Du témoignage chrétien (y compris en sciences)

Science et la technologie par Petr Kratochvil

Président Josiah Bartlet : Je suis désolé, vous êtes le Docteur Jenna Jacobs n’est-ce pas ?

Docteur Jenna Jacobs : Oui Monsieur

Président Josiah Bartlet : Bienvenue à cette soirée

Docteur Jenna Jacobs : Merci 

Président Josiah Bartlet : (…) Excusez-moi Docteur Jacobs, vous êtes docteur en Médecine ?

Docteur Jenna Jacobs : J’ai un doctorat.

Président Josiah Bartlet : En psychologie ?

Docteur Jenna Jacobs : Non Monsieur.

Président Josiah Bartlet : En théologie ?

Docteur Jenna Jacobs : Non.

Président Josiah Bartlet : En sciences sociales ?

Docteur Jenna Jacobs : J’ai un doctorat en littérature anglaise.

Président Josiah Bartlet : Je vous demande ça parce qu’à la radio, on vous appelle pour avoir des conseils et comme dans votre émission, on vous appelle « Docteur Jacobs », j’étais en train de me demander si vos auditeurs s’y retrouvent et s’ils ne croient pas que vous avez fait des études supérieures en psychologie, en théologie ou en médecine.

Ce dialogue, tiré de l’épisode 3 de la saison 2 de l’excellente série « A la Maison Blanche »(2000), avec Martin Sheen dans le rôle du « Président Josiah Bartlet », nous fait prendre conscience que, nous aussi, à l’instar des « auditeurs » de l’émission du « Docteur Jacobs », nous devons « nous y retrouver » face à ce qui nous est affirmé « d’autorité » et sur ce que l’on entend par « faire autorité » en la matière.

Par exemple, lors du dernier congrès « Bible et Science Mulhouse 2022 », qui s’est déroulé à l’église de la Porte Ouverte le 30 octobre. C’est dans ce cadre qu’un certain Etienne Vernaz a tenu une conférence dont le titre était « une réflexion au-delà des données scientifiques », suivie d’une interview dans laquelle il a mis en doute les travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

C’est là qu’il convient de faire preuve de discernement, soit de faire confiance à notre capacité à juger clairement et sainement les choses. Ce discernement, pour être efficace, ne doit pas se limiter au message, mais concerner aussi le messager, ou l’émetteur du message, la source. Or, dans le domaine de l’information, tous les messages ne se valent pas et tous les émetteurs n’ont pas le même statut.

Ainsi le conférencier mentionné plus haut : Pour ceux qui ne le connaissent pas, Etienne Vernaz est ancien directeur de Recherche au CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives) en France, spécialiste de la vitrification des déchets nucléaires, et pasteur d’une église de la famille Destinée-Francophonie. Il fait partie du comité francophone Bible et Science, laquelle (dixit Etienne Vernaz) « rassemble des scientifiques chrétiens de tout bord qui croient qu’il n’y a pas d’opposition entre la Bible et une science honnête.  Des gens qui n’ont pas peur de questionner le narratif officiel car nous croyons que la science qui ne peut pas être remise en question n’est pas la vraie science, mais de la propagande »

Dans son avis « Communication scientifique en situation de crise sanitaire : profusion, richesse et dérives  » (n°2021-42), approuvé le 25 juin 2021, le COMETS – comité d’éthique du CNRS – compte notamment parmi ses recommandations le rappel des droits et devoirs suivants des chercheurs intervenant dans l’espace public (op. cit., p 20): « En s’exprimant dans l’espace public, le chercheur engage sa responsabilité de scientifique. S’il fait état de sa qualité, il doit préciser à quel titre il prend la parole : en spécialiste apportant son expertise sur le sujet débattu, en tant que représentant de l’organisme de recherche ou d’une institution, ou bien à titre de citoyen engagé voire de militant. Le chercheur doit faire la distinction entre ce qui relève de connaissances validées par des méthodes scientifiques de ce qui relève d’hypothèses de travail ou fait l’objet de débats. Il convient par ailleurs de signaler les marges d’incertitude des résultats de la recherche ». 

Par ailleurs, le COMETS souligne que les expressions de « grand professeur », « scientifique prestigieux » ou encore « chercheur éminent », « utilisées à l’excès ont pu donner le sentiment au public que, du fait de leur statut, des individus singuliers étaient porteurs de la « vérité scientifique »Le COMETS l’a affirmé à plusieurs reprises dans ses avis, et la communauté scientifique le reconnaît dans son ensemble : la vérité s’exprime collectivement et non par la voix d’un seul, fut-il couronné de prix prestigieux, ou signataire d’un grand nombre de publications ».(p 16)

 Et le COMETS – qui s’est penché à plusieurs reprises sur la question de l’expertise scientifique – de rappeler « que la mission de l’expert est d’assurer, en toute indépendance, objectivité et transparence, le rôle d’intermédiaire entre les « producteurs de savoir » et les commanditaires à qui il apporte un éclairage scientifique. On attend donc de l’expert qu’il maîtrise un savoir au plus haut niveau dans un domaine de compétence et qu’il le transmette en précisant s’il s’agit de faits établis et avec quelle marge d’incertitude, ou bien s’il s’agit d’hypothèses encore en débat ». (pp 16-17)

Est-ce le cas d’Etienne Vernaz, sur ce sujet du réchauffement climatique et dont le domaine initial d’expertise est bien éloigné du climat et des travaux du GIEC ? Il est permis d’en douter.

Comme l’analyse le blogue Le Sarment, d’où je tiens cette information, « cette contribution [d’Etienne Vernaz] assez claire à la défiance contre la Science « officielle » s’inscrit (probablement involontairement) dans le grand mouvement post-moderne de notre société, qui consiste à remettre en question toute vérité établie, communément admise. C’est ce même mouvement qui est à la fois la source et la dynamique de la déchristianisation, et ses effets n’épargnent aucune forme d’autorité établie. Il ne s’agit pas ici de dire que la science a raison dans tout ce qu’elle dit, mais de rappeler les effets désastreux d’une remise en question de principe, qui va alimenter une défiance qui n’est pas étrangère au fait que 16% des jeunes interrogés (16-24) pensent que la terre est plate — et donc que la Science leur ment. 

On aura noté au passage la nature de la phraséologie d’Etienne Vernaz : il s’agit de « questionner le narratif officiel » et de remettre en cause le consensus scientifique mondial (par exemple sur le réchauffement climatique), taxé « de propagande », donc de manipulation — donc de mensonge. En reprenant les codes sémantiques complotistes, Etienne Vernaz se place en position de nous donner des infos « sûres », « vraies », parce qu’elles sont à la fois « scientifiques et chrétiennes ».   

Or, face à un certain nombre d’inexactitudes et d’erreurs décelées dans le propos du conférencier et susceptibles de poser de graves questions, plusieurs scientifiques chrétiens(1) – notamment ceux du réseau de l’association chrétienne de protection de l’environnement A Rocha, ont choisi d’apporter une réponse courte et une réponse longue plus argumentée, coordonnée par Jean-François Mouhot, directeur d’A Rocha France. 

D’une manière générale, dénoncent-ils, « Etienne Vernaz mélange des choses vraies, des choses partiellement fausses et des choses entièrement erronées. Beaucoup des arguments utilisés par le conférencier sont en quelque sorte un “pot pourri” d’arguments utilisés depuis de nombreuses années par des climato-sceptiques, et qui ont déjà été réfutés maintes fois; beaucoup sont aussi tirés des réseaux sociaux où les infox  (fausses informations ou canulars) climato-sceptiques pullulent ».

Et contrairement à ce que laisse entendre le conférencier, soulignent-ils dans leur argumentaire, « il y a de nombreux chrétiens qui sont aussi scientifiques, y compris de nombreux climatologues comme Katharine Hayhoe, une évangélique américaineou l’un des premiers coprésidents de la COP, John Houghton, qui affichait clairement sa foi évangélique (le rapport du GIEC de 2021 lui est d’ailleurs dédié, comme le rappelle un article de Christianity Today).

Ces chrétiens, dont fait partie le collectif de scientifiques d’A Rocha, ne partagent pas du tout les opinions d’Etienne Vernaz : « Nous ne sommes pas athées et c’est justement parce que nous sommes chrétiens que nous travaillons à la sensibilisation au réchauffement climatique et au changement de nos modes de vie« , expliquent-ils, en précisant être « mobilisés par amour pour nos prochains de nos enfants et de nos petits enfants et de nous-mêmes ; et par obéissance et amour pour Dieu. De nombreux livres offrent des témoignages venant de scientifiques chrétiens contemporains sur le lien entre la science et leur foi, cf. par exemple J. Berry et al., Real Science, Real Faith (Monarch Books, 1991) ou encore D. Haarsma, Delight in Creation : Scientists Share Their Work with the Church (Center for Excellence in Preaching, 2012).

Ces témoignages révèlent une harmonie entre la pratique scientifique et celle d’une foi vivante. La science y apparaît comme un outil qui leur permet d’explorer le monde, de déceler les lois qui le gouvernent, et d’y reconnaître la puissance de la main créatrice de Dieu. Nous ne sommes donc point dans le conflit ou la confrontation, et encore moins dans une “pensée anti-Dieu”. Nous sommes au contraire dans le registre de l’harmonie et de la (re)connaissance.

Ce qui est problématique dans le discours d’Etienne Vernaz est précisément cette insistance sur l’opposition entre la science, synonyme de mal, et la volonté de Dieu. Cette vision clivante empêche toute réflexion plus profonde telle que celle prônée par l’historien et sociologue protestant Jacques Ellul [J. Ellul, Le bluff technologique, Fayard, 2012], qui a su mettre en évidence la nature ambivalente du progrès scientifique et la science : ni bonne, ni mauvaise, et encore moins neutre. Si les applications de la science se retournent contre le Créateur, c’est d’abord parce que nous vivons dans un monde déchu, et sommes sous la coupe du péché ».

Au final, l’opposition entre la science et la foi (ou la Bible) : faux débat ?

Oui, si l’on considère que la science moderne se pose la question du « Comment » (Comment dater l’apparition de l’univers ? Comment la vie s’est-elle développée sur la terre ?) et que la Bible s’intéresse à la question du « Pourquoi » (Pourquoi suis-je sur cette Terre ? Pourquoi le Bien et le Mal existent-ils ?)

« Aujourd’hui », conclut Jérôme Prekel sur Le Sarment, « on pourrait se demander si Jésus, Paul, ou Pierre feraient de conférences sur le créationnisme, sur l’âge de la terre ou sur le déluge … et si nous trouvons une tel espace pour ça dans notre culture chrétienne contemporaine, c’est parce que nous avons un vide à combler » ! 

Or, suivre et annoncer Jésus, c’est suivre et annoncer Celui qui est « Dieu sauveur » et « Dieu élargit », nous appelant « à sortir hors de » l’angoisse et de l’étroitesse, notamment celles de nos oppositions stériles et de nos postures identitaires restrictives, pour une expression moins caricaturale de nos témoignages à la gloire de Dieu.

PS : Pour ceux qui en « ont marre » de « la guerre entre créationnistes et évolutionnistes », et qui se demandent « comment se positionner », voir cette réponse sur 1001 questions. 

Note :

(1)Signataires de la réponse d’A Rocha : 

Professeur Antoine Bret, Université de Castille-La Mancha, auteur de 119 articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, fréquemment Professeur Invité à l’Université de Harvard, enseignant universitaire sur le thème énergie climat depuis 2004 et auteur d’un livre de cours sur le sujet (The Energy-Climate Continuum: Lessons from Basic Science and History, Springer 2014), et ambassadeur d’A Rocha.

Professeur Thierry Dudok de Wit, Université d’Orléans et International Space Science Institute (Berne), auteur de plus de 150 articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, dont 6 en lien avec le forçage radiatif solaire et son rôle dans le réchauffement climatique. Co-éditeur du livre Earth’s climate response to a changing Sun (EDP Sciences, 2015) et ambassadeur d’A Rocha.

Dr. Joël White, vice-président d’A Rocha France, maître de conférences à l’Université Toulouse III (EDB UT3-CNRS-IRD). Chercheur en écologie, auteur de 30 articles scientifiques dans des revues internationales à comité de lecture dont Nature Ecology & Evolution, Proceedings of the National Academy of Science USA, Proceedings of the Royal Society, etc. 

Rachel Calvert, Présidente d’A Rocha France, engagée depuis une vingtaine d’années dans un travail d’implantation d’Églises et d’accompagnement pastoral au sein d’une union d’Églises protestantes évangéliques ; diplômée en histoire (Université d’Oxford), Études bibliques et interculturelles (All Nations Christian College) et titulaire d’un master professionnel en missiologie et implantation d’Eglises (FLTE).

Dr. Jean-François Mouhot, directeur d’A Rocha France, ancien enseignant et chargé de recherche aux Universités de Georgetown, Birmingham et Lille, auteur de « Des Esclaves énergétiques », réflexions sur le changement climatique et co-éditeur de « Evangile et changement climatique » et de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture sur le changement climatique.

A l’exception d’une des signataires (qui signe en tant que présidente d’A Rocha), les auteurs de la mise au point sont universitaires et ont publié des articles et/ou ouvrages sur le réchauffement climatique et la crise écologique.

Voir aussi le thread, publié en août 2022 sur son compte twitter, par le physicien climatologue François-Marie Bréon, en réponse aux affirmations d’Etienne Vernaz.

Quand Jésus prêche l’Evangile de Dieu : envoi 2

« Allez dans le monde entier proclamer la bonne nouvelle à toute la création ». Marc 16 : 15 (Source image : public domain pictures)

Nous voici au terme de cette série ! Dans cet « Envoi 2 », une étude comparée des finales des 4 Evangiles sur ce que nous sommes censés dire et faire en Son Nom, d’après 28v19-20, Marc 16v15-20, Luc 24v45-49 et Jean 20v21-23 et 21v15-22. Par Louis-Michel, notre plume invitée du jour, que je remercie !

Qu’étaient sensés dire et faire les disciples selon Jésus ?

Par extension : Que sommes-nous sensés dire et faire nous-mêmes ?

Recensons d’abord les éléments correspondant aux disciples à la fin de chaque écrit évangélique :

            – Matthieu 28 : 19-20 = a. vivre en tant que disciples envoyés, b. faire des nations des disciples, c. baptiser les disciples au nom du Dieu Tri-Un, d. former les disciples à la pratique de l’évangile selon l’enseignement de Jésus (tout cela dans la présence de Dieu Jésus).

            – Marc 16 : 15-20 = a. vivre dans le monde, proclamer l’évangile, b. baptiser ceux qui croient (tout cela aussi dans la présence de Dieu Jésus avec des signes de cette présence).

            – Luc 24 : 45-49 = a. vivre déjà dans Jérusalem en tant que témoins de ce que Dieu accomplit, b. vivre avec la puissance du Saint-Esprit (tout cela dans la présence de Dieu Jésus – v.45 et 49).

            – Jean 20 : 21-23 puis 21 : 15-22 = a. l’envoi des disciples est ordonné par Jésus, b. transmettre le pardon des péchés, c. nourrir le « troupeau » de Dieu, d. quoi qu’il arrive dans le futur, les disciples suivent en premier Jésus.

Les quatre témoignages des disciples et autres écrivains sont utiles à nous aussi en notre temps. Nous avons reçu l’Esprit aussi en vue de témoigner de la Bonne Nouvelle ! Cela me donne à réfléchir personnellement … MERCI Seigneur de m’avoir « envoyé » dans ce monde ! Je n’en suis pas digne, mais tu m’as choisi, tu m’as établi sur les nations (Jérémie 1 : 10) pour en faire des disciples !

C’est une grande responsabilité ! Mais l’amour de Dieu nous aide à l’accomplir … Nous pouvons compter sur l’oeuvre du Saint-Esprit qui touche les coeurs à salut car n’oublions pas que nous vivons concrètement l’envoi du Christ uniquement à travers Son amour pour ceux et celles qui n’ont pas Christ en eux.

Et toi, ami(e) lecteur(trice), qu’en penses-tu ? Tu le sais, le Seigneur, par le bain de la régénération (lire la Lettre à Tite), t’a amené(e) à une vie nouvelle, puis comme il l’a fait avec ses premiers disciples, Jésus t’a envoyé(e) et/ou t’envoie de par le monde pour exercer un ministère dans son éternelle présence !

Alors, que te dire pour finir ? Va ! au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit !!!

10 livres : 10 actus

Quand « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre » (Source image : public domain pictures)

Connaissez-vous Books ? Le magazine qui éclaire l’actualité par les livres du monde entier.

Parce que ses fondateurs en sont convaincus : « le livre reste le principal support d’expression des idées les plus construites et les plus originales. Il permet de s’extraire de l’actualité immédiate pour mieux la comprendre ».

A son tour, Pep’s café! s’est prêté au jeu et s’est donné le défi de partir de 10 livres (récents ou non), la plupart reçus en « service presse » de la part d’éditeurs (BLF, Bibli’O, Scriptura) que je remercie, pour éclairer autant de sujets d’intérêt général qui nous trottent dans la tête. 

De là la liste suivante : 

S’engager pour la justice climatique : contributions protestantes (collectif, sous la direction de Jean-Philippe Barde et de Martin Kopp). Editions Scriptura, 2022

S’il aura fallu près de 50 ans pour que la crise écologique, dans ses nombreuses dimensions, soit reconnue comme un défi majeur pour nos sociétés, le réchauffement climatique se manifeste désormais comme une partie critique et un puissant révélateur de cette crise. Néanmoins, les milieux chrétiens connaissent-ils la notion de justice climatique ? Plusieurs contributions protestantes sur la question, réunies en un ouvrage bienvenu de la Commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France, paru chez Scriptura en octobre 2022, vient donc combler un manque. Partant d’un état des lieux scientifique, il offre des repères bibliques et théologiques pour aboutir à une présentation critique de l’action chrétienne en faveur du climat – un bien qui nous est commun –, aux niveaux collectif, politique et personnel. 

Jean-Philippe Barde est membre du « Réseau Bible et création » de l’Église protestante Unie de France, de la commission « Écologie et Justice climatique » de la FPF ; Martin Kopp est théologien écologique, docteur de l’Université de Strasbourg. Préface de François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France.

5 sujets de prière pour vos enfants, de Melissa Kruger. Editions Scriptura, octobre 2022 

Un petit livre inspirant et encourageant pour les parents, surtout quand la responsabilité d’élever des enfants peut souvent paraître écrasante, et qu’il est parfois dur de savoir par où commencer quand il s’agit de prier pour eux ! 

L’atout de ce livre est qu’il est rempli de sujets de prière pour des enfants de tout âge, issus directement de la Bible.  C’est ainsi que nos prières sont puissantes et peuvent vraiment changer les choses, lorsque nous prions en accord avec les priorités de Dieu trouvées dans sa Parole. Le livre débute par : « je prie pour que », non pas pour que « moi, parent » ou « pour que mon enfant », mais « pour que Dieu sauve mon enfant ».

[Voir aussi : Parents centrés sur l’Evangile : devenir une famille selon le coeur de Dieu, de Tim Chester et Ed Moll, paru chez BLF en 2022, et chroniqué sur Pep’s café!]

Joyeux Noël…simple formule ou message d’espérance ?, de Stéphanie Pillonca, Sébastien Doane, et Elaine Sansoucy. Editions Bibli’O, 2022

Une grande question existentielle abordée « tout en nuances » dans un petit livre qui déploie une lecture plurielle et inaugure une nouvelle collection éponyme des éditions Bibli’O parue en octobre 2022. « Tout en nuances », 3 regards se croisent, 3 voix se font entendre pour explorer la fécondité des textes anciens : un bibliste, une réalisatrice et une infirmière évoque la joie d’une naissance au cœur de notre monde. Chacun des auteurs nous fait tour à tour partir à la rencontre du texte biblique, de pistes d’actualisation et d’un cheminement où l’art cinématographique se met au service des autres.  Ainsi, avec « Joyeux Noël…? », qui nous rappelle dans quelles circonstances Jésus est venu au monde [ayant failli naître dehors, il se trouve menacé de mort à sa naissance et devient le plus jeune réfugié de l’histoire…], c’est la mise en avant de la vulnérabilité qui bouleverse, de ces situations précaires où la joie d’une naissance se retrouve voilée par les circonstances difficiles. A découvrir absolument en cette période de fête et au-delà !

[Voir aussi : « Noël : peut-on vraiment y croire ? » Par l’apologète Rebecca Mac Laughlin, par ailleurs auteure de « 12 raisons de ne plus croire au christianisme et pourquoi y croire encore » : ce dernier livre, paru en français chez BLF éditions en 2022, a aussi reçu le prix de « meilleur livre de l’année » 2020 de la part de Christianity Today)

Vivre pour Jésus : les fondements de la vie chrétienne, de Raphaël Charrier. BLF éditions, 2022

Parce que les Eglises ne savent pas accompagner les personnes qui viennent de se convertir, et parce que l’expérience montre que la catéchèse, ou l’enseignement didactique dans nos églises, n’aboutissent pas forcément à la formation de disciples de Jésus, ce livre a une ambition, de l’aveu de son auteur « être le premier (livre) que l’on recommanderait à un nouveau chrétien. Ce ne sera probablement pas le meilleur, mais celui qui lui permettra d’avoir une vision d’ensemble de ce qu’est la vie d’un disciple de Jésus-Christ, et de ce qu’elle implique ». Soit : « devenir un disciple (« vivre pour Jésus »), s’entraîner comme un disciple (« avec Jésus ») et se battre comme un disciple » (« pour Jésus », avec sa force). Un livre à lire et à (s’)offrir dans la foulée du week-end « discipleshift », sur la transition ecclesiologique, qui a eu lieu à Paris fin Novembre dernier.

La communion qui vient : carnets politiques d’une jeunesse catholique, de Paul Colrat, Foucauld Giuliani et Anne Waeles. Seuil, 2021. 

« Tous les cinq ans, lors des élections présidentielles, on débat en France de savoir quel candidat sera le plus apte à jouer le rôle de sauveur de la nation. Lorsqu’une crise se déclare, c’est un messie qu’on réclame. Contre la quête d’une idole, Jésus, Sauveur né il y a deux mille ans, exerce son règne sans pouvoir et sans violence. Par sa mort sur la Croix, il met à nu l’injustice du monde. Par sa sainteté et sa résurrection, il nous ouvre dès maintenant à la vie divine, vie qui se donne dans l’histoire quand l’amour réalise la justice, vie de communion.  L’enjeu de ces Carnets est d’explorer la puissance politique de cette communion qui vient à nous par trois chemins. En nous ouvrant à l’éternité, elle déconstruit l’apologie d’époques anciennes et la confiance irrationnelle dans le progrès. En appelant le maître à se faire serviteur, elle désacralise les pouvoirs économique et politique. Enfin, elle destitue les logiques identitaires, inscrivant l’altérité au cœur de la réalité divine et nous invitant à la pratique de la charité, c’est-à-dire au don joyeux de soi ». Fruit de la collaboration de trois auteurs qui disent « ne représenter personne », se présentant comme « des paroissiens ordinaires, trentenaires, et enseignent la philosophie. Tous trois sont ou ont été membres actifs du Dorothy et du Simone, cafés associatifs à Lyon et à Paris, qui ont pour ambition d’expérimenter collectivement l’Évangile dans la vie laïque ». Exigeant, mais « dans le même temps » plaisant, rafraichissant et joyeux, « La communion qui vient » est un très beau livre philosophico-théologique, particulièrement bienvenu et absolument à découvrir. Saturé de l’Ecriture Sainte, il est susceptible de parler à tout chrétien au-delà du catholicisme, comme à toute personne au coeur « loyal, honnête et bon » (Luc 8v15). 

 [Voir aussi : « Dans l’ombre de Dieu : la politique et la Bible », de Michaël Walzer. Bayard, 2016. Ou comment répondre aux questions suivantes : « peut-on fonder une théorie politique à partir de la Bible ? Un Etat peut-il être théocratique ? Quelles sont les idées politiques défendues dans la Bible hébraïque ? Ont-elles inspiré notre conception moderne du droit et de la politique ? Le philosophe américain Michael Walzer présente, dans cet ouvrage que j’espère lire prochainement, les différentes conceptions de la loi, du gouvernement, du pouvoir royal, des institutions politiques, telles qu’elles apparaissent dans les différents textes de l’Ancien Testament. Peut-être la meilleure analyse des racines bibliques de notre monde politique et de nos conceptions du droit, du pouvoir et de la justice, si l’on en croit les spécialistes]

De l’humiliation : le nouveau poison de notre société, d’Olivier Abel. Editions Les Liens qui libèrent, 2022. 

 « ….Nous sommes très sensibles à la violence comme à l’injustice, et c’est certainement légitime. Mais nous sommes beaucoup moins sensibles à l’humiliation », constate Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Montpellier.  Or, trop de femmes, d’hommes, d’enfants, se sentent régulièrement humiliés. Souvent ignoré, ce sentiment peut entraîner des dégâts considérables : se propager à toutes les sphères de la vie et amener l’humilié à devenir à son tour humiliant. Nos institutions permettent-elles à chacun de trouver sa place ?  Une interrogation pressante qui lui inspire “De l’humiliation, le nouveau poison de notre société”. Dans cet ouvrage paru le 16 février 2022 aux éditions Les liens qui libèrent, Olivier Abel observe la dimension politique et sociale de l’humiliation : nous aurions d’un côté un discours humiliant, qui nous traite comme des “homo economicus”, avec l’injonction « consomme ! ». Et de l’autre des manipulations, de la peur ressentie par la population française. Pep’s café a consacré un article sur le sujet.

Il n’y a pas de Ajar : monologue contre l’identité, de Delphine Horvilleur. Grasset, 2022. 

« L’étau des obsessions identitaires, des tribalismes d’exclusion et des compétitions victimaires se resserre autour de nous. Il est vissé chaque jour par tous ceux qui défendent l’idée d’un «  purement soi  », et d’une affiliation «  authentique  » à la nation, l’ethnie ou la religion. Nous étouffons et pourtant, depuis des années, un homme détient, d’après l’auteure, une clé d’émancipation  : Emile Ajar.  Cet homme n’existe pas… Il est une entourloupe littéraire, le nom que Romain Gary utilisait pour démontrer qu’on n’est pas que ce que l’on dit qu’on est, qu’il existe toujours une possibilité de se réinventer par la force de la fiction et la possibilité qu’offre le texte de se glisser dans la peau d’un autre. J’ai imaginé à partir de lui un monologue contre l’identité, un seul-en-scène qui s’en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment ». 

Par l’auteure, par ailleurs Rabbine, de « vivre avec nos morts », que l’on peut également voir dans « Reste un peu », le dernier film de Gad Elmaleh. 

La Servante écarlate, de Margaret Atwood. Robert Laffont, 2017 (Pavillons poche). Roman de science-fiction dystopique publié en 1985 et où l’action est située aux Etats-Unis, devenus république théocratique de Galaad (Gilead) à la fin du XXe siècle. Afin de contrer la stérilité consécutive à des catastrophes nucléaires, écologiques et au sida, la pratique des mères porteuses est institutionnalisée et les conséquences en sont tirées jusqu’à l’extrême du cauchemar. Réflexion sur le récit comme moyen de maîtriser son destin à travers le texte et sur son identité. Le caractère hallucinant du roman est renforcée par le fait que chacune des horreurs décrites s’est déjà produite effectivement. Adapté au cinéma sous le même titre par Volker Schlöndorff en 1990, en opéra (par Poul Ruders), en ballet (par le Ballet royal de Winnipeg, en 2013), ainsi que dans d’autres formes artistiques, et a fait l’objet d’une série télévisée (The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate) depuis 2017.

Aller simple, d’Erri de Luca. Gallimard, 2012 (Du monde entier). Pour ne pas oublier que derrière les « chiffres » du « problème migratoire » se cachent des êtres humains, qui risquent le tout(leur vie) pour le tout pour un « aller simple ». « Aller simple » (Solo andata ), c’est aussi le titre d’un magnifique recueil de poèmes d’Erri de Luca, sorti en avril 2005 chez Feltrinelli et ayant fait l’objet d’une édition bilingue chez Gallimard(du monde entier) en 2012 (également en poche), qui garde toute son actualité. Nous le disions déjà sur ce blogue en 2013. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui et ce sera toujours vrai demain. 

[Voir aussi : Les 40 jours du Musa Dagh, de Franz Werfel : un grand roman sur le génocide arménien.]

Le Très bas, de Christian Bobin. Gallimard, 1992. Un roman de cet écrivain et poète si singulier, mort à 71 ans d’un cancer fulgurant, le 23/11/22. Publié le 9 septembre 1992 aux éditions Gallimard, et ayant reçu le Prix des Deux Magots et le Grand Prix Catholique de Littérature l’année suivante, il s’agit d’un texte poétique en prose au sujet de François d’Assise, de sa vie et surtout de sa vision de Dieu et de l’Amour. Ainsi « le Très Bas », le Dieu des enfants, le Dieu de l’amour, celui de François d’Assise, est posé en opposition avec « le Très Haut » de la religion, à l’image sévère. 

[A lire aussi, La Place, d’Annie Ernaux, qui a reçu le prix Nobel de littérature le 10/12/22]

Quand Jésus prêche l’Evangile de Dieu : épisode 5, d’après Marc 2v1-12

Est-il plus facile de dire au paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou de dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ?(Source image Wikipédia : « le penseur », d’Auguste Rodin.1881-1882)

Dans cet épisode de notre série Pep’s café, Jésus nous pose « une colle » sur ce qui est « le plus facile (ou difficile) de dire…. ». Par Josiane, notre plume invitée du jour que je remercie, et d’après Marc 2v1-12

Cette semaine, Jésus est interrompu en plein enseignement par l’irruption d’un paralytique sur son brancard, descendu du toit de la maison par ses quatre amis.

En effet, c’était le moyen le plus efficace pour attirer son attention au milieu d’une foule si nombreuse que la maison ne peut accueillir toutes les personnes venues écouter Jésus.

Interpellé par la foi des amis de cette personne, il lui annonce le pardon de ses péchés…un peu contre toute attente. En effet, seul Dieu pouvait pardonner le péché des personnes, une fois qu’elles s’étaient acquittées de rituels bien précis.
“Pour qui se prend ce Jésus? Comment ose-t-il déclarer ce que seul l’Eternel peut dire?” Telles étaient les pensées des scribes autour de lui. Bien versés dans les Ecritures et la Loi, ils ne concevaient pas que Dieu puisse agir en dehors du temple, en dehors de leurs schémas religieux bien intégrés…et pourtant, Jésus a mis à mal leurs raisonnements : avec le pardon des péchés du paralytique et la guérison qui a suivi, il leur a montré que  Dieu pouvait bien agir “hors les murs” (physiques ou immatériels)…et que son autorité lui venait bien de Dieu.

Certains récits anciens, rapportent l’existence à l’époque où Jésus a vécu, de guérisseurs, opérant des “miracles” en Judée. Certains utilisaient cela pour se présenter comme des “messies”. Les docteurs de la Loi, ayant entendu parler de Jésus et de son ministère, s’attendaient surement à ce qu’il agisse comme ces guérisseurs, et donc opère un miracle en faveur de cet infirme…mais surtout pas qu’il annonce le pardon des péchés!

Jésus est venu annoncer un évangile à contre-pied des réflexes religieux, qui mettraient Dieu (et les autres!) dans une boîte. Notre Dieu fait ce qu’il veut (Psaumes 115 v3). Et surtout, il annonce le pardon à celui ou celle qui aurait peur de son jugement, de sa colère: voilà une bonne nouvelle!

Jésus ne s’arrête pas là: connaissant les pensées des Pharisiens, il leur pose une simple question, à laquelle il ne répond pas directement : Est-il plus facile de dire au paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou de dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? (v.9)

Il n’y répond pas, mais dans la foulée il prononce une parole d’autorité dont l’effet est la guérison du paralytique, qui prend son brancard et s’en va en marchant. Pour ceux qui pensaient que la paralysie de cet homme était liée à son péché cet acte a confirmé qu’il a vraiment été pardonné par Dieu ! (et que Jésus avait bien l’autorité pour le déclarer)

En guérissant le paralytique, Jésus vient confirmer la puissance et l’autorité qui sont les siennes en tant que “Fils de l’homme” (terme utilisé par Jésus, peut être en référence au passage dans Daniel 7:13-14 décrivant le Messie attendu par les Hébreux): il est le seul habilité à guérir à l’intérieur (pardon des péchés) et à l’extérieur (guérison physique). Rien n’est “plus facile” ou “plus difficile” pour lui, au final ! Il a l’autorité pour les deux.

La bonne nouvelle qu’il annonce est une nouvelle qui libère l’être entier et s’inscrit parfaitement dans la suite de l’expulsion de l’esprit mauvais dans la synagogue, en Marc 1: des paroles, des actes, de l’autorité…avec pour résultat une foule frappée de stupeur et louant Dieu!

Et nous, quelle nouvelle annonçons-nous le plus facilement? Le pardon des péchés ou la guérison divine?

Ne serions-nous pas en train de rater la cible de l’évangélisation selon Jésus, en restant focalisé sur l’un des deux aspects au détriment de l’autre?

Que le Seigneur nous éclaire chacun face à cette question, et qu’il nous accorde audace, autorité et puissance dans notre témoignage individuel et en église.

En bonus, une prédication de Josiane sur le même sujet et le même texte, donnée (cette fois-ci en avance sur l’article !) dimanche 20/11/22 :

« Watch it (again) » : la conférence « l’Evangile, affaire privée ou engagement public ? »

Vous l’avez sans doute vu passer : En mai 2022, l’Institut Catholique de Paris a accueilli les théologiens Stanley Hauerwas et William T. Cavanaugh pour une semaine de rencontres. Ces derniers ont notamment participé à la conférence du 18 mai : « L’Évangile, affaire privée ou engagement public ? »

Cette soirée exceptionnelle s’est déroulée en deux temps :

20h : Réflexion théologique et action sociale : discerner et espérer

21h : Vivre l’Évangile : susciter, éduquer et former à l’engagement

Bonne nouvelle ! Il est possible de (re)découvrir cette soirée sur le site de l’ICP ou via la vidéo ci-dessus disponible sur la chaîne youtube de l’Institut.

Bonne vision édifiante !

Rencontre avec Gilles Geiser, pasteur, auteur et « stand-upeur » engagé

Gilles Geiser, Pasteur, auteur, éducateur…et « stand-upeur » engagé, qui se lève et se tient debout « dans la grande assemblée pour annoncer la bonne nouvelle » (Source image : Gilles Geiser)

Souvenez-vous : le 15 septembre 2021, sortait chez BLF « un MOI pour AIMER l’essentiel » de Gilles Geiser, un parcours méditatif de 30 jours « pour trouver ta joie en Dieu » [à l’origine un outil conçu en 2019 pour dynamiser les groupes de maison] qui m’avait inspiré à l’époque un article.

Ce livre étonnant et unique, déstabilisant et souvent drôle, est à vivre chaque jour, seul, ou mieux, en couple, « à deux ou (même) trois » (ce qui est le minimum ecclésial » selon Jésus), comme un parcours ou une aventure autour de ce qui fait l’essentiel de notre existence. Mon épouse et moi l’avions vécu à deux, en lisant un chapitre par jour, suivi de temps d’échange et de prière, pour s’encourager mutuellement et concrètement à passer, comme nous y invite l’auteur, « du savoir à l’avoir », pour relever le défi d’« un MOI pour AIMER l’essentiel ». Un parcours quotidien bienvenu qui nous invite donc à nous focaliser sur l’essentiel de Dieu, enseigné par le Seigneur Jésus-Christ dans les Evangiles : aimer « le Seigneur ton Dieu » et aimer « ton prochain, comme toi-même » (Matt.22v36-40).

Son auteur est Gilles Geiser, un nom qui sonne comme « geyser »… »geyser d’amour » (cf Rom.5v5) : Marié et père de trois adolescents, ce pasteur, auteur et éducateur, est aussi un « stand-upeur » engagé qui gagne à être mieux connu en France, comme il l’est actuellement en Suisse [il a reçu « un prix de la personnalité », décerné en 2021 par le mensuel Christianisme aujourd’hui].  A l’instar du psalmiste qui se lève et se tient debout « dans la grande assemblée » pour « (annoncer) la bonne nouvelle : le Seigneur délivre ! », Gilles ne se tait pas non plus, mais il dit que Dieu est « un vrai sauveur, ne cachant « ni la bonté ni la vérité de Dieu » (Ps.40v10-11).

Au bout d’un an et 30 jours, après des échanges par mail suite à la parution de mon article sur son livre, nous parvenons enfin à caler un rendez-vous par zoom, samedi matin 01/10, à l’heure du café (ou du thé). Nous nous sommes entretenus ensemble de l’impact et de « l’après-un MOI pour AIMER l’essentiel », et bien plus encore. 

Ce qui suit est la « substantifique moelle » d’un échange fraternel, d’autant plus apprécié et appréciable qu’il a contribué à nous focaliser sur l’essentiel : merci à Gilles Geiser, pour sa disponibilité et pour s’être prêté au jeu des questions-réponses !

Un bilan de « Un MOI pour AIMER » : un outil au service des églises (source image : Gilles Geiser)

« Un MOI pour AIMER l’essentiel : un an après »

« Il y a eu beaucoup de retombées positives et plusieurs personnes ont été touchées », me témoigne Gilles, en guise de bilan. « Mais le plus positif est que trois églises (Château-d’Oex, Yverdon, Nyon) ont vécu en communauté « un MOI pour AIMER l’essentiel » et l’ont bien apprécié ».

En guise de rappel, « Un MOI pour AIMER est un parcours en ligne qui se veut un outil au service des églises. L’idée est de vivre « un MOI pour AIMER » chaque année, en église ou en groupe de maison, avec un thème spécifique, pour renforcer la communauté.

Pour suivre le parcours vécu en église, c’est chaque jour sur http://www.1mpa.ch, avec une méditation, un témoignage et un sondage. (celui de 2022 est actuellement disponible en ligne) 

Initialement, il y a eu « Un MOI pour AIMER l’essentiel » en 2019 [publié sous forme de livre en 2021], puis « Un MOI pour AIMER Dieu » en 2020, « Un MOI pour AIMER l’Eglise » en 2021, et « Un MOI pour AIMER la Bible » en 2022. Est prévu, pour 2023, « un MOI pour AIMER Jésus ». « L’idée de base, c’était un MOI pour AIMER Pâques, mais on le fera peut-être l’année prochaine », m’explique Gilles, qui aimerait bien faire un jour « un MOI pour AIMER Noël » et rêve d’une application « un MOI pour AIMER ». En attendant « un MOI pour AIMER » à vivre en famille ?

« Un MOI pour AIMER Dieu » 

Ce parcours, considéré comme « un cadeau de Dieu » par Gilles et initialement écrit pendant « l’année covid », sous forme de slam, a été vécu dans son église de Chable-Croix à Aigle, dans le Chablais vaudois.

« Le principe consiste à découvrir une qualité de Dieu chaque jour », car « ce que je sais de Dieu [ce qu’il est avant ce qu’il fait] me conduit à l’adoration et me transforme ». A l’inverse, souligne Gilles, « si j’ai du mal à adorer un Dieu jaloux, c’est que j’ai mal compris cette qualité ».

Un parcours au curieux titre, avec un jeu de mot « MOI/MOIS » 

« Ce n’est pas « un MOI à AIMER », mais « un MOI pour AIMER », précise Gilles, qui reconnaît bien aimer les jeux de mots. « Nous sommes avant tout créés pour aimer et non pas d’abord pour être aimés ».

« Tu aimeras » : un commandement ou une promesse ? »

« A la fois un commandement et une promesse, quand on se tourne vers Dieu » , dit Gilles, citant Saint Augustin : « Dieu donne ce qu’il ordonne ». « Nous pouvons ne pas commettre l’adultère ou ne pas voler, mais il nous est impossible d’aimer. Cette Parole du décalogue « tu aimeras » est une injonction qui souligne ma propre incapacité à aimer et mon besoin d’un amour venant d’ailleurs et ne se trouvant qu’en Dieu ». En clair, « pas d’amour pour Dieu sans lui ».

Une citation « culotée » de Jonathan Edwards, qui se trouve dans « un MOI pour AIMER l’essentiel », p 127 : « Si nous aimons notre famille par-dessus tout, nous finirons par choisir le bien de notre famille au détriment du bien d’autres familles.  Si nous aimons notre pays par-dessus tout, nous choisirons les intérêts de notre pays et nous ignorerons ceux des autres pays.  Si nous aimons notre intérêt personnel par-dessus tout, nous choisirons de nous servir nous-même au détriment des besoins des autres.  C’est seulement si nous aimons Dieu lui-même par-dessus-tout que nous pourrons aimer et servir tout le monde, toutes les familles, toutes les catégories, tous les peuples » (Jonathan Edwards, cité par Gilles Geiser, « un MOI pour AIMER l’essentiel », p 127). Un antidote aux tentations du tribalisme et du nationalisme et autres replis identitaires ?

« Cette hiérarchie des loyautés est tellement vraie », dit Gilles. L’idée, même enrobée de « couleur évangélique », qui consiste à mettre mon église avant toute chose, conduit au final à l’exclusion des autres. Et en cas de division, nous pouvons même ne pas souhaiter que celui avec qui l’on s’est divisé réussisse ou craindre que l’autre réussie mieux que nous !

Face à l’idée véhiculée que, pour affronter ce monde, il conviendrait de « se blinder », de « s’endurcir », 1 Thes.5v8 exhorte « ceux qui appartiennent au jour » à prendre « la foi et l’amour comme cuirasse… ». L’amour : non une faiblesse, mais une protection !

Gilles reconnaît ne pas avoir ce verset en tête, mais que celui-ci donne à réfléchir. En guise de moteurs, nous agissons soit par peur, soit par amour. Si en tant que communauté, nous nous protégeons, nous agissons par peur (d’être persécuté, « souillé » par l’autre…). Mais le moteur du chrétien devrait être l’amour, lequel « bannit la peur ». L’amour est plus forte que la peur. « La cuirasse de foi et d’amour », dont il est question en 1 Thes.5v8, nous protège, en ce que cette cuirasse (ou ce vêtement) n’est pas faite « avec des peaux de peur ». 

Gilles Geiser, « slameur » et « stand’upeur engagé » 

Les spectacles sont écrits pour des personnes qui trouvent « belles » les valeurs chrétiennes, mais sans pour autant avoir compris le coeur de la foi. D’une durée d’1h20, ils nous entraînent du rire au sens, en passant par les émotions, avec des sketchs, des slams, et la marionnette « Colette ». Gilles aborde ce qui l’irrite, tels les emballages garantis « ouvertures faciles », mais qui nous donnent en réalité du fil à retordre….lesquels nous renvoient à notre prétendue « ouverture (facile) d’esprit », alors que notre coeur n’est en réalité pas si facilement « ouvert » que cela ! Il invite à le suivre dans un parcours autour du handicap : celui de sa petite sœur Anne à laquelle il rend un hommage touchant et magnifique, celui que génère la peur, et celui de l’amour.

« Un MOI pour AIMER l’essentiel, est-ce une répétition des stand-up ? 

« Pas impossible ! », me répond Gilles après un moment de réflexion. « Les questionnements en fin de chapitres du livre correspondent à ce que la marionnette pourrait dire…. »

En savoir plus :

Le site perso de Gilles Geiser, le parcours « un MOI pour AIMER », et l’Église Évangélique de Châble-Croix | Aigle

« Un MOI pour AIMER l’essentiel », de Gilles Geiser. BLF éditions, 2021. Disponible dans toutes les bonnes librairies, ici ou , et chez l’éditeur.

Recension de l’ouvrage à (re)lire sur Pep’s café! le blogue

Es-tu prêt pour le retour du Seigneur Jésus-Christ ? (Luc 12v22-48)

A quand remonte votre dernière prédication entendue sur le thème du retour de Jésus-Christ ?

Voici un message du Pasteur Gilles Boucomont, de Belleville, sur ce qu’implique « être prêt » pour le retour du Seigneur, sur le texte de l’Evangile selon Luc 12v22-48 (à partir de 30’58’’)

Bonne écoute édifiante !

En ce moment, j’écoute « Comigo estas » de Rachel Novaes

La connaissiez-vous ? Rachel Novaes est une chanteuse, musicienne, et compositrice chrétienne. Depuis 20 ans, elle partage, à travers sa musique, l’amour transformateur de Dieu aux côtés de son mari Marcelo Novaes (à la guitare). 

A découvrir (ci-dessus) l’un de ses titres : « Comigo estas » (Tu es avec moi).

Et bien d’autres compositions encore sur sa chaîne.

Découvrir également son site et son témoignage lors du culte du 19/06 au temple du Marais (Paris), où elle animait la louange.

Bonne écoute !

Le buzz évangélique du mois : Dieu… « au contrôle » de CNews ?

Au-delà du « buzz évangélique », il s’agit ici de dépasser « l’anecdotique » pour privilégier une réflexion et une méditation biblique sur ce qu’est être « « bienheureux » et « joyeux », et sur ce que signifie « bénir » et être « un témoin fidèle et véritable ».

Cela vous a peut-être échappé : La vidéo a été tournée le dimanche 27 mars 2022, diffusée sur YouTube le 3 avril 2022, mais n’a fait le buzz qu’à la faveur d’un tweet daté du 2 juillet 2022, devenu viral, de Joao Gabriel, doctorant guadeloupéen en Histoire à l’université John-Hopkins de Baltimore, aux États-Unis. Cette vidéo, c’est celle de la journaliste Christine Kelly, ex-membre du CSA (2009-2015) et animatrice, depuis 2019, de l’émission « Face à l’info », sur CNews, invitée, aux côtés de Samuel Pruvot de Famille chrétienne, à venir sur la scène de l’église évangélique MLK de Créteil pour évoquer « ce que les candidats à la présidentielle pensent de Jésus ». Face à une salle comble, elle explique au pasteur Ivan Carluer, qu’elle est venue « pour témoigner de la puissance de Dieu » et à quel point sa foi guide au quotidien son travail.

Pour décrypter cette séquence, Arrêt sur image a invité en plateau le pasteur Ivan Carluer et Linda Caille, journaliste, spécialiste des questions religieuses. En visio, Joao Gabriel, doctorant cité plus haut et Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, directeur d’études à l’EPHE.

« Alleluia » ? Gloire à Dieu » ? Pas si vite ! Personnellement, j’ai trouvé cette prestation particulièrement gênante.

Comprenons-nous bien : le problème n’est pas le fait, pour « un professionnel », de témoigner publiquement (à l’église ou ailleurs) de sa foi dans son travail ou de lui donner un sens spirituel.

Le problème est qu’il ne s’agit pas de n’importe quel travail, de n’importe quelle émission et de n’importe quelle chaîne.

Comme souligné en introduction, Christine Kelly est en effet présentatrice de l’émission controversée « Face à l’info », diffusée sur la non moins controversée chaîne CNews(1) – que je ne regarde pas, qui s’est faite porte-voix, entre autres, du racisme le plus décomplexé – avec à ses côtés, le polémiste Éric Zemmour(2) avant qu’il ne devienne candidat d’extrême droite d’inspiration maurassienne à l’élection présidentielle.

Celle qui a toujours nié sa responsabilité dans la condamnation d’Éric Zemmour pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs isolés étrangers, raconte à l’assistance qu’elle a « laissé (Dieu) piloter envers et contre tous, envers les insultes et les menaces. Et je me dis, si tu m’envoies là, c’est que tu as une mission, je ne sais pas laquelle, mais je vais la faire. »

Une mission pas si simple à assumer puisque la présentatrice qui était sous contrat avec Cyril Hanouna au moment où on lui a proposé le poste raconte avoir été ostracisée par ses proches pour avoir accepté d’aller sur CNews. Mais cela ne l’empêche pas de voir le fait de Dieu dans les succès d’audience de l’émission, et dans l’ascension politique d’Éric Zemmour une sorte de projet cautionné par Dieu. « Une chose est sûre, c’est que quand il est arrivé dans cette émission c’était l’homme le plus détesté de France et après il a pu être candidat à la présidentielle. » [Ledit candidat par ailleurs battu au premier tour de la présidentielle avec 7,7 % des voix et battu au premier tour des législatives, avec 0 élus pour son parti]

Dieu, « au contrôle de CNews » ? Mais l’on comprend mal comment Celui qui se déclare comme « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), voudrait d’une telle émission où Christine Kelly a continué à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour en roue libre, alors que celui-ci a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et injure raciale, notamment pour ses propos à l’égard des mineurs isolés étrangers tenus sur son plateau et mollement modérés par l’animatrice.

Sans oublier les propos tenus par le polémiste, en toute fin d’émission, le 23/10/19 : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français« . Propos tenus en direct, non relevés, ni modérés par l’animatrice Christine Kelly qui s’est contentée d’une conclusion laconique : « Merci messieurs. Vous êtes partis sur un accord, vous finissez sur un désaccord« , avant d’annoncer la suite du programme sur CNews(3).

Ce qui est étonnant de la part d’une ex-membre du CSA, qui a pourtant su s’adresser avec assurance devant l’assemblée de MLK….

On le comprend d’autant plus mal que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament.

Arrêt sur image a d’ailleurs et notamment demandé pourquoi lors de cette séquence sur scène le pasteur hôte Ivan Carluer n’interroge jamais Christine Kelly sur les raisons qui l’ont poussée à continuer à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour, bien que ce dernier ait été multi-condamné. « Parce que je ne fais pas de politique », justifie-t-il, estimant que Christine Kelly se serait laissée déborder par Eric Zemmour.  « Je n’ai pas le droit de faire la politique. Je ne valide pas Zemmour. Ce qui m’intéresse c’est Christine Kelly qui assume sa foi. Je suis chez elle à ce moment-là, on fait famille. Et elle-même n’est pas politique ». Pourtant, c’était bien là LA question à poser à l’invité, susceptible d’impulser une édifiante discussion sur les limites d’un engagement au prix de la compromission….

De là ma gêne exprimée ici face à cette prestation de Christine Kelly à MLK.

C’est aussi gênant pour Joao Gabriel, lequel explique, sur twitter, que « lorsqu’on associe les bénédictions de Dieu à la réussite d’une émission, alors que cette émission a joué un rôle dans la diffusion des idées d’extrême droite, c’est une façon de normaliser l’extrême droite par des biais différents », soulignant que « le discours de Kelly sur l’audimat qui explose est important dans le sens où il joue avec un lieu commun de la pensée évangélique : si un truc prospère, c’est que Dieu y concourt ». Sauf que des psaumes, comme le psaume 37, ou le psaume 73, nous disent le contraire.

Gênant aussi quand le pasteur Ivan Carluer avance qu’Éric Zemmour « a eu de la chance » d’avoir à ses côtés Christine Kelly, déclarant : « Je pense M. Zemmour, que vous avez été béni ». C’est certes son point de vue, mais précisons que « Bienheureux » (« ashré », en hébreu) est le premier mot par lequel commence le livre des Psaumes (1v1), dans la Bible, mais aussi le sermon ou grand discours de Jésus sur la montagne, rapporté dans les Evangiles selon Matthieu et Luc. Mais plus que « bienheureux », le mot « ashré » signifie « joie », au singulier : « joyeux l’homme qui n’est pas allé dans le conseil des impies, ne s’est pas tenu dans le chemin des pécheurs et n’a pas demeuré dans la demeure des railleurs » [ou, selon la septante, traduction grecque de l’ancien testament, « ne s’est pas assis dans la chaire des pestilents », cad ceux qui enseignent une doctrine pernicieuse].

« Un groupe bénit ce qu’il cautionne. Pas ce qu’il trouve gentil ou joli », souligne sur son blogue le pasteur Gilles Boucomont de l’église protestante de Belleville. « Ce qu’il pense bon et bien pour l’existence à long terme du groupe. Mais il faut aller plus en profondeur dans la réalité biblique pour comprendre ce que bénir veut dire dans les Ecritures. La bénédiction première dans le fil du récit biblique est celle du créateur qui lance son “C’est bon !” (TOV) au fil des réalités qu’il a créées en ordonnant le chaos (TOHU wa BOHU) initial. C’est bon quand la confusion entre le lumineux et le ténébreux cesse, quand l’entremêlement du mouillé et du sec touche à sa fin. Et ce n’est pas bon comme une catégorie de la morale, mais comme un décret divin. C’est bon parce que Dieu dit que c’est bon. C’est bon parce que Dieu décide et proclame haut et fort que c’est bon ».

« Bénir », ce n’est donc pas « dire du bien » de (et à) quelqu’un, parce que nous pensons que c’est sympa ou « cool » de le dire, mais élever la voix (ou prendre la plume) pour seulement et simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : soit dire une chose juste et vraie. Nous disons que « c’est bon », « très bon », ou « pas bon », parce que Dieu dit que c’est le cas.

Dieu peut-il alors dire que ce qui se donne à voir et à entendre sur CNews est « bon », voire même « très bon » et « à sa gloire », « pour l’édification de tous », vu l’esprit et la ligne éditoriale de la chaîne ?

C’est ainsi qu’il est tout sauf anodin de venir expliquer en public, en tant que chrétien, « à quel point » notre foi « guide au quotidien notre travail » : c’est une responsabilité, puisque c’est rendre visible le Christ, notre Seigneur, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bon témoin fidèle et véritable.

Ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain. De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

Aller plus loin :

Ce que pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information

Etre un meilleur chrétien grâce au journalisme 

Une vision chrétienne du journalisme : ce que signifie « se laisser conduire par l’Esprit saint »

Notes :

(1) Anciennement nommée I-Télé, CNews s’est faite porte-voix, entre autres joyeusetés, du racisme le plus décomplexé. Éric Zemmour y officie ainsi quatre fois par semaine dans l’émission Face à l’info présentée par Christine Kelly. C’est dans ce cadre qu’il a donné cette considération sur les mineurs étrangers isolés, le 29 septembre 2020 : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs. C’est tout ce qu’ils sont ». [propos mollement modérés par Christine Kelly : « Eric Zemmour, vraiment ? Il n’y a pas de juste milieu ? » , un « pas tous », et par un « on vous laisse la responsabilité de vos propos »] Un dérapage ? Non, une tradition chez cet admirateur du général Bugeaud, qui le 31 août 2019 balançait au sujet d’agressions estivales : « On sait que les victimes s’appellent Mélanie et les assassins Youssef. » Éric Zemmour a été mis en demeure en 2019 par le CSA pour avoir vanté l’action de ce militaire lors de la conquête de l’Algérie, sans être modéré ou recadré par l’animatrice Christine Kelly, dans le cadre de l’édition du 23 octobre 2019 de « Fac à l’info » : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être français ! » [émission indisponible à ce jour en replay, y compris sur le site de la chaîne CNews. Voir ce compte-rendu sur https://www.ozap.com/actu/-je-suis-du-cote-du-general-bugeaud-eric-zemmour-fait-l-apologie-des-massacres-coloniaux-en-algerie-sur-cnews/584990 et https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/12/03/le-csa-met-en-demeure-cnews-pour-des-propos-d-eric-zemmour-sur-la-guerre-d-algerie_6021460_3236.html ]

Loin de causer du tort à la chaîne, cette stratégie éditoriale semble au contraire porter ses fruits : les taux d’audience ne cessent de grimper. L’été 2020, CNews a dépassé LCI pour devenir la deuxième chaîne d’information française derrière BFM TV, caracolant régulièrement au-dessus de la barre des 500 000 téléspectateurs [et atteint près d’un million de téléspectateurs en 2021, ce qui permet à CNews d’arriver largement en tête des chaînes d’information sur cette tranche horaire et contribue à son succès croissant face à BFM TV] (cf https://basta.media/25-heures-devant-CNews-Zemmour-Praud-chaine-ou-prospere-ideologie-reactionnaire-extreme-droite ).

(2) Promoteur du fantasme « du grand remplacement » et réhabilitant Pétain, ce candidat s’est déclaré « pour l’Eglise et contre le Christ », instrumentalisant le christianisme

(3) Des propos qui, pour le CSA, contreviennent à plusieurs des obligations de la chaîne, jugeant que ces propos « ont pu être perçus » comme « une légitimation de violences commises par le passé à l’encontre de personnes de confession musulmane mais aussi comme une incitation à la haine ou à la violence à l’égard de cette même catégorie de la population ». En outre, le régulateur estime que CNews, en diffusant ces propos en direct « sans réaction ni même modération » de la part de l’animatrice, a manqué à son obligation de garder la maîtrise de son antenne, qui s’impose en toutes circonstances.

Mercredi 13 juillet 2022, le Conseil d’Etat a rejeté les demandes d’Eric Zemmour et de CNews pour annuler l’amende de 200.000 euros infligée à la chaîne par le régulateur des médias pour « incitation à la haine » et « à la violence » après les propos du polémiste d’extrême-droite sur les mineurs migrants isolés. Au coeur du litige, une sanction du CSA (devenu ARCOM) prise en mars 2021 pour ces mêmes propos. La plus haute juridiction administrative en France a en effet estimé que « la sanction litigieuse est fondée », motivant sa décision comme suit : « D’une part, sur la méconnaissance par la chaîne CNews de son obligation de ne pas diffuser de programmes incitant à la haine et de ne pas encourager des comportements discriminatoires » et « d’autre part, sur un manquement à son obligation de maîtrise de l’antenne ».

« Être un meilleur chrétien » grâce au journalisme : « yes, we can ! »

« On t’a fait connaître », ô journaliste chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« De nombreux chrétiens sont hostiles aux médias, mais ma foi s’est approfondie grâce à ceux-ci », explique le journaliste Jon Ward dans une excellente tribune parue dans « Christianity Today », et dont voici ci-dessous un extrait. Intégralité de l’article à lire en français sur le site du magazine. Les notes entre crochets sont de mon cru.

Est-il difficile d’être chrétien et journaliste ? » On me pose souvent cette question.

Lorsque je parle de mon travail à des jeunes, elle revient presque à chaque fois. Je trouve toujours cela bizarre. J’ai moi-même grandi dans le cocon douillet d’une communauté évangélique non confessionnelle. Je connais donc les présupposés sur le monde extérieur qui suscitent cette question. Mais je peine encore à saisir pourquoi cela me trouble autant.

De nombreux chrétiens conservateurs américains grandissent dans l’idée que « les médias »[sic] sont malfaisants, presque autant que les démocrates, voire pires. C’est ainsi que j’ai grandi. Tout comme Hollywood et les universités, on m’a appris que « les médias » étaient de gauche,  laïcs et antireligieux ; ils nous détestaient, nous et nos valeurs.

Parfois, l’idée provenait d’un orateur à l’Église. Le plus souvent, elle était retransmise par les médias et autres relais de diffusion qui dominaient la culture évangélique. À n’en pas douter, il s’agissait de radios conservatrices [lesquelles sont des « médias », au même titre que les « autres » chaînes de TV/vidéos regardées ou magazines lus par les mêmes « chrétiens conservateurs »…..]. Mais j’ai aussi entendu ce genre de propos de la part d’organisations politiques conservatrices comme le Family Research CouncilFocus on the FamilyChristian Coalition et d’autres encore. Je l’ai entendu encore ailleurs, comme dans les conférences Teen Mania où j’allais pour « être enflammé » pour Christ et m’inscrire à des voyages missionnaires à l’étranger.

Ainsi, lorsque les enfants me demandent s’il est difficile d’être chrétien et journaliste, je sais qu’ils en ont une certaine idée en tête. Ils me visualisent en train de travailler au milieu d’athées débauchés, addicts à la drogue et aux relations sexuelles en état d’ivresse, et lisant de la propagande athée.

Lorsque le député républicain de Caroline du Nord récemment élu, Madison Cawthorn, a raconté des histoires d’orgies et de cocaïne en politique, qui ont été ensuite réfutées, il prolongeait les mêmes présupposés motivant les questions que j’ai reçues d’étudiants un peu plus jeunes que lui.

Les chrétiens conservateurs sont beaucoup plus hostiles envers les médias aujourd’hui qu’ils ne l’étaient quand j’étais jeune. Des membres de ma propre famille m’ont dit que je devrais avoir honte de faire mon métier. En fait, la plupart des gens n’aiment pas les médias, et c’est dommageable pour la société. Comme je l’ai écrit récemment dans un article de Yahoo! News, les médias en portent partiellement la responsabilité.

Mais après 20 ans de travail dans le journalisme, c’est aussi grâce à ce métier que ma foi chrétienne est plus profonde et plus forte. Alors que je travaillais à un livre décrivant mon éducation dans la foi chrétienne puis mon parcours en tant que journaliste dans les médias traditionnels, le constat suivant s’est imposé à moi de plus en plus clairement : être journaliste a en fait fait de moi un meilleur chrétien.

Le journalisme a renforcé les traits de mon caractère les plus nobles et les plus chrétiens. J’ai appris pendant deux décennies à discerner le vrai du faux, et — ce qui est probablement encore plus important — à discerner quand il n’y a pas de réponses ou de solutions faciles. J’ai appris aussi à rechercher la vérité, peu importe qui elle pourrait offenser.

J’ai également acquis un sens de l’humilité quant à ce qu’il est possible de savoir avec certitude, avec la capacité de reconnaître que notre point de vue est souvent limité et incomplet. 

(….)

De plus, j’ai expérimenté l’incroyable utilité de l’expertise. L’une des tâches principales du journaliste est de distinguer les experts des pseudo-experts et de savoir leur parler pour ensuite traduire leurs propos pour le lecteur non initié. Cela transforme les perspectives. Un ensemble de faits peuvent sembler univoques, ou unidimensionnels, jusqu’à ce qu’on ait affaire à un expert.

Dès mon plus jeune âge, je me suis accroché à l’idée que le christianisme a foi en la vérité. J’ai toujours aimé la façon dont Jésus défendait la vérité. « Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit-il en Jean 14.6. Il a promis que son Esprit nous « guidera dans toute la vérité » (Jean 16.13). Alors que son exécution était proche, Jésus a dit à Ponce Pilate : « Je suis né et je suis venu au monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18.37). Ailleurs dans l’évangile, le Christ affirme que « la vérité vous rendra libre » (Jean 8.32).

Il y a aujourd’hui beaucoup de contraintes qui compliquent la recherche de la vérité pour la plupart des gens. Être journaliste m’a libéré et équipé pour cette tâche.

La plupart des gens fondent leur point de vue sur le monde en fonction des groupes qu’ils fréquentent et ceux auxquels ils appartiennent. Ces groupes façonnent leur identité : leur famille, leur Église ou leur groupe d’amis, leur parti politique, leur milieu professionnel. Plus que cela, leur groupe détermine l’histoire dans laquelle ils croient vivre.

La vision du monde et « l’histoire » d’une personne filtrent ensuite les informations qu’elle absorbe et celles qu’elle rejette. Quel que soit le groupe auquel vous appartenez, il vous punira pour avoir cru ou dit les « mauvaises » choses et vous récompensera pour avoir soutenu ce qu’il défend. Ce problème existe dans tous les groupes, y compris dans le journalisme. (….)

Cependant, le journalisme est l’un des rares cercles dans lequel prendre la parole contre son propre camp, contre le consensus de sa propre culture, est généralement encouragé et récompensé. (….)

Il existe d’autres groupes semblables, des milieux professionnels attachés à ce que l’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, appelait « les valeurs des Lumières : collecter, évaluer et analyser des informations, puis diffuser les conclusions pour utilisation, étude, ou réfutation ».

Dans son livre The Constitution of Knowledge (« La constitution de la connaissance »), Jonathan Rauch note qu’aux côtés du journalisme les mondes de l’érudition, de la science, de la recherche, de l’analyse statistique, de la réglementation et du droit mettent tous ces valeurs en avant.

J’ai eu une carrière variée. Pendant huit ans, j’ai travaillé pour un journal conservateur, The Washington Times. Ensuite, j’ai passé un an et demi à aider Tucker Carlson à lancer le Daily Caller. Ensuite, j’ai travaillé pour un site internet orienté plus à gauche, The Huffington Post. Et depuis plus de sept ans, je travaille pour Yahoo! News. Mon passage au Washington Times a donné le ton à ma carrière. À certains égards, ce journal était marqué par des biais institutionnels mis en place par les propriétaires et les principaux rédacteurs. Mais ceux d’entre nous qui étaient affectés aux actualités étaient farouchement déterminés à suivre les faits où qu’ils mènent.

J’ai toujours suivi cette règle au cours de mes deux décennies de journalisme, et voici ce qui me paraît crucial : l’industrie, dans l’ensemble, a récompensé cette attitude.

J’ai été libre d’écouter, de creuser, d’être d’accord ou non, et de suivre la piste où que mènent faits. Ainsi, je suis en quelque sorte payé pour marcher dans une direction chrétienne, celle qui reste à l’écart des arguments motivés par l’idéologie ou l’appartenance à un groupe.

Comme l’a dit Martin Luther King Jr., les chrétiens devraient toujours constituer une présence prophétique dans le monde, plutôt que d’être redevables à un pouvoir, une principauté ou un parti politique. [En clair refuser d’être réduits à n’être que des « prophètes de cour », à l’instar des prophètes d’Achab dans 1 Rois 22]« L’Église doit se rappeler qu’elle ne doit pas être le maître ou la servante de l’État, mais sa conscience », déclarait King. « Elle doit être le guide et le critique de l’État — jamais son instrument. Tant que l’église sera un instrument de l’État[ou d’un quelconque politicien], elle sera incapable de fournir ne serait-ce qu’une once de pain aux hommes du milieu de la nuit ».

(…..)

Plus on se tient à l’écart des pouvoirs politiques, des partis et des groupes, plus on est libre de rechercher la vérité où qu’elle mène. Et plus on poursuit la vérité, plus on distinguera les nombreux domaines où pourrait s’exprimer une critique constructive, quel que soit le bord idéologique. C’est cela que signifie avoir un pied dans le royaume de l’homme et un pied dans le royaume de Dieu : être une sorte de marginal, vivant toujours à la frontière, comme le met en évidence l’artiste Makoto Fujimura.

Les chrétiens devraient être prêts à franchir de nombreuses frontières. Ils devraient appartenir à des partis tout en se tenant à l’écart. Ils devraient même parfois passer d’un parti à l’autre, sans jamais prêter une allégeance inconditionnelle à l’un ou à l’autre. Ils devraient être profondément investis dans le travail pour le bien de leur pays et de ce monde, tout en se rappelant que leur citoyenneté est au Ciel et que leur espérance est en Christ, quoiqu’il arrive.

En traversant différentes frontières pour accroître leur capacité de compréhension et démasquer les mensonges, en particulier ceux véhiculés par des caricatures réductionnistes et des confusions trompeuses, les chrétiens peuvent être des agents de vérité, de nuance et de guérison. Ils peuvent avoir un impact positif sur la culture plutôt que d’y semer la guerre.

Lire l’intégralité de l’article ici.

Jon Ward est correspondant national principal de Yahoo! News, auteur de Camelot’s End et animateur du podcast The Long Game . Son deuxième livre, Testimony — récit d’une éducation évangélique et de son entrée dans le journalisme — doit être publié en avril 2023 par Brazos Press.

Aller plus loin : Pour une vision chrétienne du journalisme, « laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ».