L’antidote au discours paranoïaque anti-église ou comment gérer les prédicateurs qui disent de se méfier de tous les autres… qu’eux

Dans le choix d’une église, il est important de se souvenir qu’il n’y a pas d’Eglise parfaite. Or si vous avez visité de nombreuses Eglises sans trouver une qui soit à peu près bien pour vous, rappelez vous que l’ensemble des Eglises à qui écrivait Paul avaient des problèmes. Source : Pixabay

Voici un pertinent et percutant article du Pasteur Gilles Boucomont, intitulé « Quand la paranoïa se mort la queue », et publié le 13 mai (2018) sur son blogue « Au Nom de Jésus » : 

L’expérience de Christ est celle du serviteur souffrant et d’un ressuscité puissant. Bien que sans faute qu’on puisse lui imputer, il a été condamné. Et à sa suite, il nous avertit à de nombreuses reprises : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : ‘Le serviteur n’est pas plus grand que son maître.’ S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » (Jean 15v20). Nous savons donc que nous serons persécutés, mais pire encore, Jésus nous avertit que la persécution la pire viendra de l’intérieur, de la synagogue, de l’Eglise (comme expliqué en Luc 12v11).

Nous sommes avertis.

Il est donc légitime d’enseigner les chrétiens sur la difficulté qu’on peut rencontrer dans certaines Eglises. Sur le fait que dans certaines d’entre elles on y persécute vraiment ceux qui essayent de croire en vérité et de s’impliquer dans une théologie du Royaume. Et j’en sais quelque chose pour l’avoir moi-même expérimenté. Cela peut être le cas parce que ce sont de fausses Eglises dont Christ n’est pas le centre, empreintes d’un faux amour. Ou parce que ce sont des Eglises autoritaires, où Dieu n’est pas le Père mais que quelqu’un s’est mis à la place du Père. Soit parce que ce sont des Eglises légalistes où l’Esprit ne peut pas souffler. Nous devons enseigner les chrétiens à discerner comment une assemblée peut être un lieu de vie ou un lieu de mort.

Mais la difficulté, c’est qu’il n’y a pas d’Eglise parfaite. Or si vous avez visité de nombreuses Eglises sans trouver une qui soit à peu près bien pour vous, rappelez vous que l’ensemble des Eglises à qui écrivait Paul avaient des problèmes, et que donc, c’est peut-être qu’il y a un problème… en vous.
Comme il n’y a pas d’Eglise parfaite, les gens vont toujours trouver des choses qui ne vont pas ; et ils ont raison. Et c’est là où s’engouffrent quelques prédicateurs qui produisent un discours anti-Eglises, et anti-pasteurs, avec une radicalité qui est souvent née d’un zèle très beau et pur au premier regard, mais qui devient à force un discours paranoïaque : « Aucune Eglise ne peut apporter quelque chose de bon ; aucun pasteur ne peut être de bon conseil. » C’est là que le bât blesse. Car ces prédicateurs n’appliquent pas cette règle à eux-mêmes. Ils se marketisent sur les réseaux sociaux, ils créent des adeptes, visent des publics influençables, et posent une emprise sur eux. Désormais il faut se méfier de tout le monde. Sauf d’eux(1). Et si par malheur, en tant que pasteur, vous voulez alerter un frère ou une soeur en train de se mettre sous emprise, vous prouvez par là même que vous êtres un pasteur terrible rempli d’un esprit de contrôle, et que donc… il faut faire attention à vous. La boucle paranoïaque est bouclée. Le poisson est harponné.

Alors qu’il y aurait de bonnes raisons d’être prudents car Jésus n’a pas voulu que nous entrions dans le discours paranoïaque.

La suite à découvrir sur le blogue « Au Nom de Jésus ».

 

 

Note : 

(1) Voir aussi la proposition de réponse à la question « J’ai entendu dire qu’un pasteur était un gourou. Qu’est-ce qu’un gourou ? Comment vérifier que notre pasteur ne l’est pas ? »

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Comment savoir si je suis vraiment chrétien : une question fondamentale

Le chrétien affirme que c’est Jésus le Seigneur qui a désormais autorité dans sa vie.
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Une question fondamentale, soulevée par un article publié sur La Rebellution, un très bon blogue jeunesse que je recommande, est de « savoir si je suis vraiment chrétien », et comment peut-on le savoir.  Ce qui suit est une synthèse de ma contribution à la discussion suscitée par ledit article.

La question est effectivement importante, car, « comme l’a écrit J. C. Ryle », cité dans l’article de La Rebellution, « une des plus grandes erreurs de l’Église c’est de ne jamais avoir assez rassuré les chrétiens de leur salut (et du fait qu’ils ne le perdront jamais) et en même temps de ne pas avoir dit assez honnêtement aux non-chrétiens qu’ils allaient en enfer (même s’ils croient le contraire) ». L’article donne la définition « d’un chrétien selon la Bible », mais présente comme « une erreur répandue » de croire « que pour que quelqu’un soit chrétien, il faut forcément qu’il y ait un « avant » et un « après » conversion, qu’il passe par un changement radical (jamais mentionné dans la Bible). C’est bien sûr le cas de ceux qui viennent d’une famille non-chrétienne. Mais certains, par la grâce de Dieu, ont grandi dans une famille chrétienne, ont toujours sincèrement cru en Christ et portent des bons fruits (….) ». Si quelqu’un était dans ce dernier cas, il ne devrait pas attendre « le changement incroyable qui n’arrivera jamais » et ne plus douter.

Même si on peut lire de bonnes choses dans cet article, j’avoue que l’affirmation suivante me gêne un peu : « Une erreur répandue est de croire que pour que quelqu’un soit chrétien, il faut forcément qu’il y ait un « avant » et un « après » conversion, qu’il passe par un changement radical (jamais mentionné dans la Bible)…»

Effectivement, chaque vie est différente et il ne convient pas de se comparer avec d’autres qui ont pu avoir une vie plus bouleversée que d’autres avant leur conversion. Il importe donc de ne pas stéréotyper la façon dont devrait se réaliser/manifester la conversion en Jésus-Christ, qu’il s’agisse d’un enfant de chrétien ou d’une personne qui n’a eu aucun arrière-plan chrétien ou religieux, sur la base de notre vécu et de notre propre référentiel. Alors, oui, les expériences de conversions sont différentes. Elles peuvent être spectaculaires (pour un enfant de chrétien ou non) comme elles peuvent être peu visible (idem). Elles peuvent se produire à un instant précis ou être le résultat d’un parcours plus long, quelle que soit la personne, sa situation, son arrière-plan ou l’étape de sa vie.

Néanmoins, il y a forcément, pour chacun, quel que soit notre arrière-plan, « un avant » et « un après » : le Seigneur Jésus déclare d’ailleurs à un homme de très bonne réputation, sans doute déjà âgé (Nicodème), qu’il lui faut (je souligne) « naître de nouveau » (cf Jean 3v3, 5). Cet exemple édifiant nous révèle que notre vie peut basculer et changer à tout moment, et qu’à tout moment, nous pouvons être rejoint, trouvé et transformé par Jésus-Christ. Cette « nouvelle naissance » est un….changement radical, lequel engage toute notre personne dans ce processus de transformation.

C’est donc bien biblique : faire une rencontre personnelle avec Jésus-Christ, mourir avec Christ et ressusciter avec lui pour une vie nouvelle, être marqué par l’Esprit de Dieu qui fait de nous des enfants du Père céleste, devenir « une nouvelle création » en Christ…C’est « radical », comme changement, non ?

Ceci dit sans jugement (c’est un constat), le drame de certains jeunes, nés dans une famille chrétienne, est d’estimer qu’ils n’ont pas besoin de passer cette étape, confondant sans doute le fait d’avoir été élevé dans la foi avec leur responsabilité personnelle de prendre position pour Christ. Je ne sais pas s’il est juste de dire que des enfants de chrétiens auraient « toujours cru en Christ et vécu selon sa loi », mais ce qui me paraît fondamental est, qu’à un moment de notre vie, nous ayons confessé clairement que « Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu, le Père » (cf Philippiens 2v11). Pour ma part, bien que né dans une famille chrétienne, Jésus m’a trouvé lorsque j’avais 16 ans. Je lui appartiens aujourd’hui.

Dit autrement, au-delà des étapes/parcours de conversions différentes, nous savons que nous sommes chrétiens, quand nous témoignons, affirmons (par notre vie) et confessons (avec des mots) clairement qu’il y a eu et qu’il y a désormais un changement radical dans ce qui fait autorité dans notre vie. Et le chrétien affirme que c’est Jésus le Seigneur qui a cette autorité dans sa vie. C’est pourquoi l’on peut dire qu’il y a bien « un avant (Jésus Seigneur) et un après (Jésus Seigneur) ». A noter que prier à haute voix nous permet de manifester ouvertement notre confiance en la puissance de Dieu, qui seul nous sauve et nous transforme, plutôt que dans les hommes et/ou une forme de rituel « magique ».

L’enjeu de toute notre vie chrétienne est de vivre ensuite au quotidien cette Seigneurie de Jésus, en veillant à ce qu’il n’y ait plus de « zones réservées/privées », c’est-à-dire des domaines de vie qui ne concerneraient pas Jésus. Tout dans notre vie le concerne. Un témoignage de ce changement radical, après avoir rencontré Jésus, est la démarche logique dès que l’on a fait le pas de la foi : c’est le sens du baptême, qui permet à l’adulte qui se fait baptiser de marquer ce changement, comme sa volonté d’affirmer sa foi.

L’autre enjeu spirituel est de vivre, non plus en « bébé » ou en « enfant », mais en « chrétien adulte », manifestant un christianisme non « identitaire » mais « d’adhésion », affranchi de la foi/désirs de ses parents dans la chair/spirituels.

Concernant notre certitude d’être sauvé, Ephésiens 2v8 souligne que « c’est par la grâce que nous sommes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de nous, c’est le don de Dieu ». Le salut est donc l’œuvre de Dieu seul. Si donc c’est Dieu qui nous sauve, qui pourrait renverser ou détruire ce que Dieu fait ? Qui est plus puissant que Dieu pour détruire Son œuvre ?
En fin de compte, on ne peut pas « perdre son salut », sinon en choisissant de le refuser et de le renier.

Notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ a dit : « J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Ecriture soit accomplie. » (Jean 17v12).

Toi, lecteur, qui es-tu ? A qui appartiens-tu ?

Qu’est-ce que nous croyons concernant l’église locale ?

Vivons-nous aujourd’hui l’église locale, comme les gens vivent en ville : en parfaits étrangers ? Source : Pixabay

Qu’est-ce que nous croyons concernant l’église locale ? Et même de l’Eglise tout court, dirai-je ? Quel est notre point de repère ?

La petite communauté paroissiale où tout le monde se connaît ? Ou bien, la réalité à laquelle nous nous confrontons aujourd’hui : une église locale pas vraiment locale, dont les membres viennent des quatre coins de la région, et qui considèrent le culte comme un « loisir » et non comme un élément fondamental pour vivre la foi, à défaut d’une obligation hebdomadaire ?

Cette question soulève un défi : comment en effet atteindre l’ambition de vivre en vérité et sans hypocrisie le fait d’être l’Eglise, le corps de Christ, et par là même d’être une communauté et une famille, tant que subsistera un esprit individualiste et consommateur particulièrement marqué (ou tant que l’individu restera la mesure de toute chose) ?

En clair, la réalité qui nous saute aux yeux aujourd’hui est cette façon de vivre l’Eglise comme les gens habitent en ville : ils fréquentent des lieux publics, prennent des transports publics ou participent à des activités publiques, mais vivent « en étrangers », isolés les uns des autres, sans sentiment d’appartenance, tout lien social coupé.

Nous pouvons constater…le constat d’une réalité sociologique mais sommes-nous condamnés à nous contenter de le déplorer de manière résignée, parce que ce serait cela, la modernité ?

Personnellement, je ne le pense pas. Et je ne le souhaite pas.

Quel sera alors notre point de repère ? Quel sera notre Projet de vie d’Eglise ?

Les Ecritures nous appellent à autre chose et nous rappellent ce que nous sommes ensemble cf 1 Cor.12-14 et Rom.12v5 : venus d’horizons différents, nous formons une grande famille, composée d’hommes et de femmes, d’adolescents et d’enfants de toutes classes sociales et de toutes origines, qui se (re)connaissent comme frères et sœurs en Jésus-Christ, enfants d’un même Père, animés d’un même souffle par l’Esprit Saint.

Ensemble nous sommes appelés, non « à aller à l’église » mais à « être l’Église », corps vivant et agissant au cœur de ce monde, non pas pour nous-mêmes mais pour les autres, afin de manifester à tous l’amour de Dieu. « L’église » avec « un petit e », expression locale de l’Eglise avec « un grand E », est composée d’hommes et de femmes qui se retrouvent ensemble pour partager des choses ensemble : ils vivent des choses ensemble, mangent ensemble, prient ensemble, pleurent et se réjouissent ensemble.

Nous ne sommes donc pas une somme d’individus vivant en étrangers mais un corps, celui de Christ, dont les membres sont interdépendants les uns les autres. Éphésiens 4v3 nous invite aussi à « conserver » (et non pas créer) l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ».

En clair, croyons-nous que l’Eglise fait partie de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ? La solitude est une des formes de précarité les plus violentes de notre société. Or, l’Eglise est le moyen privilégié par lequel Dieu répond à cette aliénation, en donnant le sentiment d’appartenance : c’est le lieu où nous pouvons êtres sauvés socialement, redressés, réintégrés dans un tissu relationnel vital et retrouver notre dignité dans le regard d’un autre. Dieu nous sauve en nous réconciliant les uns aux autres, en nous unissant par des liens plus solides que ceux de la famille biologique(1).

Cela peut paraître « utopique », « impossible à réaliser aujourd’hui », mais c’est pourtant ce que nous sommes en Jésus et Jésus nous appelle à manifester encore aujourd’hui la même réalité dans le même esprit.

Cela mérite réflexion, notamment pour découvrir des façons « anciennes » et « nouvelles » de le manifester concrètement ensemble, de manière diverse et de façon à refléter les « grâces multicolores de Dieu ».

Quel sera alors notre point de repère ? Quel sera notre Projet de vie d’Eglise ?

 

Note :

(1) Ce paragraphe sur l’Eglise, « cette bonne nouvelle », vient de cet article d’Olivier Keshvajee, le « théologeek ».

Bonus pour Pessah : « Dayenu, Coming Home » – The Fountainheads Passover Song

« Dayènu » – « ça nous suffit », est un poème lyrique – certainement chanté par Jésus avec ses disciples, le dernier soir de sa mort – qui apparaît en première partie du seder juif et par lequel l’on remercie Dieu pour toutes ses œuvres de libération en Egypte. A chaque rappel de ces interventions divines, le choeur répond : « dayènu », « ça nous suffit ».

Voici, via ce clip vidéo, une version moderne, « décoiffante » et pleine d’humour, interprétée en 2011 par « The Fountainheads », un groupe composé de jeunes danseurs, de chanteurs et d’acteurs israéliens, tous diplômés ou étudiants de la « Ein Prat Academy », l’académie israélienne du leadership.

Le croyant en Christ, quant à lui, peut aussi dire « ça me suffit », puisqu’il n’est pas un « tonneau sans fond » réclamant toujours « plus, plus », à l’instar du consommateur rendu perpétuellement insatisfait par la publicité. Il est censé vivre par l’Esprit (Gal.5v25 Rom.8v914)et connaître ainsi perpétuellement la plénitude, au point de déborder positivement sur les autres (cf Eph.5v18 et ss). Celui qui est en Jésus, et le connaît comme Son Sauveur et Seigneur, n’a plus besoin de questionner. Il ne connaît pas « plus », mais mieux.

« Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom » : Focus sur une mauvaise interprétation d’un texte que l’on croit bien mal interprété…

Gaston Lagaffe par Franquin : « le gag » des « crêpes foireuses » !

L’article qui suit commence pourtant bien. Mais la suite prend des allures de gag.

Michael Patton, dans cet article publié sur son blog, Credo House, le 8 octobre 2012. et traduit en français par Elodie Meribault pour Le Bon Combat, estime que le fameux verset “Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.”
(Matthieu 18.20) est généralement mal interprété. De quoi le rendre « hara » ! (de l’hébreu «courroucé», «furieux»)

Nous invitant à regarder « ce verset de plus près », l’auteur nous fait la démonstration suivante :

« Mais quelle est la signification de ce verset ? Cela veut-t-il dire que Christ est davantage enclin à répondre à nos prières si nous prions en commun ? Cela signifie-t-il que Christ est physiquement présent au milieu de notre réunion de prière, comme… un fantôme, une entité flottante ? Après tout, peut-être est-il est là, et il nous tient la main. Et puis, qu’est-ce que cela veut dire, de toute façon ? Comment cela, deux ou trois ? L’idée véhiculée est la suivante : il faut nécessairement plus d’une seule personne pour invoquer cette présence à la fois réelle et mystique de Christ. De cette idée, certains en ont même fait un sacrement. Et pourtant, ce n’est pas ce que signifie ce verset. Et, dans un certain sens, cela m’irrite un peu, car cela peut nous induire en erreur sur la puissance de Dieu et sur notre vie de prière.

Matthieu 18:20, comme chaque passage des Écritures, s’inscrit dans un contexte. Et lorsque nous analysons ce contexte, nous découvrons que la péricope (la plus petite unité de pensée) dans laquelle s’inscrit ce verset commence au verset 15 : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t‘écoute, tu as gagné ton frère » (Matthieu 18:15).

« Au final », conclue-t-il, « ce passage fait tout simplement référence à la discipline d’Église et la validation d’un processus par Christ. Il n’a donc rien à voir avec une présence mystique de Christ au moment d’une réunion de prière (…). Cette prière mal interprétée pourrait bien ressembler à une formule d’incantation dénuée de tout pouvoir, à une manœuvre manipulatrice d’un système polythéiste qui dépend en permanence de la présence physique de ses dieux pour que les bénédictions arrivent. Nous ne sommes pas limités par ces choses. Notre Dieu est tellement plus grand. Alors réfléchissons à deux fois avant de prier de la sorte ».

Une fois n’est pas coutume, les commentaires qui ont suivi cette analyse sont bien plus intéressants que l’analyse elle-même.

Car, comme le relèvent finement les internautes, l’exposé a beau paraître magistral, il présente l’écueil majeur suivant : « Prétendre regarder le verset de près et ne pas même citer celui qui précède ! » C’est là se planter… magistralement ! Car lequel verset dit justement : « Je vous dis encore que, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux »(v19).

Et l’un des internautes de souligner que « l’enfant le moins déluré voit immédiatement que la discipline de l’Église est ici un sujet complètement étranger à la pensée que Jésus veut communiquer à ses disciples. L’auteur, qui ne manque de nous informer de sa grande familiarité avec le mot hébreu hara, le complète malheureusement pour lui par le japonais kiri, sur le plan intellectuel ».

Un message de vérité pour Laodicée, une église (auto)suffisante mais « imbuvable »

« Imbuvables », ces Laodicéens ! Comme leur eau…

« A l’ange de l’Eglise qui est à Laodicée, écris : Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et véritable, le Principe de la création de Dieu : Je sais tes œuvres : tu n’es ni froid ni bouillant. Que n’es-tu froid ou bouillant ! Mais parce que tu es tiède, et non froid ou bouillant, je vais te vomir de ma bouche.

Parce que tu dis : je suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien, et que tu ne sais pas que tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille d’acheter chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir, et des vêtements blancs pour te couvrir et que ne paraisse pas la honte de ta nudité, et un collyre pour oindre tes yeux et recouvrer la vue.
Moi, tous ceux que j’aime, je les reprends et les corrige. Sois donc fervent et repens-toi !
Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi.
Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi aussi j’ai remporté la victoire et suis allé siéger avec mon Père sur son trône.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises ». (Apoc.3v14-22)

« Je sais qui je suis », chantons-nous parfois, sans doute reconnaissants de notre identité en Christ.

« Je suis qui je suis », dit Don Quichotte, « le chevalier à la triste figure », dans le roman espagnol éponyme du XVIIe siècle. « Je sais qui je suis, et sais que je peux être non seulement que j’ai dits, mais aussi tous les douze pairs de France et tous les neuf preux de la Renommée (1) : car mes hauts faits et gestes surpasseront ceux qu’ils ont jamais faits tous ensemble et un chacun d’eux à part soi ! »(2). Mais ce monomaniaque opiniâtre, victime d’une imagination déréglée, ne veut d’autre code, pour déchiffrer le monde, que celui qu’il a trouvé dans ses romans de chevalerie dont il fait sa nourriture quotidienne.

Identité en Christ ou en crise ?

Nous pouvons avoir une certaine opinion de nous-mêmes, mais l’important est davantage le point de vue de Jésus (celui dont nous portons le Nom) sur nous-mêmes et notre état spirituel.

Ainsi, les dernières paroles de Jésus-Christ à son Église, représentée par 7 églises locales d’Asie mineure au Ier siècle, dans cette section de l’Apocalypse de Jean appelée « lettres aux anges des 7 églises » (Apoc.1v9-3v22), sont particulièrement édifiantes à cet égard. Rappelons que l' »Eglise » (du grec ‘‘ekklesia » : “hors de” et “appelé”) désigne, non pas un bâtiment, mais plutôt ceux qui sont appelés par Jésus-Christ pour être assemblés en Son Nom.

L’une de ces 7 églises nous intéresse particulièrement aujourd’hui : il s’agit de celle de Laodicée. Et ce qui nous intéresse aussi est la manière dont Jésus-Christ se présente à cette église, pour lui délivrer son message personnel.

Laodicée est une église. Une église qui s’estime auto-suffisante, n’ayant besoin de personne : « je suis riche, je me suis enrichi [j’ai fait de bonnes affaires], je n’ai besoin de rien », affirme-t-elle en effet en Apoc.3v17. Riche et opulente, elle revendique sa réussite et ses capacités à surmonter seule ses plus grandes difficultés ou « challenges », dirions-nous aujourd’hui.

Effectivement, comme nous l’apprennent les commentaires et les notes de nos Bibles d’étude, Laodicée, située à l’époque au sud de la Turquie, près de la mer, est une ville nouvelle, qui ne manque pas d’atouts et de ressources, lesquels sont considérables(3). Laodicée, l’église qui s’associe à la réussite de la ville, se croit donc auto-suffisante alors qu’elle n’est en réalité que « suffisante » (orgueilleuse), suffisance masquant avec peine son véritable état spirituel démasqué par Jésus.

Le Seigneur Jésus-Christ ressuscité et glorifié lui transmet un message de vérité sur la réalité de son état spirituel : « tiède » (même pas « froid » ou « bouillant »), « à vomir », et Lui-même, Jésus-Christ, à la porte !

Il se présente à elle comme « l’Amen, le témoin fidèle et véritable et le commencement de la création de Dieu ». Pourquoi ? Il s’agit de titres se référant à l’Eternel (YHWH) dans l’Ancien Testament, et autant de rappels à retourner aux fondamentaux.

Jésus est « l’Amen » : C’est une allusion à un titre de l’Eternel (YHWH) qui se trouve dans Esaïe 65v16, le Dieu d’Amen [vérité] », dont la parole est certaine. Le terme « Amen » met généralement en évidence la fidélité ou la fiabilité. Parce que les chrétiens de Laodicée, éloignés de la source de la vérité, ont besoin d’ouvrir les yeux sur leurs illusions et d’être ramenés à Celui qui est « la vérité ».

Il est “le témoin fidèle et véritable”, jusqu’à la mort de la croix, de ce qu’Il a personnellement vu/entendu/connu, garant d’un message de vérité à une époque où l’on se plait aux illusions et aux mensonges. Et ce, pour rappeler que le centre du témoignage n’est pas nous-mêmes, nos réussites, nos compétences, nos atouts, mais Jésus Lui-même, « le Dieu véritable ».

Il est enfin « le commencement de la création de Dieu » (cf Gen. 1v1 et Jean 1v1-3), c’est-à-dire le principe, la source, l’origine de la création de Dieu. Jésus est « le commencement », « le premier né de toute la création cf Colossiens 1v15, c’est-à-dire Celui qui est au-dessus de toute la création et a toute autorité sur elle, Celui qui occupe une place prééminente et qui, seul, reçoit toute la gloire et toute l’adoration. Un rappel important surtout quand Laodicée pense s’auto-édifier, en recherchant la gloire et les louanges pour elle seule (pour sa position, sa renommée et ses innombrables richesses matérielles et intellectuelles), sans l’aide de Jésus, lequel reste à la porte ! (cf aussi Jer.9v22-23 : « que le fort ne se vante pas de sa force ! Que le riche ne se vante pas de sa richesse ! Si quelqu’un veut se vanter, qu’il se vante de ceci : d’être assez malin pour me connaître, moi le Seigneur… »)

Jésus reproche à l’église de Laodicée de n’être « ni froid ni bouillant ». Certains commentateurs y voient une allusion à la qualité des eaux de Laodicée et de ses deux voisines, Hiérapolis et Colosses, par ailleurs révélatrices des témoignages/ministères de ces églises : ainsi, si Laodicée avait été « bouillante », comme les eaux de Hiérapolis, elle aurait pu soigner au Nom de Jésus. Si elle avait été « froide », comme les eaux de Colosses, son autre voisine, son témoignage serait « pur » et « potable », « source de vie ». Mais les eaux de Laodicée sont tièdes et nauséeuses.

Les chrétiens de Laodicée sont donc comparés à l’eau de leur ville : « tièdes », « imbuvables », « à gerber », que le Seigneur Jésus lui-même « vomit de sa bouche » (3v16), et donc « impropres » pour le témoignage et le ministère (le salut n’est pas ici remis en question).

Ce constat, ces reproches et ce verdict implacable (rien à sauver ?) nous paraissent choquants, d’autant plus que Christ s’adresse à une église. Mais tout ce que dit Jésus à son sujet est vrai. Toutefois, Jésus n’abandonne pas Laodicée à son triste sort. Ses propos sans concessions ont pour but de la réveiller et de la ramener « dans le monde réel » : « En fait », lui dit Jésus, « tu ne sais pas combien tu es malheureux et misérable ! Tu es pauvre, nu et aveugle » (v17).  C’est pourquoi Il lui recommande « d’acheter chez lui ». « D’acheter », certes « sans argent, ni or » (Es.55v1, 1 Pie.1v18-19), mais « d’acheter » quand même, parce que la grâce a un coût : pour Jésus, qui s’est donné lui-même pour nous à la croix et pour nous, parce que la grâce exige d’abord notre repentance, puis le renoncement à nos illusions et à nos prétentions à la toute-puissance ; et enfin notre obéissance.

« Acheter » quoi ? Paradoxalement pour cette église, « de l’or purifié au feu [une foi éprouvée, séparée de l’idolâtrie, du compromis cf 1 Pie.1v7], pour devenir réellement riche », « des vêtements blancs pour s’en couvrir et n’avoir plus la honte de paraître nu, d’acheter de lui des vêtements blancs”[symboles de pardon et de pureté], afin “que la honte de sa nudité [Dans l’AT, un signe de défaite, de jugement et de pauvreté] ne paraisse pas, ainsi qu’un remède pour soigner ses yeux et lui rendre la vue » (v18), afin d’acquérir un discernement spirituel sur sa propre situation et comprendre « ce qui est bon, agréable et parfait » selon Dieu (Rom.12v2)

Non seulement Jésus « ne la laisse pas tomber », mais mieux encore Il la « reprend », dans le sens de l’exposer pour la guérir et la corriger, et Il « châtie tous ceux qu’il aime » (v19). C’est une bonne nouvelle, car être châtié par Dieu le Père est un signe que nous sommes bien ses enfants et que nous faisons bien partie de sa famille (cf Héb.12v6).

Ensuite, Jésus lui recommande d’avoir « du zèle », après être revenu aux racines du problème et au fondement de sa vraie richesse. Etre « zélé » est le propre du disciple de Jésus-Christ, qui est aussi, à l’image de son Seigneur, un témoin aimant, véritable et fidèle, passionné (= « souffrant » pour la cause de Christ cf 2 Tim.1v8, 2v3, Hébr.12v2-3), ardent, « bouillant » pour Lui.

L’on pourrait alors craindre l’extrémisme du zélé. Mais le zèle sera bien orienté sur le bon objet si ce zèle s’exerce dans l’amour et la compassion, le respect de l’autre, la recherche de la paix, de la justice, et du pardon. Être zélé pour Dieu que l’on aime est un style de vie, qui se traduit par l’amour et le service du prochain/des frères.

 Jésus invite Laodicée à la repentance, une constance tout au long de ces sept lettres aux églises d’Asie mineure. La repentance est la clé de la vie chrétienne et aussi un style de vie sain. Car être continuellement dans une attitude de repentance nous fait changer de point de vue et de direction de sorte que nous serons alignés sur Christ pour marcher avec Lui et à sa suite.

La repentance n’est donc ni seulement une action initiale, ni exclusivement pour les non-chrétiens. Elle est le signe que nous sommes bien « réveillés », « ranimés » (passés de la mort à la vie) et en bonne santé spirituelle.

Une chose importante dont Laodicée doit certainement se repentir est de s’être cru « riche » et « auto-suffisante », alors que Celui qui devrait être son tout, son fondement, reste à la porte ! Et personne, dans cette église, ne semble s’en être rendu compte !

Jésus déclare en effet « se tenir (et continuer à se tenir) à la porte », continuant de « frapper » (v20). Certes, l’église de Laodicée n’a reçu aucun éloge, contrairement aux autres, mais elle reçoit une invitation chaleureuse de la part de Christ. Cette invitation, actuelle, n’est pas une invitation à devenir Chrétien, contrairement à ce que l’on pense souvent, puisqu’elle est adressée aux membres de l’église, de sorte qu’ils reviennent à la communion vitale avec Christ.

Une promesse certaine y est associée à la condition suivante, que « si quelqu’un entend sa voix et ouvre la porte », c’est-à-dire s’il se repent, s’ouvre à la présence et à la seigneurie de Christ dans sa vie. Jésus frappe encore aujourd’hui et il attend notre réponse pour vivre une relation placée sous les signes de l’alliance, de l’amour et de la communion.

Jésus promet alors d’entrer chez celui qui lui ouvrira et ils souperont ensemble.

Il le fera « asseoir avec lui sur son trône » (v21), dans un esprit de communion et d’inclusion, « comme lui a vaincu et s’est assis avec son Père sur son trône ».

« Si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui ; si nous le renions, il nous reniera aussi ; Si nous sommes infidèles, il demeure fidèle ; il ne peut se renier lui-même ». (2 Tim.2v1-14)

 

Notes : 

(1) « Les Neuf de la Renommée » (los Nueve de la Fama) sont trois Hébreux (Josué, David et Judas Macchabee) ; trois gentils (Hector, Alexandre et César) ; et trois chrétiens (Artus, Charlemagne et Godefroy de Bouillon).

(2) Miguel de Cervantès. L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche I. Gallimard, 2004, Folio classique, p97

(3) Construite en 250 avant J.C, elle porte le nom de l’épouse de son fondateur, le roi séleucide Antiochos II, qui est un mot composé de deux mots grecs « laos » ( « peuple ») et « diké », (qui signifie à la fois le droit, la justice ou la vengeance). C’est l’une des trois villes situées dans la vallée du Fleuve Lycos (les autres villes étaient Colosse et Hiérapolis, dans lesquelles avaient été également fondé des églises). Sa position est privilégiée,  sur un site naturellement protégé et une route commerciale majeure reliant l’est et l’ouest. Sa région fertile est particulièrement adaptée à un élevage de moutons noirs, célèbre dans le monde entier. Il en résulte une production massive d’un tissu noir appelé “Trimeta.” Elle est aussi célèbre pour son centre médical ophtalmologique et son fameux collyre est exporté dans tout l’empire romain. Elle est enfin connue comme un grand centre bancaire. Ses ressources lui permettent même de reconstruire la ville, détruite par un terrible tremblement de terre en l’an 60 après J.C, sans l’aide du gouvernement romain.

Sources :  « Nouveau dictionnaire biblique Emmaüs », édition 1992 (Article « Laodicée) ; notes de la Bible d’étude « Semeur » 2000 ; commentaire de l’Apocalypse par le Dr Bob Utley.

Aimez-vous l’Eglise ? (Ré) écoutez l’ensemble du Forum Attestants 2018 « Des Racines et du Zèle » en mp3

Et si vous preniez le temps d’admirer l’Eglise, comme Christ aime Son épouse ?…

Aimez-vous l’Eglise ? Car « aimer l’Eglise, c’est souvent prendre du recul pour l’admirer, comme Christ chérissant l’Epouse ». Avec la thématique « Des Racines et du Zèle », le Forum 2018 des Attestants, qui s’est tenu le 20 janvier à Paris, a eu cette ambition de nous encourager à entretenir notre amour pour l’Eglise. Parmi les intervenants invités, Ric Thorpe, évêque de Londres, en charge pour tout le Royaume Uni de la question de la croissance de l’Eglise et des implantations de nouvelles paroisses.

Si vous vous intéressez à cette thématique, il vous est possible de (ré)écouter, télécharger, podcaster l’ensemble du Forum (incluant le culte, la prédication, les interventions de Ric Thorpe – également en vidéo – et les temps de questions-réponses), ce qui vous permettra également d’en savoir plus sur le courant des Attestants.

Bonne écoute et bonne vision !

 

La justice expliquée par The Bible Project

Si vous étiez une mante religieuse, ce serait « socialement acceptable » de dévorer votre conjoint ; et si vous étiez un panda avec des jumeaux, il serait « normal » d’en abandonner un pour s’occuper de l’autre. Mais si les humains font une seule de ces choses, nous disons que « c’est mal », « incorrect » ou « injuste ». Oui, mais pourquoi ? Pourquoi les humains se préoccupent-ils tellement de la justice ? A cette question, la Bible offre une réponse fascinante.

A découvrir, ces explications en vidéo de « The Bible Project » :

L’action du mois : soyons « des hommes de la Parole et de parole »

Relevons ensemble le défi d’être des « hommes de la Parole et de parole » ! Photo du film indien « Lagaan »(« Once Upon a Time in India »), réalisé par Ashutosh Gowariker(2001)

« 1, 2, 3… STOP ! » [Et non pas « Go ! »]

Le début de l’année 2018 est déjà entamé, et chacun se fait fort de donner suite à ses bonnes résolutions, avec des résultats plus ou moins heureux. Nous avons marqué une pause durant les fêtes et nous nous retrouvons dans une dynamique de « reprise ».

Néanmoins, nous, chrétiens, nous nous souvenons que nous sommes « en chemin » à la suite du Christ, Notre Seigneur, (plus qu’ « en marche ») vers notre destination finale : Lui ressembler.

Nous sommes « en chemin », mais non pas « en marche », puisque, comme le souligne le répondant du site 1001 questions, la véritable dynamique du croyant ne vient pas de l’homme « en marche » mais de Dieu Lui-même. La vie chrétienne n’est pas un do it yourself, qui nous ferait sortir d’une théologie de la promesse et de la grâce, conforme à l’enseignement de Jésus, pour passer à une sorte de théologie des œuvres.

Ceci dit, et par rapport à ce qui va suivre, je voudrais ajouter que si des hommes et des femmes me lisent – et je les en remercie – je voudrais aujourd’hui m’adresser plus spécifiquement aux hommes. J’espère que mes lectrices ne m’en voudront pas. Mais peut-être pourront-elles s’approprier ce qui suit d’une manière qui leur sera propre. Et ce qui suit n’est pas « un prêche ». En l’écrivant et en vous le partageant, je « me le prêche à moi-même ».

Ainsi, au sein de mon groupe d’étude et de partage de la Bible pour hommes, dans le cadre de mon église locale, nous avons pris ensemble le temps d’une pause pour penser « à vérifier notre équipement, (re)nouer nos lacets, faire un topo, lire la carte »(1), et à considérer cette action du mois, qui nous lance un défi individuel et collectif : être « des hommes de la Parole et de parole ».

1)« Des hommes de parole » : soit des hommes d’engagement

Comme déjà souligné par ailleurs sur ce blogue, il est édifiant de noter qu’alors que notre époque tend à nier ou effacer les différences sexuelles, l’hébreu se permet le luxe de distinguer le masculin du féminin à l’intérieur du verbe et du pronom. Ainsi, les 10 commandements ont été donnés initialement en hébreu, au genre masculin. Ainsi, par exemple, le « tu ne tueras pas » (« lo tirtzàh ») s’adresse d’abord à un homme. D’autre part, le « mâle » se dit « zakar » en hébreu, qui signifie « celui qui se souvient ». Mâle et souvenir ont la même racine. Dieu a employé le masculin pour lui confier la charge « du souvenir », afin d’être « l’arbre de transmission » de sa loi pour les générations.

Comme l’écrit mon ami Alain Ledain (2), nous ne sommes peut-être pas tous appelés à être « des hommes (publics), nous exprimant face à la nation, mais nous sommes tous appelés à nous exprimer – en paroles et/ou en actes – dans notre entourage, dans nos activités, dans nos engagements (associatif, humanitaire, politique, social, économique, syndical, culturel, artistique…), dans nos sphères d’autorité (c’est-à-dire dans l’espace où s’exercent nos responsabilités) ». Et, ajoute-t-il, « pour pouvoir nous exprimer, il est nécessaire de connaître, et donc de rechercher, les valeurs du royaume des cieux là où Dieu nous a placés »(2). Dit autrement encore, pour que l’homme soit en mesure « de se souvenir » et « de transmettre » fidèlement la Parole de Dieu dans toutes ses sphères d’influence et d’autorité mentionnées plus haut, il lui est donc nécessaire de bien connaître cette Parole.

Ce qui implique donc d’être :

2)« Des hommes de la Parole » : C’est-à-dire, des hommes qui ont soif de la Parole de Dieu et qui veulent être formés pour comprendre et partager la Parole.

« Toutefois », souligne encore Alain Ledain, « nous ne sommes pas appelés à rechercher seuls la justice du Royaume mais à nous réunir ensemble pour prier, réfléchir et partager nos expériences, pour contextualiser et incarner cette Parole ». Et « ne pas rester silencieux suppose de décloisonner notre vie spirituelle du dimanche matin »(2).

D’autre part, seuls, nous nous heurtons à des limites : Dieu nous a offert des dons complémentaires. C’est pourquoi, intégrer un groupe d’étude biblique pour hommes, au sein de l’église locale, est un bon cadre pour nous permettre d’apprendre ensemble et de connaître toute la Parole, en nous soutenant les uns les autres.

Nous ne sommes pas appelés à être chrétien « tout seul », mais à nous aimer sans hypocrisie (sans masque, sans jouer un rôle), en nous laissant sonder, travailler, encourager par les autres (1 Pierre 1v 22-23 nous commande de nous « aimer les uns les autres d’un cœur pur, avec ardeur (ou encore avec constance) ». Si nous sommes appelés à « aimer notre prochain comme nous-mêmes », nous devons « aimer notre frère comme Jésus nous a aimés ».

Ensuite, des hommes de la Parole et de parole sont des chrétiens qui sont et restent « rocheux » et non « sableux »(cf Matt.7v24 et ss) : nous devons écouter et mettre en pratique les enseignements de la Bible, et non seulement les écouter seulement, en « auditeur oublieux » (cf Jacq.1v22-25).

Des hommes de la Parole et de parole sont également des hommes « inflammables » : c’est-à-dire, non pas animés d’un « feu étranger », que Dieu ne saurait agréer(Lévit.10v1-2), mais animés d’une passion plus pure. 1 Pierre 1v22 nous rappelle encore que ce n’est pas la vérité mais l’obéissance à la vérité qui purifie. Nous devrons aller au contact du feu de l’esprit et brûler pour éprouver notre consistance véritable. Serons-nous alors « un feu de paille » « ou un feu de braise », contagieux ?

 Enfin, des hommes de la Parole et de parole veillent à leur croissance qualitative : ils veulent croître « en conviction, en caractère (notre Parole doit prendre du poids cf. Psaumes 33) et en compétence »(3).

Nos réunions d’étude et de partage de la Bible se basent sur de bons principes : elle vise à notre humilité – celle du pécheur – à exalter le Seigneur Jésus et à promouvoir la sainteté (la nôtre)(4).

Chacun est enfin invité à s’engager dans un mini-stère au service de ses frères, dans le cadre des réunions, qu’il s’agisse d’envoyer « les piqûres de rappel » informant des dates des rencontres, d’accueillir le jour J, de préparer/ranger la salle, de s’occuper de l’intendance, de « tenir la montre », de co-animer les temps d’étude, de rédiger les comptes-rendus ou de tenir la bibliothèque tournante du groupe.

Prions ensemble pour :

  • Un contenu qualitatif des enseignements de cette année.
  • L’engagement de chacun au sein de nos groupes d’études et de partages pour hommes, dans le cadre de nos communautés respectives.
  • La Parole est intarissable : que chaque homme ait une soif à la hauteur.
  • Contrer les imprévus qui empêchent régulièrement les hommes de s’engager  et notamment de venir aux réunions : il n’y a toutefois pas de fatalité, puisque « gouverner c’est prévoir » et qu’ « en Christ, nous sommes une nouvelle création » (2 Cor.5v17)

 

Notes :

(1) Selon les propos de mon frère Pierre-Louis, qui rédige avec fidélité et fiabilité les comptes-rendus de nos réunions mensuelles. L’essentiel du présent article reprend d’ailleurs les éléments de ce qu’il a retenu d’une de nos réunions d’hommes de septembre 2017.

(2) Cf Son article « Un regard chrétien sur notre société » (III) : « où sont les hommes… ». Alain Ledain est enseignant dans le secondaire et Président de l’association Actes 6, au service des églises. Il fait également un remarquable travail de transmission et de sensibilisation autour de la question de l’éthique sociale chrétienne. A ce sujet, ne manquez pas de visiter son blogue dédié à ce sujet http://www.ethiquechretienne.com/alain-ledain-qui-suis-je-a629449  et de le saluer de ma part : cela lui fera plaisir !

(3) Voir Marshall/Payne. L’essentiel dans l’église : apprendre de la vigne et du treillis. Clé/IBG, 2014.

(4) Helm, David. La Prédication textuelle : comment bien communiquer la Parole de Dieu aujourd’hui. BLF éditions, 2017.

« L’imitation de Jésus-Christ » : veiller à son intimité

« On n’agit pas en cachette quand on veut s’affirmer. Puisque tu accomplis de telles œuvres, manifeste-toi au monde ! » disent ses frères à Jésus, alors qu’ils ne croyaient pas en lui.
(Dessin de Andy Singer)

Lectures :

« Dans la suite, Jésus continua à parcourir la Galilée ; il préférait en effet ne point parcourir la Judée, où les autorités juives cherchaient à le faire périr. Or c’était bientôt la fête juive des Tentes. Ses frères lui dirent : « Passe d’ici en Judée afin que tes disciples, eux aussi, puissent voir les œuvres que tu fais.  On n’agit pas en cachette quand on veut s’affirmer. Puisque tu accomplis de telles œuvres, manifeste-toi au monde ! En effet, ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui.» (Jean 7v1-5)

« Le soir venu, après le coucher du soleil, on se mit à lui amener tous les malades et les démoniaques. La ville entière était rassemblée à la porte. Il guérit de nombreux malades souffrant de maux de toutes sortes et il chassa de nombreux démons ; et il ne laissait pas parler les démons, parce que ceux-ci le connaissaient. Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert ; là, il priait.

Simon se mit à sa recherche, ainsi que ses compagnons, et ils le trouvèrent. Ils lui disent : « Où étais-tu ? Tout le monde te cherche. » (Marc 1v32-37. Traduction libre)

Ces deux textes des Évangiles résonnent en nous, étonnamment de façon très actuelle. « L’anonymat dans la vie réelle comme sur Internet devient de plus en plus difficile », constatent les juristes Marie Bastian et Justine Pate-Koenig, dans un fort intéressant document consacré au pseudonymat sur internet (dont nous avions parlé ici« Les notions de «protection de la vie privée», «d’intimité», « de droit à l’image » s’effacent. Tout devient public. La transparence est le maître mot. Si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez pas à vous inquiéter », dit-on. « Or, il faut être capable de se justifier pour tout et tout le temps, et votre « jardin secret » n’a pas de raison d’être selon les tenants de la transparence ».

Constat tout à fait partagé par le rabbin et philosophe Marc-Alain Ouaknin, qui relève, parmi toutes les crises (économiques, écologies, sociales…) que nous connaissons, « une crise de l’intime » : en effet, dénonce-t-il, « la communication nous assaille de toutes parts. Le téléphone, le téléphone cellulaire, l’ordinateur, l’ordinateur portable… régissent désormais nos vies. Chaque fois qu’on téléphone à quelqu’un, on lui demande: “Tu es où?” Comme si on ne pouvait plus être quelque part sans avoir à donner des explications et un compte rendu du lieu où on se trouve. À partir du moment où on est surexposé dans l’information de soi par rapport aux autres, il n’y a plus la possibilité de se retrouver “chez soi” et d’avoir une intimité, ce qu’on appelle en grec l’oikos, qui est le véritable sens de l’écologie. L’écologie c’est le discours, la raison, la pensée de la maison, c’est-à-dire la pensée de l’intime. Or, aujourd’hui, la question de l’intime est absolument dévastée par cette surexposition du sujet qui fait, en fin de compte, qu’il n’y a presque plus de sujet. Dans le passé, le sujet était un “Je” ou un “Je suis” qui avait la capacité de se retirer dans un “chez soi”.

Comment alors être (chez) soi ?

Face à cette nouvelle « théoulogie » [de : « t’es où ? »] qui, parce qu’elle promet de façon illusoire un monde sans vie privée, s’avère peut-être l’un des plus grands dangers qui nous menace, à l’instar des déluges contemporains médiatiques, imitons plutôt Jésus-Christ, qui est « Je suis ». Et apprenons de sa théologie, plutôt que de se contenter de dire « le monde évolue », donc « suivons-le » ! Jésus, en effet, bien qu’étant un « personnage public », sait parfaitement protéger son intimité.

Il n’agit jamais sous la pression « médiatique », particulièrement quand il s’agirait de « prouver qui il est », et sait prendre son temps.

Il sait distinguer « le temps favorable » pour agir en public et le temps nécessaire et vital, à prendre régulièrement « à part » avec le Père, plutôt que de se laisser submerger par l’activisme.

Il comprend que tout ne doit pas être montré : Il raconte des paraboles en public, mais en privé, il explique tout à ses disciples (Marc 4v34).

Il recommande de se garder « de pratiquer (sa) religion devant les hommes pour attirer leurs regards ; sinon, pas de récompense pour (nous) auprès de (Dieu, notre) Père qui est aux cieux » (Matt.6v1-4) ; et quand nous voulons prier, d’entrer dans notre chambre « la plus retirée », de « verrouiller » notre porte et d’adresser notre prière à notre Père [qui est un Dieu relationnel et avec qui nous pouvons avoir une relation personnelle] qui est là dans le secret. Et notre Père, qui voit dans le secret, nous le rendra » (v6). Enfin, Jean 17 nous rapporte une très belle prière de Jésus, laquelle est faite, non en public, « au micro », mais en privé, dans l’intimité, en présence des siens.

Ce soin extrême porté à la sauvegarde de son intimité est-il de nature à dévaluer la portée du ministère public de Jésus ? Bien au contraire ! Il le renforce même.

Et nous-mêmes, qui nous disons « disciples de Jésus-Christ » ? « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Au disciple il suffit d’être comme son maître, et au serviteur d’être comme son seigneur », dit Jésus (Matt.10v24-25)