« En août, on s’arrête, on réfléchit »

Source image : couverture du Monde Diplomatique d’août 2020

Et on fait une pause nécessaire et bienvenue sur Pep’s café!, avant de reprendre en septembre.

Profitez-en pour vous consacrer à quelques lectures suggérées ici et ou .

Bon été et à bientôt !

Vœux pour accueillir

Ce que l’on peut se souhaiter de mieux : recevoir et accueillir…. Source image : public domain pictures

Je te souhaite pour les temps qui viennent

Non pas de réussir dans toutes tes entreprises,

Mais de recevoir et d’accueillir

Dans ton cœur et dans ta vie,

Jour après jour et pas après pas,

L’amour de Dieu qui donne sens à l’existence.

Je te souhaite, non de ne subir aucun échec,

Mais d’accueillir comme un don

La force qui permet de rester debout malgré les lourds fardeaux.

Je te souhaite non des jours paisibles,

Mais la capacité de te laisser déranger par les autres,

D’accueillir celui qui est différent comme un envoyé de Dieu.

Je te souhaite non d’avoir réponse à toutes les questions,

Mais de savoir recevoir les interrogations des autres,

De porter avec eux leurs peines, leurs soucis, leurs conflits,

Pour être auprès d’eux une sœur, un frère solidaire,

Porteur d’amour et de paix.

(Chemin d’Avent, Ed. du Signe 1995, p 55. Texte cité par le Pasteur Didier Crouzet, le 25/07/21, en fin de culte, au moment de « l’envoi »)

Pique-nique géant au lac de Tibériade

La scène de la multiplication des pains dans « l’Evangile de Jean »(2014), de la série « 4 Evangiles – les films », de David Batty.

Voici une étonnante prédication, à l’angle original, sur le thème de l’accueil.

Passages bibliques : 2 Rois 4, 42-44 ;   Rm 15, 1-7 ; Jean 6, 1-15            

Contexte : Lors d’un culte protestant, Dimanche 25 juillet 2021

Texte original : Pasteur Didier Crouzet, que je remercie chaleureusement pour m’avoir aimablement autorisé à publier son message sur Pep’s café! le blogue.

Tout récemment, lors de fouilles au nord d’Israël, des archéologues ont découvert les archives d’un journal de l’époque de Jésus, « Galilée-Soir ». A la date du 6 mars de l’an 33, on peut lire à la Une : « Pique-nique géant au bord du lac de Tibériade. Plus de 5000 personnes se gavent de pain et de poisson ». (Suite de notre enquête exclusive en pages intérieures).

En pages intérieures, l’article poursuit : « D’après les témoins, une foule énorme était massée sur les pentes de la colline qui surplombe le lac. La raison ? Un homme, un certain Jésus, originaire de Nazareth, dont nos colonnes ont déjà relaté les exploits : d’après plusieurs témoins, il aurait changé de l’eau en vin lors d’un mariage dans le village de Cana; il aurait guéri un paralysé à Jérusalem. Au dire des nombreuses personnes qui l’ont rencontré, il émane de sa personne une sorte de magnétisme assez extraordinaire. Il parle avec une telle conviction que ceux qui l’écoutent sont subjugués. Tout laisse à penser qu’une belle carrière politique s’ouvre devant ce Jésus. L’avenir nous le dira.

Mais revenons à ce pique-nique géant. Une foule estimée à 5000 personnes avait donc suivi Jésus, espérant sans doute assister à un miracle ou au moins entendre quelques belles paroles. Ils n’ont pas été déçus ! Selon les témoins qui ont assisté à la scène (!), Jésus se retrouve en haut de la colline avec cinq pains et deux poissons. Il prononce quelques mots et il commence à distribuer pain et poisson. Pas seulement des miettes, mais des dizaines, des centaines de morceaux de pain et de poissons, tant et tant qu’il en est resté douze énormes paniers ».

Alerté par le bouche à oreille sur l’événement, notre correspondant en poste à Tibériade, s’est précipité sur les lieux et a pu retrouver plusieurs témoins de ce piquenique géant.

Madame Benbassa est encore sous le coup de l’émotion. « Je me trouvais là au pied de la colline avec mon mari et mes enfants. Mon mari est pécheur et comme ça ne mordait pas beaucoup, il nous avait emmenés dans sa barque voir ce Jésus. Dans notre petit village de Galilée, ce n’est pas tous les jours qu’on a de la distraction ! Donc on arrive sur la plage, on amarre le bateau et on commence à monter vers le haut de la colline où se trouvait Jésus. Mais à un moment, on ne pouvait plus avancer tellement il y avait de monde. Donc, on se pose sur l’herbe un peu n’importe comment et on attend. Rien ne se passe. Tout à coup, on voit Jésus se lever, prendre des pains et des poissons qu’il avait trouvé je ne sais où, et dire quelques mots, qu’on n’a pas bien entendus, parce qu’on était loin. Mais ceux qui étaient devant nous ont rapporté qu’il avait dit « Merci », comme un père de famille qui fait la prière avant le repas…

Et puis du pain a commencé à circuler. Je me suis dit : « il n’y en aura jamais assez pour tout le monde. Je sais bien les quantités qu’il faut pour nourrir une famille, et ce n’est pas avec ces cinq pains et ces deux poissons qu’il va pouvoir donner à manger à tous ces gens. ». Je me disais aussi que seuls les premiers rangs auraient la chance de recevoir une miette et que ça allait être la foire d’empoigne pour s’approcher de Jésus. Et alors, il s’est passé une chose incroyable. Les amis de Jésus, ses douze plus proches, nous ont fait mettre en rang, ils nous ont demandé de nous asseoir on nous disant que tout le monde allait être servi. Franchement, on n’y croyait pas. Et puis les paniers sont arrivés, on a pris un morceau, puis deux, puis trois puis autant qu’on en voulait. Plus on mangeait, plus y’en avait. On s’est gavés comme des malades. On n’avait pourtant rien réclamé mais c’est comme si Jésus avait deviné qu’on avait faim.

Vous vous rendez compte ! On était arrivés comme des curieux pour voir une vedette, on n’espérait même pas l’approcher, trop de monde, et c’est lui qui s’est approché de nous, c’est lui qui a pris soin de moi en me donnant à manger plus que je ne pouvais en recevoir. Moi, une anonyme, qui trime toute la journée, qui doit préparer les repas et donner à manger à toute la famille, voilà qu’il m’invite et me nourrit. Quelle bonté ! Quelle générosité ! Quel sens de l’accueil ! Un homme capable de distribuer autant, jamais je n’ai vu ça. Une telle abondance, c’est extraordinaire. Et puis inviter autant d’inconnus gratuitement sans faire de différence entre les gens, sans rien demander, c’est quand même super sympa ! Je dis « inconnus », mais en fait, en le regardant, en ayant entendu par le bouche à oreille qu’il avait parlé comme un  père de famille, on se sentait un peu ses enfants, comme si on était de la même famille, une seule et grande famille ». Madame Benbassa poursuit.

« Après coup, je me demande pourquoi il a fait ça, Jésus. Il n’était pas obligé. Il aurait pu simplement faire un discours ou guérir quelques malades. En tout cas, on dirait vraiment un prophète, comme ceux dont les anciens nous parlaient, comme Elisée qui avait aussi nourri cent personnes avec vingt pains. Mais alors si c’est un prophète, il parle et agit au nom de Dieu. Et s’il m’accueille moi et les autres comme un père, ça veut dire que je fais partie de la famille de Dieu, que Dieu m’accueille comme je suis, moi, la mère de famille qui n’ai jamais voix au chapitre, moi qui suis cantonnée à la maison et à la cuisine. Ça veut dire que pour Dieu et pour Jésus, je vaux autant qu’un homme. Ça, c’est un vrai miracle ! »

Après le témoignage très touchant de Madame Benbassa, notre correspondant a voulu retrouver celui sans qui rien ne serait arrivé, le petit garçon ! Grâce à une enquête minutieuse, il a fini par le localiser. Interview.

« Comment t’appelles-tu ? » – Gabriel.  « Gabriel, tu as quel âge ? » – 13 ans. « Que faisais-tu au bord du lac ? » – Ma mère m’avait mis cinq pains et deux poissons dans un panier que je devais apporter à mon père qui travaillait dans les champs. C’était son casse-croûte de la journée. « Et qu’est-ce qui s’est passé ? » – Je marchais sur la crête au-dessus du lac quand j’ai vu plein de gens qui arrivaient. J’ai accéléré pour passer avant qu’ils arrivent en haut et à un moment, un gars m’a arrêté et m’a pris par le bras. Il était avec une bande de copains dont un semblait être le chef. Il a pris mon panier, il l’a montré au chef et lui a dit quelque chose comme « Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse avec cinq pains et deux poissons ? Il n’y en aura jamais assez ».

Je m’apprêtais à repartir, parce que mon  père attendait son casse-croûte. Et puis le chef a pris mon panier. Là, j’ai commencé à paniquer. Qu’est-ce que j’allais dire à mon père et à ma mère ? Mais, qu’est-ce que je pouvais faire ? Le chef a sorti les pains et les poisons, il a dit quelques mots et comme par magie, il a fait sortir du pain de partout et aussi du poisson. Et ça n’arrêtait pas. Comment c’est possible, je ne sais pas. Mais finalement, je suis reparti avec mon panier encore plus rempli qu’au départ. Quand j’ai raconté cette histoire à mes parents, ils m’ont pris pour un fou. Mais je leur ai dit que ce serait dans le journal. Quand même, heureusement que je passais par-là ! »

Merci Gabriel. Oui, sans toi, sans le peu que tu avais apporté, il n’y aurait pas eu de miracle. Comme dit, le proverbe, « on a toujours besoin d’un plus petit que soi ». Et Jésus avait besoin de toi à ce moment-là. Mais dis-moi, tu saurais reconnaître le gars qui t’a pris par le bras, le copain de Jésus ? – Oui, je crois.

Notre correspondant s’étant renseigné, il retrouve Jésus et sa bande à Capharnaüm, et avec l’aide du jeune Gabriel, il réussit à identifier celui qu’il cherchait, André. « André, vous faisiez partie du groupe qui était avec Jésus lorsqu’il a multiplié les pains et les poissons. Comment avez-vous vécu cet événement ? – Assez mal, je dois dire. Avec les copains, on se dit souvent que ce n’est pas facile de vivre avec Jésus. Il nous aime bien, mais il nous prend souvent pour des benêts. Remarquez, il n’a pas tort.

C’est vrai que parfois, il est difficile à suivre, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, ce qu’il veut, ce qu’il attend de nous. Mais là, c’était le bouquet. Avec le recul, je l’ai un peu en travers de la gorge. On était sur la colline, au-dessus du lac pour prendre un peu de repos. Et puis la foule arrive. On a vite compris que la sieste était terminée ! Ensuite, Jésus nous demande comment on va nourrir la foule qui arrive. Comme si on le savait ! Philippe, qui sait bien compter, fait un rapide calcul : même avec 200 pièces d’argent, on n’aurait pas assez pour donner du pain à tout le monde. 200 pièces, c’est énorme ! C’est 200 jours de travail d’un ouvrier ! Et puis va trouver une boulangerie en pleine campagne capable de cuire du pain pour 5000 personnes ! Enfin bref, Jésus, il nous mettait vraiment dans l’embarras en nous faisant sentir nos limites. Alors qu’en fait, il savait très bien ce qu’il faisait !

On était là à se gratter la tête quand j’ai vu le garçon avec son panier. J’ai dit à voix haute ce que je pensais tout bas : « cinq pains et deux poissons, c’est rien du tout pour autant de gens ». Et là, Jésus nous a tous scotché : il nous a demandé de faire asseoir les gens en bon ordre, il a pris le pain et puis les poissons, il a fait une prière et paf, ce fut l’abondance. Il avait déjà fait le coup à Cana, avec l’eau changée en vin. Après il a fallu ranger, ramasser les restes et les mettre dans des paniers. Avec les copains, on n’a pas tout compris, mais au moins, en faisant le ménage, on a servi à quelque chose. »

Merci André pour ces informations. Je voudrais vous demander un service : est-ce que vous pensez que je pourrais avoir en exclusivité un entretien avec Jésus ? André alla trouver Jésus qui accepta bien volontiers, car il était toujours prêt à partager non seulement le pain et le vin, mais aussi la parole. Voici ce qu’il nous a confié.

« Oui, c’est vrai, j’y suis allé un peu fort avec mes compagnons, mais je voudrais tellement qu’eux et ceux qui nous liront, comprennent deux choses.

La première, c’est que j’accueille tout le monde sans exception. J’accueille chacun comme un membre de ma famille, sans conditions et je donne à chacun de quoi nourrir sa vie. Peu importe s’ils sont pratiquants, s’ils sont pauvres ou riches. Peu importe la couleur de leur peau. Peu importe avec qui ils passent leur nuit. Ce que je veux, c’est qu’ils se sachent accueillis et aimés par Dieu mon père et leur père.

Peut-être que dans 2000 ans, mes successeurs mettront des conditions pour participer à la Sainte Cène. Peut-être enfermeront-ils mes paroles dans des formulations dogmatiques, des abstractions intellectuelles, des consignes morales qui feront fuir les gens loin de moi. Moi, je voudrais que tous comprennent que c’est l’accueil inconditionnel qui constitue l’attitude fondamentale du chrétien. Et si je parlais dans 2000 ans, je dirais à tous mes disciples que nous n’accueillons pas parce que c’est poli, parce que ça se fait en société, mais parce que nous avons été nous-mêmes accueillis par Dieu qui appelle chacun par son nom. C’est fort de cette expérience que nous sommes à notre tour capables d’accueillir : sans jugement, sans a priori, sans condescendance. Que nous réservons les mêmes honneurs au nouveau venu et à celui qui est au Conseil presbytéral depuis 20 ans. Que nous avons la même considération pour celui qui fait un don généreux chaque année et pour celui qui ne donne que quelques sous à la collecte.

La deuxième chose que j’aimerais qu’ils comprennent, c’est que le pain, c’est-à-dire ce qui fait vivre, ce qui donne sens à la vie, c’est un don. Ce n’est pas une question d’argent. Je savais bien que nous n’aurions jamais assez d’argent pour acheter du pain à 5000 personnes. C’est pourquoi j’ai misé sur le partage et sur le don. Le pain-sens de la vie n’est pas plus lié à un combat politique. Je sais bien que la foule aurait voulu que je la mène à Jérusalem et que je prenne le pouvoir. Mais ce n’est pas comme ça qu’on donne un sens à sa vie. Le sens de la vie, le pain qui nourrit en profondeur, ce n’est ni l’argent, ni le pouvoir. C’est quelque chose qui se reçoit, c’est un don qui vient de Dieu votre père : un amour qui accueille sans conditions. Avec le Dieu de Jésus-Christ, c’est le règne de l’amour, quoi qu’on fasse, quoiqu’il arrive».

Voilà comment  « Galilée-soir », le grand quotidien du Nord de la Palestine, rendit compte du miracle que Jean raconta plus tard dans son Evangile.  Amen.