Aime ton frère bien vivant (celui du XXIe siècle) !

Comment prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons ». Source image : Affiche du film « Interview avec Dieu » de Perry Lang (2018)

« L’empereur Constantin est une des figures les plus blâmées et maudites de l’histoire chrétienne, une de celles que l’on adore détester. On lui prête d’avoir joué au calife Uthman avec la Bible, d’avoir choisi le christianisme pour des raisons purement politiques, d’avoir corrompu l’Église, d’être un faux chrétien, etc ». Dans une série d’articles(1), mon ami et frère en Christ Etienne, contributeur au blog « par la foi », entreprend de « synthétiser différents chapitres du livre Peter J. Leithart Defending Constantine », lequel a pour objet de tenter de « dissiper la plupart de ces malentendus » et de « s’efforcer de rétablir une juste image de notre frère(sic) Flavius Valerius Aurelius Constantinus, fils de Constance Chlore et notre sœur Hélène ». Ce qui ne saurait étonner quand on sait qu’Etienne se revendique lui-même “constantinien” convaincu.

Ceci dit, l’apôtre Jean relevait que nous ne saurions prétendre aimer Dieu « que nous ne voyons pas », si nous n’aimons pas notre frère « que nous voyons » (1 Jean 4v20). De fait, pouvons-nous prétendre appeler « notre frère » quelqu’un – une figure controversée de l’histoire (2) – qui a vécu (et qui est mort) il y a très, très, très, très longtemps, que nous n’avons donc jamais vu et que nous ne pourrons jamais vraiment bien connaître, quand nous construisons « dans le même temps » toutes sortes de barrières théologico-identitaires pour ne pas vivre de communion pratique (3) avec nos frères du XXIe siècle, bien vivants, plus proches de nous, et dont la foi en Christ est sans ambiguïté ?
« Quant à nous, nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier (…) Voici donc le commandement qu’il nous a donné : celui qui aime Dieu doit aussi aimer son frère ou sa sœur » (1 Jean 4v19, 21). Sachant qu' »aimer son frère ou sa soeur » implique d’être avec lui ou avec elle, de manger/prier/s’édifier/s’encourager/oeuvrer… ensemble, comme de se réjouir/de pleurer avec lui ou avec elle 

Aller plus loin : 
Sur ce sujet inépuisable, je vous recommande de visionner (à nouveau) les vidéos des temps forts (tables rondes seulement) du forum des Attestants du 06 février 2021, dont le thème était justement… « Communion, un défi ? » Ou quelle est la nature d’une communion fraternelle authentique ? Pourquoi est-elle réellement indispensable ? Quels sont ses fondements ? Comment la créer et la maintenir ? A quoi et vers quoi nous pousse-t-elle ?


Introduction : Forum des Attestants 2021- introduction

Table ronde 1 : La communion fraternelle – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Table ronde 2 : Limites de la communion – table-ronde – Forum des Attestants 2021

Pour une synthèse écrite de cette rencontre, voir également le regard du pasteur Martin Hoegger, de l’Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud et membre du mouvement R3 (Rassemblement pour un renouveau réformé), dans cet article consultable ici.

 

 

 

Notes :

(1) Cette série d’articles peut se lire sur le site du blogue « Par la foi ».

(2) L’empereur Constantin reste pour les historiens une figure à la fois fascinante et énigmatique, pleine d’attrait et de mystère, qui n’a pas encore livré son dernier secret. Comment comprendre au juste son évolution religieuse, qu’en est-il exactement de sa « conversion » ? Il est tout d’abord attaché au paganisme classique, à la théorie de la Tétrarchie qui fait de lui un descendant d’Hercule, puis peu à peu il se met à pratiquer le culte du soleil ; à partir de 312 il manifeste une sympathie de plus en plus marquée pour l’Église, en 324, par sa victoire sur Licinius, il apparaît comme le champion de la cause chrétienne contre le paganisme ; en 325 il convoque le premier concile œcuménique de l’histoire et finalement il se fait baptiser sur son lit de mort. Comment relier entre eux tous ces faits pour en donner une explication satisfaisante ? Constantin s’est-il effectivement converti au christianisme ? S’il y a eu conversion, quand s’est-elle produite ? Quels en sont les motifs profonds ? Ou bien ne s’est-il converti que pour la forme, visant surtout à utiliser le christianisme à des fins politiques ? Ces questions ne sont pas nouvelles. Déjà Lenain de Tillemont les avait entrevues et discutées et depuis elles n’ont cessé de hanter les générations successives d’historiens sans que pourtant ceux-ci aient réussi à y apporter une solution définitive et satisfaisante. Si l’on voulait faire l’historique de la question, on constaterait que, parmi les chercheurs, il y a toujours eu nombre de conservateurs qui, fidèles à la tradition chrétienne, ont accepté sans plus la réalité d’une conversion de l’empereur…(Chapitre VIII. La « conversion » de Constantin, Marcel Simon, André Benoit Dans Le judaïsme et le christianisme antique (1998), pages 308 à 334)

Et aussi ce point de vue catholique sur « la conversion de Constantin ».

(3) (Re)lire également notre article : « communion : le défi inclusif de Jésus face à nos tentations exclusives ».

« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? » de NT Wright

Une invitation à poser « un regard neuf » sur « une question ancienne » : « l’autorité de l’Écriture »…

« L’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », tel est le titre d’un livre de NT Wright, dont nous saluons aujourd’hui la récente parution en français aux éditions Scriptura, en avril 2021, sachant que son édition originale anglaise date de….2005 ! (1)

Ce titre ne manque pas de nous interpeller : nous lisons « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », plutôt que « l’autorité de l’Ecriture » (ou de « la Parole de Dieu »), vu l’importance de la Bible, en matière de foi et de vie, pour les Eglises protestantes et Évangéliques, sans oublier la place qu’elle a pu retrouver dans l’Eglise catholique, après Vatican II.

Son sous-titre – « comment lire la Bible aujourd’hui ? » – suggère que nous la lisons sans doute « mal » ou, du moins, de façon problématique.

Pire, souligne NT Wright dans la préface à la seconde édition de l’ouvrage, « dans la génération passée, la Bible a été utilisée de manière abusive, mise en débat, abandonnée, vilipendée, justifiée », ou encore « déchiquetée » par les savants, quand d’autres ont tenté de « recoller ses morceaux ». La Bible « a été prêchée et on a prêché contre elle, on l’a placée sur un piédestal et on l’a foulée aux pieds. La plupart du temps, elle a été traitée comme des joueurs de tennis traitent la balle. Plus vous voulez remporter le point, plus vous frappez fort sur la pauvre chose. Pris dans son ensemble, l’Eglise ne peut clairement pas vivre sans la Bible, mais elle ne semble pas vraiment savoir comment vivre avec non plus. » (op. cit., p 8)

« Tout scribe instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux. », dit Jésus dans l’Ecriture (Matt.13v52).

NT Wright, « un scribe » d’aujourd’hui, nous invite à poser « un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir :

« Comment l’Ecriture peut-elle faire autorité », quand l’Ecriture elle-même déclare que toute autorité appartient au seul vrai Dieu et « que toute autorité » a été donnée à Jésus-Christ « dans le ciel et sur la terre » (Matt.28v18) ?

Quel est le rapport entre « l’Ecriture » et « l’autorité de Dieu » ?

De quelle manière la Bible fait-elle autorité ? Comment son autorité peut-elle s’appliquer à l’Eglise, si ce n’est au monde entier ?

Comment la Bible peut-elle être correctement comprise et interprétée, en évitant les écueils du rationalisme critique asséchant et le littéralisme fondamentaliste ?

Après un prologue dans lequel NT Wright se penche sur « le rôle de l’Ecriture dans l’Eglise chrétienne historique, puis sur la façon dont la compréhension actuelle de ce rôle est influencée par la culture contemporaine », il envisage ensuite ce que nous avons coutume d’appeler « l’autorité de l’Ecriture » comme faisant partie « d’une autorité divine plus large ».

Dans un style alerte et de façon stimulante, employant des métaphores significatives et saisissantes, NT Wright défend l’argument comme quoi l’expression « l’autorité de l’Ecriture » n’a de sens d’un point de vue chrétien que s’il s’agit d’un « raccourci » pour désigner « l’autorité du Dieu trinitaire (Père, Fils, Saint-Esprit) exercée à travers l’Ecriture » (op. cit., p 37). Il explique alors que « les raccourcis sont aussi utiles que les valises », nous permettant de « rassembler beaucoup de choses complexes et de les transporter ensemble », à condition de « déballer ce qui a été emballé pour l’utiliser dans un nouveau lieu. Certaines affaires, restées de longues années dans une valise, ont peut-être moisi. Un coup d’air frais et peut-être même un coup de fer à repasser leur seraient bénéfiques » (op. cit, pp 38-39) !

Ainsi, « le raccourci de l’autorité de l’Ecriture », une fois « déballé », nous révèle une vision plus holistique de celle-ci, comme de la nature de « l’autorité de Dieu » : il s’agit du « plan de Dieu souverain et salvateur pour le cosmos entier, inauguré de façon radicale par Jésus lui-même, et désormais mis en œuvre par la vie conduite par l’Esprit de l’Eglise », celle-ci définie comme étant « la communauté qui lit l’Ecriture »   (op. cit., pp 139-140).

Employant une autre métaphore, NT Wright défend également l’argument que le récit biblique est « une pièce de théâtre en cinq actes, dans laquelle nous sommes appelés à improviser l’acte final » (op. cit., p 9). Ces cinq actes sont : 1) la création ; 2)“la chute” ; 3)Israël ; 4)Jésus et 5)l’Eglise. Selon NT Wright, il est essentiel de savoir que nous vivons au cinquième acte, le temps de l’Eglise, qui commence à Pâques et à la Pentecôte, en continuité directe avec les actes précédents, et que vivre au cinquième acte, c’est être conscient de vivre « comme un peuple à travers lequel le récit biblique se dirige maintenant vers la destination finale” (p.91).

Comprendre cette mission pour l’Eglise, c’est donc considérer le grand projet de Dieu pour le monde entier, et comment l’Eglise est appelée à y prendre part. Cela implique de comprendre que la Bible est bien plus qu’un simple « manuel de dévotion » et/ou « d’instruction », mais un moyen de l’action de Dieu en nous et à travers nous.

De là, une fois démontées les lectures jugées erronées de l’Ecriture (de « droite » ou « conservatrices », comme de « gauche » ou « libérales »), des perspectives enrichissantes et rafraichissantes nous sont offertes pour une lecture personnelle et communautaire renouvelées, en réexaminant la place de la tradition (« vivre en dialogue avec des lectures plus anciennes ») et celle de la raison (« prendre en compte le contexte, le sens et toute forme de savoir plus global »).

Selon NT Wright, nous honorerons « l’autorité de l’Ecriture », en lisant celle-ci de manière totalement contextualisée (« chaque mot doit être compris au sein de son propre verset, chaque verset au sein de son propre chapitre, chaque chapitre au sein de son propre livre et chaque livre au sein de son contexte historique, culturel et canonique »), ancrée liturgiquement (en lui redonnant toute sa place lors du culte – et pas seulement via quelques versets lus en illustration ou en introduction d’une prédication), en l’étudiant en privé, en renouvelant cette lecture par une connaissance appropriée, et quand elle est enseignée par les dirigeants accrédités de l’Eglise.

Enfin, en annexes de cette édition, figurent deux « études de cas » (le shabbat et la monogamie) pour illustrer comment cette redéfinition de « l’autorité de l’Ecriture » peut fonctionner.

Au final, il s’agit d’un livre rafraichissant et bienvenu, au point de vue très riche – mêlant aussi bien connaissances historiques et théologiques que philosophiques – de la part d’un éminent professeur-chercheur du Nouveau Testament et du Christianisme primitif. Il invite tous les Chrétiens de toute dénomination à « poser un regard neuf sur des questions anciennes », à savoir « l’Ecriture et l’autorité de Dieu », pour comprendre à quel point la Bible parle du grand projet de Dieu et pour mieux s’engager dans une telle dynamique. Une perspective bien plus réjouissante que les simples « débats » ou « batailles » autour de la Bible ! L’aventure n’attend que nous…

.

En bref : « l’Ecriture et l’autorité de Dieu : comment lire la Bible aujourd’hui ? », de NT Wright. Editions Scriptura, 2021. Disponible chez l’éditeur et/ou dans toutes les bonnes librairies, par exemple ici ou .

Ouvrage reçu gracieusement « en service presse » de la part de Laurène de la Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française (ABF), que je remercie chaleureusement, ainsi que les éditions Scriptura.

La vision de l’ABF est de mettre la Bible à la portée de tous. Ne manquez pas de visiter son site.

Note :

(1) Plus précisément, comme me l’a expliqué Coraline Fouquet, éditrice aux éditions Bibli’O et Scriptura, que je remercie, il s’agit d’une réponse de l’éditeur à la demande d’un certain nombre de lecteurs de faire traduire et publier un livre qui leur semblait pertinent et manquer en français.

« Souviens-toi : c’est de l’eau ! »

« C’est de l’eau » : une question des plus fondamentales…

« …n’allez pas trop vite perdre la tête ni vous effrayer à cause d’une révélation prophétique, d’un propos ou d’une lettre présentés comme venant de nous, et qui vous feraient croire que le jour du Seigneur est arrivé. Que personne ne vous séduise d’aucune manière ». (2 Thes.2v2-3)

« C’est l’histoire de deux jeunes poissons qui nagent et croisent le chemin d’un poisson plus âgé qui leur fait signe de la tête et leur dit: «Salut, les garçons! L’eau est bonne? » Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l’un regarde l’autre et lui demande: «C’est quoi l’eau?»

Mesdames et messieurs, cette petite histoire, découverte via une chronique de Christian Salmon dans « Slate »(1), et que le romancier américain David Foster Wallace (1961-2008) racontait lors d’un discours mémorable devant la promotion 2005 des étudiants de Kenyon College (2), est une magnifique parabole de notre condition. Elle éclaire en effet notre société numérique décrite par Bruno Patino dans son livre La civilisation du poisson rouge – Petit traité sur le marché de l’attention : «L’économie de l’attention détruit peu à peu tous nos repères », écrit-il. « Notre rapport aux médias, à l’espace public, au savoir, à la vérité, à l’information, rien ne lui échappe. Le dérèglement de l’information, les “fausses nouvelles”, l’hystérisation de la conversation publique et la suspicion généralisée ne sont pas le produit d’un déterminisme technologique mais du régime économique choisi par les géants de l’internet.»

Et la morale de cette parabole des poissons, comme l’expliquait David Foster Wallace devant ses étudiants, est que « les réalités les plus évidentes sont souvent les plus difficiles à voir et à exprimer. La vérité avec un grand V n’a rien à voir avec la connaissance mais tout à voir avec l’attention. L’attention à ce qui est si vrai et si essentiel, si caché à première vue et pourtant autour de nous en permanence que nous devons nous rappeler chaque jour et toujours: c’est de l’eau, c’est de l’eau…» (2)

En guise d’illustration, Christian Salmon relève, dans sa chronique, que « La tribune des généraux » qui occupe l’agenda médiatique depuis une semaine est un cas d’école de ces emballements politico-médiatiques dont la logique le plus souvent nous échappe. Il a suffi en effet qu’un capitaine de gendarmerie à la retraite publie un livre intitulé Les damnés de la France, classique inversion rhétorique à l’extrême droite, ressassant ses obsessions (le délitement de la France menacée par l’islamo-gauchisme et l’insécurité liée à l’immigration), qu’il en tire une « Lettre ouverte à nos gouvernants » [adressée au Président de la république] signée par une vingtaine de généraux [ainsi que par une centaine de haut gradés et plus d’un millier d’autres militaires de l’armée française] dont la moyenne d’âge est de 75 ans, et qu’il crée un site internet dédié, afin de faire la promotion dudit livre et de ladite lettre ouverte, reprise par « Valeurs Actuelles » et par un site conspirationniste américain (….) pour que la médiasphère s’enflamme, agitée par le chiffon rouge d’un quasi-appel au putsch militaire [les signataires se disent en effet « disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation »], et que l’affaire remonte jusqu’aux plus hautes autorités de l’État sommées de sanctionner les factieux ou de les comprendre, ou les deux en même temps.

Une «opération» menée de main de maître et revendiquée comme telle par l’intriguant capitaine de gendarmerie », qui a réussi son coup médiatique. En d’autres temps, on aurait rigolé de « ce Pinochet au petit pied ». Mais « ce gendarme ne fait plus rire dans ce pays qui vieillit mal, de plus en plus dominé par la peur et qui n’écoute plus que les prophètes de malheur. Il ne fait plus peur non plus, (ayant) détourné la peur sur d’autres cibles, les immigrés, les musulmans, tous agents du « Grand Remplacement ». Il sonne le tocsin, {lequel] devenu un business model à l’ère du clash (….) consiste à jeter le discrédit sur toutes les autorités légitimes. Et quoi de mieux pour cela que de faire miroiter la possibilité d’un putsch ?

Un sondage, confus et confondant [Harris Interactive réalisé pour LCI et publié le 29/04, pourtant censé nous éclairer « sur le sentiment des Français à l’égard de ce texte »], en a apporté la confirmation : 58% des Français seraient plus ou moins d’accord avec les militaires(3).

[Plus exactement : 58% déclarent adhérer à quelque chose, mais sur les « 64 % qui en ont entendu parler », seuls 38% voient avec précision ce dont il s’agit ! Alors que 26 % ne voient pas précisément ce dont il s’agit et 36 % ne savent même pas de quoi il est question].

L’important, c’est de capter l’attention (….) C’est ça le job du diable aujourd’hui » [comme de tout temps], souligne encore Christian Salmon. « Et Marine Le Pen [qui a engagé les signataires à « rejoindre son action », saisissant cette occasion « pour reconquérir ses titres d’héritière en matière de diableries paternelles »] l’a bien compris ».

En effet, «La pire séduction du mal, écrivait Kafka, c’est la provocation au combat.» Car le diable est un séducteur et les troupes du bien qui accourent pour lui faire barrage ne font que répondre à son appel et ne réussissent souvent qu’à lui servir de cortège. C’est tout le paradoxe de la pose antifasciste.

Que faire alors? Se souvenir de l’eau.

Comme les poissons de la fable de Foster Wallace, nous oublions l’essentiel, l’espace dans lequel nous sommes immergés nuit et jour, qu’on l’appelle «société numérique», «médiasphère» ou «espace public» et dont nous subissons l’influence sans le savoir. Ce n’est pas seulement un milieu aquatique clos (….) c’est un filet aux mailles serrées, un réseau d’algorithmes qui captent les attentions, enchaînent les pensées et modèlent les émotions. C’est l’habitat numérique que nous (construisons) à chaque clic sur le web (…).

En apparence, nous sommes libres de nos pensées, nous pouvons échanger des opinions et participer au débat public à l’instar de ces deux poissons qui se déplacent librement dans l’eau, leur espace public. Ils peuvent interagir avec d’autres poissons, opiner, exprimer leurs émotions, et même rejoindre les bancs de poissons de leur choix. Mais ils n’ont pas idée de ce qui les entoure. L’eau est-elle froide ou tiède? Claire ou trouble? Est-elle pure ou polluée? Agitée de vagues ou stagnante? En quoi ces états changeants affectent-ils la vie aquatique et leur humeur? Ils ne s’en soucient pas. Leur intelligence (…) ne saisit pas le grand contexte dont dépendent la qualité de leurs échanges et de leur vie, l’écologie de leur univers émotionnel et mental ».

De même, chaque candidat, en période électorale, « a sa propre idée de ce qu’il convient de mettre au centre de l’attention. Pour les uns, c’est « l’économie » (….) Pour d’autres, c’est « la démocratie ». Pour d’autres encore, ce sont « les inégalités » qu’il faut réduire en priorité (….). Pour d’autres enfin, c’est « l’avenir de la planète » qui doit être au cœur des politiques publiques. On pourrait allonger cette liste en y ajoutant les thèmes négatifs mais qui sont assurés de trouver de l’écho dans l’opinion : l’immigration (envahissante), les frontières (passoires), la sécurité (menacée), l’identité (malheureuse), la souveraineté (perdue), etc…..

Mais aucun candidat n’aborde la question de l’eau. Tous s’agitent dans leur banc de poissons (…) pour attirer l’attention des électeurs mais ils oublient l’essentiel, l’écosystème de la démocratie. Si cet écosystème est pollué, agité de secousses sismiques ou plongé dans l’obscurité, c’est la démocratie qui s’éteint ou se réduit à une cacophonie de bruits incohérents et à un déchaînement de passions guerrières ».

A leur suite – et pas toujours à celle du Christ, malheureusement – certains chrétiens, sur la toile ont cru bon de servir de caisse de résonance à tous ces tapages médiatiques, en nous incitant à (sic) « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie » (4), libérant de façon opportuniste la parole extrême, sous prétexte de « débat ».

« Comment sauver le débat public, l’agora, c’est-à-dire l’espace et le temps de la délibération démocratique ? », s’interroge Christian Salmon, avant de conclure : « voilà la mère de toutes les campagnes : comment se réapproprier l’attention ? »(2)

De même que nous devons nous rappeler « chaque jour et toujours », à l’instar des poissons, que « c’est de l’eau, c’est de l’eau…», en tant que chrétiens, nous avons aussi à nous rappeler « chaque jour et toujours » cette réalité essentielle mais pas évidente de prime abord : notre société n’est pas séculière, mais païenne. C’est-à-dire qu’elle est une société dans laquelle les hommes et les femmes donnent leur allégeance à des non-dieux. La société sécularisée n’est donc pas un espace neutre et libre dans lequel nous pouvons projeter le message chrétien. C’est un territoire occupé par d’autres dieux. Nous avons à faire à des principautés et pouvoirs(5).

Dans ce contexte, le diable nous entraîne dans son cortège médiatique, captant toute notre attention(cf Eph.2v1-5), comme au commencement en Eden, alors que nous devrions sans cesse rappeler ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal. En effet, Christ « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15).

C’est ainsi que nous sommes exhortés à différer nos attentes de spectacles qui ne sont que distractions et diversions, et à cesser de servir de caisse de résonance à tous ces tapages médiatiques, pour mieux nous exercer à regarder dans la bonne direction : c’est là l’objet du culte rendu à Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20).

A la suite de Notre Seigneur Jésus-Christ, plutôt que d’être à la suite de ceux qui veulent nous imposer leur agenda, nous ferons alors connaître son message, qui garde toute son actualité : « le Règne de Dieu s’est approché ». Il ne s’agit pas d’une nouvelle « ecclésiale », mais mondiale, publique. Ce n’est pas une question de « valeur », de « ressenti », mais de « fait ». C’est une grande nouvelle, qui exige une réponse immédiate(5).

C’est ainsi que plutôt que de « décoller nos yeux de nos Bibles » pour regarder certains sujets « avec une vision plus élargie », il est toujours essentiel de revenir sans cesse à l’Ecriture pour chercher le cœur de Dieu par rapport à ce que l’actualité proclame.

 

A lire  « La Guerre des spectacles », un livre de théologie de la culture visuelle de Tony Reinke, paru chez BLF éditions en novembre 2020.

 

 

Notes :

(1) Voir http://www.slate.fr/politique/2022-la-fabrique-dune-election/episode-8-tribune-generaux-foster-wallace-economie-attention-societe-numerique-debats-themes-campagne

(2) Voici la vidéo de ce discours https://www.youtube.com/watch?v=8CrOL-ydFMI

Avec la traduction et la retranscription : https://umanz.fr/essentiels/30/08/2019/cest-de-leau

Il existe également une version de cette allocution traduite par Charles Recoursé et publiée aux édititions du Diable Vauvert

(3) https://harris-interactive.fr/opinion_polls/reactions-des-francais-a-la-tribune-des-militaires-dans-valeurs-actuelles/

(4) A l’instar de l’animateur d’un site dit d’ « actus chrétiennes » (19 février 2012), en réponse aux commentaires sur ce sujet jugé « essentiel » pour la présidentielle de 2012… : Marine Le Pen et le hallal… ]

(5) Voir http://www.theologeek.ch/2015/02/27/evangeliser-dans-le-contexte-de-la-secularisation/

« En exil à Babylone », les chrétiens protestent sans crainte face au projet de loi « contre le séparatisme »

« Etrangers », mais pas « victimes », dans la cité (Source image : première de couverture de « Etrangers dans la cité » de Hauerwas/Willimon)

Voici un très intéressant et très encourageant article à lire en français sur Christianity Today (20 avril 2021), avec, en bonus, un « flash prière » du CNEF et bien d’autres choses encore.

Les protestants français sont en profond désaccord avec un projet de loi sur le séparatisme, mais n’adoptent pas pour autant une mentalité de victime dans leur défense de la liberté religieuse.

Alors que la forme finale du projet de loi pour le « respect des principes républicains », désormais appelé « Loi pour l’affirmation des principes républicains et la lutte contre les séparatismes » (1) [actuellement débattue en commission mixte paritaire, après que le Sénat a adopté une version durcie du texte de loi le 12 avril 2021] reste en suspens et que des organismes chrétiens tels que la Fédération Protestante de France (FPF) et le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) poursuivent leurs efforts afin de faire mieux prendre en compte leurs positions et font pression pour que l’impact de la loi soit moins contraignant, les Églises françaises commencent à se préparer à ce que pourraient être les nouvelles règles.

Cependant, malgré l’évolution du projet de loi qui s’éloigne de la laïcité intelligente telle qu’ils la conçoivent, la stratégie des dirigeants protestants français – tant à l’égard du gouvernement que des fidèles – a été remarquablement exempte d’alarmisme. Au lieu de cela, ils ont demandé à leurs sœurs et frères d’éviter d’adopter une posture de victimisation, même s’ils reconnaissent la gravité du moment (…).

« Faut-il avoir peur ? Non », déclare C. Diedrichs, du CNEF. « Dans Jérémie, il est dit que nous devons rechercher le bien de la ville dans laquelle nous nous trouvons. Cette ville n’est pas Jérusalem, c’est Babylone. Beaucoup d’évangéliques préféreraient que nous soyons à Jérusalem plutôt qu’à Babylone. Beaucoup d’évangéliques aimeraient bien être encore dans une société chrétienne qui les protège ». Mais puisqu’ils ne sont plus dans une société chrétienne, dit-il encore, les évangéliques français doivent être des témoins de l’Évangile comme l’étaient les premiers chrétiens dans leur société non chrétienne.(…)

L’ article à lire en français

En bonus, voir aussi le FLASH PRIÈRE du CNEF (sur sa page FB) ou quelques sujets de prière à partager largement afin qu’ensemble nous restions mobilisés pour favoriser l’annonce et la pratique de l’Évangile en France :

🙏 Prions pour que les membres de la commission mixte paritaire en passe d’être nommés le soient pour de bonnes raisons [Composition inconnue à cette date]

🙏 Prions que notre Dieu incline le cœur des membres de la commission mixte paritaire pour qu’ils prennent conscience de leur responsabilité vis-à-vis de la liberté de conscience, de religion et d’éducation.

🙏 Prions que cette commission puisse parvenir à un équilibre du texte et plus particulièrement qu’elle évite l’accumulation de mesures restrictives envers les cultes.

🙏 Prions que les deux hautes juridictions (Conseil constitutionnel et Conseil d’État) aient une juste appréciation du texte et de ses effets sur la vie des cultes en France.

[Le Conseil d’État a ainsi admis en premier dans son avis : « Les mesures du projet de loi concernent pratiquement tous les droits et libertés publiques ». Le Conseil a également souligné, tout comme le Défenseur des droits, que [le contrat d’engagement républicain] comporte des « notions sujettes à interprétations antagonistes » et des « incertitudes » qui ne manqueraient pas d’introduire de sérieux risques d’arbitraire. Par ailleurs, le Défenseur des droits s’inquiète de ce que ce projet participe d’un « renforcement global du contrôle de l’ordre social »]

🙏 Prions que face à cette inflexion de la politique religieuse du gouvernement, majoritairement soutenue par les parlementaires, les Églises protestantes évangéliques ne se découragent pas mais au contraire prient, comme les fils d’Issacar autrefois, pour discerner les temps. [1 Chroniques 12.32]

En savoir plus sur le site du CNEF.

 

Aller plus loin :

Notre recension de « Etrangers dans la cité » de Hauerwas/Willimon ou quand l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise ;

Notre recension de « Plaidoyer pour la véritable liberté, égalité, fraternité » d’Edouard Nelson ;

Notre analyse : « Doit-on espérer en un « défenseur de la chrétienté » pour des questions de « survie » ?

Un article d’Olivier Keshvajee, le « théologeek », publié sur son blogue : « Évangéliser dans le contexte de la sécularisation »

 

 

 

 

 

Note :

(1) Mesure phare du projet de loi, le contrat d’engagement républicain (Chapitre II – Dispositions relatives aux associations. Article 6 : « Art. 10‑1 ») prévoit que « toute association qui sollicite l’octroi d’une subvention au sens de l’article 9‑1 de la présente loi auprès d’une autorité administrative ou d’un organisme chargé de la gestion d’un service public industriel et commercial s’engage, par un contrat d’engagement républicain, à respecter les principes de liberté, d’égalité, notamment entre les femmes et les hommes, de fraternité, de respect de la dignité de la personne humaine et de sauvegarde de l’ordre public ». A noter que les associations disposant d’un agrément sont également concernées. Le projet de loi prévoit que la délivrance de ces agréments soit désormais soumise au respect de ce contrat.

La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ?

I Got a Way · Nicolas Jorelle. Bande originale de « La faute à Rousseau », série tv en 8 épisodes diffusée sur France 2 du 17 février au 10 mars 2021. Avec Charlie DUPONT (Benjamin Rousseau), Anny DUPEREY (Eva Rousseau), Samira LACHHAB (Stéphanie Garnier), Louis DUNETON (Théo Rousseau), Esther VALDING (Emma)….

« La philosophie m’a rapproché de Dieu ».

C’est le titre d’un article que l’on peut lire sur le blogue jeunesse « La Rebellution »(1). L’auteur nous explique que la philosophie lui a apporté « des réponses à (ses) doutes et à (ses) questions » ; elle lui a permis « de mieux connaître », « adorer » et « aimer Dieu encore plus ». Gloire à Dieu ?

En vérité, son argumentation en 3 points, que j’ai trouvée peu convaincante, m’incite à poser la question…philosophique du jour : 

« La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ? » Vous avez cinq heures pour plancher !

« Qu’est-ce que la philosophie ? » C’est une première question à poser.

La philosophie, c’est « l’amour de la sagesse », qu’elle ne promet jamais d’atteindre ; philosopher, c’est « déconstruire » : débutant par l’étonnement, cette discipline spéculative est l’art de questionner et de problématiser sans cesse sur le monde, la connaissance et l’existence humaine.

De fait, loin d’apporter « des réponses » ou « LA » réponse définitive à nos doutes et à nos questions, ou à nous enseigner « un art de vivre » comme les « gourous » du développement personnel, la démarche philosophique véritable est à mille lieux de l’usage dogmatique de la réflexion, ou elle n’est pas. C’est un libre exercice de la pensée. Et le principe philosophique consiste à ne jamais cesser de dialoguer, ce qui est d’une certaine manière « biblique », puisque Dieu souhaite que le dialogue entre Lui et les humains ne s’arrête jamais et reprenne là où il s’est arrêté.

De même, le « vrai philosophe » est celui qui innove, inventant et forgeant des concepts susceptibles de donner un sens nouveau aux choses.  On ne doit pas le confondre avec « le moraliste », « l’érudit » ou « l’essayiste » [ce que sont certains « philosophes » médiatiques d’aujourd’hui],  qui ne font que synthétiser des idées élaborées avant eux ou en dehors d’eux, ou prétendant apporter des « recettes » de vie éthique. 

La philosophie est donc utile, et peut être passionnante, à condition de l’utiliser à bon escient, en étant conscient de ses limites et de sa finalité réelle.

Un chrétien, qui souhaite s’adonner à cette démarche spéculative, de réflexion critique, a normalement pour repère cet avertissement de l’apôtre Jean dans sa deuxième lettre : « Quiconque va trop avant [ou plus loin] et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu » (v9)

L’on reconnaîtra alors « le sage » comme celui qui « connaît ses limites », à l’instar de Job, dans le livre biblique éponyme : celui-ci réplique à ses amis venus « le consoler », mais ne parvenant qu’à l’accabler, « tout cela, je l’ai vu de mes yeux, mes oreilles l’ont entendu, et j’ai compris. Tout ce que vous savez, je le sais aussi, je ne suis pas plus bête que vous ».(Job 13v1-2). Mais face à Dieu….qui ne lui apportera d’ailleurs aucune réponse à ses questions, il ne peut que reconnaître : « Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises (…) Eh oui ! j’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. « Ecoute-moi », disais-je, « à moi la parole, je vais t’interroger et tu m’instruiras. » Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t’ont vu. Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre » (Job 42v1-6).

Mais la leçon ne s’arrête pas là : A la fin du livre, souligne l’écrivain napolitain Erri de Luca(2), Dieu reproche aux amis de Job de ne pas avoir parlé de lui « correctement », comme son « serviteur Job » (Job 42v7). Eux qui, pourtant, ont développé une vaste théologie, avec des concepts élaborés sur Dieu ! Les amis de Job ont offensé Dieu, car ils ne se sont pas adressé à Lui en tant que croyants, ou pour intercéder en faveur de leur ami souffrant dans l’épreuve, mais ont parlé de Dieu à la troisième personne, comme des avocats défendant un de leurs clients, se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine « orthodoxie ».

En revanche, Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire, a parlé correctement, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Et le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres [par exemple, les philosophes]. Ceux qui ne croient pas peuvent certes parler de Dieu, mais gardent la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation(2).

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

Ce n’est donc pas lire « de la bonne philosophie » [parce que les auteurs seraient « chrétiens » – certains sont influencés par Platon ou Aristote] nous parlant de Dieu, qui nous ramènera « forcément » à Dieu, pas plus que nous ne saurions prétendre « connaître » Dieu en l’enfermant dans des concepts ou des définitions.

Le chrétien, lecteur de la Bible avant la (« bonne ») philosophie (chrétienne ou non), sait normalement qu’il convient d’être prudent, vu que pour cette « sagesse » qui prétend embrasser par l’intelligence et la raison la totalité du réel, « la croix (de Christ) est une folie », mais pour « ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.

Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.(…..) Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages (….)afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur ».(1 Cor.1v18-31), Lui qui « est la vérité » et en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance »

Voir aussi 1 Cor.2 v1-9

Voir aussi, sur le même sujet, cette réponse du « répondant » sur le site « 1001 questions ».

Notes :

(1) Voir https://www.larebellution.com/2021/03/24/la-philosophie-ma-rapproche-de-dieu/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/22/croire-se-conjugue-au-participe-present/

Ce qui intéresse Dieu n’est pas pour qui tu votes ou comment ton groupe est appelé

Qu’est-ce qui fait ta réputation ? Ta loyauté à un leader politique ou ton appartenance à un groupe ? Ou d’être connu comme quelqu’un qui connaît Jésus et, surtout, est connu de Lui ?

Suite à la publication par le CNEF sur sa page Facebook (03/03/21) de cette Lettre ouverte de représentants d’Églises évangéliques américaines, condamnant la « radicalisation » de certains chrétiens (1), j’ai trouvé interpellant, pour ne pas dire inquiétant, certaines réactions d’internautes plutôt curieuses.

Parmi ces réactions [notamment de la part de théologiens/jeunes étudiants en théologie], nous lisons certaines revendications identitaires « d’étiquettes », protestations/indignations/reproches au CNEF pour avoir « osé » publier un tel sujet, justifications de certains votes, ou même déni de réalité [en gros, « il ne s’est rien passé » au Capitole le 06/01/21] (2).

En réalité, nous nous fichons « royalement » [pour parler comme ceux qui déclarent qu’ils ne sont pas « républicains »] de ces revendications et justifications d’internautes publiées en réaction sur la page FB du CNEF. Ce qui devrait nous intéresser, à l’instar de Bonnie Kristian dans un excellent article de Christianity Today traduit en français(3), « ce n’est pas de savoir qui obtient nos votes ou comment nous sommes appelés [voire, nos prétentions à certaines postures identitaires restrictives et exclusives], mais plutôt comment se fait-il qu’un groupe de chrétiens puisse si facilement – et si rapidement – devenir aussi fortement associé à une autre personne [ou à tout autre nom ou « isme » et « iste »] que le Christ », au point où il serait « tabou » d’oser une simple remise en question ou une dénonciation.

En témoignent les curieuses réactions sur la page FB du CNEF citée plus haut, révélatrices d’une sacralisation de certains noms (ou idée/idéologie), élevant ces derniers plus haut que Dieu, au point où en parler serait les « profaner » [quand ce ne serait pas « blasphématoire »], ce qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter.

« Qu’est-ce que cela dit de nous si le premier nom qui vient à l’esprit de nos voisins lorsqu’ils entendent « évangélique » [ou « chrétien »] n’est pas « Jésus » ?  Certes, s’inquiéter de notre réputation peut sembler frivole. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5.29). Le verdict de Dieu à notre égard passe avant les moqueries ou les éloges des autres.

Mais la Bible se préoccupe aussi de la réputation. « Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie » (1 P 2.12). Le proverbe dit : « Bon renom vaut mieux que grandes richesses » (Pr 22.1). Et la volonté de Jésus à cet égard est évidente quand il dit que c’est par notre amour les uns pour les autres que « tous connaîtront » qui nous sommes (Jn 13.35).  Le fait que des chrétiens aient acquis une mauvaise réputation n’est pas nécessairement un signe de désobéissance à ces commandements. On se rappellera que l’église primitive a été accusée d’athéisme (pour avoir refusé d’adorer des idoles), de cannibalisme (pour avoir pris la Cène) et d’inceste (pour avoir appelé leur conjoint « frère » ou « sœur » en Christ). Une critique, rapportée par un écrivain chrétien du troisième siècle nommé Minucius Felix, qualifiait l’église de « faction infâme et désespérée » issue de « la lie du peuple » et « s’attaqu[ant] impunément aux dieux ».

Mais il y a tout de même un fossé béant entre la mauvaise réputation acquise par des chrétiens s’efforçant simplement d’obéir aux ordonnances de leur foi (c.-à-d. l’adoration, la sainte cène et la communion fraternelle) et la mauvaise réputation acquise par un groupe pour son allégeance manifeste à un politicien [ou une politicienne, ou à une idéologie érigeant la nation en absolue, adorée comme une idole, se traduisant par la haine des autres peuples. Car tout ce qui prétend prendre la place qui revient à Dieu seul conduit au rejet de l’autre, « pas assez pur » ou « menaçant » pour moi].  Notre problème de réputation [soit d’être considéré comme « un problème »] n’a rien à voir avec le leur. L’Empire des Césars soupçonnait que l’insistance des adeptes de cette étrange secte à affirmer que Jésus est Seigneur les rendait incapables d’être de bons citoyens. Ceux qui considèrent les évangéliques comme un bloc pro-[mettre ici le nom d’un politicien], ou comme un bloc de « istes »/ »identitaires », ne sont pas en train de se demander si ceux-ci ne sont pas un peu trop centrés sur Christ.

Malgré cette différence, le remède est le même dans chaque cas. L’Église primitive réfutait ces fausses accusations sur la place publique, et elle a connu une croissance exponentielle parce que les chrétiens avaient « une bonne conduite au milieu des païens » et partageaient cette Bonne Nouvelle si extraordinaire et porteuse d’espérance : Dieu aime toute l’humanité. Notre tâche ne diffère en rien. Peu importe que cela rehausse notre crédibilité ou pas, que cela sauve l’étiquette « évangélique » ou non, nous devrions nous aussi vivre si fidèlement et intégralement que notre allégeance ne fasse plus aucun doute ». Car « le fait de revendiquer une appellation ne signifie pas automatiquement que l’on correspond à ce qu’elle signifie », souligne Bonnie Kristian, et il n’y a pas de place pour deux loyautés.

 

 

Pour aller plus loin sur ce sujet du nationalisme/populisme/Evangéliques : 

Voir cette mise au point du CNEF.

Voir aussi « Les Catholiques sont-ils devenus identitaires ? »  Dans le cadre d’un entretien donné à Marianne (06/05/19), le journaliste Pierre Jova et le politologue Yann Raison du Cleuziou analysent l’évolution des catholiques conservateurs. Le premier est journaliste à La Vie et rédacteur en chef politique de la revue d’écologie intégrale Limite. Il vient de publier « Les chrétiens face aux migrants » (Tallandier), une enquête passionnante auprès des migrants et des chrétiens, autant qu’un témoignage personnel. Le second est maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux et chercheur au Centre Émile-Durkheim (CNRS). Connu pour sa typologie des catholiques pratiquants (« observants », « charismatiques », « émancipés » et « conciliaires »), il vient de publier « Une contre-révolution catholique : Aux origines de la Manif pour tous » (Seuil).

Extraits :

Yann Raison du Cleuziou : « Il y a aujourd’hui un paradoxe en France, qui se retrouve dans beaucoup de sociétés européennes. Des partis populistes ou de droite mobilisent de plus en plus la référence aux « racines chrétiennes » dans leur discours. Elles sont utilisées comme une frontière culturelle afin d’essentialiser l’appartenance à la nation. Cette instrumentalisation permet d’affirmer que les musulmans ne seront jamais des Français ou des Européens comme les autres. Ce recours aux racines chrétiennes n’est pas un retour du religieux. Au contraire, il manifeste une étape supplémentaire dans la sécularisation. La symbolique religieuse devient un pur instrument identitaire et est donc totalement subordonnée à une rationalité politique. Mettre une crèche dans une mairie ce n’est pas religieux ».

Pierre Jova : « ….dans la question des migrants, je dirais qu’il y a un facteur supplémentaire qui apparaît : le racialisme. Ce n’est pas seulement la défense du catholicisme comme religion civile de la France. Sinon, ils se féliciteraient de voir que certains migrants permettent de renouveler les paroisses. Mais nous assistons à la progression d’un vrai discours racialiste porté par les identitaires – au sens du courant politique et de Génération identitaire –, les reliquats de la Nouvelle droite comme Jean-Yves Le Gallou, et les phénomènes Internet comme Renaud Camus, Boris Le Lay, etc. Ils ont une forte audience sur les réseaux sociaux, où se nourrissent beaucoup de jeunes sortis des structures de pensée ou religieuses.  C’est là qu’il y a une contradiction avec la réalité du christianisme français. Comme je l’ai énormément dit, celui-ci est aujourd’hui métissé, des catholiques aux protestants en passant par les orthodoxes. Cela nuit également à l’espérance des chrétiens d’évangéliser les musulmans et les non-croyants. S’ils veulent vraiment une France chrétienne, ils doivent reconnaître que cette France est déjà métissée. Cependant, l’Église ne doit pas condamner en bloc les gens qui ont peur, doutent ou se sentent menacés. Il existe un discours politico-médiatique de grande condescendance et de mépris social, qui ne fait que radicaliser les craintes et les positions. L’Église doit par contre tracer une ligne rouge entre ce qui s’oppose à l’universalisme chrétien et à l’anthropologie chrétienne. »

 

 

 

Notes :

(1) »Nous reconnaissons que l’évangélisme, et en particulier l’évangélisme blanc, a été exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien à cause d’une longue tradition de directeurs de la foi s’accommodant de la thèse de la suprématie blanche » et « Nous appelons les pasteurs à dire clairement que l’engagement pour Jésus-Christ est incompatible avec les appels à la violence, le soutien d’un nationalisme chrétien blanc, des théories de la conspiration et toutes les discriminations raciales et religieuses » cf https://www.infochretienne.com/etats-unis-plus-de-100-leaders-evangeliques-condamnent-le-nationalisme-chretien/  et https://saynotochristiannationalism.org/#signers

(2) Florilège :

« L’évangélisme blanc » exposé à l’hérésie du nationalisme chrétien en France et à la « suprématie blanche ». C’est franchement une rhétorique choquante pour moi. Adopter le vocabulaire du gouvernement pour stigmatiser un sous-groupe imaginaire (pouvez-vous seulement nommer un théologien ou un pasteur d’influence français qui ait soutenu pareille chose ?!) et ensuite s’en dissocier par un « c’est pas nous », je pense qu’on peut faire mieux ! »

« Autant directement demander à ce cher ministre des cultes de diligenter une enquête sur le dangereux phénomène de « l’evangelisme blanc » et « l’hérésie du nationalisme chrétien » qui menace la France, non ? »

« Les « nationalistes blancs » ne sont pas une menace en France, mais plutôt une victime de la « cancel culture », autre produit américain d’importation. Publier cela le jour de la dissolution de Génération identitaire est fort mal à propos » [j’avoue ne pas comprendre ce qui chagrine vraiment cet internaute].

« Pourquoi le CNEF relaie ces informations puisque cela n’a rien à voir avec le milieu évangélique en France. En dehors des églises ethniques, avez vous constaté du racisme chez nous? »

Le CNEF explique ainsi cette publication sur sa page Facebook :  « Les raccourcis récents de Mr DARMANIN et Mme SCHIAPPA entre les évangéliques français et certains évangéliques US méritent justement ces 2 éclaircissements :

1 – Tous les évangéliques US ne sont pas blancs, ni nationalistes ou racistes.

2 – La sociologie et les convictions éthiques des évangéliques de France ne sont pas 100% identiques à celles des évangéliques américains, même si notre foi est partagée sur l’essentiel.  Nos politiques sont capable d’entendre ces arguments, c’est pourquoi nous relayons cette lettre ouverte (qui n’est ni écrite ni signée par le CNEF) ».

(3) 81% des évangéliques ont-ils vraiment voté pour Trump ?

 

 

 

 

« Lo tahmod » : « tu ne désireras pas » (Ex.20v17)

https://www.francetvinfo.fr/pictures/FOevJP_PsVcKVnChmH_rKgso8qg/0x234:4500x2766/944x531/filters:format(webp)/2017/08/30/phppmKyIc_1.jpg

[Photo mise en scène et prise en 2015 à Gérone, en Espagne, par Antonio Guillem, pour illustrer l’infidélité ordinaire. Devenue virale en tant que « mème de l’été » 2017 et maintes fois détournée de son sens premier depuis]

« C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude » (Exode 20v2) : « Ne désire pas pour toi la maison de ton prochain. N’aie pas envie de prendre sa femme, ni son esclave, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne. Ne désire rien de ce qui est à lui. », dit la dernière ligne des « 10 Paroles » en Ex.20v17.

Lo tahmod » :  « ne désire pas », reste donc maître de ton appétit. Comment faire pour empêcher le désir, le contrôler ? Nous vivons des temps favorables aux désirs où l’on se complaît à les exprimer et à les exaucer, même s’ils sont illicites. Mais le désir n’est pas une impulsion irrésistible, ce n’est pas un instinct ; il a besoin au contraire de certains facteurs, dont l’un est la possibilité de le réaliser. Le désir impossible perd sa charge d’aiguillon, d’instigation. Il s’émousse et disparaît, ou tout au plus il s’enkyste dans un rêve. Si tu permets en revanche qu’il te caresse dans le sens du poil, le désir né sous forme de prurit se transforme en griffe et te commande. Il renverse les barrières, pousse à l’abordage.

Pour qu’un désir prenne force en nous, il faut qu’il se révèle réalisable. Le verve hamad se rapporte toujours à des désirs à portée de main. Alors, le commandement est moins difficile qu’on le pense. Nous comprenons pourquoi il n’est pas « au-dessus de nos forces et hors de notre portée » (Deut.30v11). Il ordonne de ne pas croire possible un adultère (une trahison) et de ne pas penser que la femme de son ami est disponible. Car cette pensée offense et humilie la femme, et elle a ensuite pour effet d’exciter en nous des impulsions à le réaliser. Et ces impulsions augmenteront le désir.

« Tu ne désireras pas » : l’Ecriture nous enseigne que le désir est une plante qui ne porte que des branches à fruits et que tu en es le jardinier, c’est toi qui les cultives par la pensée et leur permets de s’imposer jusqu’à l’obsession. Le désir dépend de toi au début, puis c’est toi qui dépend de lui (…). Le désir pointe et il faut l’avoir à l’oeil, le tailler court. Mais si l’on n’est pas vigilant, si l’on a trop d’imagination, alors le désir devient fort comme le verbe hamad, qui signifie « désir de la propriété d’autrui ». Il comporte le poison de l’envie, qui veut usurper la place d’un autre et conduisant à l’adultère, « le fait accompli », « le désir exaucé ».

« Lo tahmod », « tu ne désireras pas ». Reste à ta place, admire sans vouloir prendre. L’admiration est un sentiment joyeux qui se réjouit d’un bien possédé par d’autres. [Et la motivation est l’amour. Car « l’amour n’est pas envieux » (1 Cor.13v4) et te rend capable de te « réjouir avec ceux qui se réjouissent » (Rom.12v15)] Il ne t’est pas demandé de détourner le regard, tu ne dois pas censurer une beauté. Reste à ce niveau d’admiration, sans chercher à vouloir passer à la possession. Ce qui est à toi, même si c’est peu, c’est ta primeur (….).  Celui qui n’a pas de maison regarde celle qui est bien faite et la désire. Normal, mais pour chercher à s’en procurer une, non pour la retirer à un autre.

Ainsi, « tu ne désireras pas la maison » : laquelle ? Celle du culte d’autrui, conduisant à une autre forme d’adultère. Tu ne te convertiras pas à la maison de leurs autels ni par commodité ni pour ton salut. Tu ne mettras pas ton couvert à leur table, tu n’enlèveras pas ta place de l’assemblée du Sinaï. Tu ne seras pas une blessure sur la face de la création et les tiens ne diront pas de toi « meshumed », le détruit(1).

Ceci dit, comment vivre ce commandement, une fois compris les mécanismes du désir ? Est-ce une question de « liberté de choix » de ma part, liberté de choisir de désirer ou ne pas désirer ? En vérité, là n’est pas ma liberté. La liberté authentique n’est pas une question de « libre choix », mais se vit en étant positionné du côté de Dieu. Le lecteur attentif a déjà relevé que le premier verset d’introduction à cet article, la première des « 10 Paroles », dans Exode 20v2 et Deutéronome 5v6, est le rappel d’une libération : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ». Cette première parole peut d’ailleurs s’intercaler entre chaque commandement énuméré dans la suite du passage, donné et à suivre pour vivre cette libération. Nous sommes donc invités à entendre chacune des Paroles de Dieu comme étant précédé par la libération ou la proclamation des conditions nécessaires pour l’exercice (ou la mise en pratique) de ces commandements. Ainsi, par exemple, « Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte…et toi, ne désire pas pour toi…. ».

Dans le Nouveau Testament, il nous est rappelé que « c’est pour la liberté que Christ nous a libérés »(Gal.5v1). nous intégrant dans un processus de libération continue, dont l’événement fondateur est la libération en Jésus, « livré à la mort à cause de nos péchés et ramené à la vie (par Dieu) pour nous rendre justes devant lui »(Rom.4v25. BFC). Je ne suis donc pas « libre » de désirer ou de ne pas désirer, mais libre en Jésus, et vu que j’appartiens à Jésus, je ne désirerais pas et n’estimerais pas que ce qui appartient à mon prochain ou mon frère est « disponible pour moi », parce que Jésus est « venu, non pour faire (sa) volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui (l’a) envoyé »(Jean 6v38) et parce que « Dieu est amour »(1 Jean 4v16) et parce que mon Père Céleste m’aime personnellement(1 Jean 3v1), je peux « aimer mon Dieu de toute ma force… » et mon prochain, « comme moi-même ».

 

 

Notes :

(1) D’après Erri de Luca. Ne désire pas IN Première heure. Folio, 2012, pp 51-52 et Et il dit. Gallimard, 2012. Du monde entier, pp 85-87.

Parlons mieux ! Ou 13 expressions évangéliques décryptées à la lumière de la Bible

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

Nous n’échappons pas au virus. Au virus verbal, j’entends.

Du coup, vous connaissez certainement cette expression épouvantable qui, du coup, se propage comme un virus verbal, pour l’avoir déjà entendue et même déjà prononcée. La phrase que vous venez de lire était un test, et si vous n’avez rien remarqué de particulier, c’est que vous êtes, du coup, sans doute déjà « contaminé ».

Mais peut-être êtes-vous aussi déjà « contaminé » par ces autres expressions, elles aussi déjà entendues ou même déjà prononcées, lesquelles résonnent comme des slogans et/ou des vérités d’évangile ? Ces expressions « canada dry » ont certes la « couleur biblique », « le goût biblique »…mais le sont-elles, bibliques ?

Le livre collectif « Parlons mieux ! »(1), coordonné par Nicolas Fouquet (2), co-édité par BLF/WET et dont la sortie internationale est prévue mercredi 24/02/21, en a recensé 13, typiques d’un certain « patois de canaan », décryptées à la lumière de la Bible par 2 théologiennes et 11 théologiens francophones d’horizons évangéliques divers.

Ainsi, est-il juste et biblique de dire à quelqu’un « tu dois accepter Jésus dans ton cœur » ou « Aide-toi et le ciel t’aidera » ? Ou que « Dieu aime le pécheur, mais pas le péché » ? De souhaiter « la bienvenue dans la maison du Seigneur » ? De « faire passer la collecte », de prier le Seigneur de « bénir ces aliments » ? D’appeler le Saint-Esprit à « descendre sur nous » ? Ou encore de prétendre que « La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation », que « Dieu seul peut me juger », que « tous les péchés sont égaux », que « je me suis baptisé(e) » ? De vouloir « rester pur pour le mariage » ou d’espérer « aller au ciel » après la mort ?

D’autres expressions auraient pu trouver leur place dans ce livre à l’angle original, telles : « Dieu est au contrôle » ; « plus, plus, plus de toi, Seigneur ! » ou « Prends toute la place, Seigneur ! »

A ce stade, plusieurs d’entre nous (si ce n’est tous !) se diront peut-être : « Je suis atteint par l’un ou l’autre de ces virus verbaux ! Est-ce grave, docteur ? » Car, « du coup », quels enseignements implicites véhiculent ces façons de dire et penser l’Évangile et la foi chrétienne ?

Et « Du coup », que faire, une fois ma lecture du livre terminée ?

Se livrer à une forme d’introspection maladive, ou traquer le moindre virus verbal chez les autres, ce serait passer complétement à côté de l’objectif et de l’esprit du livre, comme de ce qui fait l’essence de la vie chrétienne, la liberté en Christ. Au final, plus qu’une préoccupation de (rendre) justice à la vérité du vocabulaire chrétien évangélique ou d’être « certifié conforme », notre préoccupation devrait être davantage une préoccupation pour la justesse de nos propos. L’enjeu étant de vivre une vie de mieux en mieux ajustée à l’ambition et au projet de Dieu pour nous, mais aussi au cœur de Dieu, que nous apprenons à connaître comme un Père aimant. Nous apprenons à l’aimer, parce que Lui nous a aimé le premier.

En cela, les auteurs du livre collectif « Parlons mieux ! » contribuent utilement à cette pédagogie de l’ajustement (ou du réajustement) au service du plus grand nombre. En effet, ils nous exhortent et nous exercent, non à juger, mais bien à jauger et évaluer, dans l’humilité et l’amour (sans exclure l’humour), avec précision et vérité, la pertinence de nos manières de penser et de dire notre foi. Mais aussi, au-delà de la question de la gravité de nos « virus verbaux », de jauger et évaluer ce qui est notre véritable centre de gravité. Se corriger ainsi fraternellement est une bénédiction, conduisant à une guérison réciproque.

« Parlons mieux ! » Et parlons bien…le bien de Dieu !

 

Merci à Nicolas Fouquet d’avoir attiré mon attention sur ce livre, et merci à BLF de me l’avoir envoyé en service presse !(3)

Il est possible de se le procurer chez l’éditeur ou dans toute bonne librairie.

 

 

 

Notes :

(1) Table des matières

Préface (Etienne LHERMENAULT)
Introduction (Nicolas FOUQUET)

  1. Tu dois accepter Jésus dans ton coeur (Matthieu SANDERS)
  2. Dieu aime le pécheur mais pas le péché (Guillaume BOURIN)
  3. Aide-toi et le ciel t’aidera (Luigi DAVI)
  4. Descends sur nous Saint-Esprit (Dominique ANGERS)
  5. Bienvenue dans la maison du Seigneur (Timothée MINARD)
  6. Je me suis baptisé(e) (Lydia LEHMANN)
  7. Faisons passer la collecte (Matthieu GANGLOFF)
  8. La foi chrétienne n’est pas une religion, mais une relation avec Jésus (Cédric EUGENE)
  9. Tous les péchés sont égaux (Robin REEVE)
  10. Dieu seul peut me juger (Jean-René MORET)
  11. Bénis ces aliments (Florence VANCOILLIE)
  12. Je veux rester pur pour le mariage (Matthieu FREYDER)
  13. Lorsqu’on sera au ciel (Thomas POËTTE)

(2) Nicolas Fouquet travaille au sein du SEL où il a pour mission d’encourager la réflexion sur les questions de pauvreté et de développement. En parallèle, il est membre du comité d’organisation des WET, ou week-ends de formation à la théologie chrétienne destinés aux jeunes adultes.

(3) Merci aussi à l’éditeur pour l’invitation à une première e-conférence, en collaboration avec le WET, sur le thème: »Faut-il vraiment inviter Jésus dans son cœur? », premier chapitre du livre « parlons mieux ! », dont c’était la soirée de lancement avant sa sortie internationale. Animée par Stéphane Kapitaniuk de BLF, avec Matthieu Sanders (l’un des auteurs) et Nicolas Fouquet (coordinateur du livre). La voir ou la revoir ici.

Histoire du boulanger chrétien

Ce qui est attendu d’un boulanger, chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain….(source image : public domain pictures)

Il était une fois, un boulanger chrétien, qui décida d’ouvrir une boulangerie. Et pas n’importe quelle boulangerie : une boulangerie chrétienne.

Chaque fois que des personnes franchissaient le seuil de sa boulangerie, le boulanger chrétien les accueillait de la sorte : « bonjour ! Je vais prier pour toi » ou « attends, j’ai une parole du Seigneur pour toi… »

Au bout de quelques semaines, notre boulanger chrétien dut malheureusement fermer sa boulangerie. La raison ? Il ne faisait jamais de pain…*

Or, ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du pain. Du bon pain.

De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

C’est ainsi que l’un et l’autre, à leur manière, rendent visible le Christ, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bons témoins fidèles et véritables.

 

 

*On connaît aussi l’histoire du coiffeur chrétien, lequel interpella un jour de la sorte l’un de ses clients, en lui agitant son rasoir sous le nez : « êtes-vous prêt à passer l’éternité, monsieur ? »

« Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matt.5v48)

La perfection selon Jésus ne nous parle pas d’une perfection où tout est beau, bien rangé, séduisant, complet et le reste. Ce mot veut dire qui est parvenu à ses fins, qui a atteint un certain accomplissement.
Affiche du film « a perfect day » de Fernando León de Aranoa

Matthieu 5:43-48 : « Vous avez appris qu’on a dit : « Tu dois aimer ton prochain et détester ton ennemi. » Mais moi, je vous dis: aimez vos ennemis. Priez pour ceux qui vous font souffrir. Alors vous serez vraiment les enfants de votre Père qui est dans les cieux. En effet, il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Il fait tomber la pluie sur ceux qui se conduisent bien et sur ceux qui se conduisent mal. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quelle récompense est-ce que Dieu va vous donner? Même les employés des impôts font la même chose que vous ! Et si vous saluez seulement vos frères et vos soeurs, qu’est-ce que vous faites d’extraordinaire? Même les gens qui ne connaissent pas Dieu font la même chose que vous ! Soyez donc parfaits, comme votre Père des cieux est parfait ! »

Philippiens 3:4-16 : « ……Je ne veux pas dire que j’ai déjà atteint le but, ou que je suis déjà parfait! Mais je continue à courir pour saisir le prix, parce que le Christ Jésus m’a déjà saisi. Non, frères et soeurs, je ne pense pas que j’ai déjà obtenu le prix. Mais j’oublie la route qui est derrière moi, je suis tendu en avant, et je fais la seule chose importante : courir vers le but pour gagner le prix. Dieu nous appelle d’en haut à le recevoir par le Christ Jésus. Nous qui sommes parfaits, nous devons penser de cette façon…..»

 « Moralement coupable, mais politiquement innocenté ». L’ancien président des États-Unis Donald Trump a finalement été acquitté samedi 13/02 lors de son deuxième procès en destitution. 57 sénateurs sur 100 ont voté pour sa destitution, dont sept Républicains, soit 10 voix de moins que les deux tiers requis pour aboutir à une condamnation. Ce qui ne signifie pas que l’ex-président en aurait fini avec les poursuites et d’éventuels blâmes dans les mois à venir. Le responsable principal de la mise en accusation de la Chambre, Jamie Raskin, démocrate du Maryland, s’est toutefois réjoui de ce résultat, le plus élevé pour la condamnation d’un président depuis Andrew Johnson en 1868 (ce président avait évité la destitution par une voix à peine). Dimanche, en entrevue sur les ondes de NBC, M. Raskin a dit « ne rien regretter ». « Chaque sénateur savait exactement ce qui s’est passé. Mais il est impossible d’amener à la raison des personnes qui agissent comme les membres d’une secte religieuse. » (1)

Pour Peter Wehner, ancien membre de plusieurs exécutifs américains républicains et chroniqueur au New York Times, les Républicains ont manqué l’occasion de rompre avec Donald Trump, soulignant à quel point l’emprise de ce dernier reste forte sur ce parti : « Pendant près d’une demi-décennie, les Républicains ont pris l’habitude de dire une chose et d’en penser une autre. Le vote de destitution était la dernière, la meilleure chance de rompre de manière décisive avec M. Trump. Pourtant, une fois de plus, la plupart des parlementaires républicains n’ont pas pu se résoudre à le faire. M. Trump semble encore les hanter, instiller de la peur chez eux. Plus encore, il est devenu eux, se faufilant dans leurs esprits et leurs communautés si facilement qu’ils ne sont plus capables de distinguer leurs propres sensibilités et limites morales des siennes, comme ils auraient pu le faire autrefois. Après ce vote de destitution honteux, la tâche pour les Républicains espérant se défaire des années Trump, qui était déjà difficile, sinon impossible, est devenue plus difficile encore. » (2)

Et ce, d’autant plus que, paradoxalement, même s’ils l’ont acquitté, plusieurs républicains ont reconnu dans les minutes suivant le vote l’implication de Donald Trump dans les émeutes du Capitole, comme l’a fait Mitch McConnell, leader de la minorité républicaine au Sénat et défenseur de l’ex-président durant ses quatre années de règne : « Il ne fait aucun doute que le président Trump est dans les faits et moralement responsable d’avoir provoqué les événements de cette journée [du 06 janvier] », a-t-il dit. « Les personnes qui ont pris d’assaut le bâtiment pensaient suivre la volonté et les instructions de leur président. » Selon lui, cette attaque a été induite par « un crescendo de fausses déclarations, de théories du complot et d’hyperbole imprudente que le président vaincu n’arrêtait pas de proférer »(3).

Ce type de décalage entre ce que l’on dit, pense et fait, illustre le fameux proverbe aux allures de « vérité d’évangile », à savoir que « la perfection n’est pas de ce monde ». Et c’est là que le bât blesse, lorsque nous lisons les Écritures : ainsi, pourquoi « la perfection ne serait pas de ce monde » si Jésus nous invite et nous incite dans le passage cité plus haut à être parfaits comme le père céleste est parfait ?

Peut-être parce que le mot « parfait » ne veut pas dire la même chose dans notre bouche que dans celle de Jésus ? Effectivement, le Seigneur a bien une autre conception de la perfection, puisque le mot qu’il emploie, dans le grec du Nouveau Testament, est un mot (teleios) qui ne nous parle pas d’une perfection où tout est beau, bien rangé, séduisant, complet et le reste. Ce mot veut dire qui est parvenu à ses fins, qui a atteint un certain accomplissement. L’idée de la perfection dont nous parle Jésus, c’est simplement qu’on ait atteint certains buts que le Seigneur a fixés. Et nous avons à être parfaits comme le Père céleste est parfait, dans la mesure où, pour Dieu, il n’y a pas de décalage entre ce qu’il ambitionne de faire et ce qu’il fait vraiment. Il y a pour lui une parfaite conformité entre ses projets, ses paroles et ses actes. Nous sommes plus approximatifs, dans ce registre…
Il nous arrive de bien comprendre ce que Dieu désire pour nous, mais c’est comme si nous étions en incapacité complète d’y parvenir. Les plus optimistes se disent qu’à force, on va bien y arriver. Certains sont enclins à la culpabilité en disant qu’ils ne sont bons à rien car ils savent fort bien quelle est la cible que le Seigneur leur a demandé de viser, et qu’ils n’y arrivent pas. D’autres encore essayent de se disculper en accusant l’adversaire, Satan, ou encore la société, qui est (par définition…) méchante, les parents qui nous ont laissé différentes ardoises dans l’existence, etc. Il y a des tas de bonnes raisons pour que nous vivions un pareil décalage entre les buts que Dieu nous donne, et le réel de ce que nous parvenons à vivre. Et il y a aussi des tas de mauvaises raisons que nous invoquons pour fuir nos responsabilités dans la foi. Nous sommes prêts à accuser tout le monde pour le fait que nous ne soyons pas des êtres accomplis. Et, ultimement, nous sommes même prêts à accuser Dieu, ce qui est assez présomptueux de notre part… Car, qui sommes-nous, pour juger Dieu et lui reprocher de ne pas faire son travail ?

Curieusement, alors que notre expérience nous fait croire que cette perfection est inaccessible, et alors que sévit dans nos têtes le fameux « proverbe » sur la perfection « qui ne serait pas de ce monde », Paul dit aux Philippiens : « Nous qui sommes parfaits, … ». Ce qui veut dire que Paul pense que les chrétiens de la ville de Philippes ainsi que lui-même sont des gens parfaits selon la définition du Seigneur. Quel orgueil, allons-nous penser ? Oui, quel orgueil, si nous gardons nos définition de la perfection, si nous nous appuyons sur nos sagesses humaines. Mais selon la définition de la perfection qui était dans l’esprit de Jésus, cette perfection est tout à fait de ce monde. Car ce n’est pas nous qui l’accomplissons, mais c’est Dieu qui l’accomplit en nous.

Cela, Paul l’argumente parfaitement en montrant combien il se croyait parfait autrefois, dans la mesure où il répondait à tous les critères de son groupe d’appartenance – il était un bon pharisien, qui obéissait en tout point à la loi, etc. Mais il a vu tout l’orgueil et toute la vanité de cette perfection qui ne tient qu’à des critères de conservatisme et de conventions sociales. La rencontre avec Christ a été radicale. C’est fini, maintenant ; tous ces critères sont invalides. Ils ne fonctionnent plus. La mode et les références du monde, de notre monde, il faut les abandonner à tout prix. Car en Jésus, Paul a réalisé que c’est Dieu qui s’est approché de lui. Il a été choqué de voir que Dieu, dans sa perfection céleste, avait pour projet de le rejoindre. Et donc tout ce qui faisait son orgueil, sa réputation, sa bonne conscience, sa morale, sa notoriété et sa gloire, tout est devenu caduc. Il le considère même comme une chute, comme quelque chose qui peut le perdre. Quand nous croyons que nous sommes bons par nous-mêmes, nous nous précipitons dans les bras du malin, qui adore que nous pensions que nous sommes bons, alors que Dieu seul est bon.
Tout ce qui faisait la gloire de Paul, sa perfection aux yeux de ses contemporains, c’est devenu au contraire quelque chose de répugnant dans sa tête. Ce qui faisait qu’il était somptueux est devenu pour lui quelque chose de hideux.

Racheté par le Christ, Paul découvre que désormais il est « parfait » dans le sens du Seigneur, c’est-à-dire qu’il a reconnu que ses objectifs dans la vie étaient complètement nuls, vaniteux et hautains. C’est donc dans le recadrage de ses objectifs de vie que Paul est parfait, au sens biblique. (…..) C’est ça, la perfection selon Dieu. C’est se soumettre aux projets de Dieu en toute humilité, et alors Dieu décide de ce qu’il fera pour nous, il nous donne des moyens que notre intelligence et notre force ne nous auraient jamais donnés. Le Paul « ancienne version », persécuteur de chrétiens, parfait selon la loi, aurait peut-être acquis une petite célébrité. Au mieux, on en parlerait dans un des livres sur l’histoire des Juifs du romain Flavius Josèphe, mais pas plus. Parce qu’il a abandonné son désir de se hisser par sa propre force sur l’échelle de la réussite, mais qu’il s’est mis humblement à l’écoute de la voix de Dieu, Paul est le chrétien le plus célèbre du monde, vraisemblablement. Il n’avait que faire de cette réputation. C’est Dieu qui lui a permis de transmettre la liberté de Jésus à des millions de personnes, des milliards même à cette heure. Qui aurait pensé à une pareille destinée ?
Paul a donc renoncé aux perfections du monde pour recevoir la force de la part de Dieu de mettre en conformité ses désirs, ses paroles, ses actes avec le projet de Dieu pour lui.

« Dans le même temps » et dans le même passage de sa lettre aux Philippiens, Paul dit qu’il n’est pas parfait et qu’il est parfait. Nous devons entendre derrière cette apparente contradiction du discours qu’il y a plusieurs phases dans la vie chrétienne et qu’il est bon de savoir les vivre en conformité avec le souffle de Dieu.
Paul est parfait en ce sens que Dieu est venu le faire naître de nouveau, qu’il l’a conduit à une révision complète de ses ambitions. Ses buts sont bien calés, il est parfait selon Dieu. Et pourtant, au-delà de cette grande révision qui intervient à notre conversion ou encore à notre baptême, il faut reprendre chaque jour le projet qui consiste à ajuster nos espérances sur le programme de Dieu.

A ce stade, ce n’est plus le temps de la conversion, mais plutôt celui de la libération et du perfectionnement. Dieu veut toujours aller plus loin avec nous, car il n’a pas les mêmes limites que nous. Une fois que nous avons été saisis par le Seigneur, nous devons nous saisir de ses plans pour les accomplir, et vivre la perfection dans ce sens que nos ambitions seront toujours en harmonie avec les ambitions de notre Seigneur. Certains appellent « sanctification » cette tâche importante et, ô combien, indispensable, à savoir que nous devenons saints, des gens spéciaux, des gens à part.
Paul est donc parfait car Dieu a opéré les révisions fondamentales de ses ambitions, mais il est aussi dans un chemin de perfectionnement parce que Dieu ne l’invite pas à s’endormir passivement sur le lieu de sa conversion (….) Il est donc à la fois parfait et appelé chaque jour à devenir parfait.

Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous. Que Dieu nous inspire de tels ajustements de chaque jour, afin que, nous aussi, puissions être « parfaits comme notre Père céleste est parfait » (4).

 

 

Notes :

(1) https://www.liberation.fr/international/amerique/acquittement-de-donald-trump-un-nouveau-coup-de-farce-20210214_GRRLTEYVYRCEBPTA4G63SI3WYM/ ;  https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/595250/trump-garde-son-emprise-sur-le-parti-republicain

(2) https://www.nytimes.com/2021/02/14/opinion/trump-impeachment-trial-republicans.html

(3) https://www.liberation.fr/international/amerique/acquittement-de-donald-trump-un-nouveau-coup-de-farce-20210214_GRRLTEYVYRCEBPTA4G63SI3WYM/ ;  https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/595250/trump-garde-son-emprise-sur-le-parti-republicain

(4) D’après une prédication du pasteur Gilles Boucomont (2011) http://1001questions.fr/aunomdejesus/etre-ou-devenir-parfaits/