Lagaan : l’esprit d’équipe « made in India »

L’esprit d’équipe selon « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), un film indien réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

Lagaan : Once Upon a Time in India est un film indien, produit et réalisé par Ashutosh Gowariker (2001), revu cet été sur dvd avec beaucoup de plaisir.

De l’aveu de son auteur dans une interview pour Critikat, il s’agit d’ « une production familiale » avec « un héros, un méchant, un trio amoureux »(1), qui a été un succès commercial. En effet, « si l’on veut un film qui marche au box-office, il faut faire un film d’amour », explique encore Ashutosh Gowariker(1).

De quoi ça parle ?

 En 1893, au centre de l’Inde, les villageois de Champaner attendent en vain la mousson. Pour humilier ce peuple au bord de la famine, le capitaine Russel, chef de la garnison britannique, veut doubler le « lagaan », l’impôt sur les céréales. Le jeune Bhuvan, qui dirige la protestation contre cette injustice, se voit proposer par l’officier un terrible pari : si les Indiens battent les Anglais au cours d’un match de cricket, ils seront exemptés de « lagaan » pendant trois ans ; s’ils perdent, ils devront payer un triple impôt. Bhuvan accepte le pari mais n’a que trois mois pour former son équipe…et apprendre à jouer ! 

A l’instar des sept samouraïs, Lagaan a tout du « film parfait » : tout public, patriotique (mais non nationaliste), et épique, généreux et rafraichissant, avec plusieurs scènes de chansons et de danses, il relate sous un angle original (une compétition sportive au centre de tous les enjeux) comment des paysans opprimés doivent oublier leurs différences (de religion, de caste, d’ethnie ou de condition physique, sans oublier les conditions d’âge) et s’unir dans un but commun, pour une question de vie ou de mort. Ainsi, il est possible qu’un « fou », un muet, un handicapé de la main (mais à la façon unique de faire vriller une balle) et un jeune garçon se retrouvent dans une même équipe ; que des ennemis traditionnels – un hindou et un musulman –  combattent (pacifiquement) ensemble, et qu’un brahmin et un dalit (« intouchable » ou « paria » et « maudit ») se touchent. Ainsi, «  ce qui est folie, faible, vil ou méprisé dans le monde peut être choisi pour confondre les sages, les forts et les prétentieux » (cf 1 Cor.1v27-28). Certes, la cause paraît dérisoire ou perdue d’avance, mais, porteuse de sens, elle dépasse les challengers indiens, impliquant toute la communauté de Champaner : les villageois, qui jouent pour leur survie, quand les anglais (les dominateurs) jouent pour se distraire, feront preuve d’un véritable esprit d’équipe « made in India », et en ressortiront grandis individuellement et soudés collectivement à la suite de diverses épreuves.

A noter enfin, bien présente dans le film et comme déjà souligné plus haut, une dénonciation particulièrement culottée du système des castes, un sujet qui tient le réalisateur à cœur. Ce dernier pense-t-il que le cinéma en Inde, parce que très populaire, pourrait contribuer à changer les mentalités ? « Si vous voulez que le cinéma change les mentalités et les attitudes, vous devez faire vingt films sur le même sujet et les diffuser à la suite les uns des autres pendant au moins cinq ans », répond-t-il. « Je ne dis pas que le système des castes doit être éradiqué. C’est impossible. Avec beaucoup d’efforts, il est possible d’éradiquer la pauvreté. Mais le système des castes ne bougera pas. Ce qu’on peut changer, c’est une attitude, la tolérance entre castes…. » (1)

 

En bref : « Laagan » (« Once Upon a Time in India »). Réalisé par Ashutosh Gowariker (Inde, 2001). Produit par Aamir Khan Productions. Musique de A.R. Rahman.
Avec Aamir Khan (Bhuvan), Gracy Singh(Gauri), Rachel Shelley (Elisabeth Russel), Paul Blackthorne (Capitaine Russel), Yashpal Sharma (Lakha, le rival de Bhuvan), Amin Hajee (Bagha, l' »Hercule » muet et son tambour), Shri Vallabh Vyas (Ishwar, le médecin du village et père de Gauri), Rajesh Vivek (Guran, « l’astrologue fou »),  Aditya Lakhia (Kachra, l’intouchable), Amin Gazi (Tipu, le neveu de Bhuvan)…..

Durée : 3h40.

Nominé aux Oscars en 2002 dans la catégorie du « Meilleur film étranger », et plusieurs fois primé dans des festivals européens (dont celui de Locarno).

Une chanson : 

« Chale chalo » (une séance d’entraînement très rythmée)

 

 

 

Note : 

(1) https://www.critikat.com/actualite-cine/entretien/ashutosh-gowariker/

« Ils avaient oublié le but » : construire la tour

« La grande Tour de Babel » de Brueghel l’Ancien (1563)

« Au début, quand on commença à bâtir la Tour de Babel, tout se passa assez bien. Il y avait même trop d’ordre : on parlait trop poteaux indicateurs, interprètes, logements ouvriers et voies de communication. Il semblait qu’on eût des siècles devant soi pour travailler à son idée. Bien mieux, l’opinion générale était qu’on ne saurait jamais être assez lent. Il eût fallu la pousser bien peu pour avoir peur de creuser les fondations.

Voici comment on raisonnait : l’essentiel de l’entreprise est de bâtir une tour qui touche aux cieux. Tout le reste, auprès, est secondaire. Une fois saisie dans sa grandeur, l’idée ne peut plus disparaître : tant qu’il y aura des hommes, il y aura le désir, le désir ardent, d’achever la construction de la tour. Or, à cet égard, l’avenir ne doit préoccuper personne. Bien au contraire, la science humaine s’accroît, l’architecture a fait et fera des progrès, un travail qui demande un an à notre époque pourra peut-être, dans un siècle, être exécuté en six mois, et mieux, et plus durablement. Pourquoi donc donner aujourd’hui jusqu’à la limite de ses forces? Cela n’aurait de sens que si l’on pouvait espérer bâtir la tour dans le temps d’une génération.

Il ne fallait pas compter là-dessus. Il était beaucoup plus logique d’imaginer, tout au contraire, que la génération suivante, en possession d’un savoir plus complet, jugerait mal le travail fait, abattrait l’ouvrage des devanciers et recommencerait sur de nouveaux frais.

De telles idées paralysaient les forces et, plus que la tour, on s’inquiétait de bâtir la cité ouvrière. Chaque nation voulait le plus beau quartier, il en naissait des querelles qui finissaient dans le sang.

Ces combats ne cessaient plus. Ils fournirent au chef un nouvel argument pour prouver que, faute d’union, la tour ne pouvait être bâtie que très lentement et même, de préférence, une fois la paix conclue. Mais on n’employait pas tout le temps à se battre. Entre deux guerres, on travaillait à l’embellissement de la cité, ce qui provoquait d’ailleurs de nouvelles jalousies d’où sortaient de nouveaux combats. Ce fut ainsi que passa l’époque de la première génération, et nulle, depuis, ne différa. Seul le savoir-faire augmentait, et avec lui l’envie de se battre. Ajoutez-y qu’à la deuxième ou troisième génération on reconnut l’inanité de bâtir une tour qui touchât le ciel, mais trop de liens s’étaient créés à ce moment pour qu’on abandonnât la ville.

Tout ce qu’il y est né de chants et de légendes est plein de la nostalgie d’un jour prophétisé où elle sera pulvérisée par les cinq coups d’un gigantesque poing. Cinq coups qui se suivront de près. Et c’est pourquoi la ville a un poing dans ses armes ».

Kafka. Les Armes de la ville IN La muraille de Chine. Gallimard, 1989 (Folio), pp 120-121

 

Dans « Comment définir l’évangile : une étude du texte de 1 Corinthiens 15v1-19″(pp 21-29), paru dans le numéro(186) de « Promesses »(Revue de réflexion biblique) d’octobre-décembre 2013 et consacré à « l’évangélisation personnelle », Don Carson nous prévient que « Si nous acceptons l’Evangile sans conviction, alors que des sujets périphériques enflamment notre passion, nous formerons une génération qui minimisera l’Evangile et manifestera du zèle pour ce qui est périphérique(…)Si on réfléchit sérieusement à l’Evangile et si celui-ci reste au centre de notre préoccupation et de notre vie, nous constatons qu’il aborde aussi de façon pertinente toutes les autres questions. »(op. cit. p22)

Dans le même esprit, le dramaturge franco-roumain Eugène Ionesco (1909-1994) estime, lors d’un entretien rapporté dans ses « Notes et contre-notes » lues cet été, que « tout théâtre qui s’attache à des problèmes secondaires (sociaux, histoires des autres, adultères) est un théâtre de diversion »(1). En guise d’illustration, il fait référence à ce récit de Kafka intitulé « Les Armes de la ville », dans lequel l’auteur se réapproprie, « de façon aussi brève que pénétrante »(2), le sens de l’épisode biblique de la tour de Babel, « en faisant du mythe de l’échec d’une fondation le récit d’une fondation déficiente »(3). En effet, analyse Ionesco, « (ceux) qui voulaient édifier la Tour de Babel se sont arrêtés au deuxième étage parce que la solution des problèmes liés à l’édification de la Tour [des préoccupations d’embellissements de la ville et du confort, sources de conflits] était devenu l’objectif principal. Ils avaient oublié qu’ils devaient construire la Tour. Ils avaient oublié le but (4) », le But principal, masqué par des buts secondaires. Or, « sans but et sans fil conducteur, l’humanité s’embourbe et s’égare dans un labyrinthe ».

En réalité, souligne Ionesco, « si l’homme n’a pas de fil conducteur, c’est que lui-même ne veut plus en avoir »…Et en fin de compte, l’échec vient, dans la version de Kafka, non pas « parce que les hommes ont voulu construire la Tour mais, bien au contraire, parce qu’ils ne veulent plus la construire », les hommes se désintéressant du but qu’ils s’étaient, pourtant, eux-mêmes proposé. (5)

 

Notes :

(1)Ionesco. Notes et contre-notes. Gallimard, 2010 (Folio essais). Un recueil qui comprend l’essentiel de la pensée de l’auteur sur le théâtre et sa fonction, sa critique des critiques, l’artiste et l’art en général. Passionnant.

(2) op. cit., p 337

(3)http://www.academia.edu/16551230/Kafka_architecte_du_politique_dans_Les_Armes_de_la_ville

(4) Ionesco.Op.cit., pp 186-187

(5) Ionesco. Op. cit., pp 337-338

 

 

 

 

 

Ne faites pas d’impair : Dieu est « Père » et pas « mère »

Lectures bibliques

Papa propose un nouveau jeu……

Deutéronome 4:32-40

(….)
Reconnaissez donc aujourd’hui et gardez dans votre coeur cette vérité :
c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel et en bas sur la terre.
Il n’y a pas d’autres dieux que lui.
Respectez ses lois et ses commandements que je vous donne aujourd’hui.
Alors vous et vos enfants, vous serez heureux.
Et vous vivrez longtemps dans le pays
que le Seigneur votre Dieu vous donnera pour toujours.

Romains 8:14-17
Tous ceux que l’Esprit de Dieu conduit sont enfants de Dieu. Et l’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves qui ont encore peur, mais il fait de vous des enfants de Dieu. Et par cet Esprit, nous crions vers Dieu en lui disant : « Abba! Père ! ». L’Esprit Saint lui-même nous donne ce témoignage :
nous sommes enfants de Dieu. Alors, si nous sommes enfants de Dieu, nous recevrons en partage les biens promis par Dieu à son peuple, et ces biens, nous les recevrons avec le Christ. Oui, si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à sa gloire.

………..Affronter la réalité ! Par Jim Benton [Piquée » sur le compte twitter de Laurent Descos, 09/05/18]

Message :

Nous découvrons dans ces passages des Écritures qu’il n’est pas du tout insignifiant d’appeler Dieu par un nom ou par un autre. Nous savons qu’il y a des tas de noms pour nommer Dieu, et chacun de ses noms s’appuie sur une identité particulière que nous voulons donner à celui à qui nous nous adressons.
Quand nous prions Dieu comme Tout-Puissant, nous ne prions pas du tout de la même façon que quand nous nous adressons au Christ, qui est passé par l’expérience de la croix. Prier le Dieu Tout-Puissant, c’est reconnaître que tous les possibles appartiennent à Dieu, qu’il est le Dieu de l’impossible qu’il est le Dieu qui peut tout (ce qui ne veut pas dire qu’il fait tout et en particulier qu’il ferait tout ce qu’on lui dit de faire…).
S’adresser à Dieu par un nom ou par un autre, c’est donc qualifier Dieu, de la même façon que l’on ne s’adresse pas sur le même ton à une même personne suivant les contextes. De temps en temps, un journaliste laisse échapper un « tu » à la place d’un « vous » qui dévoile qu’il connaît la personne au-delà de son rôle de journaliste, plutôt dans le registre de l’amitié.
Les protestants ont été appelés très tôt « les tutoyeurs de Dieu ». Non pas qu’il soit mieux de tutoyer Dieu que de le vouvoyer, mais simplement parce qu’en tutoyant Dieu on fait un choix. Et ce choix consiste à dire que la proximité, la confiance et l’intimité d’un « tu » sont plus importantes encore que la déférence et le respect d’un « vous ». Dieu n’a pas voulu être lointain mais bien proche, ce que nous reconnaissons et valorisons par l’usage du « tu »(1).
En qualifiant Dieu de « Père, Fils et Saint-Esprit », nos prédécesseurs dans la foi ont fait des choix très particuliers. Ils ont voulu mettre l’accent sur des facettes de Dieu bien particulières (…)
En choisissant d’appeler Dieu par le nom de Père principalement, les premiers chrétiens ont pris un risque. Il est souvent rappelé que cela a exaspéré nos frères aînés Juifs qu’on puisse appeler Dieu Père. A la rigueur qu’on dise « Dieu est comme un père pour nous », c’était recevable, et le Psaume 103 ne s’en prive pas. Mais l’appeler, le héler, le prier en l’appelant Père, c’était choquant. Car non seulement quand on nomme quelqu’un le nom qu’on lui donne dit des choses sur ce qu’il est, mais en plus, le nom qu’on lui donne décrit aussi comment nous nous positionnons par rapport à cette personne. Si nous nommons Dieu Père, alors cela signifie que nous nous reconnaissons comme enfants. Et c’est très compliqué de dire cela car alors, comment fonctionne cette paternité et cette filiation ? (….)

Paul, à la suite de Jésus-Christ tient fermement sur cette appellation de Dieu comme Père. C’est au cœur de sa foi.
Pourquoi Dieu a-t-il été appelé Père et non pas Mère ? Après tout on pourrait l’envisager ? Eh bien tout simplement parce que c’est bien comme Père que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse et de Jésus-Christ, se comporte. Laissez tomber d’office l’argument ethnologique comme quoi Dieu serait père parce qu’il serait décrit comme tel dans une société patriarcale. Ce n’est pas là la vraie raison. Il est nommé Père tout simplement parce que le type de relation qu’il a avec l’humain est de l’ordre de la paternité beaucoup plus que de la maternité. Et ce n’est pas une histoire de féminisme ou de machisme. C’est simplement un type relationnel. On est toujours sûr de sa mère, tandis qu’on n’est jamais vraiment sûr de son père. Même avec les analyses ADN. L’être humain est complexe et si la maternité est un lien qu’il faut couper, la paternité est un lien qu’il faut construire. En tant que lien de personne à personne la paternité est beaucoup plus fragile que la maternité parce qu’elle naît d’une parole. Oui, la paternité ne tient qu’à la parole de la mère. On devient père dès que la mère d’un enfant dit à son enfant « C’est lui ton père ». Dès qu’elle le dit par des mots, par des gestes, par des attitudes et par une pratique. Un père est toujours adoptif. Alors bien sûr on souhaite à chacun que son géniteur naisse comme père assez rapidement après la naissance, mais c’est toujours conditionnel.
Dieu n’est pas en relation avec nous dans un mode relationnel où il faut couper un cordon. Il est devant nous comme cette relation paternelle qu’il faut au contraire tisser, construire et faire naître par une parole.
Si vous tenez à tout prix à chercher du maternel dans ce qui fait notre foi, n’allez – de grâce – pas chercher du côté de Marie. Non, la figure féminine qui construit notre foi, c’est tout simplement l’Église, la communauté. Elle est cette matrice, elle est cette mère où nous nous trouvons dès le début, elle exerce cette maternité qui nomme, qui essaye de dire à ses enfants, depuis le plus jeune âge : « Tu sais, tu peux avoir confiance en Dieu car c’est bien lui ton Père ». Quand nous accompagnons des enfants dans leur formation biblique, quand nous prenons soin des uns et des autres au moment où ils essayent de revivifier un lien avec Dieu dont ils sentent bien qu’il ne tient pas très bien, nous exerçons, à notre tour cette fonction maternelle qui essaye de nommer la paternité de celui qui est Père parce qu’il veut adopter tous ceux qui accepteront son amour.
L’enjeu est de taille pour la vie de nos communautés (….)C’est à l’Église que revient la tâche de contredire les mensonges qui courent autour de nous, [à propos de Dieu et à propos du père]……

Lire la suite de la prédication initialement donnée à l’Église réformée du Marais par le Pasteur Gilles Boucomont, le dimanche 11 juin 2006, et disponible sur un blog vraiment net.

 

Note : 

(1) C’est ainsi que l’on peut définir un croyant : celui qui dit « tu » à Dieu.

Quand un chef d’état prétend avoir « le droit absolu » de « se gracier lui-même » : éclairage biblique et conséquences spirituelles

Trump « se graciant lui-même », de « droit absolu » (de droit divin, obtenu de Dieu ) au-delà de la constitution ? Chromo délirant et inquiétant se propageant sur la toile de façon virale depuis le 20/01/17 : « Jésus-Christ guidant Donald Trump pour signer ses décrets »

« Le roi agira à sa guise ; il s’exaltera et se grandira au-dessus de tout dieu, et contre le Dieu des dieux il dira des choses étonnantes. Il réussira, jusqu’à ce que soit consommée la colère, car ce qui est décrété sera exécuté » (Dan.11v36)

Un chef d’état a récemment prétendu avoir « le droit absolu de « se gracier lui-même ». Serait-ce là la définition du totalitarisme ?

La réponse du « répondant » à une question sur cette déclaration, posée sur le site « 1001 questions », rappelle que « ce chef d’Etat a aussi prétendu être chrétien mais n’avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit…(1)
Un droit absolu serait un droit divin, obtenu de Dieu au-delà de la constitution. La constitution américaine ne permet pas à un président de se gracier lui-même. Il s’agit donc d’un fantasme de toute-puissance.

Ultimement, c’est bien Dieu qui pardonne et qui gracie. Nous pouvons être amenés à nous pardonner nous-mêmes pour des choses dont nous nous accuserions sans cesse, mais se gracier de ce que la justice des hommes aurait condamné en nous, quand on sait que toute autorité vient de Dieu, c’est une façon de… se mettre à la place de Dieu.

Conséquence spirituelle : quand on craint si peu Dieu qu’on se met à sa place, on risque de le rencontrer. A savoir comment. Dans la conversion ? Alléluia. Dans le jugement ? Ça peut être plus chaud… »

 

Note :

(1) Le 18 juillet 2015, lors du Family Leadership Summit, à Ames (Iowa), Frank Lutz, politologue et spécialiste des sondages, demandait à Donald Trump s’il lui était déjà arrivé de demander pardon à Dieu. Trump répondit alors : « Je ne crois pas. J’essaie juste de mieux faire. Si je fais quelque chose de mal, je crois que j’essaie juste de réparer. Je ne mêle pas Dieu à tout ça. Je ne le fais pas….»

 

Mariages alternatifs

A facetime wedding and a conceptual wedding are explained as possible alternatives to a traditional wedding
(Par Andy Singer : « le mariage numérique » : personne. Juste des ordinateurs portables, des ipads et smartphones. Et plein de superbes photos !
« Mariage conceptuel » : concept de mariage imaginaire, avec des schémas, envoyé aux participants)

La citation du mois : Il y a toujours une alternative

« There’s no other choice » (Emmanuel Macron. Interview exclusive pour « Forbes », 01/05/18). Vraiment ?

« Il n’y a pas d’alternative » [ou « il n’y a pas d’autre choix »/ « there’s no other choice »(1)] n’est jamais qu’un énoncé conditionnel à l’état de ses structures. Faire autrement est impossible puisque la nécessité installée par les structures s’oppose à ce qu’on fasse autrement ? [Note : Par exemple, l’impossibilité de maintenir une formation de responsables, laquelle se trouve interrompue et reportée « à plus tard », ne trouvant pas sa place dans un programme d’activités prioritaires] Très bien, nous savons maintenant où se situe l’enjeu : dans la reconstruction des structures. Voilà le discours manquant, celui qui laisse une chance de respirer à nouveau au sortir d’une [situation] étouffant[e] : le discours des structures comme objet de la politique. Car, elles peuvent toujours être refaites – autrement. Ce « toujours », c’est le nom même de la politique. Dès lors qu’on s’élève au niveau des structures, il y a toujours une alternative.

Extrait (adapté) de « En guerre – pour la préemption salariale ! » Article de l’économiste et chercheur en philosophie Frédéric Lordon, paru le 21 mai 2018 sur son blog « La Pompe à Phynance » et relatif à « En guerre », film récent (15 mai 2018) de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon, sélection officielle à Cannes et actuellement en salles(2).

A noter, dans le prolongement de ce qui précède, que lorsque Jésus libère, il ne se limite pas à un seul individu et à son réseau. Comme nous le montre l’épisode de l’homme possédé par l’esprit de « légion », à Gédara, en Marc 5 et Luc 8, Jésus y opère une délivrance à tous les niveaux, y compris structurelle. Pour toutes ces raisons et parce qu’ils sont porteurs d’un message d’espérance (l’Évangile, « une puissance pour le salut de quiconque croit » cf Rom.1v16), ses disciples, appelés « chrétiens » (ou « petits Christs »), devraient être de ceux qui bannissent de leur vocabulaire le fameux « TINA » (« There Is No Alternative »).

 

Notes :

(1) Voir http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/03/macron-insolemment-ultraliberal-there-s-no-other-choice-6048335.html et http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/08/non-m-macron-il-y-a-beaucoup-d-autres-choix-6049768.html

(2) Sur « En guerre », le film de Stéphane Brizé :

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2018/05/21/en-guerre-un-film-splendide-6053254.html#more

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/En-guerre-brasier-revolte-ouvriere-2018-05-15-1200939182

https://www.reforme.net/actualite/societe/cannes-2018-5-en-guerre-un-film-tres-emouvant/

https://pharefm.com/2018/05/16/chronique-cinema-du-16-mai-en-guerre/

https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2018/en-guerre/

 

« (In)culture au poing » : Jésus ne parlait pas anglais

Le projet des témoins du Christ – et de Dieu – était que cette Bonne Nouvelle aille « jusqu’au bout de la terre »…

Jésus ne parlait pas anglais. Plus exactement, Lui, Juif, et au prénom parfaitement juif (« Yeshouah » ou « Dieu sauve ») ne parlait pas l’anglais « de l’époque », c’est-à-dire le grec, langue du commerce et des relations marchandes. Et il s’adressait essentiellement, au début, à des Juifs, « les brebis perdues de la maison d’Israël ». Il ne semblait donc pas avoir de prétention universaliste à la base, à priori.

Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, la foi chrétienne, qui s’appuie sur les paroles, faits et gestes d’un tel Messie Juif, est étrangement universelle et universaliste, puisqu’elle est le fruit d’une étonnante rencontre entre le peuple d’Israël et la culture la plus mondialisée qui n’ait jamais existé, la culture gréco-romaine.

Nous comprenons aussi qu’au travers de ses rencontres, Jésus, logiquement préoccupé par les gens de son entourage et de sa culture, ait finalement été « ému de compassion » par ceux qui n’étaient « pas de son peuple » et considérés comme « sans foi, ni loi » ou idolâtres(cf Eph.2v11-17). La grande surprise des événements de la croix, du tombeau vide et de la Pentecôte (un « anti-Babel »), fut une formidable ouverture au monde entier. Et ladite ouverture fut traduite principalement par le fait que les témoins majeurs de ces moments incroyables ont composé leur narration en grec, « l’anglais de l’époque ». Désormais, Jésus est connu partout sur terre sous le nom de « Christ » : une appellation grecque pour décrire une fonction plutôt sémitique, le fait d’être « oint de Dieu », ce qui se dit « Messie » (« Mashiah ») dans les langues sémitiques

Que toute l’aventure de ce Messie Juif « qui ne parlait pas anglais » soit racontée dans la langue internationale de l’époque n’est pas anodin. Le projet des témoins du Christ était que cette Bonne Nouvelle aille « jusqu’au bout de la terre ». Mais il peut paraître improbable, sinon impossible, qu’un peuple sans armes, refusant la soumission à l’empereur surpuissant de l’époque, ait pu diffuser en l’espace de 150 ans une proposition de foi complexe et exigeante. Pire, cette spiritualité semblait même plutôt précaire, étant transculturelle, à cheval entre les deux univers mentaux des grecs et des sémites. Et pourtant, cette foi s’est répandue dans tout le bassin méditerranéen, autant dire dans tout le monde connu, sans violence, ni contrainte aucune ! Il est bon, en effet, de se rappeler que les missions guerrières et autres « croisades », l’Inquisition et les guerres de religion, sont tardifs dans le christianisme, n’arrivant qu’après la « conversion-compromission » de Constantin, quand l’Eglise s’unit à l’empire et donc à César.

Une chose est certaine, pour le croyant : ce projet était motivé par Dieu lui-même, et cette bonne nouvelle s’est surtout répandue grâce à une puissance d’en haut. Et aujourd’hui, cette bonne nouvelle est arrivée jusqu’au XXIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à nous qui lisons ceci.

(D’après Boucomont, Gilles. Au Nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première Partie, 2010, pp11-13)

A lire : Matt 15v21-28 ; Marc 7v24- 30.