Assemblée nationale : quand les parlementaires vont devoir (ré)apprendre à  parlementer

Un parti sans majorité absolue à l’Assemblée nationale, c’est grave ?…

Les législatives, avec 54 % d’abstention, aboutissent à une Assemblée inédite : une « assemblée éclatée façon puzzle », pour reprendre une expression du journaliste Pierre Januel, qui nous livre une analyse des enjeux de ces élections sur Dalloz actualités(1).

L’alliance « Ensemble » qui soutient le gouvernement n’a en effet obtenu qu’une majorité relative, avec 246 sièges sur 577. Face à elle, trois blocs antagonistes : la Nupes (142 députés) – qui apparaît comme la première force d’opposition à Emmanuel Macron – 70 députés de droite et l’extrême-droite, qui fait un score sans précédent avec 89 députés. 

Ce score s’explique en partie par l’effritement du « front républicain », soit l’appel à voter pour les adversaires de l’extrême droite. Sur le plateau de France 2 dimanche soir, le sondeur Brice Teinturier (Ipsos) indiquait que les électeurs d’Ensemble ! s’étaient majoritairement abstenus (72 %) en cas de duel entre la Nupes et le RN. 16 % des électeurs d’Ensemble ! se sont reportés sur la Nupes et 12 % sur RN. Toujours en cas de duel Nupes/RN, 58 % des électeurs des Républicains se sont abstenus mais 30 % ont choisi de voter pour le RN et seulement 12 % pour la Nupes(2).

La nouvelle Assemblée, dont près de la moitié des membres seront de nouveaux élus (dont un grand nombre de députés de l’opposition sans expérience), sera également divisée en une dizaine de groupes parlementaires.

Mais, remarque Pierre Januel(3), « plus que de ne pas avoir de majorité parlementaire, le problème du gouvernement est qu’il a une majorité contre lui. Les scrutins risquent donc de devenir incertains, à commencer par, dès mardi prochain, celui sur la présidence de l’Assemblée, rendue vacante par la défaite de Richard Ferrand. (…) Viendra ensuite mercredi l’élection du reste du bureau (…). En l’état, s’il obtient la présidence de l’Assemblée, le groupe Renaissance (ex-LREM) ne devrait avoir qu’un questeur (sur trois) et deux vice-présidents (sur six). Le RN, LFI et LR pourraient se partager les autres postes importants du bureau, ne laissant que les postes de secrétaires aux autres groupes et une vice-présidence au Modem.

Jeudi seront également élus les présidents de commission. Le poste le plus prisé est à la commission des finances. Son président à la main sur la recevabilité financière des amendements (sur délégation du président de l’Assemblée) et dispose de larges pouvoirs de contrôle. Seul peut être élu le membre d’un groupe d’opposition. Le Rassemblement national revendique déjà le poste (4). Mais la NUPES, qui, regroupée, dispose de plus de voix, est mieux positionnée pour l’emporter, sauf alliance à droite.

(…) La majorité d’Ensemble est également menacée en conférence des présidents qui se réunit hebdomadairement. Or c’est cette dernière qui fixe l’ordre du jour des semaines de l’Assemblée (deux semaines sur quatre, dont une dédiée prioritairement au contrôle). Un accord de l’opposition pourrait permettre de bouleverser le calendrier parlementaire. La majorité n’a plus non plus la main sur les réformes du règlement. Or les oppositions peuvent plus facilement se retrouver sur des questions de principes démocratiques, permettant ainsi de détricoter certaines parties du règlement. Les conférences des présidents des deux assemblées peuvent également contester l’engagement de la procédure accélérée ou le contenu de l’étude d’impact d’un texte ».

Ceci dit, un parti sans majorité absolue, est-ce grave ?

En réalité, analyse Paul Ackermann, correspondant du journal suisse Le Temps à Paris, « une opposition solide est primordiale dans une démocratie. La démocratie ne fonctionne pas longtemps sans une opposition qui pèse vraiment, une force qu’on est obligé de prendre au sérieux, à laquelle on doit vraiment répondre, y compris par des actes et des mesures. Le pouvoir doit rendre des comptes, il devient meilleur quand il est surveillé, “challengé” comme diraient les startupers chers à Emmanuel Macron. Sans réelle opposition parlementaire et politique, le risque est que le parti au pouvoir aggrave ses travers, s’obstine et aille trop loin. Ou, pire, que les frustrations, il y en a beaucoup en France, n’aient pas d’autre choix que le chaos pour s’exprimer. Jusqu’à la prochaine élection, où le pire serait à craindre… » (5) 

Emmanuel Macron a rencontré mardi et mercredi les responsables des principaux partis politiques qui siègent à l’Assemblée nationale « afin d’identifier les solutions constructives envisageables au service des Français », a déclaré l’Élysée à l’AFP. Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a dit avoir invité le président, lors de son échange avec celui-ci, à entrer dans une phase….« beaucoup plus parlementaire » de l’exercice du pouvoir !

Prenant « acte » du choix des Français aux législatives, Emmanuel Macron a d’ailleurs reconnu et constaté, dans son allocution télévisée de ce mercredi soir, « qu’aucune force politique ne peut aujourd’hui faire les lois seule ». La responsabilité du camp présidentiel est « donc de s’élargir », en apprenant à « gouverner » et à « légiférer différemment »(6).

Et ce, d’autant plus que « le système politique français vient de changer de nature. Nous entrons en régime parlementaire ! », constate le journaliste catholique Patrice de Plunkett, dans son édito matinal à RCF, Radios chrétiennes de France(7). « Pour la première fois [dans l’histoire de la Ve République], la composition du gouvernement sera le produit, non du bon plaisir de l’Elysée, mais du nouveau paysage parlementaire… »

Et, ajoute Patrice de Plunkett, « la Ve République prend un tel virage qu’on peut se demander si nous ne sommes pas en train de basculer dans une VIe Républiquequi risque fort de ressembler à ce qu’avait été la IVe, dont peu de gens se souviennent aujourd’hui mais qui fut le régime de l’instabilité chronique (…) Ce qui annonce une époque de négociations permanentes, de motions de censure [les Insoumis ont annoncé la première pour début juillet], de gouvernements renversés [L’article 49 al. 3 ne devrait pas souvent être sollicité] et d’élections anticipées  : nos grands-parents connaissaient tout ça par cœur, mais pour nous ça va être une découverte.…. »(7)

En clair, nos parlementaires vont devoir (ré)apprendre à  parlementer…

Car, si les institutions de la Ve République opposent souvent les blocs, le dialogue reste parfois le seul chemin pour dégager des majorités stables.

 « Problème », souligne Paul Ackermann : on l’a bien vu dimanche soir dans les réactions des principaux concernés, la culture politique française est complètement étrangère aux notions de consensus et de coalitions larges pour qu’un parlement ainsi explosé puisse fonctionner. Mélenchonistes et Lepénistes se lançaient déjà dans l’invective. Christian Jacob, le patron des Républicains, repoussait toute main tendue pour participer à une majorité élargie. On est loin de la recherche de solutions. Bien gouverner à la proportionnelle, comme en Allemagne ou en Suisse, nécessite une souplesse que la classe politique française va devoir acquérir au plus vite. A défaut, on se dirigera vers des guerres de tranchées qui paralyseront la France ou forceront Emmanuel Macron à présider par la force (on évoque déjà une dissolution dans un an – un pouvoir à usage unique et les exemples récents israéliens et espagnols ont montré que les électeurs opéraient rarement des choix très différents.- et des lois passées par l’article 49.3 de la Constitution, sans débat au parlement). Un ultra-présidentialisme qui mettra de l’huile sur le feu d’une colère populaire qui n’en avait vraiment pas besoin »(8).

 Enfin, beaucoup de commentaires ont été catastrophés du nombre de députés RN : si certains se veulent rassurants [on ne verrait pas souvent les députés RN au palais Bourbon – siège de l’assemblée nationale, sauf au service comptabilité], le fait, pour ce parti, de disposer d’un groupe important, lui donne des droits non négligeables, de nature à contribuer à banaliser ses interventions.

Ainsi, les groupes disposent notamment de collaborateurs, d’une dotation financière (environ 10 millions d’euros pour l’ensemble des groupes), de bureaux ou encore de salles de réunion, et peuvent prétendre à des postes à responsabilité (au Bureau de l’Assemblée et au sein des commissions) et ainsi peser dans le travail parlementaire. C’est aussi la garantie d’avoir un temps de parole consacré lors des séances publiques, vu que le règlement de l’Assemblée prévoit que la moitié des questions au gouvernement sont posées par des députés de groupes d’opposition. De quoi permettre aux députés RN de davantage imposer leurs thèmes de prédilection dans le débat politique au Palais-Bourbon. Devinez lesquels !

 « (Les) textes (du groupe RN) n’auront aucune chance de passer, précise Olivier Rozenberg, chercheur à Science Po, spécialiste des Parlements européens. Mais les députés RN pourront, [s’ils sont vraiment assidus], gagner en visibilité, forcer les Républicains, voire La République en marche, à se positionner sur leurs sujets… Ils auront davantage d’outils pour faire des coups politiques. » (9)

Décidemment, comme le dit le proverbe chinois, cité par Patrice de Plunkett dans sa chronique, « nous allons vivre des temps intéressants » ! (10)

Notes :

(1) https://www.dalloz-actualite.fr/flash/l-assemblee-eclatee-facon-puzzle

(2) Reports de voix, profils des abstentionnistes : que nous apprend le second tour des législatives ?

(3) https://www.dalloz-actualite.fr/flash/l-assemblee-eclatee-facon-puzzle

(4) Sous le prétexte d’être le groupe le plus important. Sauf que, selon le règlement pour la commission des finances, la présidence de celle-ci ne revient pas au premier Parti d’opposition mais au député appartenant à un groupe d’opposition qui recueille le plus de voix. A l’évidence, ce sera 89 pour le RN et 150 pour le représentant de la Nupes. Sauf si la majorité vote pour le RN ou LR.

(5) https://www.letemps.ch/opinions/emmanuel-macron-face-besoin-dopposition-democratie

(6) Prendre connaissance de « l’Adresse aux Français » du 22 juin, 20h00

(7) Assemblée nationale : nous allons « vivre des temps intéressants »

(8) https://www.letemps.ch/opinions/francais-imposent-une-proportionnelle-classe-politique-seratelle-hauteur

(9) D’après Le Rassemblement national a assez de députés pour former un groupe parlementaire : voici ce que ça change

(10) Assemblée nationale : nous allons « vivre des temps intéressants »

« Le seul avenir de l’abstention, c’est l’autocratie »

Abstention, danger !    

Le battage sondagier autour des législatives des 12 et 19 juin a pu semblé bien timide, comparé à celui de l’avant-présidentielle. Certes, l’exercice s’avère plus délicat sur 577 circonscriptions, mais parlons net : passée « l’élection reine »(sic), le scrutin parlementaire a-t-il aussi peu mobilisé qu’en 2017 (57,4 % d’abstention au second tour) ?   

Réponse : 52,5 % des personnes inscrites sur les listes électorales ne sont pas allées voter dimanche 12 juin. L’abstention atteint ainsi un niveau record pour un premier tour des élections législatives.

Il y a quelque chose de baroque dans cette « monarchie républicaine ». On s’y élève contre une concentration élyséenne indue – et réelle  – du pouvoir, mais on y mise tout sur ladite autorité « jupitérienne » [ce « degré zéro » de la politique se discerne même lors des appels au vote du haut de la chaire, en église, quand il y en a – en soi scandaleux et d’ailleurs interdit – exclusivement focalisés sur « la présidentielle », mais jamais sur les municipales, départementales, régionales, ou législatives, et encore moins européennes]. 

Curieuse manière d’en appeler à la fois à un rééquilibrage des pouvoirs prenant mieux en compte les réalités de terrain, et de bouder le moment d’y pourvoir.   Les députés portent, eux aussi, un double corps, en tant qu’élus d’un territoire et de la nation tout entière. Cette articulation est, par principe, nécessaire à la survie d’une démocratie décentralisée, comme le rappelaient Pierre Dharréville (député communiste depuis 2017 dans la 13ème circonscription des Bouches-du-Rhône) et Barbara Pompili (« marcheuse », ancienne ministre de la Transition écologique dans le gouvernement Castex, de 2020 à 2022) dans le dossier « En notre nom », troisième volet d’une série politique proposée par la Revue Projet.  

Le désamour parlementaire mêle en fait plusieurs aspects, quitte à les confondre. Une représentativité formelle défaillante (plus de 60 % de cadres supérieurs dans l’hémicycle, 39  % de femmes et 450 députés issus de la tranche d’âge 40-69 ans) et un reflet tronqué des fractures partisanes. De là, une légitimité jugée contestable, ajoutée à l’hostilité envers toute forme de représentation. Qu’on se souvienne des Gilets jaunes.    

Tout ceci appelle refonte institutionnelle, meilleure considération du citoyen et nouveau pacte politique. 

Tout, sauf le silence des urnes. Le seul avenir de l’abstention, c’est l’autocratie. 

En toile de fond des dernières élections, une crise de défiance historique entre les Français et leurs élus. Comment faire évoluer le système représentatif pour le rapprocher des attentes des citoyens ? Dans ce dossier à (re)découvrir, 3e volet de la série « Réinvestir la démocratie », la Revue Projet propose un état des lieux sans concessions et ouvre le débat sur les nouveaux enjeux à même de faire renaître la représentation.

Bonne lecture édifiante !

« Plus la voiture coûte cher, moins le conducteur est civique » ou Comment l’expérience du pouvoir change l’individu

« Goofy – Motor Mania » :  un dessin animé dans lequel Dingo incarne l’américain moyen des années 50 au volant d’une voiture : de piéton doux comme un agneau, il se mue en fou du volant…

« Si je suis élu, vous aurez beaucoup de pouvoir, vous n’aurez besoin de personne d’autre. »[“If I’m there, you’re going to have plenty of power, you don’t need anybody else.”]. Ainsi s’adressait Donald Trump aux chrétiens américains, lors d’un meeting dans l’Iowa, en 2016.  Sauf que cet « autre » inclut Jésus et Dieu, estime le théologien catholique William T. Cavanaugh, interviewé, avec le méthodiste Stanley Hauerwas, par l’hebdomadaire protestant Réforme (02/06/22).

Et William T. Cavanaugh de s’inquiéter du fait que certains chrétiens « (soient) prêts, pour consolider une influence sur le déclin et retrouver un pouvoir coercitif, à s’allier avec le pouvoir politique »

Or, comme l’écrivait Montesquieu, « Que quiconque possède le pouvoir ait tendance à en abuser est une vérité éternelle ». 

Scandales financiers, judiciaires, abus physiques, psychologiques ou sexuels dans l’arène politique, médiatique, religieuse ou policière : les exemples d’abus de la part de personnes détenant l’autorité ou du pouvoir sur autrui ne manquent pas.  

Posséder un pouvoir social, est-ce vraiment se préparer à aller trop loin et en abuser ? Ne pourrait-on plutôt considérer que celles et ceux qui aspirent intensément au pouvoir cocheraient déjà les cases du profil à risque, à cause de certains traits individuels comme le narcissisme le machiavélisme ou la psychopathie ?  

On ne peut l’exclure, mais réduire l’exercice inapproprié du pouvoir à la simple conséquence de problèmes individuels ne permet pas de rendre compte des transformations qu’il peut produire chez n’importe quel individu lorsqu’il y accède. Plusieurs études montrent en effet que quiconque fait l’expérience du pouvoir adopte un état d’esprit particulier qui pourrait favoriser des comportements plus autocentrés et moins civils. Repérer les risques du pouvoir n’est donc pas inutile, pour ceux qui l’exercent… ou le subissent.

Parmi ces effets : 

 Une moindre capacité à se mettre à la place d’autrui

 La reconnaissance des émotions qui se lisent sur les visages

 « Plus la voiture coûte cher, moins le conducteur est civique »

 La désinhibition

Certes, il s’agit d’expérimentations limitées et d’études qu’on ne peut directement appliquer au comportement de tel ou tel personnage politique.

Cependant, on observe que l’histoire politique est émaillée d’exemples de métamorphoses que l’accès au pouvoir semble avoir provoquée (on parle parfois de syndrome d’hubris – ou de démesure).  Au laboratoire ou dans l’arène politique et sociale, ces faits font écho d’une certaine manière aux théories de Montesquieu, dont une partie de l’œuvre était justement consacrée à préconiser une division des pouvoirs afin d’en prévenir les effets les plus pernicieux.

En clair, un pouvoir partagé, exercé pour une durée limitée, et qui rend des comptes.  

Lire le détail de l’analyse.

Du risque de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau »

N’en rester qu’à un seul critère de vote, fût-il très important pour nous, entraîne le risque, dénoncé par Jésus dans les Evangiles, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Source image : Affiche du film « Super Size me » de et avec Morgan Spurlock (2004)

Dimanche, nous élirons notre Président de la république : qui, d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen, les deux finalistes au soir du premier tour, sera élu ?

Pour rappel, nous élirons pour cinq ans au suffrage universel direct celui qui assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État, selon la Constitution. Le Président de la république est également le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. Le président de la République dispose de pouvoirs propres, comme ceux de nommer le Premier ministre, de dissoudre l’Assemblée nationale ou de recourir au référendum. Il veille au respect de la Constitution. Chef des armées, le président ne peut pas déclarer la guerre sans l’accord du Parlement, mais il décide seul de l’emploi de la force nucléaire. Le Président de la République possède également des pouvoirs partagés, ses décisions devant alors être contresignées par le Premier ministre ou les ministres concernés. C’est le cas pour les nominations de préfets ou la signature d’ordonnances et de décrets ayant été délibérés en Conseil des ministres.

Ceci dit, comment voter, si aucun des deux finalistes de cette présidentielle, malgré leurs projets radicalement différents, ne correspond à notre vision de la société ? Les citoyens se retrouvent alors face à plusieurs dilemmes : voter, voter blanc ou ne pas voter. L’édition de La Croix l’Hebdo de la semaine du 15 avril relève même « 5 cas de conscience avant le deuxième tour ».

Dans ce cas, s’abstenir ou voter blanc, est-ce une solution ? La tentation de ne pas vouloir départager est grande, mais risquée. « S’abstenir, c’est trop facile, avance François Euvé, jésuite, rédacteur en chef de la revue Etudes, dans ce même article de La Croix l’Hebdo.

L’entre-deux tours est l’opportunité de confronter ses opinions, pour se plonger avec méthode et discernement, encore plus profondément dans les visions de chaque projet : « aucun candidat ne convient tout à fait », rappelle François Euvé. « Tout vote est un moindre mal », mais « quel est le moindre mal entre les deux est la première question à se poser, ou, à l’inverse, quel est le pire (….). Il y a un travail d’approfondissement personnel à faire. En pensant à ce que les personnes sont susceptibles de réellement mettre en œuvre au-delà de leurs propositions ». Pour cela, rien de mieux que d’élargir sa vision d’ensemble, en essayant de ne pas juger à partir d’un seul critère, qu’il soit économique, géopolitique, social ou éthique », ou même moral. « N’en rester qu’à un seul point, fût-il très important pour nous », poursuit François Euvé, « comporte le risque, dénoncé par Jésus en Matt.23v24, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Une boussole qui pourrait être mise en avant serait la question de la fraternité, décisive, ce qui exclue toute relation fondée sur la domination, l’infantilisation et l’attente de « chefs » charismatiques ou de personne prenant la place du Père céleste cf Matt.23v8-12.

Pour illustrer à quel point est périlleux un vote fondé sur un critère restrictif, qu’il s’agisse de « la moralité » ou de l’espérance en un supposé « défenseur de la chrétienté », voici un vieil article d’une revue évangélique, exhumé par La Free.ch en 2016 et ô combien édifiant sur les conséquences d’un tel vote.

Extrait : « Un premier indice de l’affinité de l’ensemble des protestants avec le nationalisme germanique apparaît déjà sous l’Empire allemand de 1871 à 1918 (…) Les idées sociales d’inspiration chrétienne, le pacifisme (on le taxait de blasphème), la libre-pensée et la démocratie étaient considérés comme des menaces auxquelles il fallait résolument s’opposer. La République de Weimar à partir de 1919 ne fut jamais véritablement reconnue par les chrétiens. Dans une allocution lors de la grande rencontre des Églises (Kirchentag) de 1919 à Dresde, le président de cette manifestation déclara: « La gloire de l’Empire allemand, le rêve de nos pères, c’est là que réside la fierté de chaque Allemand. » Pour cette raison de nombreux chrétiens essayèrent de défendre avec ardeur les valeurs et l’identité nationales. Ils se sentaient tenus à un programme national chrétien.  La peur de la pensée libérale naissante et du bolchevisme russe, menaçant depuis la Révolution d’octobre 1917, poussèrent de nombreux chrétiens à se rapprocher du Parti ouvrier national-socialiste allemand (NSDAP), fondé en 1920. Le programme politique du parti d’Adolf Hitler promettait un retour aux valeurs chrétiennes et la constitution d’un rempart contre le communisme et contre les idées libérales.  Les violences multiples contre ceux qui pensaient autrement, les déportations et les actes d’extermination, les Églises évangéliques ne les imputaient pas publiquement à la volonté d’Hitler, mais à des partisans dévoyés, enclins à l’exagération. Le régime national-socialiste réussit, fort bien et durablement, à éblouir les Églises évangéliques et à les abuser à son profit. En gage de reconnaissance, il octroya à ces Églises la possibilité d’évangéliser librement et de développer pleinement leurs activités chrétiennes. (…) En 1933, après la victoire du Parti national-socialiste, l’Église évangélique libre luthérienne loua cette accession au pouvoir comme un « engagement pour l’honneur et la liberté de l’Allemagne ». Elle fit l’éloge du NSDAP pour son « combat contre la saleté ». Les baptistes, dans le journal Wahrheitszeuge (Témoin de la vérité) parlèrent de l’accession d’Hitler comme de l’avènement d’un « temps nouveau » et vivement désiré. Les Communautés évangéliques libres firent l’éloge dans le journal Gärtner (Le Jardinier) du combat du NSDAP « contre la prostitution, contre l’habitude de fumer chez les femmes, contre le nudisme et contre les abus de la vie nocturne ». Lorsque des rumeurs d’exactions contre les juifs en Allemagne parvinrent à l’étranger, les Églises évangéliques allemandes les taxèrent immédiatement de « propagande scandaleuse ».

A méditer !

Face à ceux qui (se) disent « pourquoi pas Le Pen », comment expliquer pourquoi « pas Le Pen » (bis repetitas)

Voter Le Pen en particulier et extrême-droite en général : c’est toujours « non ! » Et même « non, non et non ! »
(Source image : public domain pictures)

Ou comment rappeler des évidences et dire des banalités qu’on oublie parfois.

Le présent article n’a pas pour but de « stigmatiser » les électeurs de Marine Le Pen (qui sont aussi nos parents, grands-parents, cousins, voisins, collègues de travail, amis, frères et sœurs en Christ…) mais de tenter de rompre le lien entre les angoisses et le mal-être quotidien (qui existeront toujours) et ce vote de la peur.

Lorsque j’étais lycéen, il était évident que Le Pen, c’était « non ! ». En 2002, lorsque Le Pen se trouve qualifié au second tour de la Présidentielle, c’était encore « non ! » et même « non, non, et non ! » pour la plupart. Aujourd’hui, cela ne semble plus évident. Je suis même interpellé par une chose, à l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle française du 10 avril 2022, comme au premier tour d’il y a 5 ans : Marine Le Pen est à nouveau au second tour, mais, plus encore qu’en 2017, nous sommes désormais bien loin du choc ou de la dramatisation du 21 avril 2002. 

Le RN (ex-FN), banalisé, ne fait plus du tout peur. C’est inquiétant.

Surtout quand des chrétiens (ou supposés tels) manifestent ouvertement leur vote pour ce parti, et ce, de manière décomplexée, notamment sur les réseaux @sociaux. Il est aussi sidérant de constater que d’autres, dans le milieu chrétien, aient pris la responsabilité de mettre les pieds dans le plat, appelant à l’abstention ou à voter blanc, « contre Macron », ou appelant indirectement à voter pour la candidate d’un parti xénophobe et raciste, sous prétexte de voter pour le candidat supposé être « clairement celui de la vie » ou « des valeurs chrétiennes »(sic).

Autres évidences :

NOUS SOMMES TOUS DES IMMIGRÉS : Certes, en cherchant bien, on doit pouvoir trouver parmi nous quelques citoyens à l’arbre généalogique purement mérovingien. Mais les autres ? Oui, nous sommes tous des Français enfants d’immigrés : à une, deux, trois générations derrière, que des Italiens, des Algériens, des Polonais, des Turcs, des Portugais, des Gabonais, des Vietnamiens et même des Belges… Ils sont partout : nous sommes partout. NON, il n’y a pas d’opposition entre une bonne et une mauvaise immigration : aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient chrétiens, mais il y a quelques siècles, les chrétiens se déchiraient entre eux ; aujourd’hui il paraît que les bons immigrants seraient les Européens, mais dans les années 1920, les Italiens étaient victimes des chasses à l’homme ; il paraît que les bons immigrants n’auraient jamais commis aucun délit, mais quand ne pas avoir de papiers est un délit, comment faire ?

CHOISI ? “Les Français ont choisi de placer Marine Le Pen au second tour ”. Cette expression est tout simplement fausse. Au moment du vote pour le premier tour, on ne choisit pas forcément la personne qu’on souhaite voir au second tour : on exprime quelque chose. Marine Le Pen est en effet au second tour : ce n’est pas un choix conscient des Français mais la résultante de chiffres (abstention + faiblesse du vote PS et LR + dispersion des candidats de gauche). La candidate du Rassemblement national est même sortie en tête au premier tour dans plusieurs territoires ruraux qui ne sont pourtant pas particulièrement touchés par les questions d’insécurité et d’immigration.

A Bissert, village du nord-ouest du Bas-Rhin, juste à côté de la Moselle voisine, 49 des 92 bulletins de vote exprimés (52.13 %) portaient le nom de Marine Le Pen. Loin devant Emmanuel Macron (9,57 %), Eric Zemmour (8,51 %) ou Jean-Luc Mélenchon (8,51 %). Etonnant ? « A chaque élection c’est pareil (….) Quand on discute ici, certains ont parfois des propos durs sur l’immigration. Juste des mots car il y avait une famille étrangère ici et ça se passait très bien. Je pense que c’est surtout une peur de l’inconnu. » (…)« On se parle beaucoup entre nous et il n’y a pas de souci. Les gens vont peu en vacances » (…)« On est comme dans un désert médical. Pour la moindre opération, c’est minimum trente minutes (Sarreguemines), et encore, il n’y a pas tout  (…) On est de la classe moyenne mais on descend toujours plus. Les courses sont de plus en plus chères, le carburant aussi… On n’a pas trop à se plaindre car on a nos maisons mais on doit faire des choix : on ne part plus trop et on limite les restaurants », détaille (une) sexagénaire, qui cumule les emplois.

« C’est le pouvoir d’achat. Les gens votent en fonction de leur porte-monnaie. Et la hausse du carburant n’a pas arrangé les choses », tranche Marie-Pierre Guérin, maire de La Meilleraye-de-Bretagne et vice-présidente de l’association de maires ruraux de Loire-Atlantique. Pour Philippe Dugravot, conseiller départemental et maire de Villepôt – 675 habitants et 31,51 % pour Marine Le Pen –, le vote RN « traduit une difficulté de la ruralité ». Les ruraux sont confrontés à « des difficultés dans leur mode de vie, de mobilité, d’accès à l’emploi », analyse l’ancien haut fonctionnaire. « Malgré la complémentarité d’actions, à tous les échelons territoriaux, des électeurs peuvent avoir un ressentiment, l’impression que leurs besoins ne sont pas assez pris en compte. »

Alors NON, il ne faut pas dire du vote Le Pen qu’il est autre chose, en grande majorité, qu’un vote protestataire, à l’instar du vote des électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui reflète, aux dires de ce dernier au soir du premier tour, « un état d’exaspération » et « le sentiment d’être entrés dans un état d’urgence écologique, sociale ».

NE PAS DEBATTRE : L’erreur est de tenter de répondre au RN, comme le font certains politiques, économistes, éditorialistes ou même certaines associations intersyndicales, en l’attaquant sur son programme économique pour en conclure que celui-ci « est irrationnel ». Ce qui signifie que les programmes des autres grands partis, dont « La République En Marche », ne méritant pas une telle vigilance, ne le seraient donc pas, « irrationnels » ? Or – et c’est sans doute une nouvelle erreur de M. Macron, qui, comme en 2017, a à nouveau accepté de débattre avec Marine Le Pen mercredi soir 20 avril  – on ne débat pas avec l’irrationnel. Les électeurs de Le Pen n’ont pas voté pour un programme — quel programme ? On ne répond pas à quelqu’un qui vous insulte parce que votre voiture ne redémarre pas au feu vert : il n’y a pas à argumenter. Le programme du RN (ex-FN), c’est : « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». Qui peut argumenter contre cela ? Tenter de démonter le programme du RN, c’est le faire entrer dans le champ du vrai et du discutable (1). 

La seule chose que l’on peut faire contre l’irrationnel, c’est de rappeler [à l’instar d’un ancien président de la république française] que chaque fois que l’extrême-droite a eu le pouvoir, “ça s’est très très très mal terminé ». Et d’ailleurs, qui voudrait d’un « ordre nouveau » basé sur l’active mise au ban de la société d’un groupe qui ne met pas en danger la santé ou la paix publique ?

BANALITÉ DU MAL
“Mais ce n’est pas pareil, mais ce n’est pas si grave, « elle n’est pas comme son père », « elle n’est pas vraiment dangereuse…” Or, c’est exactement pareil. 

Ne nous laissons pas tromper par la candidature radicale d’Eric Zemmour qui a fait apparaître Marine Le Pen, par contraste, comme « recentrée », tandis qu’elle a « lissé » son image, laissant tomber toute agressivité, privilégiant le pouvoir d’achat, ce qui fait passer au second plan ses propositions, pourtant inchangées, contre l’immigration et l’islamisme. Ne nous laissons pas non plus tromper par le tour de passe passe qui consiste, pour Marine Le Pen, à effacer son nom et même son prénom de ses affiches électorales, comme pour mieux se débarrasser de son héritage politique estimé encombrant, qui avait fait de son prénom une marque aussi célèbre que « frigidaire ».

Sinon, qu’est-ce que vous croyez ? Que Hitler a dit “je veux être dictateur et tuer des millions de personnes”, et que 37% des Allemands ont voté pour lui ? NON. Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ». 

En 2011, quand Mme Le Pen affirmait que « nos compatriotes juifs n’ont rien à craindre du Front national, bien au contraire”, à l’instar d’un dirigeant FN qui se voulait rassurant en 2002, en déclarant que  “Zidane n’a rien à craindre”, l’un et l’autre sous-entendent clairement que d’autres personnes ont quelque chose à craindre. Et aujourd’hui quand le chef de l’opposition RN d’un conseil municipal dit « Non, nous, on ne veut pas emmerder les musulmans », il sous-entend que d’autres seront « emmerdés ».

Et il est aisé de comprendre « que créer une différence de droit, donner des droits supplémentaires en fonction de la nationalité », comme le veut Mme Le Pen, est une façon de dire que certains seraient « plus égaux que d’autres ». Mais où commence « la différence de droit » et où s’arrête-t-elle ? La « priorité nationale », au coeur du programme RN, est-elle « christiano », « biblico », ou « évangélico-compatible », si l’on relit Jacques 2v1, qui exhorte ceux qui croient en Jésus-Christ de « ne pas faire de différences entre les gens », vu que Dieu Lui-même n’en fait pas (Deut.10v17-19) ?

D’autres disent : « Le RN, on n’a jamais essayé ».  En réalité, il est possible de voir ce que cela donne dans les municipalités RN et affiliées. 

Quant à ceux qui disent que l’on risque “d’avoir Le Pen pour cinq ans”, quelle belle naïveté ! Il n’y a pas la moindre raison pour qu’un parti autoritaire s’arrête en si bon chemin, surtout quand la réalité de son projet politique est connue.

En fin de compte, quoi faire ? Pour ma part, pour des raisons bibliques, je reste convaincu qu’il est impossible pour un chrétien de voter RN et Marine Le Pen, parce que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Ainsi, par exemple, comme le souligne ce commentaire d’Erri de Lucca de la généalogie de Jésus-Christ en Matt.1« le Messie qui contient en lui les semences et la concorde de peuples hostiles se déclare ainsi loin de toute pureté de sang. Dans ce message d’accueil, le Nouveau Testament colle à l’Ancien et honore notamment Tamar et Ruth, filles de l’étranger, en les nommant à l’entrée de sa maison ». (Voir notre article à ce sujet).  

Alors oui, Macron est objectivement (et explicitement) le candidat de «Mammon», ce qui a le mérite d’être clair [n’oublions toutefois pas son « quoiqu’il en coûte » du confinement 1.0 et sa reconnaissance de ce qui est « une folie »], tandis que Le Pen avance masquée, tout en séduction, alors que la réalité est autre. Mais plus largement, la vraie question est celle-ci : quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ? Souhaitons-nous les voir grandir dans une société fermée, marquée par la peur et la haine de l’autre ? Une société marquée par un « ordre social satanique et diabolique », fondé sur l’accusation, la division et le mensonge ?

Que vaut-il mieux ? 

Pouvoir combattre certaines idées d’Emmanuel Macron ou subir l’idéologie frontiste ?

N’oublions pas que si vous estimez qu’il y a du rédhibitoire – et même du « gravement rédhibitoire », pour reprendre la formule d’un catholique naturaliste blogueur – dans chacun des deux candidats finalistes, n’oubliez pas d’inclure, parmi lesdits candidats, « monsieur Blanc » et « madame Abstention ».

Nous seuls pouvons répondre. Le mieux qui nous reste à faire, sachant que le vote est une question de choix personnel et responsable, est de 1) refuser la polarisation, les discours partisans et clivants, pour nous encourager à veiller à l’unité en Jésus-Christ 2) « lever le nez » des discours et des unes haineuses de certains périodiques brandissant la peur de « l’invasion migratoire » et du « grand remplacement » pour mieux se replonger dans les Ecritures, Parole de Dieu, 3) prier et 4) chercher à exercer notre discernement, le tout dans l’humilité.

D’après http://rdereel.free.fr/NON.pdf

Lire une réponse alternative ici.

Notes :

(1) Banaliser les discours de l’extrême droite est la meilleure façon de faire gagner Marine Le Pen. La recherche en psychologie sociale suggère que, pour la contrer, il faut cesser de reprendre ses thèmes. Lorsque nous voyons un(e) responsable politique donner de l’importance aux idées de Marine Le Pen, cela nous renseigne inconsciemment sur ce qu’il est légitime de faire. À long terme, la reprise des idées de Marine Le Pen ne sert pas celui/celle qui les reprend, mais favorise la prolifération de ces idées… et, au final, Marine Le Pen.  En donnant de l’importance à Marine Le Pen, en dialoguant avec elle, on la pose comme un interlocuteur respectable. Ce faisant, on légitime ses idées. Ce comportement, le fait simplement d’être en face d’elle dans une émission télévisée, est beaucoup plus parlant que n’importe quel discours. Parler à Marine Le Pen pour attaquer ses idées, c’est d’abord reconnaître que c’est un adversaire valable. Le Président Chirac l’avait bien compris, lui qui avait refusé un débat télévisé entre les deux tours de l’élection de 2002.

Lors d’une élection- si un candidat déclare qu’il est chrétien et que son rival politique est athée- les chrétiens devraient-ils voter pour le chrétien ?

Voter, une question de discernement…

Telle est la question posée sur le site 1001 questions, et qui a reçu la réponse suivante :

« Donner son vote à un candidat qui fait état de sa foi chrétienne supposerait qu’il dit vrai ! Et qu’il ne cherche pas simplement à gagner la confiance d’une partie de l’électorat (cela s’est vu en bien des lieux du monde) ».

[Ceci dit, comme le souligne un « répondant » à une autre question sur un thème voisin, il est toujours très difficile et délicat de se prononcer sur la foi de quelqu’un. Cependant les écritures nous donnent certains critères de jugement, notamment la confession de la bouche : « C’est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 10: 32), dit Jésus. Mais ce critère n’est pas suffisant, s’il ne s’accompagne pas des actes : le même Jésus a aussi dit que « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 7: 21)].

Ensuite, donner son vote à un candidat qui fait état de sa foi chrétienne supposerait « qu’il existe une politique chrétienne, autrement dit une façon chrétienne de gouverner, des choix chrétiens en matière économique, sociale, écologique, éthique… Or on trouve des chrétiens engagés dans des formations politiques aux options presque diamétralement opposées. Et ceux qui proclament que l’Evangile est « de gauche » ou « de droite » me paraissent bien téméraires.

Disons plutôt qu’il y a une manière chrétienne de faire de la politique : refus d’exercer le pouvoir à son profit, respect des règles et de la vérité, sens du service et du bien commun, souci des plus faibles… à l’image de Jésus qui a refusé le pouvoir qui lui était offert par les hommes (et le Diable!), et a choisi de régner dans l’abaissement de la croix, les chrétiens ont un rôle essentiel à jouer : rester vigilants à l’égard de toutes les dérives auxquelles le pouvoir peut conduire.

Bref, il vaut mieux voter pour un programme qui correspond à ses idéaux qu’en fonction de la foi ou de la non-foi de celui qui le porte, et s’assurer qu’une fois élu il respectera ses engagements ! »

D’après https://1001questions.fr/lors-dune-election-si-un-candidat-declare-quil-est-chretien-et-que-son-rival-politique-est-athee-les-chretiens-devraient-ils-voter-pour-le-chretien-glen/

« Note (fictive) au premier ministre » sur les conséquences d’une élection à la présidence de la République

Dans une note fictive au chef du gouvernement, un haut fonctionnaire envisage froidement le scénario, ou du moins, un scénario, envisageant les conséquences de l’élection de Madame Marine Le Pen à la présidence de la République. La présente note, parue dans le numéro du 24/10/16 de la revue Projet, aborde successivement la réaction des institutions, le fonctionnement de l’État, l’attitude de la société civile et celle des Français et la reconstruction des partis politiques. L’ordre public et les enjeux liés au prolongement de l’état d’urgence mériteraient une note spécifique. 

A l’époque, il s’agissait de l’élection du 7 mai 2017, dont l’annonce des résultats du premier tour m’avait particulièrement  interpellé : « Marine Le Pen est au second tour, mais nous sommes désormais bien loin du choc ou de la dramatisation du 21 avril 2002. Le FN, banalisé, ne fait plus vraiment peur. C’est inquiétant. Surtout quand des chrétiens (ou supposés tels) manifestent de plus en plus ouvertement leur vote pour ce parti, et ce, de manière décomplexée, par naïveté, calcul ou cynisme. Plus inquiétant encore est le climat actuel (tendu), qui empêche une réflexion commune, saine et sage, pour ne pas dire spirituelle et bibliquement fondée, sur la justification du vote (ou du non vote) FN »

Dans le film « Le Monde d’hier », du réalisateur Diastème, sorti en salle mercredi 30 mars et que l’on peut découvrir via la bande annonce citée en tête de cet article, le personnage du secrétaire général de l’Elysée, joué par Denis Podalydès, alerte la cheffe de l’Etat (jouée par Léa Drucker) quatre jours avant le premier tour de l’élection : le chef de file de d’extrême droite « ne fait peur à personne pour le momentmais tu sais comme moi qu’il est très dangereux. Il commencera en douceur, et puis… » Et puis l’« horreur », achève-t-il.

« A dix jours du scrutin présidentiel de 2022, l’« horreur » n’est plus associée dans l’opinion à Marine Le Pen », souligne un article du Monde daté du vendredi 01/04. « La candidate du Rassemblement national (RN) a plus que jamais adouci son image quand son programme demeure, lui, toujours contraire aux valeurs démocratiques et républicaines. Celle qui a évité de surfer sur le pouvoir de la rue pour tout miser sur la présidentialité et le respect du processus électoral s’affirme légaliste. De fait, elle promet de « respecter » la loi et la Constitution, mais elle entend, en réalité, changer l’une et l’autre de fond en comble. La politique prime le droit, assume-t-elle, avec l’ambition de mettre en œuvre un projet qui écorche droits fondamentaux et libertés individuelles, sans lesquels la démocratie n’est que le pouvoir du plus grand nombre et non le respect de tous ».

De quoi faire réfléchir quant aux conséquences de son vote, en vue du scrutin qui vient, et ce, d’autant plus que « Le Monde » a passé au crible le projet de la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle. Les modifications de la Constitution qu’elle prévoit visent à la mise en place d’un Etat autoritaire. Rien moins !

Lire la note dans son intégralité sur le site de la revue Projet.

Retrouver le sens « du » politique avec Clémenceau !

Ce qui est digne « ne peut être soutenu que collectivement, de façon que soit défendue cette zone transcendantale renvoyant à ce qui n’a pas de prix, mais une dignité » : par exemple, en retrouvant le sens « du » politique ?

« Nous assistons depuis quelque temps à l’évolution d’un certain genre de patriotisme que la France n’avait pas connu jusqu’à présent. C’est un patriotisme haineux et bruyant, qui ne fait pas œuvre d’union et d’apaisement, mais qui semble avoir pris pour programme de diviser et d’exciter les citoyens les uns contre les autres ».

Qui est l’auteur de tels propos ?

Vous séchez ?

Il s’agit de CLEMENCEAU, dans un DISCOURS DU 24 JUILLET 1887 !

Yannick Imbert repère le propos, au cours d’une lecture de la biographie du personnage, écrite par Michel Winock, spécialiste de l’histoire de la république française.

« Clemenceau prononça ce discours à un moment de grande tension, la IIIe république vivant une crise politique qui risquait de se transformer en crise civile et militaire sous l’influence et la réputation grandissante du général Boulanger », explique Yannick dans une note de blogue intitulée « leçons de Clémenceau ». « Lorsque ce dernier [le général Boulanger, donc] perdit le ministère de la guerre à la suite de l’un des changements de gouvernements dont la IIIe république avait le secret, un mouvement nationalisme fut prêt à le porter au pouvoir en 1889… mais par quels moyens ? L’attaque de Clemenceau se porte très tôt contre lui… dès 1887, mais elle est aussi dirigée vers ses concitoyens appelés aux urnes ».

De là cette question posée par Yannick Imbert dans sa note de blogue : « Quel est le rôle de l’homme, ou de la femme, qui a choisi comme vocation le service civil ? Pas la politique… mais bien le service de la société ». Ce que l’on appelle aussi « le » politique », soitla recherche du bien commun et de l’intérêt général.

« Clemenceau nous offre ici des indications… ou du moins ce sont quelques leçons tirées de ce Clemenceau de juillet 1887 », et par là même « un programme » idéal auquel lui, Yannick, « pourrait souscrire ».

Tout d’abord, « un premier rôle du politicien, le serviteur de la communauté civile, est de faire d’œuvre d’union et d’apaisement. Quelle règle étonnante dans le climat social, politique, et médiatique ! Faisons preuve d’imagination… peignez devant vos yeux une société qui serait guidée, par l’exemple, par une volonté d’unir et d’apaiser, non d’opposer et de blâmer. Ne pas être bruyant, afin de gagner par le volume plutôt que par l’argument, mais conduire dans l’humilité et le service ».

Yannick ne prétend pas « que le vieux Clemenceau soit un bon exemple, ni même que la possibilité se trouve au coin de la rue. Imaginons cependant ! Une société où personne ne serait exciter à tweeter au vitriol, où la parole publique serait écrite, construite, imaginée, pour unir ».

Lire la suite sur son blogue « De la Grâce dans l’encrier ».

« Pourquoi certains chrétiens ne regardent que les questions morales dans leur choix pré-électoral ? » 

Lui : « Je vais sauver notre mariage » ; Elle : « Tu vas arrêter de boire, de me tromper, de me battre et tu vas consulter? » ; Lui : « Mon Dieu non ! Je vais voter pour interdire le mariage gay ! » (Source : dessin paru dans « The Free Lance – Star ». Fredericksburg, Virginie. USA)

Une question de l’internaute « Caro » posée sur le site « 1001 questions », laquelle a reçu la réponse suivante du « répondant » :

« Effectivement, une partie des électeurs chrétiens accordent beaucoup d’importance à des critères comportementaux, moraux ou éthiques pour choisir pour qui ils voteront. Et les candidats le savent bien : se positionner contre l’avortement, contre le mariage gay, contre la polygamie de certains, a un fort potentiel de séduction à l’égard de certains chrétiens, qui font de ces sujets des enjeux premiers.

C’est assez étonnant quand le ministère de Jésus proposait une toute autre posture, aider une femme (en Jean 8) à sortir de sa logique d’adultère plutôt que de la condamner, contribuer à réintégrer des exclus (en Luc 17v11-19) plutôt que de les stigmatiser, choisir le pardon plutôt que la condamnation (Jean 3,16-17).

Ce sont sur d’autres sujets éthiques que Jésus s’est fortement positionné« . Des priorités à découvrir comme autant de critères de discernement pour nos choix ou nos votes, dans la suite de l’article à lire sur 1001 questions.

« L’imagination au pouvoir » : des alternatives à « Notre projeeet ! »

Une invitation à se mettre collectivement en route, au profit d’une pensée hors cadre (source image : public domain pictures)

Pensée hors-cadre

Huit semaines avant le retour aux urnes. La campagne électorale bat son plein sous un ciel sombre. Sécurité et immigration polarisent « les débats » quand l’écologie, la justice sociale et la démocratie devraient mobiliser bien davantage. À l’orée de cette longue séquence présidentielle et (ne l’oublions pas) législative, comment retrouver la capacité d’envisager un avenir désirable ?

L’imagination est cette faculté que possède l’esprit de se représenter ou de former des images. Instrumentalisée, dévoyée, reléguée au rang de la rêverie, elle doit être réhabilitée en tant qu’arme politique, au sens premier du terme.

« L’imagination au pouvoir », c’est la perspective défendue, pour développer le goût et la capacité de faire jouer l’imagination d’un avenir désirable, à découvrir dans le dernier dossier de la Revue Projet, laquelle propose des alternatives à « Notre projeeet ! » Après le débat, la représentation, l’écologie ou encore la décision, ce volet constitue le dernier opus et point d’orgue d’une série politique sur les nouveaux enjeux de la démocratie.

Ainsi, parole est notamment donnée à Amandine Lebreton, porte-parole du Pacte du pouvoir de vivre. Partenaire de ce numéro, ce jeune collectif réunit plus de soixante-cinq organisations de la société civile – syndicats, associations, fondations – et mène campagne, non pour un candidat ou une figure « charismatique »/ »messianique », mais pour un projet de société fondé sur la justice sociale, l’écologie et la démocratie. Il propose un vaste projet autour de quatre-vingt-dix propositions qui forment un tout devant la complexité des défis à relever.

A découvrir aussi, dans ce numéro :

Une candidate au pouvoir : introduction

Si la politique est associée au pragmatisme, l’imagination est généralement assimilée à la fiction, à la rêverie ou à la création artistique. Et pourtant, elle est, au même titre que le débat ou la représentation, une composante essentielle au bon fonctionnement de la démocratie.

« La politique empêchée »

La politique peine à faire de l’imagination un véritable outil de transformation sociale. Pour Corinne Morel Darleux, ex-conseillère régionale Auvergne Rhône-Alpes et romancière, s’en priver condamne à l’impuissance. 

Pub ou politique 

Le marketing politique use souvent de la mise en récit pour promouvoir des programmes présentés comme innovants et imaginatifs. Trois recommandations pour éviter les chausse-trappes.

Pas d’avenir sans collectif

Sans front collectif, nous avons bien peu de chances de répondre aux enjeux politiques, climatiques et sociaux de notre siècle, comme le souligne Amandine Lebreton, porte-parole du Pacte du pouvoir de vivre.

Découvrir l’ensemble du numéro, lequel est un antidote au charlatanisme du « c’était mieux avant » et du déclinisme, comme à l’indignation stérile et à la nostalgie d’un passé idéalisé. 

Un appel à se mettre en route, à l’instar d’un certain Abraham (Gen.12), qui a appris que son identité n’était pas derrière lui, mais devant lui.