La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ?

I Got a Way · Nicolas Jorelle. Bande originale de « La faute à Rousseau », série tv en 8 épisodes diffusée sur France 2 du 17 février au 10 mars 2021. Avec Charlie DUPONT (Benjamin Rousseau), Anny DUPEREY (Eva Rousseau), Samira LACHHAB (Stéphanie Garnier), Louis DUNETON (Théo Rousseau), Esther VALDING (Emma)….

« La philosophie m’a rapproché de Dieu ».

C’est le titre d’un article que l’on peut lire sur le blogue jeunesse « La Rebellution »(1). L’auteur nous explique que la philosophie lui a apporté « des réponses à (ses) doutes et à (ses) questions » ; elle lui a permis « de mieux connaître », « adorer » et « aimer Dieu encore plus ». Gloire à Dieu ?

En vérité, son argumentation en 3 points, que j’ai trouvée peu convaincante, m’incite à poser la question…philosophique du jour : 

« La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ? » Vous avez cinq heures pour plancher !

« Qu’est-ce que la philosophie ? » C’est une première question à poser.

La philosophie, c’est « l’amour de la sagesse », qu’elle ne promet jamais d’atteindre ; philosopher, c’est « déconstruire » : débutant par l’étonnement, cette discipline spéculative est l’art de questionner et de problématiser sans cesse sur le monde, la connaissance et l’existence humaine.

De fait, loin d’apporter « des réponses » ou « LA » réponse définitive à nos doutes et à nos questions, ou à nous enseigner « un art de vivre » comme les « gourous » du développement personnel, la démarche philosophique véritable est à mille lieux de l’usage dogmatique de la réflexion, ou elle n’est pas. C’est un libre exercice de la pensée. Et le principe philosophique consiste à ne jamais cesser de dialoguer, ce qui est d’une certaine manière « biblique », puisque Dieu souhaite que le dialogue entre Lui et les humains ne s’arrête jamais et reprenne là où il s’est arrêté.

De même, le « vrai philosophe » est celui qui innove, inventant et forgeant des concepts susceptibles de donner un sens nouveau aux choses.  On ne doit pas le confondre avec « le moraliste », « l’érudit » ou « l’essayiste » [ce que sont certains « philosophes » médiatiques d’aujourd’hui],  qui ne font que synthétiser des idées élaborées avant eux ou en dehors d’eux, ou prétendant apporter des « recettes » de vie éthique. 

La philosophie est donc utile, et peut être passionnante, à condition de l’utiliser à bon escient, en étant conscient de ses limites et de sa finalité réelle.

Un chrétien, qui souhaite s’adonner à cette démarche spéculative, de réflexion critique, a normalement pour repère cet avertissement de l’apôtre Jean dans sa deuxième lettre : « Quiconque va trop avant [ou plus loin] et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu » (v9)

L’on reconnaîtra alors « le sage » comme celui qui « connaît ses limites », à l’instar de Job, dans le livre biblique éponyme : celui-ci réplique à ses amis venus « le consoler », mais ne parvenant qu’à l’accabler, « tout cela, je l’ai vu de mes yeux, mes oreilles l’ont entendu, et j’ai compris. Tout ce que vous savez, je le sais aussi, je ne suis pas plus bête que vous ».(Job 13v1-2). Mais face à Dieu….qui ne lui apportera d’ailleurs aucune réponse à ses questions, il ne peut que reconnaître : « Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises (…) Eh oui ! j’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. « Ecoute-moi », disais-je, « à moi la parole, je vais t’interroger et tu m’instruiras. » Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t’ont vu. Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre » (Job 42v1-6).

Mais la leçon ne s’arrête pas là : A la fin du livre, souligne l’écrivain napolitain Erri de Luca(2), Dieu reproche aux amis de Job de ne pas avoir parlé de lui « correctement », comme son « serviteur Job » (Job 42v7). Eux qui, pourtant, ont développé une vaste théologie, avec des concepts élaborés sur Dieu ! Les amis de Job ont offensé Dieu, car ils ne se sont pas adressé à Lui en tant que croyants, ou pour intercéder en faveur de leur ami souffrant dans l’épreuve, mais ont parlé de Dieu à la troisième personne, comme des avocats défendant un de leurs clients, se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine « orthodoxie ».

En revanche, Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire, a parlé correctement, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Et le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres [par exemple, les philosophes]. Ceux qui ne croient pas peuvent certes parler de Dieu, mais gardent la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation(2).

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

Ce n’est donc pas lire « de la bonne philosophie » [parce que les auteurs seraient « chrétiens » – certains sont influencés par Platon ou Aristote] nous parlant de Dieu, qui nous ramènera « forcément » à Dieu, pas plus que nous ne saurions prétendre « connaître » Dieu en l’enfermant dans des concepts ou des définitions.

Le chrétien, lecteur de la Bible avant la (« bonne ») philosophie (chrétienne ou non), sait normalement qu’il convient d’être prudent, vu que pour cette « sagesse » qui prétend embrasser par l’intelligence et la raison la totalité du réel, « la croix (de Christ) est une folie », mais pour « ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.

Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.(…..) Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages (….)afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur ».(1 Cor.1v18-31), Lui qui « est la vérité » et en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance »

Voir aussi 1 Cor.2 v1-9

Voir aussi, sur le même sujet, cette réponse du « répondant » sur le site « 1001 questions ».

Notes :

(1) Voir https://www.larebellution.com/2021/03/24/la-philosophie-ma-rapproche-de-dieu/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/22/croire-se-conjugue-au-participe-present/

Ce qui intéresse Dieu n’est pas pour qui tu votes ou comment ton groupe est appelé

Qu’est-ce qui fait ta réputation ? Ta loyauté à un leader politique ou ton appartenance à un groupe ? Ou d’être connu comme quelqu’un qui connaît Jésus et, surtout, est connu de Lui ?

Suite à la publication par le CNEF sur sa page Facebook (03/03/21) de cette Lettre ouverte de représentants d’Églises évangéliques américaines, condamnant la « radicalisation » de certains chrétiens (1), j’ai trouvé interpellant, pour ne pas dire inquiétant, certaines réactions d’internautes plutôt curieuses.

Parmi ces réactions [notamment de la part de théologiens/jeunes étudiants en théologie], nous lisons certaines revendications identitaires « d’étiquettes », protestations/indignations/reproches au CNEF pour avoir « osé » publier un tel sujet, justifications de certains votes, ou même déni de réalité [en gros, « il ne s’est rien passé » au Capitole le 06/01/21] (2).

En réalité, nous nous fichons « royalement » [pour parler comme ceux qui déclarent qu’ils ne sont pas « républicains »] de ces revendications et justifications d’internautes publiées en réaction sur la page FB du CNEF. Ce qui devrait nous intéresser, à l’instar de Bonnie Kristian dans un excellent article de Christianity Today traduit en français(3), « ce n’est pas de savoir qui obtient nos votes ou comment nous sommes appelés [voire, nos prétentions à certaines postures identitaires restrictives et exclusives], mais plutôt comment se fait-il qu’un groupe de chrétiens puisse si facilement – et si rapidement – devenir aussi fortement associé à une autre personne [ou à tout autre nom ou « isme » et « iste »] que le Christ », au point où il serait « tabou » d’oser une simple remise en question ou une dénonciation.

En témoignent les curieuses réactions sur la page FB du CNEF citée plus haut, révélatrices d’une sacralisation de certains noms (ou idée/idéologie), élevant ces derniers plus haut que Dieu, au point où en parler serait les « profaner » [quand ce ne serait pas « blasphématoire »], ce qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter.

« Qu’est-ce que cela dit de nous si le premier nom qui vient à l’esprit de nos voisins lorsqu’ils entendent « évangélique » [ou « chrétien »] n’est pas « Jésus » ?  Certes, s’inquiéter de notre réputation peut sembler frivole. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5.29). Le verdict de Dieu à notre égard passe avant les moqueries ou les éloges des autres.

Mais la Bible se préoccupe aussi de la réputation. « Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie » (1 P 2.12). Le proverbe dit : « Bon renom vaut mieux que grandes richesses » (Pr 22.1). Et la volonté de Jésus à cet égard est évidente quand il dit que c’est par notre amour les uns pour les autres que « tous connaîtront » qui nous sommes (Jn 13.35).  Le fait que des chrétiens aient acquis une mauvaise réputation n’est pas nécessairement un signe de désobéissance à ces commandements. On se rappellera que l’église primitive a été accusée d’athéisme (pour avoir refusé d’adorer des idoles), de cannibalisme (pour avoir pris la Cène) et d’inceste (pour avoir appelé leur conjoint « frère » ou « sœur » en Christ). Une critique, rapportée par un écrivain chrétien du troisième siècle nommé Minucius Felix, qualifiait l’église de « faction infâme et désespérée » issue de « la lie du peuple » et « s’attaqu[ant] impunément aux dieux ».

Mais il y a tout de même un fossé béant entre la mauvaise réputation acquise par des chrétiens s’efforçant simplement d’obéir aux ordonnances de leur foi (c.-à-d. l’adoration, la sainte cène et la communion fraternelle) et la mauvaise réputation acquise par un groupe pour son allégeance manifeste à un politicien [ou une politicienne, ou à une idéologie érigeant la nation en absolue, adorée comme une idole, se traduisant par la haine des autres peuples. Car tout ce qui prétend prendre la place qui revient à Dieu seul conduit au rejet de l’autre, « pas assez pur » ou « menaçant » pour moi].  Notre problème de réputation [soit d’être considéré comme « un problème »] n’a rien à voir avec le leur. L’Empire des Césars soupçonnait que l’insistance des adeptes de cette étrange secte à affirmer que Jésus est Seigneur les rendait incapables d’être de bons citoyens. Ceux qui considèrent les évangéliques comme un bloc pro-[mettre ici le nom d’un politicien], ou comme un bloc de « istes »/ »identitaires », ne sont pas en train de se demander si ceux-ci ne sont pas un peu trop centrés sur Christ.

Malgré cette différence, le remède est le même dans chaque cas. L’Église primitive réfutait ces fausses accusations sur la place publique, et elle a connu une croissance exponentielle parce que les chrétiens avaient « une bonne conduite au milieu des païens » et partageaient cette Bonne Nouvelle si extraordinaire et porteuse d’espérance : Dieu aime toute l’humanité. Notre tâche ne diffère en rien. Peu importe que cela rehausse notre crédibilité ou pas, que cela sauve l’étiquette « évangélique » ou non, nous devrions nous aussi vivre si fidèlement et intégralement que notre allégeance ne fasse plus aucun doute ». Car « le fait de revendiquer une appellation ne signifie pas automatiquement que l’on correspond à ce qu’elle signifie », souligne Bonnie Kristian, et il n’y a pas de place pour deux loyautés.

 

 

Pour aller plus loin sur ce sujet du nationalisme/populisme/Evangéliques : 

Voir cette mise au point du CNEF.

Voir aussi « Les Catholiques sont-ils devenus identitaires ? »  Dans le cadre d’un entretien donné à Marianne (06/05/19), le journaliste Pierre Jova et le politologue Yann Raison du Cleuziou analysent l’évolution des catholiques conservateurs. Le premier est journaliste à La Vie et rédacteur en chef politique de la revue d’écologie intégrale Limite. Il vient de publier « Les chrétiens face aux migrants » (Tallandier), une enquête passionnante auprès des migrants et des chrétiens, autant qu’un témoignage personnel. Le second est maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux et chercheur au Centre Émile-Durkheim (CNRS). Connu pour sa typologie des catholiques pratiquants (« observants », « charismatiques », « émancipés » et « conciliaires »), il vient de publier « Une contre-révolution catholique : Aux origines de la Manif pour tous » (Seuil).

Extraits :

Yann Raison du Cleuziou : « Il y a aujourd’hui un paradoxe en France, qui se retrouve dans beaucoup de sociétés européennes. Des partis populistes ou de droite mobilisent de plus en plus la référence aux « racines chrétiennes » dans leur discours. Elles sont utilisées comme une frontière culturelle afin d’essentialiser l’appartenance à la nation. Cette instrumentalisation permet d’affirmer que les musulmans ne seront jamais des Français ou des Européens comme les autres. Ce recours aux racines chrétiennes n’est pas un retour du religieux. Au contraire, il manifeste une étape supplémentaire dans la sécularisation. La symbolique religieuse devient un pur instrument identitaire et est donc totalement subordonnée à une rationalité politique. Mettre une crèche dans une mairie ce n’est pas religieux ».

Pierre Jova : « ….dans la question des migrants, je dirais qu’il y a un facteur supplémentaire qui apparaît : le racialisme. Ce n’est pas seulement la défense du catholicisme comme religion civile de la France. Sinon, ils se féliciteraient de voir que certains migrants permettent de renouveler les paroisses. Mais nous assistons à la progression d’un vrai discours racialiste porté par les identitaires – au sens du courant politique et de Génération identitaire –, les reliquats de la Nouvelle droite comme Jean-Yves Le Gallou, et les phénomènes Internet comme Renaud Camus, Boris Le Lay, etc. Ils ont une forte audience sur les réseaux sociaux, où se nourrissent beaucoup de jeunes sortis des structures de pensée ou religieuses.  C’est là qu’il y a une contradiction avec la réalité du christianisme français. Comme je l’ai énormément dit, celui-ci est aujourd’hui métissé, des catholiques aux protestants en passant par les orthodoxes. Cela nuit également à l’espérance des chrétiens d’évangéliser les musulmans et les non-croyants. S’ils veulent vraiment une France chrétienne, ils doivent reconnaître que cette France est déjà métissée. Cependant, l’Église ne doit pas condamner en bloc les gens qui ont peur, doutent ou se sentent menacés. Il existe un discours politico-médiatique de grande condescendance et de mépris social, qui ne fait que radicaliser les craintes et les positions. L’Église doit par contre tracer une ligne rouge entre ce qui s’oppose à l’universalisme chrétien et à l’anthropologie chrétienne. »

 

 

 

Notes :

(1) »Nous reconnaissons que l’évangélisme, et en particulier l’évangélisme blanc, a été exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien à cause d’une longue tradition de directeurs de la foi s’accommodant de la thèse de la suprématie blanche » et « Nous appelons les pasteurs à dire clairement que l’engagement pour Jésus-Christ est incompatible avec les appels à la violence, le soutien d’un nationalisme chrétien blanc, des théories de la conspiration et toutes les discriminations raciales et religieuses » cf https://www.infochretienne.com/etats-unis-plus-de-100-leaders-evangeliques-condamnent-le-nationalisme-chretien/  et https://saynotochristiannationalism.org/#signers

(2) Florilège :

« L’évangélisme blanc » exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien en France et à la « suprématie blanche ». C’est franchement une rhétorique choquante pour moi. Adopter le vocabulaire du gouvernement pour stigmatiser un sous-groupe imaginaire (pouvez-vous seulement nommer un théologien ou un pasteur d’influence français qui ait soutenu pareille chose ?!) et ensuite s’en dissocier par un « c’est pas nous », je pense qu’on peut faire mieux ! »

« Autant directement demander à ce cher ministre des cultes de diligenter une enquête sur le dangereux phénomène de « l’evangelisme blanc » et « l’hérésie du nationalisme chrétien » qui menace la France, non ? »

« Les « nationalistes blancs » ne sont pas une menace en France, mais plutôt une victime de la « cancel culture », autre produit américain d’importation. Publier cela le jour de la dissolution de Génération identitaire est fort mal à propos » [j’avoue ne pas comprendre ce qui chagrine vraiment cet internaute].

« Pourquoi le CNEF relaie ces informations puisque cela n’a rien à voir avec le milieu évangélique en France. En dehors des églises ethniques, avez vous constaté du racisme chez nous? »

Le CNEF explique ainsi cette publication sur sa page Facebook :  « Les raccourcis récents de Mr DARMANIN et Mme SCHIAPPA entre les évangéliques français et certains évangéliques US méritent justement ces 2 éclaircissements :

1 – Tous les évangéliques US ne sont pas blancs, ni nationalistes ou racistes.

2 – La sociologie et les convictions éthiques des évangéliques de France ne sont pas 100% identiques à celles des évangéliques américains, même si notre foi est partagée sur l’essentiel.  Nos politiques sont capable d’entendre ces arguments, c’est pourquoi nous relayons cette lettre ouverte (qui n’est ni écrite ni signée par le CNEF) ».

(3) 81% des évangéliques ont-ils vraiment voté pour Trump ?

 

 

 

 

« Lo tahmod » : « tu ne désireras pas » (Ex.20v17)

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[Photo mise en scène et prise en 2015 à Gérone, en Espagne, par Antonio Guillem, pour illustrer l’infidélité ordinaire. Devenue virale en tant que « mème de l’été » 2017 et maintes fois détournée de son sens premier depuis]

« C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude » (Exode 20v2) : « Ne désire pas pour toi la maison de ton prochain. N’aie pas envie de prendre sa femme, ni son esclave, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne. Ne désire rien de ce qui est à lui. », dit la dernière ligne des « 10 Paroles » en Ex.20v17.

Lo tahmod » :  « ne désire pas », reste donc maître de ton appétit. Comment faire pour empêcher le désir, le contrôler ? Nous vivons des temps favorables aux désirs où l’on se complaît à les exprimer et à les exaucer, même s’ils sont illicites. Mais le désir n’est pas une impulsion irrésistible, ce n’est pas un instinct ; il a besoin au contraire de certains facteurs, dont l’un est la possibilité de le réaliser. Le désir impossible perd sa charge d’aiguillon, d’instigation. Il s’émousse et disparaît, ou tout au plus il s’enkyste dans un rêve. Si tu permets en revanche qu’il te caresse dans le sens du poil, le désir né sous forme de prurit se transforme en griffe et te commande. Il renverse les barrières, pousse à l’abordage.

Pour qu’un désir prenne force en nous, il faut qu’il se révèle réalisable. Le verve hamad se rapporte toujours à des désirs à portée de main. Alors, le commandement est moins difficile qu’on le pense. Nous comprenons pourquoi il n’est pas « au-dessus de nos forces et hors de notre portée » (Deut.30v11). Il ordonne de ne pas croire possible un adultère (une trahison) et de ne pas penser que la femme de son ami est disponible. Car cette pensée offense et humilie la femme, et elle a ensuite pour effet d’exciter en nous des impulsions à le réaliser. Et ces impulsions augmenteront le désir.

« Tu ne désireras pas » : l’Ecriture nous enseigne que le désir est une plante qui ne porte que des branches à fruits et que tu en es le jardinier, c’est toi qui les cultives par la pensée et leur permets de s’imposer jusqu’à l’obsession. Le désir dépend de toi au début, puis c’est toi qui dépend de lui (…). Le désir pointe et il faut l’avoir à l’oeil, le tailler court. Mais si l’on n’est pas vigilant, si l’on a trop d’imagination, alors le désir devient fort comme le verbe hamad, qui signifie « désir de la propriété d’autrui ». Il comporte le poison de l’envie, qui veut usurper la place d’un autre et conduisant à l’adultère, « le fait accompli », « le désir exaucé ».

« Lo tahmod », « tu ne désireras pas ». Reste à ta place, admire sans vouloir prendre. L’admiration est un sentiment joyeux qui se réjouit d’un bien possédé par d’autres. [Et la motivation est l’amour. Car « l’amour n’est pas envieux » (1 Cor.13v4) et te rend capable de te « réjouir avec ceux qui se réjouissent » (Rom.12v15)] Il ne t’est pas demandé de détourner le regard, tu ne dois pas censurer une beauté. Reste à ce niveau d’admiration, sans chercher à vouloir passer à la possession. Ce qui est à toi, même si c’est peu, c’est ta primeur (….).  Celui qui n’a pas de maison regarde celle qui est bien faite et la désire. Normal, mais pour chercher à s’en procurer une, non pour la retirer à un autre.

Ainsi, « tu ne désireras pas la maison » : laquelle ? Celle du culte d’autrui, conduisant à une autre forme d’adultère. Tu ne te convertiras pas à la maison de leurs autels ni par commodité ni pour ton salut. Tu ne mettras pas ton couvert à leur table, tu n’enlèveras pas ta place de l’assemblée du Sinaï. Tu ne seras pas une blessure sur la face de la création et les tiens ne diront pas de toi « meshumed », le détruit(1).

Ceci dit, comment vivre ce commandement, une fois compris les mécanismes du désir ? Est-ce une question de « liberté de choix » de ma part, liberté de choisir de désirer ou ne pas désirer ? En vérité, là n’est pas ma liberté. La liberté authentique n’est pas une question de « libre choix », mais se vit en étant positionné du côté de Dieu. Le lecteur attentif a déjà relevé que le premier verset d’introduction à cet article, la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Cette première parole peut d’ailleurs s’intercaler entre chaque commandement énuméré dans la suite du passage, donné et à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des Paroles de Dieu comme étant précédé par la libération ou la proclamation des conditions nécessaires pour l’exercice (ou la mise en pratique) de ces commandements. Ainsi, par exemple, « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, ne désire pas pour toi…. ».

Dans le Nouveau Testament, il nous est rappelé que « c’est pour la liberté que Christ nous a libérés »(Gal.5v1). nous intégrant dans un processus de libération continue, dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, « livré à la mort à cause de nos péchés et ramené à la vie (par Dieu) pour nous rendre justes devant lui »(Rom.4v25. BFC). Je ne suis donc pas « libre » de désirer ou de ne pas désirer, mais libre en Jésus, et vu que j’appartiens à Jésus, je ne désirerais pas et n’estimerais pas que ce qui appartient à mon prochain ou mon frère est « disponible pour moi », parce que Jésus est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38) et parce que « Dieu est amour »(1 Jean 4v16) et parce que mon Père Céleste m’aime personnellement(1 Jean 3v1), je peux « aimer mon Dieu de toute ma force… » et mon prochain, « comme moi-même ».

 

 

Notes :

(1) D’après Erri de Luca. Ne désire pas IN Première heure. Folio, 2012, pp 51-52 et Et il dit. Gallimard, 2012. Du monde entier, pp 85-87.

Parlons mieux ! Ou 13 expressions évangéliques décryptées à la lumière de la Bible

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

Nous n’échappons pas au virus. Au virus verbal, j’entends.

Du coup, vous connaissez certainement cette expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal, pour l’avoir déjà entendue et même déjà prononcée. La phrase que vous venez de lire était un test, et si vous n’avez rien remarqué de particulier, c’est que vous êtes, du coup, sans doute déjà « contaminé ».

Mais peut-être êtes-vous aussi déjà « contaminé » par ces autres expressions, elles aussi déjà entendues ou même déjà prononcées, lesquelles résonnent comme des slogans et/ou des vérités d’évangile ? Ces expressions « canada dry » ont certes la « couleur biblique », « le goût biblique »…mais le sont-elles, bibliques ?

Le livre collectif « Parlons mieux ! »(1), coordonné par Nicolas Fouquet (2), co-édité par BLF/WET et dont la sortie internationale est prévue mercredi 24/02/21, en a recensé 13, typiques d’un certain « patois de canaan », décryptées à la lumière de la Bible par 2 théologiennes et 11 théologiens francophones d’horizons évangéliques divers.

Ainsi, est-il juste et biblique de dire à quelqu’un « tu dois accepter Jésus dans ton cœur » ou « Aide-toi et le ciel t’aidera » ? Ou que « Dieu aime le pécheur, mais pas le péché » ? De souhaiter « la bienvenue dans la maison du Seigneur » ? De « faire passer la collecte », de prier le Seigneur de « bénir ces aliments » ? D’appeler le Saint-Esprit à « descendre sur nous » ? Ou encore de prétendre que « La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation », que « Dieu seul peut me juger », que « tous les péchés sont égaux », que « je me suis baptisé(e) » ? De vouloir « rester pur pour le mariage » ou d’espérer « aller au ciel » après la mort ?

D’autres expressions auraient pu trouver leur place dans ce livre à l’angle original, telles : « Dieu est au contrôle » ; « plus, plus, plus de toi, Seigneur ! » ou « Prends toute la place, Seigneur ! »

A ce stade, plusieurs d’entre nous (si ce n’est tous !) se diront peut-être : « Je suis atteint par l’un ou l’autre de ces virus verbaux ! Est-ce grave, docteur ? » Car, « du coup », quels enseignements implicites véhiculent ces façons de dire et penser l’Évangile et la foi chrétienne ?

Et « Du coup », que faire, une fois ma lecture du livre terminée ?

Se livrer à une forme d’introspection maladive, ou traquer le moindre virus verbal chez les autres, ce serait passer complétement à côté de l’objectif et de l’esprit du livre, comme de ce qui fait l’essence de la vie chrétienne, la liberté en Christ. Au final, plus qu’une préoccupation de (rendre) justice à la vérité du vocabulaire chrétien évangélique ou d’être « certifié conforme », notre préoccupation devrait être davantage une préoccupation pour la justesse de nos propos. L’enjeu étant de vivre une vie de mieux en mieux ajustée à l’ambition et au projet de Dieu pour nous, mais aussi au cœur de Dieu, que nous apprenons à connaître comme un Père aimant. Nous apprenons à l’aimer, parce que Lui nous a aimé le premier.

En cela, les auteurs du livre collectif « Parlons mieux ! » contribuent utilement à cette pédagogie de l’ajustement (ou du réajustement) au service du plus grand nombre. En effet, ils nous exhortent et nous exercent, non à juger, mais bien à jauger et évaluer, dans l’humilité et l’amour (sans exclure l’humour), avec précision et vérité, la pertinence de nos manières de penser et de dire notre foi. Mais aussi, au-delà de la question de la gravité de nos « virus verbaux », de jauger et évaluer ce qui est notre véritable centre de gravité. Se corriger ainsi fraternellement est une bénédiction, conduisant à une guérison réciproque.

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

 

Merci à Nicolas Fouquet d’avoir attiré mon attention sur ce livre, et merci à BLF de me l’avoir envoyé en service presse !(3)

Il est possible de se le procurer chez l’éditeur ou dans toute bonne librairie.

 

 

 

Notes :

(1) Table des matières

Préface (Etienne LHERMENAULT)
Introduction (Nicolas FOUQUET)

  1. Tu dois accepter Jésus dans ton coeur (Matthieu SANDERS)
  2. Dieu aime le pécheur mais pas le péché (Guillaume BOURIN)
  3. Aide-toi et le ciel t’aidera (Luigi DAVI)
  4. Descends sur nous Saint-Esprit (Dominique ANGERS)
  5. Bienvenue dans la maison du Seigneur (Timothée MINARD)
  6. Je me suis baptisé(e) (Lydia LEHMANN)
  7. Faisons passer la collecte (Matthieu GANGLOFF)
  8. La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation avec Jésus (Cédric EUGENE)
  9. Tous les péchés sont égaux (Robin REEVE)
  10. Dieu seul peut me juger (Jean-René MORET)
  11. Bénis ces aliments (Florence VANCOILLIE)
  12. Je veux rester pur pour le mariage (Matthieu FREYDER)
  13. Lorsqu’on sera au ciel (Thomas POËTTE)

(2) Nicolas Fouquet travaille au sein du SEL où il a pour mission d’encourager la réflexion sur les questions de pauvreté et de développement. En parallèle, il est membre du comité d’organisation des WET, ou week-ends de formation à la théologie chrétienne destinés aux jeunes adultes.

(3) Merci aussi à l’éditeur pour l’invitation à une première e-conférence, en collaboration avec le WET, sur le thème: »Faut-il vraiment inviter Jésus dans son cœur? », premier chapitre du livre « parlons mieux ! », dont c’était la soirée de lancement avant sa sortie internationale. Animée par Stéphane Kapitaniuk de BLF, avec Matthieu Sanders (l’un des auteurs) et Nicolas Fouquet (coordinateur du livre). La voir ou la revoir ici.

Histoire du boulanger chrétien

Ce qui est attendu d’un boulanger, chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain….(source image : public domain pictures)

Il était une fois, un boulanger chrétien, qui décida d’ouvrir une boulangerie. Et pas n’importe quelle boulangerie : une boulangerie chrétienne.

Chaque fois que des personnes franchissaient le seuil de sa boulangerie, le boulanger chrétien les accueillait de la sorte : « bonjour ! Je vais prier pour toi » ou « attends, j’ai une parole du Seigneur pour toi… »

Au bout de quelques semaines, notre boulanger chrétien dut malheureusement fermer sa boulangerie. La raison ? Il ne faisait jamais de pain…*

Or, ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du pain. Du bon pain.

De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

C’est ainsi que l’un et l’autre, à leur manière, rendent visible le Christ, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bons témoins fidèles et véritables.

 

 

*On connaît aussi l’histoire du coiffeur chrétien, lequel interpella un jour de la sorte l’un de ses clients, en lui agitant son rasoir sous le nez : « êtes-vous prêt à passer l’éternité, monsieur ? »

« Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matt.5v48)

La perfection selon Jésus ne nous parle pas d’une perfection où tout est beau, bien rangé, séduisant, complet et le reste. Ce mot veut dire qui est parvenu à ses fins, qui a atteint un certain accomplissement.
Affiche du film « a perfect day » de Fernando León de Aranoa

Matthieu 5:43-48 : « Vous avez appris qu’on a dit : « Tu dois aimer ton prochain et détester ton ennemi. » Mais moi, je vous dis: aimez vos ennemis. Priez pour ceux qui vous font souffrir. Alors vous serez vraiment les enfants de votre Père qui est dans les cieux. En effet, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Il fait tomber la pluie sur ceux qui se conduisent bien et sur ceux qui se conduisent mal. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quelle récompense est-ce que Dieu va vous donner? Même les employés des impôts font la même chose que vous ! Et si vous saluez seulement vos frères et vos soeurs, qu’est-ce que vous faites d’extraordinaire? Même les gens qui ne connaissent pas Dieu font la même chose que vous ! Soyez donc parfaits, comme votre Père des cieux est parfait ! »

Philippiens 3:4-16 : « ……Je ne veux pas dire que j’ai déjà atteint le but, ou que je suis déjà parfait! Mais je continue à courir pour saisir le prix, parce que le Christ Jésus m’a déjà saisi. Non, frères et soeurs, je ne pense pas que j’ai déjà obtenu le prix. Mais j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. Dieu nous appelle d’en haut à le recevoir par le Christ Jésus. Nous qui sommes parfaits, nous devons penser de cette façon…..»

 « Moralement coupable, mais politiquement innocenté ». L’ancien président des États-Unis Donald Trump a finalement été acquitté samedi 13/02 lors de son deuxième procès en destitution. 57 sénateurs sur 100 ont voté pour sa destitution, dont sept Républicains, soit 10 voix de moins que les deux tiers requis pour aboutir à une condamnation. Ce qui ne signifie pas que l’ex-président en aurait fini avec les poursuites et d’éventuels blâmes dans les mois à venir. Le responsable principal de la mise en accusation de la Chambre, Jamie Raskin, démocrate du Maryland, s’est toutefois réjoui de ce résultat, le plus élevé pour la condamnation d’un président depuis Andrew Johnson en 1868 (ce président avait évité la destitution par une voix à peine). Dimanche, en entrevue sur les ondes de NBC, M. Raskin a dit « ne rien regretter ». « Chaque sénateur savait exactement ce qui s’est passé. Mais il est impossible d’amener à la raison des personnes qui agissent comme les membres d’une secte religieuse. » (1)

Pour Peter Wehner, ancien membre de plusieurs exécutifs américains républicains et chroniqueur au New York Times, les Républicains ont manqué l’occasion de rompre avec Donald Trump, soulignant à quel point l’emprise de ce dernier reste forte sur ce parti : « Pendant près d’une demi-décennie, les Républicains ont pris l’habitude de dire une chose et d’en penser une autre. Le vote de destitution était la dernière, la meilleure chance de rompre de manière décisive avec M. Trump. Pourtant, une fois de plus, la plupart des parlementaires républicains n’ont pas pu se résoudre à le faire. M. Trump semble encore les hanter, instiller de la peur chez eux. Plus encore, il est devenu eux, se faufilant dans leurs esprits et leurs communautés si facilement qu’ils ne sont plus capables de distinguer leurs propres sensibilités et limites morales des siennes, comme ils auraient pu le faire autrefois. Après ce vote de destitution honteux, la tâche pour les Républicains espérant se défaire des années Trump, qui était déjà difficile, sinon impossible, est devenue plus difficile encore. » (2)

Et ce, d’autant plus que, paradoxalement, même s’ils l’ont acquitté, plusieurs républicains ont reconnu dans les minutes suivant le vote l’implication de Donald Trump dans les émeutes du Capitole, comme l’a fait Mitch McConnell, leader de la minorité républicaine au Sénat et défenseur de l’ex-président durant ses quatre années de règne : « Il ne fait aucun doute que le président Trump est dans les faits et moralement responsable d’avoir provoqué les événements de cette journée [du 06 janvier] », a-t-il dit. « Les personnes qui ont pris d’assaut le bâtiment pensaient suivre la volonté et les instructions de leur président. » Selon lui, cette attaque a été induite par « un crescendo de fausses déclarations, de théories du complot et d’hyperbole imprudente que le président vaincu n’arrêtait pas de proférer »(3).

Ce type de décalage entre ce que l’on dit, pense et fait, illustre le fameux proverbe aux allures de « vérité d’évangile », à savoir que « la perfection n’est pas de ce monde ». Et c’est là que le bât blesse, lorsque nous lisons les Écritures : ainsi, pourquoi « la perfection ne serait pas de ce monde » si Jésus nous invite et nous incite dans le passage cité plus haut à être parfaits comme le père céleste est parfait ?

Peut-être parce que le mot « parfait » ne veut pas dire la même chose dans notre bouche que dans celle de Jésus ? Effectivement, le Seigneur a bien une autre conception de la perfection, puisque le mot qu’il emploie, dans le grec du Nouveau Testament, est un mot (teleios) qui ne nous parle pas d’une perfection où tout est beau, bien rangé, séduisant, complet et le reste. Ce mot veut dire qui est parvenu à ses fins, qui a atteint un certain accomplissement. L’idée de la perfection dont nous parle Jésus, c’est simplement qu’on ait atteint certains buts que le Seigneur a fixés. Et nous avons à être parfaits comme le Père céleste est parfait, dans la mesure où, pour Dieu, il n’y a pas de décalage entre ce qu’il ambitionne de faire et ce qu’il fait vraiment. Il y a pour lui une parfaite conformité entre ses projets, ses paroles et ses actes. Nous sommes plus approximatifs, dans ce registre…
Il nous arrive de bien comprendre ce que Dieu désire pour nous, mais c’est comme si nous étions en incapacité complète d’y parvenir. Les plus optimistes se disent qu’à force, on va bien y arriver. Certains sont enclins à la culpabilité en disant qu’ils ne sont bons à rien car ils savent fort bien quelle est la cible que le Seigneur leur a demandé de viser, et qu’ils n’y arrivent pas. D’autres encore essayent de se disculper en accusant l’adversaire, Satan, ou encore la société, qui est (par définition…) méchante, les parents qui nous ont laissé différentes ardoises dans l’existence, etc. Il y a des tas de bonnes raisons pour que nous vivions un pareil décalage entre les buts que Dieu nous donne, et le réel de ce que nous parvenons à vivre. Et il y a aussi des tas de mauvaises raisons que nous invoquons pour fuir nos responsabilités dans la foi. Nous sommes prêts à accuser tout le monde pour le fait que nous ne soyons pas des êtres accomplis. Et, ultimement, nous sommes même prêts à accuser Dieu, ce qui est assez présomptueux de notre part… Car, qui sommes-nous, pour juger Dieu et lui reprocher de ne pas faire son travail ?

Curieusement, alors que notre expérience nous fait croire que cette perfection est inaccessible, et alors que sévit dans nos têtes le fameux « proverbe » sur la perfection « qui ne serait pas de ce monde », Paul dit aux Philippiens : « Nous qui sommes parfaits, … ». Ce qui veut dire que Paul pense que les chrétiens de la ville de Philippes ainsi que lui-même sont des gens parfaits selon la définition du Seigneur. Quel orgueil, allons-nous penser ? Oui, quel orgueil, si nous gardons nos définition de la perfection, si nous nous appuyons sur nos sagesses humaines. Mais selon la définition de la perfection qui était dans l’esprit de Jésus, cette perfection est tout à fait de ce monde. Car ce n’est pas nous qui l’accomplissons, mais c’est Dieu qui l’accomplit en nous.

Cela, Paul l’argumente parfaitement en montrant combien il se croyait parfait autrefois, dans la mesure où il répondait à tous les critères de son groupe d’appartenance – il était un bon pharisien, qui obéissait en tout point à la loi, etc. Mais il a vu tout l’orgueil et toute la vanité de cette perfection qui ne tient qu’à des critères de conservatisme et de conventions sociales. La rencontre avec Christ a été radicale. C’est fini, maintenant ; tous ces critères sont invalides. Ils ne fonctionnent plus. La mode et les références du monde, de notre monde, il faut les abandonner à tout prix. Car en Jésus, Paul a réalisé que c’est Dieu qui s’est approché de lui. Il a été choqué de voir que Dieu, dans sa perfection céleste, avait pour projet de le rejoindre. Et donc tout ce qui faisait son orgueil, sa réputation, sa bonne conscience, sa morale, sa notoriété et sa gloire, tout est devenu caduc. Il le considère même comme une chute, comme quelque chose qui peut le perdre. Quand nous croyons que nous sommes bons par nous-mêmes, nous nous précipitons dans les bras du malin, qui adore que nous pensions que nous sommes bons, alors que Dieu seul est bon.
Tout ce qui faisait la gloire de Paul, sa perfection aux yeux de ses contemporains, c’est devenu au contraire quelque chose de répugnant dans sa tête. Ce qui faisait qu’il était somptueux est devenu pour lui quelque chose de hideux.

Racheté par le Christ, Paul découvre que désormais il est « parfait » dans le sens du Seigneur, c’est-à-dire qu’il a reconnu que ses objectifs dans la vie étaient complètement nuls, vaniteux et hautains. C’est donc dans le recadrage de ses objectifs de vie que Paul est parfait, au sens biblique. (…..) C’est ça, la perfection selon Dieu. C’est se soumettre aux projets de Dieu en toute humilité, et alors Dieu décide de ce qu’il fera pour nous, il nous donne des moyens que notre intelligence et notre force ne nous auraient jamais donnés. Le Paul « ancienne version », persécuteur de chrétiens, parfait selon la loi, aurait peut-être acquis une petite célébrité. Au mieux, on en parlerait dans un des livres sur l’histoire des Juifs du romain Flavius Josèphe, mais pas plus. Parce qu’il a abandonné son désir de se hisser par sa propre force sur l’échelle de la réussite, mais qu’il s’est mis humblement à l’écoute de la voix de Dieu, Paul est le chrétien le plus célèbre du monde, vraisemblablement. Il n’avait que faire de cette réputation. C’est Dieu qui lui a permis de transmettre la liberté de Jésus à des millions de personnes, des milliards même à cette heure. Qui aurait pensé à une pareille destinée ?
Paul a donc renoncé aux perfections du monde pour recevoir la force de la part de Dieu de mettre en conformité ses désirs, ses paroles, ses actes avec le projet de Dieu pour lui.

« Dans le même temps » et dans le même passage de sa lettre aux Philippiens, Paul dit qu’il n’est pas parfait et qu’il est parfait. Nous devons entendre derrière cette apparente contradiction du discours qu’il y a plusieurs phases dans la vie chrétienne et qu’il est bon de savoir les vivre en conformité avec le souffle de Dieu.
Paul est parfait en ce sens que Dieu est venu le faire naître de nouveau, qu’il l’a conduit à une révision complète de ses ambitions. Ses buts sont bien calés, il est parfait selon Dieu. Et pourtant, au-delà de cette grande révision qui intervient à notre conversion ou encore à notre baptême, il faut reprendre chaque jour le projet qui consiste à ajuster nos espérances sur le programme de Dieu.

A ce stade, ce n’est plus le temps de la conversion, mais plutôt celui de la libération et du perfectionnement. Dieu veut toujours aller plus loin avec nous, car il n’a pas les mêmes limites que nous. Une fois que nous avons été saisis par le Seigneur, nous devons nous saisir de ses plans pour les accomplir, et vivre la perfection dans ce sens que nos ambitions seront toujours en harmonie avec les ambitions de notre Seigneur. Certains appellent « sanctification » cette tâche importante et, ô combien, indispensable, à savoir que nous devenons saints, des gens spéciaux, des gens à part.
Paul est donc parfait car Dieu a opéré les révisions fondamentales de ses ambitions, mais il est aussi dans un chemin de perfectionnement parce que Dieu ne l’invite pas à s’endormir passivement sur le lieu de sa conversion (….) Il est donc à la fois parfait et appelé chaque jour à devenir parfait.

Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous. Que Dieu nous inspire de tels ajustements de chaque jour, afin que, nous aussi, puissions être « parfaits comme notre Père céleste est parfait » (4).

 

 

Notes :

(1) https://www.liberation.fr/international/amerique/acquittement-de-donald-trump-un-nouveau-coup-de-farce-20210214_GRRLTEYVYRCEBPTA4G63SI3WYM/ ;  https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/595250/trump-garde-son-emprise-sur-le-parti-republicain

(2) https://www.nytimes.com/2021/02/14/opinion/trump-impeachment-trial-republicans.html

(3) https://www.liberation.fr/international/amerique/acquittement-de-donald-trump-un-nouveau-coup-de-farce-20210214_GRRLTEYVYRCEBPTA4G63SI3WYM/ ;  https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/595250/trump-garde-son-emprise-sur-le-parti-republicain

(4) D’après une prédication du pasteur Gilles Boucomont (2011) http://1001questions.fr/aunomdejesus/etre-ou-devenir-parfaits/

 

 

Communion : le défi inclusif de Jésus face à nos tentations exclusives

« Qu’ils soient un, comme nous sommes un » : Une prière prophétique de Jésus au Père, actuellement non encore véritablement réalisée. De quoi nous pousser à la repentance, surtout quand nous mobilisons toutes nos énergies à rebâtir les murs de séparation abattus par Jésus lui-même ! (Source image : Pixabay)

Samedi 06 février, j’ai eu la joie de participer au 5ème forum des Attestants(1), en tant que « sympathisant », voyant dans ce mouvement confessant, né au sein de l’EPUDF dans des circonstances particulières, l’illustration que l’action de l’Esprit Saint ne connaît pas de frontière dénominationnelle.

Cette nouvelle édition a eu lieu par zoom, nous proposant tables rondes et ateliers, avec des intervenants de qualité, autour du thème « la communion, un défi ? »(1). Un enjeu spirituel d’actualité, à l’heure des séparatismes et des crispations identitaires, tandis qu’un protocole sanitaire nous impose de respecter des « distances sociales », et sachant que les réseaux @sociaux favorisent un entre-soi plutôt inquiétant. J’ai hâte de voir publier les actes du forum sur le site des Attestants, permettant de revoir/entendre les diverses interventions, notamment celles de la matinée, que j’ai raté ! (1)

En vérité, il ressort de ce forum que la communion, à la fois un « être et un faire ensemble », n’est pas si évidente que cela chez les chrétiens, et même pas « naturelle » du tout. C’est pour cela qu’elle est un défi en tout temps, nous confrontant à la réalité.

Or, comme si « être » et « faire » communion n’était déjà pas un défi suffisant en soi, la veille du forum, l’équipe de jeunes rédacteurs du blogue Par La Foi, s’affichant « réformé », apportait une curieuse contribution à cet enjeu spirituel, sur fond de crispation identitaire, avec un certain formalisme cultuel, via un article qui m’a paru trop long et très académique(2), mais aussi particulièrement maladroit dans le contexte actuel et, surtout, injuste et prétentieux, en prétendant faire le (dépôt de) bilan négatif des Attestants après 5 ans d’existence [selon quels critères ? Quel « magistère » ?] pour expliquer pourquoi ils marchent « sur des chemins séparés »(3).

Cet article, qui accuse certains biais (« cessationnistes », « pédobaptistes »…), est-il utile pour la gloire de Dieu (c’est à dire contribuant à rendre Dieu visible, tel qu’il est en vérité) et l’édification de tous ? La question peut se poser, car, rappelons-le, le service véritable, qui est un mini-stère (et non un magi-stère), consiste à se positionner en-dessous des pieds de celui que l’on prétend servir. Une fois relevé, nous ne laissons pas par terre (ou plus bas que terre) celui que nous avons servi, mais contribuons humblement à l’élever, à le faire grandir.

Est-ce le cas de cet article ? Jugeons-en plutôt, à la lecture de sa conclusion, laquelle ferait froid dans le dos si elle n’était pas ridicule : « À l’heure actuelle, la croissance de l’Église protestante unie de France ne nous paraît pas une chose désirable pour l’Église universelle. La présence en son sein des Attestants est d’après nous un obstacle à la reconstitution d’une identité réformée (ou luthérienne) authentiquement confessante plutôt qu’un instrument à cette fin. À ce titre, nous ne jugeons pas non plus la communion possible entre nous…. ».

En clair, « Attestants, merci de ne pas (plus) exister » ?

Ceci dit, on se marre tout de même un peu quand on lit ce qui est écrit très sérieusement, soit (pour prendre un ou deux exemples au hasard) que les Attestants seraient des « libéraux moins extrémistes et moins cohérents que les autres » au sein de l’EPUDF. Rappelons que ce mouvement de chrétiens confessants est né en 2015 « du désir de renforcer au sein de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) les piliers de la Réforme (Sola Scriptura, bien entendu, avec Sola Gratia, Sola Fide,, Solus Christus, Semper Reformanda et Soli Deo Gloria). Certaines décisions prises en synode leur ont semblé affaiblir la dynamique de l’Eglise et négliger son enracinement dans la révélation biblique ». De fait, les Attestants « partagent une même foi au Père créateur, au Christ Seigneur et sauveur [qu’ils confessent aussi comme étant pleinement Dieu et pleinement homme, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification], à l’Esprit Saint consolateur et puissant. « Courant de conviction parmi d’autres dans l’EPUdF », ils souhaitent « promouvoir une façon de vivre la foi, la vie de famille, la formation, à la lumière d’une lecture exigeante de l’Evangile ». Ils se veulent, notamment, « force de proposition en matière de prière, de lecture de la Bible, d’édification pour la foi, de formation, d’accueil des plus humbles ».

Et les Attestants sont tellement « libéraux » qu’ils confessent enraciner leurs convictions dans les Ecritures. La liberté chrétienne (n’excluant) pas mais (impliquant) une interprétation respectueuse des textes, pour tout ce qui fonde la foi et structure la vie »(4).

Les Attestants seraient aussi des « modernistes » et des « postmodernes », sous prétexte que certaines « traditions »(port de la robe pastorale, usage de la chaire, présence de l’orgue/harmonium….) seraient « systématiquement rejetées ».

Autant d’arguments pouvant d’ailleurs justifier un refus de communion…avec le Christ lui-même !

Imaginez en effet ce qui aurait pu se passer, pendant les 3 jours suivant la mise au tombeau de Jésus-Christ, après sa mort à la croix : « nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël, mais il est utile aujourd’hui de se poser la question s’il a réussi après 3 ans 1/2 de ministère ». Et un jeune docteur de la loi de se fendre d’un (trop) long article très académique, justifiant pourquoi lui et les siens « ne sont pas disciples de Celui que l’on appelle le Christ », concluant par ce qui ressemble à une condamnation sans appel, dans le style : « il n’est décidément pas possible d’être en communion avec ce jeune mouvement, lequel est un obstacle pour la conservation de l’identité judaïque », leur leader étant trop « libéral » (ou étant un « libéral » ne s’assumant pas) et « post-moderne », parce qu’il ne respecterait pas « la tradition des anciens »….Position tenue jusqu’à ce que le jeune docteur de la loi rencontre, confus, Jésus-Christ ressuscité….C’est ce que l’on peut se souhaiter de mieux.

Une chose est sûre : si vous souhaitez connaître les Attestants, ce n’est pas par cet article qu’il faut commencer, mais plutôt en cherchant à les fréquenter pour mieux les connaître, plutôt que de les enfermer dans des étiquettes disqualifiantes/restrictives : visitez leurs paroisses et participez (ou assistez) à leurs cultes, pour vous rendre compte si le Dieu véritable (Père, Fils, Saint-Esprit) est à sa place ; consultez leurs sites et participez à leurs formations/forums(5), non pas en cherchant « à obtenir confirmation » de ce que vous croyez savoir, mais plutôt avec la volonté humble et honnête de savoir vraiment.

Pour le reste, la sagesse sera celle de suivre le conseil d’un autre sage, un célèbre docteur de la loi, Maître du jeune docteur cité plus haut : « ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller. Si cette entreprise ou cette oeuvre vient des hommes, elle se détruira; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu ». (Actes 5v38-39). En attendant, apprenons à discerner des fruits évidents et significatifs, apprenons à dire merci à Dieu pour cela, et gardons confiance que l’approbation finale sera donnée (comme à nous tous) par le Maître lui-même.

Mais, comme le dit le vieil adage, « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt », il importe de ne pas s’arrêter « au doigt Attestant », pour fixer ses regards sur ce qu’il montre, à savoir le Christ.

Et ce, d’autant plus que nos réflexes exclusifs font plutôt tâche avec l’esprit inclusif du Christ et des Ecritures. Ainsi, quand certains justifient théologiquement d’exclure de leur cercle (déjà étroit) de « communion », nous lisons cette joyeuse invitation à la communion de l’apôtre Jean, au début de sa lettre [1 Jean 1v3-4] , rappelant les conditions de celle-ci : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous vous écrivons cela pour que notre joie soit complète ». Le même apôtre rappelle également que « si nous marchons dans la lumière comme (Dieu) lui-même est dans la lumière, nous sommes en communion……les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1v7)

Cet esprit inclusif se discerne encore dans le « faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » de Dieu, au commencement (Gen.1v26), le « nous » inclusif du Notre (et non pas « mon ») Père, enseigné par le Christ à ses disciples (Matt.6v9-13), et dans le « Qu’ils soient un, comme nous sommes un », le projet exprimé dans une prière dite par le Fils au Père en Jean 17, sur la façon dont l’un et l’autre souhaiteraient voir vivre ensemble ceux qui lui appartiennent. Une prière prophétique actuellement non encore véritablement réalisée. De quoi nous pousser à la repentance, surtout quand nous mobilisons toutes nos énergies à rebâtir les murs de séparation abattus par Jésus lui-même (Eph.2v14) ! L’enjeu spirituel de relever le défi de vivre la communion et l’unité est de taille, puisque c’est « afin que le monde croit »…. (v21). L’inverse est malheureusement vrai, puisque si pas de communion, il y a division, et l’absence de communion et d’unité empêche de croire.

Comme il a été rappelé lors du forum des Attestants du 06 février, en situation de crise, il n’est plus le temps de rompre des lances sur des sujets secondaires [lire à ce sujet Romains 14], mais le temps de revenir à l’essentiel. Et l’essentiel est Christ.

Rappelons que le Nom de Jésus est le seul Nom qui sauve, le seul Nom qui rassemble et le Nom qui est élevé au-dessus de tout nom, y compris les étiquettes dénominationnelles, rendant ainsi vaines toute crispation/repli/tentation ou prétention identitaire. En tant que chrétiens – « petits Christs » – nous n’acceptons pour seule « étiquette » que celle que Jésus nous a déjà donnée : « enfants de Dieu », « saints et fidèles en Jésus-Christ », « appartient à Jésus-Christ »…..

Rappelons également que le Nom de Jésus signifie aussi « Dieu sauve » mais aussi « Dieu élargit », lequel nous élargit de toute l’étroitesse de nos petits cercles restreints de (pseudo) « communion », « à l’exclusion de tous les autres ». De même, à la suite du Christ et en Son Nom, nous sommes envoyés pour élargir les horizons de nos frères et de notre prochain.

 

A l’heure où certains jouent encore à être « plus royalistes que le Roi », en mode « plus réformé que moi tu meurs », contribuons à une réelle édification, aidant à grandir : puisque nous sommes censés avoir « dépouillé le vieil homme » (avec ses prétentions identitaires restrictives), revêtons-nous du Seigneur Jésus-Christ – la seule identité valable qui nous a été donnée – et n’ayons pas soin de la chair [par exemple, l’orgueil intellectuel et/ou spirituel] pour en satisfaire les convoitises (Rom.13v14).

Renversons également nos façons de penser, pour en finir avec la pensée opposée à la pensée biblique et axée sur la « saisie », la classification, le déterminisme (soit le fait de coller une étiquette sur quelqu’un), la division, la conceptualisation…avec les logiques de la prise, les pensées rapaces qui griffent et qui déchirent.

Si ta théologie te rend incapable de discerner ce qu’est une pensée biblique, et si elle contribue à rebâtir les murs de séparation ce que Christ a abattu, alors change de théologie….

Le dernier mot sera au fameux jeune docteur de loi cité plus haut, qui n’a plus été le même après sa rencontre avec le Christ ressuscité :

C’est aussi « un devoir pour nous, les forts, de porter l’infirmité des faibles et de ne pas rechercher ce qui nous plaît. Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien, pour édifier. Le Christ, en effet, n’a pas recherché ce qui lui plaisait mais, comme il est écrit, les insultes de tes insulteurs sont tombées sur moi. Or, tout ce qui a été écrit jadis l’a été pour notre instruction, afin que, par la persévérance et la consolation apportées par les Ecritures, nous possédions l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et de la consolation vous donne d’être bien d’accord entre vous, comme le veut Jésus Christ, afin que, d’un même cœur et d’une seule voix, vous rendiez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu »(Rom.15v1-7)

« Si donc il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres.  Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».(Philip. 2v1-11).

Amen !

 

 

 

 

 

Notes :

(1)cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2021/01/30/forum-des-attestants-du-06-fevrier-communion-un-defi/

Il est possible de visionner les vidéos des temps forts (tables rondes seulement) du forum du 06 février. Le pasteur Martin Hoegger, de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud et membre du mouvement R3 (Rassemblement pour un renouveau réformé), nous partage également son regard sur cette rencontre dans cet article consultable ici.

(2) Cf https://parlafoi.fr/2021/02/04/pas-attestants/

(3) Pour rappel, « séparé », en hébreu et araméen, a donné le nom de « pharisiens », ce groupe de religieux souvent dénoncé par Jean le Baptiste et par Jésus, et qui a fini par intriguer bassement pour condamner et livrer ce dernier pour être crucifié. Par contraste, les Attestants ont choisi de rester au sein de l’EPUDF, plutôt que d’en partir pour rejoindre les Evangéliques ou fonder une nouvelle dénomination, illustrant un cheminement possible, alternatif aux replis identitaires.

(4) A ce sujet, je renvoie au forum des Attestants consacré au thème « qui parle ? Quand je lis la Bible… » https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/02/08/retour-sur-le-forum-2019-des-attestants-qui-parle-quand-nous-lisons-la-bible/

(5) Cf http://lesattestants.fr/ ; http://1001questions.fr/ ; http://tablesrondes.leglisequicroit.fr/ (avec ce compte rendu d’atelier https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/08/29/ce-que-leglise-communaute-chretienne-peut-apporter-a-la-generation-z-ou-digitals-natives/) ; http://www.liberer.fr/

« Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité »

Vivons-nous à la hauteur de nos idéaux ? Une question pour aujourd’hui…

Un « plaidoyer », ou « prêter sa voix à celui qui n’en a pas », c’est :

1/ manifester notre amour du prochain en montrant notre souci et notre respect des autorités en les rappelant à leur devoir ;

2/ témoigner de notre compassion pour les plus faibles en faisant entendre notre voix en leur faveur.

« Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité » de Edouard Nelson (BLF, 2020) est un livre(1) dans l’esprit de cette exhortation à intercéder pour nos autorités, comme nous y invite ce texte de 1 Timothée 2.1-4 : « J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »

Chaudement recommandé par un conseiller de la ville de Paris, un haut fonctionnaire, un maire, un adjoint de direction de l’enseignement catholique de Paris, un doyen de faculté, un responsable du CNEF (Conseil National des Evangéliques de France) auprès des parlementaires et un évêque, préfacé par une ancienne ministre de la République française, l’ouvrage présente une certaine crédibilité, de nature à rassurer nos gouvernants sur la volonté des chrétiens (notamment protestants évangéliques) d’honorer les autorités et d’être des citoyens fidèles oeuvrant pour le bien de la République.

Fourmillant de références (culturelles, philosophiques, ou historiques) communes à ses lecteurs, le livre a été pensé pour être offert à des proches voisins, mais aussi à un élu, qu’il soit maire ou député, un agent public ou un enseignant du primaire et du secondaire, ou encore à un ministre(2).

Son point de départ est particulièrement « gonflé », puisque, comme l’explique très bien l’auteur, seul l’Evangile de Jésus-Christ nous permet de vivre une véritable « liberté, égalité et fraternité », notre devise nationale française inscrite sur les documents officiels et sur les frontons des bâtiments publics, dont les mairies et les écoles.

En effet, le chrétien confesse que Jésus-Christ seul est Seigneur et qu’il est le seul homme qui a pu être véritablement libre sur la terre. Et pourtant, Jésus a choisi le contraire de la liberté que nous poursuivons avec tant d’ardeur : Il est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38)…. « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie en rançon pour plusieurs » (Marc 10v45), parce qu’il avait une libération totale à conquérir : la libération de toutes nos servitudes, y compris la crainte de l’ennemi ultime, la mort (Hébr.2v15), et la restauration des relations rompues.

Il est en effet celui « qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Eph.2v14-16), nous recommandant par ailleurs de ne pas nous faire appeler « Maître », car nous n’avons qu’un seul Maître et nous sommes tous frères (Matt.23v8).

Le défi est de taille, surtout quand l’auteur affirme que « le Royaume de Dieu passe avant la République », et ce, à l’heure où le projet de loi « principes républicains » est actuellement débattu à l’assemblée nationale depuis début février 2021, dans un contexte de crispations identitaires. Que fera alors la République de ceux qui placent la loi de Dieu au-dessus de ses lois, s’ils ne troublent pas l’ordre publique, alors que la grandeur de la République est de proclamer et défendre la liberté de conscience et de religion ?

L’ambition de ce petit livre est d’être utile à ce sujet, en montrant, humblement et respectueusement, et avec pédagogie, que la discussion est toujours possible.

 

Reçu gracieusement en service presse par l’éditeur(3), que je remercie.

 

 

 Notes : 

(1) Fait touchant, l’ouvrage a été publié à titre posthume, son auteur étant décédé en août 2020 suite à un accident d’escalade cf https://www.lecnef.org/articles/59336-deces-dedouard-nelson-pasteur-et-vice-president-du-cnef

(2) https://www.christianismeaujourdhui.info/2021/01/30/connaitre-et-faire-connaitre-christ-c-est-le-fondement-quand-tout-s-ecroule/

(3) Informations sur https://www.blfstore.com/A-18493-plaidoyer-pour-la-veritable-liberte-egalite-fraternite.aspx

 

Qu’est-ce qui fait autorité dans ta vie : Les Ecritures ou les commentaires ?

« Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète… »

« Et ainsi vous avez annulé la Parole de Dieu au nom de votre tradition. »(Le Seigneur Jésus. Matt.15v6)

Une question révélatrice tient à ce qui fait autorité dans ma vie.

Ainsi, les chrétiens protestants évangéliques sont censés connaître (et vivre) ce principe scripturaire des protestants – « sola scriptura » (L’Ecriture seule) – qui marque la réflexion et les écrits protestants. Ainsi, par exemple, l’introduction de la « Formule de Concorde » (1577, publiée dans le « Livre de Concorde » en 1580) affirme la confession suivante : « Nous croyons, enseignons et confessons que les livres prophétiques et apostoliques de l’Ancien et du Nouveau Testament constituent la seule règle ou norme selon laquelle toutes les doctrines et tous les docteurs doivent être appréciés et jugés. »

A ce stade, le lecteur sera peut-être surpris d’apprendre que certains, au sein du protestantisme évangélique, formulent l’objection suivante : « la Loi Ecrite, d’accord. Et la loi orale ? »

Objection sous-entendant la question suivante, à la manière de nos amis Juifs : « Dieu a-t-il aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite ? »

Dit autrement encore : « est-il impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi (écrite) de Dieu sans les traditions orales – ou les commentaires, « les écrits de nos illustres devanciers » ?

A ce sujet, dans le cadre d’une édifiante discussion sur un forum de discussion juif messianique, une internaute relève que « le Judaïsme Rabbinique croit que Dieu a donné à Moïse une Loi Ecrite (trouvée dans la Torah, les cinq livres de Moïse). Mais il est aussi affirmé que la plupart des commandements sont exprimés succinctement, qu’il s’agit de déclarations générales, un peu comme les titres de chapitre dans un livre. On doit les interpréter. Il faut les développer et les expliquer. Donc, selon la croyance traditionnelle, Dieu a aussi donné à Moïse une Loi Orale qui interprète la Loi Ecrite. Moïse l’a ensuite transmise à Josué, qui à son tour, l’a transmise ensuite aux 70 anciens qui dirigeaient dans sa génération, qui l’ont transmise aux prophètes des générations suivantes.

Et ainsi de suite, mais avec un grand nombre d’ajouts. C’est pourquoi les rabbins enseignent que la Loi Orale ne cesse de s’accroître, puisqu’à chaque génération, de nouvelles traditions se sont développées et de nouvelles situations se sont présentées qui nécessitaient de nouvelles applications de la Loi.

Deux siècles après l’ère de Jésus-Christ, la Loi Orale était si volumineuse et complexe qu’il fallut l’écrire pour qu’elle ne se perde pas. Ceci devint la Mishnah, qui fut étendue en ce qui est maintenant connu comme le Talmud dans les siècles suivants. Après cela, selon les croyances rabbiniques, ceux qui étudiaient le Talmud continuèrent à développer et transmettre la Loi Orale à chaque génération suivante.

Tout juif religieux croit de tout son coeur qu’il est impossible de comprendre les Ecritures ou d’accomplir la loi de Dieu sans les traditions orales.

Le problème est que : 

– Le Talmud s’arrogent une autorité que les Ecritures ne leur ont jamais donnée.
– Le Talmud place la voix du raisonnement terrestre sur un niveau supérieur à la voix prophétique du Ciel.
– Le Talmud contredit la signification évidente des Ecritures.
– Le Talmud à certains moments contredit même la Voix de Dieu.
– Il n’y a pas d’évidence biblique d’une chaîne ininterrompue de traditions et de nombreuses évidences qui l’a contredise.

La question que chaque juif honnête [mais aussi tout chrétien] doit se poser est : « et si la Bible dit une chose et mes traditions une autre ? Suivrai-je Dieu, ou suivrai-je les hommes ? »

Néanmoins, faut-il cesser d’interpréter ?

Un premier danger serait de prendre l’interprétation biblique comme une fin en soi et d’oublier que « nous ne sommes pas là d’abord pour faire des interprétations » mais « avant tout (pour) approfondir notre relation au Dieu vivant révélé en Jésus-Christ ». De fait, « si les interprétations que je lis ne me semblent pas renvoyer à un approfondissement de ma relation au Christ mais que, par exemple, elles cherchent à défendre une idéologie ou à faire admirer l’intelligence de l’interprète », mieux vaut alors prier, reprendre le texte et alors, proposer une interprétation plus personnelle, par laquelle je peux mieux connaître le Seigneur et son amour.

Un autre danger, selon Bob Utley, professeur d’herméneutique, serait d’abandonner la tâche de l’interprétation Biblique « aux experts privilégiés, hautement qualifiés », en mettant une grande confiance dans nos techniques, principes herméneutiques et procédures d’exégèse, aussi excellents soient-ils, alors que « la foi n’offre pas de raccourcis à une lecture responsable de la Bible » : « Ce que nous avons fait avec les principes de l’interprétation ressemble à (1) ce que les Juifs ont fait avec leurs experts de la Loi, les scribes; (2) ce que les Gnostiques ont fait avec leur insistance intellectuelle et leur savoir secret, dont ils étaient les seuls à dispenser; et (3) ce que l’Église Catholique du Moyen-Âge a fait avec la dichotomie clergé-laïcs, laquelle continue jusqu’à aujourd’hui. »

Or, rappelle-t-il, « aucun de nous ne peut éviter le travail d’interprétation. Chaque fois que nous écoutons quelqu’un parler, ou lorsque nous lisons ce que quelqu’un d’autre a écrit, nous interprétons ce qui est dit. Cela n’est pas différent de quand nous ouvrons personnellement la Bible. La question n’est pas de savoir si nous devons interpréter, mais plutôt si nous le faisons bien ou mal (…)L’humilité doit toujours accompagner nos interprétations. Une bonne herméneutique exige une attitude d’humilité. Cela comprend non seulement l’humilité d’apprendre des autres, mais de façon plus significative, l’humilité de se soumettre au jugement de la Parole que l’on interprète. Bien que la tâche de l’interprète nécessite étude et jugement, sa tâche ultime consiste à laisser la Parole qu’il étudie lui confronter et l’amener à l’obéissance….. »

Karsten Lehmkühler, professeur de théologie systématique, ne le dit pas autrement : « Avant d’être un objet de connaissance et de recherche, la Parole est un sujet agissant. Elle examine avant d’être examinée, elle nous interprète avant d’être interprétée. Cette perspective inclut le caractère du don : la parole est avant tout une grâce, un don qui ne demande point d’œuvres de notre part. Cette efficience ne saurait dépendre de nos œuvres, … pas même de nos œuvres herméneutiques. La Bible est avant tout un sujet agissant qui nous interroge, interpelle, console ; c’est par elle que Dieu nous fait découvrir nos limites, donne naissance à la foi et nous oriente dans nos choix de vie ».

 

Initialement paru le 20/02/19 sur Pep’s café! et republié pour l’occasion.

Pour réussir sa vie (à défaut de réussir à la rater)

« Réussir sa vie », c’est « transmettre la vie ». Une vie « bonne » et « abondante » parce que « relationnelle ».
(Source : convergence bolcho-catholiques)

« Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre », aurait dit Compay Segundo, un musicien cubain devenu mondialement célèbre dans « Buena Vista Social Club », un film de Wim Wenders (1999).

« Réussir sa vie », ce ne serait donc pas avoir une rolex avant 50 ans. « Ce serait avant tout transmettre la vie.  Transmettre la vie par un enfant (le sien ou celui d’autres, par l’adoption ou l’éducation), dans le monde de la culture (par l’écriture ou toute autre forme de créativité et de savoir), par la Nature (en plantant des arbres ou en prenant soin de l’environnement) », estime le pasteur et théologien Shafique Keshavjee sur son blogue(1).

« Réussir sa vie ? Est-ce d’abord écrire des livres? Bien sûr que non ! », poursuit Shafique Keshavjee. « Le plus important pour (lui), ce sont toutes les relations (qu’il a) pu vivre et continue de vivre. Ce sont toutes les découvertes et tous les échanges qui ont façonné (son) existence. Et pour Réussir sa lesquelles (il est) reconnaissant.  Parmi toutes ces découvertes, il y a le trésor du Christ ».

Il a raison. Le Christ lui-même rappelle que « la vie éternelle », c’est de « connaître » (dans un sens intime et relationnel) Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (Jean 17v3, cf 1 Jean 5v20).

Dieu se nomme d’ailleurs « la source des eaux vives » (Jer.17v13), comme Jésus est « (le chemin, la vérité et) la vie » (Jean 14v6).

Réussir sa vie, c’est donc vivre une vie bonne et abondante, parce que relationnelle.

 

 

 

Note :

(1) Cf https://skblog.ch/2021/01/07/reussir-sa-vie/ (D’autres auront au moins réussi à « rater leur vie » !)