« Watch it (again) » : les émotions de la foi

Les émotions sont au cœur de la rencontre entre les humains et Dieu. Cette réalité est vécue par deux étudiantes, Camille à Turin et Léa à Paris, à une étape décisive de leur existence, via deux mini-séries vidéos à voir ou à revoir :

Saison 1 : Comment retrouver la confiance en soi après une rupture amoureuse ? Camille va ainsi éprouver plusieurs émotions, de la tristesse, la peur, l’espoir, la confiance, la joie et l’amour.

Saison 2 : Peut-on rencontrer Dieu en faisant son jogging ? Cette expérience unique, Léa, une étudiante va la vivre à un rythme à couper le souffle dans un marathon jalonné d’émotions, de rencontres et peut être aussi de révélation…

Ces deux mini-séries vidéos de six épisodes chacune, proposées par l’Eglise protestante unie de France et l’Eglise évangélique vaudoise d’Italie, et initialement diffusées du 05 au 18 décembre 2021, sont à (re)voir dans leur intégralité sur youtube, instagram, facebook , ainsi que sur différents sites web. Avec le soutien de la Conférence des Églises protestantes des pays latins (CEPPLE), elles sont disponibles en français et en italien, puis seront traduites en janvier 2022 en espagnol, portugais, néerlandais et en allemand.

Un rendez-vous privilégié pour témoigner de la présence bienveillante de Dieu auprès des jeunes de 15 à 25 ans. De cette rencontre surprenante, les séries Les émotions de la foi traduisent en paroles et par des gestes de foi la vie quotidienne de ces deux étudiantes.

Saison 1

Saison 2

Vous avez entendu qu’il a été dit « que l’on ne peut plus rien dire », mais moi, je vous dis….

Accueillir le réfugié – et le mineur isolé – c’est « chrétien » ? (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

« Dans la demeure qui lui appartient, Dieu est un père pour les orphelins, un justicier qui défend les veuves » (Ps.68v6).

Imaginez qu’après la lecture de ces commandements et exhortations de l’apôtre Paul, dans ses lettres adressées aux chrétiens Corinthiens et Philippiens [« que tout se fasse pour la gloire de Dieu », « que tout se fasse pour l’édification » ; « que tout est vrai, honorable, juste, pur…occupe vos pensées… »], ces derniers réagissent de la sorte : « mais alors, on ne peut plus rien dire ! » 
Ne riez pas : c’est pourtant ce que l’on peut entendre dans la sphère médiatique ou lire sur la toile, dans un esprit victimaire.
Les chrétiens protestants évangéliques (entre autres), attachés à la Bible, qu’ils reconnaissent comme « la Parole de Dieu », savent que (faire) croire que l’on peut tout dire, tout faire, sans se soucier d’aucune conséquence et sans avoir à rendre compte d’une telle « liberté », est un mensonge vieux comme le monde. Comme de parler plus de l’interdit de ce qui est permis. Et pour cause, il vient du serpent menteur et tentateur, en Eden (cf Genèse 3). Et depuis la chute, les humains n’en sont pas ressortis « plus adultes », puisqu’ils ont tendance à se justifier ou à se renvoyer la balle, en s’accusant mutuellement, de manière irresponsable.

Ainsi, par exemple, la réaction du polémiste – et pourtant candidat à la prochaine élection présidentielle – Eric Zemmour – à sa troisième condamnation par la justice (1) : ayant été en effet condamné le 17/01 par le tribunal correctionnel de Paris à 10 000 euros d’amende  – et, solidairement avec le directeur de la publication de CNEWS, à verser 19 000 euros aux associations de défense des droits de l’homme – pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs isolés étrangers, Eric Zemmour dénonce ce qu’il appelle « la condamnation d’un esprit libre (sic) par un système judiciaire envahi par les idéologues ». De fait, le candidat à l’Élysée entend, s’il est élu, abroger la législation antiraciste, qu’il qualifie de « liberticide ».

Le parquet de Paris avait par ailleurs requis 5 000 euros d’amende pour le directeur de publication de CNews, Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin, jugé aux côtés d’Eric Zemmour comme c’est l’usage dans les procès de presse. Il a été condamné à 3 000 euros d’amende. A ce jour, CNEWS est la seule, parmi les autres chaînes françaises, à être condamnée par la justice.

En guise de devoir de mémoire, les propos incriminés avaient été prononcés le 29 septembre 2020, sur CNews, lors d’une émission de « Face à l’info ». Le 18 mars 2021, le Conseil supérieur de l’audiovisuel avait déjà prononcé une sanction financière inédite d’un montant de 200 000 € à l’encontre de la chaîne, propriété de Vincent Bolloré, estimant que, ce jour-là, celle-ci avait manqué à ses obligations, et que les « limites à la liberté de communication et à la liberté éditoriale des médias audiovisuels » avaient été franchies. Éric Zemmour avait alors déclaré au sujet des mineurs étrangers non accompagnés« Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont[sic]. » Puis, contredit par l’animatrice Christine Kelly, il avait fini par nuancer : « La plupart. »(sic)

Une idée en rappelle une autre, mais ce rappel me paraît utile, face au même qui plaide aussi, pour les mêmes raisons ou pour d’autres, pour l’abolition des lois dites mémorielles : qui se souvient du décret-loi « Marchandeau »(du nom de celui qui a été Député radical-socialiste de la Marne, maire de Reims,  ministre de la Justice entre novembre 1938 et septembre 1939)portant sur la répression de la diffamation par voie de presse lorsque « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants » ?

Pour l’anecdote (qui n’est pas un « point de détail de l’histoire »), l’une des premières mesures du régime Vichy, mis en place depuis à peine un mois(Il n’existe plus de Parlement, et les lois l’œuvre du Maréchal Pétain qui, selon l’article 1 § 2 de l’acte constitutionnel n°2 du 11 juillet 1940, exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres), a été d’abroger ce fameux décret-loi Marchandeau, le 27 août 1940(2). Sachant que l’armistice avec l’Allemagne, mettant fin officiellement aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, ne sera signé que plus tard,  le 22 juin 1940.
Avec l’abolition du décret-loi Marchandeau, la loi rend libre la tenue de propos racistes ou antisémites, et prononce une amnistie des poursuites*. Avec pour conséquences un boulevard pour la propagande xénophobe, raciste et antisémite, et une liberté de la presse au service du racisme et de l’antisémitisme.

Comme quoi, « rien de nouveau sous le soleil », comme l’a dit un grand sage de la Bible.

Et c’est ici qu’il convient de prendre un peu de recul : Car, enfin, ne jouons pas à nous faire peur en prenant au sérieux les plaintes de celui qui se croit « censuré », et donc victime d’un hypothétique « esprit de tyrannie ». Comme si le sort tout entier de la liberté d’expression était suspendu à une énième condamnation en justice d’Eric Zemmour (ou même de CNEWS), qui a toujours eu un espace médiatique pour diffuser ses idées. Car qu’est-ce qui est le plus dangereux ? La banalisation du discours injurieux, à caractère racial, et des provocations à la haine racial d’un polémiste pourtant candidat à la Présidentielle, à quelques mois de l’élection ? Ou le simple fait que la justice fasse son travail ? Dans quelle société voulons-nous vivre ? Celle bâtie sur les fondements de l’Evangile de Jésus-Christ (pas un pseudo « évangile » canada dry » identitaire) – ou, du moins, de celle bâtie par nos parents et nous-mêmes depuis 1945 – ou celle fantasmée [d’un « grand remplacement »] par Zemmour et consort ?

 « Liberté ! Que de bêtises on peut raconter en ton nom ! » Que de bêtises, mais aussi d’horreurs….

Vous entendez ici ou là que « la liberté d’expression » serait « à défendre », car « menacée », relativisant la gravité de propos relevant du délit et confondant celui-ci avec l’opinion. Or, il s’agit ici d’une question de limites nécessaires. C’est bien parce que la liberté d’expression est précieuse (3), qu’il importe de donner à  réfléchir sur les conséquences d’une liberté que l’on voudrait « totale » et « absolue », pour ne pas dire « sacrée ».

C’est ce que l’on appelle une idole, soit une chose, une force, une personne, un groupe, une doctrine ou un idéal que l’on regarde comme suprême. Or, un seul est suprême : Dieu, lequel interdit l’idolâtrie en Exode 20v4-6. Tout peut être idolâtré, dès que nous le considérons comme ultime.           

Une formule à la Jacques Ellul dirait peut-être que « ce n’est pas l’usage de la liberté d’expression qui asservit, mais le sacré transféré à la liberté d’expression ». On parle alors de « sacro-sainte » liberté (ici, d’expression).….liberté dont le « sacré » exige que l’on lui sacrifie tout ?

Faut-il tout sacrifier (la dignité humaine, l’honneur) sur l’autel du « dieu liberté (d’expression) », « Moloch »  moderne ? Ou sur l’autel de la recherche du buzz (que l’on croit « rentable ») à tout prix ? Lévitique 20v1-5 révèle ainsi à quel point l’idolâtrie conduit à la mort, et notamment à la mort de ceux qui nous sont le plus chers, nos enfants.

Dans ce cas, pour préserver la (précieuse) liberté d’expression et pour se préserver des abus, pour se libérer de ce qui asservit, faudra-t-il « profaner » cette sacrée liberté d’expression, en lui ôtant l’aura de sacré qui l’entoure, pour mieux y inclure cette prise de conscience : « qui dit grande liberté(ou « grand pouvoir ») dit aussi « grande responsabilité » ?

Responsabilité pour le média d’apporter de l’information de qualité (et non du scandale, de la désinformation) et responsabilité pour le citoyen (et non « consommateur de média ») de se positionner quant à l’éthique des médias. Le chrétien, lecteur de la Bible, qui ne se laissera pas avoir par le mot piégé de « valeurs », devrait normalement en conclure qu’il lui est impossible de cautionner la banalisation de certains discours, comme certains choix éditoriaux assumés par un média, parce qu’il sait que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et parce que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Les devoirs envers les étrangers sont même évoqués à 36 reprises dans la Torah, soit plus souvent que les commandements relatifs à l’amour de Dieu, à la circoncision et à l’interdiction du mensonge ou du vol. Le Seigneur est « le Père des orphelins, le défenseur des veuves » (Ps.68v6). Celui qui les maltraite (en actes ou en paroles) s’attaque à Dieu Lui-même, lequel ne restera pas sourd au cri de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin.

Elie Wiesel, cité par Antoine Nouis dans son commentaire verset par verset du Pentateuque (Olivétan/Salvator, 2021), a écrit : « je ne dois pas m’abaisser devant une idole, sinon je perds tout respect de ma personne non seulement devant Dieu, mais également devant mon peuple et donc devant l’humanité. Un homme qui s’abaisse devant une idole faite par d’autres hommes se renie lui-même ». Ce qui est en jeu dans cette parole, commente Antoine Nouis, est la liberté et la dignité de l’humain. Nous comprenons pourquoi [l’interdit de l’idole] se situe en tête des Dix Paroles [p 310].

Décidemment, même dans la Bible « on ne peut plus rien dire » ! Serait-ce là le signe de l’emprise de « l’esprit de tyrannie », de la « piraterie woke » ?

Pour aller plus loin, voir notre article « Il n’y a pas de tabou dans la Bible ».

Notes :

(1) Cf cet article de La Croix et d’Actu juridique. Le 18 février 2011, il a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Paris de « provocation à la discrimination à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une race » pour avoir prétendu que les employeurs avaient « le droit » de ne pas embaucher d’Arabes et de Noirs. N’ayant pas fait appel, cette condamnation est définitive. Plus récemment, le 17 septembre 2019, il a été reconnu coupable de « provocation à la discrimination et à la haine religieuse » par la Cour de cassation, plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, pour avoir déclaré qu’il laisserait aux musulmans « le choix entre l’islam et la France ». Jeudi 20 janvier, un autre procès attend l’ancien polémiste, pour « contestation de crime contre l’humanité ». Le 4 février 2021, en première instance, il avait cette fois été relaxé pour avoir déclaré que, pendant la collaboration, Philippe Pétain aurait « sauvé les juifs français ». Mais l’Union des étudiants juifs de France avait attaqué en appel cette décision.

Cette défense de Pétain est d’ailleurs une vieille obsession : certains d’entre nos lecteurs se souviendront peut-être que, Samedi 4 octobre 2014, l’émission de France 2 « On n’est pas couché »(ONPC) choisit d’inviter Eric Zemmour à l’occasion de la sortie de son nouveau livre, « Le Suicide français ». Ce dernier y critique notamment les travaux de l’historien américain Robert O. Paxton, le premier à avoir mis en lumière la collaboration entre Vichy et l’Allemagne nazie dans la déportation des Juifs, dans son ouvrage La France de Vichy 1940-1944 paru en 1973. Relativisant le rôle de Vichy dans la déportation des Juifs français, Eric Zemmour prétend que l’ “on oublie la complexité de l’Histoire” et que Pétain aurait permis de sauver “90% des Juifs de France”.  La journaliste Léa Salamé interpelle alors le polémiste, l’accusant de chercher à réhabiliter Pétain pour faire l’apologie de la préférence nationale. Ce même jour, les Juifs célébraient Kippour, la fête du Grand Pardon. En France, comme le veut la tradition, ils ont accompagné leurs recueillements d’une prière pour la République. Mais en rentrant chez eux le soir, ils ont pu assister à une sordide prière contre la République.

(2) Le Journal officiel du 30 août 1940, page 4844, publie la loi du 27 août 1940 portant abrogation du décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse :
« Art. 1°. – Est abrogé le décret-loi du 21 avril 1939, modifiant les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les dispositions antérieures des articles précités sont remises en vigueur.

« Art. 2. – Amnistie pleine et entière est accordée, pour tous les faits commis antérieurement à la promulgation de la présente loi, aux délits prévus par les dispositions abrogées par l’article 1° du présent décret ».

(3) L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 déclare que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

« Ne les oublions pas » : En quoi les Huguenots nous parlent encore aujourd’hui

Ce que nous enseignent les Huguenots : résister, surfer complaisamment ou se laisser emporter ? (Source image : public domain pictures)

« Souviens-toi » est un commandement récurrent dans les Ecritures bibliques.

Cette parole est un indicateur de la liberté spirituelle, nous exhortant de prendre le temps de la contemplation et de la mémoire, ne serait-ce que pour prendre conscience que nous ne venons pas de nulle part, et que d’autres nous ont précédé. Ces « autres » sont les « Huguenots », dont nous (chrétiens dans son expression protestante ou protestante-évangélique) sommes les héritiers. L’article qui suit, publié initialement sur le blogue du Temple du Marais (Paris), est un témoignage et un encouragement édifiant pour notre foi. Il nous explique pourquoi il convient de ne pas les oublier, encore aujourd’hui, et en quoi ils restent actuels.

Les “Huguenots” sont le nom donné aux protestants français à partir des années 1560, au moment des guerres de religion. Le mot sera aussi utilisé pour parler des protestants français exilés du fait des persécutions, notamment après l’interdiction par Louis XIV du culte protestant et de la religion reformée en 1685. C’est avec cette émigration massive que le mot Huguenot sera connu internationalement pour désigner les protestants français, mais aussi, particulièrement dans « les pays du Refuge » (pays accueillant ces exilés : Pays-Bas, Suisse, Royaume-Uni, Amérique, Allemagne…), les émigrés ou descendants d’émigrés protestants français.

Les Huguenots sont nos ancêtres de la foi

Les Huguenots sont donc des protestants comme nous. Ils sont nos ancêtres dans la foi. Ils sont les premiers à avoir cru comme nous croyons. Ils ont la même foi que nous, luthérienne et/ou réformée [ou évangélique]. Jésus avait Abraham et Noé, comme ancêtres, nous avons les Huguenots ! Ils ont vécu une période très troublée, avec la guerre (8 guerres de religion au XVIème siècle et des heurts importants au XVIIème siècle comme le siège de la Rochelle ou au XVIIIème siècle comme la guerre des Camisards dans les Cévennes), les massacres comme la saint Barthélémy, l’exil et des persécutions. Malgré les problèmes vécus dès l’apparition de la Réforme, cette nouvelle façon de vivre sa foi, le protestantisme connaît un essor considérable dans toutes les couches de la société française et essaime à l’étranger. Mais ils sont restés une minorité, ce qui n’est pas forcément très facile à vivre.

Une histoire qui a marqué le protestantisme français

Cette histoire, difficile, a profondément marqué le protestantisme français et notre Eglise. L’idée même de persécution et de minorité est constitutive de notre identité. Inquiétés, emprisonnés, persécutés, traqués, mis au ban de la société, la vie n’a pas été simple pour ces Huguenots. Subissant des pressions, des brimades, des interdits, le risque de la mort, certains ont tenu bon, et se sont battus pour leur foi. D’autres se sont convertis au catholicisme, parfois de force. Et, d’autres encore ont fui. Certaines familles sont revenues, [comme le premier Pasteur du Temple du Marais, Paris], Paul Henri Marron, sa famille est revenue en France, d’autres non, comme les ancêtres des deux ministres allemands Lothar et Thomas de Maizière ou du président américain Franklin Delano Roosevelt.

Mais d’où vient ce mot ?

Vraisemblablement de l’allemand eidgenossen (“conjurés”, “confédérés”). Un mot allemand (comme Luther), utilisé à Genève (patrie de l’« hérésie » protestante), proche du nom du roi Huguet ou Hugon de Tours, qui, selon la légende, fut un fantôme cruel vivant la nuit, et la prononciation déformée permettent aussi de comprendre le caractère péjoratif et insultant du mot à l’origine. Mais les protestants français vont assumer et revendiquer ce mot comme leur appellation à partir de 1560. Ceux qui ont persévéré, ceux qui ont « protesté de leur foi », que peuvent-ils nous dire ? Nous vivons maintenant librement notre foi, avec des lieux de cultes publics et accessibles. Que nous apprennent les Huguenots ? Que nous laissent-ils en héritage ?

Les Huguenots nous apprennent à croire, quelle que soit la situation sociale, et politique autour de nous.

Même en des temps troublés, dans l’adversité, en étant persécutés, ils ont continué de croire, de vivre leur foi, de lire leur bible, de prier le Seigneur… Marie Durand enfermée à Aigues mortes en est un exemple extrême, elle ne renonce pas à sa foi. Ils nous redisent ce qu’est être une minorité, et combien cela peut être difficile un groupe stigmatisé. Cela peut nous parler aujourd’hui, où de nombreuses minorités ou des groupes de personnes vivant une différence sont souvent rejetés.

Ils nous rappellent les débuts de l’Eglise

Ils nous rappellent les débuts de l’Eglise, comment ils ont vécu et se sont organisés. Les pratiques communautaires avec des réunions discrètes chez l’un ou chez l’autre pour partager la lecture du Nouveau Testament, des psaumes et prier. La lecture de la bible dans sa propre langue et non en latin, une lecture seul mais aussi en famille et en groupe. Et un texte qui circule, car il est imprimé. C’est aussi un élément très important de leur vie : l’accès à l’écrit grâce à l’imprimerie. L’organisation des groupes, l’élection des représentants la désignation des pasteurs, la mise en place des sacrements (baptême et cène)… Comme l’Eglise primitive des Actes, ils nous parlent de comment on pratique, comment on vit la foi, comment on construit le corps du Christ au tout début. Ils nous permettent de retrouver les bases de notre foi, les prémices, les commencements. Les premiers textes aussi notamment les confessions de foi de La Rochelle (1571) comme celle d’Augsbourg (1530). Nous pouvons ainsi redécouvrir ce qui est permanent et qui fait le lien entre les générations.

Ils nous apprennent à rompre avec la société qui les entoure pour vivre mieux et en accord avec la foi.

Ils ont rompu avec les traditions, ils se sont singularisés et différenciés des autres, ils ont dû affirmer leurs particularités. Installant une pratique de la religion différente, ils ont souhaité épurer les pratiques, retrouver les origines, enlever les superstitions, refuser certains gestes. Ils ont dû rompre avec des pratiques communes, courantes et partagées. Ils se sont abstenus de tout un tas de pratiques et de croyances anciennes. Cette abstention implique une révolution mentale par rapport aux comportements ancestraux : il n’y a plus de temps, ni de lieu, ni d’image ou d’objet sacré. Ils ont bousculé les hiérarchies sociales et les valeurs de leur temps. Avec leur organisation et les élections de représentants, ils ont même pratiqué la démocratie avant sa mise en pratique. Calvin souhaitait que la Réforme pénètre tous les aspects de la vie quotidienne et que chacun puisse rendre compte de sa foi, à toute occasion. Les Huguenots nous invitent à faire la même chose avec notre société. Les Huguenots sont une source d’inspiration pour apprendre à rompre avec la société qui nous entoure quand elle va à l’encontre du Seigneur.

Les Huguenots nous parlent encore aujourd’hui

Enfin les Huguenots exilés nous parlent encore aujourd’hui, nous qui voyons tant de réfugiés, de migrants qui s’exilent de leur pays. Nous qui connaissons des chrétiens persécutés dans leur pays d’origine et qui viennent chez nous. Dans [nos églises] même nous vivons avec des frères et des sœurs venant de pays musulmans, de pays africains ou même de Chine où vivre leur foi était plus qu’un problème, une question de survie.

Terminons sur ce petit détail. Les Huguenots nous invitent aussi à retourner dans nos Bibles pour trouver des parallèles avec leur vécu. Ainsi le désert, référence à la traversée par Moise et son peuple du Sinaï, et l’espoir de la terre promise, est l’allégorie de la clandestinité des huguenots pendant les temps les plus forts des persécutions et de l’interdiction. Nous traversons aussi des déserts… Les Huguenots nous apprennent à résister, à tenir bon dans la foi, à s’appuyer, quoiqu’il arrive, sur le Seigneur. Ne les oublions pas…

Car c’est « ce que Dieu veut » (1 Pie.2v11-17)

« On t’a fait connaître », ô chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« Je vous y encourage, très chers amis, vous qui êtes des immigrés, des gens de passage sur cette terre : tenez-vous à l’écart des penchants mauvais qui font la guerre à votre être.

Ayez une bonne conduite parmi les païens ; ainsi, même s’ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, ils seront obligés de reconnaître le bien que vous faites et de remercier Dieu le jour où il viendra.

Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité humaine : à l’empereur, qui a le pouvoir suprême, et aux gouverneurs, envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour louer ceux qui font le bien.

En effet, ce que Dieu veut, c’est qu’en pratiquant le bien, vous réduisiez au silence les gens ignorants et stupides.

Conduisez-vous comme des personnes libres ; cependant, n’utilisez pas votre liberté comme un voile pour couvrir la malveillance, agissez plutôt comme des personnes qui sont au service de Dieu.

Respectez tous les êtres humains, aimez vos frères et vos sœurs en la foi, reconnaissez l’autorité de Dieu, respectez donc aussi l’empereur ».

(1 Pie.2v11-17)

Bien s’informer, c’est déjà s’engager

A quoi rends-tu ton cerveau « disponible » ?

Vous le savez sans doute déjà : une grande « bataille de l’information » se prépare en toile de fond de la présidentielle 2022.

Et ce, d’autant plus que le phénomène de concentration dans les médias en France [avec un risque d’interventionnisme de milliardaires propriétaires, pour tenter d’influer sur ladite élection ?] interpellent et inquiètent particulièrement les parlementaires français, au point d’installer une commission d’enquête ad-hoc du Sénat, dont la liste de ses membres a été officiellement arrêtée 18 novembre, en séance. Au total, 21 sénateurs vont être chargés durant plusieurs mois de « mettre en lumière les processus ayant permis ou pouvant aboutir à une concentration dans les médias en France et d’évaluer l’impact de cette concentration sur la démocratie ». Parmi les sujets d’actualité mis en avant dans l’exposé des motifs de cette commission, figurent le projet de fusion entre TF1 et M6 mais aussi les « nombreuses prises de contrôle directes » de médias par le groupe Bolloré, notamment dans le groupe Lagardère (Europe 1, Journal du Dimanche). Sont également mentionnés les anciennes acquisitions et participations du groupe Drahi (BFMTV, Libération ou encore L’Express) ou encore le mouvement de concentration à l’œuvre dans la presse locale. « La presse quotidienne régionale est désormais aux seules mains de cinq ou six acteurs », ont rappelé les sénateurs (1).

Il est donc vital de faire vivre l’écosystème des médias indépendants, non pas « d’opinion » ou véhiculant la vision du monde de tel magnat à la tête d’un empire médiatique, mais traitant sérieusement d’une information d’intérêt général pour contrer la saturation du débat public et proposer d’autres sujets que les obsessions identitaires et anti-immigrés (2).

Soutenir de tels médias indépendants qui reposent sur un modèle économique participatif, sans pub, sans subvention et sans actionnaires, c’est un outil de démocratie, et un bon moyen de s’informer et de débattre (3).

Comme l’explique Christophe Deloire, secrétaire-général de Reporters Sans Frontières (RSF), à France culture (4): « On a vu aux États-Unis ce que peut produire un champ médiatique totalement polarisé, où des médias servent tel ou tel candidat et ne sont plus au service de l’information ou de l’intérêt public, mais au service de visions du monde opposées. Un monde où les médias scandent ces visions du monde plutôt que de faire de l’enquête et du reportage, plutôt que de faire du journalisme. C’est un grand risque pour notre paysage médiatique de se retrouver dans une telle dérive, avec des conséquences démocratiques au bout du compte ».

Dans un contexte où l’on confond opinion/vision du monde avec information et où place est laissée à l’individu d’exercer en toute liberté sa propre rationalité et moralité, et puisque certaines chaînes de TV sont célébrées comme menant une oeuvre de « réinformation culturelle chrétienne » dans le grand public, il est essentiel de comprendre ce que l’on entend justement par « Christianisme », « chrétiens », ou « Evangile ».

Or, comme le souligne le « théologeek » Olivier Keshavjee dans une note de blogue (5), l’Église est vue comme une association volontaire de gens qui veulent promouvoir certaines valeurs pour eux-mêmes et la société. Ces valeurs seraient affaire de choix personnel, pas des faits que tout le monde doit accepter. Et donc le succès de ces valeurs dépendrait du nombre de ses adhérents. Vu ainsi, selon un certain point de vue, « l’évangélisation » serait alors l’effort de répondre à un certain déclin de civilisation, dans une obsession permanente identitaire « de pureté de la race ». Il en découle l’angoisse existentielle suivante : il serait alors impératif que nous réussissions, quitte à vendre un nouveau « sauveur », attendu comme le « messie » politique, « défenseur de la chrétienté » et censé « sauver la France », au risque d’être « perdus ». Imaginez alors une telle vision du monde véhiculée via une stratégie d’achat/de rachat de médias, allant jusqu’à soutenir une personnalité controversée, multi-condamnée pour provocation à la haine raciale, et pourtant candidat à la prochaine Présidentielle…..

Il est pourtant édifiant de constater que la première évangélisation du Nouveau Testament est l’annonce par Jésus-Christ, non pas de ce Christianisme « Canada Dry »[« la couleur et le goût », mais « pas le Christianisme » de la Bible], mais que le Royaume de Dieu s’est approché. Il ne s’agit pas d’une nouvelle ecclésiale, « identitaire », « exclusive », mais mondiale et publique. Ce n’est pas une question de « valeur », mais de « fait ». C’est une grande nouvelle, qui exige une réponse immédiate. 

Ce Royaume advient quand toute la volonté de Dieu est accomplie, quand sa justice est observée, quand son règne de paix devient réalité, ainsi que le prédisaient les prophètes de l’Ancien Testament. Jésus résume la nature de ce royaume en deux grands commandements : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force », et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », soit deux priorités comme autant d’antidotes aux tentations du tribalisme, du nationalisme et d’un pseudo « christianisme » identitaire et d’exclusion.

Car : « Si nous aimons notre famille par-dessus tout, nous finirons par choisir le bien de notre famille au détriment du bien d’autres familles. Si nous aimons notre pays par-dessus tout, nous choisirons les intérêts de notre pays et nous ignorerons ceux des autres pays. Si nous aimons notre intérêt personnel par-dessus tout, nous choisirons de nous servir nous-même au détriment des besoins des autres. C’est seulement si nous aimons Dieu lui-même par-dessus-tout que nous pourrons aimer et servir tout le monde, toutes les familles, toutes les catégories, tous les peuples » (Jonathan Edwards, cité par Gilles Geiser, « un moi pour aimer l’essentiel », p 127)(6)

Jésus vient renverser l’ordre établi de nos vies pour y établir son règne de justice, de paix et de joie. Il attend le sacrifice de notre « oui » d’acceptation et nous invite à le suivre, comme à manifester que « le règne de Dieu s’est approché ».

Cela consiste à faire, au Nom de Jésus et à Sa suite, des choses significatives dans la vie des gens, portant un fruit immédiat dans leur vie : non pas rompre des lances avec des inconnus sur les réseaux @sociaux, relativement sur des sujets futiles ou clivants, ou servir de caisse de résonance à tous les tapages médiatiques, mais « guérir les malades, chasser les démons, purifier les lépreux et ressusciter les morts » (Marc 16v15-18Matt.10v7-8Luc 10v1-9.…), sans oublier : laver les pieds des autres croyants, prendre un repas en Sa mémoire, baptiser et enseigner les personnes, même issues des nations non juives, – aimer les ennemis….

Tout cela « au Nom de Jésus », le seul Seigneur, « Dieu sauve » mais aussi « Dieu élargit ». Et non pas « Dieu enferme » ou « nous nous enfermons » par crainte des autres (Jean 20v19). C’est ainsi que Jésus est venu aussi renverser les murs de séparation (ou de « confort » ?) (Eph.2v14 et ss), et non pour les renforcer ou en construire d’autres.

De tout temps et encore aujourd’hui, c’est au Nom de Jésus, avec amour et humilité, que les chrétiens agissent et font ce qu’ils ne sauraient pas faire par eux-mêmes : élargir l’horizon de leurs frères et/ou de leurs prochains en les faisant sortir de là où ils (se) sont enfermés, pour leur faire connaître « une vie (toujours plus) abondante », et autres choses significatives de nature à porter un fruit immédiat dans leur vie.

Profitons alors de cette période de fêtes de Noël et de fin d’année pour décoller nos yeux des discours politiques et faire une cure des chaînes d’opinion et autres plateaux TV, pour nous (re)plonger dans le message de l’Evangile et de la Bible :

« Jésus-Christ est venu pour détruire les œuvres du diable » (1 Jean 3v8), lequel est l’accusateur, le menteur, le diviseur et le meurtrier « dès le commencement ».

Jésus-Christ est le sacrifice ultime (Hébr.7v27), rendant vains et inutiles tous les discours et raisonnements du style « vous avez peur, vous avez raison d’avoir peur, on vous comprend, voici les bouc-émissaires ». 

Dieu, qui ne fait pas de favoritisme, est le Dieu des orphelins, des veuves, des pauvres et des étrangers (cf Deut.10v17-19). Nous ne sommes pas « ici chez nous » (justifiant que « d’autres » n’auraient pas leur place) mais bien « chez Lui », « comme des émigrants et des hôtes » (Lévit. 25v23).

« La véritable pratique religieuse » selon Dieu n’est pas «  saisir une bonne affaire, ni malmener ses employés », ou se quereller, se disputer, donner des coups de poing, mais plutôt, notamment : « libérer ceux qui sont injustement enchaînés, les délivrer des contraintes qui pèsent sur eux, rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, supprimer tout ce qui les tient esclaves » (Esaïe 58v3-6. Voir aussi Jacques 1v27, pour « la vraie religion »).

Redécouvrons dans la Bible que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament (cf Deut.10v17-19, Ps.146v9, Lévit.25v23, Ex.22v21, Deut.27v19….) et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament. Ainsi, par exemple, comme nous l’enseigne la généalogie de Jésus en Matt.1, le Messie n’est pas obsédé par « la pureté de la race » (7). Voir aussi Luc 9v51-56, 10v25-37 ; Eph.2v11-18…..

Souvenons-nous enfin, durant cette période de Noël, que Dieu est ancré dans le réel et nous a rejoints dans le réel, en Jésus-Christ, lequel est « la vérité » (Jean 14v6).

Méditons cette scène de « La Dernière Bataille », le dernier tome de la série « Les Chroniques de Narnia » de CS Lewis, où il y est notamment question de nains individualistes et sceptiques à un point qu’ils se retrouvent prisonniers dans une réalité alternative, « une prison mentale », celle qu’ils se sont forgée dans leur propre esprit. Ayant choisi « la rouerie plutôt que la foi » (ou la confiance), ils ne laissent plus personne les aider à discerner/reconnaître le réel [incapables de voir, sentir ou d’apprécier des mets succulents, persuadés de « manger du foin » ou de boire « de l’eau sale dans un auge qui aurait servi à un âne », quand il s’agit d’excellent vin dans une coupe d’or], « si soucieux de ne pas se faire avoir qu’on ne peut (plus) le leur faire savoir ».(CS Lewis. La Dernière Bataille, Les Chroniques de Narnia, T VII. Gallimard jeunesse 2008, folio junior, pp 169-175). Ils se retrouvent donc « immunisés » à la vérité, au réel.

Réajustons-nous donc dans notre rapport avec la vérité et le réel, sachant que « les faits résistent à l’interprétation, le réel résiste à l’imaginaire, et la loi résiste au désir » (8). Soyons de ceux qui aiment la vérité (2 Thes.2v10). Relisons 1 Jean 1v8 et ss qui concerne le rapport à la vérité, et la façon dont nous pouvons nous replacer dans la justice de Dieu en étant réalistes quant à ce que nous vivons vraiment intérieurement.

Et, particulièrement, reconnaissons nos limites, en réfrénant nos appétits. Apprenons de Moïse, qui a été un « géant ». Sauf que, « comme pour tous les humains, sa mission n’a pas été couronnée de succès à cent pour cent puisqu’il est mort à la veille d’entrer en terre promise. Il a eu du mal à accepter cet inachèvement, mais personne n’est immortel, tout le monde a ses limites. Chacun à un Jourdain qu’il ne franchira jamais ! » (9)

Notes :

(1) Le dossier « commission d’enquête sur la concentration des médias » est à découvrir sur Public Sénat. Avec des propositions pour réformer les dispositifs existants.

(2) A lire, cet excellent article de Caroline Bretones, intitulé « Qui a peur du grand remplacement »[ce vieux fantasme agité notamment par certains candidats à chaque élection] et publié sur le site des Attestants : « Cette peur tapie tout au fond de nous, vieille comme Caïn, qui nous fait voir en l’autre un danger plutôt qu’un frère et nous fait croire que notre place est menacée. L’étranger tout seul ne nous fait pas peur quand il s’agit d’une personne que nous pouvons identifier, accueillir, soutenir, aimer. Mais quand l’étranger se conjugue au pluriel, cette altérité nous questionne, nous déstabilise et nous inquiète. Parce qu’elle nous rappelle douloureusement que nous ne sommes pas capables d’assumer vraiment la diversité, qu’elle soit culturelle, ethnique, liturgique ou théologique ; mais plus encore, parce qu’elle vient questionner notre identité, tout autant que notre manque de convictions, d’enthousiasme et d’audace ».

(3) Parmi ces médias indépendants :

Bastamag, un média d’intérêt général, indépendant, sans publicité et en accès libre en ligne, investi sur les enjeux sociaux, écologiques et démocratiques. Un journalisme d’impact, nourri de reportages et d’enquêtes. [découvrir pourquoi et comment soutenir ce média, notamment via le moteur de recherche Lilo] ;

Brief Me, la newsletter qui nous donne rendez-vous chaque soir, par mail, pour tout comprendre des grands sujets de l’actualité, sans parti pris, de façon sobre et sans pub. L’accent est mis sur l’international, l’environnement et les technologies, avec une mise en avant des informations positives telles que des projets ou des initiatives permettant de trouver des solutions à des problèmes. Dans la perspective de la Présidentielle 2022, Brief Me propose également une édition spéciale, baptisée « Des idées pour la France ». Deux fois par mois, la rédaction de B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e analyse une des propositions présentes dans le débat de la campagne, en nous expliquant le contexte de la proposition et en présentant les arguments pour et contre pour nous permettre d’affiner votre propre opinion.
Brief Me, c’est aussi, notamment une fois par mois un panorama, ou une synthèse complète sur un sujet d’actualité, qui le replace dans son contexte, en récapitule les grandes étapes et en explique les implications. Et encore : Brief Me éco et Brief Me science.

Il est possible de tester Brief Me gratuitement et sans engagement pendant 30 jours, comme de découvrir ses coulisses ici.

(4) Lire cet entretien sur le site de France culture

(5) Voir sur http://www.theologeek.ch/2015/02/27/evangeliser-dans-le-contexte-de-la-secularisation/

(6) Voir notre recension de cet ouvrage.

(7) Voir notre article à ce sujet

(8) Formule du Pasteur Boucomont, publiée sur son compte twitter (10/11/21)

(9) Antoine Nouis, Découvrir la Bible en 100 pages. Editions Bibli’O, 2021, p 24

La véritable Eglise

L’Eglise est l’assemblée de ceux et celles qui sont appelés par Christ à se réunir en Son Nom ( Source : Pixabay)

La véritable Eglise de Jésus-Christ est celle où le Dieu véritable est pleinement à Sa place : 

Elle n’adore que Dieu (Père, Fils, Saint-Esprit), refusant d’adorer ou de sacraliser ou de prêter allégeance à des pouvoirs ou des personnes autoproclamées « providentielles », qui prétendent prendre sa place dans nos vies, qu’il s’agisse de pouvoirs idéologiques, politiques, économiques, religieux ou spirituels…

Elle est celle pour laquelle Christ s’est livré Lui-même et où Il est le centre, reconnu comme seul Seigneur, et dans laquelle règne Son amour « qui surpasse toute connaissance » (Eph.3v19). 
« Politiquement », elle espère plus dans le retour de Jésus-Christ que dans les prochaines élections ; en attendant, elle fait ce qu’elle peut pour rendre visible le seul Sauveur et Seul Messie, qui est déjà venu et qui reviendra. Elle ne reconnaît aucun « petit messie ».

Elle est celle qui refuse de se laisser entraîner par le diable [l’accusateur, le menteur et le diviseur] dans son cortège médiatique (cf Eph.2v1-5), rappelant ce qui est la vérité et la réalité : c’est Christ qui entraîne l’ennemi vaincu dans son cortège triomphal, ayant « dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col.2v15).  Elle est donc celle qui refuse toute distraction et diversion, comme de servir de caisse de résonance aux tapages médiatiques, pour mieux nous exercer à regarder dans la bonne direction : c’est là l’objet du culte qu’elle rend à Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5v20)

Elle est celle où Dieu est bien le Père et dans laquelle personne ne s’est mis à la place du Père, chacun étant tous frères (Matt.23v9). Ce qui est un remède à l’autoritarisme et au tribalisme.

Elle est celle où l’Esprit Saint peut souffler, étant un lieu de vie et non un lieu de mort.

Comment, pour des pasteurs, « bien parler » du haut de la chaire des vaccins contre la covid-19- ainsi que de politique sanitaire en vigueur ?

« On t’a fait connaître ce qui est bien…. » de poster ou de dire (Michée 6v8). Source : compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« Tout est permis, mais tout ne convient pas. Tout est permis, mais tout n’édifie pas » (1 Cor.10v23) ; « …faites tout pour la gloire de Dieu. Ne soyez pour personne une occasion de chute… » (1 Cor.10v31-32) ; « que tout se fasse pour l’édification commune » (1 Cor.14v26).

Oh là là ! Les pasteurs peuvent-ils se risquer à se prononcer sur des sujets hautement sensibles dans notre beau pays, tels les vaccins et la vaccination, ainsi que l’obligation de se faire vacciner contre la covid-19, ou de présenter un certificat sanitaire pour accéder à certains lieux ou autres moyens de transport publics, voire à son travail ? Pour la plupart des pasteurs, il est périlleux de parler de ce que l’on ne maîtrise pas, sachant que ce qui est dit au micro par un pasteur a un poids particulier.

On peut aussi comprendre que le rôle d’un prédicateur n’est pas de prescrire à l’assemblée, réunie à l’écoute de la Parole de Dieu, ce que chacun doit faire ou ne pas faire, pour qui voter ou ne pas voter, contre qui ou quoi manifester…. Cela engendrerait certainement des discussions sans fin, mais aussi des divisions.

Le prédicateur est redevable devant Dieu d’annoncer la Parole de Dieu et non pas d’exprimer ses options personnelles. Annoncer, prêcher l’Evangile de Jésus-Christ, c’est aider à vivre selon la volonté du Seigneur, à se garder du mal et à faire des choix libres, inspirés non par la peur (alimentée notamment par des théories complotistes, dans le cas de la covid, qui fleurissent sur les réseaux @sociaux) mais par l’amour. Aimer le Seigneur et son prochain est la plus grande liberté qu’il nous soit donné d’exercer. Et « l’amour bannit toute crainte » (1 Jean 4,18). L’amour ne soupçonne pas le mal (1 Cor.13v5).

L’apôtre Paul, sur le rapport du chrétien aux autorités et aux lois, le rappelle en Romains 13, versets 1 à 8. Après avoir traité du rôle de l’Etat (préserver l’ordre et l’harmonie d’un monde toujours menacé par le mal), et de ce que nous lui devons (notamment l’impôt), Paul conclut : la seule dette que vous avez, c’est de vous aimer les uns les autres (verset 8 qu’il faut rattacher à ce qui précède et pas seulement à ce qui suit)

Sur cette base, à chacun de décider devant le Seigneur comment, concrètement, il manifestera l’amour envers son prochain dans la période de pandémie que nous traversons. En la matière, ne s’agit-il que de ma propre santé ou aussi de celle des autres ? S’agit-il seulement de me protéger ou de protéger aussi les autres ?(1) Dois-je attendre les consignes du gouvernement ou du préfet pour cela ?

Et parlant de prière, votre communauté a certainement beaucoup prié et intercédé, l’an dernier, comme beaucoup d’autres, notamment pour les vaccins.  Aujourd’hui, voici non pas un, mais plusieurs vaccins produits à des centaines de millions d’exemplaires contre un virus en à peine dix-huit mois et disponibles gratuitement ! Merci Seigneur !

Merci aussi Seigneur, parce que dans notre beau pays, durant cette crise sanitaire, nous avons eu (et avons) des tests PCR gratuits, des soins gratuits, des salariés payés, des entreprises aidées et des aides pour les plus modestes.

Et enfin merci Seigneur, parce que nous ne sommes pas à la place de nos gouvernants en charge de gérer cette crise, qu’ils ont pris au sérieux. Personnellement, j’en serai bien incapable.

C’est pourquoi la Parole de Dieu nous invite, outre à la soumission et au respect, à prier pour nos autorités (1 Tim.2v1-4) et pour nos institutions (politiques, législatives, scientifiques, judiciaires, médiatiques….), et c’est au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions systématiquement dénigrées, moquées et discréditées. Car sans cette considération et ce respect, rien ne peut fonctionner. 

En comparaison, le Royaume de Notre Seigneur n’est certes « pas de ce monde », mais sa royauté ne jette aucun discrédit, bien au contraire, sur les pouvoirs humains.

Alors qu’il y aurait de bonnes raisons d’être prudents, Jésus n’a pas voulu que nous entrions dans le discours paranoïaque. Lui seul a été fidèle jusqu’au bout. C’est pourquoi il nous faut absolument déminer tout discours inspirant et nourrissant la suspicion et la crainte. Ainsi, comment prendrons-nous au sérieux l’autorité de Dieu si nous avons été structurés dans la contestation/diabolisation de l’autorité de l’Etat, comme de toute autorité ? Il n’y a pas de gouvernement parfait, mais toute autorité vient de Dieu (cf Rom.13v1). Nous rendrons service au gouvernement en priant pour lui, pour que des mesures justes et sages soient prises pour l’intérêt général, et nous contribuerons ainsi à la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées.

Que Dieu nous donne de comprendre la nature des enjeux prophétiques de ces guérisons collectives (notamment de la confiance malade/blessée) que nous avons à vivre en ce moment.(2)

PS : il est possible de répondre à ceux qui ont des doutes ou des craintes légitimes, hésitant à se faire vacciner en orientant vers des explications de spécialistes du domaine. Voici, parmi d’autres, des questions/réponses de médecins épidémiologistes :  Que répondre à ceux qui hésitent à se faire vacciner contre la Covid-19 ? (theconversation.com) et Vrai ou faux : les arguments des anti-vaccins Covid-19 passés au crible (france24.com) un article recommandé par le CPDH (Comité Protestant Evangélique pour la Dignité Humaine).

Voir aussi ce récent avis du Comité d’éthique du CNRS (COMETS), relatif à la communication scientifique en situation de crise sanitaire. Lire un court résumé de l’avis ici, et l’avis complet .

Notes :

(1) D’après cette réponse pleine de sagesse du répondant sur 1001 questions.

(2) D’après cette prédication « pourquoi prier pour les autorités ? »

« Nous sommes tous des étrangers et voyageurs sur la terre » : entretien avec Manior, auteur de « Les deux pieds en Afrique »

Un récit instructif et constructif, acteur de la déconstruction de préjugés

Aujourd’hui, nous recevons, pour la première fois sur notre blogue, le dessinateur Manior, pour nous parler de son roman graphique « Les deux pieds en Afrique », co-réalisé avec son épouse Maya, et paru le 08 octobre 2021 aux éditions Scriptura. Qu’il en soit remercié pour s’être ainsi prêté par mail au jeu des questions-réponses pour Pep’s café ! le blogue, contribuant à la richesse de cet entretien.

Merci également à Laurène de La Chapelle, chargée de communication pour l’Alliance Biblique Française, et à Coraline Fouquet, éditrice chez Scriptura, pour l’envoi de ce beau livre en service presse, en avant-première, comme pour m’avoir mis en contact avec l’auteur.

Intro « brise-glace »

Bonjour Manior, je te remercie de te prêter ainsi au jeu des questions-réponses pour Pep’s café! le blogue. Comment te présentes-tu, habituellement ?

Je m’appelle Romain, j’ai 35 ans, marié à Maya et papa de 3 petits garçons. J’habite à Angers, et je travaille pour le CNEF, Conseil national des évangéliques de France. J’ai été enseignant en Sciences de la Vie et de la Terre (collège, lycée), puis j’ai travaillé pour des associations chrétiennes, dans le domaine de la communication principalement.

D’où vient ce nom de « Manior » ?

Manior est une anagramme de mon prénom, Romain. Il y avait aussi « Marion », mais ça collait moins avec mon genre ! J’ai pris ce pseudonyme de « Manior » dès l’adolescence, pour signer les dessins que je faisais pour les copains, ou sur les tables de la fac… 

1/ « Les deux pieds en Afrique », un roman graphique : « spécial origines »

Cette publication – un roman graphique alternant entre planches de bande dessinée et pages de carnet de voyage – est l’aboutissement d’un projet personnel, original : pourquoi cette BD ? Quelle est sa genèse ? Dans quelles circonstances a-t-elle été réalisée ?

Dans l’avion pour le Cameroun, lors de notre départ en volontariat [en 2014-2015], j’ai commencé à prendre des notes dans un petit carnet noir. Je voulais me souvenir des émotions ressenties, des premières surprises, des premières découvertes… C’était un récit assez intime, une sorte de journal personnel. Après quelques semaines, je ne ressentais plus ce besoin de noter mes impressions, mais j’ai par contre continué à noter des petits détails, dessiner quelques objets, et de plus en plus de situations surprenantes, qui me faisaient rire. Après 6 mois au Cameroun, et quelques semaines au Sénégal, j’ai cherché à dessiner ces anecdotes en bande dessinée. Je suis allé trouver un artisan qui m’a aidé à faire une table lumineuse, j’avais déjà un peu de matériel pour dessiner, et je me suis lancé. Et ce fut assez prolifique : je dessinais 2 à 3 planches tous les soirs ! 

En parallèle, Maya et moi tenions un blog, illustré de photos, de dessins et de vidéos, pour raconter à notre entourage ce que nous étions en train de vivre.

Quel a été le rôle des Editions Scriptura dans l’accompagnement de ton projet ?

En fait, j’avais dessiné plus de 100 planches de BD au Cameroun, mais elles sont restées dans un carton, faute de temps pour donner une suite à ce projet. Mais fin 2020, j’ai cherché une maison d’édition pour concrétiser ce projet de bande dessinée. J’ai tout de suite pensé à l’Alliance Biblique Française, qui mène (comme Wycliffe, pour qui nous étions volontaires) des projets de traduction de la Bible dans le monde. L’Alliance Biblique Française a répondu avec beaucoup d’enthousiasme, au travers de sa branche des Éditions Scriptura et son éditrice, Coraline Fouquet. Avec elle, nous avons retravaillé tout le projet, pour arriver à ce format un peu atypique, mêlant mes planches de bande dessinées, des passages repris du blog, et des photographies et illustrations complémentaires.

L’album est co-signé « Maya et Manior » (et non « Manior et Maya ») : quelle a été la participation de ton épouse dans sa réalisation ?

Par galanterie, j’ai préféré faire figurer le nom de Maya en premier. Au niveau du contenu, les textes (carnet de bord) étaient le plus souvent rédigés à 2 mains, et les photographies sont très majoritairement celles de Maya. Cette mention « Maya et Manior » est à la fois celle des auteurs, mais aussi des personnages, comme on lirait « Une aventure d’Astérix et Obélix ». Le caractère autobiographique permet de mêler ces 2 objets en une seule mention, au risque d’apporter un peu de confusion pour les lecteurs.

Pourquoi ce choix du roman graphique (un livre) pour raconter votre expérience en couple de volontariat en Afrique, et pas une vidéo, alors que ta spécialité est la communication digitale ?

Je suis très attaché au livre, au papier, à l’objet. Je dessine de manière très traditionnelle (crayon, pinceau, etc), donc le choix de ce format est très naturel pour moi. En parallèle, nous avons aussi réalisé quelques vidéos, tenu un blog, et animé les réseaux sociaux autour de notre année de volontariat… donc bien utilisé la communication digitale.

2/L’envoi en mission, « un déplacement »

 Le samedi 18 septembre 2021, le Défap – le Service protestant de mission – a fêté ses 50 ans au service de l’interculturalité. A cette occasion, d’anciens envoyés – dont votre couple – répondant à un appel à témoins du Défap, ont pu témoigner de ce que leur mission a changé dans leur vie. L’achèvement de votre BD et sa sortie prévue le 08/10 est-il « un hasard » (avec un grand « D ») de calendrier, avec cet anniversaire ?

C’est en effet un appel du Défap, dès fin 2020, qui a « réveillé » ce projet qui sommeillait dans un carton ! Nous avons travaillé activement avec le Défap et les Éditions Scriptura pour réussir à sortir ce livre à temps pour participer aux animations prévues autour des 50 ans du Défap. Je me réjouis de ces partenariats, parce qu’ils montrent que notre projet et notre année de volontariat ne s’est pas fait de manière isolée, mais au bénéfice de plusieurs structures différentes. 

Si l’on considère que la mission est « déplacement » et « rencontre », et, au-delà de la rencontre elle-même, « foi mise en action qui permet de mettre en relation même ce qui était destiné à ne jamais se rencontrer », en quoi votre vie à tous les deux n’est-elle plus la même, depuis cet envoi en mission ?

Dès notre retour, nous avons ressenti la nécessité de mettre en relation ce que nous avions vu, entendu, vécu, et nos proches ici en France : nos amis et famille doivent savoir ! Savoir ce qu’est le Cameroun, le Sénégal, qui sont les gens là-bas, savoir dans quel contexte social et politique ils naissent, grandissent, vivent et sont heureux. Il y a tellement de clichés et de généralisations à déconstruire, tellement de non-dits sur la Françafrique, que nous avions envie de jouer notre rôle de témoin : voilà ce que nous avons vu !

Avec quelques années de recul, je considère que nous avons vraiment eu de la chance de vivre cette année de volontariat, et qu’elle a façonné les individus, le couple et la famille que nous formons maintenant ! Il est difficile d’imaginer qui nous serions sans cette expérience, mais impossible de nier son impact.

En dehors des défis techniques décrits dans l’album (problème d’accessibilité à l’internet pour votre travail au quotidien….), quel a été votre plus gros défi de communication au Cameroun ?

Notre plus grand défi a été culturel : nous n’avons pas toujours pu appliquer nos idées telles quelles. Un exemple : nous avons souhaité mettre en place un envoi papier à tous les adhérents de l’association, mais impossible : la grande majorité de la population n’a pas d’adresse postale. Il fallait faire confiance aux relais de l’association dans les Églises pour assurer une distribution large de nos documents, et à notre grande surprise, ça fonctionne ! Ça a été une belle leçon d’humilité quant à l’expertise que nous pensions avoir, confrontée à la réalité du pays.

A quel point t’estimes-tu moins privilégié en France, en comparaison des camerounais qui ont « tout » chez eux ?

Sur place, il y a effectivement le beau temps, la facilité des relations humaines et la bière pas chère, qui font envie ! Avec du recul, et mon retour en France, je dirais qu’il y a aussi au Cameroun une liberté plus importante : les espaces vierges sont plus grands, la propriété privée est peu délimitée, les lois sont moins nombreuses, et tout est négociable… Les opportunités (créatives, de business, etc..) sont plus nombreuses car la société semble « en construction » ! Le retour en France a été dur pour moi sur ce point !

3/ L’art de la chute et inspirations diverses

Qu’as-tu appris de l’art de la chute, de la construction d’un gag, lors de l’élaboration de cet album ? [Voir en comparaison, la « vraie chute » en moto, en dernière partie de l’album !]

En BD comme en moto, je ne maîtrise pas l’art de la chute ! Je ne me considère pas comme un bon scénariste, et j’ai un humour assez second degré, voir sarcastique. J’ai donc écrit certains gags qui me font rire personnellement, mais qui sont loin d’être universels ! La construction des planches s’est faite de manière très spontanée : je cherchais davantage à dire ce qui m’avait fait sourire, plutôt qu’à faire sourire. Peut-être que ce qui est perdu en humour est gagné en authenticité… 

Ton « road trip » en moto te donne l’occasion de partager à tes lecteurs quelques extraits de « Nous rêvions tous de liberté », roman écrit par Henri Loevenbruck. En quoi cet ouvrage fait-il résonance avec ta propre aventure ?

En fait, c’est mon frère qui, en venant nous rendre visite au Cameroun, a ramené ce livre que j’avais acheté. C’est donc par coïncidence que je l’ai emmené dans mon sac et que j’ai commencé à le lire en partant en road-trip. Cette lecture m’a vraiment touchée, je me suis identifié à cette quête de liberté des personnages, et les chapitres que je lisais le soir mettaient des mots sur mes émotions de la journée, c’était incroyable ! J’ai souhaité garder cet aspect dans le livre.

De ton propre aveu, « Les deux pieds en Afrique » a été réalisé en mode « Le retour à la Terre » de Larcenet, ou les « Chroniques de jeunesse » de Guy Deslisle. Comment se gère une influence artistique pour un dessinateur, au point où tu as pu partager sur un forum que « ce que (tu fais) rappelle trop le retour à la Terre de Larcenet ? » 

Pour moi, le dessin est toujours resté un loisir : je n’ai pas suivi de formation, je n’y ai jamais consacré énormément de temps. Ce que j’ai apprécié chez Guy Deslisle (Chroniques de PyongYang) ou certains ouvrages de Manu Larcenet (Le retour à la Terre), c’est que la simplicité du trait n’était pas un handicap à la profondeur du récit, et ça m’a rassuré ! J’ai donc fait des choix proches de ce qu’on peut lire dans « Le retour à la Terre » : nombre de personnages limités, décors minimalistes, dessin et couleurs simples… Mon seul problème c’est que je n’ai ni le trait de Manu Larcenet, ni l’expertise scénaristique de Ferri ! J’assume donc l’inspiration de ces artistes, tout en reconnaissant le côté très amateur de mon travail.

Avec le recul, comment répondrais-tu aujourd’hui à ta propre question posée en cours de réalisation : « Y a-t-il une limite éthique, un moment où je dois choisir de faire différemment parce que ça ressemble trop à autre chose ? »

Au final, je ne me suis pas tellement éloigné du style de « Le retour à la Terre » donc… ma réponse est là ^^. Je pense que tout artiste est influencé par des créateurs de renom qu’il estime particulièrement, que ce soit moi ou Manu lui-même. Ici, la comparaison est légitime, mais se limite à certains choix graphiques, sans copier le thème, les personnages ou les gags. Je pense donc être resté du côté de l’inspiration (assez visible) sans avoir mordu le champ du plagiat ! 

Quel est ton regard final sur ton travail, aujourd’hui achevé ?

Je suis heureux d’avoir mené ce projet à terme, et d’avoir un beau livre sur mon étagère ! C’est mon 3ème projet abouti, après une auto-édition de mes dessins de blog en 2012 et l’illustration d’un livre pour enfants en 2016 (Fungo, ou l’aventure des mots).

En parallèle, je suis honoré de pouvoir proposer ce témoignage au sujet du volontariat, de la traduction de la Bible, qui se veut aussi une approche humble du choc culturel qui touche tout voyageur qui s’installe dans une culture qu’il ne connaît pas.

Le mot de la fin est pour toi !

Je me réjouis de lire les retours des lecteurs de ce livre, qui était à l’origine un projet assez personnel et est devenu un témoignage diffusé assez largement ! J’espère que ce récit sera instructif et constructif, acteur de la déconstruction de préjugés tenaces sur les étrangers, rappelant que nous sommes tous des « étrangers et voyageurs sur la Terre » ! 

Merci beaucoup, Manior, pour la richesse et l’authenticité de tes réponses !

Puisse ton partage nourrir l’intérêt de beaucoup pour ce livre !

En bref :

Les deux pieds en Afrique : carnet de voyage, de Maya et Manior. Editions Scriptura, 2021, 19.90€. Disponible chez l’éditeur ou dans toutes les bonnes librairies.

Découvrir l’Alliance Biblique Française, dont la mission consiste à mettre la Bible à la portée de tous.

Le compte instagram « Not Art, Just Fun », de Manior.

 

Amis de Jésus-Christ : « AJC ! »

Ensemble, les Amis de Jésus-Christ sont porteurs de la meilleure des nouvelles : annoncer et manifester le règne de Celui qui est « Dieu sauve » et « Dieu élargit » (Source : Pixabay)

Une proposition de texte pour s’encourager mutuellement à vivre et manifester ce que nous sommes ensemble en Jésus-Christ, et pour vivre l’amitié en Jésus-Christ sur la toile et dans la vraie vie.

Nous nous déclarons Amis de Jésus-Christ, au-delà des frontières de nos « étiquettes » respectives, étant appelés ainsi par Celui que nous reconnaissons comme seul Seigneur : Jésus-Christ.

Nous revendiquons le nom d’Amis de Jésus-Christ, parce que nous croyons que le Nom de Jésus est le seul Nom qui sauve, le seul Nom qui rassemble et le Nom qui est élevé au-dessus de tout nom, et au-dessus de tout « isme », de tout « iste », comme de toute étiquette religieuse, politique, et sociale, rendant ainsi vaine toute prétention identitaire.

Nous ne revendiquons et n’acceptons d’autres « marques », « noms » ou « étiquettes » que celles que Jésus nous a déjà donnés : « Saints et fidèles en Jésus-Christ », « amis de Jésus-Christ », « enfants de Dieu », « connus de Jésus-Christ », « appartiennent à Jésus-Christ », « frères en Jésus-Christ »…

En tant qu’Amis de Jésus-Christ, nous n’adorons que Dieu (Père, Fils, Saint-Esprit), et nous refusons d’adorer ou de sacraliser ou de prêter allégeance à des pouvoirs ou des personnes qui prétendent prendre sa place dans nos vies, qu’il s’agisse de pouvoirs idéologiques, politiques, économiques, religieux ou spirituels…

Nous nous encourageons les uns les autres à aimer Jésus-Christ, en faisant ce qu’Il commande.

En tant qu’Amis de Jésus-Christ, « nous avons purifié nos âmes, en obéissant à la vérité, pour pratiquer un amour fraternel sans hypocrisie ». Nous nous encourageons à nous aimer les uns les autres  « d’un cœur pur, avec constance, ayant été « engendrés à nouveau par une semence non pas corruptible mais incorruptible, par la parole de Dieu vivante et permanente » (1 Pie 1v22-23), croyant que Dieu ne cesse pas d’être Seigneur lorsqu’Il nous parle par Sa Parole.

Nous refusons toute relation infantilisante et/ou marquée par la domination, ayant « un seul Maître », « un seul Père dans les cieux » et étant « tous frères » (Matt.23v8-9).

Amis de Jésus, dont le Nom signifie « Dieu sauve » mais aussi « Dieu élargit », nous croyons que Notre Seigneur, sacrifice ultime « pour nos fautes et ressuscité pour nous rendre justes » (Rom.4v25 et Hébr.10v10), nous élargit de l’étroitesse et de l’angoisse.

De même, à la suite de Jésus et en Son Nom, nous souhaitons relever Son défi inclusif face à nos tentations exclusives : élargir les horizons de nos frères et de notre prochain.

Amis de Jésus-Christ : AJC !

« Chrétien, majeur et vacciné » : les raisons qui éclairent une décision, au-delà du « mon choix, ma liberté »

Le « c’est mon choix, ma liberté » parodié par BROUTE, sur Canal +

« C’est mon choix » était le titre d’une émission controversée, connue pour ses sujets racoleurs, diffusée sur France 3 de 1999 à 2004, puis dans une nouvelle version sur Chérie 25 de 2015 à 2017.

« C’est mon choix, ma liberté » est la revendication de ce qui est considéré comme étant une valeur fondamentale, du moins dans le monde – mais aussi parmi certains chrétiens se disant attachés à « la liberté individuelle » – particulièrement pour justifier la décision de ne pas se faire vacciner.

Sur ce qui est fondamental, qu’en dit la Bible ? A la question de « ce qui est le plus important », le Seigneur Jésus-Christ, citant les Ecritures, n’a pas répondu : « tu respecteras le c’est mon choix, ma liberté! de ton prochain », mais « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta pensée. C’est là le commandement le plus grand et le plus important. Et voici le second commandement, qui est d’une importance semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements. » (Matt.22v37-40)

Certes, Dieu se déclare comme le Dieu libérateur, dans la première des « 10 Paroles » (Exode 20v2), et Paul rappelle que nous avons été « appelés à la liberté » (Gal.5v13)….tout en précisant qu’il convient de nous auto-limiter à ce sujet, au nom de l’amour (v13-15) : 

Mais vous, frères et sœurs, vous avez été appelés à la liberté. Seulement, ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon les penchants humains. Au contraire, laissez-vous guider par l’amour pour vous mettre au service les uns des autres. Car toute la Loi se résume dans cette seule parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Mais si vous agissez comme des bêtes sauvages, en vous mordant et en vous dévorant les uns les autres, alors prenez garde : vous finirez par vous détruire les uns les autres.(Gal.5v13-15) [Lire aussi 1 Cor.6v12 et 1 Cor.10v23].

Le « c’est mon choix, ma liberté » n’est donc pas un absolu. L’amour, si.

Et c’est « l’amour du Christ » qui « nous étreint », qui « nous presse » (2 Cor.5v14), de ce poids de la gloire de Dieu.

D’autre part, si certains considèrent que « le plus grand pouvoir de l’homme » serait « le (libre) choix », un célèbre superhéros a rappelé qu’un « grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».

Justement, face à l’épidémie de Covid-19, nous sommes tous responsables : non pas de l’apparition du virus, bien sûr, mais plutôt d’empêcher ou de freiner sa propagation [ceux qui ne veulent absolument pas se faire vacciner doivent alors nous expliquer comment ils comptent le faire, à moins qu’ils considèrent sans gravité la pandémie], comme nous sommes tous responsables de soutenir ceux qui soignent ou assistent les malades, cherchent et trouvent des vaccins, ou encore se battent pour que nous puissions continuer à nous nourrir, à communiquer….Nous sommes aussi responsables de notre prochain, notamment plus faible, isolé et fragilisé par l’épidémie(1), en respectant les gestes barrières et les consignes sanitaires, sans attendre les mesures du gouvernement ou du préfet. Le respect des gestes barrières implique aussi de ne pas se faire le relais de tout et n’importe quoi, comme de prendre la décision d’en finir avec le réflexe de repartager des idées/informations toxiques (surtout celles non fiables, non vérifiées et/ou lues « en diagonales »), et de pas (plus) s’y exposer.

C’est en prenant ainsi nos responsabilités (et dans la prière), que nous glorifierons notre Dieu et contribuerons à l’édification et à l’encouragement de tous.

Une de nos responsabilités devant les hommes est donc de les bénir, à l’instar des sacrificateurs de l’Ancien Testament devant le peuple, soit d’énoncer et de se mobiliser pour rendre possible ce que Dieu a déclaré comme étant « bien », « bon » ou « très bon », « très bien ». Et notre responsabilité devant Dieu est de lui exprimer notre reconnaissance. Et les sujets ne manquent pas : 

Ainsi, l’an dernier, nous avons beaucoup prié pour les vaccins. Voici aujourd’hui, non pas un, mais plusieurs vaccins disponibles. Merci donc pour ces vaccins aujourd’hui disponibles et produits à des centaines de millions d’exemplaires contre un virus en à peine dix huit mois ; merci pour les tests pcr gratuits, les vaccins gratuits, les soins gratuits, les salariés payés, les entreprises aidées et les aides pour les plus modestes ; merci parce que nous ne sommes pas à la place de nos gouvernants en charge de gérer cette crise (personnellement, j’en serai bien incapable)….

A-t-on rendu grâce à Dieu, notamment sur les blogues ou les réseaux @sociaux occupés par des chrétiens, pour tout cela ?

Quelqu’un pourrait-il me signaler les sites, blogues ou comptes FB/twitter chrétiens (ou non) exprimant de tels sujets de reconnaissances pour tout ce dont nous avons bénéficié en cette période de crise pandémique/sanitaire ? Merci par avance.

J’en connais au moins deux ou trois (ce qui me paraît insuffisant), tels le blogue d’Antoine Nouis, les comptes twitter et FB du pasteur Gilles Boucomont, et aussi cet article de Myriam Widmer, publié dans le mensuel mennonite « Christ Seul » : cette professionnelle de santé nous explique simplement et clairement que « se faire vacciner est une des multiples façons de choisir la Vie. La vie est un don de Dieu et je fais [non pas « ce que je veux », mais] ce que je peux pour la préserver : la mienne et celle des autres ». 

Lire cet article dans son intégralité pour découvrir la déclinaison de cette vérité biblique, concernant la vie comme un don de Dieu.

Extraits :  

Une information fiable

À titre personnel, je me suis posé la question en début d’année : vaccin ou pas ? On ne savait pas trop… C’est la lecture de la revue Prescrire qui m’a décidée. Prescrire est une revue médicale fiable, très sérieuse, indépendante des laboratoires car financée exclusivement par ses abonnés. Ses rédacteurs étudient toujours en détail les résultats des essais cliniques avant de donner leur avis sur un nouveau médicament. (Par exemple, ils ont toujours déconseillé de prescrire le Mediator® en raison de sa dangerosité). Leur analyse des études sur les vaccins était tout à fait favorable. Ils ont coté les vaccins contre le Covid « Intéressants ! », et une telle cotation de leur part est plutôt rare. L’efficacité des vaccins sur le variant Alpha était estimée à 95 % environ (Pfizer, Moderna) ou 70-80 % (Astra Zeneca). Les vaccins restent efficaces sur le variant Delta (2).

Solidaire

En me faisant vacciner, je suis solidaire des autres car je ne suis pas un ermite qui vit en autarcie sur une île déserte. En réduisant la contagiosité, je contribue à la protection des personnes à risque de forme grave (…) je suis aussi solidaire des enfants et des jeunes (….) des étudiants privés de cours en présentiel (…) En me faisant vacciner, je suis solidaire des soignants (…) en particulier aux personnels qui travaillent dans les services d’urgence et de réanimation et qui ont beaucoup donné ces derniers mois. J’ai discuté début août avec une infirmière de réanimation. Elle m’a confirmé qu’à cette période-là, tous les patients Covid présents dans son service étaient des non-vaccinés. On sentait une grosse lassitude de sa part… À l’échelle nationale, on estime que les non-vaccinés représentent 85 % des patients Covid en soins critiques. Alors si nous avons applaudi les soignants l’an dernier, soyons cohérents et encourageons-les aujourd’hui en nous faisant vacciner.(….)

Devant Dieu     

Certains chrétiens affirment : « Dieu me protège ! J’ai confiance en lui et je n’ai pas besoin du vaccin ! » Dieu me protège… et pourtant une Église sœur a été durement touchée par l’épidémie. Nos frères et sœurs ont droit à tout notre amour et notre compassion. L’épreuve qu’ils ont subie (eux et d’autres chrétiens) prouve qu’on peut être un enfant de Dieu et tomber malade quand même.

Il est écrit : « Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu » (Dt 6.16 ; Mt 4.7). S’il existe un moyen de protection contre cette maladie contagieuse, et que je le néglige, qu’en pense Dieu ? » (…..)

Lire la suite de l’article ici.

Et « en bonus », une campagne pro-vaccination plutôt osée :

“Ne vous faites pas vacciner.” Signé: Pompes funèbres Wilmore. Photo « piquée » sur twitter

Une pub-choc au message simple pour se protéger contre le Covid, véhiculé par un camion noir des pompes funèbres Wilmore qui a sillonné les rues de la ville de Charlotte (Caroline du Nord) à la mi-septembre. Mission accomplie pour ce camion, au message retransmis par de nombreux médias locaux et nationaux et me paraissant illustrer ce verset biblique : « ….avertissez-les comme des frères » (Cf 2 Thes.3v15) !

Notes :

(1) D’après cette réponse à une question publiée sur 1001 questions.

(2) En complément, lire des réponses d’épidémiologistes à certaines objections sur les vaccins anti-covid, comme à certaines hésitations à se faire vacciner ici et . Sur ce qu’est un ARN Messager, lire ici et .