Es-tu prêt pour le retour du Seigneur Jésus-Christ ? (Luc 12v22-48)

A quand remonte votre dernière prédication entendue sur le thème du retour de Jésus-Christ ?

Voici un message du Pasteur Gilles Boucomont, de Belleville, sur ce qu’implique « être prêt » pour le retour du Seigneur, sur le texte de l’Evangile selon Luc 12v22-48 (à partir de 30’58’’)

Bonne écoute édifiante !

En ce moment, j’écoute « Comigo estas » de Rachel Novaes

La connaissiez-vous ? Rachel Novaes est une chanteuse, musicienne, et compositrice chrétienne. Depuis 20 ans, elle partage, à travers sa musique, l’amour transformateur de Dieu aux côtés de son mari Marcelo Novaes (à la guitare). 

A découvrir (ci-dessus) l’un de ses titres : « Comigo estas » (Tu es avec moi).

Et bien d’autres compositions encore sur sa chaîne.

Découvrir également son site et son témoignage lors du culte du 19/06 au temple du Marais (Paris), où elle animait la louange.

Bonne écoute !

Le buzz évangélique du mois : Dieu… « au contrôle » de CNews ?

Au-delà du « buzz évangélique », il s’agit ici de dépasser « l’anecdotique » pour privilégier une réflexion et une méditation biblique sur ce qu’est être « « bienheureux » et « joyeux », et sur ce que signifie « bénir » et être « un témoin fidèle et véritable ».

Cela vous a peut-être échappé : La vidéo a été tournée le dimanche 27 mars 2022, diffusée sur YouTube le 3 avril 2022, mais n’a fait le buzz qu’à la faveur d’un tweet daté du 2 juillet 2022, devenu viral, de Joao Gabriel, doctorant guadeloupéen en Histoire à l’université John-Hopkins de Baltimore, aux États-Unis. Cette vidéo, c’est celle de la journaliste Christine Kelly, ex-membre du CSA (2009-2015) et animatrice, depuis 2019, de l’émission « Face à l’info », sur CNews, invitée, aux côtés de Samuel Pruvot de Famille chrétienne, à venir sur la scène de l’église évangélique MLK de Créteil pour évoquer « ce que les candidats à la présidentielle pensent de Jésus ». Face à une salle comble, elle explique au pasteur Ivan Carluer, qu’elle est venue « pour témoigner de la puissance de Dieu » et à quel point sa foi guide au quotidien son travail.

Pour décrypter cette séquence, Arrêt sur image a invité en plateau le pasteur Ivan Carluer et Linda Caille, journaliste, spécialiste des questions religieuses. En visio, Joao Gabriel, doctorant cité plus haut et Jean-Paul Willaime, sociologue des religions, directeur d’études à l’EPHE.

« Alleluia » ? Gloire à Dieu » ? Pas si vite ! Personnellement, j’ai trouvé cette prestation particulièrement gênante.

Comprenons-nous bien : le problème n’est pas le fait, pour « un professionnel », de témoigner publiquement (à l’église ou ailleurs) de sa foi dans son travail ou de lui donner un sens spirituel.

Le problème est qu’il ne s’agit pas de n’importe quel travail, de n’importe quelle émission et de n’importe quelle chaîne.

Comme souligné en introduction, Christine Kelly est en effet présentatrice de l’émission controversée « Face à l’info », diffusée sur la non moins controversée chaîne CNews(1) – que je ne regarde pas, qui s’est faite porte-voix, entre autres, du racisme le plus décomplexé – avec à ses côtés, le polémiste Éric Zemmour(2) avant qu’il ne devienne candidat d’extrême droite d’inspiration maurassienne à l’élection présidentielle.

Celle qui a toujours nié sa responsabilité dans la condamnation d’Éric Zemmour pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs isolés étrangers, raconte à l’assistance qu’elle a « laissé (Dieu) piloter envers et contre tous, envers les insultes et les menaces. Et je me dis, si tu m’envoies là, c’est que tu as une mission, je ne sais pas laquelle, mais je vais la faire. »

Une mission pas si simple à assumer puisque la présentatrice qui était sous contrat avec Cyril Hanouna au moment où on lui a proposé le poste raconte avoir été ostracisée par ses proches pour avoir accepté d’aller sur CNews. Mais cela ne l’empêche pas de voir le fait de Dieu dans les succès d’audience de l’émission, et dans l’ascension politique d’Éric Zemmour une sorte de projet cautionné par Dieu. « Une chose est sûre, c’est que quand il est arrivé dans cette émission c’était l’homme le plus détesté de France et après il a pu être candidat à la présidentielle. » [Ledit candidat par ailleurs battu au premier tour de la présidentielle avec 7,7 % des voix et battu au premier tour des législatives, avec 0 élus pour son parti]

Dieu, « au contrôle de CNews » ? Mais l’on comprend mal comment Celui qui se déclare comme « le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant et redoutable, l’impartial et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’émigré en lui donnant du pain et un manteau. Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés » (Deut.10v17-19), voudrait d’une telle émission où Christine Kelly a continué à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour en roue libre, alors que celui-ci a été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et injure raciale, notamment pour ses propos à l’égard des mineurs isolés étrangers tenus sur son plateau et mollement modérés par l’animatrice.

Sans oublier les propos tenus par le polémiste, en toute fin d’émission, le 23/10/19 : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence par massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être Français« . Propos tenus en direct, non relevés, ni modérés par l’animatrice Christine Kelly qui s’est contentée d’une conclusion laconique : « Merci messieurs. Vous êtes partis sur un accord, vous finissez sur un désaccord« , avant d’annoncer la suite du programme sur CNews(3).

Ce qui est étonnant de la part d’une ex-membre du CSA, qui a pourtant su s’adresser avec assurance devant l’assemblée de MLK….

On le comprend d’autant plus mal que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament.

Arrêt sur image a d’ailleurs et notamment demandé pourquoi lors de cette séquence sur scène le pasteur hôte Ivan Carluer n’interroge jamais Christine Kelly sur les raisons qui l’ont poussée à continuer à collaborer quotidiennement avec Eric Zemmour, bien que ce dernier ait été multi-condamné. « Parce que je ne fais pas de politique », justifie-t-il, estimant que Christine Kelly se serait laissée déborder par Eric Zemmour.  « Je n’ai pas le droit de faire la politique. Je ne valide pas Zemmour. Ce qui m’intéresse c’est Christine Kelly qui assume sa foi. Je suis chez elle à ce moment-là, on fait famille. Et elle-même n’est pas politique ». Pourtant, c’était bien là LA question à poser à l’invité, susceptible d’impulser une édifiante discussion sur les limites d’un engagement au prix de la compromission….

De là ma gêne exprimée ici face à cette prestation de Christine Kelly à MLK.

C’est aussi gênant pour Joao Gabriel, lequel explique, sur twitter, que « lorsqu’on associe les bénédictions de Dieu à la réussite d’une émission, alors que cette émission a joué un rôle dans la diffusion des idées d’extrême droite, c’est une façon de normaliser l’extrême droite par des biais différents », soulignant que « le discours de Kelly sur l’audimat qui explose est important dans le sens où il joue avec un lieu commun de la pensée évangélique : si un truc prospère, c’est que Dieu y concourt ». Sauf que des psaumes, comme le psaume 37, ou le psaume 73, nous disent le contraire.

Gênant aussi quand le pasteur Ivan Carluer avance qu’Éric Zemmour « a eu de la chance » d’avoir à ses côtés Christine Kelly, déclarant : « Je pense M. Zemmour, que vous avez été béni ». C’est certes son point de vue, mais précisons que « Bienheureux » (« ashré », en hébreu) est le premier mot par lequel commence le livre des Psaumes (1v1), dans la Bible, mais aussi le sermon ou grand discours de Jésus sur la montagne, rapporté dans les Evangiles selon Matthieu et Luc. Mais plus que « bienheureux », le mot « ashré » signifie « joie », au singulier : « joyeux l’homme qui n’est pas allé dans le conseil des impies, ne s’est pas tenu dans le chemin des pécheurs et n’a pas demeuré dans la demeure des railleurs » [ou, selon la septante, traduction grecque de l’ancien testament, « ne s’est pas assis dans la chaire des pestilents », cad ceux qui enseignent une doctrine pernicieuse].

« Un groupe bénit ce qu’il cautionne. Pas ce qu’il trouve gentil ou joli », souligne sur son blogue le pasteur Gilles Boucomont de l’église protestante de Belleville. « Ce qu’il pense bon et bien pour l’existence à long terme du groupe. Mais il faut aller plus en profondeur dans la réalité biblique pour comprendre ce que bénir veut dire dans les Ecritures. La bénédiction première dans le fil du récit biblique est celle du créateur qui lance son “C’est bon !” (TOV) au fil des réalités qu’il a créées en ordonnant le chaos (TOHU wa BOHU) initial. C’est bon quand la confusion entre le lumineux et le ténébreux cesse, quand l’entremêlement du mouillé et du sec touche à sa fin. Et ce n’est pas bon comme une catégorie de la morale, mais comme un décret divin. C’est bon parce que Dieu dit que c’est bon. C’est bon parce que Dieu décide et proclame haut et fort que c’est bon ».

« Bénir », ce n’est donc pas « dire du bien » de (et à) quelqu’un, parce que nous pensons que c’est sympa ou « cool » de le dire, mais élever la voix (ou prendre la plume) pour seulement et simplement dire une chose que Dieu a déclaré bonne : soit dire une chose juste et vraie. Nous disons que « c’est bon », « très bon », ou « pas bon », parce que Dieu dit que c’est le cas.

Dieu peut-il alors dire que ce qui se donne à voir et à entendre sur CNews est « bon », voire même « très bon » et « à sa gloire », « pour l’édification de tous », vu l’esprit et la ligne éditoriale de la chaîne ?

C’est ainsi qu’il est tout sauf anodin de venir expliquer en public, en tant que chrétien, « à quel point » notre foi « guide au quotidien notre travail » : c’est une responsabilité, puisque c’est rendre visible le Christ, notre Seigneur, affirmant que le « Règne de Dieu s’est approché », dans un esprit de service, en bon témoin fidèle et véritable.

Ce qui est attendu d’un boulanger, qu’il soit chrétien ou non, c’est qu’il fasse du bon pain. De même, chacun dans son domaine, pour un médecin chrétien, un boucher chrétien, un professeur des écoles chrétien, un artiste chrétien ou un journaliste chrétien.

Aller plus loin :

Ce que pourrait être une contribution chrétienne aux médias et au traitement de l’information

Etre un meilleur chrétien grâce au journalisme 

Une vision chrétienne du journalisme : ce que signifie « se laisser conduire par l’Esprit saint »

Notes :

(1) Anciennement nommée I-Télé, CNews s’est faite porte-voix, entre autres joyeusetés, du racisme le plus décomplexé. Éric Zemmour y officie ainsi quatre fois par semaine dans l’émission Face à l’info présentée par Christine Kelly. C’est dans ce cadre qu’il a donné cette considération sur les mineurs étrangers isolés, le 29 septembre 2020 : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs. C’est tout ce qu’ils sont ». [propos mollement modérés par Christine Kelly : « Eric Zemmour, vraiment ? Il n’y a pas de juste milieu ? » , un « pas tous », et par un « on vous laisse la responsabilité de vos propos »] Un dérapage ? Non, une tradition chez cet admirateur du général Bugeaud, qui le 31 août 2019 balançait au sujet d’agressions estivales : « On sait que les victimes s’appellent Mélanie et les assassins Youssef. » Éric Zemmour a été mis en demeure en 2019 par le CSA pour avoir vanté l’action de ce militaire lors de la conquête de l’Algérie, sans être modéré ou recadré par l’animatrice Christine Kelly, dans le cadre de l’édition du 23 octobre 2019 de « Fac à l’info » : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être français ! » [émission indisponible à ce jour en replay, y compris sur le site de la chaîne CNews. Voir ce compte-rendu sur https://www.ozap.com/actu/-je-suis-du-cote-du-general-bugeaud-eric-zemmour-fait-l-apologie-des-massacres-coloniaux-en-algerie-sur-cnews/584990 et https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/12/03/le-csa-met-en-demeure-cnews-pour-des-propos-d-eric-zemmour-sur-la-guerre-d-algerie_6021460_3236.html ]

Loin de causer du tort à la chaîne, cette stratégie éditoriale semble au contraire porter ses fruits : les taux d’audience ne cessent de grimper. L’été 2020, CNews a dépassé LCI pour devenir la deuxième chaîne d’information française derrière BFM TV, caracolant régulièrement au-dessus de la barre des 500 000 téléspectateurs [et atteint près d’un million de téléspectateurs en 2021, ce qui permet à CNews d’arriver largement en tête des chaînes d’information sur cette tranche horaire et contribue à son succès croissant face à BFM TV] (cf https://basta.media/25-heures-devant-CNews-Zemmour-Praud-chaine-ou-prospere-ideologie-reactionnaire-extreme-droite ).

(2) Promoteur du fantasme « du grand remplacement » et réhabilitant Pétain, ce candidat s’est déclaré « pour l’Eglise et contre le Christ », instrumentalisant le christianisme

(3) Des propos qui, pour le CSA, contreviennent à plusieurs des obligations de la chaîne, jugeant que ces propos « ont pu être perçus » comme « une légitimation de violences commises par le passé à l’encontre de personnes de confession musulmane mais aussi comme une incitation à la haine ou à la violence à l’égard de cette même catégorie de la population ». En outre, le régulateur estime que CNews, en diffusant ces propos en direct « sans réaction ni même modération » de la part de l’animatrice, a manqué à son obligation de garder la maîtrise de son antenne, qui s’impose en toutes circonstances.

Mercredi 13 juillet 2022, le Conseil d’Etat a rejeté les demandes d’Eric Zemmour et de CNews pour annuler l’amende de 200.000 euros infligée à la chaîne par le régulateur des médias pour « incitation à la haine » et « à la violence » après les propos du polémiste d’extrême-droite sur les mineurs migrants isolés. Au coeur du litige, une sanction du CSA (devenu ARCOM) prise en mars 2021 pour ces mêmes propos. La plus haute juridiction administrative en France a en effet estimé que « la sanction litigieuse est fondée », motivant sa décision comme suit : « D’une part, sur la méconnaissance par la chaîne CNews de son obligation de ne pas diffuser de programmes incitant à la haine et de ne pas encourager des comportements discriminatoires » et « d’autre part, sur un manquement à son obligation de maîtrise de l’antenne ».

« Être un meilleur chrétien » grâce au journalisme : « yes, we can ! »

« On t’a fait connaître », ô journaliste chrétien, »ce qui est bien » (Michée 6v8). Source : Découvert sur le compte twitter de Gilles Boucomont(3 mai 2017)

« De nombreux chrétiens sont hostiles aux médias, mais ma foi s’est approfondie grâce à ceux-ci », explique le journaliste Jon Ward dans une excellente tribune parue dans « Christianity Today », et dont voici ci-dessous un extrait. Intégralité de l’article à lire en français sur le site du magazine. Les notes entre crochets sont de mon cru.

Est-il difficile d’être chrétien et journaliste ? » On me pose souvent cette question.

Lorsque je parle de mon travail à des jeunes, elle revient presque à chaque fois. Je trouve toujours cela bizarre. J’ai moi-même grandi dans le cocon douillet d’une communauté évangélique non confessionnelle. Je connais donc les présupposés sur le monde extérieur qui suscitent cette question. Mais je peine encore à saisir pourquoi cela me trouble autant.

De nombreux chrétiens conservateurs américains grandissent dans l’idée que « les médias »[sic] sont malfaisants, presque autant que les démocrates, voire pires. C’est ainsi que j’ai grandi. Tout comme Hollywood et les universités, on m’a appris que « les médias » étaient de gauche,  laïcs et antireligieux ; ils nous détestaient, nous et nos valeurs.

Parfois, l’idée provenait d’un orateur à l’Église. Le plus souvent, elle était retransmise par les médias et autres relais de diffusion qui dominaient la culture évangélique. À n’en pas douter, il s’agissait de radios conservatrices [lesquelles sont des « médias », au même titre que les « autres » chaînes de TV/vidéos regardées ou magazines lus par les mêmes « chrétiens conservateurs »…..]. Mais j’ai aussi entendu ce genre de propos de la part d’organisations politiques conservatrices comme le Family Research CouncilFocus on the FamilyChristian Coalition et d’autres encore. Je l’ai entendu encore ailleurs, comme dans les conférences Teen Mania où j’allais pour « être enflammé » pour Christ et m’inscrire à des voyages missionnaires à l’étranger.

Ainsi, lorsque les enfants me demandent s’il est difficile d’être chrétien et journaliste, je sais qu’ils en ont une certaine idée en tête. Ils me visualisent en train de travailler au milieu d’athées débauchés, addicts à la drogue et aux relations sexuelles en état d’ivresse, et lisant de la propagande athée.

Lorsque le député républicain de Caroline du Nord récemment élu, Madison Cawthorn, a raconté des histoires d’orgies et de cocaïne en politique, qui ont été ensuite réfutées, il prolongeait les mêmes présupposés motivant les questions que j’ai reçues d’étudiants un peu plus jeunes que lui.

Les chrétiens conservateurs sont beaucoup plus hostiles envers les médias aujourd’hui qu’ils ne l’étaient quand j’étais jeune. Des membres de ma propre famille m’ont dit que je devrais avoir honte de faire mon métier. En fait, la plupart des gens n’aiment pas les médias, et c’est dommageable pour la société. Comme je l’ai écrit récemment dans un article de Yahoo! News, les médias en portent partiellement la responsabilité.

Mais après 20 ans de travail dans le journalisme, c’est aussi grâce à ce métier que ma foi chrétienne est plus profonde et plus forte. Alors que je travaillais à un livre décrivant mon éducation dans la foi chrétienne puis mon parcours en tant que journaliste dans les médias traditionnels, le constat suivant s’est imposé à moi de plus en plus clairement : être journaliste a en fait fait de moi un meilleur chrétien.

Le journalisme a renforcé les traits de mon caractère les plus nobles et les plus chrétiens. J’ai appris pendant deux décennies à discerner le vrai du faux, et — ce qui est probablement encore plus important — à discerner quand il n’y a pas de réponses ou de solutions faciles. J’ai appris aussi à rechercher la vérité, peu importe qui elle pourrait offenser.

J’ai également acquis un sens de l’humilité quant à ce qu’il est possible de savoir avec certitude, avec la capacité de reconnaître que notre point de vue est souvent limité et incomplet. 

(….)

De plus, j’ai expérimenté l’incroyable utilité de l’expertise. L’une des tâches principales du journaliste est de distinguer les experts des pseudo-experts et de savoir leur parler pour ensuite traduire leurs propos pour le lecteur non initié. Cela transforme les perspectives. Un ensemble de faits peuvent sembler univoques, ou unidimensionnels, jusqu’à ce qu’on ait affaire à un expert.

Dès mon plus jeune âge, je me suis accroché à l’idée que le christianisme a foi en la vérité. J’ai toujours aimé la façon dont Jésus défendait la vérité. « Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit-il en Jean 14.6. Il a promis que son Esprit nous « guidera dans toute la vérité » (Jean 16.13). Alors que son exécution était proche, Jésus a dit à Ponce Pilate : « Je suis né et je suis venu au monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18.37). Ailleurs dans l’évangile, le Christ affirme que « la vérité vous rendra libre » (Jean 8.32).

Il y a aujourd’hui beaucoup de contraintes qui compliquent la recherche de la vérité pour la plupart des gens. Être journaliste m’a libéré et équipé pour cette tâche.

La plupart des gens fondent leur point de vue sur le monde en fonction des groupes qu’ils fréquentent et ceux auxquels ils appartiennent. Ces groupes façonnent leur identité : leur famille, leur Église ou leur groupe d’amis, leur parti politique, leur milieu professionnel. Plus que cela, leur groupe détermine l’histoire dans laquelle ils croient vivre.

La vision du monde et « l’histoire » d’une personne filtrent ensuite les informations qu’elle absorbe et celles qu’elle rejette. Quel que soit le groupe auquel vous appartenez, il vous punira pour avoir cru ou dit les « mauvaises » choses et vous récompensera pour avoir soutenu ce qu’il défend. Ce problème existe dans tous les groupes, y compris dans le journalisme. (….)

Cependant, le journalisme est l’un des rares cercles dans lequel prendre la parole contre son propre camp, contre le consensus de sa propre culture, est généralement encouragé et récompensé. (….)

Il existe d’autres groupes semblables, des milieux professionnels attachés à ce que l’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, appelait « les valeurs des Lumières : collecter, évaluer et analyser des informations, puis diffuser les conclusions pour utilisation, étude, ou réfutation ».

Dans son livre The Constitution of Knowledge (« La constitution de la connaissance »), Jonathan Rauch note qu’aux côtés du journalisme les mondes de l’érudition, de la science, de la recherche, de l’analyse statistique, de la réglementation et du droit mettent tous ces valeurs en avant.

J’ai eu une carrière variée. Pendant huit ans, j’ai travaillé pour un journal conservateur, The Washington Times. Ensuite, j’ai passé un an et demi à aider Tucker Carlson à lancer le Daily Caller. Ensuite, j’ai travaillé pour un site internet orienté plus à gauche, The Huffington Post. Et depuis plus de sept ans, je travaille pour Yahoo! News. Mon passage au Washington Times a donné le ton à ma carrière. À certains égards, ce journal était marqué par des biais institutionnels mis en place par les propriétaires et les principaux rédacteurs. Mais ceux d’entre nous qui étaient affectés aux actualités étaient farouchement déterminés à suivre les faits où qu’ils mènent.

J’ai toujours suivi cette règle au cours de mes deux décennies de journalisme, et voici ce qui me paraît crucial : l’industrie, dans l’ensemble, a récompensé cette attitude.

J’ai été libre d’écouter, de creuser, d’être d’accord ou non, et de suivre la piste où que mènent faits. Ainsi, je suis en quelque sorte payé pour marcher dans une direction chrétienne, celle qui reste à l’écart des arguments motivés par l’idéologie ou l’appartenance à un groupe.

Comme l’a dit Martin Luther King Jr., les chrétiens devraient toujours constituer une présence prophétique dans le monde, plutôt que d’être redevables à un pouvoir, une principauté ou un parti politique. [En clair refuser d’être réduits à n’être que des « prophètes de cour », à l’instar des prophètes d’Achab dans 1 Rois 22]« L’Église doit se rappeler qu’elle ne doit pas être le maître ou la servante de l’État, mais sa conscience », déclarait King. « Elle doit être le guide et le critique de l’État — jamais son instrument. Tant que l’église sera un instrument de l’État[ou d’un quelconque politicien], elle sera incapable de fournir ne serait-ce qu’une once de pain aux hommes du milieu de la nuit ».

(…..)

Plus on se tient à l’écart des pouvoirs politiques, des partis et des groupes, plus on est libre de rechercher la vérité où qu’elle mène. Et plus on poursuit la vérité, plus on distinguera les nombreux domaines où pourrait s’exprimer une critique constructive, quel que soit le bord idéologique. C’est cela que signifie avoir un pied dans le royaume de l’homme et un pied dans le royaume de Dieu : être une sorte de marginal, vivant toujours à la frontière, comme le met en évidence l’artiste Makoto Fujimura.

Les chrétiens devraient être prêts à franchir de nombreuses frontières. Ils devraient appartenir à des partis tout en se tenant à l’écart. Ils devraient même parfois passer d’un parti à l’autre, sans jamais prêter une allégeance inconditionnelle à l’un ou à l’autre. Ils devraient être profondément investis dans le travail pour le bien de leur pays et de ce monde, tout en se rappelant que leur citoyenneté est au Ciel et que leur espérance est en Christ, quoiqu’il arrive.

En traversant différentes frontières pour accroître leur capacité de compréhension et démasquer les mensonges, en particulier ceux véhiculés par des caricatures réductionnistes et des confusions trompeuses, les chrétiens peuvent être des agents de vérité, de nuance et de guérison. Ils peuvent avoir un impact positif sur la culture plutôt que d’y semer la guerre.

Lire l’intégralité de l’article ici.

Jon Ward est correspondant national principal de Yahoo! News, auteur de Camelot’s End et animateur du podcast The Long Game . Son deuxième livre, Testimony — récit d’une éducation évangélique et de son entrée dans le journalisme — doit être publié en avril 2023 par Brazos Press.

Aller plus loin : Pour une vision chrétienne du journalisme, « laissez-vous conduire par l’Esprit Saint ».

Comment l’Eglise locale peut être un « havre de paix pour les homosexuels »

« Havre de paix pour toute personne fatiguée et chargée, lieu de sécurité pour le pécheur en reconversion, l’Eglise a un grand rôle à jouer dans un monde en perte de repères ». ( Source : Pixabay)

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) rappelle, le 17/05 sur twitter, qu’« aucune violence physique ou psychologique envers une personne en raison de son orientation sexuelle ou son identité de genre ne peut être justifiée par l’Evangile ou l’exemple de Christ.  Les protestants évangéliques sont attachés à la protection des personnes et sont opposés à toute forme d’abus, notamment ceux commis sur les personnes en questionnement à propos de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre. La Bonne nouvelle est pour tous, car nous sommes tous loin de l’idéal biblique et de notre modèle : Jésus-Christ ! »

Cette prise de position, relayée par « infochrétienne » notamment sur sa page Facebook, provoque, de la part d’internautes, un déluge de commentaires indignés/scandalisés, certains particulièrement inquiétants, au point où je me demande s’il ne s’agit pas là d’un phénomène « d’astro-turfing » [ou technique consistant en la simulation d’un mouvement spontané ou populaire à des fins de manipulation pour fabriquer l’opinion] pour tenter de décrédibiliser le mouvement évangélique en le présentant sous un jour systématiquement caricatural et outrancier.

Au-delà du bruit et de la fureur, il serait plus sain, comme nous y invite le Pasteur Gilles Boucomont « de se retrouver en Eglise pour penser les questions qu’ont fait surgir ces débats, avec un impératif que le Christ nous soumet : être dans sa vérité, et être dans la paix. En somme être en Lui, qui est Vérité et Prince de paix ».

Dans un article initialement paru dans « Homosexuel, mon prochain », hors-série n° 15, 4ème trimestre 2013,  des Cahiers de l’Ecole Pastorale, l’auteur, actuellement pasteur au temple de Belleville, après avoir exercé au Marais, nous explique comment « l’église locale (peut être un) havre de paix pour les homosexuels » dans un monde en perte de repères, en précisant qu’il ne s’agit pas du tout d’être « dans une perspective morale mais [de se montrer] plus préoccupés par la sortie d’une idolâtrie qui menace tout humain et tout croyant, [l’auteur] le premier.  Ce dont nous sommes redevables devant Dieu, c’est de faire bon usage de la grâce incomparable que nous avons reçue ». 

Extraits : 

Morale « judéo-chrétienne » ?

Toute Eglise protestante ou évangélique va donc prendre la question comme elle en a l’habitude, à l’aune de ce qu’évoque le texte biblique, qui fait autorité en matière de foi et de règles (Sola Scriptura). L’Ecriture est une source centrale bien qu’elle ne soit jamais purement unique. Si c’est l’Ecriture seule qui fait foi, nous savons combien notre culture est marquée par le paternalisme et le puritanisme du XIXème siècle, que nous confondons avec la « morale judéo-chrétienne », concept créé par les sociologues athées et les journalistes de la fin du XXème siècle.  Et nous confondons sans nous en apercevoir l’Ecriture et ses interprétations, dont nous avons intégré les lignes fortes pour ne plus pouvoir revenir à la source sans y apporter un goût extérieur, extra-biblique. Après tout qui se choque encore du nombre d’épouses et concubines de Salomon ? Qui encore, sinon les pharisiens, crie au scandale quand Marie sèche les pieds de Jésus avec ses cheveux ? Qui s’étonne que Joseph aille sans problème à Bethléem avec une Marie enceinte avant le mariage, n’étant lui-même blessé que par le fait qu’il ne soit pas à l’origine de cette grossesse ?  

Bref, il est objectif que la Genèse pose la complémentarité homme-femme. Mais trouver une morale immanente à la Bible en matière de sexualité, de conjugalité et de famille nécessite de tordre et déformer le texte biblique, à partir de nos principes et de notre actualité. La morale au temps d’Abraham n’a rien à voir avec celle au temps d’Esaïe, qui n’a rien à voir avec celle au temps des apôtres. Elle n’a rien à voir avec la nôtre, qui s’est surtout forgée dans les 150 dernières années…  

Quatre textes bibliques normatifs nous parlent d’homosexualités. 

Ils ne structurent pas une morale mais bien une Loi civile et religieuse, avec son aspect pénal. C’est le code de sainteté d’Israël. La première chose que nous remarquons c’est que, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, seul un texte interdisant l’homosexualité en Israël se trouve dans le premier testament (Lévitique 18,22 avec la punition assortie en Lévitique 20,13). Dans l’histoire de Loth, c’est le viol qui est condamné surtout (Genèse 19,5). De la même façon à Guibéah dans le viol d’un lévite (Juges 19,22). 

Trois textes se trouvent dans le nouveau testament, plus particulièrement dans les épîtres de Paul (Romains 1,28-31 1 Corinthiens 6,91 Timothée 1,8-11).  En 1 Corinthiens 6,9, Paul crée des mots nouveaux pour parler de l’homosexualité dans ses deux modes, passif (malakoï) et actif (arsekoïtai).  En Romains 1, il inclue l’homosexualité dans une série d’idolâtries comportementales. Son but est d’aboutir à Romains 3,23 : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». Il ne met pas un accent particulier au point que l’homosexualité fait partie d’une liste bien plus vaste.

En 1 Timothée 1,8-11, il déploie la même argumentation.     

La Loi et la morale  

Les Ecritures parlent donc clairement de l’homosexualité comme d’un péché. N’en déplaise à ceux qui sont prêts à tordre le texte pour affirmer le contraire, jusqu’à dire que Jésus l’admettrait, car sinon, il l’aurait condamnée explicitement…  En revanche, c’est la posture de Jésus face au péché et au pécheur qui nous importe pour comprendre l’économie nouvelle, la norme du Royaume. Comment nous positionner à notre tour non pas dans une attitude de jugement comme si c’était toujours la Loi qui prévalait pour nous, mais bien pour intégrer la grâce dont le Christ a voulu faire preuve, de la part du Père.  

Et c’est dans son attitude face aux pécheurs que nous pouvons comprendre la révolution Jésus.

En Jean 8, Jésus fait face à une femme adultère. Mais il n’est pas seul ; les tenants de la Loi sont avec lui, prêts à la lapider, mais rebroussant chemin dans la honte que fait monter en eux la conscience de leur péché.  Les tenants de la morale sont les nouveaux docteurs de la Loi et les nouveaux scribes ou pharisiens. A ceci près que, s’ils sont chrétiens désormais, ils se trompent de loi. C’est au nom d’une autre Loi que celle de Christ qu’ils agissent, au nom de cette loi morale prétendument judéo-chrétienne qui n’est autre qu’un paternalisme conservateur qui est surtout le fruit de la révolution industrielle, indispensable pour que les ouvriers soient disciplinés et serviles.  

Pourtant, bizarrement, si cette morale est très présente dans les Eglises, elle est exigeante contre l’homosexualité, mais elle est parfois moins véhémente contre l’adultère. Elle est tout à fait relâchée par rapport aux ivrognes, que l’on ne cherche pas toujours à sortir de leur mauvaise habitude au pays du bon vin. Que dire des cupides, qui eux sont dans les conseils pour administrer l’Eglise, alors que Paul en 1 Corinthiens 6,9-10 les met tous sur le même plan ? Sans distinction ni hiérarchie.     

L’amour et la vérité  

Il n’est pas insensé de considérer que tous ces péchés sont aussi graves les uns que les autres, dans la mesure où Paul proclame qu’ils nous privent du Royaume. Mais l’attitude de Christ en Jean 8 par rapport à la femme adultère devient la nouvelle norme du Royaume. L’Eglise, qui prolonge l’œuvre de Christ est donc le lieu où doit s’exprimer l’habile dosage de sévérité à l’égard du péché, et de compassion à l’égard du pécheur désireux de changer de vie.  C’est ainsi que les prostituées qui se convertissent sont souvent bien accueillies, les alcooliques en chemin vers la sobriété le sont aussi dans nos Eglises ; il doit en être de même pour ceux qui luttent en chemin contre l’homosexualité. L’Eglise est le lieu où les pécheurs (que nous sommes tous si nous relisons le sermon sur la montagne), viennent confesser leur misère devant celui qui les relève et leur dit : – Je ne te condamne pas, – Va, – Ne pèche plus.

Les trois éléments de ce cheminement sont capitaux. Jésus, par son délicat « ne pèche plus », signifie clairement qu’il n’a pas aboli le fait que l’adultère avéré de cette femme soit une occasion de rupture avec le monde, et avec Dieu et sa Loi. Il n’a pas aboli le code de sainteté. Et il n’hésite pas à dire les limites du possible. Il n’a pas de honte à dire que c’est invivable. Que c’est même contre Dieu. Il ne lui dit pas « Rien n’est grave, avance maintenant ». Selon le code de sainteté, elle devait être lapidée. Elle ne le sera pas. Mais combien de personne se disant homosexuelles sont lapidés verbalement ou simplement ostracisées jusqu’à ne plus revenir, dans des Eglises où leur péché a été promu au rang de péché supérieur. Qui sommes-nous pour établir des catégories que les Ecritures et le Christ n’ont pas posées, pour hiérarchiser les vertus ou les vices ? Sommes-nous ceux qui fixent la Loi ? De quelle autorité sortirions-nous un péché de cette liste, pour le rendre plus infâme ou le qualifier, au contraire, de bénin ?  Seul quelqu’un de totalement saint peut être en droit de mettre en application le code de sainteté, si nous sommes cohérents. Dieu seul peut donc punir l’adultère, en toute logique. Alors « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », lance Jésus, qui est sans péché, et a donc autorité pour la lapider, lui ! Mais il choisit de ne pas le faire. Il ouvre la possibilité au changement de vie, qui commence avec la capacité à se repentir. « Car là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Romains 5:20). Et c’est pourquoi il peut lui dire : « Va ».     

Havres de paix  

Les Eglises sont donc appelées à être des lieux de sécurité et de refuge pour les personnes se disant homosexuelles, où elles peuvent être sûres d’être préservés de toute forme d’homophobie et de tout jugement. Nos Eglises doivent être des lieux où se dit la vérité, mais dans l’amour qui prévaut aux suiveurs de Christ. Elles sont appelées à être des lieux de grande sécurité spirituelle mais aussi émotionnelle pour que les pécheurs s’y retrouvent comme étant graciés, et apprenant à en tirer toutes les conséquences jusque dans chaque recoin de leur vie.  Mais comme pour tout pécheur, ce lieu de sécurité est aussi un lieu de vérité où la personne n’est pas confondue avec son comportement, mais définie dans ses vrais lieux d’identité. Personnellement, je ne suis pas un hétérosexuel, mais un homme marié à une femme. Nos Eglises ne bénissent pas des hétérosexuels. Elles bénissent des hommes et des femmes qui veulent vivre la conjugalité dans la fidélité que définit l’Ecriture, et qui fait de la vie comme de tout ce qui la constitue, une réalité éternelle.  

Tu n’es pas ce que tu fais  

Lire la suite sur le site de « Croire publications » ou sur le blogue de l’auteur.

Suffit-il- pour un chrétien se voulant « biblique »- que l’avortement soit interdit pour s’en réjouir ?

La première question que pose l’avortement est celle de la valeur de la vie humaine. Source image : public domain pictures

« Suffit-il- pour un chrétien se voulant biblique- que l’avortement soit interdit pour s’en réjouir ? Comment agir- de façon édifiante et glorifiant Dieu- pour prévenir l’avortement ? » 

Telle est la question posée par l’internaute « Nick » sur le site 1001 questions, et jugée « intéressante » par les répondants :

En effet, « être contre l’avortement, c’est bien. Mais comment faire, concrètement, pour rendre cet idéal possible ? L’avortement pose en effet des questions qui nous impliquent tous.

La première question que pose l’avortement me semble être celle de la valeur de la vie humaine dans notre culture. Qu’est-ce qui fait que nous valons quelque chose ? Nos capacités à réfléchir, à travailler ? Le regard que d’autres posent sur nous ? Le fait que nous soyons aimés, par un conjoint, par des parents, par des amis ? Notre richesse ? Dire que nous sommes contre l’avortement, c’est dire notre confiance dans le fait que la valeur de l’humain repose sur le fait que Dieu l’a désiré. Etre contre l’avortement, c’est donc agir pour que soit considérée la valeur de tout être humain. Je vous laisse donc imaginer à quel point ces considérations ont de larges implications, de la question de la maltraitance dans les EHPAD, à celle du harcèlement dans les collèges ou de la malnutrition dans les pays du Sud.


La seconde question que pose l’avortement est celle de la responsabilité. L’éthique chrétienne lie l’amour à l’engagement pour l’autre. Promouvoir une culture de l’engagement, c’est certainement limiter le nombre de femmes qui doivent avorter parce que leur conjoint ne veut pas de l’engagement que représente un enfant. C’est aussi permettre aux femmes de refuser les pressions qui laissent entendre qu’accueillir un enfant équivaut à gâcher sa vie.


La troisième implication relève de l’aide pratique. Comment peut-on épauler des femmes qui choisissent de garder leur enfant malgré des conditions économiques, psychologiques et relationnelles difficiles. Comment entourer les personnes qui ont des enfants et en particulier les femmes qui les élèvent seules ? Cette question s’adresse peut-être spécialement aux églises, qui se disent être une famille.

La quatrième relève de l’annonce de l’Evangile.

Lire l’intégralité de la réponse sur 1001 questions.

« Une nuée de témoins »…différents les uns des autres ! (Hébreux 11v32-40)

Les témoins sont une nuée, ils sont aussi différents les uns des autres. Prédication d’Isabelle Coffinet (Temple de Cergy) sur le texte d’Hébreux 11.32-40.

Es-tu prêt à recevoir les miracles de Dieu ? Et aussi tout ce qui n’est pas miraculeux ? Es-tu prêt à vivre le glorieux, mais aussi tout ce qui ne l’est pas ?

Alors, ce message est pour toi ! Ou comment comprendre que s’attendre à Dieu, c’est être prêt à crucifier nos propres attentes.

Lutter contre le racisme, le genou à terre

Un nouvel article de « Jo », notre plume invitée, que je remercie !

Depuis bientôt deux ans, le sujet du racisme semble gagner de la visibilité en société et soulever des débats passionnés et des conversations sensibles entre amis, en famille et parfois en église. (*)

Mon constat au fil des années : tous nos efforts militants variés, et toute la bonne volonté du monde ne suffisent pas à faire reculer le racisme de manière significative dans les mentalités et dans la construction de la société. Bien qu’il y ait eu du progrès au fil des époques, les choses ne semblent pas avancer de manière notable et définitive dans la bonne direction. A chaque petite avancée, un mouvement de résistance ou répression vient se dresser en opposition.

En tant que croyant.e, vouloir lutter contre le racisme me semble légitime car c’est une forme d’injustice.

Il serait très tentant de réduire ce combat à la lutte contre les systèmes oppressifs – qui doivent effectivement être démantelés- pour rendre nos sociétés plus justes.

Il me semble que la justice est bien au coeur du projet de Dieu pour l’humanité et que les Ecritures bibliques regorgent d’exhortations à limiter ou éradiquer la prolifération de l’injustice sous toute forme dans les vies et dans les sociétés. S’engager pour plus de justice sociale est donc une démarche alignée avec le royaume de Dieu, et va surement au-delà de notre activisme moderne à base de “hashtags” (ou mots-balise).

Cependant, cette lutte contre des injustices à l’échelle de la société peut nous distraire d’un autre volet fondamental du combat contre le racisme -et contre toute autre cause d’injustice.

Voici ce que nous dit l’apôtre Paul :

Ephésiens 6.12 : « En effet, ce n’est pas contre l’homme que nous avons à lutter, mais contre les puissances, contre les autorités, contre les souverains de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal dans les lieux célestes ».

Je déduis que les hommes et les institutions manifestent dans le monde visible ce qui se passe dans l’invisible. Et c’est bien dans le champ de l’invisible que se trouve l’autre aspect du combat contre le racisme : dans la prière.

Le combat que nous menons est d’abord spirituel : l’ennemi de Dieu continue d’utiliser le racisme pour diviser les humains alors que l’Esprit Saint œuvre à notre unité.
Il va falloir utiliser les armes spirituelles dont Christ nous équipe pour libérer complètement les captifs de ce système en commençant par nous-mêmes. (cf 2 Corinthiens 10.4)

Sans armure spirituelle il est facile de s’épuiser dans le militantisme et s’enfermer dans la frustration.

La prière est un sujet parfois négligé lorsque l’on s’intéresse aux sujets de justice sociale. Pourtant le combat spirituel est réel, à en croire Paul. Quel que soit le domaine concerné par le combat spirituel, nous ne pouvons pas y aller la fleur au fusil, sans un discernement de Dieu et sans comprendre les règles du combat.

Je suis persuadée que les systèmes ségrégationnistes de l’apartheid en Afrique du Sud ou de Jim Crow aux Etats unis sont tombés grâce à une conjonction de choses, dont la prière fidèle de chrétiens mobilisés spirituellement.

Quel rapport entre le combat spirituel et le racisme ?

Essayons de comprendre ce qu’il se passe.

Certains disent que les Noirs sont maudits et sont donc voués à l’échec et à la servitude (je l’ai entendu de Noirs eux-mêmes). Toute une théologie a été développée autour de cette idée à partir de l’histoire de Noé et son fils Cham, mais elle est fausse.

Pour moi toute l’humanité est maudite, quelle que soit notre expérience de vie, car désalignée du projet de Dieu pour les relations humaines.

Ce projet est résumé au début de la Genèse :

Lors de la création du monde, le mandat divin pour les humains était qu’ils dominent sur la terre (sans pour autant la maltraiter), qu’ils voyagent, fassent des bébés et qu’ils collaborent dans leur travail avec les autres humains en tant que représentants de Dieu sur Terre. Jamais un humain n’était censé être violent, maltraitant, dominant sur l’autre, que ce soit par la force, l’argent ou tout autre moyen.
Dans le projet de Dieu les humains ont pour seul “chef” ou “maître” le Seigneur lui-même.

Cependant, très rapidement, une autre dynamique relationnelle se met en place dans les premières pages de la Genèse. Cette dynamique a perduré jusqu’aujourd’hui : partout sur la planète des humains ont mis en place des systèmes basés sur la domination (économique, politique, etc) qui bénéficient aux uns et désavantagent les autres – de génération en génération…depuis très longtemps.
NB: ce type de système se voit le plus clairement dans toutes les structures de forme pyramidale (pensez “pharaon”) qui existent aujourd’hui. Et oui, même dans certaines églises.

Dominer sur un autre humain ne rend pas gloire à Dieu : c’est une œuvre satanique.
Ce qui honore Dieu c’est de se mettre volontairement au service de l’autre, dans une relation d’égal à égal et non plus de dominant et dominé.

C’était cela le projet, c’était l’exemple donné par Christ lors de sa vie sur Terre et c’est aujourd’hui notre défi dans l’Eglise.

L’Eglise doit résister à la tentation d’instituer des formes de domination en son sein ou collaborer avec les systèmes de domination en place dans la société.

Voilà où se situe le combat spirituel: vivre le projet d’égalité pensée par Dieu pour nous.

Comment faire?

L’étape incontournable se trouve au pied de la croix : nous devons tous y abandonner ce qui nous lie spirituellement aux dynamiques dominant-dominé.
Par exemple: des héritages (familiaux, ethniques, nationaux) ou des manières de penser basées sur de fausses identités (d’esclave, de maître, etc) et autres faux raisonnements. Mais ce n’est pas un exercice facile de s’humilier, se repentir pour recevoir de Dieu ce dont nous avons besoin: un coeur nettoyé, un esprit renouvelé.

Dans sa grâce Dieu nous donne en échange de ce que nous abandonnons, une identité en Lui, qui devient alors notre marqueur le plus important.
NB: Il ne nous appelle pas à gommer tout notre héritage culturel ou nos différences; il nous appelle à ne pas en faire un objet de fierté et à en garder ce qui est bon, ce qui porte la trace du royaume de Dieu.

Une fois habillés de cette nouvelle identité, nous pourrons manifester en tant que peuple de Dieu, qu’une autre manière de vivre est possible.

En effet, dans la famille de Dieu nous ne sommes plus considérés principalement par le prisme de la couleur de peau mais d’abord comme des enfants du Père, tous égaux devant Lui et vivant dans une logique à l’opposé des systèmes de ce monde: celle de la fraternité en Christ, le don, le partage, la justice.

En tant qu’enfants de Dieu, nous sommes également appelés à devenir « le bon samaritain » pour les plus faibles : aider celui qui est victime du péché d’autrui (comme dans la parabole qui porte ce nom).
C’est notre confiance en Dieu qui nous poussera à faire de bonnes oeuvres en agissant concrètement pour l’avancée de la justice sociale. C’est un tout, on ne peut pas prendre l’un sans l’autre ou annoncer l’un sans l’autre.
Nous ne pouvons pas nous contenter d’avoir renoncé à une identité de dominé ou dominant: notre nouvelle identité, si nous sommes prêts à la vivre pleinement, se manifestera forcément dans de nouveaux engagements et sur la durée.

De même, nous ne pourrons pas militer sur le long terme sans puiser à la source de vie, sans être renouvelés par le Saint Esprit.

Comment pourrions-nous nous engager à lutter contre le fléau du racisme (et tout autre cause que Dieu mettra dans nos coeurs) à petite et grande échelle?

Commençons par poser la question à Dieu lui-même: “Que puis-je faire à mon niveau, Seigneur ?” C’est l’Esprit de Dieu qui doit nous inspirer l’action, au risque de se perdre dans des projets vains.

Tous ne seront pas des Martin Luther King Jr, mais chacun de nous peut faire quelque chose à son niveau et il y a du travail.

Cela va forcément impliquer des changements dans nos priorités, nos emplois du temps, nos finances…et c’est normal : après tout, si l’Evangile ne nous fait pas changer, ne nous bouscule pas dans notre confort, est-ce vraiment l’Evangile?

Puisse le Seigneur attirer notre regard vers les plus faibles, nous sortir du silence et de l’indifférence en nous remplissant de courage chacun là où nous sommes. Le monde attend la révélation des enfants de Dieu, encore aujourd’hui. (selon Romains 8.19)

Le combat spirituel contre le racisme se mènera au quotidien sur les deux fronts de la prière et de l’action dans la société: le genou à terre, implorant le Seigneur et servant notre prochain.

Le genou à terre (comme certains manifestants lors des marches antiracistes!) implorons un déversement puissant du Saint Esprit, afin que nous retrouvions chacun notre identité en Lui, qui a préséance sur notre couleur de peau et notre nationalité.

Le genou à terre, remplis d’un courage venu d’en haut, mettons-nous au travail pour agir pour la paix, la justice, l’équité, la réconciliation, la guérison, pour notre monde et pour la gloire de Dieu.

Amen.

(*) Non que le sujet n’ait jamais fait l’objet d’étude et de lutte, mais depuis le meurtre de George Floyd, un mouvement beaucoup plus global s’est emparé du sujet. Sur tous les continents divers peuples font lumière et mémoire des réalités des faits coloniaux avérés, de l’esclavage trans-africain et transatlantique, des lois racistes instaurées pendant la période des empires coloniaux, et de leurs conséquences dans le monde du XXIème siècle. Des mobilisations importantes pour dénoncer les inégalités basées sur la notion de race ont commencé en Mai 2020 et se poursuivent, dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Sur l’origine du « genou à terre », bien avant Georges Floyd, le football américain et Martin Luther King, voir aussi ici.

De notre plume invitée : Jo est ingénieure, amatrice de réflexion, de lecture et discussions pour refaire le monde (dont l’Eglise!) entre amis et en famille. 

Etre chrétiens et « prêtres de l’Eternel » après les élections : comment prier pour nous, corps de Christ, et pour le Président réélu

« Retrouver la joie de prier », notamment pour les autorités, n’est pas seulement le titre d’un excellent ouvrage : C’est notre grand privilège, en tant que « prêtres de l’Eternel »

Emmanuel Macron a été réélu Président de la République Française avec 58,5 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen qui a obtenu 41,5 % des voix(1). Ce n’est peut-être pas votre choix, et vous avez certainement les meilleures raisons du monde de lui en vouloir, mais notre responsabilité en tant que chrétiens est désormais de prier positivement pour lui, comme nous l’avons certainement tous fait pour ses prédécesseurs – et comme d’autres l’auraient certainement fait si leur candidat(e)avait été élu(e) – et pour notre pays. Reste à savoir comment, dans quel but, et avec quel secours. 

Comme déjà souligné dans un autre article, être vraiment « chrétiens » – c’est à dire des femmes et des hommes, non seulement « pour le Christ », mais « du Christ »  durant l’actuelle saison électorale, à l’heure où souffle un « esprit de rébellion », est un véritable défi et un engagement spirituel, pour être en mesure de porter une véritable voix prophétique dans ce monde, plutôt que d’être réduits à l’état des « prophètes professionnels » du roi Achab, dans la Bible (1 Rois 22v1-28).

Etre chrétien, c’est manifester qui règne véritablement dans ce que nous sommes, ce que nous disons, pensons et faisons. C’est aussi espérer davantage dans le retour de Son Seigneur, en manifestant que Son règne s’est approché, que dans le résultat d’une élection. C’est donc prendre conscience que « le réveil de la France » n’est pas lié à l’élection d’un tel ou d’une telle.

Etre chrétien, être une femme ou un homme du Christ, se manifeste dans une façon particulière de prier pour les autorités cf Ex 22.28 et l Tim 2.1-2, mais aussi avant tout, pour soi-même, pour l’Eglise – le corps de Christ – dans un esprit d’humilité et de repentance.

Comme une internaute l’a très bien exprimé sur la toile, en réponse à cet article encourageant à prier pour le Président réélu, « nous chrétiens, au-delà de nos devoirs de citoyens, avons aussi des devoirs spirituels dont celui d’intercéder pour le « roi » [ici, le chef de l’Etat]. Ce devoir émane du Seigneur, nous devons donc l’appliquer que nous épousions ou non les sensibilités de nos dirigeants. Ma prière pour nous chrétiens est que nous arrivions à prendre de la hauteur et à vaquer à cette responsabilité. Nous ne pouvons pas toujours changer les choses par le moyen des urnes mais avec les genoux au sol nous pouvons faire en sorte que des montagnes soient transportées. Le cœur du roi est dans la main d’Elohim et il l’incline où il veut nous dit les proverbes. Nous devons être la différence dans une société en crise et dans un monde en totale confusion. Fléchissons donc nos genoux vers le Roi des rois qui sait toute chose mieux que nous ».

Souvenons que nous nous disons « sacrificateurs » ou « prêtres de l’Eternel », et que nous sommes effectivement « rois et sacrificateurs » pour Dieu, selon Apoc. 1v6 et 1 Chron.23v13. Comme tels, nous sommes « mis à part pour être (sanctifiés) comme (très saints), pour offrir les parfums devant l’Eternel, pour faire son service, et pour bénir à toujours en son nom ». Notre service consiste en la prière et l’intercession « dans le temple », à approcher le Dieu saint dans le lieu saint et « pour bénir (dire le bien de Dieu et non « mal dire ») à jamais en son nom ».  Pour cela, il nous faut être saint. C’est pour une vie de prière devant Dieu que les prêtres sont sanctifiés (par contraste, le rôle du diable consiste à accuser continuellement les saints). Jésus, en tant que souverain sacrificateur, prie et intercède pour nous, pour toi et ton frère. Que prie-t-il ? (« Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait… »)

« Si alors mon peuple, le peuple qui porte mon nom, fait preuve d’humilité et prie, (s’ils) me recherchent en renonçant à leur mauvaise conduite, moi, dans les cieux, je serai attentif, je pardonnerai leur péché et je guérirai leur pays » ( 2 Chron.7v14).

Avant de prier pour le Président réélu, prions pour que, de même que l’autorité de Jésus-Christ ne jette aucun discrédit sur les pouvoirs humains, sachant que son Royaume « n’est pas de ce monde », nous, chrétiens, exercions « la culture de l’honneur » envers les structures d’autorités, et prenions tous au sérieux l’autorité de Dieu. 

Prions pour que nous grandissions dans la foi en Dieu le Père, dans le respect des figures de la paternité.

Prions pour que Dieu soit bien le Père dans nos églises, et non quelqu’un d’autre qui se serait mis à la place du Père.

Prions pour que nous poursuivions la paix et contribuons à la paix, pour être en mesure d’ annoncer une parole sur la Paix qui vient du Dieu véritable.

Prions pour la cohérence de notre témoignage

Jésus-Christ, Notre seul Seigneur, qui est entré à Jérusalem, est passé par le mont Golgotha et qui est sorti du tombeau, nous appelle aujourd’hui à laisser tomber « l’agitation de nos rameaux » pour habiter les figures de la paternité, militer pour la paix, et s’engager dans la réhabilitation des structures de nos sociétés où les institutions ont été discréditées

C’est donc au nom de l’évangile que nous devons réhabiliter la considération pour les institutions politiques, car sans cette considération et de respect, rien ne peut fonctionner. Nous ne pouvons pas détruire ceux que nous avons fait monter en autorité, car c’est bien nous qui les avons placés à ces postes.

Rendons aussi grâce pour notre pays, et apprenons, dans la dépendance de l’Esprit Saint, à cultiver une attitude de reconnaissance, à l’instar de cette exhortation de Phil.4v6, rappelée par Timothée Minard sur son blogueEn cette période électorale, la tendance est à la colère, au rejet, à l’inquiétude. On focalise nos regards vers ce qui ne va pas, vers les difficultés de notre pays, vers le péché des uns et des autres. On nous montre le malaise ambiant, le chômage, les injustices, la corruption, l’immoralité… Et cela nous pousse notamment, en tant que chrétiens, à l’intercession. A juste titre. Toutefois, ce que ce verset de Philippiens nous rappelle, c’est que nous sommes appelés à prier « dans une attitude de reconnaissance ».

C’est alors que nous pourrons prier positivement pour le Président de la république réélu, de sorte qu’il reçoive humilité, conseil et sagesse, sachant que sa réélection « l’engage » effectivement.

Note :

(1) En savoir plus sur le vote des électorats dits confessionnels – protestants, catholiques, musulmans…- au second tour de l’élection présidentielle 2022.

Du risque de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau »

N’en rester qu’à un seul critère de vote, fût-il très important pour nous, entraîne le risque, dénoncé par Jésus dans les Evangiles, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Source image : Affiche du film « Super Size me » de et avec Morgan Spurlock (2004)

Dimanche, nous élirons notre Président de la république : qui, d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen, les deux finalistes au soir du premier tour, sera élu ?

Pour rappel, nous élirons pour cinq ans au suffrage universel direct celui qui assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État, selon la Constitution. Le Président de la république est également le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. Le président de la République dispose de pouvoirs propres, comme ceux de nommer le Premier ministre, de dissoudre l’Assemblée nationale ou de recourir au référendum. Il veille au respect de la Constitution. Chef des armées, le président ne peut pas déclarer la guerre sans l’accord du Parlement, mais il décide seul de l’emploi de la force nucléaire. Le Président de la République possède également des pouvoirs partagés, ses décisions devant alors être contresignées par le Premier ministre ou les ministres concernés. C’est le cas pour les nominations de préfets ou la signature d’ordonnances et de décrets ayant été délibérés en Conseil des ministres.

Ceci dit, comment voter, si aucun des deux finalistes de cette présidentielle, malgré leurs projets radicalement différents, ne correspond à notre vision de la société ? Les citoyens se retrouvent alors face à plusieurs dilemmes : voter, voter blanc ou ne pas voter. L’édition de La Croix l’Hebdo de la semaine du 15 avril relève même « 5 cas de conscience avant le deuxième tour ».

Dans ce cas, s’abstenir ou voter blanc, est-ce une solution ? La tentation de ne pas vouloir départager est grande, mais risquée. « S’abstenir, c’est trop facile, avance François Euvé, jésuite, rédacteur en chef de la revue Etudes, dans ce même article de La Croix l’Hebdo.

L’entre-deux tours est l’opportunité de confronter ses opinions, pour se plonger avec méthode et discernement, encore plus profondément dans les visions de chaque projet : « aucun candidat ne convient tout à fait », rappelle François Euvé. « Tout vote est un moindre mal », mais « quel est le moindre mal entre les deux est la première question à se poser, ou, à l’inverse, quel est le pire (….). Il y a un travail d’approfondissement personnel à faire. En pensant à ce que les personnes sont susceptibles de réellement mettre en œuvre au-delà de leurs propositions ». Pour cela, rien de mieux que d’élargir sa vision d’ensemble, en essayant de ne pas juger à partir d’un seul critère, qu’il soit économique, géopolitique, social ou éthique », ou même moral. « N’en rester qu’à un seul point, fût-il très important pour nous », poursuit François Euvé, « comporte le risque, dénoncé par Jésus en Matt.23v24, de « filtrer le moucheron et d’avaler le chameau ». Une boussole qui pourrait être mise en avant serait la question de la fraternité, décisive, ce qui exclue toute relation fondée sur la domination, l’infantilisation et l’attente de « chefs » charismatiques ou de personne prenant la place du Père céleste cf Matt.23v8-12.

Pour illustrer à quel point est périlleux un vote fondé sur un critère restrictif, qu’il s’agisse de « la moralité » ou de l’espérance en un supposé « défenseur de la chrétienté », voici un vieil article d’une revue évangélique, exhumé par La Free.ch en 2016 et ô combien édifiant sur les conséquences d’un tel vote.

Extrait : « Un premier indice de l’affinité de l’ensemble des protestants avec le nationalisme germanique apparaît déjà sous l’Empire allemand de 1871 à 1918 (…) Les idées sociales d’inspiration chrétienne, le pacifisme (on le taxait de blasphème), la libre-pensée et la démocratie étaient considérés comme des menaces auxquelles il fallait résolument s’opposer. La République de Weimar à partir de 1919 ne fut jamais véritablement reconnue par les chrétiens. Dans une allocution lors de la grande rencontre des Églises (Kirchentag) de 1919 à Dresde, le président de cette manifestation déclara: « La gloire de l’Empire allemand, le rêve de nos pères, c’est là que réside la fierté de chaque Allemand. » Pour cette raison de nombreux chrétiens essayèrent de défendre avec ardeur les valeurs et l’identité nationales. Ils se sentaient tenus à un programme national chrétien.  La peur de la pensée libérale naissante et du bolchevisme russe, menaçant depuis la Révolution d’octobre 1917, poussèrent de nombreux chrétiens à se rapprocher du Parti ouvrier national-socialiste allemand (NSDAP), fondé en 1920. Le programme politique du parti d’Adolf Hitler promettait un retour aux valeurs chrétiennes et la constitution d’un rempart contre le communisme et contre les idées libérales.  Les violences multiples contre ceux qui pensaient autrement, les déportations et les actes d’extermination, les Églises évangéliques ne les imputaient pas publiquement à la volonté d’Hitler, mais à des partisans dévoyés, enclins à l’exagération. Le régime national-socialiste réussit, fort bien et durablement, à éblouir les Églises évangéliques et à les abuser à son profit. En gage de reconnaissance, il octroya à ces Églises la possibilité d’évangéliser librement et de développer pleinement leurs activités chrétiennes. (…) En 1933, après la victoire du Parti national-socialiste, l’Église évangélique libre luthérienne loua cette accession au pouvoir comme un « engagement pour l’honneur et la liberté de l’Allemagne ». Elle fit l’éloge du NSDAP pour son « combat contre la saleté ». Les baptistes, dans le journal Wahrheitszeuge (Témoin de la vérité) parlèrent de l’accession d’Hitler comme de l’avènement d’un « temps nouveau » et vivement désiré. Les Communautés évangéliques libres firent l’éloge dans le journal Gärtner (Le Jardinier) du combat du NSDAP « contre la prostitution, contre l’habitude de fumer chez les femmes, contre le nudisme et contre les abus de la vie nocturne ». Lorsque des rumeurs d’exactions contre les juifs en Allemagne parvinrent à l’étranger, les Églises évangéliques allemandes les taxèrent immédiatement de « propagande scandaleuse ».

A méditer !