« L’imitation de Jésus-Christ » : être un homme équilibré

Quel devrait être notre référentiel, pour vivre en homme véritable, connecté au réel ? Jésus seul !
(Source : convergence bolcho-catholiques)

Lecture de Marc 14v32-35 : « (Jésus et ses disciples) arrivent à un domaine du nom de Gethsémani (…) Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean. Et il commença à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : « tout va bien. Je vais prier pour vous ». 

Si c’est là ce que tu lis dans ta Bible, change de Bible….

La véritable version est : « (Jésus et ses disciples) arrivent à un domaine du nom de Gethsémani (…) Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean. Et il commença à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez. » 

Il vous est peut-être arrivé de répondre (ou de vous entendre répondre): « tout va bien », à la question « comment vas-tu ? », alors qu’au fond de vous, vous êtes « hyper-angoissé ». Et ce, en invoquant votre « caractère » ou votre « culture ».

En réalité, quel devrait être notre « référentiel » ? Ni « le caractère », ni « la culture », mais Jésus-Christ seul.

Lui-même, quoique parfaitement Dieu, n’a pas cherché autre chose qu’à être « parfaitement homme » (Phil.2v6-9), à part le péché (Hébr.4v15) : Il n’a pas estimé qu’il n’était « pas spirituel » de partager ses émotions avec ses amis. Il a pleuré avec ceux qui pleurent. A fait la fête avec ceux qui font la fête (et a même sauvé un mariage à Cana, en changeant l’eau en vin). S’est réjoui en esprit, a été ému de compassion et a été animé d’une sainte colère maîtrisée en découvrant que les marchands, établis dans le temple de Jérusalem, faisaient d’une « maison de prière » une « maison de trafic ». Jésus est donc bien autant un être de chair (incarné cf Jean 1v14, 1 Jean 4v2) qu’un être spirituel et nous montre ce qu’est une personne parfaitement équilibrée, à l’inverse de ces cloisonnements modernes tendant à présenter l’homme comme étant « plus rationnel et dans le faire » à l’inverse de la femme, censée, quant à elle, être « plus émotive et relationnelle ».

Or, Jésus est ni trop/ni peu « émotionnel, intellectuel, volontaire », mais tout à la fois « émotionnel, intellectuel et volontaire » de manière équilibrée. Il est d’ailleurs tellement relationnel qu’Il a appelé ses disciples, pour qu’ils soient premièrement avec lui, avant de les envoyer prêcher (Marc 3v14) ; et « le fils du charpentier », charpentier de métier(Marc 6v3), est un « manuel », autant qu’un « intellectuel »(Luc 2v47). Et « volontaire », Jésus l’est bien(Luc 9v51), sauf que « sa volonté est de faire la volonté de Celui qui l’a envoyé »(Jean 6v38).

Imiter le Christ, ce n’est donc pas « le détachement complet » ou « l’extinction de soi », vivre de manière spiritualisée, déconnectée du réel. Imiter le Christ, c’est vivre en être humain véritable, équilibré, « les pieds sur terre », et spirituel (1 Cor.15v45). C’est vivre la vie « en abondance »(Jean 10v10), la vie que Jésus nous donne et qui ne peut être vécue qu’en étant en relation avec Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle »(1 Jean 5v20).

C’est aussi espérer changer et sortir ainsi des « catégories » dans lesquelles nous pouvons être enfermés. Car « si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création: les choses vieilles sont passées; voici, toutes choses sont faites nouvelles » (2 Cor.5v17). Celui qui est « spirituel » est conduit(Gal.5v18) par l’Esprit de Dieu. Il vit par l’Esprit et marche selon l’Esprit. Il peut alors manifester le fruit de l’Esprit, qui « est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance » (Gal.5v22-23).

 

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Comment décourager/favoriser l’engagement bénévole des « laïcs » ?

Ma « culture »/mon « climat » d’église encouragent-ils tout nouveau arrivant dans l’église locale, non seulement à y rester mais aussi à y servir ? Source : Pixabay

Quel climat favorise l’implication des laïcs [comprendre : les chrétiens qui ne sont pas pasteurs], au sein d’une église locale ? Quelles attitudes vont au contraire décourager l’engagement bénévole ? Reprise adaptée de la mise au propre des notes du pasteur-« théologeek » suisse Olivier Keshavjee, agrémentée de ses réflexions – publiée sur son blogue – de la conférence d’une ancienne présidente du conseil presbytéral du Temple du Marais à Paris, en 2014.

 

Qu’est-ce qui va faire qu’une personne qui arrive dans une église ou assemblée locale aura le désir, non seulement d’y rester mais, surtout, d’y servir ? Chacun et chacune de ceux qui participent à la vie de l’église a sa petite idée de ce qu’est l’Église, comment elle fonctionne et à quoi elle sert. Le rôle des responsables [Anciens et Pasteurs] est de conduire la communauté à développer une vision qui nous semble biblique de la nature de l’Église. Ce qui implique une part de déconstruction (y compris parmi les responsables, évidement), et une part de reconstruction.

Sachant que :

Motiver les gens à se lever pour servir dans l’église locale est déjà une bonne chose, mais n’est pas le but ultime. Notre rôle, en tant qu’Église, est de rendre témoignage au Christ tout autour de nous. Celles et ceux parmi nous qui n’ont pas de ministère dans l’église se sont en réalité déjà levés, car ils en ont eu ou en ont en dehors : aimer et servir leur foyer, leurs voisins, leurs collègues….. Il n’y a pas de hiérarchie des services, et il y a même un danger d’égocentrisme ecclésial si l’église locale n’a pas la vision d’être tournée vers l’extérieur. Il est d’ailleurs souhaitable que la communauté soit suffisamment forte pour être témoin de l’Évangile (il importe donc que des gens s’y impliquent), mais il convient d’éviter à tout prix que tout le monde ne s’occupe que de la communauté !

L’attitude dans laquelle nous servons est fondamentale. Jésus ne nous appelle plus « serviteurs », mais « amis »(Jean 15v15). C’est en tant qu’amis que nous servons d’une manière désintéressée. Si une attitude de service révèle le caractère de Dieu (Jésus est venu « non pas pour être servi mais pour servir » cf Marc 10v45), une mentalité de serviteur est une négation de l’Évangile ! Dieu nous reçoit comme ses enfants (1 Jean 3v1 et ss), pas comme ses esclaves. Entre nous, c’est parce que nous voulons nous honorer réciproquement (comme filles et fils de Dieu) que nous avons de la considération les uns pour les autres, et une disposition au service.

Finalement, « ministère » ne signifie rien d’autre que « service » (via la traduction latine du grec diakonos — qui donne accessoirement le mot « diacre »), qu’il s’agisse du « ministère de la Parole » ou du « ministère des tables ». Indépendamment des théologies des ministères propres à chaque Église (et la question de leur reconnaissance publique, consécration, avec imposition des mains, etc….), il est essentiel de prendre conscience que le « mini-stère » n’est pas un « honneur » ou un « privilège » (auquel cas, on l’appellerait « magi-stère »), mais une position : ni au-dessus, ni derrière, mais en dessous des pieds de ceux que l’on sert, à l’instar du Seigneur Jésus qui a lavé les pieds de ses disciples et qui nous commande de « suivre son exemple » (Jean 13v14-15). Il est aussi important de partir du principe que chaque croyant·e est appelé·e à servir, et donc à exercer un ministère — quelque soit la forme et l’envergure dudit ministère, qui ne se limite à être « pasteur » ou « prédicateur ».

Ceci dit, voici,  selon Olivier Keshavjee, 6 attitudes qui n’encouragent pas le développement des charismes des individus, et qu’il s’agit de repérer et déconstruire dans l’église locale :

1.Une vision pyramidale

Le pasteur est le modèle, la référence, le moteur. Tout passe par lui. Rien de tel pour encourager les gens à ne pas s’impliquer, à ne pas se voir comme « des pierres vivantes fondamentales à l’édifice » (1 Pierre 2v5).

2.Une mentalité de mérite

Une idée répandue est que pour avoir un ministère, il faudrait le mériter (cad « être bon, être fidèle, être compétent », ou « être un contributeur important »…). Bien entendu, Dieu fait avec ce que nous sommes, mais la Bible ne manque pas d’exemples de gens incompétents que Dieu appelle à des tâches qui les dépassent (les 12 disciples, par exemple). Le ministère est un don, une grâce, et Dieu nous y équipe réellement.

Autre idée répandue : le ministère devrait correspondre à ce que nous faisons « dans la vie ». Sans doute, si untel est banquier, il aura peut-être les capacités de s’occuper des finances de l’église. Mais peut-être qu’il rêve d’autre chose et que sa place est ailleurs…

3.Une mentalité « d’homme-orchestre » (ou l’incapacité à déléguer)

Plutôt présente chez les responsables, c’est l’idée de la personne à tout faire. « Il faut quelqu’un pour s’occuper des enfants, ce n’est pas mon charisme, mais je vais le faire — je suis payé pour ça. » Et donc du coup je vais tout faire. Et du coup personne n’a la place pour s’engager.

Or, il est crucial d’apprendre à reconnaître, mais aussi à admettre et développer ses propres « « domaines d’incompétences ».

4.L’individualisme

« Forteresse » de notre époque, cette mentalité nous pousse à voir l’Église comme « un endroit avant tout pour moi, pour me faire du bien ». Je suis plus conscient de mes besoins et de ma relation à Dieu que des besoins qui m’entourent et de ma relation à la communauté. Et donc je vais plutôt avoir tendance à attendre d’être servi, qu’à servir.

5.L’activisme

L’idée que ma motivation, ma fidélité et donc ma valeur se mesurent à mon engagement. Pour être un meilleur chrétien, ou un meilleur être humain, je dois m’engager toujours « plus » et donner « toujours plus de moi » (pour « gagner plus » ?). Inutile de dire qu’une telle attitude est une négation propre en ordre de l’Évangile, puisque ma valeur ne dépend pas de moi, mais de ce que Jésus a fait pour moi, et du regard que Dieu me porte en Christ.

Un tabou à souligner : derrière la volonté de toujours (en) faire « plus », se cacherait-elle la peur de « s’arrêter », de « marquer une pause » souhaitée (une année sabbatique), par crainte de ne plus pouvoir reprendre (« son poste » étant pris par un autre) et donc de se voir « mis au placard » ?

6.Le « bouche-trous » 

En quelque sorte le pendant de « l’homme-orchestre ». Le laïc serait là pour trouver une place dans un système/planning existant, pour boucher les trous des besoins dans l’église locale. Le risque est présent quand on réfléchit en termes de besoins de l’église locale plutôt qu’en termes de charismes/appel des chrétien·ne·s : en gros, « je vois un besoin, je vais le faire, car il n’y a personne pour le faire » ou alors « on a un besoin ici, et un autre là. Et vous êtes disponible. Qu’est-ce qui vous conviendrait ? ». Cela fonctionnera un temps avant de vite rencontrer ses limites. Car il ne suffit pas de « venir travailler » : il importe d’avoir été appelé à ce service.

Quelles seraient les 5 caractéristiques d’une culture favorisant à l’engagement ?

Déconstruire, c’est bien. Mais que reconstruire à la place? Quelle atmosphère valoriser pour encourager l’engagement et le foisonnement des ministères de chacun·e ?

Il ne s’agit pas de recopier des modèles qui semblent fonctionner dans la société. Notre appel en tant qu’Eglise est de développer une culture différente, sous la souveraineté de l’Esprit qui vit parmi nous.

1.Regarder les gens en Christ

Les responsables (anciens/pasteurs) sont invités à poser un regard de discernement sur les membres de l’église locale, pour discerner ce que l’Esprit dit sur eux. Et non pas juste demander : « quelle est sa formation ? Que sait-il faire ? »

2.Libérer les gens pour entrer dans leur appel

Certaines églises -celles que je connais en Région parisienne, notamment – ont développé un accompagnement spirituel « maison » novateur, en réponse à l’égocentrisme de notre époque. Le but étant de prendre les gens là où ils (en) sont, de les accompagner dans un chemin de libération intérieure qui les détourne d’eux-mêmes, pour les faire avancer et s’engager dans la mission de Dieu.

Si le soin des individus (accompagnement, délivrance, libération, guérison…)doit toujours rester une priorité de l’Église, il importe de rappelle que si l’on peut tomber, il est fondamental de toujours se relever, et, avec la grâce de Dieu, de reprendre la route et avancer pour pouvoir se mettre à servir (et peut-être soigner) à son tour.

3.Une culture de la collectivité

En tant que chrétiens, nous sommes participatifs de quelque chose de plus grand que nous : l’œuvre du Dieu véritable – Père Créateur, Fils Sauveur et Seigneur, Saint-Esprit consolateur et puissant – dans le monde. Et c’est ce sentiment qui nous met en mouvement. Chaque église locale a un rôle spécifique à jouer dans cette œuvre.

Il s’agit donc d’avoir une vision claire, en église, et de la communiquer. Une vision qui passionne et motive (littéralement: met en mouvement) — sans quoi les gens n’ont pas de raison de s’engager.

Mais il ne s’agit pas d’utiliser les autres pour qu’ils servent notre vision. Au contraire, la vision n’est jamais définitivement figée : elle est bannière de ralliement, mais elle évolue en fonctions des gens qui s’y rallient.

4.Flexibilité: offrir la possibilité d’évoluer dans son ministère

On n’aime pas toujours changer une mécanique qui fonctionne. Mais forcer des gens à entrer (rester)dans des cases qui ne leur conviennent pas (ou plus) est une stratégie perdante (en plus d’être méprisante).

Offrir de la flexibilité implique d’être prêt à accepter de changer des programmes bien huilés. Et aussi d’oser arrêter certains ministères, si on n’a plus personne pour les alimenter.

5.Accentuer la dimension relationnelle

Notre Dieu étant un Dieu relationnel, Son Église est avant tout espace de relations (avec soi, Dieu, la famille chrétienne, l’ensemble de la société, etc.). Il s’agit donc de privilégier les relations sur les programmes. Les activités sont aux services des personnes, et pas l’inverse.

Cela implique de créer des espaces de relations, soit des lieux où des choses se passent, se mettent en place, sans qu’on les y pousse. Concrètement, cela peut être à travers des groupes de maisons/cellules de vie, des agapes (repas fraternels), ou même, pourquoi pas, des tournois de ping pong, de bowling ou de pétanque.

 

Et en complément, ce commentaire d’internaute proposant quelques «ingrédients» de base susceptibles de favoriser le développement, puis le maintien d’une communauté vivante :

Former sans formater. Dispenser des formations « sur le tas» permet d’asseoir les fondements de la communauté qui en profite, et affermit les liens interpersonnels. Les bénéficiaires sont ainsi «outillés» pour assumer des responsabilités de groupes tout en grandissant personnellement dans le domaine spirituel.

Encadrer sans étouffer. Il importe de doter les responsables de groupes d’une structure qui les sécurise et qui leur permet de prendre confiance en eux. Cela évite de les jeter prématurément «dans le bain» sans références, au risque de les «griller».

Déléguer sans «laisser aller». Une personne à qui une responsabilité est confiée ne doit pas être livrée à elle-même. La personne «délégante» est tenue d’assurer un suivi de la tâche et de ne pas «s’en laver les mains».

Créer ensemble. Le chemin (et la façon de le parcourir) est aussi important, si ce n’est plus, que le but que l’on cherche à atteindre. Il importe d’éviter la routine pour maintenir vivant le dynamisme inhérent à la création de projets, d’activités, etc. A noter que pour créer il faut de l’espace: à la fois espace physique (locaux) et espace de liberté (pouvoir initier des choses nouvelles)…

Se construire en construisant. Le travail en équipe profite à la réalisation personnelle. Le partage en lieu de vie en église développe corollairement la vie intérieure, «en individu».

S’hydrater à des sources multiples [à user avec discernement]. L’ouverture à des formes de spiritualités autres et la rencontre de communautés vivant leur foi de façons différentes génèrent enrichissements mutuels et réappropriation de ses fondements spirituels.

Se diversifier sans se perdre. Le protestantisme est constitué d’une multitude de sensibilités théologiques. Cette diversité doit non seulement être respectée, mais intégrée pour consolider la structure ecclesiale.

S’ouvrir et se recentrer. Chacun doit identifier et faire respecter son point d’équilibre personnel de manière à ne pas être broyé par la rigidité d’un cahier des charges emprisonnant. La découverte de cet équilibre est facilitée par une itération entre l’ouverture aux attentes communautaires et un centrement sur les nécessités vitales de la personne.

Dialoguer en vérité. L’église locale ne doit pas conforter le «théologiquement correct» mais offrir des espaces de dialogue permettant l’authenticité de la personne.

 

 

L’argent : dieu ou don de Dieu

Un livre qui a la pertinence d’aborder le sujet de l’argent sous plusieurs angles plutôt que sous le seul angle de la prospérité financière

Voici un livre très important et bienvenu, que j’ai reçu en cadeau de la part des éditions BLF (merci à eux !), sur ces éternels tabous : « votre argent et Dieu » ! Deux sujets que nous avons tendance à éviter parce qu’en parler nous met mal à l’aise, quand il n’est pas une source de conflit. Pourtant, ces questions sont trop importantes pour être remises à plus tard, d’autant plus que l’argent a envahi l’espace public, et que l’Eglise est invitée à se positionner à son sujet : « s’en servir » pour servir Dieu ou « servir » l’argent – Mamon [la seule divinité appelée par son nom par Jésus en Matt.6v24] en croyant se servir, au risque d’être asservi.

L’auteur nous invite à consacrer « une heure ou deux » de notre temps à la lecture de son livre, pour aborder l’argent sereinement, que nous soyons « chrétien ou non, riche ou pauvre, ouvrier ou col blanc, retraité, travailleur à temps plein ou sans emploi », célibataire, marié ou parent (il est possible d’y trouver des principes pour enseigner et impliquer ses enfants dans la bonne gestion de l’argent), et « même si nous ne sommes pas prêts à parler d’argent ».

Ce ne sera pas du temps perdu, puisque le livre a cette pertinence d’aborder le sujet sous plusieurs angles plutôt que sous le seul angle de la prospérité financière.

Le livre débute de manière inattendue par un interpellant « de quoi avez-vous peur ? », une question qui est « le meilleur point de départ » parce qu’elle a valeur de test et d’évaluation au sujet de nos motivations les plus profondes concernant l’argent. Nous sommes donc invités à « haïr » l’argent comme (mauvais) maître au premier chapitre, avant de l’aborder dans le second, avec l’esprit, non « du propriétaire », mais « du gérant » ou « de l’intendant fidèle »(cf Luc 12v42), sachant que nous aurons à rendre compte devant Dieu de ce qu’Il nous aura confié.

L’auteur nous rappelle également fort opportunément que la Bible nous enseigne « une vérité plus belle » que toutes nos fausses théologies sur l’argent : sont ainsi tour à tour dénoncés les pièges de « la théologie de la prospérité » (qui sème la confusion en établissant un lien entre les richesses matérielles dans cette vie et la bénédiction/la faveur de Dieu) mais aussi l’impasse de « la théologie de la pauvreté » (être pauvre est considéré comme une forme de sainteté et être riche comme une forme de péché).

Les chapitres suivants, plus pratiques, sont à appréhender sur cette base de manière globale – et non cloisonnée, pour une approche équilibrée de l’argent : « budgétisez-le », « gagnez-le », « dépensez-le », « économisez-le », « investissez-le », « donnez-le » [un chapitre particulièrement important], « multipliez-le » et….« ne vous en souciez pas ».

Pour aller plus loin, l’on trouve en annexe un guide d’étude biblique pour examiner l’enseignement de ce livre en groupe pendant cinq semaines, avec Luc 12 comme base scripturaire, ainsi que plusieurs ouvrages et ressources (outils d’éducation, de budgétisation et de planification financière…) recommandées par l’auteur.

Au final – et c’est ce qui me paraît être le plus beau message de ce livre pertinent et interpellant – la vie ne réside pas dans une « liste de choses à faire » ou de « recettes-miracles » à appliquer pour « gagner » ou « garder » ce qui aurait le plus de valeur à nos yeux. Le message fondamental du livre est une invitation à la confiance et à la gratitude, mais aussi à l’espérance que ce domaine « tabou » de notre vie peut être placé sous le règne du Seigneur Jésus-Christ, pour vivre en homme (ou femme) réellement libre.

L’alternative est alors claire : soit nous considérons l’argent comme un dieu et un dû – quand nous ne considérons pas qu’en avoir serait de facto indu – et nous vivrons une vie placée sous le règne de la cupidité, de l’avidité, du mérite et de l’inquiétude ; soit nous le considérons comme un don de Dieu – « un don excellent, nécessaire et utile » – et nous vivrons une vie placée sous le règne de la grâce, empreinte de gratitude, et de la générosité.

Il s’agit donc pour nous d’apprendre et de nous encourager mutuellement, en faisant preuve d’humilité, à considérer que tout ce que nous avons, nous l’avons en réalité reçu. Ce que nous aimons aura ainsi toujours plus de valeur lorsque nous le verrons avec le regard de Dieu, comme un cadeau qui nous est offert, mais aussi, surtout, à offrir et à partager(cf Actes 20v35), plutôt que comme une propriété chèrement conquise !

Ne manquez pas de vous le procurer auprès des éditions BLF ou en vous rendant dans votre librairie chrétienne favorite !

 

En bref :

MUNSON, Jamie. L’Argent, dieu ou don de Dieu. BLF éditions/Cruciforme, 14/09/17

Extrait de la présentation éditeur : Pour nous aider « à remettre l’argent à sa juste place : un outil à utiliser pour glorifier Jésus, une jauge pour évaluer la santé spirituelle de votre cœur et une bénédiction de Dieu dont il est parfaitement légitime de profiter ».

L’auteur, Jamie Munson, est le coprésident de Storyville Coffee Company, une entreprise prospère et très respectée à Seattle, dans l’État de Washington. Il aime développer des outils utiles pour aider les leaders et les organismes à atteindre leur plein potentiel.

 

 

 

Chrétien, ne cherche plus « à quel saint te vouer » : le saint, c’est toi

Ton fruit : être saint ; et ta destinée, la vie éternelle

« Mais maintenant, libérés du péché et devenus esclaves de Dieu, vous portez les fruits qui conduisent à la sanctification, et leur aboutissement, c’est la vie éternelle » (Rom.6v22. TOB)

Ce passage nous parle d’un « maintenant » – par opposition à un « avant » – que nous sommes appelés à saisir par la foi, et contient un paradoxe.

« Avant », nous servions le péché, dont nous étions les esclaves ; « mais maintenant », « libérés », affranchis, rachetés du péché, nous n’avons plus aucune obligation envers lui. Et « c’est pour la liberté que Christ nous a affranchis »(Gal.5v1).

« Amen ! Gloire à Dieu ! Merci Seigneur ! », nous exclamons-nous alors. Mais attendons la suite : Nous avons « à demeurer fermes » et à « dire non » à toute autre forme d’esclavage(Gal.5v1), pour « dire oui » à Dieu, pour le servir…..comme esclaves (Rom.6v22) ! C’est bien la peine de sortir d’un esclavage pour tomber dans un autre ! Est-ce cela notre destinée ?

Mais voici les conséquences de notre libération : « Notre fruit » – celui que nous portons et non celui que nous produirions – « est la sanctification », avec « pour aboutissement la vie éternelle ». Le terme « fruit » ou « bénéfice » est utilisé au verset 21 là où il est question des conséquences du péché.

Mais au verset 22 il est question du « fruit » ou « bénéfice immédiat » à servir Dieu : Dieu fait de nous des saints.

Le saint est celui qui est « mis à part » par Dieu et pour Lui. Saisissons-nous cela ? Le saint témoigne qu’il ne s’appartient plus et qu’il n’est plus le maître de sa destinée, car, désormais, « ses destinées sont dans la main de Dieu » (Ps.31v16) qui le conduit. De même, nous sommes appelés à appartenir à notre Seigneur et notre Dieu, totalement, librement et par amour. Nous pouvons ainsi vivre un face à face et un cœur à cœur avec le Dieu « trois fois saint », que « nul ne peut voir et vivre »(Ex.33v20), pour le servir dans ce service particulier de la prière et l’intercession (Ex.19v6 ; 1 Pie.2v9).

Étant positionnés du côté de Dieu, nous sommes désormais réellement libres de vivre une vie sainte : notre liberté ne consiste pas d’avoir le choix entre « être intègre » ou « ne pas être intègre », de « laisser courir notre langue » ou ne « pas laisser courir notre langue » (Ps.15v2-3), « d’aimer » ou « de ne pas aimer », mais parce que le Dieu que nous servons « est amour » (1 Jean 4v16) et parce qu’Il nous aime personnellement (1 Jean 3v1), nous pouvons « aimer notre Dieu de toute notre force », notre prochain « comme nous-mêmes » (Luc 10v27), et notre frère, « comme Jésus nous a aimé » (Jean 13v34). La sanctification n’est donc pas un privilège ou un honneur, la part d’une élite ou d’un clergé, mais notre part et notre service pour Dieu et le bien des autres.

Enfin, si la sanctification est un fruit, elle n’est pas un but en soi, mais un chemin et un processus. Son aboutissement est « la vie éternelle »(Rom.6v22). Et « la vie éternelle », dit Jésus, c’est de « Le connaître », Lui « le Dieu véritable » (Jean 17v3 ; 1 Jean 5v20) pour mieux Lui ressembler.

Entrer dans notre destinée nécessite de suivre le même chemin que Jésus, Notre modèle (1 Jean 2v6). Celui qui est pourtant « le Saint » (Jean 6v69), « Le Seigneur et le Maître » (Jean 13v13), a été « au milieu de nous comme celui qui sert » (Luc 22v27 ; Jean 13v1-17). Aujourd’hui, il prie et intercède pour nous (Rom.8v34, Hebr.7v25). Notre promesse reste le fruit ultime d’être avec Lui et comme Lui éternellement (1 Jean 3v2). Mais pour donner à voir des fruits, il convient d’entretenir la racine, qui est notre vie secrète ou intime avec Dieu, dans l’humble jeûne et la prière. En effet, « sans racine, pas de fruit ! ».

Prière : Je lâche prise sur ma volonté de prendre ma destinée en main et me réjouis d’entrer dans les projets de mon libérateur.

 

 

L’action du mois : faire un jeûne selon Jésus

Aujourd’hui, à la suite de Jésus, nous comprenons que le jeûne consiste à s’abstenir pour un temps de nourriture et de boisson. Mais le jeûne selon Jésus est bien plus encore…
[Affiche du film « Super Size me » de Morgan Spurlock (2004)

« C’est ici pour vous une loi perpétuelle: au septième mois, le dixième jour du mois, vous rendrez humbles vos âmes…. » (Lévit.16v29)

Nous comprenons parfois le jeûne comme « une humiliation du corps ». Mais une expression intéressante donne tout son sens au jeûne : « Vous rendrez humbles vos âmes » (Lév.16v29). En effet, cette expression hébraïque est synonyme de « jeûner ». Ce qui signifie que la pratique du jeûne concerne avant tout notre être intérieur, dans le but de rendre humble notre âme. Nous comprenons ainsi mieux cette mise en garde de Jésus contre le risque de tomber dans la vaine gloire d’un jeûne ostentatoire : en clair, quand tu jeûnes, dit Jésus, ne montres pas que tu jeûnes ! (Matt.6v17) Oublier cela dénature le jeûne pour le réduire au rang de simple régime. Aujourd’hui, à la suite de Jésus, nous comprenons que le jeûne consiste, bien entendu, à s’abstenir pour un temps de nourriture et la boisson, mais aussi de certaines choses pas forcément mauvaises en soi. Mais le jeûne selon Jésus est bien plus encore :

Ainsi, jeûner, c’est aussi « jeûner du regard », pour prendre soin de notre âme, en évitant tout ce qui par le regard peut la polluer : publicités, films à la TV ou l’internet, jeux vidéo…. C’est aussi, à l’instar de Job, « faire un pacte avec ses yeux, pour ne pas fixer le regard sur une vierge » (Job 31v1 ; cf Matt.5v27-28). Souvenons-nous que notre « œil est la lampe du corps. Si notre œil est en bon état, tout notre corps sera éclairé » (Matt.6v22). Cultivons un regard bon et honnête. Apprenons à contempler la création de Dieu pour cultiver l’émerveillement et un cœur reconnaissant.

Jeûner, c’est aussi « le jeûne des oreilles » : fermer nos oreilles aux paroles calomnieuses, médisantes, mensongères ou aux ragots, pour les ouvrir à la Parole de vérité par laquelle le père nous sanctifie (Jean 17v17) mais aussi aux cris de celui qui souffre ou ploie sous un joug(Es.58).

Jeûner, c’est aussi « jeûner des lèvres » ou de paroles : certes, il s’agit de nous abstenir de murmurer, calomnier, médire, maudire…autant de propos propres à nous polluer et à polluer les autres. Apprenons plutôt à bénir, à dire le bien de Dieu sur les autres, et à privilégier ce qui contribue à l’édification de tous. Mais il s’agit aussi de moins parler pour mieux écouter : « Que ta bouche ne se précipite pas et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant Dieu. Car Dieu est dans le ciel, et toi sur la terre. Donc, que tes paroles soient peu nombreuses ! Car de l’abondance des occupations vient le rêve et de l’abondance des paroles, les propos ineptes » (Eccl.5v1-2).

Le jeûne, c’est encore le jeûne des pensées : « c’est de l’intérieur, c’est du cœur des hommes que sortent les intentions mauvaises(…) Tout ce mal sort de l’intérieur et rend l’homme impur. » (Marc 7v21-23). A l’inverse, « que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de nos pensées » (Philip.4v8).

Nous le voyons, jeûner touche tous les domaines de notre vie et est l’affaire, non d’une courte période, mais de toute une vie. Mission impossible ? Heureusement, le « vous rendrez humbles vos âmes » n’est pas seulement un commandement de Dieu. Il contient la promesse que nous y parviendrons avec Sa grâce et Son aide.

 

« Tout, tout, tout autour de moi…parle de toi ! »

 

Vidéo[avec un chant de Philippe Decourroux] réalisée afin d’accompagner la conférence « Annoncez le à toute la création » donnée par Nathanaël Bechdolff en juillet 2016 dans le Gard à L’Etoile du Matin (l’Espèrou), à Osny (Val d’Oise) et à Fives-Lille (Nord). Le texte de ladite conférence est à découvrir sur le site « Construire une éthique sociale chrétienne » de mon ami Alain Ledain. Ne manquez pas de le saluer et de l’encourager de ma part, si vous vous y rendez.

 

« En marche », au crible de la Bible…

Choisir de traduire « en marche » pour les béatitudes pose un problème théologique….

Une question insolite, justifiée par l’actualité, a été posée sur le site « 1001 questions » : « La politique nous incite à relire les béatitudes(1) avec le choix d’André Chouraqui [dans sa traduction de la Bible] : « En Marche ! ». Qu’en penser ?

La réponse donnée à l’internaute nous invite à en « rester au texte », tout « en nous réjouissant que l’actualité nous incite à lire la Bible. Pour comprendre le terme que Jésus a utilisé, on peut s’appuyer sur la version grecque des Septante », laquelle « traduit toujours par l’équivalent grec « makarios », heureux, un mot formé sur l’une des deux racines hébraïques « ’ashar ». Le nom à l’état construit pluriel « ’asherei » en hébreu ne signifie pas « en marche » (aucune préposition « be » ou « le »), mais littéralement « bonheurs de ». C’est l’adjectif « makarioi » (pluriel) qu’on lit dans les béatitudes. Le projet d’André Chouraqui était un projet très libre, en particulier par rapport à l’exactitude linguistique, bien qu’il ait été par ailleurs capable de trouvailles géniales.

Choisir de traduire par « en marche » pour les béatitudes pose un problème théologique, car cela transforme la promesse du Christ – qui seul peut dire les béatitudes, et seulement à ses disciples – en une sorte de do it yourself ……

La suite ici.

 

 

Note :

(1) A lire, dans l’Evangile selon Matthieu, ch.5v1-11.

 

La « Table du Seigneur » : « un bouleversement de l’ordre social » d’après Wilfred Monod

« Faites ceci en mémoire de moi », dit Jésus : Un des rares gestes que le Seigneur nous a explicitement demandé de reproduire.

« Quel rêveur, quel réformateur, quel anarchiste a jamais proposé d’inviter le patron et le manœuvre au même repas, pour les faire boire à la même coupe ? Et pourtant, la sainte cène opère ce miracle ; l’éboueur y porte la coupe à ses lèvres et la passe au député, qui boit après lui…(1)

Dans la simplicité de cet acte sans phrase, il y a quelque chose de surnaturel, et qui nous dépasse au point de nous troubler étrangement. L’Évangile y apparaît comme l’énergie égalitaire par excellence. Jusque là, seule la mort pouvait prétendre nous rendre tous égaux face à elle. Toutefois, la mort crée, brutalement, une égalité involontaire entre les personnes, tandis que l’Évangile suscite, harmonieusement, une égalité des vivants consciente et volontaire.
Cette communion que nous célébrons tous autour de cette table est un bouleversement de l’ordre social, un ferment de réformes sans limites, une image de l’humanité future, le germe de la “nouvelle terre où la justice habitera”.
Ce pain a une histoire. […]
Pour faire la bouchée de pain qui nous est offerte à la table sainte, il a fallu presque un an d’efforts et de collaboration obstinée avec la pluie et avec les rayons du soleil, et tout le travail des hommes, du grainetier à l’agriculteur, du semeur au moissonneur, du transporteur au distributeur, du grossiste au meunier, du meunier au boulanger, du boulanger à cette table.
Ce pain est la nourriture la plus noble qui existe ; c’est le sacrement de la communion avec la nature généreuse et c’est le sacrement de la solidarité humaine, solidarité avec l’humanité au travail, qui a permis que cette nourriture soit sur cette table. Mais ce pain est aussi le symbole d’une inégalité meurtrière. Qui possède le pain, est maître de celui qui ne le possède pas. Un pain, entre nos doigts, est un attribut de pouvoir ; il nous octroie la puissance de dicter nos conditions à un affamé. Si un petit morceau de ce pain tombait sur la place centrale d’un village du Soudan, on verrait des créatures déshumanisées se ruer avec frénésie vers ce trésor, et se piétiner sans merci dans la poussière.
Le morceau de pain est au centre du monde ; le jour où toute l’humanité sera pleinement assurée d’en manger, marquera l’avènement du genre humain à la dignité humaine ; c’est alors qu’il se dégagera, définitivement, de l’animalité.
Ce pain et cette coupe sont au centre du monde pour nous ce matin, comme pour beaucoup de chrétiens qui célèbrent ce même repas en ce même jour : par le fruit de la vigne, par les épis de blé et le travail des hommes, nous nous souvenons de Jésus-Christ, qui s’est présenté à nous comme le Pain vivant, et comme la vigne.
Il a vécu parmi nous, mais nous ne l’avons pas accueilli. Il a été trahi et mené jusqu’à l’abîme de la mort. Le soir, avant d’être livré, il a pris du pain, et, après avoir rendu grâces, l’a donné à ses disciples en disant : “Ceci est mon corps, livré pour vous”. De même, à la fin du repas, il a pris la coupe, et, après avoir rendu grâces, il la leur a donnée et a dit : “Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui est répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez.”
Le Seigneur Jésus-Christ, le lendemain, a été livré, il a été élevé sur la croix. Il est mort. Le Pain vivant a été foulé au pied, et c’est un outrage pour l’humanité entière, l’humanité sous-alimentée, affamée et assoiffée.
Il est mort, mais Dieu l’a rendu à la vie. De même, Dieu nous conduit, à sa suite, de la mort vers la vie, dans l’attente de son Royaume« .

Texte utilisé pour la célébration de la cène, adapté d’extraits de l’ouvrage de Wilfred Monod (1867-1943, pasteur et théologien réformé français) sur la célébration de la Cène, et « piqué » sur blog.vraiment.net

 

 

Notes :

(1)Aujourd’hui, dans certaines églises, chacun a son godet et l’on prie « en petits groupes », pas automatiquement « mixtes » – le député ne se retrouvant pas forcément avec l’éboueur….

Quand le Seigneur reviendra sur la Terre, trouvera-t-il encore des « pasteurs » ?

L’Église d’aujourd’hui a besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger » leur a confié. Source : Rawpixel

Les églises d’aujourd’hui ne manquent pas de « ministères » !

En effet, il existe des ministères « de louange », centrés sur l’adoration ; des ministères dits « diaconaux », qui prennent soin des gens sur le plan matériel ; et il y a des ministères de « relation d’aide », très marqués par la vision du monde de la psychologie, parfois plus que par l’anthropologie biblique, et travaillant la plupart du temps hors des églises locales et communautés réelles, alors que c’est au cœur des relations que l’on guérit ses relations.

Mais ce qui semble être un atout cache une réalité plus problématique : si les églises ne manquent pas de ministères, on n’y trouve presque plus de « pasteurs » ou de « bergers » au sens biblique du terme, C’est-à-dire des personnes qui, sans être forcément des « clercs », passent l’essentiel de leur temps à prendre soin et à accompagner. Le verbe « accompagner » signifie « partager son pain avec » [ce qui a aussi donné « copain »] et tout accompagnement dit « pastoral » est avant tout « fraternel », de fait enraciné dans la vie communautaire. Quand je suis accompagné spirituellement ou que j’accompagne quelqu’un d’autre, je fais route avec lui jusqu’au partage du pain (de la Cène) qui révèle Christ ressuscité, comme l’illustre la scène( !) des pèlerins d’Emmaüs en Luc 24v28-35.

Or, dans certaines églises protestantes « historiques » et protestantes évangéliques, ceux que l’on appelle « pasteurs » sont en réalité des « docteurs » ou des enseignants : ils ont « BAC +++ », connaissent la philosophie antique et moderne, ainsi que l’hébreu et le grec anciens. Dans les églises évangéliques, les « pasteurs » sont en réalité des « évangélistes », avec parfois un charisme de guérison, appelant tous les dimanches à la conversion. Certains sont des « apôtres », préoccupés par le nombre d’implantations d’églises. D’autres encore sont des « prophètes », exhortant le troupeau à ne plus être perdu, alors que leur rôle serait justement de les faire paître.

L’Église d’aujourd’hui ne manque pas de « ministères » mais a grand besoin de « vrais pasteurs », c’est-à-dire de personnes disponibles pour veiller, accompagner et soigner ceux que le Seigneur, « le Souverain Berger »(Hébr.13v20) leur a confié.

Quelle serait alors « la fiche de poste » pour un « vrai pasteur » ? A ce sujet, la Bible, Ancien et Nouveau Testaments, peut nous éclairer.

Il est premièrement celui sur qui l’on peut compter. Il n’est pas le propriétaire du troupeau mais celui qui rend compte de chacune des brebis qu’on lui a confié – et qu’il ne choisit pas (1 Pie.5v2)- parfois au péril de sa vie (Jean 10v11)

Voici, en guise d’illustration, une scène saisissante en Amos 3v12 : le berger est celui qui ose lutter avec le lion qui a sauté sur son troupeau, pour lui arracher « deux pattes » et « un bout d’oreille » de la brebis attrapée. Il doit rapporter les restes de l’animal et du combat au propriétaire du troupeau, pour montrer que la brebis a été perdue malgré lui, dans un guet-apens et non pas égarée par sa faute.

Et si des brebis distraites se sont égarées « un jour de nuages et de brouillard » (Ez.34v12), il se doit de partir à leur recherche, jusqu’à ce qu’il les trouve, obéissant à l’appel de Dieu(cf Luc 15v4)   . Aucune ne doit manquer à l’appel.  Il est celui qui  compte et recompte les brebis, « les connaissant toutes par leur nom » (Jean 10v3), et qui les accompagne dans toutes les saisons de la vie, de leur naissance à leur mort.

Il est intéressant de noter qu’il est demandé au berger du troupeau de se préoccuper du nombre confié. Non pour l’augmenter- Ce sera le travail du « pécheur d’hommes »(Marc 1v17) – mais pour veiller à sa croissance, avant tout qualitative. Et ce, à l’instar de Dieu, qui se concentre sur un seul peuple, qu’Il a « choisi », « élu », « mis à part », et qu’Il appelle à être « saint », parce que Lui est « Saint » (Lévit.11v44).

Enfin, le berger n’est pas celui qui « envoie paître » mais celui qui « sort devant » le troupeau (Jean 10v4) et le fait aller là où il va et s’arrêter là où il s’arrête : « les verts pâturages » (Ps.23v2-3), propre à nourrir les brebis. Ce qui implique que le berger sache où il va, lire et suivre les instructions du ciel.

 

 

Sources/inspi :

Boucomont, Gilles. Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme, l’esprit. Ed. Première partie, 2010, pp 175-176

De Luca, Erri. Le métier d’Abel IN Comme une langue au palais. Arcades/Gallimard, 2006, pp 9-27.

Voir aussi :

Marshall/Payne. L’essentiel dans l’Eglise : apprendre de la vigne et de son treillis. IBG/Clé, 2014 (pour redécouvrir ce qu’est le « sacerdoce universel, selon Eph.4v1-16)

Baxter, Richard. Le pasteur chrétien. Impact héritage, 2017 (ou la version électronique gratuite)

Kallemeyn, Harold. La visite pastorale IN La Revue réformée, N° 228 – 2004/3 – JUIN 2004 – TOME LV. L’auteur se propose d’étudier quelques fondements bibliques de la visite pastorale à partir des chapitres 2 et 3 de la Genèse. Dans cette présentation, un sens assez large est donné au mot « pastoral » pour inclure la tâche des anciens, des diacres et des aumôniers qui, avec le « pasteur titulaire », sont appelés à rendre visite au nom du Christ.

 

Quelles sont tes priorités dans le choix de ton député ?

Quelles seront nos priorités dans le choix d’un député ? Les mêmes que les siennes !

Que peuvent nous apprendre, pour le choix d’un député, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ?

Les 11 (premier tour) et 18 juin (second tour), tu seras une nouvelle fois appelé aux urnes, dans le cadre des élections législatives, pour élire ton député.

Bien sûr, je pourrais aussi te dire : « Tu veux aller voter ? Fais-le. Tu ne veux pas voter ? Ne vote pas. Le plus important c’est d’être en parfaite cohérence avec ce que l’on croit, que l’on expérimente, et que l’on décide ».

Justement, sur quels critères ? Quels sont les enjeux ?

C’est d’abord, pour le député, un grand privilège d’être élu : 7.882 candidats (Soit 3.344 femmes et 4.538 hommes) sont en lice pour le premier tour, soit près de 14 par circonscription(1), et il n’y a que 577 sièges à l’Assemblée Nationale.

Mais tout privilège comporte de grandes responsabilités : élus au suffrage universel direct, par tous les citoyens en âge de voter et en ayant le droit, pour un mandat de cinq ans renouvelable, les députés occupent en effet une place centrale dans notre démocratie dite représentative.

Bien qu’ils soient élus dans une partie du pays (une circonscription), les députés représentent l’ensemble des Français, qu’ils résident dans l’Hexagone, dans les départements ou collectivités d’Outre-mer, ou encore à l’étranger. Quelque soit leur sensibilité politique ou leur parti d’appartenance, les députés représentent l’intérêt général de la nation, et non les intérêts de groupes particuliers/privés.

Les députés votent les lois et peuvent en proposer. Ils travaillent en commissions (lesquelles examinent les projets ou propositions de loi et préparent les débats en séance publique). Ils contrôlent l’action du gouvernement : ils peuvent ainsi interpeller les ministres pour leur demander de travailler sur certains sujets qu’ils estiment importants pour le pays, lors des « questions au gouvernement », les mardi et mercredi de la période parlementaire ; ils peuvent également renverser le gouvernement, si celui-ci n’a plus leur confiance.  Ils tissent des liens solides avec les assemblées des autres pays, tentent de répondre aux problématiques sociétales en allant à la rencontre des acteurs de terrain, reçoivent les citoyens à leur permanence, bureau d’accueil pour tous les citoyens, pour résoudre leurs problèmes quotidiens.

Le député bénéficie d’une immunité parlementaire : l’irresponsabilité, qui le protège de toute poursuite pour des actions accomplies dans l’exercice de son mandat ; et l’inviolabilité, pour éviter que son action ne soit entravée par des actions pénales visant des actes accomplis par les députés en tant que citoyens. Cela les protège contre les intimidations et les pressions politiques et privées et c’est censé être une garantie d’indépendance et de liberté d’action dans l’intérêt général.

Le député dispose de moyens matériels et financiers attachés à sa fonction : une indemnité parlementaire de 5000 euros par mois, une indemnité représentative de frais de mandat de 6000 euros par mois (frais de déplacement, d’habillement, de restauration…) et un crédit collaborateur (allant jusqu’à 9500 euros par mois) pour rémunérer ses collaborateurs (cinq maxi). Il a enfin à sa disposition un bureau personnel dans l’un des bâtiments de l’assemblée.

Quelles devraient être tes priorités dans le choix du député ? Les mêmes que ce dernier !

Que peuvent nous apprendre, à ce sujet, des passages comme 1 Tim.3v1-13, Tite 1v6-8, Jacq.3v1, Actes 20v17-38 ou même Prov.31v4-9 ? Ils ont trait aux critères de choix, comme aux devoirs et responsabilités, de tout responsable. Un responsable est celui qui a une position d’influence. Et un député est un responsable.

Tes priorités (dans le choix du député), comme les priorités du député, sont en rapport avec ses convictions (ce qu’il croit ou ce dont il est convaincu), son caractère (ce qu’il est), sa réputation (ce qu’on pense de lui) et ses compétences (ce qu’il sait faire).

Certes, « si quelqu’un aspire à la charge (de député), c’est une belle tache qu’il désire »(1 Tim.3v1). Notre pays a besoin de députés. C’est une tâche noble que de vouloir servir ainsi (et non pas se servir de) son pays. Pour paraphraser Jacq.3v1, nous ne devrions pas « être nombreux à vouloir être député, car nous serons jugés plus sévèrement. De fait, « on demandera davantage » à ceux qui se (re)trouvent sous les projecteurs.

1) Son caractère et sa réputation : Selon 1 Tim.3v2 et Tite 1v6-7, il est premièrement attendu d’un député qu’il soit « irréprochable ». Et plus encore d’un député se revendiquant « chrétien ». Une telle confession publique « doit impliquer non seulement une irréprochabilité pénale, mais également morale. Les discordances et les contradictions seront passées au scanner du jugement du monde, qui en évaluera la vérité et la cohérence ». La responsabilité de ces candidats n’en est que plus grande (Rom. 2v21), car s’il advenait que leur parole de chrétien ne soit qu’une posture religieuse ou politique, et que leur morale sois prise en défaut … alors leur réprobation serait aussi publique et retentissante que leurs déclarations. Elle rejaillirait non seulement sur eux et leurs familles, mais aussi et surtout sur le christianisme et sur le nom de Jésus, qui pourrait par ce moyen être davantage blasphémé qu’il ne l’est déjà.»(2).

Que veut dire irréprochable ? Sans reproche. Cela ne signifie pas qu’il soit parfait, mais plutôt qu’il est impossible d’avoir prise sur lui pour l’accuser, pour le critiquer ou pour l’attaquer. Cela signifie aussi qu’il a une bonne réputation et qu’il est digne de confiance (1 Tim.3v7).

Ensuite, il lui faut être « sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier »(1 Tim.3v2). Sobre veut dire qu’il est vigilant, notamment quant à sa conduite et concernant les dossiers à traiter, l’action du gouvernement, la situation de notre pays. Etre hospitalier, c’est d’être disponible, à l’écoute et accueillant, surtout pour accueillir tout étranger.

Il ne doit être « ni adonné au vin, ni violent, mais indulgent, pacifique, désintéressé »(v3), et pas soumis à des lobbies/pris dans des conflits d’intérêt.

Prov.31v3-5 rappelle que le responsable ne doit pas « livrer sa vigueur aux femmes », et « ses voies à celles qui perdent » (les responsables). « Ce n’est point aux (responsables) de boire du vin, ou de rechercher des liqueurs fortes, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi, et ne méconnaissent les droits de tous les malheureux ». Car le député doit servir l’intérêt général et le bien commun, avec le souci constant de refuser toute stigmatisation de personnes, avant tout les plus faibles et les plus précaires : il « ouvrira sa bouche », non pour déplorer « le cancer de l’assistanat », mais « pour le muet, pour la cause de tous les délaissés ». Il « ouvrira sa bouche » pour « juger avec justice, et défendre le malheureux et l’indigent »(Prov.31v8-9).

2) Il doit aussi avoir des convictions claires et solides, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse et justice.

Ainsi, par exemple, estime-t-il que « la défense de la dignité humaine » se limite aux deux extrémités de la vie, ou intègre tout ce qu’il y a entre les deux, c’est-à-dire, en l’occurrence, 67 millions de citoyens vivants ?

Considère-t-il les changements climatiques comme une question sociétale, éthique et spirituelle, posant un défi majeur aux générations présentes et à venir, en particulier du fait de l’interdépendance des causes ?

Pense-t-il que bâtir des hôpitaux, des routes, des écoles, c’est « dépenser de l’argent » ou qu’il est essentiel de refonder le lien social, pour régénérer nos communautés dévitalisées ?

Pense-t-il qu’il n’y ait « rien qu’on puisse appeler la société » et « qu’il n’existe que des individus » ? Et donc qu’il n’y a pas non plus de problèmes « sociaux » mais seulement « des problèmes individuels », des individus aux prises avec certaines difficultés, « des assistés » ayant certaines faiblesses mais sans le courage ou la volonté de les résoudre ?

Justifie-t-il une « responsabilisation » absolue de l’individu et un désengagement de l’État de plusieurs de ses missions ? Ou alors estime-t-il que « le principe de subsidiarité donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, tout en exigeant en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir » ? (3)

3) Enfin, sans être un « politicien professionnel », il devra être compétent et connaître les dossiers qu’il traite, en étant capable de comprendre les lois qui lui sont soumises et qu’il vote.

 

Prions donc pour les candidats-députés, qui aspirent et prétendent nous représenter au niveau national : qu’ils aient ce désir d’être irréprochables et de servir le bien commun, pour prendre les meilleures décisions en toute sagesse. Et prions pour nous-mêmes, que nous fassions de preuve de discernement, en prenant en compte le caractère, la réputation, les convictions et les compétences du candidat-député !

Et toi ? Quels sont tes critères de choix d’un candidat ?

 

Pour aller plus loin :

Que peut nous apprendre ce discours de Paul aux responsables de la communauté d’Éphèse (Actes 20v17-38), dans lequel l’apôtre fait un bilan de son activité et livre son testament spirituel ?

Sans justice, pas de paix

Deux mots sont essentiels aux yeux de Dieu pour retrouver la paix, laquelle est l’établissement de ce qui est bon : le droit et la justice.

« Je déteste, je méprise vos fêtes, je n’ai aucun goût pour vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je ne les accueille pas ; vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde même pas. Éloignez de moi le tapage de vos cantiques ; que je n’entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » (Am 5v21-24)

 

 

Notes :

(1) Selon la liste publiée par le ministère de l’Intérieur, 461 candidats apparaissent sous l’étiquette de la République en marche (REM) d’Emmanuel Macron et 76 sous celle de son allié du Modem. 480 candidats sont inscrits sous l’étiquette Les Républicains (LR), 414 pour le Parti socialiste (PS), 571 pour le Front national (FN), 556 pour La France insoumise (LFI), 911 candidats écologistes et 388 pour Debout La France (DLF).

https://www.publicsenat.fr/article/politique/elections-legislatives-comment-ca-fonctionne-60393

http://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/elections-legislatives-2017/

(2) Voir https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2017/04/21/pour-le-nouveau-directeur-de-la-cia-de-trump-jesus-christ-est-la-seule-solution-pour-notre-monde-un-temoignage-public-a-double-tranchant/

(3) Voir « Laudato si » du Pape François, paragraphe 196