Les 3 premières « questions premières » de Dieu à l’humain

Dieu nous parle et nous pose même les « bonnes questions » : les toutes premières « questions premières », fondamentales

« La métaphysique », c’est l’art de (se) poser les bonnes questions, écrivions-nous il y a quelques années sur ce blogue.  Ces « bonnes questions » sont des questions dites « fondamentales » (en rapport au sens de la vie, à la mort, au bien et au mal, ou à Dieu…) que chaque être humain peut (ou est censé) se poser.

Au début du premier livre de la Bible, la Genèse, ce n’est pas l’homme qui se les pose ou les pose à Dieu, ces questions, mais c’est Dieu qui pose les toutes premières « questions premières » à l’humain, à un moment particulier où celui-ci est en faillite devant le projet divin.

Dieu nous pose ces questions, non « pour savoir » (comme s’il ne savait pas !), mais parce qu’il est bon que nous les entendions.

Question 1 : Où es-tu ? (Gen.3v9)

Dieu pose cette question à Adam, parce que ce dernier s’est caché de lui… de honte, car il a réalisé qu’il était nu, après avoir désobéi à Dieu.

Dieu pose cette question pour qu’Adam puisse répondre et dire la vérité sur sa situation, sur ce qu’il a espéré cacher à Dieu.

Dire la vérité ouvre une porte de sortie, avec la possibilité de se repentir et d’être pardonné, pour la restauration de la relation (Cf 1 Jean 1v5-9)

Actualisation : « Où (en) suis-je » dans ma vie ? (rapport à moi-même, aux autres, à ma foi, à ma capacité d’espérer, à ce qui a le plus de valeur ou ce qui prend le plus de place dans ma vie…?)

Evaluer ma capacité à tout vivre sous le regard de Dieu, qui connaît et voit toute chose, pour vivre dans la paix, la sécurité, la confiance et l’espérance.

Question 2 : Qui t’a appris (que tu étais nu…) ? (Gen.3v11)

Une question d’actualité ! Ou, dit autrement : Qui as-tu écouté ? Sous l’autorité de quelle parole t’es-tu placé ? Qui a parlé ? A quelle source d’info as-tu porté du crédit ? D’où tiens-tu cette idée ? Quelles sont tes sources d’inspiration, de connaissance, de ce que tu sais, de ce que tu crois, de ce sur quoi tu fondes ta vie ?

A quelle source fiable revenir ? Qu’est-ce qu’une source fiable ? « La recherche de la vérité est la condition d’une information digne de ce nom, crédible ». Christ est la vérité. La Parole de Dieu est la vérité. Le Saint-Esprit est l’Esprit de vérité, lit-on dans l’Evangile selon Jean.

Actualisation : « Seigneur, que veux-tu que j’apprenne de telle situation ? Inspire-moi par ta Parole et ton Saint-Esprit ».

Question 3 : Où est ton frère ? (Gen.4v9)

Une question qui nous décentre de nous-même, nous ouvrant aux autres, laissant entendre que la réponse ne peut jamais être : « je ne sais pas ».

Que suis-je en train de faire de mon frère ? De mon prochain ?

Qui est, d’ailleurs le plus souvent au centre, dans ma vie ?

Significatives de l’intention de Dieu à notre égard, ces « questions premières » sont à garder, pour nous les poser quotidiennement, pour faire le point sur notre situation, et ce sur quoi nous espérons, afin de vivre une vie plus conforme au projet de Dieu. « Ouvertes », ces questions nous libèrent en….nous ouvrant un avenir et une espérance.

Pour aller plus loin : découvrir, dans les Evangiles, comment Jésus a vécu ces trois questions.  Ex : Luc 9v51 ; Jean 11v6 ; Jean 5v20, 30 ; Jean 8v38-40 ; Matt.9v36 …..

D’après une prédication du Pasteur Gilles Boucomont, le 29/08/21

« Un seul mot peut tout changer »

« Un seul acte arrive à tout changer, un seul mot peut tout arranger… » [« Just one touch and everything changes, everything changes / With one word the world rearranges, the world rearranges »], dit un chant chanté lors du culte de dimanche dernier.

« Un seul mot » ou une seule parole…confessée, déclarée, donnée, accueillie…pour (re)venir, (se) réconcilier, se réajuster, révéler, remercier, recadrer, redresser, relever, encourager, édifier, consoler, pardonner, délier, libérer….

« S’il te plaît »

 « Pardon »,

« J’ai péché (contre toi, Seigneur et contre les hommes »)

« Je me repens »,

« Seigneur, prends pitié de moi, qui suis un pécheur… »

« Tes péchés sont pardonnés »,

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font »

« Reviens »

« Viens »

« Suis-moi »

« Reste avec nous »

« Toi qui a faim (et soif), viens » (et mange, bois gratuitement…). Voir d’autres paroles semblables ici, ou .

« Reçois »

« Merci ! »

« Ne crains pas »

« J’ai entendu et vu (ta détresse) »

« Grâce et paix »

« Je crois, Seigneur : viens en aide à mon manque de foi ! »

« Seigneur, sauve-moi ! »

« Ta foi t’a sauvé (guéri) »

« M’aimes-tu ? »

« Je t’aime d’un amour éternel »

…..

Quelle est cette « parole qui peut tout changer », pour vous, aujourd’hui ?

Vœux pour accueillir

Ce que l’on peut se souhaiter de mieux : recevoir et accueillir…. Source image : public domain pictures

Je te souhaite pour les temps qui viennent

Non pas de réussir dans toutes tes entreprises,

Mais de recevoir et d’accueillir

Dans ton cœur et dans ta vie,

Jour après jour et pas après pas,

L’amour de Dieu qui donne sens à l’existence.

Je te souhaite, non de ne subir aucun échec,

Mais d’accueillir comme un don

La force qui permet de rester debout malgré les lourds fardeaux.

Je te souhaite non des jours paisibles,

Mais la capacité de te laisser déranger par les autres,

D’accueillir celui qui est différent comme un envoyé de Dieu.

Je te souhaite non d’avoir réponse à toutes les questions,

Mais de savoir recevoir les interrogations des autres,

De porter avec eux leurs peines, leurs soucis, leurs conflits,

Pour être auprès d’eux une sœur, un frère solidaire,

Porteur d’amour et de paix.

(Chemin d’Avent, Ed. du Signe 1995, p 55. Texte cité par le Pasteur Didier Crouzet, le 25/07/21, en fin de culte, au moment de « l’envoi »)

Pique-nique géant au lac de Tibériade

La scène de la multiplication des pains dans « l’Evangile de Jean »(2014), de la série « 4 Evangiles – les films », de David Batty.

Voici une étonnante prédication, à l’angle original, sur le thème de l’accueil.

Passages bibliques : 2 Rois 4, 42-44 ;   Rm 15, 1-7 ; Jean 6, 1-15            

Contexte : Lors d’un culte protestant, Dimanche 25 juillet 2021

Texte original : Pasteur Didier Crouzet, que je remercie chaleureusement pour m’avoir aimablement autorisé à publier son message sur Pep’s café! le blogue.

Tout récemment, lors de fouilles au nord d’Israël, des archéologues ont découvert les archives d’un journal de l’époque de Jésus, « Galilée-Soir ». A la date du 6 mars de l’an 33, on peut lire à la Une : « Pique-nique géant au bord du lac de Tibériade. Plus de 5000 personnes se gavent de pain et de poisson ». (Suite de notre enquête exclusive en pages intérieures).

En pages intérieures, l’article poursuit : « D’après les témoins, une foule énorme était massée sur les pentes de la colline qui surplombe le lac. La raison ? Un homme, un certain Jésus, originaire de Nazareth, dont nos colonnes ont déjà relaté les exploits : d’après plusieurs témoins, il aurait changé de l’eau en vin lors d’un mariage dans le village de Cana; il aurait guéri un paralysé à Jérusalem. Au dire des nombreuses personnes qui l’ont rencontré, il émane de sa personne une sorte de magnétisme assez extraordinaire. Il parle avec une telle conviction que ceux qui l’écoutent sont subjugués. Tout laisse à penser qu’une belle carrière politique s’ouvre devant ce Jésus. L’avenir nous le dira.

Mais revenons à ce pique-nique géant. Une foule estimée à 5000 personnes avait donc suivi Jésus, espérant sans doute assister à un miracle ou au moins entendre quelques belles paroles. Ils n’ont pas été déçus ! Selon les témoins qui ont assisté à la scène (!), Jésus se retrouve en haut de la colline avec cinq pains et deux poissons. Il prononce quelques mots et il commence à distribuer pain et poisson. Pas seulement des miettes, mais des dizaines, des centaines de morceaux de pain et de poissons, tant et tant qu’il en est resté douze énormes paniers ».

Alerté par le bouche à oreille sur l’événement, notre correspondant en poste à Tibériade, s’est précipité sur les lieux et a pu retrouver plusieurs témoins de ce piquenique géant.

Madame Benbassa est encore sous le coup de l’émotion. « Je me trouvais là au pied de la colline avec mon mari et mes enfants. Mon mari est pécheur et comme ça ne mordait pas beaucoup, il nous avait emmenés dans sa barque voir ce Jésus. Dans notre petit village de Galilée, ce n’est pas tous les jours qu’on a de la distraction ! Donc on arrive sur la plage, on amarre le bateau et on commence à monter vers le haut de la colline où se trouvait Jésus. Mais à un moment, on ne pouvait plus avancer tellement il y avait de monde. Donc, on se pose sur l’herbe un peu n’importe comment et on attend. Rien ne se passe. Tout à coup, on voit Jésus se lever, prendre des pains et des poissons qu’il avait trouvé je ne sais où, et dire quelques mots, qu’on n’a pas bien entendus, parce qu’on était loin. Mais ceux qui étaient devant nous ont rapporté qu’il avait dit « Merci », comme un père de famille qui fait la prière avant le repas…

Et puis du pain a commencé à circuler. Je me suis dit : « il n’y en aura jamais assez pour tout le monde. Je sais bien les quantités qu’il faut pour nourrir une famille, et ce n’est pas avec ces cinq pains et ces deux poissons qu’il va pouvoir donner à manger à tous ces gens. ». Je me disais aussi que seuls les premiers rangs auraient la chance de recevoir une miette et que ça allait être la foire d’empoigne pour s’approcher de Jésus. Et alors, il s’est passé une chose incroyable. Les amis de Jésus, ses douze plus proches, nous ont fait mettre en rang, ils nous ont demandé de nous asseoir on nous disant que tout le monde allait être servi. Franchement, on n’y croyait pas. Et puis les paniers sont arrivés, on a pris un morceau, puis deux, puis trois puis autant qu’on en voulait. Plus on mangeait, plus y’en avait. On s’est gavés comme des malades. On n’avait pourtant rien réclamé mais c’est comme si Jésus avait deviné qu’on avait faim.

Vous vous rendez compte ! On était arrivés comme des curieux pour voir une vedette, on n’espérait même pas l’approcher, trop de monde, et c’est lui qui s’est approché de nous, c’est lui qui a pris soin de moi en me donnant à manger plus que je ne pouvais en recevoir. Moi, une anonyme, qui trime toute la journée, qui doit préparer les repas et donner à manger à toute la famille, voilà qu’il m’invite et me nourrit. Quelle bonté ! Quelle générosité ! Quel sens de l’accueil ! Un homme capable de distribuer autant, jamais je n’ai vu ça. Une telle abondance, c’est extraordinaire. Et puis inviter autant d’inconnus gratuitement sans faire de différence entre les gens, sans rien demander, c’est quand même super sympa ! Je dis « inconnus », mais en fait, en le regardant, en ayant entendu par le bouche à oreille qu’il avait parlé comme un  père de famille, on se sentait un peu ses enfants, comme si on était de la même famille, une seule et grande famille ». Madame Benbassa poursuit.

« Après coup, je me demande pourquoi il a fait ça, Jésus. Il n’était pas obligé. Il aurait pu simplement faire un discours ou guérir quelques malades. En tout cas, on dirait vraiment un prophète, comme ceux dont les anciens nous parlaient, comme Elisée qui avait aussi nourri cent personnes avec vingt pains. Mais alors si c’est un prophète, il parle et agit au nom de Dieu. Et s’il m’accueille moi et les autres comme un père, ça veut dire que je fais partie de la famille de Dieu, que Dieu m’accueille comme je suis, moi, la mère de famille qui n’ai jamais voix au chapitre, moi qui suis cantonnée à la maison et à la cuisine. Ça veut dire que pour Dieu et pour Jésus, je vaux autant qu’un homme. Ça, c’est un vrai miracle ! »

Après le témoignage très touchant de Madame Benbassa, notre correspondant a voulu retrouver celui sans qui rien ne serait arrivé, le petit garçon ! Grâce à une enquête minutieuse, il a fini par le localiser. Interview.

« Comment t’appelles-tu ? » – Gabriel.  « Gabriel, tu as quel âge ? » – 13 ans. « Que faisais-tu au bord du lac ? » – Ma mère m’avait mis cinq pains et deux poissons dans un panier que je devais apporter à mon père qui travaillait dans les champs. C’était son casse-croûte de la journée. « Et qu’est-ce qui s’est passé ? » – Je marchais sur la crête au-dessus du lac quand j’ai vu plein de gens qui arrivaient. J’ai accéléré pour passer avant qu’ils arrivent en haut et à un moment, un gars m’a arrêté et m’a pris par le bras. Il était avec une bande de copains dont un semblait être le chef. Il a pris mon panier, il l’a montré au chef et lui a dit quelque chose comme « Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse avec cinq pains et deux poissons ? Il n’y en aura jamais assez ».

Je m’apprêtais à repartir, parce que mon  père attendait son casse-croûte. Et puis le chef a pris mon panier. Là, j’ai commencé à paniquer. Qu’est-ce que j’allais dire à mon père et à ma mère ? Mais, qu’est-ce que je pouvais faire ? Le chef a sorti les pains et les poisons, il a dit quelques mots et comme par magie, il a fait sortir du pain de partout et aussi du poisson. Et ça n’arrêtait pas. Comment c’est possible, je ne sais pas. Mais finalement, je suis reparti avec mon panier encore plus rempli qu’au départ. Quand j’ai raconté cette histoire à mes parents, ils m’ont pris pour un fou. Mais je leur ai dit que ce serait dans le journal. Quand même, heureusement que je passais par-là ! »

Merci Gabriel. Oui, sans toi, sans le peu que tu avais apporté, il n’y aurait pas eu de miracle. Comme dit, le proverbe, « on a toujours besoin d’un plus petit que soi ». Et Jésus avait besoin de toi à ce moment-là. Mais dis-moi, tu saurais reconnaître le gars qui t’a pris par le bras, le copain de Jésus ? – Oui, je crois.

Notre correspondant s’étant renseigné, il retrouve Jésus et sa bande à Capharnaüm, et avec l’aide du jeune Gabriel, il réussit à identifier celui qu’il cherchait, André. « André, vous faisiez partie du groupe qui était avec Jésus lorsqu’il a multiplié les pains et les poissons. Comment avez-vous vécu cet événement ? – Assez mal, je dois dire. Avec les copains, on se dit souvent que ce n’est pas facile de vivre avec Jésus. Il nous aime bien, mais il nous prend souvent pour des benêts. Remarquez, il n’a pas tort.

C’est vrai que parfois, il est difficile à suivre, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, ce qu’il veut, ce qu’il attend de nous. Mais là, c’était le bouquet. Avec le recul, je l’ai un peu en travers de la gorge. On était sur la colline, au-dessus du lac pour prendre un peu de repos. Et puis la foule arrive. On a vite compris que la sieste était terminée ! Ensuite, Jésus nous demande comment on va nourrir la foule qui arrive. Comme si on le savait ! Philippe, qui sait bien compter, fait un rapide calcul : même avec 200 pièces d’argent, on n’aurait pas assez pour donner du pain à tout le monde. 200 pièces, c’est énorme ! C’est 200 jours de travail d’un ouvrier ! Et puis va trouver une boulangerie en pleine campagne capable de cuire du pain pour 5000 personnes ! Enfin bref, Jésus, il nous mettait vraiment dans l’embarras en nous faisant sentir nos limites. Alors qu’en fait, il savait très bien ce qu’il faisait !

On était là à se gratter la tête quand j’ai vu le garçon avec son panier. J’ai dit à voix haute ce que je pensais tout bas : « cinq pains et deux poissons, c’est rien du tout pour autant de gens ». Et là, Jésus nous a tous scotché : il nous a demandé de faire asseoir les gens en bon ordre, il a pris le pain et puis les poissons, il a fait une prière et paf, ce fut l’abondance. Il avait déjà fait le coup à Cana, avec l’eau changée en vin. Après il a fallu ranger, ramasser les restes et les mettre dans des paniers. Avec les copains, on n’a pas tout compris, mais au moins, en faisant le ménage, on a servi à quelque chose. »

Merci André pour ces informations. Je voudrais vous demander un service : est-ce que vous pensez que je pourrais avoir en exclusivité un entretien avec Jésus ? André alla trouver Jésus qui accepta bien volontiers, car il était toujours prêt à partager non seulement le pain et le vin, mais aussi la parole. Voici ce qu’il nous a confié.

« Oui, c’est vrai, j’y suis allé un peu fort avec mes compagnons, mais je voudrais tellement qu’eux et ceux qui nous liront, comprennent deux choses.

La première, c’est que j’accueille tout le monde sans exception. J’accueille chacun comme un membre de ma famille, sans conditions et je donne à chacun de quoi nourrir sa vie. Peu importe s’ils sont pratiquants, s’ils sont pauvres ou riches. Peu importe la couleur de leur peau. Peu importe avec qui ils passent leur nuit. Ce que je veux, c’est qu’ils se sachent accueillis et aimés par Dieu mon père et leur père.

Peut-être que dans 2000 ans, mes successeurs mettront des conditions pour participer à la Sainte Cène. Peut-être enfermeront-ils mes paroles dans des formulations dogmatiques, des abstractions intellectuelles, des consignes morales qui feront fuir les gens loin de moi. Moi, je voudrais que tous comprennent que c’est l’accueil inconditionnel qui constitue l’attitude fondamentale du chrétien. Et si je parlais dans 2000 ans, je dirais à tous mes disciples que nous n’accueillons pas parce que c’est poli, parce que ça se fait en société, mais parce que nous avons été nous-mêmes accueillis par Dieu qui appelle chacun par son nom. C’est fort de cette expérience que nous sommes à notre tour capables d’accueillir : sans jugement, sans a priori, sans condescendance. Que nous réservons les mêmes honneurs au nouveau venu et à celui qui est au Conseil presbytéral depuis 20 ans. Que nous avons la même considération pour celui qui fait un don généreux chaque année et pour celui qui ne donne que quelques sous à la collecte.

La deuxième chose que j’aimerais qu’ils comprennent, c’est que le pain, c’est-à-dire ce qui fait vivre, ce qui donne sens à la vie, c’est un don. Ce n’est pas une question d’argent. Je savais bien que nous n’aurions jamais assez d’argent pour acheter du pain à 5000 personnes. C’est pourquoi j’ai misé sur le partage et sur le don. Le pain-sens de la vie n’est pas plus lié à un combat politique. Je sais bien que la foule aurait voulu que je la mène à Jérusalem et que je prenne le pouvoir. Mais ce n’est pas comme ça qu’on donne un sens à sa vie. Le sens de la vie, le pain qui nourrit en profondeur, ce n’est ni l’argent, ni le pouvoir. C’est quelque chose qui se reçoit, c’est un don qui vient de Dieu votre père : un amour qui accueille sans conditions. Avec le Dieu de Jésus-Christ, c’est le règne de l’amour, quoi qu’on fasse, quoiqu’il arrive».

Voilà comment  « Galilée-soir », le grand quotidien du Nord de la Palestine, rendit compte du miracle que Jean raconta plus tard dans son Evangile.  Amen.         

Comment exercer sa responsabilité pastorale, face à la question du vaccin contre la COVID-19 ?

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » : un sage enseignement que « Spiderman » a appris à ne jamais oublier…

Les chrétiens sont divisés sur la question : certains préconisent la vaccination par amour pour le prochain, d’autres laissent ce choix à la conscience de chacun et d’autres encore la proscrivent absolument.

Compte tenu de ces divergences, comment les pasteurs devraient-ils aborder le sujet du vaccin contre la COVID-19 avec leurs assemblées ? Devraient-ils encourager les gens de leur Église à se faire vacciner ?  Comment exercer sa « responsabilité pastorale » et comment équiper les membres de l’église dans un tel contexte ? Comment manifester concrètement l’amour du prochain ?….

 Cinq pasteurs américains ont bien voulu expliquer à Christianity Today comment des facteurs tels que l’origine ethnique, la théologie et la composition de la congrégation influencent leur approche du problème. Une chose est sûre, de l’aveu de certains d’entre eux : « nous ne devrions pas laisser la question nous diviser entre chrétiens » et « s’il y a une chose que la pandémie nous a montrée, c’est que nos vies et notre santé sont étroitement liées à celles des autres »(1).

En savoir plus dans cet article de Christianity Today, compilé par Rebecca Randall. Traduit en français par Simon Fournier et révisé par Léo Lehmann

Note :

(1) Commentaire d’un ami et frère pasteur français, exerçant son ministère en France, après la lecture de cet article : « Personnellement, et vues les circonstances entourant ce virus, je ne dirais pas aux gens de se faire vacciner ou pas. Ils sont libres de leur décision. Par contre, nous avons un devoir de dé-diaboliser le vaccin et d’informer le plus justement possible ceux qui souhaitent des conseils. Nous avons besoin de sagesse. Merci.

Tous les points de vue doivent être examinés. Ce qui est dommage, c’est que nous ne disposons pas d’enquête du même genre en France, car la situation américaine est totalement différente, la culture aussi ».

Dieu et le débat transgenre : que dit vraiment la Bible sur l’identité de genre ?

Attention : Ceci n’est pas un débat !

« Attention, ceci n’est pas un débat ! », nous prévient d’emblée Andrew Walker, l’auteur d’un ouvrage publié en 2021 chez BLF éditions.

Et c’est ce que j’ai apprécié de sa part, à la lecture de ce livre : nous sommes en effet invités à aller au-delà des termes piégés « débat » et « transgenre » du titre, pour garder ainsi en permanence à l’esprit qu’il s’agit avant tout d’êtres humains.

Je ne sais si Andrew Walker est le premier (chrétien, évangélique, du moins) à aborder ce sujet délicat. Mais l’intérêt (mais aussi les limites, de l’aveu même de l’auteur) du livre est de poser les bases pour une réflexion et une réponse compatissante de la part (et au sein) de l’Eglise, à la suite (et dans l’esprit) de Jésus-Christ et de l’Evangile, à un défi d’aujourd’hui. En effet, « Jésus savait affronter les questions qui font débat. Mais avant tout, il aimait les gens », rappelle Andrew Walker en ouverture de son livre.

C’est dans cet esprit que nous refléterons le plus fidèlement possible qui est Dieu, en évitant les écueils de la condamnation, de la fuite, du conformisme et du relativisme, autant de postures à mille lieux de l’amour, de la grâce, de la vérité et de la justice.

Dans le même esprit, nous chercherons alors ensemble des réponses aux questions et enjeux suivants : Qu’est-ce que la Bible dit réellement à propos de l’identité de genre ? Qu’est-ce qu’être un humain créé à l’image de Dieu ? Qu’est-ce qu’être un homme et une femme ? Que faire concrètement le jour où nous serons confrontés à cette question d’identité ? Pas seulement en étant interpellés par des personnes « extérieures », mais en étant directement concernés, touchés dans notre intimité, confrontés à nos propres luttes et questionnements ou celles de nos proches, mes enfants… ?

Comme l’explique Andrew Walker, « ce livre est un début » et « pas une fin ». Il pose les bases et un cadre, nous invitant à aller plus loin.  A nous d’aller ensemble de l’avant, avec compassion, à la suite de Jésus-Christ, qui lui-même nous envoie deux par deux, pour annoncer que le règne de justice et de paix de Dieu – Dieu qui « fait toutes choses nouvelles » – est proche.

Le champ nous est donc ouvert pour des actions appropriées et significatives, voire même pour d’autres ouvrages complémentaires – plus approfondis encore sur d’autres pistes qui n’ont pu être développées dans le livre, mais aussi pratiques, dans une perspective plus « pastorale » et éducative sur la question.

A nous de jouer !

En bref :

« Dieu et le débat transgenre : que dit vraiment la Bible sur l’identité de genre ? » d’Andrew Walker. BLF éditions, 2021. Préface de Sam Allberry, auteur de « Dieu est-il homophobe ? ». Reçu gracieusement en service presse de la part de BLF éditions, que je remercie chaleureusement. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Table des matières

Préface de Sam Allberry

1. Il était plein de compassion

2. Comment en sommes-nous arrivés là ?

3. Le vocabulaire

4. Ce qui motive nos décisions

5. Une conception parfaite

6. Beaux, mais abîmés

7. Un avenir meilleur

8. Aime ton prochain

9. Le chemin n’est pas facile

10. Le défi de l’Église

11. En parler aux enfants

12. Des questions épineuses

13. Des mains ouvertes

Remerciements

Glossaire

Index

Une vision chrétienne de l’éducation

Comment servir le Christ tout en faisant sa propre éducation ? Source image : public domain pictures

Parmi les clichés les plus répandus des discours de promotion, il en est un qui stipule que les études [et plus largement, l’éducation, l’école…] ne doit pas nous remplir de connaissance mais nous apprendre « comment penser », relève l’écrivain David Foster Wallace (1961-2008), dans ce discours mémorable(1) devant la promotion 2005 des étudiants de Kenyon College.

Mais l’on peut estimer suspect ou insultant d’entendre quelqu’un nous expliquer “comment penser” puisque, croyons-nous, nous savons déjà “comment penser”. En réalité, comme l’explique David Foster Wallace, l’on peut « postuler que ce cliché sur [les études] n’est pas du tout insultant parce que le vrai et significatif enseignement de la pensée que nous devons acquérir n’est pas tant celui de la capacité à penser mais plutôt le choix de ce à quoi nous devons penser ». Plus exactement, « apprendre comment penser signifie apprendre à contrôler comment et à quoi [nous pensons]. Cela signifie être suffisamment conscient et éveillé pour choisir ce à quoi [nous allons] prêter attention et comment [nous tirons] du sens de [notre] expérience ».

En ceci, soutient David Foster Wallace devant ses étudiants, « est la liberté de la vraie éducation », soit d' »apprendre à être bien ajusté”, en décidant « en conscience ce qui a du sens et ce qui n’en a pas ». 

A ce sujet, le chrétien – celui qui reconnaît Jésus-Christ comme (son) Seigneur – est censé avoir une véritable vision de l’éducation, et même savoir ce que signifie être « bien ajusté ». Et être « bien ajusté » pour un chrétien, c’est être positionné du côté de Jésus-Christ, vénérant Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » plutôt que les idoles (1 Thes.1v9). 

En guise d’exemple notable, et comme en écho à David Foster Wallace, voici un penseur chrétien, le philosophe danois Søren Kierkegaard, qui estime « avoir servi la cause du christianisme, tout en y faisant (sa) propre éducation ». Cet auteur protestant [dont nous avons déjà parlé sur Pep’s café! le blogue], considéré comme étant « le père de l’existentialisme », voulait nous expliquer ainsi comment le travail de toute sa vie fut essentiellement un travail d’éducation.

Le portrait de cet « éducateur existentiel », réalisé par Maxime Valcourt-Blouin dans le numéro d’automne 2019 du magazine Le Verbe (2), nous apprend que « l’un des questionnements fondamentaux de Kierkegaard dans son œuvre est : « Qu’est-ce que communiquer ? » Ou, plus précisément : « Comment communique-t-on la vérité éthique et religieuse ? » La question de la communication n’était donc pas pour lui une simple question de curiosité, elle était au principe de tout un projet éducatif. Sa réponse était que la communication véritable est une communication de pouvoir, la transmission d’une capacité, du pouvoir de faire quelque chose… et non pas simplement l’acte de remplir une tête d’idées toutes faites. Mais de quel pouvoir s’agit-il quand on parle de vérité éthique et religieuse ? « La vérité est la subjectivité », selon Kierkegaard. Je suis moi-même dans la vérité, je suis moi-même « vrai », si ma vie s’accorde avec la Vérité avec un grand V. La vérité n’est donc pas une simple idée, mais bien la norme qui mesure mon existence. Elle est un idéal éthique et religieux. Pour un croyant comme Kierkegaard, il n’y avait pas de plus grand pouvoir, de plus grande capacité humaine que d’exister en toute vérité selon la Vérité éternelle. « Communiquer la vérité éthico-religieuse », l’enseigner, cela signifiait donc pour lui aider autrui à vivre selon Dieu.

Parce que Kierkegaard voulait toujours transmettre le pouvoir de vivre selon la vérité – et non pas simplement véhiculer des idées nouvelles au plus grand nombre –, il avait en profonde aversion le « public ». Il ne voulait jamais parler à un public, mais toujours à « cet individu qu’avec joie et reconnaissance [il] appelle [son] lecteur ». En d’autres termes, sa communication était toujours de personne à personne, et elle préférait toujours suggérer quelque chose de neuf plutôt qu’imposer une idée.

Dans ses textes, Kierkegaard ne cherche jamais à imposer son point de vue. « Sans autorité », se disant toujours lui-même simple disciple et apprenant, il use sans cesse de stratagèmes pour brouiller les pistes et faire prendre conscience que ce qui importe, ce n’est pas son point de vue, mais ce que son lecteur fait lui-même de ce qui est écrit. Ce dernier est ainsi toujours pris pour engager sa propre responsabilité et sa propre opinion à l’égard du texte, il doit toujours prendre une décision sur le sens définitif que les textes de Kierkegaard vont avoir pour lui et pour sa vie (….).

Si, dans son œuvre, Kierkegaard défend la cause de l’individu, c’est d’abord parce que, pour lui, chaque être humain est aimé d’un amour inconditionnel par son Créateur. La réalité de l’amour de Dieu et la possibilité de l’aimer en retour confèrent à l’existence individuelle toute sa valeur et sa dignité ; elles font de chaque être humain un être apte, par sa compréhension et son amour, à atteindre un rapport plénier avec cet amour premier qui fonde toute existence. Cette conviction profonde qu’avait Kierkegaard était pour lui la signification décisive, ultime, de l’existence. Et elle signifiait à ses yeux que chacun avait la tâche individuelle de s’approprier cette vérité de manière à se réaliser pleinement lui-même devant Dieu. Aider chacun à réaliser cette tâche, telle était la finalité ultime de l’éducation à laquelle il voua sa vie »(2). 

Au final, si Jésus-Christ « règne » de façon effective dans ce domaine de nos pensées, nous pouvons espérer vivre une libération (et/ou guérison) et une paix authentiques à ce sujet, pour vivre la « vie abondante » promise par Jésus (Jean 10v10).

Sur le même sujet, lire aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/11/09/integration-biblique-dans-les-ecoles-chretiennes-quelles-finalites/

Notes :

(1) A lire sur https://umanz.fr/essentiels/30/08/2019/cest-de-leau

(2) D’après Maxime Valcourt-Blouin. « Soren Kirkegaard, l’éducateur existentiel » IN magazine Le Verbe, automne 2019, pp 44-47.

Le Verbe.com témoigne de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. La joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste aux abonnés), un site web animé par une quarantaine de collaborateurs réguliers et une émission de radio hebdomadaire, On n’est pas du monde (diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion).

Un vaccin contre la mort

La croix : « scandale pour les uns, folie pour les autres », mais pour ceux qui croient : « vaccin contre la mort » ! (Source image : public domain pictures)

« Si nous n’avons pas prêché la croix, nous n’avons pas annoncé l’Evangile », a-t-on coutume de dire, avec raison.

Justement, voici une manière inédite, inspirante et inspirée, de « prêcher la croix », « scandale pour les uns, folie pour les autres », mais, « pour nous qui croyons, puissance et sagesse de Dieu » ! (1 Cor.1v23-24) Bonne lecture !

« Se faire vacciner, c’est accepter que soit injectée en nous une micro-dose de la maladie afin que notre corps puisse y réagir. Notre système immunitaire communique l’information partout, comme quoi désormais, nous aurons les moyens de résister à la maladie, si elle venait vraiment nous attaquer. Tout notre être a les codes secrets pour la contre-attaque ! 

Quand Jésus est mort, personne n’a vraiment réussi à comprendre pourquoi il n’avait pas évité la mort. S’il était le fils de Dieu, il pouvait mettre en œuvre des tas de moyens pour rester en vie, pour échapper à cette destinée. Mais en réalité, le but de sa venue, c’était d’écraser la mort, et donc d’envoyer l’information de sa victoire sur le fléau qu’est la mort jusqu’aux extrémités de la création. Il a donc accepté de mourir, vraiment, pendant trois jours, afin de pouvoir ressusciter pour l’éternité. Ce qui fait dire à Esaïe qu’il « a pris sur lui toutes nos maladies » (Matt.8v17). En acceptant que la mort le saisisse, en se laissant ramener à la vie par Dieu son Père, il a en quelque sorte vacciné l’humanité contre la mort. Elle pourra nous attaquer, mais à tous ceux qui auront reçu l’information, il sera donné que la mort n’ait plus le dernier mot. Ils seront affectés pour un temps, mais Dieu les relèvera, les ressuscitera, en quelque sorte les guérira de la mort pour une vie éternelle. 

Quand Jésus va sur la croix, c’est donc l’humanité qui entre dans l’incroyable processus de vaccination contre la mort ».

Initialement publié le 12 mai 2021 sur Jesus.fr, ce texte a été écrit par le Webpasteur Gilles Boucomont, que je remercie chaleureusement de m’avoir autorisé à le republier ici.

« Ne vous conformez pas au monde présent » : lisez Pep’s café! le blogue

Eau turbulente par Daniele Pellati : Suivre le courant, au risque de se laisser emporter…ou vivre à contre-courant ?

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rom.12v2).

Et puisque vous ne suivez pas « le train (médiatique) de ce monde »(Eph.2v1-5), lisez Pep’s café! le blogue, pour prendre un bain quotidien de ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal. En effet, Christ « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15). Christ règne. Et son règne commence dans ce domaine de ta vie où il ne règne pas encore.

« Scandale » pour les uns, « folie » pour les autres » : Faut-il cesser de parler de la mort de Jésus comme un sacrifice ?

Le plus grand « scandale » qui soit, qui exige de notre part de prendre clairement position, n’est pas « le papyrus de César »….
[Extrait du nouvel album d’Astérix de J-Y Ferri et D. Conrad, sorti le 22 ocotobre 2015]

« … nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les non-Juifs, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que non-Juifs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes ». (1 Cor.1v23-25).

Initialement paru sur le blogue(1) du temple du Marais (Paris), voici un texte du pasteur Thomas Keller, que je remercie chaleureusement pour m’avoir aimablement autorisé à le reproduire ici :

Un sacrifice humain est un acte particulièrement horrible. Pourtant, on entend souvent les chrétiens affirmer que Dieu le Père aurait sacrifié Jésus (son Fils !) pour le salut des hommes. Cette affirmation heurte toujours… Et tant mieux ! C’est le signe d’une part d’un refus de la violence et, d’autre part, d’une confiance dans le fait que Dieu est bon.

La tentation, pour résoudre la tension entre la foi en un Dieu bon et l’horreur d’un sacrifice humain, est alors pour certains chrétiens de cesser de parler de la mort de Jésus comme d’un sacrifice. Est-ce vraiment la bonne solution ? Comment comprendre qu’un Dieu qui sacrifie son fils n’est pas un Dieu cruel qui encouragerait donc aussi la violence humaine ?

Une interprétation incompréhensible

Que ce soit dans les chants, les prières ou la prédication, nous affirmons chaque dimanche que la croix n’a pas été un accident ou un malheur, mais un événement voulu et programmé : Dieu a planifié la mort de son Fils pour racheter les péchés des hommes.

Cette affirmation va à l’encontre d’une idée parfois rencontrée selon laquelle Jésus serait mort simplement par fidélité à sa non-violence : A la violence de ceux qui voulaient le tuer, il aurait répondu en se laissant crucifier. Ainsi, il aurait permis la sortie du cercle des représailles violentes et montré une autre voie possible pour nous à sa suite, la voie de la non-violence extrême.

Si on croit que Dieu est non-violent par nature, on ne peut pas croire qu’il ait désiré et planifié la mort violente de son Fils.

Une interprétation présente dans la Bible

Si elle nous heurte, la compréhension selon laquelle la mort de Jésus sur la croix est un sacrifice est celle qui est la plus présente dans le nouveau testament :

Elle est présente dans les évangiles, on peut citer en exemple le discours de Jean le baptiste, en Jean 1, 29 : “Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde” qui associe Jésus à la victime d’un sacrifice expiatoire comme celui décrit dans la prophétie d’Esaïe 53 : “tu as fait de lui un sacrifice de réparation.” (v.10)

Cette interprétation est aussi présente dans les épîtres, de la manière la plus belle en Romains 3,21-31 : “Dieu l’a offert en sacrifice. Alors par sa mort, le Christ obtient le pardon des péchés pour ceux qui croient en lui.” Et de la manière la plus claire et succincte en 2 Corinthiens 5,21 : “Le Christ était sans péché, mais Dieu l’a chargé de notre péché. Alors maintenant, par le Christ, Dieu nous a rendus justes.”

La dimension sacrificielle de la mort de Jésus est l’un des thèmes centraux de l’épître aux Hébreux et l’arrière-plan indispensable pour comprendre les visions de l’Apocalypse, ainsi que, finalement, le lien entre le culte dans l’ancienne alliance et son accomplissement en Jésus.

Les recommandations cultuelles du Lévitique (Lév. 4-5), les prophéties d’Esaïe (chap. 52-53 par ex.) et bien d’autres passages de l’Ancien Testament, au cœur duquel les sacrifices occupent une place importante, prennent un sens nouveau au regard du sacrifice de Jésus sur la croix.

Une interprétation importante pour les protestants

Cette interprétation sacrificielle de la mort de Jésus est biblique, elle est donc à recevoir, même si elle nous bouscule. De plus, elle est la base de la compréhension de la croix chez les Réformateurs, comme le montre par exemple la question 40 du catéchisme (Protestant Réformé) d’Heidelberg : “Pourquoi le Christ a-t-il dû subir la mort ? Parce que la justice et la vérité de Dieu sont telles que nos péchés ne pouvaient être acquittés autrement que par la mort du Fils de Dieu”

En tant que chrétiens et en tant que protestants, nous ne pouvons pas simplement choisir d’ignorer ou de rejeter en bloc cette interprétation.

Une telle violence était-elle nécessaire ?

La question la plus brûlante que pose certainement la notion de sacrifice est celle de la violence de Dieu : une telle violence était-elle nécessaire ? Dieu est-il un Dieu cruel ?

Souvenons-nous d’abord que la violence n’a pas été créée ni désirée par Dieu, elle est une transgression de son projet, un signe du péché de l’humanité, dont la création entière souffre. En réalité, selon la Bible, dans le paradis avant le péché de l’homme et la chute, il n’y avait pas encore de violence (cf. Gn 1 et 2), et dans dans le Royaume de Dieu dans l’éternité à venir, il n’y aura plus de violence (cf. Ap 21) : “Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.” (v.4)

La violence découle du rejet de Dieu et est contraire à sa volonté, c’est pourquoi il la condamne et la punit, c’est pourquoi elle n’a pas de place en sa présence.

Mais celle-ci est tant ancrée en nous que s’il se contentait de rejeter toute violence, aucun humain n’aurait trouvé de place dans la présence du Seigneur. En rejetant totalement cette violence, avec le péché qui en est la source, il rejèterait aussi chaque homme et chaque femme. C’est pour cela qu’il a fait mieux que de la refuser, il l’a détournée et prise sur lui, comme il a pris sur lui tout le péché et la mort qui vient avec.

Ce que nous voyons à la croix est donc bien l’horreur de la cruauté… mais non pas la cruauté de Dieu : celle de l’humanité !

A la croix nous sommes aussi témoins de la violence de Dieu… la violence avec laquelle il rejette et interdit ce qui opprime l’humanité et la création : on y voit son jugement sur le péché.

Oui, le sacrifice de Jésus sur la croix est un événement terriblement violent, où notre péché est dévoilé et la colère de Dieu à son encontre exprimée. Ce sacrifice est certainement le moment le plus douloureux de l’histoire. Mais il est aussi le plus beau, celui où Dieu, par amour, nous libère éternellement de l’emprise du péché et de sa colère.

Dieu avait effectivement un plan !

Le fait que Dieu ait planifié à l’avance la mort de son Fils pour racheter les péchés des hommes est précisément une source d’émerveillement, c’est un signe de l’ampleur et de la prévenance de son amour.

Cela nous dit que Dieu n’a pas été surpris par notre péché. Nous créant distincts de lui et libres, il savait que nous nous éloignerions de lui. Mais il a pu nous laisser cette liberté parce que de toute éternité il avait déjà prévu le plan de sauvetage : nous allions pêcher, mais il allait prendre ce péché et ses conséquences sur lui pour nous permettre quand même de l’aimer librement et de trouver dans la communion avec lui la joie parfaite.

Le sacrifice de son fils, planifié de toute éternité, est ce qui rend possible finalement une véritable relation d’amour entre un Dieu Saint et juste et ses créatures, forcément imparfaites et coupables.

Évidemment cette compréhension repose sur un présupposé indispensable : Christ est pleinement homme et pleinement Dieu, quand il sacrifie son fils c’est en fait lui-même, dans son amour, que Dieu sacrifie ! Dieu est un seul Dieu, qui est Père, Fils et Esprit saint.

 

 

Note :

(1) Keller, Thomas. « La mort de Jésus est-elle un sacrifice ? » (21/04/21)