Comment l’Eglise locale peut être un « havre de paix pour les homosexuels »

« Havre de paix pour toute personne fatiguée et chargée, lieu de sécurité pour le pécheur en reconversion, l’Eglise a un grand rôle à jouer dans un monde en perte de repères ». ( Source : Pixabay)

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) rappelle, le 17/05 sur twitter, qu’« aucune violence physique ou psychologique envers une personne en raison de son orientation sexuelle ou son identité de genre ne peut être justifiée par l’Evangile ou l’exemple de Christ.  Les protestants évangéliques sont attachés à la protection des personnes et sont opposés à toute forme d’abus, notamment ceux commis sur les personnes en questionnement à propos de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre. La Bonne nouvelle est pour tous, car nous sommes tous loin de l’idéal biblique et de notre modèle : Jésus-Christ ! »

Cette prise de position, relayée par « infochrétienne » notamment sur sa page Facebook, provoque, de la part d’internautes, un déluge de commentaires indignés/scandalisés, certains particulièrement inquiétants, au point où je me demande s’il ne s’agit pas là d’un phénomène « d’astro-turfing » [ou technique consistant en la simulation d’un mouvement spontané ou populaire à des fins de manipulation pour fabriquer l’opinion] pour tenter de décrédibiliser le mouvement évangélique en le présentant sous un jour systématiquement caricatural et outrancier.

Au-delà du bruit et de la fureur, il serait plus sain, comme nous y invite le Pasteur Gilles Boucomont « de se retrouver en Eglise pour penser les questions qu’ont fait surgir ces débats, avec un impératif que le Christ nous soumet : être dans sa vérité, et être dans la paix. En somme être en Lui, qui est Vérité et Prince de paix ».

Dans un article initialement paru dans « Homosexuel, mon prochain », hors-série n° 15, 4ème trimestre 2013,  des Cahiers de l’Ecole Pastorale, l’auteur, actuellement pasteur au temple de Belleville, après avoir exercé au Marais, nous explique comment « l’église locale (peut être un) havre de paix pour les homosexuels » dans un monde en perte de repères, en précisant qu’il ne s’agit pas du tout d’être « dans une perspective morale mais [de se montrer] plus préoccupés par la sortie d’une idolâtrie qui menace tout humain et tout croyant, [l’auteur] le premier.  Ce dont nous sommes redevables devant Dieu, c’est de faire bon usage de la grâce incomparable que nous avons reçue ». 

Extraits : 

Morale « judéo-chrétienne » ?

Toute Eglise protestante ou évangélique va donc prendre la question comme elle en a l’habitude, à l’aune de ce qu’évoque le texte biblique, qui fait autorité en matière de foi et de règles (Sola Scriptura). L’Ecriture est une source centrale bien qu’elle ne soit jamais purement unique. Si c’est l’Ecriture seule qui fait foi, nous savons combien notre culture est marquée par le paternalisme et le puritanisme du XIXème siècle, que nous confondons avec la « morale judéo-chrétienne », concept créé par les sociologues athées et les journalistes de la fin du XXème siècle.  Et nous confondons sans nous en apercevoir l’Ecriture et ses interprétations, dont nous avons intégré les lignes fortes pour ne plus pouvoir revenir à la source sans y apporter un goût extérieur, extra-biblique. Après tout qui se choque encore du nombre d’épouses et concubines de Salomon ? Qui encore, sinon les pharisiens, crie au scandale quand Marie sèche les pieds de Jésus avec ses cheveux ? Qui s’étonne que Joseph aille sans problème à Bethléem avec une Marie enceinte avant le mariage, n’étant lui-même blessé que par le fait qu’il ne soit pas à l’origine de cette grossesse ?  

Bref, il est objectif que la Genèse pose la complémentarité homme-femme. Mais trouver une morale immanente à la Bible en matière de sexualité, de conjugalité et de famille nécessite de tordre et déformer le texte biblique, à partir de nos principes et de notre actualité. La morale au temps d’Abraham n’a rien à voir avec celle au temps d’Esaïe, qui n’a rien à voir avec celle au temps des apôtres. Elle n’a rien à voir avec la nôtre, qui s’est surtout forgée dans les 150 dernières années…  

Quatre textes bibliques normatifs nous parlent d’homosexualités. 

Ils ne structurent pas une morale mais bien une Loi civile et religieuse, avec son aspect pénal. C’est le code de sainteté d’Israël. La première chose que nous remarquons c’est que, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, seul un texte interdisant l’homosexualité en Israël se trouve dans le premier testament (Lévitique 18,22 avec la punition assortie en Lévitique 20,13). Dans l’histoire de Loth, c’est le viol qui est condamné surtout (Genèse 19,5). De la même façon à Guibéah dans le viol d’un lévite (Juges 19,22). 

Trois textes se trouvent dans le nouveau testament, plus particulièrement dans les épîtres de Paul (Romains 1,28-31 1 Corinthiens 6,91 Timothée 1,8-11).  En 1 Corinthiens 6,9, Paul crée des mots nouveaux pour parler de l’homosexualité dans ses deux modes, passif (malakoï) et actif (arsekoïtai).  En Romains 1, il inclue l’homosexualité dans une série d’idolâtries comportementales. Son but est d’aboutir à Romains 3,23 : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». Il ne met pas un accent particulier au point que l’homosexualité fait partie d’une liste bien plus vaste.

En 1 Timothée 1,8-11, il déploie la même argumentation.     

La Loi et la morale  

Les Ecritures parlent donc clairement de l’homosexualité comme d’un péché. N’en déplaise à ceux qui sont prêts à tordre le texte pour affirmer le contraire, jusqu’à dire que Jésus l’admettrait, car sinon, il l’aurait condamnée explicitement…  En revanche, c’est la posture de Jésus face au péché et au pécheur qui nous importe pour comprendre l’économie nouvelle, la norme du Royaume. Comment nous positionner à notre tour non pas dans une attitude de jugement comme si c’était toujours la Loi qui prévalait pour nous, mais bien pour intégrer la grâce dont le Christ a voulu faire preuve, de la part du Père.  

Et c’est dans son attitude face aux pécheurs que nous pouvons comprendre la révolution Jésus.

En Jean 8, Jésus fait face à une femme adultère. Mais il n’est pas seul ; les tenants de la Loi sont avec lui, prêts à la lapider, mais rebroussant chemin dans la honte que fait monter en eux la conscience de leur péché.  Les tenants de la morale sont les nouveaux docteurs de la Loi et les nouveaux scribes ou pharisiens. A ceci près que, s’ils sont chrétiens désormais, ils se trompent de loi. C’est au nom d’une autre Loi que celle de Christ qu’ils agissent, au nom de cette loi morale prétendument judéo-chrétienne qui n’est autre qu’un paternalisme conservateur qui est surtout le fruit de la révolution industrielle, indispensable pour que les ouvriers soient disciplinés et serviles.  

Pourtant, bizarrement, si cette morale est très présente dans les Eglises, elle est exigeante contre l’homosexualité, mais elle est parfois moins véhémente contre l’adultère. Elle est tout à fait relâchée par rapport aux ivrognes, que l’on ne cherche pas toujours à sortir de leur mauvaise habitude au pays du bon vin. Que dire des cupides, qui eux sont dans les conseils pour administrer l’Eglise, alors que Paul en 1 Corinthiens 6,9-10 les met tous sur le même plan ? Sans distinction ni hiérarchie.     

L’amour et la vérité  

Il n’est pas insensé de considérer que tous ces péchés sont aussi graves les uns que les autres, dans la mesure où Paul proclame qu’ils nous privent du Royaume. Mais l’attitude de Christ en Jean 8 par rapport à la femme adultère devient la nouvelle norme du Royaume. L’Eglise, qui prolonge l’œuvre de Christ est donc le lieu où doit s’exprimer l’habile dosage de sévérité à l’égard du péché, et de compassion à l’égard du pécheur désireux de changer de vie.  C’est ainsi que les prostituées qui se convertissent sont souvent bien accueillies, les alcooliques en chemin vers la sobriété le sont aussi dans nos Eglises ; il doit en être de même pour ceux qui luttent en chemin contre l’homosexualité. L’Eglise est le lieu où les pécheurs (que nous sommes tous si nous relisons le sermon sur la montagne), viennent confesser leur misère devant celui qui les relève et leur dit : – Je ne te condamne pas, – Va, – Ne pèche plus.

Les trois éléments de ce cheminement sont capitaux. Jésus, par son délicat « ne pèche plus », signifie clairement qu’il n’a pas aboli le fait que l’adultère avéré de cette femme soit une occasion de rupture avec le monde, et avec Dieu et sa Loi. Il n’a pas aboli le code de sainteté. Et il n’hésite pas à dire les limites du possible. Il n’a pas de honte à dire que c’est invivable. Que c’est même contre Dieu. Il ne lui dit pas « Rien n’est grave, avance maintenant ». Selon le code de sainteté, elle devait être lapidée. Elle ne le sera pas. Mais combien de personne se disant homosexuelles sont lapidés verbalement ou simplement ostracisées jusqu’à ne plus revenir, dans des Eglises où leur péché a été promu au rang de péché supérieur. Qui sommes-nous pour établir des catégories que les Ecritures et le Christ n’ont pas posées, pour hiérarchiser les vertus ou les vices ? Sommes-nous ceux qui fixent la Loi ? De quelle autorité sortirions-nous un péché de cette liste, pour le rendre plus infâme ou le qualifier, au contraire, de bénin ?  Seul quelqu’un de totalement saint peut être en droit de mettre en application le code de sainteté, si nous sommes cohérents. Dieu seul peut donc punir l’adultère, en toute logique. Alors « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », lance Jésus, qui est sans péché, et a donc autorité pour la lapider, lui ! Mais il choisit de ne pas le faire. Il ouvre la possibilité au changement de vie, qui commence avec la capacité à se repentir. « Car là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Romains 5:20). Et c’est pourquoi il peut lui dire : « Va ».     

Havres de paix  

Les Eglises sont donc appelées à être des lieux de sécurité et de refuge pour les personnes se disant homosexuelles, où elles peuvent être sûres d’être préservés de toute forme d’homophobie et de tout jugement. Nos Eglises doivent être des lieux où se dit la vérité, mais dans l’amour qui prévaut aux suiveurs de Christ. Elles sont appelées à être des lieux de grande sécurité spirituelle mais aussi émotionnelle pour que les pécheurs s’y retrouvent comme étant graciés, et apprenant à en tirer toutes les conséquences jusque dans chaque recoin de leur vie.  Mais comme pour tout pécheur, ce lieu de sécurité est aussi un lieu de vérité où la personne n’est pas confondue avec son comportement, mais définie dans ses vrais lieux d’identité. Personnellement, je ne suis pas un hétérosexuel, mais un homme marié à une femme. Nos Eglises ne bénissent pas des hétérosexuels. Elles bénissent des hommes et des femmes qui veulent vivre la conjugalité dans la fidélité que définit l’Ecriture, et qui fait de la vie comme de tout ce qui la constitue, une réalité éternelle.  

Tu n’es pas ce que tu fais  

Lire la suite sur le site de « Croire publications » ou sur le blogue de l’auteur.

Suffit-il- pour un chrétien se voulant « biblique »- que l’avortement soit interdit pour s’en réjouir ?

La première question que pose l’avortement est celle de la valeur de la vie humaine. Source image : public domain pictures

« Suffit-il- pour un chrétien se voulant biblique- que l’avortement soit interdit pour s’en réjouir ? Comment agir- de façon édifiante et glorifiant Dieu- pour prévenir l’avortement ? » 

Telle est la question posée par l’internaute « Nick » sur le site 1001 questions, et jugée « intéressante » par les répondants :

En effet, « être contre l’avortement, c’est bien. Mais comment faire, concrètement, pour rendre cet idéal possible ? L’avortement pose en effet des questions qui nous impliquent tous.

La première question que pose l’avortement me semble être celle de la valeur de la vie humaine dans notre culture. Qu’est-ce qui fait que nous valons quelque chose ? Nos capacités à réfléchir, à travailler ? Le regard que d’autres posent sur nous ? Le fait que nous soyons aimés, par un conjoint, par des parents, par des amis ? Notre richesse ? Dire que nous sommes contre l’avortement, c’est dire notre confiance dans le fait que la valeur de l’humain repose sur le fait que Dieu l’a désiré. Etre contre l’avortement, c’est donc agir pour que soit considérée la valeur de tout être humain. Je vous laisse donc imaginer à quel point ces considérations ont de larges implications, de la question de la maltraitance dans les EHPAD, à celle du harcèlement dans les collèges ou de la malnutrition dans les pays du Sud.


La seconde question que pose l’avortement est celle de la responsabilité. L’éthique chrétienne lie l’amour à l’engagement pour l’autre. Promouvoir une culture de l’engagement, c’est certainement limiter le nombre de femmes qui doivent avorter parce que leur conjoint ne veut pas de l’engagement que représente un enfant. C’est aussi permettre aux femmes de refuser les pressions qui laissent entendre qu’accueillir un enfant équivaut à gâcher sa vie.


La troisième implication relève de l’aide pratique. Comment peut-on épauler des femmes qui choisissent de garder leur enfant malgré des conditions économiques, psychologiques et relationnelles difficiles. Comment entourer les personnes qui ont des enfants et en particulier les femmes qui les élèvent seules ? Cette question s’adresse peut-être spécialement aux églises, qui se disent être une famille.

La quatrième relève de l’annonce de l’Evangile.

Lire l’intégralité de la réponse sur 1001 questions.

« Une nuée de témoins »…différents les uns des autres ! (Hébreux 11v32-40)

Les témoins sont une nuée, ils sont aussi différents les uns des autres. Prédication d’Isabelle Coffinet (Temple de Cergy) sur le texte d’Hébreux 11.32-40.

Es-tu prêt à recevoir les miracles de Dieu ? Et aussi tout ce qui n’est pas miraculeux ? Es-tu prêt à vivre le glorieux, mais aussi tout ce qui ne l’est pas ?

Alors, ce message est pour toi ! Ou comment comprendre que s’attendre à Dieu, c’est être prêt à crucifier nos propres attentes.

Lutter contre le racisme, le genou à terre

Un nouvel article de « Jo », notre plume invitée, que je remercie !

Depuis bientôt deux ans, le sujet du racisme semble gagner de la visibilité en société et soulever des débats passionnés et des conversations sensibles entre amis, en famille et parfois en église. (*)

Mon constat au fil des années : tous nos efforts militants variés, et toute la bonne volonté du monde ne suffisent pas à faire reculer le racisme de manière significative dans les mentalités et dans la construction de la société. Bien qu’il y ait eu du progrès au fil des époques, les choses ne semblent pas avancer de manière notable et définitive dans la bonne direction. A chaque petite avancée, un mouvement de résistance ou répression vient se dresser en opposition.

En tant que croyant.e, vouloir lutter contre le racisme me semble légitime car c’est une forme d’injustice.

Il serait très tentant de réduire ce combat à la lutte contre les systèmes oppressifs – qui doivent effectivement être démantelés- pour rendre nos sociétés plus justes.

Il me semble que la justice est bien au coeur du projet de Dieu pour l’humanité et que les Ecritures bibliques regorgent d’exhortations à limiter ou éradiquer la prolifération de l’injustice sous toute forme dans les vies et dans les sociétés. S’engager pour plus de justice sociale est donc une démarche alignée avec le royaume de Dieu, et va surement au-delà de notre activisme moderne à base de “hashtags” (ou mots-balise).

Cependant, cette lutte contre des injustices à l’échelle de la société peut nous distraire d’un autre volet fondamental du combat contre le racisme -et contre toute autre cause d’injustice.

Voici ce que nous dit l’apôtre Paul :

Ephésiens 6.12 : « En effet, ce n’est pas contre l’homme que nous avons à lutter, mais contre les puissances, contre les autorités, contre les souverains de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal dans les lieux célestes ».

Je déduis que les hommes et les institutions manifestent dans le monde visible ce qui se passe dans l’invisible. Et c’est bien dans le champ de l’invisible que se trouve l’autre aspect du combat contre le racisme : dans la prière.

Le combat que nous menons est d’abord spirituel : l’ennemi de Dieu continue d’utiliser le racisme pour diviser les humains alors que l’Esprit Saint œuvre à notre unité.
Il va falloir utiliser les armes spirituelles dont Christ nous équipe pour libérer complètement les captifs de ce système en commençant par nous-mêmes. (cf 2 Corinthiens 10.4)

Sans armure spirituelle il est facile de s’épuiser dans le militantisme et s’enfermer dans la frustration.

La prière est un sujet parfois négligé lorsque l’on s’intéresse aux sujets de justice sociale. Pourtant le combat spirituel est réel, à en croire Paul. Quel que soit le domaine concerné par le combat spirituel, nous ne pouvons pas y aller la fleur au fusil, sans un discernement de Dieu et sans comprendre les règles du combat.

Je suis persuadée que les systèmes ségrégationnistes de l’apartheid en Afrique du Sud ou de Jim Crow aux Etats unis sont tombés grâce à une conjonction de choses, dont la prière fidèle de chrétiens mobilisés spirituellement.

Quel rapport entre le combat spirituel et le racisme ?

Essayons de comprendre ce qu’il se passe.

Certains disent que les Noirs sont maudits et sont donc voués à l’échec et à la servitude (je l’ai entendu de Noirs eux-mêmes). Toute une théologie a été développée autour de cette idée à partir de l’histoire de Noé et son fils Cham, mais elle est fausse.

Pour moi toute l’humanité est maudite, quelle que soit notre expérience de vie, car désalignée du projet de Dieu pour les relations humaines.

Ce projet est résumé au début de la Genèse :

Lors de la création du monde, le mandat divin pour les humains était qu’ils dominent sur la terre (sans pour autant la maltraiter), qu’ils voyagent, fassent des bébés et qu’ils collaborent dans leur travail avec les autres humains en tant que représentants de Dieu sur Terre. Jamais un humain n’était censé être violent, maltraitant, dominant sur l’autre, que ce soit par la force, l’argent ou tout autre moyen.
Dans le projet de Dieu les humains ont pour seul “chef” ou “maître” le Seigneur lui-même.

Cependant, très rapidement, une autre dynamique relationnelle se met en place dans les premières pages de la Genèse. Cette dynamique a perduré jusqu’aujourd’hui : partout sur la planète des humains ont mis en place des systèmes basés sur la domination (économique, politique, etc) qui bénéficient aux uns et désavantagent les autres – de génération en génération…depuis très longtemps.
NB: ce type de système se voit le plus clairement dans toutes les structures de forme pyramidale (pensez “pharaon”) qui existent aujourd’hui. Et oui, même dans certaines églises.

Dominer sur un autre humain ne rend pas gloire à Dieu : c’est une œuvre satanique.
Ce qui honore Dieu c’est de se mettre volontairement au service de l’autre, dans une relation d’égal à égal et non plus de dominant et dominé.

C’était cela le projet, c’était l’exemple donné par Christ lors de sa vie sur Terre et c’est aujourd’hui notre défi dans l’Eglise.

L’Eglise doit résister à la tentation d’instituer des formes de domination en son sein ou collaborer avec les systèmes de domination en place dans la société.

Voilà où se situe le combat spirituel: vivre le projet d’égalité pensée par Dieu pour nous.

Comment faire?

L’étape incontournable se trouve au pied de la croix : nous devons tous y abandonner ce qui nous lie spirituellement aux dynamiques dominant-dominé.
Par exemple: des héritages (familiaux, ethniques, nationaux) ou des manières de penser basées sur de fausses identités (d’esclave, de maître, etc) et autres faux raisonnements. Mais ce n’est pas un exercice facile de s’humilier, se repentir pour recevoir de Dieu ce dont nous avons besoin: un coeur nettoyé, un esprit renouvelé.

Dans sa grâce Dieu nous donne en échange de ce que nous abandonnons, une identité en Lui, qui devient alors notre marqueur le plus important.
NB: Il ne nous appelle pas à gommer tout notre héritage culturel ou nos différences; il nous appelle à ne pas en faire un objet de fierté et à en garder ce qui est bon, ce qui porte la trace du royaume de Dieu.

Une fois habillés de cette nouvelle identité, nous pourrons manifester en tant que peuple de Dieu, qu’une autre manière de vivre est possible.

En effet, dans la famille de Dieu nous ne sommes plus considérés principalement par le prisme de la couleur de peau mais d’abord comme des enfants du Père, tous égaux devant Lui et vivant dans une logique à l’opposé des systèmes de ce monde: celle de la fraternité en Christ, le don, le partage, la justice.

En tant qu’enfants de Dieu, nous sommes également appelés à devenir « le bon samaritain » pour les plus faibles : aider celui qui est victime du péché d’autrui (comme dans la parabole qui porte ce nom).
C’est notre confiance en Dieu qui nous poussera à faire de bonnes oeuvres en agissant concrètement pour l’avancée de la justice sociale. C’est un tout, on ne peut pas prendre l’un sans l’autre ou annoncer l’un sans l’autre.
Nous ne pouvons pas nous contenter d’avoir renoncé à une identité de dominé ou dominant: notre nouvelle identité, si nous sommes prêts à la vivre pleinement, se manifestera forcément dans de nouveaux engagements et sur la durée.

De même, nous ne pourrons pas militer sur le long terme sans puiser à la source de vie, sans être renouvelés par le Saint Esprit.

Comment pourrions-nous nous engager à lutter contre le fléau du racisme (et tout autre cause que Dieu mettra dans nos coeurs) à petite et grande échelle?

Commençons par poser la question à Dieu lui-même: “Que puis-je faire à mon niveau, Seigneur ?” C’est l’Esprit de Dieu qui doit nous inspirer l’action, au risque de se perdre dans des projets vains.

Tous ne seront pas des Martin Luther King Jr, mais chacun de nous peut faire quelque chose à son niveau et il y a du travail.

Cela va forcément impliquer des changements dans nos priorités, nos emplois du temps, nos finances…et c’est normal : après tout, si l’Evangile ne nous fait pas changer, ne nous bouscule pas dans notre confort, est-ce vraiment l’Evangile?

Puisse le Seigneur attirer notre regard vers les plus faibles, nous sortir du silence et de l’indifférence en nous remplissant de courage chacun là où nous sommes. Le monde attend la révélation des enfants de Dieu, encore aujourd’hui. (selon Romains 8.19)

Le combat spirituel contre le racisme se mènera au quotidien sur les deux fronts de la prière et de l’action dans la société: le genou à terre, implorant le Seigneur et servant notre prochain.

Le genou à terre (comme certains manifestants lors des marches antiracistes!) implorons un déversement puissant du Saint Esprit, afin que nous retrouvions chacun notre identité en Lui, qui a préséance sur notre couleur de peau et notre nationalité.

Le genou à terre, remplis d’un courage venu d’en haut, mettons-nous au travail pour agir pour la paix, la justice, l’équité, la réconciliation, la guérison, pour notre monde et pour la gloire de Dieu.

Amen.

(*) Non que le sujet n’ait jamais fait l’objet d’étude et de lutte, mais depuis le meurtre de George Floyd, un mouvement beaucoup plus global s’est emparé du sujet. Sur tous les continents divers peuples font lumière et mémoire des réalités des faits coloniaux avérés, de l’esclavage trans-africain et transatlantique, des lois racistes instaurées pendant la période des empires coloniaux, et de leurs conséquences dans le monde du XXIème siècle. Des mobilisations importantes pour dénoncer les inégalités basées sur la notion de race ont commencé en Mai 2020 et se poursuivent, dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Sur l’origine du « genou à terre », bien avant Georges Floyd, le football américain et Martin Luther King, voir aussi ici.

De notre plume invitée : Jo est ingénieure, amatrice de réflexion, de lecture et discussions pour refaire le monde (dont l’Eglise!) entre amis et en famille. 

Etre chrétiens et « prêtres de l’Eternel » après les élections : comment prier pour nous, corps de Christ, et pour le Président réélu

« Retrouver la joie de prier », notamment pour les autorités, n’est pas seulement le titre d’un excellent ouvrage : C’est notre grand privilège, en tant que « prêtres de l’Eternel »

Emmanuel Macron a été réélu Président de la République Française avec 58,5 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen qui a obtenu 41,5 % des voix(1). Ce n’est peut-être pas votre choix, et vous avez certainement les meilleures raisons du monde de lui en vouloir, mais notre responsabilité en tant que chrétiens est désormais de prier positivement pour lui, comme nous l’avons certainement tous fait pour ses prédécesseurs – et comme d’autres l’auraient certainement fait si leur candidat(e)avait été élu(e) – et pour notre pays. Reste à savoir comment, dans quel but, et avec quel secours. 

Comme déjà souligné dans un autre article, être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion », est un véritable défi et un engagement spirituel, pour être en mesure de porter une véritable voix prophétique dans ce monde, plutôt que d’être réduits à l’état des « prophètes professionnels » du roi Achab, dans la Bible (1 Rois 22v1-28).

Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection. C’est donc prendre conscience que « le réveil de la France » n’est pas lié à l’élection d’un tel ou d’une telle.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités cf Ex 22.28 et l Tim 2.1-2, mais aussi avant tout, pour soi-même, pour l’Eglise – le corps de Christ – dans un esprit d’humilité et de repentance.

Comme une internaute l’a très bien exprimé sur la toile, en réponse à cet article encourageant à prier pour le Président réélu, « nous chrétiens, au-delà de nos devoirs de citoyens, avons aussi des devoirs spirituels dont celui d’intercéder pour le « roi » [ici, le chef de l’Etat]. Ce devoir émane du Seigneur, nous devons donc l’appliquer que nous épousions ou non les sensibilités de nos dirigeants. Ma prière pour nous chrétiens est que nous arrivions à prendre de la hauteur et à vaquer à cette responsabilité. Nous ne pouvons pas toujours changer les choses par le moyen des urnes mais avec les genoux au sol nous pouvons faire en sorte que des montagnes soient transportées. Le cœur du roi est dans la main d’Elohim et il l’incline où il veut nous dit les proverbes. Nous devons être la différence dans une société en crise et dans un monde en totale confusion. Fléchissons donc nos genoux vers le Roi des rois qui sait toute chose mieux que nous ».

Souvenons que nous nous disons « sacrificateurs » ou « prêtres de l’Eternel », et que nous sommes effectivement « rois et sacrificateurs » pour Dieu, selon Apoc. 1v6 et 1 Chron.23v13. Comme tels, nous sommes « mis à part pour être (sanctifiés) comme (très saints), pour offrir les parfums devant l’Eternel, pour faire son service, et pour bénir à toujours en son nom ». Notre service consiste en la prière et l’intercession « dans le temple », à approcher le Dieu saint dans le lieu saint et « pour bénir (dire le bien de Dieu et non « mal dire ») à jamais en son nom ».  Pour cela, il nous faut être saint. C’est pour une vie de prière devant Dieu que les prêtres sont sanctifiés (par contraste, le rôle du diable consiste à accuser continuellement les saints). Jésus, en tant que souverain sacrificateur, prie et intercède pour nous, pour toi et ton frère. Que prie-t-il ? (« Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait… »)

« Si alors mon peuple, le peuple qui porte mon nom, fait preuve d’humilité et prie, (s’ils) me recherchent en renonçant à leur mauvaise conduite, moi, dans les cieux, je serai attentif, je pardonnerai leur péché et je guérirai leur pays » ( 2 Chron.7v14).

Avant de prier pour le Président réélu, prions pour que, de même que l’autorité de Jésus-Christ ne jette aucun discrédit sur les pouvoirs humains, sachant que son Royaume « n’est pas de ce monde », nous, chrétiens, exercions « la culture de l’honneur » envers les structures d’autorités, et prenions tous au sérieux l’autorité de Dieu. 

Prions pour que nous grandissions dans la foi en Dieu le Père, dans le respect des figures de la paternité.

Prions pour que Dieu soit bien le Père dans nos églises, et non quelqu’un d’autre qui se serait mis à la place du Père.

Prions pour que nous poursuivions la paix et contribuons à la paix, pour être en mesure d’ annoncer une parole sur la Paix qui vient du Dieu véritable.

Prions pour la cohérence de notre témoignage

Jésus-Christ, Notre seul Seigneur, qui est entré à Jérusalem, est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau, nous appelle aujourd’hui à laisser tomber « l’agitation de nos rameaux » pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et de respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes.

Rendons aussi grâce pour notre pays, et apprenons, dans la dépendance de l’Esprit Saint, à cultiver une attitude de reconnaissance, à l’instar de cette exhortation de Phil.4v6, rappelée par Timothée Minard sur son blogueEn cette période électorale, la tendance est à la colère, au rejet, à l’inquiétude. On focalise nos regards vers ce qui ne va pas, vers les difficultés de notre pays, vers le péché des uns et des autres. On nous montre le malaise ambiant, le chômage, les injustices, la corruption, l’immoralité… Et cela nous pousse notamment, en tant que chrétiens, à l’intercession. A juste titre. Toutefois, ce que ce verset de Philippiens nous rappelle, c’est que nous sommes appelés à prier « dans une attitude de reconnaissance ».

C’est alors que nous pourrons prier positivement pour le Président de la république réélu, de sorte qu’il reçoive humilité, conseil et sagesse, sachant que sa réélection « l’engage » effectivement.

Note :

(1) En savoir plus sur le vote des électorats dits confessionnels – protestants, catholiques, musulmans…- au second tour de l’élection présidentielle 2022.

Du risque de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau »

N’en rester qu’à un seul critère de vote, fût-il très important pour nous, entraîne le risque, dénoncé par Jésus dans les Evangiles, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Source image : Affiche du film « Super Size me » de et avec Morgan Spurlock (2004)

Dimanche, nous élirons notre Président de la république : qui, d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen, les deux finalistes au soir du premier tour, sera élu ?

Pour rappel, nous élirons pour cinq ans au suffrage universel direct celui qui assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État, selon la Constitution. Le Président de la république est également le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. Le président de la République dispose de pouvoirs propres, comme ceux de nommer le Premier ministre, de dissoudre l’Assemblée nationale ou de recourir au référendum. Il veille au respect de la Constitution. Chef des armées, le président ne peut pas déclarer la guerre sans l’accord du Parlement, mais il décide seul de l’emploi de la force nucléaire. Le Président de la République possède également des pouvoirs partagés, ses décisions devant alors être contresignées par le Premier ministre ou les ministres concernés. C’est le cas pour les nominations de préfets ou la signature d’ordonnances et de décrets ayant été délibérés en Conseil des ministres.

Ceci dit, comment voter, si aucun des deux finalistes de cette présidentielle, malgré leurs projets radicalement différents, ne correspond à notre vision de la société ? Les citoyens se retrouvent alors face à plusieurs dilemmes : voter, voter blanc ou ne pas voter. L’édition de La Croix l’Hebdo de la semaine du 15 avril relève même « 5 cas de conscience avant le deuxième tour ».

Dans ce cas, s’abstenir ou voter blanc, est-ce une solution ? La tentation de ne pas vouloir départager est grande, mais risquée. « S’abstenir, c’est trop facile, avance François Euvé, jésuite, rédacteur en chef de la revue Etudes, dans ce même article de La Croix l’Hebdo.

L’entre-deux tours est l’opportunité de confronter ses opinions, pour se plonger avec méthode et discernement, encore plus profondément dans les visions de chaque projet : « aucun candidat ne convient tout à fait », rappelle François Euvé. « Tout vote est un moindre mal », mais « quel est le moindre mal entre les deux est la première question à se poser, ou, à l’inverse, quel est le pire (….). Il y a un travail d’approfondissement personnel à faire. En pensant à ce que les personnes sont susceptibles de réellement mettre en œuvre au-delà de leurs propositions ». Pour cela, rien de mieux que d’élargir sa vision d’ensemble, en essayant de ne pas juger à partir d’un seul critère, qu’il soit économique, géopolitique, social ou éthique », ou même moral. « N’en rester qu’à un seul point, fût-il très important pour nous », poursuit François Euvé, « comporte le risque, dénoncé par Jésus en Matt.23v24, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Une boussole qui pourrait être mise en avant serait la question de la fraternité, décisive, ce qui exclue toute relation fondée sur la domination, l’infantilisation et l’attente de « chefs » charismatiques ou de personne prenant la place du Père céleste cf Matt.23v8-12.

Pour illustrer à quel point est périlleux un vote fondé sur un critère restrictif, qu’il s’agisse de « la moralité » ou de l’espérance en un supposé « défenseur de la chrétienté », voici un vieil article d’une revue évangélique, exhumé par La Free.ch en 2016 et ô combien édifiant sur les conséquences d’un tel vote.

Extrait : « Un premier indice de l’affinité de l’ensemble des protestants avec le nationalisme germanique apparaît déjà sous l’Empire allemand de 1871 à 1918 (…) Les idées sociales d’inspiration chrétienne, le pacifisme (on le taxait de blasphème), la libre-pensée et la démocratie étaient considérés comme des menaces auxquelles il fallait résolument s’opposer. La République de Weimar à partir de 1919 ne fut jamais véritablement reconnue par les chrétiens. Dans une allocution lors de la grande rencontre des Églises (Kirchentag) de 1919 à Dresde, le président de cette manifestation déclara: « La gloire de l’Empire allemand, le rêve de nos pères, c’est là que réside la fierté de chaque Allemand. » Pour cette raison de nombreux chrétiens essayèrent de défendre avec ardeur les valeurs et l’identité nationales. Ils se sentaient tenus à un programme national chrétien.  La peur de la pensée libérale naissante et du bolchevisme russe, menaçant depuis la Révolution d’octobre 1917, poussèrent de nombreux chrétiens à se rapprocher du Parti ouvrier national-socialiste allemand (NSDAP), fondé en 1920. Le programme politique du parti d’Adolf Hitler promettait un retour aux valeurs chrétiennes et la constitution d’un rempart contre le communisme et contre les idées libérales.  Les violences multiples contre ceux qui pensaient autrement, les déportations et les actes d’extermination, les Églises évangéliques ne les imputaient pas publiquement à la volonté d’Hitler, mais à des partisans dévoyés, enclins à l’exagération. Le régime national-socialiste réussit, fort bien et durablement, à éblouir les Églises évangéliques et à les abuser à son profit. En gage de reconnaissance, il octroya à ces Églises la possibilité d’évangéliser librement et de développer pleinement leurs activités chrétiennes. (…) En 1933, après la victoire du Parti national-socialiste, l’Église évangélique libre luthérienne loua cette accession au pouvoir comme un « engagement pour l’honneur et la liberté de l’Allemagne ». Elle fit l’éloge du NSDAP pour son « combat contre la saleté ». Les baptistes, dans le journal Wahrheitszeuge (Témoin de la vérité) parlèrent de l’accession d’Hitler comme de l’avènement d’un « temps nouveau » et vivement désiré. Les Communautés évangéliques libres firent l’éloge dans le journal Gärtner (Le Jardinier) du combat du NSDAP « contre la prostitution, contre l’habitude de fumer chez les femmes, contre le nudisme et contre les abus de la vie nocturne ». Lorsque des rumeurs d’exactions contre les juifs en Allemagne parvinrent à l’étranger, les Églises évangéliques allemandes les taxèrent immédiatement de « propagande scandaleuse ».

A méditer !

Etre chrétien en saison électorale : prier pour les autorités

« Etre chrétien en saison électorale » se manifeste aussi et premièrement dans notre façon de prier pour les autorités (Source image : rawpixel)

S’il devait y avoir « un 11ème commandement », ce serait celui-ci : « tu ne copieras pas sur le voisin », soit le commandement, pour le peuple de Dieu, de se distinguer des autres peuples.

De là cet enjeu et ce défi : comment être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion » ? Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection ou d’un sondage. 

C’est pourquoi, comme me l’a récemment rappelé un ami, les femmes et les hommes du Christ savent et se doivent de s’exhorter à ce sujet – particulièrement quand nous sommes tentés de nous mettre « en campagne » -, à savoir que la saison électorale n’est pas celle de l’ouverture de la chasse, « où l’on se tire dessus à vue ». 

En effet, nous avons beaucoup mieux à faire. Par exemple, prier pour les autorités, une exhortation biblique (selon 1 Timothée 2v1-4) toujours vraie, et encore plus vraie aujourd’hui.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités.

A ce propos, je me permets de citer et renvoyer à une « ancienne » méditation du pasteur Gilles Boucomont sur le sujet(1), datant de 2020, introduite par la fable des arbres de Yotam. Celle-ci, relatée dans Juges 9v7-15, est très édifiante en ce qu’elle nous dit « comment on fait les rois », et parce que « le rapport avec les élections n’est en aucun cas fortuit ou indépendant de (la) volonté (du prédicateur) » !

En effet, « Jésus savait bien que la gloire d’un jour allait le mener à la croix. C’est pour cela qu’il n’arrive pas sur un char doré, mais bien sur un ânon, pour signifier qu’on ne l’aura pas au jeu de la gloriole. Sa gloire, il ne la tire pas de l’acclamation des humains mais de l’approbation de Dieu lui-même. Il n’est pas le roi que les humains veulent, de toute façon ». Dans la parabole de Yotam, les arbres « plébiscitent » un candidat-roi supposé « pour ses qualités ». Et « ils en plébiscitent tout une série, les uns après les autres. Mais le besoin d’avoir un roi n’a d’égal que le dénigrement permanent que les arbres ont pour le pouvoir en place.  Voyez leur dédain : Ces politiques sont tous pourris ! (ce qui est parfaitement faux) et c’est nous qui les avons élus. Voyez la contradiction méprisante. Les arbres crient pour avoir un chef et en même temps quand c’est leur tour de prendre des responsabilités, on voit le mépris réel qu’ils ont pour les structures d’autorité, puisqu’ils qualifient le pouvoir qu’on leur demande d’exercer « d’agitation ». ‘Est-ce que je vais abandonner… pour aller m’agiter au-dessus des autres arbres ?’ 

Et le résultat est là [dans la fable], c’est le buisson d’épine qui va gouverner. C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques [mais aussi médiatiques, religieuses…], car sans cette considération et se respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes. Nous nous comportons comme cette foule qui s’enthousiasme aux portes de Jérusalem au jour des Rameaux, et pour le coup, nous devenons des rameaux qui s’agitent, qui s’agitent pour rien car ils ont été taillés sur les arbres alentours et dans trois jours ils seront complètement secs. 

(…..) Jésus n’a pas voulu de ces royautés temporaires et temporelles. Et pourtant il a habité cette figure du roi, il s’est prêté au jeu de l’entrée à Jérusalem, avec le prix qu’il devra payer pour cette audace… Son autorité est d’un autre genre. Elle ne jette aucun discrédit, au contraire, sur les pouvoirs humains, mais le Royaume dont il est roi n’est pas de ce monde.  

Comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structuré dans la contestation de l’autorité de l’Etat ? Comment grandirons-nous dans la foi en Dieu le Père, si les figures de la paternité sont toutes détruites, dans une vague d’extermination massive, et que trop peu de nos enfants ne savent vraiment ce qu’est un père ? Comment pourrons-nous annoncer une parole sur la Paix qui vient de Dieu si les uns et les autres n’ont pas goûté à la paix même imparfaite d’une société apaisée ? 

Celui qui est entré à Jérusalem, qui est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau [comme nous allons le célébrer à Pâques] appelle aujourd’hui des personnes à laisser tomber l’agitation de leurs rameaux pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives que nous avons à vivre ».

Note :

(1) A lire sur http://1001questions.fr/aunomdejesus/pourquoi-prier-pour-les-autorites/

« Il était une fois…la foi » (Hébreux 11v1-3)

Première prédication d’une série sur le thème « environnés d’une si grande nuée de témoins » (Héb 12.1), dans laquelle on se pose la question de la foi. « Avoir la foi, certes. Mais ça veut dire quoi ? »

Prédication de la Pasteure Isabelle Coffinet (Temple de Cergy), à découvrir sur la chaîne youtube « vous êtes le temple ! », sur le texte biblique d’Hébreux 11v1-3.

Jean Hus et le hussitisme ou la subversion d’un christianisme « sans conservateur »

« A trop recourir au christianisme pour défendre un Ordre qu’ils fantasment, (les conservateurs) risquent in fine d’en saper les fondements »

S’il est un lieu commun sur lequel « réactionnaires » et « progressistes » s’accordent, c’est que la religion chrétienne est nécessairement du côté du conservatisme politique et social. Jadis remisée sur le banc de l’obscurantisme par les esprits les plus « éclairés », elle tend aujourd’hui à être instrumentalisée par les courants nationalistes ou conservateurs qui, alléguant des « racines chrétiennes » réduites à un simple patrimoine identitaire [en gros, se dire « pour l’Eglise et contre le Christ » ?], vantent une chrétienté idéalisée afin de sanctifier l’ordre établi et de justifier la sacralisation du pouvoir politique. C’est hélas oublier que le christianisme a très fréquemment été, au cours de son histoire, un facteur de subversion plutôt que de conservation. Des premiers martyrs chrétiens au théologien Jacques Ellul, en passant par le réformateur Thomas Müntzer, le philosophe Søren Kierkegaard ou encore le penseur hétérodoxe Nicolas Berdiaev, de nombreux auteurs justifient leur révolte contre l’ordre établi au nom de leur foi chrétienne, allant quelquefois jusqu’à prêcher, pour certains d’entre eux, une forme de révolution sociale. Une autre figure, à bien des égards inclassable, mériterait d’être citée : celle de Jean Hus (vers 1372-1415), peu connu en France [sinon de la plupart des protestants/évangéliques] mais pourtant révéré en République tchèque comme un héros national.

A découvrir, un article d’Adrien Boniteau intitulé « Jean Hus et le hussitisme : du martyr évangélique à la révolution chrétienne » et paru sur le site de la revue « Philitt »*, le 10 mars 2022, assorti d’un avertissement aux « conservateurs » de tout poil : car, « à trop recourir au christianisme pour défendre un Ordre qu’ils fantasment, ils risquent in fine d’en saper les fondements ».

*Philitt se définit comme une revue antimoderne. Ni « conservateurs » ni « réactionnaires » ni « traditionalistes », et pas non plus « postmodernes », ses auteurs ont « parfaitement conscience d’être des modernes », ne souhaitant « pas un retour folklorique au passé ni pasticher l’ancien monde. Nous sommes donc (…) fatalement modernes tout en restant hostiles aux dérives de l’idéologie du progrès (…). Contre le matérialisme, nous valorisons la spiritualité. Contre l’individualisme, nous prônons les anciennes solidarités. Contre l’homme unidimensionnel, nous défendons l’idée d’une nature humaine plurielle. Nous pensons par ailleurs que, sans Dieu, l’homme se défait ».

« Pourquoi certains chrétiens ne regardent que les questions morales dans leur choix pré-électoral ? » 

Lui : « Je vais sauver notre mariage » ; Elle : « Tu vas arrêter de boire, de me tromper, de me battre et tu vas consulter? » ; Lui : « Mon Dieu non ! Je vais voter pour interdire le mariage gay ! » (Source : dessin paru dans « The Free Lance – Star ». Fredericksburg, Virginie. USA)

Une question de l’internaute « Caro » posée sur le site « 1001 questions », laquelle a reçu la réponse suivante du « répondant » :

« Effectivement, une partie des électeurs chrétiens accordent beaucoup d’importance à des critères comportementaux, moraux ou éthiques pour choisir pour qui ils voteront. Et les candidats le savent bien : se positionner contre l’avortement, contre le mariage gay, contre la polygamie de certains, a un fort potentiel de séduction à l’égard de certains chrétiens, qui font de ces sujets des enjeux premiers.

C’est assez étonnant quand le ministère de Jésus proposait une toute autre posture, aider une femme (en Jean 8) à sortir de sa logique d’adultère plutôt que de la condamner, contribuer à réintégrer des exclus (en Luc 17v11-19) plutôt que de les stigmatiser, choisir le pardon plutôt que la condamnation (Jean 3,16-17).

Ce sont sur d’autres sujets éthiques que Jésus s’est fortement positionné« . Des priorités à découvrir comme autant de critères de discernement pour nos choix ou nos votes, dans la suite de l’article à lire sur 1001 questions.