« Ce pain vous rappellera que vous avez quitté l’Egypte très vite » (Deut.16v3)

Pessah Matsa par Marina Shemesh

« Au repas de la fête, vous mangerez seulement du pain sans levain. Vous mangerez de ce pain pendant sept jours, et il vous rappellera que vous avez quitté l’Égypte très vite. En mangeant ce pain de misère, vous vous souviendrez pendant toute votre vie du jour où vous êtes sortis d’Égypte ». (Deut.16v3)

Ce samedi soir, 27 mars, débute la fête biblique de Pessah (Pâque), laquelle se déroule jusqu’au dimanche soir 04 avril. A noter que la fin de la fête coïncide avec le jour de la « fête chrétienne » de Pâques.

A l’instar du plus jeune de l’assistance, vous (vous) poserez sans doute cette question : « pourquoi cette fête ? Qu’est-ce que cela veut dire ? »

De là la réponse : cette fête est la Pâque, une fête de la Bible [Exode 115] qui raconte l’histoire d’un passage, d’une sortie et d’une naissance d’un peuple. Ceux qui fêtent la Pâque se souviennent, pour ne jamais oublier, de Celui qui les a fait sortir : « Je suis l’Eternel  ton Dieu, Celui qui t’a fait sortir d’Egypte, du pays où tu étais esclave », du pays où tu étais très à l’étroit et très angoissé (Exode 20v2), pour vivre une vie nouvelle, abondante et débordante.

A l’instar du plus jeune, encore, vous (vous) poserez sans doute cette autre question : « pourquoi mangeons-nous [lors de cette fête] des choses que nous ne mangeons pas d’habitude ? »

Durant le repas de cette fête, l’on mange ce qu’ont mangé les israélites la première nuit de la Pâque (Exode 12), avec d’autres choses rajoutées :

1) Des herbes amères, pour se souvenir que les conditions d’esclavage du peuple en Egypte n’étaient pas drôles du tout. Le peuple était même à « à l’étroit » en Egypte. Ils ne s’arrêtaient jamais de travailler. Imaginez : tous les jours, pendant des heures, sous le soleil brûlant, des milliers d’hébreux devaient fabriquer des briques, des briques et des briques pour le pharaon, pour construire des villes. Ils n’avaient jamais le temps de faire une fête pour Dieu. Vous-mêmes, si vous ne savez jamais vous arrêter, c’est peut-être le signe que vous êtes « restés (ou revenus) en Egypte » !

2) Pour se rappeler ces briques que les Hébreux devaient fabriquer, on mange aussi le « harosset », composé de pâte d’amande de noix, de pommes et de dattes. C’est doux, parce que le peuple s’était habitué à vivre en Egypte, après 430 ans.

3) De l’agneau rôti, pour se souvenir de celui qu’ont mangé les israélites cette première nuit de la sortie d’Egypte. Et cette fameuse nuit, où l’Eternel a frappé les premiers nés de l’Egypte (Ex.11v4-8, 12v29-30), le peuple était confiné : Dieu avait donné à tous l’interdiction formelle de quitter leurs maisons, seuls lieux sûrs cette nuit-là, car marquées par le sang de l’agneau pascal sacrifié (Ex.12v21-28). Dieu a vu le sang sur les portes, ce signe manifeste que du sang a déjà coulé. Il n’est plus besoin de faire couler du sang à nouveau. Dieu a passé au-dessus de leurs maisons sans s’arrêter et il a protégé les familles des Hébreux. De là le nom de la fête : « pessah », « pâque », « passer par-dessus ».

4) Des pains sans levain : Pendant la fête de la Pâque, on ne mange pas de pain et d’aliment à base de levain. On ne devait même pas trouver de levain dans la maison. Avant la fête, on nettoie toute la maison pour être sûr qu’il n’y a plus de levain. On mange des pains sans levain pour se rappeler que le peuple était parti très, très vite d’Egypte, tellement vite qu’ils n’ont pas eu le temps de laisser lever le pain et que ce sont des galettes d’eau et de farine qu’ils ont mangé la nuit de leur libération. Ils ont mangé debout, à la va-vite, parce qu’ils allaient vite, vite quitter l’Egypte cette nuit-là.

Pourquoi sont-ils sortis très vite ?

Parce que les Egyptiens, terrifiés, les ont chassé d’Egypte : Ils ont eu très peur après la dixième plaie et ils ont eu très peur d’une onzième plaie. Dix fois, le Pharaon d’Egypte avait été forcé de libérer le peuple [parce que Dieu envoyait des plaies], dix fois le Pharaon était revenu sur sa parole [une fois la plaie arrêtée] : « une fois oui, une fois non. Une fois oui, une fois non. Une fois oui, une fois non…. », pour enfin dire OUI ! après la dernière plaie. « Les Egyptiens pressaient le peuple, et avaient hâte de le renvoyer du pays, car ils disaient [terrifiés par la dernière plaie et à l’idée de subir d’autres plaies] : Nous périrons tous. Le peuple emporta sa pâte avant qu’elle fût levée… » (Exode 12v33-34).

Parce qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Ce n’était plus le moment de réfléchir en se demandant si c’est une bonne idée ou une mauvaise idée de partir. Et surtout, parce que le peuple, esclave pendant 430 ans en Egypte s’était habitué à la vie en Egypte : « c’est parfois dur, mais la vie n’était pas si mal après tout. On mangeait de bonnes choses… ». Si Dieu avait demandé son avis au peuple s’il voulait partir ou rester, le peuple aurait dit qu’il voulait plutôt rester en Egypte. C’est pourquoi Dieu l’a fait sortir très vite.

Enfin, on ne mange pas de levain, parce que le levain, c’est ce qui fait gonfler la pâte : on dit bien « gonflé d’orgueil ».

C’est là le reproche et l’avertissement de l’apôtre Paul, s’adressant aux chrétiens de Corinthe dans 1 Cor.5v6-8 : « Vous avez bien tort d’être pleins d’orgueil ! Un peu de levain fait lever toute la pâte, vous ne savez donc pas cela ? Enlevez le vieux levain du péché pour devenir purs. Alors, vous serez comme une pâte nouvelle et sans levain, ce que vous êtes déjà. En effet, le Christ a été offert en sacrifice, comme notre agneau de Pâque. Fêtons donc la Pâque, non pas avec du pain fait avec du vieux levain, le levain des mauvaises actions et du mal. Mais avec du pain sans levain, avec un cœur pur et sincère ».

« Faire la fête (de la Pâque) en mangeant des pains sans levain illustre une rupture avec l’ancienne vie : en Christ, nous voyons les choses d’une manière toute nouvelle : non plus, « je nais, je vis, je meurs » mais « je meurs, je vis » la vie (nouvelle) après la vie (cette vie). Non plus : « c’était mieux avant, maintenant c’est de pire en pire » mais « avant, c’était l’amertume de l’esclavage, maintenant c’est la joie de la libération » ; « avant, il y avait des sacrifices sans fin pour plaire à Dieu, et puis Jésus vint comme le sacrifice ultime, mettant fin à tous ces sacrifices ».

Jésus, c’est « l’agneau de Dieu [comme l’agneau de la Pâque] qui enlève le péché du monde », notre péché, pour que nous soyons pardonnés, réconciliés avec Dieu, et pour que nous vivions une vie nouvelle, débordante, et une relation nouvelle avec Dieu qui nous aime tant.

5) Enfin, durant le repas de cette fête, on boit en plus des verres pleins de fruit de la vigne, pour dire merci à Dieu pour sa délivrance et pour nous avoir donné une vie débordante : plus de tristesse ! De la joie !

A la fin du repas, on remercie Dieu en disant des prières et en chantant [les psaumes 113 à 118. et le psaume 136], en dansant. Ceux qui chantent et ceux qui dansent se souviennent ainsi que Dieu les a fait sortir du pays où ils étaient très à l’étroit et très angoissés.

« Sortir », c’est une libération et une naissance :

« Je t’ai fait sortir (d’Egypte) », dit Dieu : c’est une libération et une naissance (comme se trouver projeté à l’air libre).

Ils se souviennent aussi pourquoi Dieu les a fait sortir.  Ils sont sortis pour servir Dieu et pour annoncer la victoire de leur libérateur sur leurs oppresseurs. Ce libérateur, c’est Jésus, mort et ressuscité, dont le nom signifie « Dieu sauve » et « Dieu élargit » du pays de l’étroitesse et de l’angoisse.

Hag Pessah Sameah ! [Bonne fête de Pâque !]

« Le guichet sait déjà »

Certains considèrent leur religion comme « un crédit » acquis en haut, obtenu au « guichet » de Dieu, auquel ils se rendent régulièrement pour solliciter quelque chose… (Source image : public domain pictures)

L’écrivain allemand Heinrich Heine (1797-1856) parle dans son livre « idées » de l’époque où, jeune, il apprenait le français, rapporte Erri de Luca(1). « Un jour, son maître lui demanda six fois de suite comment on disait « glaube », foi, en français. Et six fois de suite, d’une voix brisée par les larmes, le jeune Heine répondit : « le crédit ».

A la septième, le maître, rouge comme un coq, s’écria : « on dit religion ! » Et il fit pleuvoir des coups sur son dos sous les ricanements de la classe. En conclusion, Heine dit que lorsqu’il entend ce mot-là , ses joues s’empourprent et un frisson de terreur parcourt son échine.

L’erreur quelque peu comique de l’écrivain a pu être contagieuse. Certains considèrent leur religion comme un « crédit » acquis en haut, obtenu au « guichet » de Dieu, auquel ils se rendent régulièrement pour solliciter quelque chose. Comme les requêtes sont abondantes, ils se rendent dans les nombreuses chapelles des saints munis d’une liste de demandes de grâces qui vont de la note en classe à l’emploi, de la fortune en amour au succès sportif…..Cela tient plutôt du crédit que de la religion ».

Et lorsque la prière est tellement centrée sur elle-même ou sur celui qui prie, au point que celui avec qui je suis censé être en relation ne compte plus, alors ce n’est déjà plus une prière….Or, prier ne devrait être qu’une façon de s’adresser à Dieu, sans rien demander. « Car Dieu votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous le lui demandiez », rappelle Matt.6v8. « C’est ce que dit Jésus lorsqu’il enseigne comment prier et réciter pour la première fois le Notre Père. Le guichet sait déjà »(1).

A mille lieux du « deal avec l’invisible », en vue d’en retirer quelque avantage, « la prière est le principal moyen d’expression de la vraie foi »(2), que nous accueillons avec reconnaissance, et le principal moyen de la confiance authentique dans le Dieu vivant et vrai, lequel est un Dieu relationnel parce que « Trine », Père, Fils, Saint-Esprit.

 

Notes :

(1)De Luca, Erri. Crédit IN Alzaia. Rivages, 1998 (Bibliothèque Rivages), pp 49-50.

(2) Comme le rappelle Michael Reeves dans « Retrouver la joie de prier », citant une expression de Jean Calvin.

 

 

Prise de dette ou bris de dette : choisis ta juridiction ! (Matt. 18v21-35)

« Si je ne brise pas la dette(….) j’échappe à la législation du Ciel, à sa jurisprudence et à ses codes », mais non sans conséquences…. (Source image : Plaque par Anna Langova)

Une histoire pour des banquiers et des juristes, mais pas seulement !

 

Les chrétiens aiment à dire qu’ils sont « dans le monde, mais pas du monde », pour reprendre la formule du Christ à ce sujet, soit qu’ils sont citoyens du Royaume de Dieu. Mais comme nous sommes également bien « dans le monde », les chrétiens ont en réalité la double citoyenneté, puisque, pour prendre un exemple français, ils sont citoyens de la République et citoyens du Royaume. Ce qui signifie que, pour les affaires matérielles et humaines, nous sommes sous la compétence des lois du monde, tandis que pour les affaires spirituelles, nous nous plaçons sous l’autorité d’une loi bien plus exigeante qui est celle que le Christ est venue révéler. Si nous désirons avoir cette deuxième citoyenneté, celle du Ciel, l’obéissance à la loi de pardon n’est pas une option, elle est une condition

Ce qui va suivre nous parle d’une question de compétence judiciaire. Si vous êtes citoyens du Royaume de Dieu, vous savez que la loi du Royaume est une loi du pardon. Si vous ne vivez pas cette loi du pardon, vous quittez la compétence du Royaume, et on vous remet sous la loi du monde. Et vous aurez à en tirer les conséquences. Car le monde ne pardonne pas, le monde punit et sa justice est basée sur la rétribution, fort heureusement, puisque c’est là normalement la base même de l’équité. En témoigne la récente (01/03/21) condamnation de Nicolas Sarkozy [ex-président de la république française de 2007 à 2012, normalement censé être le garant des institutions et « de l’indépendance de l’autorité judiciaire » cf art. 64 de la constitution de la Ve république française], à 3 ans de prison, dont un ferme, par le tribunal correctionnel de Paris, pour corruption et trafic d’influence, lui reprochant d’avoir tenté d’obtenir en 2014 des informations confidentielles sur une procédure judiciaire le concernant(1).

Cette décision nous rappelle que personne n’est au-dessus des lois. Nicolas Sarkozy est le premier président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme. Avant lui, l’ancien président Jacques Chirac (1995-2007) avait été condamné en décembre 2011 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêts dans une affaire d’emplois fictifs quand il était maire de Paris au début des années 1990.

Mais Nicolas Sarkozy, qui déclarait sur son compte twitter (27 mars 2012) qu' »Il faut que les peines soient exécutées. La non-exécution des peines, c’est l’impunité », souhaitant (3 nov. 2015) « qu’il n’y ait pas de mesures d’aménagement de peine pour les peines supérieures à 6 mois »; a fait appel de cette décision. Le 05 mars, le parquet national financier annonce son intention de faire appel de la décision du tribunal de Paris. Un appel du ministère public permet à une cour d’appel de prononcer des peines plus lourdes qu’en première instance(2).

Christian Delporte, professeur d’histoire contemporaine (université de Versailles), estime, dans une interview à Libération, que cette condamnation résulte d’une plus grande exigence de probité de la part de l’opinion, à mille lieux d’une certaine vision de la justice à deux vitesses : « Il y avait toute cette idée avec Balladur ou Pasqua, que les politiques s’en tirent toujours, que lorsqu’on est corrompu, la justice ne vous rattrapera pas. Même Pasqua n’a jamais fait de prison, il est mort avant d’avoir à en faire. Ce fait a nourri la défiance de l’opinion publique. Là, coup sur coup, Balkany et Sarkozy sont condamnés. La justice prend une certaine revanche. […] L’idée qu’on peut tout faire quand on est au pouvoir est en train de dépérir. On en voit les limites pour la première fois. Je pense que c’est une façon de revaloriser la politique et de remettre un certain nombre de principes au jour. […] Il y a une exigence de transparence aujourd’hui. » (3).

Ceci dit, après avoir vu comment « marche la justice des hommes », écoutons maintenant le texte de l’Evangile selon Matthieu, chapitre 18v21-35.

Il s’agit d’un texte bien connu, qui, contrairement à ce que l’on pense, n’est ni une illustration imagée du fait qu’il faille pardonner « 70 fois 7 fois », ni une explication des causes théologiques de ce pardon total voulu par Dieu. Il s’agit plutôt d’un récit des conséquences concrètes de l’exigence divine (qui nous semble) démesurée du pardon dans nos vies, nous expliquant « comment ça marche » dans le Royaume de Dieu, dans ce plan d’existence où nous vivons, plan qui s’ajoute au seul plan terrestre de notre vie matérielle, affective, humaine.  Ce récit va même très loin puisqu’à notre grande surprise, au lieu de parler des conséquences du pardon, ce récit imagé va nous décrire les conséquences du non-pardon. « Si jamais vous refusez d’entrer dans ce projet de pardon total, voilà ce qui se passera pour vous. » Ouvrez vos oreilles ! Et comme dans tous les textes du nouveau testament, celui-ci déploie à la fois une promesse d’une grâce réjouissante et d’une exigence incontournable. Retenons les deux facettes de l’enseignement de Jésus, et pas seulement celle qui nous ferait plaisir (celle de dire que Dieu trouve que tout est beau et que tout le monde est gentil), mais bien la totalité du tableau que Jésus dessine sous nos yeux, avec ses lumières et ses ombres, l’un n’ayant pas de sens sans l’autre.

La première chose que me rappelle ce texte de l’Evangile, c’est que le pardon, outre qu’il n’est pas une option, est toujours une histoire de remise de dette. C’est comme si nous avions un compte en banque non pas en euros mais en joie et en paix (…..). Et à chaque fois que nous traverse un ressentiment, c’est comme si nous devions payer un impôt très lourd à la haine. A chaque fois que nous viennent des regrets amers, nous devons faire un chèque en blanc à l’adversaire du Christ, cet adversaire qui se paye de nos joies abîmées et de nos tranquillités troublées. Autant dire que sur le compte de la paix et de la joie, si nous n’acceptons pas de vivre avec le mode de vie spirituelle de Jésus, nous sommes toujours dans le rouge, et parfois proche de l’interdiction de chéquier, et peut-être pour certains qui ont accumulé les traites au Ministère de la Colère, vous êtes franchement interdits bancaire. Cette situation consiste donc en l’absence totale de paix et l’inexistence concrète du bonheur.

Mais voici que le projet de Dieu est tout à fait étonnant. C’est un projet de remise de dette qui va jusqu’au bout. Dieu a eu une grande idée, c’est d’inciter tous les propriétaires de comptes en banque en paix et en joie à administrer différemment leurs porte-monnaie.
La première incitation consiste à ne pas laisser à droite et à gauche des chèques en blanc de haine ou d’inquiétude, car ils nous mettent dans une situation permanente de surendettement (….).
La deuxième incitation du Seigneur est remarquable, puisque Dieu a décidé que tous ceux qui veulent bien lâcher prise et lui faire confiance, reçoivent une option dans leurs services bancaires, qui est bien mieux que toutes les offres — scandaleuses, soit dit en passant — de découvert. Dieu prend à sa charge (pour vous qui voulez bien vous confier en lui) tous vos découverts sur vos comptes en banque en paix et en joie. C’est formidable, non ? En réalité, ce n’est pas un puits sans fond, car normalement, dès la première fois où Dieu règle la différence et nous remet dans le positif, nous héritons en même temps d’une soudaine lucidité de gestion qui nous permet de ne plus administrer bêtement nos ressources, et nous mettons fin définitivement aux pratiques dispendieuses que sont la rancune, l’animosité, la malveillance, et la colère.

Ce qui est grave, donc, d’après la parabole de Jésus, ce n’est pas le fait que Dieu ait à dépenser des mille et des cents pour nous désendetter, au début de tout ce processus, mais c’est notre inconséquence par rapport à ce désendettement massif et soudain. Car aussitôt que Dieu nous libère d’un passif dont nous n’aurions jamais pu nous tirer sans sa clémence et sa douceur, nous nous sentons tout légers et nous retournons à des modes de fonctionnement qui sont ceux du monde et non ceux du Royaume. Nous oppressons les autres pour fêter la fin de notre propre sentiment d’oppression… La loi du Royaume de Dieu consiste à briser la dette, quoi qu’il en coûte, quoi qu’il en coûte à Dieu, et pour mes affaires à moi, quoi qu’il m’en coûte. Si je ne brise pas la dette, si je ne déchire pas les chèques en blanc que les autres me font en m’agressant, j’échappe à la législation du Ciel, à sa jurisprudence et à ses codes. 

La conséquence est simple : comme déjà signifié en introduction, si vous êtes citoyens du Royaume, vous savez que la loi du Royaume est une loi du pardon. Si vous ne vivez pas cette loi du pardon, vous quittez la compétence du Royaume, et on vous remet sous la loi du monde. Et vous aurez à en tirer les conséquences.   « Voilà ce qui vous arrivera si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur ». Ce qui vous arrivera, c’est que vous serez remis, tout simplement, à la seule compétence du monde, y compris pour les affaires spirituelles. Et le monde est régi par la compensation et la rétribution, je l’ai déjà dit : pour toutes vos haines et vos ressentiments, vous serez accablés, sans espérance et déçus. Pour toutes vos amertumes vous serez dans l’atermoiement, le sentiment d’une culpabilité qui n’en finit jamais. En somme pour tous vos non-pardons et parce que c’est vous qui refusez de briser la logique de la dette, parce que c’est vous qui refusez que se déploie la compétence du Royaume dans votre vie, vous serez endettés, débiteurs, sans cesse redevables des agios exponentiels de la rancœur qui s’installe au fond du cœur comme un horizon inéluctable.

Considérez le projet de Dieu. Vous avez envie de continuer à vous culpabiliser sans fin ? Vous êtes très attirés par la bile qui marine dans votre cœur et y laisse des ulcères acides ? Vous avez un goût certain pour les regrets et le sentiment de ne jamais y arriver ? Vous aspirez à une vie terne et repliée sur elle-même ? Vous sentez un désir qui pointe de vous complaire dans la morgue et les sentiments funestes ? Eh bien, désormais, vous savez quoi faire.  Surtout, ne pardonnez pas. Vous ne serez pas déçus…(4)

 

Pour reprendre l’exemple cité plus haut avec Nicolas Sarkozy, certes, « nous ne sommes pas dans sa tête » et « c’est Dieu qui sait » (le concernant), mais vu sa présence en tant qu' »invité exceptionnel » au JT de TF1 (03/03) pour se justifier, deux jours après sa condamnation, continuant à manifester un « esprit de victime » et vu sa volonté passée d' »en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi » et « une mode exécrable »(5), alors que l’Evangile nous exhorte à manifester « des fruits de la repentance » (Matt.3v8, Luc 3v8, cf Actes 26v20 et Eph.5v8-9…), l’intéressé témoigne-t-il d’être réellement dans « le projet de Dieu » ? Dans le cas contraire, y entrer vraiment est ce que nous pouvons lui souhaiter de mieux, après s’être mis en règle avec la justice des hommes !

 

 

 

Notes : 

(1) En comparaison, un trafiquant de drogue est condamné à 10 ans de prison ferme  https://www.20minutes.fr/justice/2956647-20210119-grenoble-dix-ans-prison-encontre-trafiquant-drogue-lyonnais

(2) Les détails de l’affaire sur https://www.dalloz-actualite.fr/flash/affaire-bismuth-ecoutes-au-coeur-de-condamnation#.YD91DWhKgdU ; Voir aussi https://www.liberation.fr/checknews/2017/11/27/parmi-les-anciens-chefs-d-etats-de-la-ve-republique-lesquels-n-ont-jamais-eu-affaire-a-la-justice-me_1652791/

(3) Cf https://www.liberation.fr/politique/sarkozy-condamne-la-justice-nest-pas-moins-laxiste-ce-sont-les-lois-qui-ont-evolue-20210301_TAGOOZLGUZFLLHFJMFYQ2FF3WM/ ; Voir aussi https://theconversation.com/le-proces-sarkozy-montre-aussi-comment-letat-se-preserve-des-affaires-nefastes-a-son-economie-156423 ; et sur la question d’une « justice à deux vitesses », qui serait « clémente envers les puissants » : https://www.franceculture.fr/droit-justice/la-justice-est-elle-moins-severe-pour-les-puissants

Voir aussi, ces commentaires de l’étranger :

Dans un éditorial, El Pais salue la “condamnation exemplaire” rendue contre l’ancien chef d’État. Elle illustre la vigueur de la séparation des pouvoirs dans la démocratie française, selon le quotidien espagnol. https://www.courrierinternational.com/article/vu-despagne-nicolas-sarkozy-condamne-la-democratie-renforcee

Nicolas Sarkozy condamné à trois ans de prison, c’est une information qui a fortement interpellé outre-Rhin. Un éditorialiste de la Süddeutsche Zeitung lui trouve même quelque chose de “révolutionnaire” quand on connaît le système politique hexagonal : un système présidentiel “qui conserve des caractéristiques fondamentalement monarchiques définissant le tempérament politique national : dirigiste, centralisé et, à certains égards, absolutiste”.

Ici, affirme la SZ, la politique “repose sur la personnalité du président de la République, qui doit être à la fois une figure lumineuse et un père attentionné pour ses concitoyens. L’idée que cette conception invite à toutes sortes d’abus, qu’elle repose sur la force de caractère individuelle qui peut donc être corruptible, appartient au contrat implicite que les électeurs passent tous les cinq ans avec leur président-monarque.”

Tous les présidents font l’objet de soupçons, explique le journaliste. Mais dans le cas de Nicolas Sarkozy, “qui aimait à peu près autant les magouilles qu’il redoutait la lumière [sur ces mêmes magouilles]”, ce pacte a franchement raté.

Et c’est ici que l’importance du verdict prend tout son sens. Le fait que l’ancien président soit traité aujourd’hui comme un citoyen ordinaire devant la justice est la preuve, pour le quotidien, que “l’enquête a enfin été menée à l’abri des influences politiques”. Car si la France est un État de droit, elle est aussi marquée par “une forme de justice parallèle où les juges sont davantage soumis aux injonctions politiques que leurs confrères allemands, ce qui a plus d’une fois fait douter de leur impartialité”.

Et la Süddeutsche Zeitung de conclure : Cette condamnation donne non seulement des sueurs froides à l’ensemble de la classe politique française, mais elle ébranle aussi l’élitisme et l’absolutisme qui caractérisent l’appareil politique et les rapports de force dans la société en général. Deux ans après l’apparition des ‘gilets jaunes’ et un an avant la prochaine élection présidentielle, la pression monte dans la République.” Vu d’Allemagne. La condamnation de Sarkozy, une révolution dans une France “monarchique” et élitiste

(4) D’après une prédication de Gilles Boucomont, le 30/07/06 http://1001questions.fr/aunomdejesus/pardonner-3-le-non-pardon/

(5) Déclaration faite dans un certain contexte : Dans son tout premier discours de président élu, au soir de l’élection, le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy déclarait vouloir « en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi », dénonçant lors de sa campagne « la repentance, mode exécrable à laquelle (il demandait) de tourner le dos », fustigeant la « concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres ». https://www.vie-publique.fr/discours/166432-declaration-de-m-nicolas-sarkozy-president-de-lump-et-candidat-lelhttps://www.challenges.fr/monde/memoire-repentance-quatre-presidents-quatre-postures_255175

De là ce commentaire de l’époque d’un lecteur de La Croix : « comment peut-on être à la fois sarkozyste et adepte du Christ dès lors que, selon Marc (1-15), « Jésus proclamait en Galilée en ces termes la Bonne Nouvelle venue de Dieu : (…) Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » ? Le Catéchisme de l’Église catholique, quant à lui, utilise expressément le terme de repentance. Il précise que « par le baptême, le chrétien est sacramentellement assimilé à Jésus. (…) Il doit entrer dans ce mystère d’abaissement humble et de repentance. » Enfin, Jean-Paul II, l’un des principaux adeptes de cette « mode exécrable » de la repentance, proclamait en 1994 que « reconnaître les fléchissements d’hier est un acte de loyauté et de courage qui nous fait percevoir les tentations et les difficultés d’aujourd’hui et nous prépare à les affronter. »https://www.la-croix.com/Archives/2007-06-07/Au-soir-des-elections-dans-son-tout-premier-discours-de-president-elu-Nicolas-Sarkozy-a-ete-tres-clair-Je-veux-en-finir-avec-la-repentance-qui-est-une-forme-de-haine-de-soi.-Deja-au-cours-de-la-campagne-il-avait-denonce-la-repentance-mode-execrable-a-laquelle-je-vous-demande-de-tourner-le-dos.-_NP_-2007-06-07-293230

 

 

 

« L’immortalité de l’âme » est-elle biblique ?

La Bible enseigne-t-elle l’immortalité de l’âme ou la résurrection des morts ? Au-delà du débat théologique, l’un des plus graves malentendus sur le christianisme…

Posez à un chrétien, protestant ou catholique, intellectuel ou non, la question suivante : « qu’enseigne le Nouveau Testament sur le sort individuel de l’homme après la mort ? » Sauf exception, la réponse sera : « l’immortalité de l’âme », laquelle serait même, aux dires de certains, « rationnellement inévitable ».

Or, loin d’être biblique, cette opinion, quelque répandue qu’elle soit, qui vient en réalité de Platon et d’Aristote, est même l’un des plus graves malentendus concernant le christianisme, puisqu’il existe une différence radicale entre l’attente/l’espérance chrétienne de la résurrection des morts et la croyance grecque antique à l’immortalité de l’âme. Le fait que le christianisme ultérieur (Saint-Augustin, Saint-Thomas d’Aquin…) ait établi plus tard un lien entre les deux croyances illustre la grande influence de la pensée grecque antique – plus que celle de la pensée biblique – dans le processus de définition des dogmes et des croyances chrétiennes, à la fin de l’époque médiévale. Ce que les protestants et les évangéliques, dans leur majorité, refusent. Ainsi, influencés par les penseurs antiques (Platon, Aristote), des théologiens ont fini par faire adopter le dogme de l’immortalité de l’âme au concile de Latran en 1513, entraînant une étrange prise de distance avec les Ecritures bibliques. L’immortalité de l’âme est un concept grec antique venu tardivement faire fléchir la théologie chrétienne dans son enracinement biblique et sémitique.

Les chrétiens (protestants et évangéliques) qui affirment que l’immortalité de l’âme n’est pas biblique se basent 1) sur le fait que les Ecritures insistent sur la réalité de la mort, ainsi que 2) sur la conception tripartite de l’humain, telle qu’évoquée à la fin de la première épître aux Thessaloniciens : corps, âme et esprit. Jésus « rend l’esprit » [cette part du souffle de Dieu qui est en nous et qui n’appartient qu’à Dieu] quand il meurt. Etienne aussi. C’est ce que l’on appelle « expirer ». Ce n’est pas la même chose que notre âme, notre psyché en grec (nos pensées, nos volonté, nos émotions). Refuser la mortalité de l’âme, c’est une façon de réduire la résurrection des morts, qui sera, selon les principes de la théologie chrétienne, une résurrection de la chair, c’est-à-dire de l’âme et du corps [confessé dans le Crédo], et pas seulement une résurrection de l’esprit. C’est bien parce que le corps et l’âme meurent qu’il faut qu’ils ressuscitent.

Ainsi, il n’y a pas « d’immortalité de l’âme » dans la Bible. L’âme meurt. Comme le souligne l’Ecriture, « les morts se lèvent-ils pour te louer, Eternel ? » (Psaume 88v11). Les morts sont morts. Mais voilà, beaucoup encore confondent la migration de l’esprit humain dans le séjour des morts avec une forme d’immortalité de l’âme.

En résumé, quand on meurt :
– le corps meurt et repart à la terre, « car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. » (Genèse 3v19),
– l’âme (psychè, le psychisme) s’éteint, comme la flamme de la bougie s’éteint quand la cire (du corps) est épuisée,
– l’esprit de l’humain « retourne à Dieu qui l’a donné » (Eccl.12v7) et attend dans le séjour des morts la Résurrection finale, au Dernier jour, après le Jugement(1). Cette attente est appelée « sommeil » dans beaucoup de textes bibliques, dont des paroles de Jésus dans les Evangiles.

Prétendre que l’âme serait immortelle n’est donc pas biblique, mais aussi très dangereux parce que cela induit dans la croyance des chrétiens que les morts ne seraient pas vraiment morts, et donc qu’ils seraient déjà ressuscités, ce qui est contredit par de nombreux textes bibliques, dont 2 Tim.2v16-18. Et si les morts ne sont pas vraiment morts, c’est qu’ils sont un peu vivants, et donc, qu’il serait possible de communiquer avec eux, malgré les interdits majeurs dans le Pentateuque. Le Seigneur Jésus-Christ insiste, quant à lui, sur une séparation radicale entre les morts et les vivants en Matt.8v22. Le mort est vraiment mort et n’est donc pas « noctambule » ou « vagabond ». Il n’est pas non plus « sous hypnose » et ne parle pas, s’il est « questionné ». Il attend.

Pour bien marquer l’opposition entre la notion grecque de l’immortalité de l’âme et la croyance chrétienne à la résurrection des morts, la seule qui soit enseignée par le Nouveau Testament, Oscar Cullmann présente, dans le premier chapitre de son livre « Immortalité de l’âme ou résurrection des morts ? » (Delachaux-Niestlé, 1956 – si vous avez « la chance » d’en trouver un exemplaire !), en un contraste violent, la mort de Jésus et celle de Socrate : « D’un côté, Socrate qui, avec sérénité, parle de l’immortalité de l’âme ; de l’autre, Jésus qui crie et qui pleure » (op. cit., p. 30). Ainsi apparaît la distance qui sépare la conception grecque de la mort, « la grande amie de l’âme », puisqu’elle la délivre « de la prison du corps », et la conception biblique de la mort, « le salaire du péché » et le « dernier ennemi qui sera détruit ». « C’est seulement en éprouvant avec les premiers chrétiens toute l’horreur de la mort, prenant ainsi la mort au sérieux, que nous pouvons comprendre l’allégresse de la communauté primitive au jour de Pâques… Quiconque n’a pas éprouvé toute l’horreur de la mort ne peut pas chanter avec Paul l’hymne de la victoire : La mort a été engloutie. Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? » (p. 34-36).

Le fondement de notre espérance, c’est Pâques : Jésus-Christ est en effet « réellement ressuscité », « premier-né d’entre les morts ». Si Christ n’était pas vraiment mort, il ne serait pas ressuscité. Il en va donc de même pour nous.

Désormais « l’ère de la résurrection est déjà inaugurée  (op. cit. p. 55)…..« la bataille décisive » a déjà eu lieu ; la mort est vaincue ; l’Esprit-Saint est à l’œuvre dans tous les chrétiens, arrhes de la résurrection future.

Enfin, croire à l’immortalité de l’âme (« libérée », « délivrée » du corps) conduit à séparer totalement le destin du corps de celui de l’âme, donnant ainsi « une valeur négative au premier et positive à la seconde. Une telle conception implique des conséquences catastrophiques », explique le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps(2). « Elle signifie que la vie spirituelle se réfugie dans l’intériorité, que le salut ne dépend que d’une relation intime avec Dieu, et que tout ce qui touche au corps, c’est-à-dire la relation à autrui et l’engagement dans le monde, devient néfaste ou indifférent. Comme chrétien, je crois que ma foi, pour rester vraie, doit s’investir dans le monde face au besoin d’autrui. Chaque fois que le corps est séparé de l’âme, on aboutit à un christianisme méprisant à l’égard d’autrui. La résurrection des corps veut dire que c’est tout ce qui a fait la vie de l’individu – ses gestes concrets, son tissu de relations – qui sera accueilli par Dieu »(2).

 

 

Notes :

(1)Selon le théologien protestant Daniel Marguerat dans une interview pour Le Temps, « le Jugement dernier est le moment où Dieu dit la vérité de chacun » et « la foi dans le Jugement dernier est nécessaire et structurante. Elle signifie que le dernier mot sur le monde n’appartient pas aux politiciens cyniques, à l’injustice, au nettoyage ethnique, à la souffrance humaine, mais à Dieu. C’est aussi une proclamation qui m’interdit de me poser en juge des autres; elle me retient de condamner autrui. Cette croyance n’est donc pas là pour m’infantiliser dans la terreur; elle m’installe au contraire dans ma responsabilité d’adulte, appelé à rendre compte de ce que j’ai fait. Le Jugement dernier n’est finalement pas une parole qui cherche à nous donner des informations sur la fin de l’histoire, il est une parole qui nous amène à un plus grand respect d’autrui ».

(2) Cf https://www.letemps.ch/societe/croire-resurrection-une-lutte-contre-mourir.

A lire, également,  « Surpris par l’espérance » de NT Wright (Excelsis, 2019).

 

Fausses prophéties : une cascade de repentances

Une triple problématique : L’abondance de « paroles du Seigneur »/faux prophètes, le fait d’y croire et l’incapacité à discerner entre la parole prophétique authentique et l’expression toute-puissante de son propre désir. (Source image : A Sao Paulo, le 09/12/13, les étudiants de l’école de communication et d’art de l’université de Sao Paulo investissent un centre commercial de Natal, pour une marche des zombis « blind ones » contre le consumérisme aveugle).

Souvenez-vous : certains chrétiens (y compris en France) avaient affiché leur déception et leur incompréhension suite à la défaite de leur candidat favori à l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020 : « Et pourtant il y a eu plusieurs prophéties prédisant sa victoire » ; « et pourtant Dieu nous l’avait révélé… »(1).

Et pour cause, ces fameuses « prophéties » étaient fausses, vu le résultat. La Bible, rappelons-le, définit un prophète authentique lorsque ce que ce dernier annonce se réalise. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il ne s’agit pas d’une parole du Seigneur. C’est par présomption que le « prophète » a dit cette « parole du Seigneur ». Nous ne devons pas nous laisser impressionner cf Deut.18v22.

Plusieurs de ces « prophètes » américains ont fini par se repentir publiquement, mais tardivement, début janvier 2021, de leurs fausses prophéties prédisant la réélection de Donald Trump. Ces derniers ne semblent plus croire que Trump serait le (meilleur) garant d’un « ordre social chrétien », comme ils ne semblent plus croire aux prétendues « fraudes » électorales, invitant même les chrétiens à se repentir de leur « Trumpolâtrie »(2)

Ainsi, par exemple, Jeremiah Johnson [à ne pas confondre avec le personnage du film éponyme, joué par Robert Redford] a déclaré publiquement le 7 janvier 2020 qu’il croyait (à tort) avoir reçu « une mission pour aider le corps du Christ à discerner prophétiquement les plans que Dieu avait pour Donald Trump » et qu’il souhaite « (se) repentir d’avoir prophétisé à tort que Donald Trump remporterait un deuxième mandat à la présidence des États-Unis (…) Je refuse de blâmer les croyants et de dire: ‘Cela ne s’est pas produit parce qu’ils n’ont pas suffisamment prié.’ Je ne proclamerai pas non plus: ‘Donald Trump a effectivement gagné, alors j’avais raison, mais l’élection lui a été volé’. Je crois que la première déclaration cherche à soulager le messager prophétique de la responsabilité de ce qu’il a prophétisé, et la deuxième déclaration est remplie de fierté potentielle et d’une réticence à s’humilier et à admettre qu’il avait tort (….) Donald J. Trump n’a pas été réélu et je dois le réaliser et me repentir » affirme-t-il encore, ajoutant qu’il croit maintenant que Dieu a décidé de démettre Trump de ses fonctions « à cause de sa propre fierté et arrogance » et d’attirer l’attention de ceux dans l’Église qui ont fixé leurs yeux sur l’homme plus que vers le Seigneur, plaçant Donald Trump « sur un piédestal ». Il s’est également excusé de ce que « ses prophéties avaient joué un rôle pour alimenter l’attention démesurée » des chrétiens envers Donald Trump.

Shawn Bolz, un autre célèbre prophète américain a aussi pris la parole pour s’excuser de « s’être trompé à propos de quelque chose d’aussi énorme », dans une publication Facebook qui a été likée près de 8 milles fois. Il a aussi déclaré qu’il prenait « ses responsabilités » et ne prophétiserait plus sur les questions politiques pour se « concentrer » sur sa relation avec Jésus…..(2)

A noter que ces « prophéties » étaient encore considérées comme « des vraies », même après l’élection, notamment par les intéressés eux-mêmes, et plusieurs, y compris parmi mes connaissances évangéliques françaises, continuent de croire à une prétendue « fraude » électorale au profit de Joe Biden.

Pourquoi un tel revirement maintenant ? Tout simplement parce qu’il n’est plus possible de continuer à soutenir Donald Trump, après la condamnation généralisée et croissante des milliers d’émeutiers pro-Trump, envahissant le capitole le 06 janvier. A noter que, sauf erreur de ma part, les faux prophètes du Covid-19 [qui n’ont rien vu venir] ne se sont pas encore manifestés….(3)

Ceci dit, cette situation révèle une triple problématique, bien analysée par Julia Duin, dans cet article (en anglais) paru le 12/01/21 sur le site religionunplugged.com(4) :

1) L’abondance de « paroles du Seigneur » pour les élections [comme pour le coronavirus] et de faux prophètes,

2) Le fait de croire en ces « paroles du Seigneur » et en ces faux prophètes

3) L’incapacité à discerner entre la parole prophétique authentique et l’expression toute-puissante de son propre désir – ou comment prendre nos désirs pour la réalité et notre volonté pour celle de Dieu. De là, aussi, l’incapacité à ne pas croire que ces prophéties sont fausses [allant jusqu’à l’accusation de « traitrise et de lâcheté » des repentants], surtout quand ces dernières sont attestées comme telles.

Ainsi, quid de nos façons d’écouter Dieu ? Cherchons-nous des paroles prophétiques, de Dieu, pour savoir la vérité et connaître la volonté de Dieu ou les cherchons-nous pour obtenir [voir arracher] confirmation de ce que nous croyons savoir ? Autant de questions qu’il est essentiel de ne pas censurer.

Ensuite, théologiquement, spirituellement et moralement, « les excuses » de ces « prophètes »  suffisent-elles ? Premièrement, Dieu [vous pensiez que j’allais écrire : ….« est au contrôle » ?] connaît la réalité de cette repentance, et le temps nous permettra de voir se manifester le fruit de la repentance (cf Matt.3v8).

Deuxièmement, il ne serait être question d’évacuer le problème par de simples « excuses », mêmes publiques (pour recommencer à la prochaine élection ?) « Comment reconnaîtrons-nous que ce n’est pas une parole dite par le Seigneur ? » est en effet une question difficile et particulièrement grave, que nous pose encore aujourd’hui Deutéronome 18v21, vu que le châtiment réservé au faux prophète est….. la mort (Deut 18v20) (5)

Les lecteurs des Ecritures Saintes se souviennent qu’il est aussi écrit « sur le premier volet des deux tables » de la loi : « Tu ne soulèveras pas le nom de l’Eternel ton Dieu pour l’imposture » (Deutéronome/Devarim 5v11), souligne Erri de Luca dans une courte méditation(6).  « Tu ne soulèveras pas le nom » : Rien à voir avec la version où on lit : « tu ne nommeras pas en vain ». On le comprend bien grâce à une autre ligne : « tu ne répondras pas en témoin pour l’imposture (Lashàue) contre ton prochain » (Deutéronome/Devarim 5v20).   « Le verbe « nasà » précise qu’on soulève le nom de Dieu chaque fois qu’on le prononce [pour appeler la divinité comme garant d’un témoignage et d’affirmations, par exemple, « je le jure », ou  « ainsi dit le Seigneur ! »], et qu’on en porte tout le poids. ». Et « celui qui le hisse sur des armes doit assumer en plus le poids d’un blasphème à des fins de massacres ».

C’est là « un tort irréparable, sans rémission pour la divinité », car l’on ne saurait oser « soulever ce nom pour soutenir une imposture (…) car n’absoudra pas l’Eternel celui qui soulèvera son nom pour l’imposture [Lashàue] ». « Profanée pour soutenir le faux, c’est un blasphème sans rachat. » En tant que croyants, témoins fidèles et vrais, nous devrions refuser toute instrumentalisation de la foi, qu’elle soit « religieuse » ou « politique », et refuser «  l’abus de confiance ». Nous devrions être connus comme « parlant bien » (au Nom) de Dieu, à l’instar de Job (de l’aveu même de Dieu, cf Job 42v7-8), et être aussi connus comme ceux qui dénoncent et refusent le « tu » qui « veut impliquer Dieu dans les aversions, les injustices, les rancunes ». Contre ce type d’abus, « le simple lecteur des Saintes Ecritures » saura répondre par le verset 12 du psaume 39 de David : « car je suis un étranger chez toi ». Nous sommes effectivement des « étrangers (et locataires) au sol », habitant cette terre, « comme la vie et comme la foi elle-même, à titre de prêt et non de propriété ». 

Enfin, il semble se produire une véritable « cascade de repentances » publiques, de la part de ceux qui avaient prophétisé faussement.

Pour rappel, la vraie repentance consiste pour nous à être brisé par la tristesse infinie d’une situation où nous nous sommes compromis. C’est parce que nous comprenons à quel point notre péché risque d’abîmer notre relation à Dieu et aux autres, que nous sommes dans une profonde conscience de notre culpabilité. La repentance est donc une clé de la vie chrétienne, de la sainteté.

La repentance conduit au pardon et le pardon à la réconciliation, à la réparation et à la paix (non pas l’absence de ce qui dérange mais l’établissement de ce qui est bon. Et sans justice, pas de paix). Dieu pardonne le pécheur repentant et console celui qui a été blessé. (1 Jean 1v9 ; 2 Chron.7v14). Pierre, dans Actes 3v17, invite à la repentance en vue du pardon de Dieu, lorsque le peuple prend conscience de sa faute collective. C’est là le travail du Saint-Esprit, lequel, si on ne lui résiste pas, nous « convainc de péché, de justice et de jugement » (Jean 16v8), en vue de la repentance, pour obtenir le pardon de Dieu.

De là la finalité de la parole prophétique authentique, laquelle n’est pas « la prédiction de madame Soleil » annonçant fatalement un événement inéluctable (ou même « l’oracle » en mode « développement personnel »), mais celle qui nous conduit à la repentance. C’est ainsi qu’elle nous édifie, instruit et encourage, en nous donnant les moyens de changer les choses. Et c’est parce qu’il sera authentiquement repentant au préalable que le prophète – qui écoute vraiment la Parole de Dieu et la met en pratique (Luc 11v28) – pourra être….authentiquement prophétique !

Dans le même ordre d’idée, notons qu’en Lévit.4, il est question des péchés involontaires, qui ne rendent pas les autres coupables, sauf quand il s’agit de ceux du souverain sacrificateur (Lévit.4v3). Et nous sommes tous souverains sacrificateurs, en tant que croyants en Christ ! Le plus responsable est aussi le plus coupable. Plus un homme est saint et plus la moindre de ses fautes, même involontaire, peut scandaliser/blesser les autres, ou les entraîner dans l’erreur ou l’idolâtrie.

Le souverain sacrificateur est celui qui prie et intercède tout le temps. Il sait que les fautes involontaires, même cachées et inconnues des autres, polluent et troublent la prière et le discernement de celui qui doit conduire le peuple, mais aussi l’amour de celui qui doit transmettre au peuple l’amour même de Dieu. C’est pourquoi il ne doit pas cesser de se repentir(7).

 

En bonus, cette pensée à méditer : « vouloir imiter Jésus Christ nous pousse à faire quelque chose qu’il n’a jamais faite : la repentance ».

 

 

 

 

Notes :

(1) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/11/comment-gerer-une-gueule-de-bois-post-electorale-ou-quand-mieux-vaut-perdre-un-vote-que-son-ame/

(2) Voir https://www.infochretienne.com/des-prophetes-americains-sexcusent-davoir-prophetise-a-tort-la-reelection-de-donald-trump/

Voir aussi https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/11/25/doit-on-esperer-en-un-defenseur-de-la-chretiente-pour-des-questions-de-survie/

Quelques éléments de contexte : Le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine du 03 novembre 2020, Joe Biden, a été déclaré vainqueur samedi 07/11, après avoir franchi le seuil nécessaire de 270 grands électeurs, selon les résultats partiels transmis par les médias américains. Après l’annonce vendredi 13/11, au soir, des résultats qui manquaient encore, en Caroline du Nord et en Géorgie, Joe Biden l’emporte avec 306 grands électeurs contre 232 pour Donald Trump. Ce dernier refuse toujours de reconnaître la victoire de son adversaire.

Alors que Donald Trump tourne en boucle sur les réseaux sociaux en dénonçant des tricheries et fraudes massives, plusieurs autorités électorales américaines ont indiqué jeudi 12 novembre dans un communiqué commun, plus d’une semaine après la présidentielle, n’avoir trouvé « aucune preuve » de bulletins perdus ou modifiés, ou de systèmes de vote piratés.  « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont affirmé ces autorités locales et nationales en charge de la sécurité du scrutin – l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la sécurité intérieure, ainsi que le Conseil de coordination de l’infrastructure électorale et les Comités exécutifs de coordination de l’infrastructure électorale.

« Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit », soulignent-elles dans leur communiqué.  « Bien que nous sachions que notre processus électoral fasse l’objet de nombreuses affirmations sans fondement et de campagnes de désinformation, nous pouvons vous assurer que nous avons une confiance absolue dans la sécurité et l’intégrité de nos élections », insistent-elles.

Source : https://www.la-croix.com/Monde/Presidentielle-americaine-aucune-preuve-fraude-affirme-autorites-2020-11-13-1201124395. Voir aussi https://www.20minutes.fr/monde/2927543-20201208-presidentielle-americaine-cour-supreme-coule-derniers-espoirs-donald-trump?xtor=RSS-176 et https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-elections-la-cour-supreme-aneantit-les-derniers-espoirs-de-trump

Au final, Donald Trump et ses alliés ont essuyé plus de 50 échecs devant la justice, dont deux devant la Cour suprême, pour faire invalider les résultats dans certains Etats. Le 06 janvier 2021, le congrès certifiait le vote des grands électeurs, donnant vainqueur Joe Biden, nouveau Président élu.

(3) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/

(4) https://religionunplugged.com/news/2021/1/12/charismatics-are-at-war-with-each-other-over-failed-prophecies-of-trump-victory?fbclid=IwAR1MfCSO-OZ5W8MaOl2gfSQIRTR7y-nKDBbobp15TRPAA5eqUWcVK6aWCmA

(5) Voir les critères de discernement d’une authentique parole prophétique ici https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/05/01/quand-dieu-na-jamais-autant-parle-au-point-ou-lon-souhaiterait-presque-une-famine-de-sa-parole-pour-enfin-avoir-soif-de-lentendre-pour-de-vrai/

(6) Cf https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/23/blaspheme-sans-remission/

(7) https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2020/10/01/reconquerir-le-terrain-de-la-saintete-une-animation-biblique-pour-yom-kippour/

 

Hannouka : la lumière de la résistance et de l’espérance

[Un clip amusant et sympathique sur ce temps de célébration de Hannouka]

 

Le mois de décembre est rempli de célébrations autour de la lumière. Alors que les chrétiens se préparent à fêter Noël [Dieu entrant dans l’histoire comme « une petite chose », un petit bébé], Hannouka – la fête de lumières ou de la dédicace, tombe le 25 du mois hébraïque de Kislev, aux alentours du solstice d’hiver. Cette année, elle a débuté le jeudi 10 décembre au soir et durera jusqu’au vendredi 18 décembre au soir. Les Juifs allument chaque jour une bougie sur leur  » Hanoukkia » ou chandelier à 9 branches. Ils utilisent pour cela la branche centrale (appelée le Shamash c’est-à-dire le  » serviteur ») qui sert à allumer les 8 autres, soit au total 9 bougies.

Ce chandelier est généralement posé sur le rebord d’une fenêtre et, comme les lumières de l’avent, égayent l’obscurité de la saison même si leur origine diffère l’une de l’autre.

Dans un article publié sur Le Verbe.com, Sonia Sarah Lipsyc(1) nous parle de cette fête, laquelle commémore un fait historique, à l’instar de Pourim et de Pessah (= la Pâque). Ce fait historique, qui a eu lieu au 2e siècle avant l’Ère chrétienne et qui a servi de base à la décision rabbinique d’instituer la fête de Hannouka, est relaté dans les Maccabées – livres qui n’ont pas été retenus dans le canon de la Bible hébraïque (et absents de la plupart des éditions protestantes de la Bible). Sinon, cette fête est mentionnée pour la première fois dans la Bible…dans l’Evangile selon Jean, chapitre 10, verset 22, dans le Nouveau Testament !

« Cette fête célèbre à la fois la révolte victorieuse des Juifs sur la terre d’Israël contre l’emprise gréco-syrienne de la dynastie des Séleucides et le miracle d’une fiole d’huile retrouvée intacte et, selon les normes du rituel, dans l’enceinte du second Temple de Jérusalem ». Pour le peuple Juif, c’est aussi un symbole de la lumière de la création. »Que s’était-il passé à cette époque qui justifierait que les Juifs s’en souviennent et le fassent savoir au travers de leurs rites depuis des millénaires ? »

Sonia Sarah Lipsyc nous explique que les Juifs « avaient perdu leur souveraineté nationale et devaient subir, pour user d’un terme contemporain, l’impérialisme culturel et religieux d’un empire païen. Pire encore, ils étaient victimes de persécutions religieuses tant à l’encontre de leur personne que de la tradition juive monothéiste qu’ils incarnaient. On leur interdisait ainsi sous peine de mort, l’étude de la Torah, la pratique du jour consacré du shabbat, la circoncision et le respect d’autres commandements. On les obligeait aussi, sinon ils risquaient la mort, de transgresser les injonctions et l’éthique de la Torah en voulant leur faire manger publiquement, par exemple, des bêtes interdites à la consommation (porc) selon les règles exposées dans le livre du Lévitique et explicitées par la tradition orale juive. Le Temple et son sanctuaire avaient étés profanés par l’introduction d’idoles ou par d’autres humiliations.

Alors se leva un vieil homme de la tribu des Lévis, celle qui était dédiée au service du Temple, le prêtre Mathitiyaou de la famille des Hasmonéens. Il s’insurgea contre cette occupation et ce pouvoir coercitif qui menaçaient la pérennité nationale et spirituelle du peuple juif. Lui et ses fils, dont Judah Maccabée, qui prit sa succession, ont lutté alors qu’ils étaient peu nombreux. Contre toute attente, ils ont vaincu les oppresseurs. Maccabée est le sigle de leur étendard à partir des mots hébreux : « Qui est comme Toi parmi les dieux, Dieu » (Ex 15v11).

Ils ont nettoyé le Temple mais n’ont trouvé, pour allumer comme il se doit le candélabre du sanctuaire, qu’une fiole d’huile pure qui, au lieu de brûler une journée, brûla huit jours, le temps d’en produire d’autre conforme aux prescriptions bibliques.

C’est pourquoi avant d’allumer ces lumières, les Juifs rappellent dans leurs bénédictions : « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d’allumer les lumières de Hanouka (…) qui a fait des miracles pour ceux qui nous ont précédés en ces jours-là, en ce temps-ci (…) qui nous a fait vivre, exister et parvenir jusqu’à ce moment ».

 Ils rappellent également dans leurs prières au cours de cette période : « Tu as livré les puissants aux mains des faibles, les nombreux aux mains du petit nombre (…) Alors vinrent Tes ouailles (…) qui allumèrent des lumières dans les cours de Ton sanctuaire et instituèrent ces huit jours de Hanouka, pour remercier et louer Ton grand Nom ».

De là l’essentiel de cette fête pour les Juifs, laquelle célèbre « une persévérance non seulement identitaire, mais aussi dans la foi, et la capacité d’une résilience ».

Toutefois, précise Sonia Sarah Lipsyc, « si la défense de ces valeurs passe parfois par les armes, elle ne doit pas occulter la force de l’esprit. Et c’est le sens de ce passage du livre du prophète Zacharie (Za 4v6) que l’on récite durant cette fête : « Ni par la puissance, ni par la force, si ce n’est par mon esprit ».

Hanouka est l’occasion de raconter des histoires de martyrs (= témoins), comme celle de Hanna et de ses sept fils qui ont accepté d’être assassinés plutôt que de transgresser en public l’un des commandements de la Torah (2 Macc.7). Cette martyrologie illustre ce choix, dans la tradition judéo-chrétienne, de mourir pour sa foi (cad plutôt que d’abandonner sa foi), à mille lieux de celui de mourir au nom de sa foi, en assassinant d’autres personnes.

Tout ceci n’est très joyeux, me direz-vous. Au contraire, ce qui prédomine dans la célébration de Hanouka, ce sont la joie et le côté festif !

« Après l’allumage des bougies que l’on met bien en évidence pour donner de l’écho à ces miracles, on mange des mets frits, en rappel de la fiole d’huile, comme des latkes (galettes de pommes de terre) ou des soufganyot (des beignets). De l’argent ou des cadeaux sont offerts aux enfants qui jouent avec des toupies portant les initiales hébraïques de « un grand miracle s’est produit là-bas ». Là-bas, c’est ici chaque fois que l’on met un peu plus de lumière dans l’obscurité ».

Ce miracle nous rappelle un plus grand miracle encore : celui de Jésus-Christ, « Emmanuel » ou « Dieu avec nous » (Matt.1v23), qui est venu dans ce monde comme « une petite chose » aussi insignifiante que la petite fiole d’huile, et qui est entré dans le Temple en proclamant : « je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera plus dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8v12). En Lui en effet se trouve la véritable lumière.

Jésus est aussi le « Shamash », « le parfait serviteur », puisqu’il est venu, « non pour être servi mais pour servir et donner (sa) vie (une fois pour toute) en rançon pour plusieurs » (Marc 10v45, cf Jean 13 et Hébr. 9v28)

Demandons-lui d’allumer chaque jour sur le « Hanoukkia de notre cœur » une bougie supplémentaire, pour que sa lumière nous illumine davantage, et disons-lui avec foi : « Seigneur, je veux t’aimer aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain » avec le secours de ta grâce. Aide-moi, je t’en prie, à t’aimer vraiment en esprit mais aussi en vérité, en gardant et pratiquant ta Parole. Ainsi, je veux aussi aimer mon prochain « plus qu’hier et bien moins que demain », de sorte que de plus en plus de personnes que je rencontre reçoivent Ta lumière ! »

Malgré la sécularisation et le sentiment matérialiste qui prévaut aujourd’hui, et alors que les enseignes lumineuses des villes nous souhaitent « de bonnes fêtes de fin d’année », sans la mention de Noël, ayons ou gardons confiance en l’irrésistible et extraordinaire nature du message d’espérance de la naissance du Messie et Sauveur Jésus, la raison d’être de cette fête de la lumière. Aucune action qui tente de supprimer, ignorer ou étouffer l’histoire de la puissance salvatrice divine n’aboutira et ne pourra diminuer cette grande espérance en Jésus annoncée au monde. Cette espérance enracinée en Dieu « venu en chair » (Jean 1v14) est une profonde réalité qui donne aux croyants la force de résister aux attaques du doute et de surmonter le désespoir du monde, déçu par les faux messies politiques, religieux ou scientifiques.

Appuyons-nous alors sur cette espérance pour parler de la puissance qu’elle contient à ceux qui ne la connaissent pas encore, tout spécialement en ce temps inédit de célébrations. Des vies seront changées. Peut-être la vôtre, vous qui nous lisez ?

« Que le Dieu d’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi pour que vous abondiez en espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rom.15v13).

Hag Sameah Hannouka ! [Bonne fête d’Hannouka !], en attendant de se souhaiter prochainement un « Joyeux Noël » !

 

En bonus : Chaque soir de cette semaine, retrouvez Juifs pour Jésus [qui attestent que Yeshouah est le Messie attendu] sur leur chaîne youtube autour de l’allumage des bougies de Hannouka, pour découvrir les sens profonds de cette fête des lumières, porteuse d’Espérance.

 

 

Notes :

(1) Cf https://le-verbe.com/culture/hanouka-la-fete-juive-des-lumieres/

Sociologue, rédacteure en chef pour La Voix Sépharade, auteure et dramaturge, Sonia Sarah Lipsyc est également chercheuse associée à l’Institut d’études juives de l’Université Concordia.

 

Mais enfin : qui est de bonne foi ?

Qu’est-ce qui différencie la « bonne foi » de la « mauvaise » ?

Travaillé par ce sujet, mon frère et ami Pierre-Louis s’est décidé de « monter au filet » comme on dit au tennis, pour s’attaquer au thème de la « bonne foi » et de ce qu’elle signifie pour lui d’après les Ecritures. Il nous propose cette lecture, laquelle résonne assez bien avec l’actualité outre-atlantique(1). Qu’il en soit remercié !

 

Accusations de fraude, votes par-dessus bord, démentis des accusés en charge de savoir compter… Toute cette histoire…

Nous amènerait-elle à en savoir plus sur deux notions associées à la foi ?

Fait amusant : bien que liées à la foi, nous les rencontrons généralement avant de recevoir la foi de Christ. Ces notions font souvent partie de notre tronc commun d’éducation, croyants ou non, dès l’âge de raison – cet âge équivaudrait à 7 ans d’après une source proche.

Quels sont ces deux opposés et que peuvent-ils bien vouloir définir à propos de « la foi » ?

A cet égard, le droit français nous aide à les appréhender de manière simple et précise.

La bonne foi est la croyance qu’a une personne de se trouver dans une situation conforme au droit, et la conscience d’agir sans léser les droits d’autrui.

La mauvaise foi est l’attitude volontaire et déloyale avec laquelle une personne agit envers une autre, afin de surprendre sa décision.

Un point commun existe entre ces deux notions pourtant opposées.

La bonne et la mauvaise foi sont définies sur la base d’un même point référence : le droit.

En bref, ce droit est définit par un code – ex. civil, pénal, fiscal – qui définit un ensemble de règles d’après lesquelles le sujet au droit – ex. le citoyen ou l’entreprise – doit se comporter d’une manière « droite », au risque d’être trouvé en défaut vis-à-vis de ce droit, et d’être sanctionné en conséquence.

Et si nous sommes enfants de Dieu, quel devient notre droit par excellence ?

La loi du Seigneur est parfaite, restaurant la vie (Psaumes 19.7a), et à la fois déclarant quiconque trébuche sur un seul point entièrement coupable (Jacques 2.10b). Conséquence, tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu (Romains 3.23).

Bonne nouvelle pour nous tous, cette loi a été accomplie (et non abolie) par Jésus-Christ (Matthieu 5.17). Il a réalisé pour nous l’expiation des péchés sur la croix. Nous sommes sauvés par grâce au moyen de la foi (Ephésiens 2.8). Ainsi s’accomplit la promesse faite en Habakuk 2.4b : « Le juste vivra par sa foi » – en tenant ferme, d’après la version NBS.

Et sinon, qu’est-ce qui différencie réellement la « bonne foi » de la « mauvaise » ?

Le sujet se conduisant avec une bonne foi ou en bon père de famille se croit en conformité au droit et ne croit pas léser le droit d’autrui. Il ne manipule pas, ne dissimule pas son motif d’agir pour induire en erreur  et soutirer un gain inavoué/inavouable.

Celui qui recherche un tel gain est de fait contraint d’employer un tour de chapeau pour manipuler autrui. Il emprunte une posture abusive et instrumentalise ou viole la loi. Il enfreint la liberté d’autrui, pour l’induire en erreur, l’amenant à une prise de décision biaisée, en faveur de son intérêt propre.

Quel angle de vue adopter si nous avons reçu « la foi de Christ » ?

Avant de proposer une réponse à cette question, examinons-nous nous mêmes, pour savoir si nous sommes dans la foi; éprouvons-nous nous-mêmes. Ne reconnaissons-nous pas que Jésus-Christ est en nous ? (2 Corinthiens 13.5, repris au nous)

Dieu pourrait-il qualifier de fidèle ou ayant la foi un enfant qui cherche à posséder l’objet des promesses qu’il s’est faite à lui-même, ou à d’autres hommes, plutôt qu’à obtenir, par la persévérance à bien faire, l’objet des promesses parfaites de Dieu que sont l’honneur, la gloire et l’immortalité ? (Romains 2.7) Et si nous faisons de Lui nos délices, ne nous donnera-t-il pas ce que nos cœurs désirent ? (Psaumes 37.4)

En définitive, nous devrions choisir une bonne fois si nous avons de meilleurs projets pour nous-mêmes ou si nous acceptons que Dieu ait souverainement formé des projets pour nous, projets de paix et non de malheur (Jérémie 29.11).

Et en espérant que nous serons en accord sur ce dernier point, nous pouvons nous engager à tenir ferme dans Sa bonne foi. Que notre moi soit comme un honnête président sortant acceptant de lâcher prise, pour Lui laisser le contrôle à bord en toute confiance  😉.

A écouter sur la même tonalité : Michael Card, That’s What Faith Must Be.

 

 

 

Note :

(1) Quelques éléments de contexte : Le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine du 03 novembre 2020, Joe Biden, a été déclaré vainqueur samedi dernier, après avoir franchi le seuil nécessaire de 270 grands électeurs, selon les résultats partiels transmis par les médias américains. Après l’annonce vendredi 13/11, au soir, des résultats qui manquaient encore, en Caroline du Nord et en Géorgie, Joe Biden l’emporte avec 306 grands électeurs contre 232 pour Donald Trump. Ce dernier refuse toujours de reconnaître la victoire de son adversaire.

Alors que Donald Trump tourne en boucle sur les réseaux sociaux en dénonçant des tricheries et fraudes massives, plusieurs autorités électorales américaines ont indiqué jeudi 12 novembre dans un communiqué commun, plus d’une semaine après la présidentielle, n’avoir trouvé « aucune preuve » de bulletins perdus ou modifiés, ou de systèmes de vote piratés.  « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont affirmé ces autorités locales et nationales en charge de la sécurité du scrutin – l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la sécurité intérieure, ainsi que le Conseil de coordination de l’infrastructure électorale et les Comités exécutifs de coordination de l’infrastructure électorale.

« Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit », soulignent-elles dans leur communiqué.  « Bien que nous sachions que notre processus électoral fasse l’objet de nombreuses affirmations sans fondement et de campagnes de désinformation, nous pouvons vous assurer que nous avons une confiance absolue dans la sécurité et l’intégrité de nos élections », insistent-elles.

Source : https://www.la-croix.com/Monde/Presidentielle-americaine-aucune-preuve-fraude-affirme-autorites-2020-11-13-1201124395 (Voir aussi https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20201115-contestation-pour-fraude-un-grand-cabinet-d-avocats-l%C3%A2che-donald-trump ). Voir aussi https://www.20minutes.fr/monde/2927543-20201208-presidentielle-americaine-cour-supreme-coule-derniers-espoirs-donald-trump?xtor=RSS-176 et https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-elections-la-cour-supreme-aneantit-les-derniers-espoirs-de-trump

Au final, Donald Trump et ses alliés ont essuyé plus de 50 échecs devant la justice, dont deux devant la Cour suprême, pour faire invalider les résultats dans certains Etats ! Et même le leader républicain du Sénat, Mitch McConnel, a fini par reconnaître la victoire de Joe Biden, confirmée par le vote des grands électeurs, cessant de soutenir Donald Trump et ses accusations non fondées de « fraudes électorales » ! cf https://www.courrierinternational.com/article/election-presidentielle-americaine-le-puissant-senateur-mitch-mcconnell-lache-trump-son-tour

 

« Hiérarchie des luttes » ou « la question des migrants » concerne-t-elle « davantage le citoyen que le chrétien », « le magistrat plutôt que le pasteur » ?

Accueillir le réfugié, c’est « chrétien » ? (Dessin de « PrincessH », pour « La Croix », octobre 2016)

Intéressante discussion sur la page Facebook de l’excellent site réformé « Par la foi » : l’internaute Pierre-Antoine R. témoigne que, « sans être en accord ou désaccord avec le post » [sur l’école à la maison publié sur le site le 05/10], ce dernier « éveille en (lui) une autre question : quelle doit être notre hiérarchie des luttes ? Dans quoi devons-nous investir notre énergie ? (qui est humaine et limitée) Si je regarde le paysage évangélique, un certain nombre de sujets surgissent : migrants, justice sociale, racisme, avortement, GPA, théorie des genres, enseignement à la maison, politique au Moyen-Orient pour n’en citer que quelques-uns.

Par exemple, vous [l’équipe de « Par la Foi »] proposez un long article sur l’enseignement à la maison, plusieurs sur l’avortement, aucun sur les migrants. Si l’on s’en réfère aux USA, la place de l’avortement est proéminente (comparée à la France), tout comme le traitement d’Israël (idem). Pour ma part, j’eusse aimé que les chrétiens se lèvent comme un seul homme pour montrer de l’amour aux migrants. Le mariage pour tous a mobilisé, mais pas les migrants. Au final, notre témoignage en tant qu’église sera celui de ce que nous défendons ardemment (et de comment nous le défendons). Loin de moi l’idée de dire qu’il nous faut choisir des sujets consensuels à défendre, mais je reviens à ma question d’origine : parmi les nombreux sujets éthiques, politiques, sociaux, comment défendre ensemble en tant qu’église tous les sujets avec une intensité proprement calibrée ? »

Etienne, l’un des contributeurs du site, lui répond : « Je ne suis pas l’auteur de cet article, et je ne pense pas être capable de répondre d’un coup à toute la question. Mais je ferais simplement remarquer que la question de l’avortement est une attaque directe contre l’anthropologie et le système éthique chrétien. La question touche un point névralgique de l’application des doctrines évangéliques à la vie chrétienne. La question de la liberté d’éducation touche à la liberté de transmission des parents à l’enfant, évangile compris. Je ne suis donc pas choqué que ces questions-là soient massivement traitées par l’Eglise. C’est même plutôt sain. En sens inverse, les migrants concernent davantage le citoyen que le chrétien. Le magistrat plutôt que le pasteur(1). Il faut rajouter des étages de doctrine avant que ça ne devienne un sujet propre à l’Eglise. Cette distance explique probablement pourquoi les migrants ne mobilisent pas les passions chrétiennes(sic) de la même façon que l’avortement ».

Les migrants, « un sujet » qui concernerait davantage le citoyen que le chrétien, le magistrat plutôt que le pasteur ? »(1) Cela me paraît concerner autant le chrétien que le citoyen, bien au contraire, et même premièrement le chrétien, lecteur et méditant des Saintes Ecritures. Voici ma contribution à ce débat. N’ayant pas FB, j’espère qu’elle sera communiquée aux intéressés, « et premièrement » à Pierre-Antoine R. qui a lancé le sujet.

Ainsi, à mille lieux d’un système de hiérarchie des sujets, il serait bon de rappeler que l’accueil de l’étranger est une préoccupation transversale de l’Ancien Testament et que la non stigmatisation des personnes (ou des groupes de personnes) est une préoccupation permanente du Nouveau Testament (cf Luc 9v51-56, 10v25-37 ; Eph.2v11-18…..)

Cela concerne donc le chrétien et devrait être « un sujet d’église », parce que biblique. La question touche même un point névralgique de l’application des doctrines évangéliques à la vie chrétienne, pour reprendre une expression d’Etienne.

Ainsi, la Bible nous rappelle notamment que « Dieu est un refuge pour les réfugiés »(Psaume 61v3 et 143v9), qu’Il « est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point de favoritisme et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’étranger et lui donne la nourriture et des vêtements ». (Deut.10v17-18 et ss) ; et qu’Il « veut que son peuple offre refuge aux réfugiés » (Deut.24v18-20). Voir encore Ps.146v9, Lévit.25v23, Ex.22v21, Deut.27v19….
La même Bible nous rappelle que « nous serons jugés selon notre hospitalité », selon les paroles du Seigneur Jésus-Christ en Matt.25v31-46 : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car (…) j’étais étranger, et vous m’avez recueilli(…) Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites ».
De quoi nous interpeller, quand on sait que Jésus a été lui-même en position d’étranger et de (très jeune) réfugié, dans ce monde (Jean 1v10-11 et Matthieu 2v13-15)
Que se serait-il passé, lors de la fuite en Egypte, si ce pays avait « fermé ses frontières » au nom d’une certaine idéologie [qui aurait été peut-être jugée « de bon sens » et « courageuse » par certains ?] ou selon certains critères statistiques ? Le Fils de Dieu, qui a failli naître dehors, « parce qu’il n’y avait pas de place pour lui dans l’hôtellerie » (Luc 2v7), aurait-il pu être « refoulé » alors qu’il « demandait asile » ?

Et puisque l’on parle plus haut de « transmission », voici encore une autre des histoires que les générations devraient apprendre et se transmettre.

En 2100, la Terre privée d’ours polaires*
Dessin de Kal. Courrier international, 15/11/04

Et pendant qu’on y est, l’on peut ajouter à la liste des sujets l’écologie, autre thème transversal par excellence. Voir, parmi d’autres articles publiés sur ce blogue, notre recension de « La Pollution et la mort de l’homme » de Francis Schaeffer , et en image, pour comprendre qu’il n’y a pas à « hiérarchiser » les questions « d’éthique » et l’écologie. En espérant que les ours polaires du cartoon ci-contre* ne seront pas les seuls à se sentir concernés !

*(Ce que disent les ours polaires en français) L’Arctique fond à grande vitesse ! Les pôles dégoulinent ! Un désastre écologique menace !
« Les mecs… je l’sens pas. Personne ne fait attention à nous, les ours polaires !
— Non !
— Tu rigoles !
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Faut trouver quelque chose qui attire l’attention des gens…
— Quelque chose d’irrésistible ! »
Crise morale en Arctique ! Droit au mariage pour les ours polaires gay ! Un Esquimau antiavortement avalé par un épaulard gauchiste !

 

Note :

(1) Dans la discussion qui a suivi cette note de blogue, Etienne fait la distinction suivante, qu’il justifie par la volonté de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui à Dieu » : A l’Etat « la mission d’assurer la stabilité et la prospérité de la nation » ; à l’Eglise celle « de s’occuper seule des migrants ». Sauf qu’il y a là une ambiguïté dans la formulation d’une telle affirmation : en quoi la stabilité et la prospérité d’une nation seraient-elles menacées par une politique généreuse d’accueil et d’intégration ? Nous y reviendrons ultérieurement.

Voir également cet article publié sur The Conversation, analysant la contradiction suivante : « peut-on être contre l’immigration et pour l’héritage chrétienne ? »

Les Quatre Espèces: le Loulav et l’Etrog. Exprimer la joie de l’unité en Yeshouah le Messie

A Souccoth, les quatre espèces sont réunies dans un même bouquet et agitées ensemble : le signe de l’unité

[Initialement publié le 11/10/19 et mis à jour pour l’occasion]

Pendant les 7 jours de Souccot, la fête des Tabernacles ou des cabanes (excepté Shabbat), laquelle aura lieu du 02 octobre au 09 octobre, les Juifs ont coutume de prendre les Arba Minim, c’est-à-dire les « Quatre Espèces ». Que sont les Quatre Espèces ? En quoi, nous chrétiens, serions-nous concernés par ce rituel d’une « fête juive » ?

Ces « Quatre Espèces » sont décrites en Lévitique 23v40-41« Vous prendrez, le premier jour, du fruit [de beaux arbres] de l’arbre hadar (le cédratier, l’etrog), des branches de palmier (loulav), des rameaux de l’arbre avoth (le myrte), et des saules de rivière (aravot), et vous vous réjouirez, en présence de l’Éternel votre Dieu, pendant sept jours. Vous célébrerez chaque année cette fête à l’Eternel, pendant sept jours. C’est une loi perpétuelle pour vos descendants. Vous la célébrerez le septième mois. »

A Souccoth, ces quatre espèces sont réunies dans un même bouquet et agitées ensemble. Il convient de tenir le loulav dans la main droite (sauf si nous sommes gaucher), et de se tourner vers l’est en disant la bénédiction suivante :

Baroukh ata Ado-naï Elo-hénou melekh haolam achère kidéchanou bemitsvotav, vétsivanou al nétilat Loulav

Béni sois-Tu Éternel notre Dieu, Roi du monde, qui nous a sanctifié par Ses commandements et nous a commandé de prendre le Loulav.

Ensuite, l’on prend l’étrog dans la main gauche, et [Si c’est le premier jour de Souccot ou la première fois pendant Souccot que nous faisons cela], l’on dit :

Baroukh ata Ado-naï Elo-hénou melekh haolam chéhé’héyanou vékiyémanou véhiguiyanou lizmane hazéh

Béni sois-Tu Éternel notre Dieu, Roi du monde, qui nous a fait vivre, nous a fait exister et nous a fait parvenir à ce moment.

Enfin, il s’agit de rassembler le loulav et l’étrog et de les secouer dans les six directions : vers le sud, vers le nord, vers l’est, vers le haut, vers le bas et vers l’ouest. 

Comme souligné, ces quatre espèces sont réunies dans un même bouquet et agitées ensemble.

Ces quatre espèces nous enseignent l’unité en Jésus-Christ, Yeshouah le Messie.

L’unité dans la diversité des membres du peuple de Dieu : une unité qui maintient ces différences, qui vit et s’enrichit de ces différences. En effet, chacune de ces espèces symbolise une catégorie différente dans le peuple, dans son rapport à la Torah, la loi de Dieu.

L’Etrog (cédrat) possède un bon goût et une bonne odeur. Il représente le sage qui apprend et qui agit, celui que Jacques 1v22-25 appelle « le réalisateur agissant de la Parole : celui-là sera heureux dans ce qu’il réalisera ».

Le Hadas (myrte) possède une bonne odeur mais n’est pas comestible. Cela représente celui qui agit sans apprendre.

Le Loulav (branche de palmier) est comestible mais inodore. Il représente celui qui apprend sans agir.

La Aravah (feuille de saule) n’a ni goût ni odeur. Il représente celui qui ne fait ni l’un, ni l’autre.

Ceci constaté, quel intérêt aurait « le plus spirituel » des 4 à rester avec les 3 autres, marqués par divers degrés d’imperfection. Et quel intérêt d’intégrer celui qui « ne sert à personne », puisqu’il n’apprend pas et n’agit pas ?

Or, les quatre espèces sont réunies dans un même bouquet et agitées ensemble. Le bouquet n’est valable que si les quatre espèces sont présentes et réunies. De la même manière, nous devons nous voir, nous peuple de Dieu, de manière inclusive, à la manière de Rom.12v5 :  « Nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ, étant tous membres les uns des autres, chacun pour sa part ». Nous tous, enfants d’un même Père céleste, devons être solidaires et responsables les uns des autres devant le Seigneur (comme le peuple de Dieu l’a été pendant les jours de repentance de Yom Terouah à Kippour, tous reçoivent maintenant ensemble du Seigneur la joie de la fête de Soukkot).

Il n’y a donc pas de place pour l’individualisme, l’inégalité et la séparation, les distinctions entre « les experts » et « les non-initiés », « les plus spirituels » et « les moins spirituels », « ceux qui étudient et vivent les fêtes bibliques », « ceux qui étudient les fêtes mais ne les fêtent pas », « ceux qui vivent les fêtes sans les étudier » et « ceux qui ne font ni l’un, ni l’autre ». Nous ne vivons plus selon ces critères-là.

L’etrog nous enseigne comment considérer nos relations et juger ce qui est « spirituel »/ « pas spirituel », « Parfait »/ « imparfait »

L’Etrog est le fruit parfait et la plus précieuse des 4 espèces, puisque c’est la seule des quatre espèces à posséder une bonne odeur et un bon goûtL’odeur nous parle de l’extériorité et le goût de l’intériorité. Celui qui est parfait, c’est celui qui est cohérent : celui qui entend et qui met en pratique, celui qui dit et qui fait, en accord avec sa volonté et ses pensées.

Mais où trouver « l’etrog parfait » ? Qui, parmi nous, serait « le (plus que) parfait », « le plus spirituel », celui qui sait et met en pratique ? En réalité, le seul « homme-etrog » parfait est en Christ, le Messie Yeshouah !  Nous tous, nous sommes à des degrés divers d’imperfection, même si nous tendons vers la perfection mais sans y parvenir complètement. Nous sommes donc tous imparfaits.

Notre espérance : de même que lorsque nous saisissons le bouquet pour réciter la bénédiction, nous tenons l’Etrog rapproché de l’ensemble, Yeshouah est avec nous, lorsque nous sommes rassemblés. Cela nous enseigne que, comme Yeshouah le fait pour nous, le « plus spirituel » parmi nous doit se rapprocher du « moins spirituel », et non « l’éloigner de sa présence » cf Gal.6v1. Ainsi, nous tous, comme le dit l’Ecriture, « veillons les uns sur les autres pour nous inciter à mieux aimer et à agir en tout avec bonté », « encourageons-nous les uns les autres » (Hébreux 10v24-25)

En Yeshouah, toutes ces barrières/distinctions sont abattues et les relations sont désormais autres : « ce qui compte, c’est le Christ, qui est tout et en tous » (Col.3v11).

Cette perfection, nous pouvons la vivre en Yeshouah : « par une seule offrande (celle de sa vie), il a conduit à la perfection pour toujours les personnes qu’il a rétablies dans leur relation à Dieu » (Hébr.10v14).

Notre unité n’est pas à créer mais à maintenir. C’est l’unité en Yeshouah, selon Eph.4v3-6, « l’unité que donne l’Esprit par la paix qui nous lie les uns aux autres. Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même qu’il y a une seule espérance à laquelle Dieu nous a appelés. Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu, le Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous et demeure en tous ».

 Plus nous serons en Yeshouah, mieux nous serons proches les uns des autres, et mieux nous manifesterons le fruit doux et paisible qu’Il attend. Notre vie portera « la bonne odeur de Christ » et nous pourrons être « le sel de la terre », « avoir bon goût », à la gloire de Dieu.

« Reconquérir le terrain de la Sainteté » : une animation biblique pour Yom Kippour

[Initialement publié le 09/10/19 et mis à jour pour l’occasion]Annoncées il y a plusieurs semaines, les fêtes bibliques d’automne ont débuté avec Yom Terouah (le Jour des trompettes ou « la fête des trompettes »), pour se poursuivre avec le Yom Kippour (Jour d’expiation et du Grand Pardon), et se terminer avec Soukkot (Fête des tentes ou des tabernacles), qui aura lieu du 02 octobre au 09 octobre. 

Vu que Yom Kippour, « le jour le plus saint de l’année », a eu lieu lundi 28/09, voici une animation biblique possible (« testée » il y a deux ans, dans le cadre d’une soirée « entre frères »), de nature à nous faire entrer dans l’esprit de la fête, nous, « non-juifs ».

 Entrée en matière : « Cascade » (30 mn)

L’animateur annonce le thème choisi pour la cascade : « Saint ».

Il distribue papiers et stylos et demande à chacun de noter rapidement sur un papier 5 mots associés que lui suggère ce thème (des mots, pas des phrases !). Durée : 3 min.

Les participants se rassemblent ensuite par 2 et se mettent d’accord pour sélectionner 5 mots parmi les 10 dont ils disposent ensemble. Ils ne doivent ni ajouter de mots ni modifier ceux déjà notés. Durée : 5 min.

Rassembler ensuite 2 groupes de 2 personnes (groupes de 4). Ils choisissent 5 mots sur les 10 dont ils disposent, de la même manière. Durée : 5 min.

Enfin, 2 groupes de 4 personnes (groupes de 8) se rassemblent. Ils procèdent de la même façon qu’à l’étape précédente. Durée : 5 min

Sous total : 20 min. max

Pour terminer, l’animateur demande à 3 sous-groupes de dire les 5 mots qu’ils ont retenus et les note sur le paperboard. Il invite les autres sous-groupes à ajouter uniquement des mots très différents.

Si besoin, il demande aux groupes d’expliciter le sens qu’ils donnent aux mots choisis. L’animateur souligne d’une couleur les mots identiques (ou proches) et d’une autre couleur les mots qui n’apparaissent qu’une fois. C’est la fin de la cascade.

Total : 10 min.

 

Poursuivre avec « la visite guidée » du texte Lévit.16 (25-30 mn)

Intro :

Nous avons essayé de définir ensemble la sainteté ou ce qu’est un « saint ». Nous aurons rappelé que cela vient de l’hébreu « Qâdash » = « mettre à part ». Le saint est celui qui est « mis à part » par Dieu et pour Lui.

Or, la sainteté est un sujet difficile, qui ne fait pas l’objet d’un enseignement spécifique dans la Bible. Elle se découvre dans l’intimité d’une prière : Celle de Jésus qui prie pour la sainteté de ses disciples la veille de sa mort (Jean 17). La sainteté est le fruit de la prière de Jésus pour les siens, pour nous, ses disciples : « Père, sanctifie-les ».

« Soyez saints » ou « vous serez saints, car moi je suis saint ».

Il est difficile de parler de la sainteté de Dieu. Le mieux que nous puissions faire pour définir la sainteté, c’est de parler de la sainteté de l’homme, à travers celui qui est « au plus top » de la sainteté, le jour le plus saint : L’Ancien Testament nous parle du souverain sacrificateur, le seul à être appelé « le saint du Seigneur » (Ps.106v16) et censé nous donner à percevoir la sainteté de l’homme là où elle est la plus pure, la plus belle, la plus remarquable, lequel entre à la fête du Yom Kippour dans le sanctuaire (Lévitique 16), le seul jour de l’année où il peut aller « au-delà du voile », dans le lieu très saint, « le Saint des Saints », pour être face à face au Dieu « Trois fois Saint ».

Qui auriez-vous appelé à la fonction de souverain sacrificateur, « si vous étiez Dieu » ? Or, qui est le premier souverain sacrificateur ? C’est Aaron. En 1 Chron.23v13, il est rappelé qu’ « Aaron fut mis à part pour être sanctifié comme très saint, lui et ses fils à perpétuité, pour offrir les parfums devant l’Eternel, pour faire son service, et pour bénir à toujours en son nom ». Mais Aaron est l’auteur du veau d’or !

Nous vous invitons maintenant à une « visite guidée » d’un texte biblique (Lévit.16v1-34), pour nous aider à comprendre ce qu’est la sainteté et quelle est sa finalité.

Lecture à haute voix de Lévitique 16v1-34

A) Clés d’entrée dans le texte 

La première difficulté est que nous sommes chrétiens et pas juifs. Comment entrer dans cette fête et ce texte du Lévitique ? En suivant le chemin pris par l’auteur de l’épître aux Hébreux, laquelle est un commentaire de Yom Kippour.

Clé 1 : Jésus, notre « grand prêtre » (Hébr.4v14). Nous devons lire Lévit.16 en considérant que tout ce qui est dit d’Aaron concerne Jésus et le concerne de manière parfaite. Alors qu’Aaron [puis ses successeurs] doit vivre chaque année cette fête, Jésus l’a vécue une fois pour toutes par son sacrifice à la croix (9v12). Notre place est alors celle du peuple, en accomplissant tout ce qui lui est demandé et en nous mettant au bénéfice de tout ce que vit pour nous notre souverain sacrificateur.

Clé 2 : Nous sommes tous des « grands prêtres », parce que « Jésus est entré pour nous au-delà du voile comme notre précurseur » (6v20). Nous pouvons alors y entrer après lui.

Quel est le rôle d’un prêtre, dans l’AT ? Cf 1 Chron.23v13, leur service consiste en la prière/l’intercession dans le temple, à approcher le Dieu saint dans le lieu saint et « pour bénir (dire le bien de Dieu et non « mal dire ») à jamais en son nom ».  Pour cela, il faut être saint. C’est pour une vie de prière devant Dieu que les prêtres sont sanctifiés (par contraste, le rôle du diable consiste à accuser continuellement les saints). Jésus, en tant que souverain sacrificateur, prie et intercède pour nous, pour toi et ton frère. Que prie-t-il ? (« Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il fait… »)

Parmi tous les serviteurs de Dieu (rois, prêtres, prophètes…), les seuls à être mis à part sont les prêtres et les Lévites (2 chron.23v6), A noter que la Bible dit que tout le peuple est saint (Deut.14v2), « un peuple de prêtres » (Ex.19v6, 1 Pie.2v9), sanctifié par Dieu. C’est ce que les protestants appellent « le sacerdoce universel » : qui n’a rien à voir avec le pouvoir, la gouvernance de l’église (cf une démocratie), ou le privilège, mais qui signifie que tout membre du peuple de Dieu (et pas seulement « un homme de Dieu », un lieu, ou un objet) est considéré comme saint et peut s’approcher de Dieu dans la sainteté.

Clé 3 : quels sacrifices offerts ? En Hébr.9v25-26, Jésus n’a offert aucun animal sa vie entière mais il a offert sa propre vie. Et nous ? (Hébr.13v15, Rom.12v1). Le sacrifice saint et parfait a été offert une fois pour toute par Jésus seul. Nous, nous entrons en Christ, avec lui et en même temps que lui, au-delà du voile, avec nos vies offertes (« un sacrifice vivant » cf Rom.12) à Dieu.

Clé 4 : quel(s) sanctuaire(s) ? Sachant qu’il n’y a plus de temple depuis 70 ap JC, il existe un autre temple, encore plus grand et plus parfait que celui de Jérusalem, « non construit de main d’homme » (9v11), mais par Dieu lui-même(8v2) : un sanctuaire cosmique, qui englobe le ciel. Dieu n’a donc pas besoin que nous lui construisons de temple, Il en a un bien plus grand ! Un autre temple est décrit en Jer.31v31-34 (La loi de Dieu y est déposée, comme elle l’était dans l’arche) et en Jean 2v19-21, 1 Cor.3v16-17 (là où Dieu est) : il s’agit d’un sanctuaire intérieur. Notre corps est appelé par Jésus et par Paul « un temple », celui du Saint-Esprit.

Entrons maintenant dans Lévitique 16, munis de ces clés :

B) Un jour solennel, empreint de gravité 

Tout souverain sacrificateur doit connaître la liturgie détaillée dans Lévitique 16, laquelle commence par « Après la mort des deux fils d’Aaron… » (vv1-2) pour avoir offert des parfums devant Dieu.

Il s’agit d’un jour solennel, d’une grande gravité : « mourrais-je, moi aussi ? », alors que Dieu me demande d’entrer dans Sa présence pour lui présenter des parfums, doit se demander le souverain sacrificateur, qui « flippe à mort »….Mais Dieu lui enseigne un chemin.

Les vêtements (y compris les caleçons) d’Aaron (v4, 32) : ils sont saints. C’est lavé (Ex.30v18-21) et revêtu de sainteté, jusque dans la réalité la plus intime de sa chair, qu’il entre au-delà du voile. Et nous ? (Gal.3v27)

Comment vous habillez-vous, pour les jours les plus solennels de votre vie ? Et Aaron, pour le jour le plus saint ?

Aaron a deux séries de vêtements : « les vêtements en or » (Ex.28v1 et ss), pour les grandes fêtes, et les vêtements de lin pour les jours ordinaires (Lévit.6v3-5).

Or, c’est revêtu de lin, c’est à dire humblement, qu’il entre au-delà du voile, où il peut s’approcher le plus du Dieu « trois fois saint » ! Dieu invite le plus saint à s’approcher de lui revêtu d’humilité. Pourquoi ?

En Esaïe 6v2-3, les séraphins acclament l’Eternel : « Saint, saint, saint, l’Eternel » mais se voilent la face. Ils n’osent pas contempler la sainteté de Dieu. Esaïe, témoin de la scène, n’ose pas regarder non plus. Il constate d’ailleurs une chose surprenante dans cette scène : la position des séraphins et la position de Dieu ! Les séraphins se tiennent au-dessus de Dieu mais ils n’ont pas usurpé de place : c’est Dieu qui se tient au-dessous d’eux, par humilité.

Les séraphins ne disent pourtant pas « humble, humble, humble, est le Seigneur » mais « saint, saint, saint », car la sainteté de Dieu réside dans son humilité. Ce qui le rend unique et « tout autre ».

Seul un humble peut rencontrer un autre humble. Le chemin de sanctification est un chemin d’humilité.

Nous-mêmes, « baptisés en Christ, revêtus » de l’humble Christ (celui qui a lavé les pieds de ses disciples, donnant à voir ce qu’est le mini-stère), notre souverain sacrificateur, nous cheminons avec lui jusqu’au-delà du voile, à la rencontre du Dieu « trois fois saint », « parfaitement saint » et « parfaitement humble ». L’affaire, non d’un jour par an mais de tout le quotidien de la vie.

C) Le saint pécheur : Confession et prière de repentance

Le premier sacrifice offert par Aaron lors de Kippour ? Un sacrifice « d’action de grâce » ? Non. Lévit.16v3, 11 et 25 : un sacrifice pour le péché, pour lui-même, sa famille et le peuple. Il offre un taureau, un sacrifice qui ne passe pas inaperçu et qui rappelle un autre animal, le veau d’or.

Cela signifie que le plus saint du peuple…est un pécheur ! (« plus saint que moi tu meurs », je suis pécheur ! dirait Aaron)

C’est quoi être saint ? Pas d’être « sans péché », car il n’y aurait aucun saint (seul Christ est le saint sans péché), mais de prendre conscience de ses péchés et de toujours en demander pardon, humblement, sans cesse, jusqu’au bout, pour soi mais aussi pour les autres. Car tout pécheur convaincu de péché, repentant, est pardonné. La vraie repentance consiste pour nous à être brisé par la tristesse infinie d’une situation où nous nous sommes compromis. C’est parce que nous comprenons à quel point notre péché risque d’abîmer notre relation à Dieu et aux autres, que nous sommes dans une profonde conscience de notre culpabilité.

Prière : un domaine où je dois me repentir ? Où Jésus ne règne pas ?

Aaron confesse les péchés du peuple mais ne juge pas, car il sait qu’il est pécheur lui-même. Mais aussi parce que si le peuple pèche, c’est en partie à cause de lui, qui a entraîné tout le monde dans l’idolâtrie (la fête pour le veau d’or, présentée comme « une fête pour l’Eternel » !).

En Lévit.4, il est question des péchés involontaires, qui ne rendent pas les autres coupables, sauf quand il s’agit de ceux du souverain sacrificateur (Lévit.4v3). Et nous sommes tous souverains sacrificateurs ! Le plus responsable est aussi le plus coupable. Plus un homme est saint et plus la moindre de ses fautes, même involontaire, peut scandaliser/blesser les autres.

Le souverain sacrificateur est celui qui prie et intercède tout le temps. Il sait que les fautes involontaires, même cachées et inconnues des autres, polluent et troublent la prière et le discernement de celui qui doit conduire le peuple, mais aussi l’amour de celui qui doit transmettre au peuple l’amour même de Dieu. C’est pourquoi il ne doit pas cesser de se repentir.

La repentance est donc une clé de la vie chrétienne, de la sainteté.

La prière qui nous rapproche le plus de Dieu ? Le jour le plus saint de l’année, le jour où l’homme peut se rapprocher le plus de Dieu, Dieu attend de sa part une prière : une prière de repentance.

Les fautes non conscientes/collectives

Il est bon de ne pas attendre pour confesser ses fautes, une fois convaincu de péché par le Saint-Esprit. Mais que faire quand une faute reste cachée, non révélée ? Je peux avoir blessé et offensé quelqu’un sans le savoir.

Yom Kippour est le jour où le souverain sacrificateur demande à Dieu pardon pour toutes les fautes ignorées de ceux qui les ont commises mais connues de leurs victimes et de Dieu, aussi bien pour les fautes individuelles que collectives.

 La faute collective la plus grave, parce que souvent non consciente :

La mort de Christ à la croix. Qui a mesuré ce que cela a représenté pour le Père ? Jésus a prié : « Père, pardonne-leur… » (Luc 23v34)

« Tout bien portant est un pécheur qui s’ignore » ou pourquoi se culpabiliser alors que je ne me sens pas coupable ?

Nous ne faisons pas de nos fautes involontaires/non conscientes des sujets de repentance. Nous ne nous sentons pas coupables. La psychologie nous recommande de chasser tout sentiment de culpabilité. Mais en disant cela, nous pensons surtout à nous et pas à la victime de notre faute, qui, elle, souffre.

Mais l’appel à la repentance n’a rien à voir avec la culpabilisation.

Pierre, dans Actes 3v17, invite à la repentance en vue du pardon de Dieu, lorsque le peuple prend conscience de sa faute collective.

La repentance conduit au pardon et le pardon à la réconciliation, à la réparation et à la paix (non pas l’absence de ce qui dérange mais l’établissement de ce qui est bon. Et sans justice, pas de paix). Dieu pardonne le pécheur repentant et console celui qui a été blessé.

D) « Voir Dieu et mourir » : « Un feu étranger » (Lévit.10v1-2

Le début de Lévit.16v1-2 rappelle que s’approcher de Dieu dans la sainteté, c’est risqué. De quoi et pourquoi sont morts les fils aînés d’Aaron ?

La grâce faite aux deux fils aînés d’Aaron était de voir Dieu et ne pas mourir (Ex.24v9-11). « Cool », ont-ils dû se dire. Mais le risque est de « mal vivre » une telle grâce, comme les fils d’Aaron, qui se sont crus permis de prendre des initiatives et de faire ce que Dieu ne leur a pas demandé.

Se présenter devant Dieu avec « un feu(ou une passion) étranger(e) », tue et conduit à la mort. Ce feu est séducteur, autonome, subtil. Exemple : défier Dieu par orgueil ; abuser de son pouvoir pour manipuler les autres et même Dieu ; vaine gloire suite à des expériences spirituelles ; être « accro » aux expériences spirituelles au point de toujours en redemander sans jamais dire « merci »…..Il y a de nombreux chemins qui mènent à la mort.

Un seul chemin mène à la vie : Bien vivre la grâce comme Aaron, à qui Dieu promet deux fois : « Et il ne mourra pas… » 

Un chemin d’humilité et de repentance (car son péché – le veau d’or – a été grand) dans l’amour (pour Dieu et le peuple assoiffé du pardon de Dieu) et l’obéissance (aux prescriptions de Dieu pour Kippour).

Une promesse de Dieu : « J’apparaîtrai… » : Dieu invite au-delà du voile, non pas Moïse, mais Aaron, le fabriquant du veau d’or (fausse image de Dieu) et lui assure qu’Il se verra voir !

[« Tu as fait une fausse image de moi et égaré le peuple : je vais te révéler qui je suis vraiment et tu ne mourras pas de m’avoir vu »].

Le texte est très pudique à ce sujet : « j’apparaîtrai sur le propitiatoire », au-delà du voile et « dans la nuée »…une simple nuée produite par Aaron par sa cassolette à encens. Dieu choisit d’apparaître à travers l’inconsistance de la prière d’Aaron. Un rendez-vous dans le plus grand silence et dans l’intimité puisque sans témoin.

Un Dieu pressé, au point d’interrompre le sacrifice (v11-14) :

Dieu ordonne curieusement à Aaron d’interrompre le sacrifice pour offrir le parfum, avant l’aspersion du sang. Comme si Dieu était pressé d’apparaître à Aaron dans la nuée et avant que le Saint des Saints soit purifié par le sang et avant la confession des péchés.

Il veut montrer à Aaron sans délais qu’il ne mourra pas et que ses péchés sont pardonnés (cf le père dans la parabole coupant la confession du fils prodigue repentant dans Luc 15v20).

Kippour est donc une fête qui célèbre, non pas un « faire » de Dieu mais son « être » : sa bienveillance et sa miséricorde. Nous aussi, quittons « l’âge du faire »….

E) Après la vision

Aaron se rend compte qu’il est toujours vivant, par la grâce de Dieu. Il ne saute pas de joie mais poursuit la repentance, devenue plus douce et plus légère : (cf Luc 15v20-21) il peut confesser tous les péchés du peuple (v21), pour se libérer.

Pardonné, libéré, Aaron reçoit des forces nouvelles qui lui permettent de porter devant Dieu les fautes du peuple. Et pour lui dire « pardonne-nous nos offenses », délivre-nous et sois-nous favorable (= « kâphar », racine du mot « kippour ») en ce qui concerne nos fautes passées, présentes et à venir.

Deux boucs :

Dieu lui demande alors un autre sacrifice, d’expiation : celui d’un bouc, (v25), pour d’autres péchés plus profonds, cachés. (Existe-t-il un domaine de ta vie où Jésus ne règne pas ?)

Un deuxième -appelé le « bouc émissaire »- est chargé des péchés du peuple par Aaron, qui les confesse à haute voix pour que tout le monde entende. Puis le bouc était chassé et éloigné dans le désert.

Le premier bouc sacrifié représente la propitiation : la colère de Dieu s’apaise ainsi par ce sacrifice, qui annonce à l’avance celui -parfait- de Jésus. Avant la venue de Jésus, Dieu avait « patienté » vis-à-vis de la punition du péché. Par ce sacrifice de bouc, Dieu montre qu’il est juste, car le châtiment a eu lieu.

Le deuxième bouc représente l’expiation : ce n’est pas le pécheur que Dieu éloigne de lui mais le péché, qui, de la sorte, ne trouble plus notre relation avec Dieu.

Nous recevons ainsi, en vertu de ce sacrifice, la paix de Dieu et vivons la paix avec Dieu : la paix, ce n’est pas la tranquillité, l’absence de ce qui nous embête. C’est l’établissement de ce qui est bon. Nous bénéficions ainsi d’une nouvelle relation avec Dieu. Il ne nous voit plus comme des pécheurs, mais comme des fils, qu’il a adoptés pour Lui. Ex : dans la parabole, ce qui intéresse le père, c’est de retrouver son fils, « mort et revenu à la vie ».

Aux vv23-24, Aaron se lave, ôte ses vêtements de lin, revêt ses « vêtements d’or » et sort du sanctuaire. Pourquoi se laver pour sortir du lieu Très Saint vers un lieu moins saint, et pour quitter le Dieu « Trois fois saint » pour aller vers un peuple de pécheurs ?

Nous ne sommes pas faits pour vivre dans un face à face exclusif avec Dieu, à l’écart des autres. Mais pour être devant Dieu, pour mieux aller vers les autres et être avec eux.

Dehors, Aaron n’est plus seul et se retrouve avec le peuple, sur lequel il pose un nouveau regard – celui de Dieu : il n’a plus devant lui un peuple repentant, écrasé de péchés mais un peuple saint, purifié (v30), dont les péchés ont été expiés et emportés loin par le bouc émissaire. Un peuple qu’Aaron considère même comme plus saints que lui. Nous-mêmes, voyons-nous comme « une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que nous annonçons les vertus de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière », nous « qui autrefois n’étions pas un peuple, et qui maintenant sommes le peuple de Dieu, nous qui n’avions pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avons obtenu miséricorde » (1 Pie.2v9-10) ?

Aaron, après avoir vu Dieu au-delà du voile, sait que le peuple est pardonné, purifié, sanctifié par la grâce de Dieu. Il peut maintenant prononcer la bénédiction et prononcer le nom de Dieu imprononçable pour que le peuple soit encore plus sanctifié.

La bénédiction se lit en Nombres 6v22-27. C’est Dieu qui bénit. La bénédiction dit « toi », parce que chaque membre du peuple, unique devant Dieu, est béni personnellement.  Mais aussi parce que c’est le peuple qui est tutoyé collectivement, pour souligner l’unité et la communion profondes du peuple face à Dieu, qui soude cette unité.

Cette bénédiction nous donne à voir la lumière de la face de Dieu, qui se lève sur nous. Pas le visage de Dieu blessé par l’offense de la mort de Son Fils, mais la lumière de l’amour de Dieu qui te pardonne mais aussi nous pardonne collectivement. Le visage de Dieu ne s’abaisse pas vers nous mais se lève vers nous, comme s’il était à nos pieds, à genoux peut-être devant nous, comme Jésus s’est abaissé devant ses disciples pour leur laver les pieds (Jean 13v5) ; et comme Jésus s’est abaissé pour écrire par terre, avant de lever son visage pour prononcer une parole de grâce (Jean 8v8).

Aaron, en tant que souverain sacrificateur, a vécu ce jour dans le silence, l’obéissance et la prière de repentance. Lorsqu’il a pris la parole devant tout le peuple, c’est, non pour le maudire mais pour le bénir, de la bénédiction de Dieu. La bénédiction n’est pas la prière ; elle n’est pas tournée vers Dieu ou vers soi, mais vers les autres. Elle donne ce qu’elle a reçu de Dieu dans la prière. Elle donne à voir la lumière du Dieu Trois fois saint, qui manifeste une sainte humilité.

 

Conclusion : Comparer les résultats de la visite guidée avec les 5 mots retenus. Demander aux participants si, suite à l’exploration du texte biblique, ils aimeraient changer les 5 mots retenus par leur groupe lors de la cascade et pourquoi.

 Prière 

 

 

Source/inspiration : Bourguet, Daniel. Père, sanctifie-les ! Edition Olivétan, 2008 (collection veillez et priez)