« Ne vous conformez pas au monde présent » : lisez Pep’s café! le blogue

Eau turbulente par Daniele Pellati : Suivre le courant, au risque de se laisser emporter…ou vivre à contre-courant ?

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rom.12v2).

Et puisque vous ne suivez pas « le train (médiatique) de ce monde »(Eph.2v1-5), lisez Pep’s café! le blogue, pour prendre un bain quotidien de ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal. En effet, Christ « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15). Christ règne. Et son règne commence dans ce domaine de ta vie où il ne règne pas encore.

« Scandale » pour les uns, « folie » pour les autres » : Faut-il cesser de parler de la mort de Jésus comme un sacrifice ?

Le plus grand « scandale » qui soit, qui exige de notre part de prendre clairement position, n’est pas « le papyrus de César »….
[Extrait du nouvel album d’Astérix de J-Y Ferri et D. Conrad, sorti le 22 ocotobre 2015]

« … nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les non-Juifs, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que non-Juifs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes ». (1 Cor.1v23-25).

Initialement paru sur le blogue(1) du temple du Marais (Paris), voici un texte du pasteur Thomas Keller, que je remercie chaleureusement pour m’avoir aimablement autorisé à le reproduire ici :

Un sacrifice humain est un acte particulièrement horrible. Pourtant, on entend souvent les chrétiens affirmer que Dieu le Père aurait sacrifié Jésus (son Fils !) pour le salut des hommes. Cette affirmation heurte toujours… Et tant mieux ! C’est le signe d’une part d’un refus de la violence et, d’autre part, d’une confiance dans le fait que Dieu est bon.

La tentation, pour résoudre la tension entre la foi en un Dieu bon et l’horreur d’un sacrifice humain, est alors pour certains chrétiens de cesser de parler de la mort de Jésus comme d’un sacrifice. Est-ce vraiment la bonne solution ? Comment comprendre qu’un Dieu qui sacrifie son fils n’est pas un Dieu cruel qui encouragerait donc aussi la violence humaine ?

Une interprétation incompréhensible

Que ce soit dans les chants, les prières ou la prédication, nous affirmons chaque dimanche que la croix n’a pas été un accident ou un malheur, mais un événement voulu et programmé : Dieu a planifié la mort de son Fils pour racheter les péchés des hommes.

Cette affirmation va à l’encontre d’une idée parfois rencontrée selon laquelle Jésus serait mort simplement par fidélité à sa non-violence : A la violence de ceux qui voulaient le tuer, il aurait répondu en se laissant crucifier. Ainsi, il aurait permis la sortie du cercle des représailles violentes et montré une autre voie possible pour nous à sa suite, la voie de la non-violence extrême.

Si on croit que Dieu est non-violent par nature, on ne peut pas croire qu’il ait désiré et planifié la mort violente de son Fils.

Une interprétation présente dans la Bible

Si elle nous heurte, la compréhension selon laquelle la mort de Jésus sur la croix est un sacrifice est celle qui est la plus présente dans le nouveau testament :

Elle est présente dans les évangiles, on peut citer en exemple le discours de Jean le baptiste, en Jean 1, 29 : “Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde” qui associe Jésus à la victime d’un sacrifice expiatoire comme celui décrit dans la prophétie d’Esaïe 53 : “tu as fait de lui un sacrifice de réparation.” (v.10)

Cette interprétation est aussi présente dans les épîtres, de la manière la plus belle en Romains 3,21-31 : “Dieu l’a offert en sacrifice. Alors par sa mort, le Christ obtient le pardon des péchés pour ceux qui croient en lui.” Et de la manière la plus claire et succincte en 2 Corinthiens 5,21 : “Le Christ était sans péché, mais Dieu l’a chargé de notre péché. Alors maintenant, par le Christ, Dieu nous a rendus justes.”

La dimension sacrificielle de la mort de Jésus est l’un des thèmes centraux de l’épître aux Hébreux et l’arrière-plan indispensable pour comprendre les visions de l’Apocalypse, ainsi que, finalement, le lien entre le culte dans l’ancienne alliance et son accomplissement en Jésus.

Les recommandations cultuelles du Lévitique (Lév. 4-5), les prophéties d’Esaïe (chap. 52-53 par ex.) et bien d’autres passages de l’Ancien Testament, au cœur duquel les sacrifices occupent une place importante, prennent un sens nouveau au regard du sacrifice de Jésus sur la croix.

Une interprétation importante pour les protestants

Cette interprétation sacrificielle de la mort de Jésus est biblique, elle est donc à recevoir, même si elle nous bouscule. De plus, elle est la base de la compréhension de la croix chez les Réformateurs, comme le montre par exemple la question 40 du catéchisme (Protestant Réformé) d’Heidelberg : “Pourquoi le Christ a-t-il dû subir la mort ? Parce que la justice et la vérité de Dieu sont telles que nos péchés ne pouvaient être acquittés autrement que par la mort du Fils de Dieu”

En tant que chrétiens et en tant que protestants, nous ne pouvons pas simplement choisir d’ignorer ou de rejeter en bloc cette interprétation.

Une telle violence était-elle nécessaire ?

La question la plus brûlante que pose certainement la notion de sacrifice est celle de la violence de Dieu : une telle violence était-elle nécessaire ? Dieu est-il un Dieu cruel ?

Souvenons-nous d’abord que la violence n’a pas été créée ni désirée par Dieu, elle est une transgression de son projet, un signe du péché de l’humanité, dont la création entière souffre. En réalité, selon la Bible, dans le paradis avant le péché de l’homme et la chute, il n’y avait pas encore de violence (cf. Gn 1 et 2), et dans dans le Royaume de Dieu dans l’éternité à venir, il n’y aura plus de violence (cf. Ap 21) : “Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.” (v.4)

La violence découle du rejet de Dieu et est contraire à sa volonté, c’est pourquoi il la condamne et la punit, c’est pourquoi elle n’a pas de place en sa présence.

Mais celle-ci est tant ancrée en nous que s’il se contentait de rejeter toute violence, aucun humain n’aurait trouvé de place dans la présence du Seigneur. En rejetant totalement cette violence, avec le péché qui en est la source, il rejèterait aussi chaque homme et chaque femme. C’est pour cela qu’il a fait mieux que de la refuser, il l’a détournée et prise sur lui, comme il a pris sur lui tout le péché et la mort qui vient avec.

Ce que nous voyons à la croix est donc bien l’horreur de la cruauté… mais non pas la cruauté de Dieu : celle de l’humanité !

A la croix nous sommes aussi témoins de la violence de Dieu… la violence avec laquelle il rejette et interdit ce qui opprime l’humanité et la création : on y voit son jugement sur le péché.

Oui, le sacrifice de Jésus sur la croix est un événement terriblement violent, où notre péché est dévoilé et la colère de Dieu à son encontre exprimée. Ce sacrifice est certainement le moment le plus douloureux de l’histoire. Mais il est aussi le plus beau, celui où Dieu, par amour, nous libère éternellement de l’emprise du péché et de sa colère.

Dieu avait effectivement un plan !

Le fait que Dieu ait planifié à l’avance la mort de son Fils pour racheter les péchés des hommes est précisément une source d’émerveillement, c’est un signe de l’ampleur et de la prévenance de son amour.

Cela nous dit que Dieu n’a pas été surpris par notre péché. Nous créant distincts de lui et libres, il savait que nous nous éloignerions de lui. Mais il a pu nous laisser cette liberté parce que de toute éternité il avait déjà prévu le plan de sauvetage : nous allions pêcher, mais il allait prendre ce péché et ses conséquences sur lui pour nous permettre quand même de l’aimer librement et de trouver dans la communion avec lui la joie parfaite.

Le sacrifice de son fils, planifié de toute éternité, est ce qui rend possible finalement une véritable relation d’amour entre un Dieu Saint et juste et ses créatures, forcément imparfaites et coupables.

Évidemment cette compréhension repose sur un présupposé indispensable : Christ est pleinement homme et pleinement Dieu, quand il sacrifie son fils c’est en fait lui-même, dans son amour, que Dieu sacrifie ! Dieu est un seul Dieu, qui est Père, Fils et Esprit saint.

 

 

Note :

(1) Keller, Thomas. « La mort de Jésus est-elle un sacrifice ? » (21/04/21)

Le jeûne est-il un « kung fu » spirituel ?

 

Le jeûne est l’un des thèmes de recherche qui conduit régulièrement les internautes sur Pep’s café! le blogue(1). Et ce, en tout temps, avec des « pointes » à certaines périodes du calendrier. Personnellement, je serai heureux que vous me racontiez et me partagiez ce que vous trouvez en cherchant ici. Ceci dit, ce type de recherche me paraît révélatrice d’une préoccupation constante, qui ne devrait pas étonner, puisque généralement comprise comme étant liée à une certaine « pratique » (religieuse ou non).

Dans la Bible, le jeûne fait partie de ce que l’on pourrait appeler « les postures de combat »(2), en lien avec le « combat spirituel » évoqué dans le Nouveau Testament. S’agit-il d’un « kung fu » spirituel pour autant ? Paul l’explique très bien dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse : Ce type de lutte n’est pas « contre des êtres humains » ; mais « contre les pouvoirs, les autorités, les maîtres de ce monde obscur, contre toutes les puissances spirituelles mauvaises qui sont dans les cieux » (Eph.6v12). On ne peut s’y exercer comme à un sport ou un art martial, mais la vie en Eglise [la communauté de ceux qui appartiennent à Jésus-Christ et le reconnaissent comme Seigneur, pas le bâtiment…] peut rapidement devenir une « salle d’entraînement », où nous luttons pour que les règles du jeu du Règne de Dieu soient mises en place.

L’enjeu est en effet celui-ci : à la suite du Christ, dont le message est « le moment favorable est venu, le règne de Dieu est tout proche ! Changez de vie et croyez à la Bonne Nouvelle » (Marc 1v15), la mission de ceux qui lui appartiennent, et reconnaissent qu’Il est Seigneur, consistent à proclamer et à affirmer, « réaliser » le règne de Dieu là où il n’est pas encore. « Réaliser » signifie d’abord en comprendre les tenants et aboutissants (cf Luc 17v20-21), mais aussi le faire advenir à la réalité. Comment alors installer le Règne de Dieu ?

Certains ont voulu le faire par la force (L’Inquisition) et ont échoué. D’autres ont voulu le faire par le retrait du monde : même échec, conduisant au sectarisme. D’autres ont pensé y parvenir par la politique (théocratie, césaropapisme, théologies de la libération), espérant en des « messies politiques », avec les résultats désastreux (encore récents)que l’on connaît.

Or, pour installer le Règne de Dieu, il faut planter la bannière du Christ. Mais ce n’est pas parce que vous portez un tee-shirt (ou déposez dans l’urne un bulletin) « Jésus », et une Bible dans votre sac, que le Règne de Dieu – ou le Christ – est là. C’est là où Christ est reconnu comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, que Christ règne.

Les « postures de combat » installant le Règne de Dieu sont, de fait, la louange, l’adoration, la discipline intérieure(proclamer que Christ règne dans « ce temple » de mon corps, dans mes pensées et dans ma volonté), l’obéissance, la prière, et le jeûne.

Le jeûne fait partie de la discipline offerte par le Seigneur pour nous disposer à la disponibilité spirituelle. Le principe du jeûne est de se priver de quelque chose pour laisser advenir autre chose. Il n’est pas forcément un jeûne de nourriture d’ailleurs ! Il peut être un jeûne d’écrans, de distractions, d’activités, d’achats et toute autre chose dont nous pouvons être convaincus de nous priver pendant ce temps. En Matthieu 6v16-18, Jésus insiste sur le fait qu’il s’agit d’une pratique personnelle [Pierre fera ainsi son jeûne, Jacques le sien et Daniel le sien…], et discrète, enseignant que le meilleur jeûne est celui que l’on ne connaît pas et ne soupçonne pas. Jésus prolonge ainsi les exhortations des prophètes avant lui, qui critiquaient justement les jeûnes proclamés, les dénonçant comme étant l’occasion d’un déballage d’une piété ostentatoire, plus préoccupée par les apparences.

Contrairement à ce que disent certains, le jeûne n’amène pas de puissance d’après la Bible. Il offre juste du temps et de l’espace intérieur. Ce sont les sorciers qui jeûnent pour la puissance. Le prophète Esaïe a bien repositionné de la part de Dieu ce qui doit être l’objectif du jeûne : un temps de consécration ou de reconsécration afin que la justice de Dieu (plutôt que l’injustice) puisse paraître . Car « le jeûne tel que je l’aime, le voici, vous le savez bien », dit Dieu : « c’est libérer ceux qui sont injustement enchaînés, c’est les délivrer des contraintes qui pèsent sur eux, c’est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, bref, c’est supprimer tout ce qui les tient esclaves. C’est partager ton pain avec celui qui a faim, c’est ouvrir ta maison aux pauvres et aux déracinés, c’est fournir un vêtement à celui qui n’en a pas, c’est ne pas te détourner de celui qui est ton frère ». (Esaïe 58v6-7)

Un rappel utile quand certains voient en effet dans le jeûne une façon de négocier avec Dieu, pour lui soutirer des grâces. C’est là une conception marchande de Dieu, un désir de l’instrumentaliser pour nos projets les plus autocentrés ou les plus religieux. A l’inverse, le jeûne, comme les autres « postures de combat spirituel », nous conduit à demeurer veilleurs et veillant, comme Jésus nous y exhorte en Luc 21v36 : « Ne vous endormez pas, priez en tout temps ; ainsi vous aurez la force de surmonter tout ce qui doit arriver et de vous présenter debout devant le Fils de l’homme. »(2)

 

 

 

 

 

Notes :

(1) De même que les plans de lectures bibliques et les articles sur l’éducation aux médias comptent parmi les documents les plus téléchargés sur ce même blogue.

(2) D’après « Au Nom de Jésus (T2) : Mener le Bon Combat », de Gilles Boucomont. Editions Première Partie, 2011, pp 284-288

Avec quelles « lunettes » lis-tu l’Apocalypse ? Avec les lunettes « fin des temps » ou « premier siècle » ?

Ta lecture de l’Apocalypse est-elle celle « de la fin des temps » ou du « premier siècle » ? (Source image vidéo Is the COVID vaccine the “mark of the beast”? par Curtis Chang

Le vaccin contre le COVID est-il la « marque de la bête » ?

Notre façon de répondre à une telle question dépend beaucoup de notre lecture du livre de l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible. Cette lecture de l’Apocalypse est-elle celle « de la fin des temps » ou du « premier siècle » ?

Laquelle est la plus fidèle aux intentions de l’apôtre Jean, l’auteur de l’Apocalypse ?

Analyse à lire (en anglais, mais se traduisant aisément) ici ou (en vidéo) .

Vous l’avez peut-être vu passer :

« Ceux qui refuseront la marque de la bête auront-ils de quoi manger et vivre ? »

Notre recension du manga « Majesté », sur l’Apocalypse

La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ?

I Got a Way · Nicolas Jorelle. Bande originale de « La faute à Rousseau », série tv en 8 épisodes diffusée sur France 2 du 17 février au 10 mars 2021. Avec Charlie DUPONT (Benjamin Rousseau), Anny DUPEREY (Eva Rousseau), Samira LACHHAB (Stéphanie Garnier), Louis DUNETON (Théo Rousseau), Esther VALDING (Emma)….

« La philosophie m’a rapproché de Dieu ».

C’est le titre d’un article que l’on peut lire sur le blogue jeunesse « La Rebellution »(1). L’auteur nous explique que la philosophie lui a apporté « des réponses à (ses) doutes et à (ses) questions » ; elle lui a permis « de mieux connaître », « adorer » et « aimer Dieu encore plus ». Gloire à Dieu ?

En vérité, son argumentation en 3 points, que j’ai trouvée peu convaincante, m’incite à poser la question…philosophique du jour : 

« La philosophie peut-elle nous rapprocher de Dieu ? » Vous avez cinq heures pour plancher !

« Qu’est-ce que la philosophie ? » C’est une première question à poser.

La philosophie, c’est « l’amour de la sagesse », qu’elle ne promet jamais d’atteindre ; philosopher, c’est « déconstruire » : débutant par l’étonnement, cette discipline spéculative est l’art de questionner et de problématiser sans cesse sur le monde, la connaissance et l’existence humaine.

De fait, loin d’apporter « des réponses » ou « LA » réponse définitive à nos doutes et à nos questions, ou à nous enseigner « un art de vivre » comme les « gourous » du développement personnel, la démarche philosophique véritable est à mille lieux de l’usage dogmatique de la réflexion, ou elle n’est pas. C’est un libre exercice de la pensée. Et le principe philosophique consiste à ne jamais cesser de dialoguer, ce qui est d’une certaine manière « biblique », puisque Dieu souhaite que le dialogue entre Lui et les humains ne s’arrête jamais et reprenne là où il s’est arrêté.

De même, le « vrai philosophe » est celui qui innove, inventant et forgeant des concepts susceptibles de donner un sens nouveau aux choses.  On ne doit pas le confondre avec « le moraliste », « l’érudit » ou « l’essayiste » [ce que sont certains « philosophes » médiatiques d’aujourd’hui],  qui ne font que synthétiser des idées élaborées avant eux ou en dehors d’eux, ou prétendant apporter des « recettes » de vie éthique. 

La philosophie est donc utile, et peut être passionnante, à condition de l’utiliser à bon escient, en étant conscient de ses limites et de sa finalité réelle.

Un chrétien, qui souhaite s’adonner à cette démarche spéculative, de réflexion critique, a normalement pour repère cet avertissement de l’apôtre Jean dans sa deuxième lettre : « Quiconque va trop avant [ou plus loin] et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu » (v9)

L’on reconnaîtra alors « le sage » comme celui qui « connaît ses limites », à l’instar de Job, dans le livre biblique éponyme : celui-ci réplique à ses amis venus « le consoler », mais ne parvenant qu’à l’accabler, « tout cela, je l’ai vu de mes yeux, mes oreilles l’ont entendu, et j’ai compris. Tout ce que vous savez, je le sais aussi, je ne suis pas plus bête que vous ».(Job 13v1-2). Mais face à Dieu….qui ne lui apportera d’ailleurs aucune réponse à ses questions, il ne peut que reconnaître : « Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises (…) Eh oui ! j’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. « Ecoute-moi », disais-je, « à moi la parole, je vais t’interroger et tu m’instruiras. » Je ne te connaissais que par ouï-dire, maintenant, mes yeux t’ont vu. Aussi, j’ai horreur de moi et je me désavoue sur la poussière et sur la cendre » (Job 42v1-6).

Mais la leçon ne s’arrête pas là : A la fin du livre, souligne l’écrivain napolitain Erri de Luca(2), Dieu reproche aux amis de Job de ne pas avoir parlé de lui « correctement », comme son « serviteur Job » (Job 42v7). Eux qui, pourtant, ont développé une vaste théologie, avec des concepts élaborés sur Dieu ! Les amis de Job ont offensé Dieu, car ils ne se sont pas adressé à Lui en tant que croyants, ou pour intercéder en faveur de leur ami souffrant dans l’épreuve, mais ont parlé de Dieu à la troisième personne, comme des avocats défendant un de leurs clients, se faisant par là même les défenseurs, parfois avec agressivité, d’une certaine « orthodoxie ».

En revanche, Job qui a maudit sa naissance et a parlé à Dieu sur un ton blasphématoire, a parlé correctement, selon Dieu. Car il a fait avec Dieu ce que ne fait aucun des autres et qui donne à toute sa contestation, même âpre, un tour correct : il tutoie Dieu. Et le tu est le seul pronom qui convient à l’échange entre créature et créateur. Job le trouve au milieu de son épreuve, il ne le possède pas avant. Le tu est le saut du fossé que ses amis réunis autour de lui n’accompliront jamais au cours du livre. Job le fait, il s’expose au danger, au découvert de la deuxième personne, et pour cette raison Dieu s’adressera à lui par le plus vaste discours des Saintes Ecritures, après celui du Sinaï.

Ainsi, « cette histoire du tu dans le livre de Job » nous révèle « la profonde différence entre ceux qui croient et les autres [par exemple, les philosophes]. Ceux qui ne croient pas peuvent certes parler de Dieu, mais gardent la distance abyssale de la troisième personne, qui n’est pas seulement un éloignement mais une séparation(2).

A l’inverse, le croyant est celui qui « devient [par la foi] contemporain du Christ », (pour reprendre une expression du penseur chrétien Soren Kierkegaard) bien que plus de 2 000 ans nous sépare depuis son avènement. En ce sens, la foi abolit toutes les distances, spatiales et temporelles, puisque ce qui importe, c’est que le Christ me sauve, moi, aujourd’hui, là où je suis. C’est ainsi que l’Evangile est cette « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rom.1v16). De quiconque croît aujourd’hui.

Ce n’est donc pas lire « de la bonne philosophie » [parce que les auteurs seraient « chrétiens » – certains sont influencés par Platon ou Aristote] nous parlant de Dieu, qui nous ramènera « forcément » à Dieu, pas plus que nous ne saurions prétendre « connaître » Dieu en l’enfermant dans des concepts ou des définitions.

Le chrétien, lecteur de la Bible avant la (« bonne ») philosophie (chrétienne ou non), sait normalement qu’il convient d’être prudent, vu que pour cette « sagesse » qui prétend embrasser par l’intelligence et la raison la totalité du réel, « la croix (de Christ) est une folie », mais pour « ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.

Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Les Juifs demandent des signes, et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.(…..) Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages (….)afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur ».(1 Cor.1v18-31), Lui qui « est la vérité » et en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance »

Voir aussi 1 Cor.2 v1-9

Voir aussi, sur le même sujet, cette réponse du « répondant » sur le site « 1001 questions ».

Notes :

(1) Voir https://www.larebellution.com/2021/03/24/la-philosophie-ma-rapproche-de-dieu/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/22/croire-se-conjugue-au-participe-present/

Quel est le premier livre à lire en tant que chrétien ?

« Lire de vrais livres – et surtout LE Livre des livres – nécessite une certaine humilité – et de l’écoute – de la part du lecteur ! » (Source image : public domain pictures)

Voici une question qui revient souvent, conduisant certains internautes sur ce blogue : « quel est le premier livre à lire en tant que chrétien ? » Réponse : La Bible, bien sûr !

Certes, mais comment débuter avec ce livre qui peut rebuter ? Car la Bible n’est pas « un livre » (comprendre : « comme un roman », qui se lit du début à la fin), mais une véritable bibliothèque !Voici donc quelques pistes pour débuter un parcours avec LE livre des livres, lequel comprend deux parties : l’Ancien Testament et le Nouveau Testament : 

Tout d’abord, être chrétien, c’est comprendre toute la Bible, la Parole de Dieu, à partir de ce que Jésus a fait pour nous, les humains. En toute logique, votre première lecture sera donc un Évangile [« la bonne nouvelle » ou « la meilleure des nouvelles »], un récit de la vie de Jésus. On trouve quatre Evangiles dans la Bible, au début du Nouveau Testament : les Evangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Marc est généralement recommandé en premier : il est assez court, contient peu de discours de Jésus et beaucoup d’actions. Il entre d’emblée dans le vif du sujet, sans parler de la naissance de Jésus. C’est pourquoi il peut frustrer celui qui « en veut plus ». L’évangile selon Jean se démarque des trois autres par son approche particulière, laquelle peut surprendre. On dit aussi que c’est l’évangile de l’amour. Son auteur – un témoin de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus- précise son intention de développer la foi de ses lecteurs et pars du principe que les principaux événements de la vie de Jésus-Christ sont déjà connus de ces derniers. Je le recommanderai donc en second. C’est ainsi que Matthieu (écrit par un autre témoin de Jésus, qui contient pas mal de paraboles ou histoires racontées par Jésus) ou Luc sont probablement de meilleurs points de départ.  Cet évangile, écrit par un médecin et un historien, est d’ailleurs le plus complet qui soit de la vie de Jésus. 

Les épîtres (ou lettres) du Nouveau Testament exposent le contenu de la foi des premiers chrétiens. Ecrites par les apôtres Paul, Pierre, Jacques, Jean et Jude à des communautés chrétiennes ou à des individus, les épîtres peuvent nous aider à comprendre en quoi la vie, la mort et la résurrection de Jésus peuvent changer notre vie, aujourd’hui. Après la lecture des Evangiles, il est possible de commencer par les épîtres les plus courtes [Je recommande, par exemple, les trois petites – mais ô combien fondamentales – lettres de Jean ; puis celles de Paul écrites aux Galates, aux Philippiens – une lettre très affectueuse, avant de lire sa première lettre aux Corinthiens ; et les deux de Pierre, pleines d’espérance], dans une traduction simple, comme la version « Parole de vie », la NFC ou la Semeur.

A ce stade, il est temps d’entreprendre la lecture de l’Ancien Testament, qui raconte ce qui est advenu entre Dieu et les hommes avant la venue de Jésus. Sa lecture est donc importante pour tout chrétien. Je recommande de commencer par la section « des autres écrits » ou « livres poétiques/de sagesse », dont la portée est particulièrement universelle : on y trouve des exemples de prières, avec les Psaumes, ainsi que des conseils pratiques avec les Proverbes (il y en a 31, soit un chapitre par jour de chaque mois) et des réflexions « existentielles » sur le sens de la vie ou l’énigme de la souffrance du juste (Ecclésiaste, Job), mais aussi un beau poème d’amour (Le Cantique des cantiques)….Il est frappant de constater que des textes dérangeants ou pouvant paraître « osé » – tels les interpellations de Job, très éprouvé, ou les cris vengeurs du psalmiste, l’un et l’autre tutoyant Dieu, ou encore le langage intime, franc mais pur du Cantique des cantiques – n’ont pas été « censurés » dans la Bible.
Ensuite, l’on peut enchaîner avec les livres qui nous parlent de la condition de l’homme qui veut vivre sans Dieu (Genèse 1-11), mais aussi de la promesse de Dieu d’envoyer un sauveur pour que l’humain soit réconcilié avec Lui (Esaïe 9 ou 53) ; avant de poursuivre avec ceux qui nous racontent ce que Dieu a fait, à travers les âges, pour appeler, sauver son peuple esclave en Egypte et lui donner des repères nécessaires pour vivre la liberté (l’Exode et le Deutéronome, le livre de la « seconde génération » qui n’a pas connu la sortie d’Egypte).

Pour apprendre comment est né la première Eglise, ou l’histoire de ceux qui ont cru, se sont organisés et ont annoncé Jésus après sa mort, sa résurrection et son ascension, il convient de retourner dans le Nouveau Testament pour lire les Actes des Apôtres, écrit par Luc, qui est la suite directe de l’Evangile du même auteur. 
Enfin, pour toute question sur la fin de l’histoire, le livre de l’Apocalypse est judicieux : le dernier livre de la Bible veut en effet dire, non pas « catastrophe », mais « révélation », celle de Jésus-Christ !  


Le lecture de la Bible n’est pas toujours aisée. Mais vous pouvez humblement demander avec confiance à Dieu, dans la prière, de vous éclairer par son Esprit : il vous sera alors donné de comprendre bien des choses sur Dieu et sur vous-même. Ne vous inquiétez pas de ce que vous ne comprenez pas pour le moment…réjouissez-vous de ce que vous comprenez et n’hésitez pas à rejoindre une communauté chrétienne pour apprendre de vos frères et sœurs dans la foi.

La lecture de la Bible, Parole de Dieu aura probablement deux effets sur vous : car la Bible est avant tout un sujet agissant qui nous interroge, interpelle, console ; c’est par elle que Dieu nous fait découvrir nos limites, donne naissance à la foi et nous oriente dans nos choix de vie. La Parole de Dieu peut « exiger » et « accuser » (nous corriger), ou elle peut « consoler » et « promettre » (nous mettre debout). C’est ainsi que la Bible est « loi et Evangile » : elle nous enseigne ce qui est juste et agréable à Dieu et qui condamne tout ce qui est péché, tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu. Elle apprend également à celui qui n’a pas observé la Loi et qui est condamné par elle, ce qu’il doit croire, à savoir que le Christ a expié tous les péchés et a acquis et obtenu pour l’homme, sans aucun mérite de la part de celui-ci, la rémission des péchés, la justice valable devant Dieu et la vie éternelle. 
La Bible est donc « loi et évangile », ou les deux façons de Dieu de s’adresser à l’homme. L’une et l’autre vont ensemble. Car « la loi sans l’Evangile mène soit à la justification par les œuvres, soit au désespoir. L’Evangile sans la loi n’est plus l’Evangile, il est réponse sans question, grâce sans jugement » (D’après Karsten Lehmkühler).

En vous souhaitant tout le bonheur voulu dans votre parcours de lecture !


A lire, ces témoignages de lectrices et de lecteurs de la Bible, chacune et chacun nous parlant de son « livre préféré ».
En parallèle de la Bible, d’autres lectures utiles sont conseillées ici et . Sachant que « tout m’est permis », mais « tout n’est pas utile », « tout n’édifie pas », et « je ne me laisserai pas asservir par quoi que ce soit ». (1 Cor. 6v12 ; 10v23).Le seul livre qui fait autorité en matière de foi et de vie pour le chrétien, et dans lequel Dieu se fait connaître personnellement à moi, lecteur, c’est la Bible, laquelle est « inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit adapté et préparé à toute œuvre bonne. » (2 Tim. 3 / 16-17).

 

(Inspi pour la structure de cet article : d’après la réponse à une question posée par un internaute sur 1001questions.fr)

« Ce pain vous rappellera que vous avez quitté l’Egypte très vite » (Deut.16v3)

Pessah Matsa par Marina Shemesh

« Au repas de la fête, vous mangerez seulement du pain sans levain. Vous mangerez de ce pain pendant sept jours, et il vous rappellera que vous avez quitté l’Égypte très vite. En mangeant ce pain de misère, vous vous souviendrez pendant toute votre vie du jour où vous êtes sortis d’Égypte ». (Deut.16v3)

Ce samedi soir, 27 mars, débute la fête biblique de Pessah (Pâque), laquelle se déroule jusqu’au dimanche soir 04 avril. A noter que la fin de la fête coïncide avec le jour de la « fête chrétienne » de Pâques.

A l’instar du plus jeune de l’assistance, vous (vous) poserez sans doute cette question : « pourquoi cette fête ? Qu’est-ce que cela veut dire ? »

De là la réponse : cette fête est la Pâque, une fête de la Bible [Exode 115] qui raconte l’histoire d’un passage, d’une sortie et d’une naissance d’un peuple. Ceux qui fêtent la Pâque se souviennent, pour ne jamais oublier, de Celui qui les a fait sortir : « Je suis l’Eternel  ton Dieu, Celui qui t’a fait sortir d’Egypte, du pays où tu étais esclave », du pays où tu étais très à l’étroit et très angoissé (Exode 20v2), pour vivre une vie nouvelle, abondante et débordante.

A l’instar du plus jeune, encore, vous (vous) poserez sans doute cette autre question : « pourquoi mangeons-nous [lors de cette fête] des choses que nous ne mangeons pas d’habitude ? »

Durant le repas de cette fête, l’on mange ce qu’ont mangé les israélites la première nuit de la Pâque (Exode 12), avec d’autres choses rajoutées :

1) Des herbes amères, pour se souvenir que les conditions d’esclavage du peuple en Egypte n’étaient pas drôles du tout. Le peuple était même à « à l’étroit » en Egypte. Ils ne s’arrêtaient jamais de travailler. Imaginez : tous les jours, pendant des heures, sous le soleil brûlant, des milliers d’hébreux devaient fabriquer des briques, des briques et des briques pour le pharaon, pour construire des villes. Ils n’avaient jamais le temps de faire une fête pour Dieu. Vous-mêmes, si vous ne savez jamais vous arrêter, c’est peut-être le signe que vous êtes « restés (ou revenus) en Egypte » !

2) Pour se rappeler ces briques que les Hébreux devaient fabriquer, on mange aussi le « harosset », composé de pâte d’amande de noix, de pommes et de dattes. C’est doux, parce que le peuple s’était habitué à vivre en Egypte, après 430 ans.

3) De l’agneau rôti, pour se souvenir de celui qu’ont mangé les israélites cette première nuit de la sortie d’Egypte. Et cette fameuse nuit, où l’Eternel a frappé les premiers nés de l’Egypte (Ex.11v4-8, 12v29-30), le peuple était confiné : Dieu avait donné à tous l’interdiction formelle de quitter leurs maisons, seuls lieux sûrs cette nuit-là, car marquées par le sang de l’agneau pascal sacrifié (Ex.12v21-28). Dieu a vu le sang sur les portes, ce signe manifeste que du sang a déjà coulé. Il n’est plus besoin de faire couler du sang à nouveau. Dieu a passé au-dessus de leurs maisons sans s’arrêter et il a protégé les familles des Hébreux. De là le nom de la fête : « pessah », « pâque », « passer par-dessus ».

4) Des pains sans levain : Pendant la fête de la Pâque, on ne mange pas de pain et d’aliment à base de levain. On ne devait même pas trouver de levain dans la maison. Avant la fête, on nettoie toute la maison pour être sûr qu’il n’y a plus de levain. On mange des pains sans levain pour se rappeler que le peuple était parti très, très vite d’Egypte, tellement vite qu’ils n’ont pas eu le temps de laisser lever le pain et que ce sont des galettes d’eau et de farine qu’ils ont mangé la nuit de leur libération. Ils ont mangé debout, à la va-vite, parce qu’ils allaient vite, vite quitter l’Egypte cette nuit-là.

Pourquoi sont-ils sortis très vite ?

Parce que les Egyptiens, terrifiés, les ont chassé d’Egypte : Ils ont eu très peur après la dixième plaie et ils ont eu très peur d’une onzième plaie. Dix fois, le Pharaon d’Egypte avait été forcé de libérer le peuple [parce que Dieu envoyait des plaies], dix fois le Pharaon était revenu sur sa parole [une fois la plaie arrêtée] : « une fois oui, une fois non. Une fois oui, une fois non. Une fois oui, une fois non…. », pour enfin dire OUI ! après la dernière plaie. « Les Egyptiens pressaient le peuple, et avaient hâte de le renvoyer du pays, car ils disaient [terrifiés par la dernière plaie et à l’idée de subir d’autres plaies] : Nous périrons tous. Le peuple emporta sa pâte avant qu’elle fût levée… » (Exode 12v33-34).

Parce qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Ce n’était plus le moment de réfléchir en se demandant si c’est une bonne idée ou une mauvaise idée de partir. Et surtout, parce que le peuple, esclave pendant 430 ans en Egypte s’était habitué à la vie en Egypte : « c’est parfois dur, mais la vie n’était pas si mal après tout. On mangeait de bonnes choses… ». Si Dieu avait demandé son avis au peuple s’il voulait partir ou rester, le peuple aurait dit qu’il voulait plutôt rester en Egypte. C’est pourquoi Dieu l’a fait sortir très vite.

Enfin, on ne mange pas de levain, parce que le levain, c’est ce qui fait gonfler la pâte : on dit bien « gonflé d’orgueil ».

C’est là le reproche et l’avertissement de l’apôtre Paul, s’adressant aux chrétiens de Corinthe dans 1 Cor.5v6-8 : « Vous avez bien tort d’être pleins d’orgueil ! Un peu de levain fait lever toute la pâte, vous ne savez donc pas cela ? Enlevez le vieux levain du péché pour devenir purs. Alors, vous serez comme une pâte nouvelle et sans levain, ce que vous êtes déjà. En effet, le Christ a été offert en sacrifice, comme notre agneau de Pâque. Fêtons donc la Pâque, non pas avec du pain fait avec du vieux levain, le levain des mauvaises actions et du mal. Mais avec du pain sans levain, avec un cœur pur et sincère ».

« Faire la fête (de la Pâque) en mangeant des pains sans levain illustre une rupture avec l’ancienne vie : en Christ, nous voyons les choses d’une manière toute nouvelle : non plus, « je nais, je vis, je meurs » mais « je meurs, je vis » la vie (nouvelle) après la vie (cette vie). Non plus : « c’était mieux avant, maintenant c’est de pire en pire » mais « avant, c’était l’amertume de l’esclavage, maintenant c’est la joie de la libération » ; « avant, il y avait des sacrifices sans fin pour plaire à Dieu, et puis Jésus vint comme le sacrifice ultime, mettant fin à tous ces sacrifices ».

Jésus, c’est « l’agneau de Dieu [comme l’agneau de la Pâque] qui enlève le péché du monde », notre péché, pour que nous soyons pardonnés, réconciliés avec Dieu, et pour que nous vivions une vie nouvelle, débordante, et une relation nouvelle avec Dieu qui nous aime tant.

5) Enfin, durant le repas de cette fête, on boit en plus des verres pleins de fruit de la vigne, pour dire merci à Dieu pour sa délivrance et pour nous avoir donné une vie débordante : plus de tristesse ! De la joie !

A la fin du repas, on remercie Dieu en disant des prières et en chantant [les psaumes 113 à 118. et le psaume 136], en dansant. Ceux qui chantent et ceux qui dansent se souviennent ainsi que Dieu les a fait sortir du pays où ils étaient très à l’étroit et très angoissés.

« Sortir », c’est une libération et une naissance :

« Je t’ai fait sortir (d’Egypte) », dit Dieu : c’est une libération et une naissance (comme se trouver projeté à l’air libre).

Ils se souviennent aussi pourquoi Dieu les a fait sortir.  Ils sont sortis pour servir Dieu et pour annoncer la victoire de leur libérateur sur leurs oppresseurs. Ce libérateur, c’est Jésus, mort et ressuscité, dont le nom signifie « Dieu sauve » et « Dieu élargit » du pays de l’étroitesse et de l’angoisse.

Hag Pessah Sameah ! [Bonne fête de Pâque !]

Un album et un manga pour nous sensibiliser au retour de Jésus

Le Maître revient ! Ses serviteurs qui l’ont attendu auront « une très grande surprise » !

Jésus nous surprend toujours, car il n’est jamais là où on l’attend : par exemple, Lui, le créateur de l’Univers, est venu sur Terre – surprise ! – comme un bébé ! Et alors que le peuple de Dieu attendait un libérateur charismatique, venu chasser l’envahisseur, Il a eu la surprise de découvrir un curieux Messie, qui « n’avait ni la beauté ni le prestige qui attirent les regards.  Son apparence n’avait rien pour plaire » (Es.53v2) !

Jésus est décidemment bien surprenant….mais ceux qui lui appartiennent et déclarent le servir, Lui « le Seigneur et le Maître », se préparent à l’accueillir, lorsqu’Il reviendra. Un magnifique album nous rapporte une histoire jadis racontée par Jésus, lequel nous explique comment l’attendre. Au final, « une très grande surprise » attend ces serviteurs…qui ne s’y attendaient pas, comme les auditeurs d’hier de l’histoire !
Et nous, lecteurs d’aujourd’hui ? Comment serons-nous surpris ?
[En bref : Jésus et la très grande surprise, de Catalina Echeverri. BLF éditions, 2021]
Jésus est encore plus surprenant dans ce manga, le dernier de la série « La Bible en manga », édité par BLF et disponible depuis le 17 mars 2021 : dans cette adaptation réussie de « l’Apocalypse » de Jean, Il apparaît en effet, non plus comme « l’humble charpentier » ou « le Roi serviteur », mais comme « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs », dans toute sa Majesté.

« Majesté » : un manga « dédié à tous ceux qui attendent l’élu », tel qu’il est annoncé et présenté dans les Ecritures bibliques.

Le livre de « l’Apocalypse », que l’on pourrait qualifier de « science fiction » de la littérature biblique, vient conclure la Bible de manière déroutante. Comme tout genre apocalyptique, il contient des images et des symboles, donnant à lire un code difficile à déchiffrer, d’où le pari risqué d’adapter un tel livre en BD. Face à ce défi, comme nous l’explique l’éditeur, les auteurs du Manga ont fait le choix de limiter au strict minimum les interprétations du texte et de raconter au maximum la vision telle que l’apôtre Jean l’a reçue. Ce qu’on perd en lisibilité, on gagne en fidélité au texte biblique, avec quelques petites adaptations nécessaires dans le texte. A noter une annexe bienvenue nous donnant une vue d’ensemble synthétique du déroulé de « l’Apocalypse ».

« Majesté » débute par une introduction – non présente dans le livre de l’Apocalypse –  qui a pour but de contextualiser ce que nous allons voir : après la mort, la résurrection et l’ascension de Jésus-Christ, ses disciples propagent Sa Bonne Nouvelle dans le monde entier. Ils se heurtent à l’opposition des autorités religieuses juives et de l’empire romain, qui contre-attaque – le pouvoir impérial exigeant de tous les citoyens qu’ils lui rendent un culte. Les chrétiens, ne connaissant que le Christ comme Seigneur, s’exposent de fait à des persécutions, se voyant exclure de la vie sociale et économique, au point où ils (se) demandent « où est Dieu » et si ce n’est pas là « la fin de l’histoire » et le triomphe du pouvoir romain et des puissances du mal. « Apocalypse Now » ?
Heureusement, « Apocalypse » ne signifie pas du tout « catastrophes/cataclysmes/effondrement » mais
« révélation/dévoilement » de Jésus-Christ. Il contient en effet « les réalités cachées que Jésus-Christ a fait connaître clairement. Dieu lui a fait connaître ces réalités, pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Le Christ les a fait comprendre à son serviteur Jean en lui envoyant son ange. Voici ce que Jean a affirmé : tout ce que j’ai vu, c’est bien la parole de Dieu, et c’est bien le témoignage de Jésus-Christ ». (Apoc.1v1-2)
Le manga « Majesté », dédié « à tous ceux qui attendent l’élu » tel qu’il est annoncé et présenté dans les Ecritures bibliques [pour ne pas se tromper et attendre « d’autres élu(e)s »], nous donne un rendu en images assez impressionnant des visions de l’Apocalypse – un livre déjà assez visuel – quoique celles-ci devaient être encore plus impressionnantes pour Jean, lorsqu’il les a reçues un certain dimanche, sur l’île de Patmos où il était exilé.
Mais le parti pris graphique, impressionnant, n’est pas qu’inquiétant : certaines planches sont mêmes lumineuses, pour nous dévoiler le mystère de la présence de Dieu dans ce monde, en toutes circonstances, y compris dans les temps d’épreuves où tout semble perdu pour le peuple de Dieu.
C’est ainsi que ce livre, qui nous parle de l’avenir, garde toute son actualité pour notre présent, en particulier du présent de tout croyant, aujourd’hui aux prises avec l’incompréhension, l’incertitude, l’illusion, la tromperie, l’injustice mais aussi l’espérance et la présence de Dieu. Face aux prétendues « révélations » sur « ce qui se passe en ce moment » ou « la fin des temps », « l’Apocalypse » est LA révélation de Jésus-Christ, qui, loin de susciter le fatalisme, le cynisme ou l’indignation stérile, constitue un message d’espérance et une bonne nouvelle pour tous ceux qui souffrent pour leur foi. En effet, les chrétiens, en « témoins fidèles et véritables », n’adorent que Dieu et refusent d’adorer, d’accorder leur loyauté ou de sacraliser tout pouvoir (qu’il soit politique, idéologique, religieux ou économique…) prétendant prendre la place du Dieu véritable dans le coeur et la vie des hommes. Ils savent que leur loyauté et leur fidélité à Jésus-Christ peuvent les exposer à être marginalisés ou persécutés (jusqu’à la mort), quand ils refusent les compromis, les mensonges et les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à les entraîner.
Mais au final, l’Apocalypse proclame la victoire et le règne du Christ crucifié, ressuscité et glorifié, à laquelle ceux qui lui appartiennent sont associés.
C’est pourquoi, « il est heureux, celui qui lit ce livre ! [en écho au début du psaume 1 et aux béatitudes de l’Evangile selon Matthieu] Ils sont heureux, ceux qui écoutent ces paroles venues de Dieu et qui obéissent aux choses écrites ici ! Oui, le moment fixé pour ces événements est bientôt là » (Apoc.1v3).
C’est tout le bonheur que je puisse vous souhaiter !
[En bref : Manga. Majesté (vol.6) : le combat apocalyptique de l’élu, de Ryo Azumi. BLF éditions, 2021]
Ouvrages reçus gracieusement en service presse de la part de l’éditeur, que je remercie.

« Le guichet sait déjà »

Certains considèrent leur religion comme « un crédit » acquis en haut, obtenu au « guichet » de Dieu, auquel ils se rendent régulièrement pour solliciter quelque chose… (Source image : public domain pictures)

L’écrivain allemand Heinrich Heine (1797-1856) parle dans son livre « idées » de l’époque où, jeune, il apprenait le français, rapporte Erri de Luca(1). « Un jour, son maître lui demanda six fois de suite comment on disait « glaube », foi, en français. Et six fois de suite, d’une voix brisée par les larmes, le jeune Heine répondit : « le crédit ».

A la septième, le maître, rouge comme un coq, s’écria : « on dit religion ! » Et il fit pleuvoir des coups sur son dos sous les ricanements de la classe. En conclusion, Heine dit que lorsqu’il entend ce mot-là , ses joues s’empourprent et un frisson de terreur parcourt son échine.

L’erreur quelque peu comique de l’écrivain a pu être contagieuse. Certains considèrent leur religion comme un « crédit » acquis en haut, obtenu au « guichet » de Dieu, auquel ils se rendent régulièrement pour solliciter quelque chose. Comme les requêtes sont abondantes, ils se rendent dans les nombreuses chapelles des saints munis d’une liste de demandes de grâces qui vont de la note en classe à l’emploi, de la fortune en amour au succès sportif…..Cela tient plutôt du crédit que de la religion ».

Et lorsque la prière est tellement centrée sur elle-même ou sur celui qui prie, au point que celui avec qui je suis censé être en relation ne compte plus, alors ce n’est déjà plus une prière….Or, prier ne devrait être qu’une façon de s’adresser à Dieu, sans rien demander. « Car Dieu votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous le lui demandiez », rappelle Matt.6v8. « C’est ce que dit Jésus lorsqu’il enseigne comment prier et réciter pour la première fois le Notre Père. Le guichet sait déjà »(1).

A mille lieux du « deal avec l’invisible », en vue d’en retirer quelque avantage, « la prière est le principal moyen d’expression de la vraie foi »(2), que nous accueillons avec reconnaissance, et le principal moyen de la confiance authentique dans le Dieu vivant et vrai, lequel est un Dieu relationnel parce que « Trine », Père, Fils, Saint-Esprit.

 

Notes :

(1)De Luca, Erri. Crédit IN Alzaia. Rivages, 1998 (Bibliothèque Rivages), pp 49-50.

(2) Comme le rappelle Michael Reeves dans « Retrouver la joie de prier », citant une expression de Jean Calvin.