses disciples à guérir et chasser les démons comme lui-même le faisait, pourquoi ne nous a-t-il pas appelé aussi à changer l’eau en vin et à marcher sur l’eau ? »  

Parce que « pour Jésus il y a des impératifs de plus ou moins grande importance. Celui qui revient le plus souvent (plus souvent même que le commandement d’amour), c’est d’annoncer que « le Royaume de Dieu s’est approché (de nous/vous) ». Et cette annonce majoritaire est adjointe régulièrement, dans l’ordre d’occurrence des plus importantes, de ces mentions : 1. Guérissez les malades, 2. Chassez les démons, 3. Purifiez les lépreux et ressuscitez les morts. Viennent ensuite toutes les autres, comme laver les pieds des autres croyants, prendre un repas en mémoire de lui, baptiser les personnes, même issues des nations non juives, aimer les ennemis, etc….Jamais il ne demande de changer l’eau en vin ni de marcher sur l’eau. Peut-être parce qu’il a concédé à le faire juste pour signifier sa puissance. Mais que ce qu’il nous demande, c’est de faire des choses significatives pour les autres, qui portent un fruit immédiat dans leur vie. C’est certainement pour cela qu’il insiste sur l’évangélisation, la guérison, la libération ».

Ensuite, si « Dieu est souverain, son omnipotence signifie-t-il qu’il planifie et contrôle toutes choses ? » En clair, qu’il serait « au contrôle », selon l’expression trop souvent entendue ? 

La question posée renvoie à « une compréhension de la souveraineté et de l’omnipotence qui suppose que si je peux faire quelque chose, je dois le faire ». Mais cette façon de voir « est liée à notre condition humaine, justement marquée par l’impuissance à tout faire, et tenté par la réponse technicienne du contrôle absolu sur tout ce qui m’entoure.

La Toute Puissance de Dieu le rend justement libre de répondre « non » à la question : Suis-je obligé de faire ce que je peux faire ? »

Comment bien terminer l’année : avec espérance !

« Soyons plein d’espérance ! »

« Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide… » (Hébr.6v19)

 

Chers lecteurs, je vous remercie pour votre fidélité et vous souhaite de passer une belle fin d’année 2018 pleine d’espérance. Je vous donne rendez-vous le 09 janvier 2019, pour les 6 ans du blogue…si le Seigneur n’est pas revenu d’ici là !

Profitez notamment de cette pause pour lire – ou relire – les textes suivants, en vous posant les questions essentielles :

Suis-je un « croyant » ? https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/03/02/en-ce-moment-jecoute-mon-ancre-et-ma-voile-de-david-durham/

Quel est mon regard sur la justice ?  https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2015/06/03/notre-regard-sur-la-justice-ou-le-conte-des-balances/

Est-ce que j’obéis immédiatement lorsque Dieu me demande quelque chose ? Est-ce que je mets tout mon zèle pour faire exactement ce qu’il demande ? Pour mieux y répondre, voir « Mission impossible pour Jonas », une étude biblique en deux temps, trois mouvements, qui nous parle du caractère universel de l’Evangile

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/20/mission-impossible-pour-jonas-lecture-suivie-1/

https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/22/mission-impossible-pour-jonas-lecture-suivie-2/

Et pour finir,

Une histoire connue, où il se passe des choses invraisemblables https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/04/04/peps-cafe-a-lu-une-tete-de-nuage-et-vu-son-auteur-erri-de-luca/

Une histoire vécue, aux allures de parabole moderne https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/12/20/la-carte-de-linconnu-celle-que-vous-navez-pas/

Un article disponible jusqu’au 07 janvier, à consulter (avec d’autres) sur le site de la revue Projet : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/12/12/lhumiliation-un-sentiment-trop-souvent-ignore/

 

« Viens, toi, règne sur nous » : la leçon de la parabole des arbres (Juges 9v8-15)

« Qui est le chef ? » Une telle demande est le reflet d’un certain état spirituel, comme de (l’in)conscience collective, d’un peuple

« Comment puis-je impacter » est une préoccupation qui peut être légitime, mais susceptible de s’avérer angoissante sur le long terme.

Si vous vous posez, comme moi, ce type de question, voici une étonnante et percutante parabole (ou fable) pour nous. Écoutons :

« Les arbres partirent pour oindre un roi et le mettre à leur tête. Ils dirent à l’olivier : ‘‘Règne sur nous.’’ Mais l’olivier leur répondit : ‘‘Comment pourrais-je renoncer à mon huile, qui me vaut l’estime de Dieu et des hommes, pour aller m’agiter au-dessus des arbres ?’’ Les arbres dirent alors au figuier : ‘‘Viens, toi, régner sur nous.’’ Mais le figuier leur répondit : ‘‘Comment pourrais-je renoncer à ma douceur et à mon excellent fruit pour aller m’agiter au-dessus des arbres ?’’ Les arbres dirent à la vigne : ‘‘Viens, toi, régner sur nous.’’ Mais la vigne leur répondit : ‘‘Comment pourrais-je renoncer à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller m’agiter au-dessus des arbres ?’’ Alors tous les arbres dirent au buisson de ronces : ‘‘Viens, toi, régner sur nous.’’ Et le buisson de ronces répondit aux arbres : ‘‘Si vous voulez vraiment me sacrer roi et me mettre à votre tête, venez vous réfugier sous mon ombrage. Sinon, un feu sortira du buisson de ronces et dévorera les cèdres du Liban. (Juges 9v8-15)

« Les Arbres partirent pour oindre un roi et le mettre à leur tête… » (v8)(1). Une bien drôle d’idée, d’ailleurs : pourquoi les arbres chercheraient-ils un roi, alors qu’ils sont heureux et libres ?

Pas fous, ceux qui sont sollicités refusent, ayant d’autres priorités que « d’aller planer sur les arbres » : 

L’Olivier, parce qu’il ne veut pas renoncer à « son huile, qui lui assure les hommages [ou l’estime] de Dieu et des hommes »  (v9) ;

Le Figuier, parce qu’il ne veut pas renoncer à « sa douceur et à son excellent fruit » (v11) ;

La Vigne, parce qu’elle ne veut pas renoncer à son vin, « qui réjouit Dieu et les hommes » (v13).

Ces trois arbres, absolument essentiels dans la Palestine de l’époque, sont conscients de ce qu’ils auraient le plus à perdre en acceptant une telle demande. Ils sont unanimement soucieux de servir et non d’être servi (Marc 10v45) – et encore moins d’asservir – et « de porter beaucoup de fruits », non pour eux mêmes mais pour le bien de tous, la joie et la gloire de Dieu (cf Jean 15v8).

Un seul accepte sans hésiter de « régner sur les arbres » : le buisson d’épines !(v15). Celui-ci n’a que « le refuge de son ombrage » à proposer à ceux qui veulent bien, « de bonne foi »(rire), l’oindre pour leur roi. Son seul « fruit » est un feu destructeur pour ceux qui estimeront que ses ordres sont des options discutables. « There is no alternative » : « acceptez ma domination totale ou mourez », tel est la condition (et la loi impitoyable) du buisson d’épines. Celui-ci n’a d’ailleurs rien à perdre/ à renoncer, puisqu’il ne porte (et n’apporte) rien.

En fin de compte, nous ne devrions pas nous obstiner à rechercher un homme/une femme providentiel(le) « pour régner sur nous ». Cela ne devrait pas être notre prière. Nous ne devrions pas mieux accepter de « régner » ou « dominer » sur les autres, pour ne pas perdre ce que nous portons de plus précieux : notre fruit, manifestation visible de ce que nous sommes. Le fait que les trois arbres susceptibles d’apporter le plus à la communauté aient refusé « le job » devrait nous alerter sur le caractère vain de cette démarche [4 demandes, la 4ème étant la bonne, alors que les deux premières réponses négatives étaient déjà en elles mêmes éloquentes].

Nous ne devrions pas nous préoccuper de savoir « qui sera (notre) chef ? » [une telle demande et un tel choix sont révélateurs de l’état spirituel d’un peuple] mais plutôt de la manière d’entrer collectivement dans notre appel et notre vocation : vivre un authentique esprit de service, joyeux, doux et paisible, dans l’amour et la confiance, à l’image de notre Seigneur, « le Roi Serviteur »(cf Marc 10v42-45, Luc 22v24-27, Jean 13v12-17), afin de recevoir de ce dernier la seule estime qui vaille : « c’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t’établirai ; viens te réjouir avec ton maître » (cf Matt.25v20-23)

 

 

 

 

Note : 

(1) Contexte : le texte de la parabole est tirée du livre des Juges, dans l’Ancien Testament, lequel nous décrit la période d’Israël qui suit immédiatement la conquête de Canaan par Josué. A cette époque, « il n’y avait pas de roi en Israël, et chacun faisait ce qui était bon à ses yeux »(Juges 21v25). Cette période trouble de déclins spirituels est marquée par plusieurs cycles d’abandons de Dieu/idolâtries, entraînant jugements, oppressions et servitudes pour le peuple, livrés aux mains de leurs ennemis.  Seule la repentance à Dieu et l’abandon du mal conduisent à la délivrance et à la restauration, incarnée par l’envoi d’un « juge » (ou « chef »), une personne ayant reçu de Dieu une onction spéciale de libérateur, puis de gouverneur (pour un temps court) d’une ou plusieurs tribus d’Israël.

Cet extrait fait partie de l’épisode de la malédiction de Jotham contre son frère Abimélec. Abimélec est le fils du juge Gédéon, qui avait libéré Israël de la domination du royaume de Madian. À la mort de son père, Abimélec fait tuer tous les autres fils de Gédéon, à l’exception du plus jeune d’entre eux, Jotham, qui parvient à s’échapper. Puis, alors que Gédéon avait déclaré : « Je ne dominerai pas sur vous et mes descendants non plus : c’est l’Éternel qui dominera sur vous » (Juges 8v23), Abimélec se fait proclamer roi de Sichem (ville au centre d’Israël). Cet épisode marque la première apparition du pouvoir royal en Israël et c’est également la première fois qu’une autorité n’est pas consentie par l’Eternel. Face à cette prise de pouvoir d’Abimélec, le jeune rescapé Jotham lance une malédiction du haut du mont Garizim (le mont qui surplombe la ville de Sichem et normalement le lieu d’où sont prononcées les bénédictions cf Deut.11v29)….

 

L’humiliation : un sentiment trop souvent ignoré

« L’Humiliation » : ce n’est pas une simple « question-philo », mais un sentiment trop souvent ignoré…

Puisqu’il est de la responsabilité de chacun de bâtir un monde plus juste, soutenable et solidaire, la revue « Projet »(1) nous partage une sélection d’articles et d’entretiens « pour éclairer l’avenir » et prendre du recul sur le mouvement des « Gilets jaunes », lequel « nous interroge sur le lien entre justice sociale et exigences environnementales ». Tous ces articles sont proposés en accès libre pendant un mois, jusqu’au 07 janvier 2019.

Voici, pour commencer, « Arrêtons l’humiliation ! », un article d’Olivier Abel, professeur de philosophie à l’Institut protestant de théologie de Montpellier (2), d’une troublante actualité, quoique…publié initialement le 17/11/16 : « ….nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation… ». Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ? Une interrogation pressante, à lire ici.

Bonne lecture !

[Sommaire de l’article : « Humilié, j’humilie », « les mécanismes de l’humiliation », « sortir de l’humiliation », « le défi du quotidien »]

 

Notes : 

(1) Laquelle revue propose des alternatives à « Notre projeeet ! »

(2) Voir son site perso, qui présente ses travaux.

L’action du mois : dire non au « Black Friday », journée (au) rabais

« Piqué » sur le compte Twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/11/18)….

“Je crois fondamentalement dans le marché, mais nous devons admettre qu’il ne fonctionne pas” :  cette phrase extraordinaire a été prononcée le 18 novembre par Timothy D. Cook, successeur de Steve Jobs au poste de directeur général d’Apple…

« Chaque mot de sa phrase mérite examen », souligne le journaliste Patrice de Plunkett dans une note de blogue. « Elle pose que le marché est “fondamentalement” objet de foi : Tim Cook “croit dans le marché” tout-puissant (comme le Credo dit : “I believe in God the Father Almighty”) ; attitude propre à la religion, non à l’analyse économique. Le libéralisme n’est pas une science, c’est un culte… Mais Tim Cook constate aussi que le marché “ne fonctionne pas”. En conclura-t-il, comme les théologiens chrétiens, que la toute-puissance de ce dieu Marché – comme celle du Père (almighty) au sein de la Trinité –  s’exprime non en termes de fonctionnel utilitaire mais de don gratuit ?  Impossible, puisque le dieu Marché est celui de l’échange vénal !  Première impasse.

Deuxième impasse : c’est précisément dans le domaine de l’échange vénal, son exclusif domaine, que ce dieu objet de foi – le Marché – ne fonctionne pas” selon Tim Cook. Du coup, la foi de ce patron dans le Marché paraît vouée à l’avis méprisant du prophète (1 Samuel 12v21) sur les idoles :   “Ces choses de néant…”

Fort de ce constat d’iconoclaste, prenons du recul sur un phénomène venu des Etats-Unis et imposé en France par la grande distribution et les marques : il s’agit du « Black Friday » (vendredi noir), une journée (au) rabais aux USA.

En effet, comme tous les ans, les Américains se ruent littéralement dans les magasins ce vendredi 23 novembre, au lendemain de Thanksgiving, espérant profiter d’ une semaine de promotions démentielles avec réductions allant jusqu’à 80%. Un véritable phénomène donnant lieu à des scènes de liesse(sic) chaque année et avec des rues « noires de monde ». Cette « folie » préventive est censée être la stratégie choisie par les consommateurs pour éviter cette autre folie du mois de Décembre en magasins, à l’approche de la fête de Noël.

En France, comme son nom ne l’indique pas, le « Vendredi Noir » s’étend en réalité sur tout un week-end, les Français ne disposant pas dans leur calendrier d’un jour férié dédié à cette fête religieuse de la consommation….

Certes, un tel événement commercial « boostera certainement l’économie » (au profit de qui ?), mais elle a surtout de quoi interroger sur les coûts environnementaux et sociaux de cette consommation de masse : un « vendredi noir » pour la planète et les êtres humains, réduits à l’état de troupeaux de « con-sommateurs » !. Et ce, alors qu’autour de nous certains ont le courage de dire leurs difficultés à remplir le frigo, à acheter un jouet à leurs enfants, …et ce alors que les lignes SNCF secondaires ferment, des départements sont sans médecins, des villes étouffent, qu’il n’y a plus d’aménagement du territoire….au nom de la seule loi du bankable, justifiant d’abandonner le reste.

Ceci dit, que faire ?

A Sao Paulo, le 9 décembre 2013, les étudiants de l’école de communication et d’art de l’université de Sao Paulo investissent un centre commercial de Natal, pour une marche des zombis « blind ones » contre le consumérisme aveugle.

D’abord ouvrir les yeux.

Les lecteurs se souviendront sans doute de cette forme « d’artivisme », nous invitant à la réflexion et à l’action responsable et juste. Un certain lundi 9 décembre 2013, alors que la classe aisée brésilienne prépare fébrilement les fêtes de fin d’année, un défilé original investit un temple de la consommation, le centre commercial de Natal, interrompant un temps la frénésie consumériste. « Quarante personnes déambulent en silence dans les galeries, avançant lentement comme des automates, les yeux bandés et le corps recouvert d’une épaisse couche d’argile. A l’origine de cette performance artistique intitulée « Blind Ones », les étudiants de l’école de communication et d’art de Sao Paulo. Ils ont interprété une oeuvre créée par leurs professeurs, les metteurs en scène et chorégraphes Marcos Bulhoes et Marcelo Denny. Eux-mêmes se sont inspirés du tableau de Pieter Bruegel, « La Parabole des aveugles »[1568], où les personnages, non-voyants, s’accrochent désespérément les uns aux autres avant de vaciller ensemble dans le fossé. Le titre de l’oeuvre fait référence à la parole du Christ adressée aux Pharisiens : « Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse » (Matthieu 15v14-24). En réactualisant cette parabole, les auteurs souhaitent « provoquer une réflexion sur notre aveuglement face à la consommation ». Dans un monde qui érige en vertu cardinale la transparence, qui veut pour autant savoir les conditions de fabrications des objets achetés ? Qui s’interroge sur l’origine de son désir consumériste et de ses conséquences irréversibles ?

Mettant en scène l’acte de dévotion permanent des populations occidentales envers la marchandise, dénonçant l’instinct grégaire et la désolante condition de l’homme vide aux mains pleines, cette performance artistique invite à agir et à réfléchir ».

Et pour cela, il convient de prendre le temps de s’arrêter…

« La Forme première de l’immigration illégale »

Fond d’argent par George Hodan

« La forme première de l’immigration illégale » ? L’argent !

Puisqu’il « parvient à passer toutes les frontières ».

Et « savoir où l’on doit essayer de l’arrêter est une question pratique autant que de principe ».

(Walzer, Michaël. Sphères de justice : une défense du pluralisme et de l’égalité. Seuil, 2013. La Couleur des idées, p 49)