Pour un témoignage « chrétien », pas « crétin »

« Evangelicals explaining to the church martyrs how getting banned from social media for inciting violence is a violation of religious liberty and also persecution » (publié le 11/01 sur le compte twitter de « Not Permanently Banned Josh »). Source image : Mel Gibson assis aux côtés de Jim Caviezel, tous deux respectivement réalisateur et interprète principal du film « la passion du Christ » (2004)

Christianity Today, le principal périodique évangélique américain, s’interroge en ces termes : « Si les chrétiens diffusent des théories complotistes au sujet des élections [mais aussi, peut-on rajouter, du covid-19 – « qui ferait moins de morts » qu’une « grippette » – des vaccins ou des masques….], quelle crédibilité ont-ils lorsqu’ils annoncent la Bonne Nouvelle d’un Sauveur ressuscité? » [« If Christians are broadcasting conspiracy theories about elections, what credibility do we have when telling the world of the Good News of a resurrected Savior? »]

Pour ceux qui lisent l’anglais, c’est ici.

 

En parallèle, et en français, à lire, cet entretien inédit avec Stanley Hauerwas, accordé à l’équipe de l’hebdomaire Réforme.

Né en 1940 à Dallas, aux États-Unis, le méthodiste Stanley Hauerwas est l’un des grands théologiens protestants contemporains. Auteur prolifique, il a notamment consacré de nombreux travaux aux questions d’éthique. Peu de ses ouvrages ont été traduits en français, tels Etrangers dans la cité, co-écrit avec William H. Willimon (Cerf, 2016) et L’Amérique, Dieu et la guerre (Bayard culture, 2018). Dans cet entretien donné à Réforme à la fin de l’année 2020, il dresse un bilan sans concession des défis auxquels son pays est confronté, et expose ce qu’être chrétien signifie aujourd’hui dans un monde marqué par la pandémie. Ce constat du théologien, spécifique aux USA, où la Nation a remplacé la Réforme comme référence chez beaucoup de protestants américains, est-il généralisable ailleurs, par exemple dans notre beau pays ?

Extraits :

Quel est votre regard sur la situation inédite qu’ont traversée les États-Unis lors de la dernière élection présidentielle ?

Nous avons connu une crise constitutionnelle d’une extrême gravité. Comme toute démocratie digne de ce nom, la démocratie américaine repose sur l’État de droit, et l’État de droit a tant été malmené par Donald Trump que je crains qu’il ne soit difficile de s’en remettre. Le rôle qu’ont joué les chrétiens, tout au long du mandat de Trump, a été profondément ambigu. En le soutenant sans ambages, la droite religieuse et plus particulièrement les évangéliques se sont discrédités, au point que nous risquons d’assister je pense à la fin du témoignage évangélique aux États-Unis. Le problème, avec les évangéliques américains, est qu’ils sont américains avant d’être chrétiens, et on l’a vu de façon très nette dans leur soutien sans faille au président. Dans les années 1990, ces mêmes évangéliques tenaient un discours extrêmement critique à l’endroit de Bill Clinton, le président d’alors. C’était d’ailleurs justifié à bien des égards. Pourquoi n’ont-ils pas maintenu cette exigence avec Donald Trump ? Pourquoi ont-ils fermé les yeux sur chacune de ses frasques ? Voilà ce dont je parle quand j’emploie le mot « ambigu ».

(….)

Quelles devraient être les priorités pour l’Église aujourd’hui ?

C’est une bien vaste question, mais si je devais choisir un élément de réponse, je parlerais du commandement nous enjoignant à ne pas mentir. Car si mettre en œuvre la non-violence est chose exigeante pour le chrétien, parvenir à rester honnête et fidèle toute notre vie à une même personne n’a rien d’une évidence. (….) Maintenir, tout au long de notre vie, des relations honnêtes, sincères, est un grand défi pour les chrétiens.

(….)

Quel serait votre conseil pour les Églises chrétiennes, alors que le christianisme est en déclin aux États-Unis ?

Mon conseil serait le suivant : cessons de nous lamenter sur la perte d’influence politique et sociale des Églises, prenons cela comme la façon qu’a choisie Dieu de rendre à l’Église sa liberté. Et sur un plan plus individuel, demandons-nous chaque jour comment vivre de manière à ce que le témoignage d’un sauveur mort sur la Croix puis ressuscité détermine le caractère même de nos vies. Je vois cela comme un don, un don que nous devrions célébrer dans un monde qui ne croit plus qu’il est béni.

L’essentiel de l’entretien à lire ici.

 

 

Cette guerre est une guerre d’information

« La Guerre est déclarée ». Il s’agit d’une guerre d’information qui se tient contre une incroyable puissance de désinformation de la part de celui que Jésus appelle « le père du mensonge »
(« La Guerre est déclarée » : affiche du film-2011- de Valérie Donzelli)

Vingt ans après la seconde guerre mondiale, des soldats japonais ont été retrouvés dans les forêts des Philippines et d’Indonésie, qui n’étaient pas informés que la guerre était terminée et que leur camp avait perdu. Pendant toutes ces années, ils avaient vécu comme en temps de guerre, et ce fut très difficile pour eux d’accepter qu’ils s’étaient en quelque sorte laissé berner par leur propre zèle, à défaut d’avoir la bonne information. Ces 20 ans furent perdus pour eux(1).

Plus proche de nous : presque deux mois après la présidentielle américaine, Donald Trump refuse toujours de concéder sa défaite. A trois semaines de l’investiture de Joe Biden, le milliardaire continue de clamer qu’il a été victime d’une fraude électorale, même si la quasi-totalité de la cinquantaine de recours qu’il a engagés (dont deux devant la Cour suprême) ont été rejetés par la justice ou abandonnés. Alors que le Congrès doit avaliser la victoire de Biden le 6 janvier, le républicain s’accroche encore à un improbable retournement de situation au Capitole. Et il a appellé ses supporters à manifester ce jour-là à Washington pour accentuer la pression. Ces derniers ont d’ailleurs envahi le capitole où le congrès débattait de la certification de l’élection de Joe Biden (aujourd’hui confirmée), avec les dérapages que l’on sait. Selon Gallup, Trump recueille en décembre 87% d’approbation parmi les électeurs républicains, un chiffre toutefois en baisse par rapport à octobre (95%). Un autre sondage, réalisé mi-décembre par CBS News, montre que ses partisans le soutiennent dans sa cabale contre Joe Biden. 82% d’entre eux ne considèrent pas le démocrate comme légitime et 75% jugent que les républicains au Congrès devraient faire tout leur possible pour maintenir Donald Trump au pouvoir. 85% estiment enfin qu’il « dispose de preuves solides » quant aux fraudes qu’il dénonce. (2).

Et ce, alors que plusieurs autorités électorales américaines ont indiqué jeudi 12 novembre dans un communiqué commun, plus d’une semaine après la présidentielle, n’avoir trouvé « aucune preuve » de bulletins perdus ou modifiés, ou de systèmes de vote piratés.  « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont affirmé ces autorités locales et nationales en charge de la sécurité du scrutin – l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la sécurité intérieure [l’administration même du Président !], ainsi que le Conseil de coordination de l’infrastructure électorale et les Comités exécutifs de coordination de l’infrastructure électorale.  « Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit », soulignent-elles dans leur communiqué.  « Bien que nous sachions que notre processus électoral fasse l’objet de nombreuses affirmations sans fondement et de campagnes de désinformation, nous pouvons vous assurer que nous avons une confiance absolue dans la sécurité et l’intégrité de nos élections », insistent-elles (3).

Sur un plan spirituel, nous sommes aujourd’hui dans une guerre d’information de ce type. La victoire de Christ a été obtenue. La reddition de Satan est assurée. L’ennemi a été vaincu et ses soldats ont eu l’obligation de déposer les armes. C’est un état de fait, depuis maintenant 2000 ans ! Mais les gens ne sont pas (ou sont mal) informés et ils perdent des années de leur vie à lutter contre un ennemi déjà vaincu.

Comme dans toute reddition, des poches de résistance se forment avec des soldats ennemis qui refusent de se rendre, continuant de se battre, ne sachant pas qu’ils peuvent s’arrêter, ni qu’ils doivent même arrêter. Leur guerre n’a plus rien de légitime, dans la mesure où leurs autorités se sont rendues [c’est encore plus compliqué quand ce sont lesdites autorités qui refusent de se rendre et de reconnaître leur défaite], et pourtant ils tentent le baroud d’honneur. Ils n’en ont pas le droit mais ils le font quand même, par la simple ignorance de la réalité de la situation de celui qu’ils servent (cf Jean 12v31-32).

Tout le bluff spirituel de Satan aujourd’hui tient à cette guerre d’information. Beaucoup de chrétiens font comme si le diable n’avait pas perdu, comme s’il avait le droit de nous dominer et comme s’il était encore le prince régnant de ce monde. Ils sont responsables d’informer le monde entier de la victoire du Christ, étant équipés pour (cf Actes 1v8) mais ne la vivent pas eux-mêmes ! Ils se font prendre eux-mêmes au mensonge qu’ils dénoncent.

La guerre d’information nous conduit sur trois champs d’action au moins, avec des destinataires bien différents : les chrétiens, les non-chrétiens et les puissances des ténèbres.

« Piqué » sur le compte twitter du Pasteur Gilles Boucomont (19/12/18)

Aux chrétiens, nous avons à rappeler par l’encouragement, l’enseignement et la prédication, qu’ils sont vainqueurs avec Christ et qu’il est hors de question d’être dans le monde comme si Dieu n’en était pas le créateur, comme il est inimaginable d’être dans la vie comme si Jésus n’était pas ressuscité, et impensable d’être dans le combat de chaque jour comme si une puissance d’en haut (le Saint-Esprit) ne nous avait pas été donnée par Dieu le Père.

Aux non-chrétiens, « la guerre d’information » consiste tout simplement à leur annoncer l’Evangile, qui n’est pas « un conseil » (4) ou « une opinion », mais un fait, une grande nouvelle, et même « la meilleure des nouvelles » qui appelle une réponse immédiate (5). Cette nouvelle que nous annonçons est une parole de vie et une parole aussi puissante qu’une prédication, dans la mesure où elle aura manifesté ce que Dieu aura fait pour nous, dans notre vie personnelle (cf Rom.1v16 et 1 Cor.4v20)

Aux puissances des ténèbres, enfin, il s’agit de rappeler, lors de nos cultes et au travers de notre piété, mais aussi de notre vie, nos actions, nos décisions, nos pensées, notre libération et celle de nos frères et soeurs, qu’elles ont bel et bien perdu la bataille et qu’un seul est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (Apoc.19v16) : Jésus-Christ, Lui-même étant aussi « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14v6).

Dans une telle guerre, notre mission, si nous l’acceptons, est d’être son témoin fidèle et véritable.

L’enjeu est grand, car cette guerre d’information se tient contre une incroyable puissance de désinformation de la part de celui que Jésus appelle « le père du mensonge » (Jean 8v44). Ce dernier tente de nous impressionner par du spectaculaire, en faisant le show, comme il tente de nous faire croire que le Roi des rois lui aurait rétrocédé ses droits, alors qu’il n’est pas sans ignorer sa propre défaite et la destitution qui a déjà eu lieu : lui, « le prince de ce monde », sera en effet « jeté dehors » (Jean 12v31) !

 

D’après « Au Nom de Jésus : mener le bon combat », de Gilles Boucomont. Ed. Première Partie, 2011, pp 265-269.

 

 

 

Notes :

(1) Au total, cent vingt-sept soldats japonais restants, aussi appelés straggler (« traînards ») en anglais, ont été retrouvés, de 1947 à 1974, errant dans les différentes îles d’Asie du Sud-Est. Les raisons de la poursuite de la guerre sont soit un fort dogmatisme ou des principes militaires qui les ont empêchés de croire en une défaite, soit une ignorance de la fin de la guerre à cause de communications entre ces soldats et le Japon coupées lors de la stratégie du saute-mouton utilisée par les États-Unis. Teruo Nakamura, qui vivait sur Morotai en Indonésie et qui se rend en décembre 1974, est le dernier straggler confirmé.  Hirō Onoda, qui s’est rendu sur l’île de Lubang, Philippines, en mars 1974, avant-dernier straggler confirmé, est quant à lui, mort en janvier 2014. (Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Soldats_japonais_restants )

(2) Le président sortant a pourtant été « lâché » par Mitch McConnell, le chef de la majorité républicaine au Sénat, redoutable stratège parlementaire qui, sur le tard, s’était rallié à lui.  Au lendemain du vote du Collège électoral, le 15 décembre, celui-ci a félicité Joe Biden et appelé les élus républicains à certifier ce résultat le 06 janvier. Onze sénateurs [trois sénateurs, dont Kelly Loeffler, battue en Géorgie, retireront leur objection au vote du collège électoral, en raison des violences jugées « inacceptables », provoquées par les supporters de Trump au capitole] et une centaine de députés républicains entendent s’y opposer le jour J. Donald Trump a aussi perdu le soutien d’un de ses conseillers respectés, l’ancien gouverneur du New Jersey Chris Christie, ou même de son ministre de la Justice, Bill Barr [dont le départ a été annoncé mi-décembre], qui a admis n’avoir vu aucune fraude organisée dans l’élection. Cf  Etats-Unis : deux mois après sa défaite, qui soutient encore Donald Trump et qui l’a lâché? et https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20210103-%C3%A9tats-unis-onze-s%C3%A9nateurs-r%C3%A9publicains-vont-refuser-de-certifier-la-victoire-de-joe-biden ; voir aussi https://www.washingtonpost.com/politics/trump-raffensperger-call-georgia-vote/2021/01/03/d45acb92-4dc4-11eb-bda4-615aaefd0555_story.html et https://www.liberation.fr/planete/2021/01/04/pression-sur-les-resultats-de-georgie-les-outrances-de-trump-destructrices-pour-le-parti-republicain_1810269 ; https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20210106-en-direct-suivez-la-certification-de-la-victoire-de-joe-biden-et-les-s%C3%A9natoriales-en-g%C3%A9orgie

(3) Source : Présidentielle américaine : « aucune preuve » de fraude, affirment les autorités

(4) Cf https://www.reveniralevangile.com/l-evangile-est-une-bonne-nouvelle-pas-un-bon-conseil-timothy-keller/

(5) Cf http://www.theologeek.ch/2015/02/27/evangeliser-dans-le-contexte-de-la-secularisation/

 

 

Noël habité

« C’est alors qu’une simple lumière jaillit de mon esprit : pourquoi ne pas inviter Jésus à la fête de Noël, là, chez moi, dans ma toute petite maison ? » Source image : rawpixel

Pep’s me demande de vous raconter mon histoire, celle d’une ex maman seule, un soir de Noël….

Noël, avant de connaître personnellement Jésus, ne signifiait pas grand-chose pour moi. Je n’attendais donc rien de cette fête.

Dans le pays d’Afrique de mon enfance,  de janvier à décembre, il n’y avait ni sapins, ni guirlandes, ni nuits enneigées, ni cadeaux démesurés, ni parfums de chocolat et ni rencontres de famille, car la nôtre habitait à l’autre bout du monde. Je garde toutefois ce souvenir de notre dernier Noël ensoleillé, avant de rentrer définitivement en France, avec le prêtre de ma paroisse me demandant de réparer la crèche de l’église. Peut-être parce que j’avais l’habitude, les jours de messes,  d’y apporter une des rares fleurs de mon jardin de sable pour décorer l’autel ? Dans mon âme d’enfant, mon action candide était pour Dieu lui-même, bien que je ne le connaissais pas. Je fus davantage saisi par la confiance que ce « père » m’accordait avec sa demande de rénovation de crèche que par la compréhension du symbole de ces figurines de plâtre, chacune à peine plus grande que mes deux mains. Elles évoquaient vaguement cette histoire, qu’on raconte aux enfants, qu’un Dieu si grand était venu sur terre en prenant la forme d’un enfant. Me voilà donc, du haut de mes tout juste 11 ans, en train de refaire la corne cassée du bœuf avec l’aide de ma mère et de repeindre avec ardeur l’âne, le petit Jésus, Joseph, Marie et les mages…afin de me montrer digne de cette confiance accordée.

Quelques décennies plus tard, je compris un peu mieux l’ambiance réelle de la crèche dans laquelle Jésus est né. Lui le Dieu créateur, le Roi des rois,  est né dans une vulgaire mangeoire loin d’être douillette, éclairée et parfumée, probablement entourée de vaches qui meuglent, de poules qui volent et de l’odeur de leur fiente. J’imagine mieux l’atmosphère glaciale des prairies où les bergers effrayés reçoivent des anges cette extraordinaire nouvelle et témoignage de la venue tant attendue d’un Sauveur,  eux dont on se fie peu et dont la parole est sans importance. Belle et étrange histoire…Mais rien qui ne change ma vie, mon quotidien. D’ailleurs tout semble me sourire car je suis d’un naturel enjouée et gaie. Je n’attendais rien. Le devrais-je ?

Jusqu’à ce soir de Noël où je fus seule avec ma jeune fille. Mes parents, eux-mêmes divorcés, habitaient chacun un bout de la France. Mon frère faisait le mort depuis longtemps. J’étais loin d’eux et il semble que j’étais loin de voir un de mes désirs profonds être comblé,  loin de l’essentiel : la joie d’aimer et d’être aimée d’une famille. J’étais triste…à en mourir. Bien sûr, je n’étais pas vraiment seule car j’étais avec ma fille, tendre rayon de soleil. Des chrétiens qui chantent de tout leur cœur le dimanche, lisent la Bible et parlent d’amour, étaient certes mes frères et mes soeurs. Peut-être espérais-je que l’un d’eux m’invite ou me rende visite au coeur de ma nuit ? L’attente d’un appel. Néant. Mon coeur était triste.

C’est alors qu’une simple lumière jaillit de mon esprit : pourquoi ne pas inviter Jésus à la fête de Noël, là, chez moi, dans ma toute petite maison qui ressemblait d’ailleurs plus à une crèche qu’à une maison ? Après tout, c’est bien Lui le principal protagoniste de l’histoire ! Repoussant ma profonde tristesse, attisée sans doute pour le son de publicités, des gling gling des décorations de Noél dans les rues ou les maisons, l’atmosphère aimante des familles au coin de feu des films romantiques, je l’appelle Lui, lui fais une place à ma table décorée modestement pour l’occasion et invite ma fille à en faire autant.

C’est alors que nous avons mangé ce repas de Noël comme celui de la Pâque et célébrant une alliance éternelle avec ce Dieu mort puis ressuscité, avec mon ami, mon frère et mon père, celui qui vit éternellement et qui me rejoint toujours au coeur de mes ténèbres afin de me faire passer à son admirable lumière, du pays de l’esclavage à celui de la liberté, celui de la froide solitude à celui de l’intimité chaleureuse, celui de la pauvreté matérielle et morale à la prospérité intérieure.

Quel Noël !

Insolite : ces chrétiens qui attendent beaucoup du Pape à Noël….

Insolite, ces chrétiens qui attendent beaucoup du Pape à Noël…! (Piqué sur twitter ! Source image : public domain pictures)

Insolite : des chrétiens (les catholiques, mais aussi, qui l’eût cru, des protestants évangéliques !) attendent beaucoup du Pape à Noël…

Emballé par l’énigme, un « pepsman » pense pouvoir la résoudre en mettant Sherlock Holmes et Hercule Poirot (avec Columbo en renfort) sur l’Affaire. Il poursuit l’enquête pour en saisir le sens véritable.

Et vous ?

Le culte : ou comment nous exercer à regarder dans la bonne direction

Le culte nous exerce à regarder dans la bonne direction (Source image : public domain pictures)

Certains ont du se dire : « allons ! Plaignons-nous tous ensemble, pour avoir un impact médiatique ! »

Beaucoup de magasins sont fermés à cause du confinement. Les commerçants demandent au gouvernement le droit de rouvrir leurs boutiques dès le 27 novembre pour le « black friday ». Ce sera finalement le cas le 28/11, hors bars et restaurants, à certaines conditions précisées par le Président de la République, lors de son allocution télévisée du 24/11 (1)

Certains catholiques, quant à eux, réclament de pouvoir à nouveau assister aux messes – les règles qui restreignent temporairement, dans le cadre du confinement, la célébration collective du culte étant encore en vigueur.  Ce cadre, dicté par l’impératif sanitaire liée à l’explosion de l’épidémie de Coronavirus sur le territoire national, avait été validé par le Conseil d’État dans son ordonnance du 7 novembre 2020.

Plusieurs manifestations ont eu lieu le week-end dernier en France, notamment à l’appel du collectif Pour la messe, demandant la reprise des célébrations publiques. Des rassemblements ont eu lieu le dimanche 22 novembre à Bordeaux, à Vannes, Saint-Maur-des-Fossés, Nantes, Angers, Montpellier, ou encore à Clermont-Ferrand  – à l’initiative de Civitas, association catholique intégriste (2).

Une autre initiative remarquée est la manifestation prévue dimanche 22 novembre à 17h, devant l’église Saint-Sulpice à Paris 6e, laquelle se heurte au refus de la préfecture de police qui ne veut pas de ce type de rassemblement. Assisté d’un avocat, Jean-Benoît Harel, étudiant de 23 ans et animateur de l’émission « Orient Extrême » sur Radio Notre Dame, l’un des initiateurs de la pétition « Pour la messe », qui a déjà recueilli plus de 106 000 signatures, dépose un référé-liberté au tribunal administratif samedi 21 novembre dans l’après-midi et obtient gain de cause. « Alors qu’il n’a fait valoir aucune nécessité de préserver un trouble à l’ordre public, le préfet de police doit être regardé comme interdisant par principe une manifestation qui, par son but ou par sa forme, serait une manifestation extérieure d’un culte. Par conséquent, sa décision en tant qu’elle conditionne la tenue d’une manifestation à l’interdiction de faire des prières de rue, porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifestation », a estimé le juge des référés dans son ordonnance rendue le jour même.  Satisfait de la décision, Jean-Benoît Harel s’est réjoui d’avoir « arraché le droit de prier »(3).

Une initiative que certains, parmi les Evangéliques, jugent « courageuse » et « digne d’être encouragée », pour ne pas dire « excellente », au point de participer au rassemblement de dimanche à Paris.

Est-ce la bonne façon de qualifier ces attitudes revendicatives quand toutes les autres religions, chrétiennes (protestantes, orthodoxes, anglicanes), islamiques, juives, bouddhistes … acceptent ces mesures sanitaires de solidarité et de citoyenneté pour la protection et la santé de tous ?

Pour rappel, l’objectif du culte [se terminant par un « envoi » ou un « allez » vers les autres] est de nous exercer à regarder dans la bonne direction, laquelle n’est pas nous-même, mais le Seigneur lui-même, de sorte que lui seul soit glorifié, c’est à dire rendu visible tel qu’il est en vérité et en réalité. Sachant, comme le relève Tony Reinke dans « la guerre des spectacles » (BLF 2020, p 25), que « nous sommes des créatures façonnées par ce qui attire notre attention, et ce à quoi nous accordons notre attention devient notre réalité objective et subjective (…) Nous prêtons attention à ce qui nous intéresse ; nous devenons semblables à ce que nous regardons ».

Toute cette agitation (« rendez-nous la messe » en présentiel !) de la part de fidèles catholiques zélés se sentant lésés, par ailleurs désavouée par des prêtres, tels Mgr Mario Grech et le père Arnaud Montoux, dont je vous recommande les mises au point (4) – et derrière laquelle se cachent certains mouvements traditionalistes intégristes identitaires, y contribue-t-elle ? Personnellement, je ne le crois pas. Elle me paraît même imprudente (5) et peu sage, contre-productive et irresponsable, en cette période de crise sanitaire où il est essentiel de veiller à ne pas être un danger et une occasion de chute pour les autres.

Entre « se focaliser sur ses droits » en mode lobbyiste et « l’amour (qui) ne cherche pas son intérêt » (1 Cor.13v5) , certains ont manifestement choisi….(6)

Ironie du sort : le Centre évangélique 2020, qui a eu lieu les 23 et 24 novembre sur Zoom avait justement pour thème : Aimer son prochain !

Pour ce qui est des prières de rue, voici ce qu’a enseigné Jésus à ce sujet en Matt 6v5-6.

Quoiqu’il en soit, confinés ou pas, Jésus reste Jésus, « le même, hier, aujourd’hui et éternellement » : « Dieu sauve » et « Dieu élargit ».

 

Textes bibliques à méditer :

« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur, j’ai mis mon Esprit sur lui. Pour les nations il fera paraître le jugement, il ne criera pas, il n’élèvera pas le ton, il ne fera pas entendre dans la rue sa clameur » (Esaïe 42v1-2)

« Appelle à plein gosier, ne te ménage pas, comme la trompette, enfle ta voix, annonce à mon peuple ses révoltes, à la maison de Jacob ses fautes. C’est moi que jour après jour ils consultent, c’est à connaître mes chemins qu’ils mettent leur plaisir, comme une nation qui a pratiqué la justice et n’a pas abandonné le droit de son Dieu. Ils exigent de moi des jugements selon la justice, ils mettent leur plaisir dans la proximité de Dieu ……» (Esaïe 58v1-12)

« S’il y a donc un appel en Christ, un encouragement dans l’amour, une communion dans l’Esprit, un élan d’affection et de compassion, alors comblez ma joie en vivant en plein accord. Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité ; ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres. Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ : lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, 11et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père ». (Philipp.2v1-11)

 

 

 

Notes : 

(1) https://www.20minutes.fr/economie/2916095-20201124-confinement-emmanuel-macron-rouvre-boutiques-28-novembre-soulage-commercants

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Civitas_(mouvement)

(3)  https://www.la-croix.com/Religion/cultes-rencontrent-gouvernement-preparer-lapres-confinement-2020-11-22-1201125967 ; https://actu.fr/ile-de-france/paris_75056/a-paris-une-manifestation-des-catholiques-prives-de-messe-pourra-avoir-lieu-devant-saint-sulpice_37638861.html ; https://www.leparisien.fr/paris-75/la-priere-sera-autorisee-ce-dimanche-devant-l-eglise-saint-sulpice-a-paris-22-11-2020-8409740.php

(4) Mgr Mario Grech, secrétaire général du Synode des évêques et nouveau cardinal, porte un regard très critique sur ces attitudes lors d’un entretien accordé le 02/11 à la revue jésuite La civiltà Cattolica (Publié sur le site aleteia.org le 4.11.20) : « Il n’y a pas d’autre sens pour notre vocation dans l’Église et dans le monde que de s’engager à annoncer l’Évangile, à aider l’homme d’aujourd’hui à rencontrer Jésus-Christ », déclarait le nouveau cardinal après sa nomination. Cela semble évident, mais résonne surtout comme un avertissement en France et aux Etats-Unis, où des esprits troublés, clercs et laïcs, parlent moins de l’Évangile du Christ que des « droits des catholiques » – et réclament pour ceux-ci (seuls) le privilège d’ignorer la lutte commune pour la santé publique, commente le journaliste-blogueur catholique Patrice de Plunkett.

Dans son entretien à la revue jésuite, Mgr Grech enfonce le clou à propos de la crise sanitaire : « Nous devons espérer que cette crise, dont les effets nous accompagneront pendant longtemps, sera un moment opportun pour nous, en tant qu’Église, pour ramener l’Évangile au centre de notre vie et de notre ministère. » Car « beaucoup sont encore analphabètes de l’Évangile », constate-t-il… … Mais la pandémie, et les confinements qu’elle entraîne en réponse, mettent brusquement en lumière l’un des handicaps du catholicisme occidental : « un certain cléricalisme est apparu. Sur les réseaux sociaux, nous avons assisté à un certain degré d’exhibitionnisme et de piétisme qui relève davantage de la magie que de l’expression d’une foi mature », déplore-t-il. « De nombreuses initiatives pastorales de cette période, explique-t-il, ont été centrées sur la seule figure du prêtreOr « la fidélité du disciple à Jésus ne peut être compromise par le manque temporaire de la liturgie et des sacrements…  « Certains ont même dit que la vie de l’Église a été interrompue ! Et c’est vraiment incroyable. Dans la situation qui a empêché la célébration des sacrements, nous n’avons pas réalisé qu’il y avait d’autres façons de faire l’expérience de Dieu », regrette-t-il, ajoutant que le fait « que beaucoup de prêtres et de laïcs soient entrés en crise parce que nous nous sommes soudainement retrouvés dans la situation de ne pas pouvoir célébrer l’Eucharistie [en présence du peuple] est en soi très significatif ».

Allant plus loin encore, il juge « curieux que beaucoup de gens se soient plaints de ne pas pouvoir recevoir la communion et célébrer les funérailles à l’église, mais qu’ils ne se sont pas autant préoccupés de la manière de se réconcilier avec Dieu et le prochain, d’écouter et de célébrer la Parole de Dieu et de vivre une vie de service ».

Arnaud Montoux, prêtre d’Auxerre, quant à lui, s’exaspère face à la campagne lancée pour le rétablissement de la messe, dans une mise au point publiée sur sa page facebook : « Merci à mes contacts d’avoir la gentillesse de ne plus m’adresser la vidéo de ce jeune gars tout à fait sympa, qui demande « la Messe » avec grande fougue et quelques approximations théologiques, anthropologiques et sociologiques regrettables…Comment lui en vouloir? Je crois que j’en veux surtout aux adultes et à ceux qui ont reçu une mission ecclésiale, de l’avoir stimulé en lui faisant croire qu’il serait un vrai pur s’il montait au créneau, au lieu de l’aider à comprendre la complexité des réalités dans lesquelles nous nous débattons tous…..

Oui, la suspension de nos assemblées eucharistiques est douloureuse. Je fais partie de ceux qui vivent mal le confinement à cause de cet éloignement liturgique qui est signe d’un éloignement social bien plus large ! Mais quand je vois le nombre de malades et de morts qui augmente sous le regard assez froid de tant de complotistes qui demandent la messe et se sentent victimes d’une affreuse tentative de musellement des catholiques de France, quand je vois le nombre de personnes qui perdent leur emploi et ne savent pas comment elles vont nourrir leur famille dans les mois et les années qui viennent, quand je vois ceux qui, aussi bons catholiques que ceux qui braillent, ne comprennent pas cet acharnement à faire croire qu’un catholique ne peut plus vivre sa foi s’il est temporairement privé d’Eucharistie, je suis blessé, fatigué, énervé….

Il y en a assez de devoir justifier en permanence devant une minorité vociférante, la solidarité d’un grand nombre de catholiques raisonnables, prudents et souvent réellement missionnaires (au moins autant que les autres) qui acceptent ces mesures de crise pour ne pas ajouter de danger au danger, pour ne pas multiplier les occasions de ne pas respecter un confinement déjà largement relativisé. Actuellement, le lieu de nos vrais combats liturgiques doit sans doute plutôt être celui de l’accompagnement des malades et des mourants…

Je n’ai pas spécialement peur pour moi, je râle à longueur de journée contre cette situation qui me coupe de mes étudiants, de mes paroissiens, de mes amis, de ceux qui me manquent au quotidien, mais je voudrais au moins ne pas avoir à être prisonnier de ceux qui, dans cette Église qui est aussi la mienne (n’en déplaise à ceux qui du haut de leurs grandes certitudes savent ce que tout le monde doit faire, demander et obtenir), traitent les « doux » de « mous », et broient la patience et le sacrifice des humbles au moulinet de leur violence ! Assez !!! Nous vivons une situation inédite mais nous n’avons pas été privés de l’Evangile !! »

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2020/11/11/sainte-colere-du-cure-de-la-cathedrale-d-auxerre-6276340.html

Voir aussi https://www.yonne.catholique.fr/paroisse-saint-germain-auxerre/la-vie-paroissiale/communiques/communique-ndeg-2 , https://www.yonne.catholique.fr/paroisse-saint-germain-auxerre/mediatheque/documents-a-telecharger/libe-rez-les-eaux.pdf –

Des « crispations avec le gouvernement français » qui « étonnent d’autant plus que le pape François vient de rappeler quelques évidences », relève le journal Libération. « Mercredi, lors de son audience générale, le chef de l’Eglise catholique demandait expressément de «faire très attention aux prescriptions des autorités politiques et sanitaires afin de nous protéger de cette pandémie». Les évêques français seraient-ils aussi en train d’entrer en dissidence avec leur pape ? »

Par ailleurs, ce « lobbying de défi à l’Etat de la part de religieux » met mal à l’aise le pasteur protestant Gilles Boucomont, lequel rappelle sur twitter (29/11/20) que « le but de l’Eglise n’est pas de croire qu’elle permettrait à Dieu d’être Dieu, ni d’empêcher César d’être César »

(5) « Im-prudent, en ce que cela incite à agir en fonction d’un futur (toujours hypothétique) en refoulant (ou ignorant) l’examen du présent (toujours certain). Et rend « désuète la morale (ce qui vaut pour tous), au profit de l’éthique (ce que j’ose faire, y compris contre tous) ».

(6) L’annonce de la reprise des messes publiques dans la limite de 30 personnes par le Président de la République dans son allocution télévisée du 24/11 a d’ailleurs provoqué une vague de colère et d’incompréhension chez de nombreux catholiques cf https://fr.aleteia.org/2020/11/25/reprise-des-messes-une-nouvelle-jauge-de-fideles-actuellement-en-discussion/ et https://www.famillechretienne.fr/35595/article/2020-11-24/emmanuel-macron-annonce-la-reprise-des-messes-le-28-novembre Qui a dit que les Français sont « râleurs » ?

 

 

Doit-on espérer en un « défenseur de la chrétienté » pour des questions de « survie » ?

Dans « Etrangers dans la cité », nous sommes invités à nous réjouir de ce que, « quelque part entre 1960 et 1980, un vieux monde dépassé (ait) pris fin, laissant la place à « un monde nouveau et excitant », « en attente d’être exploré ».

Comme indiqué dans la page de présentation de ce blogue, « PEP’S-CAFE ! » vous invite, outre à un partage et une étude systématique de la Bible, à écouter, réfléchir, comprendre, s’ouvrir, discuter… et comme chacun sait, un blogue vit surtout par les commentaires des uns et les échanges qui en résultent.

C’est pour ces raisons que j’ai apprécié l’esprit de l’article(1) de mon ami Etienne Omnès publié sur le blog Par La Foi, se voulant une réponse au mien [« comment gérer une gueule de bois post-électorale »](2), et un argumentaire pour « défendre » (ou plutôt expliquer) le vote dit « des déplorables » [comprendre : ceux qui ont voté Trump], Etienne lui-même se revendiquant de « ces déplorables qui préféraient Trump à Biden », une position qui n’engage que lui, et qui ne saurait être une tribune pour défendre Trump.

Disons-le tout net : je n’aime pas le titre de son article, même si je comprends les raisons de son intitulé, n’aimant pas (et refusant) de manière générale cette tendance « maudissante » de nous enfermer dans des étiquettes disqualifiantes et réductrices (nous réduisant « à moins que » ce que nous sommes). C’est cela, conduisant à la polarisation et à la division du corps de Christ (cf 1 Cor.1v10-13), qui est en réalité « déplorable ». C’est ce que le rabbin et philosophe M.A. Ouaknin appelle une pensée axée sur la « saisie », la classification, le déterminisme (soit le fait de « coller une étiquette » sur quelqu’un), la conceptualisation… « une logique de la prise », propre à la pensée occidentale(3)

Mon ami Etienne est toutefois bien conscient des limites de telles classifications et qualificatifs (« chrétiens de gauche », « chrétiens de droite »), puisqu’il prend bien soin de nous inviter au recul et de rappeler ce que nous partageons, en tant que « frères et soeurs en Christ », pour nous « rendre compte que ce qui nous unit est plus grand que notre variation », comme le fait qu’aucune de ces positions « vote à gauche » ou « vote à droite » n’attaque directement nos positions confessionnelles, et qu’il n’y a pas lieu de juger l’orthodoxie de la foi sur la base de la couleur du vote. Ouf ! Pour tout cela, je l’en remercie et recommande la lecture de son article, de nature à nous aider à comprendre les raisons d’un vote ou d’un soutien à un homme politique.

Ceci dit, il est beaucoup question, dans l’argumentaire d’Etienne, de la « chrétienté », de ce qui serait « le meilleur défenseur » de celle-ci, et des raisons chrétiennes de soutenir ledit « défenseur de la chrétienté », pour « des raisons de survie ». Et c’est ce qui m’a particulièrement interpellé.

Rebondissant sur l’ambiguïté déjà soulevée autour du vocable « valeurs chrétiennes », Etienne précise que quand il « vote pour des valeurs chrétiennes, en réalité (il devrait) dire (qu’il) vote pour une chrétienté ! » Ce qui ne veut pas dire qu’il approuve que le candidat « défende cette chrétienté par le mensonge et la tromperie [avec Trump et la promotion du mensonge et de la Toute-Puissance, comme le déni de réalité, on se demande ce qui lui faut !] » Mais, précise-t-il, « cela veut dire que la défense souillée d’une chrétienté » par le parti Républicain [serait] « préférable à une défense vertueuse d’un ordre social satanique » [censé être promu par le parti Démocrate]. L’idéal étant bien sûr « la défense vertueuse d’un ordre vertueux ».  Autrement dit : « il est aussi possible », selon lui, « qu’un seul parti politique ait le monopole de la foi chrétienne, si l’autre parti est ouvertement séculier et anti-chrétien. C’est le cas en 2020, surtout avec un bipartisme ». J’ai déjà indirectement précisé, dans plusieurs articles(4), les limites d’un tel raisonnement et maintiens qu’aucun parti ne peut prétendre avoir le monopole de la foi chrétienne pour les raisons que j’explique sur mon blogue [positions sur les armes à feu, refus de condamner les mouvements suprématistes, mensonge, déni de réalité…](4), d’autant plus qu’Etienne ne relève pas les compromissions évidentes avec la vérité et le déni du réel du candidat soutenu. Je l’ai même trouvé plutôt « léger » et peu convaincant, y compris dans son refus de se positionner, sur ces enjeux.

Etienne soutient encore que, dans cette élection américaine, on ne pouvait pas avoir à la fois « un président bon chrétien individuellement et qui défendît l’héritage de la chrétienté ». En conséquence, « les évangéliques américains ont fait en majorité un choix très raisonnable »[selon lui] : « le gros matou vulgaire(sic) [Trump] qui défend la chrétienté. Ce n’est pas contraire à la tradition chrétienne : Martin Luther affirmait que s’il fallait choisir entre un homme prudent (qui sait gouverner) et un homme vertueux (une bonne personne), et qu’on ne pouvait pas avoir les deux, alors il fallait préférer le prudent vicieux(sic) [Trump] au vertueux incompétent »(sic)[Biden].

Pour répondre à cela, rien ne permet d’affirmer que le « vertueux » (Biden) soit « incompétent » et rien n’empêche d’affirmer que « le vicieux » (Trump) ne soit aussi incompétent, si l’on juge la façon dont le sortant sorti a géré la pandémie [+ de 250;000 morts à ce jour et + 11613 de cas] et sachant que « le gros matou vulgaire » Trump n’avait aucune expérience politique, d’exercice de charge publique avant d’être président – maire, gouverneur, député ou sénateur – à part l’expérience du « business » – et aucune expérience de défense d’intérêts publics à part la défense de ses propres intérêts privés(5). [Note du 07/01/21 : D’autre part, le seul rappel des violences perpétrées au capitole, mercredi 06/01/21, en pleine session du congrès, par les supporters de Trump, excités par les accusations de celui-ci – non prouvées et démenties – de « fraudes électorales », suffit à décrédibiliser une telle affirmation, comme quoi Trump serait « le meilleur garant » d’un « ordre social chrétien »]

Et quant à invoquer Luther pour justifier le choix entre « le prudent » et « le vertueux »….Ce dernier est-il une référence en la matière ? Certes, Luther a su redécouvrir l’Evangile du salut par la grâce, par le moyen de la foi et pour la seule gloire de Dieu. « Dans le même temps », la réforme luthérienne s’est accompagnée d’une compromission complexe à assumer pour les générations à venir : notamment le massacre des paysans et des « schwärmer » [ou « exaltés », les « charismatiques » d’aujourd’hui], ainsi que la négociation permanente et la soumission des églises aux princes des länders allemands, pour « sauver sa réforme » (6).

Une telle distinction entre le vertueux et le prudent est-elle d’ailleurs biblique ? Un Pierre Mendès-France affirmait que « l’intégrité dans la vie publique est au moins aussi nécessaire que dans la vie privée », position rejoignant les Ecritures, lesquelles nous donnent à voir l’interpellation des puissants par les prophètes (dans l’AT et dans le NT – Jean-Baptiste face à Hérode), rappelant que la vie privée influe sur la vie publique.

Enfin, Etienne termine son argumentaire par un exemple historique particulièrement flippant : celui du « Bruderhof, une communauté anabaptiste de l’Allemagne des années 30. Au milieu d’une époque troublée, ils ont tâché de témoigner des vraies valeurs évangéliques à travers une vie communautaire simple et remplie d’hospitalité, digne du sermon sur la Montagne, etc. En 1937, quatre cents policiers nazis encerclèrent leur communauté, la pillèrent et leur apprirent qu’ils avaient quarante-huit heures pour quitter le pays ».

Moralité : Le « témoignage chrétien » ne serait donc « possible que sous un gouvernement de chrétienté » et « la pureté électorale est une stupidité si elle aboutit à l’interdiction de la piété chrétienne. Nous n’avons aucune garantie que nous supporterons bien la persécution : parfois une Église est comme régénérée sur les décombres de la violence, mais il y aussi et souvent eu des cas de persécution qui ont abouti à la destruction des Églises nationales (….) Au moment de décider pour qui voter, entre des vertueux persécuteurs [les Démocrates] et des chrétiens pervers [les républicains], il faut nous rappeler que notre souci n’est pas la fin des temps, mais la prochaine génération : aurai-je le droit de transmettre l’Évangile à mon fils ? C’est de cela dont je suis responsable [comme je suis aussi responsable de l’intégrité, sans compromis, ce que je transmets] ». En conséquence, prétend Etienne, « soutenir fortement un candidat qui a fortement démontré son attachement à une chrétienté n’est pas de l’idolâtrie : c’est du simple bon sens. N’appelez pas prostitution ce qui est instinct de survie ».

Raisonnement qui semble, effectivement « de bon sens », à la logique imparable.

Sauf qu’il était, à la base, impossible qu’un peuple sans armes, refusant la soumission à l’empereur tout-puissant de l’époque, ait pu diffuser en l’espace de 150 ans une proposition de foi complexe et exigeante. Et pourtant, cette foi s’est répandue dans tout le monde connu de l’époque, sans coercition aucune !

Rappelons-le : la violence des missions guerrières, « des croisades », de l’inquisition, des guerres de religion et autres chasses aux sorcières, est un phénomène tardif dans le Christianisme, qui n’arrive qu’après la « conversion compromission » de Constantin (lequel n’a jamais compris qui était le Christ et ce qu’était le Christianisme),  quand l’Eglise s’unit à l’empire et donc à « César », au travers d’un empereur voulant gagner des batailles en peignant sur les boucliers de ses soldats le signe de la croix. Alors, certes, l’édit de milan (313 Ap JC) met fin aux persécutions des chrétiens, mais la « chrétienté », issue de cette alliance entre l’Eglise et César, est une horreur violente, tandis que la foi chrétienne première est un enthousiasme (et non euphorie) non violent. Le christianisme ne connaissait d’autre bouclier que celui de la foi et d’autre épée que celle de l’esprit pour régler ses conflits internes et externes. Au final, la trajectoire spirituelle offerte par le Christ est devenue le culte le plus étendu qui soit. Si les historiens, ethnologues et sociologues se demandent encore comment une telle entreprise a pu fonctionner, le croyant en Jésus-Christ est censé savoir que cette Parole, cette Bonne Nouvelle, s’est surtout répandue – pour arriver jusqu’à nous, au XXIe siècle – non pas grâce à la puissance et à la faveur de César, mais du fait d’une puissance d’en haut et de la faveur de Dieu. Les chrétiens et l’Eglise devraient être de ceux qui rappellent sans cesse, à la suite du Christ, que « César n’est pas Dieu » et que « Jésus seul est Seigneur » cf Luc 20v25 (7).

Et comme nous l’explique Nik Ripken dans son « Mes voies ne sont pas vos voies »(8), il existe un seul moyen pour éviter aux chrétiens la persécution : cesser d’annoncer que Jésus-Christ est (seul) Sauveur et Seigneur….

 

De fait, comment les chrétiens en particulier, et l’Eglise de Jésus-Christ en général, doivent-ils se positionner face à la tentation de « la chrétienté » ?

Dans « Etrangers dans la cité » de Stanley Hauerwas et William H. Willimon (Ed. du Cerf, 2016), deux pasteurs et théologiens méthodistes américains, il y est question de l’Eglise (celle de Jésus-Christ), laquelle est appelée par Son Seigneur à être visible d’une certaine façon, en étant ni « du monde » ou « hors du monde », mais bien « dans le monde ». En clair : l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise, et les chrétiens doivent assumer le fait d’être « des exilés en terre étrangère »(9).

L’Eglise, quand elle est fidèle à Jésus-Christ » et au véritable Evangile, « s’oppose nécessairement au monde ».  Notre fidélité à Jésus-Christ [et non à un messie politique], Notre seul Seigneur, peut nous exposer à être marginalisés, voire persécutés dans certains pays, quand nous refusons les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner.

Willimon et Hauerwas nous invitent à nous poser les bonnes questions (non plus « devons-nous croire ? » mais « que devons-nous croire ? », op. cit., p63 et non plus « Dieu existe-t-il ? » mais « quel Dieu existe ? », op.cit., p164). Et à nous réjouir de ce que, « quelque part entre 1960 et 1980, un vieux monde dépassé (ait) pris fin, laissant la place à « un monde nouveau et excitant », « en attente d’être exploré »(op.cit., p53).  « Le vieux monde » qui a disparu est « la chrétienté », ou « l’Église constantinienne » – marquée par une si étroite collaboration entre l’Église et l’Etat, que l’un et l’autre en sont confondus. Le christianisme a paru pendant des siècles en tirer profit par l’influence qu’il s’imaginait avoir sur le temporel. La disparition de ce régime a laissé désemparées plusieurs générations de chrétiens.  « Le monde nouveau et excitant, en attente d’être exploré » est celui qui s’ouvre aux chrétiens, libres désormais de proclamer l’Evangile et d’incarner une véritable contre-culture, missions impossibles si « la tâche sociale de l’Église est d’être l’un des nombreux auxiliaires dociles de l’État » (op.cit. p. 85), ou si l’Eglise reste « le supplément d’âme de la société marchande » (op. cit., p 27).

Rejetant les compromissions et les impasses du sécularisme de l’Église « militante » (« libérale », « progressiste », oeuvrant à réformer la société) et de l’individualisme de l’Église « conversionniste » (« conservatrice », travaillant au changement intérieur des individus), l’une et l’autre n’ayant rien de sérieux (et de neuf) à dire à la société, Willimon et Hauerwas optent pour une Église confessante, qui n’est ni « le juste milieu », ni une synthèse des deux précédentes.  Pour une telle église, « fidèle plus qu’efficace », être « le plus crédible » et « le plus efficace » ne consiste pas à rendre l’Evangile plus « crédible et compréhensible » pour le monde, au risque de dénaturer le message, mais à être « quelque chose que le monde n’est pas et ne pourra jamais être » sans le Christ (op.cit., pp 93-95) :  « Ilot culturel au milieu d’une culture étrangère », l’Eglise ne doit pas œuvrer pour « améliorer » le monde, mais préparer le Royaume (ou Règne) de Dieu en bâtissant ce qui est « la stratégie sociale la plus créative que (les chrétiens ont) à offrir » (op. cit.p. 147), prémices d’une nouvelle création en Christ. L’Eglise n’a donc pas seulement une éthique sociale chrétienne : elle « est » une éthique sociale chrétienne, étant une communauté de foi vivante, visible et inspirante (certes, dans la faiblesse) où sont vécus les principes de vie du Règne de Dieu enseignés par Jésus dans le Sermon sur la Montagne.

L’Église n’a donc pas à s’inquiéter d’être « dans le monde » mais plutôt de savoir « comment » être dans le monde, « sous quelle forme et dans quel but ». Elle n’a pas non plus à choisir entre être ou « dans le monde et politiquement responsable »  ou être « hors du monde et irresponsable, introvertie », estiment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, dans Étrangers dans la cité.

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique/biblique, il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple » (10)

A ce propos, et comme fort à propos, je tombe sur un article de La Free.ch datant de 2016, lequel exhume un vieil article d’une revue évangélique, édifiante quant aux rapports entre les protestants et le IIIe Reich. Ce rappel, non pour dire que Trump serait « un Hitler » mais pour nous mettre en garde contre les messies en politique, quel que soit leur nom, et particulièrement ceux qui prétendent « défendre la chrétienté »(11) .

Extrait : « Un premier indice de l’affinité de l’ensemble des protestants avec le nationalisme germanique apparaît déjà sous l’Empire allemand de 1871 à 1918. La monarchie prussienne, fondée sur une base idéologique et éthique proche du vieux protestantisme luthérien, passait pour être l’ « Empire protestant allemand ». Les idées sociales d’inspiration chrétienne, le pacifisme (on le taxait de blasphème), la libre-pensée et la démocratie étaient considérés comme des menaces auxquelles il fallait résolument s’opposer. La République de Weimar à partir de 1919 ne fut jamais véritablement reconnue par les chrétiens. Dans une allocution lors de la grande rencontre des Églises (Kirchentag) de 1919 à Dresde, le président de cette manifestation déclara: « La gloire de l’Empire allemand, le rêve de nos pères, c’est là que réside la fierté de chaque Allemand. » Pour cette raison de nombreux chrétiens essayèrent de défendre avec ardeur les valeurs et l’identité nationales. Ils se sentaient tenus à un programme national chrétien.  La peur de la pensée libérale naissante et du bolchevisme russe, menaçant depuis la Révolution d’octobre 1917, poussèrent de nombreux chrétiens à se rapprocher du Parti ouvrier national-socialiste allemand (NSDAP), fondé en 1920. Le programme politique du parti d’Adolf Hitler promettait un retour aux valeurs chrétiennes et la constitution d’un rempart contre le communisme et contre les idées libérales.  Les violences multiples contre ceux qui pensaient autrement, les déportations et les actes d’extermination, les Églises évangéliques ne les imputaient pas publiquement à la volonté d’Hitler, mais à des partisans dévoyés, enclins à l’exagération. Le régime national-socialiste réussit, fort bien et durablement, à éblouir les Églises évangéliques et à les abuser à son profit. En gage de reconnaissance, il octroya à ces Églises la possibilité d’évangéliser librement et de développer pleinement leurs activités chrétiennes. Les Églises évangéliques utilisèrent ces libertés gagnées et se rendirent utiles dans la lutte contre le bolchevisme et la libre-pensée. De leur propre gré et au profit de l’« autorité bienveillante ». Après la chute du IIIe Reich, la direction de la Fédération des Églises évangéliques (de tendance baptiste) déclara qu’un non à l’État et au pouvoir ne lui aurait été permis que si l’annonce de l’Évangile et la possibilité de mener une vie selon les principes chrétiens lui avaient été interdites. Cela n’avait jamais été le cas ! (…) En 1933, après la victoire du Parti national-socialiste, l’Église évangélique libre luthérienne loua cette accession au pouvoir comme un « engagement pour l’honneur et la liberté de l’Allemagne ». Elle fit l’éloge du NSDAP pour son « combat contre la saleté ». Les baptistes, dans le journal Wahrheitszeuge (Témoin de la vérité) parlèrent de l’accession d’Hitler comme de l’avènement d’un « temps nouveau » et vivement désiré. Les Communautés évangéliques libres firent l’éloge dans le journal Gärtner (Le Jardinier) du combat du NSDAP « contre la prostitution, contre l’habitude de fumer chez les femmes, contre le nudisme et contre les abus de la vie nocturne ». Lorsque des rumeurs d’exactions contre les juifs en Allemagne parvinrent à l’étranger, les Églises évangéliques allemandes les taxèrent immédiatement de « propagande scandaleuse ». (11)

Certains surent dire « non » à ce « big deal ». Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934, laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler(12). Et une source d’inspiration pour l’Eglise soucieuse de son témoignage et de sa dignité : à savoir, ne pas dire « oui » à tout et à n’importe quoi/n’importe qui.

 

Conclusion :

Au final, je laisse le dernier mot à mon ami et frère Etienne : « ce qui m’intéresse ultimement, ce n’est pas de voter à droite ou à gauche : c’est de vivre une vie conforme aux valeurs de l’Évangile, et de pouvoir la transmettre à mes enfants [et aux autres ?] ». Pour cela, rajouterai-je, je serais alors soucieux de la prospérité de la ville où le Seigneur m’a exilé et j’ intercéderai pour elle auprès du Seigneur : sa prospérité est la condition de la mienne (Jer.29v7). Et mon soucis sera de veiller à ce que mon témoignage, comme à celui de l’Eglise, reste audible, fidèle et véritable : être « lumière » (et non « ténèbre ») du monde, « sel » et non « poivre » de la Terre. Ce qui impliquera de refuser les postures et crispations identitaires, comme de refuser tout retour, même par « pragmatisme », aux compromissions de l’église constantinienne mettant leur espérance en « un messie politique », « défenseur de la chrétienté » (13)

 

Aller plus loin : A lire, en réponse aux questions « Est ce qu’un chrétien peut s’engager en politique ? Est ce compatible avec les enseignements de la Bible ? » l’article rédigé pour le CPDH par Thierry Legall, directeur du Service Pastoral du CNEF auprès des Parlementaires.

Sans oublier « Evangéliser dans le contexte de la sécularisation » du « théologeek » Olivier Keshavjee, à lire sur son blogue : « La société sécularisée n’est (…) pas un espace neutre et libre dans lequel nous pouvons projeter le message chrétien. C’est un territoire occupé par d’autres dieux. Nous avons à faire à des principautés et pouvoirs ». Dans ce contexte, l’évangélisation consiste à annoncer « que le Royaume de Dieu s’est approché. Il ne s’agit pas d’une nouvelle ecclésiale, mais mondiale, publique. Ce n’est pas une question de « valeur », mais de « fait ». C’est une grande nouvelle, qui exige une réponse immédiate ». Et « l’évangélisation n’est pas juste une conversion individuelle, pas juste un moyen de croissance d’Église, pas juste prêcher et agir pour changer la société. Et ce n’est certainement pas un moyen de ressusciter la chrétienté en Europe, avec l’Église en position de pouvoir. Mais l’évangélisation pourrait mener à quelque chose de différent: une Europe qui soit une « société chrétienne », pas dans le sens où elle est dirigée par l’Église, ni dans le sens où tout le monde est chrétien. Une « société chrétienne » serait une société qui, après que des chrétiens aient pris sérieusement à bras le corps les conséquences (bonnes et mauvaises) de la modernité et leur aient confronté l’histoire chrétienne, serait telle que ceux qui occupent des positions d’excellence dans tous les domaines seraient façonnés dans leur vie publique par l’histoire chrétienne. Une société dans laquelle la véritable histoire a une place dans le domaine public. Que ceci soit le projet de Dieu ou non pour notre continent, notre tâche est la même. Dieu nous a confié une bonne nouvelle, la nouvelle qu’il règne ».

 

Notes :

(1) cf https://parlafoi.fr/2020/11/13/une-defense-du-vote-des-chretiens-deplorables/

(2) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/11/comment-gerer-une-gueule-de-bois-post-electorale-ou-quand-mieux-vaut-perdre-un-vote-que-son-ame/

(3) Marc-Alain Ouaknin. « Bibliothérapie » Seuil 2008, collection « points sagesse », pp 151-152.

(4) Outre celui-ci https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/11/comment-gerer-une-gueule-de-bois-post-electorale-ou-quand-mieux-vaut-perdre-un-vote-que-son-ame/, ceux-là https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/17/appel-a-la-repentance-et-a-defendre-une-ethique-pro-vie-globale-il-serait-temps/ et https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/24/hierarchie-des-luttes-ou-la-question-des-migrants-concerne-t-elle-davantage-le-citoyen-que-le-chretien-le-magistrat-plutot-que-le-pasteur/

(5) L’historien Allan Lichtman, qui avait prédit la défaite de Trump en 2020, comme il avait prédit sa victoire en 2016 et la victoire d’autres candidats à la Maison Blanche depuis 1984, témoigne que Donald Trump l’avait félicité en 2016 pour avoir prédit son élection, mais sans avoir compris la signification des clés, « à savoir que c’est la gouvernance, et non la campagne électorale, qui a un impact sur l’élection. Et plutôt que de s’attaquer de manière substantielle aux défis, Donald Trump est revenu à son plan de match de 2016. Mais ça ne marchera pas. Lorsque vous êtes président, vous êtes jugé sur votre mandat » https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1737994/lichtman-trump-biden-election-modele-prediction

(6) Pointé par le Pasteur Gilles Boucomont dans son « Au Nom de Jésus : mener le bon combat » T2, Ed. Première Partie, 2011, pp 333-334. sur ce sujet, voir https://ehne.fr/fr/encyclopedie/th%C3%A9matiques/humanisme-europ%C3%A9en/l%E2%80%99europe-entre-guerres-et-paix-de-religion/de-luther-au-luth%C3%A9ranisme ; https://philitt.fr/2017/11/20/la-reforme-radicale-thomas-muntzer-et-la-theologie-de-la-revolution/

(7) Voir Boucomont. Au nom de Jésus : libérer le corps, lâme, l’esprit T1, p 12-13.

(8) Je parle de cet excellent livre ici https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2019/10/23/mes-voies-ne-sont-pas-vos-voies-continueriez-vous-a-suivre-jesus-si-cela-vous-paraissait-absurde/

(9) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/10/24/etrangers-dans-la-cite-ou-quand-leglise-ne-doit-plus-avoir-honte-detre-leglise/

(10) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/10/17/read-it-again-la-declaration-de-barmen-1934-ou-quand-leglise-sait-dire-non/

(11) Voir https://lafree.ch/info/les-eglises-evangeliques-sous-le-ille-reich-par-andreas-schneider

(12) A découvrir ici https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/10/17/read-it-again-la-declaration-de-barmen-1934-ou-quand-leglise-sait-dire-non/

(13) Refuser les « Packaging identitaires » : vous défendez « les valeurs chrétiennes »– comprendre : « les principes bibliques de la famille et du mariage » – tout en étant opposé à l’avortement et l’euthanasie ? Vous êtes classés dans le camp « conservateur », mais devez prendre l’ensemble du « paquet » incluant le soutien au libéralisme économique, la libre circulation des armes à feu, un certain« climatoscepticisme » et une « hostilité à l’Obamacare ». A l’inverse, vous refusez la domination du « divin marché » et du libéralisme économique, défendant « la justice sociale », « le pauvre », « l’étranger », le précaire, et respectant l’environnement : vous vous retrouvez dans le camp « progressiste » et « relativiste » sur certains sujets de société, même si vous êtes favorable au mariage biblique. Une synthèse (être « conservateur » sur les sujets de société tout en étant sensible aux sujets plus sociaux et environnementaux) en accord avec la pensée biblique, ne serait donc « pas possible ». Pourtant, rechercher une position biblique équilibrée(les points « non négociables » ne sauraient se réduire à trois) ne devrait pas nous exposer à une récupération politique quelle qu’elle soit, même pour des questions de « survie »…

 

 

 

 

 

Comment gérer une « gueule de bois » post-électorale ou quand mieux vaut perdre un vote que son âme

« Impossible » : jusqu’à ce que cela produit…(Source image : première de couverture du récit « Impossible » d’Erri de Luca, paru en 2020 chez Gallimard, « du Monde entier »)

Certains chrétiens (y compris en France) ont affiché leur déception et leur incompréhension suite à la défaite de leur candidat favori à l’élection présidentielle américaine du 3 novembre : « Et pourtant il y a eu plusieurs prophéties prédisant sa victoire » ; « et pourtant Dieu nous l’avait révélé » ; « et pourtant c’était le candidat qui défendait le mieux les valeurs chrétiennes »(sic) ; « je ne comprends pas le Seigneur dans ce résultat, mais c’est lui qui sait, c’est lui qui sait… ».

Soyons clairs : nous, français, comme les citoyens d’autres nations, ne sommes pas concernés par cette élection, à laquelle nous n’avons pas voté. Le Président des Etats-Unis n’est pas notre suzerain. Néanmoins, il y a là autant de questions interpellantes et édifiantes, susceptibles d’inspirer autant de remises en question salutaires, espérons-le.

Déjà, premièrement, quid du sérieux des fameuses « prophéties » ? La Bible, rappelons-le, définit un prophète authentique lorsque ce que ce dernier annonce se réalise. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’une parole du Seigneur. C’est par présomption que le « prophète » a dit cette « parole du Seigneur ». Nous ne devons pas nous laisser impressionner cf Deut.18v22(1).

Ensuite, quid de nos façons d’écouter Dieu ou de demander, en priant ? Demandons-nous pour savoir la vérité ou demandons-nous pour obtenir [voir arracher] confirmation de ce que nous croyons savoir ? Prendrions-nous nos désirs pour la réalité et notre volonté pour celle de Dieu ? Et si notre candidat battu n’était pas, en fin de compte, « le candidat des valeurs chrétiennes » (sic) ou « le champion de Dieu » ?

Autant de questions qu’il est essentiel de ne pas censurer.

Paul, dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens ch.2v2, nous demande de ne pas nous laisser facilement ébranler dans notre bon sens. Dans certains cas, nous avons besoin de discernement spirituel et dans d’autres cas, quand la situation est tellement évidente, énorme même, nous n’en avons pas besoin : il suffit d’exercer notre « sobre bon sens » ou « bon sens équilibré ».

Et la question que peut se poser toute personne de bon sens est celle-ci : comment un chrétien peut-il soutenir un candidat dont la personnalité et le discours sont à ce point diamétralement opposés, en paroles et en actes, aux valeurs chrétiennes ? Comment peut-on considérer comme étant le candidat de ces mêmes « valeurs chrétiennes » quelqu’un d’aussi clivant que Donald Trump, lequel joue avec la vérité et les faits, au point de nier une pandémie (mettant en danger ses concitoyens, avec pour résultats + de 230.000 morts aux USA et + 9,968000 de cas, dont Trump lui-même) et de nier/chercher d’interrompre un processus électoral [au point d’inquiéter fortement Israël(2)], quand Christ est le « prince de paix », « la vie » et « la vérité » ?

Autres questions soulevant l’incompréhension : comment un mouvement censé être basé sur des principes chrétiens et fortement influencé par des préoccupations sur le comportement et la personnalité des candidats a-t-il pu contribuer à la victoire de Donald Trump [en 2016 et failli récidiver en 2020] ? Et comment d’un parti censé être le parti ayant « toujours défendu les valeurs chrétiennes », a pu émerger Donald Trump, milliardaire, trois fois marié et propriétaire de casinos et clubs de strip tease, aux propos outranciers, racistes [sur les « minorités ethniques »], extravagants, misogynes et marqués par des revendications arrogantes concernant ses adultères, niant « connaître le KKK tout en refusant de se prononcer au sujet de ce genre de groupes », comme de dénoncer le mouvement suprémaciste blanc…?

Lequel Trump a encore prétendu être « chrétien » mais sans avoir jamais eu besoin de se repentir de quoi que ce soit…mais avec « le droit absolu » [donc divin] de « se gracier lui-même ». Comment excuser un tel fantasme de toute puissance et une telle absence de crainte de Dieu ? (3)

Comment peut-on être évangélique et soutenir Donald Trump ?(4) Ce soutien sans faille apporté par les évangéliques américains à Donald Trump, lors de l’élection présidentielle du 03 novembre, pose question, à l’intérieur même des Etats-Unis, comme le souligne le mennonite Frédéric de Coninck dans une analyse publiée sur son blogue(5). Des chercheurs, dont Mokhtar Ben Barka de l’université de Valencienne(6), ou encore André Gagné, professeur titulaire au Département d’études théologiques de l’université Concordia, à Montréal(7), cherchent à comprendre le vote évangélique pour Donald Trump.

Mais, quel que soit le résultat du vote, les chrétiens américains sortent déjà perdants de cette élection, estiment plusieurs observateurs chrétiens, catholiques et protestants, avec un avertissement pour nous, chrétiens francophones.

Constater cela et le déplorer n’est pas “contraire à l’amour” : l’amour n’est pas une complicité avec les fautes objectives. Tirer au clair un problème est au contraire le moyen de le résoudre, et le don de repentance – après la conviction de péché, de justice, de jugement – accorde le pardon et la libération au pécheur. Il s’agit là de l’application difficile mais nécessaire de l’amour fraternel, comme nous y exhortent le Christ dans les Evangiles ou Paul, en 1 Corinthiens 13 par exemple. Notre Christianisme ne saurait être un « christianisme sentimental »(8), déconnecté du réel.

Dans « Perdre son vote ou perdre son âme ? »(9), une pertinente analyse (dont je vous recommande la lecture) publiée sur Le Verbe, excellent média catholique québecquois, Alex Deschênes relève que la façon dont cette élection s’est jouée outre-atlantique est édifiante à plus d’un titre, parce que nous, chrétiens, par ailleurs citoyens, « sommes aussi appelés régulièrement à participer à l’exercice démocratique. Et la façon dont, en tant que chrétiens, nous exerçons ce devoir civique est un enjeu plus grand que le nom du candidat qui l’emporte » [ou ne l’emporte pas].

Alex Deschênes confesse par ailleurs regarder depuis 2016, « avec beaucoup d’inquiétude la manière dont les catholiques américains participent à la démocratie ». Ce qui le préoccupe n’est pas tant pour qui ses frères et sœurs dans la foi votent, mais comment ils votent. « Le danger est, d’un côté, pour l’Église, de perdre son identité et sa vocation de prophète des nations et d’être ainsi divisée à cause d’allégeances politiques. De l’autre, de mettre son âme au ballot en même temps que son vote.  Il y a toujours une grande tentation de chercher inconsciemment le salut à travers la politique », comme dans un messie politique, ce qui nous conduit à l’idolâtrie. « Mais comme l’exprime le théologien Brett Salkeld : « reconnaitre que le Christ est Roi devrait relativiser les prétentions des politiciens sur nos vies.

Le psaume 146 nous exhorte ainsi : « Ne mettez pas votre foi dans les princes : ce ne sont que des êtres humains, ils sont impuissants à sauver. » Et lorsque Jésus nous dit de donner à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, il ne s’agit pas seulement d’une invitation à payer nos dus à la société civile, mais plus radicalement de reconnaitre que César n’est pas Dieu. (…)Le danger ultimement est l’idolâtrie : transformer des politiciens en idoles. Quand un influenceur catholique prête allégeance à un candidat ou à un parti sans aucune retenue critique, quand un prêtre se fait photographier bien en vue avec son col romain dans un rassemblement partisan ou prêche en chaire en faveur d’un candidat, ou lorsqu’une religieuse délivre un discours dans un congrès officiel de parti, l’Église sacrifie sa voix de prophète et devient le valet d’un parti politique. Et les partis aiment ces blocs d’électeurs faciles à gagner et qui viennent à eux sans trop d’engagements de leur part.

Or, le prix à payer n’est pas le moindre, il s’agit de la crédibilité même de l’Église, de son autorité morale et de sa vocation prophétique [sinon, elle ne sera plus qu’un instrument à des fins idéologiques et partisanes]. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la loi canonique interdit aux prêtres de faire de l’activisme politique ».

Dans l’Eglise protestante, concernant le vote, il n’y a pas d’autre autorité que la Parole de Dieu telle qu’elle se donne à entendre dans la Bible. Il n’y a pas de magistère qui dirait du haut de la chaire comment être un « bon » chrétien, que ce soit au niveau de la foi, de la piété, de la morale, de la politique, etc. Car aussi Dieu peut s’adresser à chacun de manière différente. On parlera alors plus volontiers d’une « éthique de la responsabilité » : chacun est responsable devant Dieu des choix qu’il pense être les meilleurs, les plus fidèles à l’Évangile. Tout discours ou décision qui irait contre la seule autorité des Ecritures bibliques, la Parole de Dieu (sola scriptura), serait nul et non avenu .

Un « chrétien d’étiquette » : ça n’emballe pas ! (Source image : public domain pictures)

Donner son vote à un candidat qui fait état de sa foi chrétienne et se présenterait comme « le candidat des valeurs chrétiennes » supposerait: 1) qu’il dit vrai ! Et qu’il ne cherche pas simplement à gagner la confiance d’une partie de l’électorat (cela s’est vu en bien des lieux du monde et certains chrétiens ont refusé d’être instrumentalisé à cette fin). 2) qu’il existe un parti exclusivement « chrétien », une politique « chrétienne », autrement dit une façon « chrétienne » de gouverner, des choix « chrétiens » en matière économique, sociale, écologique, éthique…

S’il n’y a pas de « politique chrétienne », il y a, en revanche, une manière chrétienne de faire de la politique : par exemple, le refus d’exercer le pouvoir à son profit (ou de s’accrocher au pouvoir), le respect des règles [par exemple, un processus électoral] et de la vérité [et non « vérité alternative »], le sens du service et du bien commun, le souci des plus faibles…

D’autre part, on trouve des chrétiens engagés dans des formations politiques aux options presque diamétralement opposées. Et ceux qui proclament que l’Evangile serait « de gauche » ou « de droite » me paraissent bien téméraires.

Au cours de la campagne Donald Trump avait souvent accusé son adversaire d’être “opposé à Dieu”. Or, Joe Biden et Kamala Harris, respectivement nouveaux président et vice-président américains, sont des chrétiens [catholique pour le premier et évangélique baptiste pour la seconde] qui affichent leur foi.

Lors de son discours samedi soir, le président élu, qui descendrait aussi de huguenots français, a évoqué à de multiples reprises sa foi personnelle, citant même un hymne religieux “On Eagle’s wings”, un chant important pour sa famille et pour son fils Beau, décédé d’une tumeur au cerveau en 2015. Samedi, Joe Biden a conclu son discours en racontant que son grand-père lui disait toujours de “garder la foi”, tandis que sa grand-mère l’encourageait, elle, à la “propager”. Il a cité la Bible (Ecc.3v1-3) : « il y a un temps pour détruire et un temps pour reconstruire. Un temps pour guérir. Ce moment est venu. » Une citation pertinente dans le contexte d’une Amérique profondément polarisée et divisée. Selon Richard Mouw, ancien président du Fuller Theological Seminary, membre du Pro-Life Evangelicals pour Biden, cité par Christianity Today, le nouveau président Biden  est considéré comme ayant une foi authentique. «Il n’est peut-être pas le catholique conservateur que beaucoup d’évangéliques voudraient qu’il soit, mais quand il parle de sa foi, cela sonne vrai. », témoigne-t-il à CT(10).

Alors que l’insistance dangereuse de Donald Trump pour l’arrêt du dépouillement et ses accusations sans preuves de fraude provoquent des inquiétudes et font écho à Jérusalem(11), Joe Biden est considéré comme un véritable ami de l’État juif, comme les amis et même les adversaires politiques du nouveau président élu en conviennent.  Particulièrement pro-sioniste, Biden a été élevé par des parents catholiques qui soutenaient fermement Israël et lui ont inculqué un grand respect pour l’État juif.

Quant à Kamala Harris, elle a épousé un Américain de confession juive, très attaché à Israël(12). Pour celle-ci, évangélique baptiste, «la foi doit s’incarner en actes» : comme nous le rapporte le site Réformés.ch, elle a accepté de répondre à différentes questions relatives à sa foi personnelle, notamment les liens profonds entre ses croyances et son engagement politique(13).

Il est donc faux de penser qu’un parti aurait le monopole de la foi chrétienne.

Alors, certes, parmi les catholiques américains, les positions de Joe Biden en faveur de l’avortement et du mariage entre personnes de même sexe cristallisent de très nombreuses critiques. Aux États-Unis, l’épineuse question du droit à l’avortement reste extrêmement polarisante, et oriente pratiquement à elle seule le vote des chrétiens(14).

« Sauf que [comme déjà souligné plus haut] le vote est une affaire de jugement prudentiel et un tel jugement ne consiste pas uniquement en une hiérarchie de valeurs. Si le vote était un référendum sur un bien moral, le choix s’imposerait à toute conscience bien formée. Mais il n’en est pas ainsi », constate encore Alex Deschênes(15).

« Il ne s’agit même pas de décider quelle valeur prime sur toutes les autres. Puisque, même en défendant les mêmes valeurs (celle notamment de la dignité de la vie intra-utérine) deux personnes peuvent arriver à des positions différentes, tout en étant tous les deux « pro-vie » et convaincus des bonnes raisons philosophiques (et pas seulement religieuses) pour rendre l’avortement illégal ».

Ainsi, un chrétien pourrait arriver à la conclusion que la meilleure façon de mettre fin à l’avortement serait de mettre en place des juges à la Cour suprême ou de légiférer à ce sujet, alors qu’un autre pourrait penser qu’avec une nouvelle majorité de juges conservateurs à la Cour suprême, nul besoin de Donald Trump [un candidat « bien peu catholique » en paroles et en actes] pour faire avancer la cause pro-vie et que le moyen le plus efficace pour réduire le nombre d’avortements serait d’alléger la pauvreté et d’offrir plus de soutien aux femmes enceintes, ou encore de miser sur l’éducation, la prévention, d’assurer l’accès égal des soins à tous (ce qui implique de ne pas s’opposer à toute réforme de couverture santé publique)….

« Je vais sauver notre mariage », « Tu vas arrêter de boire, de me tromper, de me battre et tu vas consulter? », « Mon Dieu non ! Je vais voter pour interdire le mariage gay ! »

Alors, Il est vrai que les questions liées à l’avortement, au mariage et à l’euthanasie, engagent, et pour longtemps, des choix de société dont la facture se paiera dans une ou deux générations. Une discussion autour de l’avortement est absolument essentielle et elle ne doit pas cesser. Faut-il pour autant faire de ces sujets l’alpha et l’oméga du choix à faire devant l’urne ? Faut-il insister davantage sur les deux extrémités de l’existence terrestre au point d’occulter tout ce qu’il y a entre deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, des dizaines de millions de citoyens vivants ?

Il ne serait donc pas pertinent, pour les chrétiens, de sacrifier toutes leurs autres valeurs pour ce seul enjeu, car il y a d’autres moyens d’être pro-vie : dans une vision éthique pro-vie globale(16), « la culture de vie » ne se limite pas à condamner l’avortement et l’euthanasie. Être pro-vie c’est reconnaitre la dignité de tous les êtres humains, dans tous les domaines et à toutes les étapes de la vie. Ainsi, être « pro-vie », c’est aussi lutter contre le racisme et la xénophobie ou l’exploitation des salariés, défendre les droits du migrant (et ne pas réduire celui-ci à un voyage qu’il a fait), promouvoir l’écologie/le respect de la création, l’impartialité et l’indépendance de la justice, la santé, l’éducation….

En 2100, la Terre privée d’ours polaires*
Dessin de Kal. Courrier international, 15/11/04
L’Arctique fond à grande vitesse ! Les pôles dégoulinent ! Un désastre écologique menace !
« Les mecs… je l’sens pas. Personne ne fait attention à nous, les ours polaires !
— Non !
— Tu rigoles !
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Faut trouver quelque chose qui attire l’attention des gens…
— Quelque chose d’irrésistible ! »
Crise morale en Arctique ! Droit au mariage pour les ours polaires gay ! Un Esquimau antiavortement avalé par un épaulard gauchiste !

Se déclarer « pro-vie » implique aussi une certaine cohérence.

Car si nous ne pouvons pas supporter la vie dans toutes ses étapes, cela n’a aucun sens de se concentrer sur le seul avortement. Et comment se déclarer « pro-vie », tout en défendant le « business » et l’industrie de la mort » soutenu par le lobby pro-armes, vu le nombre de morts par fusillades, notamment dans les écoles, les collèges et les lycées ? Tuer un homme n’est pas seulement tuer un homme, c’est tuer le genre humain. Et tuer des enfants, des jeunes, par balles, c’est aussi tuer des nations.

C’est là effectivement « ouvrir des portes » sur un plan spirituel. Banaliser le racisme, la xénophobie et exalter le nationalisme [la nation placée en absolu, plus haut que Dieu], comme banaliser le mensonge en sacrifiant la vérité ou bénir le déni du réel, aussi.

« L’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité » est celui qui s’est débarrassé du mensonge et qui vit cette exhortation de l’apôtre Paul : « que chacun dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres » (Eph 4v24-25).

Il sait que « l’amour ne ne se réjouit pas de l’injustice mais trouve sa joie dans la vérité » (1 Cor.13v6), que « nous avons purifié nos âmes en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie » (1 Pie.1v22), que « Dieu est lumière » et qu’ « il n’y en a en lui aucune ténèbres » (1 Jean 1v5-7) et que « le SEIGNEUR (notre) Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés. C’est le SEIGNEUR ton Dieu que tu craindras et que tu serviras, c’est à lui que tu t’attacheras, c’est par son nom que tu prêteras serment » (Deut.10v17-20), sachant que l’on ne saurait soulever le nom de l’Eternel (notre) Dieu [l’invoquant comme garant de témoignage ou d’affirmation ou de soutien à une cause] pour l’imposture, car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture » (Deut. 5v11).

Existe-t-il un « vote chrétien » ? Jésus serait-il le « président d’honneur » d’un parti quelconque ?
(Source : « Mockingbird »)

Pour un témoignage fidèle, véritable et audible, les chrétiens ont ce devoir d’intégrité, d’impartialité et d’indépendance, sans oublier la crainte de l’Eternel, pour être véritablement cette voix prophétique dans le monde« Mes frères, ne mêlez pas des cas de partialité à votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ » (Jacq.2v1). De même que ce qu’annonce le prophète véritable arrive vraiment, le message du prophète incite à un retour au « Dieu véritable ». A l’inverse, « s’il dit Suivons et servons d’autres dieux, tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut 13v2-6).

Il est essentiel de garder à l’esprit, qu’en tant que chrétiens, nous n’adorons que Dieu, et nous refusons d’adorer ou de sacraliser les pouvoirs qui prétendent prendre sa place dans le coeur et la vie des hommes : pouvoirs totalitaires idéologiques, religieux, politiques (« Messie politique »), économiques (Mammôn)… « Nous pouvons avoir nos propres convictions politiques, mais notre foi ne se résumera jamais à ces options, lesquelles nous met, d’ailleurs, toujours en porte à faux avec un mouvement politique quel qu’il soit. Ce n’est pas forcément confortable, mais le chrétien est toujours un peu ailleurs », ajoute encore Frédéric de Conninck(17).  A l’image de Jésus-Christ qui a refusé le pouvoir qui lui était offert par les hommes (et le Diable!), et a choisi de régner dans l’abaissement de la croix, les chrétiens ont un rôle essentiel à jouer : rester vigilants à l’égard de toutes les dérives auxquelles le pouvoir peut conduire, plutôt que de cautionner ou d’excuser sans cesse de telles dérives, comme si la fin justifiait les moyens.

C’est ainsi que notre fidélité à Jésus-Christ [et non à un messie politique], Notre seul Seigneur, peut nous exposer à être marginalisés, voire persécutés dans certains pays, quand nous refusons les compromis, les mensonges, les injustices auxquels ces pouvoirs cherchent à nous entraîner. Mais nous n’avons rien à craindre, puisque le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, proclame la victoire du Christ crucifié et ressuscité, à laquelle nous sommes associés. C’est en cela que nous devons mettre notre confiance et notre espérance, et non dans le résultat d’une élection, que celui-ci annonce la victoire ou la défaite d’un candidat. Mieux vaut perdre un vote que perdre son âme.

 

En guise de conclusion :

Un nouveau président a été élu : les partisans du sortant battu doivent en faire leur deuil, et comprendre qu’il convient de prier pour le nouveau chef de l’Etat, ainsi que pour l’unité, la paix civile et la guérison de leur pays.

« C’est aussi », comme nous invite le pasteur Gilles Boucomont, « au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et ce respect, rien ne peut fonctionner (…) Jésus n’a pas voulu de ces royautés temporaires et temporelles. Et pourtant il a habité cette figure du roi, il s’est prêté au jeu de l’entrée à Jérusalem, avec le prix qu’il devra payer pour cette audace… Son autorité est d’un autre genre. Elle ne jette aucun discrédit, au contraire, sur les pouvoirs humains, mais le Royaume dont il est roi n’est pas de ce monde.  Comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structurés dans la contestation de l’autorité de l’Etat ? Comment grandirons-nous dans la foi en Dieu le Père, si les figures de la paternité sont toutes détruites, dans une vague d’extermination massive, et que trop peu de nos enfants ne savent vraiment ce qu’est un père ? Comment pourrons-nous annoncer une parole sur la Paix qui vient de Dieu si les uns et les autres n’ont pas goûté à la paix même imparfaite d’une société apaisée ? Celui qui est entré à Jérusalem, qui est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau appelle aujourd’hui des personnes à laisser tomber l’agitation de leurs rameaux [cf la parabole des arbres en quête d’un roi en Juges 9v7-15] pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées. Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives que nous avons à vivre » (18)

« Nous pouvons réellement participer au changement que nous espérons pour notre monde, si nous laissons Dieu changer d’abord notre cœur » : une très belle conclusion aux accents évangéliques, de la part du catholique Alex Deschênes ! (19)

 

 

 

Notes :

(1) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/ [Depuis début janvier 2021, nous assistons à une cascade de repentances de « prophètes » ayant « prophétisé à tort » la réélection de Donald Trump, balayant ainsi les rumeurs de « fraudes « électorales », et s’estimant coupables d’avoir placé cet homme « sur un piédestal ».  A noter que les « faux prophètes du Covid-19 ne se sont pas encore manifestés…]

(2) « L’insistance dangereuse de Donald Trump pour l’arrêt du dépouillement et ses accusations sans preuves de fraude provoquent des inquiétudes et font écho à Jérusalem, sachant que l’engagement de l’Amérique en tant que force de stabilité et de liberté, dans le respect des institutions et du processus démocratique, est un élément essentiel de la défense stratégique d’Israël » cf https://fr.timesofisrael.com/attaque-intolerable-de-trump-contre-la-democratie-et-ses-repercussions-en-israel/

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2018/06/08/quand-un-chef-detat-pretend-avoir-le-droit-absolu-de-se-gracier-lui-meme-eclairage-biblique-et-consequences-spirituelles/

Donald Trump se présente également comme « un croyant »….en la « positive theology » (« la théologie positive ») du révérend Norman Vincent Peale, qui « enseigne que : Dieu est facile à connaître, la Bible se résume facilement, le Christ donne le pouvoir de réussir. « Je suis un succès », faut-il se rappeler sans cesse ». Une foi qui ressemble plus à une « absolue confiance en soi » (ou en l’homme) qu’en une véritable confiance dans le Dieu véritable.

(4) http://blog.lesoir.be/lalibertesinonrien/2018/02/04/comment-peut-on-etre-un-evangelique-sous-donald-trump/

(5) https://societeesperance.home.blog/2020/11/09/la-droite-religieuse-americaine-histoire-dun-naufrage/

(6) http://journals.openedition.org/rrca/940

(7) https://www.reformes.ch/politique/2020/08/le-hold-politique-des-evangeliques-charismatiques-religion-etats-unis

(8) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/02/22/ton-christianisme-est-il-sentimental/

(9) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

(10) https://www.la-croix.com/Religion/Joe-Biden-deuxieme-president-catholique-lAmerique-2020-11-07-1201123493 ; https://www.reforme.net/gratuit/2020/11/08/elu-president-joe-biden-appelle-a-restaurer-lame-de-lamerique/ ; https://www.evangeliques.info/2020/11/09/usa-joe-biden-46eme-president-des-etats-unis-appelle-a-la-paix-et-a-lunite/

(11) https://fr.timesofisrael.com/attaque-intolerable-de-trump-contre-la-democratie-et-ses-repercussions-en-israel/

(12) https://fr.timesofisrael.com/biden-lami-disrael-contre-les-implantations-serait-en-desaccord-sur-liran/

(13) https://www.xn--rforms-bvae.ch/politique/2020/10/kamala-harris-la-foi-doit-sincarner-en-actes-etats-unis-presidence-elections-foi

(14) https://www.la-croix.com/Religion/Joe-Biden-deuxieme-president-catholique-lAmerique-2020-11-07-1201123493

(15) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

(16) (https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/17/appel-a-la-repentance-et-a-defendre-une-ethique-pro-vie-globale-il-serait-temps/)

(17) https://societeesperance.home.blog/2020/11/09/la-droite-religieuse-americaine-histoire-dun-naufrage/

(18) http://1001questions.fr/aunomdejesus/pourquoi-prier-pour-les-autorites/

(19) https://le-verbe.com/idees/perdre-son-vote-ou-perdre-son-ame/

 

 

 

 

 

 

Les Evangéliques face au piège du fantasme et du « deal »

« Et pourtant, ils (certains Evangéliques) votent Trump ! »(Montage publié en 2016 sur ifunny.co)

À quelques jours de l’élection présidentielle américaine, les jeux sont loin d’être faits. Une nouvelle victoire de Trump n’est pas à exclure. Sylvie Laurent, historienne, analyse les ressorts d’une popularité dont les racines sont constitutives de l’histoire américaine. Entretien sur Bastamag avec l’auteure de « Pauvre petit blanc »(1).

Selon Sylvie Laurent, le « pauvre petit blanc », qui a donné son titre à son ouvrage, « n’existe pas ». C’est un personnage fantasmé, créé de toutes pièces par les néoconservateurs américains, blancs des classes moyennes et supérieures, pour conserver leur pouvoir. Lors de l’entretien, elle revient sur cette construction idéologique. Elle souligne également que « Trump continue à séduire en dépit de la réalité. Pour (elle), c’est la preuve que ce qui plaît, c’est ce qu’il dit, et non ce qu’il fait. Une large partie des américains blancs aiment s’entendre dire qu’ils sont spoliés par d’autres et que quelqu’un va arriver pour les sauver. « Comptez sur moi, leur dit Trump. Je vais chasser les noirs, je vais chasser les Mexicains, je vais renvoyer les femmes au foyer, et vous irez mieux. » C’est un discours hyper fondamentaliste de l’identité blanche qui s’est en fait normalisé, et qui est aujourd’hui très prégnant aux États-Unis ». Une telle normalisation des discours fondamentalistes se vérifie aussi de ce côté-ci de l’Atlantique….(1)

 

Et du côté des Evangéliques ? Aiment-ils aussi qu’on leur « raconte des histoires » ?

Le soutien des « 81 % d’évangéliques » (blancs- les évangéliques noirs ou hispaniques ayant majoritairement soutenu H. Clinton.) a été jugé comme étant décisif lors de l’élection de Trump il y a 4 ans. Aujourd’hui, ils ne seraient plus que 78 % à le soutenir, selon le Pew Research Center(2).

Comme le prévoyait le chercheur en géopolitique Chady Hage-Ali et blogueur sur Stratpolitix, interviewé sur notre blogue(3), « les chrétiens évangéliques conservateurs (je ne parle pas des évangéliques de gauche), choisiront tout sauf un candidat de gauche progressiste/libérale, relativiste et internationaliste …» et « seront prêts à accepter en dernier ressort un “clown” dès lors qu’il se montre patriote, s’aligne personnellement, inconditionnellement sur la politique coloniale et sécuritaire d’Israël (…) ». Alors, bien sûr, « Trump n’est pas un “candidat chrétien” (…) d’ailleurs, dans l’absolu, il n’y en a aucun. Mais la vision qu’il promeut est ostensiblement celle d’une Amérique plus centrée sur elle-même. Son discours anti-islam peut plaire aux évangéliques les plus conservateurs voire aux fondamentalistes ».  Dans ce contexte, « le vocable “valeurs chrétiennes” est, sous ce rapport, très élastique(4). Il y a les valeurs mais il y a aussi les intérêts. Et les intérêts chrétiens et étatiques bien compris et bien défendus (à l’intérieur et à l’extérieur) se mélangent entre eux, et peuvent aussi contribuer à préserver ces mêmes valeurs ». En définitive, conclut Chady Hage-Ali, « les évangéliques, en majorité à droite, [agissant plus par pragmatisme et utilitarisme que selon les principes bibliques], reviendront toujours à l’essentiel qui est, politiquement et religieusement : la fiscalité, l’état minimal, le soutien indéfectible à Israël, la lutte antiterroriste et l’endiguement de l’islam. Ils ne sont pas tous forcément partisans de l’interventionnisme (l’aventure irakienne les a douchés). Si les promesses de Trump leur semblent crédibles sur ces cinq points[en y ajoutant l’avortement], leurs voix lui seront acquises ». Et c’est ce qui s’est passé il y a 4 ans, semble-t-il !

Quelles conséquences spirituelles et morales peut-on craindre d’un tel soutien ? [autant de signaux pour nous aussi, chrétiens, en Europe]  Le soutien d’ »un homme fort » dont « la nature » est « de faire des deals » risque de décrédibiliser les Evangéliques, en les entraînant dans une « économie du deal », du compromis et de la compromission, bien éloignée du véritable Evangile, qui est « grâce et paix », et en les enfermant dans un « christianisme moralisateur », « identitaire », « de club » ou « exclusif », « partisan ».

Pour le dire autrement sans langue de bois,  Jean-René Moret estime, sur le site « Questions suivantes »(5), qu’il est à craindre que « beaucoup d’évangéliques aient cédé à la tentation de vendre leur âme pour obtenir du pouvoir. Trump leur fait miroiter d’être de leur côté sur des questions jugées importantes, et certains se montrent prêts à renier des valeurs qui leur sont chères pour obtenir ce résultat.

À témoin, un sondage montrant qu’en 2011 seul 30 % des évangéliques pensaient qu’une personne immorale dans sa vie personnelle pouvait remplir des fonctions publiques de manière éthique, mais qu’ils étaient 72 % en 2016 ! » Et « changer de principe pour justifier de voter pour un certain candidat revient à vendre son âme. C’est un des effets pernicieux de la politique partisane : tout devient acceptable chez son candidat, tout devient intolérable chez son adversaire. Dans tout cela, les évangéliques américains ont voté comme des êtres humains, confrontés à des options limitées. Paradoxalement, la volonté de façonner une Amérique à l’image de leurs idéaux peut les avoir conduits à transiger sur certains de ces idéaux. La focalisation sur un faisceau de valeurs ou une idée de leur identité nationale leur a peut-être fait oublier ou négliger d’autres valeurs chrétiennes, tels que l’accueil de l’étranger et le respect dû au plus faible[cf Deutéronome 10v19, Matt.25v35…]. D’une manière, le grand danger où je les vois est de penser que le « salut » pour leur nation peut venir d’une politique particulière(6), et de faire de l’obtention du pouvoir politique nécessaire un objectif en soi. La conviction chrétienne fondamentale doit rester que le secours doit venir de Dieu, et que s’attacher à la justice prime l’obtention du pouvoir ».

D’autre part, soutenir un homme « qui fait des deals » et qui s’est fait connaître par ses outrances verbales et injures (publiques) conduit à décrédibiliser la puissance de la parole. Et ce, d’autant plus qu’il est une évidence pour les contemporains du texte biblique qu’il n’y a pas « de paroles en l’air ». Genèse 1 montre que l’acte créateur de Dieu passe par la Parole : quand Dieu dit, la chose arrive. Il n’y a donc pas, comme dans notre culture occidentale ou en politique, une mise en opposition entre les paroles et les actes.

Ensuite, le chrétien, tout en veillant au poids de la parole donnée, est appelé à « bénir » et non à « maudire ». Et maudire, c’est dire « de mauvaises choses », pas dans un sens « moral ou moralisant », mais dans le sens de dire une chose qui n’est pas la vérité » [cf Matt.5v44, Luc 6v28, Rom.12v14]

Enfin, il est à craindre que « le problème » le plus important des Evangéliques[qui n’est pas que celui des Américains »] soit un « problème » (ou une crise) d’identité. Souvenons-nous que nous avons été créés « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (cf Gen.1v26-27, cf Col.1v15). Or, quand on nous regarde, que voit-on ? Que Dieu règne sur la création ? Ou que Trump (ou un autre, ou une puissance, une idéologie….) « règne » ? Nous saurons qui nous sommes, si nous savons à qui nous appartenons !  La priorité est donc bien « la restauration de notre image », de notre identité profonde d’enfants de Dieu. « Reconstruisons le temple en chassant les marchands » (Jean 2v14 et ss) – et nos corps sont « le temple du Saint-Esprit » (1 Cor.3v16,  1 Cor.6v19): Christ y est-il adoré ? Est-il « le Seigneur de tout » ? A moins qu’il ne subsiste des « zones de non-droit », « des autels » à Mammon(l’argent), la peur, la colère, la haine…. ? Si c’est oui, alors c’est que nous tolérons une Seigneurie autre que « Christ seul », et confessons que Christ fléchit les genoux devant d’autres puissances.

Soyons conscients que l’ennemi de nos âmes a gagné, lorsque nous nous laissons gagner par la colère, la peur, la haine, la cupidité, pour mieux nous jeter dans les bras d’un autre « Seigneur »/ « expert »/ « Messie »(politique) !

 

 

 

Notes :

(1) Voir sur https://www.bastamag.net/election-presidentielle-US-Biden-Trump-pauvre-petit-blanc-neoconservateurs-Sylvie-Laurent

(2) https://www.pewresearch.org/fact-tank/2020/10/13/white-christians-continue-to-favor-trump-over-biden-but-support-has-slipped/ft_2020-10-13_religionparty_01/

(3) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/03/30/des-primaires-americaines-2016-vraiment-primaires-ou-une-campagne-en-trump-loeil/

(4) Il importe de comprendre, comme l’explique très bien le journaliste évangélique Henrik Lindell, qu’« aux Etats-Unis, le terme « conservateur » peut signifier plein de choses, mais il faut y entendre le respect absolu de ce qui est perçu comme une tradition américaine et particulièrement la Constitution de 1787 et la Déclaration des droits de 1791 censées donner un caractère « exceptionnel » au pays. D’où, par exemple, l’attachement extrême à la liberté religieuse et au « droit du peuple de détenir et de porter des armes » (premier et deuxième amendements de la Déclaration des droits). D’où, aussi, une façon particulière de prôner des valeurs judéo-chrétiennes – les libertés décrites dans la constitution proviendraient de Dieu lui-même, expliquent souvent les conservateurs américains – et de s’opposer au relativisme culturel et au « socialisme ». Les conservateurs promeuvent par ailleurs le libéralisme économique, s’opposent aux impôts élevés et détestent le concept d’un Etat centralisateur et omnipotent (comme dans certains pays européens). Depuis quelques décennies, les courants conservateurs sont traversés par différents débats, notamment en économie. Certains ont une vision quasi libertairienne et promeuvent un Etat minimal. C’est le cas du mouvement populaire Tea Party qui a profondément marqué le Parti républicain ces dernières années. Des candidats comme Ted Cruz tirent leur légitimité de ce mouvement (comme le faisait aussi Sarah Palin avant lui). En face, les autres conservateurs défendent le principe de régulation et des idées de justice sociale, n’hésitant pas à se référer à la doctrine sociale de l’Eglise catholique, par exemple. Ces autres conservateurs s’intéressent aussi à l’évolution sociétale. On les appelle les conservateurs sociaux. Ils militent généralement pour des causes précises et symboliquement chargées. On les trouve dans le mouvement pro-life, mais aussi parfois dans des associations de défense pour les immigrés. Ils sont massivement croyants et s’opposent généralement au mariage gay et à la légalisation du cannabis ».

Parmi les leaders évangéliques et personnalités politiques soutenant Donald Trump : Jerry Falwell Jr, Kenneth et Gloria Copeland, David Jeremiah, ainsi que Paula White ; Sarah Palin, candidate malheureuse à la vice-présidence des Etats-Unis de  2008….. Néanmoins, il existe des leaders évangéliques « perplexes », quand ils ne sont pas franchement hostiles à Donald Trump : ainsi Matthieu Sanders, pasteur baptiste franco-américain à Paris, Max Lucado, auteur et pasteur d’une importante Eglise dans le conservateur Etat du Texas, ainsi que Russell Moore, président de la Commission d’éthique et de liberté religieuse des baptistes du Sud, tout comme « l’évangélique de gauche » Jim Wallis.

(5)Voir sur http://www.foienquestions.eu/?p=1988#fnref-1988-4

(6) Certains attendent et espèrent en ce « messie politique » :

Ainsi, vu non pas sur Le gorafi, mais sur la page FB d’un chrétien évangélique qui ne représente que lui-même : « Ne cherche pas plus loin que ça : Trump ne fait pas « de la politique » pour être réélu. Milliardaire, retraité, il defend la Vie, il est un rempart, un Cyrus contre les satanistes et leur culture de MORT. Converti ou pas, il est surtout l’homme du combat spirituel de l’heure : le respect de la Vie et la lutte contre les pédophiles internationalistes et leur culture de MORT. Le débat se résume à ça, même si les incrédules veulent te faire croire autre chose : es-tu pour la lumière ou pour les ténèbres ? Si Trump s’écroule, tu verras un accroissement du déchaînement des ténèbres et de la culture de la mort partout dans le monde et surtout en Europe – tu les sens déjà, alors imagine leur déchaînement ! Trump est un Cyrus, un « roi paien » utilisé par le vrai Dieu pour offrir au monde un parenthèse salutaire pour revenir à Lui. (Images : la prescription de Trump, qui ne contenait PAS le Remdesivir, les médias ont menti. Le logo du médicament miracle. Une médaille commémorant les 70 ans de l’Etat d’Israël : Trump y est représenté avec Cyrus, car c’est ainsi qu’il est vu là-bas, comme un Cyrus.) »

Pour un autre, sur un blogue évangélique théologique, les chrétiens qui soutiennent Trump seraient des « chrétiens solidement bibliques et ayant nettement plus de discernement spirituel que les autres ».

 

 

L’Action du mois : partager la Bible, ce best-seller indétrônable

Avant d’ouvrir la Bible, il convient d’abord d’être « ouvert » soi-même….(Source image : public domain picture)

Le saviez-vous ? C’est l’année de la Bible !

C’est un événement mondial, créé sous l’impulsion de l’Alliance Evangélique Mondiale et rassemblant les sociétés bibliques de chaque pays, dans le but de célébrer et de partager ce trésor impérissable et best-seller indétrônable, qui a profondément modelé l’histoire de l’humanité et qui ne cesse d’être lu aujourd’hui encore, dans près de 2700 langues !

En France et en Suisse, l’ALEPEF et l’AELE invitent tous les chrétiens et toutes les Eglises à prendre part à cette célébration et à être des témoins du message d’espoir de la Bible au cœur des villes.

Retrouvez par exemple des versets bibliques chantés par des artistes contemporains. Ici le Notre Père par Matt et Sarah Marvane :

Et découvrez comment 25 chrétiennes et chrétiens d’horizons variés ont accepté de relever joyeusement un ou plusieurs défi(s) biblique(s), contribuant ainsi à une belle oeuvre collective, pour notre encouragement et notre édification.

Ce défi consistait à choisir un (maxi deux) livre(s) de la Bible et le présenter en 300 mots environ pour le non-spécialiste. Au final, tout en témoignant de leur rapport à la Bible, ils se sont livrés eux-mêmes en nous livrant des textes inspirés et inspirants, sincères, touchants, décapants ou drôles.

Ne manquez pas de nous partager ici vos propres témoignages au pied de cet article sur ce que vous aura apporté cette série. En vous souhaitant d’être autant bénis que l’ont été les contributeurs en relevant ce défi !

 

Jésus-Christ aurait-il « refusé de payer pour ceux qui font des mauvais choix de vie » ?

Obamacare : un parcours semé d'embûche ! Par Andy Singer

Obamacare : un parcours semé d’embûche !
Par Andy Singer

(Article initialement paru le 12/09/14 sur Pep’s café! et mis à jour)

En pleine épidémie de Covid-19 [laquelle a causé, à ce jour, plus de 220.000 morts aux Etats-Unis], le gouvernement de Donald Trump a demandé, jeudi 25 juin, à la Cour suprême américaine d’abroger la loi Obamacare qui a instauré l’assurance santé emblématique de l’ancien président démocrate Barack Obama. Une nouvelle offensive – pour des raisons électoralistes – contre l’Affordable Care Act (ACA), nom officiel de l’ Obamacare, qui a permis à des millions d’Américains d’obtenir une couverture médicale (1).

La réforme, après un début difficile, a permis une forte diminution de la proportion d’Américains sans assurance maladie, qui est tombée de 20,3 % à 13,2 % de la population entre 2013 et 2015. Ce taux tombe à 10,9 % en 2016, mais remonte à 12,3 % après les différentes tentatives de Donald Trump pour faire disparaître l’Obamacare ou en diminuer la portée, parce que, selon lui, « l’Obamacare (serait) trop cher ; cette loi ne (fonctionnerait) pas » (2).

La Cour suprême aura le dernier mot sur le sujet, le 10 novembre prochain, dans le cadre de la décision California v. Texas. Sera alors étudié le recours de l’administration Trump et d’un groupe de procureurs généraux contestant la constitutionnalité de la loi. Si le risque d’annulation de l’ACA est réel en raison de la forte majorité républicaine/ »conservatrice » à la Cour, la pandémie de Covid-19 – tout comme l’absence d’un programme d’assurance maladie alternatif proposé par les républicains – jouent contre ce type de décision.

A ce stade, il est bon de rappeler ici ce qu’est « l’obamacare » et ce qu’il n’est pas :

Ce qu’il est : une réponse, quoiqu’incomplète, à un système jusque-là injuste, cher et peu efficace, porté par le lobby des assurances privées. Lesquelles assurances privées n’assurent, à des prix exorbitants, que des malades en excellente santé. En clair,
« Promulgué le 30 mars 2010, il invite chacun des cinquante Etats américains à mettre en place un marché local des assurances (health insurance exchanges) permettant aux compagnies privées de promouvoir leurs produits et de concourir pour la signature d’un contrat avec l’Etat fédéral. Lequel récompense les heureux gagnants en leur affectant les usagers supplémentaires qui, bien que subventionnés pour la plupart, doivent payer au prix fort cette forme hybride de sécurité sociale : 8 400 dollars par an pour une famille de quatre personnes, à régler sous peine d’une amende d’au moins 2 000 dollars. Seules les personnes déjà couvertes par d’autres programmes sociaux, comme Medicare ou Medicaid, sont exemptées.
A l’évidence, le programme défendu par M. Obama recèle bien des insuffisances : il néglige vingt-trois millions de personnes, principalement des immigrés sans papiers, et permet aux Etats, majoritairement conservateurs, de restreindre son champ d’application et de tailler dans les remboursements prévus ; les patientes en attente d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) doivent par ailleurs souscrire une assurance séparée. Tout en leur imposant certaines contraintes, la réforme comporte d’appréciables contreparties pour les compagnies d’assurances, qui empocheront une subvention publique de 447 milliards de dollars. Elles restent également libres d’augmenter leurs tarifs. « Une assurance au rabais hors de prix », résume le docteur Don McCanne, responsable de la politique de santé à l’organisation des Médecins pour un programme national de santé (PNHP) (2).
Malgré toutes ces lacunes, l’« Obamacare » présente l’avantage de fournir une couverture-maladie à trente-deux millions de personnes qui en étaient jusqu’alors dépourvues, parce que incapables de s’assurer au tarif normal. De plus, le texte interdit aux assureurs de refuser leurs services aux usagers « à risque », par exemple aux malades atteints d’une pathologie coûteuse ou jugée non rentable ». (http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/LAZARE/47889 )

Toutefois, les Etats-Unis restent aujourd’hui le seul pays industrialisé au monde ne proposant toujours pas de véritable couverture santé universelle, malgré certaines avancées. Pas de quoi crier au loup.

Ce qui n’empêche pas une opposition de principe à cette loi. 

En voici une, qui m’avait parue significative et édifiante, à l’époque de la rédaction de cet article remis à jour.

Ainsi, par exemple, Claire Levenson, dans un article pour Slate, explique « comment les chrétiens conservateurs contournent la réforme de la santé d’Obama » (le 02/09/14). En été 2014,  « la Cour suprême a donné raison à des chefs d’entreprise chrétiens qui refusaient de rembourser la contraception de leurs employés en arguant que c’était en désaccord avec leurs convictions religieuses ».

D’autre part, toujours selon Slate, certains chrétiens, dits « conservateurs », invoquant leur liberté de conscience pour refuser certaines clauses incluant les remboursements de l’avortement(3),  ont alors recours à des alternatives pour contourner la réforme de santé : « Au lieu de payer une assurance qui rembourse les procédures médicales de personnes qu’ils jugent immorales –comme les alcooliques ou les femmes qui se vont avorter– près de 300.000 Américains religieux préfèrent adhérer à des coopératives qui leur permettent de s’aider entre « bons chrétiens »(…)Ces organisations peu régulées existent depuis les années 1980, mais depuis le passage de la réforme de santé, le nombre de leurs adhérents a beaucoup augmenté. Leur fonctionnement est simple. Chaque membre donne de l’argent tous les mois dans un pot commun et, lorsqu’un adhérent est malade, tous unissent leurs ressources pour payer ses frais d’hôpital ».

L’alternative pourrait être intéressante et pertinente, mais souffre de certains défauts :

-Ces coopératives s’avèrent, en fin de compte, bien peu efficaces, puisque « contrairement aux assurances réglementées par la loi, il n’y a pas de garantie qu’un certain pourcentage minimum sera pris en charge. Si un malade coûte trop cher, il est possible que la coopérative n’ait pas les moyens de l’aider », explique Claire Levenson.

– D’autre part, « les contrats de ces organisations sont extrêmement contraignants. Celui de Samaritan(sic) Ministries, une des trois coopératives qui existent dans le pays, donne une liste de conditions préalables à l’adhésion (le tout doit être certifié par un pasteur, avec déclaration signée): Aller a l’église régulièrement (au moins trois ou quatre fois par mois) ; ne pas se droguer et ne pas fumer. Le contrat précise qu’«un cigare ou une pipe sont exceptionnellement autorisés, par exemple pour célébrer la naissance d’un enfant» ; Ne pas trop boire d’alcool (ne jamais être ivre) ; ne pas avoir de rapports sexuels hors mariage (avec la précision qu’il s’agit bien de mariage «biblique» entre un homme et une femme) ; le suivi de la grossesse d’une femme non mariée ne sera pas remboursé par le groupe ».

Invoquer la liberté de conscience pour certaines raisons est bien compréhensible. Là n’est pas le problème. C’est là une liberté que les protestants défendent traditionnellement. Elle est liée au respect des personnes et condamne toute tentative d’imposer de force une quelconque croyance. C’est l’usage que l’on en fait qui peut devenir problématique. Et combien révélateur est l’état d’esprit qui a conduit à créer et à recourir à de telles alternatives.

Voyons plutôt :

Aux Etats-Unis, des millions d’Américains restent encore non couverts par une assurance-santé, malgré les avancées de l’ « Obamacare ». Les « organisations caritatives et dispensaires auront toujours beaucoup à faire pour soigner tous ceux qui sont dans l’angle mort de la réforme ».

Or, c’est là que le bas blesse pour ces coopératives.
Car, « malgré les discours sur le partage et l’amour du prochain (la Bible est citée abondamment dans les contrats), l’approche de ces coopératives est plutôt égoïste. L’assurance maladie telle qu’elle existe actuellement aux Etats-Unis implique une certaine solidarité forcée: ceux qui sont rarement malades paient en partie pour ceux qui accumulent les problèmes de santé. Or, les adhérents de ces groupes chrétiens choisissent de se désolidariser des «pécheurs» en refusant de payer pour ceux qui font des «mauvais choix de vie», relève Claire Levenson.
Car «Les chrétiens sont en meilleure santé que les autres. Songez à tous les problèmes médicaux qui résultent d’une vie de débauche», affirme un adhérent interviewé par le Washington Post, cité dans l’article de Slate.
C’est sans doute vrai. Mais même des non-chrétiens, du fait de leur hygiène de vie, sont « en meilleur santé que les autres ». Et tous les problèmes médicaux ne résultent pas « d’une vie de débauche » (comprendre : trop boire d’alcool, trop fumer, se droguer….) : une simple vie sédentaire, avec une alimentation trop grasse et trop riche (genre « mal bouffe »), sans exercices physiques, suffit à provoquer des « problèmes médicaux ». Sans oublier le stress au travail, un environnement pollué, les usages de pesticides, les OGM….
D’où l’importance de préserver l’accès aux soins de qualité pour tous.

« Interrogé par la radio publique NPR, un autre adepte de cette assurance alternative expliquait:
«J’aime bien ce système car cela me permet de ne pas payer pour quelqu’un qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement.»

Mais puisque la Bible est abondamment citée dans les contrats de ces coopératives chrétiennes, il est bon, à ce stade, de rappeler ce qu’elle dit. Ainsi, L’« adepte de cette assurance alternative qui ne veut pas payer pour celui qui ne prend pas soin de lui physiquement et spirituellement » oublie que quelqu’un a pourtant « payé pour lui », et ce, alors qu’il ne prenait pas soin de lui, du moins « spirituellement ». Jésus-Christ, qui a choisi « de payer pour des pécheurs »(Rom.5v6-8), approuverait-il un tel système et un tel état d’esprit ?
Ledit « adepte » oublie aussi que « celui qui dit qu’il est sans péché se séduit lui-même » cf 1 Jean 1v8-10.
La « loi » de ces coopératives, qui se veulent basées sur la Bible, témoigne d’un esprit légaliste(4), plus qu’elle ne témoigne de Dieu qui déclare lui-même « ne pas faire de favoritisme » et protéger le faible cf Deutéronome 10v17-18.
On croirait également retrouver « une loi du talion » réactualisée. Qu’en dit Jésus-Christ, dans le sermon sur la montagne ?

« Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis(…)Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». (Matt.5v18-48)

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton oeil, toi qui as une poutre dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton oeil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’oeil de ton frère(…)Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes ». (Matt. 7v1-5, 12)

D’autre part, « en excluant tous ceux qui ont des comportements à risque –comme la consommation d’alcool, de tabac et de drogue–, ces associations se protègent de certains coûts », plus qu’elles ne protègent ceux qui en ont vraiment besoin. « Alors que la loi américaine oblige par exemple les assurances à rembourser des cures de désintoxication, ces coopératives n’auront jamais à prendre en charge ce type de frais ».
Ces coopératives, qui citent pourtant abondamment la Bible dans leurs contrats, semblent avoir oublié la réponse de Jésus-Christ, à qui les religieux de son temps reprochaient de manger « avec les publicains et les gens de mauvaise vie » : « ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs »(Matt.9v10-13).
Pour ceux qui veulent vivre sous la loi, cette loi est sans appel : Gal.3v10-13, Jacq.2v1, 8-13
Et ceux qui veulent ainsi sanctionner « la débauche », parce qu’elle coûterait cher à la société, oublient que d’autres formes « de débauche » coûtent chers à la société(4).
On pense aux exemples donnés dans Es.58, 1 Cor 5v10-13, et la liste d’Eph.5v5, incluant « la cupidité, qui est une idolâtrie » :
« Ces associations ne sont acceptées que dans une vingtaine d’Etats américains, notamment en raison des faibles garanties qu’elles donnent à leurs membres. A la fin des années 90, une enquête avait révélé que les leaders d’une de ces organisations avaient détourné plus de 25 millions de dollars payés par leurs adhérents pour s’offrir des maisons et des motos de luxe », précise encore Claire Levenson (cf http://www.christianitytoday.com/gleanings/2014/april/obamacare-bump-christians-sharing-health-care-costs-hcsm.html?paging=off ).

Enfin, ceux qui veulent sanctionner « la débauche » oublient que pécher, c’est « manquer le but », en hébreu comme en grec. Notre but ou celui de Dieu. Le pasteur Gilles Boucomont explique que « l’on pense généralement que « pécher », c’est avoir un mauvais comportement, issu d’une mauvaise moralité »(Au nom de Jésus : mener le bon combat, p 45). Or, comme nous l’enseigne Genèse 3, « le péché est une histoire de relations. Dieu est un être relationnel, qui nous a créés à son image », c’est-à-dire, pour que nous soyons des êtres relationnels ». Avec Dieu, ainsi que les uns les autres. « Le péché est donc un état où je suis séparé de Dieu et/ou des autres »(op. cit. p 45). A l’inverse, la vie éternelle est une vie relationnelle (1 Jean 5v20, jean 17v3).
La sainteté n’est pas séparation, mais distinction.
Nous sommes « dans le monde », quoique « pas du monde » et sommes appelés à y être « sel et lumière »(Matt.5v13-14, Jean 17). Nos paroles doivent être « pleines de grâce », « assaisonnées de sel »(Col.4v6). Et « le fruit de la lumière », des enfants de lumière que nous sommes censés être, « consiste en toute sorte de bonté, justice et vérité »(Eph.5v9).
Sommes-nous suffisamment proches de Dieu, ancrés dans la vérité « qui est en Jésus », pour être en mesure de donner à voir « le Dieu véritable », et non une caricature moraliste et légaliste ?

Face au monde, écrivait John Stott, il existe deux attitudes pour les chrétiens : la fuite ou l’engagement.
L’on peut ainsi choisir de refuser d’être sel et lumière, soit en se confondant avec le monde, soit en s’isolant du monde(pour une autre histoire de fuite, pour des motifs de « pureté », lire l’histoire du prophète Jonas). « Mais si le sel perd sa saveur, à quoi sert-il ? »…(Matt.5v13)

L’on peut aussi choisir d’être ce à quoi le Seigneur nous appelle. Cependant, toujours selon John Stott, le fondement de notre engagement dans le monde reposera nécessairement sur une vision juste de Dieu, de Jésus Christ, de l’homme, du salut et de l’Eglise(« Le chrétien et les défis de la vie moderne. Sator, 1987, pp 26-47 ).

 

 

Notes :

(1) Cf https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/etats-unis-l-administration-de-donald-trump-demande-a-la-cour-supreme-d-abroger-l-obamacare_4022919.html

(2) Cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Patient_Protection_and_Affordable_Care_Act

« Dès les cent premiers jours de sa présidence, Donald Trump a en effet lancé en grande pompe une procédure d’abrogation de l’ACA (repeal and replace) devant le Congrès pour marquer son territoire. Bien que s’appuyant sur une majorité républicaine à la Chambre des représentants et au Sénat, cette stratégie politique fut mise en déroute. Après avoir obtenu péniblement une majorité de voix à la Chambre (4 mai 2017), le texte d’abrogation est rejeté le 28 juillet 2017 par le Sénat grâce au vote contre de l’ancien candidat républicain à la Maison Blanche John McCain, aujourd’hui décédé. Face à ce premier échec politique, le président Trump a continué de s’attaquer à l’ACA en opérant des coupes dans certains impôts fédéraux finançant le développement du nouveau système d’assurance maladie, en incitant les gouverneurs républicains à ne pas activer certains leviers de mise en œuvre de la loi dans leur État, et en multipliant les recours devant les cours fédérales ». (https://theconversation.com/fact-check-us-lobamacare-est-il-dysfonctionnel-et-trop-cher-comme-laffirme-trump-148375 )

(3) »Dans certains états, toutes les assurances maladie couvrent l’avortement sélectif, alors même que l’état fédéral exige que soit disponible au moins une couverture qui ne le prenne pas en compte. C’est ainsi le cas de Rhode Island et du Connecticut; » (cf http://www.aleteia.org/fr/international/article/etats-unis-le-systeme-de-sante-et-lavortement-une-reforme-en-trompe-lil-dobama-5785011038978048 )

(4) Imaginerait-on « le Samaritain demandant au type en sang sur le bord du chemin s’il va régulièrement à la synagogue comme condition préalable à tout secours » ? ironise l’internaute « Robert M »-10 septembre 2014 • 15 h 49 min sur un blogue d' »actualités chrétiennes »[dont l’article que l’on peut lire sur le sujet n’est qu’un plagiat incomplet, sans analyse et non sourcé, de l’article de Slate]. Et encore, le samaritain serait-il considéré comme une personne « recommandable » selon les critères de ces coopératives ?

« Il y a aussi des formes fumeuses et sournoise de débauches comme celles : de ne rien partager avec son semblable, ni son temps, ni son argent, ni sa nourriture, ni sa maison, et surtout de ne pas s’occuper des problèmes des vilains débauchés …(c’est à dire des gens qui font actuellement ce que vous faisiez tous, pour la plupart d’entre vous, avant de connaitre Jésus Christ) » cf l’internaute Georges Parolier 11 septembre 2014 • 0 h 46 min, sur le même blogue.