Le buzz évangélique du mois : Dieu… « au contrôle » de CNews ?

Au-delà du « buzz évangélique », il s’agit ici de dépasser « l’anecdotique » pour privilégier une réflexion et une méditation biblique sur ce qu’est être « « bienheureux » et « joyeux », et sur ce que signifie « bénir » et être « un témoin fidèle et véritable ».

Cela vous a peut-être échappé : La vidéo a été tournée le dimanche 27 mars 2022, diffusée sur YouTube le 3 avril 2022, mais n’a fait le buzz qu’à la faveur d’un tweet daté du 2 juillet 2022, devenu viral, de Joao Gabriel, doctorant guadeloupéen en Histoire à l’université John-Hopkins de Baltimore, aux États-Unis. Cette vidéo, c’est celle de la journaliste Christine Kelly, ex-membre du CSA (2009-2015) et animatrice, depuis 2019, de l’émission « Face à l’info », sur CNews, invitée, aux côtés de Samuel Pruvot de Famille chrétienne, à venir sur la scène de l’église évangélique MLK de Créteil pour évoquer « ce que les candidats à la présidentielle pensent de Jésus ». Face à une salle comble, elle explique au pasteur Ivan Carluer, qu’elle est venue « pour témoigner de la puissance de Dieu » et à quel point sa foi guide au quotidien son travail.

Pour décrypter cette séquence, Arrêt sur image a invité en plateau le pasteur Ivan Carluer et Linda Caille, journaliste, spécialiste des questions religieuses. En visio, Joao Gabriel, doctorant cité plus haut et Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, directeur d’études à l’EPHE.

« Alleluia » ? Gloire à Dieu » ? Pas si vite ! Personnellement, j’ai trouvé cette prestation particulièrement gênante.

Comprenons-nous bien : le problème n’est pas le fait, pour « un professionnel », de témoigner publiquement (à l’église ou ailleurs) de sa foi dans son travail ou de lui donner un sens spirituel.

Le problème est qu’il ne s’agit pas de n’importe quel travail, de n’importe quelle émission et de n’importe quelle chaîne.

Comme souligné en introduction, Christine Kelly est en effet présentatrice de l’émission controversée « Face à l’info », diffusée sur la non moins controversée chaîne CNews(1) – que je ne regarde pas, qui s’est faite porte-voix, entre autres, du racisme le plus décomplexé – avec à ses côtés, le polémiste Éric Zemmour(2) avant qu’il ne devienne candidat d’extrême droite d’inspiration maurassienne à l’élection présidentielle.

Celle qui a toujours nié sa responsabilité dans la condamnation d’Éric Zemmour pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs isolés étrangers, raconte à l’assistance qu’elle a « laissé (Dieu) piloter envers et contre tous, envers les insultes et les menaces. Et je me dis, si tu m’envoies là, c’est que tu as une mission, je ne sais pas laquelle, mais je vais la faire. »

Une mission pas si simple à assumer puisque la présentatrice qui était sous contrat avec Cyril Hanouna au moment où on lui a proposé le poste raconte avoir été ostracisée par ses proches pour avoir accepté d’aller sur CNews. Mais cela ne l’empêche pas de voir le fait de Dieu dans les succès d’audience de l’émission, et dans l’ascension politique d’Éric Zemmour une sorte de projet cautionné par Dieu. « Une chose est sûre, c’est que quand il est arrivé dans cette émission c’était l’homme le plus détesté de France et après il a pu être candidat à la présidentielle. » [Ledit candidat par ailleurs battu au premier tour de la présidentielle avec 7,7 % des voix et battu au premier tour des législatives, avec 0 élus pour son parti]

Dieu, « au contrôle de CNews » ? Mais l’on comprend mal comment Celui qui se déclare comme « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), voudrait d’une telle émission où Christine Kelly a continué à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour en roue libre, alors que celui-ci a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et injure raciale, notamment pour ses propos à l’égard des mineurs isolés étrangers tenus sur son plateau et mollement modérés par l’animatrice.

Sans oublier les propos tenus par le polémiste, en toute fin d’émission, le 23/10/19 : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français« . Propos tenus en direct, non relevés, ni modérés par l’animatrice Christine Kelly qui s’est contentée d’une conclusion laconique : « Merci messieurs. Vous êtes partis sur un accord, vous finissez sur un désaccord« , avant d’annoncer la suite du programme sur CNews(3).

Ce qui est étonnant de la part d’une ex-membre du CSA, qui a pourtant su s’adresser avec assurance devant l’assemblée de MLK….

On le comprend d’autant plus mal que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament.

Arrêt sur image a d’ailleurs et notamment demandé pourquoi lors de cette séquence sur scène le pasteur hôte Ivan Carluer n’interroge jamais Christine Kelly sur les raisons qui l’ont poussée à continuer à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour, bien que ce dernier ait été multi-condamné. « Parce que je ne fais pas de politique », justifie-t-il, estimant que Christine Kelly se serait laissée déborder par Eric Zemmour.  « Je n’ai pas le droit de faire la politique. Je ne valide pas Zemmour. Ce qui m’intéresse c’est Christine Kelly qui assume sa foi. Je suis chez elle à ce moment-là, on fait famille. Et elle-même n’est pas politique ». Pourtant, c’était bien là LA question à poser à l’invité, susceptible d’impulser une édifiante discussion sur les limites d’un engagement au prix de la compromission….

De là ma gêne exprimée ici face à cette prestation de Christine Kelly à MLK.

C’est aussi gênant pour Joao Gabriel, lequel explique, sur twitter, que « lorsqu’on associe les bénédictions de Dieu à la réussite d’une émission, alors que cette émission a joué un rôle dans la diffusion des idées d’extrême droite, c’est une façon de normaliser l’extrême droite par des biais différents », soulignant que « le discours de Kelly sur l’audimat qui explose est important dans le sens où il joue avec un lieu commun de la pensée évangélique : si un truc prospère, c’est que Dieu y concourt ». Sauf que des psaumes, comme le psaume 37, ou le psaume 73, nous disent le contraire.

Gênant aussi quand le pasteur Ivan Carluer avance qu’Éric Zemmour « a eu de la chance » d’avoir à ses côtés Christine Kelly, déclarant : « Je pense M. Zemmour, que vous avez été béni ». C’est certes son point de vue, mais précisons que « Bienheureux » (« ashré », en hébreu) est le premier mot par lequel commence le livre des Psaumes (1v1), dans la Bible, mais aussi le sermon ou grand discours de Jésus sur la montagne, rapporté dans les Evangiles selon Matthieu et Luc. Mais plus que « bienheureux », le mot « ashré » signifie « joie », au singulier : « joyeux l’homme qui n’est pas allé dans le conseil des impies, ne s’est pas tenu dans le chemin des pécheurs et n’a pas demeuré dans la demeure des railleurs » [ou, selon la septante, traduction grecque de l’ancien testament, « ne s’est pas assis dans la chaire des pestilents », cad ceux qui enseignent une doctrine pernicieuse].

« Un groupe bénit ce qu’il cautionne. Pas ce qu’il trouve gentil ou joli », souligne sur son blogue le pasteur Gilles Boucomont de l’église protestante de Belleville. « Ce qu’il pense bon et bien pour l’existence à long terme du groupe. Mais il faut aller plus en profondeur dans la réalité biblique pour comprendre ce que bénir veut dire dans les Ecritures. La bénédiction première dans le fil du récit biblique est celle du créateur qui lance son “C’est bon !” (TOV) au fil des réalités qu’il a créées en ordonnant le chaos (TOHU wa BOHU) initial. C’est bon quand la confusion entre le lumineux et le ténébreux cesse, quand l’entremêlement du mouillé et du sec touche à sa fin. Et ce n’est pas bon comme une catégorie de la morale, mais comme un décret divin. C’est bon parce que Dieu dit que c’est bon. C’est bon parce que Dieu décide et proclame haut et fort que c’est bon ».

« Bénir », ce n’est donc pas « dire du bien » de (et à) quelqu’un, parce que nous pensons que c’est sympa ou « cool » de le dire, mais élever la voix (ou prendre la plume) pour seulement et simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : soit dire une chose juste et vraie. Nous disons que « c’est bon », « très bon », ou « pas bon », parce que Dieu dit que c’est le cas.

Dieu peut-il alors dire que ce qui se donne à voir et à entendre sur CNews est « bon », voire même « très bon » et « à sa gloire », « pour l’édification de tous », vu l’esprit et la ligne éditoriale de la chaîne ?

C’est ainsi qu’il est tout sauf anodin de venir expliquer en public, en tant que chrétien, « à quel point » notre foi « guide au quotidien notre travail » : c’est une responsabilité, puisque c’est rendre visible le Christ, notre Seigneur, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bon témoin fidèle et véritable.

Ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain. De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

Aller plus loin :

Ce que pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information

Etre un meilleur chrétien grâce au journalisme 

Une vision chrétienne du journalisme : ce que signifie « se laisser conduire par l’Esprit saint »

Notes :

(1) Anciennement nommée I-Télé, CNews s’est faite porte-voix, entre autres joyeusetés, du racisme le plus décomplexé. Éric Zemmour y officie ainsi quatre fois par semaine dans l’émission Face à l’info présentée par Christine Kelly. C’est dans ce cadre qu’il a donné cette considération sur les mineurs étrangers isolés, le 29 septembre 2020 : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs. C’est tout ce qu’ils sont ». [propos mollement modérés par Christine Kelly : « Eric Zemmour, vraiment ? Il n’y a pas de juste milieu ? » , un « pas tous », et par un « on vous laisse la responsabilité de vos propos »] Un dérapage ? Non, une tradition chez cet admirateur du général Bugeaud, qui le 31 août 2019 balançait au sujet d’agressions estivales : « On sait que les victimes s’appellent Mélanie et les assassins Youssef. » Éric Zemmour a été mis en demeure en 2019 par le CSA pour avoir vanté l’action de ce militaire lors de la conquête de l’Algérie, sans être modéré ou recadré par l’animatrice Christine Kelly, dans le cadre de l’édition du 23 octobre 2019 de « Fac à l’info » : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être français ! » [émission indisponible à ce jour en replay, y compris sur le site de la chaîne CNews. Voir ce compte-rendu sur https://www.ozap.com/actu/-je-suis-du-cote-du-general-bugeaud-eric-zemmour-fait-l-apologie-des-massacres-coloniaux-en-algerie-sur-cnews/584990 et https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/12/03/le-csa-met-en-demeure-cnews-pour-des-propos-d-eric-zemmour-sur-la-guerre-d-algerie_6021460_3236.html ]

Loin de causer du tort à la chaîne, cette stratégie éditoriale semble au contraire porter ses fruits : les taux d’audience ne cessent de grimper. L’été 2020, CNews a dépassé LCI pour devenir la deuxième chaîne d’information française derrière BFM TV, caracolant régulièrement au-dessus de la barre des 500 000 téléspectateurs [et atteint près d’un million de téléspectateurs en 2021, ce qui permet à CNews d’arriver largement en tête des chaînes d’information sur cette tranche horaire et contribue à son succès croissant face à BFM TV] (cf https://basta.media/25-heures-devant-CNews-Zemmour-Praud-chaine-ou-prospere-ideologie-reactionnaire-extreme-droite ).

(2) Promoteur du fantasme « du grand remplacement » et réhabilitant Pétain, ce candidat s’est déclaré « pour l’Eglise et contre le Christ », instrumentalisant le christianisme

(3) Des propos qui, pour le CSA, contreviennent à plusieurs des obligations de la chaîne, jugeant que ces propos « ont pu être perçus » comme « une légitimation de violences commises par le passé à l’encontre de personnes de confession musulmane mais aussi comme une incitation à la haine ou à la violence à l’égard de cette même catégorie de la population ». En outre, le régulateur estime que CNews, en diffusant ces propos en direct « sans réaction ni même modération » de la part de l’animatrice, a manqué à son obligation de garder la maîtrise de son antenne, qui s’impose en toutes circonstances.

Mercredi 13 juillet 2022, le Conseil d’Etat a rejeté les demandes d’Eric Zemmour et de CNews pour annuler l’amende de 200.000 euros infligée à la chaîne par le régulateur des médias pour « incitation à la haine » et « à la violence » après les propos du polémiste d’extrême-droite sur les mineurs migrants isolés. Au coeur du litige, une sanction du CSA (devenu ARCOM) prise en mars 2021 pour ces mêmes propos. La plus haute juridiction administrative en France a en effet estimé que « la sanction litigieuse est fondée », motivant sa décision comme suit : « D’une part, sur la méconnaissance par la chaîne CNews de son obligation de ne pas diffuser de programmes incitant à la haine et de ne pas encourager des comportements discriminatoires » et « d’autre part, sur un manquement à son obligation de maîtrise de l’antenne ».

« Être un meilleur chrétien » grâce au journalisme : « yes, we can ! »

« On t’a fait connaître », ô journaliste chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« De nombreux chrétiens sont hostiles aux médias, mais ma foi s’est approfondie grâce à ceux-ci », explique le journaliste Jon Ward dans une excellente tribune parue dans « Christianity Today », et dont voici ci-dessous un extrait. Intégralité de l’article à lire en français sur le site du magazine. Les notes entre crochets sont de mon cru.

Est-il difficile d’être chrétien et journaliste ? » On me pose souvent cette question.

Lorsque je parle de mon travail à des jeunes, elle revient presque à chaque fois. Je trouve toujours cela bizarre. J’ai moi-même grandi dans le cocon douillet d’une communauté évangélique non confessionnelle. Je connais donc les présupposés sur le monde extérieur qui suscitent cette question. Mais je peine encore à saisir pourquoi cela me trouble autant.

De nombreux chrétiens conservateurs américains grandissent dans l’idée que « les médias »[sic] sont malfaisants, presque autant que les démocrates, voire pires. C’est ainsi que j’ai grandi. Tout comme Hollywood et les universités, on m’a appris que « les médias » étaient de gauche,  laïcs et antireligieux ; ils nous détestaient, nous et nos valeurs.

Parfois, l’idée provenait d’un orateur à l’Église. Le plus souvent, elle était retransmise par les médias et autres relais de diffusion qui dominaient la culture évangélique. À n’en pas douter, il s’agissait de radios conservatrices [lesquelles sont des « médias », au même titre que les « autres » chaînes de TV/vidéos regardées ou magazines lus par les mêmes « chrétiens conservateurs »…..]. Mais j’ai aussi entendu ce genre de propos de la part d’organisations politiques conservatrices comme le Family Research CouncilFocus on the FamilyChristian Coalition et d’autres encore. Je l’ai entendu encore ailleurs, comme dans les conférences Teen Mania où j’allais pour « être enflammé » pour Christ et m’inscrire à des voyages missionnaires à l’étranger.

Ainsi, lorsque les enfants me demandent s’il est difficile d’être chrétien et journaliste, je sais qu’ils en ont une certaine idée en tête. Ils me visualisent en train de travailler au milieu d’athées débauchés, addicts à la drogue et aux relations sexuelles en état d’ivresse, et lisant de la propagande athée.

Lorsque le député républicain de Caroline du Nord récemment élu, Madison Cawthorn, a raconté des histoires d’orgies et de cocaïne en politique, qui ont été ensuite réfutées, il prolongeait les mêmes présupposés motivant les questions que j’ai reçues d’étudiants un peu plus jeunes que lui.

Les chrétiens conservateurs sont beaucoup plus hostiles envers les médias aujourd’hui qu’ils ne l’étaient quand j’étais jeune. Des membres de ma propre famille m’ont dit que je devrais avoir honte de faire mon métier. En fait, la plupart des gens n’aiment pas les médias, et c’est dommageable pour la société. Comme je l’ai écrit récemment dans un article de Yahoo! News, les médias en portent partiellement la responsabilité.

Mais après 20 ans de travail dans le journalisme, c’est aussi grâce à ce métier que ma foi chrétienne est plus profonde et plus forte. Alors que je travaillais à un livre décrivant mon éducation dans la foi chrétienne puis mon parcours en tant que journaliste dans les médias traditionnels, le constat suivant s’est imposé à moi de plus en plus clairement : être journaliste a en fait fait de moi un meilleur chrétien.

Le journalisme a renforcé les traits de mon caractère les plus nobles et les plus chrétiens. J’ai appris pendant deux décennies à discerner le vrai du faux, et — ce qui est probablement encore plus important — à discerner quand il n’y a pas de réponses ou de solutions faciles. J’ai appris aussi à rechercher la vérité, peu importe qui elle pourrait offenser.

J’ai également acquis un sens de l’humilité quant à ce qu’il est possible de savoir avec certitude, avec la capacité de reconnaître que notre point de vue est souvent limité et incomplet. 

(….)

De plus, j’ai expérimenté l’incroyable utilité de l’expertise. L’une des tâches principales du journaliste est de distinguer les experts des pseudo-experts et de savoir leur parler pour ensuite traduire leurs propos pour le lecteur non initié. Cela transforme les perspectives. Un ensemble de faits peuvent sembler univoques, ou unidimensionnels, jusqu’à ce qu’on ait affaire à un expert.

Dès mon plus jeune âge, je me suis accroché à l’idée que le christianisme a foi en la vérité. J’ai toujours aimé la façon dont Jésus défendait la vérité. « Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit-il en Jean 14.6. Il a promis que son Esprit nous « guidera dans toute la vérité » (Jean 16.13). Alors que son exécution était proche, Jésus a dit à Ponce Pilate : « Je suis né et je suis venu au monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18.37). Ailleurs dans l’évangile, le Christ affirme que « la vérité vous rendra libre » (Jean 8.32).

Il y a aujourd’hui beaucoup de contraintes qui compliquent la recherche de la vérité pour la plupart des gens. Être journaliste m’a libéré et équipé pour cette tâche.

La plupart des gens fondent leur point de vue sur le monde en fonction des groupes qu’ils fréquentent et ceux auxquels ils appartiennent. Ces groupes façonnent leur identité : leur famille, leur Église ou leur groupe d’amis, leur parti politique, leur milieu professionnel. Plus que cela, leur groupe détermine l’histoire dans laquelle ils croient vivre.

La vision du monde et « l’histoire » d’une personne filtrent ensuite les informations qu’elle absorbe et celles qu’elle rejette. Quel que soit le groupe auquel vous appartenez, il vous punira pour avoir cru ou dit les « mauvaises » choses et vous récompensera pour avoir soutenu ce qu’il défend. Ce problème existe dans tous les groupes, y compris dans le journalisme. (….)

Cependant, le journalisme est l’un des rares cercles dans lequel prendre la parole contre son propre camp, contre le consensus de sa propre culture, est généralement encouragé et récompensé. (….)

Il existe d’autres groupes semblables, des milieux professionnels attachés à ce que l’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, appelait « les valeurs des Lumières : collecter, évaluer et analyser des informations, puis diffuser les conclusions pour utilisation, étude, ou réfutation ».

Dans son livre The Constitution of Knowledge (« La constitution de la connaissance »), Jonathan Rauch note qu’aux côtés du journalisme les mondes de l’érudition, de la science, de la recherche, de l’analyse statistique, de la réglementation et du droit mettent tous ces valeurs en avant.

J’ai eu une carrière variée. Pendant huit ans, j’ai travaillé pour un journal conservateur, The Washington Times. Ensuite, j’ai passé un an et demi à aider Tucker Carlson à lancer le Daily Caller. Ensuite, j’ai travaillé pour un site internet orienté plus à gauche, The Huffington Post. Et depuis plus de sept ans, je travaille pour Yahoo! News. Mon passage au Washington Times a donné le ton à ma carrière. À certains égards, ce journal était marqué par des biais institutionnels mis en place par les propriétaires et les principaux rédacteurs. Mais ceux d’entre nous qui étaient affectés aux actualités étaient farouchement déterminés à suivre les faits où qu’ils mènent.

J’ai toujours suivi cette règle au cours de mes deux décennies de journalisme, et voici ce qui me paraît crucial : l’industrie, dans l’ensemble, a récompensé cette attitude.

J’ai été libre d’écouter, de creuser, d’être d’accord ou non, et de suivre la piste où que mènent faits. Ainsi, je suis en quelque sorte payé pour marcher dans une direction chrétienne, celle qui reste à l’écart des arguments motivés par l’idéologie ou l’appartenance à un groupe.

Comme l’a dit Martin Luther King Jr., les chrétiens devraient toujours constituer une présence prophétique dans le monde, plutôt que d’être redevables à un pouvoir, une principauté ou un parti politique. [En clair refuser d’être réduits à n’être que des « prophètes de cour », à l’instar des prophètes d’Achab dans 1 Rois 22]« L’Église doit se rappeler qu’elle ne doit pas être le maître ou la servante de l’État, mais sa conscience », déclarait King. « Elle doit être le guide et le critique de l’État — jamais son instrument. Tant que l’église sera un instrument de l’État[ou d’un quelconque politicien], elle sera incapable de fournir ne serait-ce qu’une once de pain aux hommes du milieu de la nuit ».

(…..)

Plus on se tient à l’écart des pouvoirs politiques, des partis et des groupes, plus on est libre de rechercher la vérité où qu’elle mène. Et plus on poursuit la vérité, plus on distinguera les nombreux domaines où pourrait s’exprimer une critique constructive, quel que soit le bord idéologique. C’est cela que signifie avoir un pied dans le royaume de l’homme et un pied dans le royaume de Dieu : être une sorte de marginal, vivant toujours à la frontière, comme le met en évidence l’artiste Makoto Fujimura.

Les chrétiens devraient être prêts à franchir de nombreuses frontières. Ils devraient appartenir à des partis tout en se tenant à l’écart. Ils devraient même parfois passer d’un parti à l’autre, sans jamais prêter une allégeance inconditionnelle à l’un ou à l’autre. Ils devraient être profondément investis dans le travail pour le bien de leur pays et de ce monde, tout en se rappelant que leur citoyenneté est au Ciel et que leur espérance est en Christ, quoiqu’il arrive.

En traversant différentes frontières pour accroître leur capacité de compréhension et démasquer les mensonges, en particulier ceux véhiculés par des caricatures réductionnistes et des confusions trompeuses, les chrétiens peuvent être des agents de vérité, de nuance et de guérison. Ils peuvent avoir un impact positif sur la culture plutôt que d’y semer la guerre.

Lire l’intégralité de l’article ici.

Jon Ward est correspondant national principal de Yahoo! News, auteur de Camelot’s End et animateur du podcast The Long Game . Son deuxième livre, Testimony — récit d’une éducation évangélique et de son entrée dans le journalisme — doit être publié en avril 2023 par Brazos Press.

Aller plus loin : Pour une vision chrétienne du journalisme, « laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ».

La liberté d’opinion est-elle « une espèce en voie de disparition » ?

« Quand vous pouvez poser cette question publiquement sans ressentir la moindre crainte pour vous ou vos proches, c’est que la liberté d’expression ne subit aucune menace ».

Sinon, pour répondre à la question ci-dessous…….

…………« Parce que la vérité l’emporte sur les opinions ». Autre question ?

[Source photos : Christine Kelly. Texte « piqué » au juriste-blogueur « Maître Eolas », lequel publiait, le 03/06/21 sur son compte twitter, une réflexion en réaction à la grande campagne nationale d’affichage orchestrée en pleine période électorale par la chaîne TV Cnews, du groupe Canal+, entre le 31 mai et le 8 juin, et déployée sur 7.900 panneaux de 2 mètres carrés et de 8 mètres carrés, soit une couverture de près de 300 millions de contacts….Une campagne qui ne manque pas de sel, surtout quand un simple sketch – parodique de l’émission « l’heure des pros » de cette chaîne – a conduit au licenciement d’un humoriste de Canal, en novembre 2020, après 25 ans de maison – et ce, alors que les chroniqueurs condamnés pour injures et provocations xénophobes ne sont pas sanctionnés. Un licenciement aux conséquences durables sur les conditions de travail au sein de la chaîne…]

Et en bonus, à méditer : « Je ne tiens pas à mes opinions. Je tiens au réel et au vrai. Je m’efforce de les chercher, « en Eglise », sur le terrain. Si la vérité et la réalité contredisent une opinion, il faut changer cette opinion. C’est ce que je crois… Chacun ses choix » (Patrice de Plunkett, catholique et « laïc de base qui se trouve être journaliste », comme il le dit lui-même sur son blog ouvert depuis 2005)

Une vision chrétienne du journalisme : « Laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ! »

« On t’a fait connaître », ô média chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

La fête de Pentecôte est derrière nous, mais « de Babel à la Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui doit nous guider sur ce chemin de restauration d’une communication libre, vraie et charitable ». Tel est le dernier conseil donné par le pape François aux communicateurs catholiques, pour éviter tous les dangers, lors d’une rencontre avec des journalistes au début de son pontificat en 2014 : « Laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ! »

Le même pape François affirmait de manière percutante lors de la rencontre que « la communication authentique n’a pas pour vocation de frapper ». Selon lui, le monde des médias vit une grave crise éthique, alors que : « la communication est souvent pilotée par la propagande, les idéologies, les objectifs politiques, économiques ou techniques ».

Retour sur une leçon qui gagne en actualité, susceptible d’intéresser aussi les protestants évangéliques, comme toute personne « de bonne volonté », dans cet article de Simon Lessard, initialement publié dans le numéro spécial Journalisme de la revue Le Verbe(1), et également disponible sur le site web éponyme(1)

L’information authentique s’effondre sous les coups de l’alarmisme, du catastrophisme et du désengagement social. Nous sommes en train d’ériger une nouvelle tour de Babel qui succombe de mille manières à la désinformation. Souhaitant réveiller la lourde responsabilité des journalistes, le Saint-Père nous livre une brève mais profonde leçon de communication en trois points : liberté, vérité et charité.

1. La liberté de celui qui parle

La première qualité du journaliste est d’être libre. Libre pour dire la vérité, la liberté servant toujours la vérité. Pas libre de mentir, de manipuler et de provoquer, mais libre de s’exprimer avec franchise même contre les pouvoirs économiques et politiques qui cherchent à contrôler l’information. Et pour que sa liberté serve réellement la vérité, le journaliste doit lui-même affranchir sa pensée des idéologies, modes, lieux communs et formules toutes faites qui annulent la véritable capacité de communiquer en la noyant dans les opinions dominantes.

Pour que sa liberté serve réellement la vérité, le journaliste doit lui-même affranchir sa pensée des idéologies, modes, lieux communs et formules toutes faites.

Le droit de tous à une culture humaine et civile, martèle l’Église, implique « la liberté d’accès aux moyens de communication sociale, pour laquelle toute forme de monopole et de contrôle idéologique doit être évitée, ainsi que la liberté de recherche, de divulgation de la pensée, de débat et de confrontation » (Compendium de la doctrine sociale de l’Église [CDSE], no 557). 

2. Dire toute la vérité 

Il ne suffit pas de dire vrai, il faut dire toute la vérité, même si cela est plus exigeant. Répondre à l’exigence de la vérité implique donc que le journaliste travaille à livrer une information complète et profonde « afin que les gens parviennent à voir au-delà de l’immédiat, d’un présent qui risque d’être oublieux du passé et craintif par rapport à l’avenir », affirme le pape.

Pour y arriver, il recommande d’éviter la multiplication des slogans faciles qui bloquent la réflexion en livrant du prêt-à-penser. Le journaliste catholique, au contraire, préfèrera la lenteur à la vitesse, la profondeur à la superficialité, la complexité de la réalité à une simplification facile et abstraite. Pour tous ceux qui travaillent dans le domaine des communications sociales, l’avertissement de saint Paul résonne encore fortement et clairement : « Dès lors, plus de mensonge : que chacun dise la vérité à son prochain ; ne sommes-nous pas membres les uns des autres ? » (Ép 4,25)

3. La charité pour celui qui écoute

Enfin, le journaliste chrétien ne peut pas se préoccuper seulement de lui-même et de son message, il doit toujours avoir à l’esprit celui à qui il s’adresse. La charité oriente toutes les actions des chrétiens, et les journalistes n’y font pas exception. C’est probablement le point le plus négligé aujourd’hui. La liberté et la vérité ne justifient pas tout. Amour et vérité doivent se rencontrer pour que justice et paix s’embrassent ! Le journaliste est donc appelé à demeurer conscient qu’il s’adresse à des personnes tout entières et que la manière de livrer son message est capitale pour que l’information soit reçue en vérité et porte le fruit espéré.

La communication est au service des personnes, et non l’inverse. « Le service à la personne par l’édification d’une communauté́ humaine basée sur la solidarité, sur la justice et sur l’amour, et la diffusion de la vérité sur la vie humaine et sur son accomplissement final en Dieu sont les exigences éthiques essentielles des moyens de communication sociale » (CDSE, no 562).

Les trois péchés des médias 

Le pape François nous met aussi en garde contre trois péchés très répandus dans les médias et contraires à ces trois vertus. Premièrement, la désinformation, contraire à la vérité, qui porte entre autres à dire les choses à moitié pour en manipuler la compréhension. Deuxièmement, la diffamation ou la médisance, contraire à la charité, qui porte inutilement atteinte à l’honneur des personnes. Troisièmement, la calomnie, qui est le plus grave des trois péchés en ce qu’elle s’oppose à la fois à la vérité et à la charité, blessant profondément l’unité du corps social. 

En aucun cas, la liberté du journaliste et la vérité de son message ne peuvent être des prétextes pour attaquer ceux dont on parle ou ceux à qui l’on parle. « De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent » (Ép 4,29). Le communicateur authentique n’a pas pour vocation de frapper, comme l’affirme le Saint-Père ; il faut au contraire qu’il touche les esprits et les cœurs.

« La question essentielle à propos du système d’information actuel est de savoir s’il contribue à rendre la personne humaine vraiment meilleure, c’est-à-dire spirituellement plus mure, plus consciente de la dignité de son humanité, plus responsable et plus ouverte aux autres, en particulier aux plus nécessiteux et aux plus faibles » (CDSE, no 415). 

De Babel à la Pentecôte 

Liberté, vérité et charité résument bien l’enseignement de l’Église, qui affirme que « l’information médiatique est au service du bien commun. La société a droit à une information fondée sur la vérité, la liberté, la justice et la solidarité » (Catéchisme de l’Église catholique, no 2494). Devant le désordre actuel et « à la lumière de la foi, la communication humaine doit se considérer comme un parcours de Babel à la Pentecôte, c’est-à-dire comme l’engagement, personnel et social, à surmonter l’effondrement de la communication en s’ouvrant au don des langues, à la communication rétablie par la force de l’Esprit, envoyé par le Fils » (CDSE, no 562).

De Babel à la Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui doit nous guider sur ce chemin de restauration d’une communication libre, vraie et charitable. C’est le dernier conseil que le Saint-Père donne aux communicateurs catholiques pour éviter tous les dangers : « Laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ! »

Merci à Simon Lessard et à l’équipe du Verbe, pour m’avoir aimablement autorisé à publier cet article sur Pep’s café !

Le Verbe.com témoigne de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique en conjuguant foi catholique et culture contemporaine. La joyeuse équipe produit un magazine bimensuel de 20 pages (distribué gratuitement dans les places publiques), un dossier spécial biannuel  (mook) d’environ 100 pages (envoyé gratuitement par la poste aux abonnés), un site web animé par une quarantaine de collaborateurs réguliers et une émission de radio hebdomadaire, On n’est pas du monde (diffusée sur les ondes de Radio Galilée, Radio VM et aussi disponible en baladodiffusion).

Notes :

(1) https://www.le-verbe.com/wp-content/uploads/2015/03/Le-Verbe-complet.pdf#page=36 et https://le-verbe.com/idees/le-journalisme-selon-le-pape-francois/

« Informer, c’est choisir » : Rendez-vous avec un média indépendant pour comprendre comment

Bien informer ou l’art des choix. Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« Informer, c’est choisir ! » Et « choisir, c’est faire un beau geste », dit-on dans le monde des médias et du journalisme.

Informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Bref, vous en avez marre de l’info commentée ?

Marre des patchworks d’éditos et de billets d’humeur, où le ressenti prend le pas sur l’information…. ?

Marre du « bâtonnage de dépêches » [symbole de la paupérisation de la profession de journaliste, qui consiste à réécrire une dépêche fournie par une agence de presse en la remaniant à la marge et, au besoin, en rhabillant les titres, de façon à orienter la lecture dans un sens contraire au contenu initial…] ?

Marre de médias ou de newsletters prétendant à la « réinformation », substituant sa propre propagande sous prétexte d’en chasser une autre (supposée), se voulant mordant mais confondant l’ironie avec la diatribe ? Autant d’ « invitations au voyage », où « le LSD du jour » dérive en mauvais trip…

Enfin, marre de sites qui « ne nous informent pas » mais qui « affirment » les choses, ou prétendent « confirmer ce que l’on sait (ou croit savoir) déjà ?

Moi aussi. Mais n’en restons pas là.

Ce mercredi soir 17/03, 18h45, est l’occasion de rencontrer l’équipe de Brief Me pour découvrir les coulisses de ce média indépendant que je teste actuellement et qui nous donne rendez-vous chaque soir, par mail, pour tout comprendre des grands sujets de l’actualité, sans parti pris, de façon sobre et sans pub. L’accent est mis sur l’international, l’environnement et les technologies, avec une mise en avant des informations positives telles que des projets ou des initiatives permettant de trouver des solutions à des problèmes.

Ainsi, comment la rédaction de Brief Me choisit-elle les sujets ? Qui sont ses journalistes ? Comment fonctionne un média indépendant ?….Toutes les questions pourront être posées à l’équipe qui sera réunie pour nous, en direct sur Facebook et Youtube, ce mercredi 17 mars à 18h45.

Vous n’avez pas encore essayé Brief Me ? C’est le moment de le faire gratuitement et sans engagement ici, pendant 45 jours, pour mieux se rendre compte de la qualité du service.

 

 

Brief me : La newsletter qui libère de la peur de manquer « l’info à ne pas manquer ».

« Comment bien s’informer » : un enjeu d’aujourd’hui, d’autant plus que l’information n’est pas une marchandise à consommer, mais un bien commun à défendre…

Il n’est pas simple d’informer, comme de s’informer. L’un et l’autre est exigeant, assorti d’une très grande responsabilité.
Qu’attendre d’un journaliste ? Tout d’abord-cela paraît tellement évident – qu’il nous informe. Et donc qu’il soit capable de restituer correctement une information.
Ensuite, expliquer, décrypter, donner à comprendre et engager à l’action…avec « l’ambition de faire réfléchir et non de dire ce qu’il faut penser » ou « Réveiller en nous, non pas nos bas instincts, mais plutôt une acuité perdue dans la banalité du quotidien. »
Une telle exigence est-elle facile à satisfaire ? Où la trouver ? Comment l’atteindre ?

Il existe pléthore de sites gratuits dits « d’information ». Du côté chrétien, le ton et le style varient d’un site à l’autre (du sérieux/mesuré au volontairement plus polémique, revendiquant un style d’« humour cool gras », cynique et vulgaire. Mais le modèle est généralement le même, rappelant les « breaking news » ou médias « d’info en continu » : parce que la société évangélique française serait assez consommatrice d’une info de qualité courte, qu’on peut lire le matin au petit déjeuner ou en allant au travail [ou même pendant le culte ou une réunion !], il est généralement proposé des choix de brèves/articles courts, revues de presse, et amorces d’articles (le plus souvent « rhabillés » par la rédaction qui change les titres) francophones/étrangers traduits qui renvoient aux contenus d’autres médias(l’important est la source de ces sites), ayant trait le plus souvent de la vie des Églises, des sujets de société, les chrétiens persécutés, la politique, parfois(mais plus rarement, à des degrés divers) la culture, la science/l’environnement et du socio-économique, et pas mal de « people et d’insolite » (avec la tentation du « buzz »). Les productions personnelles se traduisent pour l’essentiel par des chroniques/billets d’humeur – quand il ne s’agit pas « d’info commentée » – des membres de la rédaction et/ou d’auteurs « invités ». Mais vu que tous ces sites se trouvent dans un contexte d’hyper concurrence, je constate un phénomène de mimétisme dans le choix des sujets et des angles.

L’on pourrait croire que l’activité principale de ces sites consiste en un « recyclage de dépêches ». Mais il est plus exact de dire que qu’il consiste à condenser des dépêches. Un média composé de dépêches complètes, bien qu’effroyablement monotone, serait beaucoup plus complet que ce type de sites. De là le sentiment d’une absence totale de « ligne éditoriale » et donc que rien de ce qui est fait n’est pensé, réfléchi, argumenté ou qu’aucun sens n’est donné aux « infos brutes » présentées. Ce que l’on voit, c’est un conglomérat d’articles, où plein de choses (certaines pouvant être bonnes ou réellement édifiantes) qui se juxtaposent aléatoirement, ou selon l’humeur, ou selon les critères du rédacteur en chef. Ces sites, même les plus sérieux, n’échappent pas toujours à l’écueil de l’information sensationnelle ou émotionnelle, où il s’agit plus de « faire sentir ce qui se passe » que de mettre l’information en perspective(1).
Le danger serait alors de se contenter de « lire en diagonale »(le plus souvent les seuls titres et le paragraphe), de « râler » ou de s’indigner de façon stérile, avant d’oublier ce qu’on vient de lire(2).

Or, informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

Bref, vous en avez marre de l’info commentée ? Marre des patchworks d’éditos et de billets d’humeur, où le commentaire prend le pas sur l’information…. ? Marre de médias prétendant à la « réinformation », substituant sa propre propagande sous prétexte d’en chasser une autre (supposée), se voulant mordant mais confondant l’ironie avec la diatribe ? Autant d’ « invitations au voyage », où « le LSD du jour » dérive en mauvais trip…

Enfin, marre de sites qui « ne nous informent pas » mais qui « affirment » les choses, ou prétendent « confirmer ce que l’on sait (ou croit savoir) déjà ? Ou encore, marre de l’info konbinisée ? (3)

Moi aussi. Mais n’en restons pas là.

Brief me : un nouveau régime contre « l’infobésité » (Source image : public domain pictures)

Depuis plusieurs semaines, je teste Brief.me, une expérience de « slow media ». A l’opposé d’une certaine façon tonitruante de « faire de l’info », Brief me se veut plutôt simple, apaisé et apaisant, sans pollution sonore ou visuelle.

Le principe ? Un e-mail tous les soirs à 18h30 [et le samedi matin pour leur édition du week-end.] qui nous livre, de façon sobre, sans parti pris et sans pub, l’essentiel de l’actu triée, résumée et expliquée par une équipe de journalistes expérimentés.

Cette newsletter hiérarchise et condense l’actualité nationale et internationale la plus significative et la plus pertinente, ce qui exclue « le people », « l’insolite », les faits divers, les résultats sportifs, sauf s’ils ont une portée plus large, au-delà de l’événement lui-même, ou s’ils sont le reflet d’une tendance.

Le mardi, nous sommes invités à choisir entre trois sujets qui seront traités dans l’édition du samedi matin, laquelle « revient sur un sujet de la semaine avec une approche historique ». Par exemple, le Parquet national financier, le démantèlement des centrales nucléaires, ou le Venezuela. Finalement, c’est le sujet sur les centrales nucléaires qui a été choisi.

Brief me est donc un « slow média » que je trouve original sur plusieurs aspects :

A l’heure où l’on nous dit que « les e-mails, c’est fini », Brief me mise sur le format newsletter, lequel fait la force du média. On y retrouve la qualité éditoriale d’un vrai journal papier, avec la hiérarchisation (car « informer, c’est choisir » et choisir, « c’est faire un beau geste ») et la mise-en-page. Le mail – une lettre qui m’est personnellement destinée – a l’avantage de créer du lien avec le lecteur-abonné, favorisant l’échange et le contact direct.

Ensuite, Brief me se veut sans parti pris, revendiquant une ligne journalistique, mais pas de ligne politique – ce qui nous rappelle Albert Londres (« la seule ligne que je connaisse, c’est celle de chemin de fer »). Son objectif est d’apporter de l’information dite « neutre »(est-ce possible ? Le choix des sujets révèle forcément des préférences), permettant aux lecteurs de construire leurs propres opinions, et non d’exposer la sienne.

Autre originalité : Brief me n’est pas un service de « curation », ou un agrégateur de contenu, ou même une simple revue de presse, qui se contenterait de reprendre des articles déjà publiés sur d’autres sites.

L’équipe de journalistes expérimentés produit un contenu propre et réalise un véritable travail journalistique, en prenant le temps de sélectionner les informations qui leur semblent pertinentes, puis de les vérifier avant de les formuler de la manière la plus claire, précise et synthétique possible. Il arrive assez souvent qu’ils abandonnent un article en cours de route, faute de fiabilité. Des liens vers ces sources sont insérés dans la newsletter si le lecteur souhaite approfondir le sujet mais l’objectif n’est pas de faire cliquer.

Une démarche qui nous libère du temps pour la journée et nous libère de la peur de manquer « l’info à ne pas manquer ».

Car l’enjeu est bien savoir bien s’informer aujourd’hui. D’autant plus que l’information n’est pas une marchandise à consommer, mais un bien commun à défendre, au même titre que la santé ou l’éducation. Nous pouvons, à notre échelle, soutenir la presse/les médias indépendants (sans pub et financés avant tout par les lecteurs/les abonnés), en achetant ces journaux, en s’abonnant ou en faisant des dons de soutien. Il est aussi important d’apporter la question de l’indépendance des médias dans le débat public et de réfléchir ensemble sur ce qu’est une information véritable/en quoi consiste l’acte d’informer, comme à des solutions pour libérer la presse.

Dans son Farenheit 451, roman décrit une société totalitaire qui brûle les livres, dans un futur indéterminé, Ray Bradbury nous présente les trois éléments dont les hommes ont besoin, particulièrement à notre époque d’information(ou de surinformation) : la qualité de l’information, le loisir d’assimiler cette information, et la liberté d’accomplir des actions fondées sur ce que nous apprend l’interaction entre la qualité de l’information et le loisir de l’assimiler.  Voilà ce qui est fondamental pour l’homme.

Il est possible de tester Brief me gratuitement et sans aucun engagement pendant 45 jours, avant de choisir (ou non) l’abonnement payant (4,90 € par mois pour un abonnement annuel). En effet, produire une information d’intérêt général de qualité, accessible à tous, a un coût.

Je serai très intéressé par votre avis sur ce « slow média » !

 

 

 

Notes :

(1) Voir notre article « existe-t-il une information chrétienne ? »

(2) Voir notre article « un bon journaliste ne lit pas et ne nous donne pas à lire en diagonale

(3) Sur l’information « konbinisée » et autres « pièges à clics », voir notre article

« Les quatre commandements du journaliste libre » : lucidité, refus, ironie et obstination

Publié sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

Il y a 60 ans disparaissait Albert Camus. « Écrivain, penseur, dramaturge, essayiste, prix Nobel de littérature en 1957, son nom est associé au monde littéraire, mais il ne faut pas oublier qu’il fut aussi journaliste », rappelle Maria Santos-Sainz(1), docteur en sciences de l’information, Maître de conférences à l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine], et par ailleurs auteur d’un « Albert Camus journaliste ».

« Précurseur de revendications déontologiques dans les médias et d’une pensée critique du journalisme avec ses nombreux éditoriaux de Combat consacrés à la presse, Camus détestait la presse à sensation, dénonçait l’instantanéité de l’information, mettait en garde contre les fausses informations et la dictature de l’audimat. L’important n’est pas d’être le premier, mais le meilleur, écrivait-il. Il défendait et pratiquait un journalisme libre [notamment des servitudes de l’argent], critique et indépendant (…).

Albert Camus reste aujourd’hui une référence pour l’exercice de la profession journalistique en raison de sa conception exigeante du métier, fondée sur la rigueur dans la recherche de la vérité, sur l’indépendance et sur l’honnêteté intellectuelle.

Dans le contexte actuel, marqué par des protestations sociales aux quatre coins de la planète, face aux débordements du néolibéralisme et du capitalisme sauvage qui laissent tant de segments de la population sur le bord de la route, relire les textes journalistiques de Camus peut servir de manuel de résistance, de bréviaire pour les journalistes(….) Sa devise « La liberté consiste d’abord à ne pas mentir. Là où le mensonge prolifère, la tyrannie s’annonce ou se perpétue »(1).

Le 25 novembre 1939, Albert Camus veut publier son « manifeste du journaliste libre » (2) dans « Le Soir Républicain » un quotidien limité à une feuille recto verso qu’il codirige à Alger. Mais son texte est censuré au dernier moment. Il est finalement découvert en 2012 par la journaliste du Monde Macha Séry aux Archives nationales d’outre-mer d’Aix-en-Provence, et publié par « le quotidien du soir » le 17 mars de la même année (2). Mettant en garde contre les périls qu’encourt le journalisme en temps de guerre — et de paix — face à la censure et à la propagande, Camus y définit « les quatre commandements du journaliste libre » : lucidité, refus, ironie et obstination.

Extrait :

« Un des bons préceptes d’une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d’un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n’est plus aujourd’hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n’intéresse plus la collectivité. Il concerne l’individu.

Et justement ce qu’il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée.

Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l’ironie et l’obstination.

La lucidité suppose la résistance aux entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître l’histoire des dernières années de la politique européenne pour être certains que la guerre, quelle qu’elle soit, a des causes évidentes. Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle et le désespoir qui laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce qu’il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d’opposer quelques refus. Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu’un esprit un peu propre accepte d’être malhonnête. Or, et pour peu qu’on connaisse le mécanisme des informations, il est facile de s’assurer de l’authenticité d’une nouvelle. C’est à cela qu’un journaliste libre doit donner toute son attention. Car, s’il ne peut dire tout ce qu’il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu’il ne pense pas ou qu’il croit faux. Et c’est ainsi qu’un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas. Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de toutes, si l’on sait la maintenir. Car elle prépare l’avènement de la vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l’origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l’uniformisation des informations et, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure, si relative qu’elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu’aucune force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l’ironie(3). On peut poser en principe qu’un esprit qui a le goût et les moyens d’imposer la contrainte est imperméable à l’ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres, utiliser l’ironie socratique. Il reste donc que l’ironie demeure une arme sans précédent contre les trop puissants. Elle complète le refus en ce sens qu’elle permet, non plus de rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d’illusions sur l’intelligence de ceux qui l’oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l’homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l’est que cinq fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités de l’intelligence humaine. (….) Un journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu’elles ont peu d’amants. 

Cette attitude d’esprit brièvement définie, il est évident qu’elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d’obstination. Bien des obstacles sont mis à la liberté d’expression. Ce ne sont pas les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l’effet contraire à celui qu’on se propose. Mais il faut convenir qu’il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l’inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le grand obstacle dont il faut triompher. L’obstination est ici vertu cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au service de l’objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté jusqu’au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu’il croit vrai et juste, s’il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l’abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot ».

 

Notes : 

(1) http://theconversation.com/un-journaliste-nomme-albert-camus-128933

(2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/le-manifeste-censure-de-camus_1669778_3212.html ; Voir aussi https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/les-devoirs-du-journaliste-selon-albert-camus_1669779_3212.html

(3) Voir http://www.le-tigre.net/Rire-de-tout-et-avec-n-importe-qui.html

 

 

« Comment s’informer » de Sophie Eustache : un guide pour initier les ados à la fabrication de l’info

« Comment s’informer » : un guide pratique pour les ados (mais aussi pour les adultes) pour s’initier aux coulisses des médias et de l’info !

« De l’info partout et tout le temps… » : aujourd’hui, dans notre société hyper-connectée, l’information colonise tous nos espaces, aussi bien publics qu’intimes.

Mais l’enjeu n’est pas tant de s’informer que de transformer cette information en connaissances, c’est à dire de se l’approprier et de l’analyser, pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Ainsi, comment faire le tri dans cette myriade d’informations qui nous parvient tous les jours ? Quel crédit leur porter ? Et ce, d’autant plus qu’une information n’est pas un produit naturel, puisqu’elle est produite par des êtres humains qui vivent en société et portent un certain regard sur le monde. Elle doit donc toujours être manipulée avec précaution. La journaliste Sophie Eustache propose un guide pertinent d’éducation aux médias, très utile et très accessible, pour aider les adolescents, dès 13 ans, à « naviguer sur les flots tumultueux et diluviens de l’information » (op. Cit., p 15). Il sera aussi lu avec profit par les adultes.

Publié dans la collection POCQQ (Pourquoi s’interroger ? Où s’informer ? Comment agir ? Qui est concerné ? Quand débattre ?), laquelle traite des sujets d’actualité pour les adolescents, « avec la distance qui permet à chacun de se faire son opinion » [déjà parus : qui sont les transhumanistes ? Où va le climat ? Pourquoi les végans ? …], cet ouvrage, illustré par Élodie Perrotin, aborde certaines questions. Les inévitables : « qu’est-ce que s’informer aujourd’hui ? Comment circule l’information ? Comment travaillent les journalistes ? »

Mais aussi : « l’information est-elle (réellement) libre ? A qui appartiennent les médias ? », nous sensibilisant à l’enjeu de l’indépendance de la presse – indépendance par rapport à l’Etat, mais aussi l’audience, les partis politiques, les industriels, les annonceurs, la publicité. En France, 10 milliardaires (des télécoms, des BTP, des banques et de l’armement) possèdent la majorité des médias.

Enfin, « l’objectivité est-elle possible ? », nous questionne encore l’auteure, nous invitant à prendre du recul par rapport au « fact checking », pratique journalistique visant à vérifier la véracité de propos tenus par des responsables politiques ou d’autres personnalités publiques. L’enjeu n’étant pas tant de savoir si les « factcheckers » font un bon travail ou pas, mais plutôt de comprendre qui en profite.

Le chapitre « Que pouvons-nous faire ? » nous pousse à l’engagement. Parce que l’information n’est pas une marchandise mais un bien commun à défendre, au même titre que la santé ou l’éducation, nous pouvons, à notre échelle, soutenir la presse indépendante (sans pub et financée avant tout par les lecteurs/les abonnés), en achetant ces journaux, en s’abonnant ou en faisant des dons de soutien. Il est aussi important d’apporter la question de l’indépendance des médias dans le débat public et de réfléchir ensemble à des solutions pour libérer la presse.

Le « guide de l’apprenti journaliste » donne des conseils pour se forger un esprit critique et faire attention aux « fake news » ; un lexique nous permet de comprendre « les mots du journaliste » (qu’est-ce qu’un « angle », « bâtonner une dépêche », un « chemin de fer », un « marronnier » ?…), et pour aller plus loin, une bibliographie complète est à consulter sur le site de l’éditeur.

A mettre dans toutes les mains !

 

En bref :

Comment s’informer, de Sophie Eustache / Elodie Perrotin. Editions du Ricochet, 2019 (Collection POCQQ)

Les 30 premières pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

PEP’S CAFE a vu « Jésus l’enquête » de Jon Gunn

Mike Vogel est Lee Strobel dans « Jésus l’enquête »

J’ai vu « Jésus l’enquête », il y a quelques semaines. Inspiré du best-seller « The Case for Christ » (« Jésus : la parole est à la défense ») publié en 1998, et de la vie de son auteur, Lee Strobel, le film est réalisé par Jon Gunn et est sorti aux USA en avril 2017. Il est produit par Pure Flix, une société américaine ciblant un public de chrétiens évangéliques (qui a notamment produit « Dieu n’est pas mort » en 2014, mais en beaucoup moins réussi). Distribué en France par SAJE, il est en salles depuis le 14 février 2018.

Le film raconte l’histoire vraie (mais romancée) de Lee Strobel, un journaliste d’investigation athée, qui vit dans un univers maîtrisé : marié avec Leslie, il a une petite fille et est bientôt papa d’un deuxième enfant ; il bénéficie d’une réputation flatteuse de professionnel, pour qui « le seul chemin vers la vérité ce sont les faits, les faits sont notre plus grande arme contre la superstition, contre l’ignorance et contre la tyrannie », et au début du film, il reçoit un prix le récompensant pour son travail…. Jusqu’au jour où cette vie et son couple se retrouve perturbés par la conversion de sa femme au Christianisme, suite à un événement dramatique.

Lee entreprend alors de démonter la foi nouvelle de sa femme, qu’il aime, pour la retrouver, en tentant de prouver que Jésus-Christ n’est pas réellement ressuscité (cf 1 Cor.15v17). Au final, il se laissera trouver par le Sauveur, en finissant par voir ce qu’il n’avait pas su voir : l’innocence d’un homme, l’amour du père et l’amour de sa femme.

Sur le plan formel, le film, très linéaire et démonstratif, présente quelques tics de mise en scène, par exemple, en nous montrant des personnages systématiquement en train de faire autre chose lorsqu’ils parlent de la foi avec le héros (se lever, bouger, se déplacer, ou déplacer des objets…). En cela, il n(e d)étonne pas. Néanmoins, il est plutôt bien joué, crédible et nous offre une reconstitution réussie du Chicago des années 70-80, une époque où un journaliste doit travailler avec des moyens qui paraîtraient limités (pour ne pas dire « impossible ») aux « digitals natives », c’est à dire « sans internet », en se déplaçant sur le terrain pour rencontrer des gens, en téléphonant (sans portable !) sans bouger de son bureau ou, pire, en consultant de la documentation « papier ».

Concernant son contenu, « Jésus, l’enquête », est….une enquête, celle d’un homme qui finit par en découvrir les limites, quand bien même il aurait toutes les preuves qu’il recherche, se trouvant lui-même interpellé sur ses motivations et le sens de son entreprise : en clair, lorsque nous cherchons, que souhaitons-nous vraiment trouver ?

Paradoxalement, l’intérêt du film ne me paraît pas résider dans sa dimension d’apologétique, via l’enquête et les entretiens – instructifs-  de Lee Strobel avec différents spécialistes (bibliste, médecin, psychanalyste…), pourtant au cœur du récit.  Son véritable intérêt, susceptible de toucher un public bien plus large qu’un simple « segment chrétien » (évangélique ou non), réside plus dans ses récits parallèles : une autre enquête menée par le journaliste sur l’agression d’un policier, qui se trouve bâclée(car reposant sur une seule source) ; l’absence de relation entre Lee et son père, le premier reprochant au second son manque d’amour et de reconnaissance….Mais, surtout, ce qui retient notre attention, c’est l’évolution d’un couple en crise, en désaccord sur la foi, avec deux enfants au milieu, et dont on se demande jusqu’au bout s’il sortira renforcé ou éclaté du conflit.

Renoncer d’être « au contrôle »

Plus encore, le film nous montre également en parallèle l’époux et l’épouse du couple Strobel, conduits l’un et l’autre à accepter de lâcher prise et à renoncer d’être « au contrôle », face à l’évidence et à ce qui les dépasse.

« Moralité » : il est vain d’attaquer le christianisme, lequel n’a pas besoin d’être défendu. C’est Dieu qui appelle l’homme et change son cœur « de pierre » en « cœur de chair », lui donnant un cœur nouveau. Nous ne pouvons, ni nous sauver, ni sauver les autres nous-mêmes. L’Évangile est « une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit… » (Rom.1v16), une bonne nouvelle, qui exige une réponse immédiate. Notre foi n’est donc pas fondée « sur la sagesse humaine, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor.2v5), la puissance de l’amour de Dieu, lequel nous pousse à rejoindre l’autre et à nous laisser rejoindre.

En fin de compte, « Jésus, l’enquête », film de « genre » apologétique, serait-il en train de nous dire que l’apologétique ne sert à rien ? 😉

A voir avec vos amis non-chrétiens, pour en discuter avec eux, notamment pendant la période de Pâque, où l’on annonce que « le Christ est réellement ressuscité ! »

 

En bref : 

« Jésus l’enquête », de Jon Gunn (USA, 2017. Sortie en France en 2018). Avec : Mike Vogel (Lee Strobel), Erika Christensen (Leslie Strobel), Frankie Faison (Joe Dubois), et avec Faye Dunaway (Dr. Roberta Waters), Robert Forster (Walt Strobel)……Scénario: Brian Bird d’après le livre autobiographique de Lee Strobel « The Case For Christ ».

 

Bande annonce du film

Existe-t-il une « information chrétienne » ?

« On t’a fait connaître », ô média chrétien, »ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi » (Michée 6v8). Image découverte sur le compte twitter de Gilles Boucomont (3 mai 2017)

…..une actu « chrétienne », ou même des infos « évangéliques » ?

 

Question susceptible d’être jugée « provocatrice », mais qui a son importance, puisqu’il convient de s’entendre sur ce qu’il convient d’appeler « information », et en quoi consiste l’acte d’informer.

Mais d’abord, que serait une « information chrétienne » ? Une information produite par un chrétien, selon des principes chrétiens ? Une information destinée (exclusivement) à un public chrétien ? Ou une information reflétant les valeurs de l’Évangile ? (1)

 

1) L’information produite par des chrétiens : cette approche définit la qualité de l’information produite et publiée en fonction de son producteur/rédacteur, qui peut se présenter comme « journaliste » ou non. Nous en déduisons alors qu’une information ne peut qu’être d’inspiration chrétienne si elle est réalisée par quelqu’un qui connaît le Christ comme son sauveur et seigneur personnel. Mais se pose alors la question de l’influence du péché/des principes du monde dans le travail du producteur d’info. Pour le dire autrement, la foi affichée du producteur d’info suffit-elle pour définir comme « chrétienne » une info qui peut être futile, mensongère ou traitée de façon peu rigoureuse ou racoleuse ? (2) A l’inverse, une information serait-elle moins chrétienne, si elle était réalisée dans le respect de la déontologie du journalisme (sans contradiction avec les principes bibliques) par un journaliste non chrétien ?

Comment éviter le piège et la tentation du « buzz » et de « l’attrape-clics » ? Source : Les Décodeurs du Monde.

Ainsi, qu’est-il vital de relayer/publier ? Qu’un pasteur se noie/se fasse dévorer par des crocodiles en voulant marcher sur l’eau pour imiter le Christ ?(3) Des faits divers donnant l’impression d’une insécurité croissante ? Ou de rappeler « qu’il est rare que le terrorisme, dans un pays occidental, devienne une cause première de mortalité ». Et qu’ « en France, les accidents de la route tuent vingt fois plus, les accidents domestiques 70 fois plus, les suicides 60 fois, et le tabac trois cents (…) Si la sécurité est la première des libertés, rationnellement, c’est d’abord cette sécurité médicale et sanitaire qui devrait truster les unes ». Or, « il n’en est rien. Pourquoi ? »

2) L’information destinée (exclusivement) à un public chrétien : dans cette optique, la qualité chrétienne de l’information est déterminée par le public auquel elle est destinée. Quand une population compte suffisamment de personnes se considérant « chrétienne » (de conviction, de culture ou d’éducation), elle représente ce que l’on appelle « un marché » pour toutes sortes de médias qui s’affichent « chrétiens » ou sont conçus pour promouvoir une vision du monde et une communication au service d’œuvres chrétiennes. Reste à savoir si ces médias visent la pertinence (informer selon un besoin d’information et de façon fiable) ou la popularité et la rentabilité (qui ne sont pas des gages de qualité ou d’authenticité !)

3) L’information au service de l’Eglise/œuvres chrétiennes : Cette approche définit la qualité chrétienne d’une information par son contenu, à des fins de communication. Dans ce cas, le site chrétien jouera un rôle de « relai d’information pour les œuvres », avec un rôle de communication et de sensibilisation. Une approche « utilitariste », qui n’a rien de honteuse en soi, pourvu que l’objectif soit clairement affiché(4).

4) L’information reflétant les valeurs de l’Évangile : Une approche qui détermine la qualité chrétienne par son contenu mais aussi surtout par son processus d’élaboration. Mais comment définir des qualités chrétiennes ? Reconnaitrait-on une « info chrétienne » parce qu’elle serait « positive » ? Un reportage sur les dessous de nos portables serait-il « moins chrétien » ?

5) Parler de la contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information serait sans doute plus juste, mais dans ce domaine, les chrétiens sont-ils « les premiers dans les bonnes œuvres » ? Nous y reviendrons plus loin.

Vous connaissez certainement ces « pure players » du web de confession évangélique revendiquant ce label : « Actus chrétiennes »(2010-2020), « Chrétiens.info » (édité par « Le Journal chrétien »), « Evangéliques info »(2015) du groupe Alliance Presse (qui édite notamment « Christianisme aujourd’hui »),  « infochrétienne » (Né en 2013 sous le titre de « info-évangélique », puis re-baptisé « infochrétienne » en 2015), et le dernier-né « l’observateur chrétien »(2016-2017).

Qu’en penser ? Personnellement, même si le sérieux de certains d’entre eux n’est pas à remettre en cause (d’autres me paraissent toutefois à éviter), je n’en suis pas fan pour plusieurs raisons que je vais expliquer maintenant, en précisant au passage ce que j’attends d’un média digne de ce nom.

Premièrement, si le ton et le style varient d’un site à l’autre (sérieux ou mesuré pour « Journal chrétien » ou « Evangélique.info » ; volontairement plus polémique, revendiquant un style d’« humour cool gras », cynique et vulgaire, pour « Actus chrétiennes »….), le modèle est généralement le même, rappelant les « breaking news » ou médias « d’info en continu » : parce que « la société évangélique française » serait « assez consommatrice d’une info de qualité courte, qu’on peut lire le matin au petit déjeuner ou en allant au travail »(5) ou même pendant le culte ou une réunion, il est proposé des choix de brèves/articles courts, revues de presse, et amorces d’articles (le plus souvent « rhabillés » par la rédaction qui change les titres) francophones/étrangers traduits qui renvoient aux contenus d’autres médias(l’important est la source de ces sites), ayant trait le plus souvent de la vie des Églises, des sujets de société, les chrétiens persécutés, la politique, parfois(mais plus rarement, à des degrés divers) la culture, la science/l’environnement et du socio-économique, et pas mal de « people et d’insolite » (avec la tentation du « buzz »). Les productions personnelles se traduisent pour l’essentiel par des chroniques/billets d’humeur des membres de la rédaction et/ou d’auteurs « invités ». Mais vu que tous ces sites se trouvent dans un contexte d’hyper concurrence, l’on peut constater un phénomène de mimétisme dans le choix des sujets et des angles.
 Une chose me frappe : la place donnée au « storytelling » type « 2.0 », ou le récit dit « édifiant », avec l’impression de voir la société appréhendée uniquement par le seul biais de l’individu : la figure du « self made man », du « héros entrepreneur » ou du « sauveur providentiel », aurait-il contaminé ces médias chrétiens, après les JT et les magazines d’information séculiers, avec le message implicite que la collectivité n’aurait pas d’importance, que l’individu existe en dehors d’elle, et qu’il s’est forgé tout seul ? Autre écueil, auquel n’échappent pas certains sites : l’approche « moralisante »(6) et partisane(7).

L’on pourrait croire que l’activité principale de ces sites consiste en « recyclage de dépêches », mais il est plus exact de dire que qu’il consiste à condenser des dépêches. Un média composé de dépêches complètes, bien qu’effroyablement monotone, serait beaucoup plus complet que ce type de sites. De là le sentiment d’une absence totale de « ligne éditoriale » et donc que rien de ce qui est fait n’est pensé, réfléchi, argumenté ou qu’aucun sens n’est donné aux « infos brutes » présentées. Ce que l’on voit, c’est un conglomérat d’articles, où plein de choses (certaines pouvant être bonnes ou réellement édifiantes) qui se juxtaposent aléatoirement, ou selon l’humeur, ou selon les critères du rédacteur en chef. Ces sites, même les plus sérieux, n’échappent pas toujours à l’écueil de l’information sensationnelle ou émotionnelle, où il s’agit plus de « faire sentir ce qui se passe » que de mettre l’information en perspective(8).
Le danger serait alors de se contenter de « lire en diagonale »(le plus souvent les seuls titres et le paragraphe), de « râler » ou de s’indigner de façon stérile, avant d’oublier ce qu’on vient de lire.

Et maintenant, qu’est-ce que j’attends d’un média sérieux, digne de ce nom ? Quelle pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information ?

Que les chrétiens aient préalablement réfléchi à ce que sont respectivement l’information, l’acte d’informer, l’objectivité et le rôle du journaliste. Ensuite, qu’ils aient intégré les problématiques suivantes dans la construction de leur projet médiatique : à l’heure où nous pouvons presque tout savoir en temps réel, est-il indispensable de tout savoir ? Comment faire le tri entre les informations ? Comment faire la part des choses entre l’essentiel et le futile ? Comment distinguer le vrai du faux, le fictif du réel, le mensonge de la vérité ? S’informer est-il un besoin ou un devoir ? Une responsabilité ? Et pourquoi s’informer ?

Ainsi, une information ou l’acte d’informer est ce qui renseigne avec exactitude sur ce que l’on ignore et qui répond aux questions « qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ». L’information n’est pas une opinion mais un élément de connaissance vérifiable, qui s’adresse/s’impose à tous. Et la condition d’une information digne de ce nom, crédible, est la recherche de la vérité. Sur ce point, le « journaliste chrétien » est censé avoir un avantage sur le journaliste séculier : il croit en la vérité absolue ou qu’il existe une vérité. A l’inverse, le journaliste non chrétien, qui estime que la vérité n’est pas atteignable, a renoncé à la chercher. Il ne lui reste alors plus que son honnêteté (ou sa mauvaise foi) par rapport à ses croyances (ce à quoi il tient) ou ses convictions (ce qui le porte) et non plus par rapport à la réalité.

Ensuite, informer, c’est aussi donner du sens à l’information, en la contextualisant et en l’expliquant. S’informer, c’est se donner les moyens de comprendre la complexité du monde réel dans lequel on vit. Pour cela, « la fabrique de l’info » doit parcourir un trajet bien plus complexe que la simple transmission au public d’un « fait brut », aussi frappant soit-il.

A l’inverse, le but de la communication est « autre » que d’informer avec exactitude : influencer/susciter un acte, un comportement, des valeurs, un style de vie…. La communication présente les meilleures facettes d’un produit/organisme/personne afin que celui qui reçoit ce message y réponde favorablement.

L’objectivité est la qualité de celui qui décrit des faits avec exactitude et juge sans parti pris [le parti pris est « un péché », rappelle Jacq.2v1, 9]. Certes, il est difficile de l’être « à 100 % », mais tout journaliste sérieux se doit avant tout d’être honnête (envers lui-même), équitable (envers les personnes), prudent (dans le jugement) et prendre en compte la diversité des points de vue.

Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, l’objectivité de celui nous informe me paraît possible à condition de : vérifier l’information sur le terrain, auprès des personnes concernées[ce qui implique de revaloriser le reportage], et donc de ne pas se contenter de rester derrière un écran à recycler des brèves ; privilégier la diversité des perceptions et des opinions, même contradictoires ; ne pas porter de jugement moral ou moralisant ; expliquer sa démarche (comment l’œuvre est construite) ;  préciser les limites et le cadre de l’enquête ; permettre au spectateur/lecteur de discuter/enrichir le contenu et d’apporter une contradiction/réfutation/ rectification de ce qu’il voit/lit(9).

L’on est donc en droit d’attendre des médias qu’ils expliquent, invitent au recul et nous engagent à agir, comme à démonter les discours de la peur, plutôt que d’alimenter cette dernière à coup de reportages.

Enfin, journaliste est une profession non réglementée : n’importe qui peut se revendiquer comme tel. Mais elle nécessite un minimum de formation, pour construire une pensée correcte, être capable de prendre de la distance avec ses propres émotions et présupposés, discerner le vrai du faux, l’essentiel du futile…. Le journaliste se distingue de toute autre personne s’exprimant dans un média, non parce que ses analyses seraient plus pertinentes, mais parce qu’il est chargé d’une mission d’intérêt général : rapporter des faits précis de façon exacte et impartiale, pour le public et en son nom. Il ne saurait donc être « un publiciste » ou « un propagandiste » au service d’intérêts privés. Ou alors il s’appellera « attaché de presse », « porte-parole », « communicant », mais pas « journaliste ».

Les médias véhiculent-ils une vision du monde ?
(Goodwin/Burr. Economix)

Ceci dit, un média (chrétien ou non) peut-il véhiculer une vision du monde ?

Bien entendu.

Interviewé par Society, le 09 décembre 2016, David Pujadas, le journaliste estimé « le plus crédible de France », est revenu sur le traitement de l’information dans son JT : « Oui, le journal véhicule sans doute une vision du monde: l’idée implicite que le salut et le bonheur résident dans la consommation ou l’accumulation des richesses. […] Or la croissance non mesurée, l’attention portée aux autres, […] c’est essentiel dans une société. Mais on ne la traite pas. En ce sens, oui, il y a une idéologie cachée »(10).

Basta !, un média indépendant centré sur l’actualité économique, sociale et environnementale, en défend une autre : constitué d’une équipe de journalistes et de militants associatifs, il a pour but de contribuer « à donner une visibilité aux enjeux écologiques, aux actions citoyennes, aux revendications sociales, aux mouvements de solidarité et aux alternatives mises en œuvre ».

En comparaison, selon le journaliste Henrik Lindell (« Dieuetmoi », « Horizons évangéliques », « Témoignage Chrétien », et actuellement « La Vie »), un « média chrétien » doit être « ancré dans la foi en Christ, pédagogique, pratique et indépendant de toute institution ecclésiale (et même politique) ». Il doit « s’intéresser à l’innovation et s’inscrire résolument dans la fraternité ». Il doit être « un témoignage authentique de la relation entre l’individu et Dieu. Et être au service de tous les chrétiens et de tous ceux qui s’intéressent à la foi ».

Ceci dit, on gardera sans cesse à l’esprit qu’un média chrétien peut être « un mini-stère » (au service des autres) à soutenir et jamais « un magi-stère »(11). En clair, un média digne de ce nom aura l’ambition de faire réfléchir ses lecteurs, et non de dire ce qu’il faut penser.

 

Quelques médias (chrétiens ou non) aux projets me paraissant originaux/ambitieux, inspirés et inspirants :

 Le Tigre magazine, « curieux magazine curieux » (2006-2014) : voir aussi la conception du journalisme de la part de l’un de ses co-fondateurs, Raphaël Meltz, qui tient à préciser qu’il n’est pas journaliste.

Basta ! (depuis 2008) : Site d’informations indépendant sur les enjeux sociaux et environnementaux , dont nous avons parlé plus haut.

Brief me : « le mini journal par email » nous livre l’essentiel de l’actu triée, résumée et expliquée par une équipe de journalistes expérimentés, tous les soirs à 18h30 dans notre boîte mail et le samedi matin pour son édition du week-end. A noter que Brief.me n’est pas un service de « curation » ou un agrégateur d’articles, qui se contenterait de résumer des articles existants.  L’équipe produit du contenu propre, en réalisant un véritable travail journalistique. Il est possible de tester Brief me gratuitement et sans aucun engagement pendant 45 jours.

Les Cahiers libres (Depuis 2013) : « dans le monde sans en être ». Un excellent blog catholique collectif, hélas actuellement à l’arrêt.

La Croix (depuis 1880 !) : « le meilleur quotidien de France », qui « fait le choix d’une information qui aide à comprendre, à agir et à dialoguer pour rendre, à sa manière de l’actualité nationale et internationale ».

Le Verbe (depuis 2015, mais ses origines remontent à 1975) : « Voir, penser, croire », ou comment « (témoigner) de l’espérance chrétienne dans l’espace médiatique [magazine, radio, web, éditions), en conjuguant foi catholique et culture contemporaine ».

Réforme : hebdomadaire protestant d’actualité, qui se démarque par sa manière de problématiser et de donner sa place à de vrais débats.

Et le manifeste de la Revue XXI qui privilégie « l’information en grand format » et les « grands papiers », à une époque où le public « lirait peu ».

 

 

 

Notes :

(1)Le questionnement et la structure du présent paragraphe s’inspire de l’article de Jonathan Hanley « existe-t-il un art chrétien ? », paru dans « GBU magazine », printemps 2016, semestriel N°13, pp 6-7.

(2) Exemples de ce manque de rigueur ou traitement racoleur : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/01/13/agressions-de-cologne-dun-certain-traitement-mediatique-qui-sappelle-batonnage/ ; https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/09/06/un-bon-journaliste-ne-lit-pas-et-ne-nous-donne-pas-a-lire-en-diagonale/

(3) Relayé par http://www.evangeliques.info/articles/1970/01/01/cameroun-un-pasteur-se-noie-pour-avoir-voulu-marcher-sur-l-eau-9654.html  ; https://actualitechretienne.wordpress.com/2015/05/20/noyade-dun-pasteur-il-a-voulu-imiter-jesus-en-marchant-sur-les-eaux/ ; https://www.infochretienne.com/devore-crocodiles-pasteur-voulait-marcher-leau/ [Supprimé, après sa parution il y a 4 jours] et plus récemment par https://actualitechretienne.wordpress.com/2017/05/18/derive-mystique-il-tente-de-recreer-un-miracle-de-jesus-et-se-fait-devorer-par-des-crocodiles/ . Mais il s’agit d’une « infaux », semble-t-il.

(4) Voir la différence entre information et communication.

(5)  http://www.evangeliques.info/articles/2015/06/07/encore-besoin-de-medias-chretiens-12487.html

(6) Il est ainsi possible d’analyser un dessin animé controversé de bien des manières : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/12/07/comment-bien-parler-du-film-sausage-party-ou-quand-informer-nest-pas-donner-son-opinion/

(7) Voir ces choix d’articles sur Donald Trump, Marine Le Pen et François Fillon, en comparaison avec ceux consacrés à Emmanuel Macron, par exemple : https://www.infochretienne.com/trumpette-a-sonne-lete-proche/ ; https://chretien.news/macron-vs-le-pen/ ; https://chretien.news/presidentielles-et-erreur-canadienne/ ; https://www.infochretienne.com/le-choix-de-la-france-vu-damerique-le-pen-ou-la-charia/https://www.infochretienne.com/jestime-quil-urgent-de-prier-francois-fillon-reste-lice/ ; https://chretien.news/la-france-a-elu-le-peche-sexuel-comme-president/ [Article supprimé et modifié] ; https://actualitechretienne.wordpress.com/2017/05/02/bishop-claudio-je-voyais-marine-le-pen-avec-une-couronne-et-emmanuel-macron-avec-des-cornes/ ; https://actualitechretienne.wordpress.com/?s=Donald+Trump ; https://actualitechretienne.wordpress.com/?s=Marine+Le+Pen

(8) Ce que l’on peut appeler la « konbinisation de l’information » ou « l’info-divertissement » entièrement dépendante de la publicité, le « piège à clic » !

(9) A ce sujet, certains médias choisissent de fermer la possibilité de commenter, tandis que d’autres (« Actus chrétiennes ») revendiquent d’être « l’espace libre du débat ». Mais l’on a de quoi rester perplexe face à des commentaires qui prennent des allures de « café du commerce » à l’échelle d’Internet, où n’importe qui vient discuter de n’importe quoi, sans sens ni raison. Il ne s’agit évidemment pas de critiquer cette forme de discussion, qui en tant que telle a une évidente utilité, mais de montrer l’hypocrisie flagrante de médias dits « chrétiens » prompts à dénoncer les ragots, rumeurs voire mensonges qui circulent sur Internet, en leur opposant leur sérieux, leur rigueur, leur sens de l’analyse — tout en laissant n’importe qui dire n’importe quoi au pied de leurs articles. Ainsi, on cherche encore l’utilité d’ouvrir un débat de ce type, qui a eu pour effet de libérer sans contrôle une parole décomplexée en faveur des idées d’un parti d’extrême-droite….

A l’inverse, voici ce qui me paraît être les conditions d’un bon débat

(10) Cf http://www.lexpress.fr/actualite/medias/oui-il-y-a-une-ideologie-cachee-le-mea-culpa-de-david-pujadas-sur-son-20h_1858994.html (comparer avec ce que le documentariste Pierre Carles disait de David Pujadas en 2010, sur Acrimed : « Plein de gens pensent qu’il fait correctement et honnêtement son boulot. Le pouvoir qu’il exerce ne consiste pas à dire aux téléspectateurs ce qu’ils doivent penser, mais à orienter leur perception du monde, par exemple en minimisant l’existence des conflits sociaux par une importance excessive accordée aux informations institutionnelles, aux résultats sportifs, aux faits divers, au « people »… Il ne cire pas ouvertement les pompes des dominants, mais écarte ou minore les informations susceptibles de les mettre dans l’embarras, comme la hausse des inégalités entre riches et pauvres, ou la misère économique, relationnelle et intellectuelle à laquelle le pouvoir condamne les sans-grades. C’est en ce sens qu’il détient une lourde responsabilité : non pas en télécommandant les gens, mais en occupant le terrain par des sujets futiles et en nous imposant un vocabulaire partisan »)

(11) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/04/11/leglise-vers-le-monde-ou-le-monde-dans-leglise-ou-blogueurs-culture-du-debat-et-eglise/