Eduquer à la paix : une urgence

A quelle condition peut-on avoir une paix durable…une « vraie paix » ?

Le 8ème Salon de l’Education chrétienne a eu lieu le week-end des 12-13 avril. Son thème était « Eduquer à la paix : quelles alternatives ? »

Plus qu’un thème d’actualité, éduquer à la paix est avant tout une urgence : « recherche la paix et poursuis-la », tel est l’impératif du psaume 34 de David, qui s’adresse à nous encore aujourd’hui. Et ce, d’autant plus que la paix ne nous est pas naturelle : il nous faut l’apprendre sans cesse, d’une génération à l’autre.

Ainsi, par exemple, pour commémorer le centenaire de la guerre de 1914-1918, les élèves de CM2 ont été invités à participer à un grand projet pédagogique national en Histoire-géographie et en Education aux médias, intitulé « les enfants pour la paix », avec des journées académiques prévues (« le printemps pour la paix ») en avril, dans le but de développer leurs connaissances sur la première guerre mondiale mais aussi à les amener à réfléchir et à débattre sur la notion de paix. Cela est fondamental, d’autant plus que la guerre de 1914-1918 s’est terminée par une fausse paix, laquelle a préparé la guerre suivante !

Ceci dit, pour paraphraser Jacques Ellul, le fait de parler sans cesse de paix est à la fois une bonne chose et un très mauvais signal. Car, écrit le penseur protestant, « quand on parle avec insistance d’une chose, c’est qu’elle n’existe pas »(1). Tant parler de paix est en soi révélateur que nous ne vivons pas la paix, quand bien même nous jouirions d’une relative tranquillité.

De fait, chaque génération doit redécouvrir et vivre la paix véritable, laquelle n’est pas l’absence de ce qui nous dérange, mais l’établissement de ce qui est juste et bon.

A ce sujet, et en guise d’illustration, voici une anecdote(2) de l’écrivain napolitain Erri De Luca, à l’époque où il était chauffeur de convois humanitaires en Bosnie, fin 1993, à la demande d’un groupe de catholiques d’Emilie-Romagne (Italie du Nord). Ces « pratiquants fervents recueillent toute une masse de dons spontanés dans leur région et les distribuent là-bas en différents endroits, chez les Bosniaques : catholiques, musulmans et Serbes, là où on en a besoin. Au milieu de cette guerre minutieuse dont les multiples fronts passent même entre deux maisons, ils cherchent un geste de paix et d’amitié. ils ne vont pas décharger leurs camions dans des dépôts(….)mais dans de nombreuses localités, apportant avec leurs marchandises de dépannage la valeur ajoutée d’un petit groupe, escorte solidaire ». Erri De Luca les accompagne, car, seul, reconnaît-il, il n’aurait « jamais trouvé ou même pas cherché la paix, la piste pour y accéder ». Il se contente de nous partager le témoignage exemplaire de ce petit groupe, qui a compris le sens de la prière et l’impératif du psaume 34 de David : « recherche la paix et poursuis-la ».

 

[Prochain billet mercredi prochain]

 

 

Note :

(1) Ellul, Jacques. Vivre et penser la liberté. Labor et Fides, 2019, p 157

(2) De Luca, Erri. L’ordre de D. IN Alzaia. Bibliothèque Rivages, 1998, pp 105-106

 

 

« Foireux liens » de mars (32) : « retour à la source »

Les « Foireux liens » de Mars : une actualité à temps et à contre-temps….

Bonjour ! Voici notre 32ème édition des « Foireux liens ». Au menu, des sujets économiques et sociaux, sociologiques, médiatiques et théologiques classés par ordre alphabétique : Attentats, Babel, contrôle médiatique, Dieu et nous, engagement et témoignage de l’Eglise, immigration, impôts, la Poste, les jeunes et l’information, santé et sécurité au travail, Trinité….

Bonne lecture !

 

Babel : plaidoyer pour la diversité culturelle

Et s’il fallait lire autrement la fameuse histoire de la tour de Babel ? À la suite des récits de Caïn et Abel et du Déluge, l’histoire de Babel (c’est-à-dire Babylone) a une portée théologique, présentant les suites de la rupture en Éden. Au-delà de l’événement, elle dénonce un phénomène récurrent au travers des âges. Ésaïe et l’Apocalypse, dans la suite des Écritures, évoqueront ainsi Babylone comme l’archétype de la cité orgueilleuse des hommes, en contraste avec Jérusalem, cité et montagne de Dieu. Le récit de Babel, bien compris, nous interroge sur notre rapport au monde et à la diversité culturelle.

Cinq mythes au sujet de la Trinité

Réfutations de 5 affirmations – qui sont autant de mythes – sur la Trinité : « c’est réservé aux experts en théologie », « une invention de l’église primitive », « ça sert à rien pour la vie spirituelle »

Comment La Poste tente de constituer une base de données géantes sur « tous les Français »

Une entreprise française sait beaucoup de choses sur vous : où vous habitez, quand vous déménagez, de combien de membres se compose votre famille, quel type de colis vous recevez et de qui… Cette entreprise, c’est La Poste, déjà connue pour revendre des fichiers d’adresses à des entreprises pour leurs prospections commerciales. Un nouveau cap pourrait être franchi : La Poste a racheté une start-up grenobloise spécialisée dans l’intelligence artificielle, qui permet de collecter et d’organiser des milliards de données personnelles.

Le Postillon, journal local isérois partenaire de Basta !, a enquêté sur ces pratiques. Ou comment l’ex-établissement public utilise sa position pour s’approprier un gigantesque patrimoine de données privées.

Comment les jeunes s’informent-ils ?

Une question à laquelle répond le Cnesco* (Conseil national d’évaluation du système scolaire) dans une enquête dévoilée fin février.

La plupart des jeunes s’informent (54% en 3e, 68% en Terminale), surtout par le biais de la télévision (à 80%). Viennent ensuite l’entourage, les réseaux sociaux, les vidéos en ligne. Qu’on ne s’y trompe pas « les élèves sont perspicaces », souligne l’enquête : ils ne font que très peu confiance aux réseaux sociaux et s’en remettent plutôt aux médias traditionnels. L’enquête pointe que les élèves issus de milieux défavorisés s’informent moins que les autres (46% contre 67% en 3e, 59% contre 78% en Terminale). Ils font aussi davantage confiance aux réseaux sociaux que les autres élèves. De manière générale « les enfants dont les parents ne s’intéressent pas à l’actualité sont moins nombreux à s’informer eux-mêmes ».

* supprimé et remplacé par un « Conseil d’évaluation de l’Ecole » sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, dans le projet de loi « pour une école de la confiance », actuellement en débat et adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 19 février. Le projet de loi sera examinée au Sénat dans un calendrier qui n’est pas encore connu, mais peut-être pas avant avril-mai, avant passage en commission mixte paritaire.(https://www.vousnousils.fr/2019/02/19/que-retenir-de-la-loi-pour-une-ecole-de-la-confiance-621003 ). Intégré en partie dans « les attributions actuelles du Conseil national d’évaluation du système scolaire »(CNESCO), ce conseil « permettra l’existence, pour la première fois, d’un système d’évaluation de toutes [les] écoles et [des] établissements ».

 

Comment une nouvelle « loi travail » pourrait bientôt s’attaquer à la santé et à la sécurité des salariés

Le gouvernement s’apprête-il à faire voler en éclat la législation sur les risques professionnels, censée protéger les salariés des atteintes à leur santé ? La ministre du Travail Muriel Pénicaud pourrait bientôt s’inspirer du récent rapport Lecocq pour modifier les lois actuelles. Ce dernier recommande d’assouplir plusieurs règles, notamment en renvoyant leur négociation à l’entreprise et non plus à la loi, dans la droite ligne des précédentes réformes. Et d’exonérer le plus possible la responsabilité de l’employeur en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Syndicats, experts et associations de victimes craignent un grand retour en arrière. Explications.

Dieu a-t-il besoin de nous ?

Nous n’oserions jamais dire que Dieu a besoin de quelque chose, comme s’il avait un manque. Nous savons qu’il est Dieu, et qu’il se suffit donc à lui-même. Pourtant, je crains que souvent, dans notre manière de parler de Dieu ou dans certains de nos chants, nous laissons penser que Dieu a besoin de nous. (Au risque) de faire le rabat joie, mais voici des exemples qui me semblent ne pas refléter la manière dont la Bible parle de Dieu.

Dieu est-il contre les impôts ?

Une question qui implique des enjeux politiques forts si Celui qui gouverne l’univers doit servir de référence. Quelle est la position de Jésus : conservateur, ou libéral ? Et s’il y avait une troisième voie ?

Voir aussi « Que dit la Bible des impôts ? » 

Emmanuel Macron, le journalisme de cour et le contrôle des médias

Quand le Président de la république « réfléchit à voix haute » : son inquiétant projet de contrôle des médias.

Lors d’un échange avec quelques journalistes triés sur le volet, comme dans «l’ancien monde», le président a confié ses projets de mise au pas de la presse…

L’ensauvagement du web

À l’heure où plusieurs rédactions sont en ébullition suite aux révélations sur les agissements de la « Ligue du LOL », The conversation republie l’analyse d’Arnaud Mercier sur la propagation de l’agressivité en ligne.

L’ordre et les regrets

Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, élu début janvier 2019, affiche ouvertement sa foi chrétienne. Les Églises – catholiques comme protestantes – ont eu un rôle déterminant dans cette élection. Mais peut-on se dire « pro-vie » tout en affichant autant de sympathie pour un candidat ouvertement pro-armes et anti-paysans ?

La (bonne) fiction stimule le cerveau

88% des Français sont lecteurs. Pourtant, peu d’études ont été réalisées sur le cerveau durant cette activité. L’une d’elles a montré que lire de la fiction littéraire améliore notre compréhension du comportement des autres, plus que la lecture de fiction dite populaire. Deux zones du cerveau sont stimulées et interagissent davantage. De quoi nous aider à choisir nos prochaines lectures

La méditation : le nouvel « esprit » du capitalisme ?

Comment cette pratique, qui fut longtemps associée (en Occident) à des conduites jugées « exotiques » voir excentriques, a-t-elle pu se retrouver légitimée par la science, l’économie et le politique ? Pourquoi un tel engouement et surtout qu’est-ce que ce succès peut-il nous dire en retour sur nos sociétés ? Trois éléments pouvant expliquer – bien que partiellement – les raisons de la diffusion de la méditation aujourd’hui.

La théologie face à l’amélioration de l’homme

La discussion théologique à propos de l’homme augmenté oscille entre deux arguments : d’un côté, le human enhancement est considérée comme un essai de playing God ou comme une conséquence de l’hybrisdes humains ; de l’autre, il passe comme une réalisation positive de la vocation de l’homme et de sa capacité d’intervenir sur la création, en la modifiant et en créant une culture. L’appréciation théologique d’un projet concret d’enhancement se fera cas par cas ; elle dépendra de plusieurs critères qui s’inspirent de l’anthropologie biblique, comme notamment le souci pour le corps et ses besoins, la lutte contre les maladies et les souffrances, le respect pour autrui qui ne doit jamais devenir une création ou une fabrication d’autrui, la protection des plus faibles, la justice et la prudence par rapport à des projets à risque.

Une passionnante contribution du théologien Karsten Lehmkühler dans la Revue d’éthique et de théologie morale 2015/4 (n° 286)

La Trinité est-elle une notion juive ?

Toutes les idées sur le Christ [=le Messie] sont anciennes : la nouveauté, c’est Jésus » : la Trinité chrétienne, « plus juive que grecque ».

La Trinité est-elle juive ? Cette question peut paraître iconoclaste. Le dogme de la Trinité et l’affirmation que Jésus est Dieu ne sont-ils pas précisément ce qui distingue le christianisme du judaïsme ? Pourtant, l’étude du judaïsme antique conduit à nuancer cette opposition confessionnelle : les idées théologiques ayant abouti à la formulation de la doctrine de la Trinité, comme la nature divine du Messie, sont acceptées par certains courants juifs de l’Antiquité avant même la naissance du christianisme.

Le débat du mois, sur la revue « Projet » : L’éducation a-t-elle un genre ?

Parler du genre permet de révéler les inégalités entre hommes et femmes. C’est aussi l’occasion de se confronter à ce qui nous est le plus intime : le rapport de chacun à son corps et les représentations transmises d’une génération à l’autre. Comment le fait d’être un garçon ou une fille influe-t-il sur l’éducation reçue à l’école ou en famille ? Ils et elles sont sociologues, historiens, éducateurs, chercheurs, philosophes, intervenants en milieu scolaire, parfois militants … et ont accepté de confronter leurs opinions…

Les Attestants ont quatre ans

Près de quatre ans après la naissance des Attestants, où en est le mouvement ? Quelle est sa place dans l’EPUdF ? Sa naissance a permis de limiter du moins en partie le départ de pasteurs et de fidèles après le synode de 2015. Mais en vue de quoi ? Pour vivre quoi dans notre Église qui, pour une large part ne comprend pas ce que représente ce mouvement. Sur cette question Pascal Geoffroy propose quelques réflexions à l’usage des Attestants dont il est membre, élu au conseil d’administration comme à usage de l’EPUdF dont il est un ministre.

“Les chrétiens face aux migrants”

Une enquête de Pierre Jova, co-fondateur de Limite et journaliste au Pélerin, sur un sujet qui déboussole tant de catholiques français…..

Nietzsche a-t-il tué Dieu ?

« Dieu est mort ! » : c’est sans nul doute l’expression la plus connue de Nietzsche, tirée du Gai savoir . Ainsi, Nietzsche est devenu le père des déicides libérés de l’esclavage du divin. Vous entendrez dire que grâce à Nietzsche, la science et l’homme ont échappé à l’emprise du divin. « Hommes, femmes, vivons pleinement, car Dieu est mort ! » Des blogs athées aux livres de Michel Onfray, tous, y compris les chrétiens, prennent cette affirmation pour argent comptant, comme si elle résumait une revendication anti-chrétienne de Nietzsche. Ce serait tout d’abord oublier le reste de cette fameuse citation….

Pour une approche réaliste de l’immigration

François Héran, sociologue, anthropologue et démographe français, directeur de recherche à l’INED et professeur au Collège de France sur la chaire « Migrations et sociétés », règle leur compte aux polémiques et aux discours irréalistes sur l’immigration.

Pourquoi l’Eglise ferait bien de ne « prendre position » sur rien
Parce qu’ il est contre-productif, voire dangereux de s’engager dans ces dénonciations, prises de positions et déclarations officielles que l’on demande de partout à l’Eglise.

Pourquoi notre relation avec Dieu est unique et précieuse

La défaite des israélites lors d’un bataille nous rappelle ce qui est vraiment important dans notre relation avec Dieu, à quel point elle est unique et précieuse. Mais comme les israélites nous pouvons passer complètement à côté de l’essentiel…Une méditation de 1 Samuel 4v1-11.

Pourquoi regarde-t-on la vidéo d’un homme qui en massacre d’autres ?

La vidéo du massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande, commis dans deux mosquées par un suprémaciste blanc, se revendiquant ouvertement identitaire et fasciste, s’est produite le 15 mars. Elle était encore en ligne le 16 mars au matin à 8h30 sur Twitter. Le lendemain de l’attentat. Elle était même la première qui ressortait lorsque l’on cliquait sur le hashtag #Christchurch dans l’onglet vidéo.

« Ce que nous tolérons indique ce que nous sommes vraiment ». Ce que nous tolérons à l’échelle d’une société dont nous ne cesserons jamais d’être acteurs même si nous avons l’impression de n’en être que spectateurs, ce que nous tolérons indique ce que notre société est vraiment. Le 15 Mars 2019 nous avons toléré qu’un homme se filme en direct en train de répandre froidement la mort sur une plateforme réunissant plus de deux milliards et demi d’utilisateurs.

Voir aussi les 4 réflexions du sociologue Sébastien Fath sur ces Attentats terroristes islamophobes

Qu’est-ce qu’une communauté inspirante ?

Parmi les communautés qui inspirent, questionnent et encouragent le pasteur Philippe Golaz dans son ministère, en voici une qui se définit et se distingue dans le fait que « laïc » est « un mot interdit », « honorer » « un mot-clé », « diversité » est « une réalité à vivre »…..

Quelles pédagogies pour quelles finalités ?

La notion de « pédagogies alternatives » recouvre des réalités hétérogènes et conduit à se poser des questions sur la finalité des pédagogies et de la mission de l’éducation.

Trop occupés pour aimer : vaincre l’indifférence et le consumérisme dans l’Église

A l’heure où les chrétiens sont pointés du doigt pour leur soutien dans la montée au pouvoir du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, ou encore dans l’affirmation de la mandature de Donald Trump à l’occasion des midterms, la perception du christianisme dans le monde semble en crise.

Aux yeux de beaucoup, l’amour du prochain et la défense des plus vulnérables paraissent s’éclipser pour laisser place au populisme, à l’homophobie ou encore au sectarisme. Une réaction naturelle et intuitive serait de critiquer un traitement médiatique défavorable, clairement caricatural (….) Mais ne passons-nous pas ainsi devant l’opportunité d’adresser un mea-culpa (« ma faute » en latin) ou de nous mettre aux bénéfices d’une remise en question ? Car si les fléaux évoqués précédemment ne sont pas les caractéristiques de la plupart des chrétiens qui (nous) entourent, un peu d’honnêteté (nous) pousse à affirmer qu’ils restent une réalité. Il apparaît plus que jamais nécessaire pour les chrétiens de renouer avec l’ADN de l’Église « primitive » !

Une réflexion de Joseph Gotte, à lire sur son blog, lequel encourage à « Vivre sa jeunesse autrement », pour livrer un nouveau regard sur le monde et présenter ce qu’être jeune chrétien signifie réellement aujourd’hui.

 

 

 

Ces « Foireux liens » sont terminés : merci d’avoir pris le temps de les lire attentivement. Prochaine édition en mai.

 

 

 

 

 

 

Vous n’êtes pas arrivés ici par hasard

Prendre le temps d’une pause « Pep’s café », c’est encore mieux à plusieurs ! Pour échanger, partager, discuter….

Vous n’êtes pas arrivés ici par hasard.

Ce sont vos questionnements et vos interrogations qui vous ont conduits sur ce blogue.
La question fondamentale reste celle-ci : pourquoi êtes-vous ici ? Que, ou plutôt : qui cherchez-vous ?
 
Profitez de cette « pause pep’s café » pour explorer et découvrir : 
 
un blogue diversifié, proposant des articles documentés et de fond et invitant très simplement son lecteur à pousser sa réflexion un peu plus loin*.
 
un blogue témoignant d’une manière de parler de la foi, de sa foi*.
 
En vous souhaitant une bonne visite enrichissante et édifiante sur Pep’s café le blogue, et dans la joie de futurs échanges avec vous ! 

* Selon ce que de fidèles lecteurs et abonnés en disent…

Interview d’Éric Lemaître, auteur de « La Déconstruction de l’homme » : « ce livre exprime une urgence »

« Vous serez comme des dieux… »
Un slogan transhumaniste « vieux comme le monde », dénoncé dans « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître

Eric Lemaître est un passionné que j’apprends à connaître et avec qui j’ai eu l’honneur d’échanger à de nombreuses reprises, sachant que nous avons une connaissance en commun.  Il est aussi l’animateur de « La Déconstruction de l’homme », un blogue partenaire avec « Pep’s café! » et auteur d’un livre, dont il m’a récemment annoncé la publication. Il s’agit d’un essai interpellant, qui, de son aveu, « est aussi un hommage à  des figures familiales témoins déjà à leur époque de bouleversements techniques et dont il pressentait la nécessité de filmer les scènes de village (Réunions familiales….) afin que la mémoire de ces événements se perpétue et que l’on se souvienne que la dimension relationnelle et incarnée devrait prévaloir afin que l’homme ne se laisse jamais écraser par la technique ».

Rencontre avec cet « éveilleur » (des consciences) de Reims, lequel a bien voulu jouer le jeu des questions-réponses pour Pep’s café, afin de nous parler de lui et de son livre.

Bonjour Éric, peux-tu te présenter ?

Oui Volontiers. Je suis marié à Sabine depuis 27 ans ; nous avons deux enfants. Professionnellement, j’exerce une activité de consultant socio-économiste depuis bientôt 30 ans. Je suis, avec mon épouse, très engagé dans notre vie d’église où nous considérons que la relation incarnée à notre prochain constitue l’essentiel de notre vie.

Quels sont tes engagements actuels ? Depuis quand et pourquoi ?

Comme socio-économiste, j’ai travaillé pour le compte de l’Etat sur des évaluations de politiques publiques pour comprendre les mutations industrielles et les enjeux pour l’entreprise. Ce travail d’analyse de l’environnement industriel m’a également conduit à œuvrer pour d’autres clients sur des champs qui concernent la vie sociale dans les quartiers dits sensibles. Mon activité m’a fait réaliser à quel point le monde qui nous environne se transforme radicalement. Cette transformation de la vie sociale est selon moi frappante, en raison d’un monde qui se désincarne sous nos yeux, où la relation à l’autre se délite. Nous sommes confrontés de plus en plus à la technique. Je te donne un seul exemple vécu récemment et symptomatique d’un monde en mutation. Je veux suivre l’expédition d’un colis qui a connu un incident d’acheminement. M’en inquiétant, j’ai souhaité avoir un interlocuteur. Au lieu de cela, mon opérateur fut une machine numérique qui m’a fourni des renseignements mais non satisfaisants. Désespéré et perdant beaucoup de temps, je suis finalement tombé sur un être humain qui a fini par me donner la procédure à suivre. Mais cet être humain ne va-t-il pas finir par disparaitre, remplacé demain par un robot ?

Quels sont tes fondements ? Tes sources d’inspiration ?  Comment te positionnes-tu, idéologiquement, théologiquement, doctrinalement …. ?

Je suis un chrétien évangélique, bien que je n’aime pas être enfermé par une étiquette. Cependant, ta question nécessiterait un long développement mais pour faire court, ma vie a changé le jour où l’évangile eût une résonnance déterminante sur mon parcours et ma trajectoire de vie. Au-delà de ce changement apporté par cette dimension de la foi, ma pensée chrétienne a été largement influencée par un auteur chrétien, Ivan Illich [1926-2002], qui fut avec Jacques Ellul [1912-1994]- mais plus tardivement – mon autre mentor. Ivan Illich m’a fait réaliser que la vie chrétienne peut se traduire en actes, non seulement en actes qui touchent à ta propre personne et à l’attitude que tu manifestes envers les autres, mais également à l’engagement social que nous pouvons avoir au sein même de notre environnement pour nous emmener à une société plus conviviale. Ce cheminement-là me conduit par exemple à m’engager, à accompagner un projet de quartier, « L’ilot Saint Gilles » à Reims, un jardin partagé avec des habitants. Mais mes engagements au sein de mon assemblée aujourd’hui m’ont conduit à secourir ceux qui sont dans le besoin, des familles pauvres à des amis migrants. Je reste cependant un membre de l’association qui s’est construite autour de la vie sociale de cet Ilot.

Avec quels autres auteurs/blogueurs te sens-tu particulièrement proche et pourquoi ?

Un blogueur m’a lancé dans l’écriture : il s’agit d’Alain Ledain(1). Le premier article que je lui ai produit concernait l’approche économique dans une conception Biblique. La lecture de ce premier article avait été très apprécié par Alain, qui m’a encouragé à produire d’autres articles pour le blog Ethique Chrétienne(1). Par la suite, j’ai publié de nombreux articles pour Info Chrétienne. Mais je ne recherchais pas nécessairement l’audience, je souhaitais donner cours à la nécessité de penser sa foi et d’offrir à mes lecteurs une méditation réfléchie. Etienne Omnès(2) autre blogueur, m’a invité à écrire puis me fit l’honneur d’être publié sur son excellent blog Philéo Sophia(2). Mais un autre blog attira mon attention. J’avais maintes fois et à plusieurs reprises entendu parler de ce blog : Pep’s café. J’ai découvert des articles réfléchis, attachés à défendre une dimension d’éthique chrétienne sans légèreté. Alain m’avait indiqué tes coordonnées, et nous avons échangé pour mutualiser nos regards, nos lectures et offrir de nouveaux relais à nos articles.

Tu nous annonces la sortie de ton livre « La Déconstruction de l’homme » : en quoi cet ouvrage est-il un événement ?

« La déconstruction de l’homme » est un livre qui aborde la question du transhumanisme. Aujourd’hui, ce sont des dizaines d’ouvrages qui ont été publiés sur le sujet. Mon livre de fait n’est pas original quant à la thématique qui est traitée, mais son contenu en revanche est différent de tous les livres qui ont abordé le monde numérique et celui de la technique. La dimension inédite du livre tient à cette lecture que nous avons croisée avec d’autres auteurs chrétiens issus des sciences dures, des sciences sociales et de la philosophie, avec notamment une préface du Philosophe Charles-Éric de Saint Germain(3).

En réalité la Bible a beaucoup à nous apprendre sur ce monde, qualifié par de nombreux penseurs comme « post humain ». Il est extrêmement intéressant de découvrir que les Ecritures nous parlent de l’image, de la relation désincarnée et de la technique, aussi incroyable que cela puisse être ! La Bible aborde, certes de façon plus indirecte, toutes les idéologiques qui culturellement redéfinissent et façonnent l’homme, le détournent de toute transcendance.  Le livre est de fait un événement car il nous fait découvrir que la Parole divine est éclairante sur la condition de l’homme moderne. Mon livre n’est pas pessimiste, il offre au contraire une feuille de route pour ne pas subir le diktat imposé par la domestication engagée par les idéologies et les objets numériques, qui redéfinissent et remodèlent l’homme, conditionnent aujourd’hui notre existence.

Est-ce là ton premier livre ? Sinon, qu’as-tu publié d’autre ?

Ce n’est pas mon premier livre. Deux autres ont été co-écrits avec Alain Ledain et d’autres auteurs. Je recommande d’ailleurs la lecture de « Masculin et/ou Féminin : Peut-on choisir »(4) publié [en 2014] par la maison d’Editions FAREL. Mais également l’excellent ouvrage « Vers une société d’Uniformisation »(4) publié par Ethique Chrétienne [en 2015] qui préfigurait la sortie de l’essai « La Déconstruction de l’homme ».

Depuis quand est-il sorti et comment se le procurer ?

La Livre a été officiellement publié le 12 octobre [2018]. Les lecteurs de Pep’s café peuvent se le procurer à cette adresse http://www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/eric-lema%C3%AEtre/la-d%C3%A9construction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

Quand le trouvera-t-on bientôt dans les librairies ?

Une librairie de notre région a souhaité référencer le livre à la demande express d’un ami Philosophe, mais il n’est hélas pas actuellement enregistré dans les réseaux de libraires. Selon les conditions offertes, une demande de référencement sera probablement faite par mes soins auprès du réseau Electre, réseau qui indexe tous les auteurs retenus et les fait connaître auprès de tous les libraires.

Tu nous annonces une sortie du livre sur « Amazon » : n’est-ce pas contradictoire, vu ce que tu dénonces dans « La Déconstruction de l’Homme » ? 😉

Oui, la question n’est pas sans pertinence. Je dénonce la numérisation du monde, l’espionnage, le traçage de nos données personnelles. D’une certaine manière je conduis une forme de réquisitoire contre les GAFA et de fait Amazon qui référencera mon livre. Je prends de fait conscience d’une incohérence en tant qu’auteur du livre « La Déconstruction de l’homme », mais une incohérence assumée, une incohérence que j’assume volontiers ! Je m’explique : de nombreuses librairies ont hélas disparu, sauf celles hyper spécialisées. Ce livre « La Déconstruction de l’homme » exprime une urgence, et en tant qu’auteur, je ne vise cependant ni à faire le buzz ni même à faire du business avec la vente de ce livre. Je ressens cependant l’urgence de diffuser la pensée chrétienne concernant cette thématique du « transhumanisme ». Or, j’ai lu de nombreux livres sur le sujet, aucuns d’entre eux, n’abordent la dimension spirituelle, les Ecritures, la Bible… Ce sera le premier ouvrage écrit par un auteur évangélique associé à d’autres contributeurs qui en fera référence et c’est de fait la dimension inédite que j’entends ici souligner. Pourtant, ce livre n’est pas destiné à être lu par des chrétiens seulement mais il se propose à tous les types de publics. C’est également cette raison qui me conduit aujourd’hui de choisir un canal de diffusion numérique qui nous et t’interroge légitimement mais je l’assume, je souhaite ainsi atteindre toutes les catégories de lecteurs.

Quel rapport ton livre entretient-il avec ton blogue du même nom [créé en juin 2018] ? Pourquoi un livre et un blogue de ce (même) nom ?

Le blog est le moyen aujourd’hui d’accompagner la promotion du livre… Lancer un livre nécessite une certaine légitimité, bloguer c’est également apprendre à écrire afin de rencontrer ses lecteurs et de les sensibiliser. Ceux qui me suivent auront envie de me lire au-delà d’un écran plat et se saisir du papier imprimé. Le papier au fond nous amène à un autre contact, plus charnel si j’osais l’expression. Ressentir l’écriture en ouvrant les pages d’un livre imprime sans doute beaucoup mieux l’esprit. Le but est également de faire vivre le livre, d’aller à la rencontre de ses lecteurs pour témoigner, pour se laisser interpeller, pour interagir et pour incarner une véritable relation de face à face.

D’où viennent l’idée et le projet de ton livre ?

Le projet est né de mes veilles successives sur la place royale de Reims, de lire puis de méditer des auteurs afin d’enraciner sa conscience dans le réel de la vie. Les auteurs lus, semaine après semaine au cours de ces veilles, m’ont ouvert une fenêtre de conscience, m’ont de fait interpellé sur l’urgence d’une résilience nécessaire concernant l’être humain, d’une résistance à cet environnement qui aurait tendance à lobotomiser les consciences et la sienne en premier lieu… Penser c’est être conscient pour soi et pour les autres, pour interagir avec la réalité de mon semblable.

Quel est son message fondamental en une phrase ?

Ne devenons pas les sujets des objets numériques, aussi retrouvons le sens du prochain et de l’écoute afin d’interagir avec lui et de l’aimer. La vie ne s’apprécie que parce que nous savons que nous sommes éphémères et qu’il nous appartient d’aller dans ces sentiers pour rencontrer l’autre. Alors fuyons ces autoroutes du WEB qui fatiguent l’âme.  Désolé je ne pourrais pas faire plus court !

Comment s’est construit ce livre ? Qui a participé avec toi à l’aventure ?

Le livre a été nourri par mon expérience d’un monde numérique qui est venu considérablement modifier mon propre métier. Ce qui m’a troublé, c’est lorsqu’un de mes fournisseurs de logiciels m’avait proposé un logiciel d’analyse de données, capable de produire des commentaires. L’idée que la machine remplace l’intelligence humaine m’avait alors profondément choqué et ce choc remonte précisément dans les débuts des années 2000. On ne parlait pas encore d’intelligence artificielle(5). Puis plus tard avec les progrès fulgurants du monde technique, c’est bien l’idéologie progressiste qui commença à m’interpeller. Je me suis de fait intéressé à la philosophie des lumières. Dans ma jeunesse j’appréciais les écrits des « lumières », mais j’ai pris conscience avec davantage de recul que ces philosophes préfiguraient le nouveau monde qui se dessine, d’un nouveau monde aspirant à se débarrasser puis d’achever l’idée même qu’un Dieu créateur puisse même exister !  C’est pourquoi ce monde rentre dans une dimension d’immanence spirituelle, d’horizontalité en quelque sorte d’une pensée plus liquide que jamais et non d’une pensée qui s’appuie sur un rapport à la transcendance et sur la création, résultat d’un dessein intelligent. C’est d’ailleurs étrange que notre monde dénie l’existence d’un Dieu créateur alors que l’homme est sur le point d’enfanter sa propre création faite à son image.

A qui ce livre est-il destiné ?

Ce livre est destiné à tous, en tout cas à tous ceux qui aiment lire autre chose que des textos, des assertions publiées sur les réseaux sociaux, des commentaires à l’emporte-pièce, non nourris par la volonté de penser.  Ce livre vise la volonté de fournir des clés de lectures pour comprendre où va aujourd’hui notre monde, ce que sont les ressorts de la pensée moderne rejetant tout ce qui touche à la pensée judéo-chrétienne.

Quels sont les sujets traités et leurs enjeux ? Qu’apportes-tu de nouveau (et sous quel angle/perspective) sur ces sujets ?

La dimension de l’anthropologie est une question importante du livre. Je te renvoie au texte du Psalmiste, qui déclara « qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui, …que tu prennes gardes à lui … ? » [Ps.8v5] Cette question du Psalmiste est d’une très grande profondeur. Nous nous sommes attachés à l’explorer et à dévoiler les réponses qu’apporte la Bible à cette question « qu’est-ce que l’homme ?! »

J’invite ici tous les lecteurs à découvrir la profondeur de cette thématique où nous n’avons pas fait l’impasse des questions qui tracassent nos concitoyens et qui touchent notamment à celle de la mort, de notre finitude, de notre fragilité !

Les sujets que tu abordes dans ce livre sont-ils des sujets habituellement prisés par les chrétiens, notamment Evangéliques ? Quel écho rencontres-tu habituellement, sur la toile mais aussi « IRL » ?

Non, je ne crois pas que le monde évangélique et le monde chrétien d’une manière générale soient sensibilisés à ces questions autour du post humanisme, du transhumanisme. Pourtant les objets du monde numérique les familiarisent, peu à peu et subrepticement les domestiquent, docilement les conditionnent à l’avènement d’une vaste emprise d’une communauté numérique qui les enfermera peu à peu, un peu finalement comme la grenouille qui s’est habituée à son environnement, une eau douce. Ainsi à notre insu, une société des individus connectés au monde et non reliés à leur prochain se forme et nous pourrions ainsi enjamber avec notre smart phone le sans domicile, le migrant, sans comprendre que nous franchissons un pas qui nous conduit vers Auschwitz comme le proclamait Alexandre Jardin, fondateur du mouvement « Les zèbres », « un pas vers Auschwitz » du fait même d’une barbarie de l’indifférence. En ce sens le monde numérique concerne bien les Chrétiens qui pourraient être attachés à ce qui constitue en réalité une forme de laisse.

Comment espères-tu toucher des lecteurs potentiels ?

Mes futurs lecteurs, je vais les rencontrer à commencer par mon quartier, ma rue, les cafés philo. Je vais participer à des rencontres auxquelles j’ai déjà été invité, notamment dans les milieux de l’écologie intégrale et humaine. Tu vois, je ne crois pas qu’Amazon ait finalement un grand impact.   Et bien entendu je pense aux librairies qui accepteront de référencer le livre pour échanger et aborder le contenu de ce livre. Ton blog, j’en suis sûr, donnera l’envie de lire ce livre.

Pourquoi et comment te lire pour en tirer profit ? Qu’attends-tu de tes lecteurs ?

Je crois qu’il sera nécessaire d’inter échanger avec ces lecteurs, de les écouter. Le livre est une voix mais celle de mes lecteurs comptera autant, pour nourrir ensemble notre pensée et étayer la feuille de route proposée dans ce livre, pour ne pas nous laisser consommer par le monde virtuel, nous laissant ainsi absorber par la technique vorace, ce monstre technologique à l’apparence douce et qui dévore en réalité la vie humaine.

Comment contribuer au succès durable de ton livre ?

Le bouche à oreille sera beaucoup plus efficace que le réseau social ou n’importe quel support, mais il ne faut pas négliger le blog, les médias, ce sont des caisses de résonnance et je ne peux pas faire l’impasse de ces moyens ; mais leur usage n’a aucune efficacité, si le lecteur n’est pas rencontré dans la dimension du relationnel !

Qu’espères-tu (Comment vois-tu tes engagements) d’ici 5 ans ?

Il faut être sage et comme chrétien, il me faut réellement dépendre de celui qui est la lampe à mes pieds et dirige mes pas… Ma vie sera belle dans cette dimension de l’éphémère, que si je considère l’importance des petits sentiers qui me conduiront vers l’autre dans le monde réel où s’exprime le geste d’une main déconnectée de tout lien avec ce qui est virtuel. Mon programme pour ces cinq années sera donc d’être en cohérence avec ma volonté de privilégier par-dessus tout le relationnel, d’éviter l’étouffement d’un monde rationnel sans réel intelligence qui prendrait le pas sur ma vie. Je préfère donc la navigation avec Dieu plutôt que d’être conduit par les objets tel le GPS…

Le mot de la fin est pour toi !

Pour revenir au livre « la Déconstruction de l’homme », le livre écrit et pensé avec Gérald Pech notamment, ne s’enferme pas dans un tableau noir. Le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité…

Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre « La Déconstruction de l’homme » ! N’hésitez pas à en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….

Merci à toi Eric, pour ta disponibilité et la profondeur de tes réponses à mes questions ! Je souhaite un bel avenir pour ton livre, ainsi que des échanges profonds et fructueux avec tes lecteurs.

 

En bref :

Découvrir et explorer le blogue d’Eric Lemaître : https://deconstructionhomme.com

Se procurer le livre « La Déconstruction de l’homme » d’Eric Lemaître. Editions La Lumière, 2018 : http://www.lulu.com/shop/http://www.lulu.com/shop/eric-lemaître/la-déconstruction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

 

 

Notes : 

(1) Un ami enseignant, blogueur, auteur et président d’ACTES 6, au service des associations : voir son site web « Construire une éthique sociale chrétienne ».

(2) Voir son blogue et notamment son article consacré à la sortie du livre d’Eric Lemaître.

(3) Par ailleurs auteur de « La Défaite de la raison »(2015), à découvrir ici.

(4) A découvrir ici, parmi cette liste d’autres ouvrages écrits par les auteurs contribuant au site « Construire une éthique sociale chrétienne ».

(5) Quoique…les IA (ainsi que « la matrice », « le réseau »…) apparaissaient déjà dans les romans de SF de William Gibson. Voir, par exemple, son « Neuromancien », un classique du « cyberpunk » paru en 1984. NDLR.

« Etrangers dans la cité » ou quand l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise

L’Eglise ne doit pas s’inquiéter « d’être dans le monde » mais « comment être dans le monde, sous quelle forme et dans quel but »(Hauerwas/Willimon. Etrangers dans la cité)

Voici là l’un de mes meilleurs livres lus cette année, reçu dans des circonstances particulières, et dont je vous recommande vivement la lecture : « Etrangers dans la cité » de Stanley Hauerwas et William H. Willimon (Ed. du Cerf, 2016). Il y est question de l’Eglise (celle de Jésus-Christ) et de la façon dont elle est appelée par Son Seigneur à être visible, en étant ni « du monde » ou « hors du monde », mais bien « dans le monde ». En clair : l’Eglise ne doit plus avoir honte d’être l’Eglise, et les chrétiens doivent assumer le fait d’être « des exilés en terre étrangère » (op. cit, p 51).

Cette édition d’ « Etrangers dans la cité » (par ailleurs catholique et non protestante/évangélique, comme on aurait pu s’y attendre) est la première traduction française de l’édition « anniversaire » d’un best-seller (« vendu à 1 million d’exemplaires » dans son édition américaine d’origine !) publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014. L’ouvrage, qui a pour auteurs deux méthodistes américains (l’évêque William H. Willimon, qui a rédigé un avant-propos, et le théologien et éthicien Stanley Hauerwas, qui a rédigé la postface), reste toujours aussi stimulant et pertinent pour notre temps. Il semble pourtant encore trop peu connu en France et me paraît particulièrement recommandable à tous ceux qui estiment que l’on pourrait « être chrétien sans église » et/ou que le summum de « la maturité spirituelle » serait une vie marquée par l’indépendance ou « la liberté individuelle » rationnelle de choix (par ailleurs héritée des Lumières).

Dans cette édition française figure également une préface tout aussi percutante des traducteurs Grégoire Quévreux et Guilhem Riffaut. Intitulée de façon provocatrice « Babylone à domicile », elle souligne que « l’Eglise, quand elle est fidèle à Jésus-Christ » et au véritable Evangile (pas le faux, dit « de la prospérité » !), « s’oppose nécessairement au monde », « un monde malade de son propre vide : le McWorld », né de « la mcdonaldisation » de la société, standardisée sur le modèle du « fast-food »(op.cit., pp8-13, 23). Et cette Eglise fidèle s’oppose alors aux « piliers du McWorld » (le nihilisme, le matérialisme, le capitalisme et l’individualisme), « lorsqu’elle lui rappelle la foi en Dieu et son Fils, son éloge d’une vie simple et spirituelle fondée sur l’amour du prochain et vécue communautairement, loin du consumérisme acharné et de la concurrence rapace de tous avec tous » (op.cit., p23). C’est là « la chose la plus précieuse (que l’Eglise fidèle) a à apporter (à ce) monde » (op.cit., pp 26-27).

Sinon, Willimon et Hauerwas nous invitent à nous poser les bonnes questions (non plus « devons-nous croire ? » mais « que devons-nous croire ? », op. cit., p63 et non plus « Dieu existe-t-il ? » mais « quel Dieu existe ? », op.cit., p164). Et à nous réjouir de ce que, « quelque part entre 1960 et 1980, un vieux monde dépassé (ait) pris fin, laissant la place à « un monde nouveau et excitant », « en attente d’être exploré »(op.cit., p53).

« Le vieux monde » qui a disparu est « la chrétienté », ou « l’Église constantinienne » – marquée par une si étroite collaboration entre l’Église et l’Etat, que l’un et l’autre en sont confondus. Le christianisme a paru pendant des siècles en tirer profit par l’influence qu’il s’imaginait avoir sur le temporel. La disparition de ce régime a laissé désemparées plusieurs générations de chrétiens.

« Le monde nouveau et excitant, en attente d’être exploré » est celui qui s’ouvre aux chrétiens, libres désormais de proclamer l’Evangile et d’incarner une véritable contre-culture, missions impossibles si « la tâche sociale de l’Église est d’être l’un des nombreux auxiliaires dociles de l’État » (op.cit. p. 85), ou si l’Eglise reste « le supplément d’âme de la société marchande » (op. cit., p 27).

Rejetant les compromissions et les impasses du sécularisme de l’Église « militante » (« libérale », « progressiste », oeuvrant à réformer la société) et de l’individualisme de l’Église « conversionniste » (« conservatrice », travaillant au changement intérieur des individus), l’une et l’autre n’ayant rien de sérieux (et de neuf) à dire à la société, Willimon et Hauerwas optent pour une Église confessante, qui n’est ni « le juste milieu », ni une synthèse des deux précédentes.

Pour une telle église, « fidèle plus qu’efficace », être « le plus crédible » et « le plus efficace » ne consiste pas à rendre l’Evangile plus « crédible et compréhensible » pour le monde, au risque de dénaturer le message, mais à être « quelque chose que le monde n’est pas et ne pourra jamais être » sans le Christ (op.cit., pp 93-95) :

« Ilot culturel au milieu d’une culture étrangère », l’Eglise ne doit pas œuvrer pour « améliorer » le monde, mais préparer le Royaume (ou Règne) de Dieu en bâtissant ce qui est « la stratégie sociale la plus créative que (les chrétiens ont) à offrir » (op. cit.p. 147), prémices d’une nouvelle création en Christ. L’Eglise n’a donc pas seulement une éthique sociale chrétienne : elle « est » une éthique sociale chrétienne, étant une communauté de foi vivante, visible et inspirante (certes, dans la faiblesse) où sont vécus les principes de vie du Règne de Dieu enseignés par Jésus dans le Sermon sur la Montagne : suivre Jésus et vivre ensemble autrement, choisir la vérité au mensonge, remettre en question « une bonne idée » de garderie à l’église (pour les membres qui auraient besoin « de travailler plus pour gagner plus » de quoi s’acheter une deuxième voiture…), confronter les « Ananias et Saphira » plutôt que de (les) rassurer, prendre soin de manière collective et concrète d’un couple proche du divorce, donner et recevoir le pardon, aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent….bref, « être parfaits », comme « Notre Père Céleste est parfait », Lui qui « fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, il fait pleuvoir sur ceux qui lui sont fidèles comme sur ceux qui ne le sont pas » (Matt.5v45, 48).

Contrairement à une idée reçue, le Sermon sur la montagne n’encourage pas un individualisme héroïque, puisqu’il le tient en échec. Il n’est donc pas à vivre seul, ce qui serait impossible, mais nécessairement au sein d’une communauté (l’Eglise) et autour d’un grand récit (celui de la révélation biblique dont le centre est Jésus-Christ). C’est ainsi que sera effectivement et concrètement annoncé « une Bonne Nouvelle premièrement pour les pauvres », et proclamé « aux captifs la libération… » (Luc 4v18).

« Objections ! »

Une telle approche, qualifiable de « radicale », sera-t-elle intégralement adoptée ? Stimulante et interpellante, elle est toutefois susceptible d’être critiquée comme étant « sectaire » (cf la posture d’une Eglise repliée sur elle-même), « pessimiste » ou « binaire » (l’Église présentée comme « l’unique planche de salut face à une société éclatée »). Ainsi, Dieu est-il exclusivement actif dans la communauté des chrétiens ou agit-il aussi dans la vie des hommes et des femmes de bonne volonté qui n’appartiennent pas à une «Église visible» ? « Dieu offre-t-il le salut à un petit nombre de croyants seulement ? Le monde n’est-il pas un lieu habité par l’Esprit de Dieu ? Un agnostique individualiste ne peut-il pas trouver dans sa vie un chemin de vérité ? La sagesse de ce dernier ne peut-elle rien apporter aux chrétiens ?…… »

D’autres objecteront : « une foi réellement incarnée peut-elle se passer d’entrer en dialogue avec la culture ? Le modèle suggéré par les auteurs est-il vraiment pertinent pour penser les défis de la foi chrétienne dans une France sécularisée, tentée par toutes sortes de replis identitaires ? » (pour ne pas dire « communautaristes ») Ce à quoi répondent indirectement Willimon et Hauerwas, pour qui « les chrétiens se doivent d’être très soupçonneux vis-à-vis de tout discours communautariste », surtout « lorsque les gens sont totalement privés de perspectives ou d’une vision du monde cohérente ».

D’autres encore estimeront « critiquable » l’affirmation comme quoi « l’éthique chrétienne (n’aurait pas) de sens pour des non-chrétiens » et dénonceront comme un « excès de langage » ce qui consiste à qualifier tout projet d’une éthique universellement compréhensible d’« hérésie diabolique ». Si « l’éthique chrétienne découlant de la foi au Christ est folie pour le monde, est-elle pour autant incompréhensible ? L’éthique chrétienne ne vient-elle pas réveiller la conscience que Dieu a déjà placée en chacun ? »

« A nous de jouer ! » (Mais ce n’est pas un jeu)

Ces objections et interrogations une fois formulées (dans le but – conscient ou inconscient – de « rationaliser » le propos d’ « Etrangers dans la cité » ?), et après avoir bien débattu sur le web et/ou IRL, les chrétiens oseront-ils être enfin l’Eglise, « dans le monde sans être du monde » ?

Non pas, comme le précisent Willimon et Hauerwas, pour être « la communauté pour la communauté » (op.cit., p138), mais pour être fidèles à Jésus, dans l’humilité et en vérité.

En parallèle, le mieux que l’on puisse souhaiter à « Etrangers dans la cité », à l’instar du vœu de ses auteurs, c’est d’être lu et perçu « comme un livre d’espérance », source d’inspiration, par ceux qui continuent de croire que « Dieu n’abandonnera jamais Son Eglise » (op.cit., p 282)

 

En bref :

Stanley Hauerwas, William H. Willimon, Étrangers dans la cité (Resident Alliens. Life in the Christian Colony), traduit et préfacé par G. Quévreux et G. Riffault, Editions du Cerf, 2016(collection Essais). Disponible chez l’éditeur et dans toute bonne librairie.

Pourquoi l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus‐Christ

« Oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ». Source : Pixabay

« Vous avez (certainement) entendu dire » que « Jésus a annoncé le Royaume, et c’est l’Église qui est arrivé.» Comprendre : « le résultat n’est de loin pas aussi bien que ce qui était promis ».

En réponse à une telle affirmation, voici un article « theologeek » que je vous invite à découvrir, lequel rapporte cinq rencontres confirmant « que oui, l’Eglise fait bien partie de la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume. Et que non, ce n’est pas décevant, bien au contraire ».

« La solitude (étant) une des formes de précarité les plus violentes de notre société, l’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation: c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans dans le regard d’un·e autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique. Tout le monde est invité — y compris ceux que la société considère comme ses déchets, ces gens parfois un peu pénibles, qui nous mettent mal à l’aise, qui sentent parfois mauvais, qui ont souvent mauvaise réputation — ceux vers qui Jésus allait, quoi.

Et puis c’est dans l’Église, dans ce contexte d’amour et de vérité que la Parole puissante et guérissante du Christ est appliquée à nos vies, jour après jour, prière après prière, cène après cène, pour nous faire goûter toujours d’avantage à sa libération. Y compris libération de l’alcool, de la coke ou de l’héro.

Pour tout ceux et celles qui sont seuls, donc, l’Eglise est l’avant-goût du Royaume. Est‐ce que les chrétiens — moi inclus — seront à la hauteur de l’amour fou du Christ pour les marginalisés? Est‐ce que nous saurons les accueillir s’ils répondent à l’invitation? Est‐ce que nous oserons leur offrir plus que de belles paroles, en ouvrant nos maisons et donnant un bout de nos vies ? »

Comme l’auteur de ce formidable article, j’ai aussi envie de répondre : « je ne sais pas » ou « je ne sais qu’une chose, c’est que l’Eglise est une Bonne Nouvelle » !

Lire la suite de l’article ici.

 

Inspi lecture : Étrangers dans la cité, de Stanley Hauerwas et William H. Willimon. Le Cerf, 2016, dont nous avons parlé mercredi.

Ou comment l’Église est « la stratégie sociale la plus créative que nous [chrétiens] ayons à offrir » (op.cit.p. 147). Prémices de l’humanité nouvelle instaurée par le Christ, l’Eglise « a » non seulement une éthique sociale spécifique, fondée sur l’enseignement et la vie de Jésus, mais plus encore elle « est » essentiellement une éthique sociale, qui n’a rien de naturel pour l’esprit humain, et dont le Sermon sur la Montagne constitue la charte collective. Et ce, pour être vraiment fidèle à son (seul) chef, « qui n’est pas de ce monde », devenir un peuple nouveau, sans pactiser avec aucun pouvoir, bref, faire œuvre sociale et « politique » au sens le plus étymologique du terme. « Ce qui fait que l’Église est radicale et toujours nouvelle, ce n’est pas qu’elle incline à gauche sur la question sociale, mais qu’elle connaît Jésus, alors que le monde ne le connaît pas » (op.cit.p. 69).

Un livre pertinent pour notre temps, pour nous rappeler que c’est avant tout en chrétiens que nous sommes appelés à réfléchir et à agir.

« Read it (again) » : la Déclaration de Barmen (1934) ou quand l’Église sait dire « non »

L’Eglise saura-t-elle être l’Eglise aujourd’hui et dire « Oui » à son Seigneur Jésus et « Non, non, non et non ! » à « cette fausse doctrine », selon laquelle, en plus et à côté de la seule Parole de Dieu, « l’Eglise pourrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu…. » ?

L’Église n’a pas à s’inquiéter d’être « dans le monde » mais plutôt de savoir « comment » être dans le monde, « sous quelle forme et dans quel but ». Elle n’a pas non plus à choisir entre être ou « dans le monde et politiquement responsable » (1)  ou être « hors du monde et irresponsable, introvertie », estiment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, dans Étrangers dans la cité (2). Publié pour la première fois en 1990, réédité et augmenté en 2014, ce livre, co-écrit par deux pasteurs et théologiens méthodistes américains, garde une étonnante actualité. 

A l’heure où certains chrétiens d’aujourd’hui en viennent à soutenir des leaders pourtant « extrêmes » dans leur discours autoritaire, outrancier et raciste, leur programme, et leur comportement personnel bien peu éthique/biblique (3), il est frappant de constater, comme nous y invitent notamment Stanley Hauerwas et William H. Willimon, que « l’Allemagne nazie fut un test dévastateur pour l’Église. Sous le IIIe Reich, l’Église était tout à fait disposée à « servir le monde ». La capitulation de l’Église devant le nazisme, son incapacité théologique à voir clairement les choses et à les nommer font [ou devraient faire] frissonner l’Église encore aujourd’hui. Pourtant, il s’en trouva quelques-uns pour se soucier de dire la vérité…. » (op. cit., pp 91-92), et pour « dire non à Hitler » – lequel Hitler, orateur de génie, s’était présenté « en tant que chrétien », dans son discours du 12 avril 1922, à Munich : « En tant que chrétien, mon sentiment me désigne mon Seigneur et mon Sauveur comme un combattant (…) En tant que chrétien, (…) j’ai le devoir d’être un combattant pour la vérité et la justice. (…) en tant que chrétien, j’ai aussi un devoir envers mon peuple ».

Représentatif de cette résistance spirituelle, un texte – cité par Stanley Hauerwas et William H. Willimon – est à découvrir absolument, puisqu’il garde toute son actualité aujourd’hui. Il s’agit de la déclaration de Barmen, principalement écrite par Karl Barth (avec la participation d’autres protestants allemands) en 1934(4), laquelle affirmait la position de l’Église confessante face à Hitler : « Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Ecriture sainte est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter ; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette Parole de Dieu, l’Eglise pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et d’autres pouvoirs, d’autres personnalités et d’autres vérités comme Révélation de Dieu et source de sa prédication » (op. cit., p 92).

Notons, comme nous y invitent en guise de commentaire Stanley Hauerwas et William H. Willimon, « la nature exclusive et non inclusive de cette déclaration, sa détermination non pas d’abord à faire ce qui est juste, mais à entendre ce qui est juste et à faire valoir la dimension impériale de la Seigneurie du Christ. La déclaration de Barmen tranche avec une Eglise toujours prête à altérer sa proclamation en fonction des désirs de César » (op. Cit., p 92).

 

 

Notes :

(1) Appel « à la responsabilité » perceptible, à travers, par exemple, « cette offre d’emploi » du Président Macron à l’Église.

(2) Ed. du Cerf, Paris 2016, p.91. Les auteurs se réjouissent de la fin historique du christianisme comme religion civile de l’Occident, qui a pour effet de pousser les chrétiens à retrouver la radicalité de la foi : l’Église, en tant que « communauté », « îlot culturel au milieu d’une culture étrangère », doit dorénavant se préoccuper d’être fidèle à l’Évangile sans chercher à s’adapter à la culture du temps. Parmi d’autres, ces recensions et analyses de l’ouvrage parus dans Hokhma et Etudes, la revue de culture contemporaine.

(3) Ainsi, le Brésil s’apprête à élire un candidat d’extrême-droite [très populaire parmi les électeurs chrétiens, 81 % de la population : les évangéliques votent pour lui à 36 %, et les catholiques à 24 %] à la présidentielle, revendiquant « des valeurs » dites « chrétiennes ». Une analyse à lire ici.

(4) Texte intégral de la déclaration de Barmen à consulter iciCe texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adoptée à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Eglises luthériennes, réformées et unies. 

Autres extraits :

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ, mais à d’autres seigneur et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification ».

(…)Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants des convictions idéologiques et politiques ».

(…)« Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Eglise pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un Chef muni de pouvoirs dictatoriaux ».

Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce

Un livre rare, qui ne vient pas vers nous avec ses réponses toutes faites, mais parce qu’il a plein de questions à nous poser.

« Une Eglise rayonnante »(1), de  Jonathan Hanley(2), est un livre rare. Il commence par soulever un paradoxe : les chrétiens savent, par la Bible, qu’ils sont tous sur pied d’égalité, étant des pécheurs graciés, au bénéfice du pardon divin. Pourtant, nombre d’entre eux établissent une hiérarchie entre les différents péchés et réagissent comme si ces derniers étaient « extérieurs » à l’Eglise. Certains péchés sont plus condamnés que d’autres. En tête, ceux associés au SIDA, qui sont autant de défis et de révélateurs des richesses comme des lacunes de l’Eglise dans l’accueil de l’autre : la pratique de l’homosexualité, les relations sexuelles hors mariage et la toxicomanie. En clair, constate son auteur, qui a passé 13 ans de sa vie dans la lutte contre ce fléau du SIDA, il nous manque, à nous chrétiens, « une conscience de la grâce que Dieu répand sur tous ses enfants pour les sauver et les affermir dans son amour » (op. cit., p 11)

Sur ce plan, nous avons tous manqué le but : c’est pourquoi Jonathan Hanley, sortant des sentiers battus, à contre-courant d’une vision « conservatrice » ou « libérale » sur ce sujet sensible, nous invite individuellement et collectivement à nous remettre au diapason de la grâce, pour redécouvrir Dieu tel qu’il est vraiment, et non une caricature légaliste ou laxiste.

L’ouvrage, empreint d’un certain « réalisme pastoral », est écrit avec humilité, compassion et lucidité. Percutant, il n’hésite jamais à appeler les choses par leur nom, mais sans pour autant sombrer dans le cynisme, le fatalisme ou la diatribe. Des pages pleines d’espérance nous rappellent ce que les Ecritures appellent la grâce et comment le vivre individuellement et communautairement, de façon créative et féconde. C’est ainsi que nous serons en mesure de mieux accueillir, écouter et discerner les véritables questions et soifs spirituelles de nos contemporains, pour mieux leur répondre, en équilibrant « affirmation » et « proclamation » de l’Evangile.

Cependant, comme l’auteur tient à le préciser dans un autre cadre, il n’a « pas écrit Une Église Rayonnante parce (qu’il avait) plein de réponses à donner, mais plutôt parce (qu’il avait) plein de questions à poser ». Il n’écrit donc pas en tant que « donneur de leçons », mais en tant que « compagnon de route spirituel », nous invitant à marcher avec lui sur le chemin de la redécouverte d’une vision et d’un projet de Dieu : l’idéal de l’Eglise de Jésus-Christ, appelée à s’incarner dans le monde.

Le livre pourra paraître « daté » aux « digitals natives » des générations Y-Z, témoignant d’une époque où l’internet, déjà présent, n’était pas encore aussi développé qu’aujourd’hui. Néanmoins, il reste toujours aussi actuel, abordant un sujet essentiel, à l’heure où, plus que jamais, l’on s’interroge, même parmi les chrétiens, sur l’Eglise et sa pertinence pour aujourd’hui.

 

Notes : 

(1) Hanley, Jonathan. Une Eglise rayonnante : le témoignage de la grâce. Editions Farel, 2003. Disponible ici ou .

(2) Jonathan Hanley habite près de Dinan en Bretagne. Après avoir œuvré au Pakistan parmi les réfugiés afghans, il a travaillé avec les Groupes Bibliques Universitaires puis exercé en tant que pasteur en Provence. Il a poursuivi pendant une quinzaine d’années un engagement auprès des malades du Sida avec l’association Signe de Vie-Sida. Il anime le comité de sélection des Éditions-LLB (Ligue pour la Lecture de la Bible) et contribue régulièrement à plusieurs périodiques francophones. Écrivain et traducteur apprécié, il est l’auteur de plusieurs livres publiés aux Éditions Farel.

« Depuis que mon premier livre a été publié en 2003, je suis toujours en train d’en écrire. Dans l’écriture, je trouve un outil qui me permet de mettre un peu d’ordre dans mes interrogations, mes découvertes et mes réflexions », explique-t-il sur le blogue artspiin.

 

« Ils ont aimé leur prochain » de Nicolas Fouquet : ou comment 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité

« Ils ont aimé leur prochain » : 31 témoignages inspirants d’actions solidaires et autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu »

« A quoi ressemble l’amour ? » aurait-t-on demandé un jour à Saint-Augustin. Celui-ci aurait alors répondu :
Il a des mains pour aider les autres.
Il a des pieds pour se hâter vers les pauvres et les nécessiteux.
Il a des yeux pour voir la misère et le besoin.
Il a des oreilles pour entendre les soupirs et le chagrin des hommes(1).

Mais aussi, dirai-je encore, « des oreilles pour entendre le cri de ceux qui ploient sous le joug », cf Exode 2v23-25, et une bouche, pour l’ouvrir « pour les muets et prendre la cause de tous les délaissés » cf Prov.31v8-9]
Voilà ce à quoi ressemble l’amour.

Les 30 portraits – hommes et femmes – esquissés dans le livre de Nicolas Fouquet(2), en charge de l’éducation au développement pour le SEL(3), sont justement de ceux qui, du IVe siècle ap JC à nos jours, « ont aimé leur prochain » en actions et en vérité (cf 1 Jean 3v18). Certaines de ces figures et leurs œuvres inspirées et inspirantes nous sont peut-être plus connues (Martin de Tours et son manteau, Pierre Valdo et « les pauvres de Lyon », William Booth et l’Armée du Salut, Georges Müller et ses orphelinats, Henry Dunant et la Croix Rouge, Martin Luther King et sa lutte pour les droits civiques….) quand d’autres ont été oubliées (tels Caroline de Malvesin, la co-fondatrice des Diaconesses de Reuilly ; Pandita Ramabai, engagée en faveur des veuves et des orphelins et pour l’éducation des femmes en Inde ; ou encore Alexandre Lombard et son original combat – mais toujours actuel – pour « la sanctification du dimanche », pour des raisons « religieuses » mais aussi sociales).  Mais le point commun de toutes ces figures est qu’elles constituent autant de témoignages de vies qui ont trouvé du sens.

Une vie qui a du SENS est une vie UTILE, au service des autres. C’est la raison d’être d’un USTENSILE.

« Ustensiles » dans les mains de Dieu, en qui ils ont mis leur confiance, ces 30 sont aussi des témoignages d’une vie JUSTE. Mais aussi de foi, de fidélité, et d’humilité, soucieux, à l’instar de Caroline Malvesin, de travailler à la seule « gloire de Dieu et non pour la gloire qui vient des hommes », comme de rester d’ « humbles moyens choisis par sa grâce», de sorte que « l’instrument ne se substitue pas à la main qui le dirige »(4).

Aujourd’hui encore, à l’heure du vedettariat et de la recherche d’hommes ou de femmes « providentiel(e)s », notre époque a plus que jamais besoin d’hommes et de femmes « ordinaires », comme ces chrétiens d’hier et d’aujourd’hui – qui acceptent de répondre à l’appel et aux projets de Dieu, pour accomplir avec « la force qu’Il donne » (1 Pie.4v11) des choses extraordinaires, qu’ils sont incapables de faire et ne sauraient faire autrement, dans le but de rendre visible le Dieu véritable et sauveur.

Les courts chapitres qui composent ce livre ne sauraient être lus de manière isolée et indépendante, mais plutôt de manière globale, comme autant de reflets de « la grâce multicolore de Dieu » (1 Pie.4v10). Il est tout à fait recommandable pour être mis dans toutes les mains. Ne manquons donc pas de découvrir ou redécouvrir ces 30 portraits, chacun étant suivi d’une pertinente réflexion ouverte, basée sur un passage biblique, sur ce que nous pourrions retenir de chaque exemple pour nos propres engagements.

Un élément original du livre à souligner : un dernier chapitre laissé « en blanc » reste encore à écrire. A la suite de ces 30, serais-je, moi lecteur, le 31ème ? Et d’ailleurs, ce 31ème portrait « laissé en blanc », doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». Le débat reste ouvert !

Pour finir, vous vous êtes certainement demandé, comme moi, comment et pourquoi l’auteur a-t-il choisi les 30 portraits de son livre ? Et pourquoi 30 et pas 50 ? Questionné à ce sujet par mes soins, Nicolas Fouquet a bien voulu me répondre :

« Dans toute liste, il y a une part de subjectivité. Mais j’ai essayé (avec l’aide de collègues du SEL et de spécialistes du sujet) d’être assez objectif dans mes choix. Certaines personnes se sont imposées à moi car incontournables (William Wilberforce, William Booth, Henry Dunant…). D’autres aussi moins connues semblaient inévitables à partir du moment où l’on creusait un peu le sujet (Joséphine Butler, Anthony Ashley Cooper, Louis-Lucien Rochat…). Ensuite, la présence de quelques-uns pourrait peut-être être débattue mais s’ils sont dans le livre c’est que nous trouvions intéressant de présenter leur parcours.

A l’origine, il s’agissait de chroniques radios. Nous n’avions pas de nombre prédéfini de portraits que nous souhaitions réaliser. Un chiffre de 25 nous semblait cohérent au vu des noms que l’on avait recensé dans notre liste et du fait que ça correspondait à une demi-année de chroniques hebdomadaires (janvier-juin).

En discutant avec Ruben de BLF, nous avons trouvé intéressant d’ajouter aussi des figures vivantes dans le livre (Denis Mukwege, Marthe Girard, Jackie Pullinger…) pour montrer que l’engagement solidaire continue encore aujourd’hui. Nous pouvions alors aller un peu au-delà de 25 portraits. 31 était pertinent mais aussi amusant car ça correspondait au nombre de jours dans un mois : « 1 portrait par jour pendant 1 mois ! ». Voilà l’explication ! »

Merci, Nicolas Fouquet !

 

 

 

Notes :

(1) Citation tirée de Exley, Richard. « Le Christianisme en bleu de travail ». Edition Vida, 1994, p15.

(2) Fouquet, Nicolas. Ils ont aimé leur prochain : 31 chrétiens nous montrent la voie de la solidarité. BLF/SEL, 2017 (Préface de Denis Mukwege, Prix Sakharov, « L’homme qui répare les femmes »). Plus d’informations sur le livre sur ce site dédié et le site de l’éditeur. Retrouvez ces portraits sur le blogue du SEL.

(3) Association protestante de solidarité internationale.

(4) Malvesin, Caroline/ Vermeil, Antoine. Correspondance 1841 – La fondation de la Communauté des Diaconesses de Reuilly. Editions Olivétan, 2007, p41

Retour sur la rencontre du 19/11/17 avec le Dr. Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », au CEIA.

Pour le Dr Mukwege, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour éduquer les petits garçons « au regard » sur les petites filles.

Denis Mukwege, pasteur et chirurgien congolais, est en première ligne contre la violence faite aux femmes. Quel rôle avons-nous à jouer pour soutenir ce combat pour la défense des droits des femmes en Afrique, mais aussi ailleurs ? Quel pourrait être la part de l’Église dans l’éducation au regard des hommes sur les femmes  (et inversement) ?

Dimanche 19/11, j’ai eu l’occasion de me rendre, avec mon épouse, au Centre Évangélique d’Information et d’Action (CEIA),  le rendez-vous annuel du protestantisme évangélique, à Dammarie-les-Lys, près de Melun. Le thème de cette édition était « Bible et guérison ».
J’ai pu y retrouver certaines connaissances – tenant des stands – et avoir la joie d’en faire de nouvelles, notamment Ruben Nussbaumer (directeur de BLF éditions) et Nicolas Fouquet (en charge de l’éducation au développement, au SEL), que je remercie pour m’avoir aimablement invité à participer à une rencontre exceptionnelle avec le Docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » victimes de violences sexuelles au Kivu (Congo). La présence de ces trois hommes n’était pas fortuite. En effet, les deux premiers sont respectivement co-éditeur et auteur du livre « ils ont aimé leur prochain » (1), par ailleurs préfacé par le troisième. Cet ouvrage, qui s’inscrit dans les 500 ans de la Réforme, retrace le parcours de 30 figures chrétiennes (dont le préfacier) qui se sont engagées dans différents domaines de la solidarité au cours de l’histoire de l’Église [un 31ème, laissé en blanc, reste à écrire par le lecteur].

Rencontre en deux temps avec le docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », préfacier du livre « Ils ont aimé leur prochain », dimanche 19/11

La rencontre s’est déroulée en deux temps : une conférence de presse de 30 minutes, au cours de laquelle le Docteur Mukewege et Nicolas Fouquet ont pu échanger avec plusieurs responsables de médias chrétiens/communication d’organismes/d’œuvres chrétiennes (Gospel mag, Croire et vivre, Christianisme aujourd’hui, La Gerbe, Fédération Protestante de France…), dont moi-même et ma moitié, pour Pep’s café ! . Le tout suivi d’une conférence publique devant 200 auditeurs, introduite par Patrick Guiborat, Directeur Général du SEL et initiateur du Défi Michée en France, et Étienne Lhermenault, président du CNEF et membre du conseil d’administration du CEIA.

Que retenir des différentes interventions du Docteur Mukwege ?

Deux choses entendues lors de la conférence de presse m’ont interpellé :

Premièrement, ce qui lui permet « d’espérer dans l’avenir », c’est « la force de résilience des femmes » qu’il soigne et accompagne. Car, dit-il, celles-ci « ne vivent pas pour elles-mêmes mais sont tournées vers les autres, la communauté » et « sont enclines au partage ». Ainsi, affirme-t-il, notre monde se porterait sans doute « beaucoup mieux » et pourrait changer, avec une meilleure répartition des ressources de notre planète généreuse, si plus de femmes étaient appelées à de hautes responsabilités, au sein du gouvernement des États. Mais est-il nécessaire de nous poser une telle question ? Avons-nous évolué depuis la pièce du comique grec Aristophane « l’Assemblée des femmes »(392 av JC, à une époque où seuls les hommes libres siégeaient à l’Assemblée du Peuple, « l’Ekklesia »), dont le message est simple : « …Je dis qu’il nous faut remettre le gouvernement aux mains des femmes », puisque « c’est à elles, en effet, que nous confions, dans nos maisons, la gestion et la dépense. » Toutefois, il est difficile de savoir, ne vivant plus à l’époque des Grecs anciens, si le but d’Aristophane était de se moquer des femmes, ou au contraire de les louer pour leur initiative.

Deuxièmement, le docteur nous invite à miser sur l’éducation de cette génération, notamment « l’éducation au regard » que nous, les hommes, pouvons porter sur les femmes. Ainsi, affirme-t-il, « lorsque nous enseignons aux garçons de ne pas pleurer », de refouler leurs sentiments, « nous nous faisons du mal sans nous en rendre compte ». Certes, il existe des lois, des forces de police et de justice contre les violences, mais il importe de prévenir celles-ci. Pour cela, il est essentiel de travailler sur l’éducation, et ce, dès le berceau, pour enseigner aux enfants (notamment les garçons) la considération de l’autre sexe, pour ne pas le maltraiter une fois adulte.
Or, m’a souligné mon épouse, par ailleurs enseignante dans le privé et engagée dans la promotion de l’éducation chrétienne en France, « le respect mutuel des sexes, ainsi que le respect de la différence, sont une telle évidence pour nous en tant que chrétiens nés et éduqués dans un pays occidental et démocratique…que nous pourrions oublier de l’intégrer parmi les objectifs pédagogiques et éducatifs d’une école chrétienne.  »

Et aujourd’hui, combien encore, parmi les chrétiens, pensent que l’homme est supérieur à la femme et que celle-ci n’a pour seul droit que de se taire ou de s’occuper des enfants ?

Le Docteur Mukwege a tenu ensuite un discours durant la conférence publique qui a suivie, laquelle était adressée à tous ceux qui sont appelés à être « le sel de la terre » et à « transmettre un message de guérison » selon le mandat de Marc 16v15-18 et « le programme de guérison et de restauration de l’humanité blessée » en Luc 4v18-19 et en Genèse 3v15.

Dans son plaidoyer, le Docteur nous a expliqué la situation au Kivu, une zone en apparence « bénie » puisque riche en minerais. Mais ces minerais sont en réalité des « minerais de sang » (notamment le coltan, servant à fabriquer les smartphones et ordinateurs portables), et qui constituent l’enjeu de guerres entre milices. L’arme la plus utilisée pour le contrôle de ces zones minières est le viol de masse des femmes et des enfants : une stratégie de destruction planifiée et non le fait de pulsions sexuelles. Et une guerre « à moindre coût » qui détruit les communautés.
Lui-même dit avoir mis du temps à le réaliser : En 1999, après que la guerre au Rwanda a débordé au Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il découvre une patiente mutilée. Il a d’abord pensé à l’acte isolé d’un barbare mais quelques mois plus tard, dit-il, des dizaines de nouvelles victimes sont accueillies à l’hôpital de Panzi où il exerce. Depuis, près de 50.000 victimes de ces viols ont été prises en charge de manière « holistique »(soins médicaux, assistance psychologique mais aussi socio-économique, judiciaire et juridique). La plus jeune des victimes ayant 6 mois et la plus âgée 80 ans !

De ce discours, je retiendrai encore trois choses :

Premièrement, une autre « évidence » : le Royaume de Dieu (ou l’Eglise ?) est « un corps, composé de membres de toutes origines » et « la souffrance [d’un membre, qu’il soit en Syrie, en Irak, au Yémen ou en RDC…] affecte tout le corps ».

Deuxièmement, tout disciple de Jésus-Christ doit témoigner des trois attitudes indispensables : « compassion, engagement et proclamation » [soit d' »affirmer hautement quelque chose » cf Esaïe 52, et, c’est moi qui souligne, les chrétiens ne sauraient se taire]. La compassion, c’est « souffrir avec » ceux qui souffrent. Elle n’est pas une simple « sympathie » mais un amour profond chérissant toute l’humanité, qui nous pousse à aller plus loin pour remédier/mettre fin à la souffrance, ou du moins, la soulager, pour conduire à l’espérance. Et aucune guérison divine n’est possible sans compassion, qui est le moteur de notre engagement.

La compassion est même « une obligation ». D’ailleurs, moi-même, dans une situation analogue à celle que vit celui ou celle qui souffre, qu’aurai-je voulu voir dans le regard de l’autre ? »

Le Docteur Mukwege nous prévient : l’Église doit montrer le visage du Christ. Elle ne doit pas « fermer ses yeux et ses oreilles » et ne pas oublier qu’elle vit dans le monde réel. L’on peut ainsi « parler du ciel » en étant « déconnecté du réel ». Or, dit-il crûment, « l’Église qui a perdu la compassion a perdu son âme ». Elle n’est plus que « du sel qui a perdu sa saveur ».

Par ailleurs, l’engagement ne saurait se limiter à de l’aide « directe » et « locale » aux victimes, mais implique de prendre en compte une réalité plus large encore : la lutte contre la globalisation sauvage, sachant que nos modes de vie individuels et collectifs peuvent être sources d’injustices et de déstabilisation dans d’autres parties du monde.

Troisièmement, le Docteur Mukwege peut-il être une source d’inspiration pour notre génération ? Comme je l’ai rappelé plus haut, il fait partie « des 30 » qui « ont aimé leur prochain », dans le livre de Nicolas Fouquet. Et, détail intéressant, lorsqu’il lui est demandé qui est sa propre source d’inspiration, il nous parle d’un parfait inconnu (pour moi, en tout cas) : un pasteur/missionnaire norvégien en Afrique, dont les écrits ne sont actuellement pas traduits en français (mais sans doute accessibles en anglais). Ce qui a fait sourire la salle, personne ne se voyant lire du norvégien !

Enfin, le 31ème portrait « laissé en blanc », à la fin du livre précité, doit-il être nécessairement un individu [vous, moi ?] ou une communauté, l’Église ? Chacune et chacun pouvant ainsi agir de manière complémentaire et interdépendante, « holistique », à la fois de manière « locale et globale ». La question reste ouverte, mais j’aime à croire que le Docteur Mukwege apprécierait d’y répondre.

 

Note : 

(1) Fouquet, Nicolas/Mukwege, Denis(Préf.). Ils ont aimé leur prochain. BLF/SEL, 2017.  Voir la présentation du livre sur les sites de BLF et du SEL.