Jésus-Christ aurait-il « refusé de payer pour ceux qui font des mauvais choix de vie » ?

Obamacare : un parcours semé d'embûche ! Par Andy Singer

Obamacare : un parcours semé d’embûche !
Par Andy Singer

(Article initialement paru le 12/09/14 sur Pep’s café! et mis à jour)

En pleine épidémie de Covid-19 [laquelle a causé, à ce jour, plus de 120.000 morts aux Etats-Unis], le gouvernement de Donald Trump a demandé, jeudi 25 juin, à la Cour suprême américaine d’abroger la loi Obamacare qui a instauré l’assurance santé emblématique de l’ancien président démocrate Barack Obama. Une nouvelle offensive – pour des raisons électoralistes – contre l’Affordable Care Act (ACA), nom officiel de l’ Obamacare, qui a permis à des millions d’Américains d’obtenir une couverture médicale (1).

La réforme, après un début difficile, a permis une forte diminution de la proportion d’Américains sans assurance maladie, qui est tombée de 20,3 % à 13,2 % de la population entre 2013 et 2015. Ce taux tombe à 10,9 % en 2016, mais remonte à 12,3 % après les différentes tentatives de Donald Trump pour faire disparaître l’Obamacare ou en diminuer la portée(2).

A ce stade, il est bon de rappeler ici ce qu’est « l’obamacare » et ce qu’il n’est pas :

Ce qu’il est : une réponse, quoiqu’incomplète, à un système jusque-là injuste, cher et peu efficace, porté par le lobby des assurances privées. Lesquelles assurances privées n’assurent, à des prix exorbitants, que des malades en excellente santé. En clair,
« Promulgué le 30 mars 2010, il invite chacun des cinquante Etats américains à mettre en place un marché local des assurances (health insurance exchanges) permettant aux compagnies privées de promouvoir leurs produits et de concourir pour la signature d’un contrat avec l’Etat fédéral. Lequel récompense les heureux gagnants en leur affectant les usagers supplémentaires qui, bien que subventionnés pour la plupart, doivent payer au prix fort cette forme hybride de sécurité sociale : 8 400 dollars par an pour une famille de quatre personnes, à régler sous peine d’une amende d’au moins 2 000 dollars. Seules les personnes déjà couvertes par d’autres programmes sociaux, comme Medicare ou Medicaid, sont exemptées.
A l’évidence, le programme défendu par M. Obama recèle bien des insuffisances : il néglige vingt-trois millions de personnes, principalement des immigrés sans papiers, et permet aux Etats, majoritairement conservateurs, de restreindre son champ d’application et de tailler dans les remboursements prévus ; les patientes en attente d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) doivent par ailleurs souscrire une assurance séparée. Tout en leur imposant certaines contraintes, la réforme comporte d’appréciables contreparties pour les compagnies d’assurances, qui empocheront une subvention publique de 447 milliards de dollars. Elles restent également libres d’augmenter leurs tarifs. « Une assurance au rabais hors de prix », résume le docteur Don McCanne, responsable de la politique de santé à l’organisation des Médecins pour un programme national de santé (PNHP) (2).
Malgré toutes ces lacunes, l’« Obamacare » présente l’avantage de fournir une couverture-maladie à trente-deux millions de personnes qui en étaient jusqu’alors dépourvues, parce que incapables de s’assurer au tarif normal. De plus, le texte interdit aux assureurs de refuser leurs services aux usagers « à risque », par exemple aux malades atteints d’une pathologie coûteuse ou jugée non rentable ». (http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/LAZARE/47889 )

Toutefois, les Etats-Unis restent aujourd’hui le seul pays industrialisé au monde ne proposant toujours pas de véritable couverture santé universelle, malgré certaines avancées. Pas de quoi crier au loup.

Ce qui n’empêche pas une opposition de principe à cette loi. 

En voici une, qui m’avait parue significative et édifiante, à l’époque de la rédaction de cet article remis à jour.

Ainsi, par exemple, Claire Levenson, dans un article pour Slate, explique « comment les chrétiens conservateurs contournent la réforme de la santé d’Obama » (le 02/09/14). En été 2014,  « la Cour suprême a donné raison à des chefs d’entreprise chrétiens qui refusaient de rembourser la contraception de leurs employés en arguant que c’était en désaccord avec leurs convictions religieuses ».

D’autre part, toujours selon Slate, certains chrétiens, dits « conservateurs », invoquant leur liberté de conscience pour refuser certaines clauses incluant les remboursements de l’avortement(3),  ont alors recours à des alternatives pour contourner la réforme de santé : « Au lieu de payer une assurance qui rembourse les procédures médicales de personnes qu’ils jugent immorales –comme les alcooliques ou les femmes qui se vont avorter– près de 300.000 Américains religieux préfèrent adhérer à des coopératives qui leur permettent de s’aider entre « bons chrétiens »(…)Ces organisations peu régulées existent depuis les années 1980, mais depuis le passage de la réforme de santé, le nombre de leurs adhérents a beaucoup augmenté. Leur fonctionnement est simple. Chaque membre donne de l’argent tous les mois dans un pot commun et, lorsqu’un adhérent est malade, tous unissent leurs ressources pour payer ses frais d’hôpital ».

L’alternative pourrait être intéressante et pertinente, mais souffre de certains défauts :

-Ces coopératives s’avèrent, en fin de compte, bien peu efficaces, puisque « contrairement aux assurances réglementées par la loi, il n’y a pas de garantie qu’un certain pourcentage minimum sera pris en charge. Si un malade coûte trop cher, il est possible que la coopérative n’ait pas les moyens de l’aider », explique Claire Levenson.

– D’autre part, « les contrats de ces organisations sont extrêmement contraignants. Celui de Samaritan(sic) Ministries, une des trois coopératives qui existent dans le pays, donne une liste de conditions préalables à l’adhésion (le tout doit être certifié par un pasteur, avec déclaration signée): Aller a l’église régulièrement (au moins trois ou quatre fois par mois) ; ne pas se droguer et ne pas fumer. Le contrat précise qu’«un cigare ou une pipe sont exceptionnellement autorisés, par exemple pour célébrer la naissance d’un enfant» ; Ne pas trop boire d’alcool (ne jamais être ivre) ; ne pas avoir de rapports sexuels hors mariage (avec la précision qu’il s’agit bien de mariage «biblique» entre un homme et une femme) ; le suivi de la grossesse d’une femme non mariée ne sera pas remboursé par le groupe ».

Invoquer la liberté de conscience pour certaines raisons est bien compréhensible. Là n’est pas le problème. C’est là une liberté que les protestants défendent traditionnellement. Elle est liée au respect des personnes et condamne toute tentative d’imposer de force une quelconque croyance. C’est l’usage que l’on en fait qui peut devenir problématique. Et combien révélateur est l’état d’esprit qui a conduit à créer et à recourir à de telles alternatives.

Voyons plutôt :

Aux Etats-Unis, des millions d’Américains restent encore non couverts par une assurance-santé, malgré les avancées de l’ « Obamacare ». Les « organisations caritatives et dispensaires auront toujours beaucoup à faire pour soigner tous ceux qui sont dans l’angle mort de la réforme ».

Or, c’est là que le bas blesse pour ces coopératives.
Car, « malgré les discours sur le partage et l’amour du prochain (la Bible est citée abondamment dans les contrats), l’approche de ces coopératives est plutôt égoïste. L’assurance maladie telle qu’elle existe actuellement aux Etats-Unis implique une certaine solidarité forcée: ceux qui sont rarement malades paient en partie pour ceux qui accumulent les problèmes de santé. Or, les adhérents de ces groupes chrétiens choisissent de se désolidariser des «pécheurs» en refusant de payer pour ceux qui font des «mauvais choix de vie», relève Claire Levenson.
Car «Les chrétiens sont en meilleure santé que les autres. Songez à tous les problèmes médicaux qui résultent d’une vie de débauche», affirme un adhérent interviewé par le Washington Post, cité dans l’article de Slate.
C’est sans doute vrai. Mais même des non-chrétiens, du fait de leur hygiène de vie, sont « en meilleur santé que les autres ». Et tous les problèmes médicaux ne résultent pas « d’une vie de débauche » (comprendre : trop boire d’alcool, trop fumer, se droguer….) : une simple vie sédentaire, avec une alimentation trop grasse et trop riche (genre « mal bouffe »), sans exercices physiques, suffit à provoquer des « problèmes médicaux ». Sans oublier le stress au travail, un environnement pollué, les usages de pesticides, les OGM….
D’où l’importance de préserver l’accès aux soins de qualité pour tous.

« Interrogé par la radio publique NPR, un autre adepte de cette assurance alternative expliquait:
«J’aime bien ce système car cela me permet de ne pas payer pour quelqu’un qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement.»

Mais puisque la Bible est abondamment citée dans les contrats de ces coopératives chrétiennes, il est bon, à ce stade, de rappeler ce qu’elle dit. Ainsi, L’« adepte de cette assurance alternative qui ne veut pas payer pour celui qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement » oublie que quelqu’un a pourtant « payé pour lui », et ce, alors qu’il ne prenait pas soin de lui, du moins « spirituellement ». Jésus-Christ, qui a choisi « de payer pour des pécheurs »(Rom.5v6-8), approuverait-il un tel système et un tel état d’esprit ?
Ledit « adepte » oublie aussi que « celui qui dit qu’il est sans péché se séduit lui-même » cf 1 Jean 1v8-10.
La « loi » de ces coopératives, qui se veulent basées sur la Bible, témoigne d’un esprit légaliste(4), plus qu’elle ne témoigne de Dieu qui déclare lui-même « ne pas faire de favoritisme » et protéger le faible cf Deutéronome 10v17-18.
On croirait également retrouver « une loi du talion » réactualisée. Qu’en dit Jésus-Christ, dans le sermon sur la montagne ?

« Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis(…)Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». (Matt.5v18-48)

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’oeil de ton frère(…)Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes ». (Matt. 7v1-5, 12)

D’autre part, « en excluant tous ceux qui ont des comportements à risque –comme la consommation d’alcool, de tabac et de drogue–, ces associations se protègent de certains coûts », plus qu’elles ne protègent ceux qui en ont vraiment besoin. « Alors que la loi américaine oblige par exemple les assurances à rembourser des cures de désintoxication, ces coopératives n’auront jamais à prendre en charge ce type de frais ».
Ces coopératives, qui citent pourtant abondamment la Bible dans leurs contrats, semblent avoir oublié la réponse de Jésus-Christ, à qui les religieux de son temps reprochaient de manger « avec les publicains et les gens de mauvaise vie » : « ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs »(Matt.9v10-13).
Pour ceux qui veulent vivre sous la loi, cette loi est sans appel : Gal.3v10-13, Jacq.2v1, 8-13
Et ceux qui veulent ainsi sanctionner « la débauche », parce qu’elle coûterait cher à la société, oublient que d’autres formes « de débauche » coûtent chers à la société(4).
On pense aux exemples donnés dans Es.58, 1 Cor 5v10-13, et la liste d’Eph.5v5, incluant « la cupidité, qui est une idolâtrie » :
« Ces associations ne sont acceptées que dans une vingtaine d’Etats américains, notamment en raison des faibles garanties qu’elles donnent à leurs membres. A la fin des années 90, une enquête avait révélé que les leaders d’une de ces organisations avaient détourné plus de 25 millions de dollars payés par leurs adhérents pour s’offrir des maisons et des motos de luxe », précise encore Claire Levenson (cf http://www.christianitytoday.com/gleanings/2014/april/obamacare-bump-christians-sharing-health-care-costs-hcsm.html?paging=off ).

Enfin, ceux qui veulent sanctionner « la débauche » oublient que pécher, c’est « manquer le but », en hébreu comme en grec. Notre but ou celui de Dieu. Le pasteur Gilles Boucomont explique que « l’on pense généralement que « pécher », c’est avoir un mauvais comportement, issu d’une mauvaise moralité »(Au nom de Jésus : mener le bon combat, p 45). Or, comme nous l’enseigne Genèse 3, « le péché est une histoire de relations. Dieu est un être relationnel, qui nous a créés à son image », c’est-à-dire, pour que nous soyons des êtres relationnels ». Avec Dieu, ainsi que les uns les autres. « Le péché est donc un état où je suis séparé de Dieu et/ou des autres »(op. cit. p 45). A l’inverse, la vie éternelle est une vie relationnelle (1 Jean 5v20, jean 17v3).
La sainteté n’est pas séparation, mais distinction.
Nous sommes « dans le monde », quoique « pas du monde » et sommes appelés à y être « sel et lumière »(Matt.5v13-14, Jean 17). Nos paroles doivent être « pleines de grâce », « assaisonnées de sel »(Col.4v6). Et « le fruit de la lumière », des enfants de lumière que nous sommes censés être, « consiste en toute sorte de bonté, justice et vérité »(Eph.5v9).
Sommes-nous suffisamment proches de Dieu, ancrés dans la vérité « qui est en Jésus », pour être en mesure de donner à voir « le Dieu véritable », et non une caricature moraliste et légaliste ?

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : la fuite ou l’engagement.
L’on peut ainsi choisir de refuser d’être sel et lumière, soit en se confondant avec le monde, soit en s’isolant du monde(pour une autre histoire de fuite, pour des motifs de « pureté », lire l’histoire du prophète Jonas). « Mais si le sel perd sa saveur, à quoi sert-il ? »…(Matt.5v13)

L’on peut aussi choisir d’être ce à quoi le Seigneur nous appelle. Cependant, toujours selon John Stott, le fondement de notre engagement dans le monde reposera nécessairement sur une vision juste de Dieu, de Jésus Christ, de l’homme, du salut et de l’Eglise(« Le chrétien et les défis de la vie moderne. Sator, 1987, pp 26-47 ).

 

 

Notes :

(1) Cf https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/etats-unis-l-administration-de-donald-trump-demande-a-la-cour-supreme-d-abroger-l-obamacare_4022919.html

(2) Cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Patient_Protection_and_Affordable_Care_Act

(3) »Dans certains états, toutes les assurances maladie couvrent l’avortement sélectif, alors même que l’état fédéral exige que soit disponible au moins une couverture qui ne le prenne pas en compte. C’est ainsi le cas de Rhode Island et du Connecticut; » (cf http://www.aleteia.org/fr/international/article/etats-unis-le-systeme-de-sante-et-lavortement-une-reforme-en-trompe-lil-dobama-5785011038978048 )

(4) Imaginerait-on « le Samaritain demandant au type en sang sur le bord du chemin s’il va régulièrement à la synagogue comme condition préalable à tout secours » ? ironise l’internaute « Robert M »-10 septembre 2014 • 15 h 49 min sur un blogue d' »actualités chrétiennes »[dont l’article que l’on peut lire sur le sujet n’est qu’un plagiat incomplet, sans analyse et non sourcé, de l’article de Slate]. Et encore, le samaritain serait-il considéré comme une personne « recommandable » selon les critères de ces coopératives ?

« Il y a aussi des formes fumeuses et sournoise de débauches comme celles : de ne rien partager avec son semblable, ni son temps, ni son argent, ni sa nourriture, ni sa maison, et surtout de ne pas s’occuper des problèmes des vilains débauchés …(c’est à dire des gens qui font actuellement ce que vous faisiez tous, pour la plupart d’entre vous, avant de connaitre Jésus Christ) » cf l’internaute Georges Parolier 11 septembre 2014 • 0 h 46 min, sur le même blogue.

Exercices spirituels

« Seuls ensemble » ou quand, dans un nouveau régime connecté, une gare, un café, un parc (ou une église ?) n’est plus un espace commun, mais un endroit où les gens sont rassemblés mais s’ignorent….

« Quand je me réveille, avant toute chose je consulte mes mails. avant de dormir, je les lis une dernière fois. J’ai fini par me rendre compte que prendre connaissance de nouveaux problèmes et impératifs professionnels n’était pas la meilleure façon de commencer la journée, ni d’ailleurs de la finir. Mais je n’ai pas changé mes habitudes pour autant, même si celles-ci ne me conviennent pas », nous partage l’anthropologue Sherry Turkle dans « Seuls ensemble » (1)

Cette dernière « fait (alors) part de (son) irritation grandissante à une amie, une femme de soixante-dix qui médite chaque matin sur un passage de la Bible, une habitude prise lorsqu’elle était adolescente.  Cette amie m’avoua qu’il lui était de plus en plus difficile de commencer ses exercices spirituels avant d’avoir regardé ses mails. Pour elle, le fait de repousser le moment de consulter sa boîte de réception faisait désormais partie intégrante de son acte de piété (2). et comme moi, elle perdait le sommeil en lisant ses mails chaque soir avant de se coucher »

Un peu plus loin, dans le même ouvrage, Sherry Turkle souligne que « nous avons l’impression d’être des versions améliorées de nous-mêmes lorsque nous sommes en ligne. Ceci fait écho aux moments où quelque chose de plus se passe avec les robots [dits « sociaux »]. Mais dans les deux cas, ces moments superlatifs peuvent nous laisser avec des vies appauvries. Les robots et la connectivité (…)représentent deux chemins possibles vers une forme de retrait relationnel. Avec les robots sociaux, nous sommes seuls, mais nous recevons des signaux qui nous disent que nous sommes avec autrui. En réseau, nous sommes avec autrui, mais nous attendons si peu des autres que nous pouvons finir par nous sentir complètement seuls. Et nous courons le risque de considérer à terme autrui comme un simple objet auquel on accède, juste pour y trouver ce qui semble utile ; du réconfort ou du divertissement »(3).

Aïe ! C’est ce qui me motiverait dans mes « temps d’intimité avec Dieu » ?

 

 

Notes :

(1) Turkle, Sherry. « Seuls ensemble : de plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines ». Editions L’Echappée, 2015, pp 243-244. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes (et vraies) librairies.

(2) A noter qu’il est aussi prévu, dans la Bible, un jour de cessation en fin de semaine, le Shabbat. Institué pour commémorer la sortie d’Egypte, où les Israélites, esclaves, ne s’arrêtaient jamais, le Shabbat est un bien collectif et la propriété commune de tous ceux qui partagent la vie commune. La « cessation » s’étend donc à tous les proches – « fils, fille, serviteur, servante », et même animaux domestiques jusqu’à « l’émigré » admis dans la communauté nationale – – aujourd’hui, l’on pourrait intégrer nos ordinateurs et téléphones portables, en les éteignant –  afin que l’un et l’autre puissent se reposer aussi.

(3) Turkle, Sherry. op. cit., p 244.

Foireux liens de mai (39) : boîtes à outils spirituels

Les « Foireux liens » de Mai : une sélection de « boîtes à outils spirituels » (Source image : public domain pictures)

Bonjour ! Vos « Foireux liens » tant attendus sont de retour ! La crise du Coronavirus aura eu au moins un effet positif : être inspirante pour tous ceux soucieux de poursuivre leur mission d’édification, d’information et d’annonce. Voici donc un petit échantillon (avec pas mal de vidéos) de ce qui nous est proposé sur le web pour nourrir notre foi et notre réflexion, et inspirer une action porteuse de sens. Bonnes découvertes !

 

En introduction, le Guide de reprise des Eglises Evangéliques par le CNEF, paru le 20 mai : Afin d’aider les églises ou les oeuvres dans la reprise éventuelle de leurs activités, le CNEF (Conseil National des Evangéliques de France) a réuni dans un Guide pratique de reprise de l’activité des associations protestantes évangéliques toutes les consignes et recommandations utiles. C’est en lien étroit avec les Délégués départementaux du CNEF et le ministère de l’Intérieur que ce guide a été réalisé, et en consultant en particulier le Protocole national de déconfinement. Le Conseil d’État a jugé le 18 mai que le gouvernement devait publier (avant le 26 mai) un décret autorisant les lieux de culte à accueillir du public. Ce guide sera actualisé en fonction des directives du décret à venir.

1) Le pain quotidien

A découvrir, « le pain quotidien », la vidéo méditative du confinement, postée sur youtube à 20h tous les soirs. Lancée dès le 16 mars.

2) Le Réveil (matin) : La guérison miraculeuse (un regard historique)

Dans cette édition (15 mai) du « Réveil », émission matinale en facebook live à 7h00 (redif sur youtube à 9h00), les pasteurs Julien et Anne Coffinet, des paroisses de Cergy, Saint-Germain-en-Laye et Dreux, s’entretiennent d’une enquête historique de Fadiey Lovsky et David Bouillon qui a été retracée dans le livre : « l’Eglise et les malades, du 2e siècle à nos jours ». L’occasion de parler de la prière de guérison, de la continuité ou non des miracles dans notre vie d’Eglise, de l’interprétation du Nouveau Testament. Un contenu à retrouver sur leur chaîne « Vous Etes Le Temple ».

3) Un site « Franchement top » : publications filtrées à l’ère du coronavirus

….parce qu’à l’ère de la fake news, un discernement offert est un vrai service rendu !

Un site à l’initiative de pasteurs membres des Attestants [qui animent par ailleurs « 1001 questions »], un groupe confessant de l’Eglise protestante unie de France, qui ont été préoccupés dès le début de la crise du coronavirus par les contenus foisonnants que l’internet proposait pour meubler l’ennui du confinement. Parmi tous ces contenus, beaucoup sont douteux et peu recommandables. D’où ce site de recommandation, qui n’engage que la bonne volonté du lecteur, et en amont le désir de bien faire de ses auteurs. Avec forcément des failles, des manques, des erreurs, comme dans toute expérience humaine, donc…

Explication de la démarche par l’administrateur du site.

« Au hasard », parmi leurs recommandations, ce site essentiel alors que nous sommes souvent perdus dans le temps et que nous avons besoin de regarder le calendrier pour savoir quel jour nous sommes…..

4) Comment, pour danah boyd, l’éducation aux médias ainsi (mal) faite peut être dangereuse et contre-productive

L’éducation aux médias, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est-elle LA (bonne) solution pour lutter contre la désinformation ?  danah boyd, anthropologue et chercheuse chez Microsoft, fondatrice et présidente de Data & Society, était intervenue en mars 2018 lors de SWSX EDU à Austin (Texas), où elle y jouait un rôle « provocateur » et de « stimulant du débat ».  Dans sa présentation, elle a invité l’auditoire et les éducateurs en général à « remettre en questions leurs hypothèses sur l’éducation aux médias ». Elle a examiné « l’instabilité de notre écosystème médiatique » aujourd’hui en réseau pour ensuite aborder la question suivante : « vers quel type d’éducation aux médias devrions nous travailler ? »

5) Pour ne pas se tromper de « bon combat » : pourquoi le moralisme n’est ni la solution, ni la mission de l’Eglise

Dans le livre de l’Apocalypse, Jésus a écrit sept lettres à sept villes d’Asie Mineure. Il ne les a pas adressées aux hôtels de ville. Il les a écrites et envoyées aux Églises. Prenons quelques instants pour y réfléchir. Dans les derniers chapitres des Écritures, le Seigneur n’a pas donné à son Église la mission de « convertir la culture ». Il n’a pas conseillé à son peuple d’influencer le pouvoir politique pour implanter la moralité, ou pour protester contre la façon de gouverner des hommes immoraux. À vrai dire, il n’a instauré aucune révolution culturelle ni implanté une quelconque stratégie politique.

Aujourd’hui, l’Église (…) doit comprendre que Dieu n’a pas appelé son peuple hors du monde pour entreprendre une guerre contre la culture de la société. Nous n’avons pas le mandat de gagner du terrain sur le monde actuel, comme une force opérant superficiellement « pour ramener ce pays à Dieu ». Nous devons écarter l’illusion que la moralité de nos ancêtres a jadis fait de l’Amérique « une nation chrétienne ». Il n’y a jamais eu de nation chrétienne, seulement des chrétiens.

6) « L’Eglise qui croît (quand même) 3.0 » : les trois tables rondes en vidéo

A la veille de la première vague de déconfinement, les 8 et 9 mai 2020 a eu lieu par zoom la troisième édition du séminaire « L’Eglise qui croît », avec Anne-France de Boissière, Raphaël Anzenberger et bien d’autres, annoncé notamment sur ce blogue. Ayant eu la joie de compter parmi les participants, je reviendrai certainement plus tard sur cet événement. En attendant, il est désormais possible de (re)visionner les trois tables-rondes du séminaire, lequel nous a invité à réfléchir ensemble « sur ce qui va, peut ou doit mourir, ce qui va, peut ou doit survivre, et ce qui va, peut, ou doit vivre avec les défis que nous lance la Corona-crise ».

7)« Chroniques en miettes » sur un « monde en pièces »

« J’hésitais entre deux qualifications pour décrire à la fois notre siècle et l’irruption de la Reine Corona dans notre univers humain, un monde en miettes ou un monde en pièces. J’ai choisi le monde en pièces pour illustrer ce livre que je m’apprête d’achever, qui a été écrit sous forme de chroniques. Tout au long de ces pages et au fil de ces textes, j’ai souhaité partager une vision très personnelle de cet événement brusque et brutal, à la fois, interpellant et dérangeant », nous explique Eric Lemaître, socio-économiste et blogueur. Lequel, s’il veut bien me passer cette facétie, prend en effet le pain du système technicien, serre le poing et des phalanges broie la grosse croûte bien sèche. Il ouvre la main et répand ses pensées en miettes, qu’il nous donne à goûter les unes après les autres sur « La Déconstruction de l’homme », blogue partenaire avec Pep’s café!

8) L’Eglise dématérialisée

Le temps de confinement généralisé de ces derniers mois nous a tous contraints à une rupture quasi-totale des interactions sociales. Les églises n’ont pas été fermées, mais on a interdit aux chrétiens de se rassembler — ce qui revenait un peu au même. Du jour au lendemain, la crise Covid-19 aura provoqué la dématérialisation de l’Église, complètement inimaginable sauf dans les scénarios apocalyptiques à la Tim Lahaye, ce qui a entraîné un blocage de la vie cultuelle habituelle. Une réflexion du blogue Le Sarment.

9) Un corps numérique ? Une évaluation de la “Zoom-Cène”

Le développement des cultes évangéliques en « live » sur le web interroge : vivons-nous durant cette période des « vrais cultes » (avec d’autres moyens), ou s’agit-il plutôt de « substituts », utiles et nécessaires, mais qui ne peuvent prétendre à remplacer simplement le rassemblement communautaire ? Y-a-t-il un sens théologique au rassemblement concret des croyants en un même lieu ? Cette question mérite d’autant plus d’être creusée qu’au prix du mètre carré, la pertinence de l’investissement dans un lieu de culte en serait forcément affectée. La question de la Cène nous offre une porte d’entrée dans cette réflexion.

10) 7 idées chrétiennes ressuscitées par la crise

Les idées chrétiennes ont ce pouvoir exceptionnel de ressusciter chaque fois qu’on les croyait mortes pour de bon. Résurgence inattendue de l’essentiel au cœur d’un monde superficiel, la crise sanitaire que nous vivons révèle la vraie nature de l’homme : un être profondément relationnel, dont la vie consiste avant tout à penser et aimer. Plus encore, ladite crise se présente à nous telle une sorte de « burnout » salutaire du postmodernisme. Comme si notre monde qui tournait trop vite et n’allait nulle part s’est épuisé et est désormais contraint de se mettre sur pause. Arrêt forcé qui lui permet d’examiner sa conscience et de se remémorer des idées plus pérennes que périmées. Analyse pertinente à lire sur le blogue du Verbe, lequel a pour mission de « témoigner de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine ».

11) Souffrance intérieure du chrétien : « jusques à quand ? »

Si vous l’avez raté, voici une recension du livre de Pascal Denault : Le côté obscur de la vie chrétienne : Les doutes de la foi, la dépression de l’âme et le manque de croissance spirituelle, parue sur Pep’s café !

12) L’économie selon Dieu

Et si la Bible avait des choses à nous dire sur l’économie ? Étienne Omnès, des blogues « phileo-sophia » et « par la foi », pense qu’elle a en fait beaucoup de choses à dire et que les chrétiens ne devraient pas éviter les sujets économiques car tout appartient au Seigneur, y compris nos corps et ce que nous faisons avec eux, ce qui comprend notre travail. Voici son excellente conférence (en vidéo) donnée début février 2020 à l’Église Évangélique Évidence (hispanophone).

Voir aussi Quel système économique chrétien doit-on choisir ? Et Comment étudier l’Economie sous un angle chrétien

13) Le Covid-19 et le Général de Gaulle

On l’a oublié aujourd’hui, mais le monde a connu une crise sanitaire très semblable à celle de 2020 : la grippe de Hong-Kong de 1968 qui a tué non pas 130 000 personnes dans le monde, comme le Covid-19 à la mi-avril, mais largement plus d’un million, à une époque où la planète comptait moins de 4 milliards d’hommes. La moitié moins qu’aujourd’hui…

En France, cette même grippe de 1968 a tué 17 000 personnes, sur une population de 50 millions d’habitants (contre 65 millions en 2020). C’est dire si l’alerte a été sévère. Pour autant, le système de santé n’a pas été débordé, on n’a pas confiné toute une population chez elle, l’économie ne s’est pas arrêtée, bref, personne n’a pensé une seconde qu’une grippe, aussi contagieuse soit-elle, allait provoquer un collapsus économique planétaire semblable à la crise de 1929. » Et ce, pour une raison très simple….

14) Le Scandale des nouveaux-nés bloqués en Ukraine…et ailleurs

« La maternité de substitution commerciale relève de la vente d’enfant », selon la définition des Nations Unies : « un enfant est donné pour de l’argent. Les enfants, comme tous les êtres humains, ont le droit d’être protégés. Tout d’abord, contre le marché. Or, la maternité de substitution est un marché », dénonce le Corp [collectif pour le respect de la personne, militant pour l’abolition de la maternité de substitution – la GPA], dans un communiqué sur les enfants bloqués en Ukraine.

Et le dernier pour la route :

15) Raconter une « histoire par en bas » de la crise….ou quand « Ils et elles sont en première ligne et racontent leur quotidien, loin de la com’ gouvernementale »

Bastamag nous partage des récits de femmes et hommes trop souvent minorés. Avec sa série vidéo « Paroles de terrain » lancée le 20 mars dernier, Basta fait entendre celles et ceux que le Covid-19 a frappé en premier : ces soignants, sapeurs-pompiers, infirmières aux urgences ou en psychiatrie, anesthésistes qui, déjà avant la crise, manquaient de moyens, de lits, de personnel, et qui se sont retrouvés durant des semaines à gérer la pénurie de matériel de protection. Plusieurs personnes interviewées ont d’ailleurs eu le Covid – dans le cadre de leur travail, selon elles.

A travers leurs voix, ces reportages veulent lutter contre l’oubli : des mois de grèves juste avant l’épidémie, dans tout le pays, pour réclamer plus de moyens et de personnels pour leurs établissements, contre le démantèlement de l’hôpital public, sa gestion managériale, ses restrictions budgétaires. Relayer l’alerte de ces aides-soignants en Ehpad sur la prise en charge des résidents qui se dégrade. L’indignation de couturières face à la vente par des industriels de masques et blouses qu’elles ont cousus bénévolement. La colère d’enseignants confrontés à la fermeture de classes à la rentrée prochaine, tout en devant appliquer des consignes de « distanciation sociale » depuis le 11 mai jugées maltraitantes pour les enfants.

Le témoignage d’un employé d’Amazon à l’entrepôt de Brétigny-sur-Orge sur ses conditions de travail a contribué à documenter une plainte. Déposée par Solidaires et Les Amis de la Terre, cette plainte demandait l’arrêt de l’activité d’Amazon France. Le 14 avril, le tribunal de Nanterre a ordonné à la multinationale de limiter son activité à la livraison de produits essentiels (alimentaire, santé, hygiène) et d’évaluer les risques pour les salariés, dans les 24 heures et sous astreinte d’un million d’euros par jour de retard.

 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés. J’espère qu’ils auront suscité votre intérêt. Prochaine édition en juillet.

 

« Croire » se conjugue au participe présent

« Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur ».

Un athée, de « theos » (Dieu) et « a » (alpha, dite privative), est celui qui « se prive de Dieu, de l’énorme possibilité de l’admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s’exclut de l’expérience de vie de bien des hommes. Dieu n’est pas une expérience, il n’est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience [cf Actes 2v42-47 et 4v32-35]. L’athée la croit affectée d’illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l’humanité », écrit l’écrivain napolitain Erri de Lucca dans « Participe présent » (IN Première heure, Folio, 2012, pp 16). Lui-même ne se définit pas comme « athée » mais comme « un homme qui ne croit pas ».

Par contraste, poursuit-il, « le croyant n’est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo continuellement. Il admet le doute, il expérimente l’équilibre et l’équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie ».

Erri de Luca est donc « un homme qui ne croit pas ». Mais « chaque jour », il se « lève très tôt » et « feuillette pour (son) usage personnel l’hébreu de l’Ancien Testament qui est (son) obstination et (son) intimité ». Mais « dans tout cela », il « reste non croyant », « quelqu’un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée », se disant incapable de « s’adresser », de « tutoyer le livre et son auteur ».

En parlant du pronom « tu », il nous parle alors de Job, « car dans son livre le tu est le point le plus haut de sa relation avec Dieu. On lit à la fin du livre un long monologue de Dieu qui s’adresse à son Job. A la fin, il dit à un de ses amis qui se sont efforcés de consoler l’affligé : ma colère s’est enflammée en toi et tes deux compagnons car tu n’as pas parlé de moi correctement comme mon serviteur Job (Job 42v7). En quoi les trois amis de Job ont-ils commis une faute, en parlant de Dieu à leur compagnon ? Parce qu’ils n’ont pas parlé neconà, correctement ? Et pourtant, ils ont développé une vaste théologie, ils ont tenté de faire entrer le malheur survenu à leur ami dans un dessein divin de récompenses et de justice [ce que l’on appelle « une théologie de la rétribution »]. Ils ont réprouvé les réclamations de leur compagnon et lui ont même reproché sa protestation contre Dieu. Ils ont ainsi au contraire, et carrément, provoqué sa colère.

Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire (au v20 du chapitre 7, il l’appelle notzer Adàm, sbire d’Adam, en faisant la caricature sarcastique de Iotzer Adàm, celui forme Adam), lui, en revanche, a parlé neconà, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Il s’adresse à lui avec le pronom de proximité, de l’urgence. Il ne le fait pas tout de suite, mais brusquement en plein chapitre 7 par une invocation directe, qui tranche avec ses lamentations précédentes et qui se traduit par un tu impératif, enfiévré et insolent : souviens-toi que ma vie est vent. Ici commence le tu pressant envers Dieu, le tu frontal qui le réconfortera et le justifiera. Le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Ils restent dans leur retranchement, parlant de Dieu à la troisième personne, ne parlant jamais avec Dieu. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Au verset qui suit celui de son reproche aux trois amis, Dieu leur ordonne, à ceux qui n’ont pas parlé neconà, correctement (il le répète), un sacrifice d’animaux qu’lls offriront par l’intermédiaire de Job, qui devient pour eux comme un prêtre [ce que Job était déjà pour ses enfants, au chapitre 1. Sauf que, contrairement à ce qui se fait d’habitude, Job le prêtre n’offrait jamais de sacrifice pour lui-même !]. Eux qui n’ont pas adopté le tu avec Dieu, qui ont parlé de lui à la troisième personne, devront s’adresser à une troisième personne, à Job, pour transmettre à Dieu l’offrande expiatoire ».

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres. Celui qui croit tutoie Dieu, s’adresse à lui en parvenant à trouver en lui le sens, le hurlement ou le murmure, le lieu, église ou maison, ou air libre, l’heure, pour se détourner de lui-même et se placer vers son propre orient. A la lettre, l’orient est le lieu où reconnaître sa propre origine, où éprouver une appartenance et un lien avec le reste du monde créé ». Ceux qui ne croient pas peuvent certes en parler, car ils le lisent dans les Saintes Ecritures, le rencontrent autour de lui dans la vie des autres, des croyants, mais gardent « la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation ».

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

« Les trois amis, et aussi le quatrième, Elihou, venu s’ajouter à la fin de leur entretien et du livre [quoiqu’aucun reproche de Dieu n’ait été signalé à son sujet], offensent Dieu, car ils ne s’adressent pas à lui en tant que croyants, mais parlent de lui comme des avocats défendant un de leurs clients [se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine orthodoxie]. Il est vrai que toute la théologie parle de Dieu à la troisième personne, mais elle possède et pratique, tout en spéculant à son sujet, le tu de la prière, alors que les amis de Job face à sa douleur ne s’adressent jamais à Dieu pour qu’il le secoure, mais défendent toujours la peine et la torture infligées à leur ami, au nom d’une justice infaillible qui ne frappe pas au hasard, encore moins à tort.

Pour Dieu, au contraire [au regard de ce que nous enseigne le livre de Job], même le blasphème est un tu et il (ne semble) pas considéré comme une faute quand il jaillit en pleine douleur ». Il le sait bien, puisqu’il est notre père. Nous sommes l’argile, c’est lui qui nous façonnes, tous nous sommes l’ouvrage de sa main cf Esaïe 64v7.

« Quand cette matière se trouve sous la pression de la douleur », retentit alors « ce tu de Job » : « Rappelle-toi : tu m’as façonné comme une argile, et c’est à la poussière que tu me ramènes » (Job 10v9).

Mais, rajouterai-je, le croyant sait qu’il a « un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu ». C’est pourquoi il tient ferme la confession de foi. « Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses ; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour un secours en temps voulu ».(Hébr.4v14-16)

 

 

La vraie jouissance

« Plaire à Dieu », c’est simple comme un verre d’eau ! (Source image : public domain pictures)

« Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes…. » (Ps.51v16)

« Discernez ce qui plaît au Seigneur » (Eph.5v10)

« La vraie jouissance n’est pas dans ce dont nous jouissons, mais dans l’idée que nous nous en faisons. Si j’avais pour me servir un esprit obséquieux qui m’apporte, quand je lui demande un verre d’eau, une coupe remplie d’un délicieux mélange de tous les vins les plus rares du monde, je le mettrais à la porte, jusqu’à ce qu’il apprenne que la vraie jouissance n’est pas dans ce dont je jouis, mais dans ma volonté exaucée. » (Kierkegaard. Ou bien…Ou bien…. Gallimard, 1943, p 27)

« Ma nourriture », dit Jésus, «  c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4v34)

Est-il « spirituellement inopportun » de dire « Jésus » au lieu de « Yeshouah » pour désigner/invoquer le Messie ?

« Au Nom de Jésus », ne perdons pas de vue « le bon combat » !

Quel est « le vrai nom » de Jésus ?

« Yeshouah », « Yesous » ou « Jésus » ? Comment les apôtres appelaient-ils Jésus ? Quel nom (faut-il absolument) utiliser aujourd’hui ? Pourquoi avoir traduit son prénom d’origine ?

Certes, Jésus était Juif. Il parlait araméen et non le grec, « l’anglais de l’époque ». Son prénom, parfaitement juif, se disait effectivement « Yeshouah » (signifiant en hébreu : « Dieu sauve/Dieu élargit »), correspondant à « Josué ». C’est même un prénom assez banal pour l’époque, puisque l’on retrouve plusieurs « Jésus » dans la Bible : par exemple, « Jésus-Barrabas », le brigand de Matt.27v16.

Pourquoi dire « Jésus », alors ? Tout simplement parce que « Jésus » est la francisation de la latinisation (« Iesus ») du grec « Yesous », lui-même transcription grecque de l’hébreu Yeshouah, explique le répondant à une question sur ce sujet, sur le site « 1001 questions »(1). « Cette mutation s’est simplement opérée par glissement successifs au fil des époques ». Mais, comme le précise le répondant, « ce n’est pas à proprement parler une traduction, mais juste une évolution dans la prononciation, tout comme Charlemagne ne s’appelait pas « Charlemagne » avec notre prononciation dans la langue franque de l’époque devenue « vieux françois » et français…. Dans le même sens, en restant sur une même époque, si vous avez une amie malgache qui s’appelle Hanitra, les français vont prononcer son nom « Anitra » alors qu’elle le prononcera en malgache « An’tch ». Il n’y a donc pas de problème d’utiliser Jésus, Yesous, ou Yeshouah (d’autant plus que le « ah » final est quasiment imprononçable pour un français, et que donc, il sera presque impossible d’être fidèle à sa prononciation authentique »)(1).

Le problème n’est pas non plus « dans la forme du nom que l’on emploie pour le prier, mais dans notre manière d’utiliser son nom. On peut être tout aussi superstitieux en utilisant le nom « Yeshouah » qu’en utilisant « Jésus » si on en fait une formule magique pour être exaucé dans toutes nos demandes ». En effet, donner du pouvoir au nom de Jésus/Yeshouah de par sa phonétique frise la superstition et l’occulte.  Il ne suffit pas de dire « au nom de Jésus » ou « au nom de Yeshouah Ha Mashiah » à la fin d’une prière pour que « ça marche » ou que cela soit « certifié conforme ». La relation avec Dieu n’est pas de l’ordre de la magie (2) !

Jésus Lui-même donne des conditions pour être exaucé lorsque nous prions « en son nom » :

Jean 14v12-15 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père; et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Si vous m’aimez, gardez mes commandements ».

Jean 15v7 : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ».

1 Jean 3 v22-24 : « Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. Et c’est ici son commandement: que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui; et nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné ».

Plus important encore, il y a, dans le nom de Jésus, la divine aptitude à faire ce que l’on dit. Comme déjà signifié plus haut, « Jésus/Yeshouah » veut dire : « Dieu sauve ». Il ne se contente pas de le dire : il le fait. Depuis 2000 ans et encore aujourd’hui.

Jésus/Yeshouah veut dire aussi « Dieu élargit ». De tout temps et encore aujourd’hui, c’est au nom de Jésus que les chrétiens (ceux qui reconnaissent Jésus comme leur Seigneur) agissent et font ce qu’ils ne sauraient pas faire par eux-mêmes : élargir l’horizon de leurs frères et/ou de leurs prochains en les faisant sortir de là où ils (se) sont enfermés, pour leur faire connaître « une vie (toujours plus) abondante », et autres choses significatives de nature à porter un fruit immédiat dans leur vie.

Dans cette optique, nous voyons mal en quoi « lancer des débats » sur des questions de nom peut y contribuer.

Au contraire, de tels « débats », qui vont jusqu’à lancer des malédictions indirectes à ceux qui « ne disent pas comme il faut » – un nouveau « shibboleth » (3) – ne peuvent qu’engendrer « des querelles de mots qui, loin d’édifier, ne servent qu’à la ruine de ceux qui écoutent » (2 Tim.2v14) !

 

 

Notes :

(1) Voir http://1001questions.fr/en-hebreu-le-nom-de-jesus-est-yeshua-il-a-ete-traduit-en-grec-par-yesous-puis-est-devenu-jesus-comment-les-apotres-appelaient-ils-jesus-pourquoi-avoir-traduit-son-prenom-dorigine-isabelle/

(2) Voir http://1001questions.fr/est-il-inopportun-de-dire-jesus-au-lieu-de-yeshouah-pour-designer-invoquer-le-messie-ny-a-t-il-pas-la-un-risque-de-derive-superstitieuse-et-occulte-peps/

(3) Terme signifiant « épi de blé » ou « ruisseau » : mot qui ne peut être utilisé – ou prononcé – correctement que par les membres d’un groupe ; « code » pour reconnaître ceux qui sont du « bon groupe » ou pas, cf Juges12v4-6

 

 

« Les quatre commandements du journaliste libre » : lucidité, refus, ironie et obstination

Publié sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

Il y a 60 ans disparaissait Albert Camus. « Écrivain, penseur, dramaturge, essayiste, prix Nobel de littérature en 1957, son nom est associé au monde littéraire, mais il ne faut pas oublier qu’il fut aussi journaliste », rappelle Maria Santos-Sainz(1), docteur en sciences de l’information, Maître de conférences à l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine], et par ailleurs auteur d’un « Albert Camus journaliste ».

« Précurseur de revendications déontologiques dans les médias et d’une pensée critique du journalisme avec ses nombreux éditoriaux de Combat consacrés à la presse, Camus détestait la presse à sensation, dénonçait l’instantanéité de l’information, mettait en garde contre les fausses informations et la dictature de l’audimat. L’important n’est pas d’être le premier, mais le meilleur, écrivait-il. Il défendait et pratiquait un journalisme libre [notamment des servitudes de l’argent], critique et indépendant (…).

Albert Camus reste aujourd’hui une référence pour l’exercice de la profession journalistique en raison de sa conception exigeante du métier, fondée sur la rigueur dans la recherche de la vérité, sur l’indépendance et sur l’honnêteté intellectuelle.

Dans le contexte actuel, marqué par des protestations sociales aux quatre coins de la planète, face aux débordements du néolibéralisme et du capitalisme sauvage qui laissent tant de segments de la population sur le bord de la route, relire les textes journalistiques de Camus peut servir de manuel de résistance, de bréviaire pour les journalistes(….) Sa devise « La liberté consiste d’abord à ne pas mentir. Là où le mensonge prolifère, la tyrannie s’annonce ou se perpétue »(1).

Le 25 novembre 1939, Albert Camus veut publier son « manifeste du journaliste libre » (2) dans « Le Soir Républicain » un quotidien limité à une feuille recto verso qu’il codirige à Alger. Mais son texte est censuré au dernier moment. Il est finalement découvert en 2012 par la journaliste du Monde Macha Séry aux Archives nationales d’outre-mer d’Aix-en-Provence, et publié par « le quotidien du soir » le 17 mars de la même année (2). Mettant en garde contre les périls qu’encourt le journalisme en temps de guerre — et de paix — face à la censure et à la propagande, Camus y définit « les quatre commandements du journaliste libre » : lucidité, refus, ironie et obstination.

Extrait :

« Un des bons préceptes d’une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d’un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n’est plus aujourd’hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n’intéresse plus la collectivité. Il concerne l’individu.

Et justement ce qu’il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée.

Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l’ironie et l’obstination.

La lucidité suppose la résistance aux entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître l’histoire des dernières années de la politique européenne pour être certains que la guerre, quelle qu’elle soit, a des causes évidentes. Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle et le désespoir qui laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce qu’il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d’opposer quelques refus. Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu’un esprit un peu propre accepte d’être malhonnête. Or, et pour peu qu’on connaisse le mécanisme des informations, il est facile de s’assurer de l’authenticité d’une nouvelle. C’est à cela qu’un journaliste libre doit donner toute son attention. Car, s’il ne peut dire tout ce qu’il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu’il ne pense pas ou qu’il croit faux. Et c’est ainsi qu’un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas. Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de toutes, si l’on sait la maintenir. Car elle prépare l’avènement de la vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l’origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l’uniformisation des informations et, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure, si relative qu’elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu’aucune force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l’ironie(3). On peut poser en principe qu’un esprit qui a le goût et les moyens d’imposer la contrainte est imperméable à l’ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres, utiliser l’ironie socratique. Il reste donc que l’ironie demeure une arme sans précédent contre les trop puissants. Elle complète le refus en ce sens qu’elle permet, non plus de rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d’illusions sur l’intelligence de ceux qui l’oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l’homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l’est que cinq fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités de l’intelligence humaine. (….) Un journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu’elles ont peu d’amants. 

Cette attitude d’esprit brièvement définie, il est évident qu’elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d’obstination. Bien des obstacles sont mis à la liberté d’expression. Ce ne sont pas les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l’effet contraire à celui qu’on se propose. Mais il faut convenir qu’il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l’inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le grand obstacle dont il faut triompher. L’obstination est ici vertu cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au service de l’objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté jusqu’au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu’il croit vrai et juste, s’il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l’abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot ».

 

Notes : 

(1) http://theconversation.com/un-journaliste-nomme-albert-camus-128933

(2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/le-manifeste-censure-de-camus_1669778_3212.html ; Voir aussi https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/les-devoirs-du-journaliste-selon-albert-camus_1669779_3212.html

(3) Voir http://www.le-tigre.net/Rire-de-tout-et-avec-n-importe-qui.html

 

 

Ce qui remporte la victoire (Kierkegaard)

« Ce n’est pas la vitesse mais la vérité qui remporte la victoire ! » (Source : public domain pictures)

« Nous ne nous pressons pas, quand on lutte pour la solution d’un problème, on ne lutte pas comme dans les courses d’un stade [ou la course au scoop !] et ce n’est pas la vitesse mais la vérité qui remporte la victoire » (Kierkegaard. Miettes philosophiques. Seuil, 1967, p 91).

Et la vérité est en effet souvent plus lente que les mensonges, les rumeurs ou les ragots !

Quand « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presque une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai… »

Les Evangéliques assumeront-ils, avec compassion et intégrité, leur « rôle prophétique dans le monde » en tant que « témoins fidèles et véritables », ou ne seront-ils qu’ « un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (1 Cor.13v1) ?

Entre le livre de Malachie et l’Evangile selon Matthieu, soit entre les deux testaments, se fait un silence prophétique de 400 ans (1).

De nos jours, c’est plutôt le contraire. Notre ouïe moderne n’est pas seulement « caressée par la haute précision des chaînes stéréo, étourdie par les amplificateurs de salles de bal et par les bruits mécaniques les plus assourdissants qu’ait jamais supportés l’oreille humaine », au point où « le silence (d’) aujourd’hui n’est qu’un trouble de l’ouïe » (2)

Notre ouïe spirituelle est aussi – et surtout – agressée par le bruit assourdissant dû à l’inflation de « paroles de Dieu » de toutes sortes. En effet, commente ironiquement l’internaute Éliane Colard le 28 mars 2020, en réaction à un article publié sur le blogue Le Sarment, « Dieu n’a jamais autant parlé du Coronavirus depuis que [ce dernier] a quitté la Chine. Tant que le virus était en Chine, c’est comme si Dieu [ne s’en préoccupait pas] » (3).

Quelles sont donc ces « paroles de Dieu » ? « Dieu a-t-il réellement dit » (à propos du covid-19) ?

Si nous partons du principe biblique qu’il est de la responsabilité de l’assemblée (l’Eglise) d’évaluer ou de jauger les prophéties rendues publiques (cf 1 Cor.14v29), « jaugeons » donc.

Mais avant de considérer le contenu, considérons d’abord quelques principes.

Ainsi, « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » (4)

C’est une question difficile et particulièrement grave, que pose ici Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est la mort (Deut 18v20).

Premier critère pour reconnaître le faux prophète : c’est Dieu qui prend l’initiative de parler et non le prophète qui obtient une révélation par « une technique » appropriée. Le prophète Jérémie souligne l’importance de la Parole de Dieu (« du froment ») face aux visions et aux songes (« de la paille ») cf Jer.23v28.

En 1 Samuel 28, un « Samuel défunt » parle au nom de Dieu grâce à l’invocation de son esprit par une sorcière…sauf qu’il n’est pas certain que ce soit Samuel qui parle, d’autant plus que cette demande de Saül auprès de la voyante (dont le texte dit clairement qu’elle a un esprit mauvais) est clairement défendue par Dieu (« Qu’on ne trouve chez toi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts » cf  Deutéronome 18v10-11). Saül lui-même ne pouvait pas l’ignorer puisque c’est lui-même qui a promulgué cet interdit sur le royaume.  D’autre part, Saül n’apprend rien qu’il ne sache déjà de cette invocation et n’en retire rien, à part du trouble….

Deuxième critère : ce qu’annonce le vrai prophète arrive vraiment (« Si ce que le prophète dit au nom du Seigneur ne se produit pas… alors ce n’est pas une parole dite par le Seigneur »Deut 18v22).

En comparaison, au début de mars 2020, le prophète Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique….

Lance Wallnau, également prophète et auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent »(5).

Troisième critère : le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6)

Quatrième critère : Dans sa polémique contre les faux prophètes, Jérémie met en avant leur appât du gain. Cette critique peut être associée au reproche – d’une actualité troublante – d’un discours flatteur qui vise à plaire à ceux qui les protègent et les rémunèrent.

[« Ainsi parle l’Éternel des armées : n’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous prophétisent ! Ils vous entraînent à des choses de néant ; ils disent les visions de leur cœur et non ce qui vient de la bouche de l’Éternel. Ils disent à ceux qui me méprisent : l’Éternel a dit vous aurez la paix ; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur il ne vous arrivera aucun mal »  – Jer 23v16-17]

Les prophètes, fonctionnaires royaux, évitaient d’annoncer des choses désagréables pour le roi. Le faux prophète cherche à sécuriser le peuple et le roi, plutôt qu’à les conduire à la repentance. L’indépendance (par rapport au pouvoir) et le désintérêt du prophète (sa mission est-elle d’intérêt général ou privé, lucrative ?) sont donc des critères.

En guise d’illustration, Éliane Colard rappelle encore (3)que, comme « chaque année, les prophètes américains de « la liste d’Elie » (« Elijah list »), qui se veulent influents auprès du Président Trump, produisent fidèlement leurs bulletins prophétiques(sic) pour la nouvelle année, [lesquels sont toujours identiques] à savoir « prospérité pour le pays, beaucoup d’argent libéré par les cieux, du succès et de l’élargissement pour les Ministères. Et bien sûr 2020 n’a pas manqué à l’appel ». [L’on peut donc se demander] s’ils allaient revenir sur leurs prédictions, vu ce qui se passe et qu’ils n’ont apparemment pas vu venir (….). On remarquera d’ailleurs que la préoccupation majeure de toutes ces prophéties aux USA est l’argent, l’économie ou le succès du président (6)(7)

« Mais cette inflation de paroles prophétiques ne se produit pas qu’aux Etats-Unis. En France aussi, tout le monde rêve, songe ou reçoit des messages du ciel sur le Coronavirus. En France les songeurs et prophètes y voient un jugement (sans que ce soit d’ailleurs toujours les mêmes choses qui soient jugées) tout le monde prêche sur le coronavirus ou fait des vidéos et bientôt des livres sortiront pour expliquer pourquoi le Coronavirus (un vrai produit marchand qui fonctionne et certainement rapportera), tandis qu’aux USA on y voit un tremplin pour une pandémie de bénédictions et de libération de gloire et de prospérité à venir.

Cinquième critère : Les faux prophètes peuvent se reconnaître à leur comportement (« Mais chez les prophètes de Jérusalem, j’ai vu des choses horribles. Ils sont adultères, ils marchent dans le mensonge ; ils fortifient les mains des méchants… » (Jer 23v14), mais parfois Dieu brouille lui-même les cartes en envoyant un esprit de mensonge (cf. 1R 22v19-23) parmi les 400 « prophètes professionnels » du roi Achab, au temps du Prophète Michée.

« Quand nous ne savons plus écouter comme écoutent les disciples (cf Jean 8v31), et quand nous n’avons plus les oreilles pour entendre « ce que l’Esprit dit aux Eglises », ou ce qu’il a déjà dit, et que nous persistons néanmoins à chercher des paroles auprès d’ « une foule de docteurs » ou « de prophètes » qui nous diront ce que nous souhaitons entendre, alors Dieu nous séduit par ces dispositions de nos cœurs qui sont comme des idoles : Ezéchiel prévient, au chapitre 14 de son livre, v1-11, que Dieu répondrait au peuple en séduisant le prophète qui se laisse séduire, lorsque le peuple demanderait une parole alors que son cœur sera rempli de ses propres idoles. Dieu dit qu’il lui répondra alors en fonction de ces mêmes idoles. Ainsi, si l’argent et la prospérité sont une obsession dans nos cœurs, nous recevrons des prophéties allant toujours dans ce sens, nous confortant dans nos attentes, parce que c’est ce que nous recherchons (3).

Selon 2 Thes.2v10-12, Dieu peut envoyer « une puissance d’égarement », pour croire au mensonge, « afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés ».

Ainsi, c’est Dieu lui-même (et non l’ennemi) qui soumet aux esprits de séduction de d’égarement (ces esprits qui lui sont aussi soumis) ceux qui ne sont pas disposés à entendre la vérité et dont le cœur n’a pas appris à aimer cette vérité pour ce qu’elle est (souvent simple et sans artifice). Nous sommes séduits à cause des penchants de nos cœurs, soit ce que nous considérons comme ayant de la valeur, nos idoles et finalement nos trésors. (3)

En résumé, si nous considérons les critères bibliques pour reconnaître un vrai prophète, nous disposons donc des mêmes critères pour jauger le faux prophète – Dieu ne lui a pas demandé de parler, ce qu’il annonce n’arrive pas et il incite à aller vers d’autres dieux (Deut.13v1-5 ; Deut.18v20-22). Soulignons toutefois que la controverse entre Hanania et Jérémie (Jer.28) nous incite à la prudence dans notre évaluation, nous mettant en garde contre tout jugement précipité. Nous ne pouvons qu’être attentifs et prêts à nous interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins ! (4)

A noter encore que la fausse prophétie, non biblique, écrase et démolit, sous ses dehors fatalistes et inéluctables, alors que la prophétie biblique véritable édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses.

Ces passages soulignent que les faux prophètes sont, par ailleurs, « un test » de Dieu pour éprouver notre fidélité et notre amour pour Lui.

Ceci dit, pour en revenir au constat du point de départ, qu’il s’agisse de «  prophéties de succès » (USA) ou de « jugement » (France), « Dieu n’a jamais autant parlé, au point où l’on souhaiterait presqu’une famine de sa Parole pour enfin avoir soif de l’entendre pour de vrai et serrer cette parole comme une perle rare de grand prix ! » (3)

En effet, « silence dans toute chair, le cri de Zacharie (Za 2, 17) est la condition nécessaire mais non suffisante pour se mettre à l’écoute ». Mais « Dieu aurait bien du mal à obtenir une écoute, s’il le voulait, mais il ne le veut pas. Il a déjà laissé sa voix par écrit dans le livre que nous appelons la Bible. Là, avec un peu de chance et un vertige de silence, en soi plus qu’autour, chacun peut écouter le passage qui éclairera sa journée ».(2)

 

 

Notes :

(1) Voir « Dieu est-il resté silencieux entre les deux testaments ? »

(2) Voir Erri de Luca. « avoir de l’oreille » IN Alzaia. Rivages/Petit Bibliothèque, 2002, pp 24-25.

(3) Voir https://lesarment.com/2020/03/covid-19-comment-certains-predicateurs-ont-ils-reagi-face-a-la-menace-de-pandemie/

(4) Le développement sur les critères d’évaluation des prophètes s’inspire en partie de la trame de cette étude biblique.

(5) Voir comment certains prédicateurs ont réagi face à la menace de pandémie ici, ici ou . Avec cet autre exemple de déni délirant !

(6) Morceaux choisis :
« Rayons d’espoir pour l’économie et notre avenir »[qu’il sera possible et facile d’éprouver dans les temps à venir] dit entre autre ceci à propos du Coronavirus : « Ici aux États-Unis, je sens que cela va créer une formidable opportunité de voir à nouveau la croissance, en particulier dans le secteur manufacturier de notre économie. Je sens que le président Trump commencera à mettre en œuvre de nombreux allègements fiscaux pour les entreprises désireuses de ramener la fabrication aux États-Unis. Encore une fois, nous serons fiers de dire «Made in USA». Cette résurgence assurera une réélection du président et du vice-président en novembre 2020. Je vois cela comme une formidable opportunité car il y aura une « libération en deux parties » dans notre économie, et d’ici la fin de 2020, le marché boursier augmenter à nouveau; en particulier, j’ai vu le Dow Jones atteindre la barre des 30 000.Dieu restaure toutes choses pour un temps comme celui-ci, un temps de grand transfert de richesse. Dieu nous donne la sagesse et la créativité pour créer la richesse, l’innovation et l’invention. Le Seigneur nous demande d’entendre ce que l’Esprit du Seigneur dit plutôt que l’esprit de peur, donc nous ne manquons pas cette occasion de créer une ressource du Royaume qui fera avancer son Royaume avec amour, grâce et puissance. » [Ici, « rien de nouveau sous le soleil », vu que la secrétaire d’Etat française, madame Pannier-Runacher, a déclaré bien officiellement sur CNews le 20 mars que les Français ont bien tort de s’inquiéter pour leur avenir, puisque « c’est le moment de faire des bonnes affaires en bourse aujourd’hui »]

Une autre prophétie, dont le titre est « Président Trump, les nations et le coronavirus », dit entre autre ceci :
« Par souci de clarté, si le président Trump a agi comme un (goujat), a regardé d’autres femmes, a été brutal dans ses réponses à celles qui l’attaquent, a été réactif ou a échoué dans le « fruit de l’Esprit » dans de nombreux domaines — AUCUNE DE CES questions en comparaison . Il n’était pas appelé à être votre pasteur – allez à l’église pour ça. Il a été appelé à être votre président et il remplit cette mission. De plus, il le fait mieux que N’IMPORTE QUEL président américain précédent. Sa position sur les questions ci-dessus est légendaire dans les annales du ciel et le sera finalement sur Terre.
Les cinq ci-dessus ne sont pas non plus les seules choses héroïques qu’il a faites. Ses mouvements avec l’économie ont changé la donne, et c’est ce qu’il a fait pendant que de grands ennemis essayaient activement de tuer l’économie dans leur tentative de faire dérailler la mission donnée par Dieu à Trump. Le coronavirus en fait partie, mais il échouera également, car Dieu a choisi Trump pour l’emporter sur l’ennemi, mouvement après mouvement. Même lorsque Trump se sent dépassé et ne sait pas comment procéder, Dieu transforme toujours ses décisions sans conviction / incertaines en « home run ».

Voir d’autres prophéties sur le Coronavirus : https://www.elijahlist.com/words/display_word.html?ID=23383 

(7) Voir la réflexion de Jean-René Moret, pasteur suisse : « qui est en effet celui dont nous attendons le secours, celui que nous craignons d’offenser, celui au regard duquel nous jugeons de toutes les questions? Apparemment pas le Dieu de la révélation chrétienne, créateur d’une nature dont nous sommes responsables et de tous les êtres humains, dotés d’une égale valeur. Non, ce sont les arguments économiques qui déterminent notre conduite, faisant de nous des adorateurs et des esclaves de l’argent…..» cf https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/nom-argent-toutpuissant/story/20838093

 

 

 

 

Est-il judicieux de prier pour « les nations » ?  

Surtout ne cessons pas de prier. De prier pour ceux qui habitent en France.

Il est courant, dans la plupart des milieux chrétiens, d’appeler à « prier pour les nations ». Est-ce pertinent ? (1)

En réalité, sur ce type d’initiative, certes louable, se fonde une erreur théologique due au passage du texte biblique de l’hébreu > grec > français.
En effet, sachant que c’est depuis le 16ème siècle que le mot « nation » est devenu un référentiel politique, les « nations » en hébreu et en grec ne sont pas les Etats nationaux ou « les pays », mais plutôt les peuples non-Juifs, les goyim ou « ta ethnè » (« ethnies »).

Quand Dieu bénit les « nations », cela signifie qu’il bénit les non-Juifs aujourd’hui, de la même façon qu’il a béni les Juifs.


De fait, quand nous prions pour « Israël », (normalement) ce n’est pas l’Israël politique refondé en 1948, mais bien pour le peuple d’Israël, répandu parmi les nations.
Quant à prier pour « La France », c’est un peu étonnant, puisque la France est multiforme, ayant tellement évolué au travers des siècles. La France, c’est avant tout des gens qui habitent en France, surtout à l’heure de l’hypermondialisation. D’ailleurs, vous en connaissez beaucoup, de gens dans votre église locale dont les huit arrière-grands-parents étaient « des vrais français » ?
Bref, cette vision théologique « post-Yalta » (du nom de la conférence qui a découpé le monde après la guerre) est en réalité anachronique, lorsque elle donne un sens « d’aujourd’hui » à un terme ou un concept biblique, qui n’a pas ce sens-là.

 

Ceci dit, il serait dommage d’en conclure d’arrêter de prier ou d’intercéder. En clair, prions pour les personnes ou les groupes de personnes, et non pour des constructions culturelles/idéologiques et politiques qui n’existaient pas au temps du Christ et qui n’existeront plus à la fin des temps !

 

 

Note :

(1) Telle est la question posée sur le site « 1001 questions »